Chers amis,
J'aurais grand plaisir à vous retrouver autour d'un verre et de mes tableaux,
pour faire votre connaissance, au finissage de mon exposition de tableaux,
le 29 février autour de 17h30,
à Espace Art Gallery de Bruxelles.
Amicalement,
Serge Tenèze,
sergeteneze.fr
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Il y a longtemps que je vis
Presque aussi longtemps que j'écris!
Besoin d'coucher sur du papier
De quoi tout rendre plus léger...
Toujours si seule face au présent
Envie d'se confronter au vent
Peut-être qu'il emportera
Ces joutes où trébuchent nos pas?
Au bout des jours enfin trouver
Des regards où se reposer
C'est sans aucun doute un peu fou!
Mais aujourd'hui, je crois en vous...
J.G.
C’est tellement fort
la douceur
des amitiés
qui ont la transparence
du coeur des anges
la légèreté de leur rire
c’est tellement fort
la simplicité
des étreintes
...................................
Martine Rouhart
Février s’égrène en courte journée d’hiver. Nombreux sont les regards impatients d’appréhender le printemps malgré ces quelques semaines sur lesquelles s’étend la froide saison. On dit que s’émiette la réputation d’une période qui se voulait rude pour les plus frileux d’entre nous. Qu’importe qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid, j’ai la littérature en larme, j’ai le moral en berne et plus rien ne porte de couleur depuis le départ du président du Salon International du livre de Mazamet.
On me pose souvent la question des raisons qui poussent mes chroniques à ne pas privilégier les créateurs de notre terroir. Que répondre à cette interpellation ? Privilégier me semble réducteur et je ne suis pas certain que c’est là mon rôle. Ne convient-il pas d’ouvrir les yeux vers d’autres horizons, placer des ponts, créer des liens afin qu’un jour les œuvres de nos auteurs se découvrent dans des contrées surprenantes, sur d’autres continents ? J’ose croire que grâce à cette ouverture quelques écrivains originaires de nos vallées pourront se vêtir du titre « d’écrivains internationaux ».
C’est en grande partie grâce à Michel Sabarthes que j’ai compris l’importance de l’ouverture d’esprit. Après tout, n’est-ce pas lui qui confiait son enthousiasme quand on s’exprimait en termes de francophonie littéraire ? C’était impressionnant de contempler l’énergie déployée par un seul homme afin que brille la littérature sur les rives du thoré.
En provenance de tous les coins de France, de Hollande, de Belgique, de Suisse, du Canada et du continent Africain nombreux sont ceux qui répondaient à l’appel d’un seul homme afin de ne pas manquer l’évènement que l’on disait incontournable.
Il m’est impossible ne de ne pas exprimer toute ma reconnaissance pour ces instants chargés d’émotion lorsqu’il s’avançait sur scène afin d’annoncer le début de chaque évènement. Que dire de ces larmes de joie à l’instant où résonnait le nom d’une œuvre couronnée afin de recevoir les lauriers d’une reconnaissance méritée ?
C’est en mai 2014 que j’allais rencontrer pour la première fois Michel Sabarthes. Il faisait partie de ces hommes qui me semblaient inaccessibles et pour cause ! Les personnes qui le fréquentaient s’appelaient Marc et Michel Galabru, Nelson Monfort, Ariane Bois, Jean-François Prè et j’en passe. À quoi bon étendre nos éloges puisqu’à l’époque je ne connaissais personne?
L’aventure a débuté un matin de mai. Le petit Belge que je suis passait par hasard devant le palais des congrès de Mazamet. Une affiche attira mon regard, « Salon du livre ». J’ai donc poussé la porte et à mon grand étonnement les bras se sont ouverts. Existe-t-il un hasard ? Nos vies sont-elles prédestinées ? Une porte ouverte, une place d’exposant libre, ils m’ont proposé de rejoindre une chaise. Pourquoi ai-je accepté ? J’avais mes livres à vendre et malgré qu’un salon littéraire se produisait là-bas, à plus de mille deux cents kilomètres de chez moi, j’étais dans le coin et pourquoi pas ?
Me voici en tenue estivale songeant qu’après les quelques minutes nécessaires à poser mes ouvrages je retournerais retrouver mes valises le temps de me changer… Oui, mais, ces valises étaient posées trop loin, on n’avait pas le temps, il y avait ce diner de gala et pas question de ne pas m’y rendre. Soirée de gêne quant au milieu de ce monde me voici présenté comme étant celui qui vient du nord. Je n’oublierai jamais mon désarroi, revêtu d’un chandail abondamment troué, quand vint l’instant des présentations.
Ils n’oublieront jamais cette première rencontre qui aujourd’hui encore fait jaser la légende. Voici comment j’allais découvrir une amitié profonde. Michel Sabarthes faisait partie de ces hommes qui ne prêtaient aucune attention à la tenue de ses protégés. Heureusement, il me prit sous son aile, me récita le monde comme si le monde était un joli paysage dans lequel chacun est en droit d’y trouver sa place. Levé avant l’aurore Michel tendait la main afin de partager son temps, sa force quand les plus faibles s’écorchaient à la vie. Ses éclats de rire précéderont au fil des années l’anecdote de notre rencontre. Cette mésaventure sera cent fois contée pour qu’au fil du temps elle prenne une toute autre couleur que la réalité. Qu’importe, nous nous comprenions et si nous emportions nos éclats de rire c’était souvent sans la moindre méchanceté.
Il vivait "pour" le Salon International du livre de Mazamet.
Chaque année c'était un marathon. En compagnie de Babé, sa compagne, il parcourait des centaines de kilomètres afin de promouvoir l’évènement. On aurait dit un vieux chêne que rien ne pouvait abattre, un de ces piliers sur lesquelles s’appuient tant et tant d’espoirs qu’on aurait pu croire qu’il faisait partie d’une histoire éternelle. Si Michel Sabarthes n’était pas un dieu, pas comme les hommes pourraient l’imaginer, il s’est forgé une place non pas au pied de l’Olympe, mais dans cet endroit magnifique, qui surplombe la ville, sur les flancs de la montagne noire. De là où il repose son âme plane au-dessus du petit cimetière dans lequel on l’a déposé. Elle pourra deviner l’agitation des êtres et ce tumulte doit le faire abondamment sourire.
Mais la vie est ainsi faite, l’éternité n’est pas conçue pour nous.
Le matin du dimanche 12 janvier 2020, le téléphone a résonné en plaintes désespérées. Michel Sabarthes a salué le monde en révérence ultime.
Le rideau est tombé, les larmes ont pris la place de nos taquineries de potache. Depuis ce matin-là, je n’ai plus envie de rien puisque plus rien n’a d’importance.
Perdre un ami ne me semblait pas si grave, je me disais que cela fait partie de nos parcours…
Comment aurais-je pu deviner que l’amitié peut être proche d’une forme d’amour ? Comment aurais-je pu savoir que la perte d’un ami pouvait ressembler à l’ablation d’un membre ?
Le soleil se lève sans se soucier de nos brisures et pourtant, sa présence m’est comme indifférente. J’attends comme si Michel allait m’appeler pour me confier un truc qui ne peut attendre. J’attends qu’il me demande des nouvelles de mes petits-enfants.
Pourquoi ce silence? Pourquoi ne me confie-t-il plus ces trucs que parfois je ne comprenais pas? J’attends qu’il râle parce que parfois les auteurs sont des gens compliqués. J’attends qu’il me parle de Marc Galabru, de sa tombe qu’il entretenait quand il avait le temps… Qui s’en occupera maintenant ? Qui partira sur les routes de Collioure pour contempler la mer en écoutant le saxo de Jean Pierard résonner en sourdine.
Jean ne joue plus depuis longtemps, depuis qu’il vit dans un appartement. De temps en temps, de plus en plus rarement, résonne son saxo au pied d’un terrain vague ou dans nos cœurs, dans notre imagination…
Michel Sabarthes aimait les écrivains comme s’ils faisaient partie de sa famille. ll me parlait de Patricia Fontaine avec respect, effleurait le nom de Ziska Larouge parce qu’il adorait sa façon d’écrire.
- Et Câilne, tu te souviens de Câline quand elle a renversé son pot de fleurs? On en tenait une bonne à cette soirée là.
Puis il racontait Virginie, cette fille tellement bien! Il demandait ce que devenait Perrine, Bou et tous les autres. Il m’écoutait parler de Rocamadour en insistant sur la qualité de « ces gens ». Chaque artiste existait à ses yeux comme s’il était l’unique, comme s’il était prodigieux malgré les trahisons. Je n’en parlerai pas, il n’aimait pas qu’on souligne les moutons noirs qui profitaient de sa réputation. Il détestait les querelles de clocher, il ne vivait que pour aimer partager.
J’ai mal d’une douleur impossible à définir. C’est comme une souffrance insupportable qu’il nous faudra supporter pourtant. Plus rien ne m’offre l’envie de continuer même s’il faut continuer pourtant. Cette chronique est la première que je rédige depuis longtemps. Oui, ça fait du bien d’écrire même si ma plume me semble émoussée. J’ai reçu énormément de messages d’encouragement et je n’ai pas trouvé le courage d’y répondre… Au début je ne comprenais pas pourquoi tous ces gens s’adressaient à moi. Je me sentais, comment le dire ? Je crois que le mot exact serait « intrus ». Notre amitié, parait-il, faisait partie de notre histoire, je ne le savais pas, pas à ce point-là. Grises sont les journées depuis qu’a résonné la sonnerie du téléphone. Dans la rue on montre bonne figure, mais ce n’est jamais qu’un rôle qu’on tente de jouer. Février s’égrène en courte soirée pluvieuse. Les yeux sont embués probablement en raison de l’âge, quoi d’autre ? Un souffle s’est arrêté, un ami est parti. Ils disent tous qu’ils ne l’oublieront jamais, mais alors, pourquoi ai-je tant de mal à croire à ces promesses ?
Adieu Michel, merci pour ce joli morceau d’existence partagé.
De la bonne humeur, même du bonheur, une attention soutenue, des échanges aussi sincères que spontanés, beaucoup de sensibilité et d'émotion à l'évocation de souvenirs et autres anecdotes, c'est ce qui caractérise principalement les Rencontres Littéraires de Bruxelles qui se déroulent à l'Espace Art Gallery, 83 rue de Laeken, 1000 Bruxelles, à un bon jet de pierres de la place de Brouckère, celles-ci nous revenant prochainement plus légères dans la clarté du jour et non plus à l'aube du crépuscule...en espérant que ce (maudit virus) s'éloigne enfin de nous.
Le 21 novembre, un dimanche, une nouvelle formule de rencontres sera inaugurée toujours dans cette lumineuse galerie d'Arts qui se prête également aux Lettres, les Rencontres se déroulant entourées de tableaux de peintres et autres artistes mis en valeur durant plusieurs semaines.
A raison d'une tous les deux mois excepté en juillet et en août, ces Rencontres vitrine de nos Lettres se vivront désormais le troisième dimanche du mois de 15h30 à 18h00 environ, mettant à l'honneur chaque fois deux écrivains, leurs parcours respectifs et un (ou deux) de leurs ouvrages qu'ils présenteront au public. Plus de thématique particulière, l'entrée libre et bienvenue à tous, jeunes et moins jeunes, intéressés ou simplement curieux de rencontres avec le meilleur de notre littérature.
Un accueil garanti convivial dès 15h30 précédera la Rencontre en elle-même qui ne dépassera point la durée d'une heure; suivront quelques annonces liées à la galerie, la séance de signatures et un drink ouvert à tous. Contacts et synergie. Ces rencontres ne seront donc pas que littéraires.
L'équipe sur le pont et à l'origine de cette heureuse initiative? Nous avons tout d'abord Robert Paul, son initiateur également fondateur du prestigieux réseau Arts et Lettres, ensuite Jerry Delfosse, coordinateur et directeur de l'Espace Art Gallery, puis Anita De Meyer, photographe professionnelle en charge de la médiatisation de l'événement, enfin Thierry-Marie Delaunois, chroniqueur des Rencontres également en charge de la gestion de l'événement. Ces personnes, chacune avec ses spécificités, se sont unies pour vous concocter une après-midi dominicale aussi inspirée qu'inspirante. Un peu de temps devant vous le 21 novembre prochain puis le 16 janvier 2022 même heure bien sûr? A vos agendas pour bloquer les dates!
Les auteurs (ou autrices) invités le 21 novembre: Jacqueline Gilbert et Martine Rouhart
Le déroulement en clair?
- Accueil et petit quart d'heure académique
- Présentation avec lecture publique (1h-1h10)
- Annonces de la Galerie par Jerry Delfosse
- Séance de signatures et drink des amitiés littéraires
A bientôt et merci de votre attention!
Thierry-Marie Delaunois
Explication d'un texte de Paul Klee sur l'art moderne (Texte +Questions) - Le blog de Robin Guilloux
En 2005, l'architecte italien star, Renzo Piano, a construit l'emblématique Zentrum Paul Klee en périphérie de la ville fédérale. Outre la collection Klee la ... Paul Klee, Théorie de l'art m...
Le texte :
"Je voudrais maintenant examiner la dimension de l'objet sous un jour nouveau, en lui-même, et essayer à ce propos de montrer comment l'artiste en arrive souvent à une "déformation" apparemment arbitraire des réalités naturelles.
Tout d'abord l'artiste n'accorde pas aux apparences de la nature la même importance contraignante que ses nombreux détracteurs réalistes. Il ne s'y sent pas tellement assujetti, les formes arrêtées ne représentant pas à ses yeux l’essence du processus créateur dans la nature. La nature naturante lui importe davantage que la nature naturée.
Peut-être est-il philosophe à son insu, et s'il ne tient pas, comme les optimistes, ce monde pour le meilleur des mondes possibles, ni ne veut affirmer non plus que celui qui nous entoure est trop mauvais pour qu'on puisse le prendre comme modèle, il se dit toutefois : sous cette forme reçue, il n'est pas le seul monde possible.
L'artiste scrute alors d'un regard pénétrant les choses que la nature lui a mises toutes formées sous les yeux.
Plus loin plonge son regard et plus son horizon s'élargit du présent au passé. Et plus s'imprime en lui, au lieu d'une image finie de la nature, celle - la seule qui importe - de la création comme genèse.
Il s'autorise alors à penser aussi que la création ne peut guère être achevée à ce jour, et c'est vers le futur qu'il repousse maintenant les limites de cette oeuvre de création du monde, reconnaissant ainsi à la genèse une durée continuée."
(Paul Klee, Théorie de l'art moderne, "De l'art moderne", Editions Gonthier, p. 28-29)
En mémoire de Monsieur Mikel Dufrenne...
Explication du texte :
Dans ce texte, extrait d'une conférence publique prononcée à Iéna en 1924, paru dans Théorie de l'art moderne, Paul Klee qui fut l'un des trois pionniers de l'art moderne, avec Pablo Picasso et Vassili Kandinsky en expose les fondements théoriques.
Sa thèse est que l'art moderne ne reproduit pas les apparences du monde, mais traduit la genèse de la création.
Il propose les arguments suivants :
a) La déformation des réalités naturelles qu'opère l'art moderne n'est arbitraire qu'en apparence.
b) L'artiste moderne n'accorde pas une importance contraignante aux apparences de la nature.
c) Les formes arrêtées (visibles) ne représentent pas à ses yeux l'essence du processus créateur dans la nature.
d) Sous cette forme reçue, le monde n'est pas le seul monde possible.
e) L'artiste moderne intègre dans sa vision du monde (de la nature) la dimension du temps et la conception de la création comme genèse, durée continuée.
Dans ce passage, Paul Klee ne donne pas d'exemples à l'appui de ses arguments, mais on peut penser aux œuvres de Vassily Kandinsky, de Pablo Picasso ou de Paul Klee lui-même.
Les artistes modernes, rompent avec la conception traditionnelle de l'art comme "imitation de la nature" (Aristote). Dans ses œuvres, Paul Klee ne retient que des formes, des traits, des figures géométriques, des couleurs qui existent bien dans la nature. Ils sont le langage nouveau dont Théorie de l'art moderne est la grammaire, mais non les apparences (phénomènes) que nous percevons.
Il peut aussi ajouter au monde des détails qui n'y sont pas ou qui appartiennent à d'autres fragments du réel. Par exemple, quand Paul Klee peint des ponts avec des pieds, il ne reproduit pas la réalité. En effet chacun sait (ou croit savoir) que dans la réalité, les ponts n'ont pas de pieds. Mais le langage courant, lui, ne s'y trompe pas, quand il dit, par exemple, que le viaduc de Millau "enjambe" la vallée du Tarn.
Paul Klee ne peint pas "comme un enfant", comme on le lui a souvent reproché au début de sa carrière, mais il porte sur le monde, avec toute la science et la maîtrise d'un artiste adulte en pleine possession de ses moyens, le regard transfigurant de l'imagination créatrice.
L'artiste moderne "déforme" la réalité naturelle et cette déformation paraît arbitraire aux yeux de ses détracteurs. Le terme "arbitraire" est péjoratif. "Arbitraire" s'oppose à "nécessaire". Une décision arbitraire est une décision qui ne se soumet pas à la raison, à la nécessité, qui exprime le caprice d'un seul homme.
Paul Klee entend montrer que la déformation des réalités naturelles dans l'art moderne comme les arbres ou les visages, ou des réalités visibles en général, y compris les création humaines, comme les ponts , les routes ou les maisons, ne sont pas "arbitraires", mais relèvent au contraire d'une nécessité pertinente.
"L'artiste moderne n'accorde pas aux apparences de la nature la même importance contraignante que ses nombreux détracteurs réalistes". Les "détracteurs réalistes" de l'artiste moderne sont ceux qui estiment que l'artiste a, en tout lieu et en tout temps, une seule et même tâche (mission) : celle de représenter la réalité, de la reproduire aussi fidèlement que possible, autrement dit, comme le dit avec humour Paul Klee dans un autre passage, il est inadmissible, selon eux, que "le portrait de l'oncle Georges ne ressemble pas à l'oncle Georges".
L'artiste moderne ne se sent pas contraint par les apparences de la nature comme pouvaient l'être ses prédécesseurs.
Pour illustrer cet idéal de l'artiste dont l'oeuvre est une parfaite imitation de la nature, la légende raconte que le peintre grec Zeuxis avait peint un "Enfant aux raisins" ; la grappe de raisin était représentée de façon tellement véridique, tellement réaliste que les oiseaux venaient la picorer. Cependant Zeuxis déclara : « J'ai mieux peint les raisins que l'enfant ; car si j'avais aussi bien réussi pour celui-ci, l'oiseau aurait dû avoir peur ».
Le regret que l'on prête à Zeuxis montre que cet idéal de reproduction fidèle de la réalité n'est pas accessible. Il se montre aujourd'hui dans une forme particulière de création artistique que l'on appelle "l’hyperréalisme", qui est loin d'être une simple reproduction de la réalité. Même la photographie la plus banale, sans parler des photos d'art ne reproduit pas la réalité, mais la choisit et la redouble en la réduisant par un procédé technique.
En effet, les peintres du passé, y compris sans doute Zeuxis lui-même, dont les œuvres ne nous ont malheureusement pas été conservées ne reproduisaient pas le "réel", mais traduisaient une certaine vision personnelle, intérieure du réel, une vision du réel, transfiguré, comme dit Hegel, par l'esprit.
Selon Paul Klee, l'artiste moderne va plus loin. Il se libère le plus complètement possible des "formes arrêtées" pour coïncider avec le processus créateur à l'oeuvre dans la nature.
Pour clarifier cette démarche, Klee se réfère à la distinction que font Spinoza dans L'Ethique et Kant dans la Critique du Jugement, entre "nature naturante" (natura naturans) et "nature naturée" (natura naturata) : nous voyons des arbres, des animaux, des êtres humains, mais nous ne voyons pas le "mystère insondable", comme dit Kant qui est à l'oeuvre dans la nature, la force invisible qui a produit ces formes visibles. Ce que nous voyons, la "nature naturée" est un résultat et non une cause.
Selon Paul Klee, la "nature naturante" importe davantage à l'artiste moderne que la "nature naturée" : c'est la cause invisible que l'artiste moderne cherche à rendre dans son oeuvre et non l'effet visible.
L'artiste moderne ne cherche pas à reproduire la "nature naturée", mais à coïncider avec l'élan créateur de la "nature naturante".
Note : "La force créatrice échappe à toute dénomination, elle reste en dernière analyse un mystère indicible, mais non point un mystère inaccessible incapable de nous ébranler jusqu'au tréfonds. Nous sommes chargés nous-mêmes de cette force jusqu'au dernier atome de moelle. Nous ne pouvons dire ce qu'elle est, mais nous pouvons nous rapprocher de sa source dans une mesure variable. Il nous faut de toute manière révéler cette force, la manifester dans ses fonctions tout comme elle se manifeste en nous. Elle est probablement matière elle-même, une forme de matière qui n'est pas perceptible aux mêmes sens que les autres espèces connues de matière. Mais il faut qu'elle se fasse reconnaître dans la matière connue. Incorporée à elle, elle doit fonctionner. Unie à la matière, elle doit prendre corps, devenir forme, réalité." (Paul Klee, "Philosophie de la création", in Théorie de l'art moderne, Denoël/Gonthier, p.57)
Selon Paul Klee, il y a trois manières d'envisager le monde dans son ensemble : les optimistes, comme Leibniz, estiment que ce monde est le meilleur des mondes possibles, que le bien l'emporte sur le mal, c'est la théorie de "l'harmonie préétablie". Les pessimistes estiment au contraire que le monde est foncièrement mauvais, que le mal l'emporte sur le bien. L'artiste moderne estime que ce monde, "sous sa forme reçue", n'est pas le seul monde possible.
C'est la raison pour laquelle son regard scrute le monde au-delà du visible, au-delà des choses que la nature lui a mises toutes formées devant les yeux.
Paul Klee estime que l'artiste moderne doit tenir compte de tout ce que nous enseigne la science (la paléontologie, la géologie, les mathématiques, la physique quantique, la psychologie des profondeurs, etc.), sur le monde qui nous entoure et sur nous-mêmes. Le peintre doit tenir compte des autres arts comme la musique - Paul Klee était un excellent violoniste amateur - ou comme la poésie qui, comme le dit Paul Valéry, est une hésitation entre le son et le sens et tend vers la musique.
Klee nuance l'idée de Lessing selon qui la peinture serait un art de l'espace et la musique un art du temps. Certes, un tableau est donné d'emblée, contrairement à un morceau de musique, mais il faut du temps pour le regarder. Peinture et musique ont en commun la notion de "composition".
Il parlera plus loin de l'invention du microscope qui nous fait voir le monde d'une toute autre manière. Il fait référence ici à la théorie de l'évolution de Darwin. La nature n'a pas crée les espèces animales en une seule fois et une fois pour toutes, elles s'engendrent les unes les autres dans un processus qui dure des millions d'années, régi par les lois de l'évolution : l'adaptation au milieu et la sélection naturelle, dans lequel interviennent à la fois, comme le dit le titre d'un ouvrage de Jacques Monod, le hasard et la nécessité.
De même, la nature n'a pas toujours existé comme le pensaient les Grecs, telle que nous la voyons aujourd'hui. Là où il y a une montagnes, il y avait il y a très longtemps une plaine et là où nous voyons un désert, il y avait la mer.
La théorie de l'évolution et l'idée que la nature a une histoire modifie la vision qu'en a l'artiste moderne. Il ne voit plus la nature sous la forme d'une image finie, mais celle d'une "création comme genèse".
Cette idée de "création comme genèse" implique que la création n'est pas achevée, qu'elle est une "durée continuée".
En d'autres termes, que la création a eu un aspect différent de celui que nous connaissons aujourd'hui, par exemple au temps de la préhistoire, quand l'homme n'était pas encore apparu, la faune et la flore étaient très différentes de celles que nous connaissons aujourd'hui et le monde aura un aspect encore différent à l'avenir, un aspect que le peintre moderne se donne le droit d'imaginer et d'exprimer dans son oeuvre.
Selon Klee, il peut même aller jusqu'à imaginer, en visionnaire, des formes de vie inconnues sur d'autres planètes que la Terre.
L'imagination créatrice dévoile l'au-delà du visible. Ce que Paul Klee a condensé dans une formule célèbre : "l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible."
C'est un début d'année morose
Le temps qu'il fait, le temps qui passe?
Les mots voudraient chanter le rose...
Mais les nuages sont en chasse!
Ils recouvrent notre optimisme
D'un voile qui prend couleur de deuil
Nous ramène à ce réalisme
Qui fut de notre vie l'écueil!
Alors, fermons des yeux brillants
Echappons-nous sans plus de trêve
L'amour sera toujours présent
Puisqu'il se niche au creux des rêves...
J.G.
Itinéraires_Instantanés_pas_encore_parcourus_à_pieds_le_sanctuaire_de_Kaianji_
Alors peut-être, le vent et les mémoires ensoleillées.
Tu écoutes les tilleuls,
Le tremblement des hélices,
Le frémissement d’une feuille dans l’arbre.
Les érables rouges au sanctuaire de Kaianji.
Le pommier en fleur de Mondrian.
La métamorphose de l’arbre.
Douce racine.
Un rêve et ce matin,
Les voix sous les parapluies.
La pliure du cahier et son soupir.
L’ estampe qui respire.
Texte déposé Sacem
Code œuvre : 3461832311
Même pas peur ?
Personne ne s’y attend mais “What’s the luck” remplace d’un coup le "f... word" pour venir convertir sous vos yeux agrandis par la surprise, la réalité glaçante de la maladie que personne ne veut nommer dans les faire-parts.
Voici que sous l’interprétation délicate et forte à la fois de Caroline Lambert - elle fait penser à une coach d’aérobic - surviennent des traces d’espoir dans un ciel plutôt bleu et apparaissent des visages de bonheur qui transfigurent à la fois l’intervenante et un public sur le qui vive. Ce spectacle éblouissant de confiance a le don de ranimer la flamme humaine mieux qu’un coureur olympique. Vous en jugerez. Ni muck ni sucks... Tout cela sous le regard d’une metteur en scène à la fois géniale et profondément humaine : Anne Beaupain.
Le voyage intérieur de la crabahuteuse - le vocable est d’Hélène Bénardeau - évoque les deuils, les péripéties génétiques, médicales, physiques, affectives et morales, que trouve sur son parcours, la femme atteinte du cancer (sein ou ovaires), ou de celle dont le gène tueur larvé risque à tout moment de s’éveiller et de débarquer dans la vie d’une victime á la fleur de l’âge. Tough luck!
Caroline, la survivante des deux, résume. Elle et Véronique, cousines germaines quasi jumelles partagent ainsi un destin commun : celui de la lutte contre le crabe, à la scène comme à la ville. Dans la vraie vie, quoi ! Et sous forme d’exercice courageux d’auto guérison artistique sur les planches de la Comédie Claude Volter. du 4 au 8 février, semaine de la lutte contre le cancer. Elle a couché sur papier ses affects les plus désespérés et les plus intimes et les interprète acec une sensibilité à fleur de peau sur la scène bruxelloise. C’est avec avec tact, distanciation, humour, bienveillance et des litres de verres à moitié plein que Caroline Lambert lève le rideau sur ses cogitations, ses colères, ses trouilles et ses espoirs grandeur nature. C’est qu’elle porte en elle, non un enfant, mais ce gène maléfique, suceur de vie. 
Miracle, Caroline multiplie les exorcismes, exhume au fur et à mesure des émerveillements bouleversants devant le miracle de la vie. Pour toutes ses sœurs de pas d’chance. Chemin faisant, elle se déleste des poids morts, au bord de la tombe elle rejoint et vole dans les bras de sa cousine raflée par le crabe et balise la route pour toutes ses sœurs d’infortune.
Miracle, malgré toutes ses tribulation qui arrachent l’empathie et les rires d’un public converti, elle explose la joie contagieuse d’aimer et d’être aimée. Contre tous les vents hostiles du destin et l’absurdité de la souffrance et de la maladie. Que du vécu sublimé par l’art de dire et de jouer.
Permettez nous donc de citer ici les paroles sublimes d’une autre femme des années cancer : Hélène Bénardeau, décédée il y a 3 ans.
“Je suis juste une petite terrienne, donc faillible, comme tous ses congénères à deux pattes, dont le propre reste le rire, envers et contre tout. Ne prenez jamais pour argent comptant ce que je vous raconte, même si je le fais en toute conscience. Mon Crabounet à moi, mon corps, ma sensibilité, mes colères, mes soucis, mes paniques, mes remèdes ne sont que les cousins des vôtres. Vous êtes seules à pouvoir apprivoiser la bête, et le dompteur magister le plus apte à vous épauler, c’est celui ou celle que vous aurez CHOISI (et non subi) parmi les p’tits soldats d’Hippocrate. “
Et voici d’autres paroles tout aussi vraies :
"... Il y a une chose, une seule, que malgré tout l’amour du monde, vous n’arriverez pas à éradiquer, à déraciner de nos cœurs... Cette chose… c’est La PEUR.
Ce sont nos peurs.![]()
Peur des traitements lourds.![]()
Peur des mutilations, des balafres indélébiles.![]()
Peur de ne pas pouvoir ré-apprivoiser notre nouveau-moi.![]()
Peur que vous ne l’aimiez plus.![]()
Peur de la souffrance physique.![]()
Peur de la souffrance morale.![]()
Peur de vous user à la corde.![]()
Peur de voir vos yeux, un jour, nous regarder partir.![]()
Peur de vous faire souffrir.![]()
Peur de plomber l’insouciance de nos enfants.![]()
Peur de ne pas les voir grandir.![]()
Peur du monde médical, qui, parfois, nous maltraite autant![]()
Peur de savoir que nous ne quitterons jamais le fauteuil de Denys, que le crin de cheval est fragile et que le glaive est lourd.![]()
Peur que vous oubliiez qu’un bonbon d’hormonothérapie, ce n’est pas un cachou.![]()
Peur que vous ne l’oubliiez pas.![]()
Peur de ces contrôles, de ces rendez-vous incontournables, qui vont désormais ponctuer nos existences et ce JUSQU’A LA FIN DE NOS JOURS.
Oui, nous allons oublier, parfois. Oui, nous allons réapprendre à l’aimer cette vie qui court dans nos veines, palpitante, impérieuse. Nous avons tout accepté POUR ÇA, pour l’amour de vous, des autres, de ce monde qui marche sur la tête mais que nous ne voulons pas quitter, pas encore ... "

Et tout cela au théâtre, le lieu des dramaturgies humaines, le jour et la semaine de la journée mondiale contre le cancer.
M A G N I F I Q U E autant qu’inoubliable. Même pas peur, et l'épée au poing! Le docteur de Caroline Lambert était dans la salle. Ovation. Cinq étoiles, bien sûr !
du 4 au 8 Février
WHAT THE LUCK ?
de & avec Caroline LAMBERT
Quand j’étais petite, j’avais toujours peur de dire mon signe astrologique de peur de l’attraper. Cancer. Je suis cancer ! J’avais l’impression qu’il était déjà en moi ! En même temps, j’étais pas si bête que ça vu qu’apparemment, il y a un petit terreau !
Caroline nous livre un récit intime et familial d’une sensibilité rare et soulevant des questions universelles. Travailler la joie avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, une invitation qui nous est lancée à travers ce spectacle dont il est difficile de ne pas sortir transformé.
Bouleversant, rempli d’espoir, teinté d’humour et débordant d’Amour !
Mise en scène : Anne BEAUPAIN
Scénographie : Valérie PERIN
Musique : Patrick PERIN
Création lumière : Sébastien MERCIAL
******************** ******************** du 4 au 8 Février 2020
Le pouvoir de dire Non, La " Cerise sur le ghetto" par Sam Touzani
LE POUVOIR DE DIRE NON
«Cerise sur le ghetto » est un spectacle magnifiquement engagé et passionnant, mais surtout qui vous émouvra aux larmes. Bourré d’humour berbère, islandais, ashkénaze, arabe, sicilien, turc, grec, français, italien, espagnol, belge, – c’est vous qui choisissez – il forme un bouquet d’humanité et invite à une réflexion généreuse et bienveillante sur nos relations avec les autres!

Sam Touzani, à la fois auteur et joueur… et prophète d’humanité, libère la parole et se raconte pour survivre à l’innommable. Dans un spectacle de feu, il propose une série de flashbacks pittoresques et émouvants sur son histoire familiale, tour à tour faite du sel des larmes et des épices du cœur. Il parcourt passionnément trois générations emblématiques qui bordent la Grande Histoire avec les accents poignants du réel.

« 1943-1945 Les maigres pâturages ont depuis longtemps disparu, et les Nomades ont reflué vers les oasis. Mais les cultivateurs des ksour n’ont pas eu de récolte/ … /. La recherche de l’eau et de « quelque chose à manger » a entraîné vers le Nord un vaste exode de bêtes et de gens, d’abord lent et sporadique, puis massif comme une avalanche. Des scènes navrantes surexcitent la sensibilité des Européens, témoins impuissants ; des êtres humains décharnés, au dernier degré de la misère physiologique, recourent, pour tromper la faim, à toutes les pratiques qu’on lit dans les descriptions anciennes. »
Tout débute donc dans les montagnes du Rif marocain, où la famine et la misère sont si écrasantes que même des enfants prennent, même seuls, le chemin de l’exode. C’est le cas du grand-père de Sam, qui a douze ans. Sam, le petit fils, verra le jour dans un deux-pièces chauffé au charbon à Molenbeek en 1968. Ado en 1989, il mangera un jour innocemment des cerises en plein Ramadan. Opprobre général. Il reçoit en plein visage alors la haine de sa communauté contre l’Occident, son inconcevable obsession de sacralisation de la pureté… le mépris des femmes, et de tout ce qui n’est pas musulman. La mosquée veut lui imposer le rêve toxique d’un djihad mal compris. Heureusement la Belgique veille.
Dès lors, riche d’expériences cinglantes, Sam, le fils d’immigrés, l’artiste, le comédien plein de verve, le danseur souple, rassemble ses forces pour combattre le communautarisme dans un questionnement sincère, entre la culture d’origine de sa famille héroïque et celle du pays qui l’a adopté. Il refuse le marquage identitaire. Il va réussir à relier les rives souterraines de ses multiples identités sans les réduire à une seule… Et cela jette des larmes de bonheur dans un public conquis.
Irrévérencieux, habile, convainquant, il débusque dans une langue savoureuse, le cercle infernal de la culpabilité qui ronge tous ceux qui quittent leurs terres, leurs parents, leur langue pour partir loin, très loin, là où poindra l’aurore de l’espoir, la lumière de jours nouveaux… Il réhabilite la femme, l’épouse, la mère, qui on retrouvé la grâce et la dignité de dire NON !

Merci à lui et son comparse, le musicien génial, Mathieu Gabriel, qui de son corps et de sa bouche convoque mille et une atmosphères de légende humaine.
Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres
Texte : Sam Touzani | Jeu : Sam Touzani | Musicien : Mathieu Gabriel | Dramaturgie & Mise en scène : Gennaro Pitisci assisté de Maïté Renson| Régie : Josse Derbaix, David Vernaillen & Simon Benita | Vidéos : Guillaume Nolevaux.
Coproduction : Brocoli Théâtre, Les Temps d’Art, Espace Magh, Central et Atelier Théâtre Jean Vilar.
Le Brocoli théâtre bénéficie de l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Administration générale de la Culture, Service du Théâtre et est soutenu par la COCOF.
- Création
- 16 au 30 janvier 2020
- Théâtre Blocry
- Durée : 1h
REPRÉSENTATIONS POUR LES ÉCOLES & ASSOCIATIONS : MA 3/3, JE 5/3 VE 6/3 | 13H30 | GRATUIT
Infos et réservations pour ces représentations destinées aux écoles & associations : Brocoli Théâtre 0496 50 43 27 brocoli@skynet.be
Ecrire le ciel,
écrire la terre,
sous un soleil-ombrelle,
prendre la pleine mer,
en été, en hiver,
vêtue de rien, d'un pull-over,
contempler l'infini,
puis la lune tout en verre,
penser tout à l'envers,
des vers plein la tête,
fermer mes grands yeux verts !
Ecrire le ciel,
écrire la terre,
sous une pluie solaire,
en été, en hiver,
avec au bout des doigts,
une,présence amère,
un murmure solitaire,
étreindre l’infini,
puis la lune qui se perd,
fragile et éphémère,
rêver de mots perdus,
fermer mes grands yeux verts !
Partir en pleine mer,
dans un bateau tout blanc,
jeter l'ancre en fer-bleu,
prendre feu !
NINA
Il y a des jours
d’incertitude consentie
des jours
pour rêver le temps
aimer
au rythme du vent
des jours de joie
sans joies
il y a des jours
où j’appartiens
vraiment
au monde des oiseaux
...................................
Martine Rouhart
Je marche en pleine ville,
tout en peine, chagrine,
mon visage s'efface, je passe,
l'obscurité s'installe ; la nuit.
J'ai oublié mon prénom,
mais le vôtre point encore,
glacé est devenu mon corps,
ma tête s'envole loin de lui,
qui la mord, lui hurle votre absence.
De vos yeux, je recherche cet or-bleu,
la marée d'un regard, tout l'espace.
Mais il n'y a plus personne,
que ces regards qui ne sont pas le vôtre,
tout étrangers à nous !
Je marche en pleine ville,
tout en peine, fébrile,
je suis comme sur un fil, en péril,
Un début de clarté s'immisce, l'aube.
J'ai oublié mes rires
mais les vôtres point encore,
titubant est devenu mon cœur,
mon corps se perd ici,
dans cette mégalopole,
où m’obsède votre ombre folle
sans voix, ni chaleur !
Je ne sais plus l'heure qu'il est,
tout en moi, n'est plus que vous,
sans vous.
NINA
Un long chemin pour revenir au point de départ - le trésor était sous la pierre ! - Et quel chemin je vous prie ! Comme si une puissance qui nous serait étrangère viendrait en permanence perturber notre bon fonctionnement. Perturber notre envie toute simple celle d'être heureux, anéantir le désir non pas d'affronter la journée, mais de permettre cet assaut cacophonique, ce brouhaha s'emparant immédiatement de nous dès que l'on a posé le pied au sol. Ces rappels au clairon des moments difficiles nous indiquent que la musique n'est pas terminée, qu'elle est faite pour nous, qu'il s'agit de notre invention et que si nous l'avons inventée elle nous est forcément profitable. Que nenni, clairon tais-toi ! Ta musique est fausse et inappropriée. Laisse-nous cinq minutes au moins avant ta torture pour flotter encore sur les nuages de la nuit emportée par le vaisseau des étoiles, allant rejoindre à petits pas la lune pour demain. Quelques minutes glanées comme le mendiant glane son pain quotidien sans penser au lendemain. Sans penser que la vie est dure, décevante, inhumaine souvent, venant tourner les pages contenant ce qu'il y a de plus émouvant et de rebondissant à retenir notre attention. Un long chemin qu'il faut prendre très tôt et abandonner nos jouets, nos joies, nos bonheurs, nos baisers sur le front, nos nuits au clair de lune et ses vaisseaux d'étoiles. Un long chemin, puis un arrêt soudain. Ce long chemin qui a été un attrape-nigaud de tout les jours, une patience extraordinaire à affronter non pas la journée mais jongler avec le bonheur éphémère de vivre, nous disait alors qu'il fallait le suivre et puis aujourd'hui nous en écarter. Ainsi à en revenir à son point de départ et en corriger la trajectoire. Papillons frivoles étions, grands sages désormais deviendrons !
Promenade du jour. 1/2/2020
Après de bien longs mois de revalidation, j'ai enfin réussi à reprendre crayon et pinceau ! Ma passion d'artiste animalier est intacte ! J'ai le plaisir de vous partager mon premier "coup de cœur", le portrait d'un adorable téckel nain, réalisé en grandeur réelle, technique gouache . nicole v.duvivier
La nuit est la maison de nos caresses chuchotées,
de nos corps bouleversés, des secrets mis à nu !
Le jour est sa fenêtre immense, face à laquelle,
se désaccordent nos bouches, se désenlacent nos
mains jusqu'à minuit demain !
Tout près, j'entends une musique végétale, celle des
arbres ; ces notes emplies de soleil et de vent, parfois
de rires, qui font frissonner les feuillages transparents !
Nos regards mutuellement éblouis se parent de silence,
se séparent jusqu'à minuit demain.
Au loin, j'entends tinter les sept coups matinaux du
clocher de l'église, je prends mon ciré vert et mon
pull outremer et je sors sous la pluie.
Alors tu me regardes triste, partir puis peu à peu décroître
tout au bout de la rue, jusqu'à ne plus me voir, mais envahir
tout en toi, jusqu'à minuit demain.
Tu fermes la porte, tu pleures un peu et le jour s'impose à
nous, le soleil nous brûle.
NINA
J'ai le cœur adolescent et le corps plein de rêves,
orphelin de caresses, des baisers de vos mains, de la
voix de vos gestes.
J'ai du feu plein la tête et du ciel dans les yeux, ma bouche
est rose pourpre, à jamais éternelle, car promise à la vôtre !
J'ai de l'ombre dans les mains lorsque je n'écris plus, que
l'or de mes pensées s’éteint trop loin de vous, que ma
plume vagabonde devienne plomb et mes mots alourdis,
plus jamais ne respirent !
Puissent les livres et leurs voix salvatrices, me consoler
un peu !
NINA
Vous pouvez vous inscrire sur mon réseau arts et lettres et y communiquer gratuitement vos activités.
Un fracassant « tramway nommé Désir » à l'Atelier Jean Vilar
Ah! Les beaux jours? …Par Tennessee Williams.
Presque un spectacle fleuve que le metteur en scène, Salvatore Calcagno, transpose au cœur d’un été torride en Sicile. Le spectateur est pris dans un filet de résonances étonnantes qui ne cessent de se croiser. Salvatore Calcagno conçoit la scène contemporaine comme une rencontre quasi sensuelle de différents langages artistiques : musical d’abord, ah! L’extraordinaire pianiste, le jeune Meraviglioso Lorenzo Bagnati qui crée un mystérieux dialogue harmonique avec Blanche et son Gaspar de la nuit! Plastique, ah! Bastien Poncelet, ce danseur éphèbe énigmatique et fascinant. Cinématographique: des clips on ne peut plus chauds signés Zeno Graton. Enfin chorégraphique, l’Afrique du Nord ou l’Asie Mineure au rendez-vous avec la voluptueuse Rehab Mehal? Ajoutez à cela les jeux de lumière d’Amélie Géhin et les maquillages très élaborés d’Edwina Calgagno… Ce qui est sûr c’est que le metteur en scène décidément très créatif serre néanmoins au plus près le contexte américain qui a finalement très peu changé, où l’origine socio-économique ou géographique peut conditionner le destin de façon déterminante.
Résidence symbolique, parée de hautes colonnes, “Belle Reve” est le nom de l’ancienne plantation où Stella (Marie Bos) et Blanche (Sophia Leboutte) ont grandi dans la splendeur fanée après la guerre de Sécession. Un « bon temps » destructeur qui empêche Blanche d’affronter toute réalité. L’alcool, le sexe et la fumée lui servent d’écran. Les mensonges aussi.

À la fin poignante d’ « Un tramway nommé Désir » Blanche, telle une star omniprésente et intense, n’est plus la femme coquette qui a tout perdu et s’est vue forcée de se jeter dans la promiscuité pour rassasier sa quête désespérée d’amour et d’argent. Pathétique et plus démunie que tout, elle brandit désespérément son dernier rêve puéril de rejoindre un hypothétique “beau” qui refera d’elle une princesse. Hélas, le superbe porteur de fleurs androgyne (Bastien Poncelet) annoncera la victoire de la Mort sur l’emblème de sa Vie, le tramway fracassant du Désir.

Ironiquement, l’appartement minable de Stanley et Stella où accoste Blanche à La Nouvelle Orléans, se compose d’une cuisine, d’une chambre et d’une salle de bains. Des fausses perles comme cloisons. C’est tout sauf un paradis, un lieu où, une à une, toutes les illusions de Blanche fondront dans une atmosphère suffocante malgré le nom prestigieux et symbolique de l’adresse : “Elysium Fields”.
À la fin, Stella ne sera plus la jeune femme amoureuse de son mari “parfait”. Stanley. Lucas Meister, très physique, est un beau gosse qui bouge comme un mannequin. Craquant physiquement, mais entier et immuable dans ses jugements. On peut dire qu’il reste le même jeune prolétaire arrogant et buté qu’il était au début. D’un bout à l’autre, il reste bloqué, humilié et outré par la discrimination et le mépris que lui impose Blanche. Exaspérée par son machisme et son manque d’éducation, elle le traite de Pollack, terme hautement dénigrant. Campant sur ses positions, il est incapable d’identifier ses propres lacunes et à les changer pour sa femme et son enfant. Sa nature statique et phallocratique est mise en lumière par les jeux de poker bien arrosés avec ses amis qui soulignent par contraste l’évolution psychologique et dramatique de Stella et de Blanche. On retrouve Tibo Vandeborre dans le rôle ténébreux de Mitch.
Stella qui au début avait accueilli sa sœur dans son foyer avec la plus grande bienveillance ne peut pas croire que Stanley ait finalement abusé de Blanche et laisse les médecins emporter sa sœur ravagée par l’alcool et les désillusions vers l’hôpital psychiatrique. Ceci nous ramène à une image du profond malaise et de l’isolement dont souffrait Tennessee Williams, vivant difficilement son homosexualité dans le contexte d’exclusion toxique de l’époque.
Dominique-Hélène Lemaire
Un tramway nommé Désir
Tennessee Williams
Traduction inédite Isabelle Famchon
Direction artistique et mise en scène Salvatore Calcagno
Avec Lorenzo Bagnati, Marie Bos, Salvatore Calcagno, Sophia Leboutte, Réhab Mehal, Lucas Meister, Pablo-Antoine Neufmars, Bastien Poncelet, Tibo Vandenborre
Créé au Théâtre de Liège
Lieux et dates :
Du 28 Janvier au 1er Février Jean Vilar à Louvain-la-Neuve
11 au 13 Mars à Mons
15 Février Marche-en-Famenne
21 au 30 Avril Théâtre Varia à Bruxelles
5 au 9 Mai Théâtre de Namur


