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12273324895?profile=originalCarlos Mérida
Quetzaltenango (Guatemala), 1891-Mexico, 1984
Projection d’une chasse
(huile sur toile, 1938)

      İ Caramba ! il ne faudrait pas que ces trois grands chênes d’Amérique que sont Rivera, Orozco et Siqueiros cachent une forêt de talents. Aussi poursuis-je ici la revue des troupes de cette armée mexicaine de peintres dont le talent mérite d’être signalé.

      A commencer par des peintres muralistes ou rattachés à ce mouvement pictural. Ainsi rendons justice à : Ramόn Cano Manilla (1888-1974), Ernesto El Chango García Cabral (1890-1968), Carlos Mérida (1891-1984), Amado de la Cueva (1891-1926), Emilio García Cohero (1895-1939), Xavier Guerrero (1896-1974), Manuel Guillermo de Lourdes (1898-1971), Emilio Luis Amero Mimiaga (1901-1976), Juan O’Gorman (1905-1982), Julio Castellanos González (1905-1947), Francisco Montoya de la Cruz (1907-1994), Jorge González Camerena (1908-1980), Alfredo Zalce Torres (1908-2003), Luis Arenal Bastar (1909-1985), José Chávez Morado (1909-2002), Fancisco Eppens Helguera (1913-1990), Raúl Anguiano (1915-2006), Fernando Castro Pacheco (1918-2013), Francisco Pancho Mora (1922-2002), Arturo Monroy Becerril (né en 1924), Arturo Estreda Hernández (né en 1925), Arturo García Bustos (1926-2017) ou Guillermo Bravo Morán (1931-2004), pour simplement les nommer car trop souvent ignorés même de volumineux traités (cf. Les précurseurs dans un précédent chapitre).

Comme si, lorsqu’on est provincial, certains étaient actifs à Durango par exemple, il était difficile de retenir l’attention. Hors les murs de Mexico point de salut.

Ou, guère plus valorisant, relégués au rôle d’assistants, ombres de la main du Maître. Maître à qui on attribue le mérite. Et dans l’ombre de son ombre il est pourtant patent que la première muraliste fut une femme, Aurora Reyes Flores (1908-1985), peintre et poétesse. Tant, ainsi que le disait María Izquierdo (1902-1955), « Ce n’est pas facile d’être une femme et d’avoir du talent », ou, pour Camille Claudel en 1913 depuis son asile-exil, « C’était bien la peine de tant travailler et d’avoir du talent pour avoir une récompense comme ça. »  

 

12273325292?profile=originalJuan O’Gorman
Coyoacán, 1905-Mexico, 1982
Projet de monument pour La Naissance de Vénus
(détrempe sur contreplaqué, 1976)
Où les mânes du Facteur Cheval, Dada et le Surréalisme, planent…
Comme dans le jardin tropical de Las Pozas d’Edward James.

Aussi et avant tout architecte, il réalisa notamment la villa de San Ángel

pour Diego Rivera (la maison rose) et Frida Kahlo (la maison bleue).

Ces maisons jumelles et fonctionnalistes sont devenues un

 musée dédié aux trois artistes, le

Museo Estudio Diego Rivera de San Ángel, Mexico.

12273326058?profile=originalFaites entrer la lumière :

fonctionnelle avec ses deux ateliers indépendants, construite en 1933 par Juan O’Gorman selon des principes établis notamment par Le Corbusier (1887-1965), Walter Gropius (1883-1969), le fondateur du Bauhaus, ou Ludwig Mies van der Rohe (architecte allemand naturalisé américain, né en 1886 comme Diego Rivera à qui il ressemblait étrangement, mort en 1969).

Vingt ans plus tard, dans le même quartier de San Ángel, O’Gorman construisit une autre maison, inspirée cette fois du Palais idéal de Ferdinand Cheval (1836-1924).

La Maison Picassiette (Raymond Isidore, 1900-1964) n’est pas loin non plus.

Cette deuxième maison à San Ángel sera démolie en 1969.

Du fonctionnalisme au surréalisme…

Curieuses correspondances

 (photo captée sur le Net)

      Libérateur, le mouvement muraliste, né de la Révolution, porté par les « Trois Grands », devint école. Ecole qui se transforma rapidement en système, avec ses commandes publiques. Système qui entraîna la sclérose lorsque « La charge idéologique et didactique devient l’obstacle qui s’interpose fréquemment entre le spectateur d’aujourd’hui et les peintures de Rivera, d’Orozco et de Siqueiros. », Octavio Paz.

12273326456?profile=originalCarlos Mérida
Quetzaltenango (Guatemala), 1891-Mexico, 1984
Scène vaudoue
(huile sur toile, 1929)

« Ne vois-tu pas que le ciel est rouge ?
et jaune est le pré
Que les oranges ont un goût de rose. »
                                                                                  José Moreno Villa (1887-1955)

« Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange. »

Louis Aragon (1897-1982)

Alors se dégagent de nouvelles forces libératoires qui feront des années trente les plus bouillonnantes et les plus fécondes artistiquement. Et change la vision des choses.
       Certains feront des détours du côté du surréalisme (un surréalisme souvent de circonstances), Mérida toujours, ou Rufino Tamayo (1899-1991), qui fit l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis (déjà rencontré dans le billet consacré à son rival, Siqueiros). Et autres « Peintres de Mexico » (appellation d’origine contrôlée par Breton), Roberto Montenegro Nervo (1885-1968), Antonio ‘El Corcito’ Ruiz (1892-1964), Augustín Lazo Adalid (1896-1971), Manuel Rodríguez Lozano (1896-1971), Guillermo Meza Álvarez (1917-1997).

12273326490?profile=originalCarlos Mérida
Quetzaltenango (Guatemala), 1891-Mexico, 1984
L’amour est libre
(huile sur toile, 1940)
On peut penser à Mirò,
à Buñuel (mort au Mexique en 1983) et à Dalí,
à Un chien andalou
mais peut-on y penser en se rasant ?...

      En 1940 une « Exposiciόn internacional del surrealismo » se tint à la Galeria de Arte Mexicano avec des artistes tant européens (Ernst, Magritte, Mirò, de Chirico, Picasso, Dalí, Tanguy…) que locaux (Lazo, Lozano, Montenegro, Meza et Ruiz, ainsi que Mérida, bien que d’origine guatémaltèque, et José Moreno Villa, d’origine espagnole), cantonnés parmi les « Peintres de Mexico ». Kahlo, Rivera, pourtant peu « surréalistes », étant intronisés dans la section internationale. Le tout coordonné par Wolfgang Paalen et le poète péruvien César Moro*1, évidemment adoubé par Breton qui entend éminemment voir démontrée son intuition que « le Mexique tend à être le lieu surréaliste par excellence ».
Lieu que le poète et mécène Edward James (1907-1984) investit, installe et met en scène folies, ménagerie et sculptures pour en faire le jardin surréaliste idéal à Las Pozas sur la commune de Xilitla dans la Sierra Madre orientale. Utopie qui fit dire à son ami Salvador Dalí qu’il était « le seul fou authentique », « plus fou que tous les surréalistes réunis. » Et la jungle de La Huasteca devint son paradis, sa cité perdue, son « Xanadu surréaliste », le palais d’un Grand Khan émerveillant le Marco Polo de passage en ces lointaines et mystérieuses contrées.
Alors le Mexique, surréaliste ? Oui, si on veut, mais en Union libre,


« Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable. »
                                                                                                    André Breton, 1931

12273327054?profile=originalAntonio Ruiz
Texcoco, 1892-Mexico, 1964
Le rêve de La Malinche
(huile sur masonite, 1939)
Ecartelée entre le songe et la réalité…
Car tout est bon pour s’aliéner les naturels.
Le rapt destiné à former des interprètes par « truchement »,
l’alcool, le travail forcé, la spoliation, le massacre pur et simple,
mais aussi le métissage. Ainsi Hernán Cortés et la Malinche,
Garcilaso de la Vega et la princesse inca Chimpu Ocllo,
John Rolfe et Pocahontas…
Enracinée, car ici le surréalisme est bien ancré dans le réel.

« Oh, mes enfants ! Où pourrais-je vous emporter pour ne pas vous perdre ?» se lamentait la déesse Cihuacόatl lors de la Conquête du Mexique.
Une histoire qui, mêlée à celle de la Malinche, est à l’origine de la légende de La Llorona, « La Pleureuse » déambulant vêtue de blanc.
Qui ne sait rien de l’amour, Llorona
Ignore ce qu’est le martyre.

Ce qui n’empêche pas un certain humour noir, si prisé des surréalistes en général et de Breton en particulier qui en fit une anthologie. Aussi auraient-ils sûrement apprécié l’esprit de ce quatrain extrait d’une ballade traditionnelle mexicaine, Rosita Alvirez, inspirée d’un fait divers survenu en 1883 (ou 1900 selon la chanson).


« La nuit qu’on la tua,
Rosita eut de la chance :
Des trois balles qu’elle reçut,
Une seule était mortelle. »


Fatalisme latino-américain… Une mort vaut bien quatre vers pour qu’elle rengaine. Et Rosita aimait danser, alors pensez, trois balles.
Laissons passer cette oraison funèbre…

« Toi comme moi avons l’œil terne, pierre
Comme moi tu rêves d’un cataclysme
Parmi l’humidité la sécheresse ou le temps indifférent
Une même soif nous accable
Pareil destin : la terre l’ennui
De trop t’avoir fixée ô pierre
Me voilà dans l’exil
Parlant un langage de pierre
Aux oreilles du vent… »
                                                                                 César Moro, Pierre mère, 1943

12273327086?profile=originalJuan Carlos Bracho
Cosautlán de Carvajal, 1899-Mexico, 1966
La Race
Onyx-calcaire vert du Mexique, 1938
Où le festonnage de la pierre évoque nos circonvolutions,
la persistance de la mémoire.
Quand le rêve s’inscrit dans le marbre…
Nul besoin d’interprète, de divan.
Ou, pour paraphraser Magritte,
« L’art, tel que [les artistes mexicains] le conçoi[vent], est réfractaire à la psychanalyse. »
Il n’empêche, le sculpteur a ici habilement su jouer sa partition,
conjuguant son vocabulaire à l’écriture de la pierre,
ce qui n’aurait pas été non plus sans déplaire à Roger Caillois*2.

D’autres se tourneront vers le cubisme ou l’abstraction…

12273327673?profile=originalFernando García Ponce
Mérida, 1933-Mexico, 1987
Présence III
(acrylique, 1973)

      On peut dire que les Street artists contemporains, de Jean-Michel Basquiat à Kara Walker, en passant par la Renaissance de Harlem pendant l’entre-deux guerres, doivent beaucoup aux muralistes mexicains.
       Au Mexique même, un renouveau de l’art mural et de son esprit communautaire a vu le jour avec notamment le collectif d’artistes Tlacolulokos d’Oaxaca, animé par Javier Dario Cánul Melchor et Cosijosea Eleazar Cernas García, dont l’objectif est de redonner la parole au peuple indigène et de lutter contre les trafics, la corruption et la discrimination qui gangrènent le pays.
Ou encore Spaïk, les duos Cix Mugre, aux couleurs électrisantes, et Duek Glez avec qui il collabore généralement signant Cix&Duek, ou Octavio Alegria qui travaille avec l’Espagnole Ester del Prado pour former Alegria del Prado. Modernes et colorées leurs œuvres monumentales sont fortement ancrées dans la tradition et la mythologie préhispanique, avec cette touche de fantastique, de surréalisme qui fait souvent le charme du street-art. Avec eux le muralisme s’ouvre au XXIe siècle, de nouvelles pages s’écrivent sur les murs de nos villes. La rue est devenue livre ouvert sur le monde.
Et Mexico, une nouvelle Roma*3 ?
Roma ville ouverte, Roma sous les bombes de graffeurs fous qui signent généralement d’un pseudo (Andrik Noble, Franc Mun, Neza, Revost, Sego y Ovbal, Saner, Smithe, mais aussi Jorge Telleache). Et si, dans les quartiers, les hommes dominent, des femmes (Paola Beck, María Antonieta Canfield, Sofía Castellanos, Paola Delfín, Lourdes Villagόmez), teintes souvent plus douces et sensibilité environnementale plus affirmée, sont également très actives. Galeristes, spéculateurs et tour-opérateurs sont déjà en embuscade.
Les murales s’offrent une nouvelle jeunesse.

Passant, rafraîchis-toi…
Sirop de la rue, urbaine liqueur, les graffeurs investissent les rues
et nous interpellent avant que la police ne le fasse.

12273328286?profile=originalTlacolulokos (Dario Cánul et Cosijosea Cernas)
Para entrar al barrio (Pour entrer au quartier)
(fresque, Tlacolula de Matamoros, Oaxaca, 2017)
L’état d’Oaxaca, dont Tlacolula de Matamoros est aujourd’hui le chef-lieu, fut le cœur de la civilisation zapotèque. Avec cette expression d’une fierté revendiquée on est loin du stupide graffiti laissé par un tagueur qui n’exprime au mieux que son ego. Ici couleurs vives et messages forts sont des moyens de lutte contre la violence et l’illettrisme qui règnent dans le pays.
(photo captée sur le net)

      Tous ont aussi une dette envers la photographe Lola Álvarez Bravo*4 (née Dolores Martinez de Anda, 1903-1993), connue pour ses reportages et ses portraits de Frida Kahlo, qui innova en réalisant en 1948 les premiers muraux à partir de montages photographiques (elle mit également sur pied la seule exposition personnelle consacrée à Frida Kahlo de son vivant et dans son propre pays, au printemps 1953).

Les stridentistes enfin, groupe formé par le poète Manuel Maples Arce le 31 décembre 1921, avec des peintres tels Ramόn Alva de la Canal, vu au chapitre précédent, Germán Cueto, peintre et sculpteur, Fírmin Revueltas (1901-1935), ou Leopoldo Méndez (1902-1969).
Ce dernier, graveur digne successeur de Posada, fonde en 1937 l’Atelier Graphique Populaire (TGP) avec Pablo O’Higgins (1904-1983) et Luis Arenal Bastar (1909-1985).
       Le Taller de Gráfica Popular est un véritable chaudron où, autour de Méndez toujours très activiste, on conspue le fascisme, le capitalisme, le cléricalisme… et burine à tout va son effroi dans de féroces charges.
Une auberge (posada) mexicaine où gravitent graveurs et peintres en colère de Dieu tels Ignacio Aguirre (1900-1990), Everardo Razmírez Flores (1906-1992), Ángel Bracho (1911-2005), Antonio Pujol Jiménez (1913-1995), Jesús Escobedo Trejo (1918-1978), Gonzalo de la Paz Pérez (1919- ?), Francisco Pancho Mora (1922-2002)… pour ne citer que les moins connus.

12273328299?profile=originalAffiche réalisée par le TGP pour la Fédération des Travailleurs en soutien à Adolfo Ruiz Cortines (1889-1973).
Président du Mexique de 1952 à 1958, il poursuivit une politique d’industrialisation.
1952 est aussi l’année où les Mexicaines obtinrent le droit de vote.
(photo captée sur le net)

      On pourrait croire cet univers exclusivement masculin. Il n’en est rien. Fréquentèrent ce milieu de nombreuses graphistes. Œuvrant pour la liberté je ne saurai sans les nommer vous parler d’elles.

12273329090?profile=originalSarah Jiménez Vernis
Guyen Van Troy (xylographie, 1966)
Nguyễn Văn Trỗi (1940-1964) était un combattant Viêt-Cong pour le Front national de libération du Sud Viêt Nam. Il fut exécuté après une tentative d’attentat contre le Secrétaire à la Défense des Etats-Unis et l’ambassadeur américain. Contre l’impérialisme, il brandit une affiche à la gloire du Président de la République démocratique du Viêt-Nam, Hô Chi Minh.
(photo captée sur le net)

Sans plus de protocole, voici donc Elena Huerta Muzquiz (1908-1997), également muraliste ; Elizabeth Catlett Mora (1915-2012), d’origine afro-américaine elle fut aussi sculptrice et l’épouse du peintre Francisco Mora cité plus haut ; Celia Calderόn (1921-1969), par ailleurs aquarelliste ; Fanny Rabel*5 (née Rabinovitch, 1922-2008), excellente dessinatrice et pionnière du muralisme ; Mariana Yampolsky Urbach (1925-2002), américaine de naissance elle fut de plus une personnalité majeure de la photographie mexicaine ; Andrea Gόmez y Mendoza (1926-2012), pour le reste muraliste ; Sarah Jiménez Vernis (1927-2017), à la pointe sèche et acérée. Ou encore la plasticienne Leticia Ocharán (1942-1997)… Souvent restées dans l’ombre, elles poursuivirent néanmoins leurs desseins et prirent toute leur place dans la révolution plastique (et politique) de leur pays.

12273329262?profile=originalSarah Jiménez Vernis
Ferrocarrileros (Travailleurs du rail)
Combattantes sur tous les fronts, solidaires de toutes les causes du peuple,
comme ici des cheminots, les femmes…
(gravure sur linoléum, 1957)
(photo captée sur le net)

      Des listes qui peuvent sembler fastidieuses mais toutes et tous méritent une mention dans l’histoire de l’art, leurs œuvres d’être diffusées. Une énumération comme lieu de mémoire pour une posthume gloire. Une incantation pour la postérité et provoquer ce vertige poétique cher à Umberto Eco, comme on peut éprouver le syndrome de Stendhal.

12273329867?profile=originalLeopoldo Méndez
Mexico, 1902-1969
Le manège
(gravure sur linoléum, 1944)

« En route vers d’autres rêves nous sommes sortis avec la fin du jour ;
une étrange aventure nous a effeuillés dans le bonheur de la chair. »
                                                                              Manuel Maples Arce (1898-1981)

      La vie est un manège, un théâtre de marionnettes, aussi tournons cette page pour revenir à Germán Cueto et son épouse Lola pour un dernier tour et nous enivrer au son strident du limonaire.

12273329890?profile=originalGermán Cueto
Mexico, 1893-1975
Tête cubiste
(huile sur fibracel, 1948)

Germán Cueto fut également marionnettiste
avec sa femme Lola (née María Dolores Velásquez Rivas, 1897-1978),
exploitant la puissance subversive de leurs fantoches.
Je vais vous les présenter…

12273330859?profile=originalMarionnettes de Lola et Germán Cueto
Comme la caricature, le pamphlet, le street-art
la marionnette cogne sur le pouvoir.
Ainsi font font font Guiñol et Gnafron.

12273330699?profile=originalDebout devant la Casa Azul de Frida Kahlo à Coyoacán

(aujourd’hui Museo Frida Kahlo)


« Devinez, devinez qui je suis
Derrière mon loup, je fais ce qui me plaît… »*6
(photo captée sur le net)

12273331462?profile=originalÁngel Zárraga y Argüelles (1886-1946)
La femme et le pantin
(huile sur toile, 1909)

Rideau !
Toutefois, afin de montrer toute la diversité de la peinture mexicaine du XXe siècle et que la terre ne tourne pas autour du seul axe Paris/New-York, un dernier billet sera consacré aux Contemporáneos
Quant à la première partie de cette série, c’est ici :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-jos-david-et-les-autres-que-viva-mexico

Michel Lansardière (texte et photos)

*1 César Moro (Alfredo Quíspez Asín, dit ; 1903-1956), poète surréaliste, résida au Mexique de 1938 à 1948, il y développa son langage, devenant également le porte-parole du mouvement.


*2 Roger Caillois (1913-1978), compagnon de route des surréalistes, auteur, entre autres, de Pierres, L’écriture des pierres, Pierres réfléchies. Pour lui :
« Laisser passer en soi la nature, ce n’est pas pour l’homme tenter ou feindre de retourner au nerf ou à l’inerte, ni essayer de se démettre des pouvoirs qui lui sont échus.
C’est, au contraire, les approfondir, les exalter et les contraindre à de nouveaux devoirs. »
Ce que fit l’artiste, plier la pierre calcaire à son imaginaire, donnant à La Race indigène ce port fier et accomplissant ainsi cette formulation de son compatriote Octavio Paz :
« La fonction de l’art est nous ouvrir les portes qui donnent de l’autre côté de la réalité. »
A propos d’onyx, il en est de deux sortes, sans rapport aucun si ce n’est une certaine analogie de forme. L’onyx, une calcédoine ou agate, généralement à deux couches, blanche et noire, de la silice (SiO2) donc qui sert notamment à confectionner des camées. Et l’onyx, une sorte de marbre plus ou moins rubané et translucide, une calcite (CaCO3) en conséquent, utilisé pour la décoration ou la statuaire. En outre, la première est dure et résistante, la seconde tendre et cassante. Dans le cas de la pierre employée ici par le sculpteur on doit parler de marbre-onyx ou onyx-calcaire.


*3 Roma est un quartier de Mexico très investi par les street artists. Avec toutes ces infos gringos vous voilà tout de go un peu devenu Chilango (terme familier pour natif de Mexico, un peu comme en argot Parigot).


*4 Lola Álvarez Bravo fut d’abord l’assistante puis l’épouse, de 1925 à 1934, du célèbre photographe mexicain Manuel Álvarez Bravo (1902-2002). Deux autres photographes aujourd’hui renommées, Graciela Iturbide (née en 1942) et Flor Garduño (née en 1957) furent également ses assistantes. Toutes trois ont su saisir la tension entre tradition et modernité et capter l’attention d’un vaste public. Elles prolongent en quelque sorte le travail de Tina Modotti (née à Udine en Italie en 1896, morte à Mexico en 1942). Sensibilité à fleur de pellicule, perspective moderniste, révolutionnaire, elle immortalisa notamment les femmes de la petite communauté matriarcale de Tehuantepec dont je vous ai brièvement entretenu dans mon article « Femmes, fières, rebelles. » Elles sont d’indispensables témoins de leur temps. Cette note complète donc mon billet-hommage aux femmes peintres auquel je vous renvoie :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-rebelles-3e-parie-alice-lilia-leonora-remedios-au


Objectif en bandoulière, qu’il me soit permis d’ajouter ici dans un champ de vision élargi, Kati Horna (1912-2000), d’origine hongroise, mexicaine d’adoption décédée à Mexico, la Suissesse Eva Sulzer (1902-1990), autre « sorcière » du surréalisme qui réalisa un reportage en 1939 pour la revue DYN dirigée par Wolfgang Paalen, et Mariana Yamposky Urbach (1925-2002), graveuse et photographe d’origine américaine. Sans oublier Gisèle Freund (1908-2000), la « sociologue de l’image », qui passa au Mexique deux ans de sa vie, ce pays « où rien n’est médiocre ni insignifiant ». Toute une bande sensible qui a su aller au-delà de la surface et tirer leur vérité des épreuves.


*5 Fanny Rabel fut l’élève de Frida Kahlo, elle formait avec Arturo Monroy Becerril, Arturo Estreda Hernández et Arturo García Bustos, ceux que Frida appelait malicieusement los Fridos.


*6 … David Bowie
(photographie de Fernando Aceves, 20/10/1997). Germán Cueto, qui séjourna à Paris entre 1927 et 1932 avec sa femme Lola, créa de nombreux masques, en métal ou en terre-cuite, alliant cubisme et traditionalisme. Une coutume bien établie au Mexique où ils sont souvent réalisés en papier mâché. Et que l’on ne me dites pas comme Martine Aubry que « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup », les paroles sont de La compagnie créole. Derrière mon écran, cet autre masque, je contrôle tout.

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La chenille



En ce mois de Mars battu de pluie et de vent,

A travers la forêt sur un sentier paisible
Une chenille sur des rails invisibles
Se hâte à rejoindre un nid sûrement.

Elle n'est pas seule, toute la famille y est,
Un long cortège où s'agrippent " des mains ".
A s'y m'éprendre en regardant de près :
Une procession de fidèles sur un chemin. !

Elle est Ô combien confiante cette chenille,
Il faut dire que nul bruit n'est à l'horizon.
Et elle n'est pas avec deux ou trois broutilles
Un danger qui soit pire à ses compagnons.

Mais les bruits que l'on n'entend pas sont les pires,
Ils passent vite et sont aveugles des petits.
Alors la chenille que la route inspire
Sous des roues écrasée bêtement finit  !

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L'HIVER S'EN VA !

L'ondée chantonne dans les arbres amaigris,

la seine est triste, toute ralentie,

le ciel  est anthracite, les toitures sont grises, 

le paysage de mars,  monochrome, un peu vague,

ce matin tout entière m'enveloppe !

Il fait froid et humide,les cygnes regardent au 

bord de l'eau, les péniches passer, les instants s'écouler.

C'est l'hiver qui s'en va, de ses pas lourds et noirs,

nous faisant cher payer, les semaines précédentes,

bien trop bleues, bien trop claires !

L'impatience du printemps à vouloir l'évincer, l'aurait-il

à ce point rendu si ténébreux, du matin jusqu'au soir ?

l'ondée chantonne sur les roses encore closes,

la seine est insonore, dans la brume captive,

seule je marche, touchée par toute cette gratuité,

ces somptuosités que la terre malmenée, nous offre,

nous laisse voir !

Ne s'agit-il pas du plus beau, plus profond corps-à-corps,

celui qui associe mon souffle à celui de la terre-mère ?

NINA

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administrateur littératures

Deux belles voix de nos Lettres, deux voies semées de mots reflets de leurs pensées et de celles de leurs personnages, émotion et sensibilité au rendez-vous.

Ecrivaine prolixe, elle se dit curieuse et contestataire, et elle aime comprendre, le questionnement au coeur et à l'esprit, ses principaux centres d'intérêts : le théâtre, la littérature, la peinture,... En ce dimanche après-midi, Jacqueline Gilbert nous évoquera deux de ses parutions.

Juriste de formation, elle nous avoue que lire et écrire ont toujours fait partie de sa vie, qu'il s'agisse d'articles de nature juridique, de poèmes, de nouvelles ou de récits de voyage. "Ecrire, c'est surtout se donner aux autres sans réserve mais par fragments..." Auteure entre autre de nombreux romans, Martine Rouhart nous parlera elle aussi de deux de ses publications.

Nul doute que cet après-midi du 21 novembre à l'Espace Art Gallery en compagnie de ces deux écrivaines sera à la fois captivante et fascinante, la rencontre débutant à 15h30, et suivra une chronique de l'événement...

Merci de votre attention!

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administrateur théâtres

– Culture – Raphaël (1520-2020) au Mont des Arts

 Février 27, 2020 

Raphaël : Une exposition impossible

La région des Marches en Italie a voulu rendre un vibrant hommage à la vie et l’œuvre de Raphaël, l’un des piliers de la Renaissance en Europe après Leonardo Da Vinci.

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Cette exposition a été conçue et réalisée par Renato Parascandolo sous la haute supervision scientifique de Ferdinando Bologna, hélas récemment décédé.

Elle se tient à Bruxelles,cœur de l’Europe, du 14 février au 14 mars 2020, dans l’espace du palais des Congrès, le Brussels Convention Center, au Mont des Arts, une adresse on ne peut plus appropriée! Nommée « The Square » pour les citoyens du monde!

Avantage inattendu, l’entrée est totalement gratuite et l’expo est visible tous les jours de 10 à 19h. C’est l’occasion rêvée, non seulement de venir découvrir en un seul lieu nombre d’œuvres du grand maître italien Raphaël, mais même d’y retourner plusieurs fois, si le cœur vous en dit!

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Selon Renato Parascandolo, l’organisateur de cette exposition dite « impossible », nous serions comme au début de la Renaissance: au tournant d’une nouvelle ère, au seuil d’une nouvelle période artistique. Tout comme à la Renaissance, qui débuta une nouvelle phase formidable de l’histoire humaine, après le « sombre Moyen-Age». Il n’empêche, l’organisateur n’hésite pas à qualifier généreusement l’âge des cathédrales de génial et de créatif, malgré ses guerres incessantes, sa misère, ses famines, ses maladies dévastatrices, son fanatisme et son obscurantisme religieux. Oserait-il un parallèle avec notre époque?

En termes simples, il estime sérieusement que la culture est l’un  des plus grands réservoirs d’énergie pour notre espèce humaine, doublé d’un inestimable facteur de paix. La culture soutient non seulement l’évolution de la pensée humaine, le progrès scientifique et la spéculation créative, mais elle offre même des effets pratiques immédiats en termes de progrès économique, un motif si cher à notre siècle!

En effet, cette initiative culturelle italienne qui célèbre le génie de l’illustre peintre et architecte Raphaël (1487-1520) part de l’institut du tourisme des Marches, en Italie, qui fête les 500 ans de la mort de l’artiste.

Depuis plus d’un an, un nombre conséquent de rencontres et activités culturelles ont lieu autour de Raphaël, en particulier dans sa ville natale, Urbino. Sa renommée ne cesse d’attirer un public toujours plus nombreux.

Sans compter que la région des Marches vient d’être classée en seconde position du top 10 mondial des régions les plus intéressantes à visiter en 2020, selon Lonely Planet « Best in travel 2020- Régions ».

Après Bruxelles, cette expo d’un genre complètement inédit se transportera après à Paris, Moscou, Yekaterinburg (Oural), Sofia, Munich, Frankfurt et Vienne, pour un tour d’Europe prestigieux.

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L’exposition est dite totalement « impossible » puisqu’elle réunit, dans un même lieu, 45 œuvres d’art venant de 17 pays différents, dont une reproduction grandeur nature de l’immense «Fresque de l’école d’Athènes» dédiée à la philosophie et conservée au Vatican.

Il est extraordinaire de se rendre compte, qu’avec nos nouvelles technologies, nous pouvons désormais faire voyager des œuvres en copie parfaite, pour disséminer la culture de par le monde. Au Moyen-Âge, les grands peintres, tel que Raphaël, s’entouraient d’élèves qui participaient à la création des œuvres et qui en reproduisaient des copies pour la circulation de la culture. Aussi,avec les moyens technologiques dont nous disposons aujourd’hui , il serait malvenu de reprocher cette nouvelle forme de vulgarisation.

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crédit photo : Laurent Nizette

Voir l’œuvre originale dans son lieux de conservation est évidemment un privilège inestimable, mais permettre à un large public d’être confronté à la beauté des œuvres et l’amener à les appréciés est non moins souhaitables. Citons André Malraux:

« Aucune reproduction, même parfaite techniquement, ne peut convaincre et émouvoir davantage que l’oeuvre d’art originale. Pourtant, la reproduction photographique de l’oeuvre d’art a permis à des dizaines de millions de personnes de découvrir, d’apprécier des chefs d’oeuvre des grands artistes de toutes les époques, et en même temps de leur donner envie de visiter les lieux où ces chefs d’oeuvre se trouvent, pour pouvoir les admirer dans la splendeur de leur authenticité »

« The Impossible Exibit » ouvre un nouveau type de musée, destiné non seulement à ceux qui aiment l’art, mais aussi à ce large public de gens qui ne fréquente pas souvent des musées, et en particulier à ces jeunes, si friands de nouvelles technologies et d’«edutainment». L’utilisation de plus en plus courante de celles-ci met les jeunes dans une position bénéfique de réception optimale de la culture. Ainsi,s’acheminerait-on vers une sorte de nouvelle «démocratie culturelle».

L’image contient peut-être : 5 personnes

L’extraordinaire beauté des peintures de Raphaël est captée sur des toiles reproduisant à l’identique les œuvres originales du peintre, texture, format et couleur. La peinture est sublimée par un éclairage venant de derrière la toile qui invite à contempler et découvrir encore plus le détail et les moindres recoins d’une œuvre qui apparaît comme fraîchement restaurée. L’avantage est que l’on peut s’approcher sans crainte de celle-ci, sans risquer de l’endommager ou de se faire refouler par des gardes ou des sonneries d’alarme intempestives. On peut aussi photographier sans limite. Et le coût du voyage des œuvres ne passe plus par des contrats d’assurances astronomiques!

Raphaël a eu une carrière brillante mais brève puisqu’il est décédé à seulement 37 ans. L’exposition retrace son parcours au moyen de reproductions d’œuvres exposées dans les plus grands musées du
monde : La galerie des Offices, les musées du Vatican, la Pinacothèque de Brera à Milan, la galerie Borghese à Rome, le Louvre à Paris, le Prado à Madrid et la Gemäldegalerie à Berlin, ainsi que l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et la National Gallery de Washington, pour n’en citer que quelques-uns. Ces musées conservent d’incroyables chefs-d’œuvre comme la Madonna del Cardellino, La Deposizione, Il Ritratto di Baldassare Castiglione et l’oeuvre commandée par le pape Giulio II, Le Stanze Vaticane, qui fit de lui le meilleur interprète de la Maniera Moderna.

En direct vous aurez des commentaires, bien trop brefs hélas, sur chaque œuvre exposée si vous disposez d’un smartphone.

Mais que tout cela bien sûr, n’empêche personne de voyager, dans le temps et l’espace, de se rendre sur les lieux pour approcher les œuvres inestimables dans les écrins séculaires qui les abritent!

Dominique-Hélène Lemaire ( pour Arts et Lettres)

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Modestie

Laisser narcisse  à ses grands airs

Confondre  déférence  et arrogance

Périlleuses  les méandres

De  l’atroce arrogance

L’accointance des cimes

Ne protège point du déluge

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information

une société de production souhaiterait emprunter votre/vos œuvres pour le/les décors d’un/de plusieurs épisodes de la 2ème saison de la série policière « Unité 42 » réalisée en co-production avec la RTBF

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administrateur partenariats

Nostalgie

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Enfin ! la voilà !

Cette neige.

La magie de l'enfance...J'ai grandi, avec mes soeurs plus jeunes, à la campagne, avec une paire de bottes en caoutchouc, les cheveux libres et sauvages au vent, et les mains pleines de mûres écrasées. En hiver, la neige était notre meilleur défoulement, dans les prairies "à bosses" d'où l'on ne sortait que quand les mamans nous criaient de rentrer, vers 17h...
Les rares voitures ne montaient pas la petite côte de la rue, et les pères de famille les abandonnaient pour finir à pied, les mamans attendaient la famille avec une soupe que la cuisinière à charbon tenait au chaud. Nous rentrions, dégoulinant de la neige collée qui se mettait à fondre, et mettions nos petits pieds dans le tiroir à bois ouvert, devant la cuisinière. Les joues rouges, le regard perçant, nous laissions derrière nous des journées bien remplies, une part de l'enfance qui jamais ne s'en irait.
LM

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Verre de l'amitié et de la Culture

Chers amis,
J'aurais grand plaisir à vous retrouver autour d'un verre et de mes tableaux,
pour faire votre connaissance, au finissage de mon exposition de tableaux,
le 29 février autour de 17h30,
à Espace Art Gallery de Bruxelles.
Amicalement,
Serge Tenèze,
sergeteneze.fr

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J'ASSUME...

Il y a longtemps que je vis

Presque aussi longtemps que j'écris!

Besoin d'coucher sur du papier

De quoi tout rendre plus léger...

Toujours si seule face au présent

Envie d'se confronter au vent

Peut-être qu'il emportera

Ces joutes où trébuchent nos pas?

Au bout des jours enfin trouver

Des regards où se reposer

C'est sans aucun doute un peu fou!

Mais aujourd'hui, je crois en vous...

J.G.

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Février s’égrène en courte journée d’hiver.  Nombreux sont les regards impatients d’appréhender le printemps malgré ces quelques semaines sur lesquelles s’étend la froide saison.  On dit que s’émiette la réputation d’une période qui se voulait rude pour les plus frileux d’entre nous.  Qu’importe qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid, j’ai la littérature en larme, j’ai le moral en berne et plus rien ne porte de couleur depuis le départ du président du Salon International du livre de Mazamet.

On me pose souvent la question des raisons qui poussent mes chroniques à ne pas privilégier  les créateurs de notre terroir.  Que répondre à cette interpellation ?  Privilégier me semble réducteur et je ne suis pas certain que c’est là mon rôle.  Ne convient-il pas d’ouvrir les yeux vers d’autres horizons, placer des ponts, créer des liens afin qu’un jour les œuvres de nos auteurs se découvrent dans des contrées surprenantes, sur d’autres continents ?  J’ose croire que grâce à cette ouverture quelques écrivains originaires de nos vallées pourront se vêtir du titre « d’écrivains internationaux ».

82605323_2633734496674607_4326200646068862976_n.jpg?profile=RESIZE_710xC’est en grande partie grâce à Michel Sabarthes que j’ai compris l’importance de l’ouverture d’esprit. Après tout, n’est-ce pas lui qui confiait son enthousiasme quand on s’exprimait en termes de francophonie littéraire ?  C’était impressionnant de contempler l’énergie déployée par un seul homme afin que brille la littérature sur les rives du thoré. 

En provenance de tous les coins de France, de Hollande, de Belgique, de Suisse, du Canada et du continent Africain nombreux sont ceux qui répondaient à l’appel d’un seul homme afin de ne pas manquer l’évènement que l’on disait incontournable. 

Il m’est impossible ne de ne pas exprimer toute ma reconnaissance pour ces instants chargés d’émotion lorsqu’il s’avançait sur scène afin d’annoncer le début de chaque évènement.  Que dire de ces larmes de joie à l’instant où résonnait le nom d’une œuvre couronnée afin de recevoir les lauriers d’une reconnaissance méritée ?     

C’est en mai 2014 que j’allais rencontrer pour la première fois Michel Sabarthes.  Il faisait partie de ces hommes qui me semblaient inaccessibles et pour cause !  Les personnes qui le fréquentaient s’appelaient Marc et Michel Galabru, Nelson Monfort, Ariane Bois, Jean-François Prè et j’en passe.  À quoi bon étendre nos éloges puisqu’à l’époque je ne connaissais personne? image.jpg?profile=RESIZE_710x  

L’aventure a débuté un matin de mai. Le petit Belge que je suis passait par hasard devant le palais des congrès de Mazamet.  Une affiche attira mon regard, « Salon du livre ».  J’ai donc poussé la porte et à mon grand étonnement les bras se sont ouverts.  Existe-t-il un hasard ?  Nos vies sont-elles prédestinées ?  Une porte ouverte, une place d’exposant libre, ils m’ont proposé de rejoindre une chaise.   Pourquoi ai-je accepté ? J’avais mes livres à vendre et malgré qu’un salon littéraire se produisait là-bas, à plus de mille deux cents kilomètres de chez moi,  j’étais dans le coin et pourquoi pas ?

Me voici en tenue estivale songeant qu’après les quelques minutes nécessaires à poser mes ouvrages je retournerais retrouver mes valises le temps de me changer…  Oui, mais, ces valises étaient posées trop loin, on n’avait pas le temps, il y avait ce diner de gala et pas question de ne pas m’y rendre.  Soirée de gêne quant au milieu de ce monde me voici présenté comme étant celui qui vient du nord.  Je n’oublierai jamais mon désarroi, revêtu d’un chandail abondamment troué, quand vint l’instant des présentations. 

Ils n’oublieront jamais cette première rencontre qui aujourd’hui encore fait jaser la légende.  Voici comment j’allais découvrir une amitié profonde.  Michel Sabarthes faisait partie de ces hommes qui ne prêtaient aucune attention à la tenue de ses protégés.  Heureusement, il me prit sous son aile, me récita le monde comme si le monde était un joli paysage dans lequel chacun est en droit d’y trouver sa place.  Levé avant l’aurore Michel tendait la main afin de partager son temps, sa force quand les plus faibles s’écorchaient à la vie.  Ses éclats de rire précéderont au fil des années l’anecdote de notre rencontre.  Cette mésaventure sera cent fois contée pour qu’au fil du temps elle prenne une toute autre couleur que la réalité.  Qu’importe, nous nous comprenions et si nous emportions nos éclats de rire c’était souvent sans la moindre méchanceté. 

Il vivait "pour" le Salon International du livre de Mazamet.

Chaque année c'était un marathon.  En compagnie de Babé, sa compagne, il parcourait des centaines de kilomètres afin de promouvoir l’évènement.  On aurait dit un vieux chêne que rien ne pouvait abattre, un de ces piliers sur lesquelles s’appuient tant et tant d’espoirs qu’on aurait pu croire qu’il faisait partie d’une histoire éternelle.  Si Michel Sabarthes n’était pas un dieu, pas comme les hommes pourraient l’imaginer, il s’est forgé une place non pas au pied de l’Olympe, mais dans cet endroit magnifique, qui surplombe la ville, sur les flancs de la montagne noire.  De là où il repose son âme plane au-dessus du petit cimetière dans lequel on l’a déposé.  Elle pourra deviner l’agitation des êtres et ce tumulte doit le faire abondamment sourire. 

Mais la vie est ainsi faite, l’éternité n’est pas conçue pour nous. 

Le matin du dimanche 12 janvier 2020, le téléphone a résonné en plaintes désespérées.  Michel Sabarthes a salué le monde en révérence ultime. 

Le rideau est tombé, les larmes ont pris la place de nos taquineries de potache.  Depuis ce matin-là, je n’ai plus envie de rien puisque plus rien n’a d’importance. 

Perdre un ami ne me semblait pas si grave, je me disais que cela fait partie de nos parcours… 

Comment aurais-je pu deviner que l’amitié peut être proche d’une forme d’amour ?  Comment aurais-je pu savoir que la perte d’un ami pouvait ressembler à l’ablation d’un membre ? 

Le soleil se lève sans se soucier de nos brisures et pourtant, sa présence m’est comme indifférente.  J’attends comme si Michel allait m’appeler pour me confier un truc qui ne peut attendre.  J’attends qu’il me demande des nouvelles de mes petits-enfants. 

Pourquoi ce silence?  Pourquoi ne me confie-t-il plus ces trucs que parfois je ne comprenais pas?  J’attends qu’il râle parce que parfois les auteurs sont des gens compliqués.  J’attends qu’il me parle de Marc Galabru, de sa tombe qu’il entretenait quand il avait le temps…  Qui s’en occupera maintenant ?  Qui partira sur les  routes de Collioure pour contempler la mer en écoutant le saxo de Jean Pierard résonner en sourdine.

Jean ne joue plus depuis longtemps, depuis qu’il vit dans un appartement.  De temps en temps, de plus en plus rarement, résonne son saxo au pied d’un terrain vague ou dans nos cœurs, dans notre imagination…  

Michel Sabarthes aimait les écrivains comme s’ils faisaient partie de sa famille.  ll me parlait de Patricia Fontaine avec respect, effleurait le nom de Ziska Larouge parce qu’il adorait sa façon d’écrire. 

- Et Câilne, tu te souviens de Câline quand elle a renversé son pot de fleurs?  On en tenait une bonne à cette soirée là.

Puis il racontait Virginie, cette fille tellement bien!  Il demandait ce que devenait Perrine, Bou et tous les autres.  Il m’écoutait parler de Rocamadour en insistant sur la qualité de « ces gens ».  Chaque artiste existait à ses yeux comme s’il était l’unique, comme s’il était prodigieux malgré les trahisons.  Je n’en parlerai pas, il n’aimait pas qu’on souligne les moutons noirs qui profitaient de sa réputation.  Il détestait les querelles de clocher, il ne vivait que pour aimer partager.

J’ai mal d’une douleur impossible à définir.  C’est comme une souffrance insupportable qu’il nous faudra supporter pourtant.  Plus rien ne m’offre l’envie de continuer même s’il faut continuer pourtant.  Cette chronique est la première que je rédige depuis longtemps.  Oui, ça fait du bien d’écrire même si ma plume me semble émoussée.  J’ai reçu énormément de messages d’encouragement et je n’ai pas trouvé le courage d’y répondre…  Au début je ne comprenais pas pourquoi tous ces gens s’adressaient à moi.  Je me sentais, comment le dire ?  Je crois que le mot exact serait « intrus ».  Notre amitié, parait-il, faisait partie de notre histoire, je ne le savais pas, pas à ce point-là.  Grises sont les journées depuis qu’a résonné la sonnerie du téléphone.  Dans la rue on montre bonne figure, mais ce n’est jamais qu’un rôle qu’on tente de jouer.  Février s’égrène en courte soirée pluvieuse.  Les yeux sont embués probablement en raison de l’âge, quoi d’autre ?  Un souffle s’est arrêté, un ami est parti.  Ils disent tous qu’ils ne l’oublieront jamais, mais alors, pourquoi ai-je tant de mal à croire à ces promesses ?

Adieu Michel, merci pour ce joli morceau d’existence partagé.

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administrateur littératures

De la bonne humeur, même du bonheur, une attention soutenue, des échanges aussi sincères que spontanés, beaucoup de sensibilité et d'émotion à l'évocation de souvenirs et autres anecdotes, c'est ce qui caractérise principalement les Rencontres Littéraires de Bruxelles qui se déroulent à l'Espace Art Gallery, 83 rue de Laeken, 1000 Bruxelles, à un bon jet de pierres de la place de Brouckère, celles-ci nous revenant prochainement plus légères dans la clarté du jour et non plus à l'aube du crépuscule...en espérant que ce (maudit virus) s'éloigne enfin de nous.

Le 21 novembre, un dimanche, une nouvelle formule de rencontres sera inaugurée toujours dans cette lumineuse galerie d'Arts qui se prête également aux Lettres, les Rencontres se déroulant entourées de tableaux de peintres et autres artistes mis en valeur durant plusieurs semaines.

A raison d'une tous les deux mois excepté en juillet et en août, ces Rencontres vitrine de nos Lettres se vivront désormais le troisième dimanche du mois de 15h30 à 18h00 environ, mettant à l'honneur chaque fois deux écrivains, leurs parcours respectifs et un (ou deux) de leurs ouvrages qu'ils présenteront  au public. Plus de thématique particulière, l'entrée libre et bienvenue à tous, jeunes et moins jeunes, intéressés ou simplement curieux de rencontres avec le meilleur de notre littérature.

Un accueil garanti convivial dès 15h30 précédera la Rencontre en elle-même qui ne dépassera point la durée d'une heure; suivront quelques annonces liées à la galerie, la séance de signatures et un drink ouvert à tous. Contacts et synergie. Ces rencontres ne seront donc pas que littéraires.

L'équipe sur le pont et à l'origine de cette heureuse initiative? Nous avons tout d'abord Robert Paul, son initiateur également fondateur du prestigieux réseau Arts et Lettres, ensuite Jerry Delfosse, coordinateur et directeur de l'Espace Art Gallery, puis Anita De Meyer, photographe professionnelle en charge de la médiatisation de l'événement, enfin Thierry-Marie Delaunois, chroniqueur des Rencontres également en charge de la gestion de l'événement. Ces personnes, chacune avec ses spécificités, se sont unies pour vous concocter une après-midi dominicale aussi inspirée qu'inspirante. Un peu de temps devant vous le 21 novembre prochain puis le 16 janvier 2022 même heure bien sûr? A vos agendas pour bloquer les dates!

Les auteurs (ou autrices) invités le 21 novembre: Jacqueline Gilbert et Martine Rouhart

Le déroulement en clair?

 - Accueil et petit quart d'heure académique

 - Présentation avec lecture publique (1h-1h10)

 - Annonces de la Galerie par Jerry Delfosse

 - Séance de signatures et drink des amitiés littéraires

A bientôt et merci de votre attention!

Thierry-Marie Delaunois

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Paul Klee : La genèse de la création

Paul Klee : La genèse de la création
Paul Klee : La genèse de la création

Le texte : 

"Je voudrais maintenant examiner la dimension de l'objet sous un jour nouveau, en lui-même, et essayer à ce propos de montrer comment l'artiste en arrive souvent à une "déformation" apparemment arbitraire des réalités naturelles.

Tout d'abord l'artiste n'accorde pas aux apparences de la nature la même importance contraignante que ses nombreux détracteurs réalistes. Il ne s'y sent pas tellement assujetti, les formes arrêtées ne représentant pas à ses yeux l’essence du processus créateur dans la nature. La nature naturante lui importe davantage que la nature naturée.

Peut-être est-il philosophe à son insu, et s'il ne tient pas, comme les optimistes, ce monde pour le meilleur des mondes possibles, ni ne veut affirmer non plus que celui qui nous entoure est trop mauvais pour qu'on puisse le prendre comme modèle, il se dit toutefois : sous cette forme reçue, il  n'est pas le seul monde possible.

L'artiste scrute alors d'un regard pénétrant les choses que la nature lui a mises toutes formées sous les yeux.

Plus loin plonge son regard et plus son horizon s'élargit du présent au passé. Et plus s'imprime en lui, au lieu d'une image finie de la nature, celle - la seule qui importe - de la création comme genèse.

Il s'autorise alors à penser aussi que la création ne peut guère être achevée à ce jour, et c'est vers le futur qu'il repousse maintenant les limites de cette oeuvre de création du monde, reconnaissant ainsi à la  genèse une durée continuée."

(Paul Klee, Théorie de l'art moderne, "De l'art moderne", Editions Gonthier, p. 28-29)

En mémoire de Monsieur Mikel Dufrenne... 

Explication du texte :

Dans ce texte, extrait d'une conférence publique prononcée à Iéna en 1924, paru dans Théorie de l'art moderne, Paul Klee qui fut l'un des trois pionniers de l'art moderne, avec Pablo Picasso et Vassili Kandinsky en expose les fondements théoriques.

Sa thèse est que l'art moderne ne reproduit pas les apparences du monde, mais traduit la genèse de la création.

Il propose les arguments suivants :

a) La déformation des réalités naturelles qu'opère l'art moderne n'est arbitraire qu'en apparence.

b) L'artiste moderne n'accorde pas une importance contraignante aux apparences de la nature.

c) Les formes arrêtées (visibles) ne représentent pas à ses yeux l'essence du processus créateur dans la nature.

d) Sous cette forme reçue, le monde n'est pas le seul monde possible.

e) L'artiste moderne intègre dans sa vision du monde (de la nature) la dimension du temps et la conception de la création comme genèse, durée continuée.

Dans ce passage, Paul Klee ne donne pas d'exemples à l'appui de ses arguments, mais on peut penser aux œuvres de Vassily Kandinsky, de Pablo Picasso ou de Paul Klee lui-même.

Les artistes modernes, rompent avec la conception traditionnelle de l'art comme "imitation de la nature" (Aristote). Dans ses œuvres, Paul Klee ne retient que des formes, des traits, des figures géométriques, des couleurs qui existent bien dans la nature. Ils sont le langage nouveau dont Théorie de l'art moderne est la grammaire, mais non les apparences (phénomènes) que nous percevons. 

Il peut aussi ajouter au monde des détails qui n'y sont pas ou qui appartiennent à d'autres fragments du réel. Par exemple, quand Paul Klee peint des ponts avec des pieds, il ne reproduit pas la réalité. En effet chacun sait (ou croit savoir) que dans la réalité, les ponts n'ont pas de pieds.  Mais le langage courant, lui, ne s'y trompe pas, quand il dit, par exemple, que le viaduc de Millau "enjambe" la vallée du Tarn.

Paul Klee ne  peint pas "comme un enfant", comme on le lui a souvent reproché au début de sa carrière, mais il porte sur le monde, avec toute la science et la maîtrise d'un artiste adulte en pleine possession de ses moyens, le regard transfigurant de l'imagination créatrice.

L'artiste moderne "déforme" la réalité naturelle et cette déformation paraît arbitraire aux yeux de ses détracteurs. Le terme "arbitraire" est péjoratif. "Arbitraire" s'oppose à "nécessaire". Une décision arbitraire est une décision qui ne se soumet pas à la raison, à la nécessité, qui exprime le caprice d'un seul homme. 

Paul Klee entend montrer que la déformation des réalités naturelles dans l'art moderne comme les arbres ou les visages, ou des réalités visibles en général, y compris les création humaines, comme les ponts , les routes ou les maisons, ne sont pas "arbitraires", mais relèvent au contraire d'une nécessité pertinente.

"L'artiste moderne n'accorde pas aux apparences de la nature la même importance contraignante que ses nombreux détracteurs réalistes". Les "détracteurs réalistes" de l'artiste moderne sont ceux qui estiment que l'artiste a, en tout lieu et en tout temps, une seule et même tâche (mission) : celle de représenter la réalité, de la reproduire aussi fidèlement que possible, autrement dit, comme le dit avec humour Paul Klee dans un autre passage, il est inadmissible, selon eux, que "le portrait de l'oncle Georges ne  ressemble pas à l'oncle Georges". 

L'artiste moderne ne se sent pas contraint par les apparences de la nature comme pouvaient l'être ses prédécesseurs.  

Pour illustrer cet idéal de l'artiste dont l'oeuvre est une parfaite imitation de la nature, la légende raconte que le peintre grec Zeuxis avait peint un "Enfant aux raisins" ; la grappe de raisin était représentée de façon tellement véridique, tellement réaliste que les oiseaux venaient la picorer. Cependant Zeuxis  déclara : « J'ai mieux peint les raisins que l'enfant ; car si j'avais aussi bien réussi pour celui-ci, l'oiseau aurait dû avoir peur ».

Le regret que l'on prête à Zeuxis montre que cet idéal de reproduction fidèle de la réalité n'est pas accessible. Il se montre aujourd'hui dans une forme particulière de création artistique que l'on appelle "l’hyperréalisme", qui est loin d'être une simple reproduction de la réalité. Même la photographie la plus banale, sans parler des photos d'art ne reproduit pas la réalité, mais la choisit et la redouble en la réduisant par un procédé technique.

En effet, les peintres du passé, y compris sans doute Zeuxis lui-même, dont les œuvres ne nous ont malheureusement pas été conservées ne reproduisaient pas le "réel", mais traduisaient une certaine vision personnelle, intérieure du réel, une vision du réel, transfiguré, comme dit Hegel, par l'esprit.

Selon Paul Klee, l'artiste moderne va plus loin. Il se libère le plus complètement possible des "formes arrêtées" pour coïncider avec le processus créateur à l'oeuvre dans la nature. 

Pour clarifier cette démarche, Klee se réfère à la distinction que font Spinoza dans L'Ethique et Kant dans la Critique du Jugement, entre "nature naturante" (natura naturans) et "nature naturée" (natura naturata) : nous voyons des arbres, des animaux, des êtres humains, mais nous ne voyons pas le "mystère insondable", comme dit Kant qui est à l'oeuvre dans la nature, la force invisible qui a produit ces formes visibles. Ce que nous voyons, la "nature naturée" est un résultat et non une cause.

Selon Paul Klee, la "nature naturante" importe davantage à l'artiste moderne que la "nature naturée" : c'est la cause invisible que l'artiste moderne cherche à rendre dans son oeuvre et non l'effet visible.

L'artiste moderne ne cherche pas à reproduire la "nature naturée", mais à coïncider avec l'élan créateur de la "nature naturante".

Note : "La force créatrice échappe à toute dénomination, elle reste en dernière analyse un mystère indicible, mais non point un mystère inaccessible incapable de nous ébranler jusqu'au tréfonds. Nous sommes chargés nous-mêmes de cette force jusqu'au dernier atome de moelle. Nous ne pouvons dire ce qu'elle est, mais nous pouvons nous rapprocher de sa source dans une mesure variable. Il nous faut de toute manière révéler cette force, la manifester dans ses fonctions tout comme elle se manifeste en nous. Elle est probablement matière elle-même, une forme de matière qui n'est pas perceptible aux mêmes sens que les autres espèces connues de matière. Mais il faut qu'elle se fasse reconnaître dans la matière connue. Incorporée à elle, elle doit fonctionner. Unie à la matière, elle doit prendre corps, devenir forme, réalité." (Paul Klee, "Philosophie de la création", in Théorie de l'art moderne, Denoël/Gonthier, p.57)

Selon Paul Klee, il y a trois manières d'envisager le monde dans son ensemble : les optimistes, comme Leibniz, estiment que ce monde est le meilleur des mondes possibles, que le bien l'emporte sur le mal, c'est la théorie de "l'harmonie préétablie". Les pessimistes estiment au contraire que le monde est foncièrement mauvais, que le mal l'emporte sur le bien. L'artiste moderne estime que ce monde, "sous sa forme reçue", n'est pas le seul monde possible.

C'est la raison pour laquelle son regard scrute le monde au-delà du visible, au-delà des choses que la nature lui a mises toutes formées devant les yeux. 

Paul Klee estime que l'artiste moderne doit tenir compte de tout ce que nous enseigne la science (la paléontologie, la géologie, les mathématiques, la physique quantique, la psychologie des profondeurs, etc.), sur le monde qui nous entoure et sur nous-mêmes. Le peintre doit tenir compte des autres arts comme la musique - Paul Klee était un excellent violoniste amateur - ou comme la poésie qui, comme le dit Paul Valéry, est une hésitation entre le son et le sens et tend vers la musique.

Klee nuance l'idée de Lessing selon qui la peinture serait un art de l'espace et la musique un art du temps. Certes, un tableau est donné d'emblée, contrairement à un morceau de musique, mais il faut du temps pour le regarder. Peinture et musique ont en commun la notion de "composition".

Il parlera plus loin de l'invention du microscope qui nous fait voir le monde d'une toute autre manière. Il fait référence ici à la théorie de l'évolution de Darwin. La nature n'a pas crée les espèces animales en une seule fois et une fois pour toutes, elles s'engendrent les unes les autres dans un processus qui dure des millions d'années, régi par les lois de l'évolution : l'adaptation au milieu et la sélection naturelle, dans lequel interviennent à la fois, comme le dit le titre d'un ouvrage de Jacques Monod,  le hasard et la nécessité.

De même, la nature n'a pas toujours existé comme le pensaient les Grecs, telle que nous la voyons aujourd'hui. Là où il y a une montagnes, il y avait il y a très longtemps une plaine et là où nous voyons un désert, il y avait la mer.

La théorie de l'évolution et l'idée que la nature a une histoire modifie la vision qu'en a l'artiste moderne. Il ne voit plus la nature sous la forme d'une image finie, mais celle d'une "création comme genèse".

Cette idée de "création comme genèse" implique que la création n'est pas achevée, qu'elle est une "durée continuée".

En d'autres termes, que la création a eu un aspect différent de celui que nous connaissons aujourd'hui, par exemple au temps de la préhistoire, quand l'homme n'était pas encore apparu, la faune et la flore étaient très différentes de celles que nous connaissons aujourd'hui et le monde aura un aspect encore différent à l'avenir, un aspect que le peintre moderne se donne le droit d'imaginer et d'exprimer dans son oeuvre.

Selon Klee, il peut même aller jusqu'à imaginer, en visionnaire,  des formes de vie inconnues sur d'autres planètes que la Terre.

L'imagination créatrice dévoile l'au-delà du visible. Ce que Paul Klee a condensé dans une formule célèbre : "l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible."

 

 

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AU BORD DU RËVE...

C'est un début d'année morose

Le temps qu'il fait, le temps qui passe?

Les mots voudraient chanter le rose...

Mais les nuages sont en chasse!

Ils recouvrent notre optimisme

D'un voile qui prend couleur de deuil

Nous ramène à ce réalisme

Qui fut de notre vie l'écueil!

Alors, fermons des yeux brillants

Echappons-nous sans plus de trêve

L'amour sera toujours présent

Puisqu'il se niche au creux des rêves...

J.G.

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Itinéraires_Instantanés_pas_encore_parcourus_à_pieds_le_sanctuaire_de_Kaianji_

Alors peut-être, le vent et les mémoires ensoleillées.

 

Tu écoutes les tilleuls,

 

Le tremblement des hélices,

 

Le frémissement d’une feuille dans l’arbre.

 

Les érables rouges au sanctuaire de Kaianji.

 

Le pommier en fleur de Mondrian.

 

La métamorphose de l’arbre.

 

Douce racine.

 

Un rêve et ce matin,

 

Les voix sous les parapluies.

 

La pliure du cahier et son soupir.

 

L’ estampe qui respire.

 

Texte déposé Sacem

Code œuvre :  3461832311 

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administrateur théâtres

Même pas peur ?

Personne ne s’y attend mais “What’s the luck” remplace d’un coup le "f... word" pour venir convertir sous vos yeux agrandis par la surprise, la réalité glaçante de la maladie que personne ne veut nommer dans les faire-parts.

Voici que sous l’interprétation délicate et forte à la fois de Caroline Lambert - elle fait penser à une coach d’aérobic - surviennent des traces d’espoir dans un ciel plutôt bleu et apparaissent des visages de bonheur qui transfigurent à la fois l’intervenante et un public sur le qui vive. Ce spectacle éblouissant de confiance a le don de ranimer la flamme humaine mieux qu’un coureur olympique. Vous en jugerez. Ni muck ni sucks... Tout cela sous le regard d’une metteur en scène à la fois géniale et profondément humaine : Anne Beaupain.

Le voyage intérieur de la crabahuteuse - le vocable est d’Hélène Bénardeau - évoque les deuils, les péripéties génétiques, médicales, physiques, affectives et morales, que trouve sur son parcours, la femme atteinte du cancer (sein ou ovaires), ou de celle dont le gène tueur larvé risque à tout moment de s’éveiller et de débarquer dans la vie d’une victime á la fleur de l’âge. Tough luck!

Caroline, la survivante des deux, résume. Elle et Véronique, cousines germaines quasi jumelles partagent ainsi un destin commun : celui de la lutte contre le crabe, à la scène comme à la ville. Dans la vraie vie, quoi ! Et sous forme d’exercice courageux d’auto guérison artistique sur les planches de la Comédie Claude Volter. du 4 au 8 février, semaine de la lutte contre le cancer. Elle a couché sur papier ses affects les plus désespérés et les plus intimes et les interprète acec une sensibilité à fleur de peau sur la scène bruxelloise. C’est avec avec tact, distanciation, humour, bienveillance et des litres de verres à moitié plein que Caroline Lambert lève le rideau sur ses cogitations, ses colères, ses trouilles et ses espoirs grandeur nature. C’est qu’elle porte en elle, non un enfant, mais ce gène maléfique, suceur de vie. L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes sur scène et intérieur

Miracle, Caroline multiplie les exorcismes, exhume au fur et à mesure des émerveillements bouleversants devant le miracle de la vie. Pour toutes ses sœurs de pas d’chance. Chemin faisant, elle se déleste des poids morts, au bord de la tombe elle rejoint et vole dans les bras de sa cousine raflée par le crabe et balise la route pour toutes ses sœurs d’infortune.

Miracle, malgré toutes ses tribulation qui arrachent l’empathie et les rires d’un public converti, elle explose la joie contagieuse d’aimer et d’être aimée. Contre tous les vents hostiles du destin et l’absurdité de la souffrance et de la maladie. Que du vécu sublimé par l’art de dire et de jouer.

Permettez nous donc de citer ici les paroles sublimes d’une autre femme des années cancer : Hélène Bénardeau, décédée il y a 3 ans.

“Je suis juste une petite terrienne, donc faillible, comme tous ses congénères à deux pattes, dont le propre reste le rire, envers et contre tout. Ne prenez jamais pour argent comptant ce que je vous raconte, même si je le fais en toute conscience. Mon Crabounet à moi, mon corps, ma sensibilité, mes colères, mes soucis, mes paniques, mes remèdes ne sont que les cousins des vôtres. Vous êtes seules à pouvoir apprivoiser la bête, et le dompteur magister le plus apte à vous épauler, c’est celui ou celle que vous aurez CHOISI (et non subi) parmi les p’tits soldats d’Hippocrate. “

Et voici d’autres paroles tout aussi vraies :

"... Il y a une chose, une seule, que malgré tout l’amour du monde, vous n’arriverez pas à éradiquer, à déraciner de nos cœurs... Cette chose… c’est La PEUR.

Ce sont nos peurs.Retour ligne automatique
Peur des traitements lourds.Retour ligne automatique
Peur des mutilations, des balafres indélébiles.Retour ligne automatique
Peur de ne pas pouvoir ré-apprivoiser notre nouveau-moi.Retour ligne automatique
Peur que vous ne l’aimiez plus.Retour ligne automatique
Peur de la souffrance physique.Retour ligne automatique
Peur de la souffrance morale.Retour ligne automatique
Peur de vous user à la corde.Retour ligne automatique
Peur de voir vos yeux, un jour, nous regarder partir.Retour ligne automatique
Peur de vous faire souffrir.Retour ligne automatique
Peur de plomber l’insouciance de nos enfants.Retour ligne automatique
Peur de ne pas les voir grandir.Retour ligne automatique
Peur du monde médical, qui, parfois, nous maltraite autantRetour ligne automatique
Peur de savoir que nous ne quitterons jamais le fauteuil de Denys, que le crin de cheval est fragile et que le glaive est lourd.Retour ligne automatique
Peur que vous oubliiez qu’un bonbon d’hormonothérapie, ce n’est pas un cachou.Retour ligne automatique
Peur que vous ne l’oubliiez pas.Retour ligne automatique
Peur de ces contrôles, de ces rendez-vous incontournables, qui vont désormais ponctuer nos existences et ce JUSQU’A LA FIN DE NOS JOURS.

Oui, nous allons oublier, parfois. Oui, nous allons réapprendre à l’aimer cette vie qui court dans nos veines, palpitante, impérieuse. Nous avons tout accepté POUR ÇA, pour l’amour de vous, des autres, de ce monde qui marche sur la tête mais que nous ne voulons pas quitter, pas encore ... "  

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Et tout cela au théâtre, le lieu des dramaturgies humaines, le jour et la semaine de la journée mondiale contre le cancer.
M A G N I F I Q U E autant qu’inoubliable. Même pas peur, et l'épée au poing!  Le docteur de Caroline Lambert était dans la salle. Ovation. Cinq étoiles, bien sûr !

Dominique-Hélène Lemaire  

du 4 au 8 Février

WHAT THE LUCK ?

de & avec Caroline LAMBERT

Quand j’étais petite, j’avais toujours peur de dire mon signe astrologique de peur de l’attraper. Cancer. Je suis cancer ! J’avais l’impression qu’il était déjà en moi ! En même temps, j’étais pas si bête que ça vu qu’apparemment, il y a un petit terreau !  

Caroline nous livre un récit intime et familial d’une sensibilité rare et soulevant des questions universelles. Travailler la joie avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, une invitation qui nous est lancée à travers ce spectacle dont il est difficile de ne pas sortir transformé.

Bouleversant, rempli d’espoir, teinté d’humour et débordant d’Amour !

Mise en scène : Anne BEAUPAIN

Scénographie : Valérie PERIN

Musique : Patrick PERIN

Création lumière : Sébastien MERCIAL

Le TEASER 

********************  ******************** du 4 au 8 Février 2020

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administrateur théâtres

SPECTACLES

Le pouvoir de dire Non, La " Cerise sur le ghetto" par Sam Touzani

LE POUVOIR DE DIRE NON

 «Cerise sur le ghetto » est un spectacle magnifiquement engagé et passionnant, mais surtout qui vous émouvra aux larmes. Bourré d’humour berbère,  islandais,  ashkénaze,  arabe, sicilien, turc, grec, français, italien, espagnol, belge,  – c’est vous qui choisissez –  il  forme un bouquet d’humanité et invite à une réflexion généreuse et bienveillante sur nos relations avec les autres!  

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Sam Touzani, à la fois auteur et  joueur… et prophète d’humanité,  libère la parole et  se raconte pour survivre à l’innommable.  Dans un spectacle de feu, il propose une série de flashbacks pittoresques et émouvants sur  son histoire  familiale, tour à tour  faite du  sel des larmes et des épices du cœur. Il parcourt  passionnément   trois générations emblématiques qui bordent la Grande Histoire avec les accents poignants du réel.

L’image contient peut-être : une personne ou plus et personnes debout

 « 1943-1945 Les maigres pâturages ont depuis longtemps disparu, et les Nomades ont reflué vers les oasis. Mais les cultivateurs des ksour n’ont pas eu de récolte/ … /. La recherche de l’eau et de « quelque chose à manger » a entraîné vers le Nord un vaste exode de bêtes et de gens, d’abord lent et sporadique, puis massif comme une avalanche. Des scènes navrantes surexcitent la sensibilité des Européens, témoins impuissants ; des êtres humains décharnés, au dernier degré de la misère physiologique, recourent, pour tromper la faim, à toutes les pratiques qu’on lit dans les descriptions anciennes. »

  Tout débute donc dans les  montagnes du Rif marocain, où la famine et la  misère  sont  si écrasantes que même des enfants prennent, même seuls, le chemin de l’exode. C’est le cas du grand-père de Sam, qui a douze ans.    Sam, le petit fils,  verra le jour dans un deux-pièces chauffé au charbon à Molenbeek en 1968. Ado en 1989, il mangera un jour innocemment  des cerises en plein Ramadan. Opprobre général.  Il reçoit en plein visage alors la haine de sa communauté contre l’Occident,  son inconcevable obsession de sacralisation de la pureté… le mépris des femmes,  et de tout ce qui n’est pas musulman. La mosquée veut lui imposer le rêve toxique d’un djihad mal compris. Heureusement la Belgique veille.

 Dès lors, riche d’expériences cinglantes, Sam, le fils d’immigrés, l’artiste, le comédien plein de verve, le danseur souple, rassemble ses forces pour combattre le communautarisme dans un questionnement sincère, entre la culture d’origine  de sa famille héroïque et celle du pays qui l’a adopté. Il refuse le marquage identitaire.  Il va réussir à   relier les rives souterraines de ses multiples identités sans les réduire à une seule… Et cela jette des larmes de bonheur dans un public conquis.


Irrévérencieux, habile, convainquant,  il débusque dans une langue savoureuse,  le  cercle infernal de la culpabilité  qui ronge tous ceux qui quittent leurs terres, leurs parents, leur langue pour partir loin, très loin, là où poindra l’aurore de l’espoir, la lumière de jours nouveaux… Il réhabilite la femme, l’épouse, la mère, qui on retrouvé la grâce et la dignité de dire NON !

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes debout, barbe et plein air

Merci à lui et son comparse, le musicien génial, Mathieu Gabriel, qui de son corps et de sa bouche convoque mille et une atmosphères de légende humaine.

Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres


Texte : Sam Touzani | Jeu : Sam Touzani | Musicien : Mathieu Gabriel | Dramaturgie & Mise en scène : Gennaro Pitisci assisté de Maïté Renson| Régie : Josse Derbaix, David Vernaillen & Simon Benita | Vidéos : Guillaume Nolevaux.

Coproduction : Brocoli Théâtre, Les Temps d’Art, Espace Magh, Central et Atelier Théâtre Jean Vilar.
Le Brocoli théâtre bénéficie de l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Administration générale de la Culture, Service du Théâtre et est soutenu par la COCOF.



REPRÉSENTATIONS POUR LES ÉCOLES & ASSOCIATIONS : MA 3/3, JE 5/3 VE 6/3 | 13H30 | GRATUIT
Infos et réservations pour ces représentations destinées aux écoles & associations : Brocoli Théâtre 0496 50 43 27 brocoli@skynet.be

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