Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Toutes les publications (16067)

Trier par

Le Rimailleur

Le Rimailleur


Il relut son traité, muet devant le e,
Élidant quelque doute à l'égard du silence.
Le désir de renom lui répétait: "fais-le !
De te savoir poète blanchit toute arrogance."

 

La plume impatiente attendait l'embryon
Ripailleuse de gloire, avide d'aventure.
Prête à porter ombrage à l'illustre Orion,
La rime de richesse ornerait l'écriture.

 

Le rêveur virtuose au vouloir inspiré,
Couronna de succès l'ouvrage avant son heure.
Imbu de son talent, sans l'avoir transpiré,
Il s'attelle au projet de son œuvre majeure.

 

Le souvenir semblait le propos prétendu,
Celui qui d'émouvant peut ébranler les âmes,
Touche à perfection en gardant suspendu
Le rythme de ses vers, comme autant d'oriflammes !

 

Propulsant l'innocence au zénith de son art
Il égrena sa vie, explora le registre,
Feuilleta chaque instant, serait-il égrillard,
Se prétendant critique, avec orgueil de cuistre.

 

Il fit rimer deux mots entre deux calembours,
Enjamba la césure en pensant harmonie,
De quelque mignardise imbiba ses labours,
Martyrisa l'accent, et cria son génie.

 

Orgueilleux de fadaise, il exalta ses vers,
S'affirmant, le pédant, à clamer son histoire,
Assuré d'éblouir les critiques divers
Et d'être couronné, sans délai probatoire.

 

Suffit-il le dessein, au simple rimailleur,
Pour se nommer poète en toute fantaisie,
Dédaignant cet effort qui donne au travailleur
Le talent inhérent qui sert la poésie?

Lire la suite...

journal de bord, mardi 5 juillet 2011

Comme c'est beau, un chat qui s'approche d'un arrosoir !

 

Et le soleil de juillet, qui s'apprécie particulièr'ment vers ... neuf du soir, aux terrasses ...

 

Il semblerait que ... le grand sac-à-dos, attaché à la guitare, quand on le transporte (avec des fringues, en plus), c'est tout à fait faisable.

J'ai fait l'expérience, comme promis, en fin de journée, en vue des futures journées sur les ch'mins de Saint-Jacques, en principe dès lundi prochain.

 

Il n'est pas dit qu'un pote ne viendra pas me rejoindre.

Ca m'enchante et ça me contrarie en même temps.

Oui, quand on est deux, on perd une part d'espace et de liberté. Comme par hasard, le compère qui vous accompagne n'est pas (trop) différent de vous.

Mais ... on fait aussi, à deux, des choses qu'on ne f'rait pas seul. Et qu'on aime. Et qu'on n'oublie pas.

Je sais aussi que, malgré mon attrait, mon amour de la liberté, si j'effectue trois, quatre journées de suite en marchant seul, je peux m'essouffler, éprouver brusquement le besoin d'une compagnie, d'une rencontre stable.

Alors ?

 

J'ai peut-être une possibilité, aussi, d'aller chanter vers le 16, en Corrèze. Ca demande (encore) confirmation.

 

En attendant ...

 

Y a encore des papiers à remplir au préalable. L'Onem m'a renvoyé un formulaire (que j'avais envoyé en r'commandé), afin de régler officiell'ment ma situation d'agent des postes ... en 4/5ème.

 

En attendant ...

 

On est entré chez moi quand je bossais. Histoire de régler des tuyaux. Et le concierge n'a pas récupéré le double de clés que je lui avais passé, avant-hier soir, afin que les ouvriers rentrent. De plus, on a déplacé mon séchoir ... sans le remettre à sa place.

Enfin : les ouvriers peuvent encore rev'nir demain. Y a plus de peur que de mal. Mais je n'aime pas ça.

 

En attendant ...

 

Au boulot, à la poste, y au moins deux sacs entiers de catalogues ("Trois Suisses" ?) qui m'attendent.

 

 

Lire la suite...

Crever d'envie

 

À une Française, que l’on reconnaîtra sans peine

 

Quand elle devient maladive,

Jusqu’où l’envie peut nous mener?

Je n’aurais pu l’imaginer.

La raison parfois s’inactive.

 

La Fontaine fit le récit

D’une grenouille prétentieuse,

Devenue soudain envieuse.

Être énorme fut son souci.

 

Qui jalouse un plus gros que soi,

Peut ressentir de la souffrance.

Lors, accueillir la médisance,

Peut se retourner contre soi.

 

Je pense à cette femme haineuse,

Mal dans sa peau, rongée d’envie.

Je lui donne, ici, pour avis,

De chercher à se rendre heureuse.

 

Que l’on puisse crever d’envie,

Ne me semblait pas concevable;

Je n’avais pas compris la fable

Et je me questionne aujourd’hui.

 

4 juillet 2011

Lire la suite...

Flo à Genève

 Je mets la dernière touche à mes peintures qui partent demain et jeudi pour 2 expos personelles.

 Et là, comme dab, ça devient insupportable.. je re...visite chaque pièce et le désir de changer ou de revoir un fond surgit, resurgit..

 Les peintures s'entassent les unes contre les autres, je mets de coté celle-là et celle là aussi.

A l'orée de son ventre

146x110 acry et nombreux marouflages sur toile gegout©adagp

oree-de-son-ventre-copie-1.jpg 

 Changer le fond sans toucher à la forme, peut-être y toucher un peu, beaucoup et souvent trop.

Comment faire pour ne plus défaire... 

Se défaire de la peinture, la vendre si possible, la donner..? Non jamais..!

 Plutôt la reprendre entièrement, lui relooker le faciès, et attendre que la pièce quitte mon atelier, rarement avec regrets, même si les années passées auprès d'elle sont nombreuses..

 


Lire la suite...

12272745896?profile=originalPour la première fois, la Bibliothèque royale de Belgique et la Bibliothèque nationale de France réunissent leurs collections et s’associent pour célébrer ensemble les grandes heures de la miniature flamande en organisant une exposition de portée internationale. Un événement culturel majeur.

Cette exposition « à quatre mains » débutera à Bruxelles (de septembre à décembre 2011), se poursuivra à Paris (de mars à juillet 2012) et présentera dans chaque lieu des manuscrits différents. Ce projet commun profitera des recherches entreprises depuis plusieurs années dans les deux institutions pour la publication de catalogues raisonnés.

Au total, plus de 140 manuscrits enluminés parmi les plus prestigieux - certains n’ont plus été montrés depuis plus de 50 ans, d’autres restent inédits - seront présentés au public dans une mise en scène originale, qui mettra en valeur ces pièces exceptionnelles tout en respectant le contexte qui les a vues naître.

Au fil des pages, le visiteur plongera ainsi au coeur d’un imaginaire médiéval peuplé de héros et de légendes, où Alexandre le Grand, Charlemagne, Lancelot et la fée Mélusine côtoient Renard le goupil, des dragons ailés et des licornes bienveillantes.

Véritable échange entre institutions nationales, cette manifestation sera une occasion exceptionnelle et unique de voir exposées les collections de manuscrits belges et français. Les précieuses enluminures de la Bibliothèque nationale de France seront en partie présentées à Bruxelles et vice-versa. Le visiteur pourra ainsi découvrir des manuscrits qu’il n’aura plus l’occasion d’admirer par la suite… 



Voir en plein écran
Lire la suite...

Un souffle d'hiver en plein été

Si vous souffrez de la chaleur, voici de quoi vous rafraîchir. Je vous propose "Brumaire".

                                                       BRUM AIRE

 

Il est quatre heures et déjà le soir tombe.  On est aux plus mauvais jours de ce mois que le calendrier républicain rebaptisa brumaire.  Et, depuis le matin, le brouillard ne décolle pas.  Sa présence glacée farde les fenêtres. Simone qui tricote au coin du feu, en remuant les lèvres, évite de regarder de ce côté, comme si un visage maléfique allait se matérialiser sous ses yeux.

D'ici un moment elle quittera son fauteuil, en s'accrochant à la barre tiède du poêle de Louvain et elle fermera les rideaux, pour exorciser la menace extérieure.  Mais alors elle sera encore plus seule, livrée à ses propres ombres.  Ses obsessions, ses vieilles rancunes, le contentieux de soixante années d'amertume, la frôleront du coude, pèseront sur sa poitrine, comme si elle s'était pris un mauvais catarrhe.

Allons, il est temps d'aller voir comment "il" va.  Elle glisse sur ses chaussons jusqu'à la pièce voisine où "il" végète depuis sa congestion.  Trois mois se sont écoulés depuis son refus de l'envoyer à l'hôpital.  Elle se le garde.  C'est son mari, n'est-ce pas ? L'infirmière qui vient, matin et soir, le changer et faire sa toilette, la félicite de son dévouement.

Simone renifle l'air vicié de la chambre, mi dégoûtée, mi jouisseuse.  Bien fait pour lui ! Est-ce qu'il lui a donné une quelconque satisfaction ? Il était bien trop occupé à caresser sa bouteille.  Qu'il paie maintenant ! Mais il ne faudrait pas qu'il lui empoisonne la vie trop longtemps.

Simone, pourtant, en femme de devoir, fait ce qu'il faut.  Trois fois par jour elle lui enfourne un biberon d'une solution protéinée.  Et il faut voir comme il ouvre une bouche édentée et caverneuse quand il sent l'approche de sa mixture.  Simone s'amuse parfois à feindre de lui reprendre la bouteille mais il improvise alors de si horribles grimaces, ponctuées de grognements, qu'elle se dépêche à la lui rendre.  Normal ! Il a toujours été goinfre.  Elle devait se dépêcher à manger, avant qu'il  n’engouffre les meilleurs morceaux.

 

Simone regagne la cuisine où elle vit à présent confinée, dormant sur le vieux canapé dont elle a appris dans son sommeil à éviter le ressort le plus saillant.  Elle tisonne le feu, remonte son fichu sur ses épaules, gagne l'oratoire qu'elle a fignolé. Sur une étagère, recouverte d'un chemin de table brodé et surmontée d'un papier doré punaisé au mur,  se côtoient des figurines de plâtre peinturluré, quelques images pieuses et des fleurs en papier dans de tout petits vases, sentinelles soigneusement alignées dont le plumeau à poussières frôle de temps à autre la ligne de crête. Deux cierges allumés dans les grandes circonstances, entre autres lorsque l'orage se déchaîne, encadrent cet agencement que clôt, à l'extrême droite, la bouteille d'eau bénite. Le maigre corps convulsé d'un christ en argent noirci domine l'ensemble, berger hautain de ce modeste troupeau.

 

Simone contemple avec un brin de rancune la Vierge et l'Enfant Jésus, le Sacré-Cœur, Saint Ghislain, Saint Antoine, Saint Donat et Sainte Rita. Pour la Vierge, elle n'a pu se décider à laquelle se vouer car Marie a tant d'appellations, de miracles à revendiquer et de lieux de dévotion particulière que c'est la bouteille à encre. Pourquoi l'une, plutôt que l'autre ? Les neuvaines, jusqu'ici, n'ont rien donné, bien qu'elle s'y soit meurtri les genoux.

 

Cette fois elle a glissé un coussin sur le fond paillé et rugueux du prie-Dieu. Elle a décidé de s'adresser cette fois à Notre Seigneur Jésus. Elle a recopié  les neuf pages d'oraisons, de sa grande écriture maladroite, l'assaisonnant de quelques ratures qui viennent rompre la  monotonie du texte.  Elle lit le premier feuillet à mi-voix.

O Dieu, venez à mon aide. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.  Gloire soit au Père, au fils et au Saint Esprit.

O très doux Enfant Jésus qui, pour notre salut éternel, êtes descendu  des splendeurs du Père et qui, conçu de l'Esprit Saint, n'avez point eu horreur du sein d'une vierge ; verbe fait chair, qui avez pris  la forme d'un esclave, ayez pitié de nous.

Elle marmonne encore quelques invocations  et court à la dernière page où elle a transcrit la prière au Divin Enfant Jésus, révélée par la Sainte Vierge au Père Cyrille.

O Enfant Jésus, j'ai recours à vous, je vous en prie, par votre Sainte Mère assistez-moi dans cette nécessité…

Elle bute sur la mention : exposez ici ce que vous souhaitez.  Peut-elle vraiment dire le fond de sa pensée ?  Alors, elle se lance très vite : Délivrez mon mari de cette vie de souffrance et que son trépas lui ouvre le Paradis.  C'est sans doute généreux de sa part de lui souhaiter le Ciel mais l'important, c'est qu'il soit ailleurs et non ici.  Pour elle, la santé ça va.  Elle est encore robuste et tient solidement à la terre.  Il coulera encore pas mal d'eau sous les ponts avant qu'ils se retrouvent face à face dans l'autre monde.

 

Un coup de sonnette vient interrompre son chuchotis  mais elle s'accroche, fait la sourde oreille.  Elle lui faut dire la prière d'une traite et elle ne tient pas à devoir tout reprendre dès le premier verset.  Mais l'autre aussi s'accroche, sonne une nouvelle fois et, pour faire bonne mesure, tambourine sur la fenêtre. D'un geste brusque l'orante  se lève, écarte un peu l'étoffe brun sombre.  Un visage blafard, au nez camus, s'écrase contre la vitre, auréolé d'une toison hirsute,  blanche comme neige.

Simone soupire, mi exaspérée, mi heureuse de la distraction qui s'offre. Elle va à la porte, fait glisser les verrous, abat la barre transversale qui la persuade que son abri est inexpugnable, tourne deux fois la grosse clé dans la serrure, tire enfin à elle la lourde porte dont la face interne est peinte en faux bois.  Un gnome femelle se faufile prestement dans la pièce, emballé d'un châle noir qui descend jusqu'aux mollets.

-          Pas de dérangement, m'fille ?

-          Asseyez-vous, Charlotte. J'étais à ma sieste mais on ne peut pas fermer sa porte à une voisine quand on est malheureuse comme moi.  Seule au monde, comme qui dirait.

 

La visiteuse n'est pas dupe.  Elle a remarqué la marque des genoux dans le coussin.  Elle n'en dit mot mais elle s'arrange pour que son regard parle pour elle.  Un regard sombre, étonnamment vif, dans un visage finement ridé.  Ensuite c'est un assaut de politesses.  L'offre d'une jatte de café qu'elles sirotent, en faisant un canard et dans laquelle elles trempent des biscuits secs à  l'arrière-goût de savon. 

Simone se lamente.  Elle envie, dit-elle, sa voisine, veuve depuis si longtemps qu'on se souvient à peine comment était fait son mari.  Charlotte peut donc aller et venir à sa guise, manger des gaufres plutôt que d'éplucher des patates et de cuire des biftecks qui n'ont plus le goût d'avant, se verser  une petite liqueur si le cœur lui en dit. 

Charlotte se récrie.  Et la solitude, qu'est-ce que Simone en fait ?  Les nuits sans sommeil tant les genoux et les reins font mal. Personne pour un petit massage.  Personne pour réchauffer une tasse de tisane.  Personne pour une petite caresse.

Simone prend une mine sévère.  Elle ne tient pas à ce que Charlotte se mette à raconter des insanités.  C'est honteux, à son âge, d'être toujours si portée sur la chose.  Si on ne l'arrêtait pas, elle glisserait sur les souvenirs de sa maturité quand elle tenait une Maison, toujours pleine les jours de quinzaine. Elle la tenait d'une poigne de fer, donnant un coup de gueule par-ci par-là, pour garder le pot droit.  Et même un coup de main, s'il faut la croire, lorsqu'il y avait affluence et que les filles ne suffisaient plus à la besogne.

Et quand elle s'était rangée, vers les cinquante-cinq ans, elle avait épousé un homme largement plus jeune qu'elle. Le pauvre ! Elle l'avait si bien épuisé qu'il était mort au bout de dix ans, lorsque la poudre de cantharide qu'elle lui prodiguait dans son café ne lui faisait plus aucun effet. On le sait, elle connaît les hommes comme sa poche, ainsi que la manière de prendre ces animaux-là.

 

Mais il vaut mieux être en bons termes avec Charlotte.  Elle passe pour être un peu sorcière, connaît les simples, joue à l'occasion les rebouteuses. Simone préfère l'accueillir, plutôt que de verser du sel sur le seuil, pour lui interdire sa porte. D'autant qu'elle peut être utile à l'occasion, si on ne la rebute pas et si on satisfait sa curiosité.

Et justement la voilà qui demande comment va le pauvre homme, si on peut lui dire un petit bonjour.  Même s'il n'a plus tout à fait sa connaissance, ça pourrait lui faire plaisir.  Simone n'a pas le temps de dire ni oui, ni non, la visiteuse déjà trottine vers la porte, qu'elle pousse de ses petites mains crochues, en avançant son museau pointu de belette.  Elle regarde le malade sous le nez, le flaire, lui pétrit la main, marmonne des mots tendres, les mêmes qu'elle aurait pour un petiot.  Elle l'observe un long moment, dépose la main flétrie sur le drap, se retourne vers Simone qui se tient derrière elle, hoche la tête d'un air de compassion.

Les deux femmes retournent à leur jatte de café. 

- Ma pauvre, il n'est pas près de passer, tu peux me croire.  Tu n'as pas fini tes mauvais jours.

- Je le sais.  Jusqu'au bout il m'aura esquinté le tempérament.  Ce n'est plus une vie.  Pas un instant de répit. L'infirmière, c'est très bien mais qui fait la lessive, qui le débarbouille quand il remet sa bouillie, qui l'entend geindre ou ronfler comme une basse, toutes les nuits, qui respire son odeur, qui ne couche plus dans un vrai lit ? C'est moi, pas vrai ?

- Allons, allons, calme-toi.  Ne te bile pas ainsi. Une bistouille dans ton café, ça te ferait du bien, ça te calmerait les nerfs. Dis-toi que tout a une fin, même quand on trouve le temps long.

La fine mouche se délecte à l'avance car elle sait que Simone n'attend que ce conseil pour sortir sa bouteille de péket  et en verser une lampée dans l'épais café à la chicorée qui laissera des traces brunes sur la faïence.  Emoustillées par l'odeur âcre de l'alcool, les deux femmes égrènent à présent les derniers potins.

 

On a beau faire, le sexe et l'argent, il n'y a que ça dans la vie.  C'est la femme du boulanger qui vient de mettre les voiles avec le mitron. Oui, mais attends, tu n'as pas tout vu.  Cette autre pimbêche, que sa mère et sa grand-mère font dans le grand genre, toujours avec un chapeau, même pour un saut chez l'épicier, elle a épousé il n'y a pas un an l'héritier de la plus grosse ferme du village. Tu y es ? Eh bien, elle vient de tout planter là. Son mari, pourtant si bien de sa personne et si gentil, n'a plus que ses yeux pour pleurer. Elle s'est acoquinée avec l'un des valets.  Paraît même qu'elle a vidé le compte en banque commun.  Elle a pris le train pour Bruxelles avec son gaillard. Au guichet ils se tenaient bras dessus bras dessous sans vergogne. Ils n'ont pas attendu d'être en première classe, pour se lécher le museau devant tout le monde.

 

Charlotte glisse à un autre sujet, tout aussi friand. Les gamines qui fréquentent l'école communale prétendent qu'un vieux saligaud les suit en exhibant sa marchandise.

- Elles sont tellement dévergondées qu'on se demande si c'est bien vrai.  Et pourquoi alors, il ne se passerait rien du côté des Enfants de Marie ?

- Eh, eh, s'égaie Charlotte, peut-être bien qu'elles baissent les yeux mais qu'elles n'en perdent pas une miette.

-  On s'en va-t-on, vraiment, embraie Simone. Quelques voyous ont vidé les caisses de la Superette.  Tous masqués mais ils se sont faits prendre quand même. Le plus jeune avait treize ans ! De la graine de potence !  Ils ne pensent qu'à s'amuser, à voler, à se mettre au chômage ou sur la mutuelle.  Moi, toute gamine j'ai arraché le lin, j'ai fait des briques, jusqu'au moment où je suis entrée en service chez un notaire. 

-  Là, j'étais logée, nourrie et blanchie, c'est vrai. Mais je n'arrêtais pas du matin au soir, avec cinq ou six moutards dans les jambes. Je n'avais pourtant pas 16 ans. Et la lessive, c'était pour moi, même que c'était moi qui cassais le petit bois et allumais le feu sous la bouilleuse. En voilà pour deux jours.  Une tournée au savon noir, une au savon blanc, rincer et tordre que je ne sentais plus mes mains et mettre à blanchir sur la prairie.

-  Puis venait le repassage.  Il fallait chauffer les fers sur le poêle qui allait un train d'enfer. Puis tu en prenais un que tu l’approchais de ta joue pour voir, qu'à la fin elle te cuisait. Alors je crachais sur la semelle. Si ça chuintait avec des petites perles tourbillonnantes, j'étais dans le bon.  Ca durait des heures debout à suer, avec mes pieds qui gonflaient. Tout y passait, jusqu'au moindre mouchoir et aux « cravates de curé » de Madame.  Le plus dur, c'était les chemises au plastron plissé et leurs saloperies de nappes amidonnées parce que ces bourgeois, ça reçoit à n'en plus finir.  Et les tapis à battre et que je te bouffe la poussière, parce qu'il n'y n'avait pas d'aspirateur en ce temps-là ! Rien d'électrique d'ailleurs ! Tout à la main. Toute l'énergie, comme on dit aujourd'hui, c'était ton corps que la produisait.

-  Et faire briller les parquets avec une grande et lourde brosse, plus haute que moi.  Comme je ne m'en sortais pas la première fois,  Madame m'a montré comment faire, en récitant l'Ave Maria en cadence. Que soit disant je gagnais mon Ciel, tout en me cassant les reins !

- Et qui sonnait à la porte, avec toutes sortes de salamalecs, les jours de quinzaine, pour empocher ma paie ? Ma mère, qui ne s'est jamais retournée de moi jusqu'à ce que je lui rapporte un peu d'argent.

 

Charlotte a laissé parler Simone, sans l'interrompre.  Elle sait que lorsqu'elle est partie sur le chapitre de sa vie de fillette martyre, elle est intarissable. Les misères que son homme lui a fait endurer dès le début de leur vie commune, ce sera pour demain.

 

Les jours suivants Simone reprend sa neuvaine, à une heure où elle est sûre que Charlotte ne viendra pas l'interrompre.  Pas de changement du côté de l'impotent. L'infirmière, avec ses airs sucrés, retourne le fer dans la plaie quand elle dit que si le cœur est solide, les choses pourraient traîner des mois, voire des années.  Tous les jours Charlotte y va de sa visite.  Elle branle la tête, plaint Simone, insinue qu'il y aurait peut-être un moyen. 

-          Je ne peux pourtant pas lui donner le bouillon d'onze heures, éclate Simone.

-          Qui te parle de ça ?  Si tu le souhaitais très fort,  si tu avais la foi, les choses finiraient bien par s'arranger. Il suffit d'y penser, jour après jour.  A nous deux on y arriverait.  Réfléchis.  Fais-moi signe. 

Simone se remue, mal à l'aise.  Il lui semble qu'une odeur de soufre émane de l'ample jupe noire de la vieille.  Et, qui sait, ses pantoufles fatiguées  cachent peut-être des pieds fourchus.

Les jours passent et rien ne bouge.  On est bientôt à la Noël et il ne veut toujours pas décarrer. Simone se met à ses cartes de vœux.  Elle calligraphie comme elle peut des souhaits de bonne et sainte année.  Elle trempe sa plume dans l'eau de mélisse, faute de pouvoir la tremper dans le bénitier. On n'écrit pas aux curés et aux bonnes sœurs comme on écrit à sa famille. 

Elle recevra en retour des sentences tout aussi douceâtres, la louant de sa piété et de sa générosité car, bien sûr, elle n'est pas avare de ses oboles.  Elle donne aux missionnaires, parraine un orphelin, cotise pour la Fondation Damien et les îles de Paix, verse son écot à l'entretien des églises dédiées à la Vierge et aux Saints faiseurs de miracles. Parfois elle se prend à douter, se demande si ça sert à quelque chose de thésauriser des centaines de jours d'indulgence.  N'y a-t-il pas de la tromperie là-dessous ?  Toute cette engeance s'y entend à vous soutirer vos picaillons.  A peine cette idée-là l'a-t-elle effleurée qu'elle se confond en prières de repentance, accusant le diable de l'avoir induite en tentation.

 

Le mois de décembre est déjà bien avancé et il gèle dur.  Les rues miroitent de verglas. Le froid et le vent coupant ne dissuadent pas Charlotte d'accomplir sa visite quotidienne.  De temps en temps elle apporte un petit gâteau ou une boîte de biscuits.  Une fois même elle s'est fendue d'un flacon de rhum. Dans le café, avec du miel, rien de tel pour vous dégager la poitrine quand il fait si froid.

Simone se languit après sa chambre à coucher qu'elle a soigneusement aménagée, avec un protège matelas bien chaud, des oreillers moelleux et un super sommier qu'elle n'a pas encore fini de payer.  Elle a repris pour elle la couette en vrai duvet.  Des fois qu'il la saloperait ! Elle a empilé sur le lit du malade toutes les vieilles  couvertures de la maison. Heureusement, elle est économe et ce n'est pas son genre de jeter. Mais la couette est trop large pour le canapé et tout un pan traîne par terre.

 

Les deux femmes sont devenues de plus en plus proches.  On ne peut pas dire qu'elles s'aiment mais enfin elles se comprennent.  Complices et vigilantes, les antennes en action pour démêler toutes les arrière-pensées.  Elles se traitent mutuellement in petto de vieille canaille, mais si elles ne se voyaient pas tous les jours, elles seraient en manque.  Chacune se dit qu'elle est loin d'atteindre le degré de cynisme de l'autre.  Pouvoir se murmurer tout bas : elle est pire que moi, ça rassure.

Finalement, pour la première fois, elles décident de réveillonner ensemble. Quelques bouteilles de mousseux, un demi mètre de boudin noir aux raisins, du bon beurre salé, une cougniole, une bûche moka, voilà pour le festin.  Et des biscuits au fromage à grignoter en regardant la messe de minuit à la télévision.

Simone a cédé aux instances de Charlotte.  Elle l'a laissée décorer la cuisine de quelques branches de pin synthétique.  Un petit sapin tout aussi artificiel, quelques boules colorées, un nuage de cheveux d'ange, une guirlande de loupiotes qui clignotent, on a beau dire, ça crée de l'ambiance.  Oui mais l'odeur du vrai sapin ?  T'en fais pas, on a ça en spray ! Cette Charlotte a réponse à tout.

 

Le soir du Réveillon, la voilà qui s'amène sur le coup de huit heures. Ma parole, elle a natté ses cheveux qui sont encore abondants et les a relevés en chignon. Sur ce chignon tremble une petite étoile d'argent.  Des escarpins rouges pointent sous la longue jupe de satin noir.  Sur le corsage blanc à volants s'étale toute une bimbeloterie de faux brillants.  Quelle menteuse ! Elle avait parlé d'un petit tête-à-tête sans cérémonie et la voilà  sur son trente et un.

Heureusement Simone avait prévu le coup.  Elle n'est pas à la mendicité !  Elle arbore une robe habillée, d'un bourgogne très chic, commandée en grand secret aux Trois Suisses et des mules neuves à bordure de fausse fourrure.  Noël ou pas, elle tient à avoir les pieds à l'aise. Seigneur ! Ils en ont tant vu, les pauvres, depuis qu'elle les oblige à la porter, elle et ses quatre-vingt kilos.  Ils ont tant trotté, grimpé tant d'escaliers, battu et rebattu tant de carrelages, planchers et parquets, qu'ils sont tout déformés et fourbus.

Au fond, elles sont bien bêtes de se mettre ainsi en frais, alors que l'élément mâle et valide leur fait défaut. La rivalité en est diminuée.  Elles se contemplent d'un air bonhomme et se complimentent.  Te voilà bien jolie !  Et toi, donc !  Que tu parais dix ans de moins, arrangée ainsi. Lorsqu'elles se sont embrassées – Noël oblige – un nuage de poudre de riz s'est répandu dans l'air, aggravant la prégnance antagoniste du Soir de Paris de Charlotte et de l'eau de toilette musquée dont Simone s'est aspergée.  C'est peut-être pour hommes mais elle ne va pas laisser ce machin si cher tourner à rien puisque "il" n'en mettra plus jamais !

Elles se sont attablées pour l'apéritif.  Au mousseux, pour éviter les mélanges.  Elles piochent dans les mendiants, les Apéricubes et les chips.

Charlotte n'est pas longue à attaquer. 

- As-tu pensé à ma proposition de te donner un coup de main, pour libérer ce pauvre homme qui souffre tellement  ?

- Dis plutôt que c'est moi qui dépéris !

Et les voilà parties ! Simone finit par avouer qu'elle craint de commettre un péché en recourant à la sorcellerie.  Quelle sorcellerie ?  Il s'agit tout au plus de décupler la force qui est en nous.  En  priant, qui plus est !

 

Entre Noël et Nouvel An, Simone digère le message.  Après tout, pourquoi pas ?  Que risque-t-elle à essayer ?  A la mi-janvier elle donne le feu vert à Charlotte qui commence par se faire prier.  Il faut, paraît-il, attendre la lune descendante. 

Elle est enfin là, cette lune descendante et Charlotte se pointe vers les dix heures du soir, munie de tout un attirail qu'elle extrait de son cabas.  Apparaissent un brûle-parfum dans lequel elle dépose quelques bâtonnets d'encens, deux bougies blanches, un grand papier immaculé sur lequel elle a tracé un pentacle, tête en bas. 

Simone dégage, à sa demande, une petite table ronde qu'on pousse contre le lit du malade et Charlotte installe sa panoplie. Elle allume les bougies et l'encens.  Elle trace en marchant quelques cercles concentriques, sa tête, à l'expression recueillie, dodeline.  Enfin elle s'arrête, un peu chancelante, et se met à réciter un charabia que Simone écoute avec stupéfaction. Tout en continuant son baragouin, Charlotte s'est approchée du lit, a décroché le crucifix qui le somme, l'a déposé sur la table et couvert d'un chiffon noir.  Puis elle a tiré des profondeurs de sa jupe une croix de paille qu'elle a accrochée au mur, juste à l'endroit où le crucifix se trouvait depuis si longtemps que ses contours sont comme gravés sur le papier peint. 

La figure de l'officiante grimace et ses yeux flamboient. Elle reprend haleine, éponge son visage laqué de sueur, se laisse tomber sur une chaise, comme une personne épuisée, prête à s'évanouir.  Un verre d'eau, chuchote-t-elle à Simone, qui s'empresse, les mains tremblantes.

Un ange passe, Lucifer peut-être, tandis que les deux femmes se taisent.  Au bout de quelques minutes, lourdes comme du plomb, Charlotte s'ébroue, éteint bougies et brûle-parfum puis elle range son matériel, avec exactement les mêmes gestes que la pédicure rassemblant ciseaux, emplâtres et limes.  L'air attentif, pour ne rien oublier.

Elle donne ensuite ses instructions à Simone. Lorsque le malade aura passé, il faudra brûler sans tarder la croix de paille. Le crucifix doit reposer sur la table, jusqu'à ce que tout soit fini et le pauvre homme dans sa tombe.  Pour tout paiement, elle ne demande qu'un peu de reconnaissance et la porte toujours ouverte. Pas d'argent entre elles, car ça ferait tout capoter. Puis la voilà partie, dans un grincement de porte.

 

Simone se retrouve seule, face à la pendule qui marque déjà minuit. N'a-t-elle pas rêvé ? Un coup d'œil à la forme voilée du Crucifix gisant sur la table la détrompe, ainsi que l'odeur de cire et  d'encens. Elle s'oblige à s'allonger sur le canapé, bien qu'elle n'ait pas du tout sommeil, comme si elle avait bu un pot de café fort. Elle presse la main sur son cœur qui bat la chamade pendant un moment.  A la fin la fatigue l'emporte et elle sombre dans une somnolence agitée. Rêves confus et cauchemars se succèdent pendant quelques heures tandis qu'elle se tourne et se retourne sur son fichu canapé.

 

Vers les six heures elle se réveille avec le sentiment d'un grand vide. On n'entend plus que le bruit de la pendule. Tout fait silence dans la chambre voisine. Finis les soupirs, les ronflements, la respiration rauque. Elle s'est traînée jusque là, après avoir passé son peignoir par décence. Elle a versé quelques larmes en lui fermant les yeux. Quelques instants plus tard elle a entrouvert le poêle, y a jeté la croix de paille qu'une grande flamme a dévorée en rugissant tandis qu'une lueur sanglante dansait au plafond. Simone en a frissonné.  Elle se hâte à présent de tout ranger avant l'arrivée de l'infirmière.  Elle relègue la table ronde dans le débarras.  

 

Dans quelques jours tout sera rentré dans l'ordre. "Il" dormira sous la terre et le Crucifix regagnera sa place au-dessus du grand lit de Simone, dans lequel elle reprendra tous ses aises.  Parfois, vers minuit ou deux heures elle se réveillera, les yeux pleins de larmes qu'elle écrasera des deux poings. Va-t-elle s'avouer qu'"il" lui manque un peu malgré tout ?

 

                                                                                                                          MARCELLE DUMONT

    

 

 

 

 

 

Lire la suite...

L'horizon du passé.



L'horizon du passé.

22.05.2011

J'exhale mon ennui sur les rives désertes
D'un horizon sans joie attristé de langueur,
Dans le décor cloitré de ces portes ouvertes
Qui n'approuvent l'accès qu'à un espoir fugueur.

Robinson échoué dans un port de chimère,
Je parcours l’avenir sur les mers du passé
Dénudant le désir d’un amour éphémère 
Qui chavire à l’instant d’un tourment dépassé.


J'ai travesti mon âme en rêvant d’aventure
Dans des flots incertains déferlant sur l’attrait
Au mépris négligé du surcroît qui sature
Et soumet l’habitude au danger de l’abstrait.

En voulant te quitter j’ai façonné des chaines
À mon cœur affranchi de toute liberté,
Assommé sans répit par ces tristes rengaines
Qui ressassent la fin d’un bonheur déserté.

Naufragé de l’amour, prisonnier d’amertume,
Je contemple le flux de cet âpre destin,
Qui croupi dans l’ennui, se tait et s’accoutume,
Négligeant le fracas d’un avenir certain.

Lire la suite...

journal de bord, 4 juillet 2011

Allez : juste une petite semaine de boulot, à nouveau. Cinq jours.

 

Si j'en ai l'énergie, tout à l'heure, je ferai une expérience : faire, peut-être, le tour des rues d'Etterbeek, avec ma guitare et le grand sac-à-dos attaché à mon instrument (avec des tendeurs).

J'ai mis le ukulélé dans le grand sac à dos. Il arrive encore, le salopard, à dépasser d'une tête. Mais bon, y a moyen de s'arranger.

Ce qu'il y a, c'est que ...

Je compte, dès lundi prochain, m'envoler à nouveau sur les chemins de Saint-Jacques. Pour quelque temps, j'imagine. Faut dire : dès lundi prochain, j'aurai quatre semaines de congé.

Il faudra donc que j'emporte, avec moi, aussi, un minimum de fringues. L'intérieur de ma housse de guitare ne suffit plus.

 

Je ne sais pas encore si je partirai sam"di ou lundi. Tout dépend des circonstances. Je n'ai pas envie de (trop) programmer.

 

Bien sûr, y a le Festival du Conte, à Chiny, ce week-end. Je ne projette pas spécial'ment de m'y rendre, cette année. Ceci dit, si un pote m'y convie, je peux encore changer d'avis. Mais bon ...

 

Tiens, un oiseau chante déjà, de l'autre côté de ma fenêtre. Les quatre heures trente (du matin) et le ciel encore noir ne sont pas des obstacles, à ce que je vois, à ce que je sens.

 

La dernière nuit s'est passée tranquill'ment.

 

Faudra pas oublier les deux vir'ments à payer.

 

Ma dernière chanson, "LA SERVEUSE DE L'HOTEL", commence à vivre derrière une musique qui lui ressemble, et lui ressemblera, dans les jours futurs, de plus en plus.

Lire la suite...

Haïkus

 

Poussées en tous sens,

inclinées jusqu’au gazon,

les pivoines pleurent.

 

Du frêle pommier,

le zéphyr cueille les fruits

et les plante en terre.

 

Dans la rue déserte,

frémissant les grands érables,

projettent leur ombre.

 

Sur maintes autos,

le soleil agit railleur;

effets amusants.

 

Silence insipide

mais un courant d’énergie

qui tient en éveil.

 

Dimanche 3 juillet 2011

 

Lire la suite...

12272744272?profile=originalLa critique récente a fait justice des malentendus qui ont longtemps masqué la véritable portée de l'oeuvre de Giono : écrivain régionaliste, puis « collaborateur », il aurait ensuite totalement changé de manière en imitant Stendhal. On mesure mieux aussi maintenant la richesse de cette oeuvre : poèmes, contes et nouvelles (Solitude de la pitié , L'Eau vive ), essais, théâtre (huit pièces), traduction (surtout de Moby Dick ), cinéma, nombreuses préfaces, articles réguliers dans les journaux régionaux durant les années soixante, mais avant tout les quelque vingt-cinq romans qui en sont la meilleure part. L'édition critique de ses Oeuvres romanesques complètes dans La Pléiade, la publication des récits inachevés (du premier, Angélique , aux derniers : Cours, passions, caractères , Dragoon , Olympe ) et de la correspondance avec l'ami de toujours, Lucien Jacques, jettent un éclairage nouveau sur une oeuvre qui s'affirme comme l'une des premières de ce siècle.

Giono a d'abord tenté de définir les conditions du « mélange de l'homme et du monde », mais il aboutit au constat de plus en plus amer de son impossibilité. A ce premier échec s'est ajouté celui de son engagement très actif dans le pacifisme, qui se solda par son emprisonnement d'octobre à novembre 1939. Un second séjour en prison pour « collaboration » en 1944 achève de le marquer ; désormais, il n'essaiera plus d'infléchir le cours de l'histoire. Dans les Chroniques d'après guerre, l'accent se déplace sur les hommes, que leur séparation d'avec la nature condamne à un radical ennui, et dont les passions monstrueuses répondent à la démesure inhumaine du monde. Parallèlement, Giono abandonne de façon progressive le lyrisme rustique et parfois emphatique des romans « paniques », pour un ton nouveau et un style où la concision, l'ellipse et des combinaisons narratives très subtiles attestent sa virtuosité et doublent le prodigieux poète de la matière d'un fascinant conteur. C'est là sans doute ce qui assure l'originalité d'une oeuvre si étrangère aux modes, et sa modernité : l'ivresse froide et souveraine, sensuelle et rythmique d'une parole tendue vers l'expression vitale des impulsions d'un matérialisme mystique, pour séduire le désir, lui imposer cette préférence pour les formes .

Origines
Jean Giono est né à Manosque, le 30 mars 1895, d'un père cordonnier originaire du Piémont, dont la belle figure de guérisseur libertaire a marqué l'écrivain, et d'une mère repasseuse. Une aura mythologique entoure cette famille pauvre, dans Jean le Bleu ou dans Le Poète de la famille (1942), qui évoque sur le mode légendaire la famille de la tante Marguerite Fiorio ; quant au grand-père carbonaro, il est une des sources d'Angelo. La petite ville de Manosque devient un microcosme dont Giono se servira dans quantité de textes, directement (Manosque-des-Plateaux , 1930 ; Virgile , 1947) ou sous divers déguisements. Plus encore, la terre et les hommes de haute Provence le hanteront, quoiqu'il ait dit avoir peint un « Sud imaginaire ». En dehors des montagnes du Trièves, l'autre grand lieu de son inspiration, il ne quittera guère sa région que pour de rares voyages et plusieurs séjours en Italie, sur les traces de Machiavel et de Stendhal (Voyage en Italie , 1953), jusqu'à sa mort à Manosque, le 8 octobre 1970.
Pour venir en aide à ses parents, Giono doit quitter le collège en seconde et devient employé de banque. Sa culture, immense, aura donc été celle d'un autodidacte à la curiosité universelle. Le succès de Colline et de Un de Baumugnes , en 1929, l'engage à se risquer à vivre de sa plume. Entre-temps, il a fait la guerre de 1914, qui laissera une empreinte définitive dans sa sensibilité et son imaginaire. Il en donne une vision apocalyptique dans Le Grand Troupeau (1931). Ses premiers écrits sont le fruit d'influences multiples. Angélique est d'inspiration médiévale. Les proses poétiques d'Accompagnés de la flûte (1924) sont tirées de Platon et de Virgile. Le Noyau d'abricot est un conte orientalisant. Mais déjà L'Ermite de Saint-Pancrace et Rustique sont l'émanation de la terre provençale, tandis que la nouvelle Ivan Ivanovitch Kossiakoff , rédigée en 1925, est autobiographique. Durant ces années, Giono se cherche un style.

L'impossible mélange avec le monde
Naissance de l'Odyssée , achevé en 1927, est refusé par Grasset. C'est pourtant le roman fondateur qui contient en germe la plupart des thèmes à venir. Dès le naufrage initial se lit une hantise d'être dévoré par la mer, « la gueule aux dents d'écume », mais aussi bien par la terre (dont la mer est la constante métaphore chez Giono) et par la femme : autant de figures de la mère castratrice. D'emblée, donc, on est très loin de la terre idyllique dont on a voulu que Giono soit le chantre : Ulysse est terrifié par les grandes « forces » mouvantes du « magma panique ». Mais il y a dans l'homme un désir, force analogue à celles du monde ; prisonnière des « barrières de la peau », elle tend irrépressiblement à se fondre dans le monde maternel. Comment y parvenir sans être dévoré ? La réponse d'Ulysse va commander toute l'oeuvre à venir : par la parole mensongère (et elle l'est précisément en ce qu'elle substitue au réel un monde inventé), il institue un domaine imaginaire où il pourra, impunément, posséder les femmes, mais aussi capter et dire le « secret des dieux », comprenons les forces du monde. Par là, le roman inaugure chez Giono une poétique du mensonge, qui va s'avérer toutefois à double tranchant.
La Trilogie de Pan explore les possibilités qu'a l'homme de s'approprier la terre et la femme. Colline (1929) raconte la révolte de « la grande force » de la terre (symbolisée par le dieu Pan) contre le double crime (oedipien) des villageois : en labourant la terre, ils la font saigner ; le vieux Janet, « un homme qui voit plus loin que les autres », est coupable, lui, d'avoir percé les secrets de la mère nature et de les dire : il parle, et la fontaine nourricière de Lure, « la mère des eaux », se tarit. Il faut qu'il meure pour qu'elle recoule. Un de Baumugnes (1929) est l'histoire d'une vierge séduite par un proxénète beau parleur : « C'est ça qui a fait le mal ; sa langue. » Le pur Albin la rachète, et avec elle le monde entier, parce que le chant de son harmonica a su abolir le fossé tragique entre l'imaginaire et le réel : « Au lieu de mots, c'était les choses elles-mêmes qu'il vous jetait dessus. » On notera que ce texte inaugure la technique du récit indirect, le narrateur étant un personnage, Amédée. Regain (1930) clôt le cycle par la victoire (fragile) de Panturle, qui échappe avec son village d'Aubignane à l'effacement dans la nature sauvage ; il soumet la terre à la loi de la culture en même temps qu'il s'empare d'une femme et la féconde. Dans ce roman s'ébauche une prédication sociale (idéal autarcique d'une communauté fondée sur l'échange des richesses produites par un travail libre) que les livres suivants vont amplifier. Dans Le Serpent d'étoiles (1931), Giono donne une dimension cosmique à la situation de l'homme, partagé entre l'obéissance aux lois de l'Univers et sa propension à s'enfermer derrière la « grande barrière » de ses « reflets », c'est-à-dire de l'anthropomorphisme fatal de son désir.
Tandis qu'il écrit Le Grand Troupeau , en 1930, Giono entre dans une grave crise existentielle qui va durer quatre ans, et dont l'aspect principal est une douloureuse privation du réel (elle était donc latente dans les romans précédents). Il cherche alors une issue dans le théâtre (Le Bout de la route , 1931, Lanceurs de graines , 1932). En vain : les personnages succombent à la fatalité de la réclusion dans l'imaginaire, qui les exile de la femme et du monde.
Dans Jean le Bleu (1932), le désespoir suscite l'émergence de monstruosités et purifie le lyrisme. Dans ce récit d'enfance parfois halluciné, Giono tente de frayer la voie à un « chant », celui des formes où puissent s'exprimer les forces du bas , celles du désir mais aussi celles « des nôtres, des pauvres et des perdus », tel le déroulement d'un serpent - symbole récurrent du « fond des choses » - dans les libres formes de la musique : « La flûte s'élança et, comme un serpent qui, debout dans l'herbe, construit avec la joie ou la colère de sa chair les fugitives figures de son désir, elle dessina le corps de ce bonheur dédaigneux qui habite la tête libre des parias. » La parabole finale de la chute d'Icare dit la tentation et la vanité d'un envol solitaire dans de pures formes, également loin de la « roue du monde » et du bouillonnement social.
Le Chant du monde (1934), roman d'aventures, est le récit d'une quête initiatique dans les hauteurs du pays Rebeillard. On retiendra surtout la valeur symbolique de Clara, l'aveugle, car elle fait apparaître la continuité de la problématique de la parole. Ouverte aux sensations élémentaires, elle est le monde, l'originelle mère. Mais, aveugle, elle ignore quels noms correspondent aux choses ; elle est le monde en mal d'expression : le rôle d'Antonio sera d'inventer un langage capable de dire le foisonnement des choses en travail avec la vérité des odeurs, comme ces images qu'il crée pour nommer les étoiles.
Le projet d'« installation » de la joie de Que ma joie demeure (1935) échoue pour deux raisons : la peur de la femme dont l'amour engage à un dépassement total de l'individu, et le refus concomitant des « batailles » sociales qui interdit aux gens du plateau Grémone, vivant en autarcie, de s'accorder à la démesure du « paradis terrestre » (et perdu) de la nature. Car celle-ci a pour loi la roue sans fin des transformations, et donc des combats continuels, à l'image de celui, mortel mais conforme au désir, des écureuils et du renard. Et seules des batailles analogues permettraient aux hommes d'être à l'unisson d'un monde où rien ne demeure. Le refus des batailles les réduit, déjà, à l'ennui en les enfermant dans un imaginaire qui, décidément, est de trop dans le monde.

Giono et la politique
Malgré ces réticences, Giono s'est engagé à gauche dès 1934. Le retentissement considérable de Que ma joie demeure a deux conséquences. L'essai Les Vraies Richesses (1936) réaffirme l'idéal d'une communauté rurale autarcique, mais contient un appel à la révolte contre la société industrielle capitaliste qui asservit le travail et « détruit les vraies richesses ». D'autre part, en septembre 1935, a lieu, autour de Giono, le premier rassemblement sur le plateau du Contadour (il y en aura neuf jusqu'à la guerre) qui va devenir un foyer d'antifascisme et de pacifisme.
Le pacifisme intransigeant de Giono et son hostilité grandissante vis-à-vis du stalinisme entraînent sa rupture avec les communistes ; elle se marque par la publication en 1937 de Refus d'obéissance . La même année, Batailles dans la montagne , vaste roman épique aux nombreux personnages, conte l'engloutissement d'une vallée par un déluge d'eau et de boue. Saint-Jean (comme Giono) est partagé entre la tentation de s'évader, comme Icare, dans les hauteurs de la création, où « rien ne se bat », et la participation au commun combat. Le dénouement, de nouveau, est amer. Dans l'essai visionnaire Le Poids du ciel (1938), l'auteur définit une position politique qui ne changera plus guère. Il y récuse avec force non seulement le fascisme, mais aussi le communisme soviétique par lequel il avait été tenté comme beaucoup d'écrivains de son temps. Il émet en effet une réserve majeure vis-à-vis des tentatives de suppression révolutionnaire de l'aliénation capitaliste, d'ailleurs violemment dénoncée : parce qu'elles perpétuent la « civilisation industrielle » technicienne (génératrice de guerre), celles-ci tiennent les hommes éloignés de l'obéissance aux lois cosmiques qui suppose une réinsertion dans le devenir universel. Seul le travail individuel et sensuel de la matière - celui du petit agriculteur indépendant et de l'artisan - autorise la participation au mouvement de transformation continu qui est le monde. Inversement, noyé dans les masses que manoeuvre la volonté de puissance des « chefs », l'individu perd sa raison d'être et sa « beauté ».
Les « Messages » qui se succèdent jusqu'en 1939 (Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix , Précisions , Recherche de la pureté ) accentuent l'opposition de Giono aux totalitarismes en même temps que son refus d'une solution révolutionnaire. Le projet de roman des Fêtes de la mort , centré sur une insurrection paysanne contre la société industrielle, est abandonné en octobre 1938. Or ce renoncement à toute révolte active contre un ordre social qui dénature l'homme en le coupant de l'origine va avoir ees conséquences considérables dans la suite de l'oeuvre. Privée de débouché social, la force centrifuge individuelle aura tendance à se dépenser dans le jeu des passions , colorant du même coup la vision politique d'un scepticisme machiavélien : « On assouvit une passion égoïste dans les combats pour la liberté » (Voyage en Italie , 1953). Désormais, le théâtre cruel des passions remplacera ou doublera celui des opérations. Ainsi dans Deux Cavaliers de l'orage (écrit de 1938 à 1942, mais publié en 1965). Détournée de la révolution, la force du désir s'invente un débouché narcissique : Marceau Jason, dit « l'Entier » (comme le cheval, symbole de la force élémentaire), aime son jeune frère Ange, son reflet apollinien. Mais c'est se soustraire à l'impératif du mélange avec le Tout. Les deux frères s'entretuent : la force détruit l'être double qui voulait orgueilleusement la thésauriser.

Une période de transition
Mais déjà une mutation a commencé de s'opérer : « Entre 1938 et 1944 s'échelonnent une série d'oeuvres de transition, dont chacune, à sa manière propre, apporte du nouveau et nous met sur le chemin des Chroniques » (R. Ricatte). Pour saluer Melville (1941) est un autoportrait indirect, comme toutes les Préfaces de Giono. Écrit au sortir de prison, ce livre fait entendre un ton nouveau, où se marient ironie, pathétique et allégresse. Remplaçant la terre, la mer symbolise le monde désert pour l'homme, dès lors en proie à l'envie prométhéenne de s'égaler à cette démesure qui l'annule. Il n'est plus question pour Melville d'exprimer le monde (perdu), mais « le monde Melville » : l'invention poétique crée un monde personnel qui ne peut plus guère se communiquer qu'à l'âme soeur , cette Adelina White qui joue donc le même rôle qu'Ange Jason et que, bientôt, la Pauline d'Angelo : elle est l'exutoire narcissique du désir. Or les oeuvres composées pendant la guerre se caractérisent toutes par ce repli orgueilleux dans l'imaginaire. Deux pièces de théâtre, d'abord. Dans La Femme du boulanger (1941), le boulanger, d'être abandonné par sa femme, est initié malgré lui à la trouble jouissance d'un manque plus fondamental, et apprend à se réapproprier le réel par son invention. Le Voyage en calèche (1943) opère un triple retrait : dans le passé, dans l'Italie paternelle et sous l'égide de Stendhal. Julio résiste, certes, à l'occupant, mais s'oppose en même temps à ceux qui, comme le colonel, dissimulent des appétits très personnels sous leurs prétentions révolutionnaires à faire le bonheur des autres. Sa principale arme est d'ailleurs le mensonge poétique, la création d'un univers d'images.
Le retrait loin de la société s'accentue dans Fragments d'un paradis (1944), où une navigation à la Moby Dick vise à restituer les conditions d'une confrontation régénératrice avec la naturelle démesure d'un monde paradis que figurent les monstres sortis des grands fonds.
Giono sous l'Occupation ? Résumons les faits. On a pu lui reprocher surtout la publication de Deux Cavaliers de l'orage dans La Gerbe (de décembre 1942 à mars 1943), hebdomadaire où les articles sur Giono étaient très fréquents, la parution de « Description de Marseille le 16 octobre 1939 » dans la Nouvelle Revue française de Drieu La Rochelle (en décembre 1942 et janvier 1943), et un reportage photographique sur lui dans Signal en 1943. Sans parler de l'utilisation par le régime de Vichy de sa pensée réduite à une caricature (« retour à la terre » et à l'artisanat). Mais il est avéré d'autre part que Giono a caché et entretenu à partir de 1940 des réfractaires, des juifs, des communistes. Son oeuvre porte des traces de cette « résistance » à l'hitlérisme : outre Le Voyage en calèche , interdit par l'occupant en décembre 1943, et dont le personnage de Julio se prolonge dans celui d'Angelo, résistant italien à l'occupant autrichien en 1848 (Le Bonheur fou ), il faut mentionner Angelo III, traqué par les troupes allemandes, dans le début inédit de Mort d'un personnage , et la mort de Clef-des-Cours dans le maquis (Ennemonde ). Voilà qui devrait mettre un terme à la légende d'un Giono « collaborateur ».

Le cycle du « Hussard »
En 1945, Giono conçoit le projet d'une décalogie contant alternativement l'histoire d'Angelo Pardi, jeune colonel de hussards piémontais, exilé politique en France, et celle de son petit-fils, Angelo III, vivant en France en 1945. Le projet est abandonné en 1947, mais quatre des livres prévus voient néanmoins le jour. Dans Angelo (écrit en 1945), les désillusions politiques engendrent une très individualiste « poursuite du bonheur » sur le modèle de Stendhal, grâce à la « création personnelle » d'un climat passionné qui permette à la générosité du héros de s'épancher, et à l'invention d'une âme soeur (Pauline) où il puisse à la fois projeter et recueillir son désir, comme dans un miroir.
Le problème s'aggrave dans Le Hussard sur le toit (écrit de 1946 à 1951). Le choléra qui ravage la Provence appelle une lecture plurielle. Il est d'abord l'insoutenable incandescence d'un monde qui dévore les formes. Mais comme il est aussi la peur, l'égoïste repli sur soi que cette violence provoque chez les hommes, il devient, à l'échelle sociale, la barbarie dans l'histoire. Celle-ci suscite trois types de réactions : lâcheté et cruauté du plus grand nombre ; « résistance » de Giuseppe, le frère de lait d'Angelo, et de son organisation (les communistes), dont la volonté de puissance prend pour alibi « la liberté » et « le bonheur du peuple » ; Angelo enfin. Sa conduite chevaleresque, sa fidélité à un idéal de grandeur qu'il retrempe sans cesse, pour s'y égaler, au spectacle de la grandeur du monde réalisent un équilibre supérieur entre les deux autres tendances, dans la mesure où lui aussi combat le choléra sans toutefois être guidé par des motifs égoïstes (il agira de même dans Le Bonheur fou , dernier roman du cycle), et où, parallèlement, il se dévoue passionnément à Pauline de Théus sans céder à l'appel vertigineux et mortel du monde et de la femme (cette femme qui porte le prénom de la mère de l'écrivain, et dont il ne devient pas l'amant). Il aime et il se bat, mais jamais en pure perte . Pour ces deux raisons, il échappe à la troisième forme du choléra : la maladie morale qui punit tous ceux qui, en « avares », économisaient leur désir et se recroquevillaient dans leur peur. Cette maladie les obligera à laisser s'exprimer d'un seul coup, dans une liquéfaction-explosion libératrice, l'océan et le feu intérieurs, double métaphore de la force intérieure retenue . Le cholérique est calciné par la fièvre, il se vide et devient bleu comme la mer. C'est à cette fascination de la perte que cédait Pauline vieillie dans Mort d'un personnage (achevé en 1946) parce que son désir était radicalement privé des formes habitables dont la perte d'Angelo symbolisait le manque atroce. L'amour d'un absent la conduisait à n'aimer plus que l'absence.

Les « Chroniques »
« Avarice », « perte » : telles sont les deux grandes tendances qui vont structurer l'univers des Chroniques . Cette partie capitale de l'oeuvre est d'abord sortie du projet formé par Giono après la guerre, alors qu'il était inscrit sur la liste noire du Comité national des écrivains et interdit de publication en France, d'écrire de courts récits alimentaires destinés à être publiés aux États-Unis. La deuxième de ces Chroniques , Noé (1948), définit l'avarice et la perte comme deux modes, opposés mais complémentaires, de gestion de la force interne. L'avare, amassant avidement l'or et surtout le sang de ceux dont il trame la perte, procède à une accumulation de la force et crée ainsi un monstrueux contre-monde, par refus orgueilleux et méprisant de la laisser se perdre, tandis que les hommes de la perte, saisis d'une irrésistible tentation, dilapident cette force pour se fondre avec elle dans le monde convoité. Comment jouir, sans se perdre, de l'apaisement mystique que procure la perte ? Les Chroniques explorent toutes les combinaisons possibles pour atteindre ce but. Noé élabore une solution au niveau du signifiant narratif en faisant proliférer des formes romanesques ouvertes , où le désir puisse se dilater sans y être enfermé, mais sans s'y perdre non plus : circulant dans le monde qu'il invente, il se conserve en soi. En outre, l'écrivain se ménage un nécessaire vertige. En effet, roman du romancier, cette fiction est faite du démontage des mécanismes qui l'instituent ; c'est exposer à tout instant à la ruine la création qui le sauve. Ainsi fera, dans Les Grands Chemins (1951), le personnage de « l'Artiste », joueur de cartes qui triche au ralenti pour éprouver le vertige de perdre - jusqu'à sa vie. Un roi sans divertissement (1947) présente les principaux thèmes et caractères stylistiques des Chroniques . Dans la montagne du Trièves, l'hiver ferme le monde au désir humain, provoquant un insupportable ennui (c'est aussi le cadre et le thème des nouvelles de Faust au village ). Monsieur V... cherche un remède en faisant couler le sang de ses victimes sur la neige, comme l'écrivain, paradigme de l'avare, recrée sur la page blanche « un monde aux couleurs du paon ». Par victime interposée, il jouit ainsi de l'épanchement désiré. Tel est le cruel théâtre du sang. Langlois, limier lancé sur ses traces, a trop bien compris le sacrificateur et n'a de ressource que dans le suicide qui lui fait prendre, « enfin, les dimensions de l'univers ». La forme narrative se caractérise par un nombre plus restreint d'adjectifs et d'images, un style oral dû à la présence de récitants, laquelle détermine un récit lacunaire, où abondent ambiguïtés et ellipses, et qui convient à une métaphysique du vide. Langlois reparaît dans Les Récits de la demi-brigade (1972), où il croise Laurent et Pauline de Théus, de sorte qu'un pont est jeté entre les Chroniques et le cycle du Hussard.
Dans Les Ames fortes (1950), les trois versions contradictoires des rapports entre Thérèse et Mme Numance consacrent le primat de l'imaginaire tout en raffinant sa fonction : Thérèse projette sur sa très généreuse protectrice son propre penchant à la dilapidation passionnelle, et ce « sang » qu'elle perd indirectement, elle le « dévore » inexorablement, s'arrogeant ainsi le pouvoir d'anéantissement qui est d'ordinaire le propre du monde. Une révolte analogue contre l'ordre des choses anime la Julie du Moulin de Pologne (1952), héritière du destin des Coste, lesquels aspirent secrètement à leur propre perte. Repoussée par la bonne société qui jalouse sa démesure sublime, Julie est réduite à substituer à la réalité son propre univers héroïque et tendre. Mais, dépossédée du réel, elle éprouve la séduction du néant, comme, à sa suite, son fils Léonce, en dépit de l'empire protecteur que M. Joseph construit autour d'eux. Ces monstruosités psychologiques qu'enfante l'hypertrophie du désir chez les « âmes fortes », Giono aime à les retrouver dans les faits divers (Notes sur l'affaire Dominici ) et dans l'histoire (Domitien , Le Désastre de Pavie ). Il n'y survit lui-même que par son art, comme en témoigne, après Noé , l'admirable Déserteur (1966) : à l'instar du peintre de Nendaz, l'artiste est celui qui déserte l'« en bas » dévorant du monde et d'une société qui aliène la force des « misérables ». Il se réfugie dans les hauteurs, parmi les autres travailleurs, lui qui aide à vaincre l'ennui en travaillant la pâte du monde afin que naissent les formes où s'exprimeront les forces du désir. Il s'égale alors au Père en devenant à son tour un guérisseur. Est-ce à dire qu'il échappera au « destin » ? L'énormité triomphante de l'ogresse d'Ennemonde (1965) défie une morale et un monde inhabitables ; mais, vieillie, elle finit par perdre ses formes pour mieux disparaître dans le cycle des métamorphoses terrestres. De même, le Tringlot de L'Iris de Suse (1970) trouve la vérité de sa quête d'absolu en renonçant à l'or accumulé pour aimer « l'Absente », incarnation du « zéro » : ultime combinaison qui autorise enfin à jouir, sans en mourir, de la « pure perte ».
Ainsi se boucle une oeuvre au romantisme tragique et allègre, où la passion, privée d'objet, s'est sublimée en passion de l'absence : du zéro.

Giono et le cinéma
Plusieurs cinéastes ont porté à l'écran des oeuvres de Giono, avec un bonheur inégal. Marcel Pagnol est l'auteur de films de qualité, mais fort éloignés de l'esprit des textes (Jofroi , Angèle , Regain , La Femme du boulanger ). Il en va de même du Chant du monde de Marcel Camus (1965) et des Cavaliers de l'orage de Gérard Vergez (1984). D'autres ont franchement maltraité leur modèle (Émile Couzinet, Le Bout de la route , 1949 ; Christian Marquand, Les Grands Chemins , 1963). L'intérêt de Giono lui-même pour le septième art est ancien et vif, quoique balancé par sa méfiance vis-à-vis de l'industrie cinématographique. Des commandes l'ont poussé à écrire de plus en plus pour le cinéma. Il rédige dès 1942 un « découpage technique » du Chant du monde , jamais tourné, compose en 1956 le scénario de L'Eau vive qui présente sous une forme romancée les conséquences de l'édification du barrage de Serre-Ponçon. Avec l'équipe du film (le réalisateur François Villiers, le scénariste Alain Allioux), il décide de porter à l'écran Le Hussard sur le toit , dont il écrira un scénario complet. Des difficultés de production empêcheront le projet d'aboutir, mais il en sortira un court métrage très original, Le Foulard de Smyrne (1958), conçu comme le banc d'essai du Hussard ; la description de l'invasion du choléra y est faite selon le procédé de la caméra subjective auquel Giono était fort attaché. La même technique inspire un autre court métrage : La Duchesse (1959), axé sur le brigandage légitimiste en Provence qu'on retrouvera bientôt dans les Récits de la demi-brigade . En 1959, Giono adapte Platero et moi de Juan Ramon Jiménez, mais le film ne se fera pas. La même année, il crée la Société des films Jean Giono, destinée à lui garantir la maîtrise de l'exploitation cinématographique de son oeuvre. C'est elle qui produit Crésus , scénario original dont Giono assure la mise en scène. Un berger (dont le rôle est tenu par Fernandel) découvre les vertus d'une « civilisation du peu » après qu'une fortune démesurée a livré son désir au vertige du vide : « la misère, c'est le désir ». C'est surtout dans l'adaptation qu'il écrit d'Un roi sans divertissement (tournée par François Leterrier en 1963) que Giono se montre habile à manier le langage propre au cinéma, par la concentration du récit et le travail sur les couleurs. Il compose encore des commentaires pour des courts métrages (L'Art de vivre , 1961 ; La Chevelure d'Atalante , 1966 ; 04 , 1968). Au total, le cinéma aura offert à Giono la possibilité d'imprimer des formes narratives nouvelles aux thèmes obsédants qu'exprime toute son oeuvre.

Lire la suite...

Solitude de la pitié

12272744500?profile=original"Solitude de la pitié" est un recueil de nouvelles de Jean Giono (1895-1970), publiées à Paris dans l'Intransigeant de 1928 à 1932, et en volume chez Gallimard en 1932.

 

L'ordre d'apparition des vingt textes dans le recueil correspond à peu près à celui de leur rédaction. Ils figurent parmi les premières productions de Giono, qui les écrit, pour certains, parallèlement à Naissance de l'Odyssée et les considère comme des «récréations d'Ulysse», tant en raison de leur forme brève - deux à trois pages le plus souvent - que de leurs sujets, plus proches que l'Antiquité à laquelle l'écrivain consacre son premier long récit.

 

Dans «Solitude de la pitié», un curé n'offre que «dix sous» de récompense à un vagabond qui, au péril de sa vie et pour nourrir son compagnon malade, est descendu dans le puits du presbytère pour le réparer. Les villageois de «Prélude de Pan», sous l'influence d'un mystérieux individu, entrent soudain dans un état de transe qui dure toute une nuit. Dans «Champs», un paysan raconte comment un beau Piémontais lui a ravi l'amour de sa femme et tout son bonheur. «Ivan Ivanovitch Kossiakoff» relate une amitié intense mais brève durant la guerre de 1914. «La Main» est le récit des amours d'un aveugle. Annette, dans «Annette ou Une affaire de famille», a été placée à l'orphelinat car personne, dans sa famille, n'a voulu s'occuper de l'enfant. Le narrateur d'«Au bord des routes» rend visite à Gonzalès, son ami aubergiste, et tous deux causent de leur vie. Le vieux Jofroi («Jofroi de la Maussan») meurt peu après avoir vendu son verger dont il n'a pu supporter que les arbres soient abattus. Dans «Philémon», on est contraint d'égorger un cochon malade le jour même de la noce de la fille de la ferme. Le vieil homme de «Joselet» explique au narrateur sa conception de l'existence. Dans «Sylvie», le narrateur aime en secret la fille de ferme, revenue au pays après avoir fui la ville avec un amant. La bergère de «Babeau» conte le suicide de Fabre, dont elle a été le témoin passif. «Le Mouton» décrit un paysage à travers l'image d'un animal vivant que l'homme domine et torture. «Au pays des coupeurs d'arbres» évoque la vie passée d'une ferme désormais en ruine. Le narrateur de «la Grande Barrière» veut réconforter une hase qui agonise, mais il s'aperçoit que sa présence cause à l'animal une horreur plus terrible que la mort. «Destruction de Paris» offre une vision à la fois satirique et compatissante de la vie du Parisien, alors que «Magnétisme» montre que les habitués du café d'un petit village connaissent le vrai sens de la vie. «Peur de la terre» évoque la terreur de l'homme face à la nature et «Radeaux perdus» l'expérience de la mort dans les villages reculés. Enfin, dans «le Chant du monde», le narrateur songe à un livre qu'il souhaite écrire et qui porterait ce titre.

 

En dépit de la diversité des nouvelles qui le composent, le recueil comporte certains traits récurrents qui fondent son unité. Ainsi, tous les récits, à l'exception du premier, émanent d'un narrateur qui parle à la première personne et que bien des aspects invitent à confondre avec l'auteur: il s'appelle Giono dans «Ivan Ivanovitch Kossiakoff» et, dans plusieurs nouvelles, il répond au prénom de Jean. Certes, les deux instances demeurent distinctes, mais Giono se plaît à les rapprocher, comme pour lester de réalité les fictions qu'il relate et pour matérialiser dans les textes la genèse de l'acte créateur. Le «je», disponible, sait accueillir les multiples histoires qui viennent à lui et trouver la voix (le ton des récits est en effet plutôt celui de l'oralité) propice à leur restitution. Le cadre rural des nouvelles est également un facteur d'unité et annonce le climat de nombre d'oeuvres futures.

 

Le titre du recueil allie deux notions d'une manière a priori énigmatique. La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage et l'inaugure présente la solitude de celui qui connaît la pitié comme une conséquence de la cruauté du monde. Rares en effet sont ceux qui ont d'autres motivations que leur propre égoïsme, et le curé lui-même, censé, par sa fonction, pratiquer la charité, est incapable d'apercevoir autre chose que son intérêt et son confort. Cette postulation constitue le fondement du recueil: «Celui qui s'abstrait de l'égoïsme de la masse est seul capable de pitié», explique Giono (entretien avec P. Citron, avril 1969), mais chaque nouvelle propose une mise en rapport singulière des deux notions du titre.

 

La tonalité d'ensemble de l'oeuvre est pessimiste, dans la mesure où la pitié est peu souvent présentée comme positive et efficace. Le syntagme «solitude de la pitié» signifie alors que sujet et objet de la pitié ne sauraient se rejoindre: celui qui éprouve la pitié et celui qui l'inspire demeurent le plus souvent radicalement seuls. Ainsi, dans «la Main», la pitié est inutile parce qu'elle est le fruit d'un malentendu; l'aveugle Fidélin conclut sa poignante histoire par une étrange formule qui semble lui retirer sa crédibilité: «Il faut bien dire quelque chose pour rire.» Dans «Jofroi de la Maussan» et dans «Sylvie», l'être qui inspire la pitié est incapable de s'en apercevoir car il est coupé du reste du monde, muré dans une idée fixe ou des illusions: Jofroi, qui ne pense qu'aux arbres qu'il a plantés et qu'on veut détruire, ne voit pas la patience et les efforts dont les autres font preuve à son égard; Sylvie, perdue dans des souvenirs idéalisés, ignore l'amour vrai et profond qu'elle inspire à son confident de tous les jours. «La Grande Barrière» montre que la pitié peut être une torture et non un réconfort: «La bête mourait de peur sous ma pitié incomprise; ma main qui caressait était plus cruelle que le bec du freux.»

 

Dans ce recueil, bien des existences se croisent sans parvenir à se rencontrer, bien des personnages sont voués à une destinée qui demeure énigmatique, du fait notamment que les nouvelles n'en captent que des instantanés et ne dévoilent ni leur passé ni leur avenir. L'incommunicabilité qui, dans bien des récits, sépare les personnages est d'autant plus poignante pour le lecteur que lui-même, faute d'informations suffisantes, est confronté à des êtres qui restent opaques, qui le touchent au vif sans qu'il puisse totalement les déchiffrer. C'est alors à sa propre solitude qu'est renvoyé le lecteur, invité à méditer sur son appartenance à l'universel égoïsme et sur les limites de sa propre faculté de compassion.

Lire la suite...

journal de bord, dimanche 3 juillet 2011

J'ignorais que les hêtres pouvaient pousser aussi haut ... rien qu'au bout de sept ans.

 

J'ignorais, y a pas longtemps, qu'il ne faut pas semer des choux les uns trop à côté des autres.

 

Je retiens une expression d'un ami, hier, quand on a parlé de Lacan, le célèbre psychanalyste : "Je me demande si, à propos de lui, ce qu'on retient surtout, ce n'est pas ... la sacralisation de ce qu'on ne comprend pas"

 

On s'est baladés dans la région de Durbuy, Barvaux. Hier. Septon, Borlon, Palenge, ça vous dit ? Un vrai paradis.

 

Certains anciens champs de vache, par là, sont de véritables réserves naturelles. Même si les orties prennent parfois trop de place. Mais bon : y a des pruneliers, des noyers. Et des chien(ne)s efficaces ... pour avaler les taupes.

Lire la suite...

Guillaume Bodinier (1795-1872)

"La demande en mariage", 1825
"La demande en mariage", 1825
"Village italien", première moitié du 19e siècle
"Village italien", première moitié du 19e siècle
"Femmes à la fontaine, Route de Rome à Naples", 1857
"Femmes à la fontaine, Route de Rome à Naples", 1857 

Cet été, le peintre angevin Guillaume Bodinier (1795-1872) est à l’honneur au musée des Beaux-Arts d’Angers. Cette première rétrospective présente plus de 200 œuvres, principalement des études de paysages et personnages ainsi qu’une trentaine de tableaux.

Guillaume Bodinier naît à Angers en 1795. Formé dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin (atelier par lequel sont passés Géricault et Delacroix), il démarre sa carrière de peintre assez tardivement.

En 1822, il accompagne Guérin, nommé directeur de la Villa Médicis à Rome. Ce séjour italien inaugure une période d’aller-retour entre la France et l’Italie qui s’étendra sur plus de 25 ans. L’œuvre de Bodinier s’inspire des paysages italiens, des scènes pittoresques observées lors de ses excursions dans les campagnes romaine et napolitaine. Les études (esquisses peintes ou dessinées) expriment particulièrement la sensibilité de l’artiste qui retranscrit la nature comme il la voit. Une certaine spontanéité s’en dégage.

L’Italie est un passage obligé dans le processus de formation des artistes à cette époque. Bodinier y fréquentera un certain nombre de ses contemporains, artistes et écrivains, comme Stendhal, Ingres et Corot notamment. Il nouera également une relation quasi-filiale avec Guérin, qu’il veillera d’ailleurs sur son lit de mort.

Le parcours chronologique de l’exposition commencera avec une séquence introductive sur les années d’études et de formation. Le cœur de l’exposition sera consacré aux séjours principaux en Italie, tandis que la dernière séquence insistera sur la période angevine après 1848.
Enfin, une cinquantaine de portraits dessinés et peints sont présentés depuis le 25 juin dans le cabinet d'arts graphiques

L’exposition survole un demi-siècle et met en exergue la difficulté d’un artiste à créer, à se renouveler dans un siècle de bouleversements artistiques, entre classicisme, académisme, romantisme et impressionisme. Elle s’inscrit aussi dans une volonté depuis la réouverture du musée, de valoriser ses principaux donateurs (David d’Angers, Turpin de Crissé), grands artistes et personnalités locales de première importance.

 

Catalogue

Guillaume Bodinier, un peintre angevin en Italie, sous la direction de Patrick Le Nouëne, textes de Patrizia Rosazza Ferraris, conservateur du Museo Praz à Rome, Vincent Pomarède, conservateur général responsable du département des peintures au musée du Louvre, Patrick Le Nouëne, conservateur en chef des musées d'Angers, édition Expressions contemporaines, 320 pages, 39 €


Guillaume Bodinier portraitiste

"Etude pour le portrait d’Anna-Angélique Lemotheux et de son fils Jules-Guillaume", 1838
"Etude pour le portrait d’Anna-Angélique Lemotheux et de son fils Jules-Guillaume", 1838

Du 25 juin au 18 septembre

Cabinet d'arts graphiques 

En parallèle à l’exposition Guillaume Bodinier, un peintre angevin en Italie, présentée dans la salle d’exposition temporaire du musées des Beaux-Arts, une présentation du travail de l’artiste en tant que portraitiste est proposée au cabinet d’arts graphiques.
Si Guillaume Bodinier est davantage connu en tant que peintre de scènes de la vie italienne et de paysage, il n’a cessé de s’adonner au portrait, depuis sa première année de formation dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin en 1817. 
Avant 1822 et son départ pour Rome, Guillaume Bodinier réalise les portraits des membres de sa famille et de ses proches, modèles qu’il retrouvera entre 1827 et 1830 lors de ses séjours à Angers. En Italie il peint des portraits d’aristocrates français qui séjournent à Rome et de ses amis artistes, plusieurs de ces tableaux seront présentés au Salon entre 1827 et 1857.
 Les portraits peints sont présentés dans l’exposition temporaire et le cabinet d’arts graphiques propose une sélection d’esquisses pour la réalisation de portraits, certains exposés au Salon, d’autres ne sont pas localisés. Ces travaux préparatoires laissent apparaître une grande dextérité, un goût pour les décors variés, un soin pour trouver des attitudes inédites, des poses originales qui prouvent que Bodinier connaissait bien les portraits d’Ingres, artiste qu’il a côtoyé en Italie. 

 

 
Lire la suite...

Face à un tort exorbitant

Respectueusement à Madame Anne Sinclair

 

Face à un tort exorbitant,

Indigné, on ne doit se taire.

Si l’on est armé pour le faire,

S’impliquer devient important.

 

On ne sait certainement pas

Ce qu’entraînera la parole.

Elle a un pouvoir et un rôle.

En justice, dans tous les cas.

 

Quand un droit devient bafoué,

Souvent, je ne peux me défaire

D’un fâcheux assaut de colère,

J’essaie vainement d’être en paix.

 

Je réagis spontanément,

M’adressant à mon entourage,

Je dis ce qui me met en rage,

Or je surprends visiblement.

 

Par écrit, souvent autrefois,

J’ai dénoncé, ouvertement,

D’inacceptables agissements.

C’était nécessaire, je crois.

 

J’ai récidivé cette année,

Ne pouvant demeurer muette,

Conserver ma fureur secrète

Alors que j’étais indignée.

 

J’ai rédigé plusieurs écrits,

Je les ai lancés sur les ondes,

Afin de révéler au monde

Ma vérité, sans parti pris.

 

                                                                                               2 juillet 2011

Lire la suite...

Disent les imbéciles

12272744063?profile=original« Disent les imbéciles" » est un roman de Nathalie Sarraute (née en 1902, décédée en 1999), publié à Paris chez Gallimard en 1976.

 

L'adorable "tableau de famille" que forment une grand-mère "mignonne à croquer" entourée de ses petits-enfants qui la câlinent "se craquèle", sous le poids précisément de cette expression entre guillemets qui, en définissant, en qualifiant, fige, emprisonne, réduit, délimite. Le roman passe ainsi en revue un certain nombre de phrases ou d'expressions, voire de mots, qu'il décortique, pour montrer quels sont leur pouvoir et leur sens véritable: "jaloux", "il aura un menton en galoche", "il nous montre", "c'est vous que ça juge" et surtout "c'est ce que disent les imbéciles". Cette phrase recouvre à elle seule toute la diversité des mouvements qui s'agitent à l'intérieur des personnages anonymes, ou qui les portent vers et contre les autres. C'est cette phrase qui permet aux deux thèmes structurels de l'oeuvre de se rejoindre: celui de l'identité (chacun pouvant s'éprouver comme vide, infini, sans limites, mais se sachant aussi défini par autrui au moyen d'un jeu de qualifications) et celui de la nature des idées (que l'on peut imaginer à l'état pur, isoler d'une quelconque paternité, ou au contraire qui sont possédées par leur "père" autant qu'elles le possèdent). Deux personnages s'affrontent, s'opposent, fusionnent jusqu'à se confondre, pour se séparer de nouveau, etc.; deux maîtres, dont l'un est estimé parce qu'il a rejeté une idée quelconque avec mépris ("C'est ce que disent les imbéciles") et l'autre parce qu'il a fini, après avoir dissocié les "imbéciles" et l'idée en question, par s'en voir attribuer la paternité.

 

Ce roman de Nathalie Sarraute est peut-être le plus achevé de ses livres, le plus rigoureux, qui illustre de la façon la plus pure ses préoccupations littéraires. Elle avance dans l'abstraction avec une logique, une précision toutes mathématiques, formant de véritables équations à partir de formules, organisant des démonstrations jusqu'aux "leçons" finales, exigeant de son lecteur la plus grande attention pour suivre les étapes de ses raisonnements méthodiques. L'abstraction tient au fait que les véritables acteurs du roman sont les mots, d'une part, et les idées, d'autre part, qui sont associés parce qu'ils forment l'échelle des valeurs: la métaphore de l'escalier, qui revient à plusieurs reprises dans le roman - "Escaliers qui s'étirent, ondulent, redescendent, remontent, redescendent et enfin se dressent abrupts jusqu'au ciel... jusque-là où il se tient [...] d'où ils observent celui qui maintenant vers lui rampe, grimpe..." -, est à cet égard significative. Sur cette échelle de valeurs, les personnages, anonymes, parfois difficiles à identifier, désignés par des pronoms qui, au sein de la même phrase peuvent varier, viennent se placer suivant une hiérarchie qui va des "imbéciles" aux "maîtres".

 

L'auteur explore le langage pour lui-même: certains mots, certaines expressions ou phrases sont mis entre guillemets, isolés au sein du texte et étudiés, parfois sous deux angles différents. On rencontre ainsi, tout au long du roman, de micro-analyses stylistiques qui soulignent les différentes connotations d'un possessif, d'un verbe, d'un adjectif, d'un pronom, etc. Et le mot acquiert le pouvoir d'une arme ("La voici, l'arme la plus facile à manier [...]. Rien n'est plus étonnant que la rapidité, la force avec laquelle ce mot frappe"), d'un outil rassurant, d'un mur ("Vite, endiguons [...], amenons les mots fabriqués tout exprès"), d'un objet que l'on peut "se passer" et qui emprisonne l'informe, lui donne des limites et une définition. La phrase clé du texte, "disent les imbéciles", est par exemple tour à tour une prière, un exorcisme ("Prononcez les paroles qui vont vous délivrer... Répétez après nous: cela, c'est ce que disent les imbéciles"), le piège qui se retourne contre celui qui la prononce, la formule magique qui inverse à elle seule une situation. Et le texte rebondit sur ces expressions qui toujours impliquent un ou plusieurs interlocuteurs, progressant donc essentiellement par dialogues (ou monologues dont le sujet se dédouble) selon une véritable maïeutique.

 

Cette exploration du langage a pour enjeu essentiel la question de l'identité: existe-t-on dans, par les mots, ou hors d'eux, en deçà ou en delà? N'est-on que cela, ce puzzle constitué plus ou moins subtilement par les qualifications d'autrui: "Avare [...]. Égoïste. Rancunier. Modeste. Franc. Amoral. [...] Je suis paresseux. Je suis coléreux. Je suis un grand timide. [...] Lui, c'est un compliqué." La tentation est grande d'échapper au mot qui "juge", qui fait "loi", qui définit: "Je ne suis rien... un vide... un trou d'air... Infini. Sans confins... Et tous autour... comme moi." A maintes reprises, le texte capte ces moments où l'identité des personnages oscille entre le rien et le quelque chose, qu'un pronom personnel suffit soudain à figer: "Il est lui. Je suis moi. Nous sommes nous [...] Vous êtes vous. Ils sont eux". L'auteur use de la litanie, de la répétition (les formules sont nombreuses qui réapparaissent intactes au gré de la progression du roman, comme "tel qu'il est", "tous tels qu'ils sont", "chacun sa place", etc.); il fait référence à des contes (le Prince et le Pauvre, Gulliver) qui mettent en scène des confusions ou des recherches d'identité; il organise des "combats" d'identité au sein de dialogues (les interlocuteurs y parlent de leurs places respectives, mais se rejoignent, se fondent par la parole, pour s'éloigner sur un geste, tenter de se confondre dans une idée, etc.); il joue de la confusion pour mieux la mettre en scène, sans décider pour finir si les mots piègent ou libèrent, si une idée caractérise celui qui l'émet, ou est au contraire contaminée par celui qui s'en empare, s'il existe une identité personnelle rassurante, fixée une fois pour toutes à l'intérieur d'une hiérarchie qui distingue clairement les "imbéciles" des autres, de ceux qui sont enfin "quelqu'un".

Lire la suite...

L'Etat culturel

12272743282?profile=original"L'Etat culturel" est un essai de Marc Fumaroli, paru en 1992.

Que peut-on attendre d'une "politique culturelle"? Qu'advient-il des arts et des lettres dans un pays comme le nôtre lorsque l' Etat entreprend de diriger la diffusion, voire la production, de la "Culture", et qu'il fait de cette "mission" l'une de ses priorités? Rien de bon, si l'on en croit Marc Fumaroli, auteur de "L' Etat culturel". Jusqu'à Malraux en effet, l' Etat se contentait de diriger les affaires politiques ou sociales, laissant créateurs et amateurs cultivés à leur destin. Depuis, et notamment avec Jack Lang, l'Etat a rassemblé entre ses mains tous les moyens qui lui permettent d'exercer un véritable "pouvoir culturel", qu'il utilise surtout comme un instrument d'autopropagande ou d'organisation des loisirs de masse. La Culture est ainsi devenue une sorte de religion d'Etat; ce qu'illustre bien le sous-titre de l'ouvrage: "Essai sur une religion moderne".

Une idéologie monstrueuse.
Grâce à une évocation détaillée des origines de l' Etat culturel, Marc Fumaroli nous permet de comprendre comment celui-ci résulte paradoxalement des courants idéologiques antagonistes de la première moitié du XXe siècle. Le "Kulturkampf" (combat pour la culture allemande) hérité de Bismarck; les conceptions marxistes de l' art, âprement défendues par nos "intellectuels de gauche"; le mouvement "Jeune France" qui, sous Vichy, prétendait susciter le renouveau culturel de la Nation; les rêves messianiques de Malraux, qui faisait de la culture une sorte de tissu organique du peuple français: tout cela s'est retrouvé réconcilié, mélangé dans une sorte de "parti culturel", qui n'allait pas tarder à prendre le pouvoir.
Ainsi, en 1959, André Malraux se voit doté d'un ministère d'Etat qui a pour mission de faire accéder tous les Français à la culture et de promouvoir la culture française dans le monde. Ce voeu pieux masque une sinistre réalité: les arts et les lettres français se trouvent confisqués par une poignée de gens chargés de décider souverainement de ce qui est ou non "culturel". Cette tendance s'amplifie encore sous les ministères Lang, où l'on assiste à ce spectacle caricatural d'un clergé culturel parisien dictant au pays sa frénésie moderniste "branchée", à grands coups de manifestations spectaculaires qu'aucun pays totalitaire n'aurait désavouées.
Parallèlement, le "pouvoir culturel" délivre le discours démagogique du "tout-culturel", qui consiste à parler d'une "culture jeune" ou d'une "culture d'entreprise", présentées sur le même plan que la culture artistique. Ces propos cautionnent l'apparition d'un véritable désert culturel: car l' Etat, mué en Grand Animateur, survalorise toutes sortes d'activités sympathiques au demeurant, mais gomme ce qui distingue création authentique et bricolage d' amateur. "Un énorme bonnet d'âne bureaucratique nous stérilise et paralyse, loin d'être notre émanation et notre manifestation."

Instruire les masses ou les amuser?
Or les gens qui ont "fait" l'Etat culturel sont souvent issus du théâtre. Est-ce pour cela qu'une des grandes préoccupations du "pouvoir culturel" est de se mettre en scène? Ainsi, pour la plupart des candidats à la notoriété dans notre République du spectacle, passer dans certaines émissions de télévision tient lieu de messe d'investiture: "Il y a donc une sacralité télévisuelle en France."
Les grands perdants de ce show permanent sont bien sûr les livres (Fumaroli rappelle que les Maisons de la Culture de Malraux ne comportaient déjà pas de bibliothèques!) et l' Université. Par exemple, à la nouvelle Bibliothèque Nationale de Bercy, les livres se retrouvent perdus parmi tant d'autres gadgets distribués dans ce "supermarché de la Culture".
L' Université, lieu de travail obstiné, de respect des oeuvres, de culture individuelle, était naguère le passage obligé et sélectif pour accéder à la vraie connaissance. Elle se voit remplacée par des espaces de "tourisme culturel", comme le Futuroscope, où l' Etat se charge, à coup de grosses opérations d'auto-promotion, de cultiver en les distrayant des citoyens mués en nouveaux dévots de la culture pour tous. Voici d'ailleurs la dimension la plus préoccupante du problème: l' Etat culturel ne se consacre plus qu'à "l'économie politique des loisirs collectifs". Notre espace culturel est ainsi transformé en une sorte de Las Vegas, oasis de loisirs pour oisifs assoiffés.

Où est passé l'esprit?
Tout au long de son livre, Fumaroli ne cesse d'évoquer ce qu'était, par contraste, la situation des arts et des lettres sous la Troisième République. Cette époque aurait, à en croire l'auteur, réalisé l'équilibre fécond entre une politique sagace de l'Instruction publique, des mécènes encouragés par le libéralisme ambiant, des artistes venus du monde entier vers la Capitale des Beaux-Arts, et une culture populaire authentique.
A cette époque où les ministres chargés de l'Education des Arts avaient du talent, on ne parlait pas de Culture, mais d' "esprit français". C'est à cette notion, aujourd'hui désuète, que Fumaroli, pour envisager la possibilité d'un renouveau de notre paysage intellectuel et artistique. Pour la définir, il évoque aussi bien les Arts libéraux de l' Antiquité, chers à Montaigne, que certaines pages de Valéry ou de Gide sur l'exigence intellectuelle. A son avis, seul un retour aux valeurs de la culture individuelle peut redonner cet élan vital qui refera de la France le pays de la grande culture et de Paris la capitale de l'esprit européen.

Lire la suite...

journal de bord, samedi 2 juillet 2011

On diffuse une émission en l'honneur de Charles Trenet, sur la radio, deux heures par jour (ou par semaine, je ne sais pas).

 

Khadafi menace l'Otan, Dominique Strauss-Kahn est plus ou moins libéré. Ou ... mariage princier à Monaco.

Je m'en fous.

 

Les travaux domestiques sont difficiles, pour moi. A tout moment, je ne sais où je dois me trouver. Même si la tache à laquelle je suis assigné est simple, archisimple.

 

Prendre une raclette, déposer la raclette en un lieu sûr, prendre une brosse, la mettre dans une bassine sans que la chaise (nettoyée la veille) en pâtisse, passer l'ustensile à la personne qui déblaie les sal'tés sur le toit de la véranda ...

Là, je sue.

Non pas que je renâcle à la tâche, mais je suis mal à l'aise, mal dans mon corps, par rapport à ce que je suis sensé faire.

J'entends tell'ment mes parents gueuler (quand j'étais p'tit).

 

"Tu m'as bien aidé !", ai-je entendu (dans la réalité).

 

En quelque sorte, je me suis dépassé.

Je peux être fier de moi. Même si je m'écroul'rais bien, tant j'ai pris sur moi, dans le laps de temps (court, dans l'absolu) où il a fallu râcler (un peu) le toit de la véranda.

 

La journée continuera sur la lancée.

 

 

 

Lire la suite...
administrateur théâtres

LE PREMIER FESTIVAL MUSIQ’3 (Flagey)

BRUXELLES inaugure LE PREMIER FESTIVAL MUSIQ’3, une nouvelle branche du festival de Wallonie, aujourd’hui quadragénaire : C’est la grande  fête  les  01- 02 et 03/ 07-2011

 

Une Surprise  d’abord:

A 19 heures,  sur la terrasse, on est accueilli par la Pologne. Le passage de relais symbolique entre la présidence hongroise du Conseil de l'Union Européenne et celle de la Pologne se fait musicalement. Sur  la place Sainte-Croix, au pied du bâtiment de Flagey, et donc du Service culturel de l’Ambassade de Pologne. Et c'est au son de l'accordéon que le relais historique se fête dans une ambiance estivale. Ce sont les meilleurs  d’Europe ! Deux groupes qui portent bien leur nom, Flying Hands, venu de Hongrie, et Motion Trio, formation polonaise surnommée aussi « trio furioso » jouent l'un après l'autre avant de partager la scène dans une ambiance de fête fort éclectique.

L’ Ouverture du festival Musiq’3 : 


« Les Quatre Saisons/Le Quattro Stagioni » sous la direction de la pétulante  Amandine Beyer, violoniste, avec l'ensemble Gli Incogniti nous plongent dans l’esprit d’une Europe attachée aux valeurs classiques.  Quatre concertos pour autant de saisons, l’allégresse du printemps, la langueur de l’été, l’abondance de l’automne, la préparation du renouveau dans les entrailles de l’hiver. Un cycle qui ne parle que de renaissance, d’invention, de création féconde et continue. Quoi de plus parlant et de plus stimulant pour une Europe qui bouillonne dans son creuset …. ? Les jeunes interprètes de l’ensemble « Gli Incogniti » d’Amandine Beyer étaient là pour en témoigner artistiquement avec fougue, conviction et décontraction.  Clamons avec Tzvetan Todorov : « la civilisation n’est pas le passé de l’Europe mais son futur. »

 

Ce premier concert est l’un des cinquante concerts occupant 200 musiciens que ces trois jours de liesse  et de convivialité réuniront les 01, 02 et 03 juillet.
Des concerts d'une durée de 45 minutes environ sauf pour les magnifiques prestations de Fanny Ardant, la mystérieuse comédienne française et Louis Lortie qui se partagent diction et musique tout au long des années de pèlerinage de Franz Liszt. Le bicentenaire de sa naissance  (1811) oblige. En deux parties: vendredi et samedi soir, au studio 4 à 20 heures. Ceci constitue l'évènement du Festival de Wallonie 2011. Connu pour son interprétation magistrale de Franz Liszt, Louis Lortie, « est l’un des 5 ou 6 pianistes qu’il vaut la peine d’aller entendre toutes affaires cessantes  » (Daily Telegraph, Londres).
Années de pèlerinages est « une œuvre romantique par excellence, révolutionnaire aussi tant par les textes qui l'ont inspirée que par l'invention musicale qu'elle développe».

 

Piqués par le talent et la jouvence de l’ensemble « Gli Incogniti » d’Amandine Beyer  nous sommes retournés boire à la musique au concert de 22 heures qui présentait de succulentes œuvres au clavecin de Bach et Vivaldi. Demain nous irons nous frotter à l’orchestre du festival, un orchestre à cordes bourré de talent… lui qui n’attend pas le nombre des années. Ils sont issus de notre Conservatoire de Bruxelles, réunis autour de Shirly Laub, violon,  leur chef et professeur et Jean-Bernard Pommier  pianiste d’exception.

Ensuite à 16 heures, il y a ce récital majeur où le public sera heureux de revoir le merveilleux pianiste Denis Kozhukhin qui gagna haut la main le Concours Reine Elisabeth en 2010, remportant également le prix du public. Rendez-vous de musicalité, de générosité et de sincérité pour interpréter des œuvres de Schumann, Wagner et Liszt.  

Ceci n’est qu’un avant goût d’un programme totalement dédicacé à la jeunesse  sous toutes ses formes: jeunes interprètes, jeunes compositeurs, œuvres de jeunesses, jeune public… « Pierre et le loup » est  en effet au rendez-vous le dimanche à midi, dans le magnifique studio 4. Et qui de mieux, pour guider cette saison, que le jeune violoniste Lorenzo Gatto  (25 ans !) en invité d’honneur?

C’est Lorenzo Gatto  et  Graf Murja  au violon et Denis  Kozhukhin et Milos Popovic au piano, la jeunesse virtuose, qui clôtureront ce festival qui ouvre les portes du rêve, par un concert surprise le dimanche soir à 20 heures, dans un dernier hommage à l’esprit de Liszt.   

 « L’éternelle jeunesse…

Enfin, il existe au travers de l’histoire de la musique des chefs-d’œuvre impérissables, doués d’une éternelle jeunesse. Ces œuvres traversent le temps et les générations, elles semblent intemporelles, elles résistent aux événements. Elles agissent comme de réels bienfaits thérapeutiques, scientifiquement prouvés, et plongent ainsi l’auditeur dans une perpétuelle cure de jouvence… » Claire Ringlet, secrétaire artistique 

 

Consultez le programme qui se déroule d’heures en heures dans de nombreuses salles du bâtiment Flagey! Des rendez-vous de pur bonheur.

http://www.festivaldewallonie.be/2011/fr/Bruxelles/programme/

 

Et après ces brillantes journées d’ouverture, le festival de Wallonie continue, jusqu’au 16

octobre: Namur, cité du chant choral, fait résonner les voûtes de l’église Saint-Loup de l’écho des voix baroques. Le Festival de Saint-Hubert fera découvrir, au fil de ses concerts, quelques-uns des plus beaux villages de nos Ardennes. En août, Stavelot est, sans conteste, un des chefs-lieux européens de la musique de chambre. En automne, les concerts se bousculent et laissent au public l’embarras du choix: une étape à Liège pour écouter les plus grands noms de la musique ancienne ; quelques détours dans le Hainaut où, de Tournai à Soignies, le public est attendu pour faire la fête à des artistes de haut niveau ; ou alors le Brabant wallon, qui propose toujours son lot de découvertes et d’originalité.

Hommage complet à nos richesses architecturales et musicales.

Lire la suite...
RSS
M'envoyer un mail lorsqu'il y a de nouveaux éléments –

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles