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Original et candide

  Original et candide

     Antonia Iliescu

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            Il y a chez nous, à l'institut un monsieur qui ressemble terriblement à monsieur Hullot, mais il est même plus excentrique et drôle. Il est du genre qui peut t'enchanter avec une conversation érudite sur le dernier disque qu'il a acheté – « quelle aubaine »! - juste sur la Voie de la Victoire ! "-Écoute mon cher, j'ai trouvé Dvorak et Mahler, tous les deux dans la même boutique." Il discute avec beaucoup de compétence des films des années '90, ayant toujours sous la main un dictionnaire cinéphile, pour d'éventuelles démonstrations. Il est donc l'homme fin, cultivé, raffiné, mais qui peut te traiter d' idiot avec la plus naturelle des candeurs.
            Il est venu sur la planète Terre voici 60 ans, avec une mission précise, en rapport avec les pigeons voyageurs. Il avait été envoyé par le conseil de l'étoile beta-Columba [1] pour résoudre une vieille énigme. Son coeur de lumière bleuâtre fonctionne à l’aide de la vibration de haute fréquence de l’ancestral pigeon libéré par Noé de son arche. Le pigeon avait alors continué sa mission de guide des argonautes vers la Mer Noire, à la recherche de la toison d’or. Et, à ce qu’il paraît, il est resté lié pour toujours au bord de cette mer, grâce aux nombreuses réincarnations inscrites dans son programme d’évolution à l’échelle énergétique. La dernière, l’avait fixé dans la peau de monsieur Brãiloïu, un homme de haute taille qui tient sur ses épaules, telle une coupe olympique de couleur gri-pigeon, une tête oblongue aux yeux bruns, qui te regardent de travers derrière ses lunettes aux châssis argentés. Monsieur Brãiloïu a des terminaisons corporelles tout à fait particulières. Les ongles de ses mains (mais je peux jurer que de ses pieds aussi) ressemblent à des balles de ping pong. Pendant la conversation il fait plein usage de ses mains, assez éloquentes d’ailleurs, et, pour mieux t'expliquer comment vont les choses, il les agite d’une manière démonstrative dans l'air, suivant des circonférences imaginaires de plus en plus grandes. Visiblement il est désireux d’élargir le cercle de son auditoire jusqu’à des espaces interplanétaires.

            Un jour il vient dans notre salle de labo et nous dit:
            - Les filles, n’avez-vous pas par hasard, un poinçonneur? Je ne trouve plus le mien; je crois que je l'ai prêté à quelqu'un… Je ne me souviens plus à qui… C’est à vous peut-être...
            Nous, aimables comme d'habitude, et sensibles aux charmes de monsieur Brãiloïu, nous précipitons pour le servir, en lui offrant notre poinçonneur ("le jeune marié" comme il avait été baptisé par un collègue); et il est assez robuste ce jeune marié.
            Dès qu'il l'aperçoit, monsieur Brailoïu écarquille ses yeux ronds et, en balançant la tête d'une manière candide, il éclate:
            - Mais c'est justement le poinçonneur que je ne trouvais pas!
            - Eh, vous ne pouvez pas dire cela! - disons-nous en colère - C'est bien madame Lili qui nous l'a laissé lorsqu'elle a pris sa retraite.
            Enfin il nous quitte sans conviction. Le lendemain il revient. Il entre en balançant son corps sur ses grands pieds, portant des souliers usés méthodiquement, jusqu'à la corde:
            - Les filles, voilà ce que j'ai trouvé dans mon labo!
            Et il sort de sa poche un pauvre poinçonneur tout ratatiné, qui n'était ni le quart de notre jeune marié.
            Une autre bizarrerie du monsieur Brailoiu est la manière de s'habiller. En hiver il porte de gros pantalons (qui ressemblent à une vieille écorce d'arbre), beaucoup plus courts que ses immenses jambes. Mais en été sa tenue est encore plus excentrique, son habillement habituel de laboratoire étant le pyjama. Il en a deux, pour se changer: l'un est blanc aux raies roses et l'autre est rose aux raies bleues. Le fait est qu'il porte seulement les pantalons de pyjamas, car par-dessus il porte le vêtement de protection avec l'écusson qui te montre clairement qui est ce monsieur original: Ms. Brailoïu Ion, chercheur scientifique principal, Institut X.
            Il y a trois semaines il a fêté son anniversaire. Nous lui avons offert comme cadeau un stylo. Nous l’avons emballé dans une vieille boîte remise à neuf à l'aide d'un papier d'emballage aux petits oiseaux. On n’a pas choisi par hasard ce papier. Monsieur Brailoïu aime à la folie les oiseaux de n'importe quelle sorte, mais surtout les pigeons voyageurs. Dès qu'il arrive au labo le matin, il nourrit les pigeons qui ne se méfient pas d'entrer par la fenêtre et de venir manger dans la paume du maître, imbibée de l'odeur de pyridoxine ou d'autres poisons chimiques. Les oiseaux sur le papier étaient des moineaux assis deux par deux sur un rameau d'érable. Monsieur Brailoiu fut vraiment fasciné par l'aspect de la boîte, de sorte qu'il ne pût se décider, heure après heure, à défaire le petit noeud du ruban doré. Il branlait la boîte près de son oreille droite et souriait... Il s'émerveillait déjà en essayant de deviner quelle chose merveilleuse se cachait dedans. Sur le tard il nous confie qu'il ne voulait pas briser le noeud du ruban, qui "passait exactement parmi les deux moineaux, comme un rayon de soleil. »
              - Et… mes filles, la boîte avait aussi des moineaux à l'intérieur. Vous ne pouvez pas vous imaginer quel plaisir vous m'avez fait!

              Mais la mésaventure qui fit de monsieur Brailoïu un célèbre distrait s'est passée voici une vingtaine d’années. Un groupe de chercheurs roumains, composé de trois dames huppées et un monsieur - monsieur Brailoïu -  fut envoyé à l'Université de Paris pour se spécialiser en chimie organique de synthèse.
            Les quatre collègues fixèrent le rendez-vous à la Gare du Nord, à 15 H 30, car à 16H 08 le train devait partir. Les trois dames arrivées en premier, attendirent patiemment jusqu'à 16h 00 et, en voyant que leur compagnon n'apparaissait pas, décidèrent de monter seules dans le train.
            A 16H 05, juste au moment où le chef de train faisait sa dernière inspection sur le perron, à l'horizon on vit monsieur Brailoïu qui, en courant désespéré, faisait des signes étranges avec ses mains. Et tiens! Il a quelque chose bizarre sur l'épaule droite... Au fur et à mesure qu'il s'approche on peut voir qu'il tient sur l'épaule un balluchon de toute beauté, fait d'un drap, où il avait amassé en vitesse ses habits.
            Les trois dames se regardèrent perplexes: "- Que faire maintenant ? Comment apparaître dans cet état lamentable dans la grande France? S’ils le verront avec son balluchon à l’épaule ils nous tourneront le dos, à juste titre ! Ils nous diront que l’élevage des moutons se fait dans les montagnes et non pas à Paris, à l’Université. Eh, mes chères, qu’est-ce qu’on fait ?! "
            Elles s’envoyèrent encore une fois un long et significatif regard. Sans un mot de plus, elles foncèrent sur les bagages et descendirent les valises.
            Monsieur Brailoïu fonça, essoufflé, vers la porte de la voiture, le baluchon sur l'épaule. Les trois dames saisirent l'odieux objet, le défirent et le violèrent au milieu du compartiment de première classe, sous les regards ébahis de leur collègue : « Qu’est-ce qu’il vous a pris, mes chères ? » Le butin fut partagé en quelques secondes : Doina prit deux paires de pantalons, Nina prit quatre chemises et le pyjama, Anca mit la main sur la lingerie. Dès que le train fut nettoyé des vieux chiffons et que tout le monde était à sa place, les dames commencèrent à chuchoter entre elles:
            - Quelle honte, ma chère, cela ridiculise la science roumaine! Figures-toi ce qu'il se serait passé si sur le perron de Paris était apparu notre berger! Il aurait ressemblé en quelque sorte à l'un des premiers chercheurs d'or qui avaient mis le pied sur la Terre Promise et qui en ont tiré profit après.
            Monsieur Brailoïu s'est enrichi lui aussi, mais non pas avec de l'or (les chaussures usées en sont la preuve). Il a conquis une autre terre promise: la science et nos coeurs. Mais surtout il a conquis l'unicité.


[1] Beta-Columba fait partie de la Constellation Columba (Le pigeon) (n.a.)


(traduction d’un extrait du volume « Curcubeul cu oameni » - Antonia Iliescu, Ed. Libra Vox, Bucuresti 2002)

 

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journal de bord, vendredi 1er juillet 2011

Début des grandes vacances.

 

J'ai levé la séance plus tôt que prévu, hier soir, là où j'avais été invité.

 

Je suis parti discrèt'ment. En m'arrangeant pour que personne ne me voie. Je ne voulais déranger personne. Je ne voulais pas troubler une ambiance.

 

Je leur écrirai un p'tit mot tantôt. Ils se sont sûr'ment demandé ce qui m'arrivait.

 

Il était neuf heures et demie (du soir). Je me suis retrouvé sur la route, entre Le Roeulx et Soignies. A pied, oui. J'avais encore une heure devant moi pour attraper le dernier train (à Soignies), qui remontait sur Bruxelles.

 

Je me plaisais bien à la fête. J'y ai revu des gens que j'appréciais. Rencontré d'autres.

 

Mais le coup d'fatigue était là. J'appréhendais les heures qui allaient passer, là où je me trouvais, où j'allais tourner de l'oeil.

 

Y a parfois des choix à faire. Au bon moment. Même si c'est dur.

 

Faut pas croire : sur le ch'min, à pied, qui me menait du Roeulx jusque Soignies, j'étais triste.

Je l'avais quand même attendue, cette soirée.

Je ne m'étais pas décarcassé pour rien ... en vue d'y arriver.

Et ... les moments qui s'y sont déroulés, pour les deux heures que j'y suis resté, n'ont pas été vains. J'en garde des images précieuses.

 

J'avais aussi fait un mauvais calcul, avant d'arriver à cette fête qui, elle, démarrait vers les 18 heures.

 

Je reviens en arrière.

 

Le matin, vers 10/11 heures, j'étais à Couvin, en Belgique. Le stop, depuis Rocroi, n'avait pas mal fonctionné. J'étais allé à la gare (de Couvin), m'étais renseigné sur les horaires de train jusque Soignies.

Avec les chang'ments de train (à Charleroi, à Mons), je pouvais déjà être à Soignies ... vers treize/quatorze heures. Les bus vers Le Roeulx (à 9 km), y en a ... toutes les heures (je suis déjà allé là-bas).

Tout se goupillait bien.

Et ... la fête ne démarrait pas, au Roeulx, avant dix-huit heures.

 

Je dirais même plus : je me voyais mal glander trois heures à Soignies.

Je dirais même plus : je me voyais mal arriver, là où on m'attendait, trois heures à l'avance.

Je dirais même plus : j'avais encore le temps matériel, sitôt arrivé à la gare de Charleroi, de faire un saut jusqu'à mon flat, à Bruxelles.

Je dirais même plus : je pouvais, à Bruxelles, décharger mes fringues de ma guitare, prendre un bain, faire une sieste d'une demi-heure, consulter les mails qui me sont parvenus durant les trois jours où j'ai fait Compostelle, consulter les horaires de train entre Bruxelles-Central et Soignies, me changer, prendre encore un train vers seize/dix-sept heures à la Gare Centrale (Bruxelles) en direction de Soignies, trouver (à Soignies) un bus en direction du Roeulx (tout en arrivant soit dans les temps ou ... rien qu'une demi-heure en r'tard).

 

Et ... chose due chose faite, je suis rentré chez moi, me suis changé, me suis lavé. J'ai géré le temps nécessaire. Sans faux pli, si je puis m'exprimer ainsi.

 

Mais ... autre chose est arrivé. Un superbe coup d'barre. J'en ai trop fait.

J'ai beau aimer ma maison, j'ai eu le sentiment, quand je suis "rentré", que je piquais dans un trou. Que je recevais le scalpel.

Je me s'rais écroulé. Et ... je commençais à avoir un pressentiment lourd, avant de me remettre en marche vers le lieu où j'étais invité.

Bien sûr, j'aurais pu me décommander. C'aurait été plus sage.

Mais je n'étais pas convaincu qu'ailleurs, mon mal-être (du moment) allait s'améliorer. Faut se connaître !

 

Et je suis reparti, vaillant.

 

Je suis quand même arrivé à la fête. Une invitée m'a même chargée au bord de la route.

 

Sur place ...

 

J'ai dégusté des sandwichs. J'ai conversé avec Mumu et sa maman. J'ai accompagné, à la guitare, une chanteuse sur un morceau de Renaud. J'ai chanté aussi. J'ai rencontré un type chouette qui aimait la moto.

 

Bien sûr, bien sûr ...

 

 

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journal de bord, jeudi 30 juin 2011

Dans la chambre d'hôtel, à ROcroi, où je préparais mes bagages, ce matin, de bonne heure, avant de prendre le p'tit déjeuner ...

 

Je créais ma dernière chanson en date.

 

La serveuse de l'hôtel de la petite ville

Va d'une porte à l'autre, elle s'active, elle turbine

 

Dix heures du mat, elle entame son service, elle s'affaire

A-t-elle fait l'amour ou teint ses ch'veux la nuit dernière ?

Au plafond, cinq lustres anciens créent leur ambiance

Sur les murs, des animaux empaillés donnent le change

 

La serveuse de l'hôtel de la petite ville

Va d'une porte à l'autre, elle s'active, elle turbine

 

Dans la pièce voisine, on rit, on braille, on baratine

Une grande télé rediffuse un magazine

Elle rassemble des bouteilles de vin dans un panier

Elle passe un coup d'loque sur une table à l'entrée

 

La serveuse de l'hôtel de la petite ville

Va d'une porte à l'autre, elle s'active, elle turbine

 

Coup d'feu ou non, quand elle part dans son mouv'ment

Faut viser juste pour obtenir un renseign'ment

Ou une carafe d'eau pour accompagner l'repas

Les aut's clients ont quand même plus de chance ... que moi

 

La serveuse de l'hôtel de la petite ville

Va d'une porte à l'autre, elle s'active, elle turbine

 

J'ai eu l'occasion de l'observer un peu, sur deux jours, cette jeune serveuse ... blonde.

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Il avait le regard perçant...

Il avait le regard perçant

De ceux qui regardent vraiment

Il avait pourtant occulté...

L'horreur par ses yeux imprimés!

 

La guerre, la perte d'un ami

Le désespoir l'avait surpris!

Il avait sauté sur un char

Etait en vie grâce au hasard

 

Alors quand il apprit que sa femme

Le trompait avec un quidam

S'était contenté de grommeler...

Absent, ça devait arriver!

 

La guerre ça finit bien un jour

Et sur le chemin du retour

Il a croisé un beau regard

Encore un geste du hasard!

 

Alors ce fut vite décidé

Tout pouvait bien recommencer

Le temps de mettre à plat sa vie

Chez lui il fit venir sa mie!

 

Il y avait le plein de soleil

Aussi les sens qui se réveillent

Tout semblait être pour un mieux

Ils pouvaient faire des envieux!

 

Mais il était psychanalyste...

Des maux il pouvait faire la liste!

Dans les méandres de tous les coeurs

Il ne fallait pas faire d'erreur!

 

Il avait le regard perçant

De ceux qui regardent vraiment

Et il ne pouvait s'empêcher

Certains soirs de désespérer!

 

Il ne voulait pas faire d'enfant

Pour qu'un jour il devienne grand

Il s'enfermait dans son bien-être

A côté de sa vie peut-être?

 

Et puis, un jour c'est reparti

La guerre encore...Il en vomit!

Et il est retourné batailler

Dans l'espoir de tout arranger!

 

Quand presque mort il est revenu

Avec son âme mise à nu

Il a regardé son bonheur

Comme si c'était une simple erreur!

 

Alors, la vie qui continue...

Mais parfois se brouille la vue!

On prend un verre, un peu d'alcool

Et voilà que l'envie décolle!

 

Cela devient une habitude

Pour retrouver ses certitudes...

On a besoin d'un petit remontant

Mais, ivre on n'est jamais vraiment

 

L'aider, elle a bien essayé

Ses efforts se sont effrités

Il n'y avait plus rien à faire

Pour l'empêcher de se défaire!

 

Et le temps alors s'est enfui

Après les jours, y avait les nuits

Il n'y avait plus de bonheur

Juste des relents de langueur!

 

Et puis, le pire est arrivé

Le processus s"est déclanché

Ne voulait pas se voir partir...

Mais n'avait plus peur de mourir!

 

Il avait le regard perçant

De ceux qui regardent vraiment

Et ce qui nous est arrivé...

C'est que ses yeux vont nous manquer!

J.G.

 

 

 

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journal de bord, mercredi 29 juin 2011 (2)

Sur les chemins de Compostelle ...

 

Entre Rocroi et Bourg-Fidèle ...

 

J'ai appris (comme j'aurais pu l'apprendre ailleurs) que ...

Peter Falk, le célèbre inspecteur "Columbo", qui a ensoleillé nos soirées télé, avec son éternel imper beige, son éternelle Peugeot 403, son éternelle "femme" qu'on ne voyait jamais, était parti rejoindre les anges.

J'ai appris (comme j'aurais pu l'apprendre ailleurs) que ...

La Grèce allait adopter un plan d'austérité.

J'ai appris (comme j'aurais pu l'apprendre ailleurs) que ...

La France avait vach'ment subi, dans le Nord, les effets de la pluie ... torrentielle. Charleville-Mézières en est un exemple.

 

En passant chez le pharmacien, là-bas, à Rocroi ...

Eh bien, le gars m'a donné un remède simple, efficace contre les ampoules aux pieds. Suffit de décoller les emballages et d'appliquer le plastique en caoutchouc sur les traces des blessures. Oui, oui. Au bout d'une demi-heure (même pas), je ne sentais plus rien aux endroits fragiles.

 

En (re)passant à l'Office du Tourisme, le matin ...

J'en ai su un peu plus sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, entre Rocroi et Reims. On m'a remis de la documentation. "Randonneurs et Pélerins", j'irai visiter votre site.

Ainsi, ceux qui se sentent plus randonneurs que pélerins peuvent opter pour un autre chemin, plus court. Tiens, donc. Le pélerin raccourcit son itinéraire de 40 km, entre Rocroi et Reims.

A voir.

 

J'ai tenu ma promesse. Je me suis mis en route vers Bourg-Fidèle, comme promis.

 

Ca me faisait du bien, quand je marchais dans l'herbe, de sentir les restes d'eau de pluie dans mes doigts de pied.

 

Une escale intéressante, sur la route : la ferme du Couvent. Un lieu occupé naguère par des religieux qui soignaient des malades et avaient établi quelque chose pour faire fondre le fer. Aujourd'hui, c'est un lieu qui se dégrade.

 

Encore un château d'eau sur la route. A Bourg-Fidèle. Décidément, ces bâtisses prennent un abonn'ment dans la région.

 

Entre temps ...

Il a encore fallu, sur le coup d'une heure, que mon GSM sonne. Il a encore fallu que le légendaire "numéro privé" se fasse remarquer.

Malheureus'ment pour moi, j'étais en pleine marche, je n'avais pas le cran de m'en fouttre, j'ai pas pu m'empêcher d'app'ler' en Belgique. J'ai eu un collègue de la poste. Je voulais voir si le message ne venait pas de là.

Heureus'ment, c'était ... une fausse alerte.

 

Après Bourg-Fidèle, le lac des Vieilles Forges s'annonçait ... pour la suite.

Je me suis dit : OK, pour la prochaine fois.

 

Je ne suis pas rentré sur ROcroi par le même chemin. Non, j'ai emprunté la grand'route. Bien sûr, les sentiers, les bois, c'est plus pittoresque. Mais ça me donnait l'occasion de découvrir encore un nouveau chemin.

Deux belles vaches, face à face, dans leur mangeoire, m'ont salué, à un moment donné, en remuant leur queue.

 

C'est pas tout, non. J'aurais pu souffler au retour, oui. Une rencontre amicale n'aurait pas été de refus. Mais voilà : les évén'ments ne s'obstiennent pas en claquant des doigts. D'accord, d'accord, j'ai repris un café à l'hôtel. La jeune serveuse du début restait au fond de la pièce, en entassant des bouteilles de vin dans des espèces de paniers qui r'ssemblaient à ceux dans lesquels on range des boules de pétanque. La jeune serveuse feuill'tait un magazine. J'ai r'péré ... des jonquilles sur un appui de fenêtre.

 

Je me suis remis en route le soir. Cette fois, je voulais tester le début de l'autre parcours, plus court. Ne fut-ce que ... les cinq premiers kilomètres. Pour me faire une idée. Pour m'avancer, quelque part. Et j'ai du (encore) me dépatouiller avec le manque de clarté des indications ... dans la documentation qu'on m'avait remise, le matin, à l'office du tourisme.

 

Ainsi ...

Il était écrit : "de Rocroi à Sévigny-la-Forêt, 5 kms". Jusque là, ça va.

 Ensuite, il était écrit, textuell'ment :

"depuis la place centrale, sortir de Rocroi par la rue de France, en passant par la rue de France ... à la patte d'oie (D877 et D22d), poursuivre la D877 sur la gauche ... passer par la Gendarmerie et la piscine ... au deuxième rond-point, poursuivre vers Rimogne ... environ 300 mètres après, prendre à droite le "Chemin du Curé", voie goudronnée que l'on suit tout droit jusque Sévigny-la-Forêt ..."

Bon. OK. Je poursuis la D877 sur la gauche. J'aperçois un rond-point (le premier, j'imagine). Tiens, il va vers Rimogne ! Mais bon, ce n'est sûr'ment pas le bon. Surtout que, sur la route, en face, sur la gauche, je lis : gendarmerie. Je vais voir par là. Je passe "devant" la gendarmerie, conformément à ce qui est écrit sur le papier. Un tournant. Deux tournants. Un second rond-point, j'imagine, ne va pas tarder à se présenter. Il y a sans doute plus d'un chemin, plus d'une direction qui mène à Rimogne (ça se vérifie dans tant de villes). Je marche, je marche. Toujours pas de ... second rond-point. Je marche, je marche encore.

Et je finis par retomber sur l'av'nue que j'avais emprunté, le matin, quand j'avais décidé de me rendre à ... Bourg-Fidèle.

 

Où se trouve le "second rond-point" en direction de Rimogne ?

N'était-ce pas celui que j'avais vu, sur lequel j'étais tombé (le premier, dans ma logique) ?

Allons voir. Y a p'têt une chance sur deux de tomber juste.

Et, en ref'sant le ch'min en sens inverse, en râlant une fois de plus contre ceux qui manquent de clarté en indiquant les ch'mins, je crois comprendre ...

 

Le "premier" rond-point, non mentionné dans le dépliant, c'était ... la "patte d'oie" (mentionnée, elle), où la D877 et la D22 se rencontraient. D'accord, un mot de plus s'intègre dans mon vocabulaire (mais ... à quel prix ?)

Quant au "second" rond-point, mentionné, lui, direction Rimogne, c'était le bon.

Mais, dans le dépliant, y avait quand même une erreur : le "passer devant la gendarmerie".

Enfin : je savais.

J'ai emprunté la grand'route. Je suis bel et bien tombé sur un p'tit chemin goudronné, en direction de Sévigny-la-Forêt. On se trouvait, comme de bien entendu, sur le "chemin du Curé". J'ai avancé, avancé. En pensant beaucoup à ... mon frère. En revivant quelques souv'nirs de vacances d'il y a deux, trois ans.

Je n'ai pas eu la force de pousser mes pas jusque Sévigny. Fatigue oblige ! Et ... mon estomac commençait à crier.

 

J'ai soupé (non, dîné) à l'hôtel. Mais je savais déjà que ... je réintégrerais le lit, sitôt fini.

 

Désormais, j'en sais un peu plus, sur le trajet officiel et l'autre (un peu court), concernant les hébergements possibles :

Un peu partout, on trouve des gîtes municipaux, des chaînes hospitalières ...

Suffit parfois de téléphoner, au plus tard, la veille au soir.

Il est souvent indispensable de ret'nir ... 48 heures.

Dans certains endroits (gratuits), y a pas de douche, ni de lit.

 

Quand on débarque à Reims, il y a un accueil des pélerins à la cathédrale, tous les jours, de mars à septembre, de 14 à 17 heures.

 

Demain, je replie bagage. Je rentre en Belgique.

Faut que je me trouve au Roeulx, près de Soignies, pour une soirée, à laquelle j'ai été invité.

 

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journal de bord, mercredi 29 juin 2011

Presque dix heures ... du matin.

 

Il fait gris sur Rocroi. Mais il ne pleut plus. Y a des gars, en tea shirt sans manche (comme moi), sur le trottoir.

 

Je boîte légèr'ment du pied gauche. Les cloches vont toujours bon train. Je fil'rai à la pharmacie avant de démarrer.

 

Mais je prends le temps. Je regarde le p'tit chien de l'hôtel, sag'ment assis sur un appui de fenêtre. La famille anglaise, qui avait mangé dans le même périmètre que moi, hier, s'en est allée. Une grande télé rectangulaire diffuse "Vingt mille lieues sous les mers"

 

Je ne démarrerai pas avant quatorze heures.

 

A Rocroi, sur les lieux des fortifications, on y trouve : Ecuries du Gouverneur, Demi-Lune des Ecossais, Esplanade Vauban, Bastion de Montmorency ...

Moi qui croyais que ces lieux avaient un rapport avec la guerre de 14 (ou de 40) ...

Eh non, ces fortifications datent, pour la plupart, du dix-septième siècle.

On y trouve, aussi, à proximité, le Musée de la Bataille de Rocroi et de la Guerre de Trente Ans.

 

Le plateau, ai-je appris, est de 300 mètres environ.

 

Un marché a lieu tous les mardis matin. Je le sais pour la prochaine fois.

D'ici quinze jours, démarrent, à nouveau, pour moi, quatre semaines de congé.

Je compte rev'nir ici, à Rocroi, et m'enfoncer ensuite, à petits pas, sur le sol français : Signy-l'Abbaye, Reims, Vitry-le-François, Brienne, AUxerre, Clamecy, Vézelay ...

Sur le marché, un mardi, ici, à Rocroi, rien ne m'empêche de sortir ma guitare et de chanter.

 

Et si, rentré à la maison, je lançais une annonce, sur "facebook", où j'annonc'rais clair'ment mon périple, où je dirais clair'ment que ... je suis disponible si l'un ou l'autre désire, dans un coin où j'atterris, entendre de la chanson française ...

 

Et si ...

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journal de bord, mercredi 29 juin 2011

Presque dix heures ... du matin.

 

Il fait gris sur Rocroi. Mais il ne pleut plus. Y a des gars, en tea shirt sans manche (comme moi), sur le trottoir.

 

Je boîte légèr'ment du pied gauche. Les cloches vont toujours bon train. Je fil'rai à la pharmacie avant de démarrer.

 

Mais je prends le temps. Je regarde le p'tit chien de l'hôtel, sag'ment assis sur un appui de fenêtre. La famille anglaise, qui avait mangé dans le même périmètre que moi, hier, s'en est allée. Une grande télé rectangulaire diffuse "Vingt mille lieues sous les mers"

 

Je ne démarrerai pas avant quatorze heures.

 

A Rocroi, sur les lieux des fortifications, on y trouve : Ecuries du Gouverneur, Demi-Lune des Ecossais, Esplanade Vauban, Bastion de Montmorency ...

Moi qui croyais que ces lieux avaient un rapport avec la guerre de 14 (ou de 40) ...

Eh non, ces fortifications datent, pour la plupart, du dix-septième siècle.

On y trouve, aussi, à proximité, le Musée de la Bataille de Rocroi et de la Guerre de Trente Ans.

 

Le plateau, ai-je appris, est de 300 mètres environ.

 

Un marché a lieu tous les mardis matin. Je le sais pour la prochaine fois.

D'ici quinze jours, démarrent, à nouveau, pour moi, quatre semaines de congé.

Je compte rev'nir ici, à Rocroi, et m'enfoncer ensuite, à petits pas, sur le sol français : Signy-l'Abbaye, Reims, Vitry-le-François, Brienne, AUxerre, Clamecy, Vézelay ...

Sur le marché, un mardi, ici, à Rocroi, rien ne m'empêche de sortir ma guitare et de chanter.

 

Et si, rentré à la maison, je lançais une annonce, sur "facebook", où j'annonc'rais clair'ment mon périple, où je dirais clair'ment que ... je suis disponible si l'un ou l'autre désire, dans un coin où j'atterris, entendre de la chanson française ...

 

Et si ...

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journal de bord, mardi 28 juin 2011 (3)

Rocroi, le soir, par temps d'orage, ça ne manque pas de charme.

 

Les lampes oranges s'accrochent aux façades de maison.

 

Le tonnerre s'accroche. Le clocher de l'église, en face, aussi.

 

Et si la jeune serveuse blonde de l'hôtel, en bas, au rez de chaussée, qui fait les cent pas, m'inspirait une chanson !

 

Il fait chaud dans la chambre. Le contraire m'eût étonné. On m'a donné, en bas, une télécommande pour le mini poste de télé, dans la chambre où je dormirai deux nuits consécutives. Une fois de plus, quand j'essaie de faire fonctionner l'appareil, j'ai pas de chance. Ah, j'ai une baignoire dans la pièce à côté !

 

Cette ville m'a plu. J'ai eu envie de m'y poser, un peu plus que le temps d'une escale. Marcher, j'aime, oui. Mais ... m'arrêter, flâner en chemin, aussi.

 

Rocroi, c'est la ville en étoile. Avec des fortifications autour du centre. J'ai essayé, déjà, de me rendre sur les lieux, mais la pluie qui s'agite m'a fait changer d'avis. Demain, je retourne sur ces lieux symboliques qui me font penser, par moments, aux dunes sur la côte belge.

 

Je ne peux dire si le guide qui me renseigne le cours de la marche manque de justesse ou de précision. Mais ... en le suivant, une case m'a encore manqué.

Il était écrit, texto : "continuer par la rue au Bois jusqu'au château d'eau d'Hiraumont ... prendre la DI à droite et franchir la rocade autoroutière ... à la N51, aller en direction du Centre Ville ... au rond-point, suivre la rue A.Maine à droite et entrer dans Rocroi par la porte de Bourgogne (musée de la bataille de Rocroi)"

J'ai bien repéré le château d'eau d'Hiraumont. J'ai, ensuite, pris à droite plutôt qu'à gauche (je me suis dit : en repérant le ch'min, à gauche, je sais où on doit rev'nir pour continuer, demain). J'ai franchi un pont au dessus de l'autoroute. Je suis arrivé à un rond-point. J'ai regardé les panneaux ; j'ai bien vu, sur un de ceux de droite, la mention "ROCROI-centre". J'ai suivi. Final'ment, je tombe sur un panneau, sur la route, m'indiquant ... la fin de la commune de Rocroi.

Je reviens sur mes pas.

Je reviens sur le rond-point.

Je regarde une nouvelle fois les panneaux directionnels. En effet, y en avait un, dans la direction que j'avais prise ... mais il était prévu pour les camions. Dans l'autre sens, y en a une qui m'indique aussi ... le centre de Rocroi.

Ca va, j'ai fini par arriver.

Quand à la fameuse "rue A.-MAine", elle reste ... une énigme.

 

Tiens ! A Rocroi, on mange de la tarte aux fromages. On y met du lard dedans, apparemment. Elle est ... délicieuse. Sa préparation est différente de sa soeur jumelle, qui a son succès, en Belgique, dans la région de Wavre.

Tiens ! De l'autre côté de la place, presque face à l'hôtel où je loge, une halle abrite les flaques d'eau ... et plus d'un prom'neur.

Tiens ! Des Anglais sont de passage.

Tiens ! Des clients, qui prennent leur repas en même temps que moi, râlent contre les bières traitées industriell'ment.

Tiens ! Dans la région, les relais prévus pour les pélerins de Saint-Jacques ne manquent pas.

 

Demain, je compte me rendre à Bourg-Fidèle, l'étape suivante. Ca me vaudra juste ... six kilomètres. En f'sant le ch'min en sens inverse, j'arriv'rai à douze. OK.

J'aurai toute la matinée pour capter la température de la ville.

 

Tiens ! J'ai rêvé, la nuit dernière, que je pendais du linge, sur une hauteur qui me vaudrait la mort si je tombais, avec un collègue néerlandophone, qui me répondait en français.

 

Tiens ! Mes deux cloches aux pieds ne vont pas en s'améliorant.

 

Tiens ! La sangle de ma guitare se porte à merveille.

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journal de bord, mardi 28 juin 2011 (2)

Treize heures quarante.

 

Tiens ! En me remettant en route, depuis Oignies, j'ai reconnu, en sens inverse, un pan de la route que j'avais découvert, y a quinze jours, quand j'étais passé.

Tiens ! Le grand bâtiment, en pierres grises, sur la gauche, juste avant la rue de Rocroi (qui monte et que j'ai du emprunter), n'est-ce pas une ancienne gare ?

Tiens ! Les deux bistro du village étaient fermés, ce matin. Comme la dernière fois que j'étais passé à Oignies.

Tiens ! L'ombre de Monsieur Périquet, ex bourgmestre (sa maison est conservée), se fait toujours sentir.

Tiens ! Les bus se font toujours aussi rares.

Tiens ! Y avait un atelier de pot'rie, sur la route.

Tiens ! Je ne suis pas retombé sur le gamin qui s'amusait derrière une grille, y a quinze jours.

Tiens ! Qu'est dev'nue la demoiselle en chaise roulante, qui habitait à côté du "Courthéoux", à deux pas de l'église ?

 

Y a quinze jours, quand j'avais débarqué sur Oignies, je n'avais pu m'empêcher de faire un crochet par Le Mesnil, le village voisin.

Cette fois, je ne l'ai pas senti. Pas question de détour. Feeling ?

 

Et dans la forêt, sur le chemin ...

 

J'ai vu des pneus rassemblés.

 

Une première embûche. Classique. Gérable. Mais ... embûche, quand même :

Sur le chemin que je suis sensé suivre ...

Voilà, soudain, deux sentiers filant dans deux directions différentes : l'un continue tout droit, l'autre va vers la droite.

Entre les deux, un arbre.

Clouée sur l'arbre, une balise de Compostelle indique, grâce à la flèche jaune, la direction qu'il faut suivre.

Clouée sur l'arbre, la flèche jaune de la balise de Compostelle indique : tout droit.

Mmm. Y a pas de sentier juste derrière l'arbre. Reste(nt) deux solutions : poursuivre le "tout droit" originel (légèr'ment vers la gauche de l'arbre) ou essayer celui à droite. Ils auraient quand même pu être plus clairs, les poseurs de balises. Ils auraient pu veiller à diriger la flèche, soit à gauche, soit à droite. A moins que leur démarche soit voulue, pour que le pélerin se décarcasse un minimum pour trouver (ça ne m'étonn'rait pas).

Premier essai : le chemin vers la droite. Faut dire : on y aperçoit, sur deux troncs d'arbre, des traces de marquage (en rouge et blanc) de chemins de grande randonnée (qui suivent systématiqu'ment ceux de Saint-Jacques). Marchons, marchons.

Et je finis par tomber sur ... un cul de sac.

Et je réintègre le point de départ.

Essayons le "tout droit originel", la suite logique du sentier que j'avais pris dès l'départ. Faut dire : les traces de marquage, en rouge et blanc, digne des sentiers de GR, sur les arbres du chemin de droite emprunté à tort, étaient presque effacées. Faut décoder. Et voilà que ... je poursuis sur l'autre route. Je marche, je marche. A nouveau : point de balise. Et pourtant, les piquets, les clôtures, à gauche et à droite, protégeant les prés et les vaches, ne manquent pas. Un pas, encore un pas, encore un pas. Toujours pas de balises.

Je doute. Je retourne (encore) au point de départ. Et je reprends le début du premier sentier. Mais, en tournant un peu plus loin, je repère une nouvelle espèce de sentier. Et d'autres traces de balises, vertes et bleues cette fois (je ne sais à quoi elles se rapportent, j'en ai déjà vu quelques-unes) ... que je suis. Et le sentier finit par se refermer sur lui-même. Je n'y vois plus ... que de l'herbe, que de l'herbe.

Perdu pour perdu ...

Je décide de reprendre, encore, le "tout originel", celui où y a des clôtures (sans balises). De toute façon, même si je me trompe, j'arriv'rai bien quelque part.

Cinq cents mètres.

Un nouveau carr'four de sentiers (y en a ... deux).

Et là, j'aperçois ... une balise de Compostelle. J'en suis à moitié étonné. Mais je râle sec. Les poseurs de balises auraient franch'ment pu en placer sur une ou deux clôtures, entre temps. Certains poseurs de balises bossent franch'ment à l'économie.

 

Et la route est champêtre.

 

Je franchis le hameau de Censes Séverin. Quelques maisons. Je suis étonné d'y voir des plaques de voitures belges (mon GSM m'a indiqué, peu de temps avant, que je me trouvais sur le réseau français).

Je franchis le hameau de ... Moulin-Manteau. Tiens, nous sommes encore en Belgique. COntrair'ment à ce que j'avais imaginé.

Sur la gauche, la frontière. Le macadam sur la route en est témoin.

Et ... une route en ligne droite. Qui n'en finit pas. Qui est pleine de trous. Qu'il faut poursuivre. J'imagine le Sahara. J'imagine les chameaux marchant indéfiniment. Mes mirages, mes hallucinations carburent. Mes premières cloches aux pieds, aussi.

 

Encore une route de cinq kilomètres avant d'atteindre le point suivant : Hiraumont.

Non, je dois prendre un break. D'au moins ... une heure ou deux.

Faut que je trouve un endroit pour boire.

 

Je regarde à droite. Je reconnais une ancienne douane.

 Faut dire : je marche, en territoire français, dans le village de Gué d'Hossus.

 On y est souvent passés, en voiture, quand j'étais p'tit.

A cette ancienne douane, je revis un souv'nir. D'enfance. Un jour où j'avais été un peu remuant, mes parents, au moment de franchir le poste frontière, avaient trouvé (avec la complicité de ma bonne maman) un moyen de me neutraliser : signaler à l'agent des douanes que j'étais méchant. Jusqu'où va-t-on, parfois, pour faire peur aux enfants ? L'agent des douanes (un ... pas rigolo, comme par hasard) avait embrayé dans le sens de mes parents. En me disant : "attention, y a déjà un p'tit garçon ici !". J'avais regardé vers le bureau. J'y avais effectiv'ment r'péré un gamin de mon âge.

 

Revenons au présent.

 

Près de la douane (construite en 1960), j'ai repéré deux établiss'ments.

J'ai été très bien accueilli dans celui où je suis entré.

La dame du lieu m'a carrément tendu le plateau, avec des sandwichs, au jambon et au fromage.

Je m'y trouve toujours, dans cette escale bénie ... où deux routards de la région liégeoise refaisaient le monde, sur une table, au loin, y a ... une demi-heure.

 

Il est treize heures.

Je me donne encore au moins "une heure" avant de continuer.

Les pélerins de Compostelle peuvent rire de mon manque de vitesse, je m'en fous. Tiens ! J'ai appris que certains d'entre eux se mariaient carrément à Saint-Jacques.

 

Treize heures trente.

 

Mon GSM a sonné. Comme hier, à la même heure. C'était un "numéro privé". J'ai bien pris soin de ne pas répondre. Comme par hasard, la personne (qui tentait de m'app'ler) n'a laissé aucun message écrit, aucun message vocal.

Et si on m'app'lait ... du boulot, pour me dire que je dois reprendre du service, parce que mon 4/5ème n'est plus valable ...

Et si c'étaient les gérants de l'immobilière qui gère mon immeuble, pour me dire (comme ils l'ont déjà dit, hier) qu'il faut à tout prix entrer dans mon flat, parce que les tuyaux du voisin sont pourris et que ça se répercute chez moi ...

Et si c'était ... Geneviève ...

Et si c'était une erreur d'appel ...

Et si c'était une offre commerciale ...

Et si c'était ...

J'envisage tout. Même si ça ne tient pas la route. S'il y avait urgence, on me l'aurait communiqué verbal'ment.

 

Des camions stationnent.

 

Y a un p'tit coin, à trois kilomètres, qui s'appelle ... Petite-Chapelle.

 

Treize heures trente, quatorze heures, quatorze heures trente.

 

D'ici vingt minutes, je reprends la route.

D'ici vingt minutes, je reprends le large.

 

 

 

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La bague

Comme elle n’avait pas eu

De bague de fiançailles,

Il s’est dit au fond de lui

Que c’était l’occasion

De lui en offrir une.

 

Ne sachant que choisir,

Il emmena sa belle-sœur

Chez le bijoutier du coin.

Elle a guidé son choix

Vers une bague au grand coût.

 

Il est rentré chez lui

Très fier de cet achat

Fait moins d’un an après

Leur jour de mariage

Dans ce petit village.

 

Il lui offrit l’écrin,

En prononçant des mots

Qu’elle ne comprenait pas.

Il allait s’en aller

Car c’était mieux ainsi.

 

Son discours était flou.

Partir pour aller où

Et que faire là-bas

Sans biens et sans ressources ?

Était-il devenu fou ?

 

Il ne voulait pas d’elle.

Elle était une fille bien

Et devait rester là,

Cette bague en souvenir.

Il ne reviendrait pas.

 

Des perles de diamant

Ont garni tous ses cils.

Les larmes qui débordaient,

Dessinaient des sillons

Sur ses joues empourprées.

 

Elle n’était pas d’accord.

Elle suivrait son époux.

Peu importe son choix,

Elle serait avec lui

Ici ou bien là-bas.

 

Il ne s’attendait pas

À cette réaction.

Elle qui aimait tant

Sa maison, son jardin

Et sa chère profession.

 

Se montrant déprimé

En tout bon comédien,

Il a donc insisté,

Lui tenant chaque jour

Ce discours insensé :

 

Une torture mentale,

Des mots rudes et flous,

Une ritournelle banale.

Elle s’en chagrinait

Derrière de beaux sourires.

 

Et puis un jour matin,

Belle-sœur a débarqué

Avec son cher époux.

Le secret bien gardé,

Elle l’avait dévoilé.

 

Voyant que son amant

Se montrait bien trop lâche,

Elle avait pris les devants,

Avait tout balancé

À la tête de son homme.

 

La raison du départ

Venait de prendre place

Dans le fauteuil couleur

Rouge velours de l’amour

Ou d’une blessure qui saigne.

 

Une bague en or blanc

Parée d’un diamant,

Un bien joli présent

Pour troquer son amant

Avec sa sour naïve.

 

Fière de son coup d’éclat,

La maîtresse jubilait

Dans le beau fauteuil rouge

De la couleur d’amour

Ou d’une blessure qui saigne.

 

L’amant interloqué

N’aimait pas ce visage

Savourant son audace.

Le beau-frère déconfit

Avait les yeux hagards.

 

« Je lui ai tout dit, il sait ! »,

S’est-elle exclamée tout haut.

L’amant devenu blême

A jeté à sa femme

Le regard d’un chien battu.

 

La bague autour du doigt,

Celle-ci venait de comprendre

Le mystère du discours

Agrémenté de déprime.

Tout devenait plus clair.

 

Le diamant brillait

Au sein de cette pagaille.

Il semblait les narguer

Libérant les non-dits

Des amants diaboliques.

 

L’anneau lui faisait mal.

Cette bague la brûlait,

La marquait au fer rouge.

D’une grande plaie béante,

À la douleur atroce.

 

Toutes les larmes retenues

Se sont mises à couler.

Un chagrin silencieux

Sillonnait deux pommettes

Rougies d’être trahies

 

Par une unique sœur,

Jalouse depuis toujours,

Qui s’envoyait en l’air

Avec le jeune époux

Car elle lui volait tout.

 

La tête entre les mains,

Le cocu s’est écrié :

« Et maintenant, que fait-on ? »

Il voulait divorcer,

S’efforcer d’oublier.

 

L’amant interloqué

Affichait grise mine.

« Pourquoi as-tu parlé ? »,

Reprocha-t-il alors

À sa maîtresse complice.

 

De ses yeux furibonds,

Il la dévisageait,

Lui lançait des éclairs.

Le sourire jouissif

D’un seul coup s’effaça

 

Précipitant les choses,

Elle venait de commettre

La pire des erreurs.

On ne chamboule pas les plans

D’un manipulateur.

 

Deneyer Viviane 01/07/2011

 

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dame en mauve 12

DAME EN MA





Tu es mon irréel, mon abstrait ; Tu es rêve, songe, délire, fumée ; Tu es flèche O cupidon ! Réalité identifiable par ma douleur et par elle seule. Je veux, de mon amour, te façonner dans l’absurde. Je te sens, te pressens, te ressens, Je te dessine enfin au fuseau horaire qui rythme ma vie

==============================

Je ne t’écris plus avec la foi de jadis, le bonheur de jadis Je t’écris dans la certitude de ton indifférence ; je désire t’aliéner à mon délire, t’identifier à mes regrets Je sais que tu n’es rien ne vaut rien mais le désir de toi frémit au bout des mots, à chaque mot-épines » mon souvenir se blesse
Ma pensée se déroule en long frémissement érotique
Je me contemple au spectacle de ma désolation. Je me pleurs à grand renfort de cris et, ma douleur, pour superficielle qu’elle soit me fait souffrir à souhait, elle donne sens à ma vie cette douleur, elle m’émeut, m’impatient, me fait courir vers toi ; mouvement que je réprime sitôt amorcé

Le ton de ta lettre me laisse croire, entendre, percevoir quelque secret ; Délice de promesses tamisées ; tu entrebâilles mon désir et je m’essaime dans tes sillons, tes vallons.

J’ai des pages et des pages dans le tiroir ; Je t’écris à la Zola, plaide ma cause, je suis aussi dérangeant, provocant qu’un Celine Je dénonce, j’avoue tout En un mot comme en cent Je finis par me croire !


Mon Aimée,

Amour honni, banni des dieux, je t’écris durant des heures durant des mois. Je t’écris au-dedans. Je t’écris sur papier, j’irais jusqu’à inventer des mots pour enfin me faire comprendre pour enfin « exister » à tes yeux
Dans le silence du jour encore blême et hésitant, je t’écris. Ecrire, n’est-ce pas te décrire ? N’est-ce pas une histoire d’amour en devenir qui ne souffre nul bruit, nul cri, moins encore la morsure envieuse. Ecrire. N’est-ce pas mon histoire que j’imagine terrible et affreusement unique ? Je ne dis plus : « Notre histoire » tant il est certain que je n’ai jamais tourné qu’autour de moi-même me donnant l’illusion d’un « quelqu’un » et je suis parti vers ce quelqu’un l’imaginaire en poupe pour un doux libertinage et des jeux savamment étudiés et répétés mille et mille fois. Monde fantasmagorique où il fait si bon se réfugier, s’élaborer, t’inventer, te créer. Ecrire. T’écrire Toi que je ne puis oublier c’est te redessiner avec des signes ronds, chauds, prometteurs. Refaire ton portrait, trait pour trait d’une main extravagante et douce et précautionneuse telle la tortue qui enterre ses œufs dans le sable Enterrement, renaissance. Ecloront ces œufs comme mes mots et naîtront les phrases et enfin « Notre histoire » Il faut être deux pour créer « Il faut et la source et celui qui décrit la source
Sept heures du matin
Je continue de t’écrire avec un frou-frou de plume sur le papier. Je m’aiguillonne vers une absolue projection et ne réussis qu’une projection bâtarde cent fois renouvelées cent fois différentes. Projection qui imagine un « moi » en détresse
Il me tarde de plonger dans le Léthé. Je porte la mort en moi En me laissant, tu m’as vidé de « sens » de "Pourquoi ? Et de "Comment ? En me laissant, tu m’as éclaté au-dedans sans image de « moi » Bombe à retardement, l’explosion finale se fera plus tard, bien plus tard. Cela ne fera pas mal à peine un léger, un dernier soubresaut du cœur et je partirai sans témoin sans suspect « Crise cardiaque » "Le cœur a lâché " Oui, le cœur a lâché… Je n’aurais été qu’une hérésie dans ta vie, une incise, une fausse note.
Huit heures
Je vais, je viens, je parle, j’écris mes éditoriaux et autres bricoles. Je t’écris sans rien attendre surtout pas de tes nouvelles ; surtout pas un signe de toi et je m'en fous. Je suis chloroformé au-dedans. Tétanisé, sous verre et je m’en fous. Je me sens bien, enfin, pas trop mal ce qui est déjà très bien ! Je suis dans la grisaille mais je suis et je m’exprime ; voilà qui est très bien. Parler, en parler, se confier c’est parfait. Il faut communiquer même et surtout par écrit : « Excellente thérapie que l’écriture «
m’assurent-ils doctement. Je souris au-dehors pleure au-dedans
Ne m’as-tu pas dit « Les gens créatifs, que ce soient des musiciens, peintres, écrivains, retombent toujours sur leurs pattes. S’en sortent toujours. Leur art les sauve. Transcendés par les Muses, nous sommes « La Croix Rouge » des asphyxiés du beau qui vont, viennent, produisent tout, sauf du beau. C’est vrai que, touchés par la grâce, quelquefois pas la tristesse voire la douleur nous écrivons pour ne pas hurler. Notre âme ne peut rester inerte, immobile. L’équilibre intérieur nous est inconnu et, c’est très bien ainsi. Je pense que les quatre péchés capitaux de l’artiste sont
1 La défaillance de l’imaginaire
2 La pudibonderie
3 L’intuition pataude
4 L’ironie marécageuse

Créer c’est faire une grande déchirure au manteau des convenances
Créer, c’est avoir l’esprit fripon, fripouille et le faire savoir sans vergogne, le revendiquer
Créer, avancer cheveux au vent, l’esprit brouillon et la plume en bataille versant des arrhes au bonheur
Il est exact d’affirmer que la création artistique ressort de l’extraordinaire.
Mais de là à affirmer que nous retombons toujours sur nos pattes c’est faire son petit Ponce Pilate moderne. Qu’importe ce que je dis, ce que je fais. Comme un chat, je retombe sur mes pattes. Je ne sais si c’est vrai mais il est bien vrai qu’on a l’habitude de
Noyer les chatons
Nous retombons toujours sur nos pattes Cette phrase me gifle, me gicle au visage et me fait rire. J’ai la mélancolie souriante. Je retombe toujours sur mes pattes dès lors… J’ai beau faire des efforts de concentration, me centrer sur moi, rien que sur moi, je ne ressens aucune affliction pas la moindre désolation moins encore de la détresse. C’est fou ! Oui, c’est vraiment fou d’avoir tant aimé. D’avoir cru aimer
Devrais-je préciser
Mon amour, Mon Amour, je t’ai créé, me le suis offert tandis que tu me regardais faire
Je n’ai rien répondu à ton assertion Vous retombez toujours sur vos pattes C’est plaisant vraiment. Grotesque, presque. Sans doute un trait d’esprit ? Vous retombez toujours sur vos pattes ; ouf (le "Ouf !" Était pensé si fort.)

Neuf heures
Je n’ai jamais été plus hermétique, plus cabotin. Si c’est ta façon de t’absoudre ? Peut me chaut ; c’est à peine si je me sens concerné ; je suis en cessation de toutes pensées de toute philosophie. Je me laisse flotter au gré de tes dires je deviens comme tout le monde. J’entends et n’écoute plus Je me sens vide de tout désir de tout ressentiment. Mon angoisse ne me fait pas mal n’est pas lourde à porter
Comment cela se passe la mort que l’on appelle Délivrance ? Vais-je souffrir ? Si oui, Combien de temps ? Telles sont mes interrogations. Je puis choisir l’heure, le lieu, le moyen mais non le déroulement.
Je ne sais plus qui a dit que « La présence en nous de l’idée de la mort n’est que le signe et la preuve de l’exercice de l’intelligence »

Je reste sans bouger en profondeur ; c’est presque le Nirvâna. Je demeure échoué au rivage de ma vie
UN HOMME A L’AMER

Bruxelles. Au cœur de la Ville, dans un appartement multiple comme on dit. Dans un Parc ; comme on dit. Dans une Résidence. Dans un appartement, une chambre était allumée à six heures du matin. La voisine l’avait bien remarquée. Insomniaque elle avait pour habitude de surveiller son voisin. Un homme très gentil, souriant, sans histoire, Ces derniers jours il semblait d’excellente humeur Elle avait vu sa lumière et avait pensé
-Tiens PB ne dort pas
Elle avait l’habitude ; pensez donc Monsieur le Commissaire,
- Il écrivait toujours au petit matin
Il y a deux jours de cela, oui, oui, le deuxième jour à midi la lumière … encore… oui, oui, c’est cela. Le troisième jour donc la lumière toujours là. Parfaitement. Fait le nécessaire évidemment … Autorité compétente ? Ça va de soi ! Prévenir la famille ? Oui, oui, ce fut vite fait. Oui, oui, à l’étranger, oui. En Europe oui mais, tout de même aux prix des communications ! N’est-ce pas ! L’eau n’a pas débordé. Heureusement pour mes tableaux.
La voisine s’approche près de la baignoire où, PB endormi son rasoir électrique à la main, attendait.
Les chats retombent toujours sur leurs pattes mais on a aussi pour habitude de les noyer


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La couronne aux peupliers

La couronne aux peupliers

                    Antonia Iliescu


Les sillons profonds
taillés sur le front

Enfantent des épines

Comme des impairs peupliers

Ton Christ crucifié ferme les yeux

Qu’il ne voit pas en toi

Ses vieilles blessures cendrées.

17 février 2010

 (traduction, "Nãscãtorul de perle" - Antonia Iliescu, Ed. Pegasus Press, Bucuresti 2010)

 

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Les dessous chic de Flo

Voici le dernier état de Flo au fond gris jaune.

C'est vraiment une histoire de fous que ces fonds. La peinture devrait se passer de fond . L'aquarelle joue sur le blanc du papier qui est le plus léger des fonds.

flo  sur fond gris jaune

100x80 acry et marouflages sur toile gegout©

flo fond gris jaune

Je pense qui mon travail ira vers ce blanc de la toile et basta..!

en bas

3 états différents de Flo fond gris

flo au fond drapéflo béanteflo en été

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journal de bord, mardi 28 juin 2011

Nismes ... en Thiérache. Nismes ... en Belgique. A ne pas confondre avec Nîmes, dans le Sud de la France.

 

Ah ! Le rognon préparé avec du porto, hier, il était bon.

Dans le même resto, on y cuisine des moules venues tout droit de Normandie.

 

Bref : le début de la suite de "mon" pélerinage, sur les ch'mins de Saint-Jacques, s'annonçait bien ... pour les trois premiers jours de la semaine, que j'ai bloqués en connaissance de cause.

 

C'était dur, quand même, les dix kilomètres entre Nismes et Olloy, pour (re)démarrer le périple. Ca se passait pratiqu'ment toujours dans le bois. Et ... ça montait, ça montait tout l'temps. Et le soleil ... tapait, tapait, tapait. C'était ... saoûlant. C'était ... apocalyptique. Pas de paysage ouvert. Des sentiers qui semblaient se répéter. Des arbres. Des parterres de boue (avec mes sandalettes, fallait bien viser). J'avais, une fois de plus, la guitare et le ukulélé (plus : des fringues et le matériel de toilette à l'intérieur de la guitare) sur le dos.

 

J'ai reconnu Olloy, au bout du compte. La grand'route, sur la gauche, quand les arbres ont commencé à céder la place au champs de blé.

Arrivé dans l'village, je me suis arrêté au premier bistro qui se présentait. Je me suis enfilé trois Cocas frais. J'avais peur, en pénétrant dans l'bistro, en regardant toutes les têtes (locales) qui me regardaient entrer, j'avais peur de leurs réflexions (éventuelles) sur mes tifs dans tous les sens, sur ma guitare, j'avais peur de leur silence ... aussi. Le serveur (un jeune) tirait une drôle de tête.

Après, dans le village d'Olloy, quand j'ai repris mon pas ...

Un automobiliste a failli m'y écrabouiller (mais ... je n'avais pas traversé au bon endroit).

Ensuite, je me suis mis en route jusque Oignies. En stop. La dame qui m'a chargé avait l'accent du terroir.

Mes épaules rendaient l'âme.

 

Faut dire : à l'office du tourisme de Nismes, on m'avait laissé une adresse d'hébergement à Oignies. J'avais eu la responsable du lieu (une néerlandophone) par GSM, j'avais promis d'être là vers vingt heures.

 

"Tu ne te mets pas toujours à la place des autres !"

Tiens, cette parole (lapidaire) d'une amie (à mon égard), m'a suivi durant tout le parcours

Et ... durant la marche, des chansons de mon homonyme 'Hugues Aufray" m'ont aussi traversé la caboche.

 

Aujourd'hui, encore, le soleil ne répondra pas aux abonnés absents. On annonce de l'orage pour ce soir.

 

A Nismes, hier, les drapeaux flottaient toujours sur le pont.

A Nismes, à l'office du tourisme, la dame, à l'accueil, aim'rait transformer le lieu en centre prévu ... pour les pélerins de Compostelle.

A Nismes, à l'office du tourisme, je suis tombé sur un auteur de livres, qui édite dans la même maison que moi et qui a sorti un roman, dont l'action se passe (dans un château) à Dourbes (c'est pas loin de Nismes).

 

"Tu ne te mets pas toujours à la place des autres !"

Oui, j'ai bien identifié le leitmotiv.

"A peine t'es-tu excusé que tu me refais une demande ... mais la personne à qui tu demandes quelque chose après t'être excusé a peut-être besoin de prendre un certain temps, le temps que l'excuse fasse son effet ... et je crois que c'est général ..."

A poursuivi l'amie, au bout du GSM, vendredi dernier.

Ca m'a poursuivi durant la marche. Dois-je couper les ponts avec l'amie ? Dois-je laisser le temps au temps (comme je l'ai toujours fait avec elle, depuis ... vingt ans que je la connais) ?

 

Tiens, à Olloy, l'église semblait rétrécie ... par rapport à la dernière fois où j'étais passé dans le village. Lui avait-on scalpé les deux ailes sur le côté ?

 

Tiens, à Oignies, après avoir contourné le village, rompu, fourbu (sous le soleil, toujours), je suis tombé (enfin) sur le lieu où je pouvais dormir. J'aurais pas deviné, en passant. Rien n'annonçait un gîte, ni une chambre d'hôte (pas de sigle à l'entrée de la bâtisse). Ca se trouvait ... rue du Fir (à l'office du tourisme de Nismes, la réceptionniste me l'avait noté sur un papier). J'avais pris mes renseignements à l'épic'rie du village, OK : monter la première rue à droite, puis tourner encore à droite. Ca se trouvait à proximité du village de vacances de OIgnies. OK, OK. Mais : en tournant à droite, après avoir tourné une première fois à droite, je ne me trouvais pas rue du Fir. Bien, bien. je suis revenu sur mes pas, pris une autre route ... où les maisons se faisaient rares. Au bout du compte, je tombe sur une inscription qui m'indique bien ... rue du Fir.

 

Grâce au GSM, je suis retombé sur la personne qui tenait le lieu où je comptais m'arrêter, l'espace d'une nuit, donc.

J'ai fini par trouver.

C'était (et c'est toujours) une belle grande maison, super bien arrangée. Tenue par une hollandaise (grande, blonde, avec une natte).

 

Ah, elle entret'nait son grand jardin avec soin, cette dame ... qui doit avoir à peu près mon âge.

Ah, elle m'a offert un superbe jus de pomme dans un plateau en bois.

Ah, y avait un lustre sout'nu par des bougies et des espèces de feuilles beiges, à proximité des fauteuils.

Ah, y avait une horloge murale, dans la grande pièce, qui sonnait comme au temps de nos grands-mères.

Ah, y avait un vase avec des feuilles rouges, à proximité de l'horloge murale.

Ah, y avait, dehors, une mare avec des espèces de nénuphars

 

Ah, elle avait trois chats, la dame ...

Le premier venait tout droit de Hollande.

Le deuxième, elle l'a trouvé dans la forêt.

Le troisième, elle l'a déniché au d'ssus d'un arbre.

 

Nous avons discuté, elle et moi, dans le jardin, jusqu'onze heures du soir. Elle m'a dit qu'elle aimait la région, sa nature. Elle m'a dit qu'en Hollande, les gens ne connaissaient pas le sens de l'apéro, le matin, comme ... en Belgique. Elle m'a parlé d'une famille de musiciens, une rue plus loin.

 

Il a fait chaud durant la nuit. J'ai eu du mal à trouver le sommeil, mais je ne l'ai pas mal vécu. Je savais d'où ça venait. Excès de chaleur. J'ai attendu que ça se passe. J'étais surtout si heureux de m'être mis en route. J'étais surtout si heureux de me trouver là où je me trouvais.

 

Neuf heures et d'mie ... du matin.

 

Aujourd'hui ...

 

Je compte, en quittant Oignies, atteindre le point suivant : Moulin-Manteau. Neuf kilomètres et d'mie. Environ deux heures (et un peu plus) de marche. Monter par la rue de Rocroi. Franchir, sur la route, un ruisseau. Bifurquer à un refuge. Poursuivre entre des résineux. Longer une lisière.

C'est faisable. Même en ne se pressant pas trop.

 

La "dame hollandaise de l'endroit où j'ai logé" m'a raconté que certains pélerins de Saint-Jacques, qui atterrissaient chez elle, souhaitaient être réveillés à sept heures du matin, pour être sûrs d'accomplir, sur la journée, leurs ... trente-cinq kilomètres.

 

Quant à moi ...

 

Je s'rai fier de moi si j'atteins déjà Moulin-Manteau, au bout de ... neuf kilomètres.

J'avance à mon pas. J'avance à mon rythme.

Après Moulin-Manteau, le point suivant : Hiraumont.

Je suis les notes du p'tit bouquin que j'emporte. Toutes les deux pages, y a des extraits de cartes avec la logique du parcours. Ca m'aide aussi.

Entre Moulin-Manteau et Hiraumont, juste 5 kilomètres. Et une heure vingt-cinq de marche.

Pour dormir, il me suffira (ensuite) de filer sur Rocroi (ça me prendra juste une demi-heure), de prendre une route à droite, de franchir une rocade autoroutière, d'entrer dans la ville par une "porte de Bourgogne". Comme c'est une petite ville, les possibilités d'hébergement ne manqu'ront pas.

 

On verra bien.

 

 

 

 

 

 

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Je signale que les personnes ressources suivantes fournissent de manière régulière du contenu éditorial pertinent et de qualité sur le réseau.

 

Ainsi :

 

Claudine Boignet a-t-elle reçu la fonction d’administratrice du groupe « Le regard pastel ». Son action sur le réseau a conduit à la formation d’une « Société des pastellistes de Belgique » dont elle assure la Présidence.

 

 

Ainsi :

 

Deashelle, par ses participations actives et régulières de critique musicale, théâtrale, cinématographique et artistique, a-t-elle reçu au sein de ce Réseau Arts et Lettres, la fonction d’administratrice des groupes « Théâtre » et  « Dis-moi ce que tu lis » (critique littéraire).  Le groupe « Cinéma » lui sera aussi confié en tant qu’administratrice de groupe dans un tout proche avenir en attendant l’examen en cours de la demande de candidatures de deux autres membres du Réseau pour accompagner Deashelle dans sa tâche au sein du groupe "Cinéma.

 

Pour souligner tout particulièrement ses billets culturels de qualité, une icône de lien vers ses billets de blogue a été particulièrement mise en évidence sur le réseau:

 

 

12272743101?profile=originalB lo g u e de D e a s h e l l e

Cette icône bénéficie actuellement d’une moyenne d’affichage de 3500 impressions journalières

 

Robert Paul, créateur et administrateur général du Réseau Arts et Lettres


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Le vieil homme du tableau

Le vieil homme du tableau 

Antonia Iliescu 

(fragment du volume « Dora-Dor ou le chemin entre deux portes », Kogaïon Editions, 2006)

 

            Je venais de terminer le croquis de la tête d’un vieillard aux yeux tristes, partis déjà vers d’autres mondes. C’était mon dernier croquis en matière de portraits. Je l’ai encadré et je l’ai posé à côté d’autres dessins.

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           J’ai regardé ma montre. Il était déjà tard et le supermarché devait fermer au bout d’une heure. Je me suis vite habillée et je suis partie faire les courses. Après un tour complet dans le magasin, je me suis dirigée vers la caisse, où il y avait déjà une file d’environ dix personnes.

            J’attendais patiemment mon tour à la caisse, quand les yeux repérèrent avec grande surprise, le vieil homme dont je venais d’accrocher au mur le portrait. C’était bien lui. Cette fois, il était assis sur un banc, juste à la porte d’entrée-sortie du magasin. J’ai cru  rêver ; comment est-ce possible qu’il apparaisse clairement, l’homme même refait de mémoire, avec quelques traits de pinceau ? Je fais rarement des portraits d’après modèle, car j’avoue que je n’ai pas un talent extraordinaire. Pour moi, le dessin est un jeu, tout comme les autres formes d’art. C’est un caprice de mon âme, qui capte dans ces instants-là – juste le temps nécessaire à la consommation de l’acte ludique de la création – certaines ondes venues de la cinquième, la sixième ou la vingt-sixième dimension. Une fois le travail terminé, je retombe dans mon univers à quatre dimensions, pour finir ce que le quotidien m’ordonne de faire pour survivre.

            Il n’avait presque pas de cheveux, il avait le visage émacié et jaunâtre. C’est exactement comme ça que j’avais dessiné une heure auparavant, sur un bout de papier de cahier ligné, mon ancien professeur de chimie, mort depuis voici deux décennies presque, à l’âge de 48 ans. Nous avons vécu comme seule aventure terrestre une poignée de main, venue en courant, pour ne pas manquer l’adieu éternel d’avant la mort ; ce n’était pas une poignée de main ordinaire. Tous les deux nous y avions mis inconsciemment tout le désespoir des vécus imaginaires, reportés toujours pour plus tard et finalement perdus à jamais. C’était la dernière. C’est parce que nous savions tous les deux cette chose terrible que nous avions bâti hâtivement un pont. Mais pas n’importe lequel; c’était une passerelle de larmes qui s’était dressée, juste en quelques secondes, de l’œil vers l’œil, de l’âme vers l’âme, au bord d’un lit d’hôpital en métal.

Et voici maintenant ce pont de larmes et d’amour qui nous aide à retrouver après des dizaines d’années – dans la réalité même, pas seulement dans les rêves ou dans les fantasmes – ces gens que nous avons tant aimés en silence et qui nous ont aidés dans les moments difficiles de la vie.

S’il avait survécu, il aurait eu probablement l’âge du vieillard aux yeux bleus, encore vivants et désireux de regarder. Il s’était assis fatigué sur le seul banc de l’enceinte du magasin et regardait attentivement autour de lui, en cherchant évidemment un miroir pour son regard blessé par les années de solitude. Il avait mis une chemise à carreaux, fraîchement repassée, et une veste du dimanche. La couleur de ses joues décharnées disait clairement que l’homme ne sortait pas souvent de chez lui. Il sortait uniquement les samedis matin, quand il y avait beaucoup de monde dans les magasins. Il s’était penché faiblement en avant, son visage entre les deux mains, en changeant toujours l’angle du regard. Il suivait chaque fois une certaine personne qui lui paraissait intéressante. Il la conduisait d’un regard résigné, vers la sortie, en se rendant compte qu’il n’avait réussi, cette fois non plus, à lui accrocher le regard. Les yeux passaient ensuite vers une autre personne, qui se présentait à la caisse pour l’acquittement des courses. Une nouvelle petite étincelle d’espoir illuminait pour une seconde les yeux bleus extrêmement beaux et fatigués du vieil homme. Le scénario se répétait de la même façon, d’un homme à l’autre, sans que personne ne se rende compte qu’un homme mendiait sur un banc. Il ne voulait pas d’argent, mais juste un regard ; pourtant les gens avares ne lui donnaient rien, en croyant peut-être qu’il voulait l’aumône.

Enfin, sur le tard  il m’aperçut – m’avait-il repérée avant que je ne le voie ? ... Je ne le saurai jamais et après tout, c’est une chose sans importance. Ce fut une seconde, juste le temps nécessaire pour qu’il puisse comprendre que j’avais capté son regard et que j’avais entendu son cri. Je lui ai répondu d’un sourire plein de chaleur, venu d’un moi lointain, traversant un monde fade, pressé et traqué ; le sourire, poussé par une vigueur enfantine, arrivait en courant sur un pont de larmes et d’amour que le temps avait métamorphosé en un pont en pierre, éternel juste le temps d’une éternité quantifiée dans le flash d’une seconde.

J’ai aimé cet homme, ce samedi matin, cette seconde. Je l’ai aimé, car il avait compris tout ce que j’aurais voulu dire à l’autre, celui que s’était glissé dans le monde de mes pensées, en venant du non monde. 

 

 

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Poussière d'aiguilles (texte intégral)

Vous voici donc, aiguilles de granit qui jaillissent vers le ciel. Vous voici donc ces tant aimées que je hais. Vous êtes fières dans le soleil naissant, et votre couleur chaude est trompeuse. Là-haut, là où je vais pour toi mon aimé, il gèle à pierre fendre. Nous sommes loin d'être seuls dans la benne. Tu es serré contre moi, je te sens dans mon dos. Je me raidis un peu. Si je me retourne je ne verrai qu'un alpiniste de plus et je n'y tiens pas. Je me sens si étrangère à cette ambiance. Face à ces conversations de conquérants je pense à toutes ces nuits où je m'endormais avec toi dans mon dos, où tes bras m'entouraient et me protégeaient. Nuits de chaleur de douceur de tendresse qui jamais ne se sont taries. Tes mains qui m'ont toujours aimé et que je n'ai jamais voulu voir gantées. Merveilleuses mains que les tiennes. J'ai compris peu à peu ce que signifiaient nos massages, nos longues conversations au lit, où elles tournoyaient sur ma peau même si nous parlions beaucoup, ce que signifiaient nos merveilleux câlins. J'ai compris que chaque déclinaison de notre gestuelle intime était ta manière d'exprimer ce que tu ressentais pour moi. J'ai appris à aimer l'idée selon laquelle il y avait plus de « je t'aime » dans tes mains sur mon visage lorsque nous faisons l'amour qu'il n'y en aurait jamais sur tes lèvres. Tout comme il y avait plus d'amour dans une rose venant de toi que dans un bouquet offert par qui que ce soit d'autre.Et tu m'as tellement bien fait l'amour. Ce n'était jamais comme une drogue, mais il y avait toutefois un peu de cela: j'avais ce besoin cette envie ce désir d'être prisonnière de tes bras d'être vulnérable et protégée en même temps. Au-delà du plaisir il y avait l'harmonie: je sentais mon corps résonner contre le tien, c'était d'une extraordinaire simplicité, mais maintenant que nous atteignons notre but, glacial et mécanique, je ne vois plus que la gare d'arrivée, accrochée au granit. Et le vide au-dessous de nous. Comment as-tu pu aimer ce monde vertical, minéral et froid, et ce vertige qui me prend le ventre à l'instant? Je descends de cette benne pleine d'alpinistes. Je te sens derrière moi, bien assuré au milieu des tintements des mousquetons, piolets, broches et autres objets de métal, carbone, kevlar, gore-tex, polar, que sais-je encore, dont tout ce petit monde se pare avant d'aller se greffer à Mère Nature et gratter ses excroissances. Voici le début de la pente. Une arête de neige à suivre comme un funambule sa corde. Tu restes derrière moi comme la fois précédente, et puisque nous descendons... Tu m'assures. Si on peut dire, car cette fois-ci la corde ne se tendra pas. Je ne trébucherai pas. Et nous voici déjà en pente douce en direction du glacier du Géant. Ces noms aussi je les ai trop entendus. Tacul, Maudit, Grépont, Cosmiques, pourquoi pas « Cornofulgur » ou « Astéro-Hache »? Mon Dieu comme je déteste votre vocabulaire.Et notre intimité faisait en sorte que tu m'entretenais de toutes ces « courses » avec les noms et les expressions qui s'y associaient, comme si j'y étais initiée... Non mon bel amour, je ne connaissais pas Goldorak personnellement, et encore moins le nom du type qui a enchaîné les quatorze sommets de plus de huit mille mètres de la Terre en moins de temps qu'il ne faut pour le blablabla... Moi mon bel alpiniste je voulais juste le revoir au plus vite, mais ça c'était difficile à envisager, n'est-ce pas? A de rares exceptions près, aucune femme ne pouvait rivaliser avec « ça »... Heureusement pour toi que jamais je ne t'ai senti « là-haut » lorsque nous faisions l'amour. Je t'aurais tué. Plus sûrement que si tu avais eu une maîtresse à forme humaine. Oui j'en veux plus à la montagne qu'à toutes mes sœurs de cette planète, et j'entends lui réclamer tout le temps que nous n'avons pas eu. Mais je n'aurai rien car c'est une sans-pitié. Tout ce temps où je t'aurais fait l'amour, sans fin, jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ton épuisement, tout ce temps que je n'ai pas eu à te convaincre de me faire un bébé. Cette petite âme d'enfant que j'ai tant espérée, que je n'ai pas eue, et que je n'aurai pas de toi. Nous arrivons au glacier. Je m'approche de cette crevasse béante comme si ton doigt s'était dressé par-dessus mon épaule droite et me l'avait désignée. J'ai froid. Je me plonge dans mes souvenirs de chaleur pour avancer encore, pour m'approcher lentement de la bouche grande ouverte sur des reflets bleus. Ils ont du mal à revenir mes souvenirs, mais ils reviennent tellement je les appelle. J'entends la mer et je fais la sieste. C'est à ce point agréable que j'en oublie l'univers blanc et froid autour de moi, que j'en oublie mon sac que je fais glisser de mon dos, et que je ne te vois même pas. Je ferme les yeux et... ...et tes mains sont sur mes hanches. C'est magique. Tu posais toujours tes mains là où je les attendais sans vraiment en être consciente. C'était un peu comme un jeu. A chaque fois je feignais la surprise, à chaque fois j'étais aussitôt ravie. Parfois je me disais que tes mains étaient distinctes de toi, que tu les laissais errer sur moi alors que le reste de ton corps se préparait en silence à me donner le doux plaisir. Et j'attendais patiemment ce moment. Tout comme la dernière fois où je t'ai attendu, de retour de montagne. Tu m'avais appelée pour me dire combien tu étais fier d'avoir été au sommet de l'aiguille Verte, ta « première course vraiment difficile », et tu disais que tu volais à ma rencontre, que tu m'aimais à chaque fois plus intensément, au retour de chaque ascension. Et c'est vrai que tu revenais toujours plus attentionné et doux, fort aussi dans nos retrouvailles, j'aimais ton corps durci par la montagne, et j'aimais l'amour que nous faisions à ton retour, il me comblait de tout ce manque de toi, apaisait la jalousie que j'avais nourrie au fil de ton absence, et je me donnais à toi comme jamais.Je suis au bord de cette crevasse car tu me l'as demandé, mon aimé qui est juste à mes côtés, et je pleure la tendresse que nous n'avons pas partagée à ce retour-là. J'avais mis ma robe d'été bleue, celle qui compte trente boutons. Juste pour qu'après avoir roulé comme un fou, tu t'arrêtes face à mon défi à moi, celui de me déshabiller avec une infinie lenteur. De me caresser comme tu le fais si tendrement pendant que moi, je découvre les petites blessures que la protogine chamoniarde a laissées sur le dos de tes mains, parfois sur le bas des jambes. J'avais mis cette robe d'été et j'attendais de l'entendre tomber pour me laisser aimer comme jamais tu ne m'aurais aimée. J'aurais été ta prisonnière et j'aurais joui de tout ton poids sur moi, j'aurais attendu ta délivrance comme on prie, je l'aurais accueillie comme on triomphe. C'était compter sans ce camion qui a déchiré notre désir. Et te voici en cendres, là où tu voulais, mon aimé. Et je verse les cendres de ton corps dans cette crevasse qui cet hiver se refermera, et je quitte cet endroit que je ne reverrai pas avant le matin où, fatiguée de ma vie creuse de toi, je descendrai ici au fond de la bouche bleue, et m'endormirai à tes côtés.  Chamonix, le 26 août 2008.
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Ramener tout à soi

 

Lors d’un questionnement, n’est-ce pas un réflexe

D’affirmer aussitôt et sans aucun complexe

Ce que l’on aurait fait, en ramenant à soi,

Une attitude étrange qui causa un émoi?

 

On estime les gestes et les comportements,

Selon une morale, un conditionnement,

Qui étonnent parfois ceux auxquels on s’adresse.

On se donne en modèle, on manque de finesse.

 

J’oublie certainement, avant d’évaluer,

De bien considérer qu’ont certes évolué

Les valeurs et les droits reconnus du grand nombre.

Certaines vérités se dissolvent dans l’ombre.

 

Pour juger, je ramène, encore tout à moi.

Non pas par pur orgueil, mais par besoin, je crois.

Or qui ne le fait pas, sans employer le je?

On essaie de comprendre, on admet comme on peut.

 

Quand on vit esseulé, suivant ses aptitudes,

On s’intéresse à soi, une heureuse attitude.

Or, si l’on réussit à vivre intensément,

On finit son parcours, souvent, sereinement.

 

28 juin 2011

 

 

 

 

 

 

 

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PHOTO OO2 SUR MON ALBUM;

Bonjour,

Comme je n'arrive pas à mettre un texte sur une photo, je me permets de vous donner une petite, indication : il s'agit de "La Femme des Terrils", gravure numérotée 27/50 de Marius Carion, peintre montois des années 50.12272746268?profile=original

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