
Quand les amours se reconnaissent, il est plutôt improbable
D’y poser des mots, de percer leurs mystères en tourbillon
Il est plutôt rare qu’on leur accorde un droit à la déraison
Pourtant, la conjugaison d’aimer, c’est à l’invraisemblable
Tout a été dit des amours, mais je ne dirai pas, c’est trop
Je ne veux rien oublier de mes instances amoureuses
De celles qui m’ont fait la grâce d’y être les charmeuses
Du temps, des espaces, du sentimental à fleur de peau
Quand les amours se reconnaissent, elles sont de porcelaine
Tremble le premier pas de se retrouver d’un coup sujet
A tant de maladresses, à tant d’accidents, de forfaits
Quand bien même la sincérité de l’aveu que l’on aime
Porcelaine précieuse et fragile, l’amour l’est d’autant
Ce passage de l’un à l’autre au besoin des accordances
Même pensées, mêmes gestes, mêmes vibrantes présences
De l’esprit et du corps pour s’apprivoiser au mieux le temps
La porcelaine, combien d’actes précis en cette matière,
Mais d’un rien, elle se brise, et d’en ramasser les morceaux
C’est peine perdue, ainsi sont les amours, in extenso
Bonheur et malheur d’aimer, la loi des grâces éphémères
Quand les amours se reconnaissent, un et un qui font deux
De même façon à trembler et à compter l’un pour l’autre
En toutes circonstances, mais combien d’erreurs, de fautes
De méprises aussi pour se maudire d’être amoureux
L’amour est toujours à l’âge des apprentis de mille choses
Sans logique, sans certitude de savoir les besoins,
Les désirs, de l’un, de l’autre, tant tout peut changer d’un rien
Tant l’on peut aimer des rêves et s’absenter de sa cause
Quand bien même ce que l’on sait, et le bien que l’on fait
Au nom de l’amour, demeurent les questions incontournables
De chance et de malchance, des accidents inséparables
De la vie, et bien plus encore en tout attachement parfait
Combien d’amours à l’obligation de perdre leurs adresses
L’un part, l’autre reste, c’est une histoire brisée à mille regrets
Si dérisoires, c’est un accident, et rien d’un procès
Contre le sort n’empêchera les fleurs coupées de tristesse
L’un part, l’autre reste, et l’amour en vagues, si loin, si là
Si là et si loin, l’amour qui résiste et l’amour qui s’affale
Mais le mal n’est pas le même, de s’éloigner d’une étoile
Ou de l’éteindre à jamais même si on la garde en soi
Il est des amours à ne pas juger, amours impossibles
Amours brèves, amours qui ne veulent pas se refermer
Sur la conclusion amère des amours inachevées
Amours de trêve qui ne veulent pas des adieux pénibles
Il n’y a pas de long et délicieux voyage en amour
Sans un jour fatidique qui l’arrête, l’un part, l’autre reste
Mais vivre entièrement, c’est aimer toujours et on l’atteste
Tant à rire qu’à pleurer jusqu’au seuil de son dernier jour
© Gil DEF - 25.03.2016