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Un déterminisme agaçant

Mon cerveau me mène où il veut.
Il prend possession de mon être,
Ferme de mes yeux les fenêtres,
Me tient des propos ennuyeux.

Lors, demeure à sa merci
Mon âme aspirant au silence,
À l'harmonie, à la brillance.
De vérités n'a le souci.

Me trouve où règne le langage,
Prête l'oreille, or désolée,
N'entends de paroles ailées
Mais un maussade bavardage.

Au coeur de cet étrange état,
Je me sens être prisonnière.
Pour trouver une issue, j'y erre
Mais, hélas! n'en trouve pas.

9 mars 2018

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"Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement. [...] Les grands-pères placent la tête de leur petit-fils là où il y a au moins quelque chose d'intéressant à voir, bien que ce ne soit pas toujours quelque chose d'élémentaire, et, par cette attention continuelle à l'essentiel qui leur est propre, ils nous affranchissent de la médiocrité désespérante dans laquelle, sans les grands-pères, indubitablement nous mourrions bientôt d'asphyxie."  (Thomas Bernhard, Un enfant, trad. Albert Kohn, p.26, Folio n° 2542)

En regardant ce film et en écoutant la voix de Prévert, je pense à mon grand-père paternel, gazé à Verdun, blessé aux Dardanelles, militant SFIO tendance Blum, qui a participé activement aux grèves de 36, qui a travaillé toute sa vie chez Citroën. Quand je pense à lui, je pense au tire d'un roman de Maurice Blanchot : "Le dernier homme".

On lui a généreusement octroyé une médaille du travail à la fin. Il n'avait jamais eu de quoi s' acheter son appartement (un deux pièces rue des Prouvaires au 5ème sans ascenseur).

Tout le monde s'en fout, mais pas moi. Je me souviens. Merci Monsieur Prévert !

Et maintenant, les ouvriers, les artisans, le petit peuple, on les chasse vers la banlieue. On appelle ça d'un joli nom bien prétentieux, bien niais, la "gentrification", comme tout le quartier des Halles et les anciens quartiers populaires qui faisaient le "brassage social" et tout le charme de Paris...

On les chasse, façon de parler. Pas de rafles, de déportations massives comme en 42. Non, tout se fait en douceur, avec l'argent, entre gens "raisonnables". Un beau jour, on fait ses comptes et on s'aperçoit qu'on n'a plus les moyens, surtout qu'entre temps les loyers ont monté et on cède l'appartement à un bobo de la nouvelle Gauche.

Et on ne comprend pas pourquoi je suis de l'ancienne et pourquoi j'ai fait Mai 68 dont on va fêter cette année le 50ème anniversaire. Quelle dérision ! Comme d'habitude Daniel Cohn Bendit, "l'european young leader",  va parler à la place des camarades suicidés...

Un "has been" qui n'a pas su y faire, alors que tout le monde  maintenant est "En Marche"... En marche vers quoi ? 

Nous étions au bord du gouffre, mais Dieu merci, nous sommes en marche et nous avons fait un grand pas en avant !

Fonds de pension, spéculation, profits, dette souveraine, surendettement des ménages, crise, austérité, chômage structurel, délocalisations, gouvernance européenne, réchauffement climatique, disparition des espèces animales... Mettons-nous bien ça dans la tête : "le capitalisme mondialisé est l'horizon indépassable de notre époque." 

La voix de Jacques Prévert a parlé en moi. Merci Monsieur Prévert !... Même si ça ne sert à rien, même si ça continue comme avant, même si, comme dit le Prince Salina dans Le Guépard, "pour que rien ne change, il faut que tout ait l'air de changer".

Et tant pis si tout le monde s'en fout !

  

En mémoire de ce qui fut…

La machine à coudre Singer, les clafoutis aux cerises de ma grand-mère, les bouquets de violettes, les poinçonneuses du métro, les marrons brûlants dans les cornets de papier journal, les bouchers couverts de sang, les hirondelles à bicyclette : pèlerines bleues et bâtons blancs… Le chien qui fume, le chat Lucifer qui n’était pas gentil, mais que j’aimais bien quand même, les enfants de Montmartre, l’odeur des vieux escaliers, la plainte de l’accordéon, les chansons d’Edith Piaf, les clowns du cirque d’Hiver, le Guignol du jardin du Luxembourg, les bateaux de la fontaine des Tuileries, les chevaux de bois du manège, les apéritifs Dubonnet, les Tractions Citroën, les autobus à pont, Notre-Dame de Paris…

Rue des Halles, rue des Lavandières-Sainte-Opportune, rue de la Ferronnerie, rue Saint-Honoré, rue de la Lingerie, rue de la Poterie, rue des Bourdonnais, rue au Lard, rue Pierre-Lescot, rue Vauvilliers, rue Montorgueil, rue Rambuteau, rue de la Réale, rue Pirouette, rue Mondétour, rue de la Parcheminerie, rue de la Grande-Truanderie...

Sur les bords de la Seine, le long des échoppes ombragées des bouquinistes, sous la vieille horloge de Saint-Germain l’Auxerrois, sous les arcades de la rue de Rivoli, dans la cour mal pavé des rois, dans le frais silence de Saint-Eustache où repose la mère de Mozart, sous les poutrelles des halles de Baltard, parmi les cris joyeux des marchands de légumes, rue Berger, rue du Roule, rue des Prouvaires…Sur le vieux Pont-Neuf où Molière enfants découvrit la commedia dell’arte.

Et derrière les façades obscures, toutes les joies et tous les malheurs du monde.

J’ai dix ans, je me promène avec mon grand-père dans le Paris d’autrefois. Il me tient par la main.

Je me souviens et je voudrais casser les portes de la mort.

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Jacques Prévert, Le capitalisme en 1933

https://youtu.be/d97sfLW9tBk

"Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement. [...] Les grands-pères placent la tête de leur petit-fils là où il y a au moins quelque chose d'intéressant à voir, bien que ce ne soit pas toujours quelque chose d'élémentaire, et, par cette attention continuelle à l'essentiel qui leur est propre, ils nous affranchissent de la médiocrité désespérante dans laquelle, sans les grands-pères, indubitablement nous mourrions bientôt d'asphyxie."  (Thomas Bernhard, Un enfant, trad. Albert Kohn, p.26, Folio n° 2542)

En regardant ce film et en écoutant la voix de Prévert, je pense à mon grand-père paternel, gazé à Verdun, blessé aux Dardanelles, militant SFIO tendance Blum, qui a participé activement aux grèves de 36, qui a travaillé toute sa vie chez Citroën. Quand je pense à lui, je pense au tire d'un roman de Maurice Blanchot : "Le dernier homme".

On lui a généreusement octroyé une médaille du travail à la fin. Il n'avait jamais eu de quoi s' acheter son appartement (un deux pièces rue des Prouvaires au 5ème sans ascenseur).

Tout le monde s'en fout, mais pas moi. Je me souviens. Merci Monsieur Prévert !

Et maintenant, les ouvriers, les artisans, le petit peuple, on les chasse vers la banlieue. On appelle ça d'un joli nom bien prétentieux, bien niais, la "gentrification", comme tout le quartier des Halles et les anciens quartiers populaires qui faisaient le "brassage social" et tout le charme de Paris...

On les chasse, façon de parler. Pas de rafles, de déportations massives comme en 42. Non, tout se fait en douceur, avec l'argent, entre gens "raisonnables". Un beau jour, on fait ses comptes et on s'aperçoit qu'on n'a plus les moyens, surtout qu'entre temps les loyers ont monté et on cède l'appartement à un bobo de la nouvelle Gauche.

Et on ne comprend pas pourquoi je suis de l'ancienne et pourquoi j'ai fait Mai 68 dont on va fêter cette année le 50ème anniversaire. Quelle dérision ! Comme d'habitude Daniel Cohn Bendit, "l'european young leader",  va parler à la place des camarades suicidés...

Un "has been" qui n'a pas su y faire, alors que tout le monde  maintenant est "En Marche"... En marche vers quoi ? 

Nous étions au bord du gouffre, mais Dieu merci, nous sommes en marche et nous avons fait un grand pas en avant !

Fonds de pension, spéculation, profits, dette souveraine, surendettement des ménages, crise, austérité, chômage structurel, délocalisations, gouvernance européenne, réchauffement climatique, disparition des espèces animales... Mettons-nous bien ça dans la tête : "le capitalisme mondialisé est l'horizon indépassable de notre époque." 

La voix de Jacques Prévert a parlé en moi. Merci Monsieur Prévert !... Même si ça ne sert à rien, même si ça continue comme avant, même si, comme dit le Prince Salina dans Le Guépard, "pour que rien ne change, il faut que tout ait l'air de changer".

Et tant pis si tout le monde s'en fout !

  

En mémoire de ce qui fut…

La machine à coudre Singer, les clafoutis aux cerises de ma grand-mère, les bouquets de violettes, les poinçonneuses du métro, les marrons brûlants dans les cornets de papier journal, les bouchers couverts de sang, les hirondelles à bicyclette : pèlerines bleues et bâtons blancs… Le chien qui fume, le chat Lucifer qui n’était pas gentil, mais que j’aimais bien quand même, les enfants de Montmartre, l’odeur des vieux escaliers, la plainte de l’accordéon, les chansons d’Edith Piaf, les clowns du cirque d’Hiver, le Guignol du jardin du Luxembourg, les bateaux de la fontaine des Tuileries, les chevaux de bois du manège, les apéritifs Dubonnet, les Tractions Citroën, les autobus à pont, Notre-Dame de Paris…

Rue des Halles, rue des Lavandières-Sainte-Opportune, rue de la Ferronnerie, rue Saint-Honoré, rue de la Lingerie, rue de la Poterie, rue des Bourdonnais, rue au Lard, rue Pierre-Lescot, rue Vauvilliers, rue Montorgueil, rue Rambuteau, rue de la Réale, rue Pirouette, rue Mondétour, rue de la Parcheminerie, rue de la Grande-Truanderie...

Sur les bords de la Seine, le long des échoppes ombragées des bouquinistes, sous la vieille horloge de Saint-Germain l’Auxerrois, sous les arcades de la rue de Rivoli, dans la cour mal pavé des rois, dans le frais silence de Saint-Eustache où repose la mère de Mozart, sous les poutrelles des halles de Baltard, parmi les cris joyeux des marchands de légumes, rue Berger, rue du Roule, rue des Prouvaires…Sur le vieux Pont-Neuf où Molière enfants découvrit la commedia dell’arte.

Et derrière les façades obscures, toutes les joies et tous les malheurs du monde.

J’ai dix ans, je me promène avec mon grand-père dans le Paris d’autrefois. Il me tient par la main.

Je me souviens et je voudrais casser les portes de la mort.

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L'énergie conservatoire


Songerie

L'existence des gens vieillis
Leur conserve des avantages,
Ne dépendant pas de leur âge
Mais certes de leur énergie.

Celle-ci provient des courants
Qui circulent dans la nature.
Jamais constante ne perdure,
Or pénètre tous les vivants.

Du fait de son intensité,
Elle peut rester stimulante,
Ou, devenue insuffisante,
Contraindre à l'inactivité.

Si le temps l'a trop affaiblie,
Elle n'est que conservatoire,
N'ajoute rien à la mémoire.
La vie persiste au ralenti.

8 mars 2018

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À monsieur Robert Paul

Conduite au temple des poètes,
Conviée à les célébrer,
Je m'étais certes préparée
À une somptueuse fête.

Ce lieu, qui m'est familier,
Ne semble pas toujours le même.
J'y retrouve tous ceux que j'aime,
Leur serai à jamais liée.

Ce jour surgit dans la brillance
Un inconnu plein de ferveur.
Je ressentis un coup de coeur
Fascinée par son élégance.

Quatre qui pleurent, quatre qui rient,
D'une structure harmonieuse,
Huit chansons sages, délicieuses.

Mise en gaieté, j'ai applaudi.

7 mars 2018

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DU CIEL INTERIEUR A LA CHAISE HUMAINE : L’ŒUVRE DE NEGIN DANESHVAR-MALEVERGNE

Du 01-02 au 25-02-18, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart 35, 1050 Bruxelles) propose une exposition divisée en deux thématiques, consacrée à la photographe française, Madame NEGIN DANESHVAR-MALEVERGNE, intitulée : LES CIELS INTERIEURS et LA THEORIE DE LA CHAISE,  laquelle s’avère être une réflexion complexe sur la condition humaine.

Illustrer une humanité prise dans ses propres problématiques par le biais de la photographie. Voilà une tâche considérable! Surtout si l’on limite la photographie au reportage d’actualité montrant souvent une humanité en guerre, s’entredéchirant dans la tragédie quotidienne. L’optique abordée par cette exposition nous montre une vision de la tragédie totalement différente.

Comme le titre l’indique (LES CIELS INTERIEURS), il s’agit de l’extériorisation des ciels appartenant essentiellement au for intérieur de l’artiste, lesquels prennent leur source dans l’humanité pour s’y réfléchir. Ces ciels sont ceux de l’Homme Elémentaire aux prises avec l’essence même de sa condition. Cette condition est savamment soulignée par une esthétique oscillant entre cinétisme et surréalisme.

Ces œuvres, s’il fallait les analyser d’un point de vue cinématographique, seraient des « fondus enchaînés avec double (voire multiples) exposition ». A’ un point tel que plusieurs plans se superposent, comme pris à travers un prisme posé sur l’objectif de la caméra. L’élément surréaliste apparaît dans les vues du ciel, d’un bleu « Magritte » parsemé de nuages lourds. Au fur et à mesure que le regard se rapproche de la composition, le visiteur se rend compte qu’il n’y a pas de « centre » à proprement parler. Car tout est, pour ainsi dire, « barré » par d’autres plans : en réalité, un plan barre l’autre dans une transparence englobant toutes les données pour aboutir vers une complexité sémantique faisant œuvre de totalité. Le jeu sur les nuages est une constante de l’artiste, au point de provoquer des aperceptions. Mêlé à un océan de cumulus, une forme étrange émerge lentement au regard. Une forme, à première vue, indéfinissable que l’on pourrait aisément prendre pour les plis d’une robe.

En réalité, l’artiste a incorporé les plis d’un drap blanc, ajoutant une part de mystère à ce magma nuageux. (LES CIELS INTERIEURS-n°1-80 x113-argentique sur papier RC satiné)

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Ces compositions acquièrent leur force plastique en superposant, en outre, cadre sur cadre, dans une même transparence. Cette superposition confère à l’œuvre, non seulement une dimension de nature cubiste, combinée à cet univers diaphane se perpétuant encore plus lorsque tout se joue sur un arrière-plan d’un noir absolu. Mais encore il renoue, plastiquement, avec une technique usitée dans les trente premières années du siècle dernier, à savoir le « collage ». Superposés en fondus enchaînés avec multiples expositions, le drap blanc (évoqué plus haut) se confond avec le blanc des nuages, eux-mêmes occultés par l’image fantomatique d’une façade présentée en diagonale dans toute sa force. Cette façade est, selon l’artiste, une image de la modernité devant servir d’équilibre tant au point de vue humain que politique et économique mais le fait qu’elle soit floue fait que le visiteur reste dans l’incertitude du devenir humain. La conception plastique de l’espace composé de figures géométriques à l’intérieur d’une multitude de cadres superposés, traversés par une série de stries a pour effet de « soutenir » la composition par des « échafaudages », renforçant précisément cette nature à la fois diaphane et cubiste évoquée plus haut. Néanmoins, rapportés à la mythologie personnelle de l’artiste, ces stries (des câbles à haute tension) barrant le ciel représentent les obstacles que nous impose l’existence et qu’il faut dépasser. L’artiste nous avoue qu’à la vue d’un ciel bleu barré par ces câbles, l’idée d’intituler cette thématique CIELS ENCHAINES lui a traversé l’esprit. D’une image, elle n’attend aucun émerveillement mais bien le besoin impératif de la concevoir, en la réinterprétant tant dans la forme que dans le sens.

A côté de cet ensemble enlevé par un surréalisme vital, se dessine également une voie essentiellement cinétique. Il s’agit d’un cinétisme renouant à la fois avec les effets lumineux produits par l’aventure expérimentale cinématographique du cinéma muet ainsi que des constructions géométriques à la Vasarely. 

(LES CIELS INTERIEURS n°7-80 x 110 cm-argentique sur papier satiné)

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Le cadre engendre le cadre : à partir de la base s’élèvent quatre cadres.

La base (elle-même servant d’arrière-plan à la totalité de la composition) est irradiée par le premier effet lumineux.

Un second cadre, entre l’intérieur d’un autre cadre intermédiaire portraiturant un ciel gris, prend son essor, dans lequel un deuxième effet lumineux apparaît. Un troisième cadre montrant un ciel orageux laisse deviner le soleil. Enfin, le ciel gris pluvieux servant de quatrième cadre, comprenant les deux autres, termine la composition. Ce dernier cadre est strié de droites, en diagonale. Les sources lumineuses irradiant l’arrière-plan d’un noir intense, rappellent les jeux de lumière réalisés par le cinéma expérimental des années ’20, tant par l’intensité lumineuse que par la forme des faisceaux de lumière déployés dans l’espace de l’image.

Comme nous l’avons indiqué plus haut, à côté de ce cinétisme cinématographique primitif, figure également des références manifestes avec le cinétisme essentiellement géométrique à la Vasarely. (LES CIELS INTERIEURS n°8-80 x 110 cm- argentique sur papier satiné).

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Dans cette œuvre, géométrie et cinétisme se superposent. Et, pour la première fois (dans le cadre de cette première thématique) l’artiste s’accorde la liberté de jouer avec les couleurs. Des couleurs vives, de surcroit, telles que le rouge (en dégradés), rappelant à la fois par le chromatisme ainsi que par la structure de la forme, la calligraphie cinétique de Vasarely.   

Avec cette artiste, peinture et photographie se confondent. Le socle de l’œuvre est incontestablement la photographie. Néanmoins, des traits à la fois fins et épais, comme chargés de matière, viennent strier la composition. (LES CIELS INTERIEURS n°3-80 x 110 cm-argentique sur papier satiné)

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Le ciel, envisagé en contre-plongée, est pris de telle façon qu’il se présente comme cadré en plan. Le ciel est face à nous et non au-dessus de nous. Le visiteur est confronté à une vision frontale de l’Ether. Il ne se sent pas dominé par ce dernier. Dans l’Histoire de l’Art, et ce à la suite des diverses mythologies, le ciel est avant tout la demeure du divin. Non seulement le ciel nous domine mais il nous observe et nous juge. Ici, nous ressentons l’emprise directe de l’artiste sur l’élément ouranien. Si la terre est invisible, cela ne signifie aucunement qu’elle n’existe pas, car cet espace bleu, tant et tant de fois traité, symbolise l’Etre dans toute sa perfectibilité. Ces traits striant la surface, évoqués plus haut représentant les obstacles existentiels à franchir, en sont la preuve.  

Abordons, à présent, la deuxième thématique de cette exposition, à savoir LA THEORIE DE LA CHAISE.

Même si, d’un point de vue plastique, les œuvres sont d’une autre nature, la philosophie de cette seconde thématique rejoint la première dans sa dialectique.

Cette thématique est animée par la notion de la déconstruction ou si l’on veut, de la construction déconstruite.

De l’ensemble vivant déstructuré tombant en ruines, la chaise acquiert ici une dimension anthropologique mise en exergue par l’élément psychanalytique : la chaise humaine se démultiplie, se dédouble, s’atomise, se dissout en s’anéantissant dans un chromatisme terne : (LA THEORIE DE LA CHAISE n°7-40 x 60 cm-argentique sur papier satiné).

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Remarquons, d’emblée, l’importance de la position « debout » de la majorité des « personnages » (car la chaise revêt ici la dimension, spirituelle et physique, de l’Homme). Même en perte d’équilibre, la chaise se dresse tel un bouclier de Résistance. A l’instar de cette composition, la chaise bouge debout, presque sur une corde raide, dans un chromatisme symbolisant sa propre détresse tout en affirmant sa volonté de résister. Cette théorie dont l’humanisation de la chaise se veut l’exemple, se révèle être un discours sur la philosophie de l’image. Sur sa surconsommation sans esprit critique de la part de ceux qui la reçoivent, les aliénant de leur intelligence innée. Résister à cela, à notre époque hyper médiatisée et à tous les dangers qu’elle comporte (vitesse de la réception du produit iconique, violence de ses propos…), permettra à l’esprit humain de rester debout.

Néanmoins, l’œuvre ne se cantonne pas dans une tristesse chromatique, elle se dynamise également dans des couleurs fauves, appuyant ainsi ce jeu de construction-déconstruction cubique, à l’instar d’un Braque (LA THEORIE DE LA CHAISE n°8-40 x 60 cm-argentique sur papier satiné)

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Cette chaise est l’image d’une humanité vulnérable qui s’est perdue et se (re)cherche dans chacun des fragments qui se disloquent de son corps. 

Ce qui témoigne de l’implication de l’artiste dans l’héritage ainsi que dans l’évolution de l’histoire de l’Art consiste dans le fait que le visiteur est pris à témoin de l’abolition de la frontière visuelle entre la plastique du tableau et le relief de la photographie dans la construction d’une œuvre « totale ».  

L’écriture demeure la même : le cadre engendre le cadre, reprenant chaque élément de la chaise en tant que donnée objective, par toute une série d’attributs « physiques » la composant (tels que le dossier démultiplié) (LA THEORIE DE LA CHAISE n° 2 et 3-40 x 60 cm-argentique sur papier satiné).

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Mais, à y regarder de près, construction, déconstruction ne sont-elles pas, en dernière analyse, l’amorce d’un même acte? Un acte que l’artiste applique à la modernité comme un appel, voire une stimulation à faire triompher l’humain, pris comme une dynamique évolutive devant passer par tous les stades pour se retrouver. Néanmoins, même si cela s’accorde à une esthétique contemporaine, cette démarche appartient, en définitive, à tous les siècles. Car si l’Homme a un destin, c’est précisément celui de se renouveler.

Et se renouveler sous-entend se déconstruire pour se ressouder à nouveau, riche d’expériences vécues. Le traitement que l’artiste apporte à l’œuvre efface définitivement toute différence entre la photographie et la peinture. Les notions de « paysage » et de « portrait » demeurent présentes. Le paysage se révèle à travers l’univers surréaliste de l’artiste, symbolisant ses diverses facettes oniriques. Le portrait se distingue par la mise en exergue d’une série d’états d’âme.

L’art numérique s’est, depuis maintenant des années, extrêmement bien implanté dans la sphère des techniques artistiques.

Par le passé, il se cherchait en ayant tendance à aborder des sujets figuratifs réfléchissant, notamment, son intérêt pour la science fiction, le cinétisme ou le conceptuel.

Avec cette artiste, nous entrons de plein pied dans la réflexion humaniste, entreprise comme exploration d’un intime prenant sa force aux sources mêmes du questionnement. De ce point de vue, elle donne à l’art numérique ses lettres de noblesse. Car c’est grâce à des personnalités comme la sienne que cette forme artistique atteint des sommets d’expression. Encore étudiante, elle superposait des diapositives pour arriver à un résultat sans comparaison aucune avec ce qu’elle réalise aujourd’hui. Déjà en gestation, l’idée s’est pleinement concrétisée avec l’arrivée du numérique. Et pourtant (est-ce conscient ou non?) il y a un héritage artistique dans ce qu’elle crée, tel que les collages du début du 20ème siècle, l’association au cubisme de Braque ou les effets lumineux du cinéma muet expérimental, évoqués plus haut.

L’artiste a obtenu un Doctorat d’Etat * ès Lettres et Sciences Humaines à la Sorbonne. Elle a enseigné la Littérature comparée et francophone jusqu’en Master à l’Université de Cergy Pontoise tout en se dirigeant vers la recherche et la photographie qu’elle considère comme consubstantielles à son parcours créateur.

En parlant du numérique, il est  intéressant de constater que cette branche des arts plastiques ne se contente pas d’une appellation aussi simple que « numérisme » à l’instar du « cubisme » ou du « fauvisme ». Il est constamment précédé du mot « art » comme pour appuyer ses potentialités créatrices.

Sans doute a-t-on voulu attribuer au mot « numérique » une dimension ostensiblement technologique à l’heure où l’informatique trône dans presque tous les domaines. Néanmoins, même si cela était le cas, c’est oublier un peu trop vite que le mot « art » vient du latin « ars » lequel provient intellectuellement du grec « technè » (technique). Il n’y a pas d’art sans technique. Le fait de faire précéder le mot « numérique » par « art » est un pléonasme. L’artiste ne sculpte pas, ne joue pas du pinceau. Elle joue de l’ « ordinateur ». Ce mot, créé en 1955 par le philologue Jacques Perret, renoue avec la phraséologie biblique présentant Dieu mettant de l’ordre dans le Monde, à l’instar de l’artiste mettant de l’ordre et de l’équilibre dans l’image qu’elle conçoit après l’avoir reçue. L’émergence du cadre engendrant le cadre, structurant la première thématique, correspond d’ailleurs à une confusion volontaire entre présent, passé et futur que le visiteur reçoit dans l’immédiateté du contact provoqué par l’œuvre.

L’art, en l’occurrence, numérique se veut avant tout une aventure expérimentale mettant en exergue le but de se démarquer des sentiers battus.  Car il n’a jamais été question, du moins pour l’artiste, de noyer une technique des arts plastiques dans le bourbier de la technologie.

L’humanité intense qu’exhale l’œuvre de NEGIN DANESHVAR-MALEVERGNE nous en confère la preuve absolue.  

François L. Speranza.

* N.D.L.R:

Doctorat d’Etat ès Lettres (définition)
Le Doctorat d’Etat est l’héritier du doctorat institué par Napoléon qui conférait le plus
haut grade universitaire destiné à accéder aux postes de Chercheur, de Maître de
conférences ou Professeur à l’Université. Il correspondait à un très long travail
approfondi de recherche sur des sujets rares ou peu documentés. N’ayant aucune
correspondance internationale, il disparaît en France vers la fin du 20 e siècle par souci
d’homogénéisation et correspond actuellement à l’Habilitation à Diriger des Recherches
universitaires du niveau Doctorat.
 Communiqué par Philippe Malevergne

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Une publication
Arts
 
12272797098?profile=originalLettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable


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                                       Signature de l'artiste - Negin Daneshvar-Malevergne    

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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L'artiste et François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles
R. P.

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administrateur théâtres

LE ROI PERCHE est  un drame historique en 3 actes,  librement inspiré de la vie de Louis II de Bavière écrit par Olivier Schmidt12273280080?profile=original

Les PERSONNAGES: 

LUDWIG

Connu sous le nom de Louis II de Bavière

RICHARD WAGNER

Compositeur

ELISABETH « SISSI »

Impératrice d’Autriche

SOPHIE CHARLOTTE DE BAVIERE

Première épouse de Ludwig

RICHARD HORNIG

Ecuyer et amant de Ludwig

BERNHARD VON GUDDEN

Psychiatre

MARIE DE HOZENZOLLERN

Mère de Ludwig

OTTO

Frère de Ludwig

Et LES AMANTS DE LUDWIG ,  Page… Ecuyer…

 

 

                                                                              « Ludwig » :

                                    Spectacle éligible aux P'tits Molières 2018  joué à la Clarencière

                                                   Les vendredi 2 et samedi 3 mars 2018 à 20h30

                                         Ecriture et mise en scène de Olivier Schmidt
                                                                                 Sur une idée originale de Kevin Maille 
                                  Par : Julien Hammer, Rafael Vanister, Charlotte Moineau, Olivier Schmidt et Séverine Wolff

 

 Regarder: 

12273280680?profile=originalUn fils rebelle à l’emprise  d’une mère castratrice ? Un homme faible et enfermé dans ses chimères? Un jeune homme lunaire, exalté et romantique dont on contrarie les pulsions « malsaines » vis-à-vis de ses nombreux écuyers  et que l’on veut faire épouser par une cousine, …à effet thérapeutique ?   Louis Il de Bavière fut  surnommé le roi perché pour le nombre de ses châteaux fantastiques exaltant l'éthique de la chevalerie médiévale et le génie de la France du Grand Siècle. Inspiré par les travaux de Violette le Duc, Louis II  fit construire de  superbes châteaux de style  romantique flamboyant dont  le plus célèbre est le Neuschwanstein.  Il  sauva de la faillite Richard Wagner,  avec qui il éprouvait en plus de l’admiration sans bornes,  une attirance sexuelle non déguisée, mais à sens unique, selon ce que nous raconte Olivier Schmidt, l’écrivain et le metteur en scène. Victime de son homosexualité le révulsait et défrayait la chronique.  Mécène du musicien visionnaire, il dépensa des sommes démesurées pour lui, finançant, contre l’avis du conseil d’état, la construction du Palais des festivals de Bayreuth. Il imposa  l’œuvre  de Wagner mais fut  finalement contraint de l’exiler en raison de son comportement totalement intéressé. Il fut  aussi l'étrange confident et protégé de sa belle cousine, la célèbre Sissi, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, la seule qui échappa à sa solitude, sa misanthropie et sa  misogynie chroniques.  Il guerroya néanmoins  pour défendre l'identité de son royaume,  au sein de  l'Empire allemand. Accablé par l'effondrement français en 1870, il se réfugia dans ses montagnes, construisant ses fascinants palais  de légendes et s'isolant dans un monde que personne ne pourrait atteindre ni détruire… Comme le héros wagnérien, Tannhäuser, Louis II  était à la recherche de l'impossible rédemption. Destitué pour " aliénation mentale » et enfermé au château de Berg, il trouva la mort, à l'âge de quarante et un ans, dans le lac de Starnberg dans des circonstances énigmatiques. Accident? Suicide? Assassinat?12273281265?profile=original

Ecouter:

Sur le plateau tourbillonnent seulement cinq comédiens, que l’on croirait  bien plus nombreux, tant le rythme des entrées et des sorties et des jeux de miroir de l’histoire est intense. Ils  jouent une bonne dizaine de personnages historiques… les costumes  uniquement noir et blanc au début sont rutilants, le charme des deux comédiennes, une souvenir de Romy Schneider.   Et tous  sont   taillés dans la beauté, sombre, sauvage,  lisse ou élastique d’êtres en pleine exaltation. Ils projettent  leurs  répliques à la diction parfaite  avec une splendide justesse de ton: Julien Hammer, Rafael Vanister, Charlotte Moineau, Séverine Wolff, Olivier Schmidt  manient la palette théâtrale des mouvements  avec une aisance tout aussi parfaite, malgré … ou à cause peut-être de l’exiguïté des lieux. La mise en scène se doit d’être millimétrée. On a droit à un concentré  de pureté d’expression comme si le jeu théâtral devenait l’objet d’une mystérieuse alchimie. Le texte, écrit  un peu à la  manière de Jean Teulé  est bourré de vivacité, de surprises,  de belles phrases bien balancées ; on tombe très rapidement  amoureux, non des pulsions avérées du roi « fou » mais de cette langue belle et rythmée qui fouille les tréfonds de l’âme, et de la construction de l'intrigue tendue  et en forme de  crescendo infernal et inéluctable.12273281684?profile=original

 

Méditer:

Les thèmes développés nous concernent et nous touchent au plus près, qu’il s’agisse de l'intégrité de la personne, de liberté, de tolérance et de respect de l’autre pour un être « borderline »  comme l’était Louis II de Bavière  ou  qu'il s'agisse de la quête du bonheur versus les contraintes d’une société avide de formatage, ... Et de la Mort, bien sûr. En un mot : c’est émouvant et  brillant, à tout point de vue!

apprécier:  

https://www.theatrelacroiseedeschemins.com/ludwig

 

 

voyager: 

http://www.liberation.fr/voyages/2014/08/01/louis-ii-le-roi-perche_1074218

http://programme-tv.nouvelobs.com/magazine/secrets-d-histoire-s4185/louis-ii-de-baviere-le-roi-perche-1238004/

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Adieu la vie sauvage ! ( 10 )

                                                                   Adieu les arbres et ce petit chateau aux allures de palais enfantin, là où rien n’a encore pollué l’air frais des saisons. Tout était beau et respirait le bonheur même si les premières rencontres avec la réalité des autres ont été difficiles, y revenir à chaque fin de journée fut un baume apaisant. Plus tard cette façon de vivre ne m’a jamais quitté : le feu le jour et la paix profonde, calme, régénératrice le soir. Les premières années de notre vie nous marquent à jamais et nous suivent comme des ombres tenaces. Adieu donc paradis de mon enfance, je ne t’oublierai jamais. J’entendrai toujours tes piaillements, tes bruits de charrue quand arrive le printemps et la neige l’hiver sur l’étendue déserte des champs faisant penser à des mondes inexplorés, tes chênes gigantesques que j’avais appris à gravir et qui me faisaient découvrir le village au loin comme un monde hostile au bonheur.

                                                                                          *

                                                                   Mes parents poursuivaient l’aventure sans l’électricité et l’eau courante et pour mieux bercer mes rêves la proximité presque à bras tendu d’une ligne de chemin de fer ! Ce fut donc l’éclairage à la bougie et l’eau au puits laquelle était d’une fraîcheur et d’une limpidité sans nulle autre pareille. Le train de marchandises faisait ses aller-retours incessants faisant trembler la maison à chaque passage. C’était comme un rituel devenu nécessaire. A 10h le soir, de mon lit, je voyais le fanion rouge du dernier wagon qui annonçait le dernier train et le dernier tremblement. Je pouvais alors me glisser sous la couverture avec le transistor, magique irruption du progrès, entrer dans le monde de la radio avec ses animateurs, puis découvrir ce que je n'avais jamais entendu : la musique . 
                                                                   
                                                                                          *                        
                                                                      Je m’éveillais au modernisme et déjà les réclames pour le ” génie sans bouillir ” , le cassoulet “william saurin “, le banania ou les cures à Evian vagabondaient dans ma tête la nuit. C’était un nouveau refuge tout aussi extraordinaire de par la force de la découverte, un monde tout aussi irréel où la chicorée Leroux, la quintonine et la boldoflorine allaient bercer mes soirées dès la fin du dernier wagon. C’était une révolution que ce poste à transistor, il remplaçait cette lourde machine aux nombreuses lampes grésillantes qu’était la radio d’après guerre, logée dans une boîte en bois et où de multiples stations du bout du monde nous faisaient craindre de mauvaises nouvelles . Cette radio de bois je ne l’ai connue que plus tard car elle fonctionnait à l’électricité et est devenue comme tout les vestiges objet de collection chez les antiquaires. Le transistor, lui, allait partout, au jardin, à l’atelier, à la cuisine, au lit. Nous étions ainsi poursuivi par la réclame partout et presque tout le temps car il fonctionnait tout le temps ! 
                                                                   
                                                                                          *
                                                                           
                                                                        A force d’entendre toutes ces réclames, il devint normal de vouloir se les procurer. Le désir de consommer était né et comme tout désir il fallait l’assouvir. Un nouveau baume à souffrances était né : la publicité. Une page était tournée, celle de la vie sauvage, une autre s’ouvrait : celle des achats pour la plupart inutiles. Bizarrement, alors que l’achat inutile faisait son apparition, beaucoup le trouvèrent utile et se précipitèrent pour l’acquérir. Je me suis mis à aimer l’ambiance qui régnait à la supérette du quartier. J’y trouvais la chicorée en question et la boldoflorine. Je pouvais ainsi toucher de mes propres doigts ce qui sortait de ma radio, cela me rendait riche à mes yeux. Un sentiment d’être le bienvenu dans un nouveau monde avec de beaux emballages, de belles formules de bonheur, de beaux sourires permanentés à la sortie du magasin et avec la pensée prémonitoire qu’au vu de tout ce monde heureux il faudrait rapidement agrandir la supérette et acquérir de nouvelles sacoches à vélo pour tout transporter !

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administrateur théâtres

A deux pas du huit mars, nous avons eu la chance d’assister dimanche à un ravissant concert  100% féminin, à part le tourneur de pages : Jean-Pierre Moemaers, ancien professeur d'accompagnement  d’Eliane Reyes.

 Nous sommes dans le cadre des « salons de la mélodie » à la chapelle de Boondael. Ce salon musical  a été  créé par Jean-Pierre Moemaers et Sébastien Romignon Ercolini  dans le but  de faire revivre à Ixelles le temps où des  hommes et femmes de lettres et mélomanes éclairés,  recevaient chez eux en privé au cœur de leur salon, les artistes du moment, leur permettant ainsi de faire découvrir à leurs amis les beautés connues ou  méconnues du répertoire intemporel de la mélodie et du Lied.   «Les salons de la mélodie»  permettent à un public moderne  toujours plus enthousiaste de venir apprécier  ces intimes instants si précieux de la musique de chambre.

Une clé magique pour entrer dans l’univers musical proposé cette après-midi  a été la fameuse Fantaisie en Ré mineur de W.A.Mozart joué avec une intensité et une tendresse sans borne par Eliane Reyes, qui nous a mis les larmes aux yeux.  Tour à tour soliste (Brahms,  Chopin)  et accompagnatrice de choix de la soprano Cécile Lastchenko, elle  et se donne au public avec  ardeur et s'efface devant la chanteuse dont la voix sonne à la perfection et dont la diction irréprochable, quelle que soit la langue, reste  toujours claire et bien articulée.      12273276067?profile=original Cécile Lastchenko, cette  jeune artiste pleinement chaleureuse, débordante d’énergie,  irradie la joie de la musique de façon lumineuse et engagée.  On l'a vu hypnotiser un public ébloui, dans la production  très remarquée à  l’Opéra de Liège de « La favorite » et aussi  lors de  ce   concert de prestige  du 7 décembre dernier à Flagey,  assuré  par des   jeunes chanteurs de la Chapelle Musicale Reine Élisabeth . Accompagnés par l’Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, les artistes proposaient  un concert autour des duos qui ont façonné l’histoire de l’Opéra. La soprano Cécile Lastchenko  fut déjà très remarquée. Elle vient  maintenant d’être  sélectionnée ainsi que 5 autres artistes de la Chapelle  parmi 312 candidats de 22 nationalités différentes comme candidate au Concours Reine Elisabeth, dont  la première épreuve aura lieu le 1 et 2 mai prochains à Flagey.

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Charme et Féminité

Dans le concert donné cette après-midi où l’émotion était à fleur de peau,   sa voix d’une superbe maturité a mobilisé une incroyable palette des sentiments dans une maîtrise de la théâtralité très bien menée et à travers un programme très éclectique.

 

MOZART – Fantaisie en Ré mineur

  1. BRITTEN – Les Illuminations (« Royauté »« Villes »)

RAVEL – Shéhérazade  ‘« Flûte enchantée »

  1. MAHLER – Das Knaben Wunderhorn « Das irdische Leben » 3’

BRAHMS – Intermezzo op. 118 N°2

  1. BRITTEN – The Turn of the Screw « How beautiful it is » (The Governess)
  2. DEBUSSY – L’enfant Prodigue « Azaël, pourquoi m’as-tu quittée ? » (Lia)


CHOPIN – Fantaisie impromptue 

  1. ABSIL – Trois poèmes de Klingsor « Chanson du chat » « Ma mère l’Oye »« Où le coq a-t-il la plume ? »
  2. SHOSTAKOVITCH – Satires « Kreutzer Sonata »
  3. GERSHWIN – Porgy and Bess « Summertime » 2’12273276291?profile=original

  Son tempérament dramatique  manie aussi bien le sarcasme que le désir romantique, la douleur et le désespoir,  que la satire et le surréalisme. Mais avant tout, elle  ne cesse de faire preuve de profondeur, elle touche la fibre la plus intime, berce l’imagination, se doublant d’une bienfaisante conteuse pleine d’humour. La générosité est  d’ailleurs un  point de  fusion musicale entre les deux femmes : la pianiste Eliane Reyes l’accompagne  en effet avec un mélange de discrétion et de  connivence affirmée.  Élans maternels fusionnés, entre  voix et  clavier ? Ensemble elles semblent vouloir diffuser la force de l’instinct de vie, le choix lumineux que l’on peut faire de celui-ci, en opposition avec le monde parfois désincarné et surréaliste qui nous entoure.  Toutes deux représentent la force de l’espoir et de la transmission,  la foi en l’humanité jamais abandonnée.  Ensemble, elles incarnent  un rêve de paix et de  désarmante compassion à travers une resplendissante… féminité.

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http://www.lessalonsdelamelodie.com/Avec le soutien de Mme Dominique Dufourny, Bourgmestre; Yves de Jonghe d'Ardoye, Député honoraire - Échevin de la Culture et des membres du Collège des Bourgmestre et Échevins d'Ixelles  http://www.eliane-reyes.com/agenda/

http://www.cecilelastchenko.com/  

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Les variations du moment

Ce jour qui commence à midi,
Dans l'immobilité parfaite,
Et une lumière discrète,
Me semble un espace engourdi.

Je ressens la monotonie
Qui engendre l'indifférence.
L'entretient certes le silence.
N'apparaît nulle fantaisie.

Suis en état d'inappétence.
Ne me tente pas la saveur
D'un plat, à la senteur de fleurs,
Qui me mènerait en errance.

Au sablier coule le temps.
La brillance envahit l'espace,
L'emplit d'une indicible grâce,
Me pénètre agréablement.

La poésie à nouveau prime.
M'émerveillent les changements
Qui portent à l'attendrissement.
Dans le silence, les mots riment.

6 mars 2018

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Une adorable récompense

À Alain

Quand j'offre un poème au hasard,
Certes il attire des regards.
Des promeneurs, à l'âme tendre,
Ressentent l'envie de l'entendre.

S'ils ont eu plaisir à le lire,
N'ont pas besoin de me le dire.
Ils reviennent sur le lieu,
Intéressés et curieux.

Ne s'égarent pas mes offrandes
Où l'insécurité est grande.
Je les dirige en des endroits
Fréquentés et sûrs à la fois.

N'attendais pas de récompense.
Lors ma surprise fut immense:
J'ai des visiteurs assidus!
Me sens comblée, bien entendu.

5 mars 2018

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Rue des souvenirs.

 

Ces gestes qui participent

 

de la géographie des lieux.

 

Tu t’en souviens,

 

Nous en avions parlé

 

Au détour d’un chemin,

 

Le long de cette rivière

 

où quelquefois

 

Nous aimons marcher.

 

Géographie du futur.

 

Ces lieux

 

où nous aimons marcher.

 

De Julien Boulier le 05 mars 2018

 

poème déposé Sacem code oeuvre 3435459211 

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TOUT RONDS...

De jolis mots tout ronds

Délivrés d'amertume

Qui font comme un ronron

Un bruissement de plume...

Les mots que l'on murmure

A l'abri des regards

Quand les journées sont pures

Au gré de nos hasards.

Et les mots qui se meurent

Aux instants de colère

Et qui du fond d'la nuit

Tout à coup se libèrent!

De bien beaux mots brillants

Au détour de nos larmes

Qui créent au firmament

Un tableau qui se voile...

Les mots qui me reviennent

Par un doux soir d'été

Lorsque je me sens tienne

Que l'air devient léger.

Et les mots qui piaffent

Au bord de nos délires

Auxquels il faut faire gaffe

Car gonflés de désirs!

Les jolis mots rêvés

Qu'on retrouve au matin

Lorsque l'on s'est aimé

Et que l'on se sent bien...

Les mots qui aident à vivre

Au creux de solitude

Lorsque l'on se sent ivre

Au bout des certitudes.

Les mots que je vous dis

Dans un balbutiement

Lorsque je vous chéri

Les cheveux dans le vent!

Les mots qui sont sans fin

Quand dans la tête résonnent

Et que l'on a très faim

D'un amour qui se donne...

Les mots qui se sont tus

Un jour plein de détresse

Lorsque l'on a perdu

L'objet de nos caresses.

Les mots que l'on écrit

Pour n'oublier jamais

Qu'il nous faut dire Merci

A l'aube quand elle renait...

J.G.

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En ma compagnie

La nuit est venue, je médite.
Ne suis aucunement troublée
Or j'ai besoin de me parler,
D'éclaircir des choses non dites.

Le vieillissement m'a changée.
J'aime demeurer inactive
Mais curieuse et attentive.
J'oublie le boire et le manger.

Étrangement, nombreuses fois,
J'ai l'impression que je fus morte.
Je vis ressuscitée en sorte,
Privée des miens, seule avec moi.

Plus jamais ne suis en colère,
Certes écoeurée par l'indécence.
Des jours de ma longue existence, 
Sont ceux présents que je préfère.

5 mars 2018

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12273271699?profile=originalIllustration de David Durant

Murmure d’automne

Dans les affres d’un automne qui se meurt,

Je murmure à la lune,

À la beauté de la terre,

Qui me miroitent les mots que je ne peux taire,

Les laissant ruisseler

Sur les confins de l’univers,

Entre les hamadryades (1)

Couvertes de frimas :

Un rendez-vous fortuit.

 

Je me terre au pied d’un hêtre

Et nos deux êtres entrent en fusion;

Il m’offre la sérénité,

À l’abri du froid.

Je vois les mots férus, frivoles,

Poursuivre leur chemin

Et se frayer un passage

Sur les pavés de mon existence.

Ils fredonnent un refrain

Parsemé de fous-rires,

Une farandole se forme,

Ils s’envolent dans un frou-frou de plumes.

 

Je les retiens, les serre une dernière fois encore

Contre moi, en sors quelques-uns de mes poches.

Est-ce le sort ?

Ils m’ensorcellent, dans un jeu de séduction

Et recèlent un mystère… lequel ?

 

Au loin, j’en vois qui tremblent, trébuchent,

Atterrés, ô terreur, terrassés par les cris, les tirs,

Trop de haine que les hommes crachent

Dans le feu de l’action, comme un jeu,

Hystérie d’un monde devenu fou…

 

Ces hommes n’ont rien compris

Au sens de la Vie,

À la poésie !

 

  1. Hamadryade : Myth. Gr. Nymphe des bois naissant et mourant avec l’arbre dont elle avait la garde et dans lequel on la croyait enfermée

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Spectacle "Sérénade à la vie"

Bonjour,

Dans le cadre de la parution de mon nouveau recueil de poésie "Sérénade à la vie", je vous invite au spectacle qui aura lieu le samedi 17 mars à 19h30 au Centre Culturel de Comines.

Une invitation à participer à la naissance de ces mots qui prendront bientôt vie, invitation à vivre ensemble ce moment, qui ne sera plus le mien, mais le vôtre...

Un spectacle pas comme les autres, où la poésie côtoie l'art et la musique... avec mise en scène de certains de mes textes issus de "Sérénade à la vie".

Bienvenue à tous !

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A travers le grésil,

 

j’aurais attrapé toutes sortes de formes.

 

Chutes d’eau et averses.

 

Comment, le sais-tu, tout cela deviendra immortel ?

 

Un blanc étonnant. Ta silhouette est en mouvement.

 

Des nuages s’évaporent doucement

 

sur les collines.

 

Sur une route de pierres bordée de jonquilles.

 

Tu te souviens.

 

Elle passe ses mains dans les hautes herbes.

 

Je t’imagine et autour de toi les plantes s’animent.

 

Elles répondent à tes paroles et à ta voix.

 

Puis s’ensuit un règne de silence.

 

Julien Boulier     le 03 mars 2018

poème déposé Sacem code oeuvre 3435404711

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Mon petit bonheur quotidien

Songerie

Sentir et réagir est le fait d'exister.
Tous les êtres vivants le font en permanence.
Ils doivent respecter certaines exigences,
Essaient par dessus tout de vivre en liberté.

Les humains ont besoin de se sentir heureux
Ils apprennent à vivre en évitant les pièges.
Cherchent bien peu souvent où la sagesse siège,
Respectent les gens riches, oublient les miséreux.

Alors qu'une pensée non exprimée s'efface,
La créativité concrétise un instant,
L'emprisonne en des mots le rendant exaltant,
Préserve l'énergie que créa une grâce.

De nombreuses années, je recourus à l'art.
Ma maison est emplie d'images qui m'émeuvent.
Elles semblent récentes, sont restées toutes neuves.
Font ma joie quotidienne en une grande part.

2 mars 2018

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administrateur théâtres

La Cinquième saison de la « Balade Musicale à Rixensart » va s’achever le jeudi 22 mars avec un « Concert Mozart » donné à l’église de Saint Sixte à Genval avec l’orchestre Piacevole sous la direction de Luc Dewez,  avec la pianiste Anaïs Cassier et la soprano Laura Telly Cambier. L’an dernier, la quatrième saison de la Balade Musicale se clôturait en apothéose avec le Requiem de Fauré dirigé avec brillance par Ayrton Desimpelaere,  depuis deux ans  Chef-assistant, à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, Chef D'orchestre à l’ IMEP Institut Supérieur de Musique et de Pédagogie et au Namur Chamber Orchestra. Il est appelé à une brillante carrière. La 6e saison est en préparation et promet d’être tout aussi chatoyante.

Revenons à cette belle soirée  du 1er mars 2018 qui accueillait Florian Noack au piano pour «  Air avec trente variations »  BW988 « Variations Goldberg » de Jean-Sébastien Bach (1685-1750).

Cette œuvre  phare de Jean-Sébastien Bach est un réel défi dans le parcours d’un jeune musicien, même le plus aguerri. Dans cette œuvre, il ne s’agit pas de vouloir s’affirmer en tant que virtuose et interprète de sentiments romantiques, de narration musicale pittoresque ou de construction fantastique ou dramatique. Il s’agit avec Bach de se mettre  intégralement  dans un état d’empathie et d’écoute de l’œuvre, percevoir ce qu’elle communique et essayer de le transmettre. Il faut pour cela une immense dose de concentration tant pour l’appropriation de la construction contrapuntique  que pour la mise en chantier de chaque variation qui part et revient au même point, chaque variation correspondant à une mesure de l’aria. Le cycle se termine par une réitération de l’aria  laissant penser que tout peut recommencer.  Le pianiste doit être un  trait d’union entre le compositeur et l’œuvre.

Aucun texte alternatif disponible.

L’œuvre au départ conçue pour clavecin utilisait deux claviers. Au piano c’est d’une rare complexité que d’arriver à fondre les deux en un. Ainsi Florian Noack a  préparé ce concert avec le plus grand soin et c’est  la première fois qu’il le présente devant un public. Il a pris le temps de méditation nécessaire pour se nourrir de l’œuvre magistrale. Il explique d’ailleurs que chaque note, chaque nouvelle phrase se nourrit de la précédente, comme dans une édification vivante d’un mystérieux système qui advient minute après minute, sous ses doigts de virtuose. Tout est lien et enchaînement, de la caresse des premières pages de la partition, à  l’énergie dévorante, sans cesse renouvelée et aux sublimes moments d’apaisement. Ce sont les frissons de l’âme qui interagissent et fabriquent la matière musicale. Fermeté, souplesse, le charme inné et non fabriqué de l’artiste se complètent avec bonheur. L’exécution est parcourue de courtes respirations pour que la musique puisse reprendre son envol. Brillante dynamique : les mains se croisent et se décroisent à l’endroit, à l’envers dans un tricotage passionné, habité. Avoir la chance d’être au premier rang dans cette église accueillante donne une proximité inespérée avec le pianiste qui semble palper chaque note avec empressement passionné. Et pourtant le visage ne trahit qu’une intense concentration, seul le corps et le jeu discret de pédales indique les fluctuations de la prestation. Chaque page tournée amène un lot de climats et de couleurs différentes par moment la surprise de notes syncopées, de trilles vaillantes  parmi un bouquet de sonorités pleines. Voici un sablier musical beau et éphémère qui n’est pas sans rappeler les vanités des peintres du 17e siècle.  

Il y a par moments la rencontre de l’énergie lumineuse, les sourdines, l’intimité des ralentis, une innocence d’âge d’or. Would this soothe your pains ? C’est pleinement méditatif et transparent. Puis revient l’approche bouillonnante, les notes  fortement piquées, la volubilité, les tempi accélérés, le toucher moelleux de l’homme envoûté par la partition. Tour à tour on perçoit la recherche, l’offrande, la libéralité. On atteint la nudité de l’essentiel, une élégance de cœur rassasié et un sourire intérieur, éloge de la confiance dans le rapport extra - ordinaire à l’Autre. L’épanchement de Joie où notes de cœur et de tête se confondent, finit par construire une exaltation partagée, dénuée de toute théâtralité,  mais visionnaire de notre condition humaine. Il est évident que ce jeune musicien a su se laisse traverser par le génie surhumain de Jean-Sébastien Bach.

 Un double bis bouleversant est offert... 

il s'agissait de :
Bach -1ère Suite Française en ré mineur, "Allemande"
&

  

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12273273256?profile=original Commedia dell’arte
Dans ce théâtre miniature, autour de la table dressée et des victuailles, évoluent les personnages bigarrés de la Commedia dell’arte, Arlequin, Pierrot (Pedrolino), Crispin… Tous en verre filé et émaillé, travaillé à la lampe. Une technique des verriers vénitiens
du XVIe siècle, ici remise au goût du jour par des artisans nivernais
du milieu du XVIIIe siècle.
(atelier du maître émailleur Jacques Raux ? Musée national de la Renaissance, Ecouen)

« Pauvres gens qui n’ont ny pain ny dents
sont bien empeschez de faire crouste. »,
Jean Gracieux, alias Bruscambille, alias Des Lauriers (1575-1634),
comédien de l’Hôtel de Bourgogne.


Attention ! le brigadier va frapper, la pièce va se jouer, ce sera une bringue à tout casser avec Brighella et ses acolytes acoquinés…

Bateleurs et charlatans sur la place Saint-Marc, mime et pantomime,
batellerie et tours de passe-passe.

12273273662?profile=original Giacomo Franco (1550-1620)

Farces et sotties à Paris, momeries à Venise.

Viens voir les comédiens, voir les musiciens, voir les magiciens…
12273274065?profile=originalAvec Maître Mondor et Tabarin (Philippe et Antoine Girard, dits),
pour lesquels les larmes « defchargent grandement le cerveau », acteurs et
marchands d’orviétan pour ceux qui avaient mauvaise mine place Dauphine (1622).

Accueillons le sieur Cabotin, saltimbanque et bonimenteur itinérant :


« Cabotin ne peut vivre au monde
Sans faire rire & plaifanter,
En tant de fecrets il abonde
Qu’on eft contrainct de l’efcouter. »


Et devisons gaîment…


« Il y a deux espèces de convives, ceux du dîner et ceux du souper ;
ceux du dîner sont souvent, presque toujours, des personnes sérieuses, âgées, des obligations, des ennuyeux.
Mais le souper, c’est différent ; il faut des qualités très difficile à réunir,
dont la plus indispensable est l’esprit.
… Là, seulement, on cause. »,

                                                         Henriette Louise de Waldner de Freundstein,
                                                baronne d’Oberkirch, excusez du peu (1754-1803)


Et n’oublions pas, précise Alain (1868-1951), que « Le rire est le propre de l’homme, car l’esprit s’y délivre des apparences », et « châtie certains défauts », ajouterait Henri Bergson (1859-1941), c’est « la seule cure contre la vanité. » En liminaire, voilà des propos de table bien réjouissants, mais poursuivons notre peinture des mœurs al dente.

« Qu’est-ce que le rire, sinon un reflet du ravissement de l’âme »,
                                       Dante Alighieri (1265-1321 ; Le Banquet ou Il Convivio)

12273274286?profile=originalScène de banquet
Niccolò Soggi (att. à ; 1480-1552)
Huile sur bois (abbaye de Chaalis, Oise)
Au son d’une trompette bien embouchée, becs fins, ne faites pas la fine bouche.

      Peindre le boire et le manger, les jeux de l’amour ou du hasard, soit, ces thèmes sont récurrents. Mais peindre le rire, l’ironie, voire le sarcasme (« La meilleure philosophie, relativement au monde, est d’allier à son égard le sarcasme de la gaieté avec l’indulgence du mépris. », Chamfort, 1740-1794), pour le provoquer, voilà qui n’est pas banal et vaut qu’on s’en paye une bonne tranche. Car, si « rire de tout ce qui se fait ou se dit est d’un sot ; rire de rien est d’un imbécile. », Erasme (1466/67-1536).
Burlesque (de l’Italien burla, plaisanterie), grotesque, bizarrerie, parodie… enrichissent, quoi qu’il en soit, le vocabulaire pictural. Attendu qu’il est manifeste que toutes ces toiles sont faites pour provoquer.


       Provoquer la parole. Leur cadrage serré autour de plusieurs personnages qui vous invitent à participer, à entrer dans la danse. La table est mise, les festivités vont commencer, les langues se délier, les traits d’esprit fuser, avec ces…


« Frisques, gualliers*, joyeux, plaisants, mignons,
En général tous gentils compagnons. »
                                                                              François Rabelais (1494 ?-1553)


* Gaillards et lurons.

12273274677?profile=original Joyeuse compagnie
(ou Banquet caricatural, ca 1575)
Bartolomeo Passerotti (1529-1592)
Collection particulière
« Grande tétine, longue tétasse
Tétin, dois-je dire besace ? »,
                                                                                       Clément Marot (1496-1544)
Doit-on ne voir dans cette œuvre que paillards braillards
ou une charge contre le vice à caractère moralisant ?
Au premier plan (légèrement hors champ) des allusions explicites (gousse d’ail, saucisse sèche, figue ouverte) pourraient a contrario le laisser penser.
De même les têtes de Maures, hallucinées et langues pendantes.
Cela reste malgré tout du côté obscur de la farce,
comme cette maxime de Joseph Delteil,
lauréat en 1925 du prix Femina :
« Tâte ta saucisse à la Sainte-Agathe
Et ton saucisson à Pâques fleuries. »
Comprenne qui voudra.
Quoi qu’il en soit,
« Tétin qui porte tesmoignage
Du demeurant du personnage. », 

  Marot
12273275061?profile=originalScapin (Jacques Callot, 1592-1635)

12273275074?profile=originalMusiciens ambulants
Bernardo Strozzi (1581-1644)
Chalumeau, flute à bec et musette. Mazette, il semble qu’il Cappuccino Genovese, comme on surnommait Strozzi, manie encore l’art de l’équivoque. Musique et lecture profanes peut-être, que parait partager l’auditeur hagard derrière la flutiste. Honni soit qui mâle y pense,
mais interloqué lorsque j’apprends qu’à Venise une putte était une vierge,
une jeune fille, orpheline des ospedali, destinée au chœur de l’église ! Que les scuele piccole étaient des confraternités consacrées à la charité,
aux exercices de piété, commandant à l’occasion des œuvres d’art !

12273275099?profile=originalLe joyeux violoniste
Gerrit van Honthorst (1590-1656)
Un tronie (portrait) plein d’ironie, où Gherardo delle Notti, comme on l’appelait en Italie, montre que le musicien porte autant d’intérêt au vin qu’à la musique de l’âme.

      Provoquer l’hilarité, tant du hobereau que celle du maraud en maraude, de la grosse rigolade au rire sous cape, selon affinités.
Derrière le rictus ou le masque du carnaval, les barrières sociales sont abolies. De la complicité nait le rire - quitte à s’attirer le courroux des pisse-froid -, la franche camaraderie, le laisser-faire et le laisser-aller, même si ce n’est pas une valse, on s'offre encore le temps de s'offrir des détours du côté de l'amour.


« Et je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Je veux qu'on s'amuse comme des fous
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou. »,
                                                                                          Jacques Brel (1929-1978)

En attendant, nous ne sommes pas de bois, portons un toast, pour « ce que rire est le propre de l’homme », car :


« Jamais homme noble ne hait le bon vin : c’est apophtegme monacal. »,
                                                                                                                      Rabelais


Ce à quoi semble répondre, quatre siècles plus tard, l’abbé Noël Chabot (1869-1943) :


« Au seul vin de Monbazillac
Tu te cuiteras crânement. »


En chœur, mes verts coquins, reprenons l’hymne des épicuriens.


« Lever matin n’est point bon heur
Boire matin est le meilleur. »,
                                                                                                                      Rabelais


L’abbé Chabot fermant le ban d’un sermon qui sera repris en canon :


« Frères, si vous voulez monter au Paradis
Et obtenir de Dieu le sublime pardon,
Comme Jésus en vérité je vous le dis :
Venez de mon vin blanc vider quelques ballons. »

      Provoquer l’ordre moral dominant et l’autorité religieuse. De nombreuses allusions sexuelles ou scatologiques parsèment ces tableaux, bravant autant la curie que les bien-pensants, aguichant le spectateur. Le rire déclenchant l’ire du vertueux comme du monsignore chargé de veiller à la bonne tenue de ses ouailles selon la Règle de Saint Basile, pour qui Jésus lui-même n’a jamais ri. Allez, curé, je t’aimais bien tu sais.
Mais quand il s’agissait d’aller à confesse, ce n’est assurément pas à s’agenouiller derrière la grille du confessionnal que ces gaillards pensaient, mais plutôt à la gueuse qui les attendait derrière les murs du bâtiment dédié au Seigneur, n’en déplaise à leur directeur de conscience.

« Mes beaux pères religieux
Vous dînez pour un grand merci ;
Ô gens heureux ! Ô demi-dieux !
Plût à Dieu que je fusse ainsi !
Comme vous, vivrais sans souci ;
Car le vœu que l’argent vous ôte,
Il est clair qu’il défend aussi
Que vous ne payiez jamais votre hôte. »
                                                                                           Victor Brodeau ( ?-1540)

Et quand le diable vous invite, il faut venir avec une longue cuillère, quand bien même on ne craint pas de manger le lard en Carême.

12273275679?profile=originalLe Satyre chez le paysan
Jacob Jordaens (1593-1678)

12273275700?profile=originalMichel Lansardière (texte et photos)

Les pitres s’offriront un dernier tour de piste avec un nouveau chapitre consacré à ce genre pictural si particulier.
En attendant, vous pouvez retrouver ici :
Frangipane et autres menus plaisirs (Niccolò Frangipane) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/frangipane-et-autres-...

Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 1ère partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-1-r...

Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 2e partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-2e-...

Passerotti et autres mets délicats (Bartolomeo Passerotti, 1ère partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/passerotti-et-autres-mets-d-licats-r-ts-fromage-et-dessert-1-re

Le rire dans l'art et l'art d'en rire (discours et fantaisies de fin de banquet) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/le-rire-dans-l-art-et-l-art-d-en-rire-discours-et-fantaisies-de

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