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table (6)

12273277496?profile=originalMangeurs de ricotta (détail)
Vincenzo Campi
Musée des Beaux-Arts, Lyon
Quand la canaille fait ripaille.
« Un repas est insipide s’il n’est assaisonné d’un brin de folie. »,

                                                                                              Erasme (1466/67-1536)

      « Le rire est satanique, il est donc profondément humain. », note Charles Baudelaire. Gare ! « Le Sage ne rit qu’en tremblant. »

12273277871?profile=originalLe bouffon Gonella
Attr. à Jean Fouquet (ca 1420-1480)
(les noms de Jan van Eyck, Giovanni Bellini, Breughel l’Ancien ont tour à tour été évoqués…)
Pietro Gonella était bouffon à la cour de Niccolò III d’Este à Ferrare.
Portrait sensible de celui qui, pauvre fou, voulut distraire, voire guérir, son maître, atteint de fièvre quarte (hyperthermie), en le poussant dans le Pô. Mal lui en prit, le condottiere la jugea saumâtre. Afin de lui rafraîchir les idées, il fut jugé. Notre blagueur mourut de peur lors du simulacre de son exécution, un bien mauvais tour pendable.

Aussi, « Je t’offre cette Fantaisie
Où j’ai savouré sans terreur
L’abominable poésie
De ta prodigieuse horreur. »
                                                                                            Maurice Rollinat (1846-1903), Le rire.
(Kunsthistorisches Museum, Vienne ; photo captée sur le Net)

« Mieux vaut un fol plein d’esprit qu’un bel esprit plein de folie. »,
                                                                            William Shakespeare (1564-1616)

      Chantres du bon goût, les beaux esprits, les érudits, souvent, font la fine bouche devant ces scènes d’un mauvais genre, commisération aux commissures. Peinture ridicule ! Bouffonneries ! Gueuseries ! Bamboches ! C’est ainsi que La Tour resta dans sa nuit ou que les frères Le Nain, avec leurs représentations paysannes, furent escamotés pendant deux siècles. La peinture d’Histoire, les scènes mythologiques ou religieuses constituant la fine fleur de l’art, comme les portraits des grands de ce monde destinés à épater la galerie. Pas ces trognes de personnages, peut-être truculents, mais surtout oh combien répugnants ! Des gueux, des vilains, des sans-dents (descendants contemporains, croqués ici avec malice par Charles De Wit) qui nous en apprennent pourtant plus sur la vie et les mœurs de l’époque que n’importe quelle toile à leurs yeux admirable. Et puis c’est beaucoup plus troublant qu’un carré blanc sur fond blanc qui, moi, me laisse coi. C’est pourquoi j’ai voulu mettre en perspective ces pièces oubliées de l’histoire de l’art avec des morceaux choisis de la littérature de l’époque. Un voyage en Italie différent auquel je vous convie, avec des peintres, Vincenzo Campi au premier chef, loin d’être mineurs, qui nous montrent une autre Renaissance, certes moins idéale.
Pourtant, si « le comique est, du point de vue artistique, une imitation ; le grotesque, est une création. », Baudelaire.

12273278855?profile=originalLe joueur de vielle
Georges de La Tour (1593-1652)
Un ancien conservateur du musée des Beaux-Arts de Nantes y a ’lu’ la signature de Juan Rizi (ou Ricci). D’autres experts ont vu l’ombre de Ribera, Murillo, Zurbarán… L’Italien Bernardo Strozzi a aussi été reconnu. Alors…

      Dernière représentation donc de mon petit theatrum pictorium*1 des refusés, ses peintres des émotions, du rire en particulier. Et puis, vulgaire (i.e. populaire), libérateur, le rire conjure des peurs. Qui rit en mars, malgré les averses, prépare le printemps.
Car on a beau dire, s’ébaudir dès Pâques fleuries (Rameaux) à la Pâque des roses (Pentecôte), sans attendre la Trinité, réjouit son goliard. D’ailleurs « Je sais qu’il vous faut en ce jour ]de Pâques[ sermon court et table longue. » déclarait déjà fort bonnement Robert de Sorbon (1201-1274). Charivari s’en suit.
       Ainsi échauffés, laissons fuser une dernière salve de pointes bien affutées par nos invités.


« Francs buveurs que Bacchus attire
Dans ces retraites qu’il chérit,
Avec nous venez boire et rire,
Plus on est de fous, plus on rit.*2 »
                                                                                      Armand Gouffé (1775-1845)

 12273278893?profile=originalLes jouisseurs
Charles De Wit
« Vous dînez aujourd’hui ; mais est-il bien certain
Que la fortune encor vous sourira demain ?
On le ne voit que trop, la déesse est volage :
Mangez donc pour deux jours, c’est un parti fort sage. »
                                                                                               Grimod de la Reynière

Utile précaution, car il faut bien admettre avec Alexandre Balthazar Laurent Grimod de la Reynière (1758-1837), que j’ai plaisir à citer, tant, rien qu’à son nom prononcer, on en a plein la bouche, qu’


« Il y a trop de vin sur la terre pour dire la messe ;
il n’y en a pas assez pour faire tourner les moulins ;
donc il faut le boire. »

Oyez, oyez, mes larrons, le bien nommé André de la Vigne (ca 1470-1526), Roy de la Bazoche, extraire…


« De mes raisins le maculé verjus,
Cy j’estrandré de la vigne un vert jus. »


et ne vous offusquez pas, mes drôles, si…


« Perverse, adverse, qui trop diverse, verse
Liesse et ce que tu renverses vexe. »

« Le front triste ici trouvera de quoi dérider sa sévérité et rire une bonne fois », lit-on dans l’avertissement au lecteur des Nouvelles Récréations et Joyeux Devis (1558) de Bonaventure Des Périers, un disciple de l’Arétin, qui faisait sienne cette devise :


« Donnons, donnons quelque lieu à la folie. »


Car, comme le souligne le satiriste Jacques Du Lorens (1580-1655) :


« Le monde, à dire vray, n’est qu’une momerie. »

      Un autre Aretino (natif d’Arezzo), plus mémorable et admirable encore, Francesco Redi*3, se passionna pour les vers, il laissa notamment un Bacco in Toscana, long poème dithyrambique sur les plaisirs bachiques.

12273279859?profile=originalMangeurs de ricotta
Vincenzo Campi
Musée des Beaux-Arts, Lyon
« S’assoit à table, et, par ce qu’il était naturellement flegmatique, commençait son repas par quelques douzaines de jambons, de langues de bœuf fumées, de boutargues, d’andouilles, et tels autres en guise d’amuse-gueules.
Puis buvait un horrifique trait de vin blanc. »
                                                                              François Rabelais (1494 ?-1553)
En fait cette Buffonaria, cette pantalonnade, serait une satire de la lubricité et des excès de chère, à la manière des vanités, memento mori. En témoignerait la mouche folâtrant et corrompant le fromage (au reste les entames forment un masque mortuaire, un ancêtre du Cri ou de Scream). Mais le peintre pouvait-il anticiper les travaux de Redi*3 ?! Il a cependant pu vouloir indiquer que le temps, comme la mouche, est fugace.
Passe, passe le temps, il n’y en a plus pour très longtemps…
Encore, ici chez Campi, comme pour Passerotti, une lecture possible. Un sens caché qui donne sa profondeur au tableau, pour peu qu’on soit sensible au second degré.
N’oublions pas non plus qu’en période de carnaval*4 on enlève la viande (carnelevare)
au profit du fromage, des fèves, du poisson… qui n’ôtent en rien le désir charnel.
Et ce n’est pas pécher, il faut bien rêver, carême-prenant, croître et multiplier les pains.
 12273280475?profile=originalArt populaire : crèche napolitaine (XVIIIe s., détail)

Pour plus de précisions voir les notes *3 (avec La douzième nuit de Jan Steen) et *4.


Certains se demanderont ce qu’une crèche, même napolitaine, peut bien faire là, sauf à mélanger Noël et Carnaval… C’est qu’un personnage tel que Pedrolino, farceur autant que bâfreur, pouvait bien sournoisement s’immiscer dans le carré réservé aux rois mages de la Nativité…
12273280874?profile=originalUne autre crèche napolitaine du XVIIIe (Palazzo Parisio, Naxxar, Malte).

 12273281270?profile=originalLes percepteurs d’impôts (détail)
Marinus van Reymerswaele (ca 1490-1546)
(National Galery, Londres)
Personnages grotesques, dans un genre proche de celui de Quentin Metsys.
Chez ces gens-là, on ne rit pas, on picore et on plume.
Par contre on peut rire jaune d’un fesse-mathieu, de
« Son teint jaune, enfumé, de couleur malade
Ferait donner au diable et céruse et pommade. »,
                                                                                          Mathurin Régnier (in le Souper ridicule)

12273281488?profile=original Les gourmandes de la table ronde
Charles De Wit
« La soupe aux choux possède la réputation d’un mets cérébral
favorable à l’élaboration de la pensée.
Elle convient aux rachitiques, aux filles-mères et aux lapins. »,
                                                                                        Joseph Delteil (1894-1978)

12273282098?profile=originalLa femme et le pantin
Angel Zárraga y Argüelles (1886-1946)
(huile sur toile, 1909 ; coll. Andrés Blaisten, Mexico)
« L’art, ennemi de la franchise,
Ne veut point être reconnu ;
Mais l’Amour, qui ne va que nu,
Ne souffre point qu’on se déguise. »
                                                                                 Théophile de Viau (1590-1626)

      Faire bamboche, soit, mais la chair peut être triste, hélas ! Evadons-nous, gagnons l’azur, luttons contre la morosité, et laissons choir ce billet sur une dernière saillie assassine.
Pietro Del Tura, dit l’Arétin (1492-1556), poète toscan ami du Titien, mena une vie de débauche. Toujours crâne, démasquant les faux-semblants, il érigea la provocation en art, le « Fléau des princes » donnant à la pasquinade ses Lettres de noblesse. Drôle d’épistolier que ce « rédempteur de la vertu », tel qu’il se qualifiait. Lors d’une soirée de bombance il mourut de rire, s’étranglant d’une bonne blague, il tomba à la renverse et se fendit le crâne.


Ci-gît l’Arétin, poète toscan,
Qui a dit du mal de tout le monde sauf de Jésus-Christ,
S’excusant en disant : « Je ne le connais pas ! »

Une belle fin, non ?
Je vous laisse donc sur cette chute.



12273282671?profile=original

Michel Lansardière (texte et photos),
avec la connivence de Charles De Wit.


A larron, larron et demi, merci à lui.12273282884?profile=original

*1 Il est curieux de constater que c’est un peintre de genre, David Teniers le jeune (1610-1690), qui contribua à instituer ce distinguo entre les genres picturaux en publiant son Theatrum pictorium en 1660. Il s’agit du premier catalogue d’une collection, celle de l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, où sont particulièrement représentés les grands peintres vénitiens (Titien, Bellini, Giorgione, Tintoret, Véronèse…). A contrario, un autre peintre de genre au réalisme méticuleux, Gerrit Dou (1613-1675), fut le chef de file des peintres fins (fijnschilders) qui firent les grandes heures du Siècle d’or hollandais et que Léopold-Guillaume soutint.
*2 Cette dernière locution étant empruntée à Dancourt (Florent Carton, dit ; 1661-1725), auteur et comédien.
*3 Si Francesco Redi (1626-1697) est l’auteur d’odes et sonnets, ainsi que de ce long poème lyrique en dialecte toscan, ce fut aussi et surtout un immense savant qui battit en brèche la théorie unanimement acceptée de la génération spontanée après avoir observé des mouches sur de la viande. Sans succès, puisqu’il fallut attendre deux siècles et Pasteur pour que ses observations soient reconnues (et encore, qui le connait ?). Il fut aussi le précurseur de la parasitologie, l’étude des vers et autres parasites. Notons enfin que le ver coquin est une chenille (la cochylis), un parasite de la vigne qui était supposé rendre frénétique ! Plût à Bacchus que j’en sois épargné, verre en main, déclamant des vers coquins !


« Moy-mesme en ce discours qui fais le suffisant,
Je me cognoy frappé, sans le pouvoir comprendre,
Et de mon ver-coquin je ne me puis deffendre. »,
                                                                                                         Mathurin Régnier (1573-1613)


« C’est pourquoi je vous conjure tous… de nettoyer la poudre de nos imperfections avec les époussettes de votre humanité, de donner un clystère d’excuses aux intestins de votre mécontentement. », Bruscambille (1575-1634). « Baste ! La comédie est une vie sans soucis et quelquefois sans six sous », id.


12273283078?profile=original La douzième nuit
Jan Steen (1626-1679)
Tous les sens, sens dessus dessous au son du grill(on) du foyer.
Nous sommes donc le 6 janvier, la fête de l’Epiphanie, adoration des Rois mages.
En Hollande protestante on se choisissait un ‘roi’, que l’on célébrait comme il se doit.
Et les convives de s’écrier : « Le roi boit ! »


*4 Le carnaval (entre le 6 janvier et le 9 mars), souvenir des lupercales et autres fêtes dionysiaques, est attesté depuis le Xe siècle, ainsi ceux de Rome (sur le Corso) ou de Venise, où le masque apparait au XIIIe siècle. Carnaval souvent banni en pays protestants, toléré en pays catholiques. Masque réprouvé par l’Eglise, car son port outrage la sainte face de l’Homme créée par Dieu à son image. Du reste, s’« Il faut faire carême-prenant avec sa femme et Pâques avec son curé », dit le proverbe, donneriez-vous votre fille à un carême-prenant ?


12273283852?profile=originalLa forlane
Une danse dans laquelle nous entraînent Pulcinella et ses amis.
Etonnez-vous après cela qu’il y ait polichinelle dans le tiroir !
  Giandominico Tiepolo (1727-1804)

Une dernière anecdote. En France, le carnaval était la seule période où, pour se déguiser, le port du pantalon était autorisé aux femmes. La loi du 26 brumaire an IX (07/11/1800), ou plus exactement cette « ordonnance concernant le travestissement des femmes », certes tombée en désuétude, a été abrogée le… 31 janvier 2013 !


12273283874?profile=original (figurines sculptées par Louis Alfred Habert, 1824-1893)


Une « diablerie », très en vogue au XIXe siècle, mais dont l’origine remonte au Moyen-Âge pour distraire et édifier l’assistance, où Mlle Satan en costume d’homme, champagne à la main et jambe en l’air, prône l’émancipation du vice et la grève des crinolines. Pantalone et ce diable d’Arlequin
(son nom viendrait d’Hellequin, génie malfaisant entraînant sa bande de démons dans un charivari d’enfer) en seraient tout retournés. De là à participer à la prochaine journée de la jupe…


12273284087?profile=originalDans les coulisses (Félicien Rops, 1833-1898)

Campi c’est fini… Les plus insatiables (avec une soixantaine d’illustrations au total) retrouveront ici tous mes articles consacrés au rire dans l’art :
1 : Frangipane et autres menus plaisirs (Niccolò Frangipane) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/frangipane-et-autres-...

2 : Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 1ère partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-1-r...

3 : Campi, à l’italienne (Campi, 2e partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-2e-...

4 : Passerotti et autres mets délicats (Bartolomeo Passerotti, 1ère partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/passerotti-et-autres-...

5 : Passerotti et autres mets délicats (Passerotti, 2e partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/passerotti-et-autres-mets-d-licats-croquembouche-2e-partie?xg_source=activity

« Rire est le propre de l’homme »,
Aristote (384-322 av. J.-C., propos que reprit Rabelais)

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12273273256?profile=original Commedia dell’arte
Dans ce théâtre miniature, autour de la table dressée et des victuailles, évoluent les personnages bigarrés de la Commedia dell’arte, Arlequin, Pierrot (Pedrolino), Crispin… Tous en verre filé et émaillé, travaillé à la lampe. Une technique des verriers vénitiens
du XVIe siècle, ici remise au goût du jour par des artisans nivernais
du milieu du XVIIIe siècle.
(atelier du maître émailleur Jacques Raux ? Musée national de la Renaissance, Ecouen)

« Pauvres gens qui n’ont ny pain ny dents
sont bien empeschez de faire crouste. »,
Jean Gracieux, alias Bruscambille, alias Des Lauriers (1575-1634),
comédien de l’Hôtel de Bourgogne.


Attention ! le brigadier va frapper, la pièce va se jouer, ce sera une bringue à tout casser avec Brighella et ses acolytes acoquinés…

Bateleurs et charlatans sur la place Saint-Marc, mime et pantomime,
batellerie et tours de passe-passe.

12273273662?profile=original Giacomo Franco (1550-1620)

Farces et sotties à Paris, momeries à Venise.

Viens voir les comédiens, voir les musiciens, voir les magiciens…
12273274065?profile=originalAvec Maître Mondor et Tabarin (Philippe et Antoine Girard, dits),
pour lesquels les larmes « defchargent grandement le cerveau », acteurs et
marchands d’orviétan pour ceux qui avaient mauvaise mine place Dauphine (1622).

Accueillons le sieur Cabotin, saltimbanque et bonimenteur itinérant :


« Cabotin ne peut vivre au monde
Sans faire rire & plaifanter,
En tant de fecrets il abonde
Qu’on eft contrainct de l’efcouter. »


Et devisons gaîment…


« Il y a deux espèces de convives, ceux du dîner et ceux du souper ;
ceux du dîner sont souvent, presque toujours, des personnes sérieuses, âgées, des obligations, des ennuyeux.
Mais le souper, c’est différent ; il faut des qualités très difficile à réunir,
dont la plus indispensable est l’esprit.
… Là, seulement, on cause. »,

                                                         Henriette Louise de Waldner de Freundstein,
                                                baronne d’Oberkirch, excusez du peu (1754-1803)


Et n’oublions pas, précise Alain (1868-1951), que « Le rire est le propre de l’homme, car l’esprit s’y délivre des apparences », et « châtie certains défauts », ajouterait Henri Bergson (1859-1941), c’est « la seule cure contre la vanité. » En liminaire, voilà des propos de table bien réjouissants, mais poursuivons notre peinture des mœurs al dente.

« Qu’est-ce que le rire, sinon un reflet du ravissement de l’âme »,
                                       Dante Alighieri (1265-1321 ; Le Banquet ou Il Convivio)

12273274286?profile=originalScène de banquet
Niccolò Soggi (att. à ; 1480-1552)
Huile sur bois (abbaye de Chaalis, Oise)
Au son d’une trompette bien embouchée, becs fins, ne faites pas la fine bouche.

      Peindre le boire et le manger, les jeux de l’amour ou du hasard, soit, ces thèmes sont récurrents. Mais peindre le rire, l’ironie, voire le sarcasme (« La meilleure philosophie, relativement au monde, est d’allier à son égard le sarcasme de la gaieté avec l’indulgence du mépris. », Chamfort, 1740-1794), pour le provoquer, voilà qui n’est pas banal et vaut qu’on s’en paye une bonne tranche. Car, si « rire de tout ce qui se fait ou se dit est d’un sot ; rire de rien est d’un imbécile. », Erasme (1466/67-1536).
Burlesque (de l’Italien burla, plaisanterie), grotesque, bizarrerie, parodie… enrichissent, quoi qu’il en soit, le vocabulaire pictural. Attendu qu’il est manifeste que toutes ces toiles sont faites pour provoquer.


       Provoquer la parole. Leur cadrage serré autour de plusieurs personnages qui vous invitent à participer, à entrer dans la danse. La table est mise, les festivités vont commencer, les langues se délier, les traits d’esprit fuser, avec ces…


« Frisques, gualliers*, joyeux, plaisants, mignons,
En général tous gentils compagnons. »
                                                                              François Rabelais (1494 ?-1553)


* Gaillards et lurons.

12273274677?profile=original Joyeuse compagnie
(ou Banquet caricatural, ca 1575)
Bartolomeo Passerotti (1529-1592)
Collection particulière
« Grande tétine, longue tétasse
Tétin, dois-je dire besace ? »,
                                                                                       Clément Marot (1496-1544)
Doit-on ne voir dans cette œuvre que paillards braillards
ou une charge contre le vice à caractère moralisant ?
Au premier plan (légèrement hors champ) des allusions explicites (gousse d’ail, saucisse sèche, figue ouverte) pourraient a contrario le laisser penser.
De même les têtes de Maures, hallucinées et langues pendantes.
Cela reste malgré tout du côté obscur de la farce,
comme cette maxime de Joseph Delteil,
lauréat en 1925 du prix Femina :
« Tâte ta saucisse à la Sainte-Agathe
Et ton saucisson à Pâques fleuries. »
Comprenne qui voudra.
Quoi qu’il en soit,
« Tétin qui porte tesmoignage
Du demeurant du personnage. », 

  Marot
12273275061?profile=originalScapin (Jacques Callot, 1592-1635)

12273275074?profile=originalMusiciens ambulants
Bernardo Strozzi (1581-1644)
Chalumeau, flute à bec et musette. Mazette, il semble qu’il Cappuccino Genovese, comme on surnommait Strozzi, manie encore l’art de l’équivoque. Musique et lecture profanes peut-être, que parait partager l’auditeur hagard derrière la flutiste. Honni soit qui mâle y pense,
mais interloqué lorsque j’apprends qu’à Venise une putte était une vierge,
une jeune fille, orpheline des ospedali, destinée au chœur de l’église ! Que les scuele piccole étaient des confraternités consacrées à la charité,
aux exercices de piété, commandant à l’occasion des œuvres d’art !

12273275099?profile=originalLe joyeux violoniste
Gerrit van Honthorst (1590-1656)
Un tronie (portrait) plein d’ironie, où Gherardo delle Notti, comme on l’appelait en Italie, montre que le musicien porte autant d’intérêt au vin qu’à la musique de l’âme.

      Provoquer l’hilarité, tant du hobereau que celle du maraud en maraude, de la grosse rigolade au rire sous cape, selon affinités.
Derrière le rictus ou le masque du carnaval, les barrières sociales sont abolies. De la complicité nait le rire - quitte à s’attirer le courroux des pisse-froid -, la franche camaraderie, le laisser-faire et le laisser-aller, même si ce n’est pas une valse, on s'offre encore le temps de s'offrir des détours du côté de l'amour.


« Et je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Je veux qu'on s'amuse comme des fous
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou. »,
                                                                                          Jacques Brel (1929-1978)

En attendant, nous ne sommes pas de bois, portons un toast, pour « ce que rire est le propre de l’homme », car :


« Jamais homme noble ne hait le bon vin : c’est apophtegme monacal. »,
                                                                                                                      Rabelais


Ce à quoi semble répondre, quatre siècles plus tard, l’abbé Noël Chabot (1869-1943) :


« Au seul vin de Monbazillac
Tu te cuiteras crânement. »


En chœur, mes verts coquins, reprenons l’hymne des épicuriens.


« Lever matin n’est point bon heur
Boire matin est le meilleur. »,
                                                                                                                      Rabelais


L’abbé Chabot fermant le ban d’un sermon qui sera repris en canon :


« Frères, si vous voulez monter au Paradis
Et obtenir de Dieu le sublime pardon,
Comme Jésus en vérité je vous le dis :
Venez de mon vin blanc vider quelques ballons. »

      Provoquer l’ordre moral dominant et l’autorité religieuse. De nombreuses allusions sexuelles ou scatologiques parsèment ces tableaux, bravant autant la curie que les bien-pensants, aguichant le spectateur. Le rire déclenchant l’ire du vertueux comme du monsignore chargé de veiller à la bonne tenue de ses ouailles selon la Règle de Saint Basile, pour qui Jésus lui-même n’a jamais ri. Allez, curé, je t’aimais bien tu sais.
Mais quand il s’agissait d’aller à confesse, ce n’est assurément pas à s’agenouiller derrière la grille du confessionnal que ces gaillards pensaient, mais plutôt à la gueuse qui les attendait derrière les murs du bâtiment dédié au Seigneur, n’en déplaise à leur directeur de conscience.

« Mes beaux pères religieux
Vous dînez pour un grand merci ;
Ô gens heureux ! Ô demi-dieux !
Plût à Dieu que je fusse ainsi !
Comme vous, vivrais sans souci ;
Car le vœu que l’argent vous ôte,
Il est clair qu’il défend aussi
Que vous ne payiez jamais votre hôte. »
                                                                                           Victor Brodeau ( ?-1540)

Et quand le diable vous invite, il faut venir avec une longue cuillère, quand bien même on ne craint pas de manger le lard en Carême.

12273275679?profile=originalLe Satyre chez le paysan
Jacob Jordaens (1593-1678)

12273275700?profile=originalMichel Lansardière (texte et photos)

Les pitres s’offriront un dernier tour de piste avec un nouveau chapitre consacré à ce genre pictural si particulier.
En attendant, vous pouvez retrouver ici :
Frangipane et autres menus plaisirs (Niccolò Frangipane) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/frangipane-et-autres-...

Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 1ère partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-1-r...

Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 2e partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-2e-...

Passerotti et autres mets délicats (Bartolomeo Passerotti, 1ère partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/passerotti-et-autres-mets-d-licats-r-ts-fromage-et-dessert-1-re

Le rire dans l'art et l'art d'en rire (discours et fantaisies de fin de banquet) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/le-rire-dans-l-art-et-l-art-d-en-rire-discours-et-fantaisies-de

Lire la suite...

12273267079?profile=originalJoyeuse compagnie (détail)
(ou Banquet caricatural, ca 1575)
Bartolomeo Passerotti (1529-1592)

« L'Art est le produit de l'intelligence, de la réflexion et du vouloir,
il doit produire chez l'homme un sentiment d'euphorie. »,

                                                                                                           Charles De Wit


12273266695?profile=originalLa gougoutte
Charles De Wit

« Il y a des caricatures plus ressemblantes que des portraits »,
tout l’art consistant à « nous mettre face à la réalité elle-même. »,
                                                                                       Henri Bergson (1859-1941)

      Pour faire suite au précédent article, qui se terminait avec ces Quatre personnages riant avec un chat, je repasserais bien le mistigri pour aller voir Margot dégrafant son corsage, mais cette joyeuse compagnie me retient. Et je comprends mieux pourquoi tous les gars étaient là…

12273267494?profile=originalLe chat emmailloté
(ou La bouillie du chat)
Entourage de Frangipane, ca 1585
Musée d’Arts, Nantes
On retrouvera cette inspiration chez Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), qui nous a laissé un dessin. Son élève, Marguerite Gérard (1761-1837) reprit cette esquisse, mais donna aussi un superbe tableau intitulé « Le déjeuner du chat », exposé à Grasse.
On peut aussi rapprocher cette toile de celle de Jan Miense Molenaer (1609-1668),

Intérieur de cabaret, où un gril sert d’instrument de musique.


12273268466?profile=originalMusée d’art et d’histoire de Genève.

Voilà un matou qui semble nous dire à la manière d’Eustorg de Beaulieu (1495-1552) :


« Pour dormir, boire et manger,
Prendre ébat et me soulager,
Je ne crains homme de ma taille. »

      On trouve dans cette scène du Chat emmailloté un personnage masqué. Il s’apparente à Pulcinella, Polichinelle, bossu et masqué, le type même de la commedia dell’arte. L’une de ces répliques, en forme de précepte, étant


« Mangeons et buvons jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’huile dans la lampe,
car on ne sait jamais si dans l’au-delà il y aura des lampes,
s’il y aura des tavernes. »


En attendant un hypothétique paradis, pour lequel on donnerait bien sa langue au chat, il convient donc de s’en mettre plein la lampe sans attendre la mi-août pour faire les quatre cents coups. Tout un art de vivre !
       Toutefois, à bon chat, bon rat, remarquez l’enfant, au premier plan à droite, qui nous pousse à réfléchir sur cette mascarade qui se joue au-delà du miroir. L’œuvre s’ouvre ainsi sur un autre regard.
Pasquinades et turlupinades. Pasquino, était encore un de ces zannis, valet de comédie, fier-à-bras, impertinent et vorace. Alors qu’en France, Henri Legrand (1587-1637), dit Belleville, côté pile, créa en 1610 sur le modèle italien, le personnage de Turlupin*1, côté farce, l’intrigant, large chapeau et sabre au clair, bretteur railleur se gobergeant de ses moulinets.
Bien d’autres bouffons dérivent, directement ou indirectement, de ce folklore, ici ou ailleurs, citons encore Scaramouche, le Capitan ou Matamore, Paillasse, Cassandre, Pierrot et Colombine, le Gille du Mardi Gras, Punch et Judy, et tutti quanti.
Mardi gras*2, jour charnel, de crêpes et de carnaval… Carême-prenant, derrière un loup, tout est permis.


« En une, en deux, en trois,
Saute Mardi Gras »

      Drôle de présentation tout de même que ce Chat emmailloté, où le peintre ironise et paganise. Est-il revenu le temps des lupercales ?
Plus prosaïquement, « si tu ne veux pas de blé charbonneux, mange des crêpes à la Chandeleur. »

12273268867?profile=originalPrésentation de Jésus au Temple
Andrea Mantegna (1431-1506).
(Photo captée sur le net)

Déjà Andrea Mantegna introduisit une bonne touche d’humour (absent ici),
avec ses facétieux Amours, dans l’oculus de la Chambre des époux
du palais ducal de Mantoue, et un saisissant sens du raccourci.

Sans commenter davantage l’événement…


« Je me contenterai de simplement écrire
Ce que la passion seulement me fait dire,
Sans rechercher ailleurs plus graves arguments. »,
                                                                                 Joachim du Bellay (1522-1560)

      C’est donc sans regrets et la plume légère je que poursuis ici ce que j’entrepris dans la première partie, adoncques…


« Mieux est de ris que de larmes écrire
Pour ce que rire est le propre de l’homme. »,
                                                                                                                      Rabelais

12273268671?profile=original Joueurs de cartes
Anonyme, premier quart du XVIIe s.
Musée de Tessé, Le Mans
« Non pas joueurs de dés, ni de quilles,
Mais de belles farces gentilles. »
                                                                                       Clément Marot (1496-1544)


Un style qui évoque celui des caravagistes d’Utrecht, que l’on retrouve aussi dans les…
12273269095?profile=originalJoueurs de cartes (ca 1625)
Jan Lievens (1607-1674)
Collection Leiden, New York

Ou comment le malheur des uns fait le bonheur des autres
et met, la chose est aisée, les rieurs du côté du plus fort.
« Dans le jeu l’amusement n’est pas réciproque :
presque toujours l’un des joueurs s’impatiente et se fâche,
ce qui diminue beaucoup le plaisir de son adversaire. »,
                                                                                                 Boccace (1313-1375)

D’ailleurs, « c’est un état d’être joueur »« On est convenu d’être incorrigible. », Charles de Secondat, dit Montesquieu (1689-1755).

12273269666?profile=original Le tricheur et ses comparses
Charles De Wit
Une autre manière de se mettre à table.

      Puissiez-vous avoir souri, car « le sourire est la perfection du rire. », Alain (Emile-Auguste Chartier dit, 1868-1951). Toutefois nous ne quitterons pas la table avant d’avoir goûté à la pièce montée qui nous attend.
Mais, au préalable… Vous reprendrez bien un peu de :
Frangipane et autres menus plaisirs (Niccolò Frangipane) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/frangipane-et-autres-...

Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 1ère partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-1-r...

Campi, à l’italienne (Vicenzo Campi, 2e partie) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-2e-partie-coquillages-et-crustac-s?xg_source=activity

Michel Lansardière (texte et photos),
et le compérage de Charles De Wit ! Merci à lui !

*1 Pasquino était le surnom donné à une statue romaine sur laquelle étaient placardés des pamphlets, à l’origine du sarcastique personnage. Les Libre-Esprit, un ordre mendiant créé au XIIe siècle, quant à eux, affublés du surnom de Turlupins, ils furent accusés de turpitudes, d’hérésie, et persécutés au XVIe s. Et moi, pauvre de moi, me mettant à la page, « d’parler comme un turlupin, je ne pense plus ‘merde’, pardi ! Mais je le dis. », Georges Brassens.

*2 En cette année de grâce 2018, Mardi gras sera fêté le 13 février. La fête de la Présentation de Jésus au Temple et de la Purification de Marie, le 2 février, jour de la Chandeleur, résurgence de la festa candelarum dédiée à Cérès et à sa fille Proserpine dans la Rome antique. Les lupercales, fêtes faunesques, étaient, elles, célébrées du 13 au 15 février. Quant à la Saint-Valentin, fête des amoureux, c’est, notez-le, le 14 février.


                                                               12273269495?profile=originalBanquet final
« Sept convives, repas ; neuf convives, fracas » (proverbe romain).

Que dire alors de treize ?

(photo captée sur le net)

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12273263870?profile=originalLes poissonniers
Vincenzo Campi
Musée de La Roche-sur-Yon

      On me dira que ce ne sont point-là de « grands peintres ». Point de mystères, de langage sophistiqué ou secret, de symboles qui nous sont parfois si difficiles à déchiffrer et qui, de là, nous transportent. Leur langue est verte, truculente voire triviale, leurs gestes un peu frustes. Mais c’est peut-être en cela qu’ils nous sont finalement si proches.
Grâce leur soit donc rendue, « Dieu aide toujours aux fous, aux amoureux et aux ivrognes. » (Marguerite de Navarre*, 1492-1549).
Cela ne manque ni de verve ni de sèvre et, de plus, c’est roboratif !


« Il n’est point tant de barques à Venise,

Ni de pardons à Rome un jour de fête,
Ni d’usuriers en toute la Lombardie,

Que vous avez de lunes en toute la tête. »
                                                                           Mellin de Saint-Gelais (1491-1558)


Et puis, parfois, « Le bon choix, de loin, c’est de préférer un peu de saveur à beaucoup d’insipidité. », Boccace (1313-1375). La cuisine italienne doit d’ailleurs beaucoup de son renom à deux maître-queux, Bartolomeo Scapi (ca 1500-1577) et Cristoforo di Messisbugo (ca 1490-1548), véritable MC, maître de cérémonies, banchetti i divertimenti.
Les peintres de la Renaissance développeront une autre rhétorique, inventio et dispositio, varietas et copia (abondance, ce qui ne saurait nuire).

12273264093?profile=original Mangeurs de fèves (détail)
Vincenzo Campi
Musée Calvet, Avignon
A table ! Faisons bombance !

      Je poursuis donc cette nouvelle série de billets sur les plaisirs de la table, la satire et le rire, citant des auteurs essentiellement François, je suis gaulois quoi qu’il en soit. Qu’il me soit donc permis ici de mettre mes pas dans ceux de maître François en illustrant Des pois au lard cum commento. De l’art et des mots.


12273265089?profile=original Grangousier à table
(gravure sur bois, 1542)
« L’appétit vient en mangeant… la soif s’en va en buvant. »,
                                                                                                                      Rabelais


Et ce en toute occasion.


« Ho ! mon petit fils, mon couillon, mon peton, que tu es joli !
Et tant je suis tenu à Dieu de ce qu’il m’a donné un si beau fils, tant joyeux, tant riant, tant joli. Ho, ho, ho, ho ! Que je suis aise ! Buvons.
Ho ! Laissons toute mélancolie ; apporte du meilleur, rince les verres, boute la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume la chandelle, ferme cette porte, taille ces soupes, envoie ces pauvres, baille-leur ce qu’ils demandent, tiens ma robe que je me mette en pourpoint pour mieux festoyer les commères. »
                                                                              François Rabelais (1494 ?-1553)


12273265668?profile=originalLes poissonniers (Pescivendoli, détail)
Vincenzo Campi
Musée de La Roche-sur-Yon

      Voilà goûteux propos dans cette langue propre à vous guérir les goutteux. Pour peu que les mets soient accompagnés d’un frais clairet.

12273266277?profile=original Mangeurs de fèves
Vincenzo Campi
Musée Calvet, Avignon
« Verse en mon verre du vin
Pour étrangler la mémoire
De mes soucis après boire. »
                                                                                 Pierre de Ronsard (1524-1585)

12273267056?profile=originalLe mangeur de fèves
Annibal Carrache (1560-1609)
Ce grand peintre classique fut formé notamment par Bartolomeo Passerotti,
sujet de mon prochain article (photo captée sur le net).

      Comédie de masques, reflet d’une société démasquée, avec ses vieux libidineux, vecchi, son soudard furibard, le Capitan, ses amants galants, innamorati, la servante pétulante, servetta, les zanni, ces fripons factotons. Ces négatifs qui se développeront avec les personnages d’Arlequin, de Colombine, de Pantalon… multipliant les lazzis.

12273267279?profile=original Les poissonniers (détail)
Vincenzo Campi
Musée de La Roche-sur-Yon

Tentons ici quelques apparentements terribles avec :


12273267865?profile=originalLa pourvoyeuse de légumes (détail)
Joachim Beuckelaer (1533-1573)
(Musée des Beaux-Arts, Valenciennes)

12273267687?profile=original Le grand marché (détail)
Pieter Aertsen (Galerie nationale de Capodimonte, Naples)
Pieter Aertsen, que les Italiens appellent Pietro Longo (de son surnom Lange Pier dans sa langue maternelle), était l’oncle de Joachim Beuckelaer.

      Tout cela est propre et figuré, en mode mineur, à la fin du Cinquecento et au début du Seicento italiens (avec ce senso dell’umorismo, très baroque’n’roll-mops), et à la peinture de genre anversoise du XVIe siècle. Pourtant, au siècle suivant, même le raffiné Jordaens (1593-1678) n’hésitera pas à introduire une touche de vulgarité assumée dans certains de ses tableaux.


12273268469?profile=originalLe roi boit (détail)
… en attendant la galette. Bah ! le peuple trinque.
Jacob Jordaens (Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg)

De même pour le Français Carle Van Loo (1705-1765) dans…


12273268294?profile=originalL’ivresse de Silène (détail)
Silène, compagnon de Dionysos, et grand buveur devant l’éternel.
Carle Van Loo (musée des Beaux-Arts, Nancy)

Et le tendre Vermeer de Delft (1632-1675) parait lui aussi s’être souvenu de cette période.


12273268886?profile=original L’entremetteuse (détail)
Johannes Vermeer (Galerie de peinture, Dresde)

Fin de la 1ère partie.


Avant de reprendre quelques coquillages et crustacés, servis sur un plateau, les antipastis sont ici :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/frangipane-et-autres-menus-plaisirs-antipastis?xg_source=activity

Michel Lansardière (texte et photos, sauf mention contraire)

* Marguerite de Navarre (ou d’Angoulême, ou d’Alençon), reine de Navarre, sœur et conseillère de François 1er, grand-mère d’Henri IV, femme de lettres, protectrice de Rabelais et de Lefèvre D’Etaples, des humanistes en général, diplomate, elle sauva ainsi la mise aussi bien à Clément Marot qu’à son frère François fait prisonnier à Pavie. On lui doit notamment l’Heptaméron, le pendant, en français, du Décaméron de Boccace.

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Frangipane et autres menus plaisirs (antipastis)

12273262485?profile=originalScène bachique (détail)
Niccolò Frangipane (Musée Saint-Léger, Soissons)

      Suivant l’exemple d’Enea Silvio Piccolomini (1405-1464), plus connu sous le nom de Pie II, pape et poète, je vais, provisoirement, « quitter Vénus pour Bacchus », formule qu’il prononça lorsqu’il entra dans les ordres, les prêtres étant réputés aimer le vin de messe.
       L’occasion m’en est offerte par une « petite » exposition, intitulée « La grande bouffe. Peintures comiques dans l’Italie de la Renaissance », qui a excité ma curiosité et suscité mon étonnement.
Petite, car elle ne comporte que neuf toiles. Et pas forcément ce qu’on appelle des chefs-d’œuvre, mais qui vous captent et intriguent.
Etonnante donc, car si l’on m’avait présenté une de ces œuvres, j’aurais juré, mais un peu tard, qu’il s’agissait d’un travail dû à un peintre du Nord, non de l’Italie, mais des Flandres. On m’y reprendra bien et je vous encourage à aller la découvrir au musée de l’abbaye Saint-Léger de Soissons. Elle s’anime grâce à deux ressorts narratifs, la bonne chère et le rire, ce dernier fort rare en peinture. Cette représentation se tient jusqu’au 11 mars 2018. Mes amis, la Belgique n’étant pas bien loin de l’Aisne, c’est une sortie que vous ne regretterez pas, d’autant que le musée attenant présente un département peinture fort intéressant (j’y reviendrai certainement) ainsi qu’une passionnante section réservée à l’archéologie, sans compter les lumineux bâtiments conventuels.
En attendant, j’entends les trois coups…
Entrée des artistes.
       Les peintres que je vais vous présenter, au premier rang desquels Niccolò Frangipane (ca 1545-1600), Vincenzo Campi (1536-1591) et Bartolomeo Passerotti, (1529-1592), nous viennent d’Italie du Nord, de Vénétie et de Lombardie plus précisément.
Mais, s’ils ont titré les leçons des maîtres italiens, Vinci, Giorgione, principalement (si j’en crois du moins les auteurs du catalogue, livret livré sans la moindre once de légèreté sur un sujet qui s’y prêtait), c’est chez les Flamands qu’ils ont, me semble-t-il, puisé l’essentiel de leur inspiration.
Bien sûr on trouve Breughel l’Ancien (1525-1569) au premier rang de ces inspirateurs (avec La noce villageoise, par exemple), ou ses contemporains et successeurs Pieter Balten (1527-1584), Gillis Mostaert (ca 1534-1598), sans oublier Breughel le Jeune (1564-1638). Mais c’est surtout chez les suiveurs de ces derniers qu’il faut chercher les plus confondantes analogies, notamment chez les peintres de genre et plus exactement encore chez les artistes de ce courant qu’on a parfois appelé le réalisme anversois. Sans omettre les italianisants Jan Massys (ca 1510-1575), Frans Floris de Vriendt (1519-1570) ou, plus maniériste, Carel van Mander (1548-1606).

12273262884?profile=originalScène bachique (détail)
Niccolò Frangipane (Musée Saint-Léger, Soissons)

12273263263?profile=originalL’enfant prodigue (détail)
Jan Van Hemessen (MRBA, Bruxelles)

      Je me permettrai donc quelques parallèles avec ce courant du XVIe siècle, mais aussi de petites incursions chez des maîtres du siècle suivant.

12273263288?profile=originalKermesse flamande (détail)
Gillis Mostaert le Vieux
Musée Saint-Léger, Soissons
Tel le laboureur pour ses enfants rêver ces Souhaits du monde de
« Vivre cent ans sans voir dominer guerre,
Et être en paix toujours dans ma maison
Mangeant mes pois auprès d’un gros tison. »,
                                                                                              Anonyme (XVIe siècle)


12273264068?profile=originalMangeurs de fèves (détail)
Vincenzo Campi
Musée Calvet, Avignon

      Du réalisme, oui, mais surtout beaucoup de fantaisie, de la bouffonnerie. Et un goût tout méridional pour la comédie. Comédie, comédie ! Commedia Dell’ Arte !
       On peut faire remonter le théâtre populaire aux farces et soties du Moyen-Âge. Farces souvent largement improvisées, où le public participait, comme en Italie, où la commedia all’improviso s’organisera, devenant la commedia dell’arte, et qui nous reviendra en France sous la forme de la « comédie italienne ».
       De même les échanges étaient fort nombreux entre les Flandres et l’Italie du Nord et s’il fallait chercher un peintre italien célèbre, fort atypique au demeurant et hors courants, c’est plutôt à Giuseppe Arcimboldo (ca 1527-1593), comme Léonard peintre et savant, musicien et grand organisateur de fêtes princières, que je penserais. Car, si je vois peu de rapport entre « La bataille de Carnaval et de Carême » (Breughel) et « L’Ecole d’Athènes » (Raphael), le rapprochement avec Arcimboldo me parait plus pertinent. Voilà qui est plus bouffe, n’est-il-pas ?

« Ce peintre* pétrit la pâte
Avec beaucoup d’habileté
Si j’en juge par le pâté
Il doit avoir la main légère
Quel doux repas nous allons faire ! »
12273264863?profile=originalLe cuisinier
Giuseppe Arcimboldo (Stockholm)
Tel que le tableau fût présenté à Ferdinand II de Habsbourg…
T’as voulu voir l’envers…
« Certes l’eau vient à la bouche
En regardant ce pâté-là !
Je vais le mettre dans un plat ! »


* J’ai remplacé ici le mot « pâtissier » par « peintre », que l’on me pardonne cette licence.


Le pâté et la tarte (« Farce nouvelle », anonyme, XVe siècle)
… puis, une fois retourné.

12273265461?profile=originalLe cuisinier 


C’est assez farce, non ?


       Je mêlerai donc ce réalisme de rhétorique macaronique, liant et émaillant le tout de quelques citations de nos auteurs du temps, essentiellement, et d’autres plus récents, à commencer par Michel de Montaigne (1533-1592), car…


« S’il est mauvais de vivre en nécessité,
au moins de vivre en nécessité il n’est aucune nécessité. »

Entrez ! Entrez ! Bonnes gens, le rideau est levé ! Que la fête commence…

12273265685?profile=originalScène bachique
Niccolò Frangipane
Musée Saint-Léger, Soissons
Ces joyeux drilles, « Prêchant la vendange », si on en croyait Mathurin Régnier (1573-1613), « assureraient en leur trogne qu’un jeune médecin vit moins qu’un vieil ivrogne. »


Ou ce pochetron de Ponchon, poète bachique qui atteint un âge canonique :


« Si j’étais roi de quelque endroit,
Tout mon peuple serait ivrogne,
Et je punirais sans vergogne
Tous ceux qui marcheraient trop droit. »
                                                                                      Raoul Ponchon (1848-1937)
« Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors. »
« Nature a maternellement observé cela… Et nous y convie,
non seulement par la raison, mais aussi par l’appétit. »
                                                                                              Montaigne (1533-1592)

Remarquez ce personnage au luth, dans le coin gauche du tableau, qui enjoint l’auditoire de se rallier au banquet. Il a tout d’un Brighella, musicien, fourbe et bouffon, ou des Scapin, Crispin, Mascarilla, tous ces valets enjôleurs et farceurs, ces suppôts de prétoire, ces zanni de comédie.


12273266489?profile=originalScapin (détail)

Impertinent !
Jacques Callot (musée des Beaux-Arts, Nancy)


       Oh, bien sûr, cette peinture est souvent maladroite, rustique, naïve, roturière, elle fait genre. Remarquez par exemple les bouches, avides, elles ne sont ornées que d’incisives dans des faces rubicondes ! On doit bien en compter cinquante ! Etonnez-vous après ça que j’aie l’âme canine. Ce qui ne nous empêchera pas de la dévorer à belles dents.
       L’esprit de Carnaval habite ces scènes, et Mardigras, « premier fondateur et original de toute race andouillique », en est le vice-roi. Les cérémonies sont ordonnées dans un joyeux désordre par Messer Gaster, l’Estomac, « premier maître ès arts de ce monde », avec pour seul précepte :


« Et tout pour la tripe » !


Ecoute ce que profère, écrit et signe Maître Alcofrybas Nasier, l’anagramme de Françoys Rabelais.
Mande donc « Que tout allât par écuelles » et…


« Pour récompense il fait ce bien au monde, qu’il lui invente tous les arts ]…[ Les corbeaux, les geais, les papegais, les étourneaux, il rend poètes ;
les pies il fait poétrides et leur apprend langage humain
proférer, parler, chanter.
Et tout pour la tripe. »

12273267064?profile=originalMangeurs de poulpes
Anonyme du premier quart du XVIIe siècle
(cercle de Frangipane, une copie peut-être, si on en juge par une facture plus rigide)
Musée de Tessé, Le Mans


« Corydon*, marche devant ;
Sache où le bon vin se vend.
Fais rafraîchir la bouteille,
Cherche une feuilleuse treille
Et des fleurs pour me coucher.
Ne m’achète point de chair,
Car, tant soit-elle friande,
L’été je hais la viande. »


* Nom d’un valet emprunté à Virgile
                                                                                 Pierre de Ronsard (1524-1585)


« Quand mon verre est vide
Je le plains.
Quand mon verre est plein
Je le vide. »
                                                                                                          Raoul Ponchon


Sa nature ayant horreur du vide. Dès lors, en compagnie, chantons…


« Laquais, qu’on me donne à boire.
Je veux m’enivrer aujourd’hui,
Je veux que ce vin ait la gloire
D’avoir étouffé mon ennui. »
                                                                Charles de Vion d’Alibray (ca 1590-1652)

Voilà pour les amuse-gueules et hors-d’œuvre, en attendant la suite, je vous convie à prendre un premier trou normand accompagné de quelques canapés.

                                                                       Michel Lansardière (texte et photos)

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12273263476?profile=originalLe destin des crevettes
Charles De Wit

      Reprenons, et revenons à cette pitture ridicole, qui ne se pousse pas du col, pas de la peinture de cour, rien de divin, non. Juste une peinture de corps et d’esprit-de-vin. Une option viticole, élevant son cru plus ou moins au vitriol sans se la péter, qui fait la part belle à la gaudriole. Une satire du bourgeois, du nobliau, destinée au bourgeois, au hobereau, qu’affectionne le bourgeois. Peu importe que l’on raille et ferraille, tant qu’on se rallie et ripaille. Et pourvu que l’on parle de soi.
      Dans les anciens Pays-Bas, un sous-genre est apparu du côté d’Anvers au XVIe siècle, les bordeelijes, ou « scènes de débauche », prisées des amateurs de représentations légères réservées à leur cabinet privé.

12273263690?profile=originalLa tentation du désir charnel
Charles De Wit
Le Baron : Prêtez-moi une de vos nonnes pour passer la nuit.
L’abbesse : Monseigneur !...
Le Baron : Une maigre : c’est vendredi.
                                                                                            Victor Hugo (1802-1885)

      Au XVIIe siècle un courant proche vit le jour. Mais l’axe n’en était plus Anvers ou ses faubourgs, ni Venise ou Padoue, mais plutôt Utrecht et Rome. Ce mouvement s’est cristallisé autour de la figure du peintre Pieter van Laer (1599-1652), dit Il Bambocchio. Bamboche, le « pantin », la « poupée », était contrefait, aimait les excès, ressemblant de fait à Pulcinella, Polichinelle. Les artistes réunis, étaient pour la plupart Néerlandais comme les frères Jan et Andries Both, et Italiens, notamment Michelangelo Cerquozzi. Leur thème de prédilection était la représentation de scènes du quotidien tournant souvent autour de la table ou du jeu, les bambochades.


« Mais Rome d’aujourd’hui, séjour charmant et beau,
Où l’on suit un train plus nouveau.
Le plaisir est la seule affaire
Dont se piquent ses habitants.
Qui n’aurait que vingt ou trente ans,
Ce serait voyage à faire. »

                                                                                        Jean de La Fontaine, 1674


       Un groupe apparenté – Pieter van Laer, Bamboche, faisait partie des deux confréries – était les Bentvueghels, une sacrée « bande d’oiseaux », ou Schildersbent, une sacrée « bande de peintres » en rupture de ban avec les canons imposés par l’Accademia di San Luca, saint patron des peintres. Le capitaine de ces poètes disparus était Bacchus, leur rite d’initiation consistant essentiellement à écluser force canons. Après les libations, le nouvel adepte recevait un surnom de baptême évocateur, le Bouc, le Satyre… Ils étaient originaires du nord de la Belgique ou des Provinces-Unies, voire d’Allemagne. Un Cercle de Bourgogne en somme plus qu’une guilde de bonne conduite. Parmi eux on comptait deux descendants de Breughel l’Ancien, Abraham (1631-1697), dit le Rhingrave ou, plus tard, le Napolitain, et son cadet Jan Baptist (1647-1719), dit Méléagre, tous deux fils de Jan Breughel II le Jeune. Ou un certain Franciscus de Wit, dit Phébus... Tout se tient par la barbichette.

12273264486?profile=original Aert (ou Arent) de Gelder (1645-1727) ?
Le rieur
Musée d’art et d’histoire de Genève
L’homme et le pantin ou la vie comme une pantomime.
Tout rieur vit aux dépens de celui qu’il dépeint. Quoi que…
De Gelder, qui fut l’élève de Rembrandt, est connu pour son Autoportrait en Zeuxis.

Zeuxis (464-398 av. J.-C.), avec sa gueule de peintre grec et ses cheveux aux quatre vents, serait mort de rire en portraiturant une vieille femme, trop laide pour être fixée sur la toile. Nous ne conservons donc d’eux aucuns traits (sinon d’humour).

      A la fin du Seicento et au début du Settecento, quelques Italiens s’inscrivirent, peu ou prou là itou, dans cette veine, tels Giuseppe Maria Crespi (1665-1747), dit Lo Spagnolo de par sa mise, Alessandro Magnasco (1667-1749), Il Lissandrino, ou Giacomo Ceruti (1698-1767), le Pitocchetto.

12273264877?profile=originalGiacomo Ceruti
Garçon avec un panier de poissons (photo captée sur le net)

      Enfin, parmi les modernes on peut penser à James Ensor (1860-1949), lui qui « cherch(ait) refuge vers les masques, afin de ]se[ libérer de toutes les peurs, les gêneurs. » Et un de nos meilleurs peintres contemporains, bien connu de notre réseau, j’ai nommé Charles De Wit, a bien compris cette tradition, si vivace dans le Nord et en Belgique depuis Bosch et les Breughel jusqu’à Ensor justement, cette dérision, ce carnaval qu’est la vie. Il m’a autorisé à reproduire ici trois de ses toiles.

12273265094?profile=original Les poissonniers
Charles De Wit
Une peinture haute en couleur de scènes du quotidien, dans un style qui lui est propre, alliant modernité et tradition, aux tons souvent acides.
Homme d'esprit, ses toiles donnent à penser. Nous pousserons donc cette réflexion dans le billet consacré à Bartolomeo Passerotti.

12273265873?profile=originalLa boutique de marée (détail)
Frans Snyders (Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg)


Ainsi Anciens et Modernes se répondent et s’enrichissent. Leurs palettes se mélangent avec un peu d’imagination et de fantaisie, pour notre distraction.


« J’ay des couleurs blanches et vermeillettes ;
D’inventions j’ay plaines corbeillettes ;
J’ay ce que j’ay, j’ay plus qu’il ne me fault,
Si n’ay point peur d’avoir aucun deffault. »
« J’ai du pot-au-feu, une langue fine
Un peu de poitrine, un filet mignon
J’ai ma femme aussi mais elle me chagrine
Avec ses clins d’œil au garçon. »

                                                                       Jean Lemaire de Belges (1473-1525)
                                                          et André Raimbourg (dit Bourvil, 1917-1970)

Fin de cette seconde partie, pour vos commentaires merci…


« En riant je compose, en riant je veux lire,
Et voilà tout le fruit que je reçois d’écrire. »

                                                                                 Pierre de Ronsard (1524-1585)

12273266274?profile=original Quatre personnages riant avec un chat
Anonyme, ca 1545
Musée des Beaux-Arts, Angers
Une pochade, de la bouillie pour les chats ou presque, d’après Bartolomeo Veneto (ca 1470-1531). Ces Quatre personnages en quête d’hauteur sont néanmoins typiques du répertoire lombard du Quattrocento.

Mais laissons plutôt le latin aux chat-fourrés, levons nos verres et trinquons :


« Vivez, si m’en croyez, n’attendez pas à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »

                                                                                 Pierre de Ronsard (1524-1585)


Quoi qu’il en soit…


« Fais ce que voudras. »

En attendant la ronde des fromages et la farandole de desserts…
Les antipastis sont ici (Niccolò Frangipane) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/frangipane-et-autres-...

Et la marée est servie là (Vincenzo Campi, 1/2) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/campi-l-italienne-1-re-partie-la-mar-e-est-servie?xg_source=activity

Michel Lansardière,
avec la complicité de Charles De Wit que je remercie chaleureusement.

12273263870?profile=original(Photo L.M.)

Les poissonniers

Vincenzo Campi (1536-1591)

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