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   LA FEMME CELEBREE DANS LA FORME : L’ŒUVRE DE CATHERINE FECOURT

Du 10 – 03 au 27 – O3 - 16, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) a le plaisir de vous faire découvrir TEMPETE SOUS LE CRANE, une exposition consacrée à l’œuvre de Madame CATHERINE FECOURT, une peintre et dessinatrice française qui ne manquera pas de vous stupéfier.

A travers toute une suite de pérégrinations linéaires que l’esprit du visiteur pourrait qualifier de « mystérieuses », apparaissent les premières esquisses d’un discours traduisant un univers personnel, intime et profond, axées sur un langage morcelé, construisant et déconstruisant à la fois, cette réalité que l’on nomme la « forme ». Passer devant un dessin de cette artiste, s’y arrêter pour repartir aussitôt, participe de l’inconscience ! Le pourrait-on d’ailleurs ? Car, une fois que le regard, prisonnier de la beauté de ces formes, décide d’entrer dans cet univers onirique, il ne peut que s’y enfoncer comme l’on s’enfonce dans une terre inconnue pour le besoin vital de s’y perdre.

CATHERINE FECOURT nous livre ainsi diverses facettes de son panthéon intime, peuplé de créatures fantastiques, révélant la complexité de sa mythologie personnelle. Qu’est-ce que cet assemblage d’éléments disparates créant la « forme » ? Le visiteur ne pourra qu’être étonné par ces rendus traduisant un « surréalisme » personnel, sorti des sentiers battus que l’histoire de l’Art a rendu conventionnel.

S’agissant de visages essentiellement féminins, l’on remarquera le contraste saisissant entre la fluidité de certains plans avec la rigidité de divers attributs de conception géométriques.

Au contact visuel avec PENSEES FAKIRIENNES (29 x 21 cm – encre de Chine/pastel),

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une sensation insolite titille le visiteur à la vue de ces deux visages de femme. Une fois désimbriqué visuellement chaque élément constituant la forme, nous remarquons que l’artiste nous offre deux visages superposés l’un au-dessus de l’autre, contrastant avec des éléments géométriques dans le bas de la composition. Ce qui, d’emblée, frappe le visiteur c’est la présence des seins, placés à chaque extrémité du corps. A partir de ces seins s’élancent les bras démultipliés en quatre temps, soutenant la tête surplombant la seconde. La tête du bas (comportant des seins à chaque extrémité) est agrémentée d’une large bouche aux lèvres proéminentes, un nez à peine esquissé et de gros yeux, lesquels ne sont, en réalité, que les seins du personnage du dessus.

A la gauche de la composition (à droite par rapport au visiteur), un visage dominé par un œil écarquillé apparaît de profil. Des éléments sinueux, des formes géométriques, remplissent l’espace, conférant à ce dernier la dynamique nécessaire à son existence.

Un trait stylistique commun à  l’œuvre de l’artiste est le fait que les couleurs usitées ne sont généralement pas agressives. Que du contraire. Elles sont tendres et discrètes au point de sembler subalternes à la folie engendrée par la forme.

L’ARBRE DE VIE (29 x 21 cm – encre de Chine/pastel)

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représente un corps à la fois déstructuré et ramassé, associant plusieurs éléments placés de façon « disparate », tels qu’un doigt courbé à côté d’un sein (dans la partie inférieure de la composition). En réalité, à la lecture de cette œuvre, nous voyons apparaître quatre visages : le premier, au milieu partageant un œil avec le second visage de droite (à gauche par rapport au visiteur), situé de profil. Le troisième visage n’est autre que l’arbre (souriant) adoptant la forme humaine dont le feuillage est conçu comme une coiffure. A la gauche de l’œuvre (à droite par rapport au visiteur), la moitié d’un cadran d’horloge apparaît. Le quatrième visage, situé vers le bas, à droite, par rapport au visiteur, est extrêmement stylisé, ne dévoilant qu’un profil surmonté d’un œil clos, un nez crochu ainsi que d’une bouche ronde. Le tout faisant penser à une flûte à bec. Cet enchevêtrement de visages est ponctué par un thème récurrent dans l’œuvre de l’artiste : celui du sein. On le retrouve exprimé, sous bien des formes, à plusieurs reprises. Etant donné qu’il s’agit, en définitive, d’une ode à la Femme, le sein, tributaire de toute une mythologie porteuse de vie, devient un organe transcendé par des millénaires de culture, indissociable, dès les origines de l’humanité, à la manifestation de l’Art.

Le titre de l’exposition est pertinent au plus haut point : TEMPETE SOUS LE CRANE. Il s’agit de l’animation d’images issues d’un onirisme (celui de l’artiste) à la recherche d’un autre onirisme (celui du visiteur).

TEMPETE SOUS LE CRANE, titre repris par l’exposition (29 x 21 cm – encre de Chine/pastel),

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est une œuvre dont la caractéristique est celle d’associer dans un hybridisme décapant, des vestiges humains épars avec, à l’avant-plan, l’esquisse d’une façade. Cette disposition architecturale se retrouve également (quoiqu’exprimée différemment) dans PENSEES FAKIRIENNES (mentionné plus haut), en ce sens qu’il y a déjà dans cette œuvre une dimension « portante », (le visage féminin du dessous « supportant » celui d’en haut).

La géométrie fait d’ailleurs partie intégrante de l’œuvre de l’artiste. Ces espaces fluides dans lesquels sont composés les visages rencontrent toujours l’élément géométrique comme une sorte de répondant antithétique, traduisant l’intérêt que l’artiste éprouve pour l’architecture.

Dans TEMPETE SOUS LE CRANE, la fonction architecturale portante est soulignée, notamment, par la présence de murs. Cet hybridisme, extrêmement original pour notre époque, n’est pas sans rappeler (toutes proportions gardées !) les créatures mythologiques de l’antiquité classique et proche-orientale, telles que le « centaure », association entre l’homme et le cheval en un tout harmonieux. Il y avait alors le désir de traduire plastiquement une symbiose, non seulement mythique mais aussi économique, dans la domestication du cheval par l’homme, d’où cette unité morphologique entre ces deux créatures. Ici, nous pourrions nous risquer à prendre en considération le titre du dessin pour associer mystiquement la maison qui est l’habitat de l’homme avec le crâne lequel est l’habitat de la pensée ainsi que le donjon du rêve. Remarquons que le crâne se termine par le téton d’un sein, ce qui en dit long sur l’impact de la pensée féminine dans la construction de l’Homme. 

CATHERINE FECOURT est une dessinatrice autodidacte qui crée depuis des années sous l’impulsion de l’écriture automatique, à la manière des surréalistes. Influencée, notamment, par la bande dessinée, elle aime apporter un côté androgyne à ses personnages spécifiquement féminins dans leur consistance émotive. Ceci, pour affirmer sa croyance en l’égalité des sexes. Cette tempête qui bouleverse l’intérieur du crâne n’est autre que la puissance créatrice qui anime tout artiste. Elle souffle sur le chemin du visiteur qui par le regard s’immerge dans ses œuvres. Car ce n’est que par le regard parcourant ces dessins que le visiteur s’abreuve au rêve de l’artiste pour atteindre son propre rêve.

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza


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Catherine Fécourt et François Speranza:  interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(9 mars 2016 - Photo Robert Paul)

                                      

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Exposition Catherine Fécourt à l'Espace Art Gallery en mars 2016 - Photo Espace Art Gallery

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administrateur théâtres

                         Le vendredi 18 mars 2016 se  tenait au Studio 4 de Flagey une soirée caritative en faveur des enfants souffrant du cancer et de leucémie, organisée pour l’asbl SUN CHILD. Retour en arrière : en 1991, se constituait à l’initiative du Rotary de Waterloo, le Fonds Georges Kamp asbl, en reconnaissance à l'un de ses anciens présidents décédé des suites d’un cancer. Sun Child est aujourd’hui l’une des plus importantes œuvres d'aide à l'enfance  et est soutenue par la Fondation contre le cancer.  L’association prodigue aide sociale, morale et financière aux familles et soutient la scolarité des jeunes malades. Des volontaires font le lien entre l'école et l'hôpital. Sun Child organise aussi le transport des enfants gravement malades issus de milieux défavorisés vers les divers lieux de soins  avec 1000 missions de transport cette année.  L’association fournit une aide régulière à 150 familles précarisées et compte 1000 heures de présence auprès des enfants. Plus  de cent enfants accompagnés de leur famille participent chaque année aux séjours de vacances organisés par Sun Child. Un bel exemple de collaboration entre des sponsors dont l’aide matérielle est indispensable et une armée de volontaires très généreux de leur temps.

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  C’est  Palmo Venneri  le  directeur musical du HSCO Hulencourt Soloists Chamber Orchestra et  le directeur du Hulencourt Art Project  qui  a réalisé  pour la 5e année consécutive la  programmation de ce concert philanthropique  prestigieux. Un concert qui  prend  des airs de festival tant la programmation est variée et originale,  et accueille des artistes de tout premier plan.  Palmo Venneri  a pu réunir  le  pianiste  mythique Valery Afanassiev , le violoniste français Augustin Dumay attaché à la Chapelle Musicale,  et le chef d’orchestre japonais Sachio Fujioka. Il a fait appel à des chanteurs lyriques tels que la soprano  Julie Calbete  du Conservatoire Royal de Bruxelles, la  mezzo-soprano polonaise  Kinga Borowska, le baryton-basse Jean Delobel et  le chant soigné et approfondi d’Ivan Goossens, ténor  qu’accompagnaient  les Solistes d’Hulencourt, avec pour les chœurs, la participation de l’Ensemble vocal de l’Abbaye de la Cambre.

12525467_867328220061046_5421062698105856966_o.jpg Le concert commence avec une création mondiale. C’est une commande d’Augustin Dumay au compositeur belge Jacques-Alphonse De Zeegant : son  concerto n°2 pour violon et orchestre.  Quatre mouvements dont le premier débute par un solo d’Augustin Dumay. Une œuvre  très scandée par des accords de cordes, des cris fauves de vents, des percussions affirmées et de majestueux cuivres. Les solos roulent sur des échos de cordes et des éclats de bois  soutenus fidèlement par  la tendresse de la harpe. Des parties méditatives s’enchaînent, sortes de tableaux où se réveillent tour à tour des  tempi guerriers et des retours nostalgiques. Le quatrième mouvement  fourmille de pizzicati aux violoncelles, on repère quelques sonnailles de cloches et de chaleureux arpèges dans les cuivres. Le bouillonnement des percussions s’oppose au bruissement fruité des bois. Un bonheur sauvage saisit le violon soliste bondissant et  la salle sourit devant des syncopes un peu jazzy et  quelques  bruits d’ailes avant les derniers coups d’archet! Une composition  XXième siècle  qui entraîne dans le voyage musical sans effets dissonants et sans que le public ne soit perdu en chemin. C’est très appréciable.

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 On passe ensuite  au déploiement de couleurs  chatoyantes de la symphonie N° 1 (quatre mouvements en un) de  Samuel Barber, compositeur mondialement vénéré pour  son Adagio pour cordes.    L’occasion de se  laisser emporter par des  salves de sourires musicaux du jeune violoniste Stefan Tarara*  ou éblouir par un festival de papillonnements posés sur de fortes percussions. L’effervescence des cuivres festoie, les violons sonnent l’hallali ou entament des explosions printanières urgentes. Les bois regorgent de sève musicale, la répétition, la duplication est partout, des archets aux maillets. Après  le mouvement très apaisé de l’Andante tranquillo, presque paresseux, dominé par la harpe et les  hautbois, la direction du chef japonais Sachio Fujioka redevient  énergique pour la passacaille.  Le chef se donne corps et âme,  ne cessant  de  percuter fiévreusement sa poitrine de sa main gauche.  Les cuivres sont enveloppants, les violoncelles et contrebasses égrènent des arpèges ardents et insistants. La dramaturgie s’amplifie dans les crescendos de la finale. L’orchestre est soudé et les notes en cascades descendantes  déferlent et font penser à la chute d’empires orgueilleux. Tout semble consommé et les applaudissements rugissent dans la salle.

 

Ce n’est que la deuxième fois que l’on joue  l‘oeuvre suivante. Il s’agit de « la partition perdue… » la  Messe de Karol Kurpinski pour 4 voix, orgue et orchestre . Le programme nous dit que depuis près de 200 ans, il n'y avait plus trace de la partition de la messe de K. Kurpinski, compositeur polonais (1785-1857) jusqu'au  jour où elle réapparut lors d'une vente publique et fut acquise par M. Piotr Jeglinski qui, rencontrant le compositeur belge Jacques Alphonse De Zeegant, lui confia l'orchestration  pour la présenter   à Varsovie le 11 novembre 2015 à l’occasion de la Fête de l’Indépendance de la Pologne. Ce n'est qu'après avoir pris connaissance des œuvres de Kurpinski et étudié les méthodes de composition de l'époque  que Jacques-Alphonse De Zeegant entreprit d'orchestrer l’œuvre en y ajoutant quelques introductions, quelques passages entre les différentes phrases, tout en respectant l'écriture originale et en répartissant les parties vocales entre solistes et chœur. Jouer cette messe à l’approche des fêtes de Pâques confère sans doute à l’œuvre un climat particulièrement propice à une interprétation très intériorisée, et on peut dire que les 4 solistes et le Chœur ont donné toute leur richesse vocale à  la prestation. Particulièrement la soprano Julie Calbete a été remarquée par son rayonnement irrésistible de naturel et de fraîcheur,une voix légère et savoureuse, confondante d'aisance vocale dans des vocalises subtilement maîtrisées. La prestation de l' Ensemble Vocal de l'Abbaye de la Cambre a été remarquable dans sa dynamique  dramaturgique, conférant à cette messe un caractère envoûtant. Le public a eu bien du mal à s’empêcher d’applaudir après  l’interprétation extraordinaire du Credo, une dramaturgie en soi, avec un sublime équilibre entre le chœur et les solistes. L’orgue  a soutenu un Sanctus noble et grave, beau comme une cathédrale. L’Agnus Dei  sera bouleversant, vocalement de très haut niveau, particulièrement  grâce à Jean Delobel dont  le beau timbre lumineux a séduit l’assemblée. Tutti : Miserere Noooooo-bis!   

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Il n’y a pas le temps d’accorder un entracte, car voici la star pianistique de la soirée : Valery Afanassiev dont on redécouvre la rigueur précise, les clairs obscurs obsédants, les notes détachées, le jeu de mains et de poignets souple et élastique tandis que les doigts immenses semblent se raidir dans une frappe qui a la force de battoirs.  Son visage semble boire le clavier.  Ses embrasements font  presque oublier  qu’un orchestre est derrière lui dans cette interprétation magistrale du  Concerto pour piano n° 9, Jenamy dit Jeunehomme, K. 271, de Mozart écrit à Salzbourg en 1777, à l’âge de 21 ans.  Et ce n’est pas tout, il nous offrira ensuite un  autre Mozart en bis : la fantaisie en do mineur K 475.

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 Pour terminer cette splendide démonstration artistique,  voilà toute la fougue d’Augustin Dumay, incarnée dans un archet déchaîné,  étourdissant de couleurs et de variété dans une œuvre aux difficultés musicales apocalyptiques : Tzigane de Ravel pour violon et orchestre! Le public, ami de la musique, philanthrope  ou  simplement curieux aura été comblé par son langage très personnel.

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http://www.sunchild.be/index.php/fr/about

http://www.arthulencourt.eu/

http://www.dezeegant.com/fr

http://juliecalbete.eu

http://musicchapel.org/kinga-borowska/

http://www.jeandelobelbarytonbasse.portfoliobox.me/agenda

https://fr.wikipedia.org/wiki/Valeri_Afanassiev

* http://en.romania-muzical.ro/articole/art-index.htm?g=11&c=3271

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administrateur théâtres

1274660243.jpgVoyage métaphorique ?
Falling asleep? Eveil, ou réveil ?  « Falling: A Wake », c’est le titre original  de la pièce de l’auteur canadien Gary Kirkham. Traduction en français : « Une veillée ». Il est certain que vous ne vous endormirez pas! Le bruit infernal de l’explosion de l’avion qui s’écrase à côté d’une ferme « sur un point indéterminé de nulle part » a de quoi réveiller le spectateur en manque de sieste ! La pièce se base sur un fait réel : le crash dramatique du vol 103 de Pan Am suite à un attentat terroriste en 1988. Il y a presque trente ans. Les 150 victimes de l’airbus Germanwings, c’était l’année dernière, à Pâques.

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Au début de l’histoire, des pièces d'un avion commencent à tomber du ciel, et l'un des passagers, sanglé dans son siège. Un beau jeune homme au visage limpide. Le vieux couple du professeur de mathématique Harold et Elsie qui avait choisi de reprendre la ferme paternelle, découvre cette chose totalement ahurissante et apocalyptique dans leur univers clos, qu’ils annoncent avec humour, quelque part sur un chemin, par une pancarte surréaliste : « Si vous pouvez lire ce ci, c’est que vous êtes perdu !»   Et en avant les phrases sibyllines, surréalistes, vêtues de sens multiples, touchantes comme les galets littéraires semés par Samuel Beckett ou Harold Pinter. 825857779.jpgLe froid humide, l’absence de lumière de la cave souterraine où se joue la pièce contribue à l’atmosphère lugubre. Si on sort les couvertures sur scène, on les sort aussi dans les fauteuils de l’assistance, question de se mettre au diapason. Harold et Elsie réagissent à cet accident terrifiant, métaphore de la fin du monde, chacun à leur manière. Harold (Alexandre Trocki) s’empresse auprès de sa femme, en lui prodiguant mille attentions amoureuses et tendresse de longue date. Il fait la lumière à commencer par une torche, puis une lanterne puis une armée de bougies, photophores et chandeliers, pendant que la femme veille le mort, et se met à lui parler. Son âme et-elle encore là ou est-elle déjà partie ? Elsie (Brigitte Dedry) prend l’initiative d’une longue conversation à sens unique avec le jeune homme mort. Elle risque la prière. Lui, recrée minutieusement sur la scène de l’accident un semblant de vie  domestique quotidienne en amenant auprès de la femme qu’il aime, fauteuil de salon, tapis, chocolat chaud…A la façon de ces oiseaux fidèles, faiseurs de nids, indissociables et tendres.

3968818209.jpgEt puis, si tout cela n’était qu’invention commune? Recherche désespérée de sens? Une pure invention, comme le jeu des enfants, quand leur imagination est palpitante en regardant les étoiles et en entendant les cris féroces de la nuit. Et si, sur scène on voyait se réaliser la magie de l’amour? Et si ces comédiens vieillis étaient tout simplement en train de mettre en commun leur âme d’enfant ? Et si cette mise en scène était la catharsis d’une douleur ancienne innommable? Une perte insupportable? Peut-on nommer la douleur la plus grave pour des parents? Vous êtes bel et bien en plein voyage métaphorique! La dernière phrase tombe : comme une pièce détachée de métal brûlant. « Mais comment peut-on expliquer tout cela ?» « Il n’y a rien à expliquer !» 
La mise en scène de Virginie Thirion, jointe à la scénographie et aux costumes de Marie Szersnovicz ont de quoi glacer le corps mais pas le cœur…La création sonore palpitante, grande composante de la pièce, est signée Marc Doutrepont.

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UNE VEILLEE

De Gary Kirkham.
Avec Alexandre Trocki et Brigitte Dedry.

Belle comédie dramatique

DU 08/03/16 AU 30/04/16

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=420&type=1

Lire en +:
Pièce de résistance par Marie Baudet in La Libre, le 10 février 2016
Tendresse grinçante et résistance par Marie Baudet in La Libre, le 18 février 2016
Alexandre Trocki, la force tranquille par Catherine Makereel in Le Soir, le 20 février 2016
Les veillées de Gary Kirkham : le travail du deuil sous le masque du domestique par Sébastien Barbion in Le Rayon Vert Cinéma, le 21 février 2016
Une veillée *** par Eric Russon in Moustique, le 24 février 2016
«Une veillée» funèbre pour reprendre le fil de la vie par Catherine Makereel in Le Soir, le 2 mars 2016

Le mot de  Virginie Thirion :

Cette pièce canadienne, création mondiale en langue française que nous vous proposons, est une petite perle sensible et tellement humaine. Un duo porté par Alexandre Trocki et Brigitte Dedry, dans une mise en scène de Virginie Thirion. Souvenez-vous du tendre J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin, la saison dernière.

Ainsi commence l’histoire :

«Si vous pouvez lire ceci, c’est que vous êtes perdus». Voilà comment on arrive chez Harold et Elsie.

Le début de la nuit, il fait froid.

On entend le faible bruit d’un avion au loin.
Ensuite, le fracas sourd d’une explosion.
Silence.
Quelque part, un chien aboie.

Elsie : C’était quoi ce bruit ?
Harold : Je sais pas… un orage peut‐être.
Elsie : Quoi ?
Harold : Je disais, un orage peut-être.
Elsie : Il fait froid. Tu as mis quelque chose de chaud ?
Harold : Oui, j’ai un manteau.

Harold sort avec une lampe torche. Il porte des bottes en caoutchouc et le manteau de sa femme.

Quelque part entre Harold Pinter et Samuel Beckett, Harold et Elsie, fermiers par hasard, élevant des poules en pleine campagne, « un point indéterminé de nulle part, parce que si nous étions au milieu de nulle part, on pourrait encore nous trouver… », comme le dit si bien Harold, ancien professeur de mathématique qui a gardé le souci de la précision. Deux personnages tout en humour et tendresse. Si je devais pointer l’enjeu majeur de la mise en scène, ce serait celui-ci : servir la tendresse et l’humour présents dans le texte, dans l’histoire. C’est une vraie gageure, s’agissant de deux êtres confrontés à l’insupportable. Et pourtant. Ils résistent, chacun à leur manière. Elsie parle, elle raconte, elle choisit ce qu’elle veut croire, elle maintient le contact, elle parle pour tenir la tristesse à distance, pour maintenir son mari proche. Harold résiste en acte : d’accord, un événement imprévu et dramatique, emprunt de mort, les expulse de chez eux. Mais il ne s’avoue pas vaincu pour autant, il lutte pied à pied, accumulant fauteuil, lampe, tapis, pantoufles, bougies…. n’hésitant pas à recréer du confort et une possibilité de vie là où l’inimaginable et le traumatisant s’étaient imposés. Et à deux, unis par un amour nourri et construit tout au long de leur histoire et de leurs épreuves communes, ils font reculer l’insupportable injustice de la vie, l’adversité, le chagrin, l’isolement.

Brigitte Dedry et Alexandre Trocki sont les deux interprètes. Ils ont pour eux cette finesse, cette intelligence du texte, et cette belle capacité à en faire entendre les délicatesses. Avec eux, nous découvrons et explorons ce que les personnages se disent vraiment lorsqu’ils se parlent. Nous découvrons comment l’auteur a parfaitement construit leur histoire, lors de cette incroyable nuit, et comment il a subtilement balisé leur cheminement vers la paix et la sérénité.

– Virginie Thirion –

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A Spa

une aquarelle d'Adyne Gohy

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a inspiré

Promenade autour du Lac de Warfaaz

Haïkus de

Raymond Martin

 

Lac du soir hiboux

Hulule à la lune

Rousse étoilée

 

Lac du matin luit

Au soleil montant brume

Ouatée perfide

 

Lac  à la tanche

Le Carassin  frétillant

Brochet  esseulé

 

Lac du midi bleu

Ciel  suffocant  ses rives

Promenées  fanées

 

Lac aux  lestes  castors

Goûteurs  de racines

Des berges offensées

 

Une grenouille plonge

Onde dans  l’eau ridée

Noie feuilles  de hêtre

 

Wayai  boit  l’eau rouge

Vieilles  fagnes  honorées

Beautés  végétales

 

Spa la tranquille baigne

Les  corps  nonchalants

Douceur  du  santal

 

Voltige égayée

Des  papillons bleutés

Sur  les  feuilles  roussies

 

Feuillages  bigarrés

L’écureuil  virevolte

De branche  en  branche

 

Bleu  du ciel  serein

Dessine les feuilles mortes

Promenade boisée.

 

Le vent est tombé

Pie sautille excitée

Vermisseau au bec

 

                                                              Raymond  Martin  - Automne  2015

Un partenariat d'

Arts 

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Telle une cuisse de nymphe émue !

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                                                     Telle une cuisse de nymphe émue !

    Elle exhale autour de lui
     Légère et céleste
                L'arôme de ses fruits défendus
                         Voluptueuse maladresse 
            D'une délicieuse mousseline

Charmé!

                         Il chavire sur les rondeurs intimes 
                  D'une callipyge.

 
Rosyline 16/01/2015

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Un beau commentaire d'Isabelle Fable de l'Association Royale des écrivains et artistes de Wallonie sur AGIR ET ACCUEILLIR. Merci!

" Un ouvrage petit par la taille mais riche de contenu. Attrapée au coin de la vie par un cancer sournois, Martine Rouhart ne se laisse pas abattre. Obligée, par la force des choses, de ralentir, de se retrancher de la vie active, de subir de plein fouet la maladie et les traitements, elle rebondit en mettant à profit ce temps de latence et de souffrance pour « penser » et pour noter ce qu’elle ressent, ce qu’elle comprend, ce qu’elle voit changer en elle et autour d’elle pendant ces mois consentis au cancer, ces mois où elle mettra tout en œuvre pour en venir à bout et même faire de cette épreuve une occasion de grandir en force et en sagesse.

On aurait pu mettre le titre à l’envers : Accueillir et agir. Car la première étape était bien d’accepter, et non seulement d’accepter mais d’accueillir le cancer, de l’apprivoiser, d’en tirer profit et de vivre intensément chaque moment, de réapprendre à savourer les choses, le rayon de soleil, le merle au jardin, les mille clins d’œil de la vie… Garder l’espoir et le goût de vivre, sans toutefois se bercer d’illusions. « La vie est partout, brève mais insistante, intense, insouciante. Elle est en moi aussi, pressante. Non, ma vie ne tient pas qu’à un fil. Chaque jour, chaque minute, je tresse consciencieusement un cordage qui doit résister à la volonté de puissance des forces contraires. Dur et rugueux, il est forgé de résolutions, d’acceptation et d’une part de résignation. » Elle semble avoir trouvé le juste dosage, la bonne attitude à prendre face à la maladie, acceptant de son mieux les hauts et les bas, les moments de bonheur à se voir surmonter l’épreuve et les moments de faiblesse, où on lâche prise. L’important étant de se relever après chaque chute, comme dit Confucius. Entre solitude et présence des proches, elle navigue, à la fois fragile et forte, patiemment, « laissant libre cours à sa nature contemplative, pour vivre plus par la pensée que par l’action. »

Elle nous livre ses états d’âme et ses états d’esprit en brèves notices sincères et bien tournées, qu’on peut lire en piochant de gauche à droite, comme un recueil de poèmes ou un psautier où picorer une certaine joie de vivre, une volonté tranquille, le témoignage d’une malade qui guérit. La présente édition est complétée par une ajoute, écrite six ans après, où Martine Rouhart nous dit – et c’est sans doute le mot de la fin : « Si cet « épisode » était le prix d’un commencement de sérénité, ce n’est pas si cher payé. » Elle porte désormais une attention plus vive à la vie et aux autres. Et, cerise sur le gâteau, elle a prolongé le processus d’écriture entamé dans des oeuvres de fiction, que salue Claire Anne Magnès dans la préface qui ouvre le livre.

Bilan positif donc et tout le monde s’en réjouit. Comme le dit si bien Sylvie Godefroid, il y a de belles choses à vivre après un cancer".

Isabelle Fable

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administrateur théâtres

LA SCALA DI SETA, rythmique endiablée pour intrigue amusante à L’Opéra de Liège

Gioachino Rossini

 : 

La scala di seta
("L'échelle de soie")

 


12273151294?profile=originalAprès le succès de
« La Cambiale di matrimonio », en 1810 - le jeune Gioachino Rossini avait à peine 18 ans, Antonio Cera – directeur du Teatro San Moisè de Venise, décida de faire à nouveau appel  à Rossini pour la réalisation de quatre farces supplémentaires: « L’inganno felice », « La Scala di seta », « L’occasione fa il ladro » (1812) et « Il Signor Bruschino » (1813). Le public vénitien qui a assisté au succès de LA SCALA DI SETA du compositeur le 9 mai 1812 n’a pas manqué de remarquer que le sujet de l’œuvre était fort similaire à celui de « Il Matrimonio segreto » (Domenico Cimarosa) dont le succès à Vienne en 1792   avait été  immédiat et retentissant.  Du modèle théâtral français, le livret en conserve les caractéristiques d’une dramaturgie construite autour de l’intrigue dans laquelle sont impliqués les personnages, sans développer outre mesure leur portrait individuel. Par contre, pour les situations comiques, c’est le principe de la farce à l’italienne qui s’applique s’attelant à faire jaillir des personnages l’aspect giocoso, à travers le contraste social qui s’exprime dans les différences linguistiques et dialectales. Ici, le thème du mariage clandestin sert de toile de fond. Elle est composée d’imbroglio sentimentaux, et de rebondissements souriants. Rossini et le librettiste, Giuseppe Marie Foppa, ont construit un mécanisme théâtral parfait où la musique, dont le rythme soutenu invite à la joie, cède parfois le pas, par jeu uniquement, à la langueur sentimentale d’une aria, qui permet à la voix de se déployer dans toutes ses nuances, élégiaques et acrobatiques. Pour le reste, le dynamisme prend le dessus dès la très célèbre symphonie d’ouverture, pétillante et d’une fraîcheur mélodique séduisante. 

 

Christopher Franklin assurera la direction musicale. Ce sera l'occasion de découvrir, pour la première fois à Liège, Damiano Michieletto, metteur en scène de renommée internationale. Une belle équipe (avec Julie Bailly et Laurent Kubla)  qui donnera toute son envolée comique à cette œuvre, garantissant au public un moment joyeux dont on espère, tout comme lors de la création, qu'il fera naître dans la salle des sourires, voire des éclats de rire. Vous avez dit : opera buffa ?

 

L'histoire: 

Opéra en un acte: 
On se trouve dans les appartements de Giulia la pupille de Dormont. Elle voudrait se débarrasser de la  surveillance jalouse  de Germano, le serviteur de son tuteur, domestique bouffe qui est amoureux d'elle. La jeune fille, en dépit de l'opposition de Dormont, a secrètement épousé Dorvil et chaque nuit, elle le reçoit en secret  grâce à une échelle de soie. Il faut qu'elle permettre au jeune marié, caché dans l'une des armoires adjacentes, de quitter la chambre. Germano est sur le point de sortir, quand Lucilla, sa cousine se présente.

Enfin seul avec Julia, Dorvil avoue être préoccupé par l'arrivée de son ami Blansac jeune prétendant que le tuteur lui veut pour mari. D'abord inquiet puis rassuré par ses serments d'amour, Dorvil saute du balcon juste à temps pour éviter d'être vu par le tuteur. Les événements se précipitent et Giulia doit concevoir un plan pour se débarrasser du prétendant qu'on voudrait lui imposer. Le mieux serait qu'il tombe amoureux de Lucilla. Dorvil brûle néanmoins de jalousie. Lucilla et Blansac tombent amoureux l'un de l'autre, mais Germano continue de semer le trouble dans les couples et fait presque échouer les plans de Giulia... À minuit, la fuite de Giulia et Dorvil est interrompue par l'arrivée  inattendue  de Blansac et de Germano. Dormont se réveille, et les deux amants n'ont plus qu'à lui révéler la vérité. Dormont leur pardonnera voyant que Blansac est amoureux de Lucilla. Il donne son consentement aux épousailles. 

Dates: 

Du vendredi, 11/03/2016 au samedi, 19/03/2016

Distribution

Chef d'orchestre  

Christopher Franklin

Metteur en scène  

Damiano Michieletto

Décors, Costumes  

Paolo Fantin

Lumières  

Alessandro Carletti

 

~

Giulia   

Mariangela Sicilia

Dorvil   

Ioan Hotea

Germano   

Filippo Fontana

Dormont   

Federico Buttazzo

Blansac   

Laurent Kubla

Lucilla   

Julie Bailly

 

Orchestre: Opéra Royal de Wallonie/ Production: Rossini Opera Festival

http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/la-scala-di-seta

 

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                MARTINE DUDON : VOYAGE ENTRE L’ESPACE ET LA FORME

Du 02 – 12 au 20 – 12 – 15, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) vous propose une exposition consacrée à l’œuvre de l’artiste peintre française, Madame MARTINE DUDON, intitulée : UN CERTAIN REGARD.

A l’analyse de la peinture de MARTINE DUDON, on réalise que le titre de l’exposition qui lui est consacrée lui sied admirablement : UN CERTAIN REGARD, en ce sens que c’est effectivement le regard qui est interpellé au fil de son œuvre. L’on pourrait même pousser l’audace jusqu’à affirmer que le sujet de son exposition est précisément le regard. Le regard qui ne sait plus où « donner de la tête », tellement il est sollicité par la dimension multidirectionnelle de la forme en totale expansion, incarnée dans une myriade de personnages filiformes, évoluant comme des pantins en suspension dans l’espace, lequel est littéralement « absorbé » par la forme en perpétuelle dilatation. Le regard est dans la forme et la forme est dans le regard. De même que la forme est dans la forme, tellement les silhouettes évoluant sur la toile sont imbriquées, l’une dans l’autre, occupant matériellement l’espace. Chacune d’elles est consubstantielle de l’autre pour former une entité plastique spatio-temporelle. Les silhouettes sont campées dans des postures rappelant la chorégraphie, en ce sens que chacune d’elles est saisie dans la posture esquissée dans la scansion du mouvement. Un monde à la fois mouvementée et statique s’anime sous nos yeux. Un univers dans lequel forme et couleurs créent un langage unique, parsemé d’une constellation de détails, tels que des visages privés d’yeux, des personnages doubles, des postures contorsionnées, des silhouettes issues d’autres silhouettes aux yeux bandés…

Une constante réside dans le fait que les visages sont privés d’expression. Malgré cela, les corps sont « animés » par un chromatisme distillé, à la fois, en pointillés et en de larges traits recouvrant les silhouettes, structurées par une note de couleur dominante, à l’intérieur de laquelle, émergent d’autres couleurs : LES ANNEAUX (60 x 81 cm – huile sur toile).

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Enfin, dans la création du mouvement, intervient l’apparition de légères accentuations vibratoires de forme sphérique, associées à la tête, aux mains et aux bras : MUNIVER (70 x 100 cm – huile sur toile).

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La peinture de MARTINE DUDON est avant tout une aventure vibratoire. Les vibrations sont obtenues par le contraste flagrant entre ce que l’on pourrait qualifier de « sérénité » des personnages dans leur attitude et la force sauvage des couleurs festives. Nous sommes en présence d’un cirque onirique, à l’intérieur duquel évolue un long ballet langoureux où la sensualité domine en maîtresse, à la fois, par la vivacité des couleurs et les mille contorsions des formes. Le regard se perd dans une pléthore de détails. Mais que l’on ne s’y trompe pas ! Malgré la profusion des éléments, rien n’est anarchique : un ordre constant règne sur toute la toile. Les personnages sont, généralement, disposés sur trois plans : avant-plan, milieu et arrière-plan. Une mathématique subtile régit l’intérieur de la composition, enserrant les personnages dans les limites exactes du tableau. Rien ne dépasse du cadre.

L’œuvre de cette artiste est le résultat de son vécu. Aide-soignante de formation, elle a été en contact avec la souffrance, à la fois physique et morale. De cette expérience, en prise directe avec la vie, elle en a tiré tout un univers pictural traduisant une recherche inassouvie du bonheur. Son œuvre est avant tout une invocation adressée à l’Homme et au Monde. Sa peinture est la traduction d’un sentiment imprégné d’écologie.

MA TERRE ET MA MER (65 x 81 cm – huile sur toile)

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nous offre un univers marin, enrobé d’algues, au milieu duquel évolue des personnages formant des couples, des duos mère-enfants, évoluant dans une sérénité fraternelle. Malgré cette atmosphère idyllique, la menace de la pollution, présentée comme anéantissement parcourt  le tableau. Des petites silhouettes, horizontalement alignées, à l’avant-plan, indiquent les victimes, passées, présentes et futures de la pollution.

LES CORPS BLANCS (65 x 92 cm – huile sur toile)

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présente des têtes coupées, des visages vides et surtout le blanc des corps, évoquent un épisode de  souffrance gestuellement exprimée.

REPRESSION (65 x 100 cm – huile sur toile)

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reprend un thème similaire en nous montrant des mains et des pieds liés, des yeux bandés et des bouches bâillonnées. Cela, malgré le côté festif de l’œuvre.

Il y a une dimension carnavalesque dans l’œuvre de cette artiste, laquelle peut facilement tromper le visiteur.

LES ANNEAUX (mentionné plus haut) nous montre une composition associant une géométrie discrète, créée par les anneaux, structurant à la fois, le périmètre et le centre de la composition avec des personnages aux couleurs chatoyantes, mariées dans une harmonie telle qu’aucune d’entre elles ne dépasse l’autre en intensité.

Le regard, pris comme sujet, est exigeant, car il impose au visiteur qu’il s’arrête sur chaque détail de l’œuvre. A titre d’exemple, MA TERRE ET MA MER (mentionné plus haut), présente un couple « attaché » l’un à l’autre, en haut à gauche, dont la symétrie corporelle est créée par une variation chromatique à partir de la même couleur : une ligne médiane passe par le milieu du visage du personnage en bleu, à gauche, laquelle s’obscurcit ostensiblement, pour accentuer la symétrie de la forme et par conséquent, jouer sur le rythme, créant le mouvement. Il en va de même pour le personnage de droite. L’œuvre de MARTINE DUDON est parsemée de minuscules touches de pigmentation, parfois fortement prononcées, rappelant sans l’être dans l’absolu, le pointillisme (ex : MA TERRE ET MA MERE, à l’avant-plan), car il ne définit pas l’image à partir du pointillé sur la persistance rétinienne. 

L’artiste est une autodidacte qui, selon ses propres termes, « met en scène » l’espace. Lorsqu’on lui demande si elle a des influences, elle répond « non », d’un air assuré. Pourtant, à y regarder de près, les silhouettes présentées dans MUNIVER (cité plus haut), font singulièrement penser à celles de Keith Haring, à la fois dans leur structure ainsi que dans leur façon de se dilater dans l’espace. Cela veut-il dire qu’à son insu elle en a été influencée ? Assurément pas, car elle avoue ne pas connaître cet artiste. Force est de constater, alors, qu’il y a des « situations créatrices » qui s’inscrivent dans le tréfonds créateur de l’artiste s’exprimant, lesquelles remontent à l’origine de la psyché humaine. N’ayant jamais étudié l’art de l’Antiquité Classique et proche-orientale, comment se fait-il que les corps morts de MA TERRE MA MER (cité plus haut) flottent dans la partie basse, à l’avant-plan du tableau ? L’on pourrait objecter : parce qu’il s’agit du milieu marin. Assurément. Néanmoins, ces corps auraient pu être conçus éparpillés ça et là dans l’espace, sans direction définie. Ici, il s’agit de leur accorder une place, un monde à l’intérieur de l’univers marin.

Il s’agit, en fait, de ce que l’on nomme, concernant les bas-reliefs ou les peintures murales antiques : « l’inframonde ». C'est-à-dire, le monde des ombres où règnent les morts, tués par une mort violente, telle qu’un combat.

Et il se trouve que la pollution est un combat que l’humanité mène depuis maintenant des décennies.

Deux constantes régissent l’œuvre de cette artiste, à savoir la présence des mains dans son écriture ensuite l’absence totale de signature dans le bas de ses tableaux.

Les mains sont là car elles servent, à la fois de traits d’union entre les hommes mais aussi d’outils de construction (comme dans MUNIVER, dans lequel l’existence même de la musique comme résultat matériel et sonore, ne se réaliserait pas sans le concours de mains)  et l’absence de signature signifie que l’œuvre appartient non pas à l’artiste mais bien à celui qui s’en imprègne.

L’artiste affectionne la technique à l’huile. A partir du noir et blanc, elle s’est, par la suite, tournée vers la couleur. Néanmoins, elle compte évoluer vers une écriture où l’importance de la couleur sera moins prépondérante.

MARTINE DUDON « parle » avec ses personnages. Elle met en scène le corps dans tous ses états avec le même bonheur, pour le bonheur du visiteur qui dans ce dédale de formes, cherche sa voie.

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

A voir:

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza


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François Speranza et Martine Dudon: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(2 décembre 2015 - Photo Robert Paul)

               

                        

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Exposition Martine Dudon l'Espace Art Gallery en décembre 2015 - Photo Espace Art Gallery

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   CHRISTIAN BAJON-ARNAL : LA LIGNE ET LA COULEUR : L’ART DE L’ESSENCE

Du 27 – 01 au 14 – O2 - 16, l’ESPACE ART GALLERY (Rue lesbroussart, 35, Bruxelles, 1050) vous propose la découverte de l’œuvre du peintre français CHRISTIAN BAJON-ARNAL, intitulée : BUTTERFLY PALETTE.

Parler, voire décoder l’œuvre de CHRISTIAN BAJON-ARNAL, peut sembler  simple à première vue. Mais à y regarder de près, il n’est rien de plus complexe que de souligner les variations de l’écriture picturale de cet artiste. Une question peut laisser le visiteur médusé, à savoir : peut-on parler de « styles » en ce qui le concerne ? Oui et non. On peut, en effet, parler de « styles » si l’on se laisse emporter par la variété des sujets techniquement abordés. A titre d’exemple, BENDOR CHRISTO (80 x 130 cm – cônes d’huile au pinceau sur toile)

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et VENISE YIN ET YANG (60 x 80 cm – huile sur Arches encadré bois),

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n’ont d’un point de vue technique rien de commun. Néanmoins, malgré ces différences le dénominateur qui les réunit, demeure la ligne de laquelle émerge la couleur. Mieux ! La ligne devient l’assise de la couleur. Et cette ligne, laquelle s’affirme dans deux directions opposées dont nous parlerons plus loin, s’organise tant dans le trait conçu dans ECHAFAUDAGE EMBOUTEILLAGE (80 x 100 cm – huile sur toile),

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c'est-à-dire, dans une succession de droites et d’horizontales, lesquelles structurent la forme vers un véritable processus géométrique. Remarquons, notamment, en haut sur la gauche du tableau, cette série de rouleaux à dominante bleue, lesquels sont enserrés à l’intérieur d’une suite d’espaces carrés, renforçant la dynamique de la composition. Tout à l’intérieur de cette œuvre semble « ficelé », provocant ainsi une atmosphère assez étouffante. Les deux personnages, en bas, aux extrémités de la toile, n’existent qu’en tant que référents dimensionnels à l’univers géométrique. L’artiste s’est complu dans l’élaboration d’une ligne essentiellement rigide, évoquant l’aspect du monde moderne, à la limite du camp concentrationnaire.

Tandis que dans la direction étirée des gondoles de VENISE YIN ET YANG (cité plus haut), dont la superposition des proues laisse deviner le rythme de l’eau, la ligne adopte un autre langage, totalement délié, permettant à la couleur, vive, d’exister à l’intérieur du support linéaire. Tout dans cette œuvre est une question de strates chromatiques. Il s’agit d’une ligne ondulée, évoquant ce même monde mais dans une vision romantique de l’esprit. Nous retrouvons cette ligne ondulée, c'est-à-dire de paix, à la fois dans COCO AND COCO (80 x 80 cm – huile sur toile),

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où l’arbre souligne sa sensualité dans une suite ordonnée, menant vers un point de fuite plongeant, aboutissant vers la mer, comprise dans un cadrage étroit, englobant le ciel, à partir d’une ligne d’horizon très basse.

Cette même sensualité de la ligne se retrouve, notamment, dans FEMME BLEUE (80 x 80 cm – huile gravée sur bois),

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où la ligne ondule sur elle-même. Comme dans toute création, la mythologie – qu’elle soit personnelle à l’artiste ou celle véhiculée par la culture – se retrouve cachée derrière le symbole, non directement révélée à la conscience du visiteur. Le titre de ce tableau peut induire en erreur, en ce sens que le bleu ne sert que de support à l’allégorie de la Femme. A la question : « le bleu est-il pour vous la couleur de la Femme ? », l’artiste répond par un « non ! » catégorique. Car pour lui, le bleu reste une couleur trop « froide » pour être associée au langage de la passion incarné par la Femme. Par contre, à l’analyse des lignes ondulantes incarnant la sensualité féminine, quelque chose interpelle le regard. Entre les lignes s’insinuent des stylisations géométriques. Cela est dû au fait que l’artiste a beaucoup voyagé. Lors de ses périples, il a côtoyé l’art des Aborigènes d’Australie. L’art millénaire australien a, depuis ses origines, parlé du « Temps des rêves », époque idéalisée que nous retrouvons, d’ailleurs, dans toutes les cultures, sous la forme de « l’Age d’or », mettant en exergue l’ « âge cosmologique » où régnait le terrain fertile des origines, proche d‘une perfection primitive. Les Aborigènes Australiens ont exprimé cette époque mythique, notamment, dans l’art pariétal, en illustrant le monde des esprits « Mimis », monde duquel s’est inspiré l’artiste. Les stylisations blanches que l’on retrouve à l’intérieur des lignes ondulées, épousent l’arrière-plan de la toile, lequel présente à son tour, des ondulations de tailles différentes, dominées par le bleu, en dégradés, alternant avec des notes noires et vertes. 

Une autre mythologie, personnelle celle-là, nous donne la clé nous dévoilant l’accès à VENISE YIN ET YANG (mentionné plus haut). Cette œuvre se lit dans le sens rotatoire, à savoir de droite à gauche. L’Homme, en bas à droite, est représenté par le seul attribut qui l’associe à Venise : son chapeau de gondolier, lequel est centré à l’intérieur d’une forme rappelant celle du cœur. La Femme est située en haut vers la gauche, dans un symbole circulaire associant l’image d’un ventre fécond.

Chemin faisant, le regard atteint en haut, vers la droite, une gondole vide que seul l’imaginaire du visiteur peut associer au véhicule que prendront les amants. 

Tout est conté de façon non dite, en laissant à l’imaginaire la tâche de compléter l’histoire. Les couleurs, joyeuses et vives, à l’avant-plan que l’on retrouve dans la conception chromatiques des proues : rouge-vif, bleu intense, violet, jaune-vif contrastent avec celles de l’arrière plan : noir intense et reprise, en dégradés des couleurs de l’avant-plan, confinées dans de petites zones. La gondole (vide), répond à une composition bi-chromée, associant le gris et le noir : deux couleurs volontairement « neutres » permettant à l’imaginaire de la peindre aux couleurs d’un romantisme personnel. L’accès par le biais du périple rotatoire, associé à la symbolique des couleurs et des instants, participe de la mystique orientale du yin et du yang, en ce sens que tout est dans tout.

Ligne et couleur définissent l’écriture de cet artiste. Ligne et couleur avec pour dénominateur commun la révélation de la matière. Cette dernière est primordiale dans son œuvre, car elle leur assure l’autonomie nécessaire à la prise de conscience par le biais du regard.

QUIETUDE D’AUTOMNE (60 x 50 cm – huile au couteau sur bois).

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Le cadrage « impressionniste » de ce tableau est un savant mélange de couleur traitée au couteau dans sa partie supérieure. Tandis que la spatule a servi pour le « balayage » de la diffusion chromatique dans sa partie inférieure.

Il s’agit d’un travail énorme sur la matière. Le visiteur ne manquera pas de remarquer la correspondance admirable entre la forme des arbres, débordants de matière, étalée au couteau et leur frêle reflet dans l’eau, légèrement souligné par une spatule au diapason de l’ensemble harmonique. La terre ferme est conçue de la même manière que les arbres : en agglutinant la matière en petits tas, au couteau. Si le cadrage est de conception « impressionniste », l’atmosphère est on ne peut plus « fauve » : vert, rouge, jaune et orange, vifs, se déclament en dégradés sur la surface de l’espace. 

L’artiste nous invite aussi à une réflexion sur l’idée même de la notion de l’ « abstrait » par une composition intitulée OU VA LA VAGUE MAMAN II (100 x 73 cm – huile sur toile).

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Le choc que procure cette œuvre réside dans le fait de se demander si elle est le pur produit de l’esprit de l’artiste ou si d’une vue prise dans la réalité, elle a été composée dans un langage abstrait. De plus, il est possible de l’accrocher aux cimaises, soit de façon horizontale ou verticale, sans que cela n’altère la perception du choc.

Il s’agit, en fait d’une vision issue de la réalité, retranscrite dans un langage abstrait. Néanmoins, si on l’ignore, il est parfaitement licite de se poser la question de son origine sémantique. D’un point de vue technique, cette œuvre est d’une maîtrise sans égal. Trois zones structurent le tableau, lequel, observé verticalement, présente une zone bleu, à droite, symbolisant la mer. Une zone blanche, en dégradés, au centre, soulignant la formation de l’écume, relâchée par la vague en mutation. Une troisième zone noire, à gauche, symbolisant le rivage. Le mouvement se créé à partir du moment où l’écume se métamorphose en son centre. En s’infiltrant progressivement à l’intérieur de la zone bleue, l’artiste a abandonné le pinceau conventionnel pour utiliser une série de pinceaux de petite taille et affirmer ainsi les nervures de l’écume, permettant au regard de pénétrer à l’intérieur des nombreux contrastes et s’imprégner, de ce fait, du mouvement de la vague.

BENDOR CHRISTO (mentionné plus haut), nous offre une technique qui tranche littéralement avec tout ce qui a été montré : les cônes d’huile au pinceau sur toile. Il s’agit d’un mélange d’huile avec un medium sélectionné. L’artiste installe la toile en aplat et pose la pointe du pinceau sur un point précis de l’espace pictural pour la retirer aussitôt. Le titre de cette œuvre est un hommage à l’artiste Christo qui a (notamment) recouvert de plastique de couleur rose l’île de Bendor. Malgré le changement de la technique, le style, en tant que tel, demeure le même. L’on y retrouve la ligne ondulée séparant l’espace en plusieurs zones. Malgré cette différence, l’artiste rend également hommage à Seurat, en concevant par l’intermédiaire de la matérialité des cônes, un « pointillisme » surprenant. De même, il met en exergue, que ce soit au centre, en haut à droite, des rappels de notes rouges, bleues et blanches pour rendre hommage à Piet Mondrian, dont ces trois couleurs trônent dans sa série des VICTORY BOOGIE WOOGIE. Il s’agit de l’évocation de moments de bonheur vécu. Une fois encore, la ligne en est la preuve : elle est ondulée, comme dans FEMME BLEUE, COCO AND COCO ou  VENISE YIN ET YANG  (mentionnés plus haut). Associée à la couleur vive, elle exprime la vie, le soleil et la joie de vivre.

CHRISTIAN BAJON-ARNAL, a pour le trait, à l’origine de la ligne, une passion particulière, en ce sens que celui-ci représente une forme de rationalité, étant donné que l’artiste a une formation scientifique, axée sur les mathématiques et qu’il a toujours voulu s’exprimer à travers l’architecture. Par la suite, il s’est dirigé vers la peinture en s’attaquant d’abord aux figures à deux dimensions pour aller enfin à la recherche de la troisième. Lorsque en guise de présentation, nous disions que la ligne est dans sa peinture l’assise de la couleur, à travers laquelle celle-ci se développe, l’artiste affirme devant l’Eternel que « peindre, c’est avant tout utiliser la couleur ! » et qu’entre la ligne et cette même couleur, « aucune ne prend le dessus sur l’autre ! ». Si d’aucuns se demande comment s’est effectué le passage d’une écriture vers une autre, l’artiste répond qu’il est guidé par le tableau. Que celui-ci lui impose sa propre écriture.

Que d’expressions du mythe dans l’œuvre de CHRISTIAN BAJON-ARNAL ! C’est au visiteur à présent de se confronter à son univers pour le découvrir et y retrouver sa propre essence.

François L. Speranza.

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Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza


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François Speranza::et Christian Bajon-Arnal;  interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles

(27 janvier 2016 - Photo Robert Paul)

                                      

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Exposition Christian Bajon-Arnal à l'Espace Art Gallery en janvier 2016 - Photo Espace Art Gallery

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817052537.jpgGEORGES ET GEORGES, CENTRE CULTUREL AUDERGHEM Une comédie conjugale grinçante  d’Eric-Emmanuel Schmitt.

 

« Faites sauter le boîtier d'une montre et penchez-vous sur ses organes : roues dentelées, petits ressorts et propulseurs. C'est une pièce de Feydeau qu'on observe de la coulisse. Remettez le boîtier et retournez la montre : c'est une pièce de Feydeau vue de la salle - les heures passent, naturelles, rapides, exquises.» disait Sacha Guitry.

 Héritier d’Eugène Labiche, auteur de vaudevilles célèbres, Georges Feydeau écrit et joue ses plus grandes réussites de 1892 (Monsieur chasse) à 1912 (Mais n'te promène donc pas toute nue !). Il produit une pièce par an. Le théâtre de Feydeau est explosif et d’une saveur langagière inimitable.  Son théâtre regorge  de mouvement, de portes qui claquent, de situations  burlesques, de quiproquos  et oscille entre observation intransigeante de la société et  farce  théâtrale sur le ton de la caricature et de la distanciation.  Le délice des bons mots s’enchaîne à un  abattage verbal effréné et déclenche  la mécanique jubilatoire du rire.  Trève de rire, en 1919, atteint par la syphilis, Feydeau est interné par ses fils et meurt deux ans après. Il avait divorcé d’avec sa femme suite à une terrible dispute, en 1916. Cet observateur de la société  fin de siècle, qui avait fait rire jusqu’au délire le public de la Belle Epoque, finit ses jours dans une stupéfiante tristesse.

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 C’est peut-être cette situation inversée  qui a inspiré  Eric-Emmanuel Schmitt dans l’écriture de  sa pièce « Georges et Georges », un pastiche de l'écriture de Feydeau, et un hommage à ce prince de l'écriture vaudevillesque.  Rebondissant sur la  phrase  de Feydeau « N’est-elle pas plus morale, l’union libre de deux amants qui s’aiment, que l’union légitime de deux êtres sans amour ? » (La Dame de chez Maxim), Eric-Emmanuel Schmitt met en scène le ménage de Georges et Marie-Anne Feydeau, atteints par la déconfiture d’un mariage usé jusqu’à l’ennui ou pire, jusqu’au ressentiment. Ni l’un ni l’autre ne sont plus « comme avant », c’est le nom de la maladie. Mais qui peut se targuer au bout de plusieurs décennies d’amour partagé d’être encore « comme avant ? ». Nous sommes des êtres vivants, et la vie, n’est-ce pas le changement, l’évolution, la transformation ? Donc si de part et d’autre, le couple se  berce dans  une puérile nostalgie, cela a un côté agaçant et  futile.  

 L’élément intéressant et original est cette inversion des sentiments qui atteint Georges, pris de folie : il rit devant les situations insoutenables et « pleure jaune » quand il nage dans le bonheur. On fera appel au docteur Galopin (Alexandre Brasseur) et à son fauteuil révélateur de fantasmes  pour venir le guérir, avec comme résultat un beau dédoublement de personnalité. Mise en scène bondissante de Steve Suissa dans un tourbillon de portes. Si vous aimez cela !

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Davy Sardou, Molière 2014 du comédien dans un second rôle pour sa pièce « L'affrontement » présentée au Centre Culturel d’Auderghem l’an dernier, joue avec grande maîtrise le rôle  du double Georges Feydeau avec Christelle Reboul comme « desperate wife » survoltée et particulièrement énervante. L’accumulation de situations cocasses est galopante, les costumes très carnavalesques, la course derrière le chimérique argent est de bon ton mais l’accent de la reine de Batavia est incompréhensible – du faux allemand- qui aurait pu être du flamand, on aurait préféré. Véronique Boulanger (récompensée du Mini-Molière 2014 de la meilleure actrice) finit par lasser.

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Les facéties clownesques accompagnées d’aboiements de Thierry Lopez nous paraissent répétitives et lourdes et la soupe de griottes peu ragoûtante, si pas carrément vulgaire. Zoé Nonn (apparue dans le célèbre "Toc toc") joue la môme crevette, oui, très crédible, mais ce n’est pas Eric-Emmanuel Schmitt qui l’a inventée! Sic : « Il n’y a que dans les courts instants où la femme ne pense plus à ce qu’elle dit qu’elle dit vraiment ce qu’elle pense ! »


Le médecin « magnétothérapeute » insomniaque et maniaque sexuel,  joue bien son rôle d’apprenti sorcier et de maître de ballet dont il a perdu les clés. L’ensemble, joué jusqu’à l’étourdissement (« génial » diront certains) laisse néanmoins une impression de beaucoup de bruit pour rien, et le rire si prémédité n’en finit pas de se tarir. On préfère vraiment Eric Emmanuel Schmitt dans le reste de son œuvre et surtout son dernier roman, tellement admirable, celui-là, que l’on voudrait l’offrir à tous ceux qu’on aime: « La nuit de feu ».

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Davy Sardou : Georges et Georges
Christelle Reboul : Marianne, son épouse
Alexandre Brasseur : le docteur Galopin

Véronique Boulanger : La Reine de Batavia

Zoé Nonn : La Môme Crevette
Thierry Lopez : Hercule Chocotte

 http://www.cc-auderghem.be/

Jusqu’au 20/03/16

CENTRE CULTUREL AUDERGHEM

Boulevard du Souverain 183 – 1160 Bruxelles

Infos Réservations : 02/660 03 03

 

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administrateur littératures

  "Les questions les plus intéressantes restent des questions: elles enveloppent un mystère. A chaque réponse, on doit joindre un "peut-être". Il n'y a que les questions sans intérêt qui ont une réponse définitive". Paroles extraites de "Oscar et la dame rose" de E-E. Schmitt, et l'on peut ajouter que les réponses fluctuent au fur et à mesure de l'évolution de nos pensées ou tout simplement de nos humeurs. Nos pensées ont une vie, donnent la vie: les questions sans réponse concrète alimentent notre réflexion sur le monde et nous-mêmes, Rainer Maria Rilke: "Soyez patient envers tout ce qui n'est pas résolu dans votre coeur et essayez d'aimer les questions elles-mêmes, comme si elles étaient des salles verrouillées ou des livres écrits dans une langue qui vous est étrangère. Ne cherchez pas les réponses maintenant car elles ne peuvent vous être données, vous ne seriez pas en mesure de les vivre. L'important, c'est de tout vivre! Vivez les questions maintenant! Peut-être serez vous alors progressivement capable, sans même vous en apercevoir, de vous approcher doucement des réponses." Rilke, a-t-il raison ou tort? Plus l'un que l'autre probablement et il y a le fait que nos pensées conditionnent considérablement les réponse, nos débuts de réponse.

  L'état d'esprit? Essentiel: l'un estimera qu'il n'est que poussière animée à sa naissance, avec le seul but, un but louable, de gagner sa vie par le travail quel qu'il soit; l'autre se verra un être doté d'une âme qui a la force de s'extraire de sa condition ou du quotidien dans le but de mener ce qu'il appellerait sa mission suprême.

  L'un stagnera, forçat d'une certaine manière, pour gagner sa croûte, réussira ainsi sa vie par sa persévérance et sa détermination, une réussite comme une autre; l'autre, animé intérieurement par on ne sait quel génie, évoluera, souvent en marge, s'élèvera, partagera ses idées, les développera, fera des adeptes, un autre type de succès qui sera surtout bénéfique pour lui-même, son âme, son esprit, son coeur, et il rayonnera intérieurement à faire pâlir d'envie les autres, la plupart ne comprenant probablement pas d'où vient cette motivation.

  La question sans réponse? Le premier, surtout préoccupé par ses investissements et ses comptes en banque, passera à côté de celle-ci, ne se posant que des questions pratiques, d'ordre matériel, éludant les questions existentielles la plupart du temps mais avec malgré tout un but souvent honorable: la constitution d'un capital. Le second, pas nécessairement plus intelligent mais habité par on ne sait quel diable du point de vue du premier, apportera avec le temps des esquisses de réponse, chercheur et aventurier de l'être dans l'âme. Une coexistence pacifique entre le premier et le second? Pas toujours malheureusement, la frustration aidant, des divergences émergeant quant aux réponses...

  Les Arts? Les Lettres? Les livres? Peuvent-ils apporter des réponses? Mark Twain: "Le danger, ce n'est pas ce qu'on ignore, c'est ce que l'on tient pour certain et qui ne l'est pas." Devrait-on laisser les livres clos? Ne pas les lire par crainte des réponses données qui ne nous satisferaient point, ou d'y découvrir des vérités qui n'en sont point? Schmitt a cette réponse, sur les livre clos, dans sa nouvelle "Un amour à L'Elysée": "Il en est des destins comme des livres sacrés: c'est la lecture qui leur donne un sens. Le livre clos reste muet; il ne parlera que lorsqu'il sera ouvert et la langue qu'il emploiera sera celle de celui qui s'y penche, teintée par ses attentes, ses désirs, ses aspirations, ses obsessions, ses violences, ses troubles. Les faits sont comme les phrases du livre, ils n'ont pas de sens par eux-mêmes, seulement le sens qu'on leur prête."

  S'écarte-t-on ici de notre sujet "les questions sans réponse"? Livre clos, esprit clos: pas de question soulevée, point de réflexion, point de réponse! La meilleure des solutions? L'ouvrir ou le laisser clos irrémédiablement? Voici une question qui a une réponse claire et nette, qui nécessite une réponse: un choix est à faire, ferme! S'ouvrir ou se fermer comme une huître? La réponse est en vous et, en théorie, qui cherche trouve...

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administrateur théâtres

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« Tout ce qui ne me transporte pas me tue. Tout ce qui n’est pas l’amour se passe pour moi dans un autre monde, le monde des fantômes. Tout ce qui n’est pas l’amour se passe pour moi en rêve, et dans un rêve hideux. Entre une heure d’amour, et une autre heure d’amour, je fais celui qui vit, je m’avance comme un spectre, si on ne me soutenait pas je tomberais. Je ne redeviens homme que lorsque des bras me serrent ; lorsqu’ils se desserrent je me fais spectre à nouveau. »

La Mort qui fait le trottoir (Don Juan), Acte II, scène 4

Henry de Montherlant


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Un concert dans un auditoire ? Mais oui, cela nous parle et nous rajeunit!  Le concert « A Musical Feast » à l’auditoire des sciences de Louvain-La -Neuve est sold out, une assistance impatiente attend  que la fête musico-nomique  commence. Les papilles d’écoute se pourlèchent déjà même si les sièges sont un peu durs et les tablettes sans syllabus. Le programme conçu par Daniel Lipnik est une entreprise audacieuse. Il nous présente dans son splendide florilège, un périple  à travers les  correspondances : tout, pourvu que l’étreinte de la musique et de la poésie nous fasse oublier notre statut de mortels.  Ce programme regorge de poésie, d’humanité et de feu prométhéen. Les jeux de lumière pendant le concert et les applaudissements de  salle comblée en témoignent.

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 Des rubans de choristes  se placent sur le plateau exigu déjà occupé par les musiciens, enfin le chef d’orchestre, Daniel Lipnik, le sourire musical aux lèvres salue brièvement avant de lever sa baguette pour entraîner l’effectif très imposant du chœur, de l’orchestre et des solistes! Les premier rangs sont dans la proximité immédiate de la Res Musica, comme on ne l’a jamais été, les derniers rangs jouissent d’une vue de théâtre antique. Chaque pupitre est bien visible, les bois sont vifs et charmeurs, les violons enjoués et plein de bravoure dans une salle dont l’acoustique musicale n’est pas la raison première,  l’orchestration très contrastée, cohérente, ferme et joliment expressive. Les choristes déploient toute leur noblesse vocale dans leur voyage de l'ombre à la lumière.

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La pente des gradins est forte et le regard que l’on a sur les musiciens et les choristes donne déjà un certain vertige. Il y a aussi le vertige inhérent au programme qui promène l’auditeur de Virgile à Mozart, en passant par Purcell, Haendel, Gluck, Montherlant, Rimbaud : « Ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient… »  . L’antiquité et ses mythes tissent des liens indestructibles avec les grandes figures de la musique classique. Quatre solistes  de tout premier plan ont lié leur art musical avec ceux-ci - une histoire d’amour, finalement.

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 Daniel Lipnik, qui dirige depuis  plus de trente ans  La Badinerie, le chœur mixte de 90 choristes à Louvain-la-Neuve, s’est adjoint  le très beau timbre et la  voix  vertigineuse et fraîche  d’Aurélie Moreels, soprano. Remarquable dans la Reine de la Nuit! Elève de Marcel Vanaud, nous l’avions applaudie en jolie veuve de 20 ans dans  l’Amant jaloux de Grétry en 2013.  Elle chante sous la direction de Guy van Waas, Parick Davin et dans des salles prestigieuses : au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au théâtre  des Champs-Elysées, à l’Opéra Royal de Wallonie…

 La prestation de la  mezzo-soprano Anaïs Brullez a elle aussi, été remarquable et largement applaudie. C’est elle, le courageux Orphée et son lumineux désespoir,  dans  « Che faro senza Euridice ? » Elle se produit avec l’Opéra Royal de Wallonie, De Munt, le Chœur de Chambre de Namur, le Grand-Théâtre de Verviers, la Chapelle des Minimes, Le Petit Sablon Consort, le Festival de Wallonie, le Grand-Théâtre du Luxembourg…

L’humour s’est invité en force, avec le Baryton, Kris Belligh flanqué par un ténor malicieux, Michiel Haspeslagh. Son expérience en récital et oratorio comprend les Passions et la Messe en si de Bach, Le Messie, les Requiems de Mozart, Fauré et Brahms, le Stabat Mater et la Petite Messe Solennelle de Rossini, La Création de Haydn, Italienisches Liederbuch et Winterreise. Lors de cette soirée  à Louvain-La-Neuve, c’est sans doute son interprétation du Génie du froid dans le « King Arthur » de Purcell et son duo avec Aurélie Moreels « Al fin siam liberti, la ci darem la mano » du « Don Giovani » de Mozart qui auront été les plus acclamées. 

La Badinerie a enfin démontré ses grandes qualités musicales dans  son interprétation du « Dixit Dominus » de Haendel. Dans le « Kyrie » extrait du « Requiem » de Mozart, même les instrumentistes, pris par le vertige de la prestation et la profondeur de l’intériorité, et en particulier, Bernard Guiot au clavier,  accompagnaient de leur voix  dans un même élan de ferveur solidaire.

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Liens utiles:

http://www.labadinerie.be/

http://gdegives.wix.com/eclecticsingers#!mezzo-sopranes/cknc

  

     

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administrateur théâtres

Une des oeuvres majeures de la musique sacrée française du XIXème

Oratorio commandé à Théodore Dubois (1837-1924), maître de chapelle à l'Église Sainte-Clotilde à Paris pour le vendredi saint, « Les sept paroles du Christ » ont connu un vif succès à la fin du XIXe et au début du XXe siècle et sont  toujours chantées, aux États-Unis et au Canada aujourd'hui, spécialement pendant la Semaine sainte. Plutôt délaissé au XXe siècle, ce compositeur est l’auteur de plus de 500 œuvres de musique romantique française. Cet oratorio était dédié à l'abbé Jean-Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, fusillé en 1871 par les Fédérés à la prison de la Roquette. Théodore Dubois a assuré la direction du Conservatoire de Paris , de 1896 à 1905, succédant à Ambroise Thomas et précédant Gabriel Fauré.


Avec la permission de la famille, Anthony Vigneron, maître de chapelle à l’abbaye de la Cambre, a reconstitué suite à un long travail de 4 ans la version orchestrale originale de l’œuvre qu’il a présentée ce 10 mars 2016 à L’Abbaye de la Cambre, avec l’ensemble vocal de l’Abbaye de la Cambre et l’ORCW. La partition originale ayant disparu il a fallu reconstituer l’œuvre prévue pour « un quintette à cordes, une flûte, un hautbois, une clarinette, un basson, un cor, trois trombones, une harpe, une paire de timbales et l’orgue.»

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Une émotion palpable circule  dans l’église remplie d’un bout à l’autre, jusqu’au chœur. Dans l’assistance, les descendants du compositeur. Pour la première fois un petit fils écoute la musique réorchestrée de son arrière-grand-père: Francis et Pénélope sont venus exprès de Montpellier. Le concert s’ouvre sur les frémissements bienveillants du  "Pie Jesu" de Théodore Dubois pour chœur a cappella qui subjuguent l’assemblée et la plongent dans un climat de spiritualité intense. C’est alors qu’a lieu une dramatisation fracassante de l’oratorio en français sur le mode de la tragédie antique. Sombre et dramatique. Paroles cueillies aux quatre coins des Evangiles elles disent la trahison, la souffrance, l’infamie de la passion du Christ, l’injustice insupportable de ce que l’humain peut subir de pire. Le père Jacques t’Serstevens soulignera qu’à l’instar de la tradition orthodoxe, cette œuvre souligne que le Christ est aussi « Souverain de la miséricorde jusqu’à pardonner à ses bourreaux, ouvrir les portes du Paradis au larron, confier sa mère à son disciple, pardonner aux cœurs fermés par l’ignorance, traverser dans une espérance confiante le silence même de Dieu. »


Tout est consommé avant même les premières mesures de l’Oratorio, on est prêt pour l’écoute du texte latin enlacé à une orchestration riche, élégante et passionnée. Une entrée dans le Paradis. Les lignes mélodiques sont bien dessinées, la richesse des sonorités se déploient avec exaltation et grande générosité. Les divers instruments sont bien équilibrés, la harpe est divine, les cuivres ont des sonorités éclatantes et les effets des percussions sont cinématographiques. Lumineux et dramatique. Les cordes décrivent la lumière rayonnante. La soprane, Julie Calbète met toute sa nature spontanée au service de l’œuvre. Si elle articule sa douleur profonde devant la passion de Jésus, elle apparaît comme transfigurée par une joie intérieure, enchantée et vibrante de lumière. Aucun artifice, aucune vanité, elle a dénudé son âme dans ses phrasés naturels et fait briller l’espérance. Le chœur, composé de choristes professionnels, est immobile au fond du plateau et crie vengeance. Il fait œuvre de brutalité organisée. Sa haine et sa soif de sang sont tranchantes. Il exprime  la joie mauvaise de la puissance justicière, l'exultation vengeresse devant le bouc émissaire. Face au chœur, Marcel Vannaud, le baryton apparaît, comme le porte-voix du Seigneur Dieu, dans toute sa solidité et sa fragilité à la fois. Impressionnant de présence, de sérénité communicative, il est d’une justesse parfaite dans tous les registres de la compassion, il renvoie en continu une image apaisante de l’amour et de douceur infinie. Ce qu’il chante, c’est le projet et l’avènement d’un autre homme, capable de surmonter la haine.

L’assistance est exaltée par l’urgence d’une telle musique, traversée par l’énergie bouillonnante du chef d’orchestre qui fait œuvre de transmission dans tous les sens du terme. Anthony Vigneron se donne tout entier, non seulement à l’orchestre dans sa globalité mais à chacun en particulier, à chaque instrumentiste et à chaque chanteur. Chacun, dans l’assistance, reçoit personnellement un cadeau humain et spirituel inestimable. La toile musicale est en effet la plus infinie qu’il soit. On peut y lire l’indicible. La foule a changé de côté et de cap, elle applaudit à tout rompre et « Le cantique de Jean Racine » de Fauré donné en bis achève le programme sur le sourire intérieur dans le cœur de chaque participant à cette inoubliable soirée.

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440px-Bmr_41_theodore_dubois_musica.jpg?width=220Orchestre Royal de Chambre de Wallonie,
Ensemble Vocal de l’Abbaye de la Cambre
Anthony Vigneron, direction musicale
Julie Calbète, soprano
Ivan Goossens, ténor
Marcel Vanaud, baryton
Mathias Lecomte, Orgue

Concert organisé par l’A.S.B.L. « Les Grandes Heures de la Cambre »

Liens utiles :

http://www.theodoredubois.com/biographie

http://www.lesgrandesheures.be/

http://www.orcw.be/events/les-grandes-heures-de-la-cambre/

interview: http://www.rtbf.be/musiq3/emissions/detail_l-odyssee/accueil/article_anthony-vigneron-les-grandes-heures-de-la-cambre?id=9234635&programId=8774

Enregistrement par le Grand Chœur de Montréal: http://www.allmusic.com/album/th%c3%a9odore-dubois-les-sept-paroles-du-christ-mw0001847550

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FRAGILE...

Tout hélas est si fragile

Qu'on ne peut que prendre peur.

Serons-nous assez agiles

Pour vivre avec nos ardeurs?

La vie n'est que gymnastique

Alors... se plier à sa loi?

Il n'est rien de plus tragique

Que courbature de l'émoi!

Tout hélas est si fragile...

Sentiments qui vont et viennent!

Ils peuvent sembler inutiles...

A l'image d'une valse de Vienne!

Quand beauté est de passage

Sur un rythme scandé et doux

Ne gardons de son image

Que celle de l'amour... même fou!

J.G.

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administrateur partenariats

Madison, 14 ans, se suicide après des années de harcèlement, à l'école, dans la rue et sur les réseaux sociaux.

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Cette jeune fille était pour mes élèves une amie, une voisine, une ancienne compagne de classe...

Au sein des classes, la problématique du harcèlement et des réseaux sociaux est souvent évoquée. Elle fait partie du quotidien de la jeunesse.

De nombreuses actions sont mises en place dans certaines écoles comme la mienne pour lutter contre la discrimination, le harcèlement, le racket, la loi du silence.

Protéger la jeunesse en l'écoutant et en l'informant.

Ce drame très proche de l'école et des élèves aura sensibilisé davantage encore la jeunesse au danger de ces réseaux sociaux.

Ces panneaux sont réalisés par mes élèves de 3e P, à leur demande, en hommage à Madison

Les élèves participent à la marche commémorative organisée à Herstal ce dimanche 13 mars, elles ont souhaité réaliser ces panneaux reprenant des poèmes, acrostiches et photos au cours d'éducation artistique.

Internet leur est venu en aide pour les textes, poésies et citations, ils furent relus et corrigés et écrits à la main pour la plupart, et nous avons réalisé ensemble l'acrostiche.

Une belle façon pour ces jeunes de témoigner leur soutien à la famille

mais aussi et surtout, de soulager leur peine.

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administrateur théâtres

 6.jpgL'AVARE de Molière.

                 

                     

                             Le bonheur retrouvé du théâtre de répertoire emporte.

La mise en scène emporte aussi, avec l’illustre de Guy Pion dans le rôle-titre.

Il est extraordinaire.

Aussi bon qu’un Michel Bouquet ou Louis De Funès au cinéma.

Fondateur du théâtre de l’Eveil, il a été nommé Meilleur Acteur pour Richard III au Théâtre du Parc en 2013-2014. Et la distribution qu’il emmène avec sa comparse Béatrix Férauge,    

est éblouissante elle aussi. Une jeune première dans le rôle d’Elise :

Aurélie Alessandroni.  

 

11.5.jpgAvec la mise en scène de Patrice Mincke dont la lecture dramatique est très contemporaine et la scénographie très romanesque, et les décors et costumes signés Thibaut De Coster et Charly Kleinermann, voici « L’AVARE » de Molière plongé dans un néoréalisme  presque fantastique bourré de rebondissements.

Un renouveau qui décoiffe, pour une pièce classique qui se jouait jadis en perruques dans les dorures de Versailles. Un décor d’épouvante  revisité par Charles Dickens ou Mary Shelley ? La musique (Laurent Beumier)  qui accompagne fait penser à Frankenstein.

 Les dix comédiens du théâtre de l’Eveil expriment tout dans leurs mots, dans leurs corps, dans leurs courses, leurs élans, leurs chutes et leurs fuites funambules sur  la double volée d’escaliers branlants  de cette sombre demeure aux  vitraux cassées qui sert d’unique décor. Un monde cassé.  Une véritable maison hantée par l’avarice, par l’absence d’amour, mangée par les lézardes de l’incompréhension, viciée par les machinations infâmes pour économiser quelque sou ou pour procéder à  quelque affaire juteuse. Au mépris total des gens. Tout le potentiel comique de Molière est là pour faire exploser l’imposture de l’argent et  libérer un rire généreux face à l’avarice et aux avaricieux.  Partout dans le monde maintenant, la maladie de la cupidité s’est étendue comme une perverse moisissure s’empare des moindres fissures et Cupidon, a bien du mal à se faire entendre!

 

1avare.jpg Ce que l’on voit corrobore ce que l’on entend, les images scéniques se succèdent avec un sens aigu du rythme. Le placement et le mouvement des comédiens qui dévalent et remontent sans cesse  les escaliers souligne le furieux désir de vivre et d’être. La menace de l’ensevelissement des jeunes rêves est palpable. La maison porte les traces de la misère et de l’abandon. C’est la mort de la mère de Cléante et Elise qui a fait basculer le père dans l’obsession de l’avoir. « Hélas mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi, et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi , et je n’ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m’est impossible de vivre ! » Des  rosiers grimpants morts courent sur la façade  et renforcent le propos, et pourtant le propriétaire  des lieux est richissime.   Seul le maigre poêle à bois au centre du plateau semble  pouvoir réchauffer les acteurs débordant de désir de vivre et d’aimer. On se croirait dans une pièce de Tchékhov!

Les jeunes ont un jeu en crescendo fantastique pour sauver l’amour et confondre la sordide cupidité. Patrice Mincke: «Après deux lignes, j’étais pris : je vibrais avec cette famille qui s’aime et se déchire, je m’attachais à ces ados si attendrissants et si insupportables, à ce père aigri mais touchant malgré tout et, surtout, je ressentais l’absence de cette mère défunte qui résonne dans chaque réplique. Le plateau devint alors, non plus cet endroit de passage indéfini qui permet de respecter l’unité de lieu, mais la pièce de vie centrale d’une maison concrète, un endroit où on se croise, on mange, on parle, on déballe, on s’engueule. Une maison avec une âme, qui jadis était habitée par un couple et ses deux enfants et qui est peu à peu partie à la dérive, devenant un lieu d’enfermement pour les jeunes et un terrain vague jonché de souvenirs pour le vieux. » Et  en définitive,  cet Harpagon,  malgré ses richesses recouvrées,  n’est-il pas infiniment seul,  pauvre et pitoyable? Pathétique, sûrement.  « Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve pas mon argent je me pendrai moi-même ! »

 

Lettre d’outre-tombe, le texte est magnifiquement compris, dynamisé, polarisé. A aucun prix on ne peut se priver de ce spectacle fondateur et de son message humaniste. Et oui, les racines de cet arbre qui court sur le balcon,  sont loin d’être mortes! Plongez dans le bonheur actuel  d’écouter Molière au mieux de sa forme!  

 

   Du jeudi 25 février au samedi 26 mars 2016 au théâtre du Parc

Avec :

Stéphane Fenocchi

Béatrix Férauge

Othmane Moumen

Guy Pion

Freddy Sicx

Simon Wauters

Yasnaïa Detournay

Patrick Michel

Camille Pistone

Aurélie Alessandroni

Photos d'Isabelle DE BEIR

         

http://www.theatredeleveil.org/lavare/

http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/62/35.html

 

 

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administrateur théâtres

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"Le 7ème continent" de Thierry Janssen - Photo Bruno Mullenaerts
Autour du cercueil de l'homme de leur vie, trois femmes assemblent petit à petit les pièces d'un puzzle affectif et envisagent le monde à l'aune des relations humaines.

Franck, Jack, Mick ? Shocking ! 

Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans sont acheminés par les courants marins vers un nouveau "continent" boulimique dont la taille atteint près de 3,5 millions de km². A l'image d'un puissant siphon marin, le vortex attirerait vers lui tous les résidus de notre société de surconsommation. Toutefois, contrairement au siphon, les déchets ne sont pas "aspirés" mais accumulés et bien visibles. Voilà pour le titre! C’est  aussi le nom d’une œuvre d’art présentée à l’exposition : «  2050. Une brève histoire de l'avenir ». Source d’inspiration de l’auteur de la pièce?  

L’histoire raconte la rencontre de trois veuves (des résidus ?) amoureuses du même homme, sûrement très extraordinaire pour avoir su mener une triple vie sans jeter le moindre soupçon.  Shocking. La double vie ne semblant, par les temps qui courent,  pas assez palpitante pour intéresser le public, Thierry Janssen lance l’idée d’une troisième femme dans  le tableau, histoire de secouer un peu les esprits et d'amorcer une nouvelle dynamique.

Le 7ème continent -8- (c) Bruno Mullenaerts.jpg

 Et cela marche du tonnerre. Le public se passionne pour trois « être » différents. Kristin, 40 ans, Miss Météo est bon chic bon genre, coincée et maladroite. Anaïs, 35 ans, est activiste chez Greenpeace, elle écume de colère et de révolte. Lola, 21 ans,  est  handicapée, elle souffre  du  syndrome  d’Asperger qui fait d’elle un robot encyclopédique incapable d’éprouver la moindre émotion. Bien sûr, les trois  femmes se reconnaissent toutes comme l’unique objet de désir de l’homme défunt  et se disputent son souvenir et  leur avenir à coups de mots cinglants.  En crêpages de chignon successifs  bien  caustiques, les caractères se dessinent, toutes griffes dehors, le charme en bandoulière, le sabotage amoureux et le dépit au fond du cœur. Mais sous le choc du deuil de l’homme et la découverte du triple mensonge, commenceraient-elles à s’écouter ? Elles sentent soudain qu’elles ont besoin l’une de l’autre pour comprendre. Femme des années 2020, qui sont-elles? Vont-elles accoucher d’un nouveau monde ? La mémoire archaïque leur dit que nous avons besoin de la nature et que  la nature a maintenant besoin de nous. Et si ces dames se mettaient à réinventer et l’homme et la planète ?

Et si au lieu des luttes de pouvoir, elles s’unissaient pour refaire un monde différent, capable d’enrayer la prolifération  de  cet odieux 7e continent?  Et si  l’intérêt de la planète se tricotait dès la naissance, au cœur des relations familiales ou intimes avec pour  premier horizon le respect de l’autre, comme modèle affectif pour changer le monde ? Loin du chacun pour soi, de l’intérêt personnel, de  la vanité et de la puissance ? Si on décidait d'inventer  d'autres relations humaines?  Question de court-circuiter  l’histoire humaine telle qu’elle se déroule depuis les origines ?  Quelle utopie fantastique dans la plume de ce comédien rêveur d’un monde vraiment meilleur et sous l’œil du metteur en scène inventif qu’est Michel Kacenelenbogen. Tout a commencé avec Louis Aragon : « Le poète a toujours raison / Qui voit plus haut que l'horizon / Et le futur est son royaume / Face à notre génération / Je déclare avec Aragon / La femme est l'avenir de l'homme ». Et bien sûr, Jean Ferrat. Thierry Janssen continue:

Comment prendre soin de la terre alors qu’une grande partie des habitants de celle-ci est opprimée, souillée, brutalisée ? Comment respecter et jouir des dons de la nature alors que la plupart des êtres humains se crachent haine et violence au visage ? Face à notre mère terre comme face à un miroir, elle nous renvoie notre lâcheté, les conséquences de nos actes irréfléchis et la laideur de nos âmes corrompues... 

Spectacle écrit par un homme qui grâce au théâtre, raisonne par l’absurde.  Le raisonnement fort tiré par les cheveux frise le délire artistique, mais  le funérarium espère enterrer le pire de notre monde et ouvrir sur une page que l’on brûle chacun d’écrire. Spectacle-choc des idées, choc amoureux de la présentation, choc crucial  de l’innovation. Une écriture sur mesure pour cette formidable trinité de femmes de choc : Bénédicte Chabot, Kim Leleux et Inès Dubuisson, soutenue par une  mise-en scène délectable.

"Le 7ème continent" de Thierry Janssen - Au théâtre le Public

Le 7ème continent -5- (c) Bruno Mullenaerts.jpg 

http://theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=419&time=tom

Rue Braemt, 64-70
Brussels, Belgium
0800 / 944 44 (numéro gratuit)
Jusqu'au 30 avril (relâche du 29/03 au 09/04)
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Du 29 – 04 au 17 – 05 - 15, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) a le plaisir de vous présenter une exposition consacrée à l’œuvre du peintre et dessinateur Français, Monsieur GUY BERAUD, intitulée CAPRICES DE L’AME.

GUY BERAUD nous invite à une réflexion, parfois déroutante, sur la forme   considérée comme expression picturale par excellence, car elle aboutit à une remise en question de celle-ci dans une déclinaison de son sens, à la fois plastique et psychique. 

La forme, dans le cas de l’œuvre de cet artiste, prend exclusivement les traits du corps humain. Il n’y a dans aucun de ses tableaux la moindre trace, même au stade d’ébauche, d’une quelconque architecture. Tout se joue autour du corps, considéré selon le titre de l’exposition, comme le réceptacle de l’âme. Les personnages présentés ne sont autres qu’une vision psychique de ces caprices, qui ont parsemé l’Histoire de l’Art, considérés comme un dialogue plastique à propos des rêves et cauchemars de leur auteur.

Le discours de l’artiste est axé sur un jeu de construction et de déconstruction à partir de la représentation du corps humain.

Des œuvres telles qu’UN BEAU SACRIFICE (111 x 90 cm – acrylique sur toile)

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et FANTOMES BAVARDS (111 x 90 cm – acrylique sur toile)

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sont extrêmement éloquents à ce sujet.

Le visiteur reste médusé par cette myriade de corps, à la fois enveloppés de chairs et décharnés, parfois jusqu’au pourrissement.  Ces corps, physiques et célestes, sont des états d’âme plastiquement exprimés par une écriture provenant directement de la bande dessinée. Oscillant entre volume affirmé et silhouette éphémère, ils s’humanisent par une gestuelle évoquant la danse voire la transe (MEMOIRES – 88 x 84 x 2 – acrylique sur toile)

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Dans ce diptyque dont le titre indique parfaitement la route à suivre, la silhouette blanche, carrément fantomatique, au centre du panneau de gauche est plongée dans une attitude de total abandon. Une autre silhouette également de couleur blanche, campée à l’extrême droite du panneau droit, semble écrasée contre l’arrière-plan.  

Un personnage que l’on retrouve comme un leitmotiv, tout le long de ce parcours, carrément initiatique, est celui de la Femme exprimée dans toute sa féminité, représentée par des seins volumineux.

Les personnages de GUY BERAUD sont sculpturaux dans leurs chairs, parfois conçus comme des statues antiques, à l’exemple de cette femme privée de bras et de tête, ruisselant de sang (UN BEAU SACRIFICE).

Le chromatisme est capital pour souligner les tensions rythmiques. Il fait corps avec la forme et se décline dans des tonalités vives, souvent agressives, telles que le rouge-sang, le noir intense et le bleu-foncé.   

Revenons un moment sur ce concept de construction-déconstruction déterminant pour comprendre le discours de l’artiste. Reprenons, par exemple, UN BEAU SACRIFICE et FANTOMES BAVARDS. Campés dans un même univers, les personnages « flottent », pour ainsi dire, dans un espace « criblé » de détails et rehaussés souvent d’une calligraphie mystérieuse, créant des strophes illisibles. Concernant UN BEAU SACRIFICE, le traitement du corps trouve son expression dans un amas de chairs adipeuses, mues par une sauvagerie sensuelle. Nous constatons également la dimension volontairement « inachevée » de certains de leurs membres. Néanmoins,  les chairs, même en lambeaux, demeurent dans leur matérialité. Elles restent des éléments solides propres au processus de construction. FANTOMES BAVARDS, par contre, nous montre des êtres décharnés, fantomatiques, comme le titre le laisse deviner, conçus (à l’instar des deux personnages « en transe » du diptyque) dans la couleur qui sied le mieux à la mort : le blanc. Tandis que les chairs habillant les personnages du SACRIFICE sont, elles, réalisées dans des couleurs outrageusement vives.   

LE DOYEN (88 x 88 cm – acrylique sur toile).

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Concernant cette œuvre, il convient de parler de peinture « agressive ». Un chromatisme violent « assiège » la toile. De légers traits rouges formant une écriture, illisible aux « non initiés », se retrouve dans le bas du tableau. De même des traits au fusain parcourent la veste du personnage, créant un champ d’entrelacs noirs « ligotant » son buste. Quant au visage, il sanctionne l’apothéose de la composition, signifiant de façon catégorique le processus de déconstruction.   

Ce visage, à l’allure assez porcine, amorce sa phase de pourrissement par l’érosion de sa partie gauche, dans un rendu plastique rappelant le style de Francis Bacon.  

Néanmoins, le commun dénominateur entre le construit et le déconstruit  réside dans la présence du trait.

Ce trait fiévreusement prononcé par la pointe su fusain, assure la viabilité des volumes, en liant les diverses parties corporelles.

Nous avons, en guise de présentation, précisé que l’artiste est à la fois dessinateur et peintre.

Nous avons eu cure à faire précéder le dessinateur par rapport au peintre. Car il y tient. Et pour cause ! Il est passé du croquis à la toile tout en gardant son âme de dessinateur et de caricaturiste. Il a projeté ses codes sur la toile et le résultat est que la perception de l’image change du tout au tout. Ainsi, cette écriture produisant cette langue mystérieuse trouve son origine à l’intérieur des bulles, servant de dialogue entre les personnages (physiquement campés de la même façon) évoluant dans les cases de ses bandes dessinées. LES PREMIERS BAIGNEURS (87 x 87 cm -)

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nous montre une série de cases issus de B.D. dont il est l’auteur. Certaines d’entre elles dépassent l’espace scénique de la toile pour se retrouver carrément à l’extérieur, sur le cadre même du tableau. Cela trahit une volonté de liberté et d’évasion. En réalité, les cases à l’intérieur de la toile formant l’ensemble de la composition, bien que structurant parfaitement l’espace, ne sont en rien respectées dans leur limites. L’écriture, indéchiffrable, déborde de partout pour envahir d’autres cases. Cette projection allant du croquis à la toile répond à une autre projection : celle du croquis placé à l’intérieur d’un projecteur, dont se sert l’artiste, lequel va projeter l’image de petites dimensions sur le grand écran. Ce qui va, par la force des choses, l’agrandir et par conséquent la déformer pour lui conférer la force qu’elle aura, une fois reproduite sur la toile. Un jeu de déformations (lequel n’est autre qu’une volonté de dépassement du réel) s’opère pour se matérialiser dans l’œuvre créée. L’artiste déteste s’attarder sur une case : très vite, il éprouve le besoin de passer à autre chose. Il considère être plus à l’aise dans le croquis et se définit comme un dessinateur qui peint en s’abandonnant au geste.   

Un dessinateur influencé, d’ailleurs, par la sculpture (qu’il ne pratique pas mais dont il comprend la nécessité). Et cela se constate précisément dans les rendus des volumes que l’on croirait sortis d’un moule.

L’artiste qui dessine depuis ses quinze ans et peint depuis des années, n’a jamais fréquenté l’académie. Il a, néanmoins, effectué un passage aux écoles des Beaux Arts de Macon (où il obtient un 1er Prix) ainsi qu’à Dijon. Sa technique, mixte, affectionne particulièrement l’acrylique et le fusain.

La forme, prise dans son essence, n’est autre que la marque de tout artiste. Elle ne vit que par la sensibilité de celui-ci car elle détermine le destin de l’œuvre. 

GUY BERAUD part de la figure humaine, c'est-à-dire, d’une forme établie par la nature et codifiée par la culture (dans une perspective anthropocentriste - ex. : l’Homme de Vitruve), pour aboutir à la libération de celle-ci, en l’imposant sur l’étendue spatiale de la toile.  

Vie – mort/construction – déconstruction : deux bipolarités menant à la création, comme étendard de l’âme dans une flamboyante effervescence picturale et psychique.

Le corps, l’artiste refuse de le voir dans sa réalité physique, car pour lui, il incarne l’âme dans la forme, exprimée dans la folie créatrice du caprice.


François L. Speranza
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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement. Mentionner le lien d'origine de l'article est expressément requis.

Robert Paul, éditeur responsable

 

A voir: 

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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Guy Béraud et François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles 

(29 avril 2015  -  Photo Robert Paul)

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Guy Béraud - Vue d'ensemble (photo Espace Art Gallery).  

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Le petit pêcheur d'amour

                                                       Le petit pêcheur d'amour

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Le petit pêcheur d'amour
dans sa pirogue rouge 
a dans sa manche plus d'un tour !

Quand le vent sous sa chemise
d'un élan trousse ses mâts
d'un souffle le défrise

Le ciel courbé à ses ailes
étarque cet oiseau blanc
aux sillages en dentelle

Lorsque vos larmes chantent
Et que votre voix en sanglot
S'emporte hoquetante 

Le petit pêcheur d'amour 
dans sa pirogue rouge
arrive à votre secours !

Il a dans sa sacoche
des atouts et des mots doux
des verbes qui nous accrochent



mi cachou, mi bantou
sans sa langue dans sa poche
Son collier à votre cou

A la corde de sa main
Il emporte dans son panier
Votre coeur dans son écrin

Le petit pêcheur d'amour 
dans sa pirogue rouge
disparaît au petit jour 
dessinant sur l'horizon 
la silhouette de son passage
" des perles en nuages"

Rosyline 20/02/2015

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