Statistiques google analytics du réseau arts et lettres: 8 403 746 pages vues depuis Le 10 octobre 2009

Toutes les publications (16060)

Trier par

contact

Bonsoir à Tous,

Désolée d'avoir si peux de temps, de n'avoir pris de temps, pour parler de mes activités récentes et mettre quelques photos en ligne.

 

Promis cela fait partie de mes objectifs des tout prochains jours.

En tout cas bravo pour tout ce qui est fait sur ce site et tout ce qui est fait pour la culture de façon générale

Aurélie Pfaadt

dit "LadyPoppies" et oui, je peins des pavots et des coquelicots

www.aurelie-pfaadt.com pour ceux qui veulent déjà en attendant aller voir mon site 

Lire la suite...
administrateur théâtres

La Cerisaie (Théâtre des Martyrs)

Le Théâtre en Liberté présente au théâtre des Martyrs le dernier chef-d’œuvre de Tchekhov, classique de l’âme russe, dans une nouvelle adaptation française de Jacques De Decker  et une prodigieuse mise en scène de Daniel Scahaise:

 

                                                 « LA CERISAIE »

12272716865?profile=original

 

La dacha est endormie... Un personnage se repose les pieds en l’air posés sur un pupitre d’écolier dans une chambre d’enfants. Beau plan incliné vers l’avenir, drapé de blanc.  Lioubov  Andréevna (Hélène Theunissen) a passé  cinq ans de  Paris à Menton en compagnie d’un cuistre ; on l’attend, il est deux heures du matin. Elle arrive avec toute sa suite et trouve que  tout le monde a tristement vieilli !  Tantôt elle évoque avec délectation ses souvenirs d’enfance : « O mon enfance ! O ma pureté ! C’est dans cette chambre que je dormais, d’ici que je regardais le jardin, le bonheur se réveillait avec moi tous les matins, et le jardin était alors exactement pareil, rien n’a changé… » Tantôt elle éclate en sanglots pour la perte de son enfant de sept ans noyé dans la rivière. Léonid son frère (Bernard Marbaix), épris de billard et de beaux billets prononce l’éloge de l’armoire centenaire. Lioubov, tellement insouciante et  hors du temps, est envoûtée par la magnifique propriété mais refuse catégoriquement de prendre les mesures financières proposées par son formidable intendant Lopakhine (Jean-Henri Compère) : aucun sens des réalités.

12272717461?profile=original

          Notre Europe de l’an 2010 ? Ou … notre minuscule Belgique ?

 

 Cela a un goût de décadence, d’inexorable effritement, d’illusions perdues, d’argent impossible à garder, de désirs avortés.    Tout file entre les doigts frivoles de Lioubov, jusqu’au dernier rouble. Bien que ruinée, elle commande une dernière fois des violons qu’elle ne pourra pas payer et donne une dernière fête où tout le monde danse, chante et se soûle de gloire passée. Elégance du désespoir. Chapeaux et  habits sont somptueusement blancs et sophistiqués, la blancheur précoce des cerisiers annonce la fin imminente.  Voilà La  Cerisaie perdue, vendue au plus offrant : ce petit-fils de paysan qui étouffe du bonheur et de fierté d’avoir saisi les biens de ses anciens maîtres. C’est le déchirement et départ de la famille au grand complet après un dernier  hommage à la beauté vouée à la disparition. Il y a ce duo très émouvant de mère et fille (Julie Lenain), l’une crispée par la douleur, l’autre illuminée par le désir et l’espoir de renouveau, la beauté de la jeunesse,  son amour pour l’ancien précepteur du petit Gricha, l’étudiant errant, Trofimov! Idéaliste surréaliste, il  se croit « au-dessus de l’amour ! » …et ressemble curieusement à Tchékov !

 

 « Toute la Russie est notre Cerisaie. La terre est vaste et belle, il y a beaucoup d'endroits splendides. Imaginez, Ania : votre grand-père, votre arrière-grand-père, tous vos ancêtres possédaient des esclaves, ils possédaient des âmes vivantes, et ne sentez-vous pas dans chaque fruit de votre cerisaie, dans chaque feuille, dans chaque tronc, des créatures humaines qui vous regardent, n'entendez-vous donc pas leurs voix ?... Posséder des âmes vivantes - mais cela vous a dégénérés, vous tous, vivants ou morts, si bien que votre mère, vous, votre oncle, vous ne voyez même plus que vous vivez sur des dettes, sur le compte des autres, le compte de ces gens que vous laissez à peine entrer dans votre vestibule... Nous sommes en retard d'au moins deux siècles, nous n'avons rien de rien, pas de rapport défini avec notre passé, nous ne faisons que philosopher, nous plaindre de l'ennui ou boire de la vodka. C'est tellement clair, pour commencer à vivre dans le présent, il faut d'abord racheter notre passé, en finir avec lui, et l'on ne peut le racheter qu'au prix de la souffrance, au prix d'un labeur inouï et sans relâche. Comprenez cela, Ania. »

Et si c’était vrai - après tout, qu'y aurait-il là,qu'il faille prendre au tragique ?...L’enfance qui ne revient jamais ?  La mort muette sous les feuilles mortes, dans l'armoire funéraire, du fidèle majordome  Firs?   Serviteur à la précision horlogique pourtant lui aussi victime du temps, il est  interprété de façon savoureuse par Jaoued Deggouj.12272717669?profile=original

 Le cycle des saisons s’achève…  C’est l’émotion et la nostalgie qui nous prennent à la gorge et brident les nombreux applaudissements.

 

LA CERISAIE – Anton Tchekhov Théâtre en Liberté
Au Théâtre de la Place des Martyrs - Grande salle
Du 27/01 au 05/03/2011 - Dimanches : 06 et 20/02

 

http://www.theatredesmartyrs.be/saison.html

 

 

 

 

Lire la suite...

journal de bord, jeudi 3 février 2011

 

 La semaine dernière ...

 

Rue des Champs Elysées, 18 A.

 

Quelque part, sur ma tournée de facteur ...

 

J'ouvre la porte d'entrée d'un immeuble (grâce au trousseau de clés dont je dispose). Histoire de réapprovisionner mon caddy, avec la suite du courrier (prévu) pour la tournée.

 

Dans le couloir ...

 

Une dame, habitant au rez-de-chaussée de l'immeuble, exprime ses plaintes à un agent de police.

 

Le motif  : chaque jour, sur le coup d'midi/une heure, des ados (arabes), élèves d'un athénée situé dans la rue voisine, se plantent sur l'escalier donnant accès à la porte d'entrée de l'immeuble ... ou sur les appuis de fenêtre, ou se mettent carrément debout devant la porte d'entrée. Ils fument (leur joint, sans doute), cassent la croûte, parlent fort ...

 

Paraît que, récemment, l'un d'entre eux a pénétré dans le hall d'entrée.

 

Et ... les gens ne se sentent plus chez eux. Et ... les gens se sentent agressés, brimés, violés dans leur "chez eux", dans leur intimité.

 

Par mesure de sécurité, ils ont même installé, sur des appuis de fenêtre, des barres de fer en or, avec des piquets pointus.

 

Ca se comprend. Ca tient la route.

 

"C'est pas qu'on soit raciste ...", argumente, à un moment donné, la dame du rez de chaussée de l'immeuble (originaire, elle aussi, d'un pays étranger).

 

"Y a tell'ment d'espaces, ici, dans la commune, où ils pourraient aller", ajoute-t-elle.

 

Moi-même ...

 

Quand j'arrive, à cet endroit, avec mon caddy, en ayant déjà deux heures de marche dans les pattes ...

Quand j'arrive, à cet endroit, avec mon caddy, et que j'aperçois tous ces jeunes (arabes) dans leur conciliabule, j'ai un réflexe d'auto-défense, de peur, de méfiance, j'en ai certains jours le souffle éventré. Oui oui. Peur d'être attaqué, peur d'être dévisagé, peur de perdre la face, peur d'être décoiffé, peur ... tout court.

 

Et pourtant ...

 

Quand je prends la distance, le recul nécessaires ...

Quand je regarde bien, quand j'observe bien ...

Quand je fais le bilan, depuis cinq ans que j'accomplis la même trajet, la même tournée, et que je rencontre, à ce même endroit, les mêmes jeunes (arabes) ... ou le même type de jeunes (arabes) ...

 

Je constate ...

Je remarque ...

 

Que jamais aucun de ces jeunes ne m'a attaqué (ni verbal'ment, ni physiqu'ment).

Que jamais aucun de ces jeunes ne m'a manqué de respect, jusqu'à présent.

Que l'un ou l'autre me dit volontiers "bonjour".

Que l'un ou l'autre me demande volontiers : "comment ça va, facteur ?"

Que l'un(e) ou l'autre me tend volontiers une tartine, un bâton d'chocolat ou un biscuit.

 

Rue des Champs Elysées, 18A, au même endroit ...

 

Y a déjà quelques mois ...

 

La dame du rez-de-chaussée de l'immeuble s'était déjà plainte, à la police, de ces mêmes jeunes (arabes), pour les mêmes raisons.

 

Elle avait même ajouté : "La dame du cinquième s'en rappelle ... elle a eu sa voiture fracassée ..."

 

Et quand l'agent de police était reparti ...

 

Je m'étais autorisé, risqué, en toute gentillesse, à poser, à la dame du rez-de-chaussée de l'immeuble, la question suivante : "Etes-vous sûre que ce sont ces jeunes-là, ici devant vous, qui ont fracturé la voiture ?"

 

Et elle m'avait répondu, sur le ton de l'évidence, sur le ton de l'énervement, presque en haussant les épaules : "On suppose que c'est eux !"

 

Je n'avais pas insisté.

 

Lire la suite...

Poème "Je voudrais rentrer chez moi"

 

 

 Je voudrais rentrer chez moi

 

Sur le plateau dévasté

de ma mémoire

j'erre

dans le bivouac de mes pensées.

 

Oui, je voudrais rentrer chez moi.

 

Retrouver l'ancienne maison

d'avant cette guerre d'errance

retrouver l'ancienne maison

l'odeur du pain de mon enfance

les pas de mes parents

clochettes d'Espérance

dans l'air frais

des matins.

 

Oui, je voudrais rentrer chez moi.

 

Mes mains sont devenues

guenilles

à force de quémander

la Paix, la Paix,la PAIX ....

 

Lointaine forteresse

gardée par des soldats.

 

Aux lampes d'Aladin

les épées tourbillonnent

missiles d'aujourd'hui

sur des rampes

d'argile

elles pointent vers nous

mort et profanation.

 

Dévastation du vent

aux plaintes des déserts

yeux rouges de la nuit

dragons lanceurs de flammes

vers le Peuple sans nom

des oubliés du Temps.

 

Je marche dans l'errance

depuis des millénaires

Oui, je voudrais rentrer chez moi

Chez moi, chez moi ....

 

Y attendre la mort

y attendre l'AMOUR

l'entrée dans

 

LA LUMIERE

 

E.L. Quivron-Delmeira

(poème paru dans la Revue du Grenier Jane Tony)

Lire la suite...

12272715683?profile=original

« Le spleen de Paris » est un recueil de poèmes en prose de Charles Baudelaire (1821-1867), publié dans le tome IV des Oeuvres complètes à Paris chez Michel Lévy frères en 1869. De nombreux poèmes avaient, à partir de 1855, paru dans diverses revues, notamment dans la Presse en août et septembre 1862. Au fil des publications de ses poèmes en prose, Baudelaire a hésité entre plusieurs titres: Poèmes nocturnes, la Lueur et la Fumée, le Promeneur solitaire, le Rôdeur parisien. C'est sous le titre de Petits Poèmes en prose que paraissent les vingt pièces publiées dans la Presse en 1862. Ce titre est toutefois trop peu attesté pour que l'on puisse le considérer comme reflétant l'intention définitive du poète: Baudelaire, durant les dernières années de sa vie, utilisait en effet l'expression le Spleen de Paris pour désigner son recueil, et la plupart des éditeurs ont conservé ce dernier titre.

 

Dans le Spleen de Paris, Baudelaire expérimente un genre nouveau, inauguré peu auparavant par Aloysius Bertrand: "C'est en feuilletant pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la nuit, d'Aloysius Bertrand [...] que l'idée m'est venue de tenter quelque chose d'analogue, et d'appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d'une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu'il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque" ("A Arsène Houssaye", dédicace du recueil). Les poèmes en prose de Baudelaire, différents dans leur inspiration et leur facture de ceux de son devancier, imposent le genre, lequel deviendra particulièrement florissant dans les dernières décennies du XIXe siècle et au début du siècle suivant.

 

Le Spleen de Paris contient cinquante textes que Baudelaire n'a pas eu la volonté ou le temps de rassembler et d'organiser en diverses parties. Ses notes contiennent des projets de regroupements mais la dédicace "A Arsène Houssaye" fait de la libre ordonnance des poèmes un principe esthétique: "Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu'il n'a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. [...] Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part." Discontinuité, liberté et diversité caractérisent le recueil. Le ton et l'atmosphère sont variés, depuis l'agressivité: "la Femme sauvage et la Petite Maîtresse", "Assommons les pauvres!", et le sarcasme: "Un plaisant", "le Chien et le Flacon", "le Galant tireur ", jusqu'au pathétique: "les Veuves", "le Vieux Saltimbanque"; ces différents aspects peuvent d'ailleurs cohabiter dans un même poème comme "les Yeux des pauvres". La plupart des pièces sont narratives, et certaines s'apparentent même à des contes: "Une mort héroïque", "la Corde", ou à des fables sataniques: "les Tentations, ou Éros, Plutus et la Gloire", "le Joueur généreux", alors que d'autres, qui se terminent parfois par une moralité: "la Fausse Monnaie", tiennent plutôt de l'exemplum médiéval: "les Dons des fées", "les Vocations". Les thèmes sont eux aussi variés mais quelques-uns dominent: le destin et le pouvoir du poète dans "le Confiteor de l'artiste", "la Chambre double", "le Fou et la Vénus", "les Foules", "Enivrez-vous", "les Fenêtres"; les exclus, tous ces êtres déshérités ou bizarres qui éveillent la compassion dans "le Désespoir de la vieille", "les Veuves", "le Vieux Saltimbanque", "le Gâteau", "Mademoiselle Bistouri"; le désir d'évasion dans "l'Étranger", "l'Invitation au voyage", "les Projets", "Déjà", "Any where out of the world"; la femme enfin, à la fois mystérieuse et dérisoire, fascinante et haïe dans "la Femme sauvage et la Petite-Maîtresse", "Un hémisphère dans une chevelure", "la Belle Dorothée", "le Galant tireur".

 

Ce recueil en prose s'inscrit dans la continuité de l'oeuvre en vers: "En somme, c'est encore les Fleurs du mal, mais avec beaucoup plus de liberté, et de détail et de raillerie", écrivait Baudelaire à J. Troublat le 19 février 1866. Certaines pièces du Spleen de Paris peuvent même apparaître comme des doublets de poèmes des Fleurs du mal (l'exemple le plus frappant est celui de "l'Invitation au voyage", dans les deux ouvrages). L'expression "le Spleen de Paris" souligne cette filiation puisque le terme "spleen" sert de titre à la première section des Fleurs du mal, elle-même intitulée "Spleen et Idéal". L'ennui, l'angoisse, le sens aigu et douloureux du néant de toute chose, demeurent au centre de l'expérience baudelairienne. L'idéal est ailleurs, rêvé, entrevu, toujours inaccessible à l'homme prisonnier de la réalité mesquine et décevante. Perceptible pour le poète en quelques instants privilégiés, il fait de l'univers un spectacle réversible dont "la Chambre double" offre l'image symbolique. Dans ce poème en effet, la même chambre est d'abord décrite comme un lieu merveilleux - "chambre véritablement spirituelle", "chambre paradisiaque" - avant d'être rendue à sa dimension réelle de sordide "séjour de l'éternel ennui". La contemplation de la nature n'échappe pas à cette fatale réversibilité: "Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du ciel et de la mer! [...] / Et maintenant la profondeur du ciel me consterne; sa limpidité m'exaspère. L'insensibilité de la mer, l'immuabilité du spectacle, me révoltent... Ah! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau?" ("le Confiteor de l'artiste"). Ce pouvoir visionnaire mêlé à une extrême lucidité fonde l'intolérable frustration du poète et sa misanthropie souvent cruelle, le choix du mal n'étant que l'envers d'un désespoir. Ainsi, alors que dans maints poèmes du Spleen de Paris le poète fraternise avec les déshérités, il fait preuve, dans "le Mauvais Vitrier", d'"une haine aussi soudaine que despotique" à l'égard d'un "pauvre homme": il détruit méchamment la marchandise d'un vitrier ambulant parce que celui-ci ne possède que des "verres de couleur", c'est-à-dire des "vitres qui [font] voir la vie en beau".

 

Le titre le Spleen de Paris met en outre l'accent sur la dimension urbaine de l'entreprise poétique, explicitée dès la Dédicace: "C'est surtout de la fréquentation des villes énormes, c'est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant" (celui de la "prose poétique"). Paris ne constitue pas toutefois le décor de tous les poèmes du recueil: "le Gâteau" a par exemple pour cadre les Pyrénées, "le Joujou du pauvre", la campagne, et "la Belle Dorothée", les îles Mascareignes. En réalité, le monde urbain est moins affaire de décor que de regard. Dans une étude sur Constantin Guys intitulée le Peintre de la vie moderne (1863), Baudelaire lie la notion de modernité au phénomène de la grande ville. La sensibilité du poète moderne, sa saisie du monde, son spleen sont pour ainsi dire formés par l'expérience urbaine.

 

Cette dernière enseigne les injustices et la misère dont le poète se fait le porte-parole: "Je chante les chiens calamiteux [...] les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d'un oeil fraternel" ("les Bons Chiens"). Le poète moderne dit la marge et l'exclusion. La ville, sorte de concentré de toute l'humanité, est un révélateur privilégié; mais la misère et les barrières sociales sont partout: aussi bien à la campagne, comme en témoigne "le Joujou du pauvre", avec cette grille symbolique qui sépare l'enfant riche et l'enfant pauvre, "un de ces marmots-parias".

 

La ville est aussi une école de solitude et de vanité. L'égoïsme, l'illusion, l'apparence, la fatuité y gouvernent les rapports humains, d'où le ton railleur et cynique de nombreux textes. La poésie permet à peine d'échapper à cet engrenage pervers: "Ames de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde; et vous, Seigneur mon Dieu! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise!" ("A une heure du matin").

 

Infernal, le monde urbain est également fascinant dans la mesure où y règnent le hasard et la diversité. Il offre au poète, disponible, vigilant, qui "jouit de cet incomparable privilège, qu'il peut à sa guise être lui-même et autrui", une inépuisable matière: "Le promeneur solitaire et pensif tire une singulière ivresse de cette universelle communion. [...] Il adopte comme siennes toutes les professions, toutes les joies et toutes les misères que la circonstance lui présente" ("les Foules"). Le choix du poème en prose répond à la volonté de trouver une écriture adéquate à l'intériorisation de ce fourmillement qui caractérise la métropole: "Quel est celui de nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience?" (Dédicace). Plus libre et immédiate que le vers, la prose se prête mieux à l'évocation du monde moderne: "J'invoque la muse familière, la citadine, la vivante" ("les Bons Chiens"); un monde multiple, changeant, voire hétéroclite. Genre aux lois peu rigoureuses et contraignantes, le poème en prose offre à l'écriture une spontanéité en accord avec cette posture de "promeneur" ou de "rôdeur" qu'adopte le poète du Spleen de Paris.

Lire la suite...

journal de bord, mercredi 2 février 2011

 Une tranche de pain a trouvé son coussin dans une rue.

 

Un trou, aussi circulaire que possible, a pris racine, assez géométriqu'ment (faut-il l'avouer) à l'intérieur de cette tranche de pain. Oui, la circonférence est réussie.

 

Un oiseau (châtain), planté à son tour, au milieu de la rue, devant la tranche de pain, est-il l'auteur de cette oeuvre d'art ?

 

Soudain, brusquement, une coccinelle se pointe.

 

Deux espèces vivantes prennent, alors, leur envol.

 

L'ombre de Paris se fait un peu sentir. Même si l'Arc de Triomphe répond aux abonnés absents, tout en haut de la montée (de la rue).

 

"Passera-t-on avec ma pension ?", se dit sûr'ment, dans une rue voisine, une dame, du haut de son cinquième étage ... sans répondre forcément, quand on sonne chez elle.

Lire la suite...

journal de bord, mardi 1er février 2011

 

 Les Alfa Roméo(s) rouges sont attachantes, paraît-il.

 

La Saint-Valentin approche. Je suis comblé, cette année.

 

Justine Henin fait-elle ses adieux définitifs aux courts de tennis ?

 

Des singes, quelque part sur la planète, se nourrissent comme des hommes. C'est beau à voir.

 

Tiens ! Deux ou trois, de mes chansons, peuvent déjà tenir la route, si je les interprète, sur scène, en m'accompagnant du ukulélé.

 

Il fait encore très froid, le matin, quand un voyageur en transit avec ses mains dans les poches et deux Polonaises en anorak attendent le tram ... ou le bateau.

 

Moins 6, précise-t-on, du côté de Dinant.

 

Tiens ! Deux ou trois, de mes chansons (peut-être une quatrième), peuvent déjà, peuvent sûr'ment tenir la route, si je les interprète, au métro, pour les potes, sur scène, en m'accompagnant du ukulélé. Le tout est de placer le morceau au bon moment.

 

En attendant ...

 

La consommation de poisson menace l'équilibre marin ... on a mis l'feu, récemment, dans un cinéma, à Mons ... ça pette en Egypte ... des apprentis cinéastes refont le monde autour d'un comptoir ...

 

Au boulot, y avait pas moins de 3 "toutes boîtes", 3 "sans adresse", 3 publicités. L'une défendait les futurs intérêts de "bpost", l'autre (avec un "I love you" en première page) défendait les intérêts de "Di" et la troisième était l'hebdomadaire

"Aldi", qu'on distribue en principe le lundi. Et allons-y. En faisant un tour dans l'bureau, je me suis aperçu que pas mal de collègues avaient déjà reçu leur "Aldi", hier. Tiens, tiens, bizarre. Quand un chef est venu autour de mon emplacement, et qu'il a constaté les "Aldi" sur le côté, il m'a dit : "Si tu ne les a pas reçus, tu dois le signaler". J'ai répondu : "comment pouvais-je savoir que c'était anormal ? avec toute la quantité de boulot que nous avons, c'est pas possible de regarder en détail autour de soi ce que tous les collègues reçoivent exactement comme pub ... en plus, comme il y a eu grève vendredi, que beaucoup de courrier arrive en r'tard, ça m'a paru logique que ça n'arrive qu'aujourd'hui". Je n'ai pas obtenu de réponse à mon explication. Le (ou la) chef a juste enchaîné, en répétant (deux ou trois fois) : "Si tu n'as pas reçu tes publicités, tu dois le signaler".

 

Bien bien.

 

Avec le froid qu'on se paie ...

 

Après le boulot, si j'en ai le courage, j'irai chanter au métro ce soir.

Après le boulot, si je n'ai pas l'courage, pas l'énergie, je resterai à la maison, j'essaierai le piano, le ukulélé.

J'ai des petites idées.

 

Oui, je pourrais déjà, avec mes multiples instruments (guitare, ukulélé, piano, harmonica, bande-son ...), avec lesquels je me débrouille, concevoir un spectacle.

 

Tiens ! L'harmonica et le piano se marient bien aussi.

 

Et ...

 

Si je tiens compte, en pratique, que deux parties d'un spectacle complet tiennent, chacune, la route autour de huit ou neuf morceaux, qu'il ne faut même pas en faire plus (ni surtout en faire trop ... afin que le public suive et ne s'essouffle pas trop vite), je dois déjà opérer des choix.

 

Lire la suite...

Puces sous stratus

La "journée" enfin si elle mérite se mot fut nocturne.. Un journée nocturne en fait .. 

Toutes lumières dedans pour tromper l'obscur.. sans y parvenir.. Ciel bas, sans espoir de sortir de cette poisseuse noirceur..

 La peinture, seule issue en attendant mieux.

 

flo sous stratus46x38

2x 46x38 acry et marouflage sur toile 1er Février  2011

 Le retour du rouge vermillon qui rugit mon impuissance prend toute la place.

 Deux têtes sortent du néant rouge en avant.

 Diptyque improbable, soleil blessé.. 

Lire la suite...

Au Poème 2

Une création autour du peintre René Magritte.
Il s’agit d’un Magritte inattendu raconté par son épouse, Georgette.
Tous les éléments sont réunis pour faire autour de Magritte, cet artiste mondialement célèbre, un spectacle vraiment original.
Par ailleurs, le long week-end de la Saint-Valentin (12, 13 février), la Maison Vranken s’associe aux activités du théâtre et offre aux spectateurs amoureux de l’art, des textes et des artistes, une coupe de champagne !

12272714679?profile=original

Photo : Georgette et René Magritte, le 28 juin 1922 © Apic/Getty Images

 

Lire la suite...

Mardi 8 février 2011 à 19 h.

Dans le cadre de Mardi, je lis!

Une rencontre avec l'auteur de Passer au Sud. Petit essai sur la circulation vietnamienne (éditions Aden)

 

Passer au Sud résulte d’un postulat original, audacieux : un pays est à l’image de sa circulation. À partir de ce fil conducteur sérieux et léger se dessine peu à peu le tableau inédit d’un pays séduisant, loin des clichés du tourisme. Ni guide, ni récit, ni essai, ni fiction, ce livre inclassable est décidément tout à la fois. C’est que nous sommes précisément au cœur du voyage, et comme le Vietnam lui-même, à la croisée des chemins, pays renaissant en pleine mutation, saisi entre des traditions millénaires et une modernité échevelée.

Ecrivain, Jean-Pierre Outers a travaillé dans différentes régions du monde dans le cadre de la coopération au développement. Il a vécu 20 ans au Vietnam.


Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Réservation souhaitée au 01 53 01 96 96 ou lettres@cwb.fr.

 

12272714897?profile=original 
Lire la suite...

12272702289?profile=original

Prix et subventions de la Classe des Arts : inscriptions en 2011

 

En 2011, à la Classe des Arts, se clôtureront les inscriptions pour dix prix et deux subventions.

Se clôtureront le 31 mars 2011 les inscriptions pour :

- le Prix Jules Raeymaekers (Peinture et arts apparentés ; 10e période triennale : 01/04/2008-31/03/2011).

Se clôtureront le 30 avril 2011 les inscriptions pour :

- le Prix Emma du Cayla-Martin (Peinture ; 10e période biennale : 01/05/2009-30/04/2011) ;

Se clôtureront le 31 mai 2011 les inscriptions pour :

- le Prix Marcel Hastir (Portrait sculpté ; 4e période biennale : 01/06/2009-31/05/2011) ;

- le Prix Égide Rombaux (Sculpture, première sélection ; 20e période biennale : 19/01/2010-18/01/2013) ;

- le Prix Paul Bonduelle (Architecture, première sélection ; 16e période triennale : 01/01/2009-31/12/2011).

Se clôtureront le 31 août 2011 les inscriptions pour :

- la bouse de la Fondation Vanhove-Vonnêche (Restauration architecturale ; 3e période annuelle : 01/01/2011-31/08/2011).

Se clôtureront le 30 septembre 2011 les inscriptions pour :

- le Prix Jos Albert (Œuvre de tendance figurative ; 29e période annuelle : 01-10-2010-30-09-2011).

Se clôtureront le 31 décembre 2011 les inscriptions pour :

- le Prix Paul Artôt (Peinture ; 26e période biennale : 01/01/2010-31/12/2011) ;

- le Prix Arthur De Greef (Musique ; 11e période biennale : 01/01/2010-31/12/2011) ;

- le Prix Marcel Hastir (Musique ; 7e période biennale : 01/01/2010-31/12/2011) ;

- le Prix Baron Horta (Architecture ; 9e période quinquennale : 01/01/2007-31/12/2011) ;

- la subvention du Fonds Arthur Merghelynck (Histoire de l'art en Belgique ; 12e période annuelle : 01/01/2011-31/12/2011).

Lire la suite...

www.barry4kids.net

www.barry4kids.net, le site web de mon chien Barry pour les enfants et petits-enfants de l’enfant que nous avons tous été autrefois, vient d’être mis à jour. Vous y trouverez une nouvelle histoire du mois, encore des activités ludiques et, bien sûr, mes livres jeunesse. Barry attend votre visite et vous remercie de passer le mot autour de vous. Une bonne journée. Dulce Rodrigues

12272714459?profile=original

Lire la suite...

L’amour et le sacrifice…

À un pays que j’aime vraiment : La Grande Belgique

 

Hermétique vraiment

cette grande douleur..!

Oh ! Cette soif qui étouffe

tous ces espoirs…

Et tout ce bavardage

dans ces passages oubliés..!

Comment faire revivre

toutes les consciences des âmes ?!

Comment rendre le vrai éclair

à sa vraie flamme ?!

Comment faire renaître le sourire

pour faire revivre

toutes les roses..?!

Et comment pousser le cœur

à respirer vraiment

tous les battements de la vie..?!

De la joie..?! Et de bonheur..?!

Une vie si noble..! Et si sincère..!

L’amour et le sacrifice…n’ont

aucune langue..!

L’amour et le sacrifice…n’ont

aucune couleur..!

 

A. Sbibi

Le 31 Janvier 2011

Lire la suite...

journal de bord, lundi 31 janvier 2011

 Les perspectives de spectacle continuent. A petits pas (c'est l'hiver).

 Prochainement ...

 

C'est-à-dire les 25 et 26 février prochains. A la Ferme du Harby, à Anseroeul. Une soirée-cabaret, à laquelle participent ceux (et celles) qui s'inscrivent à temps.

 

Evidemment, je suis partant. Les deux jours, carrément.

 

J'ai pris le risque de m'inscrire.

 

Je précise bien : j'ai pris le risque (sans le moindre regret aucun).

 

Je ne sais toujours pas, jusqu'à présent, comment je vais pouvoir m'y rendre (en voiture ? en train ?). Mais je ne casse pas la tête. Je trace. On verra toujours.

 

Anseroeul, ça se trouve, en effet, tout à l'ouest, en Belgique. Pas loin de Mouscron. C'est un p'tit village. Quant à trouver "La Ferme du Harby", c'est pas une histoire simple (je me suis déjà rendu à deux de leurs soirées-cabarets, j'ai pu m'en apercevoir).

 

Quelles sont les disponibilités en bus, pour y arriver (depuis la gare de Mouscron ... ou de Tournai) ? Quelles sont les heures ? Bien sûr, je peux encore vérifier sur Internet.

 

Sans oublier que ...

 

Le 25 février tombe un vendredi. Je ne suis pas sûr d'avoir congé à mon boulot. Et ... je ne finis parfois pas mon boulot (à Bruxelles) avant 16 heures. Tandis que la soirée à la Ferme du Harby démarre, elle, à 19 heures 30.

 

Mais bon ... mon optimisme et mon réalisme naturels m'ont déjà montré, prouvé plus d'une fois qu'en s'organisant,  à partir des impondérables qui nous tiennent, on arrive parfois à un résultat (mieux : parfois, ça va tout seul) ...

 

Je ne désespère pas.

 

Comme j'aimerais tant y participer les deux jours ...

 

J'aim'rais (ça se comprend) trouver le moyen de loger dans le coin.

 

J'ai d'ailleurs demandé aux organisateurs ... quelles étaient les possibilités. Ils m'ont répondu. Malheureusement, les gîtes situés dans le coin ne se trouvent pas (d'après ce que j'ai compris) à moins de 5 kilomètres à la ronde. Comment, à partir du moment où les soirées ne se terminent pas avant 2 heures du matin, trouver aussi, en pratique, le moyen de se rendre à ces gîtes, quand on n'est pas motorisé ? Et ... sur Internet, en regardant les possibilités de log'ment, par là, je n'aperçois nulle part le prix d'une nuitée. Je présume que ça ne se chiffre pas à moins de 35/40 euros (j'ai déjà logé dans plus d'un gîte, plus d'une chambre d'hôte, en Belgique). Maint'nant, je devrais approdondir davantage ... mais c'est fou ce que ça demande comme énergie.

 

Maint'nant, il est peut-être encore trop tôt pour décider.

 

Le 26, je sais que je peux m'arranger avec une chanteuse (de la région de Quiévrain) qui s'y rend en voiture.

 

Quant au 25 ...

 

J'ai lancé un appel (GSM) à un pote (qui s'y est rendu l'an dernier, l'année d'avant et avec lequel j'étais allé là-bas en voiture) pour voir s'il y allait cette année. J'attends toujours sa réponse.

 

Je demanderai congé pour le 25. Agir, c'est important. Même si je n'aurai la confirmation de ce congé (demandé) que la veille. Mieux vaut tard que jamais, dit-on.

Lire la suite...

12272713867?profile=originalLes « Fragments » sont un essai de Roland Barthes (1915-1980), publié en 1977.

 

Déplorant l'"atroce réduction que le langage (et la science psychanalytique) impose à nos affects", l'auteur se propose de rendre au discours amoureux ses lettres de noblesse. Ce protocole d'écriture est organisé à partir de "figures": débats ou illustrations émaillés de citations et d'extraits de conversation avec des amis, ces figures sont celles éprouvées au cours d'une liaison. De la plénitude ("Adorable!", "Fête", "Je-t-aime") à l'accablement ("Catastrophe", "Langueur", "Suicide"), le lecteur est invité à parcourir tout le champ des sentiments amoureux.

 

Situées dans un temps indéterminé, tant il est vrai qu'au cours du drame de l'"énamoration" ("Drame") le monde extérieur semble irréel ("le Monde sidéré"), ces figures sont également énoncées dans un espace théâtral au sein duquel l'amoureux est toujours ramené à lui-même: "Ce que je lis dans ce malheur, c'est qu'il a lieu sans moi." Le rêve d'union totale avec l'autre n'est qu'une utopie ("Image, imitation: je fais le plus de choses possible comme l'autre", "Habit bleu et Gilet jaune"); l'amour, qui fait perdre le sens des proportions, s'éprouve essentiellement sur le mode souffrant ("Écorché") ou sadique: "Il n'y a aucune bienveillance dans l'écriture: je veux à tout prix te donner ce qui t'étouffe" ("Dédicace"). Cette accumulation de points de vue, qui s'attache à des gestes furtifs ("Une façon d'étendre les doigts en fumant", "le Corps de l'autre"), à des objets partiels ("La coupe d'un ongle, une dent un peu cassée en biseau", "Adorable") et réhabilite en même temps la valeur du code romantique ("Pleurer"), s'en remet finalement à un dur constat: "Vouloir écrire l'amour, c'est affronter le gâchis du langage" ("Inexprimable amour").

 

L'interrogation des « Fragments d'un discours amoureux » porte essentiellement sur la forme. La force du fragment selon Barthes est de se prêter à la fois à la "variation" et à l'"agencement". Antilinéaires, ces Fragments évitent, par leur forme simple et flexible, le diktat de l'unité et de la cohérence, et s'en remettent toujours au caractère des intermittences du coeur et des humeurs du désir. Le présent de l'indicatif se substitue au passé simple qui, lui, supposerait un monde achevé, stable et débarrassé de l'épaisseur complexe du réel. La substance de ces Fragments est toute romanesque en effet, et cette mise en écriture de figures amoureuses aurait pu faire le tissu d'un roman: les deux acteurs du "drame" - le sujet amoureux et l'"objet d'amour" - sont pris dans un discours à peine couvert par la référence littéraire (Werther, la Gradiva, Parsifal). Ce discours est toujours monologue: le "parler amoureux", fondé sur l'expression de la "loquèle" ("forme emphatique du parler amoureux", voir "Loquèle"), n'est jamais un dialogue véritable. Ce discours est bien plutôt l'histoire du sujet lui-même, toujours aux prises avec l'instabilité de ses jugements qui peut le conduire jusqu'à la folie, et irrémédiablement soumis au rythme capricieux des mutations de son écriture. De qui s'agit-il au travers de l'"amoureux"? Si toute "figure" de son discours est précédée d'une solide affirmation, d'un "argument" qui est instrument de distanciation - manière astucieuse de rappeler que le "je" qui écrit se tient toujours à distance respectueuse du "je" amoureux -, un savant brouillage chronologique et biographique décrit sa situation d'écriture comme celle d'un romancier. Cette ruse d'énonciation permet à l'auteur de ne jamais divulguer l'identité de cette énigmatique première personne du singulier. Ce livre du "moi" apparaît dès lors comme un espace de simulation. Le "je" n'est-il pas, comme le confie l'auteur, "l'organe suprême de la méconnaissance"? Car il s'agit avant tout, pour cet amoureux qui s'avance masqué, de déjouer tous les pièges de l'interprétation: "Je ne croirai plus à l'interprétation" devient son credo. L'amoureux n'est plus qu'un "empire de signes" ("Rien que des signes, une activité éperdue de paroles"), mais l'"objet d'amour" sort libéré de cette emprise du sens. Car c'est aux inflexions de la voix que l'amoureux s'intéresse désormais, marquant ainsi la nature proprement musicale et théâtrale de ce que Barthes nomme la "scène amoureuse".

Ces fragments lyriques d'inspiration plus grave (à la manière des stances du XVIe siècle) apparentent en effet le drame intime à un spectacle, la pratique intellectuelle n'en sera que mieux assimilée à une pratique érotique: "C'est comme si j'avais des mots en guise de doigts." L'écriture, dans cette perspective ludique, est célébrée comme une activité gratuite, dans la tradition de Gide ou de Montaigne. Ce refus du tragique entraîne le lecteur sur le terrain de la complicité: l'Adresse au lecteur autorise à considérer ces Fragments comme une structure d'accueil où chacun peut aller et venir, dont chacun peut disposer à son gré, selon le mode de lecture qui lui convient (attitude qui correspond très exactement à la définition que Barthes donne du "discours" ou discursus: "action de courir çà et là, allées et venues, démarches, intrigues"). Comme dans les dialogues de Platon, le penseur, l'écrivain, le lecteur, le professeur et l'amant se rejoignent ici en une sorte de livre idéal.

Lire la suite...

La série des lettres...la deuxième

Chère Madame,

 

 

J'emploie le mot "Chère" car vous saisirez au fur et à mesure de votre lecture, combien vous êtes chère à mon coeur.

 

Mais d'ailleurs l'affection se mesure t-elle ? L'affection a t-elle un prix ? C'est ce que je vous propose de décider avec moi, après que je vous ai exposé ces quelques lignes :

 

Mardi dernier, à l'heure où le soleil rougoie, la poussière du chemin poudroie et le feuillage ploie sous la chaleur de midi - pardonnez cet élan lyrique, c'est vous qui me l'inspirez -, j'ai été diverti de mes rêveries de promeneur solitaire par des beuglements assortis de suppliques rauques.

J'ai immédiatement écarté l'idée d'une vache folle, qui eut pu beugler certes, mais non supplier comme c'était le cas...et je me suis caché derrière un buisson pour mieux observer la scène.

 

Quelle ne fut pas ma surprise, vous l'imaginez, lorsque j'ai reconnu vos douces mains blanches aggrippées au manche d'un marteau, votre frêle et gracieuse silhouette penchée sur le corps de Monsieur Hazebrouk, votre chignon défait et vos mèches folles encadrant votre regard courroucé. Bientôt le corps de Monsieur Hazebrouk cessa tout à fait de bouger et le pépiement des oiseaux reprit de plus belle...

 

Vous comprendrez, Madame la Marquise, que je ne veux nullement me mêler de votre vie privée et encore moins vous donner des leçons de morale : j'ai bien trop de tendresse pour vous..que dis-je...d'estime, d'admiration !

Non...je suis votre ami..

Et en tant que tel, je sais que vous serez sensible à mes difficultés :je dois restaurer le toit de tuiles de la maison, j'ai bien besoin d'un long congé au soleil et mon véhicule doit être changé.

Grâce à votre participation, d'un montant de 400 000 euros, calculé précisément par mes soins, votre ami retrouvera sa joie de vivre, et, moins stressé, il perdra toute mémoire de ce souvenir encombrant.

 

En espérant que vous saurez me rendre amnésique, je vous prie de croire, Madame la Marquise, en l'expression de mon amitié la plus sincère.

 

Votre dévoué,

 

 

Hippolyte Gute

 

 

(« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »)

 

Pour le plaisir de la parodie,

 

Sylviane Kaena

 

Lire la suite...
RSS
M'envoyer un mail lorsqu'il y a de nouveaux éléments –

Sujets de blog par étiquettes

  • de (143)

Archives mensuelles