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Révolution...

Révolution...

 

Se perdre au détour de la vie

Y sentir glisser ses envies!

Surfer sur la vague du temps

Pour rêver juste un petit moment...

 

Se trouver au carrefour du chemin

Et décider de s'y prendre en main!

Sauter sur l'occasion d'en rire...

Enfin oser croire en son délire!

 

S'endormir au creux de l'amour

Et ne plus vouloir dire toujours!

Comprendre le pourquoi de son être...

Et décider d'en rester le maître!

J.G.

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Museum night fever à Bruxelles

Participent:

La Loge, Architecture Museum,
Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire
art & marges musée
Musée de la Banque nationale de Belgique
Musée BELvue
BIP Expo - experience Brussels!
Palais des Beaux-Arts (BOZAR) Coudenberg - Ancien palais de Bruxelles
Musée d'Art fantastique (MAF)
La Fonderie - Musée bruxellois de l'Industrie et du Travail
Musée d'Ixelles
Musée Juif de Belgique
Musée des Instruments de Musique (mim)
Théâtre royal de la Monnaie (ateliers)
Porte de Hal
Muséum des Sciences naturelles
Musée de la Ville de Bruxelles Wiels - Centre d'Art contemporain
Musée Antoine Wiertz (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique)

 


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12272715253?profile=original« Le mal court » est une pièce en trois actes et en prose de Jacques Audiberti (1899-1965) publiée dans le tome I du Théâtre à Paris chez Gallimard en 1948.

 

Au XVIIe siècle, la princesse Alarica de Courtelande, fille du roi Célestininc, se rend en Occident afin d'y épouser le roi Parfait. Dans les cantons de l'Électeur de Saxe: un homme (Fernand) s'introduit dans la chambre où dorment la princesse et sa gouvernante Toulouse, en se faisant passer pour le roi Parfait. A l'entrée du Maréchal de la noblesse, qui ne le reconnaît pas pour tel, l'inconnu saute par la fenêtre. Il est blessé par balle et ramené dans la chambre. Arrive le roi (Acte I). En compagnie du cardinal de La Rosette, son Premier ministre, il vient annoncer à Alarica que le mariage est rompu car il épouse la soeur du roi d'Espagne. Mais, touché par sa beauté et par son désespoir, il finit par lui révéler que leur prétendu mariage, machination du cardinal, n'avait pour but que de décider les Espagnols à cette alliance. Il lui propose alors de s'enfuir avec elle, mais Alarica refuse, se sacrifiant à la grandeur du roi d'Occident. En l'absence du cardinal, elle s'offre à lui. Parfait refusant à son tour, elle lui montre Fernand qu'elle prétend être son amant. Le roi décide alors de l'épouser, mais Alarica veut lui imposer Fernand. Il sort (Acte II). Alarica a passé la nuit avec Fernand, avec qui elle a "perdu son honneur de femme". Mais devant sa candeur agaçante, celui-ci ne peut se retenir de lui avouer qu'il est un policier du cardinal, chargé de la compromettre définitivement. D'ailleurs sa gouvernante elle-même est une espionne d'Occident. Arrive le roi Célestininc, qui semble satisfait du maigre dédit qu'on lui offre: même lui "triche"... Renonçant à une impossible pureté, Alarica promeut Ferdinand amant officiel et se découvre de grands projets pour la Courtelande. Elle renverse le roi son père, se joignant au passage à la course du mal (Acte III).

 

C'est sans doute la plus célèbre pièce d'Audiberti; en tout cas la plus classique et la plus simple dans sa composition. "J'ai écrit Le mal court d'un trait, en deux ou trois heures, sur du papier quadrillé, comme si ces trois petits actes, tracés d'avance, m'attendaient quelque part dans l'espace [...]. Le cri: "Le mal court!" que la princesse Alarica pousse à la fin de la pièce constitue, sans nul doute, la constatation de ce fait que le mal, dans sa réalité comme dans sa théorie, se propage avec rapidité. Mais il exprime aussi le souhait profond que ce mal soit court et que lui succèdent l'amour et la bonté."

 

Malgré ces derniers mots encourageants, la pièce apparaît avant tout comme l'initiation brutale de l'innocence au triomphe du mal. La princesse Alarica se voit d'un seul coup livrée au machiavélisme politique (en la personne du cardinal), au mensonge (en celle de Fernand) et à la trahison (en celle de Toulouse). La naïveté d'Alarica, issue - on le comprend à la fin de la pièce - de l'idéalisme de son père Célestininc (l'homme du ciel), rêveur et musicien, est mise à rude épreuve par les différents coups de théâtre qui lui révèlent progressivement l'étendue de la machination dont elle est victime. A sa volonté d'un monde "clair", Fernand vient apporter de cruels démentis: "Parce que vous n'arrêtez pas de prendre le faux pour le vrai, de choisir le faux, de préférer le faux, j'ai envie de la prendre votre tête [...] et de la poser, crac, devant la vérité, la véritable vérité."

 

Alarica parvient enfin à la seule conclusion possible: "Le monde est ignoble." D'où cette révolte, esquissée dès la déception de l'acte II - où elle adoptait la nudité d'Eve -, qui la conduit à s'identifier au règne du mal: "Je suis dans le trou, dans la fange / Le serpent me mange, il me mange / Je suis le serpent." Puisque le mal court et qu'on ne peut l'en empêcher, autant se joindre à la course et espérer que, s'il doit quelque jour s'arrêter, "ce soit à l'extrémité définitive de sa vitesse, de sa force!". C'est le sens de la comédie jouée par Alarica au roi Parfait pour le dissuader de se marier avec elle. Sa feinte cruauté lui permet, en le mettant face au miroir, de lui offrir l'image insoutenable de sa propre mort: "Je suis la fatalité de la vie."

 

C'est que l'initiation au mal se trouve être, simultanément, et plus nettement encore que dans Quoat-Quoat, une initiation à sa dimension théâtrale. "Dès le commencement, c'était une comédie. Voilà la vérité!" Le mensonge est déguisement, jeu, apparence et Alarica ne peut qu'échouer dans son pitoyable désir d'appeler la réalité afin d'"alimenter" la comédie en s'offrant à Fernand dont elle avait cru se servir en le faisant passer pour son amant. Il lui dévoile bien vite qu'il n'est pas celui qu'elle croit et que même les mots d'amour dont il l'abreuvait étaient fictifs: il les tire d'un manuscrit écrit par un autre que lui. Alarica ne peut donc parvenir qu'au constat de l'universelle comédie: "Ainsi partout l'on triche, partout l'on fait comme si." D'où l'ambition de se rendre maître du jeu des apparences en faisant basculer son âme "du côté du mal qui est le bien, du côté du mal qui est le roi", et le renversement final du roi Célestininc. Le mal, selon la métaphore baroque qui est filée d'un bout à l'autre de la pièce, apparaît comme "le vinaigre du monde" dans la "salade" de tous les mensonges. Célestininc qui "donnait des leçons de salade" (au sens propre comme au figuré) se trouve donc renvoyé à ses chères laitues à la fin de l'acte III.

 

On le voit, la pièce reste alerte et fuyante, pleine de fantaisie, à l'image de son sujet et malgré sa gravité. Comme l'écrivait à l'époque Jean Tardieu: "Il est impossible de rendre l'impression de fraîcheur, de jaillissement et de perpétuel imprévu que donne [ce] langage si neuf et si surprenant dans notre glacial théâtre intellectuel."

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Soliloque sur la colère

  

   

Chaque état d’âme n’est connu que de ceux qui l’ont éprouvé. Dès son plus jeune âge, un enfant manifeste ses sentiments; il se montre heureux, désappointé, envieux, craintif, chagrin ou en colère.

Il est possible d’être adulte en ignorant ce qu’est la haine, la jalousie dévastatrice, mais bien rarement la colère.

Une décision équitable peut anéantir un espoir mais ne cause pas de révolte.

Tout être humain discerne généralement vite ce qui est juste ou ne l’est pas. Il refuse d’accepter un tort immérité, s’en irrite avec plus ou moins d’énergie.

On a entendu dire que « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.» et souvent aussi« que la colère est mauvaise conseillère » Or ce sont là des mots que l’on oublie quand une impulsion nous pousse à la violence.

On reçoit un coup, on le rend, avec des conséquences parfois non voulues et tout à fait imprévisibles.

On ne réfléchit pas quand on est en colère. On réagit selon son caractère et son degré d’éducation.

Ceux qui ont enfin acquis une heureuse sérénité, qui ont compris la relativité des choses

qui les affectent, sont étonnés de se découvrir tout aussi vulnérables à la colère quand ils la ressentent à nouveau.

Pourtant, ils plaignent ces gens irascibles réagissant d’une manière qui leur parait immodérée.

L’indignation engendre la colère. Ne pas s’insurger dans certaines circonstances révèle un manque de sensibilité ou une moralité douteuse. Mais l’on peut blâmer intérieurement sans prendre parti.

Souvent, sans la grande ire de citoyens responsables, il n’y aurait pas de changements souhaitables à la condition de vie d’une collectivité qui se tait par crainte.

Honneur à ceux qui se sont exposés pour une juste cause, qui ont pris les armes ou qui se sont servi de la parole pour accuser avec véhémence.

Pour revenir aux conseils des sages, véhiculés par des proverbes, il convient de les rendre accessibles aux enfants en usant d’exemples qu’ils retiendront.

Du temps que j’étais écolière, il existait un petit manuel d’instruction civique et morale. dont je revois encore certaines images en noir et blanc.

Je n’ai jamais oublié ce que j’y ai appris sur le respect dû aux vieilles personnes, sur les méfaits de l’alcool, sur l’avantage de se donner un peu de peine.

Il est impératif d’enseigner clairement aux jeunes les effets dramatiques qui peuvent résulter d’un geste qui agresse.

On ne peut pas toujours éviter de se mettre en colère mais il faudrait apprendre à réagir sans précipitation car on pourrait le regretter.

 

13 février 2011

 

 

 

 

 

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Réveillés en enfer

 

Quand on accueille la colère,

Devant accomplir un devoir,

Il serait prudent de savoir

Ce qu’on doit éviter de faire.

 

Tout besoin incite à agir.

S’il est urgent à satisfaire,

On ne trouve pas nécessaire

De s’attarder à réfléchir.

 

Une très ardente impulsion

Crée un certain déséquilibre.

On n’est plus complètement libre,

En partant de ses intentions.

 

En s’alliant à la colère,

Il faut s’en méfier beaucoup;

Elle a rendu des êtres fous,

Devenus bannis de leur sphère.

 

Ils vivront un destin cruel.

Mus par une infernale ire,

Le corps et l’esprit en délire,

S’étaient réveillés criminels.

 

                                                                         14 février 2011

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Faim de vie.

Faim de vie.

 

Manon,

J’ai été rappelée au boulot. Je reviendrai vers 20 heures.

Il y a des pâtes dans le frigo.

Ton père finit sa garde après minuit.

Je t’embrasse. Maman.

 

Manon reste plantée devant ces quelques mots. Une sensation lui tord l’estomac : Coupable, la fuite de ses parents !

Le memo a rejoint les pâtes dans la poubelle.

 

Manon avale ses pensées.

Elle mâche et remâche sa colère. Elle rumine ses mots. Manon n’a pas faim, elle s’alimente de sa tristesse.

Enfermée dans ce corps qu’elle déteste, prisonnière des chaînes de la détresse, elle ne sourit plus.

Etouffée par ce monde cruel, dévastée par l’envie d’être belle, elle ne pense plus.

Obsédée par son poids, jour et nuit, forcée de traîner son corps maigre et sans vie, elle ne mange plus.

Déchirée tous les jours par le noir, fatiguée de vomir son désespoir, elle n’en peut plus.

Etranglée par son besoin d’amour, décidée à partir pour toujours, ce soir elle ne rit plus.

 

 

Sa vie est sans faim.

Seule, dans cette grande maison, Manon trouve le silence angoissant. La musique, toujours la même, rythme le noir de son désespoir.

 

Cendrillon, pour ses vingt ans, est la plus jolie des enfants…[1]

 

Manon sent son ventre crier famine. Son corps réclame avec avidité de déguster des dessins de fleurs. De savourer la chaleur de Mozart et d’un violon, sel de vie. De se délecter des rires du soleil et des rêves d’étoiles.

Elle n’a plus le goût de vivre. Seule, sa main décharnée se blesse à l’os saillant de la hanche. Manon sourit. Douce violence.

Seuls, ses doigts maigres suivent les petites rivières que sont ses veines.

Manon sourit. Douce violence.

 Seuls, ses genoux osseux se cognent. Echos lancinants d’osselets jetés sur une table de jeux.

Manon sourit. Douce violence.

 

Manon se laisse bercer par la musique. Sa seule amie les soirs affamés de tendresse.

Elle oublie le temps. Dans son palais d’argent. Pour ne pas voir qu’un nouveau jour se lève. Elle ferme les yeux et dans ses rêves. Elle part, jolie petite histoire…

… d’un morceau de chocolat ! Une pensée brutale : « Tu n’as pas le droit. Tu ne mérites pas de te faire plaisir puisque personne ne t’aime. Et tu ne veux pas ressembler à une énorme vieille fille, pas vrai ? Ecoute-moi… Tu resteras une adorable petite fille ! »

Elle commence à boire. A traîner dans les bars. Emmitouflée dans son cafard…

 

Sa peine se noie dans un verre d’alcool. Ses larmes, amères, coulent. Inaperçues. Des fantômes.

Manon est un fantôme. Un être sans chair. Un fantôme du vide. De l’absence. Du rien. Un fantôme si léger que le moindre souffle de vent pourrait l’emmener avec lui.

Elle étrangle son verre pour se remplir le cœur.

 

Manon se sert un autre verre d’alcool. Il y a des traces de vie dans l’eau de vie et, quelques petites pilules recluses dans leur prison de carton argenté.

Elle hésite un moment. Joue avec les comprimés. Elle avale le tout avec la même passion que les bonbons multicolores de l’enfance.

 

L’aiguille de l’horloge a  continué son chemin et a largement dépassé 3 heures.

Un nuage de lait ponctue le ciel de la nuit. Noire.

 

Manon s’assoupit, épuisée. Les blessés de l’âme le savent. C’est lorsque nous fermons les yeux que nous voyons le mieux.

Un coma éthylique la guette.

 

… Elle tue sa dernière chance. Tout ça n’a plus d’importance.

 

Un coma idyllique pour écrire le mot fin.

 

 Elle part. Fin de l’histoire.

 

Un sourire serein habille son visage. Un sourire d’ange.

 

Notre Père qui êtes si vieux. As-tu vraiment fait de ton mieux. Car sur la terre et dans les cieux. Tes anges n’aiment pas devenir vieux.

 

Quelques mots oubliés sur la porte du frigo.

 

Ne plus être.

Ne plus devenir.

Pour enfin exister.



[1] Cendrillon by Téléphone in Dure Limite.

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journal de bord, lundi 14 février 2011

 Un début de future nouvelle chanson s'annonce peut-être. Cadeau de Saint-Valentin ?

 

Je cours plus après l'tram

Je tiens trop à la vie

Y aura toujours un tram

Dans le quart d'heure qui suit ...

 

A poursuivre.

 

Les grèves postales se poursuivent dans plus d'un centre de tri, en Belgique. Anvers et Liège sont touchés.

 

Pas trop de boulot. Presque pas de recommandés. Forcément, les lettres sont restées, dans la majeure partie des cas, au bureau central.

 

Les grèves, on s'en doute, contente aussi pas mal de gens.

 

Je garde en mémoire le témoignage (récent) d'une amie, souvent victime des grèves de transports en commun. Qui doit parfois se farcir un taxi pour se rendre à un boulot (où elle n'est pas trop bien rémunérée). Et qui se rend compte que l'argent qu'elle gagne, elle le perd aussitôt, rien qu'en payant le véhicule qui la transporte ... à son boulot.

 

"Faudrait trouver le moyen qui emmerde les patrons, sans faire de tort aux petits"

 

Son point de vue n'est pas dépourvu de bon sens.

 

Paraît que ... un jour, à Bruxelles, des conducteurs de bus s'étaient révoltés contre leurs patrons, en permettant à tous les voyageurs de circuler ... gratis. Pas mal. A encourager.

 

Je cours plus après l'tram

Je tiens trop à la vie ...

 

Je rectifie déjà.

 

Je cours plus après l'tram

Je n'en ai plus envie

 

Le "je n'en ai plus envie"  me paraît plus adapté (comme ça, dans un premier jet, quand je compare) que "je tiens trop à la vie". Oui. Ceci dit, je pourrais peut-être placer "je tiens trop à la vie" à la fin de la chanson (que je n'ai même pas encore écrite). Bien. Je peux aussi, plutôt que de dire, à un moment donné "Je tiens trop à la vie", concevoir tout un couplet de huit phrases en huit pieds, dans lequel j'exprimerais exactement le même sentiment ... avec des images poétiques.

 

Je cours plus après l'tram.

Je cours plus après les contrats d'chanson.

Je cours plus après les câlins à tout prix.

Je cours plus après ...

 

Mais lorsqu'ils (ou elles) se présentent, lors d'une soirée anniversaire, lors d'une rencontre dans un tram, que j'y suis réceptif, que je me sens disponible, eh bien, je cueille, je savoure (enfin : j'apprends).

 

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Peinture déco

Figure ou peinture, peinture d'une figure ou le rouge et noir jouent en se partageant le territoire.

Flo figure fond rouge et noir 50x50 acry et marouflage sur toile Gegout©adagp2011

flo et rictus

Fond noir- fond facile qui magnifie chaque couleur..

 J'éprouve face à ce type de fond , un mélange de plaisir simple et même temps la sensation que la joue facile..!

 Serais-je devenu un peintre déco ?


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administrateur théâtres

Pour la saint-Valentin, offrez-lui ce spectacle magnifique !

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René se souvient de ses vacances chez sa grand-mère à Soignies, berceau de la pierre bleue. « Je joue avec une petite fille dont j’ignorais le nom. » La grille du cimetière où ils jouaient se ferme. Elle a disparu. 

 Voici un huis clos qui évoque de façon ludique la vie de René Magritte, l’homme au chapeau boule,  vue par Georgette, sa femme,  sa muse chérie, son exclusive égérie, sa complice éternelle, son unique modèle...

Magritte peint dans la vie mais ne peint pas dans la pièce. La pièce c’est « la » pièce. La pièce où ils vivent, dans chacun des lieux où ils ont vécu de leur premier logement en passant par Paris, jusqu’à la rue des Mimosas, près du parc Josaphat, où Magritte s'éteindra à 69 ans, le 15 août 1967 à 15 heures.  Voici des tableaux vivant  la banalité  de  la vie de tout couple, et pourtant  une alchimie particulière, un mystère extraordinaire. Surréaliste ?  Aucune  figuration des peintures de Magritte: sa vie de peintre est entre parenthèses. Avec des comédiens de 2011, ce couple revisité, est vraiment  touchant.   Cela a quelque chose de jeune, de dynamique, d’innovateur, d’éternel, cela a le charme de Roméo et Juliette. Dans l'air, il y a l'énigme de tous les couples qui durent.

L’image du père fait ombre, elle se veut prophétique comme une scène d’Hamlet ou de Don Juan, elle représente  le bourgeois de 19e siècle engoncé dans ses certitudes, muré derrière ses habits de circonstance, avare de paroles. Léopold Magritte, « prohibant le sabir wallon dans sa maison, marchand tailleur et affairiste, brade, vend, écoule. Coureur de jupons, frimant et plastronnant, il  lui souffle : «M’as-tu vu bedonnant, d’un chapeau boule coiffé, cravaté, pocheté, costumé, tel un bourgeois sapé, tu me ressembleras, René !’  Cet homme à femmes, le mari de sa mère qui se suicide dans la Sambre, inondera le fils de sa culpabilité. A l’école, Magritte se décrit comme le fils de la noyée. « J’avais 14 ans, elle en avait 40.» Malheur indicible qui le corsettera à vie. Georgette : « De la perte cruelle, René se remet à peine. Je suis sa petite mère, Il est tout à moi ! »

 

La mise-en-bouche est de Patrick Rougiers : les mots dansent dans le tableau du théâtre. L’écriture rimée, parsemée  vocables belgo-belges comme des touches de peinture,  donnent une forme fantaisiste à la pièce. L’humour fait loi. Georgette: « J’ai fait une fausse couche, ce fut une froide douche. »  Assonances, allitérations, associations musicales ou rythmiques, tout cela laisse un magnifique espace pour le jeu des postures, des regards, le brillant du rouge à lèvres Diorescent de Georgette assorti à l’ourlet de sa robe mobile,  le magnifique film et les arrêts sur image qui encadrent les personnages. La mise en scène ciselée de  Monique Lenoble met carrément en scène toute  la lumière et les couleurs de Magritte, ce sont autant de moments de beauté, qui donnent de l’appétit,  du plaisir artistique. Cette comédie picturale diffuse un plaisir rare. Aurore Rougiers et  Baptiste Blampain sont éblouissants.  Le quatuor de comédiens nous livre une musique qui n’est pas une musique.  Ne vous en privez pas !

 

Du 27 janvier au 27 février 2011, le Poème 2 vous propose:

 
"La femme de l'homme au chapeau boule"
 
de Patrick Roegiers
 
"Magritte vu du côté cuisine, Georgette en personnage principal, René quand il ne peint pas. Ce qui est fascinant, c’est la vie de couple. Et comment une femme aussi simple est l’indispensable complément d’un génie." 

Renseignements et réservations:
Poème 2 (Théâtre-Poème)
30 rue d'Ecosse - 1060 Bruxelles
 
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Une autre histoire de Roméo et Juliette

Je suis une conteuse et beaucoup de mes livres commencent par “il était une fois...”. Mais « Piloto et Lassie » commence différemment, car « ...c’est une autre histoire ». Et si j’ai voulu vous présenter cette pièce de théâtre au mois de février, le mois des amoureux, eh bien, tant mieux, puisque il s’agit d’une histoire d’amour. Pourtant, il n’y a pas de drames ni de larmes, et les personnages ne pouvaient être que plus hors du commun. Sur cette pièce de théâtre pour des amoureux de tout âge, le poète et philosophe français Serge Lapise a écrit "... l’auteur du Petit Prince aurait certainement apprécié l’histoire de ce conte." « Piloto et Lassie, une autre histoire de Roméo et Juliette » est l’une des trois pièces de théâtre proposées dans mon livre jeunesse Le Théâtre des Animaux disponible chez l’éditeur Elzévir et sur Amazon.fr. Une très romantique Saint Valentin à tous.
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Clairvoyance

 

Je m’allonge et ferme les yeux.

Dans le noir et dans le silence,

Je ne suis plus en aucun lieu,

Comme privée de l’existence.

 

Or, je demeure bien vivante,

Sans besoins et sans volonté.

Libérée, ma pensée errante,

M’impose de l’écouter.

 

Toujours active, inattendue,

Peut me sembler incommodante,

Ou bien me laisse détendue,

Tout en devenant motivante.

 

Je ressens alors le désir,

De conclure avec clairvoyance.

Raisonner me cause un plaisir,

Trouver les mots, une jouissance.

 

9 février 2011

 

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Février

 

 

Quand, à la clarté lumineuse,

Succède un jour privé d’éclat,

Je l’accueille d’un regard las;

Ma pause sera ennuyeuse.

 

Hier j’étais ragaillardie,

Le soleil me rendait joyeuse,

En cet instant, me sens peureuse;

Des flocons valsent sans répit.

 

J’attendais, à mon habitude,

Que s’accélère la tempête

Et déçue, je faisais la tête.

Voilà crevée ma certitude.

 

L’espoir radieux resurgit;

Magiquement, ma page brille,

La neige immaculée scintille,

Le ciel se nacre et bleuit.

 

Février, porteur de vent froid

Et surtout de neige abondante

Peut offrir des grâces touchantes;

Il me surprend souventefois.

 

12 février 2011

 

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AGÔN (sur la politique belge)

 

AGÔN

 

 

                                                                                                                                    A Bart et Consorts

 

 

La ruse souscrit clairement à l’allusion - l’impasse tisse la manigance. Comment scinder ce que l’on peut réunir ? Et pourquoi réfractaire l’inverse parcourt les miasmes ? Le mobile filtre l’utilitaire risque. La caricature est l’éloge du caractère - le ventre ingurgite le gouffre de l’icône.

 

De plus en plus déchirée, la distance s’accroche à l’appétit et encaisse futile. L’erreur enchevêtre la pieuvre. Comment changer de voie et ouvrir de multiples combinaisons ? Mieux répartie, la matière et la conséquence croissent faisant face à la mûre réserve. L’équation confie le dénuement au bouclier. Clivage, une version, ne conclue, aveu de bataille, accroche l’éclat des territoires.

  

Le caporal ânonne et exhorte ses troupes à dévaster le tableau. La disposition tient lieu de lutte. Les vains espoirs sont comme des maquettes, trop fragiles et sujets au confinement précieux. Les entraves couronnent la fuite probante. Les enceintes altèrent le tangible. Le pourcentage piaffe parmi les fracas.

 

 

                                                                                                                           Zachary Lusten

                                                                                                                         Le 28 janvier 2011

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journal de bord, dimanche 13 février 2011

 Dans un cabaret bruxellois, où je me suis rendu, ce soir ...

 

J'ai eu la grande chance de découvrir Simon Delannoy. Il a une voix très sensible. Il dégage une très très grande gentillesse. Accompagné d'un batteur et d'un contrebassiste. Il a évoqué, parmi tant et tant d'images qui nous emmènent, un Giverny où Manet (ou Monet) passe, la désillusion quand on entend un "non" pour passer dans la première partie d'un certain Salvatore, les gens qui balaient plus devant la porte des autres que la leur ...

 

Des phrases, des chansons que j'aim'rais réentendre, à l'av'nir.

 

Au cours de la soirée ...

 

Entre un feu ouvert ...

 

Entre une copine très franche qui fait les entrées et savoure son cigarillo, dans la cour, de temps en temps ...

 

Je n'ai pas, non plus, oublié la raison pour laquelle je me rendais dans ce cabaret : trouver une date avec la tenancière, cette année, pour que j'y chante.

Faut préciser : je chante au moins une fois par an dans ce cabaret depuis sa création (1996).

J'en garde des moments très forts.

Et une envie, qui se renouvelle d'année en année, d'y passer à chaque fois, en tenant compte des chansons que j'ai écrites entre temps, et de l'évolution, à pas lents, qui se trame toujours un peu derrière.

 

Général'ment, quand je passe dans ce cabaret, c'est en avril. La tenancière s'arrange, comme elle le peut, pour faire coïncider la date de ma prestation avec celle de mon anniversaire.

 

Je me suis abstenu, durant toute la durée du spectacle, d'aller la déranger. Elle était occupée derrière le bar. Je me suis dit : tout à l'heure, il sera toujours temps.

 

Et le temps passe ...

 

La prestation du chanteur annoncé a le temps de se terminer ...

 

Des gens restent aux tables, savourent une grosse bière. Une jeune photographe, venue tout droit de Louvain-la-Neuve, semble avoir eu un coup d'coeur pour le chanteur.

 

Et je finis quand même, à un moment donné, par trouver la tenancière.

 

"Il faudra qu'on trouve une date !", me dit-elle, effectiv'ment.

 

Un blanc de silence.

 

Elle dit, à un moment donné : "Je voudrais quand même te dire ... j'avais été assez déçue de ta prestation de l'année dernière ... tu jouais avec une vieille guitare ... et ta voix ne donnait pas ... tu étais en dépression, ça se voyait bien"

 

Je me demande si elle évoque bien ma prestation, dans son cabaret, d'avril 2010, où j'avais interprété l'une ou l'autre chanson au piano.

Il s'avère que c'est bien celle-là.

 

J'écoute la critique. Sereinement. Elle sait de quoi elle parle, la tenancière. C'est toujours important, quand on fait de la scène, d'écouter le point de vue de ceux (ou celles) qui vous entendent, vous écoutent, vous ré-entendent, vous ré-écoutent.

 

Ma mémoire se remet en marche.

 

Et je me revois, en avril 2010, dans ce cabaret. En train de chanter (avec un tea shirt noir).

Je revois des images phares de cette soirée.

Je revois, je revis surtout (rien qu'en pensée, par la grâce de ma mémoire) l'état d'esprit dans lequel j'étais quand j'ai presté.

 

Très curieus'ment ...

 

Moi, j'avais très bien vécu la prestation que j'avais donné.

Je sais que je n'étais pas en dépression, le jour où j'ai donné cette prestation.

Je sais que je n'étais plus en dépression, le jour où j'ai donné cette prestation.

 

Oui, j'avais vécu, quelques mois au préalable, deux mois et demie d'arrêt d'travail.

Mais je m'étais déjà ré-épongé ... lorsque j'avais donné mon spectacle en avril.

Le temps que j'avais passé, durant ces deux mois et demie d'arrêt de travail, je l'avais consacré à me recentrer, à apprendre à vivre beaucoup plus tranquill'ment.

J'avais surtout compris, réalisé durant ce temps d'arrêt d'travail, que les nombreuses années que j'avais passées à courir après l'objectif, courir après le contrat comme on court après le bus, ça ne me faisait plus de bien.

Donc, j'avais peu à peu appris à respecter mon rythme respiratoire, mes états de fatigue ... et j'en passe.

 

Et quand je me suis remis au travail, avec des bases nouvelles, je me suis senti un autre gars.

 

Et, pour l'avoir vécu de l'intérieur, je témoignerai ...

 

Dans le cabaret bruxellois ici présenté, je n'ai jamais vécu, en tant qu'acteur de la soirée, en tant que chanteur programmé, en avril 2010,  une prestation avec autant de bonheur, de légèreté. Je vivais chaque chanson, chaque geste à mon rythme. Je regardais le public, autour de moi, avec une tendresse que je n'avais jamais vécue, ni ressentie auparavant. Je m'étais tenu à huit chansons dans les deux parties, en tenant compte des remarques de la tenancière (qui savait de quoi elle parlait), alors que ... les autres années, elle me le disait déjà, mais je ne m'en préoccupais pas.

 

OUi, j'ai donné peut-être moins de voix que d'habitude. Ca, je m'en rappelle. Mais je donnais peut-être cette (autre) voix avec plus de sincérité que les autres années. Il m'est souvent arrivé, dans bien des prestations précédentes (dont plus d'une dans ce cabaret), de forcer sur les effets vocaux, par peur de ne pas être entendu. Bon, d'accord. Mais ... d'un autre côté, la voix est aussi (ou doit être aussi, en principe) un reflet important de l'âme.

 

 Et en me contentant de laisser passer ma voix comme elle se trouve, il m'est arrivé plus d'une fois d'entendre aussi (surtout depuis un an) : "C'est fou, Hugues, même quand tu murmures, on t'entend !"

 

Très curieusement ...

 

Il m'est aussi arrivé de chanter (dans ce cabaret ou d'autres endroits) en étant (personnell'ment) à fleur de peau, en étant réell'ment en dépression, en venant de subir un chagrin d'amour (dans le cabaret ici cité, je me suis un soir écroulé en larmes, en coulisse, juste après un spectacle) ... sans que ça ne nuise à mon spectacle ... et sans que ça n'empêche le public de me montrer son raviss'ment à l'égard de ma prestation.

 

Le fait d'aller réell'ment mal suscite-t-il la performance extraordinaire dans le spectacle ?

Aller bien (et en tenir compte en chantant), est-ce un gage d'échec ou de déception ?

 

Que de questions ! Que de mystères !

 

Effectiv'ment, si je repasse un jour dans ce cabaret, je veill'rai à jouer avec ma belle guitare. Même si, en fonction de mon bien être personnel, je préfère la vieille (qui, à mon sens, a plus d'âme) ... mais j'ai peut-être le tort de projeter (comme tout un chacun) mon bien être chez ceux (et celles) qui viennent m'écouter chanter.

 

Quand je suis sorti du cabaret, je n'avais toujours pas de date prévue. Mais ... je l'ai accepté. Après tout, c'est important d'agir en vue d'obtenir ce qui nous est important. Quant à lutter contre la disposition des autres, quant à lutter, dans certains cas, contre l'impossible, j'y renonce, maint'nant. S'échiner en pure perte, alors qu'en franchissant la porte de sortie, des milliards de nouvelles portes sont (et seront) peut-être prêtes à vous accueillir, ça ne tient plus en route.

 

Bien sûr, j'ai eu mal au coeur en quittant le cabaret. Bien sûr, j'ai eu mal au coeur en reprenant le métro.

 

Mais, paradoxal'ment, je me sentais plus solide. Y a une paire d'années, je me serais effondré, j'aurais douté de moi, j'aurais pris le conseil de la tenancière comme parole d'Evangile. Maint'nant, j'arrive à rester centré. J'ai vécu cette prestation, en avril 2010, avec bonheur, raviss'ment, étonn'ment ... et ça m'appartient. La tenancière du cabaret a vécu ma prestation comme décevante, avec toute une série de raisons louables ... et ça lui appartient.

 

La tenancière, chanteuse elle-même, envisage aussi de refaire un CD. Je la soutiens à fond dans son projet. En connaissant l'état de fatigue qu'elle vit, chaque semaine (depuis quinze ans), rien qu'en organisant ses soirées, rien qu'en réglant des factures, rien qu'en soignant son lieu, je me doute qu'il ne lui reste plus beaucoup de temps pour se consacrer à sa vie d'artiste, en tant que telle.

Et elle envisage, dans ce laps de temps, de ne plus programmer de spectacle.

Avril, mai, juin semblent compromis.

Quoi de plus normal ?

 

Revenons à la fameuse soirée d'avril 2010, où la tenancière m'a trouvé décevant, parce que ma voix ne sortait pas, parce que j'étais en dépression et que ça se sentait ... et qui ne me propos'ra peut-être, de ce fait, pas de contrat cette année (et c'est son droit !)

 

Je pose (ou je me pose) une question.

 

Qui dois-je désormais privilégier ? Le gars que je suis, avec son bien être personnel, y compris dans mes spectacles ?

Ou ... le gars que j'ai été, durant des années, c'est-à-dire le personnage public qu'un certain nombre de gens ont enregistrés, qui passait peut-être avec plus de punch que maint'nant, même si c'était aux dépens de mon bien-être personnel ?

 

Je connais la réponse.

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LAISSEZ-PASSER

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Avoir

                Ce peu de beauté en partage

                Partie de la beauté du monde

                Une once d’amour par-dessous

 

                               Savoir

                Ce feu de la comète blonde

                Et connaître le seul langage

                Où l’être à jamais se dissout

 

                               Aimer

                Le jeu de la fête céleste

                Joint à l’univers asphodèle

                Dans l’or de l’espace qui meurt

 

                               Damer

                Le pion aux mouvantes rumeurs

                Savoir la main qui te modèle

                Le corps et le cœur et le reste

 

                               Tracer

                Dans le ciel noir une rayure

                Brève de feu clair un éclat

                Qu’un enfant trouvera dans l’herbe

 

                               Passer

                Infime vie et puis superbe

                Goûter la musique des glas

                Beauté du monde amour blessure

 

 

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administrateur théâtres

12272715085?profile=original« Himmelweg » de l’écrivain espagnol  Juan Mayorga 

Avec trois comédiens hors-pairs : Jean-Marc Delhausse, Michelangelo Marchese, Luc Van Grunderbeeck

à L’ATELIER 210 à Etterbeek

 

Pièce historique : la seconde guerre mondiale, un délégué de la Croix rouge va inspecter un camp de concentration. Il est les yeux du monde. Il sera aveuglé.  Il sera accueilli avec une courtoisie extrême par un commandant, élégant et lettré. Déjà le théâtre.  On lui jouera une farce: un village modèle, des gens qui jouent la normalité, un kiosque, une jolie gare avec une horloge, des amoureux sur un banc, des enfants qui jouent à la toupie, au ballon, une petite fille qui baigne son bébé en celluloïd… « N’aie pas peur, Rebecca, dis bonjour au Monsieur ! » Il ne se doutera de rien ! Les rumeurs de monstruosités s’apaiseront dans son esprit face au  bateau qu’on lui a monté.  Malgré des indices visibles, et parce que sa main n’aura pas achevé un petit  geste qui aurait pu tout changer. Et si son sens de l’analyse avait été plus aiguisé? Et s’il avait été moins lâche ?  Il conclura : «  les conditions d’hébergement paraissent correctes, l’hygiène, les vêtements dont ils disposent sont convenables, la nourriture en suffisance. » Ses yeux ne verront rien derrière le gigantesque rideau de fumée et le bruit des trains.

 

Le théâtre ici est sauvagement dénaturé, son mécanisme est mort. Il n’est plus le lieu naturel de catharsis qui permet d’exprimer l’inexprimable, de nommer l’innommable, de provoquer une prise de conscience, d’approcher l’humain dans sa nature fondamentale. Le théâtre est  bafoué.

 

Le commandant du camp est le maitre de jeu, seigneur de la manipulation, avec des tics de grandiloquence autoritaire, des envolées philosophiques écrasantes, de discours politiques pangermaniques. En homme cultivé, Il a amené 100 chefs d’œuvre de la culture européenne avec lui, pas un de plus. Son bureau est tapissé de 100 tiroirs remplis de dossiers macabres. Il n’acceptera que 100 figurants pour la mascarade qu’il donne afin d’abuser le monde : fixations de psychopathe. Il ose jouer sur la fibre poétique du mot « Himmelweg », alors qu’il s’agit pour tous les déportés, d’une descente aux enfers. Il joue les accommodants : « La guerre est un malentendu entre frères ! » Léger, il signale lui-même « on colporte des monstruosités », rien de mieux pour éteindre les doutes.  « Ah vous voulez des renseignements ? Je n’ai rien contre ! » Ironiquement, il est attiré par l’accent du visiteur étranger, il  veut entendre le mot « paix » prononcé dans une langue qui ne ment pas en continu. Arbeit macht frei !

 

Le vieux Godfried, le prisonnier juif qui doit collaborer et « traduire les idées de Berlin » à sa troupe de figurants demande pendant une tirade sur Aristote « Pourquoi des chaussures sans lacets ? » Le commandant rétorque « c’est de l’humour juif » ? Au gré des répétitions,  les figurants récitent mécaniquement, cela sonne faux. Derrière les mots et les gestes, il n’y a rien - c’est leur seule chance de se faire comprendre.  Le commandant se met en colère « Dans la vie, on ne parle pas comme cela ! » Godfried trouve des excuses pour tous les faux-pas des comédiens. Leur vie est en jeu ! Le commandant se fâche : « Trouvez des gestes qui vont avec ces paroles. Cherchez dans votre vie antérieure ! »  Godfried plaide « Ils ne comprennent pas ce qu’ils font, ils ont besoin de savoir ce qui les attend. » Réponse énigmatique du commandant « La vie est faite d’incertitudes ! ». Le tutoiement et les tasses de café prennent la relève pour amadouer Godfied. Godfried osera. Il ajoutera à l’intention du visiteur, pour qu’il entrevoie l’immense mise en scène et la supercherie, une phrase incongrue  « Nous sommes un navire qui doit rentrer au port,  le capitaine doit prendre patience » …. Hélas, trop sibylline. « Sauve-toi, Rebecca » dira la petite fille ! Bruits de trains.

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Une pièce qui exprime la vérité en contrepoint, avec finesse et pudeur. Avec la mise-en-scène fascinante de Jasmina Douieb, des comédiens plus qu’accomplis,  à la diction et la gestuelle parfaites, c’est  une pièce qui « questionne aussi notre présent et notre rapport à ce que l’on voit, ce que l’on veut bien voir, et ce que, saturés d’images, on ne voit plus. »

 

http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Himmelweg-4858/

jusqu’au 26 février 2011

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A la recherche du temps perdu (Proust)

Roman de Marcel Proust (1871-1922), écrit entre 1908-1909 et 1922 et comprenant sept sections dont les trois dernières parurent après la mort de l'auteur. Les titres de ces sept volumes sont par ordre chronologique de publication: Du côté de chez Swann (à compte d'auteur chez Grasset en 1913, puis dans une version modifiée chez Gallimard en 1919), A l'ombre des jeunes filles en fleurs (Gallimard, 1918, prix Goncourt 1919), le Côté de Guermantes (en 2 tomes, Gallimard, 1920 et 1921), Sodome et Gomorrhe (en 2 tomes, Gallimard, 1921 et 1922), la Prisonnière (Gallimard, 1923), Albertine disparue (ou la Fugitive, Gallimard, 1925) et le Temps retrouvé (Gallimard, 1927).

Des conditions dans lesquelles furent publiées ces sept sections de l'oeuvre définitive, retenons essentiellement le souci manifesté très tôt par Proust que le roman formât une unité bien structurée et close, ainsi que les difficultés qu'il éprouva à concevoir les ruptures que supposait cette partition en sept volumes. Difficultés dues au fait que Proust souhaitait que chacun d'eux présentât une certaine autonomie. Ce qui frappe d'autre part c'est le considérable élargissement de la perspective entre la conception initiale du roman (soumise essentiellement à l'opposition temps perdu / temps retrouvé) et le résultat final. Dans l'intervalle se seront produits de multiples remaniements et de considérables ajouts qui auront eu pour conséquence d'enrichir toujours davantage cette immense fresque, sans que Proust abandonne jamais l'idée d'un achèvement de l'oeuvre, que la mort seule ne lui a pas permis de mener à terme.

Ce roman se présente sous la forme d'une autobiographie fictive où le narrateur évoque les différentes étapes, parfois analysées dans le plus grand détail, de ce que fut sa formation, envisagée essentiellement comme le chemin, entrecoupé de multiples voies de traverse, d'une vie qui l'a finalement mené à l'écriture sans qu'il prît vraiment conscience, dans les moments où il la vivait, de cet inéluctable destin. Celle-ci prend pourtant racine dans la plus tendre enfance, laquelle constitue le cadre du premier volume.


Du côté de chez Swann. Pour le narrateur, l'apprentissage commence par la découverte d'un monde clos et recelant déjà tous les germes de ses observations à venir: Combray. Une légère fêlure dans les rapports du jeune enfant avec sa mère (le traditionnel baiser du soir une fois refusé) devient la source d'une angoisse en quelque sorte matricielle. Tout est initiation dans cette première section: l'univers est divisé en deux côtés séparés présentant chacun une combinaison thématique propre. Du "côté de chez Swann" se situe le désir (pour Gilberte) et la prise de conscience de l'existence du mal, le "côté de Guermantes" révélant quant à lui toute la force de l'envie de prestige. L'enfant découvre la lecture (George Sand et Bergotte) et rêve sur les noms propres. Les impressions résurgentes de ce premier volume (c'est grâce à la saveur d'une madeleine trempée dans le thé que l'adulte les retrouve) sont déjà largement nourries des réflexions postérieures du narrateur et de l'écrivain lui-même. Ce premier tome comporte, seule partie du roman écrite à la troisième personne, la longue narration d'une passion vécue, bien avant la naissance du narrateur, par un voisin de Combray, Charles Swann. La rencontre d'Odette donnera à cette figure en vue du Faubourg Saint-Germain l'occasion d'expérimenter douloureusement les débordements d'une jalousie en laquelle se concentrera bientôt tout son amour. Il découvrira du même coup le milieu bourgeois du "clan" Verdurin et trouvera une consolation à entendre une "petite phrase" de la sonate de Vinteuil.


Dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs, nous retrouvons le narrateur adolescent fréquentant chez les Swann. Odette, que Swann a fini par épouser et dont l'élégance raffinée fascine le jeune homme, offre la possibilité à celui-ci, en l'invitant dans son salon, de rencontrer l'écrivain Bergotte. Il découvre également, au théâtre, la Berma, comédienne de grand talent. Dans ces deux cas sa déception initiale fait place, après mutation, à une profonde admiration. Il éprouve pour Gilberte, la fille de Swann, son premier grand amour bientôt suivi du chagrin d'une rupture dont il prend l'initiative. Les "jeunes filles" du titre, c'est à Balbec (lieu de villégiature sur la côte normande) que le narrateur les remarque. Au Grand Hôtel il fait la connaissance de Mme de Villeparisis et de son neveu Robert de Saint-Loup. Le baron de Charlus, oncle du précédent, croise également dans les parages. Deux rencontres se révéleront particulièrement marquantes pour la suite du roman: celle du peintre Elstir, auquel le narrateur doit une certaine initiation esthétique, et celle d'Albertine qu'il différencie progressivement de l'essaim où elle se fondait tout d'abord.


La carrière mondaine du jeune homme prend son essor dans le Côté de Guermantes. Avant d'être admis dans ce saint des saints qu'est le salon de la duchesse de Guermantes, à laquelle Saint-Loup refuse de le présenter, il devra apprendre les règles du "monde" chez Mme de Villeparisis. Mais ce milieu, surtout caractérisé par son insignifiance, ne lui apporte qu'une déception chronique. Tout à ses préoccupations arrivistes, il est soudain confronté à la mort d'un être cher: sa grand-mère. La douleur qu'il éprouve, quoique réelle, n'est pas aussi intense qu'il l'aurait cru. Il revoit Albertine, qui lui accorde le baiser qu'elle lui refusait à Balbec.


Sodome et Gomorrhe s'ouvre sur une longue scène amoureuse entre Charlus et le giletier Jupien, suivie d'une dissertation sur l'homosexualité. Les anomalies de comportement du baron s'expliquent désormais. Lors d'une soirée chez la princesse de Guermantes, les conversations se concentrent sur l'affaire Dreyfus: il y est surtout question des remous et regroupements stratégiques que cet événement provoque dans les milieux mondains. Les rapports du narrateur avec Albertine deviennent de plus en plus étroits et, pendant un second séjour à Balbec en sa compagnie, il commence à la soupçonner d'être lesbienne. Il découvre le "clan" Verdurin que fréquentent également Charlus et son nouveau "protégé", le jeune musicien Morel.


La Prisonnière. Il s'apprête à rompre avec Albertine mais, subitement sûr de ses attirances gomorrhéennes, il décide de rentrer avec elle à Paris et parvient à la résoudre à la vie commune chez lui. Cette claustration à deux tourne cependant très vite au cauchemar: les pressions inquisitoriales du jeune homme, en proie à une succession de plus en plus effrénée de périodes d'apaisement et de torture ("les feux tournants de la jalousie"), se heurtent à la duplicité experte d'Albertine. Pendant une soirée chez les Verdurin il entend, profondément bouleversé, le septuor de Vinteuil. Il décide de rompre avec son amie, désespérant de pouvoir jamais la "posséder" vraiment.


Albertine disparue. Mais un matin au réveil, il apprend, "le souffle coupé", que celle-ci l'a quitté. Il reçoit peu à peu la nouvelle de sa mort. Commence pour lui un long travail de deuil où sa blessure, maintes fois ravivée par la confirmation qu'il acquiert des moeurs de la jeune femme, se cicatrise progressivement. Il voyage, se rend à Venise, et finit par considérer son histoire avec Albertine comme celle d'un autre.

Le Temps retrouvé. Bien des années plus tard, à Tansonville, lieu de son enfance, le narrateur découvre que les deux "côtés" de Guermantes et de chez Swann se rejoignent en fait, comme ont fini par se rejoindre dans le mariage Gilberte et Saint-Loup. La lecture du Journal des Goncourt et deux séjours qu'il fait à Paris pendant la guerre de 1914-1918 lui fournissent de quoi alimenter de longues et fécondes réflexions. Dans cette atmosphère de fin du monde chacun tient à se prononcer sur les hostilités. Les Verdurin répètent les communiqués de l'état-major, Charlus ne craint pas d'affirmer sa germanophilie et Saint-Loup s'engage héroïquement au combat, où il sera tué. Il sera donné au narrateur d'observer encore, dans cette sorte de Pompéi en sursis qu'est devenu Paris, le baron qui se fait fouetter, enchaîné, dans une chambre de l'hôtel de passe tenu par Jupien. Alors qu'il est invité à une matinée donnée par la princesse de Guermantes, trois événements anodins (il trébuche contre des pavés inégaux, entend un bruit de cuiller et se frotte à une serviette empesée) provoquent en lui, comme jadis la saveur de la madeleine, la même involontaire résurgence de souvenirs. Il découvre la supériorité de l'art sur la vie et considère qu'en celui-ci réside la seule possibilité de récupérer le temps perdu. Le "bal de têtes" auquel il assiste ensuite, galerie hallucinante des figures, maintenant décrépites, qu'il a connues jadis, lui apprend qu'il n'est plus temps désormais de différer davantage le passage à l'écriture: son livre sera comme une "cathédrale", comme les Mémoires de Saint-Simon ou les Mille et Une Nuits de son époque.


Aux yeux de qui a trop attendu de l'extérieur, la vie ne peut apparaître que décevante et arrive un moment où semblable désappointement fait éprouver à certains le besoin de la réviser, de la prendre en écharpe dans un geste qui sera à la fois d'exhibition, de protection, d'aide et de réparation. Ils peuvent trouver dans cette motivation inaugurale la voie qui mène à l'écriture. Et c'est un tel projet que forme Proust, une telle envie de démonstration qu'il a en tête lorsqu'il s'embarque vers 1908-1909 dans une aventure dont il ne sait pas trop, ou sait trop bien, où elle va le conduire. Désir de prouver que l'écriture recèle la puissance de collecter l'essentiel de ce qu'un être aura vécu pour l'assembler harmonieusement en un seul texte en mettant au point un dispositif qui comprendra deux temps essentiels: celui du déploiement et celui de la récapitulation. Déploiement de l'infinie variété des circonstances où la "jouissance directe" fut sans lendemain et récapitulation de cette expérience en gerbes dont chacune contiendra des occurrences de même famille, afin d'arriver à la racine des impressions pour les rendre définitivement tangibles et source d'une satisfaction plus profonde et plus durable.

On comprend dans ces conditions que la visée ne soit plus d'action, mais d'approfondissement, et que l'objectif ne soit plus situé à l'extérieur mais dans le monde interne des sensations restées obscures parce que trop rarement explorées, monde pour lequel la réalité visible forme cependant un détour nécessaire. La fonction de la littérature selon l'être proustien réside dans cette densification de la vie, rendue d'autant plus "digne d'être vécue", affirme le narrateur, "qu'elle me semblait pouvoir être éclaircie, elle qu'on vit dans les ténèbres, ramenée au vrai de ce qu'elle était, elle qu'on fausse sans cesse, en somme réalisée dans un livre". Ce livre, pour le futur entrepreneur d'une telle reconstruction, est évoqué à l'aide de diverses images: d'abord, logiquement architecturale, celle de la cathédrale, puis plus modestement artisanale, celle de la robe, et enfin, plus prosaïquement culinaire, celle du boeuf mode. Cela pour dire que cette oeuvre évoque le souci d'une certaine spiritualité (l'écriture comme une prière quotidienne), celui aussi de la parade, nécessaire transmutation esthétique, à vocation défensive, de la réalité humaine et celui enfin de la façon dont elle sera ingérée par le lecteur, qui doit être "nourri" tout en éprouvant du plaisir et qui constituera ici une préoccupation primordiale.

Car un tel roman ne pourra trouver son véritable accomplissement que s'il a su répondre pleinement à son objectif affiché d'être un legs. Ce désir de transmettre constitue la dimension essentielle dans laquelle doivent être lues ses innombrables références, littéraires, picturales et surtout musicales: fréquentation d'oeuvres dont le narrateur dit qu'elles lui ont donné "une valeur d'éternité, hélas! momentanément", et qu'il aurait voulu léguer celle-ci à ceux [qu'il aurait] pu enrichir de [son] trésor". Du sommeil (comme symbole paradoxal de l'engagement obtus dans le réel mais aussi de capacités qu'il est toujours possible de réactiver) à la somme (combinaison, suffisamment ordonnée pour être partagée, de ce qu'un être aura pu engranger de joie prise aux réalisations esthétiques d'autrui), voilà qui pourrait peut-être caractériser le long cheminement de ce roman. Pour cela, un véritable travail d'extraction se révèle nécessaire: "Je savais très bien que mon cerveau était un riche bassin minier, où il y avait une étendue immense et fort diverse de gisements précieux."

Parmi les minerais ramenés à la surface, la musique occupe une place prépondérante, parce que les traces essentielles de l'existence y sont en quelque sorte inscrites comme des fossiles, et qu'elle possède, véritable mémoire, la vertu d'en retracer l'histoire. Elle est le véhicule grâce auquel la profondeur peut être atteinte et donner ainsi tout leur sens aux événements d'une vie. C'est dans l'interrogation qu'elle fait entendre que le narrateur puise la ressource de comprendre, par exemple, que toutes ses amours précédentes n'auront été que de "minces et timides essais" avant sa grande passion pour Albertine, en laquelle se concentre ("comme une incision en pleine chair") tout ce qu'il est capable d'accomplir sur ce terrain. C'est par l'intermédiaire de la musique, véritable "retour à l'inanalysé", que peut nous être révélé "tout ce résidu que nous sommes obligés de garder pour nous-mêmes", et qui ne peut être communiqué à autrui que par un travail de transmutation artistique. Elle détient la ressource de donner toute sa puissance à l'"appel" que le narrateur aura entendu sous diverses formes dans son existence, chaque fois comme le signe qu'existe une possibilité de compensation à toutes ses souffrances. Grâce à elle, il découvre aussi que de semblables créations, qui recèlent comme "un corps à corps d'énergies", ne sont possibles que parce qu'elles font contraste avec le monde environnant, avec toute la fadeur et l'insignifiance des êtres dont la "vulgaire allégorie" constitue cependant un élément révélateur indispensable. Ce n'est que contenus dans une "gaine de vices" que la vertu, le talent, voire le génie peuvent se manifester. De ce point de vue tous les éléments, même les plus "impurs", d'un parcours, trouvent leur utilité, en ce qu'ils ont représenté d'indispensables étapes pour aboutir à l'oeuvre en laquelle il devient ainsi légitime qu'ils soient relatés, dès lors que cette oeuvre est un roman. Le travail de la signification se forge à partir du prosaïque, c'est en lui qu'elle puise la solidité de son enracinement. Et ce n'est pas un hasard si le narrateur a connu sa plus grande émotion esthétique au beau milieu du salon Verdurin, malgré sa médiocrité, les diverses manifestations de futilité de ceux qui le fréquentent, l'hystérie de la "Patronne", etc. Ce furent là les ingrédients nécessaires, les circonstances indispensables à cette joie sans nom qu'il éprouva, puisque c'est précisément grâce aux subtiles "conjugaisons" qu'elles permirent qu'il a pu entendre le septuor de Vinteuil.

D'une certaine façon, quel est le lecteur un peu conséquent de Proust qui ne finit pas par reconnaître le salon Verdurin ou autres lieux proustiens qu'il héberge peu ou prou en lui-même? "Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même." D'où l'insatisfaction de l'écrivain lorsque certains l'appellent "fouilleur de détails" après avoir lu ses premiers textes. Alors qu'il cherchait avant tout à élaborer les "grandes lois" (de la mondanité, de l'amour, de l'art) qui président à sa présence au monde en tant qu'être singulier, Proust n'en inaugure pas moins cette "esthétique du détail" qui s'épanouira au XXe siècle, c'est-à-dire cette technique d'écriture qui consiste à décrire les réalités les plus quotidiennes dans une langue d'une grande perfection formelle et qui tire toute sa valeur de décliner avec le plus de précisions possible les caractéristiques d'une perception unique. Celle-ci peut se donner à lire en particulier dans le vaste tissu de métaphores qui sera progressivement élaboré par l'écrivain pour approcher au plus près de ce qu'il observe, comme une sorte de nasse dans laquelle il enserre les éléments de l'expérience accumulée, en résistant à la facilité de l'image toute faite: "La vérité ne commencera qu'au moment où l'écrivain prendra deux objets différents, posera leur rapport [...], et les enfermera dans les anneaux nécessaires d'un beau style." La survenue et la sélection des images sont comme la signature de l'être. C'est la "différence qualitative" obtenue par la tension toujours maintenue au plus vif entre les pôles opposés d'une très longue série où s'attirent et se repoussent à la fois, pour se rejoindre parfois, l'objectif et le subjectif, le masculin et le féminin, le noble et l'ignoble, le rêve et le réel, les ténèbres et la lumière, l'angoisse et "l'espérance mystique", la mort spirituelle et la possibilité d'une renaissance.

L'écriture proustienne tire son énergie de ces oppositions énoncées sans manichéisme comme les données d'une expérience, comme un viatique offert à qui veut en "prendre de la graine": "Cette vie, les souvenirs de ses tristesses, de ses joies, formaient une réserve pareille à cet albumen qui est logé dans l'ovule des plantes et dans lequel celui-ci puise sa nourriture pour se transformer en graine..."Pour devenir écrivain, le narrateur aura dû surmonter la longue "procrastination" dans laquelle son engagement trop brûlant dans le monde, sa recherche avide de possessions, son refus crispé de préserver la part du mystère l'auront tenu enfermé. Il lui aura fallu accepter la résistance des êtres et des choses à toute tentative d'annexion, laquelle ne pourrait d'ailleurs qu'aboutir à une aliénation réciproque, comme le lui aura démontré sa vie commune avec Albertine qu'il aura lui-même contribué, par les exigences vampiriques dont il aura fait preuve avec elle, à transformer en "être de fuite". Son écriture, loin de s'en trouver stérilisée comme le furent ses tentatives d'intervention et d'intrusion dans la vie d'autrui, va pouvoir désormais s'alimenter de l'ouverture à toutes les formes enfin admises de l'altérité. Le texte proustien regorge de toutes les manifestations de ces débordements, de ces échappées, eu égard aux limites étroites du moi. L'oeuvre doit viser à en exprimer la richesse, la vertu fécondante. Les signes majeurs que constituèrent pour l'écrivain tous ces noms propres qui lui offrirent un accès à l'inouï, une rupture dans les habitudes (Guermantes, Gilberte, Albertine, Saint-Loup, Charlus, Balbec, Verdurin, etc.), lui auront permis d'élaborer sa palette, grâce aux changements de régime qu'ils auront instaurés dans sa vie. Son oeuvre ne sera donc que l'une des partitions possibles par lesquelles on peut interpréter le monde, et trouvera sa place parmi toutes celles qui furent ou seront extraites du "clavier incommensurable". Le lecteur sera ainsi à même de vérifier que "la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature".
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Passage

La lune se glisse sous un drap vaporeux

La nuit s'évanouit dans un rayon poudreux

Et le silence s'étire en reflets bleutés

Je respire une bouffée d'éternité

Portée par le vent parfumé au jasmin

Je suis les lucioles qui tracent un chemin

Entre les bancs de brume blanche et les chardons

Vers l'orée où tourbillonnent les papillons

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administrateur théâtres

Vous vouliez vivre un grand frisson de scène ? Une véritable passion entre Chair et Ciel? Courez  applaudir Carmela Locantore qui interprète merveilleusement la voix  notre grande Christiane Singer hélas disparue,  dans son livre brûlant:

12272716299?profile=original« UNE PASSION », livré pour nous… sur la scène du Blocry, place de L’Hocaille à Louvain-La-Neuve.

 

« J’ai choisi de chuchoter dans un siècle qui fait tant de bruit ! » Héloïse boit aux deux coupes de la mémoire, celle des événements et celle des sensations et rappelle « Dieu n’a que nous pour faire ce qu’il y a faire ».

Héloïse est animée de l’amour cueilli dans les yeux de sa nourrice Louisette, au premier regard, à sa naissance. Très jeune, elle a subi le coup de foudre avec Abélard, cela lui a entr’ouvert le ciel et les plaisirs sensuels, son corps en transes vit l’amour absolu et charnel. « Je découvrais le monde dans sa clarté originelle ». Le ciel dévoilé, le temps d’instants de grâce. « Nous avions conflué en Dieu ». Au contraire, Fulbert, son oncle trouve que toutes les activités humaines entravent la communication avec Dieu. Punition: la voilà enfermée dans un couvent pour avoir répugné ostensiblement de se plier aux conventions sociales. Abélard lui,  n’a rien compris … ou en définitive ne l’aimait pas ou aimait plus sa chaire de théologie. Elle médite : « Seul Comprendre délivre ! » Elle éprouve du remords : « Mon corps, le piège immonde où Abélard est tombé ».

Au couvent, Héloïse raconte : « je suis morte sans la miséricorde de la vraie mort ». « Chaque jour est un jour de moins de mon tourment, voilà ce que dit mon soupir ! » Enterrée vivante. Elle se souvient : « Je ne savais que me donner, rendre plus profond mon réceptacle. » Quelle passion haletante et  inouïe !

Réflexions sur le rôle de la femme: on ne croit pas les femmes, pourtant, Héloïse cite leur rôle essentiel dans la Bible : « Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses TOUT COMME LES FEMMES AVAIENT DIT ; mais Lui, ils ne l'ont pas vu ! " (Luc 24:24)».

Et par l’écriture, l’âme s’est délivrée, abbaye du Paraclet, 1162   

12272716493?profile=originalLouvain-La-Neuve, Le Blocry, 2011: un spectacle qui coupe le souffle, on en oublie le décor parfaitement moyenâgeux,  il ne reste plus que l’incandescence de la  voix et des paroles.

 

http://www.atjv.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=442  jusqu’au 12 février 2011

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administrateur théâtres

L'Etranger (théâtre du Grand Midi à Ixelles)

« L’Etranger » d’Albert Camus (1957)

En jargon moderne : UNE ŒUVRE QUI TUE! Ne fût-ce que par sa sublime mise-en-voix ou en-scène  au théâtre du Grand Midi à Ixelles. Nous avons assisté hier soir au premier spectacle public de Raffaelle Giuliani dirigé par le directeur du théâtre Bernard Damien. Une première inoubliable, déjà une apothéose tant le comédien était étincelant dans cet exercice difficile, de porter ce texte devant les amoureux d’Albert Camus.

 

Quelques mots d’explication. La lumière inhumaine, la brûlure insupportable du  soleil d’été, autant dire 

 rien qui ne lui appartienne, plombent  inexorablement les actes de Meursault.  Il énonce  ses derniers 

jours de vie « libre » avec le détachement d’une autobiographie toute factuelle. Apparemment tout lui

est   égal.  Exemples. L’âge de sa mère, il ne le connaît pas. « Elle était vieille ? Comme ça ! » Cela 

l’indiffère  que Raymond soit son copain ou non, que son patron lui offre un boulot sur Paris : « On ne 

 change pas de vie ! ». La vie n’a pas de prise sur lui et il n’a pas de prise sur la vie.   « On finit par 

 s’habituer à tout  », disait sa mère.   Le comédien joue de façon magistrale. Physiquement son corps ne 

 peut pas mentir. Tout dans ses attitudes est langage. Juvénile et blasé, innocent et coupable à la fois.  

 Ce corps qui module chaque mot, et chaque pesonnage c’est la grande trouvaille du duo Maitre–élève

Bernard/ Raffaele.  L comédien incarne chaque personnage avec fulgurance.

C’est un travail épuisant que d’essayer de  mettre  de l’ordre dans tous ces événements. Meursault est

gêné à tout moment par la lumière  incandescente du soleil : « Le soleil avait fait éclater le goudron. Les

pieds enfonçaient et y laissaient ouverte sa pulpe brillante ».  

  Puis sans doute par celle des projecteurs de l’interrogatoire, enfin par   cette culpabilité imposée, qui

s’est insinuée perfidement sous sa peau.  

Bien sûr, étranger à sa vie, il  a subi tous les événements. Etranger au monde qui l’entoure, étranger à Dieu, étranger à lui-même, détaché, voici tout un homme coincé entre deux plaques de microscope, coincé par un Destin absurde.

 Autre jargon : WRONG TIME, WRONG PLACE, c’est le début absurde d’un enchaînement de malheurs où il subira les événements pendant que l’arme est mise dans sa poche et que son doigt déclenche la gâchette.  Une suite musicale comme une danse macabre,  un procès où l’absurdité prend les apparences de la logique. Pourtant le vieux Thomas Pérez « n’a pas vu Meursault pleurer, mais ne l’a pas non plus vu ne pas pleurer ! » «  Tout est vrai, rien n’est vrai ! » « Précisez les motifs de votre acte : c’était à cause du soleil ! »

« On m’a seulement appris que j’étais coupable ! » La colère est  le détonateur qui lui fait découvrir enfin qui il est et qu’il existe et qu’il tient désespérément à ce monde sensible et réel qui le touche maintenant qu’il ne peut que contempler le ciel , de sa cellule. Dernier inventaire, il collectionne avidement ses quelques souvenirs avant d’être livré à la guillotine au nom du peuple français.  Dans le Talmud,  il est dit que chaque être humain est le héros d’un drame cosmique, qu’il le sache ou non.

 Raffaelle Giuliani 12272719280?profile=original

XL Théâtre - Théâtre du Grand Midi Rue Goffart, 7a 1050 Ixelles (Bruxelles) www.xltheatredugrandmidi.be

du 8 au 26 février 2011

 

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