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PETIT POEME

 

Et si l’ours allait venir

Cette nuit...

Fermez tout, a dit la mère

Bouclez les fenêtres

Et barrez les portes

Faites rentrer le chat

Qu’il dorme avec toi

Et surtout ne rêve pas.


Mais moi je lui parle

En mon coeur.
Je lui dis

Viens mon ours

Et je colle ma joue au mur

Froid

Et je dessine une caresse sur le mur

Froid

Pour lui.

Et je guette

Son pas son souffle

Et moi oui je le ferai entrer

Pour qu’il vous dévore tous.

 

 

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Extrait de la nouvelle "Mauvaise fille"

      ..." C'est l'hôpital qui a appelé. L'hôpital psychiatrique.

      - Vous êtes bien la fille de madame P ? Elle nous a demandé de vous avertir qu'elle était parmi nous depuis ce matin, à Esquirol, pavillon C, chambre 213, et qu'elle souhaitait vous voir.

         Elle n'a pas été étonnée. Elle sentait venir la crise, dans la multiplication des appels téléphoniques, dans les imprécations dont le ton montait chaque jour, lui intimant de faire son devoir, de l'aider, elle, sa mère, à la débarrasser de l' angoisse dévorante, lui ordonnant de la guérir.

       Cette fois, la mère avait fait agir l'institution, à défaut de tribunal. Pour contraindre la mauvaise fille, la fille partie et émancipée, qui cherchait à échapper à son emprise.  « Dites-lui bien de venir le plus vite possible »...

    - J'arriverai mercredi, je ne travaille pas ce jour -là.

       A l'autre bout de fil, il y a eu un court silence. On s'attendait sans doute à la voir accourir, aux abois. Eh bien non, elle a quand même une vie, un emploi, des obligations. Pour elle, le monde continue de tourner, même quand sa mère entame son énième séjour chez les fous.

   - Vous demanderez le docteur Leclerc, c'est le chef de service. Je pense qu'il pourra vous recevoir.

      Oui, c'était bien une réussite. Impossible de se dérober. Elle était mise en demeure d'obéir, et par une instance supérieure. Des gens, importants, compétents, des chefs de service s'en mêlaient. Le médecin de famille ayant fini par décliner  l'ordre donné par la mère de lui ramener sa fille chaque fois qu'elle le désirait, c'était au tour de l'Hôpital de veiller à ce qu'elle file doux. Lui devait avoir le pouvoir de l'impressionner.

     Elle a reposé lentement le téléphone. Le soir tombait et pourtant il n'était que quatre heures et demie. Le plus mauvais de l'hiver, la mi-décembre. Les « fêtes » qui s'annonçaient, le froid, la grisaille humide, les gens fatigués, énervés. Les familles qui allaient se réunir, et manger, boire, acheter...

     Derrière les branches aux trois quarts dénudées qui encadraient la terrasse, les lueurs roses d'une ébauche de coucher de soleil, lointaines, affaiblies, mais bien présentes. Sur les dalles d'ardoise, dehors, quelques morceaux de pain, que les oiseaux avaient délaissés. En revanche, la boule de graisse qu'elle avait accrochée le matin même à un rameau avait disparu. La résille verte qui l'avait emprisonnée s'agitait doucement dans le vent du soir.

       Elle  a fermé tous les volets,  replié la maison sur elle-même, sur sa chaleur et ses lumières, dans la nuit glacée qui s'annonce. Puis elle s'est assise, dans l'obscurité de son bureau et a attendu que s'estompent les ondes maléfiques que lui envoyait le téléphone, que se calment les battements de son coeur, aussi. "...

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journal de bord, mercredi 16 février 2011

Les grèves des bus (et des trams) ont failli se poursuivre, à Bruxelles.

 

On en sait un peu plus sur le conducteur qui s'est fait agresser.

 

Et les commentaires fusent.

 

"Je me demande pourquoi ils font grève ... puisqu'on sait que c'est le conducteur qui a frappé le premier ... on l'a vu sur une vidéo"

 

Ou alors ...

 

"Le passager aurait tenté de passer (un peu trop violemment) par la portière du bus ... il dit qu'il ne l'a pas fait exprès ... je ne voudrais pas dire, mais ... je ne suis pas raciste, mais ... le passager qui a forcé la porte du bus est encore un nouveau belge ..." 

 

Que dire ?

 

Le conducteur du bus s'est senti menacé. Attaqué, probablement. Violenté, sans doute.

 

Où faut-il situer l'origine ?

 

Des enfants sont agressifs, violents toute leur vie parce que (selon eux) leurs parents ont été méchants avec eux. Les parents en question sont souvent méchants avec leurs enfants parce qu'ils ne s'en sortent pas avec leurs enfants ... agressifs.

 

Imaginez ...

Observez ..

 

Dans les plaines de jeux, dans les crèches, dans les colonies de vacances, dans les cours d'école ...

 

Deux gosses (que nous avons sans doute déjà été) en train de se chamailler ... cruell'ment, autour d'un château d'sable, d'un jeu de billes, d'un ballon ...

Séparez-les.

Ca ne rate pas : "C'est lui qui a commencé !", vous dira spontanément l'un des deux.

Ca ne rate pas : "Non, c'est lui qui a commencé !", enchaîn'ra spontanément l'autre.

 

Où faut-il situer l'origine ? Quel en est le mobile ?

 

Un souv'nir me revient.

 

Y a quelques années, Bruxelles, station Anneessens (ou Bourse).

 

Je cours après un tram, sur le point de re-démarrer. Je l'atteins (en courant, bien sûr) de justesse. Au moment d'arriver juste devant la porte de devant, celle-ci se ferme brutal'ment. Je me retourne. Miracle : la porte de derrière est encore ouverte. Je cours dans sa direction. Je finis par aboutir dans l'tram, me trouver une place assise et m'asseoir.

 

Et ... je signale tout haut mon mécontent'ment au conducteur.

Qui ...

Démarre et freine brusquement, et commence à m'engueuler comme du pus.

Et il conclut ces tirades par : "Je ne démarr'rai pas tant que vous n'aurez pas jeté votre cigarette".

"Je ne fume pas, monsieur", je lui réponds.

 

Précisons. Il m'arrive souvent, par périodes, depuis pas mal d'années, de rouler des tickets de train (ou de tram) de couleur blanche (ou autres), de les porter à mes lèvres, de les agiter comme des cigarettes et de faire semblant de fumer. C'était le cas ce jour-là.

Mais ... ce n'est qu'un fétiche, un trompe l'oeil, un cinéma que je me crée et dans lequel je me sens ... bien.

 

"Je ne démarr'rai pas tant que vous n'aurez pas jeté votre cigarette"

 

Comme je ne dégageais, en réalité, aucune fumée, aucune odeur, aucune pollution, je n'incommodais personne et je n'entravais aucune loi. Tout au plus, je me collais, une fois de plus, l'image de fou gentil, de fanfaron, de farfelu, de marginal, de déjanté ...

Et comme je restais dans mon droit ...

Comme je ne méritais pas de me faire engueuler injustement ...

J'ai gardé mon "papier" à la bouche.

 

Le conducteur en a perdu tous ses moyens. Et il a encore freiné en gueulant et en m'obligeant à sortir.

Et ... je n'ai toujours pas bougé.

 

Les énervements ont commencé à s'éveiller dans le tram.

J'ai entendu : "Monsieur, s'il-vous-plaît, soyez cool !"

 

Et là, j'ai commencé à paniquer ... à l'idée d'être responsable d'un arrêt indéterminé et des paniques que je créais chez les passagers qui, j'en étais certain ce jour-là, était, dev'nait prête à me lyncher si je n'enl'vais pas mon "papier" de mes lèvres.

 

Par réflexe de survie, de peur, d'auto-protection, moi, qui en général tiens bon, ne plie pas, je suis quand même sorti du tram. Humilié, blessé par un sentiment d'injustice (quand même !)

 

"Monsieur, s'il-vous-plaît, soyez cool !"

 

Quand je revisite ce souv'nir ...

 

"Monsieur, s'il-vous-plaît, soyez cool !"

 

Quand je revisite cette phrase dans son contexte, je me demande, des années plus tard, si la foule dui tram s'adressait à moi, ce jour-là.

 

Que dire ? que dire ? que dire ?

Que penser ?

 

Rev'nons à la grève des bus d'hier.

 

Je crois (mais je n'ose affirmer) qu'un arrêt de travail, une grève me paraît exagérée si on peut prouver que les premiers coups physiques viennent du conducteur.

Remettons quand même les situations dans leurs justes proportions.

 

Ceci dit ...

 

Je ne porterai aucun jug'ment moral à l'égard du (ou des) conducteur(s) de bus, de trams, de métros qui frappent les premiers. Même si la situation est inadmissible, inacceptable et doit être prise en main.

D'abord, je n'étais pas présent sur les lieux et je n'ai d'éléments visuels personnels pour me prononcer objectiv'ment sur la situation.

 

Ensuite ...

 

Se sentir menacé, attaqué, violenté est un sentiment humain légitime.

 

Je suis bien placé pour le savoir : je suis déjà passé aux mains, quelquefois, dans ma vie.

Et je suis très heureux d'avoir, en ces instants plus que déplorables, pu encore bénéficier de l'écoute, de la compréhension, du réconfort, du soutien d'un certain nombre de gens, dans mon entourage.

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Il est avec toi toujours...

 

L'amour n'a pas d'âge,

il naît dans le coeur d'un enfant tel un oiseau soudain libéré d'un filet de braconnier,

comme dans celui d'une misère traînant carcasse, vers son dernier foyer.

 

Il fait grandir, il fait souffrir,

il embellit les êtres qui en sont baignés,

les enlaidit aussi d'une beauté douloureuse, quand il n'est pas exprimé.

Mais il est là,

dans tous les coeurs, prêt à éclore ou à succomber,

il est dans le regard du vieux devant les pas maladroits de l'enfant,

mémoire vivante du sien propre,

souvenir poupin des jours de cécité, qu'il a galvaudés à travailler.

 

Eclatant hommage à la vie et l'espoir,

prédateur puissant de la Haine, fils de la Liberté,

il enchaîne à la vie le coeur vieilli,

à la mort pourtant, le coeur enfant qui ne se laisse pas le temps.

 

Lunessences  08/12/2005

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administrateur théâtres

"Aux Hommes de bonne volonté" (théâtre le Public)

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"Aux Hommes de bonne volonté"  fable, de JEAN-FRANÇOIS CARON

Présentation : Jeannot est mort à 14 ans. Il laisse à sa famille un testament et quelques objets fétiches. Par l'entremise d'un notaire très ordinaire et du testament qui ne l'est pas, Jeannot le rebelle exprime sa révolte. Celle d'un jeune garçon pas reposant pour un sou, qui crie à sa famille son manque d'amour.
 

Crever l'abcès de la pleutrerie des sentiments, de la couardise du cœur, de la lâcheté de l'âme est en somme sa dernière volonté ! « Je manke damour tou lè jour, je sui come sa, je sui an manke damour ». Jeannot inscrit sa révolte dans le texte même de ses dernières volontés. Son testament a l'orthographe délibérément anarchique car sa rébellion avait atteint les fondements de son être!

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La mise en scène est astucieuse. Il y a cet immense bureau de ministre aux profonds tiroirs, tiré en longueur et en diagonale à travers le plateau. Comme si la vie avait été biffée, comme une faute d’orthographe. On est chez le notaire pour discuter de l’héritage avec les ayant-droit. Le plateau de ce bureau est fait de pavés de verre qui s’illuminent quand les personnages glissent ou basculent de l’autre côté du miroir pour dire leur vérité.

 

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 La mort survenue, c’est fou ce qu’on communique, à force de théâtralité, de cris, de confessions, d’aveux en tout genre.  On assiste à un  strip-tease familial débridé. Les corps et les mots sont lâchés.

 

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L’aveu principal est que le petit dernier, Jeannot le cinquième, a été idolâtré par sa mère comme un enfant unique. Paradoxe: alors qu’elle lui a tout donné - y compris la part pour son mari- c’est lui qui lance l’offensive du manque d’amour.  Elle a laissé les autres aller qui à son piano dévorant, qui  à ses livres, qui  à sa sagesse improvisée, qui à  ses errances.  Objets transitionnels. Ensuite Madame Vandale a fui, sans laisser d’adresse. Partie, pour une autre vie. Il y  a le délicieux oncle Jos,  qui tente de calmer le jeu  avec finesse quand la discussion tourne à l’empoignade, quand les mots éjaculés fracassent les âmes.

 

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Ce rôle de l'oncle Jos est  joué avec une tendresse infinie par Philippe Vauchel. Parole du jeune séropositif : « Je voulais que ma mort les délivre de leur manque d’amour ». Il parle de ses frères et sœurs.

Langue crue, texte rude,  tumultueux, sans concessions, émaillé de parler canadien-wallon, qui se termine à genoux devant un mur de lamentations, celui du manque d’amour. « Déguisons-nous en « nous ». En vandales ! » Cri de cœurs meurtris, cri d’amour aux hommes de bonne volonté.

 

Mise en scène: Vincent Goethals

Avec:  Patricia Ide, Nabil Missoumi (qui pour son interprétation de Serge a obtenu le Prix de la Critique: meilleur espoir masculin 2010), Audrey Riesen, Bernard Sens, Réal Siellez et Philippe Vauchel

 

DU 09/02/11 AU 05/03/11

 

 

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=264&type=2

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Mon premier recueil "Emotions essences de vie"

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EMOTIONS ESSENCES DE VIE

Editions CHLOE DES LYS

BELGIQUE

 

Mon père

 

Ses joues ravagées de sillons profonds, sa peau couleur terre aride, le nez bosselé et courbé comme le bec d'un aigle

laissant échapper des narines évasées, la bouche aux lèvres charnues, dessinant encore aujourd'hui le même sourire accueillant depuis tant d'années m'attendrissent.

 

Ses sourcils broussailleux gris maintenant, abritent encore l'éclat d'acier de ses yeux, qui n'ont rien perdu de leur douceur malgré le temps.

Ce paysage vieilli, couleur sépia, si cher à mon coeur d'enfant me sourit, à moi, l'adulte écervelée et nomade, oubliant les peurs et les déceptions infligées.

 

Ce coeur d'amour rempli, me regarde tendrement, par delà les épreuves et le temps, m'aime comme avant, il abreuve de bonté et de douceur l'enfant qu'il reconnaît et a toujours aimé.

Une perle de pluie naît au coin de ses yeux d'océan tourmenté, elle raconte le bonheur passé, elle raconte l'amour donné et reçu, les heures passées à bercer l'enfant qui a grandi, comme l'espérance de pouvoir le gourmander longtemps, gentiment.

 

Son discours est plus lent et sa voix moins tonnante, qu'importe, il est là, devant l'entrée, il m'attend et ses bras sont aussi chauds et accueillants que dans mes souvenirs.

Je n'espère plus, je vis.

Je l'aime, le sait-il?

 

Lunessences le 10/05/2004

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Mon automne…



L’ennui doucement s’est glissé
Dans ma vie, même sous ma peau.
Hypocrite, il s’est immiscé
Au fond de mes yeux noirs corbeau.


Jour après jour d’un pas feutré,
L’ennui doucement s’est glissé.
Non, je ne l’ai pas vu venir,
Et tu as préféré partir.

Dans tes « je t’aime » et mes baisers,
Tel le brouillard d’un soir d’hiver,
L’ennui doucement s’est glissé,
Poudrant nos draps d’un goût amer.

Mes nuits de ton corps sont privées,
Mes soupirs ne sont plus de flammes,
Et « nous » se parfume de larmes…
L’ennui doucement s’est glissé.



10/11/2006



Lunessences
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administrateur théâtres

                       “Venitian and Flemish Masters ” 

  11 FÉVRIER 2011 - 08 MAI 2011  Bellini, Tiziano, Canaletto - Van Eyck, Bouts, Jordaens, ... Les frères vénitiens et flamands sont inséparables !

12272719677?profile=originalJan van Eyck, Sainte Barbe; 1437; Olieverf op paneel; 31 x 18 cm © Lukas - Art in Flanders VZW / Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen

 De la finesse de Van Eyck  (sainte Barbe, 1437) aux paysages de Canaletto.  Une cinquantaine d'œuvres majeures en provenance de l'Accademia Carrara di Bergamo sont actuellement accueillies au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en regard avec une quinzaine de chefs-d'oeuvre provenant du Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA), le temps de rénover ces deux musées prestigieux. L'Accademia Carrara di Bergamo  fut fondée par le comte Giacomo Carrera, mécène et collectionneur, qui fit un legs généreux à la ville de Bergame à la fin du XVIII e siècle.

Voici donc une exposition chronologique de grands maîtres tels que Giovanni Bellini  qui se retrouve réuni avec  Rogier van der Weyden , Pierre-Paul Rubens avec Le Titien et Véronèse. De nombreux contacts s’établissaient entre nos provinces du Nord et l’Italie. On circulait à pied, mais on circulait, malgré les brigands et les champs de bataille. La circulation des biens, des banquiers et des artistes remontait  par Messine, Barcelone jusqu’à Anvers  par voie maritime, particulièrement en provenance de Venise la Sénérissime, un état qui englobait d’autres villes du nord telles que Padoue, Bergame, Vicence, Vérone. Venise, fière et jamais prise, riche, pratiquait la tolérance religieuse et la circulation des œuvres d’art et des artistes. Voici enfin une exposition qui satisfera notre désir d’explorer ces liens privilégiés dont on nous a toujours parlé dans nos cours d’histoire de l’art.

Les quatre grands volets de l’exposition 

L’exposition Venetian and Flemish Masters, articulée en quatre sections, parcourt quatre siècles essentiels de la peinture européenne (du XVe au XVIIIe siècle) et illustre les nombreux points de contacts et d’influence jalonnant les rapports entre Bruxelles, Bruges, Anvers et Venise comme autant de lieux d’école et d’émulation :   

·   le quattrocento et la naissance du portrait et la peinture de dévotion, où Pisanello et Giovanni Bellini sont mis en confrontation avec d’autres maîtres tels que Rogier van der Weyden. 

 Voici une œuvre magnifique. C’est La Vierge à L’Enfant de Giovanni Bellini (1476)

12272720078?profile=original  Une œuvre très émouvante, où l’on perçoit la douleur de la Vierge devant le supplice à venir. Elle semble ne pas pouvoir retenir l’enfant plein de vivacité dans ses bras. La dynamique de la diagonale semble préfigurer que le Fils portera la croix! Il pose un pied  sur un marbre veiné de rouge et blanc, préfiguration du sang et des larmes de la Vierge versées  sur la pierre de son tombeau. Les fins rehaussements d’or du manteau de la Vierge soulignent le bleu exceptionnel et le drapé évoque la douceur et le mystère.

 

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 Ceci est un détail du portrait du jeune homme joufflu de Giovanni Bellini, (huile sur bois).  On est touché par l’humanité de son regard sensible, chargé d’interrogations. Le modelé du visage est de grande valeur expressive.

 

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Ce tableau, encore de Giovanni Bellini est tout aussi bouleversant. Il s’agit de la Déploration du Christ par la Vierge et saint Jean (1455).  La douleur de la Vierge est intense et contenue, les bras inertes du Christ sont soutenus délicatement par la  Vierge vêtue de rouge et Saint Jean en larmes. Une lumière venue de gauche illumine les visages et le corps livide, presque en clair-obscur. La profondeur du tableau est donnée par le petit parapet à l’avant-plan.

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On a envie de vous montrer encore l’exquise « Madonna con Gesù  Bambino» (1475) de  Crivelli Carlo, une œuvre toute en finesse. Le manteau de la Vierge travaillé en pastillage argenté évoque l'image d'une icône byzantine. Les fleurs - l’œillet, symbole de l’amour -  et les fruits font allusion aux vertus de la virginité et de la fécondité et du renouveau. Les deux vues de paysage - florissant à gauche, aride et mort à droite - préfigurent la Vie, la Mort. Le long bandeau de tissu que la Vierge tient délicatement dans sa main, illustre peut-être son lien charnel avec son Fils et en même temps les bandelettes utilisées pour les inhumations. La fusion de la mère et de l’enfant est très nette et enchâssée dans un schéma triangulaire.

·   le cinquecento, les paysages et la dévotion avec la présence d’œuvre du Titien, de Palme  l’Ancien mais aussi de Véronèse, mis en regard avec leurs collègues flamands.

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On découvre Gérard  David, Andrea Previlati pour arriver aux œuvres du Titien avec la thématique amoureuse d’Orphée et d’Eurydice qui se fait mordre par un serpent, une très belle œuvre commandée par le pape Alexande VI Borgia, une magnifique madone à l’enfant, toute en douceur et en courbes naturelles sur fond de paysage lumineux.

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Le plus étonnant c’est ce Joachim Patinir, originaire de Dinant, avec un paysage panoramique,  très romantique représentant la fuite en Egypte en miniature.

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 Il y a aussi un trésor de richesse chromatique : cette Vierge à l’Enfant entre saint Jean-Baptiste et sainte Marie Madeleine, toute en mouvement et en lumière de Palma l’Ancien.

12272720895?profile=original Ensuite on s’arrête  devant la très belle œuvre de Giovanni Cariani,  liée à la tradition du portrait lombard. Il s’agit du portrait somptueux d’un savant humaniste, mis en évidence par la composition de la perspective. Une technique ingénieuse déroule un rideau ou un écran derrière le personnage cependant que l’autre partie du tableau évoque un paysage, tableau dans le tableau.  La perspective du grand livre ouvert au bord du parapet contraste avec ce paysage inaccessible probablement inspiré des vallées de Bergame.

 

·   le seicento – Le Sacré et le Profane –Rubens, Padovanino et Tiepolo interpellent les sens au travers de leurs illustrations de thèmes sacrés et profanes.

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 Ici, Peter Paul Rubens - Heilige Drievuldigheid - La Sainte Trinité (1620)

Le contexte politique de Venise, à deux doigts du schisme avec Rome, rend cette période moins faste. « La méfiance rend cette ville prisonnière d’elle-même » Des artistes de renom choisissent cette ville pour y peindre.  Les œuvres sont devenues monumentales, comme en témoignent les quatre grandes toiles de Padovinano, élève d’un disciple de Titien dont il a étudié et copié les fresques. Ces toiles  représentant des scènes mythiques telles que Bacchus et Ariane, la fête de Vénus, les Andriens, le triomphe de Thétis.

 

 

 Dans ces salles on rencontrera le Bacchus de Jordaens, l’oeuvre qui sert d’affiche à l’exposition.   

 

·   les scènes de genre et vues du settecentoCanaletto, Francesco Guardi, Pietro Longhi sont mis en parallèle avec des maîtres du Nord qui les ont parfois précédés et influencés.

Giovanni Baptista Tiepolo, pétri de l’expérience de ses prédécesseurs comme Titien, Le Tintoret et Véronèse résoudra le problème de la relation entre peinture et architecture, entre l’art et la nature, apportant des solutions d’une grande complexité qui marqueront l’histoire de la peinture. La « veduta », « ce qui se voit » et aussi « comment on le voit » est un paysage historiquement objectif peint avec précision et réalisme. Les védutistes respectent avec une fidélité absolue la perception optique de la réalité. Le peintre sort de son atelier et descend dans la rue pour réaliser des esquisses de vues saisies sur le vif.  Les figures de Luca Carlevarijs, Antonio Canal-il Canaletto mettront en scène la ville et sa vie citadine intense, la lagune, les embarcations de tout genre et surtout la  magnifique lumière vénitienne. On est dans le classicisme de l’art paysager, un art qui se répandit à travers l’Europe avec le goût des souvenirs de voyage induit par la pratique du « Grand tour ».

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Canaletto, Il Canal Grande da Palazzo Balbi, olio su tela, 61x90 cm, inv. 540, 1730, datazione critica. Bergamo, Accademia Carrara

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Francesco Guardi, Piazza San Marco, olio su tela, 62x96 cm, inv. 567, 1760-1770, datazione critica. Bergamo, Accademia Carrara

 www.bozar.be

 

 

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Mon nom

Je m’appelle DENEYER,

Un nom très peu connu.

C’est le nom de mon père

Qui ne m’a jamais déçue.

 

Et pourtant avec lui,

Bonne, je n’ai pas été.

Pendant deux décennies,

Je l’ai abandonné

 

Pour prendre celui d’un autre,

Le nom d’un étranger,

Celui de cet apôtre

Que j'avais épousé.

 

Mes enfants portent ce nom

Que j’avais emprunté.

Moi, j’ai repris le nom

Qui m’a été donné.

 

Ils sont fiers de leur nom,

Qui leur vient de leur père

Et je leur donne raison

C’est un cadeau repère.

 

Inutile d’emprunter

Une autre identité

Pour mieux se trébucher

Dans ce monde déjanté.

 

J’ai retrouvé mon nom.

Mon père en est heureux

J’ai osé le renom

De ce choix malheureux.

 

Je suis une DENEYER

Et je le resterais.

De ce nom, j’en suis fière

Et je le porterais

 

Jusqu’au bout de ma vie

Tel un bel étendard

Sept lettres de survie

Lors d’un trop long cauchemar.

 

16/02/11

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Nouveau roman

Bonjour,

 

Après 15 ans de silence et deux romans au milieu des années 90, je me suis remis à l'écriture. Mon nouveau roman, "Vendanges Posthumes", vient d'être publié chez Memory Press (maison créée par le grand A-M. Adamek). Il sera présenté à la foire du livre de Bruxelles (stand du Service du Livre Luxembourgeois), où je serai présent le dimanche 20 février de 12 à 14h00.

Il s'agit d'un biopic sur Franz Schubert, où je tente de dévoiler quelques secrets de ce Maître de la musique romantique. Mais c'est aussi un roman d'époque, très documenté et basé sur des faits authentiques, et une ode à l'amitié.

Bien qu'écrivain 'amateur', mon premier roman, "Revoir Maud", un drame familial qui se déroule en Provence, a été fort bien accueilli.

L'écriture me permettra peut-être de combler mes heures libres de (pré?)pension... C'est pourquoi j'essaie de me faire un petit nom, une petite place, et que je cède mes romans à prix... d'ami.

 

Bien cordialement,

Francis.

 

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Sans parole…Les vieux murs parlent, racontent,Des histoires de guerres et de paix.Tout ce que le temps surmonte,Et nul ne les entend jamais.Tout moussus on les démonte,Les vieux murs parlent, racontent,L’hiver, le froid, la misère,Les coquettes et leurs chimères.Souvent tristes mais sans honte,De bois, de terre ou de pierreLes vieux murs parlent racontentLa liberté, et ses frontières.A l’origine de contesIls sont mémoires de nos vies,Pourtant on nous en exproprie,Les vieux murs parlent, racontent.17/02/2007Lunessences
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Prière à l’oubliVivre sans toi est une lente agonie,les jours passent et s’étirent, rien de plus, rien de moins,Et mon cœur qui bat pour rien.Ma vie qui vire à l’inutile,Non-sens de l’existence que je nourris.Il est quotidien ce vide remplissant mon corps et mon cœur.Mon univers se résume à toi, et tu n’es plus là.Je me noie.C’est le silence qui m’étouffe, me pèse,je ne veux pas mourir dans ce vide,en apnée d’amour, en trop-plein de chagrin…Initiale dont je crains la majuscule,Grand F de folie.Electriques, mécaniques, j’orchestre autour de moiune cacophonie violente de bruits, pour t’oublier.Grotesques, absurdes, ils sont morts eux aussi,L’oubli me fuit.Vivre ou mourir, si j’avais le choix !Non ! Douleur je suis,intérimaire de ma vie depuis…Tu étais le bruit vivant, tu étais ma vie,Toi mon fils, celui qu’on m’a pris.08/02/2007Lunessences

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12272721665?profile=originalAntigone est une tragédie en prose de Jean Anouilh (1910-1987), créée à Paris au théâtre de l'Atelier le 4 février 1944, dans une mise en scène d'André Barsacq, et publié à Paris aux Éditions de la Table ronde en 1946 (la page de titre porte 1945).

 

D'emblée, avec sa réserve habituelle et la secrète inquiétude qui l'anime devant les bassesses inévitables du quotidien, Anouilh met en scène des héros qui refusent de s'adapter aux contraintes du monde comme il va et à s'accoutumer aux compromis. Ainsi dans l'Hermine (1932) et surtout dans la Sauvage (1934) où l'héroïne, devant l'exigence de pureté et d'absolu qui est la sienne, est incapable de tricher et de se mentir à elle-même. L'intransigeance la porte ainsi à choisir lucidement la solitude et le malheur puisqu'"il y aura toujours un chien perdu quelque part qui [l]'empêchera d'être heureuse".

 

Le fait que chacun d'entre nous se retrouve être l'exécuteur d'un destin déjà tracé inspirera encore à Anouilh Y'avait un prisonnier (1935), le Voyageur sans bagage (1936), où l'amnésie prive précisément le héros de tout ancrage dans le passé, Eurydice (1941) où la mort, en purifiant les amants, leur donne l'absolu. Autant de thèmes, de personnages, de réflexions qui préfigurent Antigone. Une pièce que l'ambiguïté des réponses proposées par Anouilh plaça d'emblée, malgré le succès remporté, au coeur d'une polémique, la censure des occupants allemands ayant autorisé la représentation après avoir lu, semble-t-il, la victoire finale de Créon comme une justification de l'ordre.

 

Au lever du rideau, le Prologue présente au public les personnages qui vont interpréter la pièce en décrivant à grands traits leur caractère; ils sont onze en tout qui s'éclipsent au fur et à mesure pour laisser la scène vide. La tragédie peut commencer.

La nourrice, scandalisée, surprend Antigone qui au petit matin rentre subrepticement au palais. La jeune fille rassure la vieille femme et inquiète sa soeur Ismène par sa détermination d'aller enterrer leur frère Polynice mort dans un combat fratricide contre Étéocle, et cela, malgré l'interdiction de Créon qui promet la mort à celui qui enfreindrait ses ordres. Après s'être réconfortée auprès de la nourrice, Antigone reçoit son fiancé Hémon, fils de Créon et d'Eurydice, et lui annonce, après lui avoir fait jurer de ne pas la questionner, qu'elle ne pourra pas l'épouser. A Ismène revenue, Antigone avoue alors qu'elle est allée, pendant la nuit, enterrer son frère. Les deux jeunes filles une fois sorties, arrivent Créon et un garde. Ce dernier annonce à Créon que quelqu'un a recouvert le cadavre de terre. Dans un premier mouvement, Créon, en voulant garder la chose secrète, tente d'éviter le scandale. Arrive alors le choeur qui entame des réflexions sur la tragédie, puis Antigone, menottes aux poignets, qui vient de se faire surprendre par les gardes en train de terminer son travail de la nuit. Créon, de retour, découvre, stupéfait, une Antigone dans les fers et qui avoue son crime. Suit une longue entrevue pendant laquelle Créon va tout tenter pour sauver Antigone: successivement, il cherchera à étouffer l'affaire, mais Antigone affirme vouloir recommencer; à minimiser ce qu'il considère comme une étourderie d'enfant, mais Antigone lui oppose qu'elle a agi en toute connaissance et en toute lucidité; à lui prouver que les rites imposés par les dieux ne signifient plus grand-chose, mais Antigone lui rétorque qu'elle ne l'a fait que pour elle, affirmant ainsi sa propre liberté; à lui expliquer comment on gouverne un État et les raisons qui président aux choix, mais alors Antigone fait la sourde oreille; à lui montrer enfin, en lui dévoilant toute l'histoire, l'indignité des deux frères. Cette fois Antigone est prête à céder quand Créon, voulant parfaire sa victoire a un mot de trop, un mot malheureux, celui de "bonheur". Antigone alors se rebiffe et ne sortira plus de sa logique butée, même devant sa soeur Ismène revenue et qui demande aussi la palme du martyre. Créon, excédé par les provocations et les insolences d'Antigone, finit par appeler ses gardes. Le choeur fait alors des reproches à Créon qui doit aussi faire face à la révolte désespérée d'Hémon. On verra encore Antigone dicter à un garde une lettre pour Hémon, dans laquelle elle avoue ne plus savoir pourquoi elle meurt. On vient la chercher pour l'exécution de la sentence. C'est le messager qui racontera sa mort. Enterrée vivante dans un tombeau, Antigone, au lieu d'attendre la mort, a choisi de se pendre et Hémon, qui l'avait accompagnée, s'est jeté sur son épée. A l'annonce de la mort de son fils, Eurydice, en silence, s'est aussi tranquillement coupé la gorge. Créon, resté seul avec son petit page, se rend au Conseil pendant que les gardes continuent à jouer aux cartes.

 

La liberté de construction de la pièce sert en fait le propos général. On enferme mal une interrogation sur le destin de l'homme dans un carcan trop géométrique d'actes et de scènes. En revanche, comme le fait le Prologue, on peut en présenter les personnages comme des pupazzi de la commedia dell'arte ou comme des acteurs pirandelliens qui vont endosser un rôle, et qu'un montreur non identifié va animer tout à l'heure. S'accentue ainsi l'impression de déréliction générale et s'affirme la nécessité pour chacun de jouer "son rôle jusqu'au bout". Cette théâtralisation des comportements est encore accentuée par le jeu des anachronismes délibérés (à la création, les gardes, par exemple, étaient vêtus d'imperméables noirs et jouaient du revolver alors que Créon était en frac) qui portent la force du mythe jusque dans le vécu du spectateur, et disent autrement que le prestige des dieux et de leur éternité s'est enfui des cités où désormais la raison plus que la foi dicte des lois ineptes.

 

On accède ainsi au coeur même de la tragédie: la quête d'une vérité insaisissable mais partout présente dans la pièce, symbolisée par le jeune page; la nostalgie d'une enfance perdue où le beau et le lumineux paraissent plus essentiels que le bien et la tranquillité. Certes, on peut ne voir dans la révolte d'Antigone qu'une résistance contre toute forme d'oppression, contre les lois absurdes et indispensables édictées par des hommes pour construire des cités heureuses, et l'affirmation d'une liberté individuelle contre le destin collectif. Si elle n'était que cela, la lutte d'Antigone serait vaine. Elle déboucherait au bout du compte sur ce qu'elle refuse même d'entendre, le bonheur, parce qu'il est chargé de toutes les compromissions dont la première est l'acceptation de vivre et de vieillir. L'absence de transcendance dans la pièce d'Anouilh rend la quête d'Antigone encore plus désespérée. Elle n'a même plus recours à l'amour contre la haine. Elle réclame simplement "tout et tout de suite" comme une justice parce qu'elle ne croit en définitive qu'à l'éternité du présent, refusant un passé chargé de meurtres et d'incestes et un avenir promis au charlatanisme de la philosophie, du stoïcisme à la Créon par exemple.

 

Finalement, le sacrilège, aux yeux de Créon, consiste moins à braver une loi qu'à vouloir soi-même dégager l'itinéraire de son propre malheur, et y trouver sa dignité en se donnant l'illusion suprême de la liberté. Pour Antigone, vivre consiste à "dire non", et à ne pas vouloir comprendre, pour échapper définitivement aux sophismes qui justifieraient un bonheur à la petite semaine. Jusqu'au bout, bien qu'elle ait reconnu reconnu l'inanité de ses actes, Antigone, en définitive bourrelée de doutes, obéira à sa nécessité intérieure en se donnant elle-même la mort. Dans leur dialogue de sourds, Créon lui reproche cette retraite désespérée et élitiste. Pour le commun des mortels (Hémon, Ismène, Eurydice, le peuple), il faut des repères et quelqu'un qui se retrousse les manches pour conduire le troupeau. Comme Sisyphe remontant son rocher, Créon va présider le Conseil. Pour lui comme pour Antigone, au bout du compte, la solitude. Dans la pièce, le dérisoire mot de la fin semble revenir aux gardes qui abattent leurs atouts: "Eux, tout ça, cela leur est égal; c'est pas leurs oignons."

 

Cette pièce qui n'est finalement qu'une longue conversation pourrait se lire aussi comme une tragédie où le langage jouerait le rôle de fatum. Puisque toute transcendance est ici délibérément niée, c'est la rhétorique seule qui anime le débat, somme toute byzantin, entre l'homme d'État qui cherche des compromis et l'adolescente têtue qui ne sait que dire non, et qui meurt d'une querelle de mots, en butant sur le seul qui ne soit pas de son vocabulaire: "bonheur". Dans ce contexte, il n'est pas innocent que la dernière action d'Antigone soit une tentative d'écriture: elle dicte un billet pour Hémon, qu'elle rature en demandant au garde devenu scribe de rayer "Je ne sais plus pourquoi je meurs" et d'écrire à la place "Pardon, je t'aime", abandonnant ainsi toute prétention à la rhétorique, renonçant à expliquer ("Raye tout cela, il vaut mieux que personne ne sache"), pour utiliser délibérément les mots les plus usés, sinon les plus vides. Puis la marionnette n'a plus qu'à se pendre à ses propres fils.

Annexe:


Michel Fagadau : son admiration pour Jean Anouilh


Rencontre exclusive avec Michel Fagadau lors de la mise en scène de Colombe en 2010. Entretien avec Jacques Paugam

Au cours de cette rencontre datée du 1er avril 2010, Michel Fagadau (1930-2011), directeur de la Comédie des Champs-Élysées, évoque son travail sur la mise en scène de Colombe, de Jean Anouilh, son admiration et son attachement pour l’auteur. Michel Fagadau revient aussi sur son parcours de metteur en scène. Dans cette rencontre exclusive, il se livre au micro de Jacques Paugam. (Source: Canal Académie -écoute: 47 minutes)

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Révolution...

Révolution...

 

Se perdre au détour de la vie

Y sentir glisser ses envies!

Surfer sur la vague du temps

Pour rêver juste un petit moment...

 

Se trouver au carrefour du chemin

Et décider de s'y prendre en main!

Sauter sur l'occasion d'en rire...

Enfin oser croire en son délire!

 

S'endormir au creux de l'amour

Et ne plus vouloir dire toujours!

Comprendre le pourquoi de son être...

Et décider d'en rester le maître!

J.G.

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Museum night fever à Bruxelles

Participent:

La Loge, Architecture Museum,
Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire
art & marges musée
Musée de la Banque nationale de Belgique
Musée BELvue
BIP Expo - experience Brussels!
Palais des Beaux-Arts (BOZAR) Coudenberg - Ancien palais de Bruxelles
Musée d'Art fantastique (MAF)
La Fonderie - Musée bruxellois de l'Industrie et du Travail
Musée d'Ixelles
Musée Juif de Belgique
Musée des Instruments de Musique (mim)
Théâtre royal de la Monnaie (ateliers)
Porte de Hal
Muséum des Sciences naturelles
Musée de la Ville de Bruxelles Wiels - Centre d'Art contemporain
Musée Antoine Wiertz (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique)

 


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12272715253?profile=original« Le mal court » est une pièce en trois actes et en prose de Jacques Audiberti (1899-1965) publiée dans le tome I du Théâtre à Paris chez Gallimard en 1948.

 

Au XVIIe siècle, la princesse Alarica de Courtelande, fille du roi Célestininc, se rend en Occident afin d'y épouser le roi Parfait. Dans les cantons de l'Électeur de Saxe: un homme (Fernand) s'introduit dans la chambre où dorment la princesse et sa gouvernante Toulouse, en se faisant passer pour le roi Parfait. A l'entrée du Maréchal de la noblesse, qui ne le reconnaît pas pour tel, l'inconnu saute par la fenêtre. Il est blessé par balle et ramené dans la chambre. Arrive le roi (Acte I). En compagnie du cardinal de La Rosette, son Premier ministre, il vient annoncer à Alarica que le mariage est rompu car il épouse la soeur du roi d'Espagne. Mais, touché par sa beauté et par son désespoir, il finit par lui révéler que leur prétendu mariage, machination du cardinal, n'avait pour but que de décider les Espagnols à cette alliance. Il lui propose alors de s'enfuir avec elle, mais Alarica refuse, se sacrifiant à la grandeur du roi d'Occident. En l'absence du cardinal, elle s'offre à lui. Parfait refusant à son tour, elle lui montre Fernand qu'elle prétend être son amant. Le roi décide alors de l'épouser, mais Alarica veut lui imposer Fernand. Il sort (Acte II). Alarica a passé la nuit avec Fernand, avec qui elle a "perdu son honneur de femme". Mais devant sa candeur agaçante, celui-ci ne peut se retenir de lui avouer qu'il est un policier du cardinal, chargé de la compromettre définitivement. D'ailleurs sa gouvernante elle-même est une espionne d'Occident. Arrive le roi Célestininc, qui semble satisfait du maigre dédit qu'on lui offre: même lui "triche"... Renonçant à une impossible pureté, Alarica promeut Ferdinand amant officiel et se découvre de grands projets pour la Courtelande. Elle renverse le roi son père, se joignant au passage à la course du mal (Acte III).

 

C'est sans doute la plus célèbre pièce d'Audiberti; en tout cas la plus classique et la plus simple dans sa composition. "J'ai écrit Le mal court d'un trait, en deux ou trois heures, sur du papier quadrillé, comme si ces trois petits actes, tracés d'avance, m'attendaient quelque part dans l'espace [...]. Le cri: "Le mal court!" que la princesse Alarica pousse à la fin de la pièce constitue, sans nul doute, la constatation de ce fait que le mal, dans sa réalité comme dans sa théorie, se propage avec rapidité. Mais il exprime aussi le souhait profond que ce mal soit court et que lui succèdent l'amour et la bonté."

 

Malgré ces derniers mots encourageants, la pièce apparaît avant tout comme l'initiation brutale de l'innocence au triomphe du mal. La princesse Alarica se voit d'un seul coup livrée au machiavélisme politique (en la personne du cardinal), au mensonge (en celle de Fernand) et à la trahison (en celle de Toulouse). La naïveté d'Alarica, issue - on le comprend à la fin de la pièce - de l'idéalisme de son père Célestininc (l'homme du ciel), rêveur et musicien, est mise à rude épreuve par les différents coups de théâtre qui lui révèlent progressivement l'étendue de la machination dont elle est victime. A sa volonté d'un monde "clair", Fernand vient apporter de cruels démentis: "Parce que vous n'arrêtez pas de prendre le faux pour le vrai, de choisir le faux, de préférer le faux, j'ai envie de la prendre votre tête [...] et de la poser, crac, devant la vérité, la véritable vérité."

 

Alarica parvient enfin à la seule conclusion possible: "Le monde est ignoble." D'où cette révolte, esquissée dès la déception de l'acte II - où elle adoptait la nudité d'Eve -, qui la conduit à s'identifier au règne du mal: "Je suis dans le trou, dans la fange / Le serpent me mange, il me mange / Je suis le serpent." Puisque le mal court et qu'on ne peut l'en empêcher, autant se joindre à la course et espérer que, s'il doit quelque jour s'arrêter, "ce soit à l'extrémité définitive de sa vitesse, de sa force!". C'est le sens de la comédie jouée par Alarica au roi Parfait pour le dissuader de se marier avec elle. Sa feinte cruauté lui permet, en le mettant face au miroir, de lui offrir l'image insoutenable de sa propre mort: "Je suis la fatalité de la vie."

 

C'est que l'initiation au mal se trouve être, simultanément, et plus nettement encore que dans Quoat-Quoat, une initiation à sa dimension théâtrale. "Dès le commencement, c'était une comédie. Voilà la vérité!" Le mensonge est déguisement, jeu, apparence et Alarica ne peut qu'échouer dans son pitoyable désir d'appeler la réalité afin d'"alimenter" la comédie en s'offrant à Fernand dont elle avait cru se servir en le faisant passer pour son amant. Il lui dévoile bien vite qu'il n'est pas celui qu'elle croit et que même les mots d'amour dont il l'abreuvait étaient fictifs: il les tire d'un manuscrit écrit par un autre que lui. Alarica ne peut donc parvenir qu'au constat de l'universelle comédie: "Ainsi partout l'on triche, partout l'on fait comme si." D'où l'ambition de se rendre maître du jeu des apparences en faisant basculer son âme "du côté du mal qui est le bien, du côté du mal qui est le roi", et le renversement final du roi Célestininc. Le mal, selon la métaphore baroque qui est filée d'un bout à l'autre de la pièce, apparaît comme "le vinaigre du monde" dans la "salade" de tous les mensonges. Célestininc qui "donnait des leçons de salade" (au sens propre comme au figuré) se trouve donc renvoyé à ses chères laitues à la fin de l'acte III.

 

On le voit, la pièce reste alerte et fuyante, pleine de fantaisie, à l'image de son sujet et malgré sa gravité. Comme l'écrivait à l'époque Jean Tardieu: "Il est impossible de rendre l'impression de fraîcheur, de jaillissement et de perpétuel imprévu que donne [ce] langage si neuf et si surprenant dans notre glacial théâtre intellectuel."

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Soliloque sur la colère

  

   

Chaque état d’âme n’est connu que de ceux qui l’ont éprouvé. Dès son plus jeune âge, un enfant manifeste ses sentiments; il se montre heureux, désappointé, envieux, craintif, chagrin ou en colère.

Il est possible d’être adulte en ignorant ce qu’est la haine, la jalousie dévastatrice, mais bien rarement la colère.

Une décision équitable peut anéantir un espoir mais ne cause pas de révolte.

Tout être humain discerne généralement vite ce qui est juste ou ne l’est pas. Il refuse d’accepter un tort immérité, s’en irrite avec plus ou moins d’énergie.

On a entendu dire que « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.» et souvent aussi« que la colère est mauvaise conseillère » Or ce sont là des mots que l’on oublie quand une impulsion nous pousse à la violence.

On reçoit un coup, on le rend, avec des conséquences parfois non voulues et tout à fait imprévisibles.

On ne réfléchit pas quand on est en colère. On réagit selon son caractère et son degré d’éducation.

Ceux qui ont enfin acquis une heureuse sérénité, qui ont compris la relativité des choses

qui les affectent, sont étonnés de se découvrir tout aussi vulnérables à la colère quand ils la ressentent à nouveau.

Pourtant, ils plaignent ces gens irascibles réagissant d’une manière qui leur parait immodérée.

L’indignation engendre la colère. Ne pas s’insurger dans certaines circonstances révèle un manque de sensibilité ou une moralité douteuse. Mais l’on peut blâmer intérieurement sans prendre parti.

Souvent, sans la grande ire de citoyens responsables, il n’y aurait pas de changements souhaitables à la condition de vie d’une collectivité qui se tait par crainte.

Honneur à ceux qui se sont exposés pour une juste cause, qui ont pris les armes ou qui se sont servi de la parole pour accuser avec véhémence.

Pour revenir aux conseils des sages, véhiculés par des proverbes, il convient de les rendre accessibles aux enfants en usant d’exemples qu’ils retiendront.

Du temps que j’étais écolière, il existait un petit manuel d’instruction civique et morale. dont je revois encore certaines images en noir et blanc.

Je n’ai jamais oublié ce que j’y ai appris sur le respect dû aux vieilles personnes, sur les méfaits de l’alcool, sur l’avantage de se donner un peu de peine.

Il est impératif d’enseigner clairement aux jeunes les effets dramatiques qui peuvent résulter d’un geste qui agresse.

On ne peut pas toujours éviter de se mettre en colère mais il faudrait apprendre à réagir sans précipitation car on pourrait le regretter.

 

13 février 2011

 

 

 

 

 

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Réveillés en enfer

 

Quand on accueille la colère,

Devant accomplir un devoir,

Il serait prudent de savoir

Ce qu’on doit éviter de faire.

 

Tout besoin incite à agir.

S’il est urgent à satisfaire,

On ne trouve pas nécessaire

De s’attarder à réfléchir.

 

Une très ardente impulsion

Crée un certain déséquilibre.

On n’est plus complètement libre,

En partant de ses intentions.

 

En s’alliant à la colère,

Il faut s’en méfier beaucoup;

Elle a rendu des êtres fous,

Devenus bannis de leur sphère.

 

Ils vivront un destin cruel.

Mus par une infernale ire,

Le corps et l’esprit en délire,

S’étaient réveillés criminels.

 

                                                                         14 février 2011

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Faim de vie.

Faim de vie.

 

Manon,

J’ai été rappelée au boulot. Je reviendrai vers 20 heures.

Il y a des pâtes dans le frigo.

Ton père finit sa garde après minuit.

Je t’embrasse. Maman.

 

Manon reste plantée devant ces quelques mots. Une sensation lui tord l’estomac : Coupable, la fuite de ses parents !

Le memo a rejoint les pâtes dans la poubelle.

 

Manon avale ses pensées.

Elle mâche et remâche sa colère. Elle rumine ses mots. Manon n’a pas faim, elle s’alimente de sa tristesse.

Enfermée dans ce corps qu’elle déteste, prisonnière des chaînes de la détresse, elle ne sourit plus.

Etouffée par ce monde cruel, dévastée par l’envie d’être belle, elle ne pense plus.

Obsédée par son poids, jour et nuit, forcée de traîner son corps maigre et sans vie, elle ne mange plus.

Déchirée tous les jours par le noir, fatiguée de vomir son désespoir, elle n’en peut plus.

Etranglée par son besoin d’amour, décidée à partir pour toujours, ce soir elle ne rit plus.

 

 

Sa vie est sans faim.

Seule, dans cette grande maison, Manon trouve le silence angoissant. La musique, toujours la même, rythme le noir de son désespoir.

 

Cendrillon, pour ses vingt ans, est la plus jolie des enfants…[1]

 

Manon sent son ventre crier famine. Son corps réclame avec avidité de déguster des dessins de fleurs. De savourer la chaleur de Mozart et d’un violon, sel de vie. De se délecter des rires du soleil et des rêves d’étoiles.

Elle n’a plus le goût de vivre. Seule, sa main décharnée se blesse à l’os saillant de la hanche. Manon sourit. Douce violence.

Seuls, ses doigts maigres suivent les petites rivières que sont ses veines.

Manon sourit. Douce violence.

 Seuls, ses genoux osseux se cognent. Echos lancinants d’osselets jetés sur une table de jeux.

Manon sourit. Douce violence.

 

Manon se laisse bercer par la musique. Sa seule amie les soirs affamés de tendresse.

Elle oublie le temps. Dans son palais d’argent. Pour ne pas voir qu’un nouveau jour se lève. Elle ferme les yeux et dans ses rêves. Elle part, jolie petite histoire…

… d’un morceau de chocolat ! Une pensée brutale : « Tu n’as pas le droit. Tu ne mérites pas de te faire plaisir puisque personne ne t’aime. Et tu ne veux pas ressembler à une énorme vieille fille, pas vrai ? Ecoute-moi… Tu resteras une adorable petite fille ! »

Elle commence à boire. A traîner dans les bars. Emmitouflée dans son cafard…

 

Sa peine se noie dans un verre d’alcool. Ses larmes, amères, coulent. Inaperçues. Des fantômes.

Manon est un fantôme. Un être sans chair. Un fantôme du vide. De l’absence. Du rien. Un fantôme si léger que le moindre souffle de vent pourrait l’emmener avec lui.

Elle étrangle son verre pour se remplir le cœur.

 

Manon se sert un autre verre d’alcool. Il y a des traces de vie dans l’eau de vie et, quelques petites pilules recluses dans leur prison de carton argenté.

Elle hésite un moment. Joue avec les comprimés. Elle avale le tout avec la même passion que les bonbons multicolores de l’enfance.

 

L’aiguille de l’horloge a  continué son chemin et a largement dépassé 3 heures.

Un nuage de lait ponctue le ciel de la nuit. Noire.

 

Manon s’assoupit, épuisée. Les blessés de l’âme le savent. C’est lorsque nous fermons les yeux que nous voyons le mieux.

Un coma éthylique la guette.

 

… Elle tue sa dernière chance. Tout ça n’a plus d’importance.

 

Un coma idyllique pour écrire le mot fin.

 

 Elle part. Fin de l’histoire.

 

Un sourire serein habille son visage. Un sourire d’ange.

 

Notre Père qui êtes si vieux. As-tu vraiment fait de ton mieux. Car sur la terre et dans les cieux. Tes anges n’aiment pas devenir vieux.

 

Quelques mots oubliés sur la porte du frigo.

 

Ne plus être.

Ne plus devenir.

Pour enfin exister.



[1] Cendrillon by Téléphone in Dure Limite.

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