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Série des lettres....La première

Ma chère Mère,

 

 

Te souviens-tu des nuits d'été passées ensemble à comptempler la voûte céleste depuis la tour de garde du palais d'Avignon ?

 

Malgré les tisanes et les breuvages odorants que te concoctait la mère Dugard, tu ne pouvais trouver le sommeil. Moi, réveillé par quelque cauchemar ou méchant esprit de la nuit, je me levais en sueur et courais à petits pas sur la pierre froide des couloirs ombres et humides. Mes 5 ans cherchaient ton odeur Mère, et lorsqu'enfin, je t'apercevais penchée rêveusement à la fenêtre, je me jetais dans les plis mousseux de ta robe et tes mains aussitôt passaient sur mes cheveux, tandis que tu commençais, toujours ainsi :

"Allons, mon tout petit, mon coeur, mon pain d'épice...viens dans mes bras, nous allons parler avec Dame Lune ce soir...". Une éternelle et même comptine commençait, semblable à la lithanie du baptême des étoiles. Tu débutais la description : " ici, le petit chariot.../" et je reprenais la suite...aussi enthousiaste qu'au premier jour.

 

Père m'a appris le soleil, la language des hommes et le prix de l'effort. A toi, je dois la douceur de la voie lactée et cette passion pénétrante qui ne m'a jamais quittée.

 

Aujourd'hui je t'écris Mère, pour te narrer un grand évènement et par Dieu Tout Puissant qui veille sur nous, tu dois me croire : quand ce seront écoulées les fêtes de la St jean, une conjonction extraordinaire dessus Avignon apparaîtra : Vénus, Saturne et Mars dans un mariage peu ordinaire crééront grande dissonance dessus la vielle car ce jour, je te le prédis, notre bon pape nous quittera.

Aussi, ma mère, avant ce jour bien triste, profite bien de sa bénédiction et viens-t-en nous rejoindre pour l'été dans la maison de Saint Rémy : le jardin de simples a grand besoin de tes soins et j'irai avec toi sur la tombe de Père.

 

Reçois, ma très chère Mère, la grande tendresse d'un fils.

 

Que Dieu te protège,

 

 

Michel de Nostredame12272713296?profile=original

 

 

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journal de bord, dimanche 30 janvier 2011

Y a à peine une ou deux nuits ...

 

Dans un sommeil profond ou éveillé ...

 

Je me retrouvais devant un bureau égaré, sur lequel des objets avaient trouvé leur place.

 

A l'extrême-gauche, je repère l'appareil photo de ma femme.

 

Surprise surprise !

 

Sans le faire exprès, je laisse tomber l'appareil photo.

 

J'entends une bruit, une détonation. J'ai peur.

 

Je ramasse l'appareil photo.

 

Deux secondes plus tard ...

 

J'ai, dans ma main, une petite boîte en plastique, complèt'ment décoiffée. A l'intérieur (de cette boîte), je distingue ... des épingles.

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Mon travail d’audio-psycho-phonologue m’a appris à toujours repartir du corps pour réfléchir aux questions fondamentales que je me pose. Non seulement sur ma propre vie et celle des gens que je rencontre, mais aussi sur ce bouleversement de l’espace humain et de ses représentations que l’on appelle généralement la "modernité". Par souci de clarté, j'ai repris toutes mes interventions de 2010 et janvier 2011 sur les forums d'Arts et Lettres pour en faire un texte suivi où, je l'espère, la cohérence de ma pensée sera plus perceptible. Et j'ai mis ce texte en format pdf (ci-dessous) pour en faciliter la lecture.

 

reflexions%20sur%20la%20modernite.pdf

 

Au plaisir de vous lire,   Daniel Moline

 

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Histoire courte...

Je mets la dernière main à une série d'histoires courtes ou billets d'humeurs, réunis sous le titre "A fleur de peau". La vie vue de l'extérieur, des instants perçus comme une évidence qu'on a envie de décrire comme des tableaux qui interpellent...

Ma question : Cela a-t-il un intérêt?

Voici donc ci-après une de ces histoires, volontairement très courte! Si la curiosité vous en dit... Merci de donner votre avis.

 

HUGUETTE OU LA RUPTURE SILENCIEUSE.

 

Dans ce couloir d'hôpital où les reproductions de Renoir étaient sensées rendre l'endroit plus chaleureux, les chaises inconfortables lui faisaient mal au dos et elle en avait changé en vain!

 

Huguette était bien lasse après cette nuit passée à essayer de calmer André une fois de plus! Elle avait craint un moment que sa violence se retourne contre elle, mais les poings n'avaient finalement frappés que la porte de la salle de bain où elle était partie chercher un calmant.

 

Son calme justement et sa placidité avaient fini par triompher et le médicament pris, André s'était affalé sur le divan et elle l'avait cru endormi.

 

Elle était occupée à se faire un sandwich lorsqu'il surgit dans la cuisine et incapable de proférer un mot s'écroula à ses pieds!

 

Maintenant, elle s'était assise là, près de la porte où le charriot avait disparu et elle attendait qu'on vienne lui donner des nouvelles...

 

 

C'est alors, que la chaise inconfortable l'insupporta d'un coup!

Huguette se leva et calmement se dirigea vers la sortie.

La nuit était noire et douce, elle respira profondément et quitta l'enceinte de l'hôpital serrant son sac sous le bras et partit vers la station de taxis.

Le confort et la douceur du cuir des sièges de la Mercédès lui firent fermer les yeux et se détendre avec une sorte de volupté! Le trajet lui parut très court.

Puis, la clé introduite dans la serrure, les chaussures jetées au travers du couloir, elle se précipita vers son lit et s'y écroula sans même prendre la peine de l'ouvrir!

Recroquevillée dans un soupir, elle s'endormit d'un coup, d'un sommeil aussi profond et paisible que cette nuit de printemps...

 

C'est la sonnerie du téléphone qui la réveilla brutalement, il faisait grand jour. Huguette décrocha, c'était l'hôpital; André avait repris connaissance et la réclamait ainsi que ses affaires...

 

Alors, après avoir raccroché, Huguette fit sa toilette, revêtit son joli et si confortable training en éponge grise, remplit une grande valise, appela un taxi et s'arrêta à la banque.

-Juste un instant, dit-elle au chauffeur, merci de m'attendre?

 

De retour, après avoir jeté son portable dans la rigole d'un geste sec, elle s'assit, referma la portière et dit : Maintenant nous allons à Roissy...

 

Huguette pour la première fois depuis ces dix dernières années était radieuse. Elle souriait le regard perdu sur l'autoroute qui lui semblait par cette belle journée aussi infinie et paisible que son futur...

J.G.

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Eclair nimbé de bleu marine

A quand les orages ?


La terre est assoiffée. Et puis c'est tellement beau les orages...

 

Entendre le clapotis régulier de la pluie contre la vitre, emmitouflé(e), bien au chaud, ou bien sortir et marcher à pas rapides dans le froid, contre le vent, les joues rosies...


Etre impressionné(e) et respectueux(se) devant les déchirements de l'éclair.


Et enfin humer l'odeur de la terre qui embaume après la tempête,12272712300?profile=original et exhale un parfum de matrice sensuelle et herbeuse.

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tous les chagrins du monde

 Tous mes désespoirs, tous mes élans sont là en désordre dans mon atelier. J'y passe le plus clair de mon temps, les oreilles assourdies de musique baroque.

 Je fais et défais au même rythme, avec ce mélange d'élan et de désespoir.

Bloody Flo 55x46 acry et marouflages sur toile

bloody Flo

Les têtes attendent indolentes leur tour accrochées sur les murs, elles sèchent sagement. Elles ne savent pas encore leur destin.. 

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Bredi-Breda, elle jeta ses vêtements dans la valise noire ouverte sur son lit.

 

"Quelle navrance !" se dit-elle en contemplant le spectacle de sa lingerie roulée en boule et de ses chemisiers froissés. "Tant pis...pas le temps de les plier" pensa-t-elle, et elle referma précipitamment son bagage.

 

C'était une bachelette de 17 printemps, un peu fafelue et aliciante. Une gamine des faubourgs coquette et coquine, plus tout à fait fille, pas tout à fait femme. Elle ouvrit la vieille fenêtre branlante de la chambre et fut saisie par un vent froidureux qui la fit frissonner. En hâte, elle jeta un châle laineux sur ses épaules, emporta la valise et commença à enjamber coulamment le rebord de fenêtre.

De la corniche elle apercevait la cour, deux étages plus bas et, en arrière fond, la tortouillade multicolore du jardin de Hubert Mantaupan. Elle cracha par terre avec mépris et éructa : "Ce bélitre de Montaupan et sa guenuche de femme, ils vont voir ce qu'ils vont voir...Prépare-toi mon gros maroufle, à mon tour de m'ébaubir !".

Elle se glissa prudemment jusqu'à la gouttière qu'elle enserra entre ses cuisses et retrouva instinctivement des gestes de gymnaste. Sans bourrasquer, elle se retrouva aisément sur le plancher des vaches et courut vers le jardin qui n'était plus maintenant qu'à quelques mètres.

A rémotis, près du saule pleureur, se trouvait la véranda où le couple de bourgeois prenait habituellement son dîner.

Prestement, elle se glissa derrière un massif de rhododendrons pour mieux observer la scène et entendit : "Marie-Louise ! Marie-Louise ! ? Mais où donc est passé cette clampine ? Ah ! Hubert, mais pourquoi donc avoir choisi cette bonne ? Elle n'est jamais là quand on a besoin d'elle !".

L'Hubert en question safrait un boeuf en daube et n'écoutait pas sa moitié, dont il considérait de toutes façons qu'elle ne débitait que des billevesées.

 

"Ah les cochons, non mais regarde moi ce bélître !" songea Marie-Louise en observant l'homme.

C'est le moment que choisit Marie-Louise pour faire une brutale apparition.

De surprise, l'homme en lâcha sa fourchette, tandis que son épouse le regardait en échapade.

"Finis de me jobarder les paltoquets : quand donc recevrais-je mes gages ?!  Voilà 6 mois que j'avale vos salmigondis, mais toujours pas la moindre piécette...".

Hubert s'en étrangla le gosier. Comment voilà cette donzelle, cette moins que rien, en train de causailler devant eux comme si elle était la maîtresse de séant ! Il faillit cette fois mourir tout çà fait étouffé, quand il vit la demoisselle remonter prestement ses jupons, se retourner et leur montrer ses fesses blanches en criant : "Allez les grenus, ça fait longtemps que je ne vous vois plus. Vous avez le bonjour de Marie-Louise !".

 

Et tandis que l'épouse affolée ranimait le coquin, Marie-Louise, à la venvole, s'enfuit prestement vers les fourrés où elle disparut.

On ne le revit jamais, mais sa remembrance resta longtemps dans la maison...

 

 

Sylviane Kaena,

Avec l'aimable concours du dictionnaire des mots disparus de la langue française.

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12272711890?profile=originalIl s’agit d’u roman de l'abbé Jean-Jacques Barthélemy (1716-1795), publié 1788.

 

L'abbé Jean-Jacques Barthélemy était fort savant. Numismate, historien, linguiste, connaissant à peu près tout ce qui se pouvait connaître en son temps sur le monde antique, il travailla durant trente ans au Voyage du jeune Anacharsis, qui recueillit un énorme succès, et connut maintes rééditions et traductions.

 

L'ouvrage est précédé d'une longue "Introduction au voyage de la Grèce", où toute l'histoire grecque, depuis l'"état sauvage et les colonies orientales" jusqu'à la prise d'Athènes, est retracée. Le jeune Scythe Anacharsis quitte son pays (chap. 1). Il traverse Byzance, Lesbos, l'Eubée, Thèbes, où il voit Épaminondas et Philippe de Macédoine (2-5). Il gagne Athènes (6-7), puis Corinthe (9). Athènes est longuement décrite: sa constitution, ses fêtes, l'éducation qu'y reçoivent les enfants (11-26). Puis c'est la Thessalie (35), l'Épire (36), l'Élide et la Messénie (38-40), la Laconie et Sparte (42-51), la légendaire Arcadie (52), l'Argolide (53). On revient à Athènes (55-59 et 65-67). On évoque les affaires de Sicile (60), les mystères d'Éleusis (68), le théâtre grec (69-71), Rhodes, Samos, Délos (73-79). Tout s'achève à Chéronée: la Grèce est vaincue, puis Alexandre succède à Philippe; Anacharsis regagne sa Scythie natale (82).

 

Ce Voyage témoigne d'une extraordinaire érudition. A preuve toutes les notes accumulées à chaque page, qui indiquent les sources de chacun des détails de la narration, et les longues tables chronologiques, qui suivent et justifient l'ouvrage. Barthélemy a voulu tout dire sur le monde grec de 363 à 337 avant JC. Comme plus tard les auteurs du Tour de France de deux enfants, il a oeuvré pour que ces connaissances fussent présentées de façon riante, englobées et entraînées dans une fiction comparable à un roman. La composition est d'ailleurs assez subtile, les passages didactiques ("la Bibliothèque d'un Athénien") étant divisés en plusieurs morceaux isolés les uns des autres. L'auteur a choisi un Scythe, pareil aux Siamois de Dufresny, aux Persans de Montesquieu, à tous ces Hurons qui découvraient la France dans les contes des Philosophes. Il a tenté de conduire à une philosophie, proche de celle de Rousseau. Les Arcadiens sont purs et valeureux; Anacharsis, à la fin, est écoeuré de voir la liberté grecque expirer sous les coups des rois de Macédoine: "Je revins en Scythie, affirme-t-il, dépouillé des préjugés qui m'en avaient rendu le séjour odieux [...]. Dans ma jeunesse, je cherchai le bonheur chez les nations éclairées; dans un âge plus avancé, j'ai trouvé le repos chez un peuple qui ne connaît que les biens de la nature."

 

Avec toute cette science, avec ces habiletés et ces ambitions, Barthélemy nous a donné une oeuvre un peu languissante. Son héros n'a guère de consistance; il ne connaît aucune aventure personnelle; il va d'un lieu à l'autre, comme un touriste qui aurait son guide à la main. Le style est euphonique, bien cadencé, mais il manque de couleur et de concret; on accumule les adjectifs stéréotypés: les poètes sont "excellents", les villes "opulentes", et "riches" les moissons. Nous sommes bien loin, malgré les apparences, de la magie et de la profondeur du Télémaque. Il n'en reste pas moins que ce livre a beaucoup fait pour le "retour à l'antique" au temps de Louis XVI et de la Révolution, et a donné à une ou deux générations une image nouvelle de la Grèce, bien différente de celles que Ronsard, Racine ou Fénelon avaient proposées.

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journal de bord, samedi 29 janvier 2011

journal de bord, samedi 29 janvier 2011


Quand un froid d'canard possible et des éclaircies inattendues se conjuguent, se marient dans le ciel ...

 

Ca donne des photos extraordinaires.

 

Ca donne des coups d'barre, tout aussi extraordinaires.

 

Oui, on se sent proche de l'ivresse. On tomberait par terre à tous les carr'fours. Surtout quand on marche quatre kilomètres d'affilée, sans pouvoir s'arrêter, vraiment.

 

Les rapports avec les gens s'en ressentent, évidemment.

 

Ce n'est pas qu'ils soient désagréables, malveillants, agressifs.

 

Non, parfois, ça se limite au ton de leur voix et à leur fous rires ... insupportables, qui vous rentrent dans la peau.

 

"Vous êtes tôt, aujourd'hui !", me lance la concierge d'un immeuble, situé sur ma tournée.

 

"Faut dire, c'est vendredi !", enchaîne-t-elle aussitôt ... sans me laisser le temps de respirer, sans me laisser le temps de lui répondre (le plus posément possible), que les centres de tri (postaux) avaient entamé une grève, que des camions (qui fournissent le courrier) à notre bureau ne s'étaient pas pointés, qu'on avait à peine reçu le tiers des lettres à distribuer ...

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Haïkus : Croissant de lune


Croissant de lune

Nous deux enlacés

Herbes givrées

……………………..

Nuit d’hiver

La lune épinglée au ciel

Broche de nacre

…………………….

Lune froide

Tes yeux brillent

Hibou

………………………………

Froid piquant

Clair de lune, nos ombres

Emmêlées

………………………………….

Nada

28/01/11

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le crapaud trouve belle sa crapaude

 Il me faut écrire une présentation de l'artiste pour le livre édité chez Patou concernant l'univers artistique du portrait..

 Je pioche dans mes centaines de textes écrits sur ce blog, je vais finir par trouver ce qui me semble nécessaire de dire pour faire cette différence entre le portrait "pour trait" et la peinture que toute tête peut représenter

2ème état de Flo au fond indéterminé 

100x80 acry et marouflage sur toile

flo fond rouge

 Flo sur fond défini, rouge barrière, mur ou se brise le rêve, ou Flo sur fond d'infini aux  tonalités gris verdâtres qui nous laissent passer au travers de la peinture

 Réminiscence, résurgence, la tête est pleine d'images, certaines resurgissent comme ça quand tout glisse, sans la moindre volonté si ce n'est le fait de se laisser porte par le geste.

"Le crapaud trouve belle sa crapaude"

 disait Voltaire pour définir la beauté::

 Oui plutôt ça que la beauté aseptisée, formatée, la beauté qui n'est que jolie.

 La beauté se révèle au soir

en glissant dans le caniveau. 

 La beauté aime le crépuscule

ne craint pas le noir.

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Pour une fois petite digression vers un autre sujet que les arts et les lettres: resiprez la forêt: je sais que cela fera plaisir à certains d'entre vous.

 

Petite simulation (bien réelle) pour ceux qui n'ont pas une forêt près de chez eux ou qui ont des difficultés à se déplacer, ce lien est vraiment excellent,... pour les autres aussi d'ailleurs!

 

N'hésitez pas à cliquer sur les petites flèches directives ou de sélectionner l'une ou l'autre petite étoile: les oiseaux chantent pour vous et ils ont tous du talent comme vous;


...  bon amusement ou plutôt bonne promenade!
 
http://w3.upm-kymmene.com/upm/forestlife/index.html

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Premières lèvres



Ils ont balbutié

à la fracture des mots,

ont attisé le feu dans cette béance, 

se sont dit tu 

se sont dit nous

et puis n’ont plus su 

à qui s’adressaient 

leurs premières lèvres.


© Claude Miseur


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journal de bord, vendredi 28 janvier 2011

Lundi dernier ...

 

Je terminais ma tournée (de facteur) et je réintégrais le bureau, afin de boucler mes comptes (recommandés, colis ...).

 

Je dépose mon caddy à proximité de l'emplac'ment où, tous les matins, je trie mon courrier. Et j'aperçois, bien en évidence sur ma table de travail, une note de service me concernant.

 

Effectiv'ment ...

 

Une dizaine de lettres s'y trouvaient (encore). Or, quand le facteur part en tournée, son emplac'ment doit être vide.

 

Je m'en vais, dès lors, de ce pas, trouver un(e) chef, encore présent(e), afin de lui fournir une explication.

 

Il se fait que les lettres restées sur mon emplac'ment, ce lundi, avaient une raison d'être là plutôt qu'ailleurs.

 

Sur ma tournée, il y a des sociétés, des firmes, des commerces qui reçoivent du courrier. J'en retiens, ici, trois ... puisque chacune de ces lettres, restées sur mon emplac'ment, ce lundi, s'adressait à une de ces trois sociétés.

 

J'avais délibérément mis ce courrier de côté. Et pour cause ...

 

L'une des trois sociétés est un magasin d'hi-fi, téléviseurs, dvd, situé sur la chaussée d'Ixelles. Le lundi, c'est jour de fermeture. Le grillage (ou le volet) est fermé. Il n'y a pas de boîte aux lettres dessus. Juste des espèces de mini-trous, et ... passer le courrier en tenant compte rien que de ça, c'est difficile. Donc, en connaissance de cause, je retiens le courrier de cette société le lundi. C'est plus simple.  Quand le mardi se pointe, j'intègre, avec le courrier du jour (adressé au magasin d'hi-fi, téléviseurs ...) le courrier de la veille. C'est plus logique. C'est plus pratique. Je me suis d'ailleurs expliqué et arrangé avec les gars du magasin qui ml'ont dit, avec la plus grande des gentillesses, que ... c'était mieux ainsi.

 

J'explique, au bureau, mon argument concernant ce cas présent. Ca passe.

 

La seconde des trois sociétés (dont le courrier était restée sur mon emplacement) est un bureau d'architectes, qui se trouvait rue des Champs Elysées (sur ma tournée) et qui a déménagé voici peut-être un mois. Je reçois encore, pour le moment, pas mal de lettres envoyées à l'ancienne adresse. Tous les expéditeurs ne sont pas forcément au courant, dès les premiers temps, des chang'ments de domicile des particuliers ou des sociétés (ça tombe sous l'sens).

Le bureau d'architectes, ici, a effectué, y a un mois, selon les règles, un "Do My MOve" (changement d'adresse postal), valable pour trois mois.

Donc ...

Quand le facteur tombe, durant trois mois, sur des lettres envoyées au bureau d'architectes (où l'ancienne adresse est mentionnée), il est tenu de faire suivre le courrier à la nouvelle (cette règle prévaut pour tous ceux qui effectuent un "Do My MOve" pour trois mois).

Le facteur dispose, sur son emplac'ment, d'étiquettes auto-collantes prévues à ce sujet. Sur le recto de la lettre, il est tenu de barrer (au bic) le nom de la rue et de la localité. Au verso, il est tenu d'apposer l'étiquette. Ensuite, il doit déposer ces lettres dans des bacs prévus à cet effet. Le reste suit.

Or, ce lundi ...

J'avais au moins six lettres adressées au bureau d'architectes, rue des Champs Elysées.

Or, ce lundi ...

Je me suis rendu compte, en f'sant mon travail, que je ne disposais plus, dans la farde concernant le bureau d'architectes, que de deux étiquettes.

Donc, j'ai du le signaler.

Donc, en attendant de recevoir mes nouvelles étiquettes (les employés assujettis à ce travail doivent trouver le temps de le faire), j'ai momentanément mis le courrier de côté et je suis parti en tournée.

 

J'explique, au bureau, mon argument concernant ce cas présent. Ca passe.

 

La troisième des trois sociétés (dont le courrier était resté sur mon emplac'ment) est une asbl ayant pour objectif l'aide sous toutes ses formes et en particuliers aux émigrés et réfugiés. Durant tout un temps, elle se trouvait rue de la Croix (sur ma tournée).

Ca fait déjà un p'tit temps qu'ils ont aménagé ... rue du Champ de Mars (sur la tournée d'une de mes collègues).

Je reçois, pourtant, encore, égal'ment, tous les jours, du courrier qui leur est adressé ... rue de la Croix.

Ils ont déjà, à deux reprises, effectué leur "Do My Move" ... valable, à chaque fois, pour trois mois.

Maint'nant, leur chang'ment d'adresse est arrivé à terme et ils ne l'ont pas renouvelé.

Ca ne m'empêche pourtant pas, le matin, d'aller porter, de ma propre initiative, le courrier adressé à cette société (rue de la Croix) sur l'emplac'ment où le courrier adressé à cette société (rue du Champ de Mars) se situe.

Or ...

Cette société, comme beaucoup de sociétés qui reçoivent beaucoup de courrier, n'est pas desservie par le facteur, mais par un chauffeur qui livre directement, en liasse directe, le courrier à cette société. 

Il m'arrive régulièr'ment, sur le coup de neuf heures, neuf heures et demie, (je suis encore au bureau à ce moment-là, je trie encore) de recevoir du courrier adressé à cette société.

Or ...

Le chauffeur qui porte le courrier à cette société ... et qui est assujetti à des heures de départ bien précises ... est déjà parti depuis longtemps.

Donc ...

Je mets ce courrier de côté, en vue de le déposer dans le casier correspondant ... le jour suivant, à un moment où le chauffeur n'est pas encore parti.

 

J'explique, au bureau, mon (ou mes) argument(s) concernant ce cas présent.

 

La réponse est un peu plus nuancée :

 

"Tu ne peux pas faire ça ... le changement d'adresse est terminé ... tu dois renvoyer à l'expéditeur ... les gens paient pour le changement d'adresse"

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Avec le coeur

Mon enfant, tu as du coeur

et le coeur c'est la vie,                              

l'amour.

Tu n'as certes pas oublié                                        

le savoir que je t'ai transmis

tout au long de notre vie

et si les pleurs et les rires ont bercé

notre voyage

c'est avec le coeur que nous

l’avons parcouru

Prends courage

car la vie est prétentieuse

rebelle, ambitieuse;

mais vraie comme ton coeur l'est.

Laisse parler ton coeur avant ta bouche

car la bouche des fois

trahit la pensée noble

qui est déposée sur ton coeur.

Le coeur, mon fils, le coeur

vaut plus que tous les pesant d'or 

Ne te laisse pas influencer par la pensée unique

Fie-toi à ton coeur qui a du répondant

La vérité c'est lui et lui seul

qui saura la dire.

Ne fais pas comme ces hypocrites

qui promettent l'amour,

mais qui, en réalité, 

se retourne de ta face

pour te trahir.                                                         

Promets avec ton coeur;                          

ton chemin sera dur,

mais ta vie et tes générations futures

seront fières de toi,

mon fils.

 

Jose Mangano

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Une galerie de l'improbable

 Je reviens sur cette belle initiative de Fanny Laheurte a qui je laisse la place pour en parler.

 Ces associations de malfaiteurs, euh d'artistes pardon ! 

sont juste des dialogues, des résonnances... intimes, celles qui sont dans ma tête, pas forcément apparentes au premier coup d'oeil d'ailleurs. Elles ne cherchent pas à démontrer quoi que ce soit d'autre que le talent se transmet par delà les siècles, les sensibilités, les continents, les styles, les "écoles", les techniques, les générations... qu'il est possible de trouver un écho là où tout parait improbable, mais aussi de se raconter des histoires, belles ou... moins belles.
En espérant que cela ne froissera aucun des artistes que j'aime, merci à eux pour les voyages qu'ils permettent.
Pour rester dans la métaphore criminalistique : si toutefois le "pillage" des oeuvres peut gêner certains d'entre vous, ce qui serait compréhensible, il me suffira d'un petit clic, clac l'affaire est dans le sac, pour retirer les "tant d'aime" incriminés.
N'hésitez-pas à me faire parvenir vos plaintes.

 Voici un exemple qui flatte mon égo.

 Munch et Gegout.

Diptyque improbable d'une rare audace. Eros et Thanatos
 Le chaud et l'effroi..

 Je vous incite à voir sur FB sa page qui mérite une visite . Une des plus grandes et géniales galerie à visiter.

 De toute pièce montée par Fanny Laheurte. De Rustin à Rambrandt

 galerie de l'improbable.

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Témoignages d'écrivains sur la langue française

Témoignages d'écrivains sur la langue française
EUROPE

Stéphane Hessel (Berlin, 1917)
Né allemand, acquiert la nationalité française en 1937. S’engage dans les Forces françaises libres. Devient diplomate et haut représentant de la France.
« De cette France revendiquée j’adopte les institutions et les multiples aspects de l’héritage culturel et historique : non seulement la Révolution de 1789 et la Déclaration des droits de l’homme, mais encore la valorisation sans cesse renouvelée de l’intelligence et de la tolérance, de la lucidité et du respect de l’autre : Montaigne, Pascal, Voltaire, Georges Sand ; la conquête des libertés modernes : Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire ; la profonde clarté d’une langue analytique, articulée, précise. »
(« Danse avec le siècle », par Stéphane Hessel, Seuil, 1997, p. 39)

Rainer Maria Rilke (Prague, 1875-1926)
Poète autrichien de langue allemande. secrétaire de Rodin.
« Oui, j’aime écrire en français, quoique je ne sois jamais arrivé à écrire cette langue (qui plus que toute autre oblige à la perfection, puisqu’elle la permet) sans incorrections et même sans d’insidieuses fautes… Je me rappelle qu’une des premières raisons de me passer une poésie française fut l’absence de tout équivalent à ce délicieux mot : Verger. »
(Florilège de la langue française », par Xavier Deniau, Evreux, Editions Richelieu-Senghor, 1988, p. 102)
« Quelle joie que de pouvoir confier à une langue aussi consciente et sûre d’elle-même, une sensation vécue, et de faire en sorte qu’elle introduise en quelque manière dans le domaine d’une humanité générale… Elle académise, si j’ose m’exprimer de la sorte, la contribution frappée à sa marque et déversée en elle, et lui donne ainsi l’aspect d’une noble chose comprise. »
(Extrait de « Vergers », Gallimard, 1926)

John Brown (Angleterre)
Poète anglais et critique éminent. Auteur en français d’une remarquable histoire des lettres américaines.
« Je sais qu’au début, émerveillé, je maniais le français avec l’insouciance et l’audace d’un alpiniste débutant, qui se balance sur les abîmes sans penser aux dangers. Tout était permis : Je me trouvais dans un nouveau pays où je ne connaissais personne, où personne ne me connaissait. Les contraintes de ma langue natale disparaissaient. Je pouvais sauter, danser, marcher sur la tête, je ne craignais ni le ridicule ni l’extravagant. J’étais l’enfant qui tambourine sur un antique clavecin, le barbare qui pille joyeusement les temples millénaires. »
(Revue internationale de culture française, op. cit.)

Julia Kristeva (Bulgarie)
Professeur à Paris VII. Epouse de Philippe Sollers. Auteur de « Etrangers à nous-mêmes » (Folio, 1988).
« Ecrire en français, ce fut me libérer. Geste matricide. Quitter l’enfer : cette langue est devenue mon seul territoire. Désormais, je ne rêve plus qu’en français. »
(André Brincourt, op. cit., p. 231)

Michel del Castillo (Madrid, 1933)
A fui l’Espagne franquiste, en 1953, pour Paris. Romancier célèbre et chrétien engagé.
« C’est vrai que j’ai eu beaucoup de mal avec l’Espagne, mais maintenant cela va beaucoup mieux. Je suis en fait assez content de ma position, être un écrivain français d’origine espagnole me permet d’avoir une certaine distance vis-à-vis des deux pays. »
(Entrevue, dans Vers l’Avenir, Namur, 18 août 1997)

Jorge Semprun (Madrid, 1913)
Emigré à Paris, en 1936. Déporté à Buchenwald. Ministre en Espagne après Franco.
« Nous avions la passion que peuvent avoir des étrangers pour la langue française quand celle-ci devient une conquête spirituelle. Pour sa possible concision chatoyante, pour sa sécheresse illuminée… L’ espagnol est une langue très belle, mais qui peut devenir folle et grandiloquente, si on lui lâche la bride. Cioran parlait du français comme d’une langue de discipline. Je le crois, le français m’aide à maîtriser mon espagnol. »

Jan Baetens
Critique et poète flamand
« En choisissant librement le français, je cherche aussi à maintenir vivante la tradition de liberté du français, langue et culture des lumières dont il est nécessaire de rappeler l’héritage. J’écris en français pour me libérer de mes particularités trop partisanes, de tout ce qui me limite, des préjugés, des idées trop vite faites, des certitudes trop commodes à porter. »
(Carte blanche, extraits. Le Carnet et les Instants, novembre 1998- - janvier 1999)

Marie Gevers (Edegem, 1883-1975)
Romancière flamande intimiste de grand renom.
« J’ai reçu le français comme instrument familier et bien aimé. Je n’ai pas choisi cette langue. Je me trouve au point de jonction des deux cultures. Et ces deux routes se joignent dans mon cœur. »
(Marie Gevers et la nature, par Cynthia Skenazi, Palais des Académies, 1983, p. 81).

Emile Verhaeren (Saint Amand, 1856-1916)
Etudes au Collège jésuite de Gand (en français) avec Georges Rodenbach. Figure dominante de la littérature belge de langue française. Chantre de la Flandre.
« La plus solide gloire de la langue française, c’est d’être le meilleur outil de la pensée humaine ; c’est d’avoir été donnée au monde pour le perfectionnement de son sentiment et de son intelligence ; c’est en un mot, d’être faite pour tous avant d’appartenir à quelqu’un. Ah ! Si un jour il se pouvait faire que toute la force et tout le cœur et toute l’idée et toute la vie des Européens unis s’exprimassent en elle avec leur infinie variété d’origine et de race… »
(Revue internationale de culture française, op. cit.)

Vassilis Alexakis Grèce) 1944
Partage sa vie entre Athènes et Paris. Prix Médicis 1995 pour « La langue maternelle ».
« Nous sommes les enfants d’une langue. C’est une identité que je revendique. J’écris pour convaincre les mots de m’adopter. »
(« La langue maternelle », Fayard, 1995)

Jean Moreas (né Papadiamantapoulos, Athènes, 1856-1910
Amoureux de la France. Prince de l’école symboliste.
« Mon père voulut m’envoyer étudier en Allemagne. Je me révoltai. Je voulais voir la France. Deux fois je me sauvai de mon foyer et pus enfin gagner Paris. Le destin m’a montré la route –mon étoile me guidait- pour que je devienne le plus grand des poètes français. »
(Revue internationale de culture française, op. cit.)

Samuel Beckett (Dublin, 1906-1990)
Ecrivain de langue anglaise qui s’est imposé par son théâtre en langue française. Prix Nobel de Littérature.
« Son bilinguisme anglais-français lui permet d’assurer à sa pensée une équivalence d’expression dans chacune des langues qui lui sont également familières… Le langage ne compte pas d’abord en tant que porteur d’idées, ce sont les mots, quoique imparfaits, chacun d’eux pris séparément et en même temps dans ses rapports avec les autres, qui isolent l’idée pour la mettre en valeur, soit prononcée, soit suggérée, soit très sous-jacente. »
(Louis Perche dans « Beckett », Le Centurion, 1969, p. 118-119)

Carlo Coccioli (Livourne, 1920)
Emule de Bernanos, auteur du roman « Le Ciel et la Terre ».
« Disons que je sens en italien et que je parle en français. »
(dans « La Voix au cœur multiple », op. cit., p. 25)

Emmanuel Lévinas (Kaunas, Lituanie, 1905-1995)
Philosophe d’origine juive. A élaboré en français sa phénoménologie.
« J’ai souvent pensé que l’on fait la guerre pour défendre le français, c’est dans cette langue que je sens les sucs du sol. »
Le Monde, 19 janvier 1996)

Oscar Vladislas de Lubicz-Miloz (Czereïa, Biélorussie, 1877- Fontainebleau, 1939)
Prince balte, grand poète français. Auteur d’un chef-d’œuvre : Miguel Manara.
« Honneur à la France, pays de cristal, patrie de la pure raison. »
(dams « Milosz, par Armand Godoy, Fribourg, 1944, p. 207)

Marel Halter (Varsovie)
D’origine juive. Rescapé des camps d’extermination.
« C’est en France, plus tard, dans cette France réelle que j’ai découverte à l’âge de quatorze ans, que j’ai appris la liberté en même temps que le français. C’est pourquoi, bien que parlant plusieurs langues, je ne peux écrire, pleurer, rire ou rêver qu’en français. Seule langue dans laquelle je n’ai connu aucune oppression. »
(« Contacts », Paris, janvier 1996-décembre 1997)

Emil Michel Cioran (Raschinari-Sibiu, Roumanie, 1911-1995).
En France depuis 1937. Devenu chef de file de la pensée française.
« La langue française m’a apaisé comme une camisole de force clame un fou. Elle a agi à la façon d’une discipline imposée du dehors, ayant finalement sur moi un effet positif. En me contraignant, et en m’interdisant d’exagérer à tout bout de champ, elle m’a sauvé. Le fait de me soumettre à une telle discipline linguistique a tempéré mon délire. Il est vrai que cette langue ne s’accordait pas à ma nature, mais, sur le plan psychologique, elle m’a aidé. Le français est devenu par la suite une langue thérapeutique. Je fus en fait moi-même très surpris de pouvoir écrire correctement en français, je ne me croyais vraiment pas capable de m’imposer une telle rigueur. Quelqu’un a dit du français que c’est une langue honnête : pas moyen de tricher en français. L’escroquerie intellectuelle y est quasi impraticable. »
(« Itinéraires d’une vie », par Gabriel Lûceanu.)

Eugène Ionesco (Slatina, Roumanie, 1912-1994)
Membre de l’Académie française. Consécration mondiale au théâtre avec « La Leçon » et « La Cantatrice chauve ».
« Si je suis citoyen français, c’est que j’ai fait un choix, qu’une patrie avait la priorité. J’ai choisi le pays de la liberté. »

Romain Gary (Moscou, 1914-1980)
D’un père émigré en Pologne. Volontaire de la France libre. Amoureux de De Gaulle. Diplomate français. Deux fois Prix Goncourt avec « Les Racines du ciel » et « La Vie devant soi ». S’est suicidé.
« Je plonge mes racines littéraires dans mon métissage… La France libre est la seule communauté humaine à laquelle j’ai appartenu à part entière. »
(Dans André Brincourt, op. cit. p. 190-191)

Andreï Makine (Novgorod, 1957)
Venu de Russie aux lettres françaises. Pris Goncourt 1995 pour « Le Testament français ».
« Le français de Charlotte avait gardé une extraordinaire vigueur, dense et pure, cette transparence d’ambre qu’acquiert le vin en vieillissant. Cette langue avait survécu à des tempêtes de neige sibériennes, à la brûlure des sables dans le désert de l’Asie, et elle résonne toujours au bord de cette rivière. »
(« Le Testament français », Mercure de France)

Henry Troyat (né Lev Tarassov, Moscou, 1911)
Venu à Paris en 1920. Couvert de prix. Membre de l’Académie française (1959). Beaucoup de romans et de biographies, inspirées par la Russie.
« Je vivais la moitié du jour à Paris et la moitié du jour à Moscou. J’étais partagé entre le passé et le présent, sollicité, tour à tour, par des fantômes surannés et par des visages vrais et actuels, par une première patrie, lointaine, inaccessible, fuyante, et par une seconde patrie, qui bourdonnait autour de moi, me tirait à elle, m’emportait dans un tourbillon. Pendant longtemps, j’avançai, tant bien que mal, un pied sur les nuages russes et l’autre sur la terre ferme française. Puis, l’équilibre se fit, insensiblement, entre ces deux séductions rivales. Je devins Français, tout en conservant une tendresse particulière pour la contrée de rêve dont m’entretenaient mes parents. »
(« Revue internationale de culture française », op. cit.)

Milan Kundera (Brno, 1929)
Ecrivain français de langue tchèque. Exilé en France. A fini par écrire directement en français (par exemple « Les testaments des trahis »).
« C’était l’occupation russe, la période la plus dure de ma vie. Jamais je n’oublierai que seuls les Français me soutenaient alors. Claude Gallimard venait voir régulièrement son écrivain pragois qui ne voulait plus écrire. Dans ma boîte, pendant des années, je ne trouvais que des lettres d’amis français. C’est grâce à leur pression affectueuse et opiniâtre que je me suis enfin décidé à émigrer. En France, j’ai éprouvé l’inoubliable sensation de renaître. Après une pause de six ans, je suis revenu, timidement, à la littérature. Ma femme, alors, me répétait : La France, c’est ton deuxième pays natal. »

Elie Wiesel (Signhet, Transylvanie, 1928)
Rescapé des camps d’extermination. Parle et écrit quatre langues : yiddish, hébreu, français, anglais. A choisi le français pour langue littéraire parce que c’est la langue qui l’a réconcilié avec le monde et c’est en français qu’il a lu ses deux maîtres : Kafka et Dostoïevski.
« C’est le français qui m’a choisi. »
(Dans « Auteurs contemporains », n° 6, Bruxelles, Didier-Hatier, p., 50


AFRIQUE NOIRE ANTILLES OCEAN INDIEN

Paulin Joachim (Cotonou, Bénin, 1931)
Etudes de journalisme. Directeur de « Bingo ».
« Je me suis enraciné loin dans la langue française pour pouvoir en explorer les profondeurs… et je peux affirmer aujourd’hui que je lui dois tout ce que je suis. »
(« Florilège de la langue française », par Xavier Deniau, Evreux, Ed. Richelieu Senghor, 1998)

Sony Labou Tansi (Kimwanza, 1947-1995)
Né de père zaïrois, un des écrivains les plus créateurs de l’Afrique noire, notamment au théâtre. Mort du sida.
« On me reproche d’écrire en français, langue de l’acculturation. Une chose me fait sourire : les reproches me sont faits en français et je les comprends mieux comme cela. Cela ne veut, certes, pas dire que je balance la langue kongo par dessus bord pour épouser la belle prisonnière de Malherbe. Le monde actuel est essentiellement fait de métissage. Comment pourrait-il en être autrement ? Je suis Kongo, je parle kongo, j’écris en français. Ma kongolité ne peut pas s’exprimer en dehors de cette cruelle réalité. »

Léopold Sédar Senghor (Joal, 1906)
Père de la négritude, premier président du Sénégal indépendant. Membre de l’Académie française. Un des plus grands poètes français.
« Le français, ce sont les grandes orgues qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l’orage. Il est, tour à tour et en même temps, flûte, hautbois, trompette, tam-tam et même canon. Et puis le français nous a fait don de ses mots abstraits –si rares dans nos langues maternelles- où les larmes se font pierres précieuses. Chez nous, les mots du français rayonnent de mille feux comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit. »

René Depestre (Jacmel, Haïti, 1926).
Exilé. Séjour à Cuba. Haut fonctionnaire à l’Unesco.
« De temps en temps il est bon et juste
de conduire à la rivière
la langue française
et de lui frotter le corps
avec des herbes parfumées qui poussent en amont
de mes vertiges d’ancien nègre marron.
Laissez-moi apporter les petites lampes
créoles des mots qui brûlent en aval
des fêtes et des jeux vaudou de mon enfance :
les mots qui savent coudre les blessures
au ventre de la langue française,
les mots qui ont la logique du rossignol
et qui font des bonds de dauphins
au plus haut de mon raz de marée,
les mots qui savent grimper
à la folle et douce saison de la femme,
mes mots de joie et d’enseignement :
tous les mots en moi qui se battent
pour un avenir heureux,
Oui, je chante la langue française
qui défait joyeusement sa jupe,
ses cheveux et son aventure
sous mes mains amoureuses de potier. »
« Bref éloge de la langue française », Haïti, 1980)

Léon Laleau (Port-au-Prince, 1892-1979)
Sa « Musique nègre » date de 1931.
« Ce cœur obsédant, qui ne correspond
Pas à mon langage ou à mes costumes,
Et sur lequel mordent comme un crampon,
Des sentiments d’emprunt et des coutumes
D’Europe, sentez-vous cette souffrance
Et ce désespoir à nul autre égal
D’apprivoiser, avec des mots de France,
Ce cœur qui m’est venu du Sénégal. »
(Dans « Francité », par Joseph Boly, Bruxelles Fondation Plisnier, 1984, p. 36)

Jean Métellus (Jacmel, 1937)
Eloigné de son pays. Neurologue à Paris.
« Je tiens à la francophonie non pas pour une quelconque raison esthétique mais parce que tout le passé d’Haïti a été exprimé dans cette langue. »
(Dans « Florilège », op. cit., p. 127)

Raphaël Confiant (Lorrain, Martinique, 1951)
Appartient à la nouvelle génération des Antillais décolonisateurs de la langue française, avec Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt pour « Texaco »). Co-auteur de « Eloge de la créolité ».
« Je suis français. Césaire est français. Mais nous ne sommes pas que français. Je ne peux pas écrire comme un Hexagonal. Je ne crois pas que les canadiens Gaston Miron ou Antoine Maillet soient seulement français, et ce qui est intéressant dans leurs livres, ce n’est pas la Francité mais la Canadianité. »
(Dans André Brincourt, op. cit., p. 60)

Edouard Glissant (Bezaudin, Martinique, 1928)
Ecrivain mondialement consacré depuis longtemps. Prix Renaudot pour « La Lézarde » (Seuil, 1958)
« Je crois que la francophonie peut être un lieu de lutte pour l’explosion de toutes les langues, et c’est seulement à ce prix, selon moi, qu’elle aura mérité d’être. »
(Dans « Florilège », op. cit., p. 128)

Jean-Joseph Rabearivelo (Tananarive, 1901-1937)
Poète maudit et déchiré. Auteur des « Calepins bleus ». S’est suicidé en pensant à Baudelaire.
« J’embrasse l’album familial. J’envoie un baiser aux livres de Baudelaire que j’ai dans l’autre chambre –Je vais boire- C’est bu- Mary (sa femme). Enfants. A vous tous mes pensées les dernières –J’avale un peu de sucre –Je suffoque. Je vais m’étendre…
(Dans « La Voix au cœur multiple », op. cit. p. 106)

Jacques Rabemananjara (Maroantsera, 1913)
A grandi à Tananarive. Ecrivain majeur des lettres françaises.
« La langue française est un objet d’amour pour nous… Nous avons été tellement séduits par la langue française que c’est à travers cette langue française que nous avons réclamé notre indépendance… Débarrassée de toute connotation impérialiste et dominatrice, la langue française a été choisie par nous-mêmes pour être un instrument idéal, le véhicule qui nous permet de communiquer aisément avec des millions d’êtres humains et de lancer, de par le monde, notre propre message. »
(Dans « Florilège », op. cit., p. 104 et 127)

Raymond Chasle (Brisée-Verdière, Ile Maurice, 1930-1996)
Etudes à Londres. Diplomate de haut niveau. Métis et poète à la manière de Mallarmé et d’Apollinaire.
« La langue française m’a permis de résoudre mes tensions intérieures, de transcender mes écartèlements. Langue de toutes les succulences et de toutes les résonances, elle est, pour moi, le support privilégié de la mémoire, de la connaissance et du combat. »
(Dans « Florilège », op. cit., p. 104)


MONDE ARABE

Jean Amruche (Kabylie, 1906-1962)
Poète et essayiste. Se voulait être un pont entre les communautés algérienne et française.
« Ses rigueurs (du français) satisfont un besoin essentiel de mon esprit. Sa souple, sévère, tendre et quasi insensible mélodie, touche, éclaire, émeut mon âme jusqu’au fond. »
(Le Figaro littéraire, 13 avril 1963)

Mohamed Dib (Tlemcen, 1920)
Romancier et poète. regard lucide sur le monde et les siens.
« (Le français), c’est le véhicule idéal d’une pensée qui cherche, à travers les réalités locales, à rejoindre les préoccupations universelles de notre époque. »
(« Florilège de la langue française », par Xavier Deniau, Evreux, Ed. Richelieu-Senghor, 1988)

Tahar Djaout (Algérie, 1954-1993)
Prix Méditerranée 1991. Assassiné à Alger, le 2 juin 1993.
« L’écrivain n’use-t-il pas inévitablement d’une langue différente, d’une langue de l’étrangeté… empruntant les détours d’une langue non natale, aller plus loin dans l’exil et, partant, dans l’aventure. »
(« La Quinzaine littéraire », Paris, 15 mars 1985)

Assiaz Djebar (Cherchel, 1936)
Romancière et cinéaste.
« Il y a un pont à établir… du français conceptuel à l’arabe luxuriant, il y a quelque écho commun, mais si fragile, si secret… une fluidité, une coulée qui est à la fois française et arabe. »
(Dans « La Voix au cœur multiple », op. cit., p. 54) + Anth. Nathan (p. 376-7)

Malek Haddad (Constantine, 1927-1978)
Poète et romancier. déchiré de ne pouvoir écrire en arabe.
« Je suis en exil dans la langue française. Mais des exils peuvent ne pas être inutiles et je remercie sincèrement cette langue de m’avoir permis de servir ou d’essayer de servir mon pays bien aimé. »
(Dans « Florilège », op. cit., p. 126)

Mouloud Mammeri (Kabylie, 1917-1989)
De sa langue maternelle berbère au roman français. Auteur de « La Colline oubliée » (1952). Mort accidentelle.
« Le français n’est pas ma langue maternelle. J’ai eu bien du mal à apprendre l’imparfait du subjonctif antérieur. Or si je veux m’exprimer, je ne peux le faire que dans cette langue. On peut être nationaliste algérien et écrivain français. Je crois, d’ailleurs, qu’avec l’indépendance, la langue française prendra un nouvel essor. Elle ne sera plus l’instrument d’une coercition, la marque d’une domination. Elle sera le canal de la culture moderne. Pour moi, je n’envisage pas d’écrire jamais dans une autre langue. »
(Le Figaro littéraire », 31 décembre 1955 et « Témoignage chrétien », 24 janvier 1958)
« La langue française est pour moi un incomparable instrument de libération, de communion ensuite avec le reste du monde. Je considère qu’elle nous traduit infiniment plus qu’elle nous trahit. »
(« France Information », n° 122, Paris, 1984)

Khalida Messaoudi
Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, la résistance au terrorisme islamique en terre d’Algérie se fait d’abord en langue française.
« Bien sûr, j’avais déjà étudié Nedjma (de Kateb Yacine) sans le comprendre vraiment. J’ai écouté cet homme (Guenzet) parler dans un français exceptionnel et nous lancer : « Le français, c’est un butin de guerre . » Pour la première fois, je me suis mise à réfléchir en français, mais plus comme à la langue donnant accès aux textes de littérature ou de philosophie. Je m’interrogeais sur son statut en Algérie. Je me suis rendu compte que Kateb –comme Mouloud Mammeri ou Mohamed Dib et d’autres- l’avait utilisé, lui, comme arme de combat contre le système colonial, comme arme de conceptualisation. Dès lors je ne trouvais plus seulement naturel de parler français, je me disais : « C’est génial, je suis en train de me l’approprier comme un instrument. Jamais je ne laisserai tomber ça. » Vois-tu, c’est cette Algérie-là pour laquelle je me bats, une Algérie où il est possible d’être en même temps berbérophone, francophone et arabophone, de défendre le meilleur des trois cultures. Le message de Guenzt se trouvait dans cette vérité, et ma mémoire l’a enregistré pour toujours. »
(« Une Algérienne debout », Flammarion, 1995, coll. J’ai lu, p. 81-82)

Kateb Yacien (Constantine, 1929-1989)
D’une renommée internationale avec « Nedjma » (1956) au théâtre en langue arabe.
« La plupart de mes souvenirs, sensations, rêveries, monologues intérieurs, se rapportent à mon pays. Il est naturel que je les ressente sous leur forme première dans ma langue maternelle. Mais je ne puis les élaborer, les exprimer qu’en français. Au fond, la chose est simple : mon pays, mon peuple sont l’immense réserve où je vais tout naturellement m’abreuver. Par ailleurs, l’étude et la pratique passionnées de la langue française ont déterminé mon destin d’écrivain. Il serait vain de reculer devant une telle contradiction car elle est précieuse. Elle consacre l’un de ces mariages entre peuples et civilisations qui n’en sont qu’à leurs premiers fruits, les plus amers. Les greffes douloureuses sont autant de promesses. Pourvu que le verger commun s’étende, s’approfondisse, et que les herbes folles franchissent, implacables, les clôtures de fer. »
(« Revue internationale de culture française », op. cit.)

Tahar Ben Jelloun (Fès, 1944)
Immense écrivain international. Poète, romancier et essayiste. Pris Goncourt (« La Nuit sacrée »). Chroniqueur au « Monde ».
« Qu’importe l’encre, la couleur des mots, le regard des mots ; et si ces mots sont de France, ils viennent de toutes les langues françaises que nous écrivons ici et ailleurs. »

Héli Béji (Tunisie, 1948)
« Une langue n’est jamais neutre, fut-elle de naissance ; elle n’est qu’une traduction étrange de l’intensité de la réalité. »
« La Quinzaine littéraire, Paris, 16 mars 1985)

Abdelwahab Meddeb (Tunisie, 1946)
« Faire pénétrer dans la langue française une respiration sémitique spécifique… décentrer la langue française, lui insuffler un expir arabe, de quoi lu donner des accents inouïs, inattendus, imprévus. »

Albert Memmi (Tunis, 1920)
Vit à Paris. Psycho-sociologue et romancier. (« La statue de sel », 1953).
« J’essayais de prononcer une langue qui n’était pas la mienne, qui, peut-être, ne la sera jamais complètement, et pourtant m’est indispensable à la conquête de toutes mes dimensions. »
(Dans « La Voix au cœur multiple », op. cit., p. 78)
Abdelaziz Kacem (Bennane, Tunisie, 1933)
Agrégé d’université, critique, écrivain bilingue.
« J’ai expliqué que l’arabe et le français étaient pour moi l’endroit et l’envers d’une même étoffe, que l’une des deux langues était ma mère et l’autre ma nourrice, ce qui fit de moi pour Villon un frère de lai. »

Hector Klat (Alexandrie, 1888-1977)
Un des précurseurs, avec Charles Corm, dans l’expression littéraire libanaise.
« Mots français mots du clair parler de doulce France ;
Mots que je n’appris tard que pour vous aimer mieux.
Tels des amis choisis au sortir de l’enfance ;
Mots qui m'êtes entrés jusqu’au cœur par les yeux. »
(« Le Cèdre et les lys », 1934, couronné par l’Académie française)

Georges Schéhadé (Beyrouth, 1910-1989)
Une des grandes voix des lettres françaises en poésie et au théâtre.
« Tout petit, j’avais le goût des mots, j’étais en dixième, je crois, quand j’ai entendu pour la première fois le mot « azur », j’ai trouvé ça « extraordinaire »… « azur »… je l’ai emporté avec moi dans mon cartable. »
(Entrevue dans « Le Monde », par Claude Sarraute, 26 novembre 1967)

Salah Stétié (Beyrouth, 1929)
Grand prix de la francophonie 1995.
« Miracle de ceux-là qui viennent au français avec leur arabité ou leur négritude, leur asiatisme ou leur insularité, leur expérience autre de l’Histoire et du monde, leurs autres mythologies, avec leurs dieux ou leur Dieu, salés par les océans qui ne sont pas les mers frileuses d’ici, mers d’Europe bordant le plus grand pourtour de l’Hexagone. Ils savent ceux-là que le français, langue des Français, n’est pas, n’est plus le trésor des seuls Français. »
(Dans André Brincourt, op. cit., p. 103)

Vénus Koury-Ghata (Beyrouth, 1937)
Inspiration poétique et expérience de femme.
« Le français est pour moi un compagnon fidèle, clef des fantasmes, gardien contre les dérapages et la solitude dans un pays qui n’est pas le mien. L’Arabe, c’est l’autre, drapé de mystère. Il emprunte ma plume… Il revient quand bon lui semble, entre les lignes, au détour des pages. Ses passages sont fugaces. »
(Dans André Brincourt, op. cit., p. 104)

Amin Maalouf (Beyrouth, 1949)
Une des voix qui montent en France et recueillent tous les suffrages. Auteur des « Identités meurtries » (Paris, Grasset, 1998)
« Le fait d’être chrétien et d’avoir pour langue maternelle l’arabe, qui est la langue sacrée de l’Islam, est l’un des paradoxes fondamentaux qui ont forgé mon identité… Je bois son eau et son vin, mes mains caressent chaque jour ses vieilles pierres, jamais plus la France (où il vit depuis l’âge de 27 ans) ne sera pour moi une terre étrangère. »

Andrée Chédid. (Le Caire, 1920)
Vit en France par choix. Y brille par sa poésie. Formée en partie à l’Université américaine. Premier poème en anglais.
« Par choix, par amour de cette cité (Paris). Sa pulsation, sa liberté, sa beauté m’ont marquée très jeune d’une manière indélébile. »
(Dans « Questions de français vivant », n° 4, Bruxelles, 1984)

Albert Cossery (Le Caire, 1913)
Vit à Paris depuis 1945. N’a jamais demandé la nationalité française. Décrit une Egypte marginale.
« Je n’ai pas besoin de vivre en Egypte ni d’écrire en arabe. L’Egypte est en moi, c’est ma mémoire. »
(Dans André Brincourt, op. cit., p. 16)

Georges Dumani (Egypte, 1882)
Fondateur de l’hebdomadaire « Goha ».
« C’est qu’ici et là on aime la fine clarté, l’intelligence compréhensive, l’ordonnance rythmée de la pensée et du style, l’enchâssement harmonieux des mots dans le tissu des phrases : c’est qu’ici et là –quelle que soit la diversité du génie et de la race- on a le goût de la vérité, le sens de l’ironie et le culte de la tendresse. »
(Dans « L’Egypte, passion française », par Robert Solé, Seuil, 1997, p. 234)

Edmond Jabès (Le Caire, 1912-1991)
Grande notoriété dans la littérature française contemporaine. Quitte l’Egypte à l’arrivée de Nasser, en 1957.
« Mon attachement à la France date de mon enfance et je ne pouvais m’imaginer habitant ailleurs. »
(Dans « Questions de français vivant », op. cit.)

Elian J. Fibert (Jaffa, 1899-1977)
A chanté les animaux et son pays, Israël. Grand Prix Princeton pour l’ensemble de son œuvre.
« Voici des Musulmans, des Arméniens, des Juifs, des Syriens et bien d’autres. Familles d’esprit aux contrastes et aux oppositions innombrables, mais qui se sont pliés à une même règle et ont accepté une discipline semblable, celle de la langue et de la culture françaises. Peut-être, cette langue et cette culture, touchent-elles en moi ce que nous avons en commun, nous autres riverains de la Méditerranée, je veux dire le goût pour les idées pures, pour la raison. »
(« Revue internationale de culture française », op. cit.)

Naïm Kattant (Bagdad, 1928)
Né dans la communauté juive de Bagdad. Emigré au Québec, en 1954. Chef de service des lettres et de l’édition des Arts du Canada.
« Si, à vingt-cinq ans, j’ai choisi Montréal comme nouvelle patrie, c’est qu’on y parle français. Aussi, à travers les civilisations, j’adopte une langue et un pays autres que les miens et je garde mon nom. Je ne subis pas mon destin et ma mémoire, je les accepte et je signe mon nom. »
« Le Repos et l’Oubli », essai, Québec, Méridiens Klincksieck, 1987, p. 121 et 196)

André Chouraqui (Aïn Temouchent, Algérie, 1917)
Résistant en France. Maire adjoint à Jérusalem. Traducteur de la Bible et du Coran en français, « une lecture décloisonnée, non confessionnelle » qui, grâce aux « libertés que permet l’éclatement actuel de la langue française, abolit les frontières et lance un pont entre des religions et des confessions fondées sur les réalités essentielles ».
« Ma langue maternelle, avant l’hébreu, était l’arabe. Nous ne parlions que cette langue, qui fut celle de nos plus grands théologiens, dans notre maison, comme dans les rues animées par nos jeux. »
Dans « Le Journal d’un mutant » par Joseph Boly, CEC, Bruxelles, 1987, p. 89)


AMERIQUE – ASIE

Julien Green (Paris, 1900)
Ecrivain américain de langue française. Un monument de notre littérature.
« Ma vraie personnalité ne peut guère s’exprimer qu’en français ; l’autre est une personnalité d’emprunt et comme imposée par la langue anglaise (et pourtant sincère, c’est le bizarre de la chose). Cette personnalité d’emprunt, je ne puis la faire passer en français que fort ma-laisément : elle ne semble pas tout à fait vraie. »
(« Journal » (1943-1945), Plon, 1949, p. 160, 16 sept. 1944)

Hector Biancotti (1930)
Argentin d’origine italienne. Venu en France, à Paris (1963) pour être écrivain français. Membre de l’Académie française. Chroniqueur au « Monde ». Premier roman en français « Sans la miséricorde du Christ » (Gallimard, 1985).
« J’entends les nuances du français, c’est une langue plate, très uniforme au point de vue de l’accent, mais il a la richesse des diphtongues et des différents « e » aigu, accent grave, et cette mystérieuse richesse qui est le « e » muet. Il faut que la phrase soit bien balancée. Pas toutes. On apprend, en écrivant beaucoup de pages, qu’il ne faut pas tomber dans la mélopée. Il faut casser le rythme. Vous avez cédé pendant vingt lignes à la phrase longue et à la mélopée, alors il faut tout à coup faire des phrases courtes. Certains appellent ça la technique. C’est comparable à la musique. »
« Le Magazine littéraire », septembre 1995)

Adolfo Costa du Rels (Corse, 1891)
Romancier et auteur dramaturge bolivien. Ecrivain bilingue.
« Je t’ai donné une culture française afin de perpétuer dans notre famille une tradition qui est une sorte de patrie mentale. Je vous passe le message de mon père. » (à son fils).
(« Revue internationale de culture française », op. cit.)

Armand Godoy (La Havane, 1880-1964)
A changé de langue à quarante ans pour devenir poète français dans la langue de Baudelaire.
« Depuis que je t’ai découvert
Ton livre jamais ne me quitte
Il vit en moi, toujours ouvert,
Comme un missel de cénobite. »
(« Stèle pour Charles Baudelaire »)

Ventura Garcia Calderon (Paris, 1887-1959)
Né péruvien, à Paris. Fut ministre du Pérou. Ecrivit dans les deux langues en cultivant un grand amour pour la France.
« Me suis-je trompé avec tant de spectateurs universels en venant ici à vingt ans, orphelin ingénu, comme le pauvre Gaspard de Verlaine, prendre place dans ce que l’ancêtre Calderon appelait « le grand théâtre du monde » ? Tout le problème de la culture française et des origines de son génie se posait naturellement à moi. pendant que des soldats nocturnes dévalisaient la France, je faisais, sans pouvoir dormir, l’inventaire de son génie. »
(« Cette France que nous aimons », Paris, Editions H. Lefèbvre, 1942)

Nguyeng tien Lang (Nord, 1909-1976)
Prisonnier du Viêt-Minh (1945-1951). « Les Chemins de la révolte » (1953).
« C’est dans nos fibres les plus profondes que cette empreinte de la France nous a marqués pour toujours, et pourtant nous restons encore et toujours nous-mêmes ; ou, pour ainsi parler, ni tout à fait nous-mêmes, ni tout à fait français ! C’est cela qu’on appelle la synthèse ! Si c’est cela, c’est bien doux à certaines minutes, mais c’est très souvent déchirant. »
(Dans « La Voix au cœur multiple », op. cit., p. 149)

Vo Long-Tê (Sud, 1927)
Ecrit en vietnamien et en français. Baptisé catholique en 1952. Interné en 1975-1977. Au Canada depuis 1991. Traducteur de Paul Claudel. Admirateur de Rimbaud et du poète lépreux Han-Mac-Tu. A servi la poésie française qui lui a permis de rester lui-même dans l’épreuve.
« Reverrai-je bientôt ma lointaine patrie ?
Elle est toujours en moi durant toute ma vie,
Attachée à jamais à la vietnamité. »
(« L’Univers sans barreau », 1991)

A ces auteurs qui se sont exprimés, il conviendrait d’ajouter tous les autres, innombrables, et de plus en plus nombreux, ces dernières années.
Laissons de côté les écrivains d’Afrique noire, des Antilles et de l’Océan Indien ainsi que ceux du Monde arabe et de l’ancienne Indochine, ils sont légion. Nous ne pouvons que renvoyer aux anthologies et histoires littéraires.
Certains pays non francophones et non colonisés par la France entretiennent une littérature presque continue en langue française. C’est le cas de :

Flandre : Charles de Coster, Michel de Ghelderode, Georges Eechoud, Max Elskamp, Franz Hellens, Werner Lambersy, Maurice Maeterlinck, Françoise Mallet-Joris, Félicien Marceau, Camille Melloy, Jean Ray, Charles Van Lerberghe, Liliane Wouters, Pau Willems .

Roumanie : Constantin Amarui, Princesse Bibesco, Adolphe Cantacuzène, Comtesse Anna de Noailles, Petru Dimitriu, Mircea Eliade, Benjamin Fondane, Virgil Gheorghiu, Luca Gherasim, Isidore Isou, Panaït Istrati, Tristan Tzara, Hélène Vacaresco, Horia Vintila, Ilarie Voronca.

Russie : Arthur Adamov, Victor Alexandrov, Nelle Bielski, Alain Bosquet, Hélène Carrère d’Encausse, Christian Dédeyan, Georges Govy, Joseph Kessel, Zoé Oldenbourg, Nathalie Sarraute, Boris Schriber, Elsa Triolet, Vladimir Volkoff, Vladimir Weidké.

Grèce : Alfred Cohen, André Kedros, Gisèle Prassinos, C.P. Rodocanouchi, Georges Spyridaki, Nikos Zazantzaki.

Italie : Louis Calaferte, Gabriele d’Annunzio, Lanza Del Vasto, Geneviève Genari.

Espagne : Arrabal, Salvador de Madiaraga, Luis de Villalonga, Picasso.

Egypte : Amouar Abdel Marek, Albert Adès, Faouzia Assad, Georges Cattauï, Georges Henein, Albert
Josipovicci, Joyce Mansour, Filippo Marinetti, Out El-Kouloub, Robert Solé, Gaston Zananiri.
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Au bout de la nuit


Au bout de la nuit

 

Sur la lune timide et blême danse un voile.

Mes yeux rougis et fatigués par les sanglots

Ne s’ouvrent déjà plus aux éclats des étoiles.

Je vacille comme la flamme d’un falot

Qu’un vent de tempête giflerait sans pitié.

Quelque part, au bout de la nuit, un cri s’élève.

Est-ce une bête agonisante ou un nouveau-né ?

Peut-être n’est-ce que moi au milieu de mon rêve !


Plus rien n’est réel, ni les formes, ni leurs ombres.

Ta silhouette floue envahit ma vision.

Mes morts marchent à tes côtés et en grand nombre.

Leurs mains froides et maigres cherchent ma raison.

A nouveau, au loin, résonne ce cri d’effroi.

Des réverbères aux rayons ocre s’alignent

Au milieu de nulle part pour un chemin de croix

Dont je suis l’unique fidèle qui se signe.

Au devant du cortège, tes doux cheveux d’or

Volent au vent glacial. Ta voix soudain m’appelle.

Le voile de brume descend, je ne vois pas ton corps.

Ce cri terrifiant encore une fois m’ensorcelle.

Un tambour, je ne sais où, scande cette marche.

Sont-ce les aiguilles de l’horloge ou bien mon cœur ?

Soudain, tout se tait et la lune bleue se cache.

Tu n’es pas là ! Je suis seule avec ma douleur.


Sur la lune timide et blême danse un voile;

Du ciel impuissant se sont enfuies les étoiles.

Tout devient réel. Ce n’était donc pas un rêve,

Cette vision funeste où je marche sans trêve.

Mes yeux las sont ouverts malgré les sanglots.

Je vacille et me laisse envahir par leurs flots.

Le vent a suspendu son souffle dans la nuit.

Sans toi, je suis perdue ; sans toi, l'agonie.

 

Arwen Gernak -  2006

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