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Virages

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Mes journées sont bercées des souvenirs familiaux

laissés en chemin, mes manques me font écrire aussi et je déverse dans mes
écrits une part de moi, pudique j´efface un peu et imagine, comme je le dis
souvent, un mot déclenchant une tempête et mes doigts tissent sur le clavier.


Je ne suis pas poète

j'écris avec le muscle

et laisse le mot gonfler

l'impulsion



Je ne suis pas poète

je vis avec le sentiment

et laisse le doigt tracer

l'expression



J´ai couru après le temps si longtemps qu´il m´était
impossible d´écrire, j´ai besoin de musique comme chef d´orchestre, et cette
ambiance depuis cinq ans maintenant je me l´offre laissant derrière moi ce qui
me paraissait l´essentiel et qui ne l´est plus. J´existe enfin devenue
propriétaire de ma pensée. Qu´il est bon d´être au travers de soi-même dans cet
état second quand j´expulse ce mot tempête. Je ne remercierai jamais assez un
être cher qui m´a conduite sur cette route de l´écriture, le chemin est
difficile.



Je n´étais qu'une apparence

des mots de sang

remontés du puits

au poignet



J´étais l'iceberg bras émergés

enlacés

aux coudes



 
J´ai cassé mes chaînes, les yeux en voyage, seule ma peau face au clavier, je crie maintenant ce qui remue mon ventre au fil des heures et des évènements. Tout est vérité, de l´imaginaire en piment. « Virages» est un  recueil publié à compte d’auteur, ce titre n´est pas anodin, personne ne me jettera la pierre, nul ne saura faire la différence, mes racines ne sont plus. Je crée mon propre monde dans mes écrits et ma peinture aussi, je balbutie mais je grandis chaque jour un peu plus. Pour conclure je dirais :




Que laisses-tu derrière toi ?

Le silence


Que cherches-tu devant toi ?

Un mirage 



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Un mouton, un caillou sur ciel gris indigo

Un mouton, un caillou sur ciel gris indigo.. 

MAGNIFIQUE ASSEMBLAGE Là-HAUT SUR LES PLAGES DU NORD DE L'ÎLE..

SDC10392

Ce qui fait un paysage était là, sans les traces de l'humanité errante. Les touristes sont discrets ici, roulent si doucement que derrière eux je m'endors au volant.. Voilà ou mène le principe de précaution appliqué avec tant de rigueur nordique.

 Je m'endors..

50 kmh, attention zone à 30..

je redouble de ronflements..

Je dors comme un caillou, ronfle comme une pierre.

Dessine moi  un rocher égaré sur la plage, un bloc erratique sorti droit des écroulements glaciaires.

Nord de l'île de Öland 

gegout© 

 SDC10356


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Toi qui pâlis au nom de Vancouver

12272745694?profile=original"Toi qui pâlis au nom de Vancouver" est le recueil poétique le plus célèbre de Marcel Thiry (publié à Liège chez Georges Thone en 1924) - et titre du poème d'ouverture de ce recueil -, Toi qui pâlis au nom de Vancouver mêle à l'influence du symbolisme la révélation que produit chez le poète la découverte d'Apollinaire au tout début des années vingt. Au travers de cette brève plaquette marquée par la guerre et les voyages accomplis sous l'uniforme belge, s'esquissent la plupart des grands thèmes qu'il développera par la suite.

 

Engagé dans l'armée belge dès 1915, Marcel Thiry embarque, avec certains de ses camarades, à bord d'un cargo britannique à destination de la Russie. "Je sais encor l'arrière-saison boréale / Où parurent, parmi la pâleur idéale / Et l'haleine du port angélisant le ciel, / Le Nord, le gel, et les clochers d'or d'Archangel" ("Toi qui pâlis au nom de Vancouver").

Le retour se fait par San Francisco et New York, où Thiry erre sur Broadway, "soldat pérégrin / Sur le trottoir des villes inconnues". De ces voyages, ainsi que de l'Orient dont il rêve, il gardera longtemps le "mal Asie". Cependant, il pressent que l'ailleurs est mirage et il prêche déjà un bonheur fait de résignation et de sérénité: "Va, va, ne te fais pas une âme raffinée, / Contente-toi d'aimer les premiers réverbères, / Va, va, ne cherche pas de rime à ton bonheur!" ("Je ne saurai jamais si tu es belle").

 

S'il chante le "corps de ployante chair adolescente" d'une jeune fille dont il se souvient, il connaît déjà la fuite du temps et voit que "jour à jour les sorbiers s'empourprent vers l'automne". Enfin, de sa lecture d'Alcools, il a appris à faire place dans le poème au monde contemporain, à ses objets et aux modifications qu'ils induisent: "Toi qui pâlis au nom de Vancouver, / Tu n'as pourtant fait qu'un banal voyage; [...] / Tu t'embarquas à bord de maint steamer, / Nul sous-marin ne t'a voulu naufrage" ("Toi qui pâlis au nom de Vancouver").

 

Si de Verlaine - qu'il cite en évoquant Londres -, Marcel Thiry a gardé un goût prononcé pour le vers court et parfois impair, en même temps que pour le "brouillard délicat de [l']âme", et si certaines des tournures qu'il utilise puisent dans le maniérisme décadent, le poète n'hésite pas pour autant à tressaillir lorsque "l'odeur de Rotterdam monte de tous les fleuves", ni à se rappeler "le flirt bronzé du capitaine / Qui portait avec art une robe safran / Comme un drapeau de quarantaine" ("Toi qui pâlis [...]").

 

Le poète Bernard Delvaille, dans la Préface de son édition des oeuvres poétiques (1924-1975) de Thiry, publiée sous le titre général de Toi qui pâlis au nom de Vancouver, rappelle le mot de Novalis, selon lequel "la poésie est le réel absolu". Pour Marcel Thiry, de même, la poésie n'a aucun domaine à se refuser, à condition toutefois qu'elle exprime le possible du banal et du prosaïque, et qu'attentive à l'instant, elle parvienne à lutter contre le temps. C'est ainsi que dans ses ouvrages ultérieurs, Statue de la fatigue (1934), Ages (1950) ou Usine à penser des choses tristes (1957), il n'hésitera pas à évoquer les tramways et les wagons, les chambres d'hôtel "où flotte une odeur de benzine" et les néons sur les façades, la vitesse et le commerce, la Bourse et les conférences internationales; mais toujours il mettra en avant les pouvoirs de la poésie et le plaisir des mots.

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Juste pour mieux me connaître...

Je Précise que "Le Galopant" est disponible chez "edifree.fr et sur amazone.fr. 


ISBN : 9782812100499
15,00 € 7,50 € Le Galopant
Par Yvonne Oter
Genre : Roman


Résumé :
"Le Galopant", nom d'un manège de chevaux de bois en Belgique, présente une chronique de la vie du carrousel, au travers de sa propre mémoire, mais aussi par le biais des personnages qui gravitent autour de lui. Du rire aux larmes, du tragique au comique de certaines situations, de la nostalgie, du bonheur, des souvenirs, de la dérision, un peu de magie, même, tout concourt cependant à amener un sourire sur le visage de ceux qui ont connu le bonheur de faire un tour sur le Galopant.

Image de couverture : "Le Galopant", aquarelle de Marie-thérèse Clément, 2008

Biographie de l'auteur :

Née à Liège, en Belgique, je partage dorénavant ma vie entre mon pays d'origine et le Lot, mon pays "coup de coeur". Epouse, mère et grand-mère, je trouve toujours un peu de temps pour m'adonner à mon passe-temps de prédilection depuis toujours : l'écriture. "Le Galopant" est mon premier ouvrage long.


ISBN : 978281210049

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Je ne contemplais plus le ciel

  

Dans la douceur de l’air, à la nuit qui tombait,

Hier, sans nul émoi, je faisais une pause.

Je regardais les lys, passés du rouge au rose,

Les hortensias énormes sur leur tige courbée.

 

Je vis que mon jardin était abandonné.

Envahi par les herbes, il me parut sauvage.

Je l’avais délaissé, c’était certes dommage

Mais je sais maintenant, souvent, me pardonner.

 

Levant les yeux au ciel, soudain je découvris

Un décor somptueux, exaltant, féerique,

C’étaient, sur taffetas des formes oniriques,

Mouvantes, se fondant en tendres coloris.

 

Mon âme fut emplie d’une joie débordante.

L’indicible beauté me comblait tout à coup,

Or quand elle eut perdu lentement ses atouts

Je me sentis heureuse, à nouveau confiante.

 

12 juillet 2011

 

 

 

 

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Dans ma tête

Dans ma tête il y a des nuits 

Des sommeils qui tuent le silence

Dans ma tête il y a de la pluie aux carreaux
Du vent sous les paupières
Jusqu’à la vague qui noie les heures

Dans ma tête il y a des avions
Et des oiseaux dedans
Des voyages qui passent
Des déserts enlisés au fond des draps

Dans ma tête il y a la mer
Une prison entre elle et moi
Un fourreau qui protège du froid
Un bas de soie galbant l’insomnie
Dans une chaussure de verre

Dans ma tête il y a des trains
Le noir des tunnels à deux pas de la lampe
Le hurlement du métal contre la peau
Des plaies sorties de mes bras
Des précipices à hauteur d’homme

Dans ma tête il y a un cercle qui m’isole
La foudre dans l’immobilité d’un cierge éteint
Prisonnière de l'air
Elle vient chaque nuit noircir les murs

Dans ma tête je suis ailleurs
A la merci des vents contraires
Je suis en plein océan
Fluide dans mon propre poing
Enfermée

Dans ma tête il y a des mouches
Collées sur la bouche
Prise au piège
Dans mon ventre le corps s’agite

 



Dans ma tête il y a l'assassin de la nuit
des mains qui se portent sur le visage
la salive brille et nourrit les heures

 

B

 

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Barcelone, presque un an déjà !

 

Vous plairait-il de découvrir les impressions d'une candide, découvrant en 2010 Barcelone, ville tant désirée ?

 

J’ai donc finalement accompli le voyage à Barcelone dont je rêvais depuis des années, pour un séjour d’une huitaine. Ma fille Claude a réussi non sans peine à me décider. J’en reviens très fatiguée mais éblouie. La fatigue que j’ai ressentie à arpenter sans fin les rues m’a permis de mesurer à quel point je suis rouillée et combien il est important pour moi de surmonter cette lassitude, si je veux rester alerte et donc « jeune » encore un moment.

Commençons par une sorte de pense-bête qui me permettra, je l’espère, de raviver mes souvenirs, avant qu’ils ne s’effacent tout à fait.

Nous sommes arrivées dans l’après-midi du lundi 20 septembre par un temps gris mais doux. Nous avons pris un taxi pour nous rendre à notre auberge de jeunesse qui se trouve 101, avenue Paral-lel.  

Le quartier est assez central car il est proche de la Rambla, la grande avenue commerçante, avec un large terre-plein central  où se trouvent les étals de souvenirs et où défilent sans arrêt badauds et touristes.

Nous nous sommes promenés dans les rues avoisinantes et j’ai constaté que le linge que j’avais remarqué dès notre arrivée, exposé sur plusieurs balcons, était toujours là, alors qu’il s’était mis à pleuvoir légèrement. Sans doute les ménagères qui l’avaient ainsi déployé, le laissant tout éclairé par le bleu ou le vert des persiennes voisines, étaient au boulot, à courir les boutiques, parties je ne sais où, les bras encombrés de toute une marmaille, que sais-je ? Dans la ville que nous visitons, il n'y a pas que des touristes plongés dans une sorte de magie mais des gens qui vivent leur vie de tous les jours. Et qui se signalent à nous par une lampe allumée, une silhouette passant devant une fenêtre ouverte, un cri venant de nulle part lorsqu’ils sont chez eux, retranchés derrière la fragile barrière de la vie privée, auréolés d’un mystère plus profond encore que celui des passants, petites fourmis affairées sur un sentier de la guerre dont nous ignorons tout.

Nous avons arpenté le quartier qui est mouvementé et assez modeste, avec des petits bistrots sympathiques et bruyants, des marchands de fruits et des bazars où l’on trouve à peu près de tout pour pas cher. J’ai acheté un couteau pour peler mes fruits du matin dans un de ces bazars. Ces commerces sont souvent tenus par des Pakistanais ou des Chinois.  

Nous avons soupé dans un petit café aux chaises vert pomme. J’y ai dégusté mes premières tapas barcelonaises. Effet de la découverte ? C’est là qu’elles m’ont semblé les meilleures. Nous avons goûté à l’excellent jambon séché du pays, puis à des anchois au vinaigre, servis avec du pain frotté de tomate fraîche. Nous ne nous sommes pas attardées car, avec la soirée qui s’avançait, l'endroit devenait de plus en plus bruyant, dans la mesure où  chacun s’efforce de couvrir le bruit de la télévision, malédiction à laquelle on n’échappe pas dans ce genre d’établissement.

Et puisque nous sommes sur le chapitre de la bouffe, nous avons constaté que l’on peut manger pour 10 euros : entrée, plat principal, dessert et une boisson, dans des établissements très fréquentés à la fois par les touristes et les gens du crû, par exemple dans le quartier gothique. C’est parfois réussi, parfois moins si on a fait un mauvais choix. Je me souviens d’un saumon grillé tout à fait acceptable mais aussi de sardines fraîches que Claude a été seule à apprécier. L’établissement dans lequel nous les avons mangées était très agréable d’aspect, avec une sympathique ambiance de brasserie à l’espagnole mais il était bondé et le service nerveux, pour ne pas dire expéditif, m’a rappelé les usines à bouffe françaises, où les gens attendent debout derrière votre chaise que vous leur cédiez la place et où les serveurs volent de table en table, comme s’ils ambitionnaient de remporter un marathon.  

Un autre jour, nous avons mangé des aubergines, associées à des pignons de pin et à du fromage de chèvre. C’était délicieux mais très salé. C’était le dimanche qui a précédé notre retour et nous étions à une terrasse, après avoir visité l’église Santa Maria  del  mar.

J’ai rapidement renoncé à mon verre de rouge au repas de fin de matinée car cela me coupait les jambes et nous avons énormément marché, façon la plus rationnelle de découvrir les charmes variés d'une ville où la surprise,  l'émerveillement et parfois l'effroi vous attendent à chaque coin de rue.

Un soir, nous avons échoué dans un restaurant assez chicard, tapissé d’une impressionnante collection de bouteilles de vin. Les familles qui y étaient attablées s’y trouvaient manifestement pour s’offrir un menu de gala.

Nous nous sommes cantonnées à nos tapas mais cette fois j’ai été déçue car mon jambon serrano avait été frotté d'huile et c’était très écœurant.  En revanche il y avait là une grosse femme qui servait et faisait l’article dont je me suis régalée. Imaginez une face lunaire aux paupières peintes en bleu, aux cheveux plaqués à la garçonne, surmontant une sorte de barrique sanglée dans un tablier noir. Mais quelle rondeur, quelle alacrité, quelles mimiques alléchantes pour appâter les dîneurs, avec force sourires gourmands et gestes expressifs des petites mains courtaudes aux ongles peints en rouge.

J’ai eu droit, en place de mon modeste verre de rouge, à une excellente bouteille entamée dont la serveuse m’a fait comprendre que je pouvais en boire à discrétion. Pour en revenir à notre serveuse et sommelière, elle me fascinait et j’aurais aimé en savoir plus sur elle. Me changer en petite souris pour l’observer dans l’intimité de ses heures de repos. Mariée ou non, homo ou hétéro, enfants ou pas, satisfaite de sa vie ou désabusée ? Mon instinct d’écrivain fonctionnait à fond et j’imaginais la même sympathique et inquiétante personne en maquerelle. Qu’elle avait été peut-être un jour, après tout. 

Pas très loin de l’hôtel nous avons découvert dans une rue transversale un sympathique bar-restaurant, le Zodiaque, sans télévision (enfin !). La patronne, jeune et très maigre, était chamarrée de tatouages, sur les bras, le cou et le dos. Je lui ai trouvé un charmant sourire et cette fierté innée que je prête toujours aux Espagnols, Catalans ou non. La musique diffusée en sourdine ne m’a pas gênée, alors que Claude l’a trouvée un peu lancinante. Nous avons mangé un plat très frais mais fort relevé, avec des légumes et du poisson finement émincés. Description sommaire pour un plat choisi par Claude dont le nom en catalan ne lui disait rien mais elle avait compris qu’il comportait du saumon.

Nous sommes retournés là deux jours plus tard et nous avons dû attendre en grignotant de toutes petites olives vertes que la cuisine s’ouvre à vingt heures trente. Nous avons bien mangé cette fois-là aussi, mais qu’on me réduise en tapas, si je me souviens de ce que nous avions commandé. Claude me dit avoir mangé des langoustines. Quant à moi, peut-être un plat de pâtes ? Le repas du soir a toujours été un moment agréable,  après une journée bien remplie, car je pouvais enfin boire un petit coup (très petit), me détendre et parler avec abandon.

Mon vieux désir de découvrir Barcelone est né, je pense, d’un reportage où il était beaucoup question des réalisations fantastiques de Gaudi. Pourtant le premier quartier qui m’a enchantée, le lendemain de notre arrivée, fut le « barri gottic » que nous avons découvert sous une fine pluie tiède, l’après-midi, après avoir sillonné la ville le matin en bus touristique.

Ce bus touristique permet d’avoir une vue d’ensemble de la ville car, avec trois lignes distinctes que l’on peut quitter ou prendre à loisir, il sillonne des quartiers très divers : de la Rambla à la mer, de la Barcelone du XIXème, avec ses grandes places prestigieuses, ses monuments imposants ou gracieux aux éblouissants quartiers modernistes, dans lesquels Gaudi se taille la place du lion, sans oublier le charme d’une végétation méditerranéenne, pleine de couleurs et d’odeurs de résine qui font s’ouvrir tout grand nos yeux et notre odorat, façonnés par la mer du Nord et gorgés de cieux gris et de pluie froide.

A Barcelone la mer est vraiment bleue, bordée de plages de sable où  bronzent  les inévitables adeptes du farniente, réduits de loin à la taille  de poupées Barbie. On découvre, à proximité du port et de la marina, le musée de la marine. Tout le quartier semble rayonner autour de  Christophe Colomb, perché très haut au centre d’une place, et montrant  impérativement la direction de Gênes.

Je me suis éprise ailleurs d’un éphèbe, mi homme, mi ange car il a des ailes en dépit de son sexe. Il domine une fontaine,  porte une étoile sur la tête et, comme il trône au centre d’une place très fréquentée, je ne saurai jamais comment il se nomme ni quelle allégorie l’a jeté là, pour nourrir les rêves et/ou la concupiscence des pauvres mortels qui ne sont pas de marbre. Je l’ai revu plusieurs fois au passage, toujours ambigu et énigmatique. J'avoue avoir une faiblesse pour les corps,  toujours plus au moins dénudés, de ce genre de sculpture et pour leur érotisme discret ou affirmé. Je les préfère à tous les héros solennels, supposés bienfaiteurs de l’humanité, engoncés dans la chape de plomb de leur redingote, surchargée de décorations, tandis que leurs mérites,  frappés du ciseau de l’immortalité, s’effritent pourtant doucement dans la pierre où on les a gravés.

Tout le monde ambitionne de gagner l’étage du bus touristique où la vue est meilleure qu’en bas. Si on a la chance d’être aux premières loges du perchoir, juste derrière le pare-brise, c’est un régal. On découvre à gauche, à la volée, des façades aux balcons extraordinaires, dentelle de pierre ciselée au premier étage et s’envolant plus haut dans des voltes en fer forgé. Ou porter les yeux car les murs ocre ou jaune, les volets bleus ou verts, les céramiques tarabiscotées, les toits aux encorbellements exubérants nous appellent de concert ? A notre droite un réverbère tourmenté,  orné d’une chouette de fer forgé, flanquée d’un pigeon, en chair et en plume, nous sollicite à son tour. Plus prosaïquement on découvre sur le toit des abris bus  une forêt de fils bleus que des touristes désinvoltes ou exaspérés ont arraché de  leur audio-guide.

L’odeur fraîche des halles géantes gorgées de fruits, de légumes et de fleurs monte jusqu’à nous, bouffée sensuelle, alternant avec l’austérité des églises romanes et l’exubérance des gothiques. Ces  halles s’offrent parfois le luxe de réminiscences mauresques. Les arènes que j’ai découvertes du taxi qui nous amenait de l’aéroport, sont elles, franchement arabes.

Et, tout à coup, le choc hénaurme de la Sainte Famille, cette cathédrale que Gaudi a rêvée, avec le désir secret, peut-être, qu’elle ne soit jamais achevée, entre fantasme démesuré et élucubration architecturale sans rivale.

L’architecture contemporaine de Barcelone m’a moins frappée, à part quelques buildings aux structures apparentes qui tranchent sur de monotones constructions cubiques comme il en existe chez nous. J’ai eu un coup de cœur pour un centre de recherche médical, sorte de tour de Babel tronquée, recouverte d’une cotte de maille brun clair, faite de multiples persiennes.

Pour en revenir au quartier gothique, il comporte pas mal de vestiges romains dont certains ont été utilisés pour la construction de la cathédrale. On y découvre de délicieux patios, comme celui de la maison de l’Archidiacre avec ses voûtes, sa fontaine, ses azulejos et son palmier pluricentenaire qui s’élance jusqu’aux galeries de l’étage.

Les petites rues qui cernent ce quartier sont pleines de boutiques et de camelots. On fait la queue pour visiter la cathédrale dont nous ne verrons finalement que le cloître plein de charme car, lorsque nous avons voulu pénétrer dans l’édifice, une messe s’y déroulait et un cordon rouge en barrait l’entrée. Nous avons toutefois pu nous approcher du retable de Saint Joseph qui vient d’être restauré et brille de mille lumières et couleurs, comme une baraque foraine, souligné qu’il est d’une ceinture de lampions, innombrables cierges se consumant dans des verres de couleur.

Si nous n’avons pas visité la cathédrale, nous avons découvert plusieurs églises au hasard de nos déambulations : celle de Bethléem, de Notre-Dame du Pin, de Notre-Dame de Miséricorde et enfin, la cathédrale de Sainte Marie de la mer, construite par les marins, sur leurs propres deniers, pour faire pièce à l’arrogante cathédrale financée par la bourgeoisie.

Partout j’ai pu constater la ferveur des croyants. La lueur des cierges tremblote aux pieds de Sainte Rita (particulièrement honorée) de Sainte Agathe ou de Notre-Dame de Miséricorde.  Leur chaleur irradie jusqu’à nos visages. Chaque chapelle latérale nous offre des motifs d’émerveillement et de réflexion mais, malheureusement pour moi, Claude ne s’intéresse qu’à l’art roman et aux vierges noires, alors que je pourrais rester de longues minutes à détailler les angelots, les fruits, les fleurs, les voltes et virevoltes de l’exubérance baroque. Je ne suis jamais saturée de la symbolique religieuse de mon enfance que je m’essaie à déchiffrer à nouveau. Si les quatre évangélistes me sont familiers, d’autres représentations m’échappent et j’aimerais retrouver leur signification, comme un mot que j’aurais sur le bout de la langue sans parvenir à le prononcer.

J’ai découvert dans les églises parcourues bien des sujets d’étonnement. Comme cette Vierge en grand arroi, portant dans ses bras son tout jeune fils, tout aussi élégamment vêtu mais exhibant déjà une croix suffisamment grande pour qu’il puisse y étendre son petit corps, s’il le souhaitait.

Ailleurs je suis restée pétrifiée devant une piéta où la Vierge, très grande dame, exhibant dentelles, brocards, velours et colliers de perles, porte sur ses genoux le corps nu, sanglant et supplicié du Christ. Comme Barcelone fêtait à ce moment sa sainte patronne : « Notre-Dame de Miséricorde », à grands renforts de musique, de réjouissances populaires et de défilés de géants, j’ai supposé que cette madone avait été mise sur son trente et un, pour les trois jours au cours desquels elle aurait la vedette.

Ailleurs encore un christ en croix portait une sorte de jupette vert pomme. Ce qui m’a rappelé mon étonnement lorsque j’ai découvert, dans la section romane du musée des arts de Catalogne,  un christ en croix, vêtu d’une sorte de pyjama bigarré.

Le dernier jour de notre séjour à Barcelone – nous reprenions l’avion le lendemain dans l’après-midi – nous avons donc découvert l’impressionnante et sobre cathédrale de Sainte Marie de la Mer, pendant une grand’messe chantée, par une jeune soliste  à la voix très agréable. J’étais charmée de retrouver ainsi des impressions d’enfance. Avec, il est vrai, un petit cachet exotique car, chez nous, je n’ai jamais vu une dame agiter un éventail pour se rafraîchir pendant l’office.

Si mes souvenirs sont exacts, c’est le jeudi 23 septembre que nous sommes montées à pied depuis notre hôtel, pour découvrir la Fondation Miro, sur la colline de Montjuïc, dans un environnement de jardins méditerranéens qui prépare à la découverte de l’œuvre si lumineuse, si fraîche et si éthérée de Miro, l’amoureux des femmes et des étoiles. Nous sommes montées lentement, nous reposant à chaque palier coupant la longue volée d’escaliers qui y conduit. A chaque étape des fleurs aux couleurs éclatantes débordaient des vieux murs, pour nous saluer doucement de leurs grands bouquets ondoyants.

La découverte de l’univers de Miro est passionnante dans sa diversité. En voguant à la découverte de toiles ou de dessins aériens, subtils et allusifs, on reste cloué par l’enchantement. Que dire de la monumentale tapisserie « de la Fundatio » si gaie, si colorée, si fantaisiste dans laquelle figure un chat, autre idole de Miro, à la grande joie de l’humble adoratrice de Messire Chat que je suis ? J’en suis restée baba. C’est beau comme un rêve d’enfant. Son complice dans cette belle aventure textile est Josep Royo. Ils l’ont tentée dans les années 70 et c’est vraiment une réussite, très éloignée des canons habituels de l’art de la tapisserie.

J’ai aussi été fascinée par les bronzes inspirés d’objets de récupération. Assurer de cette manière l’éternité à un vieux panier à linge ou à une poubelle, c’est une prouesse !

Ce même jour, dans l’après-midi, nous sommes allées à pied au musée national d’Art de Catalogne dont le bâtiment prestigieux abrite des collections remarquables d’art roman, d’art gothique, d’art de la renaissance, du baroque, du XIXe et du XXe siècle jusqu’au années 40. Nous nous sommes cantonnées de commun accord à l’art roman. Cette section est vraiment passionnante. Elle comporte entre autres des fresques prélevées dans des églises romanes des Pyrénées. A chaque fois une maquette montre l’édifice dont la fresque est originaire et l’endroit où la peinture murale se trouvait précisément. On y découvre aussi de nombreuses peintures et sculptures sur bois – particulièrement des christs en majesté et des descentes de croix, de l’orfèvrerie et de la sculpture sur pierre travaillée comme de la dentelle.

J’ai identifié sur un chapiteau, Adam et Eve, bientôt chassés de l’Eden, chavirés de honte et voilant leur sexe, tandis que le Serpent s’enroule autour du célèbre pommier. Car, bien que le fruit défendu ne soit pas décrit dans la Bible, il a plu à l’imagination humaine de le « croquer » le plus souvent sous cette forme. Ce n’est pas le cas dans « L’agneau mystique » des frères Van Eyck où il ressemble plutôt à une grenade.

Un autre jour nous sommes allées à la découverte du Musée d’Art Contemporain dont – hasard pour nous – l’entrée était gratuite ce jour-là. Nous y avons découvert entre autres dans la collection permanente plusieurs œuvres de Broodthaers dont ses variations sur le poème de Baudelaire « La Beauté », chef-d’œuvre absolu que j’adore depuis l’adolescence.  J’avoue ne pas voir ce que les chipotages de notre ami Marcel y ajoutent. Le côté intello récupérateur de Broodthaers n’est pas ce qui me branche le plus chez lui. Je préfère de loin ses casseroles de moules, ses assemblages d’œufs, ses vitrines pleines d’anthracite bien brillant ou son os d’ancien belge.

Une vidéo passait et repassait le très court métrage intitulé « Une pipe ça tire » dans lequel mon cinéaste de mari était à la caméra. La pipe y apparaît nimbée de fumée, puis fumant par le fourneau et par l’embout.

Les exégètes de Marcel ignorent bien sûr quelle part Jean Harlez,  en caméraman, apportait dans ces réalisations faites dans un esprit ludique, à la bonne franquette, par deux copains qui s’entendaient comme larrons en foire. Passons ! Le pauvre Broodthaers qui avait un fameux sens de l’humour s’amuse peut-être dans l’au-delà de la façon dont les marchands récrivent aujourd’hui son histoire. Ils ne risquent rien car il n’est pas prêt  de descendre du piédestal où on l’a hissé pour les démentir.

A part ça, visite assez indigeste pour moi car j’ai horreur de déchiffrer les rébus de l’art  conceptuel qui se baptise volontiers de gauche, alors qu’il est avant tout chiant et élitiste. Bien sûr il m’arrive d’être séduite, par exemple par ce « dessin sans papier » qui n’est autre qu’un encadrement en fin fil métallique, de Gego.

Grâce à Google, j’en sais à présent beaucoup plus sur cette artiste juive, née à Hambourg en 1912. Elle s’appelait Gertrude Goldschmidt. Elle est morte en septembre 1994, à Caracas, dans sa patrie d’adoption car la montée du nazisme en Allemagne a fait fuir sa famille en 1935. Architecte et sculpteur, elle a enseigné l’architecture à Caracas. Elle est particulièrement connue pour ses « réticulaires », sortes de sculptures aériennes en métal dont la fragilité de la structure donne un « tremblé » et une vision différente au spectateur, selon l’endroit d’où il la regarde. C’est du moins ainsi que j’interprète le charabia que, sur Google, la traduction instantanée de l’anglais en français m’a donné en pâture à ce propos.

Pour ce qui est de Craissac dont j’ai admiré une œuvre, j’ai simplement pointé un Didier Craissac, dessinateur mais aussi Jacky Craissac, un percusionniste, créateur de ses propres instruments qui écrit également  des textes et fait de la photo.

Côté exposition temporaire, le Français Wolman était à l’honneur, ainsi que Bennett. J’ai aimé du premier une toile brûlée montrant son châssis, un kaléidoscope, plus loin, des dessins « enfantins » associés à de brèves phrases narratives. Du moins je crois que ces œuvres étaient de lui. J’ai aussi interrogé Google à propos de ces deux artistes dont le premier s’est illustré dans le mouvement lettriste. Le second vit à New York  et peint de curieux petits paysages si fidèles qu’ils font penser à de la photo, me dit-on. Les reproductions que j’en ai vues me laissent assez perplexe. En tout cas, ceci prouve bien qu’on peut difficilement entrer dans l’art conceptuel, si on ne connaît pas déjà quelque peu l’artiste qui est exposé.

Ce même jour, alors que nous étions assises à une terrasse et dégustions notre dessert,  détendues et bavardant, Claude s’est fait voler son sac à dos qu’elle avait posé à côté d’elle et non entre ses genoux, comme elle le fait habituellement. Toutes à notre nirvâna, nous n’avons rien vu ni l’une ni l’autre. Mais, tout à coup, Claude a remarqué un consommateur courant après son propre bagage et parvenant à le récupérer. C’est alors qu’elle a réalisé la disparition du sien.

Heureusement il ne s’y trouvait ni argent ni nos papiers mais un superbe foulard peint à la main, un grande écharpe de laine, une petite veste imperméable qui m’appartenait et le pull que Claude tricotait avec amour pour le petit dernier de sa belle-fille. Une laine superbe, regrette-t-elle, et aussi un type d’aiguilles qu’on ne trouve pas en Belgique. Cela nous a évidemment un peu douchées. Mais, après tout, nous nous trouvions dans une ville de quatre millions d’habitants, ce qui implique une légion de pickpockets, mendiants, traîne-savates, paumés, drogués et  miséreux qui tentent tant bien que mal de survivre. Le lendemain, dans l’ascenseur de l’auberge de jeunesse, alors que nous évoquions notre mésaventure, un francophone – peut-être un Suisse ou un Luxembourgeois – nous a dit que dans la foule qui se pressait lors des festivités de Notre-Dame de Miséricorde il s’était fait voler son portefeuille. Il se retrouvait donc sans papiers et, j’imagine, sans argent. Pour reprendre l’avion, il allait devoir exhiber une attestation de la police, laquelle lui avait assuré qu’il n’aurait pas d’ennuis puisqu’il appartenait à l’Espace Schengen.

J’avais d’ailleurs remarqué, lorsque nous nous trouvions à cette terrasse, près du Musée d’Art contemporain, que certains individus qui passaient et repassaient avaient l’allure assez déjetée de gens qui vivent ou plutôt survivent dans la rue et errent sans but, si ce n’est de récolter une petite pièce ou l’occasion de se remplumer quelque peu sur le dos des bourgeois et des touristes.

J’en viens maintenant à Gaudi et au mouvement moderniste barcelonais qui m’avait tant fait rêver. Là, je reste sur ma faim. Si nous avons bien consacré plusieurs heures à parcourir à pied les lieux recommandés par le guide Michelin où découvrir les façades de ces merveilles, nous n’avons pénétré que dans la cathédrale de la Sainte Famille, en nous limitant au rez-de-chaussée car il fallait faire une file d’une heure et demie pour accéder aux ascenseurs. L’édifice que nous avons découvert est loin d’être terminé. Il comporte peut-être autant d’espaces interdits envahis par les bétonnières que de vitraux. Il n’en est pas moins surprenant par ses vastes proportions, son ode à la lumière, à la couleur et à la verticalité.

Je me suis fort intéressée à une exposition dédiée au rôle que la nature, la faune et la flore  jouent dans l’inspiration de Gaudi. Pendant ce temps Claude rongeait son frein.

Nous avons eu ensuite la mauvaise idée de grimper à pied la colline sur laquelle s’étend le parc Guël, chef-d’œuvre de Gaudi. En dépit de plusieurs escalators, il faut se farcir moult montées en pente raide, avant d’y arriver. Après ce bel effort, Claude a été prise de vertiges. Elle a proposé de m’attendre pendant que je visiterais le parc mais l’escalier monumental qui en marque l’entrée m’a découragée. Je n’avais plus de jambes ! Nous avons pris un taxi qui passait, pour rentrer à l’Auberge et y prendre un repos bien mérité. Nous étions mortes de fatigue toutes les deux et Claude ne se sentait pas très bien.

Il est vrai qu’au cours de la matinée nous avions déjà pas mal marché et visité la cathédrale de Sainte Marie de la mer.

Pour ce qui est des bâtiments dus à gaudi et à ses confrères modernistes, il y en a tant et tant à découvrir au fil des rues, ce qui permet d’ailleurs de découvrir également des bâtiments de prestige du XIXe siècle, qu’on ne peut les épuiser en quelques heures. Je garde un très bon souvenir de nos déambulations mais je me dis qu’on ne peut comprendre Barcelone en si peu de temps !

Revoir Barcelone, rien que pour les principaux chefs-d’œuvre de Gaudi et pour le musée Picasso ? Ce ne serait pas une mauvaise idée mais cela demande réflexion, de la santé et du temps !

Claude a droit à toute ma reconnaissance pour m’avoir offert ce voyage mais j’ai constaté que parfois, là où j’aurais voulu flâner, par exemple sur la Rambla où s’exhibent de curieux artistes de rue, comme il en existe d’ailleurs à Bruxelles, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Certains d’entre eux, maquillés et costumés avec art, se contraignent à une immobilité si pétrifiée qu’on a l’impression qu’ils ne clignent même pas des paupières. Mon côté badaud aurait bien voulu les observer un moment. Il y avait entre autres un cow-boy fort réussi et une sorte de monstre ou de vampire, celui-là très gesticulant, qui terrorisait les enfants. Claude déteste ce genre de choses et elle pressait le pas.  Je la suivais comme un toutou car je ne me voyais pas larguée dans une ville inconnue, même nantie de l’adresse de l’auberge et d’un plan.

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Une enfance liégeoise dans Pedigree de Simenon

12272744263?profile=originalPedigree est un roman de Georges Simenon  (Belgique, 1903-1989), publié à Paris aux Presses de la Cité en 1948.

 

En 1940, un médecin diagnostique par erreur une angine de poitrine et prédit à Simenon une fin prochaine. C'est dans ces circonstances dramatiques que l'auteur décide d'écrire pour son fils Marc le récit de sa jeunesse afin de lui léguer une mémoire. Ce devoir de filiation prend d'abord la forme d'un journal "sans prétention littéraire" commencé le 9 décembre 1940 et terminé le 18 janvier 1945: Je me souviens est publié en 1945. Sur le conseil d'André Gide, le texte est romancé, élargi, et devient Pedigree.

 

Première partie. Lorsque, le 12 février 1903, Élise Mamelin ressent les premières douleurs elle se dirige vers la boutique "l'Innovation" où elle fut vendeuse et où l'attend son amie Valérie. Le petit Roger naît à minuit dix, un vendredi 13. Son père, Désiré, date la naissance du 12. Si Élise est d'une nature inquiète, prompte à deviner le malheur, Désiré, employé dans une compagnie d'assurances, est un homme heureux. Tous les matins, du haut de son impressionnante stature, il s'élance à la rencontre d'une nouvelle journée, fait halte chez sa mère, où tous les fils mariés s'arrêtent quotidiennement saluer la mère Mamelin qui n'aime pas Élise, trop fragile. La vie du jeune couple est parfaitement réglée et l'insouciance de Désiré, qui se contente de ce qu'il a, contraste avec les angoisses permanentes d'Élise. De la rue Léopold, ils déménagent rue Pasteur, passent leurs dimanches après-midi chez un beau-frère ou une belle-soeur, se soumettent aux rituels imposés par la famille. Léopold, le frère aîné d'Élise, prend l'habitude de venir s'installer dans le fauteuil d'osier de la cuisine lorsque Désiré est absent. Élise noie dans des activités ménagères ritualisées ses rêves de confort, de sécurité.

 

Deuxième partie. Elle finit par obtenir de Désiré qu'ils louent une grande maison où Élise aura des étudiants-locataires. C'est la rue de la Loi, où bientôt, Mlle Pauline, Mlle Frida, M. Saft, M. Chechelowski s'installent, ne laissant à Désiré que l'espace minimal pour vivre. Roger, lui, a la rue, ses amis, ses jeux sous l'étroite surveillance de sa mère qui astique, cuisine, sert des repas à ses locataires, espionne et gagne à droite et à gauche quelques sous qu'elle dépose sur un livret d'épargne pour "quand elle sera veuve": une obsession qui ne la quitte pas. Roger entre à l'école des Frères juste en face. Lorsque la guerre de 1914 éclate, la maison de la rue de la Loi se vide de ses locataires. Les Allemands ont envahi la ville.

 

Troisième partie. Roger fréquente désormais le collège Saint-Louis; sa mère, en le destinant à la prêtrise, a obtenu le demi-tarif pour ses études. En août 1915, Roger connaît ses premiers émois amoureux avec Renée. Il décide de renoncer aux études classiques et affirme qu'il veut devenir officier: il fréquentera ainsi le collège Saint-Servais, tout près du collège de Renée. Il hait sa famille, le milieu mesquin et pauvre qui est le sien, la ville froide et grise dont il arpente les rues le dimanche après-midi en direction du Carré où les jeunes filles se pavanent avant de se laisser coincer dans l'ombre des maisons. La famille vit désormais rue des Maraîchers. Roger lit énormément et apporte à tante Cécile, immobilisée par la maladie, des romans sentimentaux avant de puiser dans la caisse les quelques sous qui lui permettent de se payer une paire de chaussures jaunes. Honteux de sa condition sociale, il se révolte, délaisse l'école et la maison, imite un jour le comportement des dandys, le lendemain se met en sabots pour se rapprocher de la vie des petits artisans. A force de mauvaises fréquentations, il se laisse entraîner dans des déviations qui confinent au désespoir jusqu'au moment où la crise cardiaque de son père le "libère" d'une existence où il ne se retrouve plus. 1918: c'est l'armistice. Roger a seize ans. Dégrisé, seul, il doit travailler, se conformer au rôle qu'on attend de lui. Quelque chose d'irréversible s'est opéré. Sa vie désormais est ailleurs.

 

Roman autobiographique et d'atmosphère liégoise, Pedigree peut être considéré comme un texte témoin où sont cristallisées les composantes des climats, ces fameuses "atmosphères" propres à l'oeuvre de Simenon. Mais ici pas d'intrigue, le fil conducteur du récit est celui de la chronique d'une famille liégeoise du début du siècle. Liège, c'est l'odeur du chocolat qui s'échappe de la maison Hosay, la cité industrielle où les enfants d'ouvriers portent des tabliers de couleur - marque de mauvais goût pour Élise qui a le sentiment d'appartenir à une classe de petits employés -, c'est un univers gris si implacable qu'il semble sans issue, ce sont les toits d'ardoise de l'école des Frères, l'alcoolisme qui pointe parmi les proches parents: tante Martha, oncle Léopold, tante Félicie.

 

Chez ces Rougon-Macquart de Belgique, les deux branches familiales - les Mamelin et les Peters - ne peuvent se rejoindre, et le roman met en contraste permanent les deux clans. Différences de sensibilités mais également positions sociales inverses créent une réelle tension dramatique. Installée depuis des générations dans le quartier populaire d'outre-Meuse, la famille Mamelin appartient à la petite bourgeoisie ascendante: "vieux Papa" était mineur, le père est chapelier et Désiré employé dans une compagnie d'assurances. Ce dernier, satisfait de ce modeste prestige, ne connaît pas l'ambition et perpétue les rites et coutumes du clan sans se laisser entamer par les événements. Les Peters proviennent, eux, d'une petite bourgeoisie plus aisée: le père était chef de digues dans le Limbourg, mais sa faillite laisse treize enfants dans la misère. Élise, la dernière, subit plus que les autres le contrecoup de cette déchéance. Ses soeurs ont épousé des commerçants aisés alors qu'elle se marie avec un petit employé. Solitaire, elle vit dans une peur maladive de cette pauvreté qu'elle a connue dans sa jeunesse et nourrit une volonté farouche de s'élever au-dessus du "strict nécessaire" que lui apporte Désiré.

 

Élise incarne l'archétype maternel qui se retrouve dans tous les portraits de mères chez Simenon: répudiant leur fils ou dirigeant tout de leur vie, elles sont tyranniques, habitées par l'angoisse, l'anxiété; le mal vient de leur faiblesse et l'égoïsme, les ruses, les abandons, les affections en procèdent. Mais Élise incarne aussi la lutte quotidienne pour la survie et une certaine forme de marginalité; si elle "sent" les choses, elle s'en défend par une morale rigide et contraignante. Fragile, modeste et fière, elle est dotée d'une volonté d'acier. C'est du discours de la mère, alors que l'enfant jouait dans ses jupes, que sont nées les images troubles, c'est aussi du contact avec la mère que naît la géographie liégeoise: les ruelles notamment, par lesquelles Élise "coupe court" et dans lesquelles, adolescent, Roger ira pourchasser des images fugitives de femmes qu'on déshabille dans l'ombre.

 

Le roman occulte ou transpose partiellement des événements de la biographie et l'accent doit être mis sur un curieux rétrécissement du cercle de famille dans Pedigree: Georges Simenon avait un frère cadet, Christian, pour qui il semble que la mère ait marqué une nette préférence. L'élimination littéraire de Christian dans la fiction autobiographique rejoint le thème du frère ou du faux frère dans l'ensemble de l'oeuvre.

 

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« Misérable ? Regards sur la pauvreté du XIIIe au XVIIIe siècles » jusqu'au 10 septembre 2011

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Quelles sont les origines de l’assistance publique ? De quelles aides bénéficiaient les pauvres au Moyen Âge ou à la Révolution française ? La pauvreté a-t-elle toujours été mal perçue ? Pour répondre à toutes ces questions et bien d’autres, les Archives générales du Royaume ont puisé dans leur riche patrimoine. 

A l’aide de documents authentiques (dénombrement des foyers, chirographes, obits, comptes, miniatures, etc.), l’exposition « Misérable ? Regards sur la pauvreté du XIIIe au XVIIIe siècles » explique au visiteur les difficultés à quantifier la pauvreté, la façon dont cette pauvreté est perçue au cours des siècles, les différents moyens d’assistance aux pauvres durant le Moyen Âge et l’Ancien Régime, les prémices de l’assistance publique, la répression de la mendicité et du vagabondage via le travail obligatoire, la détention ou les aumônes générales et les Monts-de-Piété.

Même s’il est difficile de quantifier le phénomène, la pauvreté a existé de tout temps. La perception de la pauvreté a cependant évolué au cours des siècles. Au Moyen Âge, les pauvres et les mendiants n’étaient pas mal perçus : le mendiant était considéré comme un intercesseur privilégié permettant au riche de gagner le paradis. La charité était principalement exercée par les instances ecclésiastiques. Au Bas Moyen Âge, des communautés laïques commencent à s’occuper de l’assistance aux pauvres, mais de manière extrêmement disparate. L’image traditionnelle du pauvre change complètement au XIVe siècle, suite aux famines catastrophiques et à la résurgence de la peste. Les pauvres sont de plus en plus assimilés à des criminels. Les mendiants et les vagabonds sont considérés comme des voyous, des fainéants, des hypocrites. Suite à cette évolution sociale, l’assistance aux pauvres est profondément remaniée. Le nouveau système se base sur trois principes, à savoir l’interdiction absolue de la mendicité, l’obligation du travail pour tous les pauvres valides (sans considération d’âge ou de sexe) et la centralisation des caisses des pauvres en une « bourse commune », afin de pouvoir trier et surveiller les « véritables » nécessiteux. Le principe selon lequel l’assistance aux pauvres faisait partie des missions des pouvoirs publics est définitivement adopté. Le dernier volet de l’exposition traite des Monts-de-Piété, établissements de prêts sur gages où les personnes n’ayant pas suffisamment de ressources y portaient, en tout dernier ressort, leurs humbles effets personnels.

L’exposition « Misérables ? Regards sur la pauvreté du XIIIe au XVIIIesiècles » se tient dans le hall d’entrée des Archives générales du Royaume jusqu’au samedi 10 septembre 2011. Elle est accessible gratuitement, du mardi au samedi (fermé le samedi, dimanche et lundi en juillet-août).

Des visites guidées sont organisées sur demande au 02 513 76 80 ou via communicat@arch.be (45€ par groupe et par heure).

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L'essentiel est dans l'ombre

 

 

C’est la nuit et les ombres sont à leur place habituelle
la rue et ses maisons
les cheminées éteintes
le vent chaud s’enroule autour des réverbères
détachés ils peignent le ciel
formes obliques auréolées de silence

Contre mon dos tu reposes toujours
lumière affaiblie d’une étoile consumée
j’ai tué ma muse il y a quelques heures
comme un grelot qui tintait dans mes bras
mais la mort oublie toujours quelque chose
flotte une odeur de sève

Partir amoureux quand les doigts se replient
alors que le temps n’a plus d’importance
la nuit écrit le long d’un mur blanc
plante ses griffes assoiffées de noir
il faut aimer lire les mots sales
et les indices semés
jusqu’au fond du lit où les fantômes se dressent

 

 B

 

 

 

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Bonne parution aux Editions Racine

Parcourir la Belgique au fil de l’été…

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LES PLUS BEAUX VILLAGES

EN BELGIQUE

Santina & Johan De Meester

 

Les « plus beaux villages en Belgique » rassemblés dans un livre illustré – voilà une belle invitation à l’évasion pour les week-ends. Le mystérieux Coin des Gueux à Korsele, le minuscule Mont- Sainte-Marie à Mozet, la petite église séculaire de Saint- Hilaire, le cimetière du village des artistes de Deurle où sont inhumés peintres et écrivains connus… Pour ces perles rares, de nombreux visiteurs à l’étranger n’hésiteraient pas à faire le détour !

 

Santina et Johan De Meester forment un couple et une équipe. Il est évident que le photographe Johan a un faible pour la photographie panoramique tandis que Santina se charge de la concordance parfaite entre l’image et le texte. Ensemble, ils ont mis la Belgique sens dessus dessous et ce magnifique livre illustré en est le résultat.

Laissez-vous envoûter et prenez la route…

 

Les villages :

Aldeneik, Aubechies, Baerle-Duc, Bazel, Celles, Chardeneux, Chassepierre, Clermont-sur-Berwinne, Crupet, Deigné, Deurle,

Fagnolle, Falaën, Fouron-Saint-Martin, Gaasbeek, Gors-Opleeuw, Hakendover, Heide-Kalmthout, Kanne, Kasterlee, Kuttekoven, Laforêt, Le Coq, Lissewege, Lombeek-Notre-Dame,

Lompret, Mélin, Mozet, Mullem, Nobressart, Ny, Oostkerke,  Oud-Rekem, Quaremont, Ragnies, Roborst, Saint-Amand,  Sohier, Soiron, Sosoye, Soulme, Stuivekenskerke, Thon-Samson, Torgny, Vierves-sur-Viroin, Warnant-Dreye,

Watervliet, Watou, Wéris et Zichem.

 

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Il y a ceux...

Ode à l'Amour Il y a ceux qui aiment. Tout court. Parce que c’est la première chose quel’on copie lorsqu’on est tout petit. Parce que c’est la seule chosedont on se souvienne quand on ne se souvient plus de rien. Parce quec’est la seule chose qui ne s’efface pas d’un coup de temps, alors queles fâcheries, les colères et les rancunes s’accumulent, la seule chose, évidente, rassurante, dérangeante parfois, qui demeure dans la raison de nos corps, quand on n’a plus de maison, c’est l’amour, même s’il na plus ni prénom ni visage.

Il y a ceux qui n’aiment plus que de mémoire, tendresse rangée dans les cartons, dans les albums, dans les tiroirs. Alors, de déménagement en déménagement, lorsque les tiroirs dégueulent leur foutoir inutile, on s’arrête sur un objet stupide, bout de plastique oublié laissé par un enfant depuis longtemps parti. Et que cette fois-ci encore, on ne jettera pas.

Il y a ceux qui n’aiment que péniblement, du bout de la peau, du bout des doigts, mais tout au fond du cœur. Ceux que l’on ne touche pas, parce que leur corps est blessure. Et qui voudraient bien que, quand même, même sans la peau, on les aime, quand m’aime. Alors ils essaient de toucher du fond des yeux, du fond des mots, du bout des sourires.

Il y a ceux qui n’aiment qu’en étouffant. Et ceux là, il faut les prendre, les serrer, profiter de leur air et guetter chacun de leur geste. Répondre à chaque mot, courir à chaque cri. Consoler, rassurer, nourrir, élever jusqu’à soi, élever tous les jours jusqu’à l’improbable âge adulte. Et pour ceux là, il faut leur apprendre, ne jamais les laisser, leur promettre toujours, être les murs d’une indestructible maison, être refuge et évasion.  Et pour ceux là, il faut être tout.

Il y a ceux qui aiment pour rien. Et sans jamais tendre la main. Ceux là marchent seuls, le cœur trop plein. Ils aiment en silence, comme si le dire faisait peur, comme si les mots faisaient fuir, comme si l’évidence ne pouvait être que muette. Ceux là fuient les effusions, les déclarations qui perdent l’amour propre, ils aiment l’amour qui se sait sans mot dire et craignent le mensonge de la vie qui dépasse. Ils noircissent des feuilles pour que les choses durent. Ils aiment par écrit, ne parlent d’amour qu’avec les yeux et ne veulent rien en échange.

Il y a ceux qui aiment à en pleurer, devant l’écran et dans la vie, qui aiment malgré eux et contre toute raison.Ceux là ont perdu le chemin entre bonheur et chagrin. Ils pêchent par soumission et laissent leurs émotions couler. Ils sont sans pudeurs et supplient pour qu’on les garde. Ils menacent et ils grondent, ils attentent à leur vie, en font un marchandage. Ils aiment plus que tout, de mal en pis et croient être seuls à aimer. Ils sont ceux qu’on quittent, ils sont ceux qu’on trompent, ils sont ceux qui piègent.

Il y a ceux qui aiment pour toujours.

Il y a ceux qui n’aiment jamais.

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Alcools

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Apollinaire par Marie Laurencin

"Alcools" est le premier grand recueil poétique d'Apollinaire qui n'a publié, avant 1913, qu'un seul ouvrage de poésie: le Bestiaire ou Cortège d'Orphée (1911), mince plaquette tirée à cent vingt exemplaires et illustrée par des gravures de Raoul Dufy. Alcools rend compte toutefois d'un long trajet poétique puisque le recueil rassemble des textes écrits entre 1898 et 1913, que l'auteur retravaille et modifie souvent pour la publication en volume. La critique fut en général peu enthousiaste, voire très agressive - Georges Duhamel, dans le Mercure de France du 15 juin 1913, taxe le recueil de «boutique de brocanteur» - et Apollinaire fut blessé de cette incompréhension à l'égard de son oeuvre.

 

Alcools s'ouvre sur un long poème écrit en 1912 et intitulé "Zone". Le premier vers de ce texte inaugural, riche et multiple, ancre d'emblée le recueil dans la modernité: «A la fin tu es las de ce monde ancien». Viennent ensuite "le Pont Mirabeau" puis "la Chanson du mal-aimé", longue complainte divisée en six sections. Les vingt-sept poèmes suivants, de longueur et d'inspiration variées, se présentent comme une succession d'unités autonomes, mais les titres laissent présager la présence d'images et de thèmes récurrents: "Saltimbanque" et "la Tzigane" se font écho et suggèrent à la fois le voyage et l'errance - de même que "le Voyageur", "l'Adieu" ou "le Vent nocturne" -, la solitude et la marginalité - tout comme "l'Ermite" ou "le Larron". Le déclin et la mort sont inscrits dans des titres tels que "Crépuscule", "la Maison des morts" et "Automne", auquel s'associent "les Colchiques"; un univers légendaire se dessine à travers "la Blanche Neige", "Salomé" et "Merlin et la Vieille Femme"; des noms féminins tels que "Annie", "Clotilde", "Marizibill", "Marie", "Salomé" et "Rosemonde" jalonnent la progression du recueil.

 

Ce dernier comporte ensuite une section intitulée «Rhénanes» et composée de neuf textes d'inspiration germanique parmi lesquels figure le célèbre poème consacré à "la Loreley". Après trois poèmes assez brefs - "Signe", "Un soir" et "la Dame" -, le long poème "les Fiançailles", divisé en neuf parties dépourvues de titres, évoque de façon poignante la fuite du temps, la solitude et le dénuement.

Le recueil propose de nouveau deux textes brefs - "Clair de lune" et "1909" - puis un long poème en six parties, "A la Santé", issu de la triste expérience de la détention effectuée en septembre 1911 par Apollinaire à la prison de la Santé. Enfin, "Automne malade", "Hôtels" et "Cors de chasse" précèdent l'ultime poème du recueil, "Vendémiaire", dans lequel le poète éternise son chant: «Hommes de l'avenir souvenez-vous de moi.»

 

Apollinaire avait d'abord songé à intituler son recueil Eau-de-vie. Alcools est toutefois plus net, provocant et moderne, et rapporte l'acte poétique, dans la continuité de Baudelaire et de Rimbaud, à un dérèglement des sens: «Écoutez mes chants d'universelle ivrognerie» ("Vendémiaire"). Les références explicites à la boisson enivrante sont fréquentes dans le recueil: «Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie / Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie» ("Zone"), «Nous fumons et buvons comme autrefois» ("Poème lu au mariage d'André Salmon"), «Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme» ("Nuit rhénane"). De même, l'univers d'Alcools est jalonné de nombreux lieux pourvoyeurs de boissons: des «tavernes» ("Zone"), des auberges - celle du "Voyageur" est «triste» et celles des "Saltimbanques" sont «grises» -, des brasseries -«Beaucoup entraient dans les brasseries» ("la Maison des morts"), «Elle [...] buvait lasse des trottoirs / Très tard dans les brasseries borgnes» ("Marizibill"). D'un symbolisme multiple, que le pluriel du titre élargit encore, l'alcool désigne l'universelle soif du poète, le paroxysme de ses désirs: «Je buvais à pleins verres les étoiles» ("les Fiançailles"), «Je suis ivre d'avoir bu tout l'univers / [...] Écoutez-moi je suis le gosier de Paris / Et je boirai encore s'il me plaît l'univers» ("Vendémiaire"). Extrême et intarissable, cette soif, souvent euphorique, court toutefois le risque de demeurer inassouvie: «Mondes [...] / Je vous ai bus et ne fus pas désaltéré» ("Vendémiaire"). L'alcool suggère en outre la transgression, la possibilité de faire fi des tabous et des normes, en somme les audaces d'une poésie novatrice et moderne.

 

La poésie d'Alcools se déploie en effet souvent dans la fantaisie et la rupture à l'égard des normes, mais elle se plie également à certaines règles. C'est ce mélange de nouveauté et de tradition, de surprise et de reconnaissance qui fait l'originalité du recueil. Si, sur le plan prosodique, Apollinaire conserve en général la rime et la régularité métrique - avec une nette prédilection pour l'octosyllabe et l'alexandrin -, c'est en raison d'une nécessité interne à sa poésie et non par souci d'obéir à une quelconque contrainte extérieure. La poésie d'Alcools s'enracine dans le chant qu'elle cherche à rejoindre par son souffle propre. Les enregistrements qui demeurent du poète témoignent d'ailleurs de cette parenté: Apollinaire, lisant ses textes, semble chanter. Or la rime et le mètre ne sont pas seuls à contribuer à la musicalité du recueil. La répétition, savamment agencée, confère à de nombreux poèmes un rythme qui les rapproche du cantique. "Le Pont Mirabeau", par la reprise du refrain - «Vienne la nuit sonne l'heure / Les jours s'en vont je demeure» - et celle, juste avant la dernière occurrence du refrain, du premier vers - «Sous le pont Mirabeau coule la Seine» - a l'aspect d'une litanie tragique et conjuratoire. Dans "la Chanson du mal-aimé", la reprise d'une strophe majestueuse par son adresse et solennelle par la référence biblique qu'elle contient - «Voie lactée ô soeur lumineuse / Des blancs ruisseaux de Chanaan» - donne au poème une dimension incantatoire. Ailleurs, la répétition, plus légère et joyeuse - celle par exemple de la tournure, elle-même répétitive, «Le mai le joli mai» dans "Mai" -, confère au poème des allures de chanson populaire, voire de comptine.

 

Toutefois, rien n'est jamais stable dans cette poésie qui refuse le confort mélodique et préfère l'incertitude. Le poème intitulé "les Colchiques" installe la régularité de l'alexandrin tout en y inscrivant de subtiles fractures: la disposition graphique démembre le mètre - «Les vaches y paissant / Lentement s'empoisonnent» -, certains vers ont plus de douze syllabes - «Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica» - si bien que, finalement, la lecture hésite face à d'autres vers dont on peut faire des alexandrins, au prix de quelques élisions audacieuses - par exemple: «Qui batt(ent) comme les fleurs battent au vent dément» -, mais que l'on peut également considérer comme irréguliers. De même, dans "Marie", un alexandrin unique vient soudain perturber la régularité du poème par ailleurs entièrement composé d'octosyllabes. La prosodie d'Alcools cultive la discordance qui déstabilise, ébranle, introduit comme un déchirement. A l'échelle du recueil pris dans son ensemble, le poème "Chantre", constitué d'un vers unique, qu'Apollinaire appelait drôlement «vers solitaire» - «Et l'unique cordeau des trompettes marines» - produit un effet similaire.

 

Ces fractures sont à l'image de l'expérience, le plus souvent douloureuse et angoissée, qui se dévoile à travers Alcools. Divers poèmes sont d'ailleurs, de l'aveu d'Apollinaire lui-même, directement liés aux circonstances biographiques. Ainsi "la Chanson du mal-aimé" exprime le désarroi du poète dans son amour malheureux pour une jeune Anglaise, Annie Playden. Toutefois, la matière poétique transcende l'anecdote, notamment grâce à la richesse des images. Certaines, récurrentes dans le recueil, contribuent à son unité, voire à l'envoûtement qui en émane peu à peu lors d'une lecture continue. Ainsi, le flux de l'eau est fréquemment, mais de façon toujours renouvelée, associé au temps qui passe, à la fois irréversible -«Passent les jours et passent les semaines / Ni temps passé / Ni les amours reviennent / Sous le pont Mirabeau coule la Seine» ("le Pont Mirabeau") - et immuable - «Je passais au bord de la Seine / Un livre ancien sous le bras / Le fleuve est pareil à ma peine / Il s'écoule et ne tarit pas / Quand donc finira la semaine» ("Marie").

 

L'automne, saison fascinante et tragique, évoque le déclin de toute chose - «Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs / Les fruits tombant sans qu'on les cueille / Le vent et la forêt qui pleurent / Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille / [...] La vie / S'écoule» ("Automne malade") -, la séparation des amants -«Sais-je où s'en iront tes cheveux / Et tes mains feuilles de l'automne / Que jonchent aussi nos aveux» ("Marie") - et la mort - «L'automne a fait mourir l'été» ("Automne"). Ces images sont certes traditionnelles mais la poésie d'Alcools les renouvelle par le traitement qu'elle leur réserve. Amplement utilisée, la comparaison engendre un monde propre qui transmue le poème en vision, souvent violente: «Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre / Maternel qui saignait lentement sur le ciel / La lumière est ma mère ô lumière sanglante / Les nuages coulaient comme un flux menstruel» ("Merlin et la Vieille Femme"). Ailleurs, la métaphore, dont l'allitération renforce l'efficacité, transfigure ce même spectacle initial d'un coucher de soleil en une scène de décapitation: «Soleil cou coupé» ("Zone").

 

L'univers d'Alcools est en outre résolument ancré dans la modernité, singulièrement celle du monde urbain. La grande ville est présente dans "la Chanson du mal-aimé" - «Un soir de demi-brume à Londres» - ou dans "le Pont Mirabeau" dont le titre évoque explicitement Paris. Le ton est donné dès le premier poème, "Zone", aux références et à la terminologie très contemporaines: «les automobiles», «les hangars de Port-Aviation», «les affiches», «cette rue industrielle», «des troupeaux d'autobus», «le zinc d'un bar crapuleux». Quant au dernier poème, "Vendémiaire", il dresse une sorte de panorama urbain universel: «J'ai soif villes de France et d'Europe et du monde / Venez toutes couler dans ma gorge profonde.»

 

Les lieux où se déploie cette poésie sont cependant variés, car le voyage est l'un des thèmes dominants d'Alcools. Des titres de poèmes tels que "le Voyageur" ou "Hôtels" en témoignent. Ceux que l'on appelle les «gens du voyage» sont également présents dans les titres - "Saltimbanques", "la Tzigane" - et dans les poèmes - «Un ours un singe un chien menés par des Tziganes / Suivaient une roulotte traînée par un âne» ("Mai"); «Des sorciers venus de Bohême» ("Crépuscule"). Le voyage est en outre fréquemment rapporté à l'expérience personnelle: «Maintenant tu es au bord de la Méditerranée / [...] Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague / [...] Te voici à Marseille au milieu des pastèques / Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant / Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon / Te voici à Amsterdam avec une jeune fille [...]» ("Zone"). Le voyage dans l'espace va de pair avec celui dans le temps. Le passé du poète est représenté - Alcools se plaît à l'évocation, souvent pathétique, des souvenirs - mais aussi celui de l'humanité, par le biais des mythes, nombreux dans le recueil. Ces mythes sont de sources très diverses - la Bible, les contes populaires, les légendes gréco-latines, orientales, celtiques, germaniques, etc. - et contribuent, par leur exotisme et leur étrangeté, au charme mystérieux et nostalgique qui émane d'Alcools.

 

Spatial ou temporel, le voyage est signe de liberté et peut donc être associé à la fête et à la richesse: les saltimbanques «ont des poids ronds ou carrés / Des tambours des cerceaux dorés» ("Saltimbanques"). Il signale la toute-puissance de l'imagination poétique: «Vers le palais de Rosemonde au fond du Rêve / Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée / [...] mes pensées de tous pays de tous temps» ("Palais"). Or cet aspect positif du voyage, qui abolit limites et entraves, a son envers négatif. Dépourvu de but déterminé, le voyage est avant tout errance, symbole d'une douloureuse méconnaissance de soi: «Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes / Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes / Et détournant mes yeux de ce vide avenir / En moi-même je vois tout le passé grandir» ("Cortège").

 

Grâce à la richesse de sa prosodie, de ses constructions et de ses images, Alcools exerce une indéniable fascination. Celle-ci ne doit pourtant pas faire oublier le caractère fondamentalement pessimiste et désespéré du recueil.

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CLIN D'OEIL D'EMBALLEMENT

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  Et tandis que Christo emballait le Pont Neuf en 1985 ....

Dame Eipère dans ses bois empaquetait une branche

Travail éphémère en oeuvre d'Art ,que l'oeil du promeneur caresse et garde en mémoire ou en image

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les méduses que l'on voit danser

Il serait peut-être 5 ou 7 h du matin.

 Le silence ne dit rien sur le temps qui passe ici sur la cote Est de l'île de Öland.

C'est le soleil ou les étoiles qui rendent les filles d'ici si blondes, blondes comme des Scandinaves. filles de vikings vite enrobées du quotidien, l'aura qui les entouraient et maintenant de fait de lourdes fesses.. trop souvent.

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La plage ici sur la cote Est de l'île

Comme si elles aussi étaient devenues mangeuses de potatis.. Ce qui est le cas, la patate est reine ici, et les vikings sont morts..

 Restent les épaves de drakkars, les moulins et les phares. Quelques méduses inoffensives font le guet, assoupies dans l'eau de la Baltique elles se dandinent.

  

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fleurs de manet brouillon

Dès 1862 et jusqu’à sa mort en 1883, Edouard Manet ne cessa de peindre des fleurs. Elles accompagnent toute une partie de l’œuvre du peintre, tour à tour symbole de féminité, témoin d’un sentiment amoureux, figure de l’amour vénal et emblème de la mort. 

La pivoine, symbole de l’agonie 

La même fleur est très présente dans les peintures de Manet. L’écrivain André Fraigneau commente : « Le vase aux pivoines de Manet (1862) est le récit de la mort d’une fleur, ou pour employer un terme médical, plus précis dans sa cruauté : sa courbe d’agonie ». Françoise Cachin [1] poursuit : « ... du bouton de droite aux fleurs épanouies du haut du bouquet et de la gauche pour terminer la volute au centre où les pivoines sont sur le point de s’effeuiller, la dernière ayant déjà perdu une partie de ses pétales ».

Le vase aux pivoines, Edouard Manet,1865
Le vase aux pivoines, Edouard Manet,1865

Dans Branches de pivoines blanches et sécateur, il développe le thème du cérémonial funéraire, avec ses simples fleurs et leurs pétales étalés, prêts à être jetés, nouvelle version ici du thème des Vanités.« Toute une part d’ombre se dessine dans la peinture de Manet. Le sens du drame, les images de mort apparaissent bien avant que la maladie ne vienne l’assombrir » explique Françoise Cachin.

Branche de pivoine blanche et sécateur d'Édouard Manet
Branche de pivoine blanche et sécateur d’Édouard Manet
Musée d’Orsay

Les fleurs : symbole de son amour des femmes

Mais réduire les fleurs de Manet à l’image de la mort se révélerait inexact. Les fleurs symbolisent également son amour des femmes ; un amour peint dans Le déjeuner sur l’herbe et l’Olympia qui fera scandale en 1863. S’il s’agit du même modèle (Victorine Meurent), les messages de ces deux peintures sont pourtant différents. Le déjeuner sur l’herbe symbolise la femme libre, sans fleur ni bijou qui « après un rapide et gai déshabillage irradie » écrit Michel Déon de l’Académie française. « On s’attarde plus sur son visage que sur sa violente nudité tant ce visage si parlant s’amuse de notre surprise » poursuit l’académicien.

Le Déjeuner sur l'herbe, Edouard Manet, 1863
Le Déjeuner sur l’herbe, Edouard Manet, 1863

En 1865 L’Olympia est exposée au salon . 
Le scandale est ainsi résumé par Emile Zola : « Ce n’est plus la Vénus d’Urbin de Titien que Manet avait copié à Florence sept ans plus tôt, mais Victorine Meurent, son modèle du Déjeuner sur l’herbe, cette fille de nos jours, une fille de 16 ans que vous rencontrez sur les trottoirs et que l’artiste a jeté sur la toile dans sa nudité jeune et déjà fanée […] ». Quant à Paul Valéry, il parle de « vestale bestiale vouée au nu absolu ».

Les fleurs participent à ce scandale. La fleur d’hibiscus dans les cheveux ainsi que le bouquet fraîchement apporté en font « une fille vénale à n’en pas douter » écrit Michel Leiris.

Olymoia, Edouard Manet, 1863
Olymoia, Edouard Manet, 1863

L’aspect vénal est également présent dans Le bal masqué à l’opéra, peint en 1873. Des hommes aux chapeaux haut-de-forme viennent apporter des fleurs aux danseuses dans l’espoir d’obtenir leurs faveurs.

Les fleurs sont aussi le symbole de sa passion pour Berthe Morisot. Dans Le bouquet de violette en 1872, il s’adresse à elle personnellement. Le tableau figure un bouquet de violettes posé sur son éventail et une lettre qu’elle devrait pouvoir lire. Il peint également Berthe Morisot au bouquet de violettes. Paul Valéry traduit cette fusion entre la peinture et le sentiment : « La peinture, c’est avant toute chose le noir, le noir absolu, le noir d’un chapeau de deuil […] Le désordre des mèches, les brides, des joues et du mur du fond »
Pour l’anecdote, cette passion pour Berthe Morisot restera platonique. Cette dernière décidera de se marier avec le frère d’Edouard Manet...

Le bouquet de violettes, Edouard Manet, 1873
Le bouquet de violettes, Edouard Manet, 1873

Un an avant sa mort en 1882, Edouard Manet peint Le bar aux Folies Bergère. Là encore les fleurs demeurent omniprésentes. Deux fleurs dans un verre, sur le marbre au premier plan entre les bouteilles et les fruits, juste devant le modèle. La serveuse a le regard absent, mélancolique. Un autre petit bouquet est accroché au corsage ; un intermédiaire entre le bouquet du bar et Suzon, le modèle. Malraux écrivit à ce sujet : « Ce que Manet apporte, non de supérieur, mais d’irréductiblement différent, c’est le vert duBalcon [2], la tache rose du peignoir d’Olympia, et la tache framboise du bar des Folies Bergère. C’était la tradition ramenée au plaisir de peindre ».

Un bar aux folies bergères, Edouard Manet, 1881-82
Un bar aux folies bergères, Edouard Manet, 1881-82

En 1882, son état de santé s’aggrave. Il n’a de cesse alors de peindre un jour sur deux des fleurs : fleurs coupées, fleurs en pot... 
Il peint ses derniers bouquets pour l’art de peindre. Il oppose les fleurs aux tiges, compare les couleurs des pétales à celle du mur ou d’un bord de table, oppose la transparence d’un verre et celle de l’eau…. DansFleurs dans un vase de cristal en 1882, l’enchevêtrement des tiges, leur mélange et la superposition des reflets redessinent un nouvel espace abyssal.

Fleurs dans un vase de cristal, Edouard Manet, 1882
Fleurs dans un vase de cristal, Edouard Manet, 1882

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un trèfle à quatre feuilles

Deux petits cumulus dans son regard bleu gris

Mélancolie tremblante dans sa voix suave

Le jour se lève et le rayon corail se répand dans l’azur

Au cœur d’une touffe d’herbe fraîche

Je cueille un trèfle à quatre feuilles

Nos mains se retrouvent dans l’instant éphémère

À l’autre bout du Mont des Arts

Nous errons au flot des passants

 12/07/11

Nada

 

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Les poètes surréalistes ou pshychotiques

 

 

 

    Je suis fascinée par les écrits de ce jeune homme trouvé mort dans sa chambre d’hôtel à Paris alors qu’il avait vécu vingt-quatre années seulement.

Je parle du jeune Isidore Ducasse qui s’était baptisé comte de Lautréamont

et devenu célèbre, après sa mort, sous ce titre usurpé.

 

Je l’avais un peu oublié or voilà qu’un éclairage nouveau sur ses soliloques fantastiques m’aide à mieux comprendre son éloquence inimitable.

Je viens de trouver dans Les nervures de l’être, ouvrage que Quentin Ritzen a consacré  au cuisant désir de créer et particulièrement d’écrire, un passage qui concerne l’origine probable des chants délirants de Lautréamont.

 

L’auteur se réfère à une étude de Jean-Pierre Soulier qui explique  ce délire verbal pas les mots : génie et maladie mentale. Il conclut :  «Et telle est sans

doute l’union exceptionnelle d’une inspiration pathologique et d’un art étincelant ».

 

Je crois que prenant connaissance de ce qu’il avait écrit, Lautréamont a dû trouver que c’était remarquable et  méritait d’être édité, ce qu’il a tenté de faire au prix de grands efforts.

 

Cependant, il a vite réalisé que cette forme de littérature ne lui convenait pas. Il a condamné  véhémentement ses mécrits et formulé le désir d’écrire de la poésie. La fatalité ne lui en a pas donné le temps.

 

Je veux ajouter ici une distinction fondamentale que fait Jean-Pierre Soulier. Il affirme que les écrivains surréalistes essaient vainement de perdre le contrôle avec le réel tandis que le psychotique essaie en vain de se retrouver et de conserver le contact avec la réalité des autres.

 

27 juillet 2008

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