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Albert TERKEN   1919 - 1992   

Né à Sidney (Australie), a débuté comme

dessinateur lithographe.

 

12272749488?profile=originalAprès des études à St. Luc et à l’Académie de Bruxelles où il remporta différentes distinctions importantes dont un premier prix de dessin avec la plus grande distinction, un prix de peinture et un premier prix de composition, il s’adonna entièrement à la peinture et travailla comme lithographe et aquafortiste.12272750073?profile=original

 

Il obtint également le prix de la Coopérative Artistique et un hommage lui fut rendu par la Ville de Bruxelles à l’occasion du millénaire de Bruocsella.

 

La Biennale de Malte d’Art International lui a décerné en 1997 un Special Distinction Award.

 

Il fit beaucoup de portraits, comme ceux de Michel Simon et de Nelly Beguin, et des compositions telles que le Lundi des Fous, La Fuite en Egypte, Don Quichotte, l’Orchestre, différentes nativités, des Fantasias, une Piéta, un calvaire et de nombreux sujets sportifs acquis par différents champions.

 

C’est aussi un peintre de plein air. Il a fait de nombreuses expositions personnelles aux Galeries Le Régent, Van Loo, la Maison des Architectes, Rubens, le Mont des Arts, la Maison communale et la Maison des Arts de Schaerbeek, la Maison des Artistes à Anderlecht, à Gand, Vresse s/Semois, Namur, dans les Ardennes Flamandes, Courtrai, Lavaux Ste Anne, à Caen, à Paris au Musée Molière.

 

12272750278?profile=originalPlus récemment, ses toiles ont été exposées en 1994 au Centre culturel Rops à Namur et au Centre culturel de Neder-Over-Hembeek, et en 1998, au Kotje à Anderlecht et au Centre culturel de Vichte près de Courtrai.

 

Il a participé à de nombreuses expositions d’ensemble, notamment à Bruxelles, Gand, Vresse-sur-Semois, Profondeville.

 

Ses toiles ont été acquises par de nombreux collectionneurs artistiques ainsi que par l’Etat, les communes d’Anderlecht et de Schaerbeek.

 

Des œuvres se trouvent en France, Australie, Zaïre, Transylvanie, Venezuela, Canada, Hollande ; une station de chemin de croix se trouve à l’église de Vresse s/Semois.

 

Il est répertorié dans diverses monographies et revues d’art : De Begische Beeldenende Kunstenaars, Artistes et galeries, Arts Antiques Auctions, Belgian Artists, Signatures, Arto, le Bénézit (France).

 

 

Maguy HOEBEKE    1918 - 2009    

12272750665?profile=originalFit ses études à l’Académie Royale de Bruxelles,

d’abord en dessin où elle obtint un premier prix, puis en peinture nature ce qui lui valut également un premier prix.

 

Quelques portraits, des paysages d’hiver, des marines, des vergers lumineux.12272751093?profile=original

 

Elle peignit à la Mer du Nord, sur les côtes bretonnes et normandes, mais aussi dans le Brabant, la Fagne, en Champagne, en Cévennes, en Espagne et en Tunisie.

 

De nombreuses expositions personnelles sont à son actif : telles dans les salles Portenaert, au Studio à la galerie Van Loo  avenue Louise, Rubens, la Maison des Architectes, au Mont des Arts, la Maison des Artistes à Anderlecht.

 

En province, à Ostende, Gand, Renaix, Courtrai et différents lieux des Ardennes flamandes, à Vresse s/Semois ; à Paris au Musée Molière et à Caen.

 

Plus récemment, en 1995, au Centre Rops à Namur et, en 1998, au Kotje à Anderlecht.

 

En 1998, elle expose au Centre culturel de Vichte (Courtrai) et, en 1999, en son atelier et à la Biennale « Art en Wallonie ».

 

12272751294?profile=originalElle participe également à de nombreux salons d’ensemble dans les mêmes galeries ainsi que dans les communes de Schaerbeek, Anderlecht, Dilbeek, au Centre Culturel à Neder-Over-Heembeek, à Bruxelles, Grand’Place « La Nativité dans l’Art Contemporain ».

 

Ses toiles figurent dans différentes collections du pays ; ainsi, une station du chemin de croix se trouve à l’église de Vresse s/Semois et d’autres œuvres en France, au Canada, aux Etats Unis et en Transylvanie.

 

Plusieurs de ses toiles ont été acquises par les communes de Schaerbeek et d’Anderlecht.

 

Elle est répertoriée dans diverses monographies et revues d’art : De Begische Beeldenende Kunstenaars, Artistes et galeries, Arts Antiques Auctions, Belgian Artists, Signatures, le Bénézit (France).

 

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La newsletter Août 2011 d'Olivier Lamboray

Olivier Lamboray inaugure une nouvelle "Newsletter" mensuelle.

 
Sa lettre d'information est rédigée en anglais, mais vous disposez d'un bouton de traduction dans toutes les langues (traduction machine)

Vous pouvez vous y abonner, accéder aux contenus de ses lettres antérieures et suivre ses fils RSS.

Si vous avez un compte Facebook, vous pouvez partager, commenter.

Vous avez également la possibilité de procéder à un petit renvoi Twitter.

Dear Friend

Time is moving up with speed and I am pleased to launch my monthly newsletter to keep you informed of the evolution of my work , my running exhibitions and the coming ones, my new videos of my paintings, and soon to be launched my first advertising...
Feel free to reply me or ask me any questions if you have any, I'll be pleased to answer you.

The July Stuff & Taff

I have been working , again , on another amazing masterpiece of architecture, in Brussels, close to the Ixelles' ponds, so inspiring, where, under a full moon , a love story is at its peak...is it a departure, and the difficulty to leave her behind? Or did I just came back and in the hurry to be in her arms, I left the suitcase on the street... But, one way or another, it is this precise moment of being into your arms, I close my eyes, and we are freed in eternity, a very strong feeling inside, where time stops and nothing esle matter than this intense energy bounding us..some lights here and there, a window open, adding the mysteries surrounding this Moment of Eternity!
Even Laly Superstar is patiently waiting, respecting the privacy of the scene
...Time dissapears in this passionate instant...

Moment_d_ternit__web.jpg

 


And to refresh my mind from the huge amounts of bricks and tiles, I escaped in a surreal dream, painting  my own sur-reality, under the authority of Famous Belgian surrealist, Monsieur Renée Magritte at the command of this very belgian Tram...Our Belgian Culture of Surrealism , a pure "local" travel into what seems to be so deeply inscrusted in our country heritage....
My Lovely wife still under the charm of the "AMOUR" words carried by the moon while I am in this poetic journey . Even my machinist cousin holds on to the dream....sharing the same love of oldies....and  tradition...


Surr_alisme_web_big.jpg

I'll be back to you next month with more work and may be a face lift of my website, some probable videos and may be even an advertising if August has enough days and hours to fullfill my dream, announcments of coming exhibitions in October, November and December, a full schedule full of surprises....

This is my first newsletter, hopefully , I'll be able to free up myself a bit along these tracks and be more "Me"..

Allez catch you letter master & wish you all the best untill we meet again under Brussels fantaisies

Olé~
www.olamboray.com

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Oublier le passé...

Comme un pas vers l'avenir, je marche droit devant

oubliant le passé, le laissant sans suite sans lendemain...

 

Vivre sans attache , un pas vers son destin

espérer toujours comme lorsque l'on était enfant...

 

Imaginer un monde tels ses rêves d'avant

croire en l'amour qui croise notre chemin...

 

vivre sa vie comme un parchemin

où tout reste encore à écrire ...

 

Aimer ces gens que l'on croise l'histoire d'un instant

qui nous révèlle une part de nous même...

 

Alors ce qui nous semblait anodin prend tout son sens

un monde où les joies et les peines se croisent...

un monde où les personnes se raprochent...

 

Une vie entre nos mains, la notre, alors on avance

sans rien ou presque n'attendre rien en retour.

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Roulette russe

 

 

 

Le vent n’a pas fini de discourir
comme s
’il me réconciliait avec ma bouche
dans le d
écor que j’habite.

Je parle aux arbres
aux murs qui mangent ma voix
alors que l
’endroit se vide
à la vitesse du cheval au galop
comme les vagues se retirent.

La vie s
’arrête brusquement sur une terre labourée
dire, que dire qu
’elle ne sache déjà
qu'elle ne transpire d
éjà
assoiff
ée de l'avenir
l'eau n'a pas fini de couler.

L
’épaisseur de l’air s’est enroulée autour de moi
dans la t
ête c’est le tocsin
une aspiration vers le ciel
et la main qui d
ésigne la nuit
le voyage accompli en profondeur
amas de promesses et de cendres.

Il s
’agit de renouer l’envie
à grands coups d’étincelles
roulette russe, amie ou ennemie
foudre quoi qu'il advienne.

On efface tout de la mer et de la terre
le sable devient lisse, beau et pur
quand la m
émoire est là macérée
comme une perle dans son
écrin.

Il faut en faire des pas et des pas
jusqu
’aux marches à l'angle d’acier
les peaux gomm
ées à l’usure de la trame
ouvrant l'horizon en miroirs successifs
vers l
’autre rive.

B

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C'est le" presque "qui compte , et le conditionnel.Sur le coup, ça semble une folie. On est tout juste au début de mars, la semaine n'a été que pluie, vent et giboulées.

Et puis voilà. depuis ce matin, le soleil est venu avec une intensité mate, une force tranquille. Le repas de midi est prêt, la table est mise. Mais même à l'intérieur tout est changé . La fenêtre entrouverte, la rumeur du dehors, quelque chose de léger qui flotte.

"On pourrait presque manger dehors".La phrase vient toujours au même instant. juste avant de passer à table, quand il semble qu'il est trop tard pour bousculer le temps,quand les crudités sont déjà posées sur la nappe.

Trop tard ? L'avenir sera ce que vous en ferez.

La folie vous poussera peut-être à vous précipiter dehors, à passer un coup de chiffon fièvreux sur la table de jardin, à proposer des pull-overs, à canaliser l'aide que chacun déploie avec un enjouement maladroit, des déplacements contradictoires.Ou bien vous résigner à déjeuner au chaud...les chaises sont bien trop mouillées, l'herbe si haute ...

Mais peu importe. Ce qui compte, c'est le moment de la petite phrase. On pourrait presque ...c'est bon ,la vie au conditionnel comme autrefois, dans les jeux enfantins:'On aurait dit que tu serais ..." Une vie inventée, qui prend à contre-pieds les certitudes.

Une vie presque:à portée de la main, cette fraîcheur.

Une fantaisie modeste, vouée à la dégustation transposée des rites domestiques. Un petit vent de folie sage qui change tout sans rien changer...

Parfois on dit:" On aurait presque pu ..."Là c'est la phrase triste des adultes qui n'ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie.

Mais il y a des jours où l'on cueille  le jour au moment flottant des possibles, au moment fragile d'une hésitation honnête, sans orienter à l'avance le fléau de la balance.

Il y a  des jours où l'on pourrait presque .

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Le temps...

 

Pour gagner du temps, par peur de perdre son temps parfois on loupe le temps...

 ' On n'a pas le temps, on verra demain si le temps le permet ...'

 

Et voilà qu'au détour d'une rue, le temps d'un regard ,on se rappelle...on se rappelle un temps qu'on a aimé , un temps qu'il est temps d'oublier...un temps que l'on n'a pas perdu pour autant  ...le temps est encore  là qui attend ...d'autres temps ...

 

 Mais où es- tu pendant ce temps ? Tu regardes le temps passé ou passer?

Oh , tu veux juste encore un peu de temps ...mais ne crois-tu pas qu'il est temps d'apprendre à conjuguer le verbe aimer au temps présent ?

'J' aime, tu aimes , il aime, nous aimons ...'

N'est-ce pas le plus beau des temps ?

 

Allez viens , il est temps ...

 

 

 

 

 

 

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De l'amour

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"De l'amour" est un essai de Stendhal, pseudonyme d'Henri Beyle (1783-1842), publié à Paris chez Mongie l'Aîné en 1822.

 

De l'amour a été ébauché à Milan, en décembre 1819, sous l'influence d'une passion malheureuse. Afin d'écrire par un autre biais à "Métilde" (Matilda Dembowski, née Viscontini) qui refusait de recevoir ses lettres, et pour aider à sa propre guérison, Stendhal entreprend une analyse du sentiment amoureux, bientôt augmentée de pensées ("Fragments divers"). Soupçonné d'appartenir à une société de conspirateurs, il doit regagner Paris en juin 1821. Son manuscrit, égaré pendant plusieurs mois, sera enfin publié durant l'été de 1822. Plusieurs chapitres (comme "l'Amour en Provence", inspiré de sa lecture récente de l'historien Fauriel), ont sans doute été composés à Paris. De l'amour sera ensuite grossi de "compléments" et de trois préfaces de l'auteur, écrites en 1826, 1834 et 1842. Dans cette dernière, achevée huit jours avant sa mort, Stendhal constate l'insuccès de son ouvrage et sollicite "l'indulgence du lecteur pour la forme si singulière de cette physiologie de l'amour".

 

Livre I. Distinction entre l'amour-passion, l'amour-goût, l'amour physique et l'amour de vanité (chap. 1). Phases de la naissance de l'amour: l'admiration; "On se dit: Quel plaisir..."; l'espérance; l'amour est né; première cristallisation; le doute; seconde cristallisation (2). Comment l'espérance fait naître l'amour. Intervalles entre les phases (3-5). Analyse de la cristallisation (6). Des différences entre la naissance de l'amour dans les deux sexes (7). Nouvelle analyse et illustrations de la cristallisation (8-12). Réflexions sur la beauté; ses rapports avec l'amour (13-20). La "première vue", l'"engouement", le "coup de foudre" (21-23). Réflexions sur les pays où l'oranger croît en pleine terre (l'Italie, l'Espagne), incompréhensibles pour les gens du Nord (24). Sur le comportement des femmes: la pudeur, l'orgueil, le courage (25-30). "Extrait du journal de Salviati" - un des pseudonymes de l'auteur (31). De quelques sentiments qui accompagnent l'amour, notamment la jalousie (32-37). "De la pique d'amour-propre", "De l'amour à querelles", "Remèdes à l'amour" (38 et 39 ter).

 

Livre II. "Des nations par rapport à l'amour. Des tempéraments et des gouvernements": la France, l'Italie, l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne (40-48). "Une journée à Florence": le ridicule n'existe pas en Italie (49). L'amour aux États-Unis (50). L'amour en Provence au XIIe siècle (51-52). L'Arabie (53). Sur l'éducation des femmes et le mariage (54-58). "Werther et Don Juan", plaidoirie en faveur de la sincérité et de la passion; l'"amour à la Werther" est à l'évidence celui que Stendhal vouait à Métilde, et qu'elle a repoussé.

 

Fragments divers. Suite d'aphorismes, de citations, de brèves anecdotes; réflexions sur l'amour antique, ou encore sur les arts et les moeurs.

Appendix. "Des cours d'amour", telles qu'elles existaient en France au XIIe siècle avec les trente et un articles du "Code d'amour" alors en vigueur.

Compléments. L'un d'eux, "Des fiasco", écrit avant 1822, avait été retranché de la première édition. Les autres lui sont postérieurs, notamment "Ernestine", courte nouvelle où, à partir d'un personnage posé comme sujet d'expérience, Stendhal étudie la naissance de l'amour dans le coeur d'une jeune fille qui vit à l'écart du monde, et "le Rameau de Salzbourg", anecdote qui éclaire l'analyse de la cristallisation.

 

 

Avant de le présenter comme une "physiologie", Stendhal avait appelé son essai un "livre d'idéologie" (I, 3), en s'excusant auprès des philosophes de l'impropriété du terme: "Je ne connais pas de mot pour dire, en grec, discours sur les sentiments." C'était avouer sa dette envers Destutt de Tracy, auteur des Éléments d'idéologie (1801), dont De l'amour reprend certaines idées audacieuses sur l'éducation des femmes et le mariage. Ouvrage composite, De l'amour illustre pourtant à merveille le conflit, présent dans toute l'oeuvre de Stendhal, entre "connaissance et tendresse", selon les termes utilisés par Jean-Pierre Richard, conflit exprimé par cette belle formule: "Je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir, quand je crois avoir noté une vérité" (I, 9). Tout au long du livre, parmi les froides analyses, affleurent les confidences d'un coeur blessé. Les anecdotes y ressemblent à ces illustrations dont les moralistes émaillent traditionnellement leurs maximes; mais on y devine aussi l'écho de la brouille avec Métilde.

 

Les pages les plus célèbres ont trait à la "cristallisation". Par ce mot, qui signifie d'abord "concrétion des cristaux", Stendhal désigne métaphoriquement "l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections" (I, 2). "La beauté n'est que la promesse du bonheur", précise-t-il dans une note (I, 17); du moment où l'amour est né, la laideur elle-même devient beauté aux yeux de l'amant et accroît son sentiment.

 

On peut juger désuètes, dans leur rigidité, les classifications par nations: elles reflètent les modes d'approche de l'époque (Mme de Staël, de même, distingue dans Corinne les aspects de l'amour suivant les pays), mais aussi les partis-pris de Stendhal: toute occasion lui est bonne de chanter la passion "à l'italienne", qui se moque de l'âge et du ridicule, et de s'en prendre à la vanité des Français. Avec une belle assurance, il codifie du reste sur l'amour en Andalousie (alors qu'il n'a pas visité l'Espagne au-delà de Barcelone) ou aux États-Unis (jugés sur leur réputation de pays uniforme et ennuyeux). Son sujet devient parfois prétexte à des analyses de tempéraments ou de gouvernements qui font écho à celles de Rome, Naples et Florence en 1817. Mais ses réflexions sur l'éducation des femmes, que la société du XIXe siècle prive de leur naturel, permettent de le ranger parmi nos rares auteurs masculins et féministes. Sa défense du naturel ne va pourtant pas sans tensions: ainsi la femme doit-elle se rendre à l'homme dès que celui-ci conçoit de l'espérance "pour le plus grand plaisir physique possible" (I, 2), mais si elle est raisonnable elle doit ne "tout accorder à son amant que quand elle ne peut plus se défendre" (I, 12). Les contradictions qui opposent ses exigences et ses goûts s'aperçoivent aussi dans son analyse de la pudeur: celle-ci donne des plaisirs à l'amant en lui faisant sentir les lois que l'on transgresse pour lui, mais elle est soeur du mensonge. Attiré à la fois par les grâces de la spontanéité et par les raffinements de la civilisation, Stendhal trouve de la douceur à fréquenter ces salons parisiens qu'il raille si cruellement.

 

Il a composé De l'amour avant ses romans, mais on s'égarerait à chercher dans ceux-ci de strictes applications de l'essai. Si ses personnages de fiction donnent l'illusion de la vie, c'est que les nuances imprévisibles de leurs sentiments échappent aux règles. On trouvera des manifestations de l'"amour physique", de manière inattendue, quand Octave est ému par le bras d'Armance; ou des formes de la cristallisation dans la naissance de l'amour de Lucien Leuwen pour Mme de Chasteller. Mais les parties de l'oeuvre romanesque qui héritent le plus directement des théories de l'essai sont peut-être l'amour-pique de Fabrice pour la Fausta (la Chartreuse de Parme, I, 13) ou la correspondance que Julien envoie à la maréchale de Fervaques pour exciter la jalousie de Mathilde de La Mole (le Rouge et le Noir, II, 26-30); ce ne sont pas les meilleures. Mais on aime que Lamiel illustre cette liberté que Stendhal rêve de voir consentie aux jeunes filles. Plutôt que comme un traité, c'est comme une suite d'aveux qu'il faut lire De l'amour, et aussi comme un recueil d'intrigues à peine amorcées, que le génie du romancier prolongera ensuite.

 

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Coup de coeur.

 

"Bascule en moi le rêve
qui me fait tomber de sommeil,
qui m'emporte au-delà
des plus lointaines frontières.
Boire à même la fièvre!
vivre à cru pour t'aimer."

(J. Izoard ♥)

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Les farces nous font rire

 

Si j’avais du talent, j’écrirais une farce,

Ce qu’il est advenu à qui voulait duper,

Tout comme Patelin, qui se savait futé,

Mais qui se retrouva le dindon de la farce.

 

Se servant de sa verve et de son arrogance,

Un avocat ayant le seul gain pour enjeu,

Sans scrupules, acharné, se croyant dangereux,

Apparut promptement piégé par l’évidence.

 

Pour tenter un témoin étranger à sa cause,

Il usa de son mieux de divers procédés,

Pensant naïvement qu’il voudrait bien l’aider.

L’honnêteté agit quand il faut qu’on s’oppose.

 

Il est des arroseurs qui se font arroser.

Quand, par leur maladresse, le tuyau leur échappe.

Par ailleurs, le hasard intervient et frappe,

On ne peut s’arroger le droit de tout oser.

 

La farce offre un plaisir parfois irrésistible

Au public enjoué qui applaudit, moqueur,

Qui rit parfois aux larmes et toujours de bon coeur

Quand un mauvais plaisant a été pris pour cible.

 

30 juillet 2011

 

 

 

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12272747690?profile=originalLes "Cahiers" sont l'ensemble de notes et de réflexions de Paul Valéry (1871-1945), publié à Paris aux Éditions du CNRS entre 1957 et 1961 (29 volumes en fac-similé), et en anthologie chez Gallimard en 1973-1974.

 

Ces 261 cahiers de divers formats, remplis de notes écrites chaque matin entre 1894 et 1945, représentent dans l'édition du CNRS 26 600 pages d'écriture environ. Bien que ces notes fussent un pur exercice mental sans intention de publication, Valéry envisagea pourtant de les mettre en ordre et ne put venir à bout de sa tâche, tant en raison sans doute de l'énormité de l'oeuvre que de la nature même de sa pensée. Mais il avait ébauché un classement et choisi un certain nombre de titres de rubriques que reprend Judith Robinson dans son édition de la Pléiade, en optant pour un ordre significatif. De l'autoportrait ("Ego, Ego scriptor, Gladiator"), on y passe à l'élaboration d'un langage nouveau ("Langage", "Philosophie", "Système") qui permette l'analyse de l'esprit ("Psychologie", "Soma et CEM [Corps, Esprit, Monde]", "Sensibilité", "Mémoire", "Temps", "Rêve", "Conscience", "Attention", "le Moi et la Personnalité"), y compris dans ses aspects les plus irrationnels ("Affectivité", "Éros", "Thêta") et même biologiques ("Bios"). La faculté créatrice de l'homme est ensuite analysée sous ses formes scientifiques ou artistiques ("Mathématique", "Science", "Art et Esthétique", "Poïétique", "Poésie", "Littérature"), puis expérimentée ("Poèmes et PPA [Petits Poèmes abstraits]", "Sujets", "Homo"). Enfin, les deux dernières rubriques rendent compte de l'intérêt marqué par Valéry à la fin de sa vie pour différentes formes de la vie sociale ("Histoire-Politique", "Enseignement").

 

Ce journal d'un esprit - qui n'a rien d'un journal intime - est sans équivalent dans notre littérature. Parallèlement à ses oeuvres "officielles", Valéry s'est attaché à élaborer jour après jour, pendant cinquante ans, le "chef-d'oeuvre intérieur" du héros éponyme de Monsieur Teste: une oeuvre absolument en marge de toute reconnaissance sociale et, pour l'essentiel, de toute publication. Entre les Essais de Montaigne et les Pensées de ce Pascal auquel il revient souvent se heurter, Valéry définit son entreprise tantôt comme une "autodiscussion infinie", tantôt comme des "Essais, Esquisses, Études, Ébauches, Brouillons, Exercices, Tâtonnements" où peut enfin jouer librement "l'activité spontanée des analogies". Ces "gammes" qui restituent sans l'altérer le "mélange" hétéroclite de l'esprit et où l'auteur, tel Goethe, parle à son "Eckermann", sont le lieu privilégié d'observation d'une "intelligence en acte". La "tendance au dressage" de l'"animal intellectuel" (définie sous la rubrique "Gladiator", dont le nom est tiré de celui d'un célèbre pur-sang) ne peut se faire qu'au prix d'une sévère ascèse où les moyens mis en oeuvre ont au moins autant d'importance que le résultat.

 


Les Cahiers, dans leur diversité, sont pourtant au service d'une préoccupation centrale: élucider la nature et les mécanismes de la pensée humaine, mettre au jour ses possibilités et faire advenir le surhumain (en un sens différent de celui que Nietzsche attache à ce mot): "Le surhumain existe. Il est l'effet sur l'humain de la connaissance de l'humain." Cette recherche ininterrompue passe tout autant par l'analyse des différents états de conscience que par une réflexion approfondie sur le langage, véhicule obligé de toute pensée, afin de "s'interdire tout mot qui ne représente un acte ou un objet bien net". La critique du langage débouche alors nécessairement sur une critique de la philosophie, dans la mesure où celle-ci n'est qu'"un usage particulier des mots" et sur l'analyse de la création artistique ou poétique qui les mettent en oeuvre: "Mon objet - chercher une forme capable de recevoir toutes les discontinuités, tout l'hétérogène de la conscience." Cette quête est indéfiniment poursuivie par tous moyens dans ce "livre sans modèle". Maximes, poèmes en prose, dialogues, énumérations, impressions, sujets d'oeuvres à venir s'y pressent selon l'inspiration du moment. Le style de ces "pensées pour moi-même", tantôt courts développements tantôt télégraphiques (on y trouve même des formules mathématiques), est celui de l'ellipse, de l'allusion, du fragment, de l'aphorisme où la vivacité se conjugue au dédain de la rhétorique. L'esprit y vole d'un sujet à l'autre avec la liberté de ces hirondelles dont Valéry admirait par-dessus tout la mobilité.

 

Les Cahiers, ce "Grand Atelier" (Cl. Launay), remettent ainsi en question la notion traditionnelle d'oeuvre. Dans ce "laboratoire de secrètes recherches" inspiré par les Cahiers de Léonard de Vinci, des pensées en gestation cherchent encore leur forme ou leur certitude achevée. Ce que Valéry appelle tantôt sa "méthode", tantôt son "système", tente de s'élaborer dans un beau désordre afin de préparer la grande oeuvre à venir. Simultanément, les Cahiers servent d'atelier de réflexion aux oeuvres en cours dont ils préparent, suivent et commentent l'évolution ("Mon Faust" ou la Jeune Parque, par exemple). Enfin, certaines parties des Cahiers sont - sur les instances pressantes d'amis de Valéry - utilisées dans l'oeuvre publiée (dans les recueils de Tel Quel, par exemple). C'est pourquoi Valéry peut parler de "contre-oeuvres" à propos des Cahiers, s'opposant ainsi radicalement à son maître Mallarmé pour lequel seule vaut l'oeuvre achevée. Les valeurs classiques, où n'a de prix que la perfection, sont ainsi renversées et le premier rôle est offert à la démarche créatrice en acte, dans ses errances et ses incertitudes. On voit donc mal comment les Cahiers, malgré le désir réaffirmé de leur auteur, auraient pu se fédérer en un système unique. Valéry en était bien conscient lorsqu'il y lançait cette boutade: "Il me manque un Allemand qui achèverait mes idées." Si les efforts de mise en ordre auxquels il se livra avec persévérance eurent le mérite de révéler les constantes et la cohérence de sa pensée, ils se trouvèrent bien vite entravés par son besoin de reprendre pour la nuancer, l'approfondir ou la développer chaque idée dont la première formulation ne le satisfaisait pas entièrement. Ce processus d'expansion indéfinie fait de nouveau songer aux Essais ("J'ajoute mais je ne corrige pas") où l'analyse du moi ("Ego") est également le point focal de la réflexion. On découvre ainsi dans ces Cahiers un Valéry plus humain, hésitant, anxieux, plus tendu dans l'exercice du pouvoir de l'esprit que dans ses oeuvres trop parfaites, lui qui prétendait ne goûter dans les ouvrages de l'homme que la "quantité d'inhumanité" qu'il y trouvait. Il est étrange de songer qu'un poète si classique par bien des aspects inaugurait à sa façon dans cet ouvrage une "parole en archipel" qui ferait les beaux jours de la poésie moderne.

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12272747259?profile=original« Les Immémoriaux » est un récit de Victor Segalen (1878-1919), publié à compte d'auteur sous le pseudonyme de Max Anély à Paris au Mercure de France en 1907; réédition sous sa forme définitive chez Plon en 1956, avec deux cartes et 40 illustrations, la plupart tirées de l'oeuvre de Paul Gauguin.

 

Première partie. "Le Récitant".Terii, jeune prêtre païen, achève sa période d'initiation. Il répète les "beaux parlers originels" maoris. Soudain les mots lui manquent: funeste présage qu'il associe immédiatement à l'arrivée dans l'île des "hommes à la peau blême" animés d'une croyance nouvelle. "Les Hommes au nouveau parler". Sur un rivage éloigné de l'île, Terii observe les coutumes de ces étrangers, travailleurs tristes et silencieux. "Le Prodige". Aux grandes fêtes données en l'honneur d'Oro, Terii est banni de la communauté des récitants pour avoir oublié, en public, les paroles sacrées, et, afin d'échapper à la colère de son peuple, feint un prodige et disparaît. "Les Maîtres-du-jouir". Les "hommes au nouveau parler" présentent leur religion, leur Dieu, leurs rites aux Maoris qui, d'abord séduits, les chassent au bruit de leurs festivités.

 

Deuxième partie. "Le Parler ancien." Terii a quitté l'île en pirogue, accompagnant Paofaï, l'un des chefs des récitants, parti à la recherche du "parler ancien".

Troisième partie. "L'Ignorant". Revenu à Tahiti, il n'est plus qu'un vieillard, surpris par le peuple qu'il retrouve converti au christianisme. "Les Baptisés". Peu à peu il pénètre les nouveaux rites et participe à la cérémonie collective du baptême. "Les Hérétiques". Devenu Iakoba, son zèle est grand pour la religion nouvelle: il dénonce les hérétiques. "La Loi nouvelle". Il renie son ancien maître resté, lui, fidèle aux anciens dieux. "La Maison du Seigneur". Devenu diacre, il va construire une église sur un autre rivage.

 

Dans ce "roman" d'une forme si personnelle et inhabituelle (le narrateur s'efface totalement, ne se laissant entrevoir que sous les traits supposés du scripteur qui recueille, sous leur forme brute, les dernières traditions de la civilisation et des croyances maories), Victor Segalen jette déjà un pont entre le Réel et l'Imaginaire (voir René Leys et Équipée). L'auteur tient à maintenir l'ambiguïté, et en usant d'une langue étrange, parfois hermétique, à égarer le lecteur le long de cette frontière incertaine qu'il s'attache à explorer.

 

Il est possible en effet de lire les Immémoriaux comme une somme ethnologique, une simple transcription - dans une traduction respectant autant que possible la syntaxe et les noms propres du parler maori - des rites d'une civilisation orale sur le point de sombrer définitivement au moment où Victor Segalen découvre Tahiti (y débarquant en 1903, il note dans son journal de voyage: "Ici comme ailleurs, la race se meurt"). Mais là réside le paradoxe fondamental du livre: puisqu'il met à l'épreuve de l'écrit ce qui n'était qu'oral, il crée, met en forme, organise (voir la disposition en parties chronologiques, en chapitres thématiques), donne au réel une cohérence de type narratif (remarquons ici le rôle symbolique, dans une économie romanesque, de la perte de parole de Terii au premier chapitre, qui annonce son renoncement volontaire au parler des anciens dans la dernière partie du livre), et se situe sans équivoque du côté de l'imaginaire.

 

Ce que l'on retient alors des Immémoriaux, c'est le voyage, le dépaysement poétique que permet une langue qui se situe à mi-chemin entre un langage connu (l'orthographe, la grammaire du français) et un langage imaginé dans la forme écrite qui lui est donnée (les noms de dieux, de lieux, les expressions imagées qui rendent compte des réalités étrangères, les adaptations des sonorités des langues européennes au parler maori, la métamorphose inattendue des noms bibliques, etc.).

 

Tout cela met l'accent sur le langage comme enjeu: le passage de la langue orale, fragile (voir les tresses nouées qui sont le seul moyen d'enregistrer les "beaux parlers" originels) à la langue écrite (les "feuillets à signes parleurs"), à la mémoire artificielle mais définitive qui impose, en imposant la fiabilité de sa forme, son contenu également. Au coeur de ce récit donc, qui constitue à certains égards une contre-initiation, se situe tout naturellement une sorte de poème en prose énigmatique, un long ruban d'images interrompu par la mort du vieux prêtre qui en était le dépositaire et dont la déchirure annonce précisément la mort de la civilisation qu'il portait (le parler ancien). Les "Immémoriaux", ce sont ceux qui sont détruits parce qu'ils ont tout oublié. "Vous avez perdu les mots qui vous armaient et faisaient la force de vos races et vous gardaient mieux que les gros mousquets de ceux-ci": telles sont les dernières paroles du dernier des récitants, Paofaï, condamné à mort ("la Loi nouvelle").

 

Si l'on note enfin que Victor Segalen a reconnu lui-même en avoir davantage appris par les textes et les croquis de Paul Gauguin sur la civilisation maorie que par son expérience personnelle ("Je puis dire n'avoir rien vu du pays et de ses Maoris avant d'avoir parcouru et presque vécu les croquis de Gauguin" - lettre à G. D. de Monfreid), le livre bascule définitivement du côté des voyages aux pays de l'Imaginaire, dans un de ces décors en trompe-l'oeil, chers à Segalen.

 

 

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Les vacances d'un enfant de Louis Scutenaire

12272747295?profile=original"Les vacances d'un enfant" est un roman de Louis Scutenaire (Belgique, 1905-1987), publié à Paris chez Gallimard en 1947.

 

Écrit entre 1939 et 1942, époque pendant laquelle l'auteur, fuyant l'invasion allemande, se réfugia à Paris, puis dans le Midi, ce roman, qui se déroule en Belgique pendant la Première Guerre mondiale - mais une guerre lointaine -, est imprégné par la nostalgie aiguë de paysages aimés.

 

Par un matin d'été, Palmer Choltès et sa mère partent en vacances chez la tante Damire. L'enfant y retrouve un groupe de domestiques avec lesquels il entretient des relations d'affectivité jalouse: Prudence, la cuisinière, le sot Neri, Tanta, le trimardeur, substitut du père, et Florine, la gouvernante, amoureuse de Tanta, lequel malheureusement n'a d'yeux que pour Antonine (chap. 1). Ivre des spectacles de la nature, Palmer laisse vagabonder son imagination: rêveries sur le soleil, les insectes, les notaires, entrecoupées de références à la bande dessinée (2). Un déluge s'abat sur le pays; Antonine s'éclipse, comme d'habitude, devant Tanta qui la poursuit. Palmer constate que l'amour a rendu son compagnon indisponible. Arrive la couturière unijambiste Mazanque; elle s'attache à exorciser les peurs de l'enfant insufflées par Florine, qui lui a fait croire à l'existence de deux monstres. Cela nous vaut une promenade nocturne et hallucinée de la cave au grenier (3). Arrivent à leur tour les frères Villa dont l'apparence tient du paysan parvenu et du roi africain. Le plus jeune, très pervers, fait de l'humour noir. Une journée se passe chez l'instituteur Coronice de Tramasure qui possède un observatoire d'où l'on peut détailler le pays (4). Les réflexions acides de sa mère, qui l'a obligé à l'accompagner en ville pour l'achat d'un pardessus, plongent Palmer dans une crise mélancolique, ponctuée par une obsession: "Florine va mourir." Après le supplice grotesque de l'essayage, il sera consolé par Adonis, le propriétaire de la Compagnie des Indes, dont le magasin est vide à cause de la guerre, mais dont la tête est pleine d'histoires. Palmer assiste à des combats de boxe nocturnes, entrecoupés d'histoires de chasse africaines et d'épisodes de sorcellerie. Sur le chemin du retour, Tanta constate la présence d'un homme chez Antonine. Le lendemain, on trouve un cadavre dans le grenier: ce n'est pas celui de Florine, mais de son frère Vincent, victime de ses mauvaises fréquentations. Puis Palmer apprend que Tanta, ulcéré par son échec amoureux, est parti sans espoir de retour: dans une crise de larmes, il prend conscience que tous ces gens qu'il aime devront mourir un jour (5-7).

 

On trouve dans ce récit, d'une densité remarquable, tous les registres de l'inspiration surréaliste chère à l'auteur. Contre la platitude bourgeoise de sa mère obsédée par les problèmes d'héritage, Palmer prend, d'instinct, "l'usage ou le parti des classes possédées". Non sans que l'érotisme y soit pour quelque chose, un érotisme occasionnel sans doute, comme il sied à cet âge, mais pleinement vécu, plus vibrant que chez les adultes. Ainsi lorsque l'enfant, à "rebrousse-chair", sent la croupe de Florine après le creux des reins, un éclair de plaisir presque douloureux le raidit. Ce genre de jeu pourtant n'est qu'une facette d'un imaginaire qui se nourrit de tous les objets, y compris les moins notables, comme les insectes par exemple: "Il enviait leurs ailes, leur corps réduit à l'essentiel, il eût aimé jouir de la science exquise, des sens subtils, qu'il attribuait à ces vies condensées." Dans le même esprit, voici la "collection des oiseaux morts en face de la clownerie des vivants", tandis que l'enfant nous décrit les notaires comme des "géants aux épaules en coussins, au ventre profond d'armoire dont, les battants du gilet ouverts, il sort des parchemins à ganses". L'humour plus ou moins blasphématoire n'est pas non plus absent: "Je doute de toi, mon Rien, qui ratas le ciel et la terre", s'exclame Coronice de Tramasure, maître dans les exercices de désarticulation du langage. Autre "locomotive verbale", la cuisinière Prudence dont le parler populaire possède à la fois force et saveur: "Ce n'est pas dans mon ventre que votre estomac crie", lance-t-elle à Palmer. L'utilisation savante de ce parler propre n'est pas sans évoquer Raymond Queneau, bien qu'il ne puisse être fait état d'une influence. La force de Louis Scutenaire est de nous présenter, autour d'un enfant à la fois émerveillé et acerbe, une galerie de personnages typés et originaux, tel le trimardeur Tanta, qui s'enfonce dans une passion sans issue comme si le malheur lui collait à la peau, et dont le mutisme même a un sens.

 

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L'encan

Tapis et objets d'art à offrir en cadeaux,
De nombreux meubles aussi, vieillis mais restés beaux.
Tant de choses aimées par des êtres fervents,
Se retrouvant, ici, à vendre au plus offrant,
Tout comme les esclaves le furent autrefois,
Expédiés ailleurs, sans n'avoir aucun choix.

En conservant leur âme, objets inanimés,
Ils seront à nouveau recueillis et aimés.
Ils avaient fait, jadis, l'orgueil d'un créateur,
Puis causé de la joie à un tendre amateur.
Ils attirent encore plus d'un regard d'envie.
Seront des compagnons, le temps d'une autre vie.

Mais qu'arrivera-t-il aux trésors sans valeur?
À mes joujoux pâlis, qui n'ont plus de couleurs
Mais tant de souvenirs qui s'accrochent à eux?
Où iront mes poupées, mon Pierrot malheureux?
Qui voudra de mes timbres et de mes coquillages?
Triste d'écrire :Fin ,à la dernière page.

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administrateur théâtres

12272750887?profile=originalIl  y a d’un côté le public et de l'autre, les  trois murs étincelants mais  étouffants d’une  cuisine modèle impeccablement tenue. Tout juste si,  par simple illusion d’optique on ne les voit pas se pencher subrepticement pour avaler cette femme volubile encore jeune, dont la vie a été remplacée par la routine. La femme est banale mais heureusement profondément actrice.  Elle  est, malgré le cadre,  exquise, fougueuse,  incapable de rester en place, craquante de sincérité et de naturel, débordante de convivialité. Elle en est venue  au cours des années, à converser vaillamment avec le mur, le verre de vin blanc à la main, face à  son improbable interlocuteur. Peut-elle encore imaginer ce qu'il y a derrière le mur?

 

Un autre mur,  Joe, son mari lui dit bien de temps en temps «  qu’il l’aime », mais ce sésame n’ouvre paradoxalement  que sur les humiliations répétées, voire, le mépris  ou l’indifférence. Elle l'observe et le voit  en effet parler de façon bien  plus aimable à tous les étrangers qu’il rencontre!   Elle raconte avec délices  les éblouissements des débuts de vie de couple, les ravissements d’enfants en bas âge et  puis, moins drôle,  toutes les trahisons de la vie. Elle s’interroge:  va-t-elle oser sauter le pas, comme quand elle était enfant et qu’elle sautait du toit, pour partir  seule, en voyage de 15 jours en Grèce avec sa copine Jane, qui lui a maintes fois dit de larguer tout et lui a  même offert le billet de ses rêves ? Ses récits de vie et ses interrogations sont poignants, y  mêlant sans cesse le  réalisme des gestes domestiques quotidiens. Elle réalise soudain : « ma vie est un crime contre Dieu car je ne m’en suis pas servie, ne sachant pas quoi en faire ! » Elle est devenue inutile!

 

Doit-elle  « faire ce qu’elle voulait faire ou faire ce qu’elle devait faire ? » Elle découvrira que « les rêves ne sont jamais là où on les attend. »  Mais sautons  tout de suite à la fin de  l’histoire : «  Elle a subitement su qu’elle ne rentrerait pas vers Manchester avec la valise ! ». Elle a largué tous les démons qui l’enchaînaient. Elle ne traîne désormais  plus rien d’encombrant, elle se sent légère !  Elle compatit : « Joe aussi traîne sa vie comme un poids ! » Willy Russel – c’est un homme qui écrit –  a installé une  Shirley Valentine radieuse, décapée de toutes les  scories vénéneuses qui l’étouffaient, face à la mer Egée, sur un rocher … avec qui elle ne peut s’empêcher bien sûr de parler !  Question d’habitude.  Le rocher est couleur banquise, tout le reste du décor est noir.  Elle est belle comme une aigue-marine.

 

Entre l’immensité du ciel et de la terre,  elle  a enfin retrouvé sa dignité d’être humain, son identité  de « Shirley Valentine ».  V comme V Day, alors qu’elle n’était devenue qu’un avatar  oublié de grand mouvement du monde !  Là, assise buvant du vin  à  une table au bord de la mer - son égérie - elle déclarera d’une voix de star, à son mari qui vient la rechercher : « Bonsoir. La femme que tu veux voir n’existe plus. Celle qui était ton épouse  n’existe plus.  Celle qui était la mère de tes enfants, n’existe plus non plus. Celle à qui tu parles , c’est une femme que tu ne connais pas, Shirley Valentine, Amoureuse de la Vie. »

 

 C’est ce que Willy Russel veut pour la société entière : le changement, le réVeil, la ...Vie, quoi ! Au lieu de la manipulation et de  l’anesthésie générale des êtres humains en particulier, par les normes et les diktats de la consommation. Il ose brandir la liberté et souhaite que  les gens se réveillent de leur torpeur ! Et Shirley de souligner que  « les seules aventures de vacances que j’ai eues,  c’est avec moi, et je commence à m’aimer. »  Tout un Programme, une révolution,  à 42 ans !

 

Marie -Hélène Remacle, qui fonce dans cette pièce comme une météorite, nous  a offert un spectacle éblouissant d’humanité et de drôlerie. Pas étonnant que certains spectateurs ou spectatrices reviennent voir le même spectacle plusieurs fois!

 

http://www.bruxellons.net/shirley2011.html

 

http://www.comedien.be/Marie-Helene-Remacle

 





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La colère des impécunieux.

Opulents en trésors, panses ils rôtissent,

Sur le pont de leur yacht, sur la mer de soleil,

Pendant que pieds dans l’eau crasse ils subissent,

L’âpreté sans merci des marchands de sommeil.

 

Corps rondelets rosis d’héritages des loups,

Se privent, mangent sous caviar des coupe-faim.

Impécunieux, durci dès l’enfance des coups,

Visages creux, estomacs crispés par la faim.

 

Dans leurs porsches au design d’enfer demeurent,

Le temps d’étaler leurs vices à la vertu.

Sous le porche de la misère, ils meurent,

Du froid distant de n’être rien que fiers rebuts.

 

Les uns Dame Fortune borde de satin,

De velours cramoisi nappe leurs chaumières.

Des autres Dame Malchance dès le matin,

Pousse au vent leur infortune coutumière.

 

Gloire aux vieux, cursus d’études à bon sort,

Les hissent au sommet des fières victoires.

Pauvres, ont ingéré le temps des risque-mort,

Pour survivre, sans sombrer dans leurs déboires.

 

Le charme des vies de nuit dans les boîtes,

Côtoie les délices gâtés dans l’outrance.

Pour gênés, rues coupe-gorges étroites,

Disette, pénombres mal famés, errance.

 

La fureur des rues gronde dur au soleil,

Prend la vie des bouseux et des cousus d’or.

La révolte a répandu son sang vermeil,

Démocratie gérée par les veaux d’or.

 

Dictature douce, le pouvoir des nantis,

Se joue insidieuse des impécunieux.

Toujours pauvres, dans la rue anéantis,

Bouges de brimades, sont toujours des pouilleux.

 

Il en est ainsi, dans tous les coins du monde,

Le fer contraint toujours les cruches en terre,

Qui braillent aux cieux leur nouvel air de fronde,

Les blâment en priant d’être vers sur terre.

 

 

 

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L'agonie de la culture

Dans la "Confession d'un enfant du siècle", Alfred de Musset s'exprimant sur l'état de la société après la chute de l'Empire, tient à peu près ce langage: le monde d'hier n'est plus tout à fait là. Le monde de demain n'est pas encore tout à fait arrivé. La maison d'hier est à moitié détruite, celle de demain est à moitié construite. Quand on foule le sol, on ne sait jamais si l'on marche sur des semences ou sur des débris.

 

Le Monde diplomatique en publiant le numéro 19 de sa collection "Manière de voir" intitulé l'Agonie de la culture? (1), rassemblait en septembre 1993 quelque trente articles publiés dans ses colonnes pendant trois années et traite précisément, dans le domaine de la culture, des semences et des débris. L'ensemble est un vrai cadeau de pensée, en ce sens qu'il constitue un travail exigeant d'élaboration et d'interrogations dialogiques sans fuite en avant comme sans frilosité. C'est une contribution à la véritable "problématique vivante" qu'est la culture aujourd'hui. C'est une façon de se démener pour que l'industrie établie de la culture et les institutions fossilisées n'étouffent pas le désir du divers. Il y a souvent dans cette livraison des auteurs qui savent se libérer de "leurs crampes mentales", pour reprendre une expression de l'incommode et immense musicien que fut Luigi Nono.

 

Il faut retenir plus particulièrement cinq articles symbolisant bien l'ensemble de la démarche, avec en leur centre une époustouflante réflexion de Félix Guattari: "Refonder les pratiques sociales". Partant du constat que l'humanité "tient d'autant plus à se rassurer que plus rien n'est assuré" et "reste hébétée, impuissante, devant les défis auxquels elle est confrontée", Guattari s'interroge un peu à la manière d'Angelopoulos dans son film le Pas suspendu de la cigogne: "Par quels mots-clefs pourrait-on faire vivre un nouveau rêve collectif?"; pour aussitôt dire: "Il ne s'agit pas seulement d'agiter les menaces, il faut passer aux réalisations pratiques." Et de traiter du monde machinique à repenser, du monde machinique conduisant à une mutation de la subjectivité, d'une démocratie machinique, d'une "démocratie écosophique" avec, en son coeur, l'option d'autrui, le recollement du corps avec la tête, un choix de responsabilités pour les générations à venir, une régulation de nature géopolitique et écologique, une nouvelle éthique de la différence conduisant à une politique des désirs des peuples. Comme beaucoup, il s'interroge sur la crise du sens, mais il la traite comme le jeune philosophe Yves Clot dans sa thèse "Le travail entre activité et subjectivité": c'est plutôt un sens en souffrance, un sens suspendu, la perte de sens comme autre face d'une anticipation. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: Félix Guattari silhouette les nouveaux liens sociaux.

 

Voilà qui est très important au moment où ils se décousent, comme l'écrit, avec profondeur et finesse, Alain Bihr en traitant de l'absence d'un ordre symbolique et de sa conséquence, "l'homme de ressentiment", dont on s'explique l'existence, mais qui n'a jamais rien construit. Donnée constante, notamment de l'histoire de France, que pointait déjà le 25 juillet 1789 Gracchus Babeuf dans une lettre à sa femme après avoir vu le premier défilé avec des piques portant des têtes. "Ma chère petit femme, écrivait-il, j'ai eu comme un malaise à cette manifestation. Regardant ces têtes, je me disais: Enfin, elles ne feront plus de mal; puis aussitôt je pensais qu'il avait fallu qu'il soit grand le mal qu'elles avaient fait pour que nous soyons amenés à en faire autant." Babeuf lançait là une idée rare encore aujourd'hui mais combien précieuse, celle d'écarter la culture de ressentiment.

 

Refuser la médiocrité comme destin

 

AUTRES articles de deux auteurs, véritables "skieurs au fond d'un puits" (Henri Michaux), le Français Armand Mattelart et l'Américain Herbert I. Schiller.

 

Le premier traite de la diplomatie des réseaux, de la société globale et de leurs débouchés, de la "liberté d'expression commerciale", et revendique un espace public transnational (pas supranational) dépassant à la fois le repli nationaliste et le marché monde.

 

Le second réfléchit sur la toute-puissance des marchands s'accaparant les nouvelles technologies, déréglementant tout et répandant le virus du consumérisme, conduisant à une société de surveillance, toutes réflexions capitales en ces temps où les grandes affaires veulent identifier culture et marchandise et substituer à la qualité du divers l'uniformité de la quantité. Comme si un fleuriste ne vendait qu'une fleur... Pas plus que Mattelart, Schiller ne succombe à l'impuissance démissionnaire et conclut: "Aussi dominant soit-il, le monde des affaires ne pourra maintenir indéfiniment sous sa coupe la créativité de l'homme."

 

Précisément Eduardo Galeano, dans "Etre comme eux", se demande "si le seul rêve désormais permis aux citoyens du Sud serait le cauchemar d'un développement qui méprise la vie et adore les choses". L'écrivain uruguayen nous donne envie d'écrire rapports Sud-Nord au lieu de rapports Nord-Sud. En juillet 1988 à Santiago encore sous Pinochet, j'ai écouté ce même homme dire à "Chile crea" (états généraux de la culture du Chili): "Refusons la médiocrité comme destin. Il faut nous compromettre avec la personne humaine." Mots splendides, osés, sous la dictature Pinochet, et qui contribuèrent à la faire chuter. Je me souviens aussi du peintre José Balmès, qui eut le premier l'idée de "Chile crea" et qui, devant les hésitations compréhensibles de quelques-uns de ses amis, leur déclara: "Si ce n'est pas moi, alors qui? Si ce n'est pas maintenant, alors quand?". Et si ici chacune, chacun faisait de même contre les injonctions du GATT, ce vieil organisme déjà bâtard à sa création en 1948, voulant imposer aux oeuvres culturelles les règles du "marché des marchandises" "sans conscience ni miséricorde" (Octavio Paz) et tentant ainsi de mettre un verrou à l'avenir!

 

Ce dossier du Monde diplomatique auquel il manque peut-être un ou deux articles d'un Michel Verret comme "Où en est la culture ouvrière aujourd'hui" ( Sociologie du travail, n° 1, 1989) ou comme "Les alphabets de la culture" ( Elan, cahiers n° 1-2, janvier-février 1990), est de la belle munition riche de pensées-passerelles pour l'en-commun des hommes, l'essence même de la culture.

 

(1) "L'Agonie de la culture?", Manière de voir n°19, septembre 1993.

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12272746858?profile=original"Le voyage du condottiere" est un récit en trois parties d'André Suarès (1868-1948), publié à Paris chez Cornély en 1910 ("Vers Venise") et chez Émile-Paul en 1932 ("Fiorenza" et "Sienne la bien-aimée").

 

Vers Venise. A trente-trois ans, Jan-Félix Caërdal, le Condottiere de la beauté, se passionne pour l'Italie. Son besoin d'action s'accomplit dans la contemplation esthétique. Musicien des âmes, il découvre dans l'art l'expression de sa double postulation pour l'héroïsme et la sainteté. Après Bâle, où Holbein trahit son athéisme accompli, Milan grouille d'une vie pleine d'énergie. Léonard de Vinci transfigure la réalité par le symbole: chez lui, la forme donne vie à l'être. Les villes italiennes expriment les passions de tout un peuple: berceau de Monteverdi, l'ardente Crémone s'enivre de mélancolie; la chartreuse de Pavie dresse son décor compliqué; Parme et son monotone Corrège, infidèles à l'esprit de Stendhal, et la sombre Mantoue déçoivent. Passé Vérone, emplie du souvenir de Juliette, c'est Padoue et saint Antoine, terrible ascète; Venise arachnéenne, figure de son désir! Plénitude de Saint-Marc! Ravenne la Byzantine concentre des joyaux de lumière et ouvre les portiques des pins vers l'Adriatique. Franchir le Rubicon, posséder la terre... Le voyage est action, comme l'homme: saisi par une insatiable fureur de vivre, le Condottiere mène campagne dans le monde de la beauté.

 

Fiorenza. Gênes la magnifique, Pise l'irréelle incarnée, Lucques... Toutes ces villes s'ouvrent comme des livres merveilleux à qui connaît leur histoire. Florence inspire une émotion épurée. Que de génies! Donatello féconde les formes, Fra Angelico invente une beauté surnaturelle, Vinci approche l'absolu, Botticelli crée des lignes exquises. Et Giotto, et Michel-Ange, éternel titan... Mais Machiavel et son naïf système, Dante et son adulation aveugle de la Rome antique l'ennuient. Florence semble un musée, un roman où l'on cherche ses enfants; adieu, donc. Quel mérite y aurait-il à tout admirer?

 

Sienne la bien-aimée. Tous deux natifs d'Ombrie, le peintre Piero della Francesca incarne le Verbe et saint François d'Assise dispense un amour empreint d'une charité adorable. Enfin le voyageur atteint l'objet de son désir, Sienne, la parfaite, qui prend la forme de son attente. Plus ancienne que Florence dans la quête de la beauté, elle touche au sublime dans l'équilibre des proportions. Catherine s'y brûla dans une foi ardente. Guido Riccio enseigne au Condottiere l'"ardente sérénité" et l'accomplissement dans le silence: la suprême beauté naît de l'harmonie entre soi et le monde. C'est ici que la beauté comble l'attente de l'amour. En quittant Sienne, le Condottiere emporte avec lui une ville dont il ne sera jamais absent.

 

Le Voyage du Condottiere témoigne d'une immense culture artistique, héritée de nombreux voyages en Italie et mise au service de l'initiation à la beauté et, par voie de conséquence, à l'absolu. Le narrateur évoque la quête du condottiere moderne, double de lui-même: au travers de la contemplation passionnée des oeuvres d'art, il épuise le patrimoine culturel du quattrocento et du cinquecento italiens pour aller vers la connaissance de soi. Reniant l'héritage de Rome, sa démesure vulgaire, il tente d'approcher le spirituel au travers de la sublimation des formes: l'art invente une harmonie suprême, miroir des âmes, accomplissement de l'idée. Aussi le voyage en Italie s'impose-t-il comme un prétexte à la quête de soi. Du multiple, il conviendra d'extraire l'essence de la beauté: le Condottiere la trouve à Sienne où l'esthétique renonce à toute emphase et exprime l'amour épuré de tout narcissisme. Florence, Venise, Sienne constituent la trinité secrète, les trois pôles de son désir; il s'y promène comme il étreindrait un corps de femme et de cette union, de cette symbiose du corps et de l'esprit, naît la conviction d'une prédilection pour la cité ombrienne. Puisque les villes expriment l'âme d'une époque et d'un milieu, le choix de l'une d'elles révèle les déterminations inconscientes du héros: tel un nouveau Pâris, le Condottiere décerne le prix de la beauté à Sienne, sublimation du projet esthétique. Il y rencontre son maître le condottiere Guido Riccio, qui, aux armes préféra l'accomplissement de soi dans la passion.

 

Ce projet métaphysique ne peut se réaliser qu'au terme d'une investigation complète de toutes les formes d'art. Musique, poésie, architecture, sculpture, peinture: toutes les Muses sont convoquées pour retracer l'itinéraire d'une Italie transformée en un immense musée vivant. Dans un style classique qui ne répugne pas à l'exaltation mais qui sait frapper par ses formules, l'auteur explore avec minutie et exhaustivité tous les musées, toutes les églises, tous les hauts lieux touristiques pour les constituer en témoins d'une humanité pensante. Le passé s'impose comme la source d'une compréhension intime du présent; il se confond avec lui et lui donne sa richesse, car Suarès mène de front les études de moeurs et les analyses esthétiques. Aussi, à chaque pas, les vieux murs évoquent-ils une figure disparue, des personnages historiques fixés dans l'imaginaire collectif par la légende comme saint Antoine de Padoue, saint François d'Assise, sainte Catherine de Sienne; des artistes sublimes dont la science d'un auteur esthète restitue le visage, l'histoire et la technique, au travers d'évocations très fouillées de leurs créations... Ainsi, saisie entre son passé et son présent, l'Italie vit d'une existence à part entière sous la plume de Suarès, dont le héros de fiction incarne le conquérant des temps modernes, l'esprit à la recherche d'une beauté vivante. Il faut épuiser le champ de tous les possibles pour atteindre l'absolu. Certes, le lecteur éprouve souvent quelque lassitude, comme accablé par les descriptions incessantes des trésors italiens, et l'impression diffuse de compulser un guide touristique relevé par les notations très justes d'un exceptionnel amateur d'art. Mais, l'ensemble demeure un témoignage singulier d'un amour total pour une humanité en quête d'elle-même au travers d'un dépassement du réel. Décrivant l'Italie, Chateaubriand y projetait sa propre figure. Stendhal évoquait l'Italie qu'il rêvait. Suarès tente de convoquer toutes les figures du génie pour alimenter le feu de sa passion.

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L'arbre (La même source d'inspiration)

 

 

                           L'ARBRE

 

La rue descend au loin, elle a un aspect sale,

Elle est pleine d'enfants, mais tous venus d'ailleurs

Qui au printemps s'égaient, déguenillés et pâles

Sur les pavés luisants de douteuses lueurs.

 

Mais là, tranchant sur la tristesse des murs gris,

Un bel arbre, tout vert, met une tache claire.

Par-dessus la clôture il chante et il sourit

Car de toutes ses branches jaillit une lumière.

 

Soudain dans le ciel bleu, par-dessus les toits noirs,

Passe un nuage blanc  tout chargé de beaux rêves,

Et les petits enfants y mettent leurs espoirs

D'un avenir meilleur et d'une vie moins brève ...

 

Que la blanche sève qui coule doucement

Dans le bel arbre vert qui au loin resplendit,

Mais pour un temps très court, un printemps seulement,

Dans un ciel pur et clair ....

 

au-dessus des murs gris.

 

Quivron Rolande (E.L. Delmeira)

Extrait du recueil "Parallélismes" Altenloh1970

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Caniveau

 

 

 

   CANIVEAU

 

Il pleut

 

Pourriture du caniveau

Dedans, un chien crevé.

 

Des enfants oiseaux pépient,

remontent la rue :

"Eh ! Regardez .... un chien crevé"

 

Plane un silence

La rue devient attentive

Des enfants, sagement,

en rang par deux

se tiennent par la main

s'égrènent lentement.

                

Des enfants migrateurs

 

Ils grandissent

Enfants de rue

Enfants poubelles

Poubelles du caniveau.

 

 

Ils grandissent

Se bousculent

Rêvent ....

"Atteindre le POUVOIR ?"

                                      POUVOIR MOUROIR

 

IL PLEUT

 

La rue s'épanouit

 

Pourriture du caniveau

Dedans ... un chien humain.

 

"Eh ! Regardez, un chien humain ... il crève"

 

Ils passent sagement, en rang par deux

se tenant par la main.

 

Les yeux de la rue deviennent souffrance.

 

SILENCE

 

Rolande Quivron (E.L. Quivron-Delmeira)

 

(Paru dans la Revue du Grenier Jane Tony "N° 264") Modifications le 29.O7.2011

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