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La pie

La pie est un oiseau

Qui convoite le beau.

Elle aime garnir son nid,

Pour élever ses petits,

 

De mousse, de brindilles

Et de tout ce qui brille :

Une pièce trouvée,

Une bague volée,

 

Aluminium oublié,

Objets pour se mirer,

Faire de son nid douillet

Un splendide palais.

 

Dans la fourche d’un arbre

Dont les branches se cabrent,

Elle construit sa maison,

Le vent au diapason.

 

Il ressemble à une boule,

Ça doit la rendre saoule

D’être perchée là-haut,

Plantée comme un drapeau.

 

Ces chers petits lotis

Dans ce très joli nid

Sont protégés d’un toit

Et traités comme des rois.

 

Cet oiseau noir et blanc

Fait aussi le printemps.

J’aime bien l’observer

Et l’écouter crier.

 

La pie est une bavarde,

Aujourd’hui, il me tarde

De l’entendre jacasser

Avant de s’envoler.

 

En oiseau justicier,

La pie n’est pas aimée

Car elle détruit les nids

Des passereaux mal construits.

 

Deneyer Viviane 21/07/2011

 

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Un combat qui se termine bien

 

Je vous invite à la découverte d'une historiette, inspirée des temps lointains où j'habitais rue des Tanneurs, à la porte des Marolles.

 

 

Cette fois, Antonino en avait assez ! Il poussa brutalement la porte de la remise et donna un coup de pied dans une cage à poules vide.

 

Après le grand soleil du dehors, on y voyait à peine.  Une âcre odeur de poussière et de vieilles choses prenait à la gorge.  Le garçon passa  la  main dans ses boucles drues et écarquilla les yeux. Il aperçut enfin, appuyée au mur du fond, ce qu'il cherchait : une voiturette de glacier, ornée de bouts de miroirs et dont chaque flanc portait sur fond crème un paysage italien.  Le décor lui faisant face représentait le Vésuve couronnant la baie de Naples, du moins pouvait-on présumer que l'artiste n'avait pas voulu évoquer autre chose.

 

Antonino s'approcha et resta en suspens, étourdi par une brusque bouffée d'enfance. Il lui suffisait de fermer les yeux pour revoir les autres panneaux.  Né impasse du Fauconnet, en plein cœur des Marolles, dans le fumet victorieux des caricoles, il avait appris la géographie de l'Italie en interrogeant ce quadruple visage. Aussi à ses yeux le pays de ses pères tenait-il tout entier dans un panorama de Naples, les fontaines de Rome, le palais des doges et l'échelle de soie de Roméo suspendue au plus charmant balcon de Vérone.  Ces naïves illustrations l'avaient gardé plus italien que les tomates frites et le chianti du dimanche.

 

Attendri, Antonino effleura d'une main frémissante le panache du Vésuve, la retira noire de suie et l'essuya au fond de son pantalon.  Par petites secousses maladroites il fit pivoter la voiture.  Lorsqu'elle fut dans la bonne position, face à la porte qui béait à quelques mètres, il lâcha les poignées pour se signer.

 

Si, après tant d'années d'abandon, la voiturette allait s'effriter avant de quitter son abri, son rêve tomberait de même en poussière.  Mais elle se contenta de gémir, coquetterie bien légitime à la fin d'un si longue relégation.  Cette plainte insolite attira la maman d'Antonino au seuil de la cuisine.  Elle resta interdite un instant puis se détendit comme un ressort.

-         Tonio, je t'avais défendu ! La voiture de papa ! Ah ! tête de mule !

 Si la mama l'avait osé, elle aurait giflé son fils, mais il avait dix-huit ans et en qualité d'aîné, la mort du père l'avait sacré chef de famille.  Antonino devina le combat et la considéra d'un œil terrible.  Il ne fallait pas, oh non, il ne fallait pas lui permettre d'arriver à cette extrémité.  Le moyen, pour un garçon giflé par sa mère, d'affirmer qu'à dater de ce jour, il agira en homme, sans se soucier des lamentations féminines ?

La main de la mama retomba dans son tablier et des larmes d'impuissance lui vinrent aux yeux. Antonino se fit câlin.

-  Aide-moi donc à la nettoyer.  Regarde ! Elle est encore toute belle.

La mère alors prit sa revanche.  Elle écarta le jeune homme d'un coup de coude.

-  Laisse donc. C'est mon affaire.  Papa n'aurait pas permis que tu y touches.

Et elle se mit en devoir de récurer la voiturette.  Antonino, autorisé à l'aider, transportait les seaux, rinçait l'éponge et la peau de chamois.  Le nettoyage terminé, tous deux se recueillirent.  Débarrassée du fard de la poussière, la peinture apparut fort écaillée.

    -  Je la repeindrai, fit Antonino avec ferveur.

- Et le Vésuve, tu vas donc peindre dessus et Juliette à sa fenêtre, ce n'est pas possible,   voyons, dit-elle, tout en s'essuyant les yeux du coin de son tablier.

- Alors je ferai des retouches de mon mieux.

Un silence religieux se maintint durant quelques minutes.  La mama le rompit la première.

- Tu vas vraiment t'en servir ?

- Oui, fit Antonio d'une voix forte et le torse bombé.  Je veux reprendre le métier de papa. Je ne veux plus ressemeler des chaussures dans une échoppe puante.  Je veux le soleil et le ciel bleu et… gagner de l'argent.

- Mais, que dira Angelo ?

- Je n'ai pas de comptes à lui rendre, fit-il d'un air à la fois troublé et résolu.

 

Quelques jours plus tard, Antonino quittait l'impasse en poussant la voiturette, toute proprette et fringante sur ses roues bien huilées.  Les cuves étaient lestées de crème glacée que la maman, en l'absence de matériel perfectionné, avait préparé à l'ancienne mode, dans des cuveaux garnis de gros sel.  Ensuite, un fichu jeté sur les cheveux, elle s'était rendue à l'église brûler un cierge.

 

Elle avait fait de même le jour où Antonino était entré comme apprenti chez le cordonnier et elle devait bien reconnaître que cela n'avait pas servi à grand-chose.  Raison de plus pour tenter d'amadouer le Seigneur cette fois-ci.

 

Quant à Antonino, il était debout depuis l'aube et se rongeait les ongles d'impatience.  Il avait vu le ciel prendre des tons fondants de sorbet et s'azurer, il avait assisté à  l'apparition du soleil. Sur le coup de dix heures, il sentit qu'il ne pouvait plus reculer.

 

La première personne qu'il rencontra fut Angelo. Celui-ci dévalait la rue, campé d'un air si hautain sur le siège de son tricycle qu'il semblait chevaucher un destrier.  A la hauteur d'Antonino il ralentit et se pencha vers lui, comme s'il doutait du témoignage de ses yeux puis, d'un coup de pédale impérieux, il accéléra sa descente.  Au bas de la rue il stoppa et attendit, les bras croisés sur la poitrine et il lui reluisait au soleil comme une paire de bottes bien cirées.

 

Le conducteur du Vésuve n'avait pas assez de toute sa présence d'esprit pour retenir sa voiturette qui tintinnabulait gaiement sur les pavés en pente raide.  En novice il ignorait encore comment freiner d'un coup de rein.  Il réussit pourtant de justesse cette première épreuve.  Arrivé près d'Angelo, il s'apprêta à affronter courageusement la seconde.

 

La chair trop bien nourrie d'Angelo et ses petits yeux noirs brillants comme des boutons tout neufs baignaient dans la lueur dorée du vélum en plastique jaune de son tricycle.  Il souriait aimablement.  En glacier moderne, il avait opté pour la traction à essence et de même qu'il avait relégué le joli parasol à raies rouges, il s'était prononcé pour les colorants et la crème minute.  Sa clientèle était nombreuse, son commerce prospère, son crédit auprès des jeunes filles illimité, il avait donc tout lieu d'être content de lui.

 

- Heureux de te voir, Antonino ! Tu es en congé ?

- C'est fini, le cordonnier, fit l'autre avec défi.

- Tiens ! Et pourquoi ?  C'est pourtant un bon métier. Mais pour ce qui est de ça, tu as pris la bonne décision, reprit-il en pointant l'index sur le Vésuve.

- C'est vrai ? fit Antonino avec émotion, voyant poindre une imprévisible entente cordiale.

- C'est sûr ! Au Vieux Marché, tu en auras bien cinquante balles.

    Sans attendre la réponse, il poussa sur le démarreur et s'éloigna en rigolant.

- Je te ferai voir de quel bois je me chauffe, hurla Antonino, en tendant le poing. 

    Et, saisissant sa trompette de cuivre, il y souffla rageusement.

 

   La première heure il ne vendit rien.  Soit qu'il suivît de trop près son rival, soit qu'il signalât sa présence avec trop de modestie.  Chaque fois qu'il était sur le point de sa décourager, il se répétait : Voici une semaine je faisais fondre de la poix sur le réchaud du vieux Léon.  Alors sa poitrine s'élargissait pour mieux humer l'air de la rue et le feu sacré se rallumait.  Son premier client fut un tout petit garçon costumé en cow-boy qui s'enfuit sans payer.  Cet incident l'inclina à témoigner à l'amateur suivant une méfiance exprimée carrément en ces termes : Fais voir tes sous !  La mère sortant d'une épicerie, surprit l'injonction et la prit en mauvaise part.  Antonino s'entendit traiter de gangster et de sale macaroni.

 

Une sortie d'école lui offrit enfin une chance.  Ensuite il cassa la croûte dans un petit café, assis près de la vitre, pour surveiller son bien et de peur de laisser échapper un client.  Cette journée décisive se passa ainsi vaille que vaille, dans des alternatives d'abattement et d'enthousiasme.  Vers le soir, Antonino stoppa dans une petite rue déserte et se mit en devoir de vider ses cuves, afin que sa maman crût que les choses s'étaient passées au mieux. Pendant ce temps il rêvait d'un petit salon de consommation, à front de rue, garni de miroirs et beaucoup plus luxueux encore que celui d'Angelo… Ce satané Angelo qui lui gâtait ses espoirs et apparaissait aux quatre coins de ses rêves glorieux, comme l'ange de Dieu veillant au seuil du Paradis Terrestre.

 

Cette nuit-là Antonino eut une indigestion et se promit de n'être plus jamais obligé de consommer lui-même sa marchandise.  Ce qui ne l'empêcha pas, le lendemain, dès dix heures, de surgir de l'impasse, non en bleu intimidé mais en combattant prêt à tout.  Sondant la rue d'un regard agressif, il aperçut son rival qui enfourchait son tricycle.  Ils étaient trop bien synchronisés pour ne pas y lire un signe du destin.  L'un des deux était de trop ! Angelo fondit du haut de la rue et rasa de si près le gêneur que l'intention de détruire le Vésuve et sa cargaison était manifeste.  Les deux garçons serrèrent les mâchoires en silence.

 

Le duel à mort devenait inévitable mais les pensées guerrières d'Antonino s'évanouirent comme un souffle de vent, à la vue d'une jeune fille en robe d'organdi rose qui surgit au coin de la rue et monta à sa rencontre en balançant les hanches.  Elle lui souriait.  Ravie de commencer la journée par une cliente si accorte, il s'apprêta à prendre la commande mais la fille se contenta de chantonner en passant : Bonjour, Antonino. Puis elle éclata de rire et poursuivit son chemin, sans se retourner, laissant notre ami ému, bouleversé.

 

Qui était cette belle inconnue qui, pourtant, semblait le connaître ?  Une payse à n'en pas douter, débarquée depuis peu de la mythique Italie.  Sa voix chantante confirmait ce que son physique indiquait si bien.  Pas très grande et potelée, la fille avait le teint brun, les cheveux noirs et annelés massés en chignon, l'œil étincelant sous le long sourcil de jais et ses lèvres charnues découvraient des dents éblouissantes.

 

Antonino regrettait fort de n'avoir pu mettre à profit la rencontre.  Il aurait pu… offrir une glace à la jeune fille… Lui demander son nom… Si elle était nouvelle venue dans le quartier ou si elle ne faisait qu'y passer.  Et même, avec un peu d'audace, lui fixer rendez-vous.

 

Son imagination échauffée ne se fixait plus de limites et il n'était pas loin de croire que s'il l'eût voulu, il  n'est rien qu'il n'eût obtenu de cette sirène en rose.  Il faisait une chaleur accablante et peu à peu la veste craquante d'amidon du garçon mollissait aux aisselles.  La sueur perlant sur son visage, il poussait sa voiturette comme en rêve par les rues étroites et ombreuses et il avait soif d'amour et d'eau fraîche.  Il allait, la tête bourdonnante de roman et de soleil, hanté par la voix chaude qui avait si bien prononcé son nom.  Sans y prendre garde il en changeait l'intonation, la gonflant de langoureuse tendresse.  Il allait à pas incertains, ne se souvenant de rien, ni du Vésuve au fond duquel la crème glacée commençait à fondre, ni d'Angelo, ni de ses ambitions marchandes.  Aussi récolta-t-il sans s'étonner la nuée de clients qu'il avait cherchée la veille avant tant d'âpreté.

 

A midi il lui fallut rentrer chez lui pour se réapprovisionner.  Pendant qu'il se reposait, les coudes sur la table, dans la fraîcheur de la petite salle au parfum d'ail et de savon noir, la mama vint tourner autour de lui comme un frelon, grasse et sombre, sans se douter qu'elle dissipait aux yeux de son fils un ravissant nuage rose.   Toute frémissante d'agitation, elle brûlait d'envie de conseiller son fils, de le seconder de son mieux puisque la chance semblait lui sourire.  La pincée de billets jetés sur la table par Angelo avait réveillé dans ses os une soif éteinte depuis longtemps, faute de pouvoir s'épancher.  Elle s'était rappelée les bons jours où son mari faisait choir dans la maison une pluie de piécettes qu'elle empilait avec tant de plaisir, avant de les ranger dans une vieille boîte à biscuits.

 

- Tu sais où tu devrais aller ? Dans les jardins de l'Albertine. Il y a des enfants qui jouent là tout l'après-midi.  Ca t'en ferait de la clientèle !

- J'y avais pensé, assura Antonino, pourtant incapable depuis la rencontre du matin d'une pensée mercantile.  Là-dessus il se leva et se remit en route, renouant avec ravissement le fil arachnéen de sa rêverie.

 

A cette même heure  Angelo venait, comme à l'accoutumée, de prendre possession de l'esplanade de l'Albertine et, laissant venir à lui les gamins, il leur distribuait d'un geste rond de semeur cornets et galettes.  Tout allait à merveille quand il aperçut Antonino et sa voiturette.  Il s'immobilisa.  Ses petits yeux brillèrent comme des couteaux qu'on aiguise et, son cou se gonflant de colère, son bouton de col sauta.

 

Possédait-il un tricycle, un salon de consommation, maintenait-il depuis cinq ans sur la rue du Faucon et extensions le monopole de la crème glacée, pour supporter qu'un apprenti vînt chasser sur ses terres ?  Il se dressa sur ses pédales comme un  coq sur ses ergots, son visage prit une teinte violacée.  Ses bras battirent et retombèrent le long de sa veste avec un claquement menaçant, ses yeux dardèrent un rayon mortel et sur le ruban de sa casquette le soleil alluma un reflet d'incendie.

 

Mais Antonino s'en fichait bien !  Il venait d'apercevoir, se prélassant sur un banc, la jeune fille à la robe rose.  Sa vue se troubla et il lui dédia un tremblant sourire.  Elle le lui rendit et lui fit un signe amical de la main.  La joie cloua le garçon au sol quelques instants.  Cela suffit pour déclencher le drame.

 

L'orage est souvent le fruit des jours les plus aimables et les plus bleus et l'événement s'annonça de la plus gracieuse façon.  La fille se détacha du banc comme une lourde fleur ployant sur sa tige et, ondulante, elle glissa vers son admirateur.  Celui-ci ouvrit d'un geste large ses deux cuves, heureux si elle acceptait d'y plonger les deux mains.  Tel un moineau lissant ses plumes au bord de la fontaine, elle avait en s'avançant de petits mouvements de tête qui mirent des ailes à l'amoureux.

- Te voilà, Antonino.  Donne-moi donc une boule à la vanille.

 

Mais Angelo était descendu de son perchoir.  Cette fois il suffoquait.  Il bondit comme un tigre, saisit la jeune fille par le bras et la rejeta au loin.  Ensuite son poing s'écrasa sur le nez d'Antonino.  Eberluée, la victime poussa un rugissement de rage.  L'amour, la jalousie, la rivalité commerciale, l'humiliation, la colère l'anéantirent puis, le soulevant aux cheveux, le jetèrent dans la bataille comme un tourbillon. 

 

Mais si Antonino était léger et souple et porté par la passion, Angelo était un lourd taureau de combat, rompu à la lutte et aux méchantes ruses et, tenant son adversaire sous le marteau-pilon de ses poings, il semblait vouloir le réduire en poussière.

 

Maria qui vivait le moment le plus glorieux de son existence poussait des cris aigus en trépignant.  Deux agents arrivèrent enfin au petit trot et séparèrent les combattants mais à ce moment Antonino gisait déjà, saignant et meurtri, à côté de sa voiturette, tandis que Maria sanglotait à ses pieds, agenouillée et repentante comme une Madeleine.

 

Il fallut transporter le blessé à l'hôpital.  Pieusement Maria reconduisit elle-même le Vésuve impasse du Fauconnet.  L'agresseur s'en fut passer quelques heures à l'ombre, destin digne d'envie par une journée aussi chaude.  Pendant ce temps l'agitation grandissait dans les deux familles par les bons soins de Maria, courant d'une mère à l'autre, avec une vélocité remarquable.

 

Tantôt elle épouvantait sa tante, mère d'Angelo, en lui peignant son fils dans les griffes de la loi, tantôt elle faisait pâmer la mère d'Antonino, en lui représentant son rejeton sanglant et inanimé sous le scalpel.  Tantôt elle émouvait l'une et l'autre en psalmodiant que les deux garçons avaient failli s'entre-tuer par sa faute.

 

Enfin tout ce bouillonnement retomba et les trois femmes revinrent à la réalité.  La convergence de leurs intérêts les mit d'accord et, chargées de présents, elles s'en furent à l'hôpital.  Antonino était allongé sur son lit, bien sage dans ses bandelettes, fatigué et la tête sonnante.  Le trio entrant sur la pointe des pieds le tira de sa torpeur.  Il crut d'abord rêver et se sentit mal à l'aise, comme s'il devinait que ces trois femmes, les deux noires et la rose, allaient changer son destin, comme des fées prêtes à se pencher sur lui pour marmonner des charmes.

 

La triple apparition s'approcha de son lit.  D'abord sa mère avec un sachet de reines-claudes  puis Maria, les bras encombrés de magazines et, enfin, la plantureuse mère d'Angelo, toute souriante sous ses fortes moustaches, et tenant à deux mains une énorme grappe de raisins ambrés.

 

Alors Antonino connut qu'il ne rêvait pas.  Sa maman se précipita sur lui, le tâta et le mouilla de ses pleurs.  Ensuite, rassurée de le sentir chaud et vivant, elle se laissa tomber sur une chaise et se signa.

 

Puis Maria entra en lice.  Elle se saisit de la main du blessé et, roucoulante, lui demanda pardon.  Elle s'informa en tremblant s'il ne souffrait pas trop.  Antonino se serait volontiers fait hacher menu pour vivre un tel moment.  Aussi fut-il trop heureux de se déclarer nullement offensé et tout à fait dispos.

 

- Mais Angelo ? Il est à la police à présent !  C'est ma faute ! Comme je le regrette ! J'ai voulu taquiner mon cousin, le faire mousser en allant te parler et tu vois ce qui est arrivé.  Promets-moi que tu ne porteras pas plainte, que tu prendras tout sur toi si on t'interroge. Fais-le pour moi et pour ma tante qui est désespérée.  Angelo fera la paix avec toi, c'est juré.  Il te laissera tranquille.

 

Antonino fit un signe d'assentiment.  Bien sûr il était déçu d'apprendre que Maria n'avait été gentille avec lui que pour mortifier Angelo mais il demeurait avant tout sensible à une tendre pression de main, au point d'oublier la brûlure des ecchymoses.

 

Les deux mères poussèrent un profond soupir de bonheur.  Celle d'Angelo déposa enfin sa grappe de raisins sur le lit et eut un sourire tout gonflé de reconnaissance. 

  

Impuissant et superbe, Antonino flottait entre deux eaux, dédaigneux de savoir quel coton lui filaient les trois Parques penchées à son chevet.  Amoureux et l'esprit envolé, il sombrait dans le sommeil, seulement relié au monde des vivants par la paume tiède qu'il continuait à serrer.

 

                                                                                                       MARCELLE DUMO NT

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Le mythe de l’arc-en-ciel

Le mythe de l’arc-en-ciel

Antonia Iliescu

            Au commencement, avant le verbe même, fut l’amour. Il jaillit du cœur du Grand Peintre, qui habitait des cieux bleus, limpides et lointains. Il surgit comme un rayon de soleil rebellé par la monotonie d’une brillance trop étroite, toujours dans un même bouquet. Le rayon s’est envolé aveugle et aveuglant, tout droit vers le cœur le l’homme qui n’avait pas encore connu l’amour. Le Grand Peintre voulait lui en faire un cadeau. Mais celui-ci cria:
            - Arrête! Il y a trop de lumière. Je ne vois plus rien et je ne sens qu’une brûlure qui me fait mal. C’est ça ton cadeau? ! Tu peux le garder pour toi.
            Le mortel a couvert ensuite son âme avec des plaques lourdes d’ombre, qui tenaient son cœur enchaîné. Le rayon impuissant revint humblement dans le cœur d’origine, en demandant pardon. Mais l’inclémence fut amère. Le Grand Peintre l’a écrasé avec la foudre du ciel. « A quoi sert la lumière si elle n’apporte que l’aveuglement  et n’est pas capable de remplir l’obscurité de l’homme ? »  Avec haine Il frappa Sa propre lumière. Le rayon se cassa alors en sept morceaux et chacun avait une autre couleur. Pour parler à l’homme, le Grand Peintre choisit la couleur rouge, car il aimait passionnément toute chose qu’il avait créée :
             - Si tu n’acceptes pas mon don et si tu ne réponds pas avec le feu du sang, avec les flammes pourprées de l’enfer, avec la pureté des pétales rouges des roses, alors je mourai dans le ciel et ce sera dommage. Je suis né de lumière et je m’y suis arraché uniquement pour toi, pour te montrer la couleur de l’amour. Ne la chasse pas, ne l’éteins pas et n’essaye pas de la diluer. C’est la couleur de ma passion et je te la donne. La voici !
            En disant ceci il jeta dans le ciel la couleur qu’il cachait dans son poing serré. Soudainement un cercle rouge comme le sang est apparu à l’horizon  qui demeura suspendu et humble, comme un homme voûté qui mendiait pardon. L’homme ébahi a levé ses yeux vers le ciel : - Quelle beauté ! Un arc de feu qui m’enveloppe dans des flambées rouges, ardentes. C’est quoi ça ? Et à quoi ça pourrait servir ?
            - C’est l’amour. – a répondu Le Grand Peintre. - Tu verras toi-même à quoi il est bon si tu ouvres ton cœur pour y recevoir sa chaleur.
            L’homme dit alors :
            - Il est trop grand ton amour et ma passion serait insupportable. Tes dons me font mal. Je ne peux pas les endurer. Le rouge est trop rouge et mon sang me brûle.
            Le Grand Peintre versa quelques larmes sur le cercle de feu. Et là où tombèrent ses larmes de lumière, le rouge devint orange.
            - Tu es content maintenant, homme ? Peux-tu sentir mon amour ? Es –tu prêt à le recevoir?
            - Il est trop chaud ton amour, il me brûle. Je ne le comprends pas. Va-t-en avec ton cercle et laisse-moi tranquille, dans mon obscurité. Je ne veux pas de toi ! Ni de tes dons. Tu me fais souffrir.
            Mais Le Grand Peintre n’écoutait pas ce que l’homme lui disait. Il continuait à travailler en silence, avec application et patience, pour vaincre Le Grand Obscur. Il a pleuré encore pour l’ignorance et la dureté du monde qu’il avait fait un peu trop vite. Mais il a pleuré d'avantage pour sa propre douleur, quand, pour la troisième fois, il dut réduire sa brillance pour pouvoir se faire un peu de place dans le cœur étroit et obscurcit de l’homme. Et les dernières larmes versées sur le cercle orange, gardé à l’extérieur par celui de feu, ont fait naître un troisième cercle, jaune et lumineux, qui exprimait le mieux la joie et le triomphe de l’amour, l’ouverture de l’esprit de l’homme vers le monde.. Les trois cercles concentriques se dressaient victorieux dans le haut du ciel, au-dessus des ténèbres de l’homme, sans pour autant les éteindre. L’homme était toujours mécontent :
            - Garde tes cercles ! Je n’ai pas besoin d’amour. J’ai tout ce qu’il me faut. Voilà, j’ai les forêts vertes et les fruits doux et multicolores et le ciel bleu et le soleil. Je ne peux pas le regarder, c’est vrai, mais sa chaleur me suffit. J’ai tout ce qu’il me faut pour être heureux. Pourquoi me faudrait-il l’amour? Et de toute façon, tout ce que j’ai ici, sur la terre est beaucoup plus beau et plus utile que tes cercles gribouillés inutilement dans le ciel.
                Alors Le Grand Peintre a cessé de pleurer. Il a pris une poignée du vert des forêts, pour que l’homme puisse espérer au besoin. Et il en a fait encore un cercle qu’il a placé soigneusement à côté des autres. Ensuite, il mouilla son pinceau dans le bleu du ciel des eaux, en  modelant un autre cercle, le maillon nécessaire pour donner à l’amour un peu de poésie. Il le rangea à côté de celui de l’espoir. Finalement Le Grand Peintre a encore travaillé artistement deux cercles dans les couleurs des safrans des fleuristes de printemps et d’automne, indigo et violet. Ces couleurs promettaient à l’homme l’ascension par amour, jusqu’au rang de Dieu. Contant, Il regarda son œuvre :
                - Je vais le nommer arc-en-ciel. J’espère cette fois-ci qu’il plaira à l’homme. Surtout parce que je n’ai pas ajouté le cercle marron, pour que la sagesse n’entrave l’élan du cœur. Maintenant mon œuvre a tout ce qu’elle lui faut pour exprimer l’amour, sans trop brûler, sans blesser ou aveugler. Il a des couleurs chaudes et des couleurs froides. Il peut les mélanger et les doser tout seul, selon son propre désir. J’y ai mis toutes les couleurs des paroles qui expriment l’amour dans le langage et le rythme de son cœur. Le vide qui a laissé en moi le rayon rebelle me fait mal, car j’ai dû tuer sa lumière pour en faire des débris colorés, pour que l’homme me comprenne. Mais lui est une partie de moi, tel que le rayon fut une partie de Ma Force. Je vais sûrement le récupérer au fil des siècles, si l’être humain comprend mon message… Et disant ainsi, Le Peintre brisa le cercle de feu multicolore en deux parties égales. L’une fut jetée sur la terre, sur le chemin de l’homme et l’autre fut mise dans son cœur. Qui sait quand il en aura besoin ? … Mais le mortel, voyant la merveille, dit :
            - C’est beau ton arc-en-ciel, vraiment beau. Je peux le regarder sans souffrir, ses couleurs ne me font plus de mal, au contraire, je les trouve belles. Mais je ne vois pas sa raison d’être. Pourquoi t’es-tu donné autant de peine pour si peu ? Et regarde, il n’a duré que le prix de quelques minutes. Une demi-heure peut-être… Mais c’est peu. Tu t’es donné trop de mal pour quelque chose de tellement éphémère..
             Le Grand Peintre trouva cette fois-ci que l’homme avait raison. Il se creusait la tête : comment pourrait-il redonner à ce merveilleux jouet céleste, sorti du profond de son être démiurgique, sa fonction originaire ? Et surtout comment pourrait-il le faire durer, au-delà du souffle léger et chétif des gouttelettes diaphanes de l’air d'après la pluie ? L'inspiration divine lui vint au secours. Il appela l’espiègle Cupidon, le divin enfant qui jouait au ballon sur les terrains vagues du ciel. En faisant sortir de son cœur l’autre moitié d’arc-en-ciel, mise en réserve, lui dit :
                - Mon petit, vois-tu ce demi-cercle ? Dis-moi, comment pourrais-je le mettre au service de l’amour, contre les ténèbres de l’homme ?
            Cupidon était fou de joie. Le Grand Peintre lui avait confié en fin une tâche importante, lui donnant ce jouet sérieux. Très heureux de pouvoir intervenir lui aussi dans le destin de l’homme, il prit l’arc-en-ciel et il cibla le mortel. Tout à coup les couleurs se mélangèrent dans un tourbillon de lumière, se caillant en rayon de soleil. Le petit Cupidon en fit une flèche et visa le cœur de l’homme. La flèche de soleil redevint arc-en-ciel dans son cœur.  Il sentit d’abord une brûlure dans la poitrine, ensuite une vague  chaude lui inonda le corps. Et pour la première fois l’arc-en-ciel parla à l’humain. Il lui dit que quelqu’un l’attendait très loin, à l’autre bout du monde. Alors il vit pour la première fois la femme triste. Il l’a vue avec les yeux de l’amour, malgré la distance qui les séparait.
            La femme triste regardait ahurie les couleurs apparaître sous ses yeux, couleurs qui changeaient toujours s’embrassant l’une l’autre, prêtes à se dissoudre l’une dans l’autre.
             - Qu’est-ce que c’est beau ! –disait-elle. – Pourquoi donc cette merveille issue soudainement du gris du ciel ?
            L’homme scruta ses profondeurs et vit l’amour colorer l’âme et sa solitude.
            - Qu'elle est belle mon âme maintenant, inondée d’amour ! Et tous ces sons célestes qui tissent des couleurs en moi ! L’homme prit sa flûte et commença à chanter . Son amour y sortait vêtu de nostalgies et désir. Et, comme un serpent hypnotisé par cette musique magique, il partit à la rencontre de la femme. Il suivit les traces de l’arc-en-ciel et arriva dans une forêt où habitait la femme triste. Quand il l’a vue aussi petite et grelottante, les yeux dans le ciel, une vague de tendresse le prit soudainement. Mais la tristesse ne le quittait pas : « Maintenant que j’ai senti la douceur de l’amour et que j’ai vu à quoi il est bon, c’est encore pire. J’ai peur de commencer d’y goûter, j’ai peur qu’il n’en finisse pas. J’ai tout simplement peur.» Et l’homme toujours mécontent, ne cessait pas de bougonner dans son obscurité.
            Cupidon flécha alors la femme triste. Et là où l’arc - rayon de soleil mourait dans le cœur de l’homme, il commençait à naître dans le cœur de la femme, dessinant ainsi un cercle multicolore, brillant et chaud, qui unissait les terriens par la Grande Force de l’Amour.
          Et le cercle de feu roule toujours, tantôt dans les humains, tantôt dans le ciel.
_______________________________________

(fragment du volume « Arc-en-ciel aux humains » par Antonia Iliescu, Ed. Libra Vox, Bucarest 2002)

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UN PEU DE REVE.........

12272745658?profile=original                                                                                Par ce dessin adorable de mon ami Silver un poème d'Emily Dickinson me semble tout à fait en accord une centaine d'années après!!!  par les mots d'un romantisme puissant et la douceur et la force de cette esquisse je vous invite à me donner votre avis


"Nous voyagions depuis longtemps
Nos pieds étaient presque arrivés

A cette fourche étrange de la route de l'Etre

Lieu -dit -l' Eternité-

Notre allure soudain se fit craintive -

Nos pas timides hésitants

Devant des villes -mais entre - Elles et nous

La forêt des Morts -La Retraite

Hors d'Espoir

Derrière le Route Scellée - Le drapeau Blanc de l'Eternité

Devant -

Et Dieu - à toutes les Issues - "

 

"Lieu - Dit L'Eternité " poèmes Emily Dickinson Points

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Petites excuses

je voudrais m'excuser auprès de tout ceux qui m'on adressé un message, et mon retard a y répondre, ce n'est pas de l'indifférence du tout mais un grand manque de temps, je ne suis pas une super dactylo, déjà !
entre l’atelier de bijouterie (activité de base ),la galerie avec les RV, l’ouverture publique le mercredi toute la journée, les devis, les créations a faire pour les clients et mes propres créations et bien j’avoue ne pas toujours trouver le temps pour internet !
je regarde, j’apprécie les talents, et je tarde a y répondre, mea culpa !
j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur, je vais essayer de m’organiser sur cette question,
à bientôt
mes amitiés à tous
christiguey
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Le Temple Perdu


Le Temple Perdu

La capsule intergalactique  vient d’atterrir. Le voyage a été long, très long… 
Trois femmes et deux hommes quittent le navire…. Ils sont vieux…ils sont courbés, leurs chevelures sous leur casque est blanche, leurs visages est ridés. A leur départ de la planète mère ils étaient jeunes, le plus âgée avaient trente deux ans…..Le voyage a été long, très long…
Les appareils indiquent que les conditions atmosphériques de ce nouveaux monde ne nécessitent pas le port  de casques ou d’habits spéciaux. Allégés, ils commencent leur inspection.
Ils savent que le retour au point du départ n’est pas réalisable.  Ils traînent la capsule à la lisière  d’une forêt à quelque distance de leur atterrissage, avec les moyens de bord ils créent un camp.  A part la faune aucune sorte de vie alentour, le stock de pilules d’alimentation tiendra encore quelque années. Certains appareils de communications peuvent encore envoyer des signaux…
La vie s’organise doucement, on découvre une source d’eau, les analyses prouvent qu’elle est potable, ont se désaltère, ont se lave, ont s’éclabousse comme des enfants, ont rit….
Des pierres posées géométriquement attirent leurs attention. Ils découvrent un hexagone caché par une abondante végétation, au sol une immense pierre. Une phrase aux caractères   indéchiffrable est gravée: cela a l’air d’un commandement, un seul….L’image est envoyée à la centrale de la planète mère…
Papa regarde c’est maman…elle nous sourit, regarde comme elle est jolie….elle est arrivée… elle nous envoie une image….
L’image sur l’écran se rapproche…le commandement….un seul… 
Soyez Humain…..
          
 
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Il s'agit d'u recueil poétique de Victor Hugo (1802-1885), publié simultanément à Bruxelles chez Alphonse Lebègue et Cie et à Paris chez Pagnerre et Michel Lévy en 1856.

 

Les 11 000 vers des Contemplations furent écrits dès 1834, mais surtout pendant l'exil à Jersey, puis à Guernesey, en particulier à partir de 1853 alors que Hugo composait les Châtiments. Mettant fin au silence lyrique qu'il observait depuis les Rayons et les Ombres (1840), le recueil, sommet de sa production poétique, somme de sa vie, de sa sensibilité et de sa pensée, se présente comme «les Mémoires d'une âme» (Préface). Si «une destinée est écrite là jour à jour», le recueil s'érige aussi en expression d'une expérience, celle d'un homme qui se veut comme les autres: «Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous.»

 

Si l'exil politique se fait de plus en plus figure du hors-lieu ou du hors-jeu, s'il se métamorphose en poème, et informe les Contemplations, un autre exil, affectif et moral celui-là, la mort de sa fille Léopoldine, tragiquement noyée à Villequier avec son mari Auguste Vacquerie le 4 septembre 1843, rend nécessaire la reconstruction par l'écriture poétique d'un sens de la vie.

Mais ce deuil n'est que la terrible image d'une mort encore plus essentielle, celle d'un moi sublimé en poète. Le recueil transcrit l'itinéraire spirituel d'un «je» poétique tout en accumulant les expériences du moi personnel. La contemplation devient le point de vue d'une âme après la mort, une posture poétique qui équivaut à l'activité poétique même: «Ce livre doit être lu comme celui d'un mort» (Préface).

 

La structure du livre, cette «grande pyramide» (A Hetzel, 31 mai 1855), reflète cette démarche. Si en 1854 Hugo pensait à quatre sections («Ma jeunesse morte», «Mon coeur mort», «Ma fille morte», «Ma patrie morte»), il s'arrête finalement à un dyptique articulé autour de deux parties d'égale ampleur, «Autrefois» (77 pièces) et «Aujourd'hui» (59 textes), diptyque centré sur la mort de Léopoldine («Un abîme les sépare, le tombeau», Préface). Chacune de ces parties comporte trois livres qui sont autant d'étapes de ce cheminement «sortant de l'énigme du berceau et aboutissant à l'énigme du cercueil» (Préface), et dont les poèmes se voient attribuer une date fictive de rédaction, ceux de la première partie étant censés avoir été rédigés avant 1843. Le recueil, livre d'un mort, se donne aussi comme le livre d'une morte, encadré par les poèmes-dédicaces, "A ma fille", "A celle qui est restée en France".

 

 

Livre de la jeunesse, «Aurore» (29 pièces) évoque les souvenirs de collège ("A propos d'Horace"), les premiers émois amoureux ("Lise"; "Vieilles Chansons du jeune temps", avec l'un des plus beaux poèmes érotiques de Hugo ("Elle était déchaussée, elle était décoiffée"), rappelle les combats littéraires, mais chante aussi le printemps ("Vere novo"), la rêverie devant la nature ("Le poète s'en va dans les champs. Il admire") ou un spectacle en plein air ("la Fête chez Thérèse").

 

Livres des amours, «l'Ame en fleur» (28 pièces) embrasse la passion pour Juliette Drouet, la déclinant depuis les premiers temps de leur union, leurs promenades en forêt de Fontainebleau ou dans la vallée de la Bièvre ("Viens! - une flûte invisible"), joies, extases et épreuves, querelles et réconciliations. Pour elle, il note des impressions de voyage ("Lettre"), ou écrit un "Billet du matin". Tantôt il lui laisse la parole ("Paroles dans l'ombre"), tantôt il rappelle "le Rouet d'Omphale", pérennisant les moments heureux ("Hier au soir"; "Mon bras pressait ta taille frêle").

 

«Les Luttes et les Rêves» (30 pièces) constituent le livre de la pitié pour la misère moderne ("Melancholia"; "le Maître d'études", "A la mère de l'enfant mort"), flétrissant les persécutions infligées aux hommes de bien, dénonçant ces fléaux, la guerre et la tyrannie ("la Source"; "la Statue"), ou ce scandale, la peine de mort ("la Nature"). Décrivant le châtiment des maudits ("Saturne"), Hugo interprète philosophiquement le mal comme une épreuve ("Explication").

 

Après la béance de la séparation, c'est «Pauca meae» - «quelques vers pour ma fille» - (17 pièces), le livre du deuil. Tantôt se révoltant contre la cruauté du destin ("Trois Ans après") ou évoquant la terrible épreuve ("Oh! je fus comme un fou dans le premier moment"), n'oubliant pas son gendre ("Charles Vacquerie"), tantôt s'attendrissant au souvenir du passé ("Elle avait pris ce pli"; "Quand nous habitions tous ensemble"; "Elle était pâle, et pourtant rose"; "O souvenirs! printemps! aurore!"), tantôt se soumettant à la volonté divine ("A Villequier"), il associe enfin à l'idée de la mort l'espoir dans l'au-delà ("Mors").

 

«En marche» (26 pièces) met en scène l'énergie retrouvée, qui apparaît dans le passage de "Charles Vacquerie", le gendre, à " Aug. V.", le compagnon d'exil. Le poète l'investit dans la méditation, depuis les impressions de promenade ("Pasteurs et Troupeaux") jusqu'aux pensées sur la condition humaine ("Paroles sur la dune"), depuis le spectacle quotidien ("le Mendiant") jusqu'à l'"Apparition", sans oublier le souvenir d'enfance ("Aux Feuillantines") ni le chien familier ("Ponto").

 

Le livre VI nous mène «Au bord de l'infini» (26 pièces). Livre des certitudes, itinéraire ("Ibo"), il se peuple de spectres, d'ombres, d'anges et, franchissant "le Pont", ouvrant sur le gouffre, parcourt l'espace métaphysique entre angoisse ("Hélas! tout est sépulcre") et espérance ("Spes"; "Cadaver") pour prophétiser ("Ce que dit la bouche d'ombre"), comme "les Mages", l'universel pardon.

 

 

Le livre VI, plus qu'il n'équilibre les autres, en constitue l'aboutissement. Tout le mouvement du recueil mène à ces révélations ultimes. Approfondissement ménagé par une progression et de subtiles symétries ou échos, trop nombreux pour être énumérés ("Melancholia", III, 2, et "les Malheureux", V, 26; "Halte en marchant", I, 29, et "Ibo", VI, 2; "Magnitudo parvi", III, 30, et "les Mages", VI, 23), mais qui érigent le recueil en combinatoire selon une stratégie de significations entrecroisées. La circularité se trouve supérieurement illustrée par l'ultime pièce, "Ce que dit la bouche d'ombre", composée la dernière, et datée du jour des Morts (2 novembre 1855).

Retournement qui superpose conquête des vérités révélées et réitération du point de départ.

Comme les Châtiments, qui annonçaient la République universelle, assomption de l'Histoire, les Contemplations anticipent sur la mort en mimant la production et le progrès d'une parole. Au lieu de renvoyer «Aujourd'hui» vers le passé aboli de la poésie «pure», celle d'un moi personnel, cet achèvement, ou cet accomplissement poétique, récupère tout le livre comme lyrisme désormais pertinent, assumé parce que sublimé, pour le nouveau «je», celui que la double fracture, politique et affective, a fait naître.

 

L'ouvrage cependant ne saurait se réduire à cette architecture certes complexe mais épurée, trop lisible. La multiplicité des thèmes, des entrées possibles, des recoupements, la dispersion autant que les rassemblements le rendent foisonnant, vertigineux. De "l'Enfance" (I, 23) à l'au-delà ("Voyage de nuit", VI, 19), de "Horror" à "Dolor" (VI, 16 et 17), des bruissements de la nature ("En écoutant les oiseaux", II, 9), de ses voix ("Mugitusque boum", V, 17) aux "Pleurs dans la nuit" (VI, 6), de "la Vie aux champs" (I, 6) aux "Baraques de la foire" (III, 19), "Crépuscule" (II, 26), "Lueur au couchant" (V, 16), "Éclaircie" (VI, 10), "Insomnie" (III, 20)... tout accède à la dignité poétique, en une immense "Religio" (VI, 20), car tout est un temple.

 

Le sacré ou la référence à l'antique, comme pour mieux s'approprier l'éternité, se manifeste dans les titres latins "Quia pulvis est", III, 5; "Dolorosae", V, 12; "Nomen, Numen, Lumen", VI, 25 et douze autres; mais depuis la désignation du modèle ("Épitaphe", III, 15) jusqu'au "?" (III, 11), entre les odes dédiées (depuis "A André Chénier", I, 5 jusqu'"Aux arbres", VI, 24) et l'indication programmatrice ("la Chouette", III, 13), une gamme titulaire jalonne les sentiers du recueil, pistes de la rêverie, de la réflexion, du souvenir, de la mélancolie, de la souffrance ou de l'élévation.

 

Tout un éventail d'inspirations et de résonances s'ouvre entre les vers simples et poignants du célébrissime "Demain dès l'aube" (IV, 14) et les développements cosmiques et métaphysiques de "Ce que dit la bouche d'ombre" (VI, 26), entre le badinage libertin ("la Coccinelle", I, 15) et la véhémence ("Écrit en 1846", V, 3), entre "Aimons toujours! aimons encore!" (I, 22) et l'interrogation de "Saturne" (III, 3), entre la déréliction de "Veni, vidi, vixi" (IV, 13) et les enchantements des "Joies du soir" (III, 26).

 

A ce déploiement prodigieux correspond un festival prosodique. Tous les mètres et les genres lyriques (parfois exhibés comme dans "Églogue", II, 12 ou "Chanson", II, 4), idylles, élégies et odes étant les plus nombreuses, toutes les combinaisons strophiques, toutes les ampleurs se répartissent dans ce livre-monde. La langue hugolienne embrasse le réel et le surnaturel, le haut et le bas, opère la révolution dans les lettres, comme le revendique vigoureusement "Réponse à un acte d'accusation" (I, 7). L'alexandrin sait se grandir jusqu'à la période rhétorique ou suggérer le vertige de l'infini, montrer sa charpente ou ménager des brisures. Art superbement maîtrisé du contraste entre les grâces plastiques et les visions olympiennes, l'écriture hugolienne offre toutes les capacités du "Poète" (III, 28), géant monstrueux de la taille d'un Shakespeare. Peinture de l'humanité et prise en charge de ses destinées, forme du temps, les Contemplations sont en définitive l'oeuvre du«secrétaire de Dieu» (P. Albouy). Hugo, homme crucifié, peut dire «Homo sum»: il réunit les deux mondes, le gouffre obscur et l'espace lumineux.

 

Le texte intégral des Contemplations

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Epave de.. mouche

Juste une photo de cette épave que je n'osais voir réellement.. Hier au N-E de l'île. Cette carcasse imprégne le livre de Johan Theorin.

Cette carcasse que j'ai imaginé et représenté sur plusieurs peintures présentes ici en Suéde. 

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photo de la seule vision que j'ai eu de cette épave.. Belle rencontre 

 après tant de peintures autour de son existence présumée

comme celle là

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 gegout©adagp2011 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Réveil

 

Scintillements en teintes claires

et quelquefois
La poudre d'un souvenir maussade ou désabusé
Alors  il pourrait suivre le vent si un parfum l'appelle

 

Il imagine un envol
un long voyage sans but
très  lointain

Ou à l'inverse
La sensualité d'une eau claire
Bleue ?

... Verte plutôt
en espoir d'algues

 

Décidément ses narines
sont gourmandes d'un océan
ou d'un espace

Il flâne
ses doigts  se désaltèrent de la rosée du matin
les feuilles attendent sa caresse

 

Il s'est déchaussé pour que l'herbe
soit douce à son pas

et la vie le pénètre

 

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Nous Étions Différentes

 

Nous Étions Différentes

 

Tu es née ici enfant d’émigrants échappés des Pogromes, une famille d’intellectuelles aidant un nouveau pays à se construire.

Je suis arrivée bien plus tard par amour pour ce même pays.  

Ta langue maternelle est la langue morte réveillée et renouvelée, moi j’ai appris cette langue avec mes enfants.

Nous cuisinions différemment.

On m’a dit que tu as écrit sans publier, moi j’écris sur le net.   

Nous Étions Différentes mais nous étions mères.

Mon fils à rencontré ta fille, on est devenus une famille.

Nous avons en commun trois petites filles, qui te ressemblent et me ressemblent.

Hier soir tu es partie vers la Lumière.

Aujourd’hui en t’accompagnant vers ta dernière demeure je voudrai de remercier….

Pour ta part dans la perpétuation de nos deux branches….de l’humanité 

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puisque j'y habite...

"ABYMES "... D'ANNECY

 

 

Rocaille de fleurs en clairière

blottie près de son lac en source de fraîcheur

et de lumière

 

Ile sans océan

chantournée de soie d'eau

soutache à l'italienne

 

Entrez  dans la cluse entrouverte

à l'abri du vent si souvent

et de la pluie sous les arcades

pierres anciennes

Tables de mémoire  éternelle

 

Rousseau, François de Sales, tant d'autres

des vieux quartiers ont foulé le pavé

l'air en reste embaumé votre cœur le saura.

 

Elle vous surprendra soudain 

moderne en son quartier de verre

ses transparences sur cinémas

ses conforts de néons

Accords du dernier millénaire 

Artifices nés  d'aujourd'hui

 

Mais  retrouver  serein la charmante terrasse

blottie derrière un pont fleuri de géraniums

rival en cascatelle  avec le flot du Thiou

vantant sa promenade.

 

Vous installer,

prendre un verre . . .

 

 

 

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12272744683?profile=original« Les faux-monnayeurs «  est un roman d'André Gide (1869-1951), publié à Paris partiellement dans la Nouvelle Revue française de mars à juin 1925, et en volume chez Gallimard la même année (mis en vente en février 1926).

 

Gide rédige son roman, auquel il a commencé de travailler dès 1919 et dont l'idée est plus ancienne encore, entre octobre 1921 et juin 1925. Il s'agit, de l'aveu même de l'auteur, du seul «roman» qu'il ait composé, ses autres ouvrages de fiction étant des «récits» ou des «soties». Les Faux-Monnayeurs constituent pour Gide une sorte de testament littéraire: «Il me faut, pour écrire bien ce livre, me persuader que c'est le seul roman et le dernier livre que j'écrirai» (Journal des «Faux-Monnayeurs», 1927).

 

 

Première partie. «Paris». Le jeune Bernard Profitendieu, ayant découvert par hasard qu'il est un bâtard, quitte le foyer familial. M. Profitendieu, juge d'instruction, après une conversation avec son collègue Molinier - le père du meilleur ami de Bernard, nommé Olivier - au sujet d'une affaire impliquant des mineurs, rentre chez lui et trouve la lettre d'adieu de Bernard. Ce dernier vole, à la gare Saint-Lazare, la valise d'Édouard, écrivain et oncle d'Olivier. Vincent, le frère aîné d'Olivier, a eu une aventure amoureuse au sanatorium de Pau avec Laura, épouse de Douviers. Laura et Vincent sont maintenant à Paris et la jeune femme est enceinte mais Vincent ne l'aime plus. Il est désormais l'amant de Lilian Griffith que son ami Passavant, un écrivain à succès, lui a fait connaître. Édouard est venu à Paris car il a reçu un appel de détresse de Laura. On apprend dans le journal d'Édouard - trouvé par Bernard dans la valise - que celui-ci et Laura partageaient de tendres sentiments, mais que la jeune femme a pourtant épousé Douviers sur les conseils d'Édouard. Bernard décide d'aider Laura et lui rend visite. Édouard fait la connaissance de l'adolescent et l'engage comme secrétaire. Pendant ce temps, Passavant propose à Olivier de diriger une revue littéraire. Un vieux professeur de piano, La Pérouse, charge Édouard de rechercher son petit-fils Boris en Suisse.

 

Deuxième partie. «Saas-Fée». Bernard, qui a accompagné Édouard et Laura à Saas-Fée, en Suisse, écrit à Olivier et lui raconte leur rencontre avec Mme Sophroniska, sa fille Bronja et Boris. Édouard cause de ses projets littéraires avec ses compagnons et note la présence d'un certain Strouvilhou. Bernard avoue son amour à Laura mais celle-ci le repousse. Édouard décide de placer Boris dans la pension Vedel-Azaïs où Bernard est embauché comme surveillant. Olivier, quant à lui, est devenu le secrétaire de Passavant.


Troisième partie. «Paris». Georges, le jeune frère d'Olivier et de Vincent, écoule avec ses amis de la fausse monnaie. Strouvilhou, un anarchiste, est à la tête de l'affaire. Bernard devient l'amant de Sarah Vedel, la jeune soeur de Laura. Olivier tente de se suicider. Édouard et Olivier s'avouent et partagent enfin un amour qu'ils éprouvent depuis longtemps l'un pour l'autre. Édouard commence à rédiger son roman. Laura retourne auprès de son mari. Vincent tue Lilian. Boris apprend par une lettre que celle qu'il aime, Bronja, est morte. Les élèves de la pension Vedel, qui martyrisent Boris, imaginent une cruelle plaisanterie à l'issue de laquelle le jeune garçon, victime consentante en raison de son désespoir, est tué. Georges se repent et est pardonné. Bernard réintègre le foyer familial.

 

L'intrigue des Faux-Monnayeurs, tout comme celle des Caves du Vatican, le roman précédent de Gide, est fort complexe. Elle se présente comme une sorte de vaste système combinatoire dont les divers éléments finissent par se rassembler, au gré de coïncidences multiples. Peu soucieux de vraisemblance et de réalisme, Gide réalise une composition subtile et stylisée - l'écrivain Édouard veut présenter dans son ouvrage l'«effort pour [...] styliser la réalité» - qui remet ironiquement en question la tradition romanesque. L'entreprise gidienne participe des interrogations du moment relatives au genre romanesque et procède d'un refus identique à celui que l'on trouve exprimé en 1924 dans le premier Manifeste du surréalisme d'André Breton. A bien des égards, les Faux-Monnayeurs, roman qui porte en lui la contestation du roman, sont, selon la formule de Sartre, un «antiroman» et annoncent le Nouveau Roman.

 

Construction compliquée dont l'Art de la fugue de Bach offre une métaphore - «ce que je voudrais faire, c'est quelque chose qui serait comme l'Art de la fugue», dit Édouard -, les Faux-Monnayeurs requièrent une active collaboration de la part du lecteur. Gide note dans le Journal des «Faux-Monnayeurs» qu'il n'écrit «que pour être relu»; il précise qu'il entend «s'y prendre de manière à lui [le lecteur] permettre de croire qu'il est plus intelligent que l'auteur». Ainsi le système narratif propose souvent une sorte de duplication légèrement décalée des péripéties: trois adultères, deux duels et trois suicides sont par exemple relatés; Bernard écrit à Olivier qu'il est le secrétaire d'Édouard et Olivier écrit à Bernard qu'il est celui de Passavant; la nuit que passe Olivier avec Édouard est aussi celle que Bernard passe avec Sarah. Ce procédé de variation vaut aussi pour les personnages, souvent redoublés: il y a deux romanciers (Édouard et Passavant), deux grands-pères (le vieil Azaïs et La Pérouse), deux bâtards (Bernard et l'enfant de Laura). En outre, les faits parviennent au lecteur par le biais de multiples points de vue: «L'indice de réfraction m'importe plus que la chose réfractée», écrit Gide à R. Martin du Gard le 29 décembre 1925. A travers dialogues ou missives, les personnages deviennent temporairement narrateurs, si bien qu'un même fait peut recevoir divers éclairages, simultanés ou successifs: l'aventure amoureuse de Vincent et Laura est racontée par Olivier à Bernard, par Lilian à Passavant, puis dans des lettres de Bernard à Olivier, de Lilian à Passavant... L'intrigue se nourrit également de divers modèles littéraires. Avec Bernard Profitendieu, qui quitte le giron familial pour découvrir l'existence et accéder à la constitution de sa propre identité à travers les événements dont il est témoin, les deux professions qu'il exerce et les deux femme qu'il aime, les Faux-Monnayeurs tracent le parcours d'une initiation et rappellent le roman d'apprentissage. De plus, les différentes intrigues amoureuses qui se nouent octroient une large place à l'aventure sentimentale. Enfin, l'énigme de la bande des faux-monnayeurs, résolue grâce à la découverte progressive de divers indices, confère au livre des allures de roman policier.

 

Complexes tant par les faits qu'ils relatent que par les procédés narratifs dont ils usent, les Faux-Monnayeurs trouvent en partie leur centre dans le personnage de Boris - «Tout aboutit au suicide du petit Boris; directement tout y amène» (lettre à Martin du Gard, 9 juin 1925) -, de même que les Caves du Vatican avaient Amédée Fleurissoire pour «carrefour». Toutefois, Gide précise ailleurs que le coeur du roman est bien plutôt à chercher dans la construction en abyme sur laquelle il est fondé: «Il n'y a pas, à proprement parler, un seul centre à ce livre, autour de quoi viennent converger mes efforts; c'est autour de deux foyers, à la manière des ellipses, que ces efforts se polarisent. D'une part, l'événement, le fait, la donnée extérieure; d'autre part, l'effort même du romancier pour faire un livre avec cela. Et c'est là le sujet principal, le centre nouveau qui désaxe le récit et l'entraîne vers l'imaginatif» (Journal des «Faux-Monnayeurs»).

Roman dans le roman et roman du roman, l'oeuvre d'Édouard, qui s'intitule les Faux-Monnayeurs, tout comme celle de Gide - celui-ci refuse toutefois qu'on le confonde avec son personnage -, est au service d'une méditation sur la problématique frontière entre la réalité et l'imaginaire. Le roman d'Édouard aura en effet pour sujet «la lutte entre les faits proposés par la réalité, et la réalité idéale». Gide note dans son Journal, le 20 décembre 1924, une remarque qui pourrait s'appliquer à nombre de personnages des Faux-Monnayeurs: «Le monde réel me demeure toujours un peu fantastique [...]. C'est le sentiment de la réalité que je n'ai pas. Il me semble que nous agissons tous dans une parade fantastique et que ce que les autres appellent réalité, que leur monde extérieur n'a pas beaucoup plus d'existence que le monde des Faux-Monnayeurs.» En outre, le procédé de la mise en abyme permet au roman de se commenter lui-même. Ainsi, l'effort pour «styliser» la réalité que se propose de fournir Édouard, Gide le met en oeuvre dans les Faux-Monnayeurs. Le cadre romanesque, jamais décrit, réside entièrement dans le pouvoir mythique ou symbolique des noms de lieux. Les personnages sont eux aussi l'objet d'une sorte d'abstraction dans la mesure où ils n'existent que par leur voix: «J'ai cherché l'expression directe de l'état de mon personnage - telle phrase qui fût révélatrice de son état intérieur - plutôt que de dépeindre cet état» (Journal des «Faux-Monnayeurs»).

 

Les Faux-Monnayeurs sont le roman de la crise du roman mais aussi de la crise de la jeunesse, ou plutôt d'une certaine jeunesse, intellectuelle et bourgeoise, partagée entre ses valeurs chrétiennes et nationales et la tentation de l'anticonformisme et de la révolte. Plus largement, l'oeuvre aborde des sujets chers à Gide et déjà présents dans les romans antérieurs: la famille, la religion, le bien et le mal, la sincérité, la liberté et, on l'a vu, le rapport entre la littérature et le monde réel. Elle porte cependant plus loin que les ouvrages précédents deux composantes que ces derniers contenaient en germe: l'une, formelle, est le procédé moderne de la mise en abyme; l'autre, thématique, est l'expression directe de l'homosexualité.

 

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JADIS

JADIS, NULLE PART ET MAINTENANT

 

A l'horizon hypothétique du soldat fourbu. Romain

Ou Herbert peut-être, godillots baillant aux corneilles, crottés

Lassés de cheminements incertains, de la Somme au pays Lorrain,

Se dessine leur destin obscur par le clairon sonné.

 

L'ondée câline s'annonce sur la pourpre colline

Zébrée par le vol des corbeaux aux becs belliqueux.

Le caracol surpris par la rude fraîcheur se remet en coquille,

Prenant son parti d'espérer en un moment plus heureux.

 

Les entrailles de la terre épuisée ont mauvaise mine.

Trouée de toute part sous les assauts puissants de la cheddite.

Violée sans détour ni vergogne pour qu'elle abandonne son opaline

De son ventre assailli, flétri, et crache ses précieuses pépites.

 

La trappe béante du trou noir, aspirateur cosmique

Piège l'esprit humain constellé de folles utopies

La nature intelligente par essence, réfutant la causalité Déiste

Se suffit à elle-même pour vibrer à l'infini.

 

« Dieu est mort » déclama Nietzche, atteint de lucidité soudaine.

Inutiles sont les massacres d'innocents proférés en son nom.

Maintenant, peut-être, homme, tu vis seul et dois oublier ta peine.

Bénis cette sphère unique et bannis le talion.

 

Jadis et naguère, parallèlement, est-il mort le poète,

Que ses vers  ne circulent plus en nos bouillantes veines

Rabougries et exsangues de mots à la sonie parfaite

Qui résonnaient en un vieux temple antique en l'honneur de Verlaine ?

 

 

Raymond MARTIN

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AXEL

AXEL

 

Rien de saint dans la démarche des chats de Paul,

A l'affût des rats nichés sous les tréteaux

De la cantatrice chauve braillant ses airs frivoles,

Vers la foule en écoute des fadaises et des « do ».

Ostinato métallique de la clarinette mélo.

 

Ragots ! S'écria le chef d'orchestre ulcéré de colère,

Dont la baguette s'engouffre dans le trombone à coulisse.

Carmen ne doit pas mourir pour ses instants frivoles.

Au diable la passion éphémère, que l'être s'assouvisse.

Et le tambour excité roule tel un cigare.

 

L'après-midi, aphone, le ténor au regard félin,

Est à la recherche du « la » comme finalité de son rêve.

Tragiques moments aux tonalités d'airain.

Semées au gré du vent tel le sable fin sur la grève.

 

Axel, en quête du savoir et des arcanes d'antan,

Porte à ses lèvres la coupe mortelle

Que la glaciale Sarah lui offre d'un élan sublime,

Vers la destinée des deux amants,

Pour l'adieu d'ici-bas vers la révélation éternelle.

 

Raymond MARTIN

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LE PHARE ET LA RAISON

LE PHARE ET LA RAISON

 

Porte vermoulue entr'ouverte au soir

D'où flamboient des raies de chandelles,

Lueurs d'espoirs du lecteur de nouvelles

Attentif aux ragots du glacial grimoire.

 

Un marque page coincé entre les mots

Retient son souffle interrogatif au terme « sarcophage »

Craintif qu'il est de la marche des chameaux,

Le long du Nil où s'étirent des roseaux hydrophages.

 

Ne disperse pas tes pensées en paroles inutiles

Suggéra un sage égyptien, face au délire de Pharaon

Car de la diversité, l'Unique est intangible.

Foutaises, s'écria l'Oracle ! Il en perdit la raison.

 

« Après la nuit, le jour, parole d'Oracle ! »

S'écrie l'homme barbu à la foule en délire,

Fier qu'il est de sa sentence, sans miracle.

Mais déçue, la foule l'enfouit dans le sable.

 

Foi de philosophe, un marque page coincé,

Fût-il quelque part près du Nil,

Ne présage rien de bon sous ce ciel étoilé.

Etrange endroit pour jouer l'imbécile.

 

Il n'est nulle part que l'esprit n'atteigne.

Une molécule de vie imprégnée de félicité,

Frisson mystique et magnanime de l'universel règne

Au sortir de la torpeur de l'être calomnié.

 

De l'Oracle digéré, surgit un point d'eau fraîche.

Trahisons, suspicions, guerre. Pour qui sera ce point tragique ?

Parents, cousins, amis s'envoyant des flèches,

Juraient par Dieu ne vouloir de ce combat inique.

 

Byzantines, grecques ou romaines, les voiles érigées

Ornaient l'immensité bleutée de la mare-nostrum.

Myrtes et pacotilles voguaient contre vents et marées,

Disputées pour parfaire l'insolente aisance de Rome.

 

Alexandrie, phare prolifique de Méditerranée

Para de ses feux les jeux du vent, des vagues et de la mer :

Fortes et juvéniles émotions de jeunesse de Ravel

Et de Trenet plongeant sans retenue dans la féerie du jardin extraordinaire !

 

Raymond MARTIN

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EOLE

EOLE

 

Dans le néant profond de nos paroles,

S'envolent les mots en farandole.

Sont dispersées au vent les pensées habiles

En vaines paroles inutiles.

 

Fumées des critères aux cratères d'Italie,

Pain, amour et fantaisie.

Demeure mon âme sur le glacial Ventoux,

Le Dieu Eole y souffle son courroux.

 

De la fraîcheur du moulin de Maussane,

Au moulin de Daudet disparut le petit âne.

Timide et calme, Maillane la provençale

Se pare de neuf pour honorer Mistral.

 

Il n'y a plus d'escarbilles

Dans la plaine bigarrée des Alpilles.

Dans le néant profond de nos dialogues

Disparut le nerveux pinceau de Van Gogh.

 

 

Raymond MARTIN

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Sur les sandales de tes pas.

Sur les sandales de tes pas, mon aimée,

Je posais mon pied menu, pour grandir de toi,

Et marcher sur tes durs sentiers, affamée,

De partager tes souvenirs avec émoi.

 

Ton manteau noir montait la côte du partir,

Jusqu’au chez toi non loin des châtaigneraies,

Nous séparant, désolation du repentir,

D’avoir dans tes cheveux blancs tracé des raies.

 

Tu te retournais sans cesse vers l’enfant blond,

Aux yeux bleus azur et griffes de tigresse,

Qui tous les jours s’impatientait, tournait en rond,

Pétillante de joie, pleine d’allégresse.

 

Les signes de la main et de la menotte,

S’échangeaient, hou hou, jusqu’enfin ne plus se voir,

Je rentrais triste tête de gelinotte,

Craignant à chaque fois de ne plus te revoir.

 

Les années passaient sur ton dos qui courbait,

La ligne du temps m’échappait et l’image,

De la séparation peu à peu se gravait,

Dans la montée de la côte de l’âge.

 

La douleur à l’avance de ton sourire,

Absent de ma vie à jamais, jour fatal,

Du chagrin pesant que mon âme soupire,

Me déchirait déjà le cœur de son signal.    

 

Les jours ont séchés ton corps usé de vie,

Vaine, je te regardais mourir pas à pas,

Mèmère t’accompagner j’avais envie,

De me coucher, sur les sandales de tes pas.

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L'écriture est un dessin.

 

Pendant longtemps, on a cru le dessin, apanage de l'artiste. Lui seul pouvait entreprendre le délicat travail de l'ébauche et parachever son ouvrage en un chef d’oeuvre pour le plaisir des yeux. Pourtant, le peintre ou le dessinateur ne sont pas les seuls à donner vie au papier, au tableau ou à tout autre support d'ailleurs...

 

Au fil des phrases, le texte crayonne les traits, les courbes et la couleur des mots car au bout du compte, le lecteur se fait sa propre esquisse du contenu. Un contenu qui certes, demeure identique pour tout le monde mais qui selon l'inventivité du moment et l'attrait du lecteur, deviendra image ou suite d'images plus ou moins explicites. Cela peut passer par les traits de caractère des personnages, par les multiples courbures d'une histoire à rebondissements, par la tonalité d'une ambiance : Du bleu au gris les jours de pluie, du rouge au noir : amour ou désespoir.

 

Qui mieux que l'écrivain peut vous donner une vue de ce qu'il écrit ?

 

Les lettres se font points et placés côtes à côtes, définissent les formes et les lignes que constituent les phrases. Le texte incite tout naturellement à l'élaboration d'une fresque de l'esprit, résumant nos acquis au moment ou nous cessons de lire. Et bien que virtuelle, cette composition artistique n'en reste pas moins en constante évolution jusqu'à ce que l'ode prenne fin, ou que se referme le bouquin.


La prochaine fois que vous lirez un livre, prenez le temps de fermer les yeux... Prenez le temps de regarder le paysage estampillé par l'auteur. Pages après pages, observez cette aquarelle prendre forme en devinant le pinceau de l'écrivain caresser le mouvement et l'instant. Car lire un roman, un poème, une pensée philosophique, c'est aussi une magnifique façon de tisser mentalement la toile construite en de multiples dimensions, et dont les caractéristiques semblent s'entrecroiser au fur et à mesure que progressent les interlignes. In fine, l'illustration de l'artiste donne un aperçu mais l'écriture quant à elle, crée l'animation, fait bouger l'imaginaire.

 

Alors oui, l'écriture est un dessin.

 

 

A découvrir sur www.imagine-revuedart.com

 

 

Henri Collignon,
Auteur de « Retournements », paru aux éditions Baudelaire.
ISBN 978-2-35508-468-3

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