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L'eau et les rêves

Dans son très beau livre « L’eau et les rêves », Gaston Bachelard médite sur l’imagination poétique et le rôle de la matière qui, à ses yeux, constitue « l’inconscient de la forme ». Chaque poète exprime selon lui un pays natal : ce pays est moins une étendue qu’une matière. C’est, dit-il « un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries, c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale».


Avant la minéralité de la haute montagne dont la beauté me transporte, l’eau, principalement celle, étale, des lacs, me fascine. A la fois surface vue et profondeur devinée, l’eau me trouble par tout ce qu’elle reflète et cache en même temps. Dans la nuit des eaux profondes d’étranges fleurs se déploient dont le parfum est connu des seuls poètes.
Une photo que j’ai prise au bord d’un lac près de Langres exprime ma fascination. Un pêcheur solitaire est à l’extrémité d’une jetée ; son reflet plonge dans les profondeurs de l'eau caressée à sa surface par la clarté du ciel.12273146667?profile=original

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Un bien étrange Amour.

 

 

Une petite cabane de pêcheur,

toiture grise, volets bleus,

avec ce grand silence,

posée non loin d'une géante rocheuse,

léchée par l'Atlantique,

à ses pieds venant et repartant immuablement ;

Atlantique l'insoumise et

à la fois fidèle depuis des décennies ;

dans le ventre sombre et chaud de la petite cabane

un poète depuis toujours écoute,

s'applique à écrire la mélodie superbe

que la mer inlassable déclame à la rocheuse droite,

écouteuse.

De grise la géante rocheuse est devenue toute rose,

 un tantinet éprise de l'Atlantique,

 dont les baisers salés sur elle sont devenus sucrés,

la faisant chaque fois rosir davantage !

Dans la petite cabane de pêcheur,

une petite fille blonde s'amuse avec son chat,

 ils regardent l'un et l'autre par la fenêtre ouverte,

l'enlacement éternel du bleu avec le rose,

puis le clin d'œil complice du soleil au zénith.

 

NINA

 

 

 

 

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Regard sur ma rue

Haïkus

Lumière dosée
immense tableau vivant
sans frémissement.

Sur fond blanc opaque
gigantesques broderies
squelettes d'érables.

Sereine durée
absence qui se prolonge
neige et flaques d'eau.

Percée printanière
esprit attentif en éveil
accueil de l'instant.

Énergie paisible
bien-être dans l'harmonie
grâce récurrente.

9 janvier 2016

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En relisant quelques pages de Proust

Je viens de relire le début de "Du côté de chez Swann". Une foule de souvenirs me reviennent. J'ai découvert Proust à 25 ans: ce fut une révélation. Son style qui accule la phrase dans ses derniers retranchements et suscite tant d'images chez le lecteur, fut pour moi un enchantement. J'ai relu toute la "Recherche" plusieurs fois. Une telle oeuvre peut accompagner toute une vie. A chaque fois selon l'état d'esprit dans le quel on se trouve, au gré des méandres de notre vie, nous y découvrons de nouvelles choses: les versants de cette montagne magique renvoient un autre échos. Ainsi les ridicules de Madame Verdurin me rappelaient ceux d'un proche de l'époque et m'aidaient à les supporter tant Proust les décrit avec humour réjouissant. Passionné de musique, je ne pouvais qu'être sensible à l'étroite médiation qu'elle entretient dans la Recherche avec le rapport au monde du narrateur. A l'époque de ma première lecture la musique de chambre avait ma prédilection. Comme on transpose toujours sa propre existence dans ce qu'on lit, j'étais pesuadé alors que l'inspiration musicale première de Proust était (outre le Franck de la sonate), le Beethoven des quatuors à corde. Ce n'est que plus tard, devenu un admirateur de Wagner que j'ai pris conscience du nombre d'occrences de ses opéras dans l'oeuvre de Proust. Ce n'est guère étonnant: Wagner comme Proust parsème leur œuvre de leitmotifs qui sont comme le doux sourire d'une divinité supérieure nous guidant vers un autre niveau de réalité. Comme le motif de Siegfried nous apprend qui est le père de Siegmund et de Sieglind, la petite phrase de la sonate de Vinteuil, ou le fait de buter sur un pavé mal équarri de la cour de l’hôtel de Guermantes font accéder le narrateur à la vraie dimension du temps.
L'influence de Wagner sur Proust est telle que j'en suis venu à me demander si, dans la structure de « La recherche », Proust ne s'était pas inspiré de la séquence adoptée par Wagner dans son célèbre Ring. En effet, la première partie de « Swann » joue le même rôle que « L'or du Rhin ». Ici comme là, les principaux personnages nous sont présentés mais surtout, dans les deux cas les développements de toute l'oeuvre sont assujettis à son prologue. Le vol de l'anneau et de l'or des filles du Rhin commande toute l'errance de Wotan et son renoncement comme « le baiser du soir »attendu par le jeune Proust induit tout son itinéraire et la découverte de sa vocation.
J'arrête là, tant ce chef d'oeuvre est inépuisable.

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Ô Providence protectrice

Soliloque

Parmi les grâces abondantes,
Qui dans la nature fleurissent,
Nombreuses sont époustouflantes.
Ô Providence protectrice!

Surgit le désir d'inventer,
Face aux choses qui émerveillent.
Bonheur de créer la beauté
Dont le rayonnement éveille.

Tous les artistes se destinent
À devenir des magiciens.
Les uns superbement dessinent.
D'autres s'avèrent musiciens.

Des poèmes tombant en manne,
Parfois, ont un charme inouï.
Dans leur errance ne se fanent
Mais disparaissent dans l'oubli.

Fasciner, n'étant plus vivant,
D'un créateur semble le voeu.
Qu'opère l'énergie d'avant
On sait bien que cela se peut.

8 janvier 2016

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Claude Lévi-Strauss: La pensée sauvage

12273144895?profile=original"La pensée sauvage" est un essai de l' ethnologue français Claude Lévi-Strauss (1908-2009), publié en 1962. Cet essai a pour intention centrale de mettre en valeur l'aspect logique et conceptuel de la pensée des peuples sans écriture, en opposition avec les auteurs qui ont surtout insisté sur son aspect émotionnel et affectif. Cette démarche conduit Lévi-Strauss à mettre en corrélation la "pensée sauvage" avec certaines formes de pensée et d'expression de notre société, et enfin, à s'interroger sur le problème de l' histoire, dont la valorisation inconditionnelle est un des traits essentiels par lesquels la pensée "civilisée" s'oppose à la pensée sauvage. Au début de son ouvrage, Lévi-Strauss souligne que celui-ci ne peut être séparé des problèmes étudiés dans un ouvrage de dimensions plus restreintes, "Le totémisme aujourd'hui", paru également en 1962. En effet, "Le totémisme aujourd'hui", comme "La pensée sauvage", étudie la pensée sauvage à l'oeuvre dans le totémisme, pour instituer un système de classification, à travers la correspondance entre une série d'espèces naturelles, animales ou végétales et une série de groupes ou d'individus, dont la différenciation est d'origine culturelle: membres d'une famille, moitiés exogamiques, classes matrimoniales, clans. Ce qui caractérise le totémisme n'est donc pas d'abord la correspondance terme à terme de chaque individu ou groupe avec l' animal ou la plante qui lui sert de totem, mais la mise en rapport d'un système de différences dans une série naturelle avec un système de différences dans une série culturelle. La pensée sauvage se sert de sa connaissance précise de la nature pour penser le système culturel à travers un principe de classification. C'est la portée de cette pensée classificatoire que Lévi-Strauss met en valeur dans "La pensée sauvage". Il souligne la précision et l'ampleur des connaissances botaniques et zoologiques des primitifs, qui aboutissent parfois à une classification faisant songer à celle de Linné. Un tel approfondissement dans l'effort classificatoire ne peut relever seulement des préoccupations utilitaires et révèle dans la pensée sauvage une véritable autonomie du domaine spéculatif, autonomie qu'exprime d'autre part, sur le plan culturel, l' admiration de certaines populations australiennes pour les subtilités et la complexité des systèmes matrimoniaux, et la curiosité pour les organisations matrimoniales des populations voisines. Lévi-Strauss va jusqu'à voir chez ces populations un certain "dandysme intellectuel". Ce n'est donc pas par son caractère utilitaire et affectif que la pensée sauvage se différencie de la pensée scientifique, mais par son mépris du "principe d' économie", par lequel tous les systèmes doivent être ramenés à un seul, le plus efficace, par l'action technique qu'il permet sur la nature. La pensée sauvage établit ainsi une sorte de "logique du sensible", qui s'oppose par ce caractère sensible à la pensée scientifique, mais se rapproche de certaines formes d'activité dans nos sociétés, telles que l' art et le bricolage. La comparaison avec le bricolage, suggestive et neuve car elle porte sur un domaine méprisé et peu exploré, introduit la notion de structure opposée à celle d' événement  pour caractériser la pensée mythique: comme le bricolage, qui utilise des débris d' objets pour constituer de nouveaux ensembles, la pensée mythique, -cette bricoleuse, élabore des structures en agençant... des débris d' événements alors que la science en marche... crée sous forme d' événements ses moyens et ses résultats grâce aux structures qu'elle fabrique sans trêve et qui sont ses hypothèses et ses théories." Le rôle prépondérant de la structure, dans la pensée mythique comme dans les classifications totémiques et les systèmes matrimoniaux, correspond à la visée de la pensée sauvage, qui est de sauvegarder, contre l'événement et l' histoire, une organisation stable de la société, dont le système matrimonial rétablit l'équilibre malgré guerres et bouleversements démographiques, et une vision du monde qui, à travers la référence à la nature dans le totémisme, échappe à l'ordre de la succession pour abolir le temps dans l'ordre de la répétition. Enfin, le mythe, en situant hors de l'histoire l'événement qui la fonde, fait prévaloir au sein de l'histoire même la référence à la répétition, et la prééminence de la structure sur la succession, puisque tout événement de l' histoire peut être mis en correspondance avec l'un des termes du mythe, et que les mythes d'origine se caractérisent par la prépondérance de la structure sur le contenu, et, selon l'expression de Lévi-Strauss, "de la syntaxe sur la sémantique". Ainsi la pensée sauvage consiste "non pas à nier le devenir historique, mais à l'admettre comme une forme sans contenu". De nombreuses analyses, à la fois suggestives et rigoureuses, mettent en lumière la systématisation de cet effort classificatoire, systématisation si poussée qu'elle s'étend jusqu'à l'individu qui figure à titre d'espèce au sein de  la classification, à travers le système d'attribution des noms propres qui assignent à l'individu sa place dans le groupe social. Comme à propos de l' art et du bricolage, des parallèles sont faits avec certains usages de notre société: les noms propres des animaux sauvages et domestiques, des chevaux de course, des fleurs. Lévi-Strauss, à travers ces comparaisons, montre pourquoi les coutumes primitives nous fascinent: elles donnent un "sentiment contradictoire de présence et d'étrangeté car elles sont en réalité proches de nos usages dont elles nous présentent une image énigmatique qui demande à être décryptée". Le dernier chapitre, poursuivant la réflexion sur l'idée d' histoire et s'interrogeant sur la façon dont la société moderne pense son histoire, radicalement différente en cela de la pensée sauvage, met en cause l'ouvrage de Sartre, la "Critique de la raison dialectique". Sartre affirme le primat absolu de l' histoire, inséparable du mouvement par lequel le sujet, dans la pensée dialectique, vise une totalisation jamais achevée du monde et de lui-même. Lévi-Strauss oppose à l'idée de totalisation l'idée de système, système clos que s'efforce de réaliser la pensée sauvage, à travers ses classifications, ses mythes, son organisation matrimoniale. Ces systèmes ne  sont déchiffrables que par la pensée analytique. Lévy-Strauss affirme le primat de la pensée dialectique, mais il ne veut pas, au contraire de Sartre, l'opposer à la pensée analytique. Il voit dans la raison dialectique "la raison analytique en marche". Lévi-Strauss comme Sartre se veut matérialiste et marxiste, cependant il décèle dans le privilège que Sartre donne à la pensée totalisante du sujet un reste d' idéalisme, et veut revaloriser la pensée analytique à l'oeuvre dans les sciences de la nature et l'appliquer aux sciences de l'homme, dans l'espoir de parvenir, à travers la diversité des sociétés humaines, à des constantes structurales qui renvoient à des lois de la pensée, et finalement, derrière celles-ci, à des propriétés matérielles du cerveau. A travers quelques formules volontairement tranchantes, le matérialisme de Lévi-Strauss s'expose au reproche de s'éloigner du marxisme pour revenir au positivisme. Mais sa mise en question du primat de l'histoire est en même temps l'effort pour réintégrer l'homme au sein de la nature en étudiant, à travers la pensée sauvage, le fonctionnement de la pensée comme une chose du monde, qui, en élaborant des structures, qui donnent forme  à la praxis de l'homme, ne détermine pas un écart toujours croissant à travers l'histoire, entre la nature et l'homme, mais au contraire, à travers sa logique consistant en des combinaisons d'oppositions, renvoie aux découvertes les plus récentes de la science, qui, par la notion d' information, constitue dans les messages "des objets du monde physique, qui peuvent être saisis à la fois du dehors et du dedans". Ainsi le domaine de la pensée sauvage est privilégié, puisqu'il permet de saisir sur le vif le fonctionnement d'un code qui rend possible l'expression des correspondances entre la nature et l'homme au sein d'un système clos, alors que d'autre part la science moderne élabore la compréhension de la matière et de la vie, à travers les concepts de code, d' information, de message, d'abord réservés au domaine des communications interhumaines.

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Le sable des aïeux

Le sable des aïeux

de Antonia Iliescu

Le sablier vivant se casse les parois

De l’âme. Les souvenirs rajeunis se libèrent

En revivant leur vie, c’est leurs vies qu’ils déterrent

Délivrées, en fin, et des chaînes et des lois.

 

Une poignée de farine grisée par le vent

Survole leur jeunesse, leurs amours et renons

Le temps pulvérisé se demande où ils sont

Audace, essors et foi qui les rendaient vivants.

 

Les graines de mémoire s’éparpillent légères

Ravivant les aïeux prisonniers de la terre.

En s’avançant d’un pas accablant et tremblé,

 

Ils pénètrent en moi, mélange de blanc et gris;

Dégagée de l’ivraie, la poudre grise blanchit.

Bizarre… De nouveau la farine se fait blé.

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De retour JGobert

A l’aube d’un nouveau jour, le ciel à peine éclairé, retentissent des pas feutrés d’un passager.  Il est là, ce petit être, un peu triste d’être parti sans laisser d’explications et au fond de lui, en colère contre le monde entier.

Le petit personnage est revenu, tempétueux. Il veut reprendre sa place au sein de nos rêves, de nos cœurs, de notre vie. Etre aimé comme par le passé et effacer le chagrin, la peine, les larmes. Gommer la solitude des mots, des jours, vécue comme un abandon. 

Pour un mot de trop, tout a chaviré. Il n’y a pas eu de bienveillance accordée. Pas de pardon venant du cœur pour qu'il soit sincère et viable mais un doute opérant et mortel pour des actes, des termes incompris.

Le petit personnage est revenu, magnanime. L’enfant prodigue, accueilli jadis les bras ouverts, l’est un peu moins aujourd’hui parce que la vie a changé. Les valeurs ne sont plus pareilles. Le pouvoir est réparti, et doit être admis. Les esprits n’ont pas sexe, de grade, de puissance.  Ils sont libres de s’exprimer sans contrainte, sans loi, ni dieu.

Le petit personnage est revenu, quémandant. Il cherche un futur meilleur, dans un contexte de paix, dans une absolue confiance, avec tout le réconfort possible. Lui n’a pas compris que les hommes ont évolué, que le temps est passé, que certains rêves se sont évanouis. Que d’une époque révolue, nous gardons les plus beaux souvenirs. Et que, pour chasser la souffrance, l’amour de l’autre est de mise.

Le petit personnage est revenu, lénifiant. Ce petit être est aussi tout pour nous, poésie, amour, amitié. Il est l’espérance et le souffle qu’il véhicule nous protège.  Il détient la force de vivre et de se battre. Avec lui, le temps fait son œuvre réparatrice et comme toujours, nous bravons ensemble le mal pour un monde meilleur.

 

 

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Sortie de "L'Exilée"

Bonjour à tous,

J’ai l’immense joie de vous annoncer que mon dernier livre, « l’Exilée » est sorti hier matin : http://www.edilivre.com/l-exilee-2328f5ed7b.html

Mon propre stock me parviendra d’ici deux bonnes semaines et dans 45 jours précisément, il sera disponible en librairie, tant en ebook qu’en format papier.

J’espère que vous ferez bon accueil à mon dernier né !

Et même si la lecture n’est pas votre hobbie préféré, un petit « like » ne prend que quelques secondes et fait toujours bien plaisir…

Virginie Vanos

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"Les passantes " de Brassens

Je réécoutais cette magnifique chanson de Brassens sur un texte d’Antoine Pol.

Une strophe retient plus particulièrement mon attention :

« A celle qu'on voit apparaître

 Une seconde à sa fenêtre

 Et qui, preste, s'évanouit

 Mais dont la svelte silhouette

 Est si gracieuse et fluette

 Qu'on en demeure épanoui » 

Perdue aussitôt qu’entrevue cette « passante » réveille  ma fascination pour les fenêtres… Cette frontière presqu’immatérielle qui sublime la magie du dedans et du dehors, sépare autant qu’elle invite. Cette ambiguïté est magnifiquement rendue par Magritte dans son tableau « Eloge de la dialectique » 

Une plaquette de poèmes de Rilke s’intitule justement « Les fenêtres ». Elle fait partie de la poésie en français de Rilke. Le 5eme poème débute ainsi :

« Comme tu ajoutes à tout,

Fenêtre, le sens de nos rites :

Quelqu’un qui ne serait que debout,

Dans ton cadre attend ou médite »  . 

Au hasard de mes vacances ou de mes promenades, il est rare que je ne prenne pas une ou l’autre fenêtre en photo tant cette simple « chose » fait pour moi partie de la poésie du quotidien. Il est toutes sortes de fenêtre : ouvertes, fermées voire condamnée, vitrail d’église, ….

J’en ai sélectionné quelques-unes.

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L'au-delà.

                                Là-haut, dans l'au-delà,

existe t-il un jardin et des arbres,

une floraison permanente, dont les couleurs

seraient inouïes, infinies ?

Ou bien s'agit-il d'un jardin bleu ?

Le soleil se touche t-il, s'enlace t'il ?

Ma mère est-elle devenue clarté,

lumière en tout cela ?

S'ensoleille t-elle du matin jusqu'au soir,

à l'instar de mes proches partis bien trop tôt ?

Je suis tentée de répondre oui,

tant les constellations en témoignent, me le font croire.

NINA

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Réflexion sur l'acte d'écrire.

écrire, ne serait-ce pas tenter de mettre en ordre,

le grand désordre en soi qui sévit quelquefois ?

D'endiguer cette déferlante trop brutale et violente

en soi, qui nous submerge certains jours ?

Ecrire, sans doute est un acte de tranquillisation,

face à cet événement que l'on croit être "insurmontable",

qui siège dans notre mental, le chamboule.

C'est un rafraichissement sur cette brûlure souterraine,

cette morsure bien trop vive ; une caresse bleue.

Ecrire, c'est tenter de rendre cette "mer" un peu "mère".

NINA

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RESPIRATION...

Dire aujourd'hui que j'ai gardé la foi dans l'homme...

Je voudrais, ce serait plus simple en somme!

Hélas, sur tant de dégâts le regard se pose...

Alors, tant le cœur que l'esprit vacillent, moroses!

Guerre, trahison, désamour, et en sus, bêtise!

Cette malédiction, faudrait qu'on avalise?

C'est trop demander à un regard conscient

C'est comme donner raison à l'éternel tourment!

Pourtant au fond du coeur, indemne de tout naufrage...

L'espoir nous met encore la tête dans les nuages!

Alors, la foi en soi, comme ultime recours?

Et cette force en nous, celle que nous donne l'amour!

J.G.

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administrateur théâtres

 « C’est la tendresse qui vous rend vulnérable, qui vous rend ouvert, qui vous rend sensible au mystère qui vous entoure ». Et ainsi, on ne passe pas à côté de la vie. Parfois aussi grâce au cinéma, ou à la musique, ou les deux! Voici des paroles et des musiques qui font rire, réfléchir, se projeter, s’apaiser, s’enchanter ! Esprit, es-tu là ? Ce nouveau spectacle mis en cœur par Laurence Briand ne peut décevoir. La dissertation très vivante vaut le détour!

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L’expérience ludique intelligente  est au rendez-vous, en tous cas. On reconnaît tout de suite   une écriture  trempée dans la sensibilité et l'humour,  doublée d' une présence scénique toujours chaleureuse qui galvanise ses deux aimables complices. Une réalisation dans la lignée du non moins pétillant spectacle : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », bien que dans un registre totalement différent,  hormis le climat poétique qui en découle. Travail de fourmi ou de cigale ?  Ce cocktail de  rigueur et de liberté a été créé à la Clarencière en décembre dernier devant une salle comble : what else? Vous voulez une définition charmante du cinéma ?  Pour Cocteau, le cinéma,  "c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière."

Le public frémit de plaisir devant ce rassemblement de pépites. Alice est au pays du cinéma. Le texte est sculpté, vivant, imagé, créatif. La mise en voix sonne juste. Les chansons et musiques de film soulèvent des tourbillons d’émotion  pour certains, un fleuve de nostalgie pour d’autres. Une suite palpitante de rêves, de souvenirs, de connotations, menée tambour battant. C’est tonique, bien composé et bien rythmé. Tantôt, peinture de lumières dramatiques ou tendres, tantôt gratitude pour tout ce que le siècle cinématographique a apporté à notre culture. A l’objectif, le trio fougueux des artistes : Laurence Briand, Yvann Drion et Marie-Gaëlle Janssens, pour célébrer les merveilles du rêve, du bonheur, des émois amoureux, des premiers baisers et des longs sanglots. Le sablier égraine les monstres sacrés du vingtième siècle. Marilyn, Romy, Montand, Signoret, Reggiani, Gabin, Arletti, Pagnol, Sautet, Lelouch, Truffaut, Rohmer, Chabrol, Godard, Varda, sont conviés à un festival de phares dans l’océan cinématographique de notre jeunesse. La pluie bienfaisante des citations va droit au cœur.
Chaplin disait « Quand intelligence et sensibilité sont en parfait équilibre, on a de merveilleux acteurs ». A l’écran et sur les planches. Jetez-vous sur ce bateau ivre de lumières et de jolies voix.

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PLEINE LUNE EN MER

une aquarelle

d'Adyne Gohy

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a été inspirée

par

HAÏKUS DE LA LUNE

de

Raymond Martin

 

La lune pourpre

Pour la visualiser

Via ma lentille

 

Peine à rire

Le troupeau va en lenteur

Le trèfle frémit

 

Vase  bleu  joufflu

Aux allures de bonze

La pivoine dort

 

Horizon marin

Vagues  déferlantes

Impressions salées

 

A l’assaut du pic

Roches escarpées moussues

Rode marmotte

 

A l’ombre  fraîche

Raton laveur  effrayé

Pipistrelle dort

 

Calvaire trois croix

Sur le mont du Golgotha

Absence de foi

 

Roitelet  chante

Roitelet tremblant

Vent sur la cime

 

Ile noire  ile de Ré

Molène  Aix  Ouessant

Pas deux  Saint-Michel

 

Curieuse voûte

Parsemée de lucioles

Vermisseaux repus

 

Raymond  Martin

Décembre 2015

Un partenariat d'

Arts 

12272797098?profile=originalLettres

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Etienne DRIOTON s'éteint le 17 janvier 1961 à Montgeron.

Le monde de l'égyptologie est en deuil.Les hommages de l'ensemble des savants sont à la mesure de l'admiration qu'ils ont pour l'oeuvre du maître. Ainsi le Professeur Jean Leclant écrivait "Rarement carrière aura été plus complète que celle du chanoine Etienne Drioton [...]Chercheur, professeur, administrateur, conférencier, maître éminent en philologie aussi bien qu'en archéologie, critique d'art nuancé autant qu'exégète pénétrant de la religion, il a travaillé dans tous les domaines de 'égyptologie depuis les Textes des Pyramides jusqu'aux études coptes, où son apport a été de la plus grande importance "  (Etienne Drioton, l'Egypte, une passion)12273144273?profile=original

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Une vision sensible de 2015 ou une projection sur 2016, nous était demandée...(N° du 2 janvier 2016) par le quotidien " L’INDÉPENDANT " .

J'ai préféré, pour ma part, écrire un texte poétique, plutôt que de me livrer à une analyse politique.

Une année 2015 qui ne marquera pas l'Histoire, même l'Histoire de France...Et qu'est-ce que l'Histoire de France, selon sur quel point du Monde on vit ?

Peu de choses restent, c'est comme cela, c'est peut-être mieux ainsi.

 

 BONNE ANNEE 2016 !

 

Michel SIDOBRE

Livres sur la FNAC : http://www4.fnac.com/Michel-Sidobre/ia792123

  Acteur : http://sidobremichel1.e-monsite.com/ 

Auteur  : http://sidobrepoete.e-monsite.com/ 

 

 

 

Michel Sidobre dans L'indépendant 2 janvier 2016.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12273140066?profile=originalUnanimement salué comme le plus grand humaniste français, il fut de son vivant une sorte de héros du savoir, et comme la figure emblématique de cette « science des lettres » en plein essor, dont il avait été à l'aube du XVIe siècle le pionnier, et dont il se fit sous le règne de François Ier l'inlassable avocat. Son nom est inséparable de la fondation du Collège de France. Mais son oeuvre reste méconnue. Le choix qu'il a fait de l'expression latine - choix normal à l'époque - n'en est pas l'unique raison. Cette occultation est la conséquence des partis assumés par Budé lui-même : érudit qui écrit pour des érudits, penseur qui philosophe selon un mode tout poétique, et qui se laisse porter par les figures de style et les symboles, sans souci d'atteindre un large public. Or cette pensée ouvrait avec une rare profondeur des directions fécondes. Nous lui devons notamment la notion d'encyclopédie , c'est-à-dire l'idée que toutes les disciplines, toutes tributaires d'une science unique, celle du langage, sont indissolublement liées entre elles. Nous lui devons aussi la réflexion la plus aiguë sans doute qui ait jamais été menée sur le fragile et aléatoire équilibre qu'implique l'humanisme chrétien.

 

La ferveur des études

 

Guillaume Budé représentait en son temps un type nouveau d'écrivain, non point clerc, mais laïque, homme marié et père d'une famille nombreuse, préoccupé de l'administration de ses biens (sa maison de la rue Saint-Martin à Paris, ses maisons de campagne), assumant diverses responsabilités publiques au milieu desquelles il réussit difficilement, mais obstinément, à ménager le temps de l'étude. Il était né le 26 janvier 1468 d'une famille bourgeoise établie à Paris, ennoblie depuis la fin du XVe siècle, et qui exerçait à titre pratiquement héréditaire des charges de trésorerie et de chancellerie. S'inscrivant dans cette tradition, Budé fit des études de droit à Orléans. Mais il en revint si déçu que durant plusieurs années il délaissa les livres et s'adonna avec ardeur à tous les arts de la chasse. Puis brusquement, autour de 1492, il abandonna ces plaisirs pour se consacrer à l'étude avec plus d'ardeur encore, au mépris de ses intérêts immédiats, et à celui de sa santé que l'excès de travail devait constamment maltraiter. Il apprit alors le grec pratiquement sans maître et presque sans instruments de travail. Toujours cultivant son propre mythe, il se peindra comme un autodidacte et un pionnier. L'étude avait été pour Budé l'objet d'une vocation tardive et impérieuse, elle fut toute sa vie l'objet d'une ferveur passionnée (il appelait la Philologie sa maîtresse, ses amours).

Sa recherche érudite se poursuivit dans deux directions. Tout d'abord un recensement des ressources de la langue grecque. Accumulé fiche après fiche, ce savoir aboutira en 1529 à la publication des Commentairii linguae graecae , mine de données offerte aux lexicographes futurs. Sa connaissance du grec est telle qu'il correspond en cette langue (nous possédons de lui près de soixante lettres grecques). Il se plaît aussi à mêler de grec son style latin, et même à forger des mots latins sur le modèle du grec. C'est dire que les deux langues sont devenues pour lui des langues vivantes. L'autre champ d'investigation est le Corpus juris . Guillaume Budé ne cessera jamais d'y travailler puisque, rendu célèbre en 1508 par ses Annotations aux Pandectes , il apporte un complément à celles-ci en 1526, puis laisse à sa mort des  notes abondantes sur le vocabulaire juridique dont Robert Estienne tirera en 1544 un volume intitulé Forensia . Budé se soucie de retrouver la pureté des textes des jurisconsultes sous les alluvions des glossateurs. Toutefois (à la différence d'Alciat, puis de Cujas, juristes professionnels en quelque sorte), Budé mène son étude en philologue et en archéologue, et moins pour assainir la pratique judiciaire que pour saisir les faits de langage, et, derrière eux, les réalités de la vie antique. D'où la juxtaposition, dans les Annotations aux Pandectes , d'articles concernant la philosophie du droit et d'articles très concrets (sur le luxe, le sport, le vêtement, l'architecture, etc.).

C'est encore la réalité antique que Budé cherche à retrouver dans le plus célèbre de ses ouvrages, L'As  (De asse et partibus ejus , 1515, réédité avec quelques augmentations et variations en 1516, 1522, 1524, 1527, 1532). Ce livre dont le point de départ est encore un texte des Pandectes  répondait à la nécessité de bien interpréter dans les textes des jurisconsultes, des historiens, ou dans l'Histoire naturelle  de Pline, les notations chiffrées (monnaies, mesures). Aucune juste représentation du passé n'était en effet possible sans ce genre d'évaluation. Mais l'entreprise impliquait un enchevêtrement de difficultés ; elle passait notamment par l'étude critique des manuscrits de Pline, tous très altérés, et sur lesquels les Italiens, en particulier Hermolao Barbaro, s'étaient déjà penchés. Laissant loin derrière lui ses prédécesseurs, Budé, au terme de son ouvrage, pouvait s'enorgueillir d'avoir par ses travaux « rouvert les sépulcres de l'Antiquité ». Mais le De asse  est encore bien autre chose qu'un livre d'économie comparée ou de numismatique. A l'évocation du passé s'y mêle comme en contrepoint la satire du présent (celle de la cour, celle du haut clergé). Le livre se couronne d'un épilogue qui prend la forme d'un dialogue philosophique entre l'auteur et son meilleur ami. Il propose alors un « plus haut sens ». Il oppose aux biens de fortune les joies d'une vie studieuse qui, après avoir parcouru l'encyclopédie du savoir, découvre la beauté déroutante et sublime des textes sacrés, et trouve une paix heureuse (euthymie ) dans leur méditation. C'est déjà tout l'essentiel du budéisme.

 

La défense des études

 

Il est significatif que le De asse  paraisse à l'aube du règne de François Ier. Aux dernières lignes du livre, Budé, qui avait acquis au temps de Charles VIII le titre de secrétaire du roi, mais qui sous Louis XII (malgré deux courtes ambassades en Italie) s'était tenu à l'écart de la cour, manifeste qu'il est disposé à servir un jeune roi qui promet d'offrir enfin sa chance à l'espérance humaniste. Cette espérance parut se concrétiser lorsque, dans l'entourage du roi, se forma le projet de fonder à Paris un collège trilingue et d'appeler à sa tête Érasme qui était alors au sommet de sa gloire. Des négociations furent entreprises par l'évêque de Paris, Étienne Poncher, cousin de Guillaume Budé ; on sait qu'Érasme ne répondit que par des atermoiements. Budé de son côté, par une lettre du 2 février 1517, s'entremit vainement. Il correspondait en effet avec le Rotterdamois depuis un an environ ; de cet échange, c'est Érasme qui avait pris l'initiative, « applaudissant à la gloire et admirant l'érudition » du savant parisien. Commencée dans un enthousiasme réciproque, cette correspondance sera vite traversée de malentendus et d'aigreurs et s'espacera jusqu'à ce que Budé, à deux reprises, et définitivement en 1527, décide de l'interrompre. Elle manifeste à la fois un accord profond sur les grandes questions religieuses et politiques du temps et une opposition flagrante entre leurs caractères et plus encore entre leurs esthétiques. Les deux interlocuteurs y parlent en égaux ; et de fait, sous la plume de contemporains comme Christophe de Longueil, Cutbert Tunstall, Thomas Linacre, Luis Vivès, Érasme et Budé apparaissent comme « deux champions rivalisant dans l'arène des lettres ». Avec le recul de l'histoire, force est de reconnaître qu'Érasme, par la souplesse de son génie, ses exceptionnels dons médiatiques et sa mobilité de vie, avait acquis une dimension européenne, alors que Budé dans le même temps s'enracinait dans la réalité française. En 1519, Budé cherche à attirer l'attention du roi par l'offrande d'un manuscrit en français, recueil d'anecdotes et de sentences instructives tirées des Anciens et de la Bible, qui nous est parvenu, à travers des publications posthumes douteuses, sous le nom d'Institution du prince . La même année, à la veille de l'élection à l'Empire, il participe aux négociations de Montpellier. En 1520, il est à Ardres, au Camp du Drap d'or. Il y rencontre Thomas More avec lequel il avait inauguré en 1518 une correspondance qui rendait manifeste la profonde harmonie de leurs pensées et de leurs goûts. En 1522, les honneurs s'accumulent. Le roi confère à Budé presque simultanément les charges de maître des requêtes et de maître de la librairie, tandis qu'il est élu par ses concitoyens prévôt des marchands (c'est-à-dire maire) de Paris.

Si hautes et respectables que soient de telles fonctions, ce n'est pas certes à leur niveau que se tisse l'histoire. Mais Budé s'en trouvait honoré, parce qu'il y voyait les marques, dans une société où dominaient les valeurs de la naissance et de l'argent, d'une certaine reconnaissance du mérite personnel et de la science, et surtout parce qu'elles lui offraient autant de tribunes pour la défense de l'humanisme. Les dialogues qui composent en 1532 le De philologia  mettent en scène un roi brillant, attentif, amusé, et Budé plaidant devant lui sur un ton d'aimable familiarité la cause de la Philologie. Il plaide pour que s'ouvre aux hommes d'étude les plus hautes fonctions de l'État ; pour que s'instaure un enseignement d'un type nouveau, et que s'abolisse le fâcheux morcellement des structures universitaires au profit d'une culture encyclopédique fondée sur l'étude des textes dans leur langue d'origine. L'institution des lecteurs royaux venait en 1530 de lui apporter à cet égard une satisfaction incontestable, quoique tardive et incomplète ; car il rêvait de l'édification d'un magnifique collège, temple des Muses, studieuse Thélème. Son plaidoyer s'exerçait aussi contre les ennemis de l'humanisme. Il s'agissait de désarmer l'hostilité ou la défiance des théologiens en témoignant de la possibilité de concilier la culture nouvelle avec la piété. Il est certain que les gages que Budé a donnés à maintes reprises de son catholicisme avaient aussi pour but de sauver les lettres de l'extrême péril auquel les exposait l'amalgame, couramment pratiqué par leurs ennemis, entre le renouveau des études - les études grecques en particulier - et la diffusion des idées luthériennes, puis d'autres semences d'hérésie plus radicales encore. Dans ces deux aspects complémentaires de son rôle d'avocat, le seul recours efficace était le roi. Aussi son amour même des études conduisait Budé non seulement à rappeler en toutes occasions à celui-ci ses anciennes promesses, mais encore à le persuader (dans le De philologia  comme dans l'Institution du prince ) qu'il en possédait de droit, contre le poids des forces hostiles, le pouvoir absolu.

 

Le « Transitus ad christianismum »

 

Une vie aussi studieuse, un militantisme si constant s'enracinent dans une philosophie. Non point une philosophie spéculative ; Budé considère que depuis l'avènement du christianisme toute spéculation de l'esprit est orgueilleuse et vaine. La vérité est don de Dieu. L'exercice philosophique par excellence est donc lecture, interprétation, méditation de l'inépuisable richesse de sens de l'Écriture sainte ; et cette méditation conduit à la contemplation (philotheoria ), qui est elle-même comme l'anticipation de l'éternité bienheureuse. On ne saurait comprendre Budé sans référence à la mystique. Mais, en face du don de Dieu, s'offre à l'humaniste le don des hommes, l'héritage des Grecs et des Latins. Dans la mesure où elle fut associée au paganisme, cette culture classique que Budé, reprenant le vocabulaire des Pères de l'Église, désigne du mot hellenismus , est tout à la fois admirable et suspecte. La sauvegarde de l'unité d'esprit du lettré lui impose donc une réflexion sur la valeur et les fins de ses études. Certes, tous les thèmes traditionnels de la philosophie morale intéressent Budé (comme le prouve l'essai, qu'il publie en 1520 sur le « mépris des choses fortuites », le De contemptu rerum fortuitarum ). Mais c'est à la philosophie de la culture qu'il revient sans cesse. Parce que, en tant que laïc, il pouvait se tenir largement à l'écart des débats théologiques qui, depuis l'apparition de Luther, détournaient l'attention des intellectuels de cette question existentielle vers des problèmes d'orthodoxie, Budé a eu le loisir de focaliser sa pensée sur ce qui était le fait primordial de la civilisation de son temps : la double renaissance des études profanes et des études sacrées, et le conflit potentiel qu'implique cette dualité culturelle. Les générations à venir s'orienteront vers des solutions de rupture ou des solutions de compromis. Le budéisme est une tentative de synthèse. Il propose l'étude comme voie de salut et de sainteté. Il intègre ainsi l'humanisme à l'« économie divine », et le justifie  au double sens temporel et théologique.

Le texte fondamental sur la question est un petit livre publié en 1532 conjointement avec le De philologia , et intitulé de manière significative L'Étude des lettres  (De studio litterarum recte et commode instituendo ). Budé y entrechoque deux postulats opposés, celui de la valeur de la culture profane (prestige de l'éloquence, élévation de la pensée platonicienne, intuitions des anciens poètes), celui de sa non-valeur eu égard à la transcendance de la parole divine. Il s'agit là d'une dialectique familière à Guillaume Budé. La contradiction se résout par un dépassement, un passage (transitus ) qui implique, comme une sorte d'offrande rituelle, la consécration au christianisme de toutes les ressources de la culture profane, symbolisée ici par le Mercure logios , dieu de l'éloquence. L'aboutissement d'un tel projet sera un discours théologique insolite dont le De transitu hellenismi ad christianismum  (1535) fournira l'illustration. Sorte de poème en prose nourri de réminiscences antiques, emporté par le jeu des métaphores, et où les noms d'Hercule, de Mercure, de Prométhée sont les fils conducteurs de méditations sur le Christ et la croix, le De transitu  est aussi, par ses digressions fort étendues, le miroir de son temps. Budé voyait en effet de jour en jour se dégrader l'espérance humaniste au milieu des querelles religieuses, de la licence et de l'anarchie. Il condamne les doctrines nouvelles, tout en reconnaissant des vertus au camp adverse et des torts à son propre camp. Sa sympathie le porte vers le parti des « politiques ». Mais, tandis qu'il écrit son livre, survient le scandale des Placards (17-18 octobre 1534), qui bouleverse Budé dans un des aspects les plus sensibles de sa piété. Le ton de son livre est soudain dramatisé. Devant le débordement de la violence, l'humaniste s'interroge : n'a-t-il pas jeté lui-même les premières semences ? Soucieux de ne pas voir sa chère Philologie sombrer dans la tourmente, et pour ne pas avoir à renier ce qui fut sa raison de vivre, Budé perçoit qu'il n'est de salut pour l'humanisme et pour l'humaniste que dans la réussite du transitus . Il adjure avec véhémence son lecteur, et lui-même, de se convertir. Après quoi il entre dans le silence.

De la fin de sa vie, nous savons peu de chose, sinon qu'il fut l'ami et le conseiller du chancelier Poyet, et qu'il mourut lors d'un voyage en Normandie où il accompagnait le roi. En 1557 furent publiées à Bâle ses oeuvres complètes, précédées du récit de sa vie par son disciple Louis Le Roy. Nous redécouvrons aujourd'hui Budé non seulement comme penseur, mais comme écrivain. Les études récentes sur la rhétorique ne peuvent qu'attirer l'intérêt sur cet auteur, certes difficile, mais « flamboyant » et singulier.

 

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