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Instantané, au Parc Gouin

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À mes amies, peintres de la Nature

Caché dans un immense érable,
Se sentant sans doute à l'abri,
Un gros écureuil est à table.
En photo, il a été pris.

Installé non loin de son nid,
Peut-être sur son pas-de-porte,
Il contente son appétit.
La sécurité lui importe.

Ne pas attirer d'envieux,
Quand on a exclu le partage.
Chacun à son tour est chanceux

Profite seul d'un avantage.

Dans leur grise fourrure épaisse,
En ce temps froid de rareté,
Nombreux sont ceux de son espèce
Glanant en vain sans s'arrêter.

Près des passants, ils font des pauses
En espérant leur charité.
Or ceux-ci nombreuses fois osent
Saisir intacte leur beauté.

21 janvier 2016

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Les philosophies existentielles, les cataclysmes de l'histoire moderne, le sentiment qu'a l'individu d'être jeté dans un monde incompréhensible et dont la représentation échoue par l'inadéquation du langage, telles sont les sources de la vision du monde profondément pessimiste que Camus appelle l'absurde. Le théâtre des années cinquante et soixante, celui de Beckett, Ionesco, Albee ou Pinter, s'en fait l'écho.

 

 

1. À la recherche d'une définition

 

Semper eadem

 

Il n'est pas étonnant que la «génération de l'absurde» soit la nôtre et que nous nous retrouvions, par la grâce d'un livre de Paul Van den Bosch, des «enfants de l'absurde», baptisés dans les fureurs nazies et les fumées d'Hiroshima; des «enfants du bon Dieu» (Antoine Blondin), des «enfants tristes» (Roger Nimier) avec, sur les lèvres, «un certain sourire» de cynisme désenchanté... En effet, chaque génération nouvelle a le sentiment d'être la plus déshéritée; le mal du siècle, à chaque siècle nouveau, recommence. Claudel découvre la première vague exhalation hamlétique dans l'oeuvre d'Euripide, et Eugène Ionesco associe le théâtre de Samuel Beckett aux lamentations de Job sur son fumier.

Comment s'en étonner, puisque l'absurde se manifeste dans un perpétuel recommencement? AlbertCamus déroule, dans Le Mythe de Sisyphe, la chaîne de nos gestes quotidiens, «lever, tramway, quatre heures de bureau ou d'usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme...» Les générations qui défilent dans La Conversation de Claude Mauriac se relaient pour continuter le même bavardage insipide de l'existence. Les têtes de l'hydre repoussent toujours. Toutes les nuits Estragon est battu, tous les soirs il vient attendre Godot en compagnie de Vladimir, «depuis cinquante ans», c'est-à-dire depuis le commencement du monde. L'absence de changement est la caractéristique même de l'absurde.

 

Le sentiment de l'absurde

 

Mais Vladimir et Estragon n'ont pas conscience de l'absurdité de leur existence. Éveillés, ils sont plongés dans le «sommeil stupide» des «plus vils animaux» dont Baudelaire se prenait à jalouser le sort. Vivant dans l'absurde, ils ne vivent pas l'absurde. Meursault, lui, franchit le pas. Caligula l'a déjà franchi au moment où commence la pièce. En effet, comme le souligne Camus dans Le Mythe de Sisyphe, ce qui est absurde, c'est la «confrontation» de l'«irrationnel» du monde et «de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme».

Il importe moins, alors, d'explorer l'insondable absurde, que d'énumérer les sentiments qui peuvent comporter de l'absurde: la «nausée» qui nous soulève le coeur devant l'automatisme de nos actes, la «révolte de notre chair» à la pensée de la mort dont, par une étrange inconséquence, nos souhaits d'avenir nous rapprochent, etc. Tout commence par une question qui vient rompre la continuité de la chaîne: aussi bien le «Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini?» de Pascal que le «Qui suis-je? où suis-je? où vais-je? et d'où suis-je tiré?» de Voltaire, que le simple «Pourquoi?» instinctivement murmuré par l'homme X d'Albert Camus.

 

Le non-sens

 

Pascal possède une réponse et échappe ainsi à l'absurde dont il a seulement voulu faire passer le frisson chez le libertin pour le conduire à l'ultime recours. L'atmosphère absurde ne saurait s'appesantir que sur un homme «coupé de ses racines religieuses ou métaphysiques», comme l'écrit Ionesco dans Notes et contre-notes, un homme «perdu» dont la démarche devient «insensée, inutile, étouffante».

L'absence de cause ou de finalité, le non-sens du monde sont ressentis comme des conséquences de l'absence de Dieu: après Nietzsche, les «enfants de l'absurde» de Paul Van den Bosch ont l'impression que Dieu est mort, «mort de vieillesse». Lucky, pensant tout haut devant Vladimir et Estragon, s'en prend à la «divine apathie», la «divine athambie», la «divine aphasie» d'un «Dieu personnel quaquaquaqua à barbe blanche quaqua»: un «godot», c'est-à-dire sans doute une dérision de Dieu qui n'est que la figure dérisoire de notre vaine attente de Dieu.

 

 

2. La crise du langage

 

Le paradoxe d'une «philosophie de l'absurde»

 

Il y a quelque audace, et même quelque inconséquence à vouloir exprimer rationnellement l'irrationnel et à user du discours logique pour suggérer l'absurde qui, par définition même, échappe à la logique. Camus s'est, par là même, exposé à de vigoureuses attaques lancées par ceux qu'il avait peut-être engendrés. Caligula reste encore une démonstration bien menée et nous donne peut-être l'exemple extrême d'une tentative littéraire essentiellement paradoxale.

Mais la crise du langage était inévitable, d'autant plus que le sentiment de l'absurde révélait les tares de notre instrument de communication. Cette «cacaphonie», comme disait Julien Torma, est bien absurde puisque l'«on passe sa vie à répéter la même chose. Et pourtant, lorsque l'on meurt, on n'a rien dit, rien» (La Conversation). Dans son essai sur Proust, Samuel Beckett juge que «la tentative de communiquer là où nulle communication n'est possible est une pure singerie, une vulgarité ou une abominable comédie, telle que la folie qui tiendrait conversation avec le mobilier». Et Ionesco conclut: «Les gens sont devenus des murs les uns pour les autres.»

Ce pessimisme est à la fois celui de philosophes du langage (Fritz Mauthner, Wittgenstein), de romanciers (Maurice Blanchot, Louis-René des Forêts), de dramaturges (Beckett, Pinter, etc.). Il pourrait aboutir au silence. Et certains semblent bien près de penser qu'il est, en effet, la meilleure expression de l'absurde. L'Orchestration théâtrale de Fernando Arrabal, l'Acte sans paroles de Beckett réduisent au mime l'expression dramatique.

 

La désintégration du langage

 

Mais il semble plus riche de tenter d'exprimer par un langage désarticulé ou désintégré la désintégration absurde du monde, de l'existence ou du langage. L'évolution de l'oeuvre de James Joyce est exemplaire à cet égard: la confuse masse verbale de Finnegans Wake ne se propose ni d'expliquer ni même d'analyser; elle nous présente le cerveau à nu, les veinules toutes palpitantes du subconscient. Quand Samuel Beckett oblige Lucky à penser en lui ôtant son chapeau melon, il exprime le même phénomène par un symbolisme élémentaire. Dans ce qu'il est convenu d'appeler, depuis l'essai de MartinEsslin, le «théâtre de l'absurde», la désintégration du langage s'opère surtout par appauvrissement. Dans le roman, elle est plutôt le résultat d'une prolifération anarchique.

Il existe une façon inverse de cerner l'absurde par le langage. Il s'agit cette fois, non de se passer de la logique, mais de pousser la logique jusqu'à l'illogisme. Le procédé permet ainsi de découvrir l'une de nos inconséquences, comme dans ce raisonnement d'Ionesco, sorte de syllogisme de l'absurde: «J'ai peur de la mort. J'ai peur de mourir, sans doute, parce que, sans le savoir, je désire mourir. J'ai peur donc du désir que j'ai de mourir.» Appliqué au langage, précisément, le même entêtement s'organise en une véritable chasse à l'absurde dont La Cantatrice chauve est le célèbre résultat: les clichés et les truismes extraits d'une méthode «Assimil», répartis entre deux, puis quatre personnages, deviennent fous en s'enchaînant les uns aux autres; la parole se vide de contenu et dégénère en une querelle où les pitoyables héros se jettent à la figure des syllabes, des consonnes et des voyelles.

On se rend compte que le langage est alors devenu un épiphénomène ou, au théâtre, un geste comme les autres, qui s'intègre tout naturellement au spectacle total prôné par Antonin Artaud dans Le Théâtre et son double. La tradition est d'ailleurs au fond fort ancienne, depuis les myroi et les absurdi jusqu'au «nonsense» anglo-saxon.

La littérature de l'absurde s'engage donc dans deux voies complètement divergentes. Les uns, qui sont soucieux de «dire», mettent au service du thème métaphysique de l'absurde les moyens de la description réaliste (les romans de Gascar) ou du discours (le théâtre de Camus). Les autres, qui se préoccupent davantage d'«exprimer», nous mettent en présence d'une création artistique absurde (le monologue d'Ulysse, la prolifération des meubles dans Le Nouveau Locataire), déréglée ou vaine, pour suggérer l'anarchie du monde ou la vacuité de l'existence.

 

 

3. Vers une solution

 

La tentation de l'espoir

 

La tentation est forte pour l'écrivain d'abandonner son rôle modeste de témoin pour se transformer en apôtre. La littérature de l'absurde offre peu d'exemples d'expression pure de l'absurde. Le plus remarquable reste l'oeuvre de Samuel Beckett, obstiné dans son refus de répondre et de conclure, dans sa volonté de recommencement de chapitre en chapitre, d'acte en acte, de pièce en pièce. Au contraire, la philosophie de l'absurde, chez Camus, évolue vers un humanisme de plus en plus chaleureux. Même Le Mythe de Sisyphe ne se contente pas de diagnostiquer le mal: il condamne les faux remèdes, aussi bien le «suicide logique» de Kirolov analysé par Dostoïevski dans Les Possédés que le «suicide philosophique» de Chestov qui, pour échapper à l'absurde, fait le «saut» et s'en remet à Dieu. Bien plus, Camus incline son lecteur vers ses propres recours: le défi, la révolte, la création. Dans un monde sans cause, l'existentialisme sartrien invite l'homme à être «cause de soi». Dans un monde sans but, la philosophie de Camus place en l'homme même la fin de l'homme. «Il faut imaginer Sisyphe heureux», parce qu'il est devenu «maître de son destin»: mais, à supposer que cela soit possible, Sisyphe échappe à l'absurde en donnant un sens à son effort.

Les tâtonnements des héros de Kafka dans le labyrinthe ténébreux du monde prennent aussi un sens, si on veut bien lire Le Procès ou Le Château à la lumière de la correspondance et du Journal. «Je tente toujours de communiquer quelque chose qui n'est pas communicable, et d'expliquer quelque chose qui n'est pas explicable», écrivait Kafka. Si, derrière cette quête de l'absolu, se profile l'impossibilité pour cet absolu de se communiquer à l'homme, le fait même de la quête demeure. L'arpenteur reprend chaque matin le chemin du château parce que ce cheminement même a pris les proportions d'une éthique. Comme l'a judicieusement noté Albert Camus, ici, parce que «l'absurde est reconnu, accepté, l'homme s'y résigne et, dès cet instant, nous savons qu'il n'est plus l'absurde». L'exploration de l'absurde a abouti à un exorcisme véritable.

 

Littérature salvatrice

 

Faut-il en conclure qu'il y a une fonction cathartique de la littérature? S'emparant de l'absurde, ou bien elle se contente de l'élucider, et par là déjà elle le domine, ou bien elle l'élimine au terme d'un corps à corps. Plus sournoisement encore, elle l'évince par les sortilèges qui lui sont propres: la lente infiltration du langage prépare une communication qui est déjà une remontée de l'angoisse, l'esquisse d'un rapprochement (comme celui du colporteur et de la bonne dans Le Square de Marguerite Duras), le retour à un fonds primitif (rêvé par Artaud, par Ionesco ou par Albee); ou bien, tout simplement, elle crée une distance et, malgré qu'on en ait, une distraction qui nous éloigne de l'absurde ou l'éloigne de nous.

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Beauté de la nature

Une aquarelle d'Adyne Gohy

Inspirée par une photo

de

Raymond Martin

12273147270?profile=original

a inspiré

un poème

de Raymond Martin

Calanche di Piana

Les Calanques de Piana

en Corse

 

Cathédrale Méditerranéenne façonnée  par les âges, aux  parures  d’ocres   de  différentes facettes 

 Selon le bon vouloir de l’astre solaire   ou du courroux sans bornes  de  Poséidon,

Tu nous  offres,  paisible, un peu des entrailles de cette sublime terre  Corse.  

 

Tes  flancs exacerbés  ressemblent aux jambes  des Titans,  dont les pieds  baignent  dans les reflets

D’un bleu profond de l’onde marine ,  calme ou intrépide de cette mer nourricière.

Onde bienfaisante calmant les esprits, face  à  l’ardeur du soleil   à son sommet. .

 

Un mélange de sons  se devine quand, fermant les yeux , on laisse libre cours à   son âme aux   

Aguets. Le dialogue du vent et  de la mer  cher à Debussy, se lie avec  les voix  venues du passé,

De Phéniciens  ou de Génois  ventant leurs marchandises  aux autochtones, myrte et pacotille.

 

Peut-être  aussi la voix allègre du pêcheur  satisfait par ses prises de rougets et  autres  mérous,

Accompagnée de la douceur  fruitée  d’un petit rosé local , pour faire  oublier la fatigue accumulée

A  manœuvrer le « pointu »,   garant d’une pêche respectueuse du  fond marin. 

                       

Nienti sta sera

nienti à punenti

nienti à l’alba

nienti

sta sera m’addurmentu in prosa

Rien ce soir

Rien au couchant

Rien à l’aube

Ce soir je m’endors en prose.

( Poème de Marianne Costa en Langue Corse )

Un partenariat d'

Arts 

12272797098?profile=originalLettres

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Nouvel hiver

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   Cet hiver, au Québec, est débordant de grâces.

   Quasiment chaque jour la lumière éblouit.

    Elle crée  de la joie dans l'air qui se déplace.

    Contemplant la beauté chacun s'épanouit.

20 juillet 2016

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Une manne hivernale

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 Pantoum

Dès le premier flocon de pain,
Comme un seul canard, ils arrivent,
Approchent tout près de la rive.
Ces superbes oiseaux ont faim.

Comme un seul canard, ils arrivent.
Une manne sur leur terrain!
Ces superbes oiseaux ont faim.
Leur énergie demeure vive.

Une manne sur leur terrain!
Rien ne se perd à la dérive.
Leur énergie demeure vive.
Ils glanent jusqu'au dernier grain.

Rien ne se perd à la dérive
La manne en peu de temps prend fin
Ils glanent jusqu'au dernier grain.
L'un d'eux s'envole, d' autres suivent.

 

20 janvier 2016

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Regard d'enfance.

 

Voici l'évanouissement du soir,

le tâtonnement du noir,

une enfance me livre son regard ;

son front lisse et blanc, solaire,

ses yeux menthol,

sa bouche toute neuve et "tagada",

ses longs cils bruns, parsemés de lumière,

sa chevelure déliée et brune, argentée par la lune,

sa peau par le crépuscule, ça et là s'enténèbre,

avec ce rien de neige ; cette clarté persistante :

Une moue d'ange !

visage parfait, partagé à la fois par la nuit et le jour,

célébré et chéri !

Cette enfance toute entière,

 point froissée, ni abîmée encore,

désarmée et à la fois si forte,

me donne son soleil pourpre

de sa bouche jailli !

NINA

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Il y a des fleurs

Il y a des fleurs, oui, en hiver.
Et parmi les arbres décharnés
Une fleur a poussé,
Frêle, tremblante mais l’air si fier.

Une fleur en hiver, quelle surprise !
Les saisons ne sont plus de mise ?
Alors que le ciel est gris et lourd,
La pluie fine sévère et les doigts gourds !

C’est une primevère. Etourdie la gamine,
Voulant danser, balayer l’oubli, l’amoureuse.
Cachée sous les feuilles trompeuses,
La voilà cueillie de grise mine !

Et les bourgeons, là, sont-ils aussi fous,
Que le lilas veuille fleurir en Janvier ?
Malgré le gel et la froideur de ses pieds,
Il joue et risque le tout pour le tout.

Il y a des fleurs, oui, en hiver.
Et parmi les arbres décharnés
Une fleur a poussé,
Frêle, tremblante mais l’air si fier.

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Récent recueil de poésies

Songerie

Un nouveau recueil acheté.
La couverture est certes belle.
Formes et couleurs irréelles.
Je me retrouve à méditer.

Les mots servent l'entendement,
Souvent suggèrent des images
Nombreux sont d'un fréquent usage,
D'autres utilisés prudemment.

L'éloquence belle sans fard,
Flot parfaitement maîtrisé,
Demeurant tout autant prisée,
Ne relève pas du hasard.

Le poète met en vedette
Des vocables doux à entendre.
Sans nullement vouloir surprendre,
Les mariant donne une fête.

L'art fait surgir de la beauté
Sous des formes bien différentes,
Édicte des lois exigeantes
Dont nulle ne peut être exemptée.

Or, beaucoup de créateurs osent
Servir leur seule fantaisie,
Et occulter dans l'hérésie
Les règles du beau qui s'imposent.

Me laisse errer en étrangère,
L'amateur de vers qui n'a cure
Des émois que le vrai procure
Et qui écrit à la légère.

18 janvier 2016

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Manif d'amour

Manif d'amour

 

Fougueuse expression du bonheur,

 Dans une vaste rue d'Espagne.

 Chante une foule de danseurs.

 Leur ferveur circule et se gagne.

 

Ébahissant les gens âgés,

Elle parait époustouflante.

Or, par magie peut voyager

Chaleureuse, réconfortante.

 

Des mots qui émanent du coeur,

L'un d'eux surtout revient sans cesse

Il a un pouvoir cajoleur.

Véhicule de l'allégresse.

 

Enrique Iglesias exulte

Bailando! Bailando!

D'aimer la vie il a le culte,

De la manif est le héros.

 

18 janvier 2016

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Le lecteur amoureux.

 

Une ombre bleue grandit dans mes pensées,

tantôt claires, tantôt sombres, erre, vous

ressemble et invariablement s'éprend de tous

mes mots, pour en faire des soleils d'encre,

qui sur mon île blanche posée sur mon bureau,

font une ronde rayonnante,

et vous parlent en un chant bien rythmé !

Voilà la langue unique dont vous m'avez fait don,

en me touchant sans peine de vos yeux noirs et grands

cernés de bleu, depuis moi insomniaques.

Vous me lisez toujours, nuits et jours.

 

NINA

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Le ciel et la terre.

 

Le ciel lorsqu'il est bas

semble embrasser la terre,

sous la pluie, dans la brume,

lui insuffler son souffle dans

un divin silence.

Le ciel lorsqu'il s'en va,

qu'il s'éloigne, s'éclaircit,

quel que soit l'heure du jour,

semble se défaire d'elle,

mais chauds du grand soleil,

l'un comme l'autre ne sont tristes !

NINA

 

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BLEU COMME UN CIEL BLEU

12273144694?profile=originalEt pour rester dans le bleu , il ne suffit pas d'avoir les yeux bleus

Pour voir la vie en bleu ...

Car le reflet étrange et mystérieux de l'image renversée

Ouvre un autre monde où les rêves  , comme cette silhouette furtive

S'évade vers une autre possibilité

AA

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« Il y a eu, par un après-midi de printemps, sur la pelouse d'un champ de course, ce doux ciel clair, cet attelage arrêté, cette jeune femme heureuse. Il y a eu ces garçons et ces filles autour de la table desservie dans une lumière radieuse, et la Marne à travers les saules, et l'aile blanche entrevue d'une barque, et tous ces jeunes corps transpirant et qui s'attirent : combinaisons fugitives d'air, de lumière, de créatures vivantes, indéfiniment défaites et recomposées depuis trois quarts de siècle, et des millions d'autres se reforment indéfiniment, mais que la plupart des artistes d'aujourd'hui ne cherchent plus à capter. »

Parmi tous les peintres impressionnistes auxquels Mauriac rendait ainsi hommage lors d'une exposition en 1955, Renoir a su exprimer le mieux, parce que ce fut son unique sujet, ce bonheur de l'instant. Son nom seul évoque l'idée d'un paradis. Aucun tourment, ici ; simplement, sous un constant soleil, la joie d'exister. Il connut cependant lui aussi le découragement, traversa de nombreuses crises morales, et vécut ses vingt dernières années sous la souffrance physique, provoquée par les rhumatismes et la paralysie. Il trouvait alors son réconfort dans le travail, et peignit la vie triomphante chaque jour, jusqu'au dernier.

Les débuts

Auguste Renoir est né à Limoges, sixième et avant-dernier enfant de Léonard Renoir, tailleur, et de Marguerite Merlet, couturière ; son grand-père paternel, François Renoir, était sabotier : milieu d'artisans modestes, possédant cette intelligence de la main qui va bien au-delà du métier, et incite au goût des belles choses. En 1844, la famille s'était installée à Paris, non loin du Louvre d'abord, puis dans le quartier du Marais. Après l'école, à treize ans, Renoir qui aimait le dessin fut mis en apprentissage chez un peintre sur porcelaine. Quatre années plus tard, l'impression mécanique remplaçant peu à peu le travail manuel, il dut gagner sa vie en décorant des éventails, puis des stores. Ayant amassé quelque argent, il put bientôt se consacrer à la peinture, devenue sa passion, et allait copier au Louvre, où ses parents l'avaient souvent mené. Il avait été attiré tout de suite par Rubens, et par les peintres français du XVIIIe siècle. « A Watteau et Boucher j'ajoutai Fragonard, surtout les portraits de femmes. Ces bourgeoises de Fragonard !... Distinguées sans cesser d'être bonnes filles. » En mars 1862, il se présentait et était admis à l'école des Beaux-Arts, et s'inscrivait en octobre de la même année à l'académie Gleyre, où il rencontra Claude Monet, Alfred Sisley, Frédéric Bazille. Ce dernier admirait beaucoup Courbet, et aussi Édouard Manet qui l'avait reçu dans son atelier. « Tu comprends, lui dit Bazille, Manet est aussi important pour nous que Cimabue et Giotto pour les Italiens du Quattrocento. Parce que c'est la Renaissance qui est en train de venir. Et il faut que nous en soyons. » A l'exemple de ces peintres, il était nécessaire de s'affranchir des sujets d'autrefois : « Les grandes compositions classiques, c'est fini. Le spectacle de la vie quotidienne est plus passionnant. »

Renoir, désormais, est pris dans le mouvement. Au début de l'année suivante, en 1863, il accompagne Sisley, Monet et Bazille à Chailly-en-Bière, en bordure de la forêt de Fontainebleau ; il y rencontre Narcisse Diaz, qui lui recommande d'éclaircir sa palette. Il quitte en 1864 l'école des Beaux-Arts, fait recevoir par le jury du Salon une Esmeralda dansant  (détruite ensuite) et exécute ses premières commandes, le Portrait de Mlle Lacau  (Cleveland Museum of Art), qui révèle son sens de la grâce féminine, et celui de William Sisley  (musée du Jeu de paume, Paris), le père de son ami peintre, tableau qui sera accepté au Salon de 1865. Ses parents étant retirés à Ville-d'Avray, il est accueilli par Sisley d'abord, puis, après le mariage de celui-ci, par Bazille. Tous ont pris maintenant l'habitude de se rendre à la campagne dès les premiers beaux jours, à Chailly de nouveau, puis à Marlotte, où les rejoint Pissarro et où Renoir fait la connaissance de Gustave Courbet ; à Bougival, Chatou, Argenteuil - sur les bords de la Seine. Renoir a peint ses amis à Marlotte, en 1866, dans le Cabaret de la mère Anthony  (Nationalmuseum, Stockholm), sa première composition importante. En 1867, il peint une Diane chasseresse  (National Gallery of Art, Washington), prétexte à un nu dans la nature vigoureusement traité à la manière de Courbet, et Lise à l'ombrelle  (Folkwang Museum, Essen), grande figure dans une lumière de plein air tamisée par les feuilles des arbres, qui fait suite aux Déjeuner sur l'herbe  de Manet et de Monet. Aux aspirations nouvelles (réalisme et goût de la nature de Courbet, sujets empruntés à la vie moderne de Manet, éclaircissement de la palette conseillé par Diaz) s'ajoute en effet l'intérêt de plus en plus vif pour toutes les variations de la lumière. Travaillant ensemble durant l'été 1869 à « La Grenouillère », dans l'île de Croissy près de Bougival, Claude Monet et Renoir tentent de rendre dans leur peinture le miroitement du fleuve, tous les reflets du soleil multipliés par le frémissement de l'eau. Monet transpose en touche de couleur chaque éclat lumineux, divisant hardiment et franchement les tons pour préserver leur vigueur : « capter la lumière, et la jeter sur la toile », tel est son projet. Renoir, plus sensible à la présence humaine et à celle des objets, attentif à l'ensemble, demeure plus nuancé. Chacun suit sa propre voie : « Ce que je ferai aura au moins le mérite de ne ressembler à personne, parce que ce sera simplement l'impression de ce que j'aurai ressenti, moi tout seul », écrivait Monet quelques mois auparavant, alors qu'il travaillait au Havre. Renoir, très attiré encore par Courbet, comme en témoignent La Nymphe à la source  (1869 ; National Gallery, Londres) et La Baigneuse au griffon  (1870 ; musée d'Art moderne, Sao Paulo, Brésil), analyse longuement aussi Delacroix, s'en inspire et lui rend hommage dans L'Odalisque, ou Femme d'Alger  (National Gallery of Art, Washington) exposée au Salon en mai 1870. En juillet, c'est la guerre. Bazille y trouvera la mort. Renoir, appelé à Tarbes puis à Libourne, est démobilisé en mars 1871. En janvier 1872, le marchand Paul Durand-Ruel, qu'il a rencontré par l'intermédiaire de Monet et de Pissarro, lui achète quelques tableaux ; il travaille en été à Argenteuil, avec Claude Monet et Gustave Caillebotte, et entreprend en octobre les Cavaliers au bois de Boulogne  (Kunsthalle, Hambourg), vaste composition terminée au printemps 1873. Soutenu matériellement par Durand-Ruel et par Théodore Duret, il peut alors s'installer dans un appartement de la rue Saint-Georges, à Montmartre. Il a trente-deux ans. Son tableau de La Loge  (Courtauld Institute, Londres) - admirable image de la fête du soir au théâtre, la femme vêtue d'une robe somptueuse, l'homme en habit - confirme à la fois son admiration pour les maîtres du passé et sa propre virtuosité. Il le présente lors de la première exposition des « impressionnistes » chez Nadar : ce noir qui fait jouer tout l'ensemble de la toile, et dont il dira un jour qu'il est « la reine des couleurs », est alors une note remarquable d'indépendance.

Le temps de l'impressionnisme

Renoir fait venir dans son atelier des modèles, Nini et Margot, Angèle, Estelle ou Jeanne, petites fleuristes, modistes et couturières de Montmartre. Les voici en train de lire, de coudre, d'ajuster un chapeau ; caressant un chat dans leurs bras, arrangeant un bouquet ; surprises encore par le peintre dans la rue ou au théâtre, avec une joie dans le regard et un intérêt passionnés : « Je ne savais pas marcher que j'aimais déjà les femmes », dira-t-il. C'est le début d'une suite éclatante de chefs-d'oeuvre. Anna, qui est aussi un modèle de Manet, a posé pour le Nu au soleil  (musée d'Orsay, Paris) et pour le Torse nu  (musée Pouchkine, Moscou). Dans ces deux tableaux se conjuguent l'ampleur de la forme et la richesse du coloris ; comme autrefois dans les nus de Watteau, un sein apparaît ici sous le bras levé : « Un sein, écrit Renoir, c'est rond, c'est chaud. Si Dieu n'avait créé la gorge de la femme, je ne sais si j'aurais été peintre. » Ces jeunes filles, il les invite à venir poser dans le jardin d'un vieux logis de la rue Cortot, loué par lui pour peindre la grande composition du Moulin de la Galette  (musée d'Orsay, Paris), où il va les voir danser. Renoir réussit à rendre sensible toute la séduction de ce bal par un après-midi de printemps, les taches de soleil se posant à travers les arbres sur les chevelures et les visages, les longues robes claires des danseuses, les vêtements plus sombres des danseurs. L'harmonie des verts et des bleus, ponctués de jaunes et de roses, est obtenue par touches superposées et fondues qui contribuent à restituer une scène pleine de vie et de mouvement. « C'est une page d'histoire, un monument précieux de la vie parisienne, d'une exactitude rigoureuse », écrira Georges Rivière lorsque le tableau sera présenté à la troisième exposition des impressionnistes, en avril 1877. Mais ces peintres rencontrent encore l'hostilité générale de la presse et du public. Pour subsister, Renoir accepte des commandes de décorations et de portraits (de femmes et d'enfants, surtout), que lui font l'éditeur Charpentier, les banquiers Paul Bérard ou Charles Ephrussi, le docteur Émile Blanche. Les figures se détachent sur un fond sobre, la tache rose ou bleu turquoise d'un ruban jouant avec la soie blonde des cheveux, ou sont surprises dans la diaprure de couleurs d'un paysage. Dans ses tableaux de plein air : Déjeuner au bord de la rivière  (Art Institute, Chicago), Sur la terrasse , Près du lac , Les Canotiers à Chatou  (National Gallery of Art, Washington), Renoir continue à utiliser la technique impressionniste qui fait étinceler toutes les lumières. Après un court séjour en Algérie, il termine au printemps de 1881 un tableau de grand format entrepris l'été précédent à Chatou, Le Déjeuner des canotiers  (Phillips Collection, Washington). Modèles et amis sont réunis sous la tente, autour d'une table somptueusement servie, dans la lumière de la belle saison. Sous la liberté apparente, qu'accentuent les attitudes familières des personnages, la composition est très étudiée ; le peintre conjugue ici la richesse de la technique impressionniste et la finesse de ses nuances avec la précision du dessin.

A la fin de l'année, il part pour l'Italie, s'arrête à Venise, dont il peint quelques vues, à Florence, Rome, Naples, Pompéi. L'esprit déjà inquiet d'une exactitude plus grande dans l'interprétation de la forme, il est très impressionné par Raphaël, « admirable de simplicité et de grandeur », et par les fresques de Pompéi, « riches avec si peu ». A son retour, il s'arrête à L'Estaque chez Cézanne, préoccupé lui aussi de donner plus de solidité à sa peinture. Après un second séjour en Algérie où il a, dit-il, « découvert le blanc » (« Tout est blanc, les burnous, les murs, les minarets, la route. Là-dessus, le vert des orangers et les gris des figuiers. »), il regagne enfin Paris au début de mai 1882. Il y retrouve une jeune femme, Aline Charigot, aperçue déjà dans Le Déjeuner des canotiers , qu'il épousera et dont il aura trois enfants, Pierre, Jean et Claude.

Crise et plénitude finale : la volupté de peindre

Les toiles de cette époque laissent apparaître le partage entre cette volonté de rigueur et la spontanéité native. La Baigneuse blonde  de 1882 (coll. G. Agnelli, Turin), variante d'un tableau peint à Naples, Les Enfants Bérard à Wargemont  (National Galerie, Berlin), et La Natte  de 1884 (coll. part., Baden) dénotent une certaine sécheresse par rapport aux paysages du Midi, de Guernesey ou de Normandie datant de la même époque. Renoir évoquera lui-même cette crise : « Vers 1883, il s'est fait comme une cassure dans mon oeuvre. J'étais allé jusqu'au bout de l'impressionnisme et j'arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner. En un mot, j'étais dans une impasse. » La mort de Manet, en avril 1883, l'a aussi vivement atteint, comme tous ses amis peintres. Il ressent une sorte de nostalgie du métier des maîtres anciens, avivée encore par la lecture du Livre d'art  de Cennino Cennini. Il se remet au dessin, utilisant le crayon dur et la plume, préparant d'une manière très serrée chaque tableau, limitant sa palette à quelques couleurs : ocre rouge, ocre jaune, terre verte, noir. Mais le dessin trop régulier des contours détache arbitrairement l'objet ou la figure de l'espace ambiant, et Pissarro peut écrire en 1887 : « Je comprends bien l'effort tenté ; c'est très bien de ne vouloir rester en place, mais il a voulu ne s'occuper que de la ligne, les figures se détachent les unes des autres sans tenir compte des accords, aussi c'est incompréhensible. Renoir n'ayant pas la faculté du dessin, et n'ayant plus les jolis tons instinctivement sentis d'autrefois, se trouve incohérent. » Les Grandes Baigneuses  (Philadelphia Museum of Art), présentées cette année-là, montrent l'importance de la recherche poursuivie, sa réussite dans la pureté formelle et l'harmonie des tons, son échec dans le défaut d'intégration des figures à leur milieu, qui explique la froideur des oeuvres de cette époque. Renoir comprend bientôt que, s'il ne peut laisser la forme se dissoudre dans la couleur, il ne peut non plus l'emprisonner dans un contour : il lui faut réaliser une fusion de ces éléments. De là cette technique de petites touches, lisses, effilées comme des laines, utilisée déjà pour unir les couleurs entre elles, mais plus souple encore, « nacrée », à quoi se substitue peu à peu la transparence des tons par superpositions très légères : « Un jour, je m'aperçois que Rubens avec un simple frottis avait obtenu davantage que moi avec toutes mes épaisseurs... » Renoir réalise ainsi cette unité entre le dessin et la couleur qu'il poursuivra jusqu'à la fin : « Je me bats avec mes figures jusqu'à ce qu'elles ne fassent plus qu'un avec le paysage qui leur sert de fond, et je veux qu'on sente qu'elles ne sont pas plates, ni mes arbres non plus. » Ce souci de liaison et d'unité est une des constantes de l'école française.

Entre-temps, l'intérêt du public est venu. Toujours soutenu par Durand-Ruel, qui avait organisé une grande exposition de Renoir en 1892, le peintre peut travailler librement. Malgré les rhumatismes qui, à partir de 1898, commencent à ruiner son corps et le condamneront à la paralysie, il poursuit jour après jour son effort créateur, à Paris, à Essoyes - le pays de sa femme, en Bourgogne -, dans le Midi surtout, où il se retire à Cagnes, et où il mourra. Paysages, fruits, fleurs : il en transmet la vie dans la lumière. « Il fait chanter la couleur au moyen de procédés renouvelés de Fragonard et de Delacroix : préparation des masses dans le ton, et des passages dans le gris », écrit Maurice Denis. « Si son métier est plus souple que celui de Cézanne, c'est qu'il traduit quelque chose de plus que les volumes : la fluidité de la forme vivante. Il se délectait à l'idée de peindre d'opulentes épaules ; on va pouvoir, disait-il, nager dans les modelés ! » Ses Baigneuses  dans le soleil amplifient ce type de beauté féminine qu'il a créé, « ces torses longs aux hanches élargies » dont parle Albert André, et exaltent dans l'exubérance et la joie « l'idéalisme de sensualité qui était au fond de toutes ses recherches ». « Ce que j'aime, disait Renoir, c'est la peau, une peau de jeune fille, rosée et laissant deviner une heureuse circulation. Ce que j'aime surtout, c'est la sérénité. »

                                   

                                   

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Ainsi parlait mon amie. JGobert

Mon quartier d’antan a pour joli nom le charbonnage. Mon horizon d’enfant bute depuis ma naissance sur un énorme terril. J’habite un coron, non loin de vieux puits d’extraction de la houille. Germinal est passé bien avant moi et a mis en vedette cette société ouvrière difficile. Quand petite, j’écoute ma grand-mère relater la mine, le temps des « fosses », la vie laborieuse des travailleurs de fond, je connais l’histoire de mon grand-père, mort trop tôt, trop jeune de la maladie du mineur. Celui-ci est porion et ses frères sont piqueur, hercheur, boiseur et le dernier entré est galibot.

La famille de ma mère est également de la fosse. Je n’ai pas eu la chance de les connaître. Ils sont tous décédés avant ma naissance. Tous mineurs de fond, hommes et femmes. Une rare photo de ma grand-mère maternelle, près d’un autel monté au fond, fêtant Sainte Barbe dans cette mine de malheur. Photo révélatrice de femmes aux visages émincés, cavés et minés dévoilant la souffrance de cette vie. 

Petite et casse-cou, je n’écoute pas et j’aime déambuler dans la cour fermée du charbonnage. Cela m’est interdit mais, à mon âge, je n’en ai que faire des interdictions. Je visite ainsi le vieux charbonnage fermé depuis des années. Celui-ci est entouré d’un haut mur de protection. Il est rehaussé de défense composée de caissons de bouteille. La grande entrée, imposante à la vue de tous, a ses grandes grilles fermées et cadenassées.  

L’enceinte est entrouverte à différent endroit et laisse s’infiltrer des personnes comme moi. J’y vais avec un cousin de mon âge, curieux lui aussi. J’entre par une ouverture dans le mur. J’examine les choses, les milliers objets abandonnés dans les coins. Je suis directement dans la cour pavé de gros cailloux difformes. Cette cour du charbonnage est encore pleine de wagonnets sur des petits rails, des tas de bois, des tas de ferraille. Tout est triste, à l’abandon.

 La « fosse » est devant moi, fière, et cruelle, comme un gouffre en bois, verrouillé, sombre. Bien qu’arrêtée depuis des années, le noir incrusté du charbon ténébreux est réalité sur tout.

Une allée de pavés, des bâtiments vides, des salles des pendus, la lampisterie et une jolie chapelle jadis accueillante. Faite en brique rouge et accostée à la maison du sacristain, elle s’élève toujours avenante, courtoise dans cet environnement abandonné par les hommes.

C’est là que je fais la connaissance d’un jeune vicaire qui officie là. La chapelle St Georges me parait grande, belle. Les vitraux laissent filtrer la lumière douce de la vie. L’atmosphère est feutrée et ardente, il fait sombre mais lumineux de croyance. Seuls les cierges et les bougies illuminent l’entrée. Le prêtre s’y rend tous les jours à cette époque. Petite fille, je me balade sans faire de bruit dans cet endroit sacré.

En face du charbonnage, une cité ouvrière habitée par des travailleurs immigrés. On l’appelle «  le petit Paris » Elle a toujours ce nom aujourd’hui. Il est interdit d’aller jouer dans cet endroit. On raconte des histoires épouvantables sur ces gens.

A cette époque, chaque quartier a son école communale ou catholique. C’est là que je retrouve ces « étranges enfants venus d’ailleurs »  qui ne parlent pas français. Tous ces enfants deviennent vite des copains et copines. J’en rencontre encore quelques-uns aujourd’hui.

Mon père n’a pas connu la mine, il est faïencier. Il a une entreprise juste à côté de la maison. Ma mère et mes tantes sont aussi dans la faïencerie. Je me souviens des rangées de poteries sur les étagères dans l’usine où encore une fois, je n’ai pas le droit d’aller. Au fond du bâtiment, un énorme four professionnel au mazout où l’on cuit la faïence. Avec la crise du canal de Suez, mon père doit arrêter son activité pour se reconvertir.

C’est à cette époque que les grosses usines s’installent dans le « zoning», dans la banlieue d’un village devenu grand et ravagent les champs de coquelicots installés sur les terres au bord du canal. Tout ce rouge qui disparait ne laissant que du béton. Beaucoup de petites entreprises ferment pour laisser place à des usines modernes et propres pour la santé. C’est inespéré pour beaucoup de personnes.

La famille de ma grand-mère paternelle vient de la campagne, ils sont fermiers. Mes oncles ont tous une petite ferme avec vaches, cochons, poules et quelques terres. Une terre également arrosée de sueur et de larmes. Un autre monde où la vie, bien que difficile aussi, est plus légère. Autour de ces petites fermes, des près parsemés de fleurs sauvages où le vent s’infiltre et balance avec douceur l’herbe tendre..

Ma grand-mère est fleuriste depuis la mort de mon grand-père. Elle cultive des fleurs et en fait des bouquets magnifiques, des gerbes, des couronnes pour les mariages, les enterrements. Elle est toujours dans son jardin avec ses fleurs et ses souvenirs. Elle est née en 1885.

D’autres membres de la famille vivent avec nous. La maison est grande. Ma tante, une personne qui a beaucoup compté pour moi. J’ai vécu ma plus tendre enfance avec elle, une dame charmante, généreuse, tendre. C’est vers elle que je courre me faire consoler quand je fais des bêtises. Je suis constamment en sa compagnie. Elle aime la musique, la poésie.  Elle raconte des histoires avec tant de plaisir que l’on y entre tout de go. Elle chante, elle rit. Elle est gaie comme un pinson, un peu gaffeuse, distraite, rêveuse peut-être. Elle a un cœur si grand que l’on peut y entrer et si perdre. Que de souvenirs vivants.

La vie leur a donné beaucoup de tristesse et de chagrin aussi. Des destinées comme beaucoup, trop vite passées, trop courtes pour certains. Au final, quelques photos jaunies montrent simplement leurs visages sans savoir ce qu’ils ont réellement ressenti, vécu. Les seuls souvenirs qu’il me reste sont ces photos étranges et belles à la fois. Heureusement, ma mémoire se souvient de l’amour que j’ai reçu. Le surplus est un bonheur lointain.

 JGobert

 

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administrateur théâtres

 « Ni toi ni moi ne sommes faits

Pour la guerre »

Un Baby spectacle a  vu le jour hier aux Riches Claires. Baby,  puisqu'il n’avait droit qu’au jour de sa création. Baby, parce qu’on lui souhaite vivement de se retrouver en grand format sur de nombreuses scènes belges ou internationales. Le thème c’est le Temps de guerre lors de cette Première guerre mondiale, un conflit que l’on claironnait être la Der des Der! Et les innombrables Lost Boys! They were so young!

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 Dans ce spectacle dernier-né, beaucoup de fraîcheur vient de la musique et de  la mise en scène de la comédienne. Une musique perdue et retrouvée par les soins de celle qui a fait œuvre d’exploratrice dans les mille et un livres et partitions abrités dans notre Bibliothèque Nationale de Belgique et a retrouvé l’été dernier les partitions originales d’un certain compositeur liégeois, Charles Scharrès (1888-1957). Une entreprise de Marie-Laure Coenjaerts (artiste lyrique belge, mezzo-soprano que l’on a entendue notamment dans le rôle-titre de « L’enfant et les sortilèges » chef d’oeuvre de Ravel sous la direction de Pascal Rophé). Il n’y avait plus qu’à déchiffrer ces partitions jaunies, les mettre au piano avec la complicité de Flavien Casaccio, pianiste concertiste et leur prêter la voix profonde de Marie-Laure. Leur redonner les couleurs et les visages de notre temps en les tressant avec la fibre des mots et des jeux de scène originaux. Aux commandes des textes, on retrouve l’infatigable comédienne, Laurence Briand qui elle, peu friande de bibliothèques, contacte des gens, écrit des mails, reçoit des écrits et s’affaire à un nouveau montage dont elle a le secret, pour sortir l’ensemble de l’oubli. Cent ans ? La Belle au bois a certes bien dormi, mais il s’en est passé des choses depuis 14-18 et le monde n’est plus reconnaissable. Quant au prince charmant qui ramènera l’amour dans le monde, on l’attend encore! … « Cependant que le soldat inconnu a connu l’incandescence trop brève de l’amour » nous souffle la comédienne à genoux sur la scène en égrenant une poignée de sable.  

Ré-envisager cette époque tragique et sortir de l’oubli ses heurs et ses douleurs qui nous ressemblent parfois étrangement a beaucoup de sens. Les pépites exhumées - la musique comme les textes - ont une particularité, elles sont totalement belges et nées quelque part entre 14 et 18. Seul bémol : on remarque une absence criante, celle de l’écriture féminine belge, malgré les recherches intenses de Dame Laurence. A cette époque, mères, filles et épouses avaient bien d’autres chats à fouetter que l’écriture. Et au fond, avaient-elles même une âme ? C’est pourquoi, Laurence Briand en profite pour ajouter des textes d’une romancière contemporaine, Marianne Sluzny (°1954) qui lui donne accès au recueil de ses nouvelles, intitulé « Un bouquet de coquelicots ». Un bouquet impressionnant de « souvenirs » de jeunes gens captés au plus vif de la souffrance.

La musique est bien sûr le baume qui calme et qui réjouit, formant un contrepoint impressionniste dans ce fracas meurtrier. Les chants retrouvés parlent d’amour, de soleils qui hument la rosée…et forment un tableau très contrasté avec la détresse des jeunes gens envoyés se faire tuer au front, souvent à la place des nantis : "La victoire en chantant!" Les échos auxquels vous goûterez sont les accords complexes et les couleurs chromatiques de Ravel et Debussy, à s’y méprendre. Le temps que Laurence Briand, elle-même déguisée en jeune gavroche des tranchées, rende compte de toute l’horreur et de toutes les tragédies humaines de cette terrible époque. Avec poésie et humour et sa savoureuse présence théâtrale, vous vous en doutez!


Vous l’aimerez, ce nouveau Bébé, un trio de clavier bien trempé et de voix féminines chantées et parlées, plein de maturité!


Il n'y aura jamais assez
De caresses, de doux baisers
Sur cette terre
J'aimerais ne partager que
Tendresse, joie, sérénité
Ma vie entière
Ni toi ni moi ne sommes faits
Pour la guerre
Nous sommes faits pour marcher
Résolument vers la lumière
Je n' veux plus entre toi et moi
Une quelconque intifada
Je ne veux plus te parler sabre
Je veux la grande paix sous les arbres

Il n'y aura jamais assez
De caresses, de doux baisers
Sur cette terre
J'aimerais ne partager que
Tendresse, joie, sérénité
Ma vie entière
J' veux respirer l'air du matin
Tout frais, tout neuf, qui fait du bien
J' veux remplir mes poumons d'air pur
J' veux d' l'amour et pas des murs
De janvier jusqu'en décembre
Je ne veux naviguer que tendre
Je n' veux plus la moindre fusée
De longue ou de moyenne portée
Je veux un ciel bleu dégagé
Que le soleil puisse y jouer

Il n'y aura jamais assez
De caresses, de doux baisers
Sur cette terre
J'aimerais ne partager que
Tendresse, joie, sérénité
Ma vie entière
Ni toi ni moi ne sommes faits
Pour la guerre
Nous sommes faits pour marcher
Résolument vers la lumière
Je n' veux plus entre toi et moi
Une quelconque intifada
Je ne veux plus te parler sabre
Je veux la grande paix sous les arbres

Julos Baucarne

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Agréable sérénité

Songerie

Privilège de la retraite
Qui libère et offre des choix!
Dans l'inertie le temps s'arrête.
L'éveil motive maintes fois.

Dépend on ne sait trop de quoi,
L'énergie animant notre être.
La brillance crée de la joie,
Elle l'intensifie peut-être.

Laisser muette la mémoire!
Lentement y meurent les torts.
Chercher ce qu'il est bon de croire,
Remercier tout bas le sort!

Il est des jours du quotidien
Où l'esprit se sent à son aise,
Il ne se soucie plus de rien.
Sur l'âme aucun regret ne pèse.

16 janvier 2016.

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Offrandes subjectives

En hommage aux photographes de la Nature

Les corps célestes existant
En équilibre dans l'espace,
Demeurant chacun à sa place,
Conservent leurs secrets troublants.

L'un d'eux, géode appelée Terre,
Où les humains sont répandus,
A été miné ou fendu.
Son énergie reste un mystère.

Peu nombreux quittent leur demeure,
Des photographes vont ailleurs.
S'ils éprouvent des coups de coeur,
Veulent que la source en demeure.

Leurs fascinantes images,
D'une suprême majesté,
Dans le silence projetées,
Créent l'énergie d'un paysage.

Soumis à son destin, chaque être
Reçoit des bouffées de bonheur,
Se trouvant face à la splendeur
Que le hasard lui fait connaître.

16 janvier 2016

 

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HISTOIRE COURTE 34...

 LE RING...

Je savais ne pas avoir la tête sur les épaules. On me l'a tellement répété depuis l'enfance à l'adolescence! Est-ce une des raisons qui m'ont menées aujourd'hui dans ces couloirs sombres, bruts et froids, qui aboutissent à une salle où j'ambitionne d'atteindre du plus près possible un ring de boxe?

Où donc mes escarpins me mènent-ils? C'est surréaliste, porter ces petites merveilles pour me rendre dans un tel lieu! C'est comme la jupe, et le pull un peu trop moulant, malgré le col roulé...

Déjà, ce ne fut pas évident, après avoir trouvé une place dans cet immense parking, de marcher sur des talons de huit centimètres! Bon décidément, j'ai perdu la tête...

C'est qu'elle est pleine, cette tête, de l'image d'un homme, d'un champion, d'un être si musclé, si fort, mais que j'ai découvert tellement doux et vulnérable.

La vie est improbable pour ceux, qui sont nés comme moi, avec la tête dans les nuages et le cœur à la recherche d'étoiles!

C'est peut-être son dernier match en France! Demain, s'il gagne, Marcel partira pour une longue tournée, et, je n'aurai plus pour quelque temps, l'occasion de l'observer, de trembler pour lui et d'être fière, si fière, lorsque le match fini, il se retournera vers moi et comme la dernière fois, m'enverra un baiser du bout des gants...

Je sais que ce qu'il aime le plus en moi, c'est l'image d'une femme, perchée sur des hauts talons. Une femme désirable au regard de tous, mais qu'il sait être le seul à combler!

Alors voilà... j'ai froid, j'ai peur, mais mes pas sont impatients! Ils ne pensent qu'à atteindre ce lieu où mon champion va briller, comme une étoile dans ma nuit...

J.G.

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La petite cosmogonie portative de Raymond Queneau

12273147495?profile=originalCette oeuvre de l'écrivain français Raymond Queneau (1903-1976), publiée en 1950, est un chant du monde, depuis ses origines: "La terre apparaît pâle et blette elle mugit", jusqu'à nos présents jours: "Les sauriens du calcul se glissent pondéreux/écrasent les tablogs les abaques les règles/ Leurs mères les trieuses les pères binaires/ et l'oncle électronique avec son regard d'aigle/ admirent effarés ces athlètes modestes/ pulvérisant les records établis par les/bipèdes qui pourtant savent compter parler." Un chant du monde, la perspective évolutionniste. On hésitera à proclamer la croyance de Queneau dans le progrès (dans quels progrès?), mais sa foi est dans la science. Il voit l'homme capable d'aménager sa cage, qui est la Terre, et dénombre ses accomplissements. L'épopée comporte six chants. La table des matières est un guide donné au lecteur écolier. A vrai dire, l'histoire de l'humanité n'émerge que dans le dernier chant: "Le singe sans effort le singe devint l' homme/lequel un peu plus tard désagrégera l' atome." "Le reste du chant", nous prévient-on, "est consacré aux machines". On énumère des machines passives: le radeau, la piste. On salue la première machine réflexe: la trappe. On aboutit aux machines à calculer, "sauriens du calcul". C'est l'ouvrage de l'encyclopédiste langagier. Et la poésie? dira-t-on? La réponse, c'est le "retour aux sources". On sait que la langue française s'est faite dans des livres de mnémotechnie: abécédaires, lapidaires, bestiaires, catéchismes, qui étaient les états d'une connaissance supposée, et sa propagation. C'est une tradition qui s'est poursuivie d'âge en âge, chez Hugo par exemple, que Queneau pastiche: "L'un se nommait Joseph, l'autre s'appelait Paul/ils avaient leurs façons leurs us et leurs coutumes." Hormis peut-être leur humour, lequel imprègne l'exposé de modestie charmante, et lui donne sa pondération juste, ces récits sont donc strictement de notre famille littéraire. Quand à l'approche scientifique, le poète prie Hermès de l'expliquer: "Hermès explique donc à ces français lecteurs/la clarté de ce charme en six parts divisé/Mercure a juste donc leur astuce cartésienne/au naïf synopsis de ce petit poème." Le dieu aimablement défère: "On parle de Minos et de Pasiphaé/du pélican lassé qui revient d'un voyage/du vierge du vivace et du bel aujourd'hui/on parle d'albatros aux ailes de géant/de bateaux descendant des fleuves impassibles/d'enfants qui dans le noir voient des étincelles/alors pourquoi pas de l'électromagnétisme."

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