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Je plains l’homme triste attaché à ses biens.
suspendu aux avoirs comme corde à son cou
marié à son argent, seul comme un animal,
malade de méfiance, corrompu par lui-même
ne voyant l’univers qu’au travers de son prisme
il a vendu son âme contre quelques deniers.
Comédien redoutable, derrière le faux sourire,
le poli compassé joue la sérénade,
larmoie et crie son serment apocryphe.
Il veut en ses filets, ce démon carnassier
pour tromper son ennui
la proie qui pour un temps allège son tourment.
Son coeur depuis longtemps est sec et sans élan.
Ce diable psychopompe, ajuste, calcule
fait la pesée des cœurs à l’aulne de sa trempe.
Il spécule sans foi, aveuglé par son doute
hurle sa suspicion, mord la main qui le berce.
Peu de vrai chez cet homme, à part spéculation.
Si l’ affliction est réelle, c’est dégoût de lui-même.
P.L.
Sans l’ombre d’une hésitation Arts et Lettres accorde 5 étoiles à ce fabuleux Hamlet absolument frénétique et échevelé, dont la mise en scène est signée par un maître de la flamboyance théâtrale, Thierry Debroux. Celui-ci gagne haut la plume son pari d’ouvrir au plus grand nombre, la voie royale des chefs-d’œuvre immortels. Chacun, chacune peut se laisser traverser à loisirs par le génie de ses mise-en scène qui révèlent le texte sous des éclairages résolument modernes et novateurs sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Mélange habile : le texte de Shakespeare, dont Thierry Debroux a chassé les archaïsmes pour ne pas effrayer les plus jeunes, est épicé de bribes de conversation domestique et permet à qui n’a jamais mis les pieds au théâtre de goûter chaque mot prononcé sur scène, d’apprécier les problématiques et de se laisser gagner par la magie de l’œuvre. Le découpage de la pièce va à l’essentiel et met en lumière les personnages fondateurs du drame.

Innovation renversante : Hamlet, le plus grand des Danois est devenu russe ! Le cadre choisi est un glissement d’époque qui conduit à la nôtre. Elseneur flirte avec Saint-Pétersbourg, le couple royal shakespearienne flirte avec les Romanov… ou les dictatures ultra-modernes. Hamlet a décidément l’âme slave avec ses souffrances extrêmes - selon Dostoïevski, "le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe est la nécessité de la souffrance" - ses désespoirs sont affolants et ses folies ravageuses. La vigilance rend-elle fou ? Les multiples coiffures ébouriffées de sa crinière indomptée témoignent de son instabilité et de l’extrême sensibilité de ses perceptions. Se laisser pousser la barbe, dans la culture russe à l’époque, c’est un signe de révolte contre le diktat de l’Etat. Et pour le verbe, quel savoir-faire et quel rythme dans sa sensibilité exacerbée! Je ressens donc je suis!
Mais Hamlet, alias un fulgurant Itzik Elbaz, sans qui, Thierry Debroux n’aurait jamais tenté l’aventure, c’est aussi Roméo, lorsqu’il pose sa tête sur les genoux d’Ophélie et lui livre son immortelle et vertigineuse confession intime, à laquelle il donne des résonances encore plus troublantes... Il se sent à la fois dans le désir et dans l’obligation de la fuir pour la protéger.
Ophélie, prisonnière de la condition de la femme, soumise aux exigences de l’autorité paternelle et rendue folle d’amour pour Hamlet, ira elle jusqu’au bout de sa folie, accomplissant le geste fatal. En revanche, le rêve de vengeance d’Hamlet, qu’il maquille par une folie absolument crédible, se termine quant à lui par un salto mortale dans le gouffre de l’extrémisme radical. Car lorsque le pouvoir, la jalousie, la vengeance, le rejet des compromissions, l’extrémisme « éliminent les autres sentiments ils deviennent eux-même immense folie! ». A peu de choses près, Hamlet réussit son coup d’état, sauf que la Destinée en décide autrement et que la pièce se terminé par un immense carnage…. « Et le reste est silence. »
Tout aussi admirable dans l’interprétation de son rôle, nous avons Anouchka Vingtier dans le rôle d’Ophélie à l’admirable coiffure tressée avec soin par des mains de fées. Vêtue d’une robe de soie bleue comme la rivière ou le manteau de la Vierge, ne dit-elle physiquement par ses silences et ses postures le dénigrement séculaire de la condition féminine? A l’instar des femmes décrites par Velasquez, elle est raide, sans maquillage, paralysée par l’effroi et l’horreur de sa condition de femme, écartelée entre son désir amoureux et l’obéissance au père. On souhaite que sa soumission, sa folie avérée et le destin fatal qu’elle choisit radicalement, nous fera réellement réfléchir.
Tout aussi emblématique est l’affolement de la reine Gertrude, complice de Claudius, interprétée par Jo Deseure. Si elle est devenue la propriété charnelle du roi usurpateur, et même son animal de compagnie ( il l’appelle « sa souris ! ») elle attire la sympathie pour ses inquiétudes haletantes de mère tourmentée. « Ne puise-t-elle pas « toute sa vie dans les yeux de son fils ? » Ne va-t-elle pas elle aussi, friser la folie? La chevelure et le jeu de ses expressions égarées en témoigne! Encore un savant clin d’œil de l’artiste maquilleur et coiffeur, Bouzouk.
Pour en venir à Claudius (Serge Demoulin), meurtrier mondain, il est coiffé comme un prince galant. Le dictateur, splendidement vêtu, froid et résolu, installe à tout moment la surveillance. Il symbolise le visage d'un ordre social cruel : la violence d’état écrase toute forme de résistance ou d'opposition. Il étale ses manières courtoises pour mieux ourdir ses mortelles machinations, sûr de sa réussite. Son sang-froid, sa maîtrise et sa duplicité laissent pantois. Serge Demoulin qui l’habite au mieux, retrouve toute son humanité dans la scène de repentir devant Dieu, jouée au pied des icônes de la cathédrale orthodoxe. C’est à ce moment qu’ Hamlet perd l’entendement et la partie: il a abaissé son glaive, non par pureté de cœur, mais de peur que le scélérat, par sa confession, ne rejoigne malgré tout, un paradis immérité. Là, comme dirait Sophocle: flagrant défaut d’hubris !
Il serait injuste de ne pas aussi donner la palme aux trois autres comédiens qui contribuent de façon irréprochable à cette tragédie : Fabien Finkels, toujours aussi attachant, que nous avions encensé dans le « Faust » de Goethe à l’affiche du théâtre du Parc l’an dernier et l’impétueux Adrien Letartre dans les rôles d’Horatio et Laërtes. Et aussi Christian Crahay, un Polonius, superbe archétype du père despotique, qui rampe devant l’autorité et se fait tuer, pris pour un « rat ».
Mais revenons encore sur cette mise en scène impeccable où les musiques de David Lempereur, le travail scénique sur deux niveaux de galeries, et les inventions poétiques et allégoriques ne cessent de captiver. Les costumes sont signés Anne Guilleray. Vous aussi serez hantés par les jeux de lumières fantomatiques, la multitude de miroirs traversés, le frisson de la rivière fatidique, et par les autres personnages typiquement shakespeariens qui ont eux aussi de belles histoires à vous faire savourer! Aux lumières : Laurent Kaye et à la scénographie : Vincent Bresmal.
http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/57/48.html
Dates: du 14 septembre au 21 octobre 2017
Lieu: Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles
Contact:
http://www.theatreduparc.be
info@theatreduparc.be
02-505.30.30
La fuite de Henri Rochefort Edouard Manet 1881
Le Docteur Gachet Vincent Van Gogh 1890
Eglise à Auvers-sur-Oise Vincent Van Goghh 1890
A suivre...
N.-B.: si vous cliquez sur la peinture vous l'agrandirez
Dans une mise en scène déjantée, trois auteurs s'interviewent (Bob Boutique, Edmée De Xhavée et C.-L. Desguin), un imbroglio de trucs absurdes, des cadavres mais pas de sang, des neurones qui dansent la java avec des entrelacs de micros.
Plaisir des mots, de la voix et de la musique et... beaucoup de bonne humeur!
Et j'aurais aussi le bonheur de remonter sur scène avec mes deux fils ( Stéphane et Olivier Wertz )
Ces magnifiques exploits en matière de collaboration et d'ingéniosité sont désormais au nombre de 7 sur le réseau. Merci aux participants.
Et c'est I C I
C'est une longue procession dans la soie usée
Pour que la vie s'élève tout là- haut dans le silence des musiques célestes
Chaque offrande est portée
Les arbres ploient à leur passage
Comme un autre coeur qui bat
AA
Précieuse et authentique broderie chinoise héritage d'un ancêtre et comme un signe qui rejoint la tradition asiatique
les stries d'usures deviennent arbres
la tache d'humidité devient lac
Tout se reconstruit avec le temps
AA
Quatrième livre de la Bible -l'un des cinq du "Pentateuque" -attribué à Moïse. Il porte ce titre depuis la version faite à Alexandrie, dite des Septante, et c'est celui que la "Vulgate" a retenu. En effet, les premiers chapitres ne constituent que le dénombrement "de toute l'assemblée des enfants d' Israël, selon leurs familles et les maisons de leurs pères, en comptant par tête les noms de tous les mâles, depuis l'âge de vingt ans et au-dessus". Le titre en langue hébraïque n'est autre que le premier mot du premier chapitre, de même que dans les autres livres du "Pentateuque". Il y a en tout 36 chapitres groupés en trois parties. La première (I, 1 -X, 10) commence avec les instructions de l'Eternel à Moïse "le premier jour du second mois, la seconde année après la sortie du pays d' Egypte", et se réfère aux préparatifs des Juifs quittant le Sinaï: dénombrement du peuple et des Lévites, ordre de marche de la tribu, fonctions des lévites, lois morales, lois sur les revenus des prêtres et sur la célébration de la Pâque, signaux de marche, fabrication des trompettes d'argent, apparition de la nuée et du feu de l'Eternel. La seconde partie (X, 11 -XXI, 35) débute dix-neuf jours plus tard "le vingtième jour du second mois de la seconde année", au moment où les Israélites quittent le Sinaï. Il est le récit de ce voyage qui dura trente-cinq ans et qui mena les Juifs du Sinaï jusqu'au pays de Moab. Sur cette période, -du départ du Sinaï jusqu'à l'arrivée en Chanaan, -la Bible est presque muette. Seuls sont mentionnés les événements qui légitiment la condamnation que Dieu portera contre la seule génération qu'Il a libérée de la servitude des Egyptiens: l'interdiction d'accéder à la Terre promise. Quarante ans environ après la fin de l'exil en Egypte, Israël reprend sa marche vers Chanaan. Dès le début de ce nouveau voyage, Aaron meurt près de Qadech, sur la montagne de Hor (XX, 22). La Transjordanie est conquise par les armes. Au nombre des rois vaincus se trouve Balaq, souverain de Moab; plus confiant en la puissance de la magie qu'en la valeur de ses troupes, il avait décidé, avec les anciens de Madjan, d'appeler à son aide le célèbre magicien Balaam; mais Dieu avait contraint ce dernier à bénir Israël au lieu de le maudire. L'étranger Balaam, polythéiste, rend malgré lui le célèbre oracle messianique: "Un astre sortira de Jacob, un sceptre s'élèvera d' Israël". La troisième partie (XXII, I - XXXVI, 13) relate, outre l' oracle de Balaam, de nouvelles lois sur les sacrifices et les cérémonies et raconte la victoire d' Israël sur les Madanites, dénombre le grand butin qui fut pris, et mentionne le partage des terres à l'est du Jourdain. Le livre s'étend sur une période de trente-huit ans et demi environ. L'événement religieux le plus important est la prophétie de Balaam. Outre sa valeur historique, ce livre est intéressant au point de vue littéraire, car il nous a transmis des extraits précieux de vieux chants populaires.
Un Hommage à Raymond Martin
avec son dernier poème
"LA LIBELLULE"
inspiré d'une aquarelle
d'Adyne Gohy
La Libellule
Un, deux, trois pas de danse contenus dans la légèreté de l’astre doré.
Beauté d’une Elfe de passage sur la terre se fondant dans la sphère flamboyante.
Danse de l’âme aux accords musicaux sublimes des sphères célestes inexplorées.
Un silence, en harmonie gestuelle aux vibrations cosmiques, porté par un élan juvénile.
Sémaphores élancés, en quête de l’éternel questionnement sur la complexité de l’être.
Silhouette, balancée au gré de l’immensité spatiale, quémandant une réponse subtile.
Le voile léger au gré des doigts se meut dans le désir de se fondre au crépuscule,
Pour une recherche intime des nébuleuses impalpables, sur leurs orbites immuables.
Des étoiles dans le ciel, soupçonnées, silencieuses, sur la scène une ombre frêle minuscule.
Un, deux, trois pas de danse en recherche d’une parfaite gestuelle accordée au ton animique.
Jadis, naguère, parallèlement au gré de la plume, selon l’âme de la danse elfique.
Un, deux, trois pas de danse convenus pour un faune jadis endiablé, amoureux des Nymphes.
Battements d’ailes déchirant l’air embaumé d’une voûte enveloppée d’une céleste senteur. Libellule, papillon en Elfe passagère, mystère de la métamorphose au gré de la poétesse rêveuse.
Un, deux ou trois pas de danse, la scène est immortalisée en un tableau onirique d’une indicible candeur.
Raymond Martin
Mai 2017
Merveilleux partage de complicité : dans cette comédie de boulevard exclusivement masculine, Max (Bernard Yerlès), Paul (Bernard Cogniaux) et Simon (Alain Lempoel) sont amis depuis 35 ans dans l’histoire contée par Eric Assous, comme dans la vie. Ils adorent leurs vacances annuelles et escapades sans leurs femmes, à moto, au disco, au foot ou à taper joyeusement le carton. Chacun a une carrière réussie et tous semblent avoir des vies parfaites, jusqu'à cette soirée-cartes où Simon, arrivé largement en retard et complètement bituré, annonce à ses amis qu'il vient d'étrangler sa femme, Estelle, après une dispute particulièrement flamboyante. Max et Paul sont horrifiés par la confession de Simon, et reculent quand Simon leur demande entre deux hoquets, de mentir sur l’heure d’arrivée à la soirée et de lui fournir un alibi pouvant le disculper du meurtre passionnel. Les deux hommes vont-ils ou non le livrer à la police? Les copains d’abord, non?
Quelles sont les limites de l’amitié, à quel moment se désolidarise-t-on ? Connait-on vraiment les alter ego? Les hommes ne préfèrent-ils pas mentir? Quand commence la lâcheté ? La soirée-cartes entre amis n’a pas lieu devient vite un tribunal à huis-clos devant le geste irréparable de leur ami. Mais la comédie policière se révèle être surtout une comédie de mœurs rondement menée. C’est en fait l’occasion pour chacun de vider son sac de mettre à nu les frustrations de chacun vis-à-vis de leurs femmes respectives: Estelle la colérique, Karin-qui-dort, et Magali c’est-fini! Et avec quelle ironie !

Panique à bord, no joke, la tension est franchement palpable dans ce morceau de théâtre parisien divertissant. Max a beaucoup de charme, de la carrure et des positions carrées. Paul, qui déteste les conflits a l’art d’arrondir les angles. Simon, coiffeur de son état, amoureux nostalgique de la jeunesse - c’est écrit sur son T-shirt - n’est-il qu’un vil manipulateur? Les trois acteurs provoquent des rires généreux malgré la gravité de la situation, et la pièce monte en crescendo au fur et à mesure que l’on prend conscience que les apparences sont plus que trompeuses et que chacun devrait balayer devant sa porte avant de juger l’autre. Deux scènes d’anthologie burlesque - loin de nous l’idée de les révéler – provoquent une adhésion totale au jeu de Bernard Cogniaux et de Bernard Yerlès puisque le meurtrier cuve son vin au cours de cette nuit blanche pour les deux autres. Le décor de huis-clos lisse et raffiné de l’appartement de Max joue sur le féminin bien rangé… malgré l’absence de femme au logis. Pas un seul coin pointu : du divan à la bibliothèque en rotonde qui abrite jusqu’au plafond la collection légendaire de vinyles de tous nos chanteurs et poètes d’antan! Vous êtes plutôt Brassens ou Nougaro? On sera totalement : Alain Lempoel, l'homme aux chaussures rouges!

Avec Bernard Cogniaux, Alain Leempoel et Bernard Yerlès.Théâtre royal des GaleriesGalerie du Roi, 30, 3712 Région de Bruxelles-Capitale
Mise en scène :
Alain Leempoel
Décor :
Dimitri Shumelinsky
Costumes :
Jackye Fauconnierhttp://www.trg.be/saison-2017-2018/nos-femmes/en-quelques-lignes__7876
Des clés pour l’opéra, …au cœur de la Forêt de Soignes
Quoi de plus enthousiasmant pour débuter la nouvelle saison de critiques chez Arts et Lettres, que le charmant spectacle une adaptation pour enfants de l’œuvre de Mozart en 60 minutes de bonne humeur et de légèreté, écrite par Sophie van der Stegen, respirant l’exquise musique du compositeur et son rêve des Lumières! La (Petite) Flûte Enchantée est un projet Enoa (European Network of Opera Academies), en coproduction avec l’ Escuela de Musica Reina Sofia, Fondation Calouste-Gulbenkian. La tournée a débuté en Belgique le 26 août à Louvain-la-Neuve (au Kidzic à la ferme du Biéreau), nous l’avons dégustée ce samedi 10 septembre, à La Chapelle Musicale Reine Elisabeth qui affichait complet! Ensuite elle voguera vers d’autres contrées…(Luxembourg, Portugal & Espagne!)
Heather Fairbairn, ludique et mystérieuse, est à la mise en scène. Tout commence avec des enfants munis de coussins et de masques d’oiseaux joliment assemblés avant le spectacle qui se rassemblent autour d’un podium servant d’écrin à un arbre de lumière stylisé, seul représentant d’une forêt imaginaire. Les baies vitrées de la salle de la Chapelle musicale donnent sur les bois. Ainsi, au cours de cet opéra participatif et immersif, les jeunes de l’école maternelle à l’école primaire picoreront en live et pour la première fois pour nombre d’entre eux, les graines de l’éveil musical et amoureux. La flûte enchantée n’est-telle pas une initiation au coup de foudre, à l’amour au premier regard, puis à sa maturation en empruntant la voie étroite?
Quelque part, un escabeau sans prétention et un coffre à malices ou à costumes ont rejoint le mystère de greniers d’antan. A l’autre bout, une pianiste (Julie Delbart /Marie Datcharry) fera frémir des atmosphères : des orages terrifiants, l’autorité du sage, les déclarations d’amour et les improvisations de bonheur qui pétillent dans la musique originale d’Ana Seara! 150 regards émerveillés qui ont fait le pari de l’imaginaire seront comblés, l’énergie du conte et de la musique circule avec naturel. Comme le dit la conclusion du spectacle : « La musique, l’amour, l’amitié et l’imagination, c’est tout l’Opéra. »
Le ténébreux barytonGuillaume Paire incarnait avec voix assurée et entregent solide un Papagéno génial, en costume d’explorateur, ainsi que le mage Sarastro … et la Reine de la Nuit et ses maléfices! D’emblée, il sauve le séduisant prince Tamino (le très romantique ténor - brûlant et enchanteur - Fabien Hyon) du terrifiant serpent de la forêt, grand comme une ablette. Rires. Celui-ci tombera ensuite amoureux du portrait de Pamina, enlevée à sa terrible mère, et séquestrée par Sarastro. Flûte enchantée et carillon magique convoquent la magie… Mais pas que : la magie même du spectacle et la voix des enfants devenus oiseaux des forêts, ouvrent les portes de l’imaginaire! Des épreuves terribles attendent le jeune couple, dont la pire : le silence!
Parents et enfants se retrouvent à rêver devant la vraie fée du spectacle Pamina (Julie Gebhart) : délicate, frissonnante, juvénile, tendre, exquise image de princesse, douée d’une voix extraordinaire au timbre fruité et aux aigus très agréables. C’est la même interprète, Julie Gebhart qui représente la coquine Papagéna. « En musique, aidez-nous à trouver Papagéna ! » lance le maître du jeu musical, en nettement mieux que Dora l’exploratrice! Rassemblés dans la joie de l’écoute et des rires, les gosses de tous âges et leurs parents sont réellement conquis par la découverte !
Chapelle Musicale Reine Elisabeth
445 chaussée de Tervuren, 1410 Waterloo
http://belgium-events.com/event/la-petite-flute-enchantee-family-opera-2
Mind you! If you want to support the project, nominate us for an Opera Award!
- Visit www.operaawards.org/nominate
- In the category 'Education & Outreach', type: Queen Elisabeth Music Chapel's La (petite) Flute Enchantee
J'ai le plaisir d'y participer aux côtés de 23 artistes , de toutes techniques ! Maryse Louis en est l'invitée d'honneur .
L'expo est accessible les 23, 24 et 30 septembre et le 1 octobre , de 11 h à 18 h .
Quoique, méfiez-vous, elle sort tout juste de sa réserve…
(marbre ; musée du Louvre, Paris)
« Ha que plût aux Dieux que je fusse !
Ton miroir, à la fin que je pusse,
Te mirant dedans moi, te voir. »,
Anacréon (ca - 560, - 478 av. J.-C.) *1
Archétype de la beauté, mythe absolu, déification de l’éternel féminin, finalement elle réconcilie les Anciens et les Modernes.
Déjà, dans le monde gréco-romain, en Egypte et en Syrie, on a trouvé des figures de la déesse aux multiples attributs polythéistes (le gouvernail de la Fortune et la corne d’abondance, le casque de Minerve ceint du diadème de Cybèle, l’emblème d’Isis). C’est l’Aphrodite Panthée, protectrice de l’épousée, dans la lignée d’Isis-Hathor-Astarté, unies-vers-elle la panthéiste.
Produite en série (on la retrouve au Louvre, à Vienne… A Myrina, en Asie mineure, par exemple, on déclinait beaucoup de Vénus accroupie en terre cuite dans l’Antiquité), elle a continué de ravir et d’inspirer nombre d’artistes de la Renaissance aux plus contemporains. Rodin, Maillol, Bourdelle, Redon…
« Exquise vérité des formes, en sorte qu’on aurait pu les croire moulées sur nature,
si la nature produisait d’aussi parfaits modèles. »
Prosper Mérimée (La Vénus d’Ille)
Sainte-Colombe à sa toilette.
(Ier-IIe s. ; marbre de Paros ; musée du Louvre, Paris)
Rappelons ici que Prosper Mérimée (1803-1870) fut inspecteur général des Monuments historiques. En tant que tel, il visita en 1835 le « Palais du Miroir » à coté de Vienne en Isère. Ce qui amena la découverte, deux ans plus tard, de la Vénus de Vienne dans le frigidarium des thermes de Saint-Romain-en-Gal. Une copie romaine de l’Aphrodite accroupie de Doidalsas de Bithynie, « une Vénus nue, supérieure encore à celle de Praxitèle » pour Pline l’Ancien.
Rodin, ou avant lui Michel-Ange, rejoignaient Lysippe qui, tel que Pline le rapporte, « déclarait volontiers que les Anciens représentaient les hommes tels qu’ils les voyaient, et lui, tels qu’ils lui donnaient l’impression d’être. »
Ce sculpteur grec du IVe siècle avant notre ère dont « on dit qu’il contribua largement au progrès de la statuaire par le rendu minutieux de la chevelure et la modification des proportions du corps : les têtes étant plus petites, les corps plus minces et nerveux, la taille des statues semblait plus élancée. »
… Dali, Arp, Zadkine, Arman ou Andy Warhol…
Un thème universel qui défie le temps.
Attractive, elle séduit toujours et fait vendre des produits en tout genre, les marchands se saisissant de cette image qui capte immédiatement le regard du chaland. Un visuel parfait au fort pouvoir vendeur. Je me souviens que l’on avait même tenté de commercialiser les œufs d’escargot au prix exorbitant d’un « caviar blanc » sous l’alléchante appellation de « Perles d’Aphrodite » !
Oh je sais que d’Hermès, Aphrodite conçut Hermaphrodite, mais ce n’est que de son union avec Salmacis qu’il devint tel un petit hélix.
Et qu’Hésiode a traité Aphrodite - ah ! c’est pas joli… ah ! c’est pas gentil… c’est même retors - d’hélicoblépharos, la « paupière en vrille » !
En flânant, serein, devant les devantures de magasins,
une Aphrodite Mélaenis, Noire, maîtresse de la nuit, nous retient.
(copie d’une céramique dans le style attique à figures noires)
Je ne vais pas vous faire l’article… En boutique, on la vante extra vierge ! Organic (biologique) ! Magnétique !!! C’est la mercatique qui veut cela…
Et elle ne ferait plus recette ? c’est pourtant une huile !
A écouter les sirènes de la publicité, la consommation serait l’alpha et l’oméga 3 de l’existence !
Et ici, notre « Aphrodite de la Mer » rhabillée en magnet !
(je vous livrerai la vraie, bien plus aimante et dans son plus simple appareil, dans le prochain numéro)
Quelle enseigne tout de même !
Même mille fois déclinée avec tant de produits dérivés,
Jamais quelconque dans sa conque.
Surtout elle stimule la créativité des artisans qui perpétuent la tradition de la céramique, dans la copie ou son interprétation.
Enjôleuse et vendeuse, non ?
Aphrodite nous dicte toujours sa loi, elle qui bohème n’en connut guère. Car elle en impose encore notre déesse.
Elle aimait le reflet de sa beauté, coquette au sortir du bain
ou conquérante dans le bouclier de Mars, fatale toujours.
(Copenhague, glyptothèque Carlsberg)
Mais les attributs de la vénusté seraient-ils soumis aujourd’hui à un coefficient de vétusté ?
La taille… plus fine ! Les jambes… plus longues ! Les seins… en obus de canon !!! Ainsi, par les vertus d’un traitement numérique, ou pis, par la chirurgie esthétique, notre almée à l’envoûtant déhanchement en serait-elle réduite à se conformer aux nouveaux diktats de la mode pour défiler sur les podiums ? Mincir pour entrer dans les normes, quel paradoxe ce paradigme !
« Son ventre splendide, large comme la mer. »,
Auguste Rodin, à propos de la Vénus de Milo
Quels que soient les commandements de la modernité, je ne cesserai de tourner autour de ces rondes-bosses…
Vénus accroupie ou Vénus à la toilette
« Une fleur de vie, forme qui me réjouit. »,
Auguste Rodin
D’après un original de Doidalsas de Bithynie
(musée national, Rome)
… autant que de la contempler accrochée aux cimaises me remplit d’aise.
La toilette de Vénus (ou l’Air)
L’Albane (Francesco Albani, dit ; 1578-1660)
(musée du Louvre, Paris)
Et se livrer avec Aphrodite aux délices de Capoue*2…
Cette belle romaine arbore une coiffure en vogue au 1er siècle
(Marcia Furnilla, seconde épouse de l’empereur Titus ?)
(Copenhague, glyptothèque Carlsberg)
Pas sûr toutefois que toutes puissent soutenir…
Jean-Frédéric Schall (1752-1825)
« Jouissez amants, la fleur de jeunesse vous rit au visage. »,
Gioachino Rossini (1792-1868)
(musée du Louvre, Paris)
« Il avait à Syracuse un couple surnommé Belles Fesses. », raconte Cercidas de Megalopolis deux siècles avant notre ère. Voici l’histoire…
Deux sœurs s’interrogeaient, et la question était grave. A savoir laquelle avait le plus joli postérieur. Il fallait bien trancher, bien que le partage fût déjà très équitable. Un joli cœur s’en vint par là. « Il est bon de savoir qui de nous a le plus beau. » Bien qu’il y eût à hésiter, il devait en juger, il opta pour l’ainée. Et, bon gars, pour ne pas peiner la cadette, manda de ce pas son frère afin qu’il puisse plaider aussi son cas. Ce dernier lui trouva de sérieux atouts et, ma foi, fort à son goût. Tous se marièrent et firent ériger une statue à Aphrodite, callipyge comme il se doit pour rendre hommage à tant de grâces. On comprend mieux maintenant le motif*3 de ce tableautin libertin et pourquoi tant de messieurs aimeraient tant voir Syracuse avant que leur jeunesse s’use.
« Des jeunes cœurs c’est le suprême bien :
Aimez, aimez ; tout le reste n’est rien. »,
La Fontaine
Les anciens Grecs déjà prisaient fort les jeux de hasard. Aux dés la combinaison gagnante était le « coup d’Aphrodite » (3 fois 6). Victoire assurée… Sinon un « coup de chien » (3 fois 1), sinon l’apocalypse cette bête, était mauvais signe néanmoins. Heureux au jeu… Le perdant pouvait se consoler en se disant qu’aux jeux de l’amour il avait peut-être évité un « coup de pied d’Aphrodite », maladie vénérienne de ceux qui sacrifient trop à Vénus au hasard de rencontres douteuses. « Amour, Amour, quand tu nous tiens
On peut bien dire : « Adieu prudence. », La Fontaine (Le lion amoureux), autant :
« J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien
Qui me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique. »,
Id., Les Amours de Psyché et de Cupidon
Par-delà la légende, Chypre, l’île d’Aphrodite, toujours très sismique, est née de la mer au crétacé, il y a environ 90 millions d’années, d’une surrection du plancher océanique, un choc titanesque entre les plaques anatolienne et africaine. Puis l’île s’est surélevée au pléistocène, il y a environ 1,8 millions d’années, pour dominer à 1952m dans le massif du Troodos au mont Olympe (qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme, siège des dieux de la mythologie grecque).
Au printemps de quoi rêvais-tu Sandro ?
A la naissance de Vénus ?
(musées capitolins, Rome)
Tête dite d’Amazone blessée du type Capitole-Sôsiclès. Copie romaine d’un original grec du Ve s. av. J.-C. La statue aurait été créée par Crésilas pour un concours l’opposant ainsi à Polyclète, Phidias, Phradmon et Cydon. Elle était destinée au temple d’Artémis à Ephèse et serait arrivée en troisième position après celles de Polyclète et Phidias, devançant celles de Cydon et Phradon.
N’est-elle pas confondante cette beauté canonique ? Eternelle korê (jeune fille) qui semble bien avoir inspiré Botticelli pour sa Naissance de Vénus*4, en tout cas cela m’a frappé lorsque je l’ai photographiée. Ou, plus sûrement encore, un dessin à la mine de plomb de Gustave Moreau.
A suivre…
Car l’amour renait sans cesse.
Vous aurez peut-être plaisir à retrouver ici les trois premiers épisodes de ce feuilleton avant son épilogue prochain :
1. A Paphos, l’effrontée Aphrodite fût :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-paphos-l-effront-e-aphrodite-f-t-aphrodite-1-5
2.
1. A la poursuite d’Aphrodite la dorée :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-la-poursuite-d-aphrodite-la-dor-e-aphrodite-2-5
1. Toujours fondu d’Aphrodite ?
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/toujours-fondu-d-aphrodite-aphrodite-3-6
Michel Lansardière (texte et photos)
*1 Anacréon, poète lyrique grec, adapté pour l’occasion par Rémi Belleau (1528-1577). Sous la plume de Pierre de Ronsard (1524-1585) les vers d’Anacréon deviendront :
« Mais je voudrais être miroir
Afin que toujours tu me visses. »
Un autre de leur contemporain, Olivier de Magny (1529-1561), donna :
« Je voudrais être le miroir
Où vous vous ébattez à voir
Les beautés de votre visage. »
Au XVIIIe siècle, par le truchement de Louis Poinsinet de Sivry (1733-1804), on obtint :
« Que n’est-il en mon pouvoir
D’être cette glace heureuse,
Où vous aimez à vous voir ? »
Enfin, de la réflexion de Charles-Marie Lecomte de Lisle (1818-1894) :
« Pour moi, que ne suis-je, ô chère maîtresse,
Le miroir heureux de te contempler. »
Quant à la statue, exposée depuis peu au public et ici donnée en illustration, elle est du type genitrix (mère ; Vénus, déesse de la fécondité ; cf. A la poursuite d’Aphrodite, 2/7).
A remarquer également, l’hydrie (aiguière), rappelant le bain lustral. L’eau-mère associée à sa naissance, à l’abondance qu’elle génère.
*2 Les « délices de Capoue » font référence à Hannibal et son armée qui prirent Capoue (Santa Maria Capua Vetere de nos jours) aux Romains en – 215. Au lieu de repartir en campagne, ils y firent relâche, attendant des renforts, et cédèrent à la tentation. Après la débauche, les Romains n’eurent plus qu’à faire main basse sur la ville, en – 211, et rafler la mise. Hannibal était défait. Anachronisme, me direz-vous. Pas tant que ça, je fais ici allusion à l’Aphrodite de Capoue du musée archéologique de Naples, attribuée à Lysippe ou à Scopas selon les auteurs, et comparable à la Vénus de Milo. De même l’Aphrodite Landolina du musée de Syracuse avec son drapé qui s’ouvre telle une conque pour révéler les jambes splendides de la déesse.
Un peu plus loin encore (aux jeux de l’amour et du hasard) les époques se carambolent (si le « coup d’Aphrodite » est bien une expression grecque, les autres termes sont nettement postérieurs), autres temps ne signifiant pas nécessairement autres mœurs. Aussi me suis-je accordé quelque licence… littéraire.
*3 Complétons la légende. Sous la Régence, il y avait aussi une « fraternité des Aphrodites ». Ses membres, qui se faisaient aussi appeler Morosophes, aimaient se réunir du côté de Montmorency, au nord de Paris, pour de petites sauteries entre amis amateurs d’académies. Cet « ordre » fut dissout en 1791. Et Schall, qui vivait à Paris, aimait les sujets légers.
*4 Même si on dit souvent que c’est Simonetta Vespucci, « la sans pareille », qui, bien que morte depuis plusieurs années, lui aurait prêté ses traits. Ou, plus osé encore, Alessandra Lippi, sa filleule et fille de son maître Fra Filippo Lippi. Mon hypothèse après tout n’est guère plus risquée et, au moins, l’Amazone de Crésilas de la Vénus de Botticelli a la lippe. Une vraie renaissance de l’idéal antique.
"Des mois durant, errer dans cet espace clos nommé le Jardin des délices. S'y perdre. Non qu'il se creuse et qu'il échappe en ces profondeurs, cavités, grottes, tubes, repaires souterrains, caches sous-marines et obscurités sylvestres qu'il représente. Il est tout dans sa surface. Il s'offre entièrement à l'oeil que, de surcroît, il dote d'une vue plongeante, panoramique et totalisante, a bird's eye view. Il s'étale "en perspective" comme plus tard les plans tracés dans des Jardins de plaisir. A le parcourir, les rencontres se multiplient, plaisirs exquis de l'oeil en ses voyages, le rose d'un mégalithe, la silhouette d'un cueilleur d'oranges, les amoureux dans une cornue en forme de fleur, mais ces délices ponctuent des chemins privés de sens. Jouissances aveugles. Quel est ce lieu, locus voluptatis, comme d'autres jardins amoureux ou mystiques ? Que s'y passe-t-il ? Le tableau s'opacifie à mesure que se détaille la prolifique épiphanie de ses formes et de ses douleurs. Il se cache en les montrant. Il organise esthétiquement une perte de sens..."
"L'ailleurs a cent autres formes, depuis les amours à trois ou les agonies du désir, jusqu'aux grâces oiselières ou cavalières du carrousel. de ce pays, au terme de mes premiers voyages, je ne sais pourtant rien de plus, avançant comme un nageur vers le large. Je "pensais voir". En réalité, par l'effet d'une lente inversion, je suis regardé. "Les tableaux nous considèrent" (Paul Klee). Une xylographie de 1546, reproduction ou plagiat d'un Jérôme Bosch, a l'innocence (peu boschienne) d'en instruire le spectateur par une légende : "Le champ a des yeux, la forêt des oreilles." Le Jardin regarde. Il est plein d'yeux qui "nous considèrent" (j'en ai compté au moins huit ou neuf). Partout le regard de l'autre surplombe. Le tableau ne donne pas une image dans un miroir (les miroirs sont rares et diaboliques chez Bosch), mais une inquiétante privation d'images, organisée par ce qui, d'interrogateur, en vient. Comme si, tout entier mué en sibylle à bouche close, en sphinx, il disait au spectateur : "Toi, que dis-tu de ce que tu es en croyant dire ce que je suis ?" Mais c'est trop déjà que lui supposer le statut d'une énigme, énoncé qui dit la "vérité dans la mesure, et seulement dans la mesure où il signifie ce qu'on lui fait raconter. L'esthétique duJardin ne consiste pas à fomenter les brillances nouvelles d'une intelligibilité, mais à l'éteindre." (Michel de Certeau, La Fable mystique, Le jardin : Délires et Délices de Jérôme Bosch, Editions Gallimard/tel, p. 71 et 99)
Torse archaïque d'Apollon
Nous n'avions pas l'idée de sa tête inouïe
Où les yeux mûrissaient comme des pommes. ‒ Mais
Son torse luit encore ainsi qu’un candélabre :
C’est là que son regard, seulement affaissé,
Se tient brillant. ‒ Le haut sinon de la poitrine
Ne pourrait t’éblouir, ni dans la douce courbe
Des lombes ne pourrait s’avancer un sourire
Vers ce centre jadis porteur d’engendrement.
Cette pierre, sinon, serait, informe et courte,
Sous le joug du tomber transparent des épaules,
Et ne reluirait point comme une peau de fauve ;
Ni ne s’échapperait par toutes ses bordures
Comme une étoile fait : car il n’est aucun lieu,
Ici, qui ne te voie. Tu dois changer de vie.
("Archaïscher Torso Apollos", In Neue Gedichte, 1907, Traduction originale Lionel-Edouard Martin)
Bien que mon envie soit intense,
De changer un comportement,
Je m'y applique vainement.
D'une chanson ai souvenance.
Elle était gaie. J'aimais l'entendre.
Un vieillard aurait bien voulu
Mais, hélas! il ne pouvait plus.
N'avais pas besoin de comprendre.
C'était l'année de mes vingt ans.
Se prolongeaient mon innocence
Et mon amour de l'existence.
M'exaltaient les garçons brillants.
Je médite restant passive.
Mon âme est emplie de tendresse.
Ô les saveurs de ma jeunesse,
Par mystère conservées vives!
14 septembre 2017
Les jours passent. Ton absence s’estompe doucement, insensiblement et les matins retrouvent le goût perdu du miel d’antan. Je voulais vivre un grand, un immense amour comme dans les livres, un de ceux que les poètes décrivent avec tant de passion et tant de bonheur. Je pense l’avoir effleuré des doigts, un temps infime et minime. J’en ai fait une histoire, mon histoire que j’ai brodée chaque jour comme un tableau de maître. J’y ai cru fermement comme on croit à ses rêves d’adolescente, de femme. J’ai voulu le retenir, y croire encore et encore, mais il faut être deux pour une histoire d’amour.
Depuis peu, je dois te dire que je revis, je ne croyais pas cela possible. J’ai fait la rencontre d’un nouvel amour, puissant et intense. Un de ces amours qui grandit avec le temps, jour après jour, semaine après semaine. Je ne réalisais pas son importance au début. Je l’attendais inconsciemment sans le savoir.
Le regard embué de larmes, je l’ai découvert petit, enroulé sur lui-même, une boule d’amour et de vie. J’ai fait sa connaissance un matin d’automne dans les bras de sa mère. Doucement comme un trésor que l’on effeuille et que l’on touche délicatement pour s’en imprégner, il est devenu visible, palpable. C’est ma réalité.
Chaque jour est bonheur. Tout aujourd’hui gravite, tourne autour de cet être d’exception qui donne tout à foison, sans retenue, sans modération. Généreux, bienveillant dans ses sourires, dans ses baisers, ses mots d’enfant sont un bonheur de chaque jour. Sa présence m’est devenue indispensable, essentielle, vitale.
Cet amour a transformé une grande partie de ma vie et efface, remplace avec bonheur ceux qui ont disparu dans les trahisons, les larmes, le chagrin. Comme un trésor inestimable, précieux, je lui ai fait une olie place dans mon existence. J’ai ouvert mon cœur, écarté les murs de ma vie pour y mettre ce bijou, je lui ai offert mon amour, ma sincérité, ma raison, mon temps. J’y consacre les plus belles heures de ma vie et j’en suis comblée.
Depuis ce temps, d’autres êtres sont venus agrandir cet amour irremplaçable et m’emplissent de bonheur. L’amour s’additionne avec tant de plaisir, avec tant d’enchantement.
L’heureux temps d’être mamy.
pour ne pas perdre les mémoires des mondes.
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