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Les regards sont fixes, pour laisser le corps s’exprimer dans ses moindres gémissements. Les costumes sont taillés dans le ricanement et la parodie : cinq femmes portant survêtement de jarretelles côtoient cinq hommes nichés dans des cols de fourrure. Ils  apparaissent et se frôlent, sans vraiment se toucher.  La lenteur et le silence sont le prélude à une dramaturgie théâtrale intense qui  va recréer la dramaturgie musicale de la musique la plus sublime au monde : La Messe en si de Jean-Sébastien Bach revisitée en théâtre musical par  Ingrid von Wantoch Rekowski, une virtuose pour qui le Sacré est aussi indissociable du corps, que pour Jean-Sébastien Bach. «Et incarnatus est».


Un long trait de lumière posé au sol  attire les comédiens comme des papillons de nuit ou des hirondelles perchées sur un fil télégraphique. Ainsi se met en place un chœur mi antique, mi avant-gardiste, installé au bord du vide ou du néant. La cohésion qui se crée par le rassemblement des corps à corps fait imaginer une sorte de créature puissante et vivante en forme d’arabesque. La condition humaine qui ne cesse de chercher l’Absolu dans le mouvement et le chant ?  L’étrange et langoureuse bacchanale va naître  sur le Kyrie à la manière d’une improvisation et puis s’envoler au gré des autres prières de la liturgie. Celles-ci sont réinventées librement sur l’étoffe de la partition de Bach. Dans un déséquilibre constant ils s’efforcent généreusement de mettre leur corps et leurs voix au service du texte chanté, murmuré, scandé, vibré! Une renaissance perpétuelle de tableaux vivants, comme des cellules en harmonie s’offre au public au fil des incantations universelles perlant sur des gestes familiers et des attitudes quotidiennes. Esprits en union ou union d’Esprit ?  Au milieu du chaos apparent, les déplacements et les  voix des danseurs et danseuses deviennent au fur et à mesure sidérants d’harmonie et de précision. Et pourtant on les croit toujours tous, prêts à tomber, comme dans un château de cartes.


Ils sont dix, comme à leurs débuts, il y a dix -sept ans:Pascal Crochet, Daphné D’Heur, Isabelle Dumont, Bernard Eylenbosch, Hélène Gailly, Dirk Laplasse, Pietro Pizzuti, Annette Sachs, Candy Saulnier, Luc Schillinger.Très efficace, ce théâtre décaphonique de frères humains exaltants forme une installation en mouvement perpétuel et conduit  le spectateur à une méditation émaillée d’éclats de rires.  Angoisses et extases s’entrechoquent dans une communion de gestes. Chacun dispose d’une clochette pour faire tourner les pages et les changements d’humeurs de la célébration. L’appel vaut mieux que la baguette. Et puis, la clochette peut servir à tout, même se transformer en rasoir, dans les mains de Pietro Pizzuti... Les dissonances et les harmonies somptueuses tiennent en équilibre fragile le monde de fiel et celui du septième ciel. En se calibrant secrètement  les uns aux autres,  les voix  émettent une musique incantatoire innovante et subtile, qui s’adresse au cœur avant le cerveau. Les corps des danseurs-acteurs, tels des pantins de chair et de sang  tenant eux-mêmes les ficelles, sont-ils en perpétuelle recherche de la lumière ? Ad Lucem ?

De l’ensemble se dégage l’impression d’une œuvre polyphonique mobile parfaitement aboutie. Dans l’enchaînement de propositions, où chacun finit toujours par trouver sa place, émerge une œuvre de solidarité artistique vibrante. Alors qu’affleurent régulièrement des égocentrismes, des regards dédaigneux, voire hostiles, des gestes malencontreux, des bavures, des actes manqués, les personnages se serrent frileusement les uns contre les autres.   Et la  voix intérieure de chaque artiste finit toujours par fuser librement à travers les paroles redécoupées avec humour,  en se  calibrant  sur celle de ses voisins pour enfanter la chaleur universelle. Sublime.

Dominique-Hélène Lemaire


Du 18 au 22 décembre 2018 au théâtre des Martyrs

In H-Moll a reçu le prix de la recherche «Michèle Fabien» en 2001. Réalisatrice: Ingrid von Wantoch Rekowski Avec:
Pascal Crochet, Daphné D’Heur, Isabelle Dumont, Bernard Eylenbosch, Hélène Gailly, Dirk Laplasse, Pietro Pizzuti, Annette Sachs, Candy Saulnier, Luc Schillinger, Costumes: Christophe Pidré Éclairage: Jan Maertens Production: Lucilia Caesar, Polimnia, Les Brigittines en coproduction avec le Théâtre Martyrs, Musica Strasbourg, Bouffes du Nord, Teatro Due Parma, soutenues par la Fédération Wallonie-Bruxelles et Nadine / Brussels
Crédit photos: Eric Legrand

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Diego Rivera (Los Tres Grandes, 2e partie)

12273298666?profile=originalAutoportrait 1940

(photo captée sur le net)

 

      Diego Rivera (Guanajuato, 1886-Mexico, 1957), le plus connu des Trois Grands. Enfin connu surtout pour son compagnonnage avec Picasso, Léger ou Braque, il a longuement séjourné à Paris, avec Breton ou Trotski, avec lesquels il signa « Pour un art révolutionnaire », ou pour sa relation tumultueuse et passionnée avec Frida Kahlo (1917-1954), et le film qui en a été tiré, plutôt que pour son œuvre. Il est vrai aussi qu’associées au muralisme ses fresques ne nous sont guère accessibles. C’est donc son travail au chevalet, guère plus visible de ce côté-ci de l’Atlantique, que j’ai choisi de mettre en avant.

Rivera est pourtant bien un géant de l’art du XXe siècle, à l’égal de Picasso. Mais plutôt que de deviser sur son travail, d’en faire la biographie, que l’on trouvera aisément ailleurs, je vais m’effacer derrière l’œuvre, en reprenant simplement le schéma, certes un peu simpliste et arbitraire, suivi dans la présentation générale de la peinture mexicaine contemporaine (cf. la 1ère partie de cet article). 

Paris et la bohème :

 

12273298885?profile=originalDiego Rivera

Paysage-Jardin de la Castaňeda

(huile sur toile, 1906)

  12273297899?profile=originalDiego Rivera

La maison sur le pont

(huile sur, toile, 1909)

 

12273299086?profile=originalDiego Rivera

Nu assis

(huile sur toile)

 

Paris où il fit atelier commun en 1916 avec son ami italien, le peintre futuriste, un temps cubiste, Gino Severini.

 

12273299665?profile=originalGino Severini

Cortone (Italie), 1883- Meudon, 1966

La famille du peintre

(huile sur toile, 1936)

Rivera et le cubisme :

 

12273300073?profile=originalDiego Rivera

Plaza de toros de Madrid

(huile sur toile, 1915)

 

12273300667?profile=originalDiego Rivera

L’architecte Jesús T. Acevedo

(huile sur toile, 1916)

Construction, déconstruction, reconstruction, les bases étaient jetées…

 

Racines et muralisme :

 

12273301473?profile=originalDiego Rivera

Vendeuse d’arums

(huile sur toile, 1942)

 

12273301885?profile=originalHistoire du Mexique : le monde aztèque

 Peinture murale du Palais national de Mexico réalisée entre 1929 et 1930.

 (photo captée sur le net)

 

A suivre… avec José Clemente Orozco.

Retrouvez ici une présentation générale de la peinture mexicaine contemporaine et du muralisme en particulier (İ Que viva Mexico !) :

https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/los-tres-grandes-rivera-orozco-siqueiros-1-re-partie-que-viva?xg_source=activity

 

      Michel Lansardière (texte et photos, sauf mention contraire)

 

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TOUJOURS ELLE...

Imperturbable envers le temps

A la fois sage, incontrôlable...

Elle se peaufine au fil des ans

Est de plus en plus désirable...

La tendresse...

Elle accompagne nos envies

Sans rien forcer, elle sait gagner

Grand Dieu! Elle embellit la vie

Son succès ne peut étonner...

La tendresse...

Parfois on tente la définir

En parente pauvre de l'amour

Pourtant elle seule pourra le guérir

Quand il se mettra à pâlir...

La tendresse...

Dans sa douceur je m'abandonne

Les soirs où ton regard l'éveille

Une musique en moi résonne

C'est tellement bon, que c' est merveille!

La tendresse...

J.G.

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Meilleurs voeux à toutes et tous

Que cette nouvelle année vous apporte la réussite, 
la santé et la prospérité que vous méritez. 
Que les difficultés de cette année nouvelle vous soient toutes épargnées, que le bonheur soit au rendez-vous dans vos cœurs et dans ceux de vos proches. 
En un mot, nous vous souhaitons une très bonne année 2019 ! 

 

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La jungle des sans colliers.

L’automne s’est enroulé, dans un manteau de feuilles,

Vaincu par la froidure d’un  hiver insensible,

Qui étend sa rudesse à tous les portefeuilles,

Vidés de  leur contenu par le gel impassible.

 

Dans un manteau de feuilles, sous des bouquets de branches,

Les animaux  sommeillent, pour  survivre  à l’hiver,

Des sans-abris grelottants, sous une cape blanche,

Moribonds qui ne feront pas, la Une des faits divers.

 

Sous des bouquets de branches, glacés des morsures du vent,

Les regards  grésillés  s’éteindront  dans  la  mort,

Du froid de leurs entrailles, malheureux morts-vivants,

Rejetés dans le combat des  exclus, sans remord.

 

Glacés des morsures du vent, les bois sont en dormance,

Tandis que dans les villes, par des rafales  givrées,

Humblement, les mains mendient une  maigre becquetance,

Espérant de la compassion, pour leur vie désœuvrée.

 

Les bois sont en dormance, dans la jungle des sans collier.

 Etendus  sur les bancs publics, ou errants dans  le brouillard,

Les délogés de l’hiver cherchent des lieux hospitaliers,

Pauvres en abondance, pour les miséreux guignards.

 

Dans la jungle des sans-colliers, les relents des égouts,

Couvrent les fumets exquis, des ripailles voisines,

Au cœur de l’indigence, qui ronge les pousse-cailloux, (*)

Abonnés aux poubelles, près des arrière-cuisines.

 

L’automne s’est enroulé, dans un manteau de feuilles, sous des bouquets de branches.

Glacés des morsures du vent, les bois sont en dormance, dans la jungle des sans-colliers aux relents d’égouts. 

*pousse-cailloux : (vieux) Celui qui marche beaucoup à pied. 

 

Claudine QUERTINMONT D’ANDERLUES.

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Dépasser le murmure

Laissons parler
l’intime
donnons-lui
la chance
de dépasser
le murmure

et refaisons chaque jour
ce voyage

remonter les fleuves
de nos paysages
trouver la source

ce ruisseau souterrain
limpide
complètement libre
qui coule au fond de nous

...........................................
Martine Rouhart

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Une autre année...

Il y a des Noël Joyeux

Aussi parfois des Noël "sans"...

quoiqu'il soit pour vous cette année

Toujours, il sera triomphant!

Rangé parmi les beaux souvenirs

Heureux, qu'il soit enfin passé...

Ce qu'on pourra en retenir

Mais oui, c'est qu'il... aura été!

Le temps, cette chose intemporelle

Une fois de plus aura gagné!

Et nous partirons de plus belle

Vers la promesse d'un autre été.

Pour celle année qui se profile

A tous, je voudrais souhaiter

D'oublier que les jours défilent

De simplement en profiter!

Je vous souhaite une douce année...

J.G.

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12273298085?profile=originalCeux qui suivent nos chroniques, se souviendront peut-être que nous avions abordé le premier roman de Patricia Fontaine « Cape Verte » avec l’enthousiasme des découvertes intéressantes.  C’était, pour un premier roman, une œuvre qui offrait la promesse d’une plume en devenir.  Vous m’auriez demandé s’il fallait parier sur l’avenir de cette écrivaine Brançonne, j’aurais probablement refusé de répondre.  Cette hésitation repose sur le fait que l’écriture d’un second roman est souvent plus difficile pour de multiples raisons. 

En découvrant « Pile et Face » il ne m’a pas fallu longtemps pour entrer en résonnance avec un ouvrage que je n’hésiterai en aucune façon à souligner comme étant un « coup de cœur ». 

Bien que les sujets abordés ne soient pas anodins, le lecteur aura beaucoup de peines à se détacher du récit. 

L’écriture est fluide, intéressante, passionnante.

La première impression que nous offrent le début de lecture, c’est que l’humour semble nous porter vers une écriture à la « Legardinier ». 

Accroche habilement construite pour nous entrainer progressivement vers le thème central.  La gravité du sujet n’en est pas moins respectée, l’auteur surprendra le lecteur par une approche originale.

Nous voici plongés au cœur de l’histoire du Chili.AVT_Patricia-Fontaine_3019.jpeg

C’était un risque, celui de basculer dans le discours moralisateur d’un(e) Occidental(e) en recherche de sensationnalisme.  Il n’en est rien, au contraire, la sensibilité de l’auteure ose poser les questions fondamentales sur l’orientation que prennent les destins quand ils sont confrontés à l’extrême.

« Clarisse » est contrainte de fuir au Chili.  Elle y rencontre, manœuvrée par un personnage trouble  appelé « La fouine brune », une dénommée Marta.  Ensemble elles vont relire les pages brulantes de l’histoire façonnée par la dictature du Général Pinochet.

Si je vous ai parlé de "coup de cœur", c’est que je n’ai pu me détacher du roman.  Intelligemment construit, il porte la marque des sensibilités à fleur de peau tout en basant le fil de l’intrigue sur les fondations d’une documentation fournie. 

L’écrivain ne s’en cache pas.  La préparation de cet ouvrage a débuté par la recherche de témoignages, de lectures et un séjour à Santiago et dans le désert d’Atacama.

Patricia Fontaine ne fait pas partie de ceux qui publient un ouvrage chaque année.  Elle prend son temps, forge ses écrits et le résultat est à la hauteur de nos attentes.  Comment ne pas souligner la qualité et le talent qui transpire de cet ouvrage ?  Comment ne pas la remercier d’aborder un thème aussi grave en essaimant l’humour le temps que le lecteur reprenne sa respiration.

Si j’ai aimé « Cape Verte », bien que nous nous attendions et espérions une suite, « Pile et Face » ne ressemble en rien à son ainé.  Ce dernier roman  mérite d’être placé en première place dans les vitrines de nos bibliothèques.  « Pile et Face » pourrait être abordé dans nos écoles, ouvrir les débats, être une référence peut-être ?  Quoi qu’il en soit, Patricia Fontaine vient d’acquérir ses lettres de noblesse dans le monde difficile de la littérature.

Rappelons que Patricia Fontaine recevra en 2017, "le prix roman" au Salon International de Mazamet (Tarn - France).

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administrateur théâtres

« Don Pasquale »

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La première de « Don Pasquale » de Donizetti à Paris en 1843 signait aussi  la fin de la tradition de l’opéra buffa du 19e siècle.

 Alors que l’ « Elixir d’Amour » reste la plus succulente des comédies de Donizetti, cette œuvre qu’il écrivit quelques mois avant sa mort fait preuve d’une sagesse bienveillante et heureuse vis-à-vis de la vieillesse, qu’il traite avec une belle dose humour et d’humanité. Il y a dans cet opéra une touche dramatique extrêmement  émouvante, admirablement interprétée par le personnage principal très travaillé, Don Pasquale, ah! le sublime Michele Pertusi!

L’histoire. Ernesto (Joel Prieto) veut épouser sa bien-aimée Norina, mais son oncle, Don Pasquale, veut qu’il prenne une femme plus noble, de sorte qu’il n’ait plus à prendre soin d’un neveu plutôt flemmard qui se promène en pyjamas. Mais Ernesto refuse. Sur quoi, Don  Pasquale décide de prendre femme pour produire son propre héritier et ainsi se délier de toute obligation  vis-à-vis du neveu impénitent. Le Docteur Malatesta, sacrement corrosif,  propose de le présenter à  une sœur putative qui n’est autre que Norina. Une fois dans les lieux, celle-ci met tout sens dessus dessous. Ce qui est magnifiquement exprimé par la mise en scène du Français Laurent Pelly qui applique la notion à la lettre, en apôtre fidèle de la façon d’écrire de l’Ecume des jours, …dans ses passages cruels et capture  à la perfection l’esprit  opera buffa. On se souvient de son « Don Quichotte » en 2010 et du « Coq d’Or » il y a deux ans, beaucoup plus poétiques.

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Décor de Chantal Thomas, et lumières de Duane Schuler qui  oppose les nuances de gris murailles aveugles avec l’invasion  flamboyante de la dame des lieux quittant sa voilette  ton sur ton,  pour un tutu théâtral solaire or et orange.  La féroce Sofronia/Norina est la reine des pestes et se lance dans des dépenses somptuaires, traite son mari - il y a un faux notaire (Alessandro Abis) – en bien pire que  toutes les soubrettes du Bourgeois Gentilhomme, Avare et Malade  Imaginaire confondues. Un sympathique corps des balais de tout âge  produit un moment de respiration  pleine de verve rebelle vis-à-vis  de l’insupportable maîtresse. Un chœur joyeusement  mené par Martino Faggiani.  On adore ! The house‘s on fire. Le pauvre Don Pasquale, cherchant un moyen pour s’enfuir du chaos créé par sa femme, appelle le divorce de ses vœux. Cherchant conseil auprès de Malatesta, son fidèle docteur,  solidement  campé par un  Lionel Lhote moustachu, intrigant et cynique,  Pasquale  s'aperçoit qu'elle a une affaire secrète. Il brûle de la  découvrir en flagrant délit dans le jardin. Lorsque  Pasquale confronte sa femme  qui  se révèle être Norina, à qui l'amoureux a apporté la lune,   il est ravi de ne pas être marié, et souhaite dans une pirouette bienvenue, bon vent aux deux jeunes amants. Plus faucons que tourtereaux. 

 

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Cet opéra regorge de passages musicaux célèbres allant de l'aria d'ouverture de Norina au duo entre Malatesta et Norina, en passant par «Cercherò lontana terra» d'Ernesto, sa célèbre sérénade et le duo d'amour «Tornami». Dans le cast du 14 décembre nous n’avons pas eu le bonheur de  nous  délecter de l’adorable star Danielle de Niese  remplacée alors qu’elle avait chanté la veille dans l’autre distribution par la soprano belge  Anne-Catherine Gillet, une langue de feu qui n’hésite pas à chanter dans les positions les plus extravagantes. Mais le moment le plus pétillant de  l'opéra est le soi-disant «duo Patter» dans lequel Malatesta et Pasquale ont l'intention de révéler l'infidélité de Sofronia.  On demande aux deux hommes de chanter à grande vitesse des passages extrêmement rythmiques dans un tempo effréné. Cela conduit  bien sûr à l’hilarité générale. Avec cela, moult claquements de portes émaillent l’histoire, on ne sait jamais de quelle trappe sortiront les personnages… Et le chef d’orchestre extraordinaire, Alain Altinoglu, sur lequel les yeux se posent à de nombreuses reprises, est le grand régisseur du rire musical et du comique de scène.   La nouvelle déco sarcastique  du salon du pauvre hère ressemble à  bientôt à des pierres tombales et des  fleurs de cimetière… C’est drôlement féroce,  mais n’allez pas croire que cette production soit revisitée par Feydeau en personne, même si le metteur en scène est français. Pour la fin d’année, la Monnaie nous offre donc un humour un peu grinçant, emballé dans un cube en tranches de vie qui n’ont rien de très réjouissant, et l’on se prend à compatir avec un Don Pasquale au bout de son rouleau, qui de mari ridicule passe finalement pour une victime solidement égratignée par une jeunesse égoïste et sans états d’âme et qui ne  réussit à s’en sortir … qu'à un cheveu.  

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Direction musicale  ALAIN ALTINOGLU
Mise en scène et costumes  LAURENT PELLY
Décors  CHANTAL THOMAS
Éclairages  DUANE SCHULER
Chef des chœurs  MARTINO FAGGIANI

Libretto di Giovanni Ruffini e Gaetano Donizetti, tratto dal Ser Marcantonio di Angelo Anelli

Don Pasquale  MICHELE PERTUSI
PIETRO SPAGNOLI (11, 13, 18, 20, 23)


Dottor Malatesta LIONEL LHOTE
RODION POGOSSOV (11, 13, 18, 20, 23)


ErnestoJOEL PRIETO
ANICIO ZORZI GIUSTINIANI (11, 13, 18, 20, 23)


Norina DANIELLE DE NIESE
ANNE-CATHERINE GILLET (11, 13, 14, 18, 20, 23)


Un Notaro ALESSANDRO ABIS

Orchestre symphonique et chœurs de la Monnaie
Académie des chœurs de la Monnaie s.l.d. de Benoît Giaux

Production SANTE FÉ OPERA (2014), GRAN TEATRO DEL LICEU (BARCELONA, 2015)
Présentation DE MUNT / LA MONNAIE

VENDREDI 21 DÉCEMBRE À 20:00 SUR MEZZO LIVE HD (EN DIRECT)

Dominique-Hélène Lemaire

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12273296875?profile=originalDiego Rivera
Portrait d’Adolfo Best Maugard
(huile sur toile, 1913)
İ Que viva Mexico !
Adolfo Best Maugard (1891-1964), surnommé Fito Best, était un peintre et réalisateur mexicain, ici portraituré par Diego Rivera dans une approche cubiste où il exprime le mouvement, l’élan vers l’avenir, sa foi dans le modernisme.

      J’ai brièvement évoqué, dans l’article consacré au peintre bulgare Teofan Sekorov (cf. https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/teofan-sokerov-et-les-myst-res-de-la-foi-un-monstre-de-la ), les peintres muralistes mexicains. Bien que ne m’étant pas rendu au Mexique, deux expositions, qui se sont respectivement déroulées au Grand Palais à Paris pour la première (« Mexique 1900-1950. Diego Rivera, Frida Kahlo, José Clemente Orozco et les avant-gardes. ») et, pour la seconde, au Musée des Beaux-Arts de Lyon (« Los modernos. Dialogues France/Mexique »), me donnent ici l’occasion d’y revenir et d’approfondir un peu ce sujet. Sans oublier la formidable rétrospective qui eut lieu à Lille en 2004, « Mexique-Europe, Allers-Retours, 1910-1960 », dont le catalogue fait toujours référence.
       Los Tres Grandes, est le qualificatif que l’on a rapidement accolé aux trois grands initiateurs de la peinture murale au Mexique, à savoir Diego Rivera (1886-1957), José Clemente Orozco (1893-1949) et David Alfaro Siqueiros (1896-1974).

      Fierté. Telle est la première impression laissée par leurs œuvres. Des peintres fiers de leur pays, de leurs racines, de leurs habitants et de leur travail.

12273297064?profile=originalDiego Rivera
La molendera

(huile sur toile, 1924)
Penchée sur sa metate* cette paysanne pile le maïs, la base même de l’alimentation mexicaine.

      Ces peintres veulent se libérer de l’influence européenne, s’affirmer en tant que créateurs d’un art spécifiquement mexicain, compréhensible, à la portée de tous. Un art qui puiserait tant aux sources indiennes, précolombiennes, qu’au caractère mexicain en général afin de rendre au peuple toute sa dimension nationale et de pleinement l’intégrer dans la modernité.
Ils suivirent en cela l’exemple des peintres yankees régionalistes qui voulaient un art typiquement américain, et selon la théorisation exprimée par le poète Walt Whitman (1819-1892), dont ils semblent avoir écouté eux-aussi l’injonction/exhortation.

« O Liberté, tourne-toi, car la guerre est finie,
D’elle et tout désormais t’épandant, sans plus douter,
résolue, embrassant le monde,
Détourne-toi des pays restés face en arrière
à recueillir les témoignages du passé,
Des chanteurs qui chantent dans le sillage des gloires du passé,
Des poèmes du monde féodal, triomphes des rois, servitudes, castes,
Tourne-toi vers le monde des triomphes en réserve et à venir.

Vers ce monde où le futur,
plus grand que tout le passé,
Prompt et sûr, se prépare pour toi. »

Car il faut bien un creuset et se confronter au monde bien sûr, comme l’exprima le poète mexicain Octavio Paz (1914-1998) « toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. A l’inverse, c’est de l’isolement que meurent les civilisations. » Un métissage qui donnera cet expressionnisme à la fois tragique et grandiose.
Et un élan qui, après la Révolution de 1910, fut donné par le secrétaire de l’Education publique José Vasconcelos Calderόn (1882-1959) qui, en 1921, passa commande de fresques glorifiant la culture nationale, et ce au moment où Diego Rivera faisait son retour au pays.

      On peut certainement distinguer, dans les débuts de la peinture mexicaine contemporaine, trois périodes, les deux premières sous influences, la troisième proprement américaine.
       Paris d’abord. Paris, capitale des Arts, son ambiance, ses quais, ses brumes, sa bohème.

12273297266?profile=originalDiego Rivera
Quai des Grands-Augustins

(huile sur toile, 1909)

Paris continuant d’exercer une influence majeure, ou plutôt s’exerça une émulation réciproque entre Paris et Mexico, avec un va-et-vient incessant d’artistes entre les deux pays (Antonin Arthaud, Philippe Soupault, André Breton…).

12273297291?profile=original Diego Rivera
Les vases communicants (Hommage à André Breton)
(gravure sur bois, 1933)

      Le cubisme ensuite, et, dans une moindre mesure, le futurisme italien, avec deux figures majeures de cette rupture narrative, Georges Braque et Pablo Picasso. De cette rencontre une avant-garde mexicaine naîtra en 1921, avec son mouvement propre, le stridentisme. Puis le trentetrentisme (le İ 30-30 ! étant la Winchester fétiche des révolutionnaires) en 1928, jusqu’à la Ruptura.

12273297698?profile=originalDiego Rivera
Portrait de Ramόn Gόmez de la Serra, 1915

      Le muralisme enfin, mouvement né aux Amériques, qui a grandi au Mexique, enfant rebelle fier de ses origines, propagateur de l’idéologie révolutionnaire, qui a son tour secouera l’avant-garde européenne.
On peut y ajouter une touche, quoique moins raide, de constructivisme soviétique. Le muralisme mexicain paré d’idéalisme alors se teinte d’un réalisme politique puissamment figuratif.

12273298088?profile=originalDavid Alfaro Siqueiros
Etude pour la fresque « Le Christ », 1965

      Et si un homme à lui seul est bien emblématique de ces différentes vagues, c’est bien Diego Rivera.
Et si une œuvre pouvait résumer ce bouillonnement intellectuel c’est probablement celle-là, flux et reflux, avers et revers révolutionnaires.

12273297098?profile=original Notre-Dame de Paris (verso, 1913)

Huile sur toile, deux œuvres recto, ci-dessous, et verso ci-dessus :

12273298490?profile=originalPaysage zapatiste (recto, 1915)

Sarape, le tissu de laine multicolore, fusil y sombrero, sur un fond volcanique, tous les symboles du Mexique sont ici réunis. Et  İ Viva Zapata !, sombre héros de la Révoluciόn popular.

      L’art, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, s’en retrouverait sens dessus dessous. Et le Mexique, comme en France Picasso, verrait en Rivera son atlante.
Pour faire suite à cette présentation, un triptyque sera consacré aux Tres Grandres, un panneau pour chacun de ces artistes. A commencer par Rivera, des années de formation et de bohème à la pleine maturité.

Michel Lansardière (texte et photos)

* Pierre à moudre d’origine aztèque, la metate servait aussi à broyer les fèves de cacao, ce chocolat, boisson sacrée des Aztèques, qui fut servi pour la première fois à Hernan Cortès (1485-1547) par l’empereur Moctezuma II dans une coupe en or. Ce dernier en boira la lie jusqu’au calice.

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administrateur théâtres

« En attendant Bojangles » au Centre Culturel d’Eau de Gemmes

Hélène, puisque c’est d’elle que l’on parle, jamais  ne sera  la vieille accroupie de Ronsard… Jouée par Anne Charrier, aux côtés de Didier Brice, elle rayonne dans un spectacle enchanteur et enchanté et …terriblement courtois. Je parle de l’amour, bien sûr!  L’enfant, source de bonheur, joué par Victor Boulenger est-il décrié, sous son  nom vulgaire d'enfant-roi? Certes, non, c'est tout le contraire!  *Coup de foudre  donc  pour cette famille-enfant au triangle parfait, dessinant le visage joyeux du bonheur

 

Page après page, Le père a la parole et la loi de l’amour sous sa plume. Il transmet le roman de l’intranquilité de la vie et de sa miroitante fantaisie pour  ceux qui y croient.

L’enfant rebelle adoré reconstitue le puzzle de l’amour et se nourrit de son histoire comme s’il buvait du lait. Il parle fort, comme si déjà ses géniteurs avaient rejoint les esprits myrteux de l’ami Ronsard. Il est donc adulte.  …Et vous?  Dans ses mains – et dans les nôtres – un bouquet de mimosas et la poésie dont a été tissée toute son enfance. Un talisman, une aubaine, pour qui sait la voir, une musique sacrée qui donne les clefs du paradis sur terre, pour qui sait l’être!  Jamais le Néant! 

La femme aux mille et un prénoms, qui jamais ne sera une vieille accroupie, véhicule toutes les intentions de bonheur et leur réalisation et pourchasse  routines vermoulues et  fonctionnaires vert-de-gris. Elle met le feu aux avoirs, illustre la folie de la passion qui  ira jusqu’à la mort.  Et dans sa sagesse infuse, elle  prend la langue au pied de la lettre, telle une vestale de l’humour. Contrevenante des marées noires, elle choisit de fixer les étoiles, même dans un divan endormie, et flotte sa vie jusqu’au bout, entraînée par l’amour. Et lui, la suit,  bien sûr, comme dans l’Eté Indien. 
« On ira
Où tu voudras, quand tu voudras
Et on s’aimera encore Où tu iras…»
 


L’auteur de ce conte a retrouvé les accents succulents de Boris et de l’écume des jours. Il célèbre la communion de la folie amoureuse et signe …Olivier BourdeautVictoire l’a saisi en plein vol et signe l’adaptation théâtrale et la mise en scène dans des décors de Caroline Mexme

Le spectateur se laissera séduire dès le premier son de cloche qui célèbre des noces profondes, celles qui se veulent absolues, quelles que soient les contingences, les noces des serments éternels qui ne verront jamais les amants désunis. Colin/Georges envisage Chloé/ Constance et les autres, comme un arbre magique, celui de notre éternel ami, Georges qui aimait tant Suzon? « Tu sais, fiston, Suzon a beaucoup d’imagination, elle joue avec tout, même avec sa filiation. Mais dans notre arbre généalogique, ta Maman, ce sont les racines, les feuilles, les branches et la tête en même temps, et nous, nous sommes les jardiniers, nous allons faire en sorte que l’arbre tienne debout et qu’il ne finisse pas déraciné. »

L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes souriantes, personnes qui dansent et personnes debout

La critique emballée n’en dira pas plus, si ce n’est pour  se réjouir de la langue musicale follement bien habitée par le délicieux triangle  des comédiens, leur diction ravissante, leurs émotions à fleur de plume, leurs mouvements souples comme dans les rêves.   On se souviendra d’une mise en scène alerte, raffinée, subjugante même, puisqu’on entre de plein pied dans la danse foisonnante et volatile du texte,  malgré où grâce à l’économie de moyens. Le décor, c’est avec les mots et les gestes qu’il est planté  avec grâce infinie.  Bref, cette mise en scène est stupéfiante de puissance évocatrice. Il faut souligner que la musique et les choix de la bande sonore signée Pierre-Antoine Durand pavent l’histoire triste et belle de sublimes clair-obscurs.  La bande lumière (Stéphane Baquet) ,  de son côté  s’occupe de faire taire  le malheur… et d’ auréoler les instants joyeux.    Le choix des costumes ( de Virginie Houdinière)  s’emboîte dans l’histoire avec candeur. Les éclats de rire en mode majeur ou mineur surviennent comme autant de bulles de saveur partagée.  L’ensemble, très équilibré, et sans faute de goût,  vous insuffle un bonheur aussi bien apprivoisé que l’oiseau, Mademoiselle Superfétatoire, une grue demoiselle de Numidie, que Maetelinck aurait sûrement vêtue de bleu. Cette pièce à vol d’oiseau,  jouée entre Paris et Bruxelles, villes de douce connivence, est donc un bijou inclassable et irrésistible sauf à le classer dans la Voie lactée …parmi les étoiles.​ On remercie le Centre Culturel d’Auderghem  pour cette charmante   mise en chef-d’oeuvre théâtral.


Une pièce d’après le roman d’Olivier BOURDEAUT (300.000 exemplaires vendus)« En attendant Bojangle »
Mise en scène : Victoire Berger-Perrin 
Avec : Anne Charrier, Didier Brice et Victor Boulenger
Adaptation : Victoire Berger-Perrin
Décors : Caroline Mexme
Costume(s) : Virginie Houdinière
Lumières : Stéphane Baquet
Musique : Pierre-Antoine Durand
Assistant(e) mise en scène : Philippe Bataille. Chorégraphie Cécile Bon. Collaboration artistique Grégori Baquet
Durée : 1h30

Centre Culturel D’Auderghem

Boulevard du Souverain 183, 1160 Bruxelles 02 660 03 03

Du 11 au 16 décembre 2018

  

*GEORGES (au public la mère immobile, le temps arrêté) « J’étais donc arrivé à ce moment si particulier où l’on peut encore choisir, ce moment où l’on peut choisir l’avenir de ses sentiments. Je me trouvais désormais au sommet du toboggan, je pouvais toujours décider de redescendre l’échelle, de m’en aller, fuir loin d’elle. Ou bien je pouvais me laisser porter, enjamber la rampe et me laisser glisser avec cette douce impression de ne plus pouvoir rien décider, confier mon destin à un chemin que je n’avais pas dessiné, et pour finir, m’engloutir dans des sables mouvants, dorés et ouatés. Je voyais bien qu’elle n’avait pas toute sa tête, que ses yeux délirants cachaient des failles secrètes, que ses joues enfantines dissimulaient un passé d’adolescente meurtrie, que cette belle jeune femme, apparemment drôle et épanouie, devait avoir vu sa vie passée bousculée et tabassée. Je m’étais dit que c’était pour ça qu’elle dansait follement, pour oublier ses tourments, tout simplement. Je m’étais dit bêtement que ma vie professionnelle était couronnée de succès, que j’étais presque riche, plutôt beau mâle et que je pouvais aisément trouver une épouse normale, avoir une vie rangée, tous les soirs prendre un apéritif avant le dîner et à minuit me coucher.»  


Dominique-Hélène Lemaire

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Danse : ALLEIN ! Nouvelle création de Erika Zueneli.

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C’est en 2008 qu’Erika Zueneli installe à Bruxelles sa compagnie « Tant’amati ». Prix de la critique du meilleur spectacle de Danse en 2014 pour son travail sur le couple, elle tente une approche de recherche de langage différente avec « Allein », une performance soutenue par trois interprètes : elle-même, chorégraphe-danseuse, Jean Fürst, chanteur-performeur et Rodolphe Coster, compositeur-musicien. Aidé par Laurence Halloy aux effets lumière, ils se livrent à un jeu de conjonctions ouvrant à des interprétations hypothétiques, un jeu d’inspirations et d’hésitations sur une page blanche à remplir. Présenté au festival de danse Fais d’Hiver début 2018, ce spectacle sobre et envoutant a occupé la scène des Brigittines avant d’arriver au Varia.

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Les artistes ont participé à un bord de scène après la représentation du 12 décembre au petit Varia dont voici les grandes lignes.

Rodolphe, comment avez-vous composé cette musique ?

Rodolpe Coster (Sabam award 2016 en composition musicale pour les arts de la scène) : Je suis musicien de formation, violoniste classique. J’aime essayer l’expérimental. Ici, on fait avec peu de moyens. Je me suis aussi récemment lancé dans la création musicale pour la danse. (Il a composé la musique du spectacle Stroke, duo interprété et créé par Louise Michel Jackson). Lors de la préparation de la création aux Brigittines, on avait écouté des morceaux de groupes anglais et aussi de Virginia Woolf pour faire un projet sur la réception de la musique.

Et l’idée du spectacle, comment est-elle venue ?

Erika Zueneli : Avec mes partenaires que je connais depuis longtemps, je voulais explorer d’autres pistes sur la perception musicale et visuelle et aussi sur la mémoire individuelle et collective.
Je voulais chercher autrement que d’habitude en vue de toucher quelque chose de frontal.

Rodolphe : On voulait créer à partir d’un concert. En termes de jeu, on a exploré les années 70 sans avoir envie de jouer sur les images de ces années-là. L’idée était d’avoir une voix, un chant, qui corresponde aux idées contemporaines plus le new wave des années 70 pour donner une force particulière à nos personnalités, à nos frottements.
Il y a aussi des sons pré-enregistrées (comme l’avion que l’on entend au début) et puis il y a des moments où le jeu est démultiplié comme un instrument de musique, les échos de la voix de Jean par exemple sont pitchés.

Et le titre, pourquoi « Allein » ?

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Erika : On a beaucoup cherché et on a bien eu dix titres différents.
« Allein » car dans une de nos premières résidences, on a travaillé sur une chanson de Nina Hagen : « Heute bin ich allein ». C’est aussi la question de la solitude du performeur.
Ce titre m’a semblé résumer pas mal de questions et laisser place à une certaine angoisse.

Le rapport avec le punk ?

Rodolphe : La musique punk est morte avec Lester Bangs qui avait aussi bien compris qu’il était seul. En tant que musicien, je n’aime pas les choses simples. J’aime ce qui est lié à la mort plus qu’à la vie. Même si la musique de Hagen en tant que musicien, ne m’inspire pas, elle a sa légitimité dans le spectacle.

Avez-vous recherché un style ?

Rodolphe : La musique, à mon niveau, ce n’est pas du maniérisme. Cette musique-là me ressemble. J’ai écouté beaucoup de baroque, le classique m’interpelle aussi. On n’est pas ici pour proposer une esthétique. J’ai un groupe et notre musique ressemble à la celle de la fin du spectacle.
Nous sommes restés vrais et honnêtes. C’est la première fois que je travaille dans une création en partage et en triangulation.

Comment avez-vous opéré les choix de fragments de textes du spectacle ?

Erika : On a cherché les sens et il y avait des mots qu’on avait envie d’insérer. On a voulu ouvrir des pistes plutôt que de recourir à des chansons précises. On a privilégié des bribes, des mots ouverts, universels. Et puis, on est passé par des textes dadaïstes. Quand on parle de punk, c’est plutôt d’une idéologie, inspirée du futurisme et du dadaïsme. Ces mots, on a voulu les utiliser à notre guise. Je me suis intéressée aux anarchistes italiens des années 80 que mes parents appréciaient et qui parlaient de liberté et on a replacé les mots dans un spectacle qui parle de présent et du futur.
J’aurais voulu faire un discours sur le futur mais comme je le dis à la fin, je n’ai rien à dire car le futur est une page blanche. Il est devant nous, à remplir.

La musique comme réflexion de départ a-t-elle aidé à positionner l’exercice global ?

Erika : Le spectacle aurait dû émerger de la vibration musicale mais cela ne s’est pas passé comme cela. Il s’est construit tout seul même s’il reste quelque chose de cette idée.

Combien de temps avez-vous travaillé sur cette création ?

Erika : On a mis beaucoup de temps. Nous avons commencé en 2016 et fini en 2018 mais nous avons travaillé sporadiquement selon les disponibilités de chacun. En continu, je dirais un mois et demi.

Erika, où situez-vous cette création dans votre parcours ?

Erika : J’ai derrière moi une dizaine de pièces et j’avais envie d’une cassure, de jouer autrement. Mais cela n’a pas été évident du tout. La scénographie n’est pas apparue d’emblée… Même s’il y a des prises d’espaces et des synchronies très écrites. Mais il y eu cet intérêt de la recherche de quelque chose de différent.

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Palmina Di Meo

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Je laisse couler l'eau,
en la fixant,
et j'ai envie de rire,
je ris mais pas un petit rire, un rire énorme,
Je ne sais même plus si je ris ou si je pleure,
Je sais que je reste seulement là à fixer l'eau,
à la humer,
la contempler...
Comme une conne.

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Journaliste d’investigation et mère de deux enfants (une fille, Vera, et un garçon, Ilia), Anna Politkovskaïa a dénoncé à plusieurs reprises les violations des droits de l'Homme par les forces fédérales russes en Tchétchénie ainsi que la dégradation des libertés publiques et la corruption.
2001 : Anna Politkovskaïa est détenue par les forces russes en Tchétchénie lors d’une enquête contre les conditions de détention pour avoir « enfreint les règlements en vigueur pour les journalistes ».Elle reçoit des menaces de vengeance de la part d’un officier qu’elle avait accusé d’avoir commis des atrocités contre les civils. Les charges sont abandonnées et elle se réfugie en Autriche. Elles seront reprises en 2005 et il sera condamné à 11 ans d’emprisonnement.
2002 : Elle participe aux négociations lors de la prise d’otages au théâtre de la rue Melnikov à Moscou

2004, elle est empoisonnée dans l’avion qui l’amenait pour négocier avec les preneurs d’otages de l’école de Beslan. Les analyses du poison sont détruites « par mégarde ».

« Douloureuse Russie », son dernier ouvrage parait en septembre 2006 aux éditions Buchet-Chastel.
7 octobre 2006, jour de l’anniversaire de Poutine, Anna Politkovskaïa est assassinée dans la cage d'escalier de son immeuble à Moscou au moyen une arme couramment utilisée par les forces de l'ordre. Elle avait été filée et mise sur écoute par le service fédéral de sécurité.

Dans une interview, elle se confiait sur le dédain dont elle était victime dans les milieux journalistiques russes : « Je suis journaliste, et ça m’est un peu égal, comment on m’appelle, et comment on me traite. Je dois raconter ce que j’ai vu. Mon problème est de faire comprendre à mon gouvernement ce qu’il se passe réellement en Tchétchénie, maintenant je ne sais pas par quel biais agir. Si par exemple à travers mes livres l’opinion publique occidentale et notamment les Français comprennent ce qui se joue là-bas et font des pressions sur Poutine que, paraît-il, le gouvernement français adore... Que grâce à cela Poutine comprenne ce qui se trame, eh bien je considérerais que ma mission est accomplie. Je ne me fâche pas facilement, je suis une personne adulte et endurcie, tout ça ne compte pas. Ce qui compte, c’est qu’il faut arrêter cette guerre. [...] Tôt ou tard, il y aura un avenir, les temps changeront, il y aura une révision des événements de la seconde guerre tchétchène et je pense que mon travail aura joué un rôle et sera respecté."

En 2007, Stefano Massini crée la pièce Donna non rieducabile. Memorandum teatrale su Anna Politkovskaïa (Femme non- rééducable) adaptée à l’écran en 2009 par Felipe Cappa.

Traduite par Pietro Pizzuti et créée au Marni en avril 2010 dans une mise en scène de Michel Bernard avec Angelo Bison en autres, la pièce et la personnalité d’Anna Politkovskaïa continuent de fasciner le public.

http://www.theatrepoeme.be/programmation/femme-non-reeducable-memorandum-theatral-a-propos-de-anna-politkovskaia/

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C’est une version à deux qui est proposée aujourd’hui avec Andrea Hannecart. La pièce se présente comme un récit ?

Angelo Bison : Il y a eu une première version avec beaucoup de monde. Mais en Belgique, cela devient difficile à vendre. Le Poème 2 est une salle de grande proximité qui convient particulièrement à ce texte. Il ne s’agit pas de militantisme. Il s’agit d’un exposé des faits.

Ce texte, vous le défendez depuis 2010, avec la même passion, qu’est-ce qui vous motive ?

Angelo : Au-delà de l’acte qu’Anna Politkovskaia a osé, celui de donner sa vie pour la liberté d’expression, c’est encore une femme, ne l’oublions pas ! Une femme qui bouge. Le mouvement Me Too, je trouve cela formidable. Anna Politkovkaia a donné sa vie pour défendre la liberté, notre liberté. Encore récemment, on a vu Jamal Khashoggi, un éditorialiste du Washington Post se faire dissoudre dans de l’acide au consulat saoudien à Istanbul où il se rendait pour des démarches en vue de son mariage avec une Turque. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Anna Politkovskaia est Russe, pas Tchétchène et en étant Russe, elle ose dire que les Russes commettent des horreurs en Tchétchénie même si cela lui fait mal au cœur car c’est sa patrie.. Elle est considérée comme traître à sa patrie. Or, ce qu’elle dénonce, c’est le silence. Ce que je raconte dans ce spectacle, c’est le silence des politiques. Vous ne trouvez pas qu’en Arabie Saoudite après ce qui s’est passé, c‘est toujours le silence ? Vous avez vu Trump dire : «Maintenant, c’est terminé ! » ou la Belgique dire : « Nous ne leur vendrons plus jamais d’armes après l’acte qu’ils ont commis de dissoudre un journaliste » ? C’est de l’hypocrisie. Politkovskaia, elle dit : « Si nous acceptons cet état de choses, nous sommes complices ». Qui a dénoncé ce qui se passait en Tchétchénie ? Anna Politkovskaia. Et avez-vous vu des réactions de la part de l’Europe, de l’Italie de la Belgique, de la France ?

Une peur européenne des Russes ?

Angelo : Une peur européenne de ne plus faire des affaires avec les Russes, avec les Américains, avec l’Arabie Saoudite. Cela représente des millions et des centaines d’emplois et vous voulez qu’on supprime ces centaines d’emplois pour un journaliste qui a été dissout dans d’acide ?
J’ai envie de dire que ces gens qui se sont fait assassiner ont donné leur vie pour rien ! Car c’est un argument massue, les emplois. C’est le chantage abominable qu’on nous propose.
Je pense qu’il faut qu’il y ait des gens comme Anna Politkovskaia. Je suis pour une vraie révolution de la pensée, de notre façon d’agir et d’être au monde. Et les choses inacceptables, il ne faut jamais les accepter même au nom de la realpolitik.


Elle est journaliste aussi…

Angelo: Oui mais elle peut aussi s’en laver les mains comme Ponce Pilate ! Ce qui se passe en Italie avec Salvini, on peut le voir un peu partout. On essaye de bâillonner la presse. La Repubblica en Italie, on essaye de la faire taire complètement parce que c’est une boite dissidente. Les journalistes italiens ont de plus en plus de mal à s’exprimer au sein même de l’Europe sans parler des pays de l’Est et même en Belgique attention, on ne peut pas dire n’importe quoi en Belgique. C’est le danger et c’est ce que nous dit ce spectacle. Anna Politkovskaia va jusqu’au bout, elle va jusqu’à mourir alors qu’elle a des enfants et qu’elle sait très bien qu’elle va laisser tout cela et moi personnellement, je suis admiratif. Si on oublie trop vite, alors on a tout perdu. J’ai travaillé beaucoup de textes d’Ascanio Celestini qui nous parle de la mémoire. C’est facile d’oublier…

Michel Bernard, le texte de Massini vous l’avez réadapté pour ce spectacle ?

Michel Bernard : C’est le texte tel quel de Massini, traduit par Pietro Pizzuti qui a aussi traduit Lehman Trilogy du même auteur. On a juste réorganisé quelques passages et surtout on a demandé l’avis d’Aude Merlin qui est une spécialiste du Caucase et de la politique post-Union soviétique et aussi professeur à L’ULB et traductrice d’Anna Politkovskaia dont elle était une amie. Comme elle parle le russe couramment, elle a contrôlé le texte et donc on peut affirmer que tout ce qui est dit ici est la vérité. On a supprimé certaines affirmations dont elle a dit : « Je pense que c’est exact mais ce n’est pas prouvé. Donc si vous voulez être rigoureux dans votre travail, il faut les supprimer. »

Il n’y a pas d’apports de Massini aux textes de Politkovskaia ?

Michel Bernard : La grande difficulté avec Massini, c’est qu’il a une écriture très poétique et singulière. Tout matériau (interviews, vidéos, articles concernant Anna Politkovskaia, ou la Tchétchénie) sera transfiguré par sa propre écriture. C’est un problème qui peut poser quelques droits d’auteur. On est face à une matière dont on peut prouver les sources mais portée par une langue, par une ligne d’écriture. Chaque fois qu’il construit des séquences, il y a un cadre qui déborde de son écriture. Il ne se borne pas à rester journaliste, il sait que pour pouvoir travailler une séquence, il va devoir apporter une forme théâtrale, un rythme. Il met en poésie ce qu’Anna Politkovskaia a relaté et qui a été confirmé par Aude Merlin.

Angelo Bison, vous aimez cette salle du Poème 2 et vous préparez déjà un prochain spectacle que vous jouerez ici…

Angelo Bison : Ce sera une petite bombe. Un spectacle sur André Baillon, un auteur belge, qui s’appelle « Un homme si simple ». Un texte où il raconte sa confession à la Salpetrière. Baillon est marié avec Jeanne mais elle ne suffit plus alors arrive Claire qui n’est pas sa maîtresse mais son amie, sa muse. Et donc, il vit avec Jeanne et Claire qui a une petite fille de quatre ans. Mais la petite va grandir et soudain Baillon a des pulsions. Mais il est intelligent. Il ne nie pas les pulsions. Mais pour ne pas les assouvir, il va se faire interner. Il a écrit cinq confessions d’une beauté et d’une drôlerie… C’est un personnage fascinant.

Propos recueillis par Palmina Di Meo

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http://theatre-martyrs.be/saison-2018-19/un-pied-dans-le-paradis/A1834563-117B-4922-E240-C33BA0373CFA/

C’est du vrai théâtre que nous offre Virginie Thirion, celui qui a un goût de nostalgie et de bonheur, où les situations les plus sombres se colorent, où le délire se rit de la morale.

Pas de tristesse mais un appétit féroce de vivre dans le quotidien tragique de ces trois sœurs qui se retrouvent après une longue séparation dans la maison familiale que Madeleine l’aînée, n’a jamais quittée. Immeuble vétuste, cet ancien cinéma de quartier n’a pas survécu au passage du temps.
La joie des retrouvailles et les souvenirs d’une enfance heureuse ne suffisent pas à calmer les estomacs qui grondent après plusieurs jours de jeune. D’autant que l’expropriation est désormais imminente.

Soudées, les trois combinardes vont imaginer mille petites escroqueries qui leur permettent à peine de s’offrir un ou deux repas par semaine. Sans intention de faire du mal à quiconque, elles inventent les stratagèmes de survie les plus incohérents qui vont les conduire au plus macabre, bouffer du cadavre ! Arnaqueuses arnaquées, la fin justifie les moyens. C’est justement la créativité et l’imagination des petits escrocs qui a inspiré le thème de cette comédie douce-amère à Virginie Thirion.

Une pièce sombre sauvée par la tendresse, immense, contagieuse, héritée d’un Charlie Chaplin ou d’un Totò lorsqu’il vend la fontaine de Trévise aux touristes américains. Si elles touchent le fond, le fantasque et l'imaginaire les préservent du sordide.

C’est surtout un moment magique que nous passons avec ce trio hors pair que forment France Bastoen, Delphine Bibet et Laurence Warin. Une plongée microcosmique dans un monde à la dérive, où la joie de l’instant présent se moque de la misère. Une interprétation touchante avec un vague à l’âme un peu rétro et des références cinématographiques qui ouvrent la porte au rêve.

Palmina Di Meo

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