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C'est le printemps
Lysandre papillonne dans les rues de la ville
Une porte ouverte qui invite à entrer
Elle n'hésite pas
Et le temps s'arrête
C'est le printemps
Lysandre papillonne de tableau en tableau
Ses yeux caressent des sculptures aux reliefs doux et arrondis
L'artiste lui parle
Elle l'écoute
Lysandre parle peu
Elle sourit
Elle accepte le verre qu'il lui propose
Elle l'écoute encore
Dans les silences elle entend ce qu'il n'ose pas lui demander
Lysandre cultive le mystère
Elle parle peu
Elle sourit
Elle s'en va
Le temps la reprend
C'est le printemps
Lysandre papillonne dans les rues de la ville
Avec à son cou un pendentif aux reliefs doux et arrondis
Qui brille au soleil
Quand l'art vient vous cueillir
Et que l'artiste de ses émotions
Vous fait frémir du plaisir
D'apprécier sa belle passion
Et qui de son pinceau
En couleurs émulsionnées
Nous offre en cadeau
Devant nos yeux émerveillés
Ce camaïeu au ténébreux tempo
© Laurence Delattre, 2019 - LouMiss
Tanya Shatseva, peintre russe qualifiée surréaliste
Dont j'ai réalisé un art-mix vidéo sur une musique "Hoenix-élévation"
https://www.youtube.com/watch?v=ViV_VsgVDSc&list=PLASg6wUYZVJjMPlIQtRK-PzlcujSlsmFe&index=14&t=0s
Rien d'autre qu'une brèche
Un petit moment de trêve
Où aller à la pêche
Récupérer ses rêves...
Et les couleurs fleurissent
Egayant le décor...
Et les blessures guérissent
L'envie de dire: encore...
Joli bouquet d'espoir
Dans la grisaille du jour
Arriver à y croire
Vaut bien ce p'tit détour!
J.G.
Gronde , siffle , grêle le ciel en furie sur la Mitre à Toulon
"Je sais des cieux crevant en éclairs , et les trombes , et les ressacs et les courants" disait le poète
Je sais ce jour que le ciel est parfois effrayant dans l'azur de mes horizons dit AA
Huile sur carton 40X70 esquisse
"UNE PORTE OUVERTE SUR L'EGYPTE D'HIER"
C'est sous ce titre, évocateur de l'extrême richesse de cet ouvrage, que
La revue "ARCHEOLOGIA" nous fait l'honneur d'un superbe article sur l'album photo "ETIENNE DRIOTON ET L'EGYPTE" édité par les Editions Safran Bruxelles. Nous en remercions vivement la rédaction.
Bien que cette version ne soit pas une production théâtrale - il n'y a aucun décor terrifiant des portes de l’enfer, aucune chorégraphie, ni de fantomatique ballet de nonnes pécheresses, aucun costume du Moyen-Âge fantastique, ni de casques, épées ou chevaux de tournoi - le public des Bozar a été enchanté par cette magnifique version concertante. Evelino Pidò a dirigé les artistes avec fougue à travers les tempêtes sauvages de sentiments humains et le désir dévorant du pouvoir et des richesses qui peuple l'allégorie, jetant au passage une énorme pierre dans notre jardin!
Le contraste saisissant de la lourde musique chevaleresque mêlé à l’ambiance festive de chansons à boire, face aux lignes fluides et des valeurs spirituelles de l’amour courtois et du divin, a su émerveiller le public tout au long de la soirée. L'arme secrète, c'est sans doute la beauté de l’interprétation raffinée des deux femmes, Alice et Isabelle en particulier. La soprano colorature Lisette Oropesa, dans sa magnifique robe jaune safran imprimmée de grands coquelicots noirs, a chanté l'opéra avec vigueur et passion, d'un bout à l'autre, sans fatigue apparente, enchaînant aigus, graves et vocalises avec le plus grand naturel. La vision authentique de la bonté et de la lumière de l'amour était assortie d'une pureté de son extraordinaire. L'exquise soprano espagnole Yolanda Auyanet, dans le rôle d'Alice, faisait, elle aussi, preuve d'une capacité à couvrir les notes les plus graves et les plus hautes dans une émission de souffle continu et une projection de voix remarquable.Bref, du Bel Canto à l'italienne saisissant et une inébranlable patience dans l' argumentation visant à démanteler les stratagèmes des mécréants. Toutes deux, telles une armée de saintes femmes se trouvaient résolument engagées dans la lutte contre tout ce qui pouvait nous tirer vers le bas, projetant un faisceau de lumière au coeur des sombres violences du 13e siècle… et celles du nôtre, par la même occasion.
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Le stupéfiant ténor russe Dimitry Korczak, a assumé le rôle de Robert avec autant de vaillance et d’esprit qu’il pouvait en trouver, face à la figure implacable de l'incarnation de Méphistophélès. On l’imaginerait tout de même plus à sa place dans le rôle d’Orpheo et d’Eurydice. Robert le Diable est en fait un noble normand impénitent, assoiffé de pouvoir, d´or et de femmes, au génie diabolique hérité de son père, exilé en Sicile pour ses nombreux méfaits perpétrés dans sa ville natale. Heureusement que la rédemption par l'amour, on y croit!
On se souvienda aussi du remarquable Raimbaut (chanté par un gent troubadour, le ténor Julien Dran avec plein de soleil dans la voix) et au passage, on retient aussi la belle performance du ténor belge, Pierre Derhet, l'émissaire juvénile du prince de Grenade, chanté avec une superbe rondeur et une belle projection. Enfin, la belle élocution, la dynamique et la présence du choeur, hommes et femmes, préparé par Martino Faggiani, sont à couper le souffle, contribuant grandement à l´éblouissante réussite de cette soirée.
Bozar 02/05 April 2019
https://www.lamonnaie.be/fr/program/838-robert-le-diable
Direction/ EVELINO PIDÒ
Maîtrise des choeurs/ MARTINO FAGGIANI
Assistant musical/ JONATHAN SANTAGADA
ROBERT/ DMITRY KORCHAK
Bertram/ NICOLAS COURJAL
Raimbaut/ JULIEN DRAN
Alberti / Prêtre/ PATRICK BOLLEIRE
Isabelle/ LISETTE OROPESA
Alice/ YOLANDA AUYANET
Héraut / Maître de cérémonie/ PIERRE DERHET (MM Academy Laureate)
Dame d’honneur/ ANNELIES KERSTENS
Chevaliers/ MARC COULON, ALEJANDRO FONTÉ, DAMIEN PARMENTIER, RICHARD MOORE
Joueur/ GERARD LAVALLE
La Monnaie Symphony Orchestra and Chorus
MM Academy / Benoît Giaux
Production/ DE MUNT / LA MONNAIE
Co-presentation/ BOZAR MUSIC
Toi, petit grain de rien du tout
Du sable tu cherches la douceur...
Si vivre est une histoire de fou
Alors! Que faire de la rigueur?
Se perdra-t-elle avec le temps
Dans l'ombre des désillusions?
Ne restera-t-il simplement
Qu'envie de perdre la raison?
Alors, tu respires un grand coup!
Ton crayon roule sur le papier...
Tu ne vivras pas à genoux
La solitude est à défier!
Toi, petit grain de rien du tout
Tu as la sagesse des roseaux...
Tu sais que vent peut être doux
Qu'la joie peut coller à la peau!
J.G.
Et jamais le petit chat ne bouge
Elle reste là , le geste en suspend impassiblement figée , droite en son éternité
Depuis l'enfance , je regarde cette petite fille , le cadre est abîmé, mais les couleurs pastel sont toujours pastel , tel que le peintre Perronneau l'avait prévu à tout jamais
Je l’aime pour ses chaussettes
Et ses lunettes de secrétaire
Je l’aime avec sa fourrure de renard
Je l’aime sous l’arbre de ses charmes
Pour ses pigeons cachés
Le premier du mois
Et ses défauts dont elle ignore l‘éclat
Je l’aime un marteau
A la main
Je l’aime remplit de décision
A tout casser
A briser le béton
Et toutes les fréquences
Pour ne connaître que ses périodes
Et ses indispositions
A briser l’acier inquiet
A presser une pomme de terre
Pour lui offrir en diamant
Je l’aime à détourner les arts mineurs
Et lui présenter le fleuve Amour à ses pieds
Je l’aime pour le majeur cérébral
Qui rime avec mon clavier musical
Où s’écrit mon journal
Pour les fleurs qui jaillissent de terre
En germinal et lui offrir en floréal
Pour lui donner l’illusion d’être
Par un fou tout court imaginé
Désiré un premier avril
Jour du charme sous lequel elle brille
Je l’’aime, pour ses pieds ancrés
Dans l’argile de ses certitudes
D’où je suis exclu puisque je pleure
J’ai désormais le marteau et un filet
Belle sirène aux trois voyelles féminines
Je l’aime pour offenser ses instruments de mesures
Dont je suis le seul étalon
Vénus aux bras retrouvés déclare à ta cour
Que l’Amour se lève
Qu’il vient briser tes conventions
En pleine turbulence car
Je t’aime pour la fragilité qui tient le marteau
Et la quérulence de ton parti pris
Mépris permis dont les attributs
Couvrent la fragilité d’un fil de tungstène
Je t’aime puisque je te vole au vent admirable
Passionnément je te dérobe à la tempête
Intrépide. Je t’aime à te voler
Je t’aime à te voler
A te faire guili guili
Mozart à Rixensart
Pour «Balade Musicale à Rixensart», une association culturelle qui s’engage à apporter son soutien aux jeunes artistes, la musique est un art qui construit tous les autres. Sa 6ème saison s'achèvait jeudi soir avec un magnifique concert de Mozart donné à l'église Sainte-Sixte de Genval réunissant la fine fleur de 31 jeunes musiciens exceptionnels, issus pour la plupart de l'IMEP (Institut supérieur de musique et pédagogie).
Le programme a tout d’abord présenté quelques extraits des opéras de Mozart - Die Zauberflöte, Don Giovanni et Cosi fan tutte -, soulignant les talents vocaux des quatre jeunes solistes: Gianna Canete Gallo, Doris Brasseur, Pierre Derhet et Kamil Ben Hsaîn Lachiri. Le baryton belge Kamil Ben Hsaïn Lachiri, âgé de 25 ans, qui a chanté Papageno dans Die Zauberflöte en 2017 à Liège, a présenté au public un échantillon généreux et ludique de son talent de «Zauber», dit le magicien. Tout de suite après il enchaînait avec une belle interprétation de «Deh vieni alla finestra » de Don Giovanni posée sur un lit de gracieux pizzicati. Le baryton lisse et clair soutenait ensuite de façon magistrale les sopranos dans «Soave sia el vento». On se souvient également de son très remarqué Wagner dans «Faust» produit à l’Opéra de Liège au début 2019. Dans ces extraits, sa voix étonnante, chaleureuse, est bien charpentée et veloutée. Elle prend des douceurs de miel sauvage et fuse de façon merveilleusement sonnante parcourant une vaste palette de couleurs.
Puis vint la magnifique interprétation de l’opulente Messe en ut mineur de Mozart, K427. Cette messe aux sonorités baroques (Bach et Haendel) date de la dernière décennie de la vie de Mozart, ses années à Vienne. Bien qu'inachevée, elle est peut-être considérée comme l'expression même de la musique sacrée, car en elle, fleurissent la présence et la beauté, signe d'éternité.
Sous la direction de L’Ensemble Pizzicato, nous retrouvons Ayrton Desimpelaere, étoile montante. Parmi ses nombreux engagements en 2018-2019, il y a son brillant Matrimonio segreto (Cimarosa), le Don Quichotte de Massenet un opéra participatif pour les jeunes à l'Opéra Royal de Wallonie et, récemment, dans la même maison, il a même repris la direction d'Aïda en remplacement de Speranza Spaducci, portée malade. Les deux fois, l'ovation debout fut la réponse enthousiaste d'un public admiratif et reconnaissant. En une semaine, il avait fourni pas moins de 12 concerts! Que les étoiles continuent à le protéger!
Un réel accomplissement! Après l'entrée exquise des violons, Ayrton Desimpelaere a su construire une puissance dramatique cumulative. Celle-ci a rapidement transformé le «Kyrie» en un ensemble monumental, avec un chœur composé d'à peine 8 choristes. Le quatuor de solistes remarquablement naturels, a conféré à l'oeuvre Mozartienne une humanité débordante et une splendeur tranquille. La première soprano Gianna Canete Gallo a sondé sa vérité intérieure dans le "Christe Eleison" sans craindre une partition faite d'acrobaties vocales où elle a pu pleinement développer ses talents. «Laudamus te» chanté par Doris Brasseur distillait les nuances chaudes et lumineuses. Les deux sopranos ont donné toute leur énergie dans le «Dominus deus», un sommet dans les diverses phrases du Gloria. L'approche douce et aérienne du chef d'orchestre lui a fait fuir la moindre solennité ecclésiastique, à l'exception de la très sombre et pesante marche du "Qui tollis" qui porte toutes nos injustices. Il a livré le tout avec fluidité, dévouement extrême à la musique et secrète passion du sacré. Les différents «Miserere» fusionnés, semblaient venir de toute part, et traduire l'humble supplication autant que la noblesse de l'élévation. Un merveilleux équilibre sous-tendait le trio chantant le «Quoniam Tu solus sanctus». Bonheur céleste au sein d’une tempête d’émotions. Le timbre plein et robuste du ténor passionné Pierre Derhet, donnait à son inspiration une texture quasi vivante. On le verra très bientôt dans «Robert le diable» de Meyerbeer avec l’orchestre de la Monnaie à Bozar. La fugue finale était opulente, soutenue par un cor admirablement retentissant. Chaque musicien semblait prendre un plaisir intense à boire les gestes précis ou furtifs du jeune chef d’orchestre, réagissant dans la connivence des regards. ...De quoi rejoindre tour à tour, les rivages de l’infini.
Mais bien sûr, le cœur de l’œuvre réside dans le bouleversant «Et Incarnatus est» du Credo, avec sa ligne solo raffinée richement chantée par Gianna Canete Gallo, soutenue par la voix des vents si respectueux du mystère de l’être, conscients de la présence divine. Mais ce passage reflète tout autant la pureté du tendre amour d'une mère. C’est ainsi que fonctionne le chef-d’œuvre de Mozart: provoquer un goût bruissant d’éternité mêlé à une saisissante humanité. La perfection est dès lors rendue visible avec les yeux du coeur. Le «Benedictus» voit le quatuor en plein essor. Et l'orchestre et les choristes célèbrent ensemble la vie. Sous la houlette d'Ayrton Desimpelaere: la joie profonde qui sauve le monde, submerge les auditeurs autant que les artistes. "In nomine Domini" le "Benedictus" sera offert en Bis!
Concert du 28 mars 2019
Orchestre et choeur Pizzicato,
direction Ayrton Desimpelaere
Gianna Canete Gallo, Doris Brasseur, Pierre Derhet, Kamil Ben Hsain Lachiri
Grande Messe en ut de Mozart
Heure: 20h.
Lieu: Eglise Saint-Sixte (Genval).
Adresse: près du Centre Culturel, place communale
https://www.balademusicale-rixensart.be/

Autoportrait (Le grand colonel), 1945
La peinture comme un uppercut.
Siqueiros, dit El Coronelazo, comme ses coreligionnaires Rivera et Orozco, fit de la Révolution politique une révolution plastique.
David Alfaro Siqueiros (Chihuahua, 1896-Cuernavaca, 1974), le plus radical, le plus singulier, le plus novateur, expérimentant les possibilités du « hasard contrôlé », coulures, éclaboussures… « Siqueiros dépasse les limites étroites du tableau ; ce n’est plus une dimension statique, mais une surface dynamique. », Octavio Paz. Une leçon, comme un prélude à l’expressionnisme abstrait informel, que retiendront les adeptes de l’action painting, Pollock en tête.
C’est aussi le plus politique, fustigeant comme il dit « l’individualisme bourgeois » et « l’art des cénacles ultra-intellectuels ». Et, bien qu’il « répudi[ât] la peinture dite de chevalet » pour « exalt[er] les manifestations de l’art monumental », c’est pourtant bien son travail d’atelier auquel nous nous attacherons ici.
Portrait de María Asúnsolo enfant
(pyroxyline sur masonite, 1935)
María Luisa Asúnsolo Morand (1904-1999) fut une galeriste mexicaine qui travailla à la promotion de l’art de son pays, elle était la cousine germaine de la célèbre actrice Dolores Asúnsolo Lόpez Negrete (1904-1983), plus connue sous son nom de scène, Dolores del Río. Voilà pour les potins.
Octavio Paz, prix Nobel de littérature en 1990, n’a pourtant pas toujours été tendre pour le muralisme en général et Siqueiros en particulier, qu’il dépeint en « artiste réfractaire dirigé par un imprésario napolitain, le tout sous le patronage spirituel d’un théologien obtus. » Trop idéologue, manichéen et théâtral. Pour autant il affirme que « son univers est celui des contrastes : matière et esprit, affirmation et négation, mouvement et stagnation. » Mais reconnait surtout « le peintre de chevalet, qui est peut-être le meilleur Siqueiros. »
Portrait de María Asúnsolo descendant l’escalier
(duco sur contreplaqué)
En l’occurrence le fervent tiers-mondiste put se montrer mondain.
Quoi qu’il en soit, l’homme Siqueiros par sa peinture, un cri autant qu’un coup de poing, se voulut d’utilité publique afin de dessiller les yeux du peuple, d’éveiller les consciences. L’art en tant qu’acte politique. La politique acte artistique.
(lithographie, 1931)
(photo captée sur le net)
Activiste, militant de toujours, il participa à tous les combats, de la Révolution mexicaine à la guerre civile espagnole, où il se battit aux cotés des Républicains.
(huile, 1958)
Etude pour la fresque « Du porfirisme à la Révolution ».
Siqueiros sera ainsi le chantre d’un renouveau « héroïque et populaire » de la peinture mexicaine :
Pendant la Grande Dépression des années trente aux Etats-Unis, Orozco, Rivera, Siqueiros exercèrent une forte influence sur les peintres nord-américains qui dénoncèrent les abus du capitalisme, avec son lot d’endettement et de chômage, sur les exclus autant que le racisme ambiant. Le peintre Joe Jones (1909-1963) notamment donna des cours d’arts plastiques aux chômeurs et réalisa une fresque contestataire, Social Protest in Old Saint Louis, aujourd’hui détruite, comme le fut celle, L’homme au carrefour, peinte par Diego Rivera pour le Rockfeller Center, où figurait un portrait de Lénine. Ainsi les murs fleurissaient tandis que mûrissaient les raisins de la colère.
« Pour David Alfaro Siqueiros, tout est lumières et ombres, mouvement et contraste. », Octavio Paz.
Il est également significatif à cet égard que Pollock, Jackson the driper, qui imprime dans son propre mouvement la rupture avec les moyens traditionnels de la peinture, fut aussi bien l’élève de l’américain Thomas Hart Benton (1889-1975), un peintre « régionaliste » bien ancré dans la réalité sociale, que du mexicain David Alfaro Siqueiros. Même s’il faut reconnaître que Pollock s’intéressait plus aux techniques picturales propres à la fresque et aux nouveaux supports qu’au message véhiculé.
D’autres « régionalistes » américains affirmeront leur identité nationale à l’instar de leurs confrères mexicains, tels Grant Wood (1891-1942) ou de Ben Shahn (1898-1969), qui travailla avec Diego Rivera et écrivit que « L’école française n’est pas pour moi. »
De même, rompant avec leur politique isolationniste, les Etats-Unis entrent en guerre le 6 avril 1917. Anarchistes, pacifistes, artistes se réfugient au Mexique. Le peintre réaliste américain George Bellows (1882-1925) déclara « Bénis soient les pacifistes. »
Une influence sur les muralistes qui n’est certainement pas non plus à négliger, même si les historiens d’art semblent ignorer cette piste.
Toujours aux Etats-Unis, dans le contexte social de la ségrégation, des artistes afro-américains du mouvement « Harlem Renaissance », comme Aaron Douglas (1899-1979), avec sa fresque « Aspects of the Negro Life » (1934), Romare Bearden (1911-1988) et sa série la « Grande Migration » sur l’exode des Noirs vers le Nord, ou Jacob Lawrence (1917-2000) dans « The Block », s’empareront de ce moyen d’expression pour dénoncer les conditions de vie des Noirs américains et avancer leurs revendications.
Sans omettre non plus, parmi les pionniers, le muraliste français et très chicano Jean Charlot (1898-1979) qui s’installa au Mexique en 1922, où il collabora avec Rivera, Orozco et Siqueiros. Fernand Léger (1881-1955), Albert Gleizes (1881-1953), Robert Delaunay (1885-1941), furent également sensibles au mouvement muraliste.
La danse des Malinches
(huile sur toile, 1926)
En Belgique, Siqueiros fit d’autres émules avec Edmond Dubrunfaut (1920-2007) et Roger Somville (1923-2014) qui fondèrent, avec Louis Deltour (1927-1998), le groupe « Forces murales » en 1947.
Difficile d’ignorer également la rivalité entre Siqueiros et Rufino Tamayo. Ce dernier étant considéré par certains comme le véritable troisième « Grand », en tout cas adoubé comme tel par André Breton. Pour le moins « un des jalons les plus précieux de la peinture universelle de notre temps comme de l’histoire de l’art mexicain » selon Octavio Paz. « Une réponse personnelle et spontanée à la réalité de notre époque. » Ce que Siqueiros ne pouvait plus être, « Une réponse, un exorcisme, une transfiguration. »
Mais le « pape du surréalisme » pouvait être contesté, quand bien même ils étaient excommuniés, par quelques autres surréalistes… Et Siqueiros honni, banni, au cri de « A l’assassin ! »
Les uns, marxistes-léninistes orthodoxes, ou pis staliniens, prenant fait et cause pour Siqueiros, tels Louis Aragon ou Paul Eluard. Les autres, trotskistes convaincus, le vilipendent et soutiennent mordicus Tamayo, comme Breton ou Benjamin Péret.
Il faut dire que Siqueiros fut accusé d’avoir tué Trotski le 20 août 1940 et qu’il dut s’exiler au Chili pour cela. Par procuration peut-être (le véritable assassin étant Ramón Mercader, un agent du NKVD), complicité sûrement, voire le principal instigateur (malgré son alibi, « Guépéou ? J’étais pas là ! »), l’homme engagé étant tout de même impulsif et vindicatif, stalinien convaincu.
Mais au sein du groupe surréaliste, on n’avait pas attendu cela pour se chamailler à tout propos. Coups d’ergots, bataille d’égos, vaines querelles, chapelles.
Interminables controverses… « Haro ! » ou « Hourra ! », pour moi, le débat est ici clos.
Oaxaca, 1899-Mexico, 1991
Deux personnages avec un oiseau
(huile sur toile, 1960)
Il est libre l'oiseau...
Cependant une nouvelle série vous attend avec : Femmes, fières et Mexicaines ! Dont le premier volet, consacré à Frida Kahlo, est déjà disponible :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/femmes-fi-res-et-mexicaines-1-re-partie-frida-kahlo
Une rétrospective de mes précédents billets est accessible, avec notamment les deux autres des Tres Grandes, Rivera et Orozco :
İ Que viva Mexico ! Pour une présentation générale de la peinture mexicaine contemporaine:
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/los-tres-grandes-rive...
Diego Rivera :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/diego-rivera-los-tres...
José Clemente Orozco :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/jos-clemente-orozco-los-tres-grandes-3e-partie
Michel Lansardière (texte et photos)
Mardi 26 mars, 19h - à quelques minutes près -, début de la dix-huitième rencontre littéraire réunissant à l'Espace Art Gallery trois écrivains reconnus autour d'une table. La roue tourne, le métronome enclenché, le bon tempo trouvé ceci sous la houlette de Gérard Adam, auteur et éditeur, Robert Paul, initiateur des Rencontres et fondateur du réseau Arts et Lettres, et Jerry Delfosse, directeur de la galerie, le thème autour duquel nous voyageons ce soir: "Musiques rêvées"! Piano, piano...
Philologue romane et hispanique (ULB), une enfance vécue au plus près de la terre, Michelle Fourez nous présente son roman "Adrienne ne m'a pas écrit" au sujet duquel l'on se demande bien vite comment va évoluer la narration. L'auteure n'est point musicienne mais malgré tout grande mélomane.
Auteur de poèmes, de romans et de nouvelles, titulaire des prix Nicole Houssa et Franz De Wever, Carino Bucciarelli a travaillé dans l'enseignement technique et professionnel et il nous parle quant à lui de son roman "Mon hôte s'appelait Mal Waldron", le réalisme magique et l'acte d'écrire sur le devant de la scène. Carino écoute tous les genres musicaux qu'il avale littéralement.
Ecrivain, peintre, ex-rédactrice au ministère de la Défense nationale à Bruxelles, Monique Thomassettie nous évoque ce soir son conte romanesque "Au tendre matin d'une éternité"; y fusionnent réel et imaginaire, contemplation et judicieuses réflexions. Pour Monique, la musique est un art complet qui nous parle, nous porte, nous capte, nous prend qu'il s'agisse de Beethoven, de Mozart, de Schubert ou de tout autre musicien inspiré.
"Adrienne ne m'a pas écrit": deux personnages, Friedrich et Adrienne, deux vies meurtries, une rencontre ponctuelle et ses suites mais soudain Adrienne fuit au retour de Friedrich à Bruxelles. Vers la nature. L'éloge de la solitude bien vécue pour en finale une meilleure réalisation de soi-même? La musique est extrêmement présente dans le roman, l'auteure posée, aimable, la voix porteuse et bienveillante. Piano, piano...
"Mon hôte s'appelait Mal Waldron": de l'insolite dès le début, un ouvrage qui s'est concrétisé au bout de plus d'une décennie sans prendre la plume, de curieux personnages parfois bien étranges dont notamment un poète japonais charismatique, Isaac Newton himself et une jeune fille de douze ans aux apparitions récurrentes, de nombreux doutes investissant des personnages aux pensées mouvantes, errances, digressions et jeux de miroirs au menu autour des thèmes du double et de la dépersonnalisation. Carino Bucciarelli s'exprime lui aussi avec bienveillance et clarté, maintenant bien le tempo. Piano, piano...
"Au tendre matin d'une éternité": un conte imaginaire issu d'une expérience vécue par l'auteure il y a près de quinze ans... Piano émotion, une dimension d'images et de symboles manifeste, deux personnages réels, d'autres nés de visions musicales, une Monique Thomassettie touchante dont le discours, ses mots, nous parle, nous capte, nous porte, nous prend. Piano, piano...
Mais est-il possible de mettre des mots sur la musique? Des mots pouvant refléter l'émoi qu'elle éveille en nous? Non, nous affirme l'une; Difficile, nous fait supposer l'autre; possible, nous apprend la troisième voix. Une soirée littéraire comparable à ces Schubertiades du début du dix-neuvième, avec des personnalités attachantes, hors normes, et en point d'orgue une belle acclamation, Gérard Adam inclus. Ne manquait peut-être qu'un piano droit ou à queue dans la galerie...
On peut s'habiller en gris
Lorsqu'au ciel le soleil luit
Et rechercher la couleur
Quand il n'est plus que langueur...
Mais, il n'y a pas de code
Ce serait pourtant commode!
Pour simplement être bien
Sauvegarder quelques liens...
Quand entre soleil et lune
Mémoire, douleur ne font qu'une
Malgré sens du ridicule
Notre humanité bascule!
Pour s'assortir à nos bleus
Faudra s'habiller en... bleu!
Et puis enfuir nos soupirs
Sous la douceur d'un sourire...
J.G.
Un drapeau à la Comédie Claude Volter: Le droit des enfants selon Korczak
Mars 27, 2019
« Le fait que Korczak ait volontairement renoncé à sa vie pour ses convictions parle pour la grandeur de l’homme. Mais cela est sans importance comparé à la force de son message. » Bruno Bettelheim
« Korczak la tête haute « est une création de Jean-Claude Idée pour l’Atelier Théâtre Jean Vilar, jouée au Théâtre de Blocry du 12 février au 02 mars dernier, actuellement à la Comédie Claude Volter. Il en signe également les costumes et la mise en scène. On ne peut s’empêcher de penser au film de Polanski (2002) “The Pianist” mettant en scène Wladyslaw Szpilman le musicien juif qui survécu dans le ghetto de Varsovie, grâce à l’amitié d’un officier allemand qui ne partageait pas les idées nazies. Dans son autobiographie, il raconte que le 5 août 1942 Korczak: « …dit aux orphelins qu’ils allaient à la campagne, alors ils devraient être gais. Enfin, ils pourraient échanger les horribles murailles suffocantes contre des prés de fleurs, des ruisseaux où ils pourraient se baigner, des bois pleins de baies et de champignons. Il leur a dit de porter leurs plus beaux vêtements et ils sont donc entrés dans la cour deux par deux, bien habillés et de bonne humeur. La petite colonne était dirigée par un SS … » La tête haute!

Le décor allie une bouteille de vodka à moitié vide, cachée sous un lit, une maigre couverture militaire, trois chaises de fer autour d’une table où l’on voit Korczak en train d’écrire. Un rosier blanc en pot trône sur l’avant- scène, tout un symbole. Près du lit, un quignon de pain et un broc d’eau… pour le rosier. Le reste est muraille nue et enfermement. Au début, un long silence profond et inconfortable accompagne le défilé dérisoire de vieilles photos d’une vie de Juste, projetée sur l’écran du mur. Le réel est tragique. Le théâtre transcende et donne du sens. C’est le propos illustré par la pièce.

Il en a fait couler de l’encre et des larmes, ce vénérable médecin juif, pédiatre, éducateur et écrivain polonais qui a inspiré des pédagogues tels que Célestin Freinet et bien d’autres. Summerhill? Françoise Dolto? Boris Cyrulnik? Enfant d’une famille aisée, ses seuls confidents jusqu’à l’âge de 14 ans, étaient sa grand-mère et son canari en cage. De son lycée russe où il s’ennuyait atrocement, il retient les coups de fouet et l’absence totale de respect pour l’enfant. Son père atteint de folie doit être interné, il subvient aux besoins de la famille en devenant précepteur. Il se réfugie dans l’imaginaire et tient un journal. Après le suicide de son père il consacre son premier livre aux enfants de la rue. Son livre « Les enfants de salon » le rend célèbre. Il publie de la littérature enfantine très appréciée. Jeune médecin, il se retrouve en 1905 au front dans une première guerre qui oppose Russie et Japon. Il en vivra trois. En 1907, son ouvrage « Colonie de vacances » consigne ses récits et expériences de volontaire brillant et avisé comme éducateur dans les premières colonies de vacances du siècle pour enfants pauvres. « Pour changer le monde, il faut changer l’éducation. » L’auteur y relate ses surprises et ses déconvenues pour parvenir à s’entendre avec les enfants et à les aider à surmonter leurs appréhensions et leur violence. Il vit des moments pédagogiques fondateurs du métier d’éducateur et de sa future pratique pédagogique qui invente l’autogestion. « C’est au cours de ces promenades en forêt que j’ai appris à parler non pas aux enfants mais avec les enfants! ». Tout est dit. Il sera le fondateur des droits et du respect de l’enfant et mourra avec eux dans la dignité, à Treblinka. Ses écrits sont à la base de la Déclaration Universelle des Droits de l’Enfant à l’ONU.

Alexandre von Sivers épouse parfaitement le rôle bouleversant de l’humaniste qui fonda en 1912 le Dom Sierot un orphelinat pour enfants pauvres et auquel il consacra sa vie entière. Malgré la précarité de divers déménagements jusque dans l’enfer du ghetto, il établit une « république des enfants » basée sur la « création d’environnement, d’atmosphère, de conditions positives… qui affectent l’éducation ». Par sa manière d’être, son optimisme affiché et sa bienveillance innée, Alexandre von Sivers contourne avec tact les écueils de la représentation sur scène de projets pédagogiques d’une part, d’idées philosophiques et de théorisation des droits de l’enfant de l’autre. Le comédien manie l’humour, ce chemin scintillant vers l’autre, la dérision, le chemin hors de soi, et incarne avec pragmatisme le rêve d’une société enfin meilleure. Il convainc par la délicatesse alors que l’enfer du ghetto de Varsovie porte au désespoir, voire, à l’autodestruction. Ce sont surtout les paroles de la jeune Esther Winogron qui couronnent cette œuvre palpitante de Jean-Claude Idée que l’on emporte avec soi, comme elle le fait dans l’histoire, sous forme de flambeau ou de viatique:
« Mes enfants, nous allons nous quitter. Les paroles sont faibles pour dire les grandes émotions. Ici, à part le gîte et le couvert, en principe, nous ne donnons rien aux orphelins.
Ni Dieu, car vous devez le chercher en vous-même,
Ni Patrie, car vous devez la choisir avec votre pensée et votre coeur,
Ni Amour, car l’amour est pardon, et le pardon ne vient pas sans peine, et cette peine, vous seul pouvez la prendre, pour vous libérer de la rancune.
Nous avons seulement essayé de vous faire entrevoir que le bonheur est possible,
Nous vous avons donné soif d’une vie meilleure qui n’existe pas encore, mais qui existera un jour.
Cette soif de savoir, de vérité et de justice, désormais vous la portez en vous.
Et c’est cette soif qui vous conduira peut-être à Dieu, à la Patrie, à l’Amour et au bonheur.
C’est du moins ce que je vous souhaite. »
Aux côtés de Janusz, la fidèle Stefania Wilczynska (1886-1942), sa collaboratrice pendant trente ans, évoque les souvenirs du passé. La jeune et rebelle institutrice Esther représente la fureur de vivre et l’horizon du futur. Deux points de vue opposés, mais qui se rejoignent dans l’amour entêté, la confiance et l’admiration qu’elles lui portent. Soulignons le jeu tendre et délicat de la vieille complice de Janusz Korczak, admirablement porté par par Cécile Van SNICK, et celui, plus sauvage et intransigeant dans le rôle d’Esther de la pétulante Stéphanie MORIAU.
Avec Alexandre von SIVERS, Cécile Van SNICK & Stéphanie MORIAU
Mise en scène, Décors, Costumes : Jean-Claude IDÉE
Représentations du 13 au dimanche 31 mars 2019
du Mardi au Samedi à 20h15 / Dimanche à 16h
Une coproduction de L’Atelier Théâtre Jean Vilar, de la Comédie Claude Volter et de DC&J Création
Le bonheur...
C'est oublier quelques instants
La mortalité des sentiments...
C'est penser à l'offrir
Oublier de le recevoir...
Se libérer d'la souffrance
Et sombrer...
Dans un sourire!
J.G.

