Publications en exclusivité (3151)
...De et avec Christian Dalimier
D'abord à la Samaritaine (Bruxelles) du mardi 2 au 13 février
Avec Laurence Warin / Mise en scène : Emmanuelle Mathieu / Scénographie : Maurice Van den Broek
Ensuite: du 18 au 27 février 2016
Au Théâtre Jardin-Passion
r. Marie-Henriette, 39 5000 Namur
Ripailles un peu « grasses »
« Entre deux verres », un premier travail sur la subtilité et la délicatesse fut créé à La Samaritaine nous rappelle Huguette, la grande ordonnatrice des lieux. Et nous revoici, entre deux bières, pour venir applaudir le nouveau spectacle de Christian Dalamier : « Ripaille », une proposition qui ne manque ni de sel ni de piment.
Déjà les papilles gustatives se réveillent. Car il s’agit, on s’en doute, de faire le tour des saveurs, parfums et épices, de tous ce que l’on peut se mettre sur et sous la langue. Il s’agit même de très belle langue, quand on en vient à cette merveilleuse interprétation de la Madeleine de Proust. Applaudissements nourris - si l’on peut dire – car la diction est belle, la voix s’est posée enfin avec douceur, plus l’ombre d’une hésitation, les poses pleines d’expectative gustative et littéraire font battre le cœur. « Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »
Le spectacle a de la tenue, du rythme et de l’inventivité. Les comédiens jouent une belle complicité et se font des surprises. On ouvre un tiroir et hop voilà des bribes de Tchékhov, deux tabliers rouge, du beure de ferme, des luttes conjugales, et un soupçon de jalousie maladive. « C’est bon un peu de douceur » mélancolise la belle. Et de se mettre aux fourneaux pour créer une saveur inégalée! Comment mieux mettre les gens dans d’excellentes dispositions? Mmmh ! Elle sait qu’en faisant griller du cramique dans un appartement, on le vend dans l’heure!
Les deux compères, le professeur et sa maîtresse - journaliste mémère et tendre - , se pourlèchent les babines devant des mangues citronnées sur lit de …basilic? On ne vous en dira pas plus. Le spectacle a de quoi ébaudir presque jusqu’au bout entre bonne chère et plaisirs de la chair. Il balaie large, faisant feu de toute gastronomie. Seul le chapitre «ripaille(s) » proprement dit, nous a donné quelque indigestion. « Ripaille » sans ripaille aurait été fort bien comme cela, laissé à l’état brut! Trop d’ingrédients nuit à l’omelette, même à celle de la mère Poulard ! On ne la reconnaît plus. Ainsi le titre "Les très joyeuses histoires de Mmmh..." nous aurait mieux convenu, mais de gustibus non est disputandum! Ce n’est pas que nous ne causions pas Pirlouit wallon, c’est que la série d’accessoires plutôt vulgaires et criards, fouets et entonnoirs, faisait un peu coup de poing dans le décor d’une soirée qui voulait butiner les sensations et les souvenirs littéraires, de la framboise à la fine fleur d’oranger.
Hommage à Beethoven
Une aquarelle d'Adyne Gohy
inspirée
par un poème de
Raymond Martin
Pêle-Mêle
Un errant hérétique chemine son destin futur
Chaussé d'injustices, vêtu de calomnies hideuses, regarde Montségur.
Acre, non venue, la pomme blette menue
Chut dans la main d'un moine gras et velu.
Ciboire argenté à l'aspect d'un grimoire,
Taquine la bigote au regard plein d'espoir.
Le frêle esquif, souffreteux et chétif s'évanouit
Dans la chaleur vibrante de l'azur infini.
Quaternaire, binaire, centenaire ou ternaire,
L'ère évolue et l'ours pépère a perdu ses repères.
Des champs de blé aux chants du geai, chantonne
Le vent fougueux vers le ciel qui moutonne.
Qu'importe le déluge pourvu qu'on ait l'ivresse
Du sang, par le cep planté en signe d'allégresse.
Une vieille femme décharnée, courbée sous son fagot
Songe au bienfaisant fumet de son prochain fricot.
Soleil, foyer solaire plébiscite des dieux,
Ecrase le désert de ses traits rigoureux.
Un chaland nonchalant opine du chef
Au toucher de la gemme inondée de scintillants reliefs.
L'Italie tarentelle au pied du boutonneux Vésuve,
Chauffée au chianti dont on hume les effluves.
Blanches, noires, touches effleurées par les doigts effilés
De mains volontaires pour sonates affirmées,
Pathétique au tempo décidé, funèbre pour prince mécène,
Résonance des opus d'un génie sans limite : Beethoven.
Le flûtiste à la flûte de pan, chapeau à plume,
Egrène ses triolets en cherchant fortune.
Chapeau à plume ou chapeau de paille,
Ventre affamé quémande ripaille.
Vertige ! Voici que frissonne
Le minois bien né
A l'allure polissonne
De Mademoiselle Mallarmé.
Temple du temps qu'un seul soupire résume,
S'évanouit l'amour au-delà de l'écume.
Cette*, antique, parée pour l'infini
Des fols émois marins de Valéry.
Raymond MARTIN
* ancienne orthographe de la ville de Sète
Un partenariat d'
Arts
La poésie
Est graine de vie...
Musique agile
Langueur subtile...
Elle chante en moi
Recrée l'émoi...
Le rêve bleu
Le doux aveu!
Si les mots pensent
Avec cadence
Alors on peut
Se sentir mieux!
Quand jour se lève
Si plein de sève
Un potentiel
Regarde le ciel!
Même s'il est vide
Et moi timide...
Plus de rejet
Aucun regret!
La poésie
Est graine d'envie...
J.G.
« On pouvait se croire revenu au XVIIIe siècle, sous le règne du grand maharajah Jai Singh II, fondateur de la ville moderne de Jaipur, qui était réputé pour la splendeur de sa cour et la sagesse de son gouvernement. »,
Guyatri Devi,
qui fut la dernière maharani de Jaipur.
L’observatoire de Jaipur n’est pas le premier bien sûr. J’ai déjà évoqué celui de Tycho Brahé sur l’île de Hven, construit en 1576. Si celui-ci a disparu, il reste la Tour ronde (Rundetårn) Copenhague, conçue en 1642 sous Christian IV. Plus loin dans le temps, Hipparque (ca 190-120 av. J.-C.) choisit l’île de Rhodes pour le sien.
La culture arabe, à l’acmé de son rayonnement, en construit à Damas, à Bagdad, aux IXe-Xe siècles, à Maragha en Perse en 1260, à Samarkand en 1420, la tour Galata à Istanbul, au Caire, à Cordoue, Tolède…
Beaucoup d’étoiles tiennent leurs noms de cette origine, comme Aldébaran, Altaïr, Bételgeuse… Bon, les énumérations al-Sufi*.
« Mais savez-vous ce qui rend Vénus si jolie de loin ?
C’est qu’elle est fort affreuse de près.
On a vu avec les lunettes d’approche que ce n’était qu’un amas de montagnes beaucoup plus hautes que les nôtres, fort pointues et apparemment fort sèches ;
et, par cette disposition, la surface d’une planète est la plus propre qu’il se puisse à renvoyer la lumière avec beaucoup plus d’éclat et de vivacité. »
Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686.
Pluralité des mondes, voilà un concept qui me plait. Revenons donc à Jaipur. Son observatoire historique n’est pas davantage le plus vieil actif. Le plus ancien observatoire actuel, toujours en activité, est celui de Paris. Il date de 1667.
Ce n’est pas non plus le seul construit par Jai Singh II. Il entreprit d’abord de bâtir celui de Delhi en 1724, puis déménagea sa capitale d’Amber à Jaipur, avant de faire élever les observatoires de Vârânasî, Ujjain et Mathura. Néanmoins celui de Jaipur est le plus important et le mieux préservé.
Pour l’heure, nous avons rendez-vous avec Vénus, celle qui apporte la paix des Planètes de Gustav Holst (1874-1934).
Sept planètes pour sept notes, une gamme de couleurs pour sept cycles tonaux (cycles tonanux, c'est redondant, non ?).
Création d'un monde, univers parfait et harmonieux, équilibre de la musique des sphères.
https://artsrtlettres.ning.com/video/holst-venus-from-the-planets-suite
Vénus, l’étoile du Matin, l’étoile du Soir, sera donc notre Berger.
La Tour ronde (1642) à Copenhague
abritait un observatoire astronomique à 35 mètres de haut…
… et sa rampe hélicoïdale
qui permettait d’y acheminer les instruments astronomiques :
Mais revenons à notre observatoire de Jaipur, avec le :
Narivalaya yantra :
Son gnomon pointe vers le pôle, sa circonférence graduée en ghatis (heures) et palas (minutes). Il détermine la position du soleil et donne l’heure locale et l’heure indienne. Ou comment être clair tout en maniant la parabole.
Jai Prakash yantra :
Son invention est due à Jai lui-même. Deux coupes hémisphériques de marbre blanc de 5,5 mètres de diamètre chacune figurent les hémisphères célestes et sont utilisées alternativement d’heure en heure.
Un anneau métallique est tendu en leurs centres, l’ombre y passant permet de calculer l’azimut, le méridien, la distance du zénith, la déclinaison et la longitude du soleil… Impressionnant, même si je n’y entends rien. Mais assurément un des objets les plus beaux et des plus intrigants, tout de marbre blanc.
Et d’une beauté lactée. Séléné se baignant dans l’océan intergalactique…
Et, au clair de la lune, à Jaipur le soir, il suffit de s’installer dans la conque pour faire ses observations célestes nocturnes. Et chercher fortune.
Brihat Samrat yantra :
Un cadran solaire géant ! Un triangle rectangle de 44 mètres de base, s’élevant à 27 mètres de haut à 27°. Et deux cadrans de 15 mètres gradués en heures, minutes, secondes donnant l’heure précise à la demi-seconde près ! Pas sûr que votre réveille-matin soit aussi exact. Ni votre montre à quartz aussi performante, puisqu’on obtient aussi la distance au zénith, la déclinaison et la distance des astres de jour comme de nuit. Une autre structure similaire, le Laghu Samrat yantra (décrit dans la seconde partie de cet article), existe sur le site qui permet de déterminer l’heure solaire.
En juin-juillet il permet toujours de prédire si la mousson sera favorable ou non à de bonnes récoltes ou que la disette s’annonce.
Sawai Jai Singh II en grande conversation avec les émissaires portugais,
le père Figueiredo et Xavier de Silva (miniature indienne)
A la même époque, Louis XIV se piquait également d'astronomie, sans toutefois les mêmes compétences que Jai Singh II.
"Le Roi vouloit qu'on choifit quelques astronomes de l'Académie royale des sciences pour aller obferver à Marli en sa présence l'éclipse du Soleil" (1706)
Aimant cependant à observer la danse des astres autour du Soleil, convoquant les Cassini de père en fils et neveu Maraldi, La Hire ou, plus tard, Lemonnier, sous le règne de Louis XV qui reprit cette même manie.
"Le 24 octobre, j'eus l'honneur de faire voir au Roi et à la cour la Comète",
Maraldi, 1724
"La présence de Sa Majesté qui a désiré voir Vénus plusieurs fois ]...[
n'a pas peu contribué au succès de toutes les déterminations." (1761)
Mais il est temps, je vous laisse au pied de cette fantastique rampe de lancement.
Dans mon Objectif Lune, j’ai à coup sûr commis des erreurs et approximations que vous voudrez bien pardonner. Mais, pour reprendre Fontenelle que je ne suis pas tout en le paraphrasant un peu, excusez du peu…
« Je dois avertir ceux qui ]qui auront lu mon billet[, et qui ont quelque connaissance de la physique, que je n’ai point du tout prétendu les instruire mais seulement les divertir en leur présentant d’une manière un peu plus agréable et un peu plus égayée de qu’ils savent déjà plus solidement ; et j’avertis ceux pour qui ces matières sont nouvelles que j’ai cru pouvoir les instruire et les divertir tout ensemble. »
De même, les puristes voudont bien pardonner les traits d'humour :
quand le sujet est aride, je déride.
Mais peut-être cet extraordinaire site inspirera-t-il à un artiste sa Nuit étoilée.
Van Gogh, passionné d’astronomie, fut sollicité par Camille Flammarion qui devait superviser l’installation du pavillon d’astronomie pour l’Exposition universelle de 1889.
https://artsrtlettres.ning.com/video/van-gogh-et-sa-nuit-toil-e-par-jean-pierre-luminet
« Et dans le nombre des études, il y en aura, j’espère, qui soient des tableaux.
Pour le Ciel étoilé, j’espère bien le peindre
et peut-être serai-je un de ces soirs dans le même champ labouré,
si le ciel est bien étincelant. »
Henri Dutilleux (1916-2013), à son tour, s’en inspira pour sa symphonie (pas une bourrée) Timbres, espace, mouvement.
Détail d’un globe céleste du XVIe siècle.
Travail du Lombard Giovanni Antonio Vanosino de Varèse (1535-1593)
Quant à Edgard Varèse (1883-1965), c’est à l’Astronomie hermétique de Paracelse (1493-1541 ; de son irrésistible véritable nom Philippus Theophrastus Bombastus van Hohenhein) qu’il se référa pour composer Arcana.
https://artsrtlettres.ning.com/video/edgard-varese-arcana-1926-1927-revised-1960
« Une étoile existe plus que tout le reste.
Celle-ci est l’étoile de l’Apocalypse.
La deuxième est celle de l’ascendant.
La troisième est celle des éléments qui sont quatre.
Outre celles-ci, il y a encore une autre étoile,
l’imagination
qui donne naissance à une nouvelle étoile
et à un nouveau ciel. »
A vous donc !
* Abn al-Rahman al-Sufi, dit parfois Azophi sous nos latitudes, l'astronome persan à qui on doit cette nomenclature et en l'honneur duquel on baptisa, si on permet le mot, un cratère lunaire.
Michel Lansardière (texte et photos)
Si vous souhaitez voir ou revoir la première partie de cet article, une présentation générale du site de Jantar Mantar, cliquez ci-dessous :
Ou, pour une présentation détaillée des différents instruments astronomiques, vous pouvez retrouver la première partie ici :
https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/les-instruments-du-maharadja-jantar-mantar-2-3
Propos en hommage affectueux et reconnaissant à Madame Marguerite Badiou
Alors que j 'étais élève au Lycée de jeunes filles de Casablanca, les cours de français me fascinaient.
Notre professeur me paraissait être une Muse.
Nous devions lui remettre chaque semaine une composition française qu'elle nous incitait à illustrer. Je n'ai jamais su dessiner or j'avais dû décalquer et colorier l'image du jeu de colin-maillard. pour embellir une rédaction.
Je me souviens qu'en me rendant ma copie corrigée, elle me dit : votre dessin a fait la joie de mon petit garçon. Il avait quatre années, je pense.
Je le connaissais car il traversait la cour auprès de son élégante maman pour aller au jardin d'enfants. C'était un petit prince d'un blond vénitien. Il se nommait Alain.
J'ai pu lui parler par la suite car il était invité avec ses parents chez des collègues de ceux-ci Mme et M .Hoyo dont la fille était mon amie. Alain avait un petit frère aussi beau que lui.
En l'An de grâce 2016, je découvre sur l'écran de mon ordinateur un géant aux yeux bleus
philosophe très connu. Aucun doute n'est possible ce vieillard fut le petit prince de mon enfance.
Je l'ai entendu dire que son père était un mathématicien lui ayant donné le goût de son savoir. J'aurais aimé l'entendre faire aussi l'éloge de cette remarquable personne qui lui a
certainement transmis la maîtrise du beau - parler.
Dans la biographie d'Alain Badiou le prénom de sa mère ne figure pas.
Elle portait le nom d'une fleur qu'on effeuille pensant à l'amour
3 février 2016
30/40 Livingstone ?
Un spectacle bourré de vitalité et de poésie loufoque… Lopez est ici étourdissant.
Le Canard Enchaîné
L’un des spectacles les plus courus cette année.
Le Monde
Un duo qui fait penser aux grands burlesques américains.
Sceneweb.fr
Le malicieux Catalan emballe son monde.
L’Express
Cette fable surréaliste est le must d’Avignon à la Catalane. Les spectateurs jubilent.
Les Échos
Mieux vaut cervitude que servitude! Parole de cerf !
Arts et lettres
Sergi López, acteur catalan bien connu du cinéma, et Jorge Picó son alter ego, atteignent des sommets de poésie, de délire et de vérité dans leur farce-à-farce magnifiquement monté !
Ne cherchez pas l’histoire dans ce spectacle sportif, il y a juste le sens. Le sens critique, le sensoriel , le sensitif, le sensationnel, le sans dessus dessous, le sans tambour ni trompette, le sang versé, le sentiment, le sans pareille, le bonheur théâtral au centuple. Il y a ce vieux fils qui parle à son père sans âge ni visage ( Bonjour les sens interdits!), et son père ne le voit pas, ne l’entend pas, ne le sent pas! Mais le vieil enfant bedonnant sent ce creux infini au fond de son ventre et veut désespérément trouver son ‘truc’, le but dans sa vie, sa raison d’être. Il part à la recherche mais, comme il a du mal à quitter sa famille pour aller vers l’inconnu qui l’aspire! Bouleversant Anthropologue vouant son corps, son être au service des autres, il entreprend une chasse légendaire, loin des sentiers battus, il est à la recherche ... d'un animal fabuleux, excentrique? Et voilà soudain la Rencontre, dans un paradis vert, pavé de rêves d’enfant. Une créature mythique à tête de cerf, muette, craintive et joueuse de tennis lui apparaît. Sans blague.
Une histoire qui fait penser au Petit Prince et à sa rose, 30/40 Livingstone est la chronique intelligente et drolatique d’un voyage initiatique à la découverte de soi et des autres.« Mieux vaut la cervitude que la servitude! Parole de cerf ! » « Mais pourquoi m’as-tu abandonné ? Mon ami, mon frère ? » La morale de l’histoire vous prendra aux tripes, tout au fond de l’intime, sans mentir, foi d'animal!
Depuis sa création, 30/40 Livingstone connaît un succès international : en Espagne, en France (Festival OFF d’Avignon en 2014), en Suisse et en Amérique latine, à Santiago? A chaque fois, les éloges pleuvent pour ce spectacle fin et surprenant, où les interprètes se donnent sans compter! (...Un petit dernier pour la route, sans rancune!)

Auteurs - metteurs en scène – interprètes :
Sergi López, Jorge Picó
Création musicale : Oscar Roig
Lumière : Lionel Spycher
Costumes : Pascual Peris
Renseignements :
Du 2 au 6 février 2016
A l'Atelier Théâtre Jean Vilar
Rue du Sablon (derrière la Place Rabelais)
B-1348 Louvain-la-Neuve
www.atjv.be
Mon tiroir à craies, marqueurs craies et effaçables etc...
pour de super croquis au tableau !
L'organisation !
Quel beau mot, mais qui signifie aussi "travail" !
Ranger, ranger, changer de place, réorganiser, jeter ce qui est inutile, recommencer encore et toujours, tous les jours, en fin de journée, prendre le temps nécessaire et fermer la porte sur une classe en ordre, armoires rangées, tables propres, tableau fait, sol balayé. Ouf.
Et le matin, arriver dans un paradis de propreté, faire entrer les élèves un à un, qu'ils essuient les pieds sur le grand paillasson, et exiger le respect d'un lieu sacré: ma classe. Bien plus facile alors de raconter la couleur, le dessin, la peinture, et tous les objets dont nous avons besoin pour réaliser un moment de créativité, petit entracte dans une journée rythmée par la sonnerie et les changements de classe.
Organiser le travail, donner des consignes, disposer le matériel ... Toute une méthode, qui permet de rassurer, coordonner, rendre confiance.
Mon métier.
Au Théâtre National, à Bruxelles. Musique tonitruante, comme en Chine. Mais pas vraiment les instruments traditionnels, ni les voix étranges de l’opéra. Dans la salle comble et sur scène, de vrais chinois fiers de leur patrimoine, venus fêter le printemps qui pointe déjà, rien qu’à l’évocation la Chinese New Year, toute proche et qui tombe cette année le 8 février. Elle s’annonce sous le Signe du Singe. Un excellent signe où prédomine le sens de l’excellence et de l’intelligence. La troupe aura fait une courte halte dans notre capitale européenne avant de rejoindre Beijing.
Le spectacle dansé est dédié à la Route de la Soie maritime qui a été créée au premier siècle de notre ère. L'histoire se déroule au cours de la dynastie des Song, temps de l'expansion du commerce entre la Chine et le reste de l'Asie jusqu’en Afrique et en Europe. Sous la dynastie des Song, la ville de Quanzhou, dans l'actuelle province du Fujian, a été l'un des plus grands ports du monde. Les navires transportaient la soie, la porcelaine et le thé, faisant route en bravant tous les dangers, vers les ports éloignés du monde. La Route de la Soie par voie de mer a eu un rôle crucial en reliant l'Est et l'Ouest, et a été une source majeure de revenus pour les dynasties chinoises. Certains se rappelleront peut-être la magnifique exposition qui a eu lieu à Bruxelles sur ce sujet en 2010 : « A Passage to Asia,
25 Centuries of Exchange between Asia and Europe”. *
Revenons à l’histoire, ... très sentimentale. Les artistes ont endossé les maquillages, les costumes chers à Pearl Buck, les étoffes soyeuses virevoltent, la taille parfaite des princesses s’élève à bout de bras amoureux. Tout un village ancestral s’anime et au loin la mer, les voiles, l’aventure. Une tempête se lève, le capitaine qui a juré fidélité à sa jeune épouse sauve une jeune femme des flots en colère. Elle voudra le retenir sur les côtes hospitalières de Ceylan, Il est le capitaine de son cœur. Le rendra-telle à son épouse adorée ? La magie est-elle au fond d’un mystérieux mouchoir ou dans le creux des voiles? Les tableaux artistiques étrangement muets racontent tous les émois, la chorégraphie et le talent artistique des danseurs sont fascinants.
Les corps en mouvement sont bien ceux d’un 21e siècle vigoureux, rompu à l’endurance et la souplesse, mais il se son prêté avec grâce pour raconter des millénaires de civilisation basée sur le commerce et sur le vivre ensemble harmonieux à l’intérieur de la cité. Les valeurs n’ont pas pris une ride : la fidélité en amour, la loyauté à la cité, le courage devant les éléments déchaînés, la solidarité, l’oubli de soi, le sens de la fête et l’hospitalité. Un programme éblouissant d’optimisme, qui célèbre la vie. Ce morceau d’Odyssée chinoise inventé en 2014 pour rapprocher les cultures extrême orientales et occidentales vaut le détour. Vous passerez une soirée de contes de fées, grand format, et vous vous délecterez de ces corps parfaits qui rivalisent d’agilité et de présence théâtrale. Des prouesses physiques, plus belle que le patinage artistique et les dernières étreintes du couple romantique qui se retrouve nous plongent au plus profond de l’imaginaire. Ils ne sont qu’une trentaine sur scène, mais leurs mimes et leurs postures sont aussi belles que certaines peintures murales que l’on rencontre souvent en Asie.
Atlas presents ... "The Silk Road on the Sea" ! January 27 at Théâtre National in Brussels
27 / 01 / 2016 http://bcecc.be/index.lasso?Lang=Lang1&PageID=44&ID=1391
Trailer: https://www.youtube.com/watch?v=w_fJBAZkCeE
Les superbes photos: "Chinese dance drama performed in Brussels" http://www.china.org.cn/arts/2016-01/28/content_37682489_4.htm
Infos sur les festivités du Nouvel An. C’est une initiative de l’Ambassade en collaboration avec le Centre Culturel Chinois. Voici les infos du programme : http://www.chinaembassy-org.be/eng/zt/2016ChineseNewYearParade/t1331168.htm
Billetterie et presentation du spectacle: http://www.fnacagenda.be/fr/concours/97-silkroadonthesea
référence:
*A Passage to Asia
25 Centuries of Exchange between Asia and Europe https://artsrtlettres.ning.com/profiles/blogs/a-passage-to-asia-a-labour-of?id=3501272%3ABlogPost%3A70507&page=2
CONCERT EN HOMMAGE AUX HÉROS ET VICTIMES DE LA GUERRE 14- 18 "Avant-première mondiale de la Symphonie le Chemin des Dames"
Bruxelles, jeudi 8 octobre à 20H à la Cathédrale Saint Michel et Gudule
« Bien chers Mère, Frères et Sœurs,
Il est déjà quatre heures du matin, l’heure de notre mort est proche. Avec Alfred et Aloïs, nous sommes réunis dans la même cellule. Nous avons passé la nuit à prier, chanter et deviser. La messe va commencer, puis en route pour le tir national, pleins de force et de courage. Allons, maman chérie, bon courage.
Je vous donne de loin un dernier baiser. Adieu.
Votre cher fils Gustave qui va mourir pour la Patrie »
Gand, le 10 août 1916 : dernière lettre de Gustave Mus à sa famille.
C’est avec la lecture de cette lettre tragique que débutait samedi dernier un magnifique hommage AUX HÉROS ET VICTIMES DE LA GUERRE 14-18 à la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, Bruxelles. Au programme,
LA TROISIÈME SYMPHONIE de Saint-Saëns op.78
Le CONCERTO POUR VIOLON ET ORCHESTRE de Mendelssohn op.64
LA SYMPHONIE "LE CHEMIN DES DAMES" de Jacques Alphonse De Zeegant sur un poème de Marguerite de Werszowec Rey
L’univers simple et essentiel du jardin est accroché aux chapiteaux, les arches prient, les lumières de la ville s’invitent à travers les vitraux, les grandes statues de saints de pierre blanche veillent sur une foule nombreuse, venue assister comme chaque année, à un concert exceptionnel organisé par "Les Amis de la Cathédrale Saint Michel et Gudule", associés cette année avec "le Hulencourt Art Project". L’intégralité des bénéfices du concert sera consacrée à la restauration du vitrail du " Jugement Dernier "qui éclaire l’immense nef gothique abritant, depuis tant de siècles, des millions de fidèles et de visiteurs.
L’écrivain belge Philippe Marchandise accueille le public assistant à cette grande rencontre musicale, avec des mots vibrants invitant à être en communion avec ceux qui ont donné leur audace ou leur vie pour la Liberté et la démocratie dans notre pays. Il évoque les soldats au front, les prisonniers, les victimes de la guerre et surtout « ces femmes désemparées, qui ont perdu leur raison de vivre puis leur raison tout court. » Et c’est une femme, Marguerite de Werszowec Rey qui a écrit le poème qui a inspiré la symphonie contemporaine "Le chemin des dames" au musicien Jacques-Alphonse De Zeegant*. Elle le lira devant l’assemblée avant son interprétation musicale. Cette œuvre, inspirée par les champs de bataille de la Marne, est évocation, prière et appel à la paix, elle transcende les lieux et le temps. Elle a stupéfié, bouleversé, enflammé le public lors de sa création à la cathédrale de Laon le 30 août 2014. L’émouvante mezzo-soprano argentine Alicia Nafé a prêté sa voix avec les chœurs de l’Union Européenne pour l’interprétation de la symphonie. L’actrice Caroline Veyt, présentatrice en mai 2014 du Concours Reine Elisabeth, introduit chaque œuvre musicale.
Né en 1955, Alphonse De Zeegant compositeur belge au parcours peu commun, a étudié au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles. Il fut l’élève du pianiste André Dumortier (lauréat du concours Eugène Isaye) et du pianiste Valéry Afanassiev (1er lauréat du concours Reine Elisabeth 1972). Depuis une dizaine d’années, Jacques-Alphonse De Zeegant s’est engagé dans les coulisses de la création, laissant courir son inspiration, librement, sans se soucier des modes et des courants esthétiques de notre époque. Jacques-Alphonse De Zeegant souhaite en effet assurer la transition, entre musique classique et musique contemporaine.
Il est le premier compositeur invité en résidence auprès du Hulencourt Soloists Chamber Orchestra (HSCO) qui rassemble chaque année la crème de jeunes talents internationaux afin de promouvoir la musique classique et offrir à de nouveaux publics une expérience directe et intime de la musique de chambre et d’orchestre. Au programme, une dizaine de concerts prestigieux de très haut niveau dans des lieux réputés, comme cette fois, le cadre exclusif de la Cathédrale Saint Michel et Gudule. La recherche de l’excellence est le maître mot. Les artistes, musiciens solistes professionnels qui jouent comme solistes et poursuivent leur propre carrière musicale au sein d’orchestres nationaux ou dans des ensembles reconnus, sont conviés aux quatre coins de l'Europe, à participer au programme selon leurs disponibilités. Ils se réunissent au Golf Club d’Hulencourt, un endroit de prestige et de calme situé en pleine nature, pour les sessions de préparation des concerts et des tournées. Rencontre de 19 nationalités.
Xavier Deprez, organiste de la cathédrale, et Augustin Dumay, violoniste de la Chapelle Musicale et futur directeur musical de l’orchestre HSCO en 2016 ont tenu à s’associer à cette grande commémoration et prière pour les soldats de la guerre de 1914, en interprétant avec l’orchestre de solistes de chambre de Hulencourt sous la direction de Benjamin Ellin deux œuvres poignantes de Camille Saint-Saëns et de Felix Mendelssohn. Nous avons vécu une expérience musicale inoubliable, authentique et unique, ainsi que la rêve, le directeur de l’Hulencourt Art Project: Palmo Venneri.
En savoir plus :
^Un haut lieu de souffrance
« Quand j’ai accepté de composer une symphonie sur le Chemin des Dames, je souhaitais y intégrer un texte, j’ai demandé à Marguerite de Werszowe Rey, avec qui j’ai souvent collaboré, de m’écrire un texte ou un poème », explique Jacques-Alphonse De Zeegant. Ce poème évoque la vie des soldats dans les tranchées mais il est aussi un appel à la paix. « Le texte mêle le français et l’allemand, mais on y retrouve aussi toutes les langues des peuples qui ont combattu sur le Chemin des Dames. » Cette voie, autrefois royale qui est devenue un haut lieu de souffrance, le compositeur l’a beaucoup arpentée avant de coucher ses émotions sur une partition. « Des amis me l’ont fait découvrir, j’ai été très marqué par la souffrance qui s’en dégage encore. Un gigantesque drame humain s’est déroulé ici, on sent bien que la terre n’a pas fini de digérer ses morts. »
En une trentaine de minutes, Le Chemin des Dames évoque les soldats, leurs souffrances, les coups de fusil, « la Chanson de Craonne apparaît en filigrane tandis que le 5 e mouvement se transforme en danse macabre, poursuit le musicien. Ce qui compte pour moi ce n’est pas la beauté, mais l’émotion qui se dégage de l’ensemble. » Pour ceux qui seraient un peu inquiets, le compositeur se veut rassurant : « Ma musique est accessible à tous, elle est au service du texte, et reste un hommage aux souffrances des soldats qui ont combattu, il y a cent ans. »
Quelques pages parmi tant d'autres,
autant de poèmes illustrés en partenariat avec des artistes
d'Arts et Lettres.
Une tranche de vie et de couleurs à découvrir...
Un partenariat d'
Arts
Une soirée et deux opéras en un acte. Couleurs, beauté et endurance! Deux époques de styles farouchement différents mais qui exploitent avec exaltation le thème de la femme délaissée de tous temps. Deux destinées, deux actes de solitude.
Dans la première œuvre, « Il Segreto di Susanna » d’Ermanno Wolf-Ferrari, l’homme (un fougueux Vittorio Prato) , vaque à ses occupations diurnes et nocturnes mais il est miné par une jalousie …risible. Dans la seconde, « La Voix humaine » de Poulenc, l’homme est carrément absent, il a fui celle qui l’aime à en mourir, pour vivre sa vie. Les deux femmes vivent confortablement dans des intérieurs élégants intemporels, mais comme elles se morfondent!
L’une se découvre une passion qui enfin l’arrache à l’ennui et l’affaire ne se termine pas trop mal dès le moment où elle réussira à partager ses divagations avec l’homme qu’elle aime. Pathétique quand même, la force de l’addiction, qu’il s’agisse de cigarettes ou de drogues dures!
L’autre, ivre de solitude et de désespoir, souffre de dépendance psychologique pour l’homme qui l’a abandonnée. Une addiction non moins néfaste. « Elle » est à deux doigts de se donner la mort pour cesser de souffrir. Elles sont toutes deux meurtries profondément par l’abandon, y en aurait-il une plus heureuse que l’autre?
Et les voilà rassemblées en une seule et magnifique interprète : Anna Caterina Antonacci, une chanteuse lyrique au palmarès exceptionnel qui réussit à sculpter les deux situations avec une immense sensibilité. Elle possède une virtuosité et une expressivité vigoureuse pour affronter ce grand défi pour toutes les grandes chanteuses que cette création lyrique de « La voix humaine » de Francis Poulenc. Un mélange palpitant de voix parlée et chantée, entre violence des sentiments et soumission. Le jeu scénique est d’une mobilité extraordinaire. De nombreuses séquences a capella font penser à une lente mise à nu de la victime.
Impressionnant travail de mise en scène et de lumières de Ludovic Lagarde et de Sébastien Michaud. Le décor épuré est de la main d'Antoine Vasseur. Le passage d’un opéra à l’autre est très subtil. De la bonbonnière vibrante de lumières pastel, finement époussetée par un fidèle domestique (qui rappelle quand même le salon bourgeois 19e), on passe à un moulin moderne aseptisé. La solitude éblouissante se déploie comme un sablier sur une scène tournante. Le logement d’origine a été démultiplié en trois pièces rutilantes de blancheur : hall, chambre et salle de bain couv’de mag’. Le progrès et le confort sont visibles. Mais dans ce paradis artificiel, pulse partout un regard féminin affolé dont on peut lire l’évolution des émotions intérieures sur le visage de la femme en close-up projeté sur des écrans années 2000. Le souffle d’ Hitchcock semble souffler quelque part et l’héroïne désenchantée promène son mal-être de pièces en pièces, attachée au fil sans cesse brisé de sa conversation! L’utilisation d’un téléphone avec standardiste a quelque chose de surréaliste dans tant de modernité. On est hanté par une image plus probable dans ce décor, celle d’un téléphone portable, addiction des temps modernes et modèle même de notre solitude à nous qui voulons à tout prix « rester connectés ».
La standardiste est rendue vivante par les instruments de l’orchestre sous l’élégante direction de Patrick Davin. Le harcèlement du piano lui rappelle la douleur de l’homme absent. Et ce sont des petites morts chaque fois que la ligne se coupe. Un enchaînement de ruptures et de brisures. Le talent de la chanteuse réveille dans notre imaginaire un fondu enchaîné de mille et une femmes éplorées, bafouées, totalement dépendantes. Dans ses poses, ses postures, son jeu tragique elle nous rappelle les souffrances et la tendresse excessive de grandes figures de l’histoire du cinéma telles qu’Ingrid Bergman, Marilyn Monroe, Romy Schneider…
Si on rit de bon cœur dans le premier opéra « Il Segreto di Susanna », œuvre cocasse et divertissante - l’intermezzo fut joué pour la première fois à Munich en décembre 1909 - il en est tout autrement dans le deuxième opéra où l’on assiste à une descente vertigineuse en enfer.
L’enfer c’est les Autres, l’absent, l’homme en fuite qui n’a laissé derrière lui qu’une femme épuisée, vidée de toute substance. Cette vaillante voix humaine féminine brave pendant 40 minutes, et seule, l’orchestre omnipotent dans ce jeu de massacre conjugal. C’est moderne et réaliste. Son combat tragique bouleverse. Sauf si, reprenant soudain pied dans notre réalité, on se prend à soupeser les avancées du combat féministe. La déchirante héroïne ne serait-elle pas d’une autre ère, espère-t-on avec soulagement, question de créer un peu de distance avec l’intensité presque insoutenable du spectacle.
Mais on ne peut s’empêcher de se dire avec anxiété qu’il n’y a que dans les couches aisées et éduquées de la population occidentale que les femmes peuvent se targuer d’être enfin libérées. Partout autre part, elle reste un objet de plaisir, une valeur d’échange, un signe de richesse, une simple procréatrice, un sujet de convoitise que l’homme traite à sa guise. Le malaise reste entier, si on pense à cette autre moitié du monde, niée, foulée aux pieds, séquestrée, emprisonnée dans des codes immondes, lapidée dans certaines parties du monde. Et donc un regain d’amertume s’ajoute au fiel démoniaque dont est cousue cette oeuvre méconnue de Francis Poulenc créée en 1959 pour son égérie Denise Duval, à qui on vient de rendre hommage tout récemment, à l’occasion de sa disparition.
Direction musicale : Patrick DAVIN
Mise en scène : Ludovic LAGARDE
Décors : Antoine VASSEUR
Costumes : Fanny BROUSTE
Lumières : Sébastien MICHAUD
Vidéo : Lidwine PROLONGE
Production Opéra Comique Coproduction Opéra Royal de Wallonie-Liège / Les Théâtres de la Ville de Luxembourg Partenaire associé Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française
Contessa Susanna / Elle: Anna Caterina ANTONACCI
Conte Gil : Vittorio PRATO
Le Serviteur: Bruno DANJOUX
Et Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège
Crédit photos: L'opéra de Liège
http://www.operaliege.be/fr/activites/operas/il-segreto-di-susanna-la-voix-humaine
Des images si plein d'odeur
Qui nous entrainent vers ailleurs
Qui ravivent nos émotions
Nous éveillent à la passion!
Au détour d'une pensée
Sur des notes envolées
Elles évoquent le bonheur
Et font battre notre cœur.
Caché dans une atmosphère
Au creux d'un matin d'hiver
Voilà que printemps surgit
Et que le désir survit!
Il suffit parfois d'un mot
Qu'on entend à une radio
Et nous revient en bouffée
Des images un rien floutées...
Brouillard d'un passé lointain
Qui illuminent le matin...
Ecouter du bois brûler
Et Mozart s'émerveiller!
Vivre l'instant immobile
Dans cette douceur fragile...
Respirer à plein poumons
Même solitude à du bon!
J.G.
Voilà un spectacle franc, ingénu et vrai. Plein de sel comique et émouvant ! Avouons-le, au départ on n’était pas trop partants pour un énième seul en scène sur le vivre ensemble. L’actualité nous rabâche assez de chapelets de violences, pour plonger une fois de plus dans le politically correct et remâcher indéfiniment nos infâmantes réalités. Mais voilà le sourire de RODA et sa quête d'identités. Un Roméo ? Roda on the road. What’s in a name ? A l’endroit ou à l’envers ? On le découvre un être totalement à l’aise sur le plateau et on l'ADOR, le cœur à l'endroit ou à l'envers. Le nom n'a rien à voir pour ceux qui, malencontreusement, penseraient à la margarine, bien sûr. Sautez plutôt dans la fraîcheur d’un conte moderne, racines à l’air. Du cèdre du Liban au sapin de Noël, une forêt entière y passe ! En passant par les oliviers made in Italy, ou presque!
Dans l’histoire mohametane, il devient Mimo. Il manque une syllabe pour en faire une fleur capiteuse que l’on offre en janvier. Son regard vous dévore, c’est le fuel de son tapis volant qui vous envole en un seul décor du Liban au Maroc, puis vers la Belgique oblige - profitons qu’elle existe encore - Paris, Portugal et toutes les senteurs et épices de la Guinée et bien sûr Jessica, un monde de différences !
Au fur et à mesure qu’il sort de sa chrysalide il devient de plus en plus attachant et enfile les observations d’une candeur désarmante, virevolte dans les personnages, multiplie les points de vue, traque l’inspiration, accumule les occasions de rire, fait capoter les moindres stéréotypes. Il fait penser à la générosité et à la poésie d’Emmanuel Schmitt, en un mot, on ne peut qu’être séduit !
Il y a même Gemini le criquet, toujours rapport à l’Italie, non, on veut dire Slimky, l’ami imaginaire - cela s’écrit comment ? Et cela finira comment ? En tous les cas il n’y a pas que les ragazzi qui s’amusent ! Le public s’envole et perd de vue l’unique décor de vieilles carpettes. Oui cela rime avec Mohamed, d’accord ! Et vous entendrez partout des voix car le comédien jongle avec les registres : voix d’ici et d’ailleurs, voix imaginaires, voix au nom du père, voix de mère qui cogne comme des cuillers, voix des dieux ou de voisinage, et même de toutous belgo-belges que l’on promène dignement sur le trottoir. Il voix tout, tout ! Et c’est sidérant de justesse car il est aussi maître du geste ! A quand son prochain spectacle ?
Dominique-Hélène Lemaire
De et avec
Roda
Mise en scène
Eric De Staercke
Assistanat à la mise en scène
Cécile Delberghe
Regard amical
Angelo Bison
Agenda magazine lire l’interview page 26,27
| Du 14 au 30 janvier 2016 |
| Le mercredi à 19h Du jeudi au samedi à 20h30 Représentation le lundi 25 janvier à 20h30 |
| Centre Culturel des Riches-Claires - Petite Salle 24 rue des Riches-Claires 1000 Bruxelles 02/548 25 80 |
Il est coproducteur et codirecteur artistique du Festival Bruxellons qui chaque année rassemble un public enthousiaste pendant l’été au château du Karreveld. 20.000 spectateurs l’année dernière ! Il signait la co-mise en scène de la comédie musicale « La mélodie du bonheur » en 2015 et rempile cette année avec un nouveau spectacle magnitude 7 sur l’échelle de l’émotion avec « Evita ». Les auditions vont bon train ! Ce soir, dans le cadre coquet et feutré du théâtre de la Comédie Claude Volter, un lieu phare pour les habitants des communes bruxelloises de la Woluwe, il joue de près et sans filets avec ses co-équipiers bien rôdés: Fred Vanco et Caroline Braeckman.
Son nom ? C’est Jack, le maxi Cooper, le Magicien Magnifique qui débarque avec son dernier spectacle « Illusions », un Best of de 15 ans de patiente élaboration de tours de magie les plus fous.
Les spectateurs n’y verront que du feu : numéros interactifs, mentalisme, grandes illusions, manipulations de jeune magicien devenu grand avec anneaux chinois et cordes d’illusionnistes truffées de poésie distractive, télépathie, ombres chinoises et lévitation. Un répertoire basculant du jeu de cartes aux mots mystère du grand dictionnaire Larousse, il n’y a qu’un pas! Les découpages de corps qui glaçaient nos jeunes années, le regard collé à la télé en noir et blanc ne déçoivent pas non plus… sauf qu’on a évidemment beaucoup moins peur !
Chercher le truc ? Vous n’y pensez pas ! La présence incontournable de l’artiste empêche toute velléité d’espionnage scénique. Il déborde de vitalité et travaille en trois D : Dialogue intempestif avec la victime, haute Dissimulation et Démonstration infaillible de son art. Il houspille les timides, canalise les extravertis, barricade ses trucages et ouvre la porte du mystère à un public conquis Dès les premières minutes. Musique pompeuse d'accompagnement garantie, pour les amateurs de parodie! Mais combien d’entre nous ne sommes pas de doux rêveurs avides de mensonges magnifiques? Et ce sont les ombres chinoises qui sont les plus poétiques! Le silence profond répond alors au talent.
du Mercredi 13 Janvier au Dimanche 31 Janvier
ILLUSIONS
Jack COOPER
http://www.comedievolter.be/saison-2015-2016/illusions/
Site de l'artiste:
Mon récit "Agir et accueillir", bientôt réédité(chez Brumerge, à Grenoble), préfacé et prolongé d'un chapitre "Six ans après".
4è de couverture: Le cancer. Le monde vacille et se teinte de couleurs incertaines. Ecrire Agir et Accueillir a d'abord été une manière de négocier avec les fantômes. Il ne suffisait pas de sortir de soi, il fallait encore pousser d'autres portes, partir se balader sur les chemins de ronde des rêves et de l'imaginaire, et y inviter les autres. Agir et accueillir…depuis fin 2008, ces mots ont été mes guides. Ce sont eux qui continuent à me faire avancer. Six années ont passé et je tiens plus ou moins la route. En attestent les dernières pages, écrites dans un nouveau présent forcément relié à l'ancien.
Pour les membres d'Arts et Lettres, un petit présent, un poème qui se retrouve dans le livre.
Pour vous
Des angoisses dans la tête épaisses comme la nuit,
une sensation de vide qui me tire vers le bas,
la vie qui s’échappe trop vite
comme du sable entre mes doigts
A ces moments je pense à vous inlassablement présents
Tant que nous partagerons nos rêves et nos peines
et qu’on me tiendra bien fort la main,
tant que je verrai de la douceur dans vos regards
et que vous m’accompagnerez dans mon voyage,
je surmonterai mes peurs et je regarderai devant moi
Et si un jour je vous prends dans mes bras,
ne me demandez pas pourquoi,
je profiterai simplement de l’instant,
de la force et de la joie et que vous m’offrez.
***
Iris jaunes ou bleus, parfum subtil...
Tiges ambitieuses, coroles fragiles.
Coquelicots fous au vent d'été
Ephémères symboles de la beauté!
Marguerites fraîches au ras des pelouse...
Secrets d'amour que l'on jalouse.
Roses blanches ou rouges
Offertes au soir, quand rien ne bouge...
Lilas aux effluves qui dansent
Si le printemps est en partance!
Œillets rougis, senteur sauvage
Près de mon cœur pris en otage...
Et puisque je rêve aux bleuets...
Ne point oublier, je promets!
Quand mimosas en mousse s'élance...
Couleur poussin, ciel de Provence!
Tulipes aux branches sinueuses
Ardent printemps, humeur frileuse...
Superbe! Si fière branche d'orchidée...
Offrant beauté sophistiquée!
Les anémones, tels des drapeaux
Nous signalent que le temps sera beau!
Le muguet fait tourner les tête
Et tant pis, si c'est un peu bête!
Et puis, à celles que l'on oublie...
Petites splendeurs trop bien tapies
Merci, d'exister quelque part...
Sur les chemins de nos regards!
J.G.
Nom de coiffeur ou de maître-nageur? Pierre Kroll, crayons en main et sourire aux lèvres, salue la salle comble du Wolubilis et commence à nous conter son histoire. Il est né quelque part au Congo, quelques jours avant l’ouverture de l’Expo 58. Le choc culturel est immense quand le jeune bambin découvre les européens à son arrivée en Belgique. Entre le grand Saint-Nicolas impressionnant et le drolatique Père Fouettard, le choix est vite fait ! Au gré des mouvements de la famille, l’enfant voyage entre les réseaux d’enseignement belge : plusieurs aller-retours du libre au laïque. Car il est né de parents mixtes (… sans blague) qui de plus, s’entendent bien, l’un athée convaincu et l’autre catholique pratiquante. De quoi alimenter les conversations au dîner du soir et faire fleurir l’esprit de la controverse dès le plus jeune âge. Il se retrouve à l’athénée de Liège pour ses humanités mais le dimanche, se transforme en « belette rayonnante » car bien sûr, il va aux scouts!
Vous vous doutez que depuis sa plus tendre enfance, il dessine pendant les cours, se faisant joyeusement réprimander par tous les corps enseignants. Son goût artistique le mène vers l’architecture à Saint-Luc à Liège en première année, puis les quatre suivantes à La Cambre à Bruxelles. Il cueille ensuite une licence en Sciences de l’Environnement à l’Université de Liège. Objecteur de conscience, il effectue service civil de 22 mois dans un théâtre de marionnettes. Mais à tout prendre il aurait été plus cool cantonné en Allemagne avec ses potes! Il fréquenta alors assidûment Le Cirque Divers, un haut lieu d’avant-garde, contestataire où se croisaient, exposaient, jouaient et buvaient ses copains artistes. Nous le connaissons maintenant comme dessinateur génial, présent dans à peu près tous les journaux et magazines belges francophones. On, le connaît bien sûr à l’antenne de la RTBF, aux émissions débats, à la télé. Partout ses dessins pénètrent au cœur de nos émotions grâce au plaisir immédiat qu’ils suscitent et à la pertinence profonde de leur observation.
Sur scène, l’artiste généreux virevolte entre les mots, les cartoons, et les rires chaleureux des spectateurs qui lui ont donné quelques thèmes sur lesquels improviser : la vague de froid, la semaine de quatre jours, l’inépuisable saga de Molenbeek, les soldats dans les rues, le personnel de la reine Fabiola toujours fidèle au poste… rien de très marquant en somme !
Et pourtant le spectacle se construit à toute allure, l’artiste lance une à une ses œuvres encore mouillées dans une foule de fans aux anges et les premiers rangs recueillent avec délices les jolis papiers roulés en boule! Mais surtout le sieur volubile se fait l‘apôtre de ce nouvel art. L’art de l’amplification, mais aussi de la simplification à outrance, l’art de la communication fulgurante, et l’art de partager des émotions grâce à la virtuosité du crayon. L’art de percer des lignes de faille dans nos cuirasses. Juste pour y faire passer un peu de lumière… Ou pour aérer nos stéréotypes et nos préjugés ! Pas à pas, il commente sa technique avec humour dans un silence admiratif pendant la transformation de la page blanche sous la caméra. Mais quel nouveau métier passionnant, se dit-on! Quel outil fabuleux au service de la communication efficace ! Entre quelques extraits d’évangiles « revisités », il se lance dans de judicieuses incursions dans l’histoire de la caricature de la Révolution française à Charlie Hebdo. Et de conclure, pour les allergiques aux « blasphèmes » et autres critiques au vitriol: « Que faites-vous si quelqu’un vous tend un objet dont vous n’avez pas l’usage ou que vous ne souhaitez pas saisir ? » …
Pierre Kroll explique alors le grand pouvoir des petits dessins de presse et des cartoons animés. Plus que des mots, ceux-ci touchent l’émotion et la sensibilité du lecteur dans son subconscient. Quelques traits simplifiés, outrés, ou apparemment imparfaits, quelques taches de couleur ouvrent la porte à cet instant de grâce qu’est l’émerveillement, l’urgence d’un questionnement, la prise de conscience d’une situation humaine intense. L’illustration ne serait-elle pas tout d’un coup une sorte d’illumination ? Une invitation à la détente, au recueillement, au recul, à la subversion ? On se sent soudain parcouru par le plaisir d’une liberté palpable. Que diable, ce diable de bonhomme nous livre des instants mémorables de belle humanité dans la foule de malheurs qui nous assaillent. Voilà que ce dessin primitif communique ce que les mots ne savaient dire! Un message s’est fiché au cœur de nos émotions, et notre mémoire s’en est emparé avidement. Cette soirée à faire des bulles au Wolubilis nous réconcilie avec les caricaturistes de tout poil. Elle a jeté aux orties 30 ans d’attitude politically correct, de pudibonderie et de censures de tous bords, Ouf on respire! L’artiste a réveillé notre humanité profonde et nous a rajeunis. "On ira tous au paradis, c'est vrai! ... " (Chanson) Aussi le titre de son dernier album. Allez le voir, il est en tournée dans toute la Belgique!
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Kroll
Prochaines dates: Louvain-La-Neuve, le 21 avril 2016 "Pierre Kroll sur scène - 10 villes, 10 dates, et voilà !"
http://www.out.be/fr/evenements/331090/pierre-kroll-ma-valise-en-cartoon/
Beauté de la nature
Une aquarelle d'Adyne Gohy
Inspirée par une photo
de
Raymond Martin
a inspiré
un poème
de Raymond Martin
Calanche di Piana
Les Calanques de Piana
en Corse
Cathédrale Méditerranéenne façonnée par les âges, aux parures d’ocres de différentes facettes
Selon le bon vouloir de l’astre solaire ou du courroux sans bornes de Poséidon,
Tu nous offres, paisible, un peu des entrailles de cette sublime terre Corse.
Tes flancs exacerbés ressemblent aux jambes des Titans, dont les pieds baignent dans les reflets
D’un bleu profond de l’onde marine , calme ou intrépide de cette mer nourricière.
Onde bienfaisante calmant les esprits, face à l’ardeur du soleil à son sommet. .
Un mélange de sons se devine quand, fermant les yeux , on laisse libre cours à son âme aux
Aguets. Le dialogue du vent et de la mer cher à Debussy, se lie avec les voix venues du passé,
De Phéniciens ou de Génois ventant leurs marchandises aux autochtones, myrte et pacotille.
Peut-être aussi la voix allègre du pêcheur satisfait par ses prises de rougets et autres mérous,
Accompagnée de la douceur fruitée d’un petit rosé local , pour faire oublier la fatigue accumulée
A manœuvrer le « pointu », garant d’une pêche respectueuse du fond marin.
Nienti sta sera
nienti à punenti
nienti à l’alba
nienti
sta sera m’addurmentu in prosa
Rien ce soir
Rien au couchant
Rien à l’aube
Ce soir je m’endors en prose.
( Poème de Marianne Costa en Langue Corse )
Un partenariat d'
Arts
Drame. Hermione (Anne-Pascale Clairembourg) est reine de Sicile, la belle épouse du roi Leontes et la mère aimante de Mammilius, un jeune garçon espiègle qui adore sa mère et « les histoires tristes que l’on raconte en hiver ».
Injustement accusée de tromper son mari avec son meilleur ami Polixène, roi de Bohême, elle est jetée en prison, où elle donne naissance prématurément à une fille (Perdita) que le tyran Leontes fait disparaître dans un désert lointain. Une scène d’une violence inoubliable. On fait à l’épouse un simulacre de procès pour adultère et haute trahison. …Qu’on la lapide, non ? Version blonde de la Reine Margot d’Isabelle Adjani, elle reste d’une dignité inébranlable devant son accusateur assoiffé de vengeance. On nous dit qu'elle mourra de chagrin après l’annonce du décès de son fils chéri, Mammilius, à qui on a interdit de la revoir. Seize ans plus tard, cependant, elle sera "ressuscitée" et réunie avec sa famille dans l'une des scènes les plus étonnantes de Shakespeare, revisité avec éclat par l’inventivité de Georges Lini.
Difficile de décider laquelle des trois femmes on préfère. Perdita ? Héroïne de conte de fées, façon Marylin Monroe, qui croit très peu aux princes charmants et est transformée en « daffodil virevoltant » par une exquise et solide Sarah Messens flanquée d’un pétulant Julien Bezure. Ou sa mère Hermione ? Noble victime expiatoire de la folie du soupçon. Ou l’intrépide suivante, Paulina, qui ose confondre et pourfendre le tyran? Va ! Pour la pure jouissance physique verbale et vocale, la palme de l’interprétation féminine va à Daphné D’Heur qui incontestablement dicte le rythme de l’affaire et préside à l’accouchement systématique des idées merveilleusement subversives. En s’opposant avec une vigueur vivifiante aux diktats mortifères du Tyran, on assiste à la démolition méticuleuse et sans appel de l’échafaudage insensé de ses arguments. Cette femme est une reine dans son impeccable rhétorique cinglante et juste.
Face à elle, le tyran est un comédien flamboyant, ruisselant de vérité dans sa folie meurtrière. Itsik Elbaz, pour tout dire. Son jeu témoigne d’une urgence, d’un dynamisme rebondissant. Entêté comme un cabri, les accès de rage et de mauvaise foi de l’enfant gâté et mal élevé se cognent, impuissants, aux réalités. Pathétique, il tente même à plusieurs reprises de séduire le public dans des apartés charmeurs et de l’engager dans la complicité de ses crimes. Il finit aliéné et seul, confondu par l’oracle de Delphes qui le condamne irrémédiablement. Ou presque. Une phrase sibylline laisse entrevoir un espoir.
Car cette tragi-comédie se veut un vrai conte d’hiver. De bon ou mauvais augure? Est-ce une prédiction sinistre qui affirme que « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument... » ? Ou l’aveu optimiste que la pureté de la neige peut nous mettre sur la voie du pardon et peut effacer les blessures et rendre la dignité à l’humanité ? Miracle : la magie hivernale aura fait tomber la première neige dehors, dès la fin du spectacle. De quoi prolonger durablement la magie du texte. A moins que cela ne soit un clin d’œil en personne, de l’illustre dramaturge élisabéthain, touché par l’époustouflante mise en scène, les décors et les costumes résolument avant-gardistes de Georges Lini. Celui-ci utilise en effet la transparence d’une cage de verre qu’il manipule comme un diamant pour faire apparaître nombre de réalités, pas toujours bonnes à voir! Mais vous, spectateur heureux, malgré quelques soucis de sonorisation propres à une première sans doute, vous repartirez comblés par l’adresse, la finesse et la profondeur de l’interprétation de ce texte fabuleux dont les fibres poétiques jusqu’aux moindres fleurs sont littéralement mises à nu.
Royale est la distribution. Le fidèle Camillo, vaillant creuset où siège la raison, c’est un Luc Van Grunderbeeck, au mieux de sa forme. L’autre roi, joué par Didier Colfs, n’est pas en reste car sa prestation très authentique de terrorisme familial au quatrième acte, scène 4, vaut vraiment le détour. Vous avez aussi ce capitaine Haddock devenu Berger sous les traits de Michel de Warzée, qui donne avec son comparse (Thierry Janssen) l’indispensable dose d’humaine bouffonerie propre au théâtre de Shakespeare. Et pour finir, l’exquise métamorphose du jeune enfant et du Temps - celui qui annonce, celui qui sait et qui raconte - un diamant vert planté sur la poitrine, c’est encore, Louise Jacob.
http://www.theatreduparc.be/Agenda/evenement/62/32.html
Crédit photos: Sébastien Fernandez
Un spectacle de la Compagnie Belle de Nuit, en coproduction avec le Théâtre Royal du Parc et l’Atelier Théâtre Jean Vilar
- Création
- 16 au 28 février 2016
- Au Théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve
- Durée : 2h25 entracte compris








