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Publications de Deashelle (971)

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12272947085?profile=originalMême pas vrai…

Mais si, c’est vrai : Jean-Luc REVOL est professeur régulier au Cours Florent depuis 1987 et mène une double carrière de metteur en scène et de comédien. Il est directeur artistique du TCF/Théâtre du Caramel Fou.  Et il a  derrière lui une série impressionnante de mises en scène depuis 23 ans. Il a mis en scène HAMLET de W.Shakespeare, avec Philippe Torreton en 2011.  « Même pas vrai »,  de Nicolas POIRET ( le  fils du regretté Jean Poiret, décédé en 1992 ) une création co-écrite avec  Sébastien BLANC, n’est-ce pas une comédie un peu facile ?  Loin de là ! Jean-Luc REVOL explique : « La comédie est une discipline difficile, un véritable numéro d’équilibriste. Il faut savoir doser les choses, ne pas forcer le trait, être toujours vrai dans la démesure pour arriver à une parfaite harmonie. Quand j’ai lu « Même pas vrai », j’ai su que tout était là, ajouté au plaisir de la découverte de la plume de deux nouveaux auteurs.
Nicolas Poiret et Sébastien Blanc écrivent l’humour de notre époque. Un rire cinglant, vif, rapide et vachard, sans pour autant négliger la vérité et les doutes de leurs personnages.
Car c’est bien cela qui fait leur force. Mathilde et Arnaud, les deux protagonistes principaux, forment un couple qui pourrait être banal, si ce n’était le moteur de leur vie sentimentale : le mensonge. Ou du moins, le mensonge érigé en mode de vie, qui leur donne souffle et énergie, le piment indispensable à la banalité quotidienne.
Ils se mentent, mentent à leur fils et à leurs amis, jusqu’à ce que leur réalité devienne délirante et éclabousse de joie, tout cela en parfaite connivence. Seulement, voilà, quand Mathilde comprend qu’Arnaud lui a vraiment caché une chose importante, la machine se grippe et l’heure va être aux règlements de compte sanglants. Tous aux abris !
J’espère pouvoir construire une horlogerie suisse avec cette comédie pleine de rythme et de rebondissements. Les personnages et les situations imaginées par les auteurs doivent être réglés au millimètre. C’est un travail de précision. Ici tout est réuni pour y parvenir. »

Ayant vu la pièce hier soir au Centre culturel d’Auderghem, on ne peut qu’applaudir le savoir-faire étincelant du metteur en scène qui pose très adroitement  sur les planches l’ensemble de ses propositions sans le moindre faux-pas. Du très grand art de boulevard. Une mise en scène au cordeau.  Car le spectacle est fort divertissant et les gens rient de bon cœur, mais ils s’interrogent aussi sur la société qui a enfanté ce sextuor de  personnages qui nous ressemblent.

Le pitch, on l’aura compris est assez facile. Ils sont six personnages qui se heurtent et essaient de s’expliquer, tous aveuglés par  un ego exacerbé, dans l’appartement où vivent Mathilde et Arnaud (Bruno Madinier, ah ! le redoutable beau gosse)  et leur ado en crise, Michaël. Heureux qui communique : 12272946881?profile=original « On ne dit jamais rien dans cette famille!  Petits jeux à la con ! J’en ai un marrant : essayez de vous parler !»   Entre les six protagonistes il y a des relations … qu’ils espèrent tous garder secrètes. Sauf que Mathilde (l’inénarrable 12272947477?profile=originalRaphaëline Goupilleau de Qui est Monsieur Schmitt?)  découvrant une rupture dans le comportement de son mari,  s’affole et veut en finir avec le temps des secrets. Des dîners de (non)-dupes s’organisent - le trio familial  ne peut régler ses problèmes que  devant des tiers - et les invités en sortent le plus souvent  l’estomac vide et la tête à l’envers… la cuisine n’étant pas le fort de la famille. Le trio « externe » est  électrique : le paisible Bernard ( Christophe Guibet) et  les deux filles :  une renversante Valérie Zaccomer  et Anne Bouvier, un paquet explosif d’affects.

12272948067?profile=originalBien que Mathilde, capable d’inventions délirantes, soit devenue une virtuose du mensonge et vacheries verbales en tout genre,  elle recherche désespérément la sincérité. A la fin de la pièce c’est finalement son fils Michael (Thomas Maurion, craquant de naturel) qui remet les pendules à l’heure. Il la somme de dire les choses enfin de façon simple, sans continuellement les saupoudrer de « magie », ce second degré qu’elle affectionne tant. « On n’a pas toujours besoin d’inventer la réalité pour qu’elle soit jolie ! » Le couple va- t-il  enfin finir par se parler…et arrêter de se mordre ?

12272948090?profile=originalCette comédie joyeusement sarcastique et très rythmée est menée  à grande vitesse : magie des changements de décors instantanés, (merveilleuse composition de Stéphanie Jarre) défilé de tenues mode de la  rue Montaigne, coups  de tensions intenses entre les comédiens qui jouent la réalité du théâtre plus vrai que nature  et se gavent de répliques spirituelles et bien tournées. Le public adore une telle élégance théâtrale!  Après la Belgique? La pièce « Même pas vrai » sera montée le 19 novembre au Théâtre Tête d'Or à Lyon avant d'être reprise début 2014 à Paris, au Saint-Georges.Christophe Guybet

12272948273?profile=originalhttp://www.artemis-diffusion.com/saison_prochaine/meme_pas_vrai/resume.html

http://www.ticketnet.be/fr/manifestation/meme-pas-vrai-billet/idmanif/8469

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administrateur théâtres

Orchestra Mozart: fabulous concert @Bozar (29/09/2013)

 

Bernard Haitink conductor - Maria João Pires piano -  Orchestra Mozart
Ludwig van Beethoven Leonore II, Ouvertüre, Concerto for piano and orchestra no. 2, op. 19, Symphony no. 4, op. 60

Est-ce la déception de ne pas avoir pu écouter le chef italien mythique Claudio Abbado qui nous a retenus pour ne pas commenter  dès le lendemain ce très beau concert donné le  29 septembre dernier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles?  Certes non, c’est la beauté du concert qui a comme suspendu le temps. 

 12272955859?profile=originalQuittant la vision d’un ciel enluminé de rose flirtant encore avec l’été, on se précipitait ce jour-là dans une salle Henry le Bœuf très remplie. Claudio Abbado, le prestigieux chef italien qui vient de fêter ses 80 ans,  fit ses débuts en 1960 à la Scala de Milan, avant de devenir son directeur musical de 1968 à 1986. De 1986 à 1991, il fut le directeur musical du Staatsoper de Vienne, devenant en 1987 Generalmusikdirektor de la ville de Vienne. La liste des orchestres qu’il a créés est longue : l’European Community Youth Orchestra, le Chamber Orchestra of Europe, l’Orchestra Filarmonica della Scala, le Gustav Mahler Jugendorchester, le Mahler Chamber Orchestra, son orchestre d’élite pour le Lucerne Festival, et  comme petit dernier, l’Orchestra Mozart de Bologne (2004).  Ce soir c’est sous la direction de Bernard Haitkin, le vénérable maître de musique néerlandais de 84 ans que nous nous laisserons enchanter par l’Orchestre Mozart qui va jouer Beethoven.

 

Il y a plusieurs versions de l’Ouverture de l’unique  opéra « Fidelio » de Beethoven. Celle que nous sommes sur le point d’écouter est l’ouverture nº 2 de Leonore (ou ouverture Leonore II). Il s’agit d’une vaste page symphonique présentant tout le mouvement de l’opéra.  Les thèmes chers au compositeur sont la dénonciation de l’arbitraire, incarné par le gouverneur de la prison, l’appel à la liberté, et l’amour conjugal qui pousse Leonore, déguisée en homme, à risquer sa vie pour libérer son époux Florestan.12272955886?profile=original

Un immense épanchement de tendresse se meut rapidement en atmosphère lourde et sombre. Nous sommes dans une prison espagnole : le caractère dramatique de l’action s’affirme. Cors et vents se déchaînent, les violoncelles produisent des pizzicati mystérieux et sombres, les altos musent el les violons se gonflent de sonorités colorées. L’espoir ? Les rafales puissantes et accentuées se répandent, soutenues par quatre contrebasses. Le solo du cor est émouvant et l’univers musical semble lui répondre sur la pointe des pieds. A la fin ce sont les violons qui mèneront une danse joyeuse. Une entrée en matière très colorée pour accueillir la pianiste portugaise Maria Joan Pires, une femme habitée par une dynamique musicale on ne peut plus créative et qui a accepté de remplacer au pied levé Martha Argerich, prévue elle aussi,  initialement dans la programmation.12272957053?profile=original 

Son Concerto N°2 en si bémol de Beethoven débute dans l’élégance de la première page  et la  grâce enjouée de la suite. Les bois pulpent le premier motif. Le premier violon se révèle intense et incisif. La pianiste dépose des fleurs de rêve sur le clavier. Mais elle sait aussi être ferme et entêtée. Ses notes piquées concentrent le bonheur sous ses doigts. Voici une cadence modulée, ondoyante. Ensuite son  dialogue avec chaque instrument a quelque chose de lancinant. Du grondement de l’orchestre s’échappe le thème. Des arpèges descendants et  effleurés répondent, laissant bientôt la place à un jeu de  ricochets sur la surface d’une eau tranquille. Cette virtuose a la passion du naturel. Sous ses doigts la musique s’écoule en vagues lissées, ondulée de contrastes dynamiques très évocateurs.  Grâce et douceur alternent avec une frappe puissante et la virtuosité avec l’apaisement. A la fin du premier mouvement, le chef d’orchestre s’arrête de conduire pour écouter la pianiste qui dispense alors un jeu presque syncopé, une gamme faite de vertiges et trois grands accords pour conclure dans la passion.

12272957266?profile=originalSi l’entrée dans l’Adagio est un peu pompeuse, la pianiste tient bientôt sous ses doigts un bouquet d’émotions lyriques. On ferme vite les yeux pour être mieux pénétré de la magie beethovienne dans le duo de solistes sur fond de pizzicati. Il y a ce jeu de respirations profondes entre le piano et les violons. Cela tangue dans le cœur et cela bruisse dans l’âme. Après des trilles qui exultent voici la main droite qui, de deux  notes en deux notes, décrit tout un univers de mystère : l’amour humain transcendé dans l’amour divin ? Le Rondo final voyage dans tous les registres lumineux de la joie avec des pointes d’humour tant le plaisir de jouer est présent.  Le maître de musique néerlandais fait chanter autour de la pianiste toute la masse orchestrale, en bougeant à peine, c’est de la magie ! Une direction purement mentale ? Un pur esprit ?  Une énorme connivence  dans la maîtrise stylistique et une cohésion totale entre la pianiste et son chef.12272957852?profile=original

Vient après la pause la quatrième symphonie N° 4 en si bémol majeur jouée avec une acuité musicale incroyable et un  Adagio aux reliefs impressionnants. Les copeaux du ciselage du chef d’orchestre (sans  la partition devant les yeux !) ont l’air de voler partout! Il en sort une sculpture musicale vivante, palpitante et jeune comme un éphèbe. Les flûtes émettent des rubans de phrases, les pianissimos rendent les  violons presque muets d’émotion. Les  sublimes soupirs de violoncelles font ensuite place à la pugnacité juvénile  des cordes. Une texture musicale inouïe: semailles légères  de fragments mélodiques, arpèges pizzicato aux violons  et accords fantastiques ou à peine murmurés.  Après une très courte pause pour que le chef d’orchestre tue dans l’œuf les habituels accès de toux, voici  le deuxième mouvement. L’ Adagio immensément tendre et désolé semble  chercher la lumière. Le regard scrute les brumes mystérieuses de la vallée. Un violon fuse, d’une fraîcheur presque enfantine et pure. Tous se calibrent sur lui. Vient une descente abyssale, mais on fond il y a la sérénité, portée par la mélodie des violons. Les cuivres reprennent la phrase anodine. Ecoutez la dentelle sonore aérée chantée par les bois! L’altiste Wolfram Christ égrène à nouveau ses arpèges délicats. Entre des arabesques joyeuses de tutti,  les violons taquinent toujours  la mélodie.  Les vagues accentuées de la dynamique font roucouler les vents et les violons, de jouer maintenant au loup. On disait: juvénilité !  Bernard Haitkin a déjà levé le bras pour lancer les violons de l’Allegro vivace mais doit recommencer à cause de la salle. La conduite des voix est manifestement très individualisée. Cet homme possède un ascendant extraordinaire sur l’orchestre.  Le tempo est très rapide, les  percussions éclatent, foudroyantes, sans empêcher le bavardage intense des violons. Et voilà que  le seigneur de la musique imprime toute sa vigueur, sa fermeté et son affectivité pour la musique  sur  l’ensemble des pupitres. Puissance de suggestion: on aboutit dans l’univers sonore du Finale où se cachent, lumineuse, une jeune insouciance enthousiaste et inattendue et d’ultimes éblouissements.

12272956491?profile=originalUn dernier cadeau - il est de taille -  et offert à l’assistance  par Bernard Haitkin:  revoici Beethoven encore, avec  la splendeur de l’ouverture d’Egmont et son vertigineux mouvement ascensionnel. Dramatique à souhait,  cuivres et timbales solaires. Jubilatoire. Le palais des Beaux-Arts explose sous les ovations.

http://www.bozar.be/activity.php?id=13115

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administrateur théâtres

Boris Giltburg : retour gagnant

Le 10 octobre 2013 par François Mardirossian

© Chris Gloag

© Chris Gloag

Rachmaninov : Préludes opus 23 – Prokofiev : Sonate en si bémol majeur opus 84 – Ravel : La Valse

Le retour de Boris Giltburg était très attendu. Le dernier vainqueur du Concours Reine Elisabeth a choisi de revenir avec un programme très exigeant. On le sait depuis la finale du concours, Boris Giltburg a une conception très personnelle de la musique de Serge Rachmaninov. Loin des visions de certains pianistes russes. Comme à son habitude, il arrive sur scène avec un grand sourire à demi gêné, vêtu de cette chemise qu’il portait lors du concours. Hommage ou fétichisme ? Peu importe. L’envie de jouer est là et se ressent bien avant qu’il n’ait commencé. Dès les premières notes du premier Prélude on se souvient pourquoi ce pianiste israélien a gagné le Concours Reine Elisabeth en mai dernier. Boris Giltburg est un immense musicien, ultra-sensible avec une façon de jouer qui lui est propre et qui sort de l’ordinaire. Ce pianiste n’est pas un simple broyeur d’ivoire infaillible et sûr de lui, c’est un poète avec ses forces et ses faiblesses et c’est avant tout un grand communicateur. On a tous en tête les fameuses versions de Vladimir Ashkenazy, Nikolaï Lugansky, Grigory Sokolov ou même d’Alexis Weissenberg dans les Préludes opus 23 de Rachmaninov. Hier soir, rien à voir. Giltburg nous a donné la définition du mot interprète. L’interprète est là pour nous transmettre un texte qu’il  aime, s’approprie et comprend. C’est ce qu’a fait le pianiste. Sur les 10 Préludes, pas un seul ne fut raté, esquivé ou non approprié. Le jeu de ce jeune pianiste est très particulier ; on pourrait parfois attendre un son plus puissant au vu de l’énergie qu’il dépense et les geste si amples qu’il déploie, mais force est de constater qu’il n’a pas la carrure d’un Sokolov ou d’un Volodos. Non pas qu’il n’ait pas de présence sonore mais l’habitude d’entendre la musique de Rachmaninov jouée de manière plus « musclée » et puissante fait que la remarque s’impose. Par contre, Boris Giltburg a certaines qualités qui font de lui un des meilleurs pianistes de sa génération. Enfin un pianiste qui ose prendre son temps, respirer et projeter le son dans une salle. Ces Préludes possèdent leur propre univers et Giltburg l’a bien saisi : entre chaque Prélude il n’a pas besoin de prendre son temps pour installer une nouvelle ambiance, il enchaîne et ceci fait qu’une fois le cycle terminé, on n’a pas eu l’impression d’entendre une succession de petites pièces virtuoses mais un ensemble cohérent de poèmes musicaux. Il est à noter également que ce pianiste a une technique à toute épreuve ; à aucun moment on ne l’a senti débordé ou à la limite de ses capacités. Boris Giltburg sait où il va, il y va et nous entraîne sans difficulté. La deuxième partie du récital a débuté avec la trop peu jouée et complexe Huitième Sonate de Prokofiev et a enchaîné avec la transcription de la Valse de Ravel. Autant on pouvait peut-être reprocher (si on cherche à être tatillon) un léger manque de puissance dans certains Préludes et une certaine prudence durant la première partie du concert autant la deuxième fut une preuve que ce pianiste a plus de réserve que l’on croit. Son interprétation de la Huitième Sonate fut sidérante, d’une puissance inouïe et d’une rare sensibilité. On sait qu’il a déjà enregistré les trois Sonates de guerre du compositeur mais pouvoir ressortir en concert une exécution pareille relève de l’exploit et d’une grande maîtrise. Oui car c’est bien un « maître » qu’on a entendu dans cette oeuvre. Tout les plans sonores sont là, tous les thèmes sont chantés, tout le caractère est là et à aucun moment son énergie ne s’épuise. Bien au contraire, c’est dans les moments techniquement les plus exigeants qu’il nous montre qu’il a encore plein de ressources. Le son n’est jamais dur ou artificiel et c’est dans l’oeuvre de Ravel qu’il fît montre de toute sa science des couleurs. Il traite son piano en véritable orchestre ; toute la difficulté de cette pièce est là : ne pas en faire une pièce de démonstration mais une véritable transcription d’une pièce orchestrale au piano. Énergie, couleurs, fulgurance et un bon zeste de folie firent de cette Valse de Ravel une véritable merveille. Généreux jusque dans ses bis. Une belle transcription de la Valse Triste de Sibelius, quelques restes d’une Étude-Tableau de Rachmaninov jouée lors des éliminatoires du Concours Reine Elisabeth, le fameux Prélude en do dièse mineur du même compositeur et pour finir un extrait des Davidsbundlertanze de Schumann. Infatigable et toujours affable. Pour son retour à Bruxelles, Boris Giltburg n’a fait que confirmer le choix des jurés en mai dernier : il a ce je-ne-sais-quoi en plus qui fait qu’il ne pouvait que gagner.

François Mardirossian Bruxelles, Grande Salle du Conservatoire, le 9 octobre 2013

 

 

Qu'ajouter de plus?  Fervente lectrice du Crescendo magazine, je tenais à partager avec vous cete belle critique musicale de François Mardirossian. Notre pianiste préféré s'est fait interviewer par Xavier Flament à l'issue du concert. 12272953665?profile=original

 

12272955061?profile=originalhttp://www.bozar.be/activity.php?id=13199&selectiondate=2013-10-09

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administrateur théâtres

Ah ! vous dirai-je, 12272947498?profile=originalMaman,
Ce qui cause mon tourment ?
Depuis que j'ai vu Clitandre,
Me regarder d'un air tendre ;
Mon cœur dit à chaque instant :
« Peut-on vivre sans amant ? »

Ou « Soyez amants, vous serez inventifs ! » Voici donc le thème de ce spectacle délicieux monté sous les étoiles de Provence par Bernard Damien. Il lui reste un ultime adieu à faire à la Belgique avec son dernier spectacle «  Ainsi parla Zarathoustra ». Soupir.

 Mais cueillons avec gratitude cette avant-dernière soirée exquise animée par deux couples de comédiens étincelants : Anne-Marie CAPPELIEZ, Francis BESSON  et  Amélie SEGERS, Raffaele GIULIANI ( nos préférés ) , que l'on voudrait bien suivre au bout du monde. Le Var, c'est quand même un peu loin!  Une occasion trop rare d’écouter comment une langue imagée contribue  à la beauté esthétique de la langue française et convie  (trop rarement)  aux transports amoureux.12272948460?profile=original

Les chansons lestes comme celle de Colette Renard et bien d'autres chansons enfantines qui ont retrouvé tout leur sel se succèdent avec vivacité et enjouement. « Rares sont les femmes qui ont osé interpréter des chansons érotiques, paillardes ou grivoises. Il faut toutefois citer Yvette Guilbert dès la fin du XIXe siècle, Marie Dubas entre les deux guerres, et ensuite Caroline Cler, Danièle Evenou, Marie-Thérèse Orain… » mais ... c'est surtout Colette Renard qui fit figure de précurseur!12272948891?profile=original

 La langue française fuse comme autant  d’étoiles filantes. Voici retrouvé le goût du verbe

brillant, du pétillement de l’esprit. Les vers fleuris de «  Comment l’esprit vient aux filles… »

de Jean de La Fontaine veillent sur l’entreprise …ou la Chose ? Cette Chose conçue fort

adroitement  par le volage Abbé de L’Attaigant (1697-1779). Bien que le nom  de ce

contemporain deVoltaire soit désormais passé aux  oubliettes, les vers qu'écrivit ce "Grand   

Chansonnier" ont passé les siècles et se retrouvent régulièrement dans les spectacles

libertins. Bernard Damien utilise des extraits  de cette page d'anthologie qu'est «  Le mot,

la Chose » entre chaque scène en guise de  ritournelle verbale. Se souviendrait t-il de

 couplets répétitifs gravés dans des disques de chansons paillardes des années  1958? 12272949480?profile=original

La mise en scène est superbe. Imaginez (le jeu en vaut  vraiment la chandelle) un salon

ou un jardin. Plutôt un jardin, à cause des ombrelles de dentelle que manient les dames en

tenues coquettes de comtesses ou de marquises d’antan.  Les messieurs sont tout aussi

pittoresques, le mollet galbé dans des bas blancs, maniant tantôt  la canne et tantôt la carafe

et  le verre de cristal.  Des paravents pour les jeux de cache-cache, des bouquets de roses

rouges et des guéridons ornés de photophores rouges et au centre sur des tapis d’orient un

immense clavecin illuminé par des candélabres garnis de chandelles, où joue

délicieusement un joyeux  instrumentiste. Bientôt apparaissent en virevoltant des

personnages XVIII e… Musique, corps à corps effleurés, accords verbaux, fleurs d’esprit,

entrechats chatoyants, poursuites, esquives, connivences, chansons, rires, une pastorale 

charmante qui ne déplait que quand elle se termine. Las, on applaudira de tout cœur,

espérant tout de même un bis …qui ne viendra pas. Les comédiens ont  tout donné !

Diction parfaite, sentiments transparents, gestuelle gracieuse, rythme étourdissant,

du Watteau  sur scène. Voilà la Chose !  12272950266?profile=original

http://www.xltheatredugrandmidi.be/

Un spectacle charmant et plein d’humour «réservé aux adultes»…

Un moment d’espièglerie délicieusement dérobé à l’intimité des paravents faussement

opaques…

Un clair de lune parsemé de chansons grivoises qui prêtent à sourire

à l’abri d’un éventail…

Soyez les témoins attentifs - et complices … - des Galanteries amoureuses du Grand Siècle,

pour mieux apprécier celles du XXIème

    

avec     Anne-Marie CAPPELIEZ    Francis BESSON     Amélie SEGERS            

             Raffaele GIULIANI

et          Joël LUBBOFF au clavencin

    

adaptation et mise en scène     BERNARD DAMIEN

    

du 27 septembre au 12 octobre  à 20h30 - Grande Salle    

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administrateur théâtres

Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le  dimanche 6 octobre 2013 à 20 heures, on écoutait avec ravissement et sans pause l'ORFEO de Monteverdi. C’est sans doute l'œuvre la plus impressionnante et la plus révélatrice du génie du compositeur. Une œuvre unique, d'une ambition esthétique sans précédent alliant poésie, chant et musique. "Poète et musicien ont dépeint les sentiments du cœur avec un talent tel qu'il aurait été impossible de mieux faire. La poésie est belle de conception, splendide de forme et la plus magnifique qui soit dans sa diction. La musique sert la poésie avec une qualité telle que rien de plus beau n'a jamais été entendu" (Lettre de Cherubino Ferrari, août 1607).

 Par ses proportions monumentales et sa construction rigoureuse, par sa justesse expressive, et surtout par sa beauté, L'Orfeo, favola in musica mérite d'être considéré comme le premier chef-d'œuvre de l'histoire du théâtre lyrique moderne. « Orphée, fable en musique », fut écrite à l'initiative du duc de Mantoue pour la saison de carnaval 1607 et représentée le 24 février devant  l'aristocratie et les érudits de la ville.  Monteverdi semble avoir mis près d'une année pour en achever la composition.  On ignore où exactement se déroula la représentation (selon la tradition à la Galleria degli Specchi ou à la Galleria dei Fiumi du palais ducal), s’il y avait des costumes et des décors. La salle  en tout cas n'autorisait pas l'emploi de machinerie  scénique utilisée dans les théâtres. Le libretto, écrit par Alessandro Striggio, fut distribué au public et le succès fut si  considérable que le Duc de Mantoue  ordonna aussitôt  une seconde représentation,  le 1er mars 1607.

Le mythe d'Orphée chanté par Ovide, très populaire au début du XVIIe siècle, est la base du  livret de Striggio où  la figure d’Orphée  prend des allures christiques. Les actes I, II et V évoquent  la pastorale tandis que les actes III et IV  sont situés aux Enfers. L'œuvre s'articule autour d'éléments purement orchestraux s'appuyant sur des rythmes de danses : la toccata initiale, les symphonies des débuts et fins d'actes, les ritournelles. Autour des parties chantées par le  chœur, on retrouve des solistes ou  des duos  rappelant la canzonetta ainsi que des  récitatifs et des arioso. La qualité expressive de la mélodie accompagnée d'instruments polyphoniques est exceptionnelle de  profondeur et d’humanité. Les visages trahissent les moindres émotions et la voix s’échappe, juste et spontanée.  La virtuosité met en lumière les passages dramatiques. La construction est très variée et équilibrée.  Monteverdi parvient à mettre dans le  drame de Striggio une charge émotionnelle très intense. En effet les  dilemmes, les joies et les peines des personnages se retrouvent comme enluminés dans l’orchestration. Différents rappels thématiques et  le choix de certaines sonorités soulignent des atmosphères et les émotions ou des changements de personnages. On entend une majorité d’instruments  nés à  Crémone mais aussi le  clavecin,  l’orgue régale, une  harpe d’or, le  luth et  les violes de gambe qui contribuent  à décrire intimement et de façon très vivante le destin de chacun des protagonistes.   

Chef en résidence au Centre culturel de rencontre d'Ambronay depuis 2010, Leonardo García Alarcón est un spécialiste de la musique de Claudio Monteverdi dont il connaît les moindres secrets et admire profondément la beauté. Il partage ce soir  la fraîcheur de son interprétation et la fougue de sa direction avec les jeunes instrumentistes et chanteurs  de la 20e académie. Le rôle de l'Orfeo a été confié au chanteur professionnel, Fernando Guimarães, ténor.  Les musiciens  de l'Académie baroque européenne d'Ambronay  jouent debout dans une lumière tamisée  une brillante Toccata tandis que le prologue  est personnalisé par l'arrivée de La Musica  interprétée par Francesca Aspromonte, soprano. Elle porte une longue robe noire très élégante et une longue queue de cheval de cheveux châtains. Avec délicatesse extrême elle  présente la fable d'Orphée qui par son chant apaise les bêtes sauvages et par ses prières soumet l'Enfer.

 

Il n’y a pas  ce soir de mise en scène particulière comme dans d’autres représentations d’opéra : prima la musica !  Mais les spectateurs ont la surprise  de découvrir les voix des solistes en de multiples  endroits de la salle Henry Le Bœuf : dans une allée, aux balcons, dans les coulisses. Le chœur, peu nombreux mais d’une présence extraordinaire, tour à tour bergers, nymphes ou esprits  se lève, bouge, sort de scène et réapparaît là où on ne l’attend pas … dans une chorégraphie sans cesse renouvelée. Jullian Millan nous offre sa très belle voix de baryton, en « pastore e spirito ». Hugo Bolivar et Alexis Knaus endossent  les voix de contre-ténor.  La mise en espace assurée par Fabien Albanese est donc très vivante. Les personnages jouent avec grande finesse un  répertoire très varié d’émotions. C’est  juste et émouvant tant cela a l’air naturel. La dynamique du  jeu des lumières -  rougeoyantes quand on est aux  Enfers, dorée pour célébrer la victoire orphique - est tout aussi soigneusement élaborée et évocatrice.

 

Pendant qu’Orphée  au son de sa lyre d’or conte son histoire d’amour (depuis le temps où Eurydice se refusait à lui et jusqu’à  maintenant où il exulte de bonheur), apparaît la Messagiera, funeste oiseau de nuit (une émouvante Angelica Monje Torrez ,mezzo-soprano).  Elle  interrompt brutalement  les festivités  des bergers et des nymphes. « La tua diletta sposa è morta » annonce la messagère avec des accents dramatiques, soutenue par de sombres accords de l’orgue.   La belle Eurydice dont on n’entend que deux brèves apparitions (Reut Ventorero, soprano) est morte, mordue par un serpent, dans un pré où elle cueillait des fleurs pour sa guirlande nuptiale. Rien n'a pu la sauver. Orphée, pétrifié de douleur  se révolte et décide de descendre aux Enfers pour l’arracher  à  Pluton grâce à la beauté de son art. S’il n’arrive pas à  la ramener sur Terre, il demeurera avec elle dans le Royaume des ombres. « Rimarro teco in copagia di morte, Adio terra, adio cielo, e sole , adio » Une plainte merveilleuse qui s’achève sur  un magnifique  duo des nymphes et les lamentations funèbres, à la fois  fortes et tendres du chœur. Dramma per musica.

 

La Speranza (Cecilia Mazzufero , soprano) conduit Orphée  armé de sa seule lyre, jusqu’aux rives  du Styx, les portes de l’enfer  où règne Pluton (l’impressionnant  Yannis François, basse). Elle le conjure de  lire la terrible inscription « Lassciate ogni speranza , voi ch’entrate »  "O vous qui entrez, abandonnez toute espérance". Charon (Yosu Yeregui, basse), le terrifiant nocher, refuse de lui faire traverser les eaux noires. Orphée parvient à le faire fléchir grâce à ses chants et l’endort. Harpe puis clavecin et violon seul soutiennent sa prière.  Deux  simfonia aèrent la tension dramatique intense de ce chant poignant, les cors ont joint leurs appels désespérés à la voix d’Orphée. Le chœur  a chaussé les masques  des esprits infernaux et commente l’action avec solennité comme dans une tragédie grecque. mais la  sinfonia renoue vivement  avec la joie.  

 Proserpine ( Claire Bournez, mezzo-soprano) est  tellement émue qu'elle supplie Pluton  de rendre Eurydice à Orphée.  Pluton, lui prenant la main, y consent par amour pour sa femme « tuo suavi parole d’amor… »  Le chœur acquiesce : «  Pietade, oggi, e Amore trionfan ne l’Inferno »  Mais  à la condition que  jamais Orphée ne  pose ses yeux sur sa femme, sinon elle  disparaîtra à jamais.  Et voici le doute qui assaille soudain  Orphée alors qu’il la conduit vers les cieux. Eurydice le suit-elle vraiment? Un bruit d’orage lui semble être les Furies s'apprêtant à lui ravir son bien. Il se retourne. Eurydice est au balcon, perdue à tout jamais, tandis qu'il est entraîné vers la lumière « dove ten vai, mia vita ? Ma moi grado me tragge e mi conduce a l’odiosa luce ! » Sinfonia et chœurs des esprits  accompagnés des vents intenses  achèvent l'acte.

L’Acte V voit  Apollon (Riccardo Pisani, ténor) descendre du ciel (balcon gauche), faire une entrée triomphale du fond de la scène. Il vient offrir à Orphée qui se tient devant lui  les yeux baissés,  secours et immortalité, car  aucune joie ne dure longtemps sur terre. « Dunque se goder brami immortal vita , vientene meco al ciel, ch’a se t’invita »  Un dénouement édifiant dans l’air du temps en ce  début de 17e siècle. « Qu’aucun mortel ne s’abandonne à un bonheur éphémère et fragile, car bientôt il s’enfuit, et même, bien souvent, bien souvent, plus haut est le sommet, plus le ravin est proche. » avait prévenu le chœur !  Dans les cieux, Orphée pourra contempler indéfiniment l'image céleste d'Eurydice. Apollon remonte la scène par la gauche, Orphée par la droite de part et d’autre du chœur. Nymphes et bergers célèbrent en chantant et dansant cet amour transcendé et impérissable. Et le premier opéra de l’histoire de la musique, commencé par une Toccata  se referme sur une Moresca. Leonardo García Alarcón rend compte de l’équilibre et  l’esthétique parfaite de l’œuvre.  Splendeur et raffinement, les  tableaux musicaux sont tous bien contrastés, l’interprétation chantée est cohérente, fluide,  généreuse et idéalement nuancée. Cherubino Ferrari, dans sa lettre du mois d' août 1607 avait bien  raison.

 

http://www.bozar.be/activity.php?id=13235&selectiondate=2013-10-06

 

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12272955668?profile=originalOn est au cinéma! Et quatre personnages vont crever l’écran, en live ! Ils jouent la Chose debout contre la toile et parfois, juchés sur des tabourets. C’est leur âme et leur sensualité qui feront le reste! Pas le moindre artifice ou accessoire, juste des jeux d'ombres et de lumière très parlants. L’essentiel : un lent crescendo vers un aveu difficile pour les femmes et encore plus pour les hommes. Les deux jeunes couples sont craquants de sincérité et … de mauvaise foi. Ils sont tous amoureux à leur façon, là n’est pas la question, leur intention à chacun  est de faire plaisir à l’autre,  mais il y a un hic : leur plaisir à chacun  est … mitigé. Culpabilité à la clé.

12272955487?profile=originalLa société accommode le sexe, sujet rabattu, à toutes les sauces. De la publicité à l’art de vivre, le sexe est omniprésent et une réalité qui touche de plus en plus jeune. Mais quoi ? Il reste un vrai mystère. Il fallait oser le dire. C’est le parti qu’a pris Susann Heenen-Wolff, docteur en philosophie et psychanalyste clinicienne en écrivant cette pièce de théâtre pour disséquer adroitement ce sujet encore fort tabou malgré son étalage médiatique. Ce qu’on connait ne fait-il pas moins peur, c’est sans doute le mobile qui a poussé la psychanalyste à prendre la plume ?  Une écriture très humoristique et à la fois très  pédagogique, documentée, truffée de citations éclairantes qui passent très bien la rampe. Elle explique : «  Depuis longtemps, on parle dans les revues conçues pour femmes de leurs difficultés spécifiques à atteindre l’orgasme par la seule pénétration. Mais on a beau expliquer les raisons de ce « trouble », on a beau proposer des « traitements » pour y remédier ( cure psychanalytique , thérapie sexologique , thérapies d’inspiration féministe), il semble que cette difficulté reste bien présente et soit plutôt structurelle : il ne s’agit donc pas d’un « trouble » qui relève d’une histoire individuelle, mais qui se niche dans la nature même de la sexualité de la femme... »

 « Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu'il faut. » dirait Albert Camus.  On se ment à soi-même pour se consoler et  à l’autre, pour faire plaisir! Mais l’auteur s’en abstient. Au contraire, vous reconnaitrez dans les dialogues la vérité du vécu,  la petite phrase anodine qui pourrait être prononcée par n’importe qui, homme ou femme… « Dommage que tu veuilles toujours dominer… » Elle ne croit pas si bien dire l’importance du verbe, l’importance de l’imagination, d’autres approches. Face au noir ou blanc, il y a la recherche de toutes les nuances de gris…. Celles que l’on retrouve dans les marbres miroitants du Taj  Mahal…12272956081?profile=originalpour ne pas rester de marbre ! Comme en politique, chaque mot a son importance.

Sur scène, on revoit avec un plaisir immodéré   Stéphanie Van Vyve dans le rôle de Charlotte. Elle fut Fantine dans les Misérables joués au pied de la butte du Lion de Waterloo. Elle a mis en scène et joué Diotime et les lions d’Henry Bauchau. On retrouve avec émotion le très nervalien (El Desdichado ?) Fabrice Rodriguez (applaudi dans Hammelin). Ils sont tous  deux ici des comédiens merveilleusement complémentaires. L’autre couple composé de Mathilde Rault et de Quentin Minon, n’ont rien à leur envier. La connivence du quatuor est si évidente que l’on pourrait croire qu’ils improvisent sur scène. Voilà donc  un travail d’équipe exemplaire.  

12272956279?profile=originalEn dehors de l’excellence absolue de son casting, la metteuse en scène, Christine Delmotte a plus d’une corde à son arc. Qu’on se souvienne avec délices de plusieurs de ses productions comme  Le sabotage amoureux ou  La comédie des illusions.  Elle rentre dans l’abîme du sujet par la lecture de citations très instructives d’une masse d’auteurs qui se sont intéressés à « la Chose ». Lunettes au bout du nez, Sandrine, l’un des personnages,  fait doctement la lecture aux autres sur sa main, à la façon d’enfants qui jouent… « Sandrine prend son carnet dans son sac » : en effet,  les notations scéniques – les didascalies - sont récitées face au public comme si cela pouvait aider le spectateur à se distancier un peu du sujet brûlant.  Car tout le reste est d’une intimité brûlante. Les supports musicaux sont d’une actualité  flagrante mais on ne vous dévoilera rien !

Vous voulez une phrase de mecs ? « On ne peut pas parler d’autre chose ? » Et vous aurez tout compris !  Les personnages s’animent et se figent quand la tension devient trop forte, gelés ou bouillants de l’envie de comprendre et de savoir, mais jamais ils ne quittent vraiment la scène. Adultes, ils égrènent (face au public encore) tout ce qui se dit et se fait  dans la vie sociale codifiée bon chic bon genre. Authentiques,  ils  se dévoilent avec tendresse retrouvée  lorsqu’ils jouent entre eux l’intimité souvent tue par dérision. Vous l’aurez compris, ce spectacle fourmille de nuances. Il est enraciné dans le bon goût et la recherche généreuse du bonheur de l’autre. Et les joueurs de bridge seront aux anges. Car le but de ce jeu n’es-il pas de jouer le plus intelligemment possible avec le jeu qui vous est donné, sans faire confiance au hasard ou à la chance ?  Un jeu où l’on peut gagner, sans avoir toujours  les meilleures cartes ?

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/atelier/piece1.html 

&

http://www.biloxi48.be/spectacle_Je_mens_tu_mens.php 


"Je mens, tu mens!" Crédit photo Anna Giolo
        Du 25/09 au 26/10/2013

Les mardi et le samedi 19/10 à 19h
Du mercredi au samedi à 20h15
Dimanches 29/09 et 13/10 à 16h

12272956869?profile=originalAu Théâtre de la place des Martyrs
22, place des Martyrs
1000 Bruxelles

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administrateur théâtres

Une grande première en Occident…12272949691?profile=original

Trois jours au rythme de la vie des temples taoïstes chinois…

 

C’est en effet la première fois  qu’une délégation aussi importante, par la taille et le prestige des personnalités qui la composent, quitte la Chine pour se rendre en Occident. 88  moines et dignitaires du taoïsme  ont quitté la terre de l’empire du Milieu pour se rendre chez nous, au cœur de l’Europe et animer le festival du Taoïsme à Bruxelles. En effet un séminaire présentant plusieurs pratiques taoïstes (art martial, calligraphie, initiation aux instruments de musique traditionnels, offices, cérémonies et rituels …) s’est déroulé au palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

 

Un spectacle de musique traditionnelle taoïste et d’art martial taoïste clôturait cet événement présenté pour la première fois en Europe.

 

Même en Chine, peu de temples assurent ces offices de cette façon, c’est-à-dire dans le cadre d’une cérémonie avec une dizaine de moines qui officient. Seuls les grands temples, pourvus d’une grande communauté ayant reçu les enseignements propres aux lectures, musiques et chants des textes sacrés peuvent les présenter. A Bruxelles, dans le cadre du festival, ces cérémonies seront assurées par des moines de Changchun Guan, le temple taoïste de Chine qui réalise le plus d’offices et de rituels.

 

Ces rituels  ont  souvent pour objectif de  transmettre une requête aux immortels ayant trait à la  protection de la famille, la réussite dans les affaires ou dans les études, l’apaisement des âmes des ancêtres,  la fécondité, le mariage, … Le taoïsme est un art de vie basé sur une sagesse chinoise ancestrale. Il nous permet d’être en chemin et d’aller à la rencontre de notre vraie nature, d’être nous-mêmes.
Art de vie aux multiples facettes, le taoïsme peut être appréhendé par différents côtés de la montagne. Selon la voie empruntée, le chemin sur lequel nous marchons et les paysages qui s’offrent à nos sens sont différents. « Se connaître soi-même est la vraie sagesse », chapitre 33 du Dao De Jing.

Les trois maîtres de cérémonie de Chang Chun Guan  étaient  présents, ce qui est en soi un fait exceptionnel car ils ne se déplacent généralement pas tous ensemble.

 

Le spectacle s’ouvre sur une procession d’une vingtaine de moines coiffés d’une toque particulière. Ils portent un long manteau  rouge bordé de noir et une étole précieuse. Est-on insidieusement  frappé de berlue ? Le jeu de lumières sur les grands orgues ? On jurerait que nous sommes arrivés dans un grand temple taoïste. Au centre il y a ce grand tambour rouge, à gauche, le gong de bois et à droite, le bol sonore, deux éléments qui en plus des cymbales, de la cloche et des chants portent les prières vers le grand immortel.12272950882?profile=original

Le salut des arts martiaux et les voilà remplacés par une procession de femmes vêtues de costumes bleutés entourant les trois sages en manteaux brodés d’ors jaune, rouge et vert. Des bruits de nature, le ruissellement de l’eau et les chants d’oiseaux mêlés de luth et de flûte enlacent la danse de quatre danseuses qui opèrent avec lenteur et harmonie. La danseuse principale se dégage et fait claquer un éventail rouge sorti de sa manche à chacune de ses postures énergiques. . Au son d’un tambour, ce sont maintenant deux hommes qui s’affrontent ; le dernier développe un solo héroïque et flamboyant. Un orchestre en manteaux bleu suie est arrivé avec ses instruments à cordes,  ce qui ressemble à un orgue et des  flûtes. On contemplera aussi une procession de femmes vêtues de manteaux saumon bordé de noir. Elles portent deux étendards. Le symbole du Ying et du Yang est partout. L’officiant semble disperser des gouttes d’eau d’une feuille trempée dans un vase. Quel voyage au cœur de la culture chinoise !12272951687?profile=original

 Voici maintenant  la menue nonne chinoise qui va faire quelque chose d’extraordinaire : du jamais vécu dans la salle Henri Le Bœuf. D’une voix en anglais de là-bas,  frêle et forte à la fois, elle va promettre la sérénité, la paix d’esprit  et le bien-être à tous les spectateurs. Ils obéissent à sa voix et se concentrent tous sur l’exécution d’une respiration coutumière au yoga, assis les yeux fermés … 1500 disciples en un coup de filet magique ? Du jamais vu : les 1500 spectateurs se lèveront, à la commande de la jeune prêtresse pour faire une  posture de torsion à gauche et à droite, les brais noués vers le ciel… Un sourire est monté aux lèvres de tous.12272951857?profile=original

 Après l’entracte, l’ambassadeur de Chine présente le grand maître … qui dans un dialecte haut en tonalités répand sur l’assemblée ses bénédictions de paix avec les autres et avec soi-même. Sans oublier la prospérité et la longévité… La deuxième partie du spectacle se fait beaucoup plus dynamique avec des danseurs qui manipulent des flambeaux de crins de yak, des épées ondulantes. La récitante dont le costume pantalon et chemise longue blanche et orné d’une chasuble en voile couleur parme se diluera dans un solo de danse fluide et méditative. Le tout s’achève par un  triple concert de moines musiciens en bleu et or présente une musique trépidante, au bord de la transe avec les trompettes tibétaines qui s’insinuent dans l’immense variété de gongs, de tambours et d’instruments à vent et à cordes aux timbres rares.  Voilà bien une expérience esthétique inoubliable, une rythmique mystérieuse et des vibrations qui sont faites pour nettoyer l’esprit de tout ce qui encombre.   12272952463?profile=original12272952861?profile=original12272953294?profile=original

 

 

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administrateur théâtres

12272947898?profile=originalC’est d’abord une musique improvisée au violoncelle qui vous enlace dans le noir complet. Ensuite la lumière se fait sur une femme, grande et longiligne, habillée des pieds à la tête d’une robe de religieuse intemporelle faite de lin blanc. Un linceul, avant l’âge ? Elle s’est assise sur une dure  chaise de bois  faite d’espaces vides, l'encadrement du vide cosmique? Le visage a les yeux baissés, ourlés de cils de poupée. La peau est lumineuse, les pommettes hautes, le teint nacré, le sourire entre sagesse et gourmandise, les cheveux jais: une garçonne ondulée sans le moindre apparat. La vision est celle d’une tragédienne du théâtre grec. Pendant toute sa confession intime, jamais le corps de cette femme ne bouge, qu’elle soit assise ou qu’elle se tienne debout. Toute la passion passe par le visage d’une mobilité extrême, le lieu où l’âme du texte se transfigure…. C’est à dire que le texte lui-même semble s'être épris de la comédienne, éclairant la moindre parcelle de son visage, faisant briller son regard ou perler des larmes silencieuses, faisant frémir  son expression au rythme harmonieux  des mots. Le verbe se confie, soupire, se rebelle, tempête et entre en fusion dans cette bouche généreuse, pulpeuse et sensuelle, découvrant les dents parfaites d’une merveilleuse jeunesse.

12272949065?profile=originalCette femme, la comédienne Christelle Willemez, a réellement  rencontré une autre femme : Christiane Singer qui est l'auteur du texte 'Entre ciel et chair', l’histoire vraie des amants mythiques Héloïse et Abélard. Elle en est devenue le ménestrel. « "Jamais, Abélard, et je te le jure devant le ciel et la terre, je n’ai été plus près de Dieu que dans nos embrassements. Et personne, aucun des Pères de l’Eglise, m’entends-tu, aucun Pontife, et tu connais ma foi, ne m’en dissuadera : la voie du divin a passé pour moi par les entrailles." Par sa voix et l’émotion intense qu’elle verse comme un philtre magique dans le texte, Christelle Willemez nous emmène sur le chemin d’une filiation de femmes passionnées, généreuses capables de l’oubli de soi pour atteindre l'extase, l'illumination, la béatitude? Un chemin qui remonte aux sources de l’amour courtois, Tristan et Yseult...

La voix de Christelle Willemez imprègne le texte d’émotion et de richesse rythmique et ses  silences se transforment en musique. Si Héloïse se sent « être la caisse de résonnance d’Abélard », sa voix  suspendue se prolonge en échos mystérieux sous le très sensible archet de Michel Thouseau  qui l’accompagne au violoncelle. Des vibrations profondes, puissantes et bien timbrées, des thèmes improvisés évoquant le moyen âge et des pizzicati  lumineux égrènent le chapelet de cette histoire tragique et merveilleuse à la fois.  Aussi les chants d’oiseau, les saisons, la poussière des chemins lors de  la fuite  des amants vers la Bretagne, la perte de l’enfant et l’enfermement dans le cloître du Périclet. La passion intense,  parcours initiatique douloureux  mène Héloïse à l'émerveillement. « Il y eut dans ma vie deux transformations radicales de tout mon être. La première c’est la passion qui l’opéra. La deuxième fut l’acceptation de notre destin. Pendant longtemps la souffrance n’a pas cessé de me chauffer à blanc sans que rien ne soit modifié dans mon existence. Et soudain, un changement radical s’opéra : l’aptitude à souffrir me fut ôtée. »  Quand survient le pardon… Laissons Héloïse le dire : « Tout se passa comme si, après une longue cécité, je recouvrais la vue. Chaque nœud de bois me surprenait, les aspérités du mur, la trace du ciseau des tailleurs de pierre aux liteaux, la fine ciselure des feuilles d’aneth, la couleur jaune… Je m’aperçus que jusqu’alors je n’avais rien vu de ce qui m’entourait. Un émerveillement commença dès lors qui n’a plus cessé depuis. »

 

 

12272748692?profile=originalDepuis sa création au Festival Off d’Avignon 2004, « Entre ciel et chair » a été à l’affiche de nombreux théâtres parisiens (Petit Gymnase (2006-2007), L'Aire Falguière (2010) et au Théâtre du Lucernaire (2011). Ce spectacle, en tournée depuis bientôt 10 ans,  fêtera bientôt  sa  180ème représentation et ses 8000 spectateurs.  C’est Clara Ballatore qui a dirigé la mise en scène totalement épurée où se conjuguent harmonieusement la sensualité et  la spiritualité. Le créateur de lumières, Franck Vidal  a joué des miroitements, des plongées dans la passion -éblouissement et torture - avec immense talent. C’est un bonheur qu’une autre femme, Fabienne Govaerts, ait pu accueillir ce spectacle intense et beau en Belgique en son  théâtre de la Clarencière.

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Les jeudi 3, vendredi 4, samedi 5 octobre 2013 avec Michel Thouseau
Les jeudi 10, vendredi 11, samedi 12 octobre 2013 à 20h30 avec  Birgit Yew

http://www.laclarenciere.be/

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administrateur théâtres

« Matière à Rire »

Voilà une belle mort sans doute que celle de mourir de rire ! Mais plût au ciel que nous restions bien vivants et le plus longtemps possible ! D’ailleurs le texte de Véronique Dumont " Album ou les chevaliers, c’est une autre histoire " - contrairement au titre de la pièce - est très clair là-dessus : « Une des personnes du groupe : Tu as une dernière volonté ? Lui : Je veux pas mourir. »12272948653?profile=original

Véronique Dumont s’est emparée d’un sujet tabou pour notre société : La mort. La mort est la seule certitude humaine que l’on a, quant à notre avenir. Notre société en retarde le moment et en adoucit les conditions - l’aseptise et la cache - mais elle continue à faire peur et à hanter les Arts et les Lettres, de la musique à la philosophie. L’auteur de cette création a donc eu pour intention, non de banaliser la chose - la vie et l’actualité s’en chargent suffisamment - mais d’apporter au spectateur quelque chose qui lui fasse du bien. 12272949474?profile=original

Quelque chose qui le distantie de son angoisse. Cetains utilisent la philosophie ou le cheminement spirituel. Pour l’auteur et metteur en scène, LE RIRE est une thérapeutique efficace. Ses personnages sont des surdoués d’idiotie, mode clown bien connu. Cela leur permet comme dans les fous de Shakespeare de sonder sans complexe des questions qui nous échappent. La « pièce » (ou le music-hall, allez savoir !) se structure en cinq fables qui exposent des situations de la triste condition humaine, envisagées sur un ton comique. Les fabliaux essaient d’insuffler à des situations humaines de plus en plus tragiques un traitement médico-poético-méli-mélo-rococo-rigolo.12272949667?profile=original 12272950494?profile=originalMais sachez que la scène hyperréaliste des deux vieilles pathétiques au seuil de la mort a de quoi glacer d’effroi, plutôt que de rire aux éclats. La déchéance physique ou morale n’est pas matière à rire. On ne peut balayer un tabou d’un coup de mise en scène comique ! Et la descente aux enfers dans cette création suit son cours inexorable. L’intention de l’auteur est respectable mais le résultat dans la salle reste plutôt mitigé. Même si ce que le public va regarder n’est qu’une représentation de la vie et non la vie, le spectateur ressort fort embarrassé devant cette cruelle mise à vue.

Maints dociles spectateurs (ou des spectateurs jetés dans l’inconfort) n’ont eu que le rire pour se sauver devant le pauvre homme qui perd un enfant, et devant cette vieille femme qui peine à se trainer dans un déambulateur dans une  interminable scène sans paroles. Certains s’en sont voulu après …d'avoir ri! Peut-être qu’au cinéma, cela intéresserait des cinéphiles vu l’excellent jeu scénique. Ce sont en effet de très bons exercices de style qui conviendraient parfaitement à des examens de Conservatoire. Trop de gens sont confrontés, dans la réalité, à de telles situations, pour s'autoriser à  présenter cela au public sous forme de délassement.

12272951477?profile=original12272952068?profile=originalLe premier « acte » est pourtant très au point (lumières, costumes, jeu, texte) car comme le dit Camus : « l’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. » Ce surprenant épisode « chevaliers » est magnifiquement mis en scène, fin et drôle à souhait, et fait échapper entre les plaques de l’armure des chevaliers des dévoilements très justes sur notre société. Et puis, cela tourne au vinaigre dans « le tricot magie » où l’infortune humaine et la méchanceté sont à vif. Peut-on vraiment en rire ? Vous riiez, vous quand vous lisiez "Le petit Chose" d’Alphonse Daudet ?

L’acte « It’s funny » se devait d’être drôle, par le titre du moins. C’est lui un morceau délirant, totalement incohérent, presque hors-jeu… toujours splendidement interprété et mis en scène, ce n’est pas ce que l’on reproche ! On se souvient aussi avec grand bonheur de la mise-en-scène éblouissante de « Trois grandes femmes » de Edward Albee, l’année dernière au théâtre Le Public par la même Véronique Dumont.

Dernier clin d’œil, pour ceux qui veulent rire : la jovialité de la troupe en pleine forme qui termine le spectacle par une danse "vitale" plutôt que "macabre" est certes un beau morceau de surréalisme, mais nous ne sommes certainement pas morts de rire ce soir-là.

http://www.atjv.be/Album-ou-Les-Chevaliers-c-est-une-autre-histoire Création mondiale

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administrateur théâtres

Cette année marque la commémoration de la mort du plus illustre enfant de Liège : André GRETRY.  Le concert d’ouverture de la saison de l’OPRL commence par une longue suite d’extraits de son opéra « la Caravane du Caire ».  Le soliste, Marc Bouchkov,  prévu pour ce concert , n’a pas pu pour des raisons de santé, jouer le Concerto n° 5 de Vieuxtemps, autre valeureux compositeur liégeois qui était au programme Par chance, le célèbre violoniste Boris Belkin, fidèle ami de l’Orchestre, a accepté de prêter son archet en dernière minute  pour remplacer  le violoniste, moyennant un changement de concerto, compte tenu de l’urgence. Boris Belkin se retrouve donc ce soir aux côtés de Christian Arming et de l’OPRL, pour nous interpréter  le 1er concerto pour violon de Max BRUCH. C’est la Symphonie héroïque de Beethoven qui clôturera ce splendide concert.

 

12272947277?profile=originalEntrons donc par l’imaginaire...

...dans  cette nouvelle saison 2013-14 qui s’annonce très orientale, avec des extraits de la Caravane du Caire. L’accueil des hautbois est particulièrement festif. Et tout de suite le spectateur entre dans le jeu de Christian Arming, jeune chef d’orchestre pétulant à l’extrême. Quand on dit s’identifier aux personnages d’un roman, cela semble une banalité et on imagine peu que l’on puisse s’identifier à un chef d’orchestre! Mais c’est le cas pour ce concert.   Christian Arming aurait-il fait un détour par l’Actors Studio, que l’on n’en serait nullement surpris car il tire avantage d’une identification physique, affective et psychologique totale au personnage, pardon, à la musique !  Folâtre, il  caresse tour à tour la vaillance, l’humour et la légèreté. Ses tranches de musiques sont impétueuses, presque au bord du pastiche de la musique de cour, tous siècles confondus. On accueille tantôt le pittoresque de danses villageoises tambourins à l’appui, tantôt la gravité et la solennité d’une procession envoyée  par les percussions mêlées aux vents et aux cuivres secs. C’est le désert et les caravanes, n’oublions pas! Le chef d’orchestre conduit la Caravane de l’arrondi des poignets, aux pointes des genoux. Un long crescendo orchestral  très bien amplifié s’arrêtera brusquement. Juste encore quelques accords joyeux pour l’arrivée au point d’orgue.

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Boris Belkin nous plonge dans un romantisme mordoré aux accents slaves. Son premier solo est repris avec une puissance dramatique exceptionnelle par l’orchestre  (percussions, cors majestueux, hululement des bassons) dont on oublie le chef pendant de longues minutes, tant Boris mobilise l’attention. Le violon seul respire l’émotion et palpite de virtuosité. L’orchestre ondoie sous les rubatos. Détresse humaine, sanglots sont soudainement éteints par quelques coups de maillets, de la douceur du duvet. Mais l’orchestre reprend. Le sentiment débouche sur la passion et  on n’a toujours d’yeux que pour le violoniste. Ses notes aiguës : plus pures que le cristal ? Non ! Des jets de lumière. Aux longs murmures de l’orchestre succède le thème, à son apogée. Le sourire du violoniste flotte sur l’amplitude de l’Adagio incandescent. Le chef d’orchestre a quitté une conduite que l’on croyait sage. C’est le déchaînement.  Il cueille au sol les arabesques et courbes musicales et  le reste n’est que flamboiements.

 

Dans  la Symphonie héroïque de Beethoven, la conduite de Chris Arming se fait  féline et athlétique. Il y a des effets grandioses et des retenues délicates et frêles. Il mélange Vulcain à sa forge et la grâce du troubadour. Il dessine avec intelligence un réseau de dynamiques complexes. Des grésillements secs de violons sculptent le silence entre chaque envolée lyrique. Les cuivres séducteurs s’interposent entre les coups du Destin et les avalanches de cordes. Une mélodie presque tendre s’échappe de l’ensemble guerrier. La première violon est la passion personnifiée et le reste de l’orchestre est rutilant comme l’armure homérique d’un guerrier grec. Dire que ce n’était que le premier mouvement ! La vision lugubre de champs de bataille envahit le deuxième mouvement. Chris Arming  par  mimiques labiales, provoque tour à tour le fracas puis le fait  taire. Les violons esquissent un tempo de valse, des larmes plein les archets. Les cymbales sonnent des avertissements mais les violons retrouvent leur motif encore plus adouci et immatériel. Les cors tiennent de  longues notes comme si des  vies étaient  en train de s’échapper à regret. Christian Arming conduit devant et  derrière lui, de face et de côté. Son expressivité est exceptionnelle, sa coiffure sage d’English schoolboy virevolte au vent musical.  Le thème revient dix fois, en échos dansants comme un fil d’or précieusement retrouvé. Des violons magiques fleurissent autour de ce fil ténu: celui de la vie, celui de la liberté ? Cela se métamorphose en chant victorieux et ovations enthousiastes du public.  

 

Christian Arming direction - Boris Belkin violon -  Orchestre Philharmonique Royal de Liège
André-Modeste Grétry, La caravane du Caire, extraits Max Bruch, Concerto pour violon et orchestre n° 1, op. 26 Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 3, op. 55, "Eroica"

 http://www.bozar.be/activity.php?id=13165&selectiondate=2013-09-26 

 

 

Ce vendredi 27 septembre à 20h, à l'occasion des Fêtes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Musiq'3 a diffusé en direct ce concert d'ouverture de l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège.

 Vous pouvez donc réécouter ce concert! Ici: http://www.rtbf.be/radio/player/musiq3?id=1856832

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administrateur théâtres

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Jérôme Correas direction - Salomé Haller soprano - Mélodie Ruvio mezzo - Jean-François Lombard ténor - Thibaut Lenaerts ténor - Jean-Christophe Fillol baryton - Les Paladins , Chœur de Chambre de Namur

Georg Friedrich Händel  Ouverture "Il pastor fido", Ode for the birthday of Queen Anne, HWV 74, Te Deum, "Utrecht", HWV 278, Jubilate, HWV 279

En 1713 prenait fin la guerre de succession d’Espagne, avec la signature du célèbre Traité d’Utrecht. Pour la première fois en Europe, un conflit s’achève à une table de négociations et non sur un champ de bataille ! Créé en juillet de la même année à la Cathédrale Saint-Paul de Londres, le Te Deum de Händel est une œuvre festive destinée à célébrer l’événement. Le Chœur de Chambre de Namur et Les Paladins de Jérôme Correas se donnent rendez-vous sur la scène du conservatoire pour lui rendre vie.

Fondé en 1987, le Chœur de Chambre de Namur est maintenant l’un des chœurs européens de référence.  Sur 25 ans, celui-ci a eu l’occasion de tisser de nombreuses collaborations internationales et d’éditer de nombreux enregistrements. Des directeurs artistiques de très grande qualité - Pierre Cao, Jean Tubéry, Leonardo García Alarcón - se sont succédés à la direction artistique de cet ensemble qui fête cette année ses 25 ans d’existence. C’est dans le cadre, hélas vétuste du Conservatoire Royal de Belgique, que nous avons pu les écouter en live ce 25 septembre dernier. 

12272965479?profile=originalLa soirée débute sous les meilleurs auspices avec l’ouverture de « l pastor Fido » HWV8 composée en 1712, deuxième opéra composé par Haendel à l'intention du public britannique, alors qu’il avait moins de trente ans. Une ouverture à six voix, où  le clavecin cède la place à l’orgue … qui met en place  prestance et lumière. L’aréopage des cordes se fait discret pour mieux mettre en valeur les flûtes joyeuses. La direction d’orchestre est assumée, directe et généreuse. Voilà le décor bien  planté par un homme, Leonardo Garcia Alarcon que la musique d’Haendel inspire.

12272965671?profile=originalVient ensuite l’ «  Ode  for the Birthday of Queen Anne » HWV 74, écrit l’année suivante pour célébrer l’anniversaire de la reine l’année de  la paix d’Utrecht  (1713), une paix négociée mettant fin à la guerre de succession d’Espagne. « Eternal » long et appuyé dans  « Eternal Source of Light Divine »  invite dans l’espace divin….  Celui d’une reine adorée qui a octroyé à Haendel un accueil et un soutien chaleureux. La voix de Jean-François LOMBARD, contre-ténor séduit d’emblée, à la fois aérienne et résonnante. Cette voix a ce qu’il faut d’humour et la diction est impeccable. Elle affirmera tout au long du concert,  la puissance  de son inspiration et le naturel de son phrasé. Thibaut LENAERTS , le ténor séduit lui aussi par ses timbres justes et corsés, juste ce qu’il faut.  Dans le numéro 7  de l’œuvre, on croit reconnaître un numéro qui se glissera quelque part dans le Messie, l’un des « réemplois habituels » à cette époque où l’on pratiquait largement l’autocitation. Le chœur déploie dès le début une belle vigueur alors qu’il est réduit à un très petit nombre de choristes. A continuer le voyage, on  pourrait se sentir transporté à une Candlemass dans une cathédrale, et  pourquoi pas dans un autre siècle à St Paul’s, pour écouter une musique fastueuse. Mais ici on a l’avantage de profiter  d’une palette de couleurs très  diversifiées ne négligeant aucune nuance.  La soprano, Salomé HALLER chanteuse d'opéras et d'oratorios française est peut-être un peu mois convaincante par son timbre légèrement aigre. Elle compense par une posture royale et un sourire mi-enjôleur, mi-altier. On lui préfère dans son  duet par exemple, la contre-alto Mélodie RUVIO,   qui  fournit  des  tonalités moins superficielles. Mélodie Ruvio ne cherche pas à briller mais  ses couleurs  discrètes sont  bien définies. Quant à  l’intervention de Jean - Christophe FILLOL, elle rallie entièrement le spectateur au mystère de Haendel. De puissantes vocalises sur les sons « a » profonds de l’anglais ont tout pour plaire. Il y a de l’intensité émotionnelle, un timbre glorieux et engagé, une richesse et une diversité.

12272965891?profile=originalLa programmation de la soirée est bâtie en  crescendo pour culminer dans le « Jubilate »  et cela aide progressivement  au lâcher-prise et à l’union avec la musique. Dès que l’on se trouve dans le « Te Deum d’Utrecht »  HWV 278, tout concourt à faire monter les larmes aux yeux. Il y a cette qualité spirituelle qui a envahi le Conservatoire, effacé les murs et les craquelures et invite au mystère. C’est le temps d’une synthèse intime de l’être  avec une aspiration spirituelle vers ce qui  gouverne notre univers. On est dans cet espace qui relie la terre et le ciel, un espace de lumière sonore, multiple et mystérieuse. Ce que l’on pourrait nommer la vérité d’Haendel. Hasard ou foi ? On ne sait, mais c’est très émouvant, très humain  et sublime à la fois.  Le Numéro 6 « Oh Lord, Save thy people » est d’une humilité  immense avec des pianissimos extrêmes contrastant avec le « Day by day, we magnify thee ! » victorieux et étincelant. La prière finale est palpitante. Les choristes sont partis se rassoir, le visage auréolé d’émotion profonde. Ce sont  les rayons mordorés des violons et violoncelles qui ferment la marche.

12272966697?profile=originalDans le « Jubilate » HWV 279 les instrumentistes affichent  un plaisir évident de jouer et  la première violoniste boit le chef d’orchestre des yeux. Il conduit avec sérénité et souplesse, jette les trompettes dans la joie, cisèle chaque pupitre qui vibre comme s’ils étaient cent. Les changements de solistes se font avec douceur feutrée et la musique est enveloppante. Le chœur a des interventions précises et naturelles, chaque pupitre instrumental prend la parole et le clavecin cède la place à l’orgue pour soutenir les voix. On est presque devant un ballet d’ondes musicales à la recherche de l’harmonie. Celle-ci éclate majestueusement dans les mots « from generation to generation.» Les violons jouent aux échos et les sonorités rejoignent  l’infiniment petit. La construction de la finale met en vedette le chœur, les trompettes exultent. Des accords vibrants de violoncelles et contrebasses se mêlent à l’orgue pour souligner la fidélité profonde au Créateur. C’est très beau et sculptural. Esprit divin  et Passion humaine semblent s’être rejoints. Les spectateurs s’empressent d’applaudir cet ensemble qui s’est donné avec tant de sincérité musicale et s’est retrouvé à la fête en offrant au public  un ultime bis jubilatoire.

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                                                                                      Les Paladins

 

Jérôme Correas, direction

&

Le Choeur de Chambre de Namur

Leonardo Garcia Alarcon, direction

Solistes

Salomé HALLER, soprano

Mélodie RUVIO, contralto

Jean - François LOMBARD, ténor

Thibaut LENAERTS, ténor

Jean - Christophe FILLOL, baryton

Orchestre

Juliette ROUMAILHAC, violon solo

Juliana VELASCO,

Jonathan NUBEL,

Diana LEE PLANES, violons 1

Marion KORKMAZ,

Charles - Etienne MARCHAND,

Patrick OLIVA,

Clara MÜHLETHALER, violons 2

Sylvestre VERGEZ,

Benoît BURSZTEJN,

Diane DUBON, altos

Nicolas CRNJANSKI,

Julien HAINSWORTH,

Pascale CLEMENT, violoncelles

Franck RATAJCZYK, contrebasse

Adrien MABIRE,

Alejandro SANDLER, trompettes

Timothée OUDINOT,

Nathalie PETIBON, hautbois

Nicolas POUYANNE, basson

Brice SAILLY, clavecin & orgue

Jérôme CORREAS, direction

http://www.bozar.be/activity.php?id=13245

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administrateur théâtres

Un Misanthrope Miroitant. Et pour cause : nous sommes dans le kaléidoscope de l’histoire où se mêlent les pipeulles d’aujourd’hui et les  cruelles marquises de … Molière, ou de Ronsard ? Sur scène, on aperçoit un  sublime plateau – oblique -  afin qu’on ne loupe pas la mise en perspective. Du sol au plafond, partout de la laque noire, une encre dans laquelle Molière a trempé sa plume,  quelques rares fauteuils aux pieds dorés, et un immense cadre d’époque, vide, prêt à sombrer comme un navire dans une mer de billets doux et de poèmes déchirés.  12272955893?profile=original

Molière satiriste s’attaque ici non aux médecins, avocats ou précieuses de province, le voilà qui raille la classe dominante gonflée de vanité et de suffisance, qui se vautre dans des préciosités affectées, la fausseté,  la médisance et la manipulation. Il crée un personnage qui ressemble à son modèle idéal : l’honnête homme. Voilà donc le personnage Alceste tout trouvé. Quelqu’un qui en veut au monde entier et  à ses cabales et dénonce la chose à qui veut bien  l’entendre. Mais comme souvent, le monde reste sourd et même son fidèle ami Philinthe. La belle Célimène, le négatif d’Alceste, est une coquette spirituelle  et égocentrique  qui ne répond pas à son amour et adore tout ce qu’il déteste le plus au monde. Elle est dévorée par son désir de puissance et collectionne les âmes éprises d’elle, en vrai ou en faux. Nymphomania ou egomania ?  Totalement pipeulle, elle est  incapable de décider si elle aime Alceste ou non. Elle ne peut quitter son monde de fausses valeurs et d’apparences car il  lui plaît seulement d’être aimée de lui. « Moi renoncer au monde avant que de vieillir/ et dans votre désert aller m’ensevelir? »  Ce double miroir de personnages contradictoires révèle  donc une société cruelle, sans scrupules, hypocrite et menteuse. Celle de Molière et la nôtre.12272956876?profile=original

Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle ? La belle affaire, dit Molière avec sagesse. Et pourtant à notre époque tout concourt à l’encensement des beaux, des riches et des puissants. Les médias, les premiers. «  D'éloges, on regorge ; à la tête, on les jette,/Et mon Valet de Chambre est mis dans la gazette » Pauvre Alceste et son amour  désespéré ... de la vérité. Il est bien en reste et même moqué ! Should I stay or shoud I go, that is the question. Les personnages du 17ème siècle dansent dans une discothèque aux miroirs noirs et déformants. Alceste  qui a jeté sa perruque : «  -  je veux qu’on soit sincère -  je veux qu’on me distingue ! » Quelle illusion!  Qui encore dans la société recherche le beau, le vrai, le bien et le mérite ? La société cherche juste à plaire à la société.

Daniel Scahaise met en scène  ses 11 fabuleux comédiens* de façon étincelante et leur fait jouer leur vitalité propre. Corporellement, les comédiens  exploitent toutes les ressources du mouvement et des déplacements, tout en  insufflant à leur personnage une verve naturelle. 12272957279?profile=originalLa justesse et la sincérité du jeu servent d’antithèse flagrante au propos. Une diction parfaite pour la houle précise des mots harmonieux des 1807 vers de  Molière,  pas une seule réplique convenue, pas un seul effet de manche.  Tout a l’air  furieusement naturel et vrai dans ce jeu de faussetés du monde. Du tout grand art théâtral, chacun jouant sa partie avec conviction et  divinement bien. Sans jamais voler la vedette aux autres personnages,  Alceste ( un merveilleux Christophe Destexhe, difficile de ne pas le nommer… ) est  omniprésent sur et hors du plateau. Ce comédien exceptionnel possède  une puissance de jeu miroitante  et séduit d’un bout à l’autre du spectacle par la vérité de  son interprétation. 12272958496?profile=originalPour ce qui est de Célimène et d’Arsionoé, nous goûtons un bonheur théâtral  à croquer tant la caricature est forte et le ramage brillant. Chacun et chacune  en  équilibriste habile,  chevauche avec  talent et vivacité le fil de l'histoire qui ne cesse, dans un mouvement de reflux régulier, d’inonder notre présent. La large porte noire par laquelle entrent  et disparaissent les personnages ouvre sur le gouffre de la nature humaine à la fois sombre et lumineuse.    Lorsqu’Alceste souhaite tout le bonheur du monde à son sage ami Philinthe et à  l’émouvante  Eliante,  on ne cesse de se répéter tout bas : « Puissiez-vous, pour goûter de vrais contentements,/ L’un pour l’autre à jamais garder vos sentiments. » Et le rideau se ferme sur l’image d’une star endormie sur sa couche et abandonnée de tous.

http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece1.html

*Le casting éblouissant :

Christophe Destexhe (Alceste)

Laurent Tisseyre (Philinte, ami d’Alceste)

Stéphane Ledune (Oronte, ami de Célimène)

Julie Lenain (Célimène)

Dolorès Delahaut (Eliante, la cousine de Célimène)

Isabelle De Beir (Arsinoë,  « amie » de Célimène)

Jaoued Deggouj (Acaste, le  marquis narquois et hilarant)

Gauthier de Fauconval (Clitandre, un autre marquis très mondain)

Barbara Borguet (Basque,  le valet silencieux de Célimène)

Maxime Anselin (Un garde de la maréchaussée de France)

Nicolas Swysen (Du Bois, valet d’Alceste)

Avec la collaboration artistique  de :

Caroline Bertrand (Assistante à la mise en scène)/ Anne Compère (Costumes)/ Mac O’Neal (Habilleur des hommes)/ Laetitia Doffagne (Coiffures)/Bernard Marbaix (travail es alexandrins)  / Philippe Fontaine (Régie /Lumières)/Philip Glass arrangements musicaux  et Daniel Scahaise, metteur en scène et scénographe.

Un spectacle de « Théâtre en Liberté » en coproduction avec le Théâtre de la place des Martyrs

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administrateur théâtres

Victor Hugo écrivit "Ruy Blas" en 1838 pour dénoncer l’emprise des nantis sur les biens d’État, et en fit un spectacle intense de  théâtre engagé qui condamne la corruption de la classe dominante. En même temps, Victor Hugo rompait avec toute la tradition du classicisme, jetant aux orties les notions d’unité de temps, d’espace, et de lieu et jetant sur les planches toute la dynamique flamboyante du romanesque. La mise en scène de Frédéric Dussenne rétablit ces mêmes notions d’unité, de temps d’espace et de lieu, empêchant toute évasion hors de son terrible huis-clos.

"Ô Ministres Intègres"  de Frédéric Dussenne est un élixir puissant et étourdissant qui se révèle être une psalmodie brutale et rude  de l’indignation que l’on peut sentir monter du monde  à chaque siècle, au sein des classes défavorisées. Le romanesque n’a plus lieu.  Supprimée la cour d’Espagne et ses fastes, pas le moindre ruban ou costume d’époque, aucune trace de la comédie hugolienne, même le découpage dramaturgique en 5 actes s’est évanoui. Réduction pour quatre personnages: Don Salluste, Ruy Blas, Don César, La Reine.

 

12272955057?profile=originalLe public est assis sur des chaises pliantes  au milieu de l’arène où tournent inlassablement les quatre personnages survivants du Ruy Blas de Victor Hugo et leurs flots de paroles envenimées. La scansion classique et l’alexandrin se mêle au Rap moderne… L’effet est saisissant. Le plaisir d’écoute est  un peu éborgné vu la vitesse du débit incessant. Les personnages marchent en rondes énervées parmi des spectateurs inquiets. La parole déferle, comme si elle avait été longtemps bridée. Il manque sans doute des respirations, des pauses, de la comédie. Où que l’on porte les yeux, le regard bute sur l’emprisonnement des murs austères de brique nue, sans la moindre fenêtre sur le ciel. C’est l’unique décor.

  Mais ce tribunal ambulant jette une lumière  aveuglante sur la bassesse de la vengeance personnelle de Don Salluste,  un « grand » disgracié par la Reine. Il est manipulateur,  faussement cordial et fait preuve d’égoïsme totalement malfaisant. Par contraste, le personnage de Ruy Blas (Saïd Jaafari) est émouvant. Lui, le consolateur bohême, amoureux de la reine et de ses bontés pour le menu peuple; complice malgré lui de ce Don Salluste (Jérémie Siska),  qui est  passé maître en corruption et  le symbole parfait de l’ignominie d’une classe dominante dénuée de  scrupules. Ruy Blas est  le symbole des sentiments purs et du désir égalitaire. « Oui je le sais, la faim est une porte basse / Et par nécessité lorsqu’il faut qu’il y passe, / Le plus grand est celui qui se courbe le plus. » soupire Don César, (Juan Martinez)  qui refuse d’aider Don Salluste dans son complot destructeur contre la Reine.

 

 Lorsque la Reine (Louise Manteau), victime, en jeans et en chemise comme les autres, apparaît dans le tableau tourbillonnant, on croirait qu’elle vient de déguster une quiche salade de l’autre côté de la paroi invisible qui sépare le théâtre, de la vie. Ses paroles immatérielles jaillissent aussi de son regard bleu et  fixe parfois, comme une eau qui désespérément cherche à se frayer un chemin loin de la méchanceté, vers la lumière. Elle n’est pas coiffée et ne porte aucun maquillage. Elle superpose le théâtre et la vie sans la moindre retouche. Et le quatuor de tournoyer comme une montre ancienne que l’on remonte à vide. Reste le goût persistant du fiel de la colère du monde en trois approches complémentaires: le drame (Don Salluste), la comédie (Don César) et la tragédie (Ruy Blas). Trois modes de réflexion: l’action, l’humain et le philosophique. Et une femme, victime d’un ignoble chantage. La vie?

02 219 11 86

Description : cid:image001.jpg@01CE77DF.91EA3220
rue traversière 45
1210 Bruxelles

www.theatredelavie.be

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administrateur théâtres

12272948466?profile=original1001 jours  à la rencontre de  l’Orient, voici Europalia India !

Ouverture du festival le 04.10.2013 – fermeture le 26.01.2014

Le terme « Inde » : provient de la version persane « Sindhu », relative au nom donné au fleuve Indus qui prend sa source dans l’Himalaya, et coule jusqu’à la mer d’Oman. Des origines mythiques. Les textes officiels le nomment « Bharat » : le mot d’origine sanskrite faisant référence à un roi hindou antique, héros du Mahâbhârata. C’est peut-être à lui que pensait Rabindranath Tagore lorsqu’il composait en 1911 un chant qui devait servir en 1950 d’hymne national indien : «  Le salut du peuple est dans tes mains ! Tu es le souverain des âmes du peuple, Tu es celui qui dirige le destin de l’Inde ! Victoire, victoire, victoire à toi. » Le terme  Hindoustan est sans doute vieilli, un mot d’origine persane signifiant « terre des hindous » créé lors des invasions mogholes. L’Inde est la plus grande démocratie  parlementaire du monde abritant plus de 1,1 milliards d’habitants. Elle se définit administrativement comme une union, une fédération d’états dans lequel règne un gouvernement représenté par un parlement.

 Axé sur la rencontre particulièrement riche et colorée, le dialogue et l’échange, europalia.india se focalise sur 7 pôles de réflexion, révélateurs de la culture et des expressions artistiques indiennes : le corps, l’Indomanie, l’Inde de demain, arts & traditions, l’eau, Bollywood & au-delà et la diaspora.

En guise de coup d’envoi, deux expositions-phares très complémentaires, s’ouvrent bientôt au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles :

12272948286?profile=originalDès le 4 octobre 2013 : L’exposition « Corps de l’Inde » décline les différentes perceptions, traditions et croyances liées au corps en Inde. Plus que nos racines linguistiques indo-européennes, nos cultures ont en commun un élément essentiel et indéniable : le corps. C’est le point  de rencontre  choisi par Naman Ahuja , commissaire de l’exposition,  pour explorer les divers aspects du  berceau de notre culture car c’est la meilleure façon selon lui de comprendre l’Inde et ses cultures passionnantes et diversifiées. « Qui pose l'œil sur la statuaire indienne, se penche sur les miniatures mogholes, s'intéresse à sa tradition de la culture physique, du massage, à la pratique de la médecine, de la danse, regarde les femmes parées de leurs saris chatoyants, les mains ornées de henné, observe le panthéon des dieux hindous et leurs corps extraordinaires, étudie les notions de pureté et d'impureté si cruciales dans la société indienne... ne peut qu'être frappé par l'omniprésence du corps dans l'art et la  culture indienne ». Yoga, Ayurveda ou Kamasoutra - la manière dont la civilisation indienne aborde le corps  a fasciné les voyageurs européens depuis Vasco de Gama.images?q=tbn:ANd9GcQq1_uJRS6bWw1cPMrda5_48oHssdWbOt9yDbxBkvHNQKbQ4EuB8XgpGN0 « From ash to rapture », la célébration du corps est le lien qui unit toutes les religions et unit l’élite des puissants au commun des mortels.  Cette exposition propose un voyage inoubliable entre plusieurs pôles opposés: de la mort à la renaissance, des forces maîtrisant le destin au pouvoir de l’action humaine, du désir et de la séduction à la conquête du corps par le biais de l’ascétisme.  Des  chefs d’œuvre  originaux de l’art indien - pour certains jamais encore  exposés ni sortis de leur terre natale - vont ravir l’imaginaire des visiteurs. Ils sont  issus de temples anciens, de musées provinciaux oubliés, de collections royales et du Musée National de l’Inde.  Plus de 200 chefs d’œuvre, les fondamentaux qui ont forgé l’Inde depuis le 3e millénaire avant notre ère jusqu’à nos jours. Un catalogue somptueux.

Dès le 15 octobre 2013 : l’exposition « Indomania », de Rembrandt aux Beatles  joue le  thème des rencontres. Elle illustre au fil d’une narration passionnante à travers le temps,  la fascination (parfois la répulsion) et l’influence de la culture indienne sur nos artistes européens depuis le XVIe siècle. Le sous-titre «De Rembrandt aux Beatles » laisse présager de la variété des médias explorés, allant de dessins et tableaux à des installations contemporaines, en passant par l’architecture, le cinéma, la musique et la photographie sans négliger l’artisanat, un art  peut-être moins noble mais qui contient toute l’âme indienne. Pour conclure, deux artistes belges contemporains, Max Pinckers et Hans Op de Beeckont ont eu l’occasion de  développer chacun des œuvres en résidence à Mumbai et à Hampi, deux pôles extrêmes une fois de plus : la mégapole et le village oublié. Ils  se feront l’écho de ce que peut être l’Indomanie aujourd’hui. Pour seulement 1€ par élève, les groupes scolaires ont accès aux 2 expositions… Messieurs et mesdames les enseignants, ne ratez pas le rendez-vous avec cette culture millénaire ! Gratuit ! le petit booklet d’initiation pour les enfants… à l’exposition « Indomania » sous forme de BD.12272949289?profile=original

 

Europalia.india travaille en outre avec de nombreux autres  partenaires culturels, tant en Belgique que dans les pays limitrophes. Une vingtaine d’expositions aborderont des thèmes variés allant du sari, à l’architecture, en passant par Bollywood, le design, le Sanscrit, le Ramayana, d’exceptionnelles photos du XIXe siècle,…

images?q=tbn:ANd9GcQdwYx5zVG5IznOjcSpyolsHEv7NJ-lJYZrKVqoVckq_KcqhwfXhQ&width=274À Liège, par exemple, un parcours d’artistes contemporains abordera la thématique de l’eau par le biais de photographies, vidéos et installations. L'eau est déterminante pour la civilisation indienne. Elle est élixir de vie: la mousson, indispensable aux cultures, est aussi la saison romantique par excellence. Les rivières sacrées sont des sanctuaires religieux mais aussi des lieux de vie: on y prie, y joue, y travaille, s'y promène ou s'y lave.  Mais l'eau est aussi intrinsèquement liée à la mort, par son manque, les maladies qu'elle véhicule parfois, mais aussi par son rôle religieux: l'eau sacrée du Gange purifie les corps et libère l'âme des défunts. Enjeu social, économique et géopolitique l'eau a suscité de nombreuses réflexions et inspiré de tout temps les poètes, musiciens, dessinateurs et est au cœur de nombreux projets artistiques contemporains.

À Anvers,  Le M HKA et le MAS accueillent eux aussi des artistes contemporains pour des résidences, des installations et un symposium sur l’art contemporain en Inde. Le MAS exhume également ses collections indiennes pour l’occasion.

12272951053?profile=originalIndissociables l’une de l’autre, mais aussi de la culture indienne, la musique et la danse seront largement mises à l’honneur au cours du festival. Au niveau de la musique, quelques-uns des plus grands maîtres feront résonner les musiques traditionnelles et sacrées du Sud et du Nord de l’Inde, L. Subramaniam au violon carnatique, Amjad Ali Khan au sarod et Ashwini Bhide en chant hindoustani entre autres. De nombreuses  rencontres seront quant à elles célébrées lors de concerts croisés entre maîtres indiens et musiciens belges ou internationaux. Un grand programme éclectique et varié.

Les arts de la scène indiens du programme europalia.india reflèteront la diversité de l’Inde par des danses rituelles et sacrées, des danses folkloriques et du théâtre de marionnettes. Le cinéma indien trouvera bien évidemment sa place dans ce festival au centre de l’Europe. Le programme comporte des rétrospectives, des événements thématiques, des rencontres avec des réalisateurs. Bollywood bien sûr, mais aussi les autres Tollywood, Kollywood, Mollywood et le cinéma alternatif… et Flageywood, surprise !

250px-Shah_Jahan_on_The_Peacock_Throne.jpg?width=250La littérature indienne: prose, poésie, épopées ou encore bande dessinée ne sont pas oubliées.  Le festival accueillera notamment les auteurs Abha Dawesar et Tarun Tejpal. Mais la rencontre ne se cloisonne pas aux musées ou salles de spectacle. Plusieurs campus universitaires se sont emparés du sujet sous forme de cycles de conférence et d’expositions thématiques. Les bibliothèques aussi sont rentrées dans l’Indomania ambiante diffusant l’engouement indien d’europalia.india aux quatre coins de la Belgique en organisant conférences, ateliers, lectures ou autres événements thématiques.

Passion ou curiosité, découvertes ou retrouvailles, europalia.india permet à chacun de rencontrer  son désir  d’Inde au sein d’un programme ambitieux et varié et  de nouer un dialogue mémorable avec le foisonnement humain et spirituel de sa culture.

Pour plus de détails sur la 24ème édition du festival Europalia:

Galerie Ravenstein, 4 - B 1000 Bruxelles |  T +32 (0)2 504 91 20 |  F  +32 (0)2 504 91 21  |  info@europalia.eu

http://www.europalia.eu/fr 

http://www.europalia.be

http://www.bozar.be/activity.php?id=13458

 

 

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administrateur théâtres

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deFilharmonie

Philippe Herreweghe direction - Martin Helmchen piano - deFilharmonie

Felix Mendelssohn-Bartholdy Capriccio brillant, op. 22, Concerto pour piano et orchestre n° 1, op. 25
Franz Schubert, Symphonie n° 6, D 589

Que savons-nous des symphonies de Franz Schubert ? Que l’une est Inachevée et qu’une autre est Grande car elle rivalise avec Beethoven. Et pour le reste ? Avec deFilharmonie, Philippe Herreweghe remonte le temps et nous offre la kaléidoscopique Sixième Symphonie de Schubert

 

 deFilharmonie, l’orchestre royal philarmonique de  Flandre, ouvrait sa saison musicale sous la houlette de Philippe Herreweghe ce 18 septembre dernier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.  Le public des Beaux-Arts n’était hélas pas très nombreux, mais il remplaça le nombre par la chaleur de ses applaudissements.

 Un programme résolument germanique, à la confluence de deux univers esthétiques : Felix Mendelssohn (1809-1847) et Franz Schubert (1797- 1828). Nous avons eu à cette occasion le plaisir de découvrir un très brillant pianiste : Martin Helmchen dont la virtuosité virevoltante et le style naturel très expressif vous font  vite chavirer.

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Son Capriccio brillant en si mineur miroitait de couleurs intenses. Sa première page musicale anime les pizzicati de la marée de cordes présentes sur la scène. De la rêverie il passe à la fougue juvénile et l’orchestre emballé enchaîne à la fois dans la délicatesse et la magnificence sous la conduite d’un chef d’orchestre invisible, car il dirige caché au public par la levée du couvercle du piano.  Vigueur et vitalité concluent le premier mouvement. Un thème romantique fleurant jardins et cascades revient et l’instrument reçoit les assauts de la passion, puis les caresses du cœur du pianiste dansant de joie. C’est l’orchestre seul qui fait briller les derniers feux du bouquet final.

 

 12272944086?profile=originalLe concerto pour piano N°1 en sol mineur démarre presque aussitôt par une ouverture spectaculaire. De la dynamite …avant de sonder la profondeur du sentiment. Le pianiste semble envoûté par sa partition et gazouille avec les cuivres. L’armée de cordes violoncelles et basses à gauche du public,  trace des routes aériennes  en forme d’arcs vibrants et sonores. Le pianiste n’est plus envoûté, il est possédé par sa musique. Ses accords vigoureux ont la chaleur de matière en fusion. Mas à l’appel des cuivres, le pianiste se transforme en figure angélique. L’ange aux boucles châtain ferme les yeux et inonde son visage et ses mains de grâce musicale. Un très beau moment. Les sonorités de l’instrument oscillent entre des discrétions de velours à peine murmurées et  de larges pans de passion très palpables.  On retient sa respiration. C’est la paix du monde qui respire. Dans le dernier mouvement, Molto allegro e vivace, le virtuose semble faire perler les notes sous ses doigts comme s’il s’ébrouait dans l’eau. Le voilà qui s’arrête, il a touché le cœur du mystère, s’illumine et signe sa victoire de manière scintillante. Son bis ? Un prélude de Bach. Les visages des instrumentistes sont nimbés de lumière et d’admiration pensive avant que ne recommencent les applaudissements.12272942701?profile=original

 

Photo deFilharmonie & Philippe Herreweghe © Bert Hulselmans

La symphonie n°6 de Schubert dont Philippe Herreweghe tient magistralement les rênes ne décevra pas même si elle se passe de pianiste ! Tapi comme un jaguar, Philippe Herreweghe continue son minutieux travail de ciselage, si efficace dans la première partie du concert. Allégresse, précision des traits, fluidité et netteté des dialogues soulignent l’élégance de la musique et célèbrent la fête de l’ascensionnel et du spirituel. Une fête sylvestre pour l’œil ou l’oreille avertie ? Des rythmes de jeux qui fusent  de toute parts avant le  dévoilement nostalgique dans l’Andante. Dans le dernier mouvement, la part est belle aux percussions et aux cors qui se saisissent de notes lancinantes doublées par les  bois et autres flûtes claironnant à qui mieux mieux. Le chef d’orchestre invite des guirlandes musicales, allume des feux, éteint des incandescences, organise son petit peuple musical avec le charme et la légèreté d’un farfadet bondissant.  On est loin de la mélancolie dans ce final Allegro moderato enjoué.12272944489?profile=original Après des rappels nombreux, les spectateurs quittent la salle en déplorant qu’elle ne fût pas mieux remplie! Quelques heures de très grand bonheur… que l’ensemble ira porter deux jours plus tard à la cathédrale de Laon pour l’ouverture de  leur 25e festival de musique. Encore des spectateurs heureux en perspective…

 

 

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http://www.bozar.be/activity.php?id=13170

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administrateur théâtres

Du 19 septembre au 20 octobre 2013, au théâtre du Parc

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La plongée dans nos nuits par  Dominique Serron et Vincent Zabus : « Enfin, après 1001 nuits, la transformation complète de l’homme le révèle, aimant et pleinement pacifié. »

 

La réalité ? On a pendu la crémaillère chez Laurent (éditeur, la quarantaine) et Laure, qui ont emménagé dans un appartement improvisé dans une ancienne librairie  désaffectée, autre réalité. Peut-être celle de L’ombre du Vent … A cet événement, ils ont choisi le thème de la fête : les contes de mille et une nuits… Hasard ? Nécessité ? La réalité appelle-t-elle l’imaginaire ou est-ce le contraire qui se passe?  Une dispute Shakespearienne a surgi au sein du couple, « the green-eyed monster » plante ses crocs au fond du cœur de l’homme ! Laurent est jaloux ! Il a besoin de sa dose de valériane pur pouvoir dormir mais il a évidemment  perdu la clé de l’endroit où elle est rangée.

 

12272938870?profile=original Nouvelle réalité: c’est  Monsieur  Ibrahim, (l’épicier de la rue Bleue, vous vous souvenez ?) qui débarque et lui présente des cornes de gazelle pour le consoler: «  Mangez ! Et lisez !!! Laissez‐vous envahir l’esprit… » Début du voyage initiatique façon Lewis Caroll. Ces gâteaux magiques, une fois croqués, deviennent les gâteaux aux amandes dégustées par Shazaman et Shariyâr, deux sultans d’un autre âge et d’un autre espace, affolés par « la trahison féminine ».  Entretemps - si l’on peut dire -  l’art de la suggestion, les costumes, les voiles qui voilent et dévoilent,  la danse, les éclairages subtils ont réveillé l’imaginaire du lecteur. L’Orient est là.  Le spectateur, lui, se sent happé dans  la  galaxie théâtrale : c’en est fait de lui, il n’est plus spectateur. Il est  acteur aux côtés de mille et un personnages et a libéré son propre imaginaire.

 

12272939064?profile=originalL’esprit de Laurent se peuple des personnages des contes que lui racontait sa mère. Tout un programme ! L’imaginaire est à la fois évasion et prison, comment s’en sortir ? La sève de l’histoire est la fresque des peurs et des angoisses humaines. Nous sommes dans le théâtre de l’invisible. Voilà les deux sœurs, Shéhérazade (une Antigone orientale  admirablement jouée par France BASTOEN) et sa sœur Dounia… même intelligence, même complicité, même humanité, même soif de justice, hors la  fin funeste d’Antigone. Shéhérazade brave l’autorité paternelle (un Patrick BRÜLL flamboyant). Elle veut arrêter le massacre. Elle a le plan que l’on connait. Elle va métamorphoser le cruel Shariyâr.  Ou Laurent, qui sait ? Ou le spectateur? 

 

12272939859?profile=originalL’histoire a été co-écrite par Dominique SERRON et Vincent ZABUS. Une écriture fluide, généreuse, pétillante d’humour et fourmillant de références. Elle puise sa source dans une très belle humanité et  elle émerveille. Pas étonnant que surgissent alors  tous ces personnages fabuleux et si vivants à la fois, au sein d’imaginaires si bien conjugués ! Les failles de Laurent  sont les chemins qu’il faut  emprunter résolument pour accéder aux questions essentielles. Tous finissent  par se sentir transformés : écrivains, comédiens, spectateurs. Le grand Sigmund a lui aussi traversé la trame de  l’écriture.  La psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim agit en sourdine.   Et le miracle de la réconciliation finit par advenir après des tribulations fantastiques qui mélangent hardiment Laurent, son frère, son père, son patron et sa femme adorée et les personnages de contes.

 

12272940081?profile=originalComme dans l’Oiseau bleu de Maeterlinck, il y a une fée mystérieuse qui guide Laurent dans ses pérégrinations et ses  épreuves.  Le nombre trois est mythique.  Laurent en est conscient et  joue le livre dont il est le héros! Il vogue avec une  présence et une aisance extraordinaires d’un personnage à l’autre. Son regard, ses gestes, ses répliques ne cessent d’interroger passionnément. Malgré ses quarante ans, il a gardé   toute la fraîcheur d’une âme enfantine. Vous vous souvenez du jeune Guy Béart ? C’est un peu lui… Mais de qui parle-t-on ?  Mais du comédien, bien sûr, Laurent CAPELLUTO ! Une personnalité très  attachante et impétueuse. Et Laure, innocente, féminine et moderne en diable, qui est-elle ? Qui est le miroir de l’autre ? Laure ou la délicieuse Laure VOGLAIRE, comédienne ? « Qui suis-je ? » est la question récurrente.  

 

12272940660?profile=originalUne  pièce  incontestablement novatrice et  passionnante. La mise en scène est éblouissante. Les décors poétiques s’effacent, se fondent, s’élèvent, volent presque! Tout y est : depuis les 40 voleurs jusqu’au tapis volant en passant par d’autres contes moins connus.  Musiques envoûtantes (Jean-Luc FAFCHAMPS, assisté d’Aldo PLATTEAU), lumières et costumes féeriques. Beauté scénique à chaque tableau que l’on doit se retenir  d’applaudir.  La troupe de l’Infini Théâtre est merveilleuse, jeune, audacieuse, créative à l’infini. Ils n’ont  certes pas volé leur titre : « the sky is the limit ! »

Mise en scène : Dominique SERRON.

Scénographe: Ronald BEURMS.

Costumes: Renata GORKA.

Lumières: Nicolas OLIVIER.

Création Musicale: Jean-Luc FAFCHAMPS.

Assistant : Valentin DEMARCIN.

Assistante: Florence GUILLAUME.

Assistant stagiaire: Antoine COGNIAUX.

12272941455?profile=originalAvec:
Laurent CAPELLUTO (Laurent (le mari de Laure), le portefaix, le prince endormi)
Laure VOGLAIRE (L'épouse de Lui, la première pucelle, la femme enterrée vivante)
France BASTOEN (Shéhérazade, la deuxième pucelle, la mère de l'adolescent)
Vincent HUERTAS (Le frère de Laurent, le sultan Shazaman, Masrour...)
Jasmina DOUIEB (Jasmina (l’amoureuse du frère), Douniazade (sœur de Shéhérazade)...)
Patrick BRÜLL (Le père de Laure, le Vizir (père de Shéhérazade), Robert l’Ifrite...)
Othmane MOUMEN (Monsieur Ibrahim (l’épicier), les trois Qalandars, la vieille Sacamal...)
Vincent ZABUS (Jean-Jacques (le patron de Laurent), le sultan Shariyâr, Djafar le vizir déguisé)

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Photos:  Isabelle De Beir

En savoir plus: http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2013_2014_001

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administrateur théâtres

 

12272935653?profile=original"Reprenons l’ordre chronologique : a)  L’écriture de Roberto Athayde  b) Ce qu’en fit Annie Girardot en 1974, c) Ce qu’en fit le théâtre Le Public en 2013"

 

 Conçu par l’auteur brésilien Roberto Athayde, ce seul en scène était une attaque virulente contre les délires politiques des dictateurs en Amérique du Sud. Une métaphore osée qui met en scène une instit pathétique (silence dans les rangs !) pour combattre un système qui boucle la parole, encourage la délation et réduit l’humain à un porte-faix …. Mais plus personne ne parle chez nous  de ce cinéaste, dramaturge, écrivain  et poète brésilien.

 

Le monologue de Madame Marguerite a fait fureur en France dès qu’Annie Girardot créa sur scène en 1974 ce personnage névrosé de Madame Marguerite. Institutrice de CM2, Madame Marguerite pratiquait avec ses élèves un absolutisme pédagogique quasi intégriste. Elle se sentait investie d’une mission vitale, détenait un savoir obscurantiste absolu (!) ainsi que le pouvoir totalitaire (!). Ses sautes d’humeur, de la basse flatterie à  l’insulte en passant par un registre de propos malveillants exposaient une caricature bienvenue du délire de la violence. Joué  à l’époque devant un auditoire médusé au Paul-Emile Janson à l’ULB avec tout le talent et la férocité dont Annie Girardot était capable, on ne pouvait sans doute pas taxer ce spectacle d’outrancier.    

 

12272935666?profile=originalAvec Le tandem Virginie Hocq (à la mise en scène) et Marie-Paule Kumps (l’institutrice omni-théâtrale), on plonge dans le surréalisme si cher à notre pays. Car le texte a vraiment pris un sérieux coup de vieux tandis que les images du couloir de la salle de classe belge sont  hyper-réalistes. (Bravo à Céline Rappez pour sa scénographie et ses costumes ton sur ton avec les murs jaunes et le tableau vert!)  Les portraits royaux cuvée 2013 sont de la dernière actualité… Dès l’entrée les spectateurs sont conditionnés à être des élèves soumis et sans défense, sauf celle de rire !  Mais comment être touché par ce texte devenu plutôt banal à nos yeux? Certes, il rend compte des gains inestimables de Mai 68, époque révolue, où il était indispensable de combattre le délire dictatorial en général, offrir la liberté sexuelle, libérer les femmes, changer la relation maître-élève. Las, tout cela semble être bien dépassé et finit par ennuyer. Surtout que l'on  reçoit  aussi en plein visage  des tonnes  de préjugés durs à cuire vis-à-vis de l’homosexualité. Et on subit, impuissants, la banalisation et les dégâts de l’utilisation des drogues, tabac compris.

12272936477?profile=originalDe récréatif et vachement critique, le spectacle devient glauque, orné de vulgarités de tous genres et lourd de  platitudes.  Dommage car, après quelques décrochages et bâillements au milieu des rires assidus des spectateurs bien conditionnés, on arrive enfin dans le vif du propos. Alors, les dix dernières minutes du spectacle sont foudroyantes car elles dénoncent la vitesse de l’évolution d’une société où tout d’un coup les choses vous échappent. Comme dans la terrible maladie d’Alzheimer. Cela est très émouvant et splendidement joué par Marie-Paule Kumps. Le travail du jeu de l’actrice est remarquable dans la montée de  son délire psychiatrique.  Madame Marguerite est devenue superbement folle dans cette parodie, car la société est devenue folle!

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UNE CRÉATION ET PRODUCTION DU THÉÂTRE LE PUBLIC. PHOTO©BRUNO MULLENARTS.

Assistanat à la mise en scène: Monia Douieb

Scénographie et costumes : Céline Rappez

Couturière : Carine Duarte

Lumière : Maximilien Westerlinck

Régie : Louis-Philippe Duquesne

Stagiaire régie : Aurore Mignolet

Photos: Morgane Delfosse

 

http://www.theatrelepublic.be/play_details.php?play_id=340&type=1

MADAME MARGUERITE

de ROBERTO ATHAYDE Adaptation Jean-Loup Dabadie

DU 05/09/13 AU 26/10/13

Marie-Paule Kumps sera l'Invité du Public le 5/10/2013

Quelques photos, ainsi que celles d'Arts et Lettres: ici

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administrateur théâtres

Jacquard N&B

Ce triste jour du décès d’Albert Jacquart est l’occasion de (re)lire l’une de ses grandes lettres publiques, adressée à son arrière-petit-enfant, pas encore né lors de sa publication. Généticien de réputation mondiale, humaniste incarnant la tolérance et le respect de l’autre, indigné permanent avant la lettre, esprit de concorde et d’optimisme, il était l’un des derniers grands hommes d’une génération française qui, de la Seconde Guerre Mondiale aux guerres injustes du XXIème siècle et aux désastres écologiques, aura été de tous les combats.

icone temps de lecture                             Temps de lecture :                                 3 minutes                            

 

Tu découvres cette lettre le jour de mon centième anniversaire. Entre l'été 99 où je l'ai écrite et l'instant où tu la lis, plus d'un quart de siècle s'est écoulé. Tu vis un "aujourd'hui" qui est pour moi un inaccessible "demain". En lisant ces phrases, peut-être as-tu le désir de tisser un lien ténu avec cet homme lointain, dont ta famille t'a parlé, qui pour toi n'est même pas vieux puisqu'il a disparu, ton arrière-grand-père, moi.

Tout ce que je sais de toi est que tu es un de mes arrière-petits-enfants. Es-tu une fille, un garçon ? As-tu quinze ans, ou plus, ou moins ? Celui de tes parents qui te relie à moi est-il une de mes petites-filles, Sarah, ou Aurore, ou Chloé ou Marion, ou un des mes petits-fils, Julien, ou Béryl, ou Nathan ou Simon ? Je l'ignore. L'un deux a été le transmetteur d'une part de ce que la nature m'avait donné pour construire mon corps, et que j'avais moi-même transmis […]. Cette part de moi est, à vrai dire, bien faible : un huitième, car je ne suis que l'un de tes huit arrière-grands-parents. Peut-être même as-tu été adopté(e), ce qui réduit cette part à zéro, mais ne modifie en rien mon désir de parcourir à travers le temps, à trois générations de distance, le chemin qui me conduit à toi.

Ce chemin n'est pas déjà tracé, il est véritablement à construire ; les quelques milliers de gènes (tu le sais peut-être, la génétique a été le domaine scientifique sur lequel j'ai travaillé) qui en toi sont la copie des miens ne sont qu'un matériau dérisoire ; il me faut trouver d'autres parcours pour te rejoindre, m'agripper à d'autres prises pour m'approcher à portée de voix de toi.

Toi, un contemporain de mes après-demains,

Toi, qui es déjà sans doute obsédé par ton propre avenir,

Toi qui, en me lisant, sens ta vie palpiter, au rythme même où en moi elle palpite en cet instant où je t'écris,

Toi qui regardes un ciel semblable au mien, et pourtant différent, car le passage du temps a transformé tout ce qui emplit le cosmos,

Toi qui commences à imaginer la personne que tu deviendras,

Toi pour qui je ne suis même pas un souvenir, à peine un prénom parfois évoqué, un personnage flou sur de vieilles photos, pardonne-moi de sauter à pieds joints par-dessus ces vingt-cinq années, et de m'inviter pour quelques instants dans ta vie.

En la partageant je m'attribue, au-delà de ma mort, des instants que la nature m'a refusés. J'ai parcouru la plus grande partie du XXe siècle ; tu vas parcourir le XXIème. A toi de jouer, à moi d'essayer de t'éclairer. Permets-moi ce monologue qui me réinsère dans le flot des vivants.

[...]

En m'adressant à toi, je t'ai donné existence.

A l'instant où j'écris ces lignes, tu n'es pas. A l'instant où tu les lis, tu l'es ; tu deviens. A chaque phrase, je peux m'exprimer aussi bien au présent qu'au futur. […]

Mais qui es-tu ? Une fille, un garçon ; nous avons vu que cela n'avait guère d'importance. Au départ, j'ai imaginé que l'un de tes parents était l'un de mes petits-enfants, ces quatre garçons et quatre filles ont pour moi une telle présence ! Mais ce lien génétique est dérisoire. Je sais de toi l'essentiel : tu es de mon espèce. Et cela suffit à établir une connivence nous associant définitivement dans une même aventure, car l'espèce humaine est singulière.

Il est facile d'énumérer tout ce qu'elle a en commun avec tous les êtres dits vivants sur la Terre. […] Nous sommes l'une des branches, l'un des rameaux, parmi des millions d'autres, d'un arbre généalogique qui s'est différencié au cours de trois milliards et demi d'années.

Il se trouve que ce rameau se distingue de tous les autres. Pour le généticien, cette différence se résume à quelques mutations récentes. Intervenues au cours des quelques derniers millions d'années, une durée bien courte dans l'histoire de la planète, elles nous ont donné une complexité cérébrale qui nous a entraînés sur un chemin où aucune autre espèce n'a pu nous suivre. Ainsi un nuage poussé par un vent un peu plus fort passe seul au-delà du col et apporte la pluie sur un espace nouveau. […]

Les interrogations sur les évènements passés sont certes passionnantes mais l'important est le présent, car il nous permet de décider de l'avenir.

Longtemps nous nous sommes contentés, comme tous les animaux, de subir. Nous avons maintenant les moyens de choisir et d'agir. Un chant de triomphe ne serait pas déplacé devant les pouvoirs que nous nous sommes donnés. Sur tous les fronts nous venons de progresser, contre la maladie, contre la douleur, contre l'obligation du travail. Ce dernier siècle nous a apporté une extraordinaire moisson de possibilités dont nos ancêtres osaient à peine rêver.

Et pourtant que de guerre, de massacres, de misères, de désespoirs ! La cause de ce lamentable gâchis ne peut être trouvée ailleurs qu'en nous-mêmes. Quel est donc le ver dans le fruit ? Je me hasarde à te proposer une hypothèse. Ce ver qui pourrit tout ne serait-ce pas l'attitude que nous adoptons envers les autres ? Cette attitude est aujourd'hui (peu importe que ce soit dû à la nature ou à la culture) fondée sur la méfiance, la compétition, la lutte. L'évidence est pourtant que la coopération est seule féconde. Nous l'oublions car nous nous trompons sur la définition de nous-mêmes.

Lorsque nous disons "je", nous pensons à l'individu autonome, localisable, identifiable, unique, que nous sommes. Mais nous ne sommes pas que cela.

[…] "Je est les liens que je tisse." Avec cette définition, que je t'ai rappelée, la compétition, la lutte contre l'autre, apparaissent comme des comportements au mieux infantiles, au pire suicidaires.

C'est à ce niveau qu'il faut situer la révolution nécessaire : chaque membre de notre espèce est "plus que lui-même" par son appartenance au réseau des rencontres.

Ce réseau, depuis mon enfance, je l'ai tissé au présent en échangeant avec mes contemporains, au passé en lisant les livres ou en admirant les oeuvres de ceux qui m'ont précédé. Avec toi je l'ai tissé en me projetant vers l'avenir. Grâce à toi je peux prendre à mon compte l'orgueilleuse apostrophe : "Mort, où est ta victoire ?"

                                                                                   Albert Jacquard, A toi qui n'es pas encore né(e), Ed. Calmann-Lévy, 2000                        
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administrateur théâtres

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        Vous cherchiez un remède contre le blues du changement de saison ? Un spectacle qui a été applaudi sur des ruines provençales  sous les étoiles ? Un duo de comédiens étincelants, jeunes  et complices ? Suivez les facéties, intermèdes et clowneries de la compagnie Plume, dans l’un des derniers spectacles présentés par Bernard Damien à l’XL théâtre du Grand Midi. Il va en effet bientôt s’établir définitivement en France dès le 31 décembre 2013. Ses fidèles spectateurs le regretteront, car la disparition d’un tel théâtre dans la vie culturelle Bruxelloise a de quoi laisser un grand vide. Vide comme un grenier vide.

 12272941256?profile=originalVide grenier ? C’est l’un des textes surréalistes écrits par Feydeau et présentés au public dans ce spectacle à rire baptisé : « Eclats de rirrres » ! Mieux vaut rire que pleurer d’ailleurs,  même si Bernard Damien se réjouit lui de quitter nos cieux belgo-gris ou couleur de lait. Cette série clin d’œil - et l’œil de la comédienne Amélie SEGERS a de quoi faire tressaillir ! – apporte détente, et sourire bon enfant. On se prend à se laisser passionner par le jeu  scénique très vif et très varié des deux nez rouges qui gardent leur précieux nez  planté sur leur chapeau. Raffaele GIULIANI qui s’est illustré dans plusieurs pièces magistrales dans ce théâtre en fuite nous est apparu ici sous un angle tout différent : celui de clown pas triste. Les deux comédiens travaillent de concert tout en subtilité et sensibilité. On glousse, on rit, on flirte avec le non-sens et l’on s’amuse de tous les semblants, vrais ou faux,  les quiproquos et situations surréalistes qui plaisent tant à la Belgique.12272941868?profile=original Les sujets sont pêchés par les spectateurs  dans des seaux et cuvettes vides : animaux domestiques, lettre d’amour, mésaventures, voyages en train...   Comme quoi, il a  parfois quelque chose dans le vide ! Et il se passe des choses : comme de la magie théâtrale sur cette scène improvisée à coups de parapluies. Il y a ce perpétuel  duo de monologues  rafraîchissants entre ces deux comédiens dont le sourire et les mimiques étonnent, réchauffent et pétillent sans jamais saouler. Autodérision à la clé.  Feydeau  le dit d'ailleurs: il détèèèste les monologues, remarquez, on s'en doutait un peu!

Un monsieur qui n’aime pas les monologues:

«Non ! je m’en vais ! cela m’agace ! Il y a là, à côté, cette grande brune, vous savez, cette grande brune qui dit des monologues… Eh bien ! Elle en dit un en ce moment !…

Des monologues ! a-t-on idée de cela ! Si j’étais la préfecture de police, je les défendrais ! C’est faux ! Archi-faux ! Un homme raisonnable ne parle pas tout seul ; il pense, et alors il ne parle pas ! C’est ce qui le distingue des fous qui parlent et qui ne pensent pas. Admettre le monologue, c’est rabaisser l’humanité ! On devrait le défendre ! cela me rend malade !»

« Moi, je n’admets le monologue… qu’à plusieurs ; parce qu’alors ce n’est plus un monologue ! » « Tenez, c’est comme les acteurs ! Eh ! bien je les supprimerais, les acteurs ! Ce sont eux qui tuent le théâtre !  » « Tenez ! le théâtre ! on dit toujours : "Il n’y a plus d’auteur ! " Eh bien !  ça n’est pas vrai ! La vérité, c’est qu’il n’y a plus de pièces ! » …Plus de théâtre non plus,  très bientôt. Plus que deux ultimes spectacles*  et place au RRRRRideau de Bruxelles qui va bientôt  pouvoir poser ses bagages et jouer aux Bernard-l’hermite dans ce lieu qui nous est si cheRRR !

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Rirrres,  puisqu’il ne faut pas pleurer !

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d'après ....les monologues de FEYDEAU

 

 DÈS CE SOIR ET ENCORE DEMAIN, rions de bon cœur aux facéties burlesques  de la Compagnie des PLUMES qui virevolte  de jeux d'esprits en jeux de mots, de situations vaudevillesques en épisodes tragi-comiques !

Un moment de plaisir, de rire et de détente à l'XL Théâtre du Grand Midi.

En coproduction avec La Cie des PLUMES que vous avez pu applaudir à L' XL Théâtre lors de la création de UN CERTAIN PLUME de Henri MICHAUX

 

avec

Amélie SEGERS et Raffaele GIULIANI

 

Du 17 au 21 septembre 2013 à 20h30 - Petite Salle

 

Réservations conseillées au 02 513 21 78

 

XL Théâtre du Grand Midi - Direction Artistique Bernard Damien - rue Goffart, 7a 1050 Bruxelles

http://www.xltheatredugrandmidi.be/   info sur les deux derniers spectacles

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administrateur théâtres

Une très vieille légende, "Entre vrai et faux-semblant, jeu et hors-jeu, fiction et réalité ". Un comédien-fétiche légendaire. Et des milliers de fans... d’une comédie qui a fait recette !

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La légende a plus de 20 ans. Elle raconte l’histoire d’un personnage de théâtre imaginaire qui est impatient de rencontrer son auteur et son acteur pour naître au monde. Le voilà soudain qui crève le rideau et toute notion de logique. Et atterrit sans ménagements dans la dure réalité. Du théâtre ou de la vie ? Les abonnés au non-sens, réveillez-vous, vous aurez la part qu’il convient de rire incompressible et de compassion immense pour ce personnage si dérisoire et si humain ! Il y a aussi le machiniste des lumières qui ne cesse d’intervenir en paroles muettes, comme à une répétition. Un allumeur de réverbères ? Une chose est sûre, le régisseur n’a rien d’un "deus ex machina". Au contraire, le pauvre André est assailli d’injonctions contradictoires ! Andros... l'homme?

L’acteur impuissant et terrifié se réfugie dans sa réalité : un petit coussin, son doudou d’enfance que le personnage envoie par-dessus bord à la moindre occasion ! Enfant, dîtes-vous. C’est bien de l’imaginaire de l’enfant qu’il s’agit ! Le personnage derrière le personnage imaginaire, derrière l’auteur, derrière l’acteur est un clown, sorte d’enfant éternel dans ses 6 ou sept ans. Juste avant que l’âge de raison ne cueille sa fraîcheur et son innocence. Homme, petit homme, "Homme, tu es tout petit, petit homme, ta tendresse a raison, ta raison n'atteint pas le haut de tes trois pommes" I love you! D'un balai, il a fait une rapière!

Petit homme … Il affronte vaillamment d’autres personnages imaginaires, joue aux cartes avec le roi Lear, rencontre peut-être Maeterlinck au bord des limbes, mais ne dit rien à ce sujet. Va fièrement donquichotter le hasard, rencontrer le temps – Maeterlinck, encore ! L’Amour aussi, tant qu’à faire ...et sept milliards d'êtres humains réunis sur une même scène, l'instant d'une performance inédite et d'une pièce unique dans l'histoire du théâtre.

Eve Bonfanti et Yves Hunstad, auteurs-comédiens singuliers sont bouillants d’humour à chaud et de finesse. « On vous expliquera après le spectacle », répète l’homme qui a caché ses boucles sous une coiffe moyenâgeuse, à la dame du troisième rang qu'il n'a de cesse de taquiner! Comme Raymond Devos? Pourquoi une dame, d’ailleurs ? On l’attend le comédien, avant le spectacle, de longues minutes, presque trois quarts d'heures, rodage du nouveau théâtre Saint-Michel oblige..., on leur pardonne, c'est leur spectacle d'inauguration. Et il finit par venir, à coup d'applaudissements, comme une vedette attendue. On l’attend aussi après le spectacle, puisqu'il avait donné rendez-vous à la dame du 3e rang! Il se passe de longues minutes, presque trois quarts d'heures, mais il ne viendra pas. Quelques mots à Eve Bonfanti, et les voilà repartis pour d'autres tournées... On emporte avec soi les fils précieux de l'illusion théâtrale et le souvenir d’un cadeau ingénu, jeté à tous vents.

Un spectacle à résonnance poétique universelle qui n’a pas vieilli d’un cheveu ! Vous aurez raison d’y aller ! Et peut-être, de devenir fan vous-même!

 


 

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