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Louis II de Bavière

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Souverain du pays des neiges et du royaume de la douleur, ils te bandèrent les yeux, pauvre agneau des outrages : « Devine qui t’a frappé ! »

 

Ils ne pardonnaient pas au roi d’être royal et de haïr la guerre.

 

Edelweiss d’argent blessé par la bassesse, où sont les singes qui te bafouèrent ?

 

 Qui consola les gentianes bleues de ton regard ?

 

Où sont les lanternes de lune du traîneau de cristal où t’emportait la nuit ?

 

Où vit le cygne au chant magique ?

 

Tant d’amour et si peu de partage !

 

Tant de montagnes et de glaciers où nul ne pouvait te suivre !

 

Tant de châteaux et n’habiter nulle part !

 

La foudre qui s’abat choisit les plus beaux arbres.

 

 Désormais consolée d’étoiles, ta solitude se berce à l’infini dans la constellation du cygne.

 

 

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La lune bleue

La lune bleue

La lune est bleue,

Quand il y en a deux

Dans le même mois,

C'est très rare ma foi !

Tous les Pierro's lunaires

Vont sûrement le faire :

Ils vont chanter l'amour

Dans leurs plus beaux atours.

Et tous les chats aussi,

Au lieu d'être bien gris,

Seront là en couleurs

Comme au jour, c'est bonheur !

Et tous les chevaliers

Sur l'air d'une valse brune,

Pourront danser, chanter :

"Au clair de la lune" !

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administrateur théâtres

 

De la grâce dans l’humain, du divin dans l’humanité !

Akademie für Alte Musik Berlin

Matthäus-Passion

René Jacobs direction - Werner Güra Evangelist (ténor) - Johannes Weisser Christus (baryton) - Sunhae Im soprano - Bernarda Fink mezzo - Topi Lehtipuu ténor - Konstantin Wolff basse - Akademie für Alte Musik Berlin , RIAS Kammerchor

Johann Sebastian Bach, Passion selon saint Matthieu, BWV 24412272826071?profile=original

Une œuvre-clé de Johann Sebastian Bach, à redécouvrir grâce à la lecture de René Jacobs. En écrivant sa partition la plus imposante, Bach nous a livré l’une des pièces les plus poignantes du répertoire, qui traite en profondeur de la souffrance humaine sous toutes ses facettes. La lecture qu’en livre René Jacobs nous permet de redécouvrir toute la portée de cette œuvre d’art éternelle.

La huitième édition du KlaraFestival s'ouvrait vendredi soir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles avec le concert "La Passion selon Saint-Mathieu" avec René Jacobs à la tête de "Die Akademie für Alte Musik Berlin", un orchestre baroque de 30 musiciens, le "Rias Kammerchor" et un solide casting de solistes.

 

Ce premier soir du festival Klara 2012,  Knockin’ on Heaven’s Door, les portes du Paradis se sont ouvertes et on les a passées, vivants,  …  pour découvrir l’essence profonde de la musique et une esthétique inégalée. Nous avons vécu une immersion directe dans la grâce dès les premières mesures, aspirés par l’ampleur de  l’harmonie, soufflés par la tenue magistrale des artistes, le génie du chef d’orchestre et la texture pleine d’anima de la partition. On ne peut que  méditer sur la qualité extraordinaire  du travail et la densité musicale qui se développe à mesure…Pas le moindre gramme d’emphase: que du vécu intérieur, distillé et idéalisé, sonorisé. René Jacobs, à la tête de Die Akademie für Alte Musik Berlin  est  au faîte du savoir-faire : son équipe musicale  merveilleusement unie dans la diversité.  Tandis qu’au moment même, la colère et la violence grondent partout dans le monde  et  que la misère reste le lot de beaucoup d’humains, nous sommes face à une œuvre d’art vibrante.  

Et pourtant, même la salle de concert disparaît pour n’être baignée que de l’indicible « dit », chanté, résonné, claironné, célébré. Un rythme sinueux entraine les  spectateurs  et les arrête 7 fois lors des « chorals », stations du chœur qui égrène la mélodie de base, une alternance simple de six et cinq syllabes.  « Wenn ich einmal soll scheiden, so scheide nicht  von mir… » Poésie et musique inspirées se rejoignent. Surviennent les scènes dramatiques d’où coule la compassion où s’éclaircit la simplicité du mystère. Bach le dramaturge fait preuve d’une  écriture puissante et humble à la fois et  d’une fluidité philosophale… jamais égalée qui nous fait assister  dans ce concert à la ré-union des contrastes. 

Ce concert hypnotique dont on sait qu’il va finir inexorablement nous mène de plein pied dans l’infini.

La complexité musicale est à la hauteur de la complexité humaine, mais à la fois d’une limpidité éclatante. Une limpidité qui nous donne tout-à-coup le courage d’ouvrir son cœur et de s’abandonner au tissage méticuleux de l’œuvre, aux flamboyances du récitatif de l’évangéliste (Werner Güra), à la profondeur de la basse (Konstantin Wolff), au charme féerique de la soprano (Sunhae Im), au vécu féminin de la mezzo (Bernarda Fink), à la douleur et à la grandeur de Jésus dont l’âme et le corps sont en souffrance indicible. La figure du Christ était magnifiquement interprétée par Johannes Weisser. On se révolte contre la foule hagarde et aveugle, « Lass ihn kreuzigen ! ». On fond de tendresse avec le pécheur gagné par l’amour dans le magnifique récitatif Nr 57. Les récitatifs suivis d’une aria sont des petits concerts de chambre qui se suffiraient à eux-mêmes insérés comme des incrustations de bijoux dans un grand dessein.  C’est à chaque fois, une apogée de l’émotion esthétique. Bernarda Fink supplie : « Torturé, accablé sous le poids de ses remords, vois mon cœur ! Goutte à goutte que les larmes comme un pur et doux parfum sur ta tête se répandent, divin Maître. » La soprano exquise Sunhae Im continuera :  « Wiewohl mein Herz in Tränen schwimmt… » Son appel est d’une finesse extrême « Ei, so sollst du mir allein mehr als Welt und Himmel sein. » L’appel de Jésus sera déchirant, souligné plaintivement par les larmes délicates des flûtes : « Mein Vater, ist’s möglich, so gehe dieser Kelch von mir ; doch nicht wie ich will, sondern wie du willst…»    

 Et pendant les 78 sections,  on retient son souffle devant cette vivante œuvre d’art,  on ne pense à rien d’autre qu’à planer sur le sourire divin de la musique. L’idylle musicale s’achève dans des applaudissements respectueux,  délestés de barbarie, nourris d’esprit et de cœur. Jamais un concert n’a touché autant que celui-ci, de l’avis de plusieurs spectateurs qui, d’inconnu à inconnu, se  livraient leur émoi profond après le concert.

La lune bleue, c’était ce soir.  Un 31 août 2012. « O schöne Zeit ! O Abendstunde ! » Voici la paix conclue avec le ciel...

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Angelus Silesius, La rose est sans pourquoi.

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Né à Breslau (Silésie) en 1624 et mort le 9 juillet 1677, Johannes Scheffler, dit Angelus Silesius,  est un médecin, un poète et un  mystique allemand.

 

D'abord luthérien, adepte un temps des Rose-Croix, il se convertit au catholicisme en 1652 sous l'influence des mystiques  allemands et flamands, notamment maître Eckart, Henri Suso, Jean Tauler, Ruysbroeck et Jacob Boehme Son recueil le plus connu, paru en 1657 "Cherubinischer Wandersmann" a été traduit en français sous le titre "Le voyageur  (le pélerin ou l'errant) chérubinique".

 

Il fut redécouvert au XIXème siècle par les poètes et philosophes de culture allemande, en particulier Rilke, Schopenhauer et Heidegger.

 

"Salué par les plus grands, de Leibniz à Heidegger, en passant par Hegel et Schopenhauer, l'écho de son oeuvre sur la pensée profane n'a cessé de s'amplifier. En nombre de points, et sans doute pour l'essentiel, la méditation de Silesius nous apparaît aujourd'hui proche du Zen". (Roger Munier)

 

 

rose

 

Ohne Warum

 

Die Ros' ist ohn' Warum, sie blühet weil sie blühet,

Sie ach't nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie siehet. (I, 289)

 

Sans pourquoi

 

La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu'elle fleurit,

N'a souci d'elle-même, ne cherche pas si on la voit."

 

Ce distique se lit au premier livre des poésies spirituelles d'Angelus Silesius, publiées sous le titre : "Le Pélerin Chérubinique. Description sensible des quatre choses dernières".

 

Martin Heidegger l'a commenté dans une conférence qui a été reprise dans "Der Satz vom Gründ", paru à Pfullingen en 1957. Traduit par André Préau, ce texte a été publié par les éditions Gallimard en 1982, sous le titre général "Le principe de raison".

 

En voici la conclusion : "La rose est sans pourquoi, mais elle n'est pas sans raison. "Sans pourquoi" et "sans raison" ne disent pas la même chose. C'est seulement cela que la sentence en question devrait d'abord rendre plus clair. Le rose, pour autant qu'elle est quelque chose, ne sort pas du domaine où le très puissant principe (de raison) exerce sa puissance. Et pourtant la façon dont elle appartient à ce domaine est particulière, différente par conséquent de la manière dont nous autres hommes y séjournons. Bien courte, à vrai dire, serait notre pensée, si nous admettions que la sentence d'Angelus Silesius, n'a d'autre sens que d'indiquer la différence des manières dont la rose, dont l'homme, sont ce qu'ils sont. Ce que le sentence ne dit pas - et qui est tout l'essentiel - , c'est bien plutôt ceci qu'au fond le plus secret de son être l'homme n'est véritablement que s'il est à sa manière comme la rose - sans pourquoi."

 

(Silesius, "La rose est sans pourquoi", textes français de Roger Munier, suivis d'un commentaire par Martin Heidegger, Arfuyen, Textes allemands)

 

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Man muss noch über Gott

 

Wo ist mein Aufenthalt ? Wo ich und du nicht stehen.

Wo ist mein letztes End, in welches ich soll gehen ?

Da, wo man keines find't. Wo soll ich denn nun hin ?

Ich muss noch über Gott in eine Wüste ziehn (I, 7)

 

Il faut passer Dieu même

 

Où se tient mon séjour ? Où moi et toi ne sommes.

Où est ma fin ultime à quoi je dois atteindre ?

Où l'on n'en trouve point. Où dois-je tendre alors ?

Jusque dans un désert, au-delà de Dieu même.

 

Das Etwas muss man lassen

 

Mensch, so du etwas liebst, so liebst du nichts fürwahr ;

Gott ist nicht dies und das, drum lass das Etwas gar. (I, 44)

 

Laisse le quelque chose

 

Si tu aimes quelque chose, tu n'aimes rien vraiment.

Dieu n'est ni ceci ni cela. Laisse le quelque chose.

 

Die Rose

 

Die Rose, welche hier dein äussres Auge sieht

Die hat von Ewigkeit in Gott also geblüht. (I, 108)

 

La rose

 

La rose que contemple ici ton oeil de chair

A fleuri de la sorte en Dieu dans l'éternel.

 

 Wie ruhet Gott in mir ?

 

Du musst ganz lauter sein und stehn in einem Nun,

Soll Gott in dir sich schaun und sänftiglichen ruhn (I,136)

 

Comment Dieu repose en moi

 

Tu dois être limpide et habiter l'instant

Pour qu'en toi Dieu se voie et doucement repose.

 

 Das stillschweigende Gebet

 

Gott ist so über all's dass, mann nichts sprechen kann,

Drum betest du Ihn auch mit Schweigen besser an (I, 240)

 

La prière du silence

 

Dieu excède, au point qu'on ne saurait parler.

Rien ne vaut mieux pour L'adorer que le silence.

 

 Du musst dich noch gedulden

 

Erwart es, meine Seel ! Das Kleid der Herrlichkeit

Wird keinem angetan in dieser wüsten Zeit (III, 184)

 

Il te faut patienter encore

 

Attends, mon âme, le vêtement de gloire !

Nul ne le passe en ce désert du temps.

 

Ein wachendes Auge siehet

 

Das Licht der Herrlichkeit scheint mitten in der Nacht.

Wer kann es sehn ? Ein Herz, das Augen hat und wacht. (V, 12)

 

Un œil qui veille voit

 

L'éclat de la splendeur apparaît dans la nuit.

Qui peut le voir ? Un cœur qui a des yeux et qui veille.

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Léonard en Toscane

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Tu t’es assis dans la splendeur, au pied d’un ange, bel enfant des collines de Toscane… Le printemps a tissé sa lumière dans tes cheveux, sur les oiseaux du ciel si pur, et tout est d’or autour de toi.

 
Tu écoutes la leçon des lys et tu songes aux merveilles du monde, aux fleurs vivantes, aux bleus lointains, aux rochers rafraîchis de mousse, à des nuages qui s’évaporent, à des galops de chevaux blancs, à des visages qui s’inclinent vers d’autres visages, à des sourires inconnus.

 

Tu chercheras sous l’apparence, sans cesser de t’émerveiller et ta main traduira l’invisible dans les grands carnets du mystère.

 

Un jour viendront les plis amers, les princes ingrats, Les Médicis et les Sforza, et ta grandeur sera cernée de nains moqueurs…Tes mains fertiles qui semaient la splendeur ne pourront plus bouger… Mais l’amitié d’un roi bercera ton chagrin.

 

Une fois encore, tu songeras aux temps futurs, à l’homme nouveau, à la précision merveilleuse…

 

Et Celui qui te créa si grand, viendra chercher l’enfant sublime...

 

… Au pied d’un ange.

 

 

"J'ai imaginé toutes ces machines parce que j'étais possédé, comme tous les hommes de mon temps, par une volonté de puissance. J'ai voulu dompter le monde. Mais j'ai voulu aussi passionnément connaître et comprendre la nature humaine, savoir ce qu'il y avait à l'intérieur de nos corps. Pour cela, des nuits entières, j'ai disséqué des cadavres, bravant ainsi l'interdiction du Pape. Rien ne me rebutait. Tout, pour moi, était sujet d'étude. Que de recherches passionnantes sur la lumière, par exemple, pour le peintre que j'étais ! (...) Ce que j'ai cherché finalement, à travers tous mes travaux, et plus particulièrement à travers ma peinture, ce que j'ai cherché toute ma vie, c'est à comprendre le mystère de la nature humaine."

 

(Léonard de Vinci, Carnets, vers 1510)

 

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Vos yeux !

J'espère vos yeux,

comme ma première clarté,

l'originelle lumière, partout inanimée,

ce soleil bleu, dans le ventre de ma mère ;

ma vraie naissance !

Cette rose résistante, fort belle et seule,

dans un jardin qui s'en fout, sans chemin,

rempli de ronces et d'arbres rachitiques,

aux troncs éclaboussés de boue !

Poésie, es-tu ma mère ?

Oh je le voudrais !

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Aube parisienne,

 

Le ciel s’illumine,

Paris dans une ombre blonde s’infuse,

les arbres arborent,

 dénattent de brunes, de rousses chevelures !

Il est six heures,

Paris est déjà clair, c’est le début de l’automne,

le déshabillé de la pleine nuit

tombe, glisse encore, m’étonne ;

vierge est pourtant l’aube nue,

 prometteuse de vos grands yeux ouverts,

vers les miens voyageurs, fort verts !

Inlassablement on se parle sans voix,

on s’espère, on se cherche,

en un mot, on devient créateur,

vous de moi, moi de vous ;

fous tout en douceur,

du  chaste baiser de l’aube,

intimidé, limpide,

jusqu’à l’enlacement profond

de la nuit murmurante, lente,

 dont l’enfant  est le monde !

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12272824499?profile=originalL'immaculée conception esr un ouvrage d'André Breton (1896-1966) et Paul Éluard, pseudonyme d'Eugène Paul Grindel (1895-1952), publié à Paris aux Éditions Surréalistes en 1930.

 

Écrit à Paris durant l'été de 1930, ce livre est, comme nombre d'oeuvres surréalistes, le fruit d'une collaboration entre deux écrivains. L'Immaculée Conception, qu'Éluard définit comme «un long texte sur l'homme», participe à la fois de la philosophie et de la poésie. Les auteurs décrivent et expliquent en ces termes leur entreprise, dans les Cahiers d'art (nos 5-6, 1935): «Ce livre fut écrit en quinze jours, et encore n'y consacrâmes-nous que nos loisirs réels. La connaissance parfaite que nous avions l'un de l'autre nous facilita ce travail. Mais elle nous incita surtout à l'organiser de telle façon qu'il s'en dégageât une philosophie poétique, qui, sans mettre jamais le langage à la raison, conduise pourtant un jour à l'élaboration d'une véritable philosophie de la poésie.»

 

La première partie de l'oeuvre s'intitule «l'Homme». Au fil des cinq textes qui la composent - "la Conception", "la Vie intra-utérine", "la Naissance", "la Vie", "la Mort" -, elle retrace les étapes de la destinée humaine. La deuxième partie du livre, «les Possessions», se présente comme une simulation verbale de divers états mentaux, ainsi que l'indique le titre de ses cinq séquences: "Essai de simulation de la débilité mentale", "Essai de simulation de la manie aiguë", "Essai de simulation de la paralysie générale", "Essai de simulation du délire d'interprétation", "Essai de simulation de la démence précoce". A travers «cet exercice nouveau de [la] pensée», les auteurs précisent qu'ils «espèrent [...] prouver que l'esprit, dressé poétiquement chez l'homme normal, est capable de reproduire dans ses grands traits les manifestations verbales les plus paradoxales, les plus excentriques, qu'il est au pouvoir de cet esprit de se soumettre à volonté les principales idées délirantes sans qu'il y aille pour lui d'un trouble durable, sans que cela soit susceptible de compromettre en rien sa faculté d'équilibre». Il s'agit, pour Breton et Éluard, d'une démarche d'avenir «du point de vue de la poétique moderne». La troisième partie, «les Méditations», comprend six fragments: "la Force de l'habitude", "la Surprise", "Il n'y a rien d'incompréhensible", "le Sentiment de la nature", "l'Amour" et "l'Idée du devenir". La quatrième partie, «le Jugement originel», se distingue des autres par sa forme: elle ne comporte aucune division et se présente comme une succession de brefs préceptes graphiquement séparés et presque tous à l'impératif.

 

Le titre de l'Immaculée Conception, emprunté au dogme catholique, place l'ouvrage sous le signe de la provocation. Le livre se situe en effet aux antipodes de la croyance religieuse, qu'il se plaît à tourner en dérision. L'épigraphe de «l'Homme» donne d'emblée le ton en vidant de son sens «la bonne nouvelle» évangélique pour la réduire à un nom de boulevard: «Prenons le boulevard Bonne-Nouvelle et montrons-le.» Le titre de la dernière partie clôt ce parcours antireligieux en renversant le Jugement dernier pour en faire «le jugement originel». Dans "l'Amour", l'expression «la Sainte Table», appliquée à une position amoureuse, procède de cette même attitude de défi à l'égard du catholicisme.

 

Le titre peut aussi renvoyer symboliquement à la «conception» même de l'ouvrage. Ce dernier participe d'une volonté de renouveler l'écriture, de la purifier en quelque sorte, de la rendre en effet «immaculée». Pour cela, il convient d'éliminer «la ballade, le sonnet, l'épopée, le poème sans queue ni tête et autres genres caducs» (Préface des «Possessions»), c'est-à-dire en somme la «littérature» (on sait que Breton, par une ironique antiphrase, fonda une revue qu'il appela Littérature). L'automatisme, la simulation, l'élaboration d'un langage réunissant essai et poésie sont les instruments de cette quête novatrice.

 

Arts 
12272797098?profile=originalLettres

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Une fontaine humanisante

 

 

Certes, les habitudes changent,

En déroutant les attardés,

Qui apparaissent démodés,

Osent, parfois, parler des anges.

...

Ce qui désole les aînés,

Est la singulière attitude

De jeunes, ayant fait des études,

Se tenant, soudain, éloignés.

...

Ceux-ci ne prennent la parole,

Que s'ils doivent répondre, mais

Ne se montrent pas animés

Et se soucient peu d'être drôles.

...

Pour ne pas sembler romantique,

Au Je, on préfère le On,

Qui suit la foule, s'y confond;

Les goûts paraissent identiques.

...

Or, immergée dans le silence,

L'âme en peine, ou épanouie,

Peut découvrir, grâce inouïe,

Une fontaine humanisante.

...

Surgie d'ailleurs et d'autrefois,

La poésie qui se révèle,

Restée immuablement belle,

Charrie la beauté et la foi.

...

31 août 2012

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MESSAGE...

Viens...

Je te dirai les mots...

J'inventerai les instants

J'effacerai les maux

J'embellirai le temps!

Je chanterai la vie...

Soufflerai du bonheur

Au creux de tes envies

J'effacerai la peur!

Viens...

Au fond de mon désir

J'oublierai mon ego

Je créerai le plaisir

Et tu seras plus beau!

Je comblerai les vides...

Pour protéger tes pas

Et ne serai avide

Que de toi ici-bas!

 

Viens...

Je saurai m'effacer...

Si un jour pour ton bien

Tu devais t'éloigner

Et rompre le lien!

 

Je vais colorier la pluie...

Et réchauffer la neige

Et si survient l'ennui

Créerai des sortilèges!

 

Viens...

Je ferrai le printemps beau

J'écouterai sur ton coeur

le chant doux des oiseaux...

Pour rêver au bonheur!

J.G.

 

 

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L'indifférence et la décence

Soliloque

 

Il me parait presque certain

D’avoir perdu toute importance.

S'est enfermé dans le silence,

Mon merveilleux ami lointain.

...

D’avoir perdu toute importance,

Pour mon correspondant câlin,

Mon merveilleux ami lointain.

Il m'instruisait avec brillance.

...

Pour mon correspondant câlin,

Que je suivais en ses errances.

Il m'instruisait avec brillance.

Pris d'indifférence, soudain

...

Que je suivais en ses errances.

Au tout début, main dans la main,

Pris d'indifférence soudain.

Que me demande la décence?

9 décembre 2010

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Le cimetière juif de Prague

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Sous le lierre obscur de la maison des morts, le crépuscule rougit le soulèvement des pierres gravées de lions et de couronne

 

Sur le cœur de la nuit privé d’étoiles, au-dessus du chemin qui mène à Theresienstadt, les bourreaux ont cousu des étoiles de David..

 

La main du rabbin Löw ne bénit plus le ghetto de Josephov. La Mort était cachée dans les plis d’une rose. La force du golem fut rendue à l’informe quand il eut effacé l’Aleph de son front.


Et le Dieu de leurs pères fut leur seul défenseur.

 

Le lierre obscur du cimetière juif et le regard hanté de Kafka. Il erre dans les ruelles de Mala Strana…

 

Ils ont brisé les vitres de la synagogue

Ils ont ouvert les portes de l’enfer.

 

Sous le lierre obscur de la maison des morts, le crépuscule rougit le soulèvement des pierres et les fleurs d’amandier sur le chandelier d’or…

 


                                                 La menora des morts

                                                  Eclaire les vivants

 

 

                             Au creux de la mémoire des morts sans sépulture.

 

 

Si c'est un homme

Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

Le table mise et des visages amis,

Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui pour un non.

Considérez si c'est une femme

Que celle qui a perdu ses cheveux

Et jusqu'à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme un grenouille en hiver.

N'oubliez pas que cela fut,

Non, ne l'oubliez pas :

Gravez ces mots dans votre coeur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez-le à vos enfants.

Ou que votre maison s'écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.

(Primo Levi, épigraphe de Si c'est un homme)

 

 

 

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Exposition Alain MARC à Millau, peintures (1).


Si vous ne pouvez la visiter voici quelques toiles de cette exposition .
D’elle vous savez par l’article précédent quel en est le sujet, mais je vais aujourd’hui vous emmener de l’Aven Noir à l’évocation du groupe des Treilles .
Je fais allusion à cette civilisation chalcolithique des Grands Causses (-3.300 / - 2 200 av JC) dans plusieurs des toiles qui seront exposées à Millau .
En voici donc quelques-unes (et des extraits du carnet auxquelles elles sont « liées »)…
Peut-être vous souvenez-vous de ma rencontre avec les « Revenols » ?
C’est en prospectant autour de l’Aven Noir que cette incroyable aventure m’est arrivée, (j’en explique l’épilogue dans l’article qui suivait celui de ma rencontre avec cette communauté, n’hésitez pas à y revenir)  .
En tout cas la première des toiles l’évoquant ici fait allusion aux parures à éléments de cuivre (généralement martelé à froid) où les hommes complètent l’usage d’un outillage principalement en pierre par des objets en cuivre .


Fibule

« Fragment chalcolithique », poudre de cuivre, acrylique et sable de dolomie sur toile .
Premiers supports décoratifs … Ces objets en cuivre martelé à froid, gravé, incisé, étaient-ils également peints ? … Si oui, avec quoi ?  - Quel était leur rôle ? -
Ils préfigurent déjà dans mon imaginaire la beauté des objets de cuivre émaillé qui firent la richesse des arts décoratifs quelques millénaires plus tard et ont plus de  beauté plastique pour moi que bien des bijoux contemporains .


Revenols-2-Parures des "Revenols", extrait de la page du carnet auxquelles les peintures de cette série peuvent être rattachées (je me suis inspiré des collections archéologiques des musées Fenaille et de Montrozier consacrées aux civilisations chalcolithiques du Rouergue et des grands causses) pour la réaliser.
Revenols urnes«Mémoire campaniforme» Acrylique, pigments et sable dolomitique sur toile.


Rares sont les archéologues, préhistoriens, qui ne se sont pas intéressés au phénomène campaniforme . «Le terme de campaniforme s’applique avant tout à une série d’objets archéologiques et principalement à un gobelet de céramique dont le profil en S, lui conférant une forme de cloche à l’envers, lui a donné son nom…

C’est encore par association récurrente que d’autres objets - non céramiques - ont pu être qualifiés de campaniformes… Un autre élément de définition du Campaniforme a longtemps été donné par les contextes de découvertes de ces objets, car pendant plusieurs décennies alors que l’archéologie du Néolithique s’intéressait particulièrement au domaine funéraire, c’est bien dans des sépultures que ce mobilier spécifique a été mis au jour…» (voir contexte archéologique ici)
C’est la question de la rencontre du campaniforme lors de son expansion avec les modes culturels du groupe des Treilles que j’ai voulu évoquer dans cette toile .
RevenolsLes "Revenols" du groupe des Treilles tels que je les ai «visualisés» dans mon rêve de juillet 2010... (Extrait du carnet d’exploration)


De l'âge du bronze«De l’âge du bronze» Acrylique, pigments et poudres bronze et de marbre sur toile.


Apogée et fin de l’âge du bronze (de -2200 à - 800), fin de la civilisation des Treilles et du campaniforme, premier âge du fer…

Transition , transformation et évolution des sociétés c’est déjà le basculement de la préhistoire à l‘histoire : «…de profondes évolutions touchent tous les aspects de la société : innovations technologiques, refonte des réseaux commerciaux et intensification des échanges, apports démographiques, accroissement de la hiérarchisation sociale, basculement, à partir du VIe siècle dans l'orbite culturelle et économique du monde méditerranéen, émergence de la ville et d'une économie monétaire, mise en place de pouvoirs politiques centralisés…»
Cette toile évoque cette évolution charnière, ces basculements irréversibles perçus dans la symbolique du feu transformant le métal et fusionnant les alliages par l’alchimie rougeoyante des creusets et des forges …

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Chanson d'une bergère de Savoie ( Extraits)

Réveille-moi, coq matinal,redouble ton chant bizarre. Je veux jouir du lever de l'aurore. Et je dirai alors à l'étoile qui

brillera sous le firmament :" Je te salue, astre de nos bergers, je te salue; sois toujours le signal favorable qui

m'annonce l'arrivée de Mirtil.

Et je te consacrerai mes chansons du matin: elles me seront inspirées dans la plus belle heure de ma vie."

 

Fleurs qui venez d'éclore, oiseaux qui gazouillez d'un ton ton si doux, aubépine parfumée, verdure couverte de perles

transparentes, et vous, nuages azurés, vous m'annoncez un nouveau bienfait du ciel: en vous voyant, je goûte le

plaisir d'être et mon coeur s'agite dans mon sein comme le jeune ramier au retour de sa mère.

 

...Existence précieuse, il faut savoir, sans murmurer, vous rendre à l' Eternel; mais loin de nous, l'homme cruel qui cherche à précipiter votre fin: ses derniers regards porteront l'effroi dans le coeur innocent.

 

...J'entends les pipeaux rustiques; ils précèdent les moissonneurs.

Aimable gaîte, compagne du berger vertueux, viens toujours l'aider dans ses travaux. Et toi, fidèle amitié, fais-le reposer dans tes bras et essuie son front brûlant avec des feuilles de roses.

 

Quel changement dans la nature, une seule aurore a produit !

Hier, au coucher du soleil, la terre conservait encore une couleur sombre. Les arbrisseaux dépouillés de verdure n'offraient aux yeux que l'image de la privation; les hôtes aimables des bois essayaient leur gosier flexible, sans pouvoir

former un ramage agréable. L'oiseau de la tristesse, le noir corbeau planait encore, en croassant, sur nos plaines

arides et le berger ramenait son troupeau, sans égayer son retour par les chants du plaisir.

 

Cependant, l'aube du jour, plus active et plus brillante, répand sur l'horizon son éclat enchanteur. A mesure que le       sommeil abandonne mes paupières, je sens, dans tout mon être, un doux frémissement qui m'annonce une saison nouvelle. La piquante froidure ne me retient plus auprès de mon humble foyer. La voix bêlante de mes jeunes agneaux  s'est fait entendre aussi tôt que le chant du coq. Le réveil de la nature a rendu le mien facile. J'ai pris plus gaiement ma panetière et ma houlette, et mes pas ont été plus légers en courant à ma bergerie.

 

Quel spectacle ravissant s'offre à toi, fille d'un pauvre berger !                                                                                              Le roi de ta contrée n'est environné que des prodiges de l'art et tu jouis des trésors de la  nature. Ces biens se renouvelleront sans cesse; et le temps, qui ravage et réduit en poussière l'ouvrage de l'homme, ajoutera , s'il est possible, à l'ouvrage d'un dieu.

Quelle main bienfaisante a couvert nos vallons de fleurs et de verdure ? Quelle est cette nuance agréable qui distingue le rosier des autres arbustes qui l'entourent ? pourquoi le lilas précoce offre-t-il déjà l'espoir de ses fleurs odorantes, tandis que la vigne sauvage donne à peine l'essor à ses premiers bourgeons?

 

Secrets d'un Etre tout-puissant, est-ce à une simple bergère à vouloir pénétrer ? Et l'homme orgueilleux qui interroge la nature n'annonce-t-il pas plus d'ingratitude que d'intelligence ? Soumets ton esprit présomptueux, homme superbe !

Jouis, bénis sans cesse, ferme ton oeil curieux et n'ouvre ton coeur qu'à la tendre reconnaissance !

 

Marie-Emilie de Montanclos

(1736-1812)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Alvéoles (25)

Au moment où son corps s'était mis à s'agiter avec frénésie, Judith avait entendu de nombreuses voix. Elle avait senti tous ses muscles se révolter contre le venin, en même temps qu'une évidence s'imposait à son cerveau en pagaille : malgré sa violente réaction, elle n'allait pas reprendre conscience. Pourtant elle entendait la voix de Dominique. Elle percevait son inquiétude, jusque dans chacune de ses intonations. Mais Judith n'était plus aux commandes. Elle ne pouvait rien dire, ne pouvait rien faire. Les fils de communication entre son mari et elle – et Dieu sait qu'ils étaient nombreux – avaient été arrachés d'un seul coup.
Une colère noire vint amplifier les désaccords de ses membres, et dans un long râle désespérément muet, Judith faillit tomber de la table.
La jeune femme se sentit très rapidement maîtrisée par un nombre indéfinissable de mains. Mais malgré les appels au calme combinés à ses propres pensées, elle sentit son système nerveux envoyer une giclée d'adrénaline aux quatre coins de son corps. Son genou heurta avec violence un visage, dont elle sentit avant même qu'il ne pousse un cri que c'était celui de Mimmo. La colère débridée qui l'animait jusqu'alors se figea dans ses veines, clouant tout son corps dans une immobilité boueuse et glacée.
 
*
 
Milos enrageait. Ce n'était pas tant la fuite qui lui posait problème – il en avait vu d'autres, dans bien des pays – mais l'idée de retourner à sa vie de cyber-maquisard ne lui plaisait pas du tout.
Il avait préparé le strict nécessaire. Sur son iPod ne figurait qu'une dizaine de chansons, mais dans un répertoire invisible pour un utilisateur ordinaire, se trouvait la copie conforme du disque de son ordinateur portable. Avant de partir, il avait procédé méthodiquement à la destruction de tout ce qui pourrait le compromettre. Milos était allergique à l'idée de conserver le moindre papier. Tout ce qui le concernait en tant que citoyen et habitant – factures, notes, extraits de comptes bancaires, jusqu'à sa (fausse) déclaration fiscale – tout était scanné et sauvegardé sur son ordinateur. Pour Milos, « faire le ménage » s'était limité à mettre la pagaille sur son disque dur. Inutile de tenter de l'effacer : le Centre était déjà en possession de l'essentiel. Milos avait lancé à tout hasard une routine écrite par ses soins : si pour une raison ou une autre la police s'emparait de sa machine, elle y trouverait quelque chose d'incompréhensible : non seulement toutes les données y étaient cryptées, mais chaque bloc de données au sein du système de fichier était désormais relié à un autre bloc pris au hasard sur la surface de son disque. C'était un peu comme si Milos avait pris le contenu de la Bible, et avait tout mélangé : versets, phrases, mots, jusqu'à chaque lettre. En moins de dix minutes, le contenu bien ordonné de son portable s'était retrouvé sans dessus dessous.
Il avait ensuite tenté d'occuper les deux hommes qui observaient son appartement depuis leur Opel Vectra bleu foncé et bien lavée, qui contrastait avec le patchwork de véhicules en mauvais état qui coloraient le quartier. Saisissant son téléphone portable muni d'une carte pré-payée, il composa quelques numéros sauvegardés quelques semaines auparavant.
Quelques minutes plus tard, quatre livreurs s'approchèrent du véhicule. Pizza, durums, mezze, coucous. Commande pour deux personnes, dans le véhicule immatriculé 854HYZ juste en face de la rue de Bulgarie, numéro 75. Avec un peu de chance, la police suivrait très rapidement. Milos observa les deux hommes. Comme il le redoutait, c'étaient des professionnels. Au lieu de tenter d'éconduire les livreurs et de prendre la fuite – ce qui leur aurait fait perdre sa trace – ils se partagèrent rapidement le travail : l'un paya les livreurs tandis que l'autre se dirigea immédiatement vers l'entrée de son immeuble.
Milos descendit les escaliers quatre à quatre jusqu'à l'appartement de sa voisine du dessous. Il relevait son courrier et nourrissait ses quelque six cent poissons, répartis dans huit aquariums, lorsqu'elle rendait visite à sa sœur à la côte belge. Il ferma la porte derrière lui et attendit, le cœur battant. Moins d'une minute plus tard, il entendit des pas empressés monter les escaliers, puis s'arrêter juste au-dessus de lui. Milos se rendit compte qu'il tentait de contenir sa respiration. En partie pour tendre l'oreille, et en partie aussi, supposait-il, pour ne pas se faire repérer. Il entendit la porte de son appartement s'ouvrir. Le mec qui était là-haut savait parler aux serrures. Milos fit glisser le verrou de sécurité d'une main peu assurée. Pourvu qu'il ne passe pas en revue tous les appartements.
Milos se dirigea vers l'arrière de l'appartement. Le petit balcon donnait sur une cour fermée. Il n'y avait rien à tenter de ce côté. Tu le savais déjà, imbécile, tu habites au-dessus, se dit le pirate en sentant la panique gagner du terrain. Il s'immobilisa et tendit l'oreille. Les pas se déplaçaient calmement au-dessus de sa tête. Il s'approchèrent de l'endroit où se trouvait son portable, sans ralentir. Puis ils continuèrent en direction de sa chambre.
Il n'en veut pas à mon ordi, souffla-t-il d'une voix contrainte. Il n'en a rien à caler. C'est moi qu'il cherche.
La panique monta d'un degré. Instinctivement, le pirate recula en direction de la petite cuisine, dont le balcon s'approchait du mur gauche de la cour. Inutile de s'imaginer atterrir à pieds joints dessus : même s'il était sportif et plutôt bien bâti, il se briserait à coup sûr les genoux sur un si petit espace. Mais il pouvait toujours tenter d'y rebondir avant de se jeter dans l'herbe du jardin voisin.
Le petit carré vert bordait le cabinet d'un médecin installé en demi sous-sol. Et une fois là, tu fais quoi ? Tu dis bonjour au toubib et tu t'en vas ? Avec un peu de chance, il serait en visite. Avec un peu de chance, une fenêtre serait ouverte.
Tu rêves. Autant demander au bon Dieu de te transformer en poisson.
Au plafond, les pas se dirigèrent avec nonchalance vers la porte d'entrée, puis descendirent lentement les marches de l'escalier.
Milos sentit le piège se refermer sur lui.
 
*
 
Dominique restait immobile, assis sur sa chaise, dans un couloir rendu au silence. Ses membres lui donnaient l'impression d'être en cire. S'il ne se calmait pas, ils ramolliraient et finiraient par refuser de lui obéir.
Qu'importe. Sa femme était là, à quelques mètres à peine de lui, allongée, immobile, peut-être pour de longues heures encore, des jours, peut-être pour plus longtemps, même s'il refusait d'y penser. La révolte de Judith n'avait rien de conscient, avait dit le médecin. Son corps était en guerre contre un poison qui pour elle – et pour si peu de personnes sur cette terre – était un ennemi mortel.
Le bourdonnement dans sa tête ne cessait pas. Il sentait encore tournoyer les abeilles autour de lui, planter leur dard dans sa peau. Ses gonflements à lui étaient maîtrisés. Pourvu que ceux de sa femme disparaissent vite.
— Monsieur ?
Il était venu avec le médecin, laissant la maison aux pompiers. Qu'avaient-ils fait de l'essaim ?
Il allait retrouver la maison dans un état lamentable. Que dirait son ami ? Il fallait le prévenir. Pourquoi ne s'était-il pas méfié du bruit étrange qu'ils avaient entendu ? Ils en auraient été quittes pour une grosse frayeur. De quoi raconter leurs aventures à leurs amis, à l'issue du repas de fête.
— Monsieur Mastrochristino ?
Au lieu de cela Judith souffrait, il le sentait bien. Elle était perdue au fond de son inconscience, prisonnière de son corps allergique, mise aux fers de par son propre système nerveux.
Et la voix de cette femme, à son oreille, juste à droite de lui. La maman avec la petite fille.
— Laissez-moi, dit Mimmo d'une voix trop calme à son goût.
— Je suis venue m'excuser. J'ai paniqué, j'ai craint le pire pour mon mari.
Qu'est-ce que j'en ai à faire ?
Dominique releva la tête et fixa le mur face à lui.
— Où est votre fille ?
— Elle est de retour dans sa chambre. Elle dort, maintenant. Elle s'est calmée dès que j'ai rejoint mon mari.
Dominique tenta d'évaluer depuis combien de temps il était assis sur sa chaise, la tête dans les mains. Peine perdue.
— Et votre médecin ?
— Il va arriver, dit Faustine, avec des nouvelles pour vous. Il m'a suggéré de venir vous voir. Mais je l'aurais fait de toute façon. Je suis vraiment désolée pour tout à l'heure.
— Laissez tomber. Vous n'êtes pas pour grand chose dans ce qui est arrivé à ma femme.
— Vous habitez la région ? Oui, je suppose, puisque nous avons le même médecin.
— Vous supposez mal. Nous logeons chez un ami. Lorsque ma femme s'est fait attaquer, j'ai appelé le premier nom dans le répertoire.
— C'est tout de même bizarre que les abeilles aient attaqué...
— Écoutez, madame, coupa Dominique, je me fous de savoir s'il est normal ou non de se faire agresser par un essaim. C'est arrivé. Ma femme est allergique. Elle peut en mourir. J'aimerais avoir de ses nouvelles. Je n'en ai pas. Et à mon avis, vous n'êtes pas là pour m'en donner.
Faustine encaissa la décharge de mauvaise humeur sans sourciller. Quelques secondes s'écoulèrent en silence, durant lesquelles Dominique tenta de se calmer.
— Excusez-moi, dit-il. Nous nous sommes croisés en de mauvaises circonstances. Nous n'aurions pas dû être là, et je suppose que vous pensez la même chose à propos de votre mari et de votre fille. Nous nous sommes emportés. J'accepte vos excuses, je vous présente les miennes. Maintenant, si cela ne vous dérange pas, j'aimerais rester seul.
Faustine se leva sans rien dire, fit quelques pas, puis revint vers Dominique, dont les mains en coupe cachaient à nouveau le visage. Elle lâcha :
— Je vous laisse.
— Merci.
— Je m'appelle Faustine.
— J'ai entendu tout à l'heure.
— Et je vous le répète : se faire attaquer ainsi, ce n'est pas normal.
Dominique se leva, bien décidé à donner congé à la jeune femme, mais par dessus son épaule, il aperçut le médecin qui avançait vers eux. Il se ravisa et dit d'une voix calme :
— Quelle importance ?
— Pour votre femme, cela peut en avoir.
— Comment ça ?
Le médecin qui arrivait à leur hauteur prit la parole :
— Faustine a des ruches.
Dominique jeta un regard interloqué au médecin puis se tourna vers la jeune femme. Face à son regard courroucé, elle se défendit immédiatement :
— Ce n'est pas ce que vous croyez ! Les abeilles qui ont attaqué votre femme ne viennent pas de chez moi. J'habite à plusieurs dizaines de kilomètres. D'ailleurs, mes ruches... je ne les ai pas depuis longtemps. C'est un de mes voisins qui m'a initiée à l'apiculture. Je n'y connais pas encore grand chose, mais je sais que le venin des abeilles a une composition chimique différente selon que l'essaim est installé ou non. Or Gérard m'a dit que vous l'aviez entendu arriver ?
— Il y a eu un bruit bizarre, en effet. Je suppose que c'était cela. Mais qu'est-ce que cela change ?
— En connaissant cela, dit le médecin, nous pouvons adapter le traitement de votre femme, et diminuer les effets néfastes de sa réaction allergique.
Dominique regarda Faustine avec gratitude.
— D'après vous, pourquoi ces abeilles s'en sont-elles prises à ma femme ?

Alvéoles est disponible en texte intégral ici...

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Le jeu du contentement

 

Quand l’insomnie me force à rester en éveil,

alors que toute attente a désormais cessé,

souvent pour m’occuper, je reviens en arrière.

...

En soulevant les couches de ce qui a été,

je retrouve, à peu-près, le meilleur et le pire,

également noyés dans mon indifférence.

...

Pour avoir, à douze ans, rencontré Pollyanna ,

J’ai depuis pratiqué, sans m’abuser moi-même,

le jeu réconfortant dit «du contentement».

...

Pour l'accepter, je crois, je devais être prête,

Savoir me consoler, simplement en rêvant.

Souvent, on ne peut rien contre un chagrin d'enfant.

...

Mes efforts continus m’ont amenée au port,

enfin libre, toujours réceptive à la joie.

Sans avoir désormais le besoin de prétendre.

...

J’accueille les plaisirs d’un confort mérité,

et ce qui, chaque jour, par la vie, m’est donné,

Sans jamais oublier que tout est éphémère.

3/4/2000

 

 

 

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Cachez donc les poètes ! ...

Cachez donc les poètes

 

[…] Certes, quand on voit une assemblée de poètes, c’est toujours un 

mauvais moment à passer. On peut évidemment vénérer le miracle, le détour 

par lequel tant de rabougris, de prognathes, d’égoïstes, de barbus, de 

podagres, de rentiers, d’asthmatiques, de pédérastes, de bigles et de 

menteurs sont tout cela et poètes, sans parler de cette sous-classe 

bilieuse, rancuneuse, vert-de-grisée, pingre et médisante où se recrute le 

poète catholique. Et c’est un grand poète. Et le bedonnant nous parle 

d’amour comme personne. Et le mondain jaunâtre, grinçant et monoclé, nous 

parle de la solitude. Et le millionnaire nous parle du dénuement. Et le 

partisan, de la liberté. Et la vieille tante, de la pureté. Et ils 

n’inventent pas, ils sont véridiques, on ne peut pas leur en vouloir. 

Seulement, comme leur vue risque de causer des dommages irréparables à 

l’image qu’on s’est faite de leur personne, comme on n’a pas tous les jours 

un Lorca qui ressemble à ce qu’il écrit, comme on risque à chaque instant 

de tomber sur l’affreuse photo d’Apollinaire en tourlourou 1900, ou 

d’apercevoir dans le métro les bajoues et les mamelles de la grande lyrique 

dont vous rêviez, un remède s’impose: cachez donc les poètes!

 

  Oui, je rêve d’un anonymat complet de la poésie, aussi inavouable que 

l’appartenance aux services secrets, aussi dangereuse, aussi numérotée. 

(«Avez-vous la dernière plaquette du 1173? – Non, il ne donne plus signe de 

vie. Par contre, le 1414 s’affirme comme un de nos meilleurs agents. 

Lisez-le donc. – Et le 7521? – Il est brûlé.») […]

 

 

  Chris Marker

  (Revue Esprit n° 162, décembre 1949)

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administrateur théâtres

Opéra en plein air: les Contes d'Hoffmann

"La nouvelle production d'Idée Fixe : "Les Contes d'Hoffmann". L'opéra fantastique d'Offenbach, narrant les aventures sentimentales de ce jeune poète ivre d'amour (et d'alcool) regorge d'airs connus, dont la célèbre Barcarolle, et est annoncé comme "un spectacle total, rempli de belles choses", par Cédric Monnoye chez Idée Fixe."12272832688?profile=originalL’occasion de revisiter les fulgurances de l’opéra du siècle passé. En opéra sonorisé devant les portes d’un château, dans la féerie des étoiles d’une soirée estivale. Un public nombreux a poussé les portes d’une autre musique que celle de l’air du temps. Pari gagné, le spectacle a plu.  Et Jacques Offenbach n’est pas mort. L’équipe artistique dirigée par Julie Dupardieu et Stephan Druet est percutante.

 On est dans la taverne de maître Luther, cabaretier quelque part en Allemagne …luthérienne sans doute, à l’époque de l’histoire. On y rencontre le  poète, éponyme de celui des contes ( Ernst Theodor Amadeus Hoffmann), source d’inspiration des librettistes d'Offenbach.   Hoffmann,  flanqué  de son fidèle  Nicklausse - qui n'est autre que la Muse de la Poésie travestie en étudiant - raconte ses trois vies. Ses trois rencontres illusoires  de femmes aux noms italiens qui font rêver. Olympia, poupée mécanique, Antonia, jeune fille maladive  et Giulietta, la courtisane. Ses trois désenchantements: leurs fantastiques trahisons, volontaires ou non,  deviennent de plus en plus infernales. Le mal est partout: le   Diable en personne et sa voix extraordinaire de baryton sous les traits du conseiller Lindorf, de Coppélius,du docteur Miracle, et du  capitaine Dapertutto qui prétendent que la femme est bien pire que le diable.

 Victime du mythe des amours contrariées puis de la Machine Infernale,  voilà le poète échoué à la case départ. Une autre femme l’attend. Stella, prima donna.  Réalité et Idéal. La femme au miroir qui lui rendra son âme ?  Hoffmann, homme de désespoir la rejette avec colère. Puis plutôt que  de retrouver l’appel vibrant de sa muse, le ténor envoûté et envoûtant  la renie aussi et sombre corps âme et plume dans le désespoir, le délire de cette taverne Tango-Vino qui l’emprisonne à jamais. Hotel California des temps anciens. On ne peut s’empêcher d’y penser.

 Par sa mise en scène, Julie Depardieu dépoussière cet opéra qui a fait la gloire du Paris fin de siècle.  La taverne s’accroche au parvis d’un château lissé par la verdure, flanqué de quatre tours majestueuses, glorieusement belge puisqu’il appartenait avant à la famille Solvay.   Une foule de danseurs va et vient et s’évapore. Sweet Summer Sweat. Une chorégraphie que l’on sent millimétrée malgré son apparente liberté de mouvements. Un tapis roulant pour les amours qui se croisent mais ne se rencontrent pas et pour les gondoliers de Venise où l’antique Charron mène sa barque invisible. Des airs connus chantés par les gorges de nos grands-mères d’après-guerre nous frissonnent les oreilles et sont portés par le vent aux confins du domaine  et du cœur pour faire le nid de notre plaisir musical. Les costumes des solistes sont dignes du festival de Venise. Ceux des danseurs figurants flirtent avec un 21e siècle gothisant.   Les voix aux accents mélangés étonnent enchantent  et divertissent. La belle Antonia est d'un romantisme déchirant.  Le spectacle ne manque pas d’inventivité ni de souffle. Veut-il étourdir ? Mais la satire est présente car  pour Nicklausse,  c’est une Fin de partie.  Veritas in Vino-Tango…pauvre nouveau siècle déjà désabusé.

Difficile de résister au plaisir de resaluer toute l’équipe de la première nocturne du Château de la Hulpe et de lui souhaiter un bel avenir:  

EQUIPE ARTISTIQUE

Mise en scène

Julie Depardieu et Stéphan Druet

Direction musicale

Yannis Pouspourikas

Orchestre

Nuove Musiche

Chef des chœurs

Matteo Pirolà

Costumes et décors

Franck Sorbier et Guy-Claude François

Conception lumières

Philippe Lacombe

Chorégraphie et assistance à la mise en scène

Sophie Tellier

DISTRIBUTION

Hoffmann

Mickael Spadaccini

Les Diables

Nabil Suliman

La Muse, Nicklausse et la voix d’outre-tombe

Camille Merckx

Olympia

Anna Pardo Canedo

Antonia

Sabine Conzen

Giulietta

Lies Vandewege

Spalanzani  

Axel Everaert

Luther, Crespel & Schlemil

Thierry Vallier

http://www.ideefixe.be/

Lieux / Dates :

- Du 23 août au 24 août (à 21:00) - Cercle de Wallonie (Namur) - infos - Du 29 août au 1 septembre (à 21:00) - Château de la Hulpe (La Hulpe) - infos - Du 6 septembre au 8 septembre (à 21:00) - Château d'Ooidonk (Deinze) - infos

 

 

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Extrait du livre "SEL"

 

LIVRE  SEL       Parution 2012    90 pages    illustration de l'auteur

http://wwww.pierre.rive.cowblog.fr

 

LE VENT

 

Des mèches lumineuses
Se subdivisent au front.

La face changeante
Dans l’exaltation
Dans l’ombre des cœurs meurtris
Et dans la renaissance du verbe.

Les sourcils
Pareils à des prédateurs nocturnes
Sous les blancheurs des lunes
Et les paupières rêveuses
Entrebâillées par les cils du souffle.

Il respire l’instant de ses narines singulières
Semblable à une bête
Couverte de sueur et de poussière.

Sa bouche se libère
Insufflant l’esprit
Aux arbres incurvés
Aux pierres érodées
Et aux doigts créateurs.

Un foulard d’embruns
Et de cumulus
Tissé par les ondoiements du sel
Affiche son cou.

Des cohortes de plumes crient sa fougue
Dans le tournoiement des ailes.

Et les plaques écumeuses de la mer
Implorent les îles
Les rivages de la quiétude
Contre les tempes des rochers.

Revoici le vent
Sur cette petite sphère
Noyée dans un océan d’étoiles.

Revoici le vent
Sans visage et sans âge
Qui offrit des corbeilles de fruits
Aux bottes des dieux.

 

Il siffle sous les portes
Frappe les fenêtres.
Et les coquillages vides
Pleurent les vergers de l’enfance ;
Les oreilles attentives
Qui se posaient sur les antres.

La poitrine poudrière
Tant de fois modelée
Dans le flux du temps.

Tel un scorpion
Sous le roc du ciel
Subrepticement
Il sort de son refuge
Jusqu’aux jambes de la nudité

Il s’immisce dans les mémoires
Et dans les désirs enfouis.
Ses membres serpentent
Dans les ruelles de la vie
Où s’attablent les regrets
Les bonheurs fugaces
Et les abcès crevés.

Au loin
Dans le tumulte des flots
Malgré la soif des bateaux
Et l’entrave des filets
Les mammifères chantent
Ses prairies.

Revoici le vent
Sur cette petite sphère
Noyée dans un océan d’étoiles.

Revoici le vent
Impalpable
Avec ses masques inachevés.

Le vent
Qui viendra se perdre dans les méandres
Du silence
Aussi, tel un rituel séculaire
Sur le cuir des mortels.

 

Des mèches lumineuses
Se subdivisent au front.
Des syllabes s’envolent
De ses lèvres démesurées.

Revoici le vent
Au-dessus des dunes
Et des déserts de sable.

 

 

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