Invitation cordiale à l’Ouverture de la 5EME BOURSE D’ART CONTEMPORAIN au club de la faculté de médecine, Leuven au profit de la Banque de sang de cordon
le vendredi 22 juin de 17 à 23 heures, le samedi 23 juin de 11heures à 19 heures et le dimanche 24 de 11 heures à 17 heures.
L’ouverture officielle avec réception, à laquelle vous êtes cordialement conviés aura lieu le vendredi soir à 19 heures et sera inaugurée par le Professeur Marc Bogaerts et le professeur Mark Waer recteur de l’université catholique de Leuven.La Banque de sang de cordon collecte du sans de cordon des nouveau-nés depuis 1997. L e sang de cordon, collecté immédiatement après la naissance, sans aucun risque, ni pour la mère, ni pour l’enfant, serait, sans ce geste intelligent, simplement évacué comme déchet. Il contient néanmoins des cellules-souche qui peuvent potentiellement sauver un autre enfant atteint de leucémie. Il y a à l’heure actuelle environ 10500 échantillons. Tous les mois on envoie deux préparations pour des transplantations quelque part dans le monde. Vu le succès de ces transplantations, on peut dire que chaque mois, au moins un enfant sera sauvé de la terrible maladie, grâce à la solidarité bénévole de jeunes mères. Hélas cette initiative n’est soutenue par aucune institution officielle, ni remboursement. Il faut donc faire appel au mécénat et au travail bénévole. Voilà le pourquoi de cette bourse d’art contemporain. Les galeries qui participent et les nombreux artistes ne recueillent aucun profit car le fruit des ventes est versé à la Banque de sang de cordon.
Il était une fois une Sonate en trois mouvements : Allegroappassionato, Moderato cantabile et Orlando furioso. Ou la construction en trois parties de ce mémorable concert donné à la salle Henry le Bœuf , salle comble, devant la famille royale en conclusion du prodigieux concours de violon Reine Elisabeth 2012 dont c’est la 75e édition. Trois concurrents extraordinaires: une Amazone Coréenne bleue, un Prince Japonais et un Titan de Russie. Jouer c’est se surpasser. C’est ce que les trois jeunes artistes ont fait, tenant en haleine un public captivé. Trois concerti monumentaux sous la baguette virevoltante de Michel Tabachnik, musicien éclairé débordant de vitalité. Au Programme :
- Concerto Nr 1 en sol mineur op 26 de Max Bruch, soliste: Shin Hyun Su, troisième lauréate
- Concerto en mi mineur opus 64 de Félix Mendelssohn, soliste: Narita Tasuki, deuxième lauréat
- Concerto en ré majeur opus 35 de Tchaikovsky, soliste: Andrey Baranov, premier lauréat
AllegroAppassionato
Shin Hyun Su assume un phrasé incisif qui tranche avec le puissant murmure de l’orchestre que Michel Tabachnik conduit avec une souplesse virevoltante. Le voilà, tempérant les cors anglais, insufflant du recueillement avant la vague passionnelle qui précède le premier solo de la tragi-musicienne. Celle-ci, Tantôt extrait des intonations salées comme des larmes de son instrument, tantôt et offre un déferlement de musicalité. Dans l’Adagio, elle sait aussi faire sourdre tout en finesse, comme un ruisseau invisible, des modulations romantiques de son archet. Les commentaires de l’orchestre se nourrissent de gravité une pluie de pizzicati évoque les tressaillements d’une invisible harpe. La musique, serait-ce faire ressortir l’invisible? Les quatre cors et les deux trompettes jettent soudain une amplitude de tonalités qui repoussent au loin tous les horizons. Le rêve et la sérénité lumineuse se sont installés. Le moment de grâce se termine sur deux petites notes descendantes. L’Allegro energico porte bien son nom : jeu subtil de l’exultation victorieuse. L’Amazone bleue est en parfaite symbiose avec l’orchestre dont le cœur bat la chamade. Les percussions scandent un final glorieux. Tout est dans le geste du dernier coup d’archet.
Moderato cantabile
Narita Tasuki émeut par sa grâce, son élégance et sa virtuosité tranquille. Un seigneur de la musique qui explore la partition avec aisance et maîtrise. Le duo avec les vents est empreint de tendresse et de générosité. Le musicien produit des respirations lentes et des sommets délicats. La transparence de la porcelaine. Sa créativité artistique s’imprime dans la flexibilité de son corps. Se prend-il pour un roseau dansant au gré du ruissellement des clarinettes ? Deux cors et deux trompettes brillantes soudain se liguent pour préparer l’écrin du monologue extraordinairement émouvant du soliste. Son babillage intime se dépose aux pieds de l’orchestre sous le charme. Dans le mouvement suivant, les plaintes sonores et douloureuses de l’orchestre seront bientôt couvertes par la volubilité juvénile du jeune artiste. Les répétitions en force du cadre dramatique de l’œuvre forcent le soliste à exprimer la chose qui meuble toute son interprétation : l’harmonie. Alors les violons glissent imperceptiblement dans des couleurs bienveillantes. La fin du deuxième mouvement est une construction séraphique du plaisir. Le troisième se termine dans l’allégresse, la légèreté et l’intensité. Vivacité à l’état pur, perlée de hautbois avant l’estocade finale.
Et deux splendides bis: le caprice Nr 1 de Paganini et ...une perle japonaise.
Orlando furioso
La vie est un combat sans merci. Contre le malheur qui imprègne toute chose, Andrey Baranov forge des sonorités d’une puissance incomparable. Cet athlète musical entraîne l’orchestre dans le dépassement absolu. Ses soli de virtuose sont mouvementés et douloureux. Transfiguré par la musique, il ferait chanter un morceau de marbre ! Paroxystique dans la douceur comme dans la force. On est dans de l’expressionisme fantastique. Un Titan, dont la concentration est phénoménale et l’expressivité, celle de toutes les Walkyries réunies. Slaves, bien sûr ! Mystère : la finale égrènera des étoiles.
« SHERPA » le dernier spectacle dePHILIPPE VAUCHEL
Après son spectacle mythique « La Grande Vacance » au sujet de la mort et de la destinée, Philippe Vauchel nous propose un nouveau voyage.«Un voyageur mystérieux fait halte de théâtre en théâtre... Il a le cœur gros. «Un cœur de 742 grammes, c’est magnifique, mon fils! Tu pourras grimper en haut et porter lourd! Tu seras grand, mon petit sherpa!» Inspiré de ses rapports avec sa mère, Philippe Vauchel aborde dans ce nouveau monologue la question de la filiation, des rapports des humains entre eux et leurs démêlés avec la planète.
Si vous avez déjà assisté à un spectacle de Philippe Vauchel, vous y retournerez tant le bonhomme est attachant, tant l’artiste est généreux. Nous l’avions rencontré une première fois au théâtre des Martyrs dans son spectacle inimitable et fascinant intitulé « la Grande vacance ».
Quand on aime son style débonnaire, tendrement philosophique, poétique, lucide et faussement naïf, on ne peut résister à l’appel de son prochain spectacle. Car la proximité, qu’il a l’art de créer avec le spectateur, est un moment inoubliable. Le voici dans « Sherpa », portant sa mère âgée sur le dos, racontant sa difficulté à naître, à être et à n’être pas comme les autres.
On s’aperçoit bien vite qu’avec ses bardas humains dans sa hotte, il est la leçon vivante de la tendresse humaine. Il porte sans se plaindre. Pourtant, il est un moins que rien, pour les grands de la terre. Et il promène, le sourire en coin, toute la mélancolie du monde. Il a dépassé le ton sarcastique, la moquerie douce-amère de son premier spectacle et le voici tombé dans une marmite d’affects qui sentent bon le village, la terre humide, les goûts surranés simples et bons. Il est rare de voir un homme s’exprimer ainsi, mettre à nu sans vergogne toute son intimité et déverser autant d’émotion et de poésie.
Il est votre compagnon de voyage, votre complice arpenteur de destins, votre copain de conscience, l’artisan de l’humain, votre frère au cœur gros. Gros de chagrins, gros de générosité. Il vous emmènera jusque sur le toit du monde - rien moins que l’Himalaya - qui donne tant le vertige, si près du ciel. Il extirpera tous les non-dits, les souvenirs douloureux que l’on garde cadenassés, pour les remettre en perspective. Ce qui fait retrouver l’essentiel. Avec lui, on prendrait joyeusement sur son dos une telle brassée d’humanité. Il transforme les peurs en légèreté de l’être, la gerbe funéraire en gerbe de bonheur. On reçoit en prime un permis de pleurer, une assurance contre le nostalgisme et l’on finit par contempler l’infini des horizons sans trembler. Wow ! Laissez-vous prendre sur le dos, par la main ou par le coin du coeur !
UNE CREATION ET COPRODUCTION DE THEATRE LE PUBLIC ET DU THEATRE DE NAMUR Mise en scène: JEAN-MICHEL FRERE / avec PHILIPPE VAUCHEL
DU07/06/12AU30/06/12
Petite Salle - Création - relâche les dimanches et lundis. Durée : 1h15 / nouvelles dates supplementaires: le 3, 4, 5, 6 et 7 juillet 2012 à 20h30
Publié(e) par Robert Paul le 21 avril 2012 à 11:00
Petite Poucette (Document Culturebox)
Petite Poucette
discours prononcé par M. Michel SERRES délégué de l'Académie française
Séance du mardi 1er mars 2011
LES NOUVEAUX DÉFIS DE L’ÉDUCATION
PARIS PALAIS DE L’INSTITUT
Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd’hui, à l’école, au collège, au lycée, à l’université ?
- I -
Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, s’occupaient de labourage et de pâturage ; en 2010, la France, comme les pays analogues au nôtre, ne compte plus qu’un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus immenses ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture change.
Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a donc plus le même rapport au monde. Il ou elle ne voit que la nature arcadienne des vacances, du loisir ou du tourisme.
- Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais il est devenu sensible aux questions d’environnement. Prudent, il polluera moins que nous autres, adultes inconscients et narcissiques. Il n’a plus le même monde physique et vital, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d’humains.
- Son espérance de vie est, au moins, de quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière- grands-parents s’étaient juré fidélité pour à peine une décennie. Qu’il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils n’ont plus la même vie, ne vivent plus les mêmes âges, ne connaissent plus le même mariage ni la même transmission de biens.
- Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n’ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant des progrès de la médecine et, en pharmacie, des antalgiques et anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ?
Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait à des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. Ils n’ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut ni ne put leur inspirer une morale adaptée.
- Alors que leurs parents furent conçus à l’aveuglette, leur naissance fut programmée. Comme, pour le premier enfant, l’âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les enseignants ne rencontrent plus des parents d’élèves de la même génération. Ils n’ont plus les mêmes parents ; changeant de sexualité, leur génitalité se transformera.
- Alors que leurs prédécesseurs se réunirent dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoient désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle depuis quelques décennies. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble « sang impur » de quelque étranger ?
Ils n’ont plus le même monde mondial, ils n’ont plus le même monde humain. Autour d’eux, les filles et les fils d’immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses. Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques et la moisson d’été, dix conflits, blessés, morts et affamés, cimetières, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ?
- II -
Voilà pour le corps ; voici pour la connaissance.
- Leurs ancêtres cultivés avaient, derrière eux, un horizon temporel de quelques milliers d’années, ornées par la préhistoire, les tablettes cunéiformes, la Bible juive, l’Antiquité gréco-latine. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l’accrétion de la planète, l’évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N’habitant plus le même temps, ils entrèrent dans une autre histoire.
- Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus reprise celle des cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.
- Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s’écrit -ais, alors qu’il est affiché dans toutes les gares -ay ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des s’miles ?
Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d’une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université. Pour le temps d’écoute et de vision, la séduction et l’importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement.
Les enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs. Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque mal payés.
- Ils habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête.
- Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Ils n’habitent plus le même espace.
Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale.
Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, n’habite plus le même espace, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde extérieur, ne vit plus dans la même nature ; né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus la même mort, sous soins palliatifs. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.
- Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.
- Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l’Académie française publie, à peu près tous les quarante ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s’établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d’environ trente mille.
À ce rythme linguistique, on peut deviner que, dans peu de générations, nos successeurs pourraient se trouver aussi séparés de nous que nous le sommes de l’ancien français de Chrétien de Troyes ou de Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements majeurs que je décris.
Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années cinquante et ceux d’aujourd’hui. Petite Poucette et son frère ne s’évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le travail a muté.
- III -
L’individu
Mieux encore, les voilà devenus des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l’individu vient de naître seulement ces jours-ci. Nous rendons-nous compte à quel point nous vivions d’appartenances, de jadis jusqu’à naguère ? Français, catholiques ou juifs, Gascons ou Picards, riches ou pauvres, femmes ou mâles… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou villageoises, des groupes singuliers, des communes locales, un sexe, la patrie. Par les voyages, les images, la toile, les guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé. Ceux qui demeurent continuent aujourd’hui, vite, d’éclater.
L’individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il remue et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l’été dernier, nos footballeurs n’ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu’elles recrutaient qui s’évanouissent.
Cet individu nouveau-né annonce plutôt une bonne nouvelle. À balancer les inconvénients de l’égoïsme et les crimes de guerre commis par et pour la libido d’appartenance – des centaines de millions de morts –, j’aime d’amour ces jeunes gens.
Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde.
Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n’avons inventé aucun lien social nouveau. L’emprise de la critique et du soupçon les déconstruit plutôt. Rarissimes dans l’histoire, ces transformations, que j’appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large que peu de regards l’ont mesurée à sa vraie taille.
Je la compare, je le répète, à celles qui intervinrent au néolithique, à l’aurore de la science grecque, au début de l’ère chrétienne, à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classe, bancs, tables, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires même, j’allais même dire savoirs… cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus.
- IV -
Trois questions, par exemple : Que transmettre ? À qui le transmettre ? Comment le transmettre ?
Que transmettre ? Le savoir !
Jadis et naguère, le savoir avait pour support le corps même du savant, de l’aède ou du griot. Une bibliothèque vivante… voilà le corps enseignant du pédagogue.
Peu à peu, le savoir s’objectiva d’abord dans des rouleaux, vélins ou parchemins, support d’écriture, puis, dès la Renaissance, dans les livres de papier, supports d’imprimerie, enfin, aujourd’hui, sur la toile, support de messages et d’information.
L’évolution historique du couple support-message est une bonne variable de la fonction d’enseignement. Du coup, la pédagogie changea trois fois : avec l’écriture, les Grecs inventèrent la paideia ; à la suite de l’imprimerie, les traités de pédagogie pullulèrent. Aujourd’hui ?
Je répète. Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c’est fait.
Avec l’accès aux personnes, par le téléphone cellulaire, avec l’accès en tous lieux, par le GPS, l’accès au savoir est désormais ouvert. D’une certaine manière, il est toujours et partout déjà transmis.
Objectivé, certes, mais, de plus, distribué. Non concentré. Nous vivions dans un espace métrique, dis-je, référé à des centres, à des concentrations. Une école, une classe, un campus, un amphi, voilà des concentrations de personnes, étudiants et professeurs, de livres, en bibliothèques, très grande dit-on parfois, d’instruments dans les laboratoires… ce savoir, ces références, ces livres, ces dictionnaires… les voilà distribués partout et, en particulier, chez vous ; mieux, en tous les lieux où vous vous déplacez ; de là étant, vous pouvez toucher vos collègues, vos élèves, où qu’ils passent ; ils vous répondent aisément.
L’ancien espace des concentrations – celui-là même où je parle et où vous m’écoutez, que faisons-nous ici ? – se dilue, se répand ; nous vivons, je viens de le dire, dans un espace de voisinages immédiats, mais, de plus, distributif. – Je pourrai vous parler de chez moi ou d’ailleurs, et vous m’entendriez ailleurs ou chez vous.
Ne dites surtout pas que l’élève manque des fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support. Par l’écriture et l’imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Cette tête a muté.
De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Et, je le répète, elles ne sont qu’une variable quelconque parmi la dizaine ou la vingtaine que j’ai citées ou pourrais énumérer.
Ce changement si décisif de l’enseignement, – changement répercuté sur l’espace entier de la société mondiale et l’ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l’enseignement seulement, mais sans doute le travail, la politique et l’ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin ; probablement, parce que ceux qui traînent encore dans la transition entre les derniers états n’ont pas encore pris leur retraite, alors qu’ils diligentent les réformes, selon des modèles depuis longtemps évanouis.
Enseignant pendant quarante ans sous à peu près toutes les latitudes du monde, où cette crevasse s’ouvre aussi largement que dans mon propre pays, j’ai subi, j’ai souffert ces réformes-là comme des emplâtres sur des jambes de bois, des rapetassages ; or les emplâtres endommagent le tibia comme les rapetassages déchirent encore plus le tissu qu’ils cherchent à consolider. Oui, nous vivons un période comparable à l’aurore de la paideia, après que les Grecs apprirent à écrire et démontrer ; comparable à la Renaissance qui vit naître l’impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu’en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, l’être-au-monde lui-même, les métiers, l’espace et l’habitat.
- V -
Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps.
Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? J’en accuse les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d’anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, comme moi, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils ne virent pas venir le contemporain. Si j’avais eu, en effet, à croquer le portrait des adultes, dont je suis, il eût été moins flatteur.
Je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, non, puisque tout est à faire.
Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j’ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés.
Ce soir, sous la baguette de l’immense AUGUSTIN DUMAY, trois des six lauréats du Concours Reine Elisabeth nous offrent leur rêverie musicale lors du prestigieux CONCERT DES LAUREATS.
Au programme :
- Concerto Nr 5 en la majeur KV 219 de Wolfgang Amadeus Mozart, soliste : Tseng Yu Chien
- La sonate « Le trille du Diable » en sol mineur de Giuseppe Tartini, soliste : Esther Yoo
- Tzigane (arr. David Walter) de Maurice Ravel, soliste : Artiom Shishkov
- Poème opus 25 d’Ernest Chausson, soliste : Artiom Shishkov
- Fantaisie sur des thèmes de Carmen de Franz Waxman, soliste :EstherYoo
Tsen Yu-Chen, 5e lauréat, voltige tranquillement dans les parfums du concerto de Mozart, cisèle de très belles sonorités. C’est un morceau de bravoure, exécuté avec finesse et maestria. Il alterne intimité et vaillance. Son adagio est plein de légèreté et il se laisse parfois prendre à la confidence avec le Chef d’Orchestre avant de développer son dernier solo à la façon d’un hommage à la jeunesse éternelle… et invincible ? Même les cors ont été convaincus ! On ressent une sollicitude profonde dans la conduite enveloppante d’AUGUSTIN DUMAY qui entraîne les solistes par-dessus son épaule, comme un premier de cordée puis les laisse à leurs soli avec le respect profond qu’il éprouve pour les jeunes talents. Bonheur de magister.
L’apparition d’Esther Yoo, 4e lauréate, dans sa divine robe de mousseline rouge Carmen cause des remous. La sonate pour violon de Tartini qu’elle présente est tout de suite habitée par ce qui fait la beauté et l’intelligence à la fois. Joyeuse, elle s’échappe dans des acrobaties ludiques. Le deuxième mouvement mélange majesté et tendresse. Sa virtuosité pétulante emballe des rythmes pressés pour se fondre à nouveau dans des vagues ralenties qui semblent chercher le sens intime des choses. Plusieurs reprises aussi vivantes que des poissons volants alternent avec la houle romantique profonde, brodée de Ralentandi très étudiés. L’intention poétique est présente, ce qui caractérise un grand violon. Et la fin est une dentelle d’écume suspendue à la vague qui virevolte en solo devant un public subjugué.
Voici enfin Artiom Shishkov, 6e lauréat dans Tzigane de Ravel. La première phrase est une longue incantation pathétique énoncée… passionnément. Elle se termine sur un souffle qui jette aussitôt des murmures dans la harpe sertie au cœur de l’orchestre. Reprise tendre qui a tout des souffrances du jeune Werther. Dans la douceur exquise d’une nuit musicale s’élève un chant d’oiseau grave. La harpe aussitôt fait naître une forêt enchantée. Il y a l’apparition de danses autour du feu des violons. Le soliste rend son couplet plus festif. Celui-ci s’éclate en pizzicati miroitants. La joie est communautaire et le violon-étoile, pris de joie, se livre au bonheur de la musique. Le public exulte.
Après la pause, c’est encore Artiom Shishkov qui joue le Poème opus 25 d’Ernest Chausson. Il attend que les profonds roucoulements de cordes repris à l’octave s’estompent pour nous emmener dans une complainte vibrante, reprise par les respirations profondes du tapis de violons. Multes modulations s’enchaînent avant le premier accord. Etonnant. Puis le soliste reprend son chant rhapsodique qui se répercute en mille éclats de sonorités lumineuses. Le plateau musical gonfle comme un gâteau vivant. Cela tremble du côté des violoncelles pendant la progression ascensionnelle du thème. Libération de la mélodie qui s’élève vers des cimes … et plane. C’est tout. C’est beau.
Acclamée encore, Esther Yoo revient pour interpréter les envolées de Carmen. Le visage concentré à l’extrême, c’est tout à la fois: la fièvre de l’exaltation personnifiée, la facétie, la versatilité, la détermination splendide, le tonus musical et le sentiment d’immortalité. … invincible Jeunesse ?
"La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée" disait Platon.
Une pensée pour vous donc, MADAME qui fêtez ce jour vos 84 ans en même temps que la jeune lauréate, et le 75e anniversaire du concours Reine Elisabeth. Vous, fidèle à la Belgique, fidèle à vos engagements culturels et sociaux. Vive la reine cinquième des Belges ! Coïncidence ou rêverie ? C’est ce soir qu’Esther Yoo fête aussi ses dix-huit ans. L’orchestre entonne le « Happy Birthday » de circonstance, repris par le public et, cerise sur la magnifique pièce montée qu’est ce concert, voici Navarra suite espanola, dédié tout particulièrement à la Reine. Les trois lauréats se retrouvent sur l’avant-scène et joignent leurs violons, jouant à l’unisson. L’orchestre ajoute le souffle chaud de l’Espagne et de mystérieuses castagnettes. C’est la feria ! Tous debout, les cœurs et les mains se joignent dans des applaudissements généreux et la Reine rejoint la liesse, du bord de sa loge royale.
Daniel Moline – Dans les chambres du Roi Huile sur toile – 145 x 300 cm - 1985 *
"Après avoir relu les Chants et murmuré tout bas des mots ardents, étant dans le droit de celui qui aime, Guershom emmena Ponko en cris et en joie dans les chambres du Roi. La belle défit sa ceinture et quitta sa chemise. Puis ils s’allongèrent ensemble au fond de l'ermitage. Mettant toute crainte en arrière et pressé par sa soeur, Guershom usa pour elle toutes ses forces de tendresse. Tel le chérubin chanteur qui fit mauvaise rencontre juste avant l'unique instant du seul chant qu'il avait à chanter devant le Trône de Dieu, il ne lui fallait pas arriver trop tard pour exécuter le seul acte d’amour par lequel il devait achever sa mission sur la terre." ( le Conte du pays de Nan, p. 216)
*
Hier, dans la forum sur la modernité, je vous parlais de "la volupté du trouble de voir derrière l’écran du monde" comme ce qui "définit la joie du peintre". "Entreprise toujours compliquée, labyrinthique, nocturne et solitaire. C’est comme le fait de vivre dans l’étrangeté de l’étranger." Je faisais ici référence à ma propre "expérience d’exote du temps et de l’espace" dont j’ai écrit l’essentiel dans le Conte du pays de Nan. Monsieur Dagneau (ABBEF asbl) vient de m’en envoyer une recension parue dans LE BIBLIOTHECAIRE de juin ( cf. Bib 2012 2b.pdf, p.61 et 62). En voici la copie:
LE CONTE DU PAYS DE NAN / Daniel MOLINE.-
Paris : Éditions Thélès, 2010.- 232 p. ; 21 cm.- Roman.- ISBN : 978-2-303-00306-3.- 22.00
L’auteur : Né à Carlsbourg en 1948, philosophe de formation et artiste peintre, Daniel Moline a vécu une partie importante de sa vie au Japon (jusqu’en 1990) où il exerçait le métier de peintre tout en étant chargé de cours à l’université de Kobe. Depuis son arrivée au Japon en 1973, il n'a cessé de peindre et d'écrire. "Le Conte du Pays de Nan" est son premier texte publié. L'oeuvre de Spinoza et le film de Nagisa Oshima "l'Empire des sens" sorti en 1976 semblent avoir joué un rôle déterminant dans sa réflexion sur le rapport complexe entre désir et connaissance, et sa recherche de l'unité affect-concept qui fait la force ultime du langage. L'impact de ces deux chefs-d'oeuvre que sont "L'Ethique" et "L'Empire des sens" traverse ce Conte qu'il acheva d'écrire - pour l'essentiel - en 1986, avec la conscience aiguë de n'avoir pu résoudre le conflit. "L'Empire des sens" rapidement censuré pour la crudité de ses scènes liant sexe et spectacle mais que l’auteur avait pu voir dès sa sortie à Tokyo fut donc le point de départ d’une longue réflexion sur les sens du mot sens lui-même et d’un travail qui a abouti au roman "le Conte du Pays de Nan" publié en 2010. A cela il faudrait ajouter "Les Cinq Rouleaux" d'Henri Meschonnic, publié en 1970 aux Editions Gallimard, que l'auteur emporta avec lui au Japon. Cette présentation originale de cinq textes bibliques abondamment cités dans le Conte l'a manifestement séduit et inspiré jusque dans le mot de la fin.
Le livre : 23 juin 1975, 135 degrés de longitude est, 35 degrés de latitude nord. Au grand plaisir de ses yeux, un homme entre dans l'espace clos de Nishiwaki. Cette ville au centre du monde est pour lui un véritable locus voluptatis. Il y multiplie les rencontres avec des femmes. Il s'y perd. Le conte s'enfonce dans l'ombre et s'opacifie à mesure que se détaille l'épiphanie de ses délices et de ses douleurs. Fuite délibérée de ce à quoi on ne peut donner de nom et dont on ne peut faire un objet de connaissance ? L'homme suit de loin, ou bien retarde, ou bien dénie le moment où le plaisir va sonner la mort du sens. Il joue indéfiniment à cache-cache avec le grand amour. Il se donne l'illusion de cet amour alors qu'il ne cesse de s'en retirer et de s'en éloigner par une distance que renforce chaque nouvelle rencontre qu'il fait.
23 juin 1975, N35 E135, les 5 rouleaux d’Henri Meschonnic… On ne pouvait être plus précis. Mais au coeur même de ces localisations chiffrées qui distinguent l’objectif du subjectif, s’introduit l’inquiétante insécurité des folies du réel lui-même. En faisant jouer l’un sur l’autre le réel et la fiction - ( ce pays de Nan, cette ville, ce bruit, ces ombres, ces femmes, est-ce une illusion ou quelque chose de réel ? ) – le narrateur trouble inlassablement l’opposition sur laquelle s’appuie l’affirmation positiviste de la réalité. Comme dans la peinture du même nom qui sert de couverture à l’ouvrage, l’espace du roman est totalement clos sur lui-même. Narrativités affolantes, discursivités de plaisirs, ivresse de créer une multitude de possibles dans un cosmos incertain de ses postulats, c’est aussi une sorte d’espace scénique où des inconnus cachés derrière les décors ne cessent de prendre des photos (p.112) et où le renvoi à un public de voyeurs est constant (p.194). Il est donc impossible au héros et à ses amantes d’échapper au contrôle des autres. Ce contexte social répressif est présenté dans toute sa violence par l’image d’un contrôle militaire s’installant sur la ville de Nishiwaki avec l’arrivée de l’hiver (p.68), mais le héros isolé ne semble pas réaliser ce qui se passe. Et s’il le réalise, il n’y accorde pas trop d’importance. L’histoire démontre finalement l’impossibilité d’une telle séparation entre le rêve mystique de l’amour et la réalité de sa répression, puisqu’elle finit dans un amalgame ambigu de plaisir et de mort où l’acte d’amour révèle toute sa pureté et sa dangerosité. Même si la béatitude du Paradis par-delà la mort est anticipée par des éclairs de conscience dont le héros peut jouir sans aucun remords d’avoir concédé à la nature ce qui lui était dicté par son désir et son appétit (p.216).
Faisant allusion à sa propre expérience d’exote du temps et de l’espace dans cette fable écrite entièrement au Japon, l’auteur a ainsi tenté de montrer la possibilité d’un itinéraire tourné vers l’autre, et qui irait si loin qu’il finirait par enlever toute altérité et toute pensée faisant obstacle à l’absolu de l’amour. Un itinéraire proche de la dérive mystique au bord d’un gouffre, tel que le héros peut enfin «prendre congé des vertus après avoir été pendant longtemps sous leur servitude», et atteindre un état de conscience qui ne dépendrait plus des conditions de vie normales. Y aurait-il là un refus du réel incompréhensible à la raison ? Une sorte de prémisse au libertinage immoral absolu ? Un saut dans la folie de l’amour tel que le sexe lui-même en devient familier ? Avec comme conséquence inévitable une descente mortelle aux enfers ? Plus que jamais la courbure de la terre reste bien ici « la seule limite qui nous empêchera toujours de voir réellement au-delà ». Et ce n’est pas ici seulement une question d’idées ou de mots. C’est tout un versant de l’expérience humaine lié au corps et laissé dans l’ombre par nos discours rationalistes qui est patiemment exploré. Penser n’y suffit pas. Il y faut tout un entraînement à voir et à entendre tout ce qu’on ne sait pas qu’on voit et qu’on entend. Ce n’est pas non plus une expérience exceptionnelle. Au contraire, c’est plutôt l’expérience même de l’existence indéfiniment accessible à chacun. L’expérience, au-dessous de toute raison, de la capacité des autres à nous émouvoir à travers le temps. Une expérience commune donc, restée sans nom jusqu’à maintenant, à l’opposé de l’absurde et du destin, qui peut être faite à tout instant et qu’il est vain de vouloir expliquer. Tout au plus peut-on en suggérer quelque chose, de loin ou après, en la mettant en scène et en image, ou en la racontant pour elle-même dans un conte qui va de soi tambour battant au bout de ses outrances, qui n’a rien à décrire ni à défendre que le seul bonheur de survivre, comme un rêve à double fond où tout se tient si bien qu’il contient à la fois son objet et son sujet.
La couverture est de Daniel Moline. Reproduction de Ukifune no maki, 1984, huile sur toile, 146x292 cm.
« Paix Nationale »de Geneviève DamasComédie satirique
Mise en scène : Pietro Pizzuti, Avec :Geneviève Damas, Alexandre Von Sivers Scénographie,costumes : Delphine Coërs
Texte querelleur dit par deux personnages largués après un cataclysme linguistique. Les gens de Là-bas se sont disputés avec ceux d’Ici pour un lieu qui était au Centre. N’allez surtout pas croire qu’il s’agit de la Belgique ! Toute ressemblance…Y’avait une ville et y’a plus rien. Que se passe-t-il? Je n'y comprends rien. Y'avait une ville. Et y'a plus rien. Sous un joyeux soleil de mai. C'était plein de couleurs… Après la grande fracture et le Détachement final, Geneviève Damas scrute la situation d’un œil désabusé et fabrique un texte finalement porteur d’espoir. Sous-titres en flamand de chaque côté de la scène. A bons entendeurs, Salut ! Il y a sûrement moyen de s’entendre sur quelque chose ou sur quelqu’un. Ce sera le début de la sortie du tunnel. On apprendra la langue d'Ici, de Là-bas, d'Autre part ou de Partout... L’amitié est un chemin, la haine est un mur.
L’atmosphère est beckettienne avec ces deux paumés, l’un, de Là-bas, rustre, bougon et autoritaire, mais désormais privé de sa langue car il a été puni pour être trop d’Ici, l’autre délicieuse aristocrate un peu fofolle qui regrette son bien le plus précieux : sa fermette - blanche sans doute - ses géraniums, ses rideaux de Vichy bleu et ses sourires. Elle a mis des jours à s’extraire de la grande fissure qui a emporté son rêve pour remonter au bord du gouffre. Elle se retrouve avec Bril, un de Là-bas, abandonné par ses confrères, à cause de ses racines d’Ici. Il est lui aussi assigné à travailler dans la zone d’acclimatation sous l’œil goguenard et les micros du grand régisseur de la PAIX NATIONALE. Mission : « être heureux ». Elle est pour l’art et l’art de vivre. Lui, scrute. « Là-bas est là-bas, Ici est ici, à perte de vue. » Attente et désolation. Punition ? Ils doivent trier (ensemble ?) l’intriable.
Elle porte une jupe droite, un chemisier de mousseline de soie à grandes fleurs et des chaussures à hauts talons. Lui des combat boots dénouées, et un accoutrement d’ouvrier qui laisse voir un maillot de corps très défraîchi. Physique de déménageur. Le décor évoque une marine de l’antique Knokke-le-Zoute ensablée dans le charbon des terrils. La langue qu’ils parlent est surréaliste mais ils communiquent car ils se disputent comme des chiffonniers, chacun fidèle à son style! Matuvu ou bordélique, ou les deux. Nombreuses réminiscences de l’humour de Raymond Devos ou de l’esprit de Jacques Brel. Et les spectateurs rient de bon cœur tant le burlesque dépasse tout ce qui est imaginable. Tant le rire qui s’applique à l’action des comédiens s’applique aussi à nos faiblesses et à nos préjugés. Autodérision réussie donc, objectif atteint par Geneviève Damas, alias Mimi, puisque c’est elle qui joue son propre texte. Elle est exquise. Et Alexandre von Sivers, jubilatoire. Il n’y a plus qu’à tirer chacun les conclusions de la parabole du « survivre ensemble ».
Il est né en 1947 dans le Bronx à New York dans une famille de Juifs Séfarades parlant la langue ladino, langue écrite créée par les rabbins de la péninsule Ibérique. La plupart des membres de la famille qui sont restés à Thessalonique ont été déportés et tués pendant l'Holocauste. Couvert de récompenses, il a produit une discographie impressionnante : l'intégrale des concertos pour piano de Mozart, une série d'œuvres pour piano de Bach dont les Variations Goldberg, des études de Chopin, ainsi que les dernières sonates pour piano de Schubert et l'intégrale des concertos pour piano de Beethoven. Il est également le chef invité principal de l'orchestre de l'Academy of St Martin in the Fields, avec laquelle il enregistre et donne des représentations. Aujourd'hui il vit à Londres. La reine Elisabeth II l'a fait Chevalier commandeur honoraire de l'Ordre de l’Empire Britannique.
Le public qui l’attend dans la salle Henry Le Bœuf ce soir frémit d’impatience de l’entendre. Au programme :
Ludwig van Beethoven, Sonate pour piano n° 14, op. 27/2, "Mondschein"
Robert Schumann, Faschingsschwank aus Wien, op. 26
Le choix des œuvres est le fruit d’une aspiration poétique où Murray Perahia se place dans la position de Robert Schumann, ébloui par son séjour à Vienne en 1839 et où il rend hommage aux figures qui ont hanté sa jeunesse : Beethoven et Schubert. Il n’est donc pas étonnant que l’œuvre d’ouverture choisie soit la Sonate au Clair de lune, faite de soie sauvage où les grondements voluptueux contrastent avec l’innocent lyrisme de la main droite. Place à Schumann en personne et son Carnaval de Vienne au mouvement d’ouverture fait de pure énergie : notes roulées, déferlant entre accords plaqués. La Romanze est un passage aéré plus tendre et plus pensif, qui se précipite à nouveau dans la fougue joyeuse évoquant l’animation des rues de Vienne dans la folie du Carnaval. Le Scherzino développe un mouvement syncopé, mélangé d’humour par la répétition taquine du thème, notes pointées, contrastées avec des effets de romantisme grandiose joués fortissimo. Le finale est décoiffant, - bas les masques ! - volubile et incandescent : « fingers on a hot tin roof ! »
C’est Murray maintenant qui porte le masque de Schubert dans l’opus 120. Bucolique, léger, mutin, taquin. Au bout de la ligne musicale, le pêcheur a attaché un cœur qui bat la chamade et il pêche en eaux profondes. Murray Perahia a l’art de décrire l’eau cristalline qui éclabousse la musique et le pêcheur. C’est un créateur d’atmosphères particulièrement poétiques. S’attardant quelques moments dans des interrogations méditatives répétées avec insistance, Murray Perahia retrouve allégresse et insouciance. Enfin voici la musique de Frédéric Chopin, accueilli avec admiration dans son cercle par Robert Schumann et dont Murrray Perahia célèbre la parenté poétique. Le jeu est juvénile, empli de volupté et d’esprit ludique. Il est le maître de fondus enchaînés, s’amuse à mêler le rire et la valse hésitation, un entre-deux subtil entre désir et déception pour aboutir sur une tornade sentimentale où des pianissimos sont pris dans la tourmente. Surgit une confession tendre, presque narrative clôturée par un accord vif et surprenant de la main droite. Le reste est exposition du bouillonnement intérieur chaotique et intense. Ce concert cousu d’émotion, sera couronné par trois bis fabuleux, à fleur de touches, aux sonorités hautement définies, brillantes comme des fruits mûrs et lâchées avec une aisance souvent taquine.
Voyages de par le monde, voyages près de chez soi, voyages intérieurs …
L’aquarelle permet de témoigner des paysages, des rencontres, des émotions éprouvées sur le chemin . Tout est alors à découvrir, ou à redécouvrir même lorsqu’on revient sur nos pas .
Cette approche du monde et de nous-même est une fenêtre ouverte, un passage dans lequel nous pouvons nous glisser pour mieux voir, communiquer, connaître, comprendre …
Le passé nous lègue la production de grands artistes qui sont toujours là, présents à travers leurs œuvres et leurs écrits, pour nous transmettre leur expérience .
"Etude d'une femme d'Alger d'après Delacroix" A. MARC 2004
Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle . Couleurs utilisées : alizarine cramoisie, brun de pérylène, jaunes de Naples et auréoline, terre d'ombre brûlée, bleus outremer clair et de cobalt , vert de Hooker . Etude à l'aquarelle et au crayon graphite 2B 16,5 x 16,5 cm sur papier Canson grain fin 200g/m2d'après un dessin aquarellé de Delacroix réalisé en 1832 lors de son voyage au Maroc .Il n'y a pas de couleur dominante mais un mélange subtil de teintes chaudes et froides, ou les mélanges optiques et les harmonies de semblables participent au calme et à la volupté se dégageant de cette scène . Mieux que l'observation, des exercices réalisés d'après les croquis et aquarelles de nos grands maîtres sont très utiles à la compréhension de la façon dont ils travaillaient ... Aujourd’hui, grâce à l’édition et Internet, nous pouvons explorer encore davantage le foisonnement de la création, et c’est un bonheur que d’y retrouver des signatures de grande renommée . Pourtant des créateurs de talent ont été et sont encore ignorés des circuits de la popularité ou même de la simple reconnaissance de leur entourage ; eux aussi apportent, ou disent et transmettent des messages utiles, émouvants et vrais … "Personnage et cuisinier pendant le ramadan" A. MARC 2004, d'après Bouhaut-Launay .Aquarelle et crayon graphite 2B 17 x 13 cm sur papier Canson grain fin 200g/m2 d'après deux études aquarellées de Bouhaut-Launay réalisées entre1928 et 1931 pendant qu'il était administrateur des Colonies .Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle . Couleurs utilisées : brun de pérylène, jaunes de Naples et indien, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair . Temps total de réalisation : 6 mn pour le personnage, 20 mn pour le cuisinier .
Voilà un artiste de grand talent qui est totalement inconnu : c'est une grande injustice, car il a laissé des carnets du plus grand intérêt . La justesse du traît, la simplicité des couleurs, sont déterminants dans la puissance d'expression réaliste des sujets . Cependant, nous trouvons toujours dans ce foisonnement la même constante : celle du voyage source de réflexion, d’inspiration, de ressourcement, de création, de témoignage . Mes propres déplacements lointains ne sont pas très nombreux ni extraordinaires, mais ils deviennent infinis et merveilleux dès l’instant où la pratique de l’aquarelle est en elle-même un voyage qui ne se termine jamais .
"Danse de la tribu des M'Goun, Carnets du Maroc" A. MARC 2000Réalisation : aquarelle directe sans dessin préalable sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Couleurs utilisées : jaunes de Naples et indien, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair et de cobalt, rose permanent et rouge de Chine Sennelier . Temps total de réalisation : environ 18 mn pour le groupe musiciens - danseurs, 7 mn pour la danseuse en haut à droite . Le seul fait de donner quelques coups de crayon, de préparer une couleur est un voyage, souvent une découverte qui stimule l’imaginaire, nous entraîne dans une autre forme de réalité … Ce simple constat m’a amené à reconsidérer mon concept des carnets de voyages . Il ne s’agit plus seulement pour moi d’obéir à des impressions fugitives plus ou moins hâtivement jetées sur le papier, car elles ne donnent qu’une impression de « survol » des sujets abordés . C’est autre chose qui m’intéresse, tout autre chose, dont je vais prochainement vous parler …
"Géraldine tournant la tête, Carnets du Jura Oriental" A. MARC 1999Dessin crayon graphite 2B et aquarelle sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle, format H 16 x L 14 cm . Couleurs utilisées : jaunes de Naples, alizarine cramoisie, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair . Temps total de réalisation : environ 7 mn . Pour l’instant, évoquons l’immédiateté : s’il faut du temps pour voyager en s’imprégnant des nouveaux univers que nous pouvons rencontrer, il faut beaucoup plus de temps encore pour en traduire la perception avec fidélité sans trahir les vérités, les particularités et les valeurs que nous offrent les seules apparences de la réalité . C’est dire s’il faut en donner une vision plus complète, approfondie, authentique que celle d’un regard initial, d’une première impression ou d’un simple « cliché » .
"Coin de souk à Essaouira", Carnets du Maroc A. MARC 2004Aquarelle directe sans dessin préalable, et rehauts graphiques au feutre Pitt Faber Castel pointe F sur papier Montval grain fin 300g/m2 . Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle, format H 16 x L 25 cm . Couleurs utilisées : jaunes Indien et de Naples, alizarine cramoisie, terre d'ombre brûlée, bleu de cobalt, vert de Hooker . Temps total de réalisation : environ 12 mn . Cependant je ne rejette pas la nécessité du témoignage immédiat, du travail réalisé presque instinctivement sous l’exigence de l’instant . Je les préconise même comme exercices de rapidité, d’éducation de l’œil et de la main au service de la spontanéité, de la vivacité, de la précarité et de la beauté du moment . C’est même la nécessaire condition à un résultat traduisant au plus près les manifestations de la vie dans ce qu’elle nous offre de plus fragile, éphémère, passager .
"Chien jouant, Carnets d'Andalousie" A. MARC 1996Dessin crayon graphite 2B et quarelle sur papier Montval grain fin 300g/m2 .Réalisation : croquis aquarellé, peinture à l'aquarelle, format 10 x 14 cm .Couleurs utilisées : jaunes de Naples, terre d'ombre brûlée, bleu outremer clair .Temps total de réalisation : environ 6 mn . Sans m’éloigner de mon concept sur lequel je reviendrai, je vais dans un prochain article en développer les procédés .
MOZART : Anima Eterna Brugge & Collegium Vocale Gent
Mercredi 30.05.2012 20:00 Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf
Jos van Immerseel direction - Andrea Brown soprano - Sophie Harmsen alto - Markus Schäfer ténor - Thomas Bauer basse - Harry van der Kamp basse - Anima Eterna Brugge , Collegium Vocale Gent
Au programme : Wolfgang Amadeus Mozart :Grabmusik, KV 42 et le Requiem, KV 626
Oeuvre de jeunesse et musique sacrée de Mozart peu connue, la « cantate pour la passion », Grabmusik, KV 42, fut écrite en 1767 alors qu’il avait à peine onze ans. Cette « cantate de la passion » est une survivance du mystère, genre théâtral qui remonte au 15e siècle. Œuvre édifiante, elle possède un texte dans la langue du peuple qui met en scène L’Âme pleurant sur le tombeau du Christ. L’Ange rappelle à L’Âme qu’elle est en faute puisque c’est pour la sauver, que le Christ s’est sacrifié et a affronté la mort. L’Âme se repend et chante en duo avec L’Ange avant que le chœur final ne célèbre le fils de Dieu : «Jesu, wahrer Gottes Sohn ». Thomas Brauer (L’Âme) et Andrea Brown (L’Ange) forment un duo très équilibré et bien contrasté. Tonnerre puissant, grave et humble face à un ange presque cajoleur. Les parties orchestrales sont chantantes, douces, délicates comme un écrin de nature paradisiaque.
Après la pause voici le célèbre Requiem de Mozart en ré mineur, la toute dernière composition de Mozart, commandée par un richissime aristocrate autrichien Franz de Walsegg. Celui-ci prévoyait de faire interpréter le Requiem comme sa propre composition en mémoire de sa jeune épouse, Anna, décédée le 14 février 1791 à l'âge de 20 ans. Négligeant d’y travailler pendant l’été, Mozart mourra le 5 décembre 1791 sans achever cette œuvre commanditée. Sa veuve, Konstanze Weber, tentera l’impossible pour la faire achever par son élève Süssmayer qui imitera même la signature du maître afin de recueillir la somme promise.
Ces deux œuvres de musique sacrée, l’une juvénile et l’autre empreinte de la réflexion de toute une vie donnent le frisson à maintes reprises. L’orchestration de Jos van Immerseel ( Die Seele : l’âme, dites vous ? ) est poignante. On est devant un triptyque éblouissant de dynamisme. Il est composé de 35 musiciens qui jouent debout, façon solistes, libres de leurs mouvements, en particulier les trompettes. C’est L’Anima Eterna de Bruges qui donne à ce concert texture et couleurs étonnantes. Le deuxième volet du triptyque est représenté par un chœur peu nombreux: Le Collegium Vocale de Gand. A peine seize solistes qui semblent tous avoir des partitions particulières et font trembler d’émotion toute la salle Henry Le Boeuf. Le troisième volet, expose à l’avant-plan quatre solistes magnifiques. Mention spéciale pour l’autre basse, Harry van der Kamp et Markus Schäfer, tenor. Les deux voix féminines sont celles de Sophie Harmsen et l’angélique Andrea Brown. Quatre voix qui composent une harmonie particulière, quatre directions, comme des points cardinaux qui semblent embrasser la terre entière. Quatre points qui symbolisent aussi la croix: horizontalement, l’ouverture à tout peuple de la terre et verticalement, la transcendance. Ces quatre voix rassemblent tout ce qu’il y a d’humain. On se sera tous retenus d’applaudir après l’exultation du « Sanctus » qui n’est pourtant pas de la main de Mozart. Il faut croire que maître et élève se complétaient à la perfection, l’illusion est totale. Dans le «Benedictus » il y a une sensation profonde de paix universelle, d’harmonie, tous conflits éteints : un moment de grâce. Après le lien instrumental, « Hosanna in excelsis » est la conclusion naturelle. Le «Lux Aeterna », est la finale étincelante du concert : « Et lux perpetua luceat eis ». Le public se lance dans des salves d’applaudissements mémorables en hommage à une musique rayonnante.
Les Jeunes du 21ème s. affrontent une organisation socio-économique plus cynique et plus froide que jamais? Exagération? Après les horreurs archaïques des totalitarismes meurtriers? La technologie et la manipulation permettent d'autres aliénations...
La société du Pétrole,vouée à l'Image (cette îconographie laïque ?) , au superficiel,structure son discours jusqu'à l'impersonnel, mixte de "bureaucratie" et de Rage Financière qui leur propose un Avenir trop "radieux" pour être...honnête, mais peut-être conforme aux désirs inconscients de certains ?
Ils devinent, ils savent que leur existence même, dans ce qu'elle a de plus intime et de plus aimant, pourrait se trouver, un jour, dénaturée, manipulée, aliénée - sans répartie possible. Les "maîtres du "monde" n'en sont pas les ... créateurs mais agissent dans cette illusion !
Les poètes qui se dressent et se rebellent , qui cherchent leur voie, qui creusent leur plus profonde parole pour l'offrir aux jeunes filles,aux jeunes hommes qui sont leurs contemporains doivent savoir qu'ils ne seront pas forcément guidés,aidés par les "structures" en place,par les erzats d''idéologies dominantes mais ils doivent aussi savoir qu'une belle et solide responsabilité leur échoit : refuser la veule illusion et la terrible trahison de la désignation,par les pouvoirs du temps,de "boucs-émissaires"; affirmer,contre les idées fabriquées,que la parole peut éclairer et inventer l'Avenir sans renier les fantômes du passé,les figures complexes des générations précédentes; décrypter les subtiles "organisations" d'un Système qui mélange habilement idées généreuses affichées et interêts sociaux et personnels bien compris;oser penser sans références et sans garde-fou dans l'horizon même d'une Idéalité débarrassée de ses enracinements pervers, de ses mensonges inconscients; rendre au Poème sa capacité de résistance, de doute, de partage!
Les adolescents d'aujourd'hui ne resteront pas indifférents à une telle démarche; la jeunesse n'est-elle pas le temps de la découverte ou de la redécouverte de la "différence" sur tous les plans, sexuel,social, imaginaire?
La démarche poètique aujourd'hui doit correspondre à leur vitalité, à leur attente - souvent détournées, égarées par de fausses promesses, vers des fadaises virtuelles, vers des "paradis" non plus même "artificiels", simplement déshumanisées, seulement mortifères...et fabriqués par une société qu'ils sont supposés fuir...
Le jeune poète aujourd'hui doit rechercher le diapason des aspirations vraies des nouvelles générations.
Non pour l'utiliser ou le détourner mais pour y puiser la sincérité subversive qui est l'arme pacifique de la Poésie.
Le jeune poète aujourd'hui doit retrouver confiance dans le dénuement même de son combat.
Face aux machineries du Social, aux cruautés répétitives de l'Economie, aux manipulations des propagandes, aux risques planétaires de vacillement global vers la violence.
Oui.
Le jeune poète a la possibilité, le devoir de retrouver la parole juste, les mots surgis du coeur et de la pensée - au-delà même de cette "absence de sens" qui ne sera plus limitation vaine et mode éculée mais enjeu d'une repoétisation choisie de l'Avenir.
Une création de soi en toute liberté et dans le respect du mystère natif du monde - et de chaque être vivant.
La Poésie n'est plus un jeu de mots. La Poésie chemine vers la vérité. Au fond de ton coeur. Alain SUIED
L’Espace Art Gallery a le plaisir de vous présenter du 23/05/2012 au 10/06/2012 l’exposition « Le mouvement dans l’art». Le VERNISSAGE a lieu le 23/05 de 18 h 30 à 21 h 30 et l’exposition du mardi au samedi inclus de 11 h 30 à 18 h 30.
Sounya Planes Peintures
De la Corée à la France
Diplômée en enseignement artistique à l’Université de Séoul, en Corée du Sud, Sounya Planes exerce comme professeur d’arts plastiques pendant douze ans. Elle vient en France, autant par curiosité que pour approfondir ses connaissances, d’abord en maîtrise de Sciences de l’éducation à l’Université de Paris VIII, puis en Art thérapie à l’Université de Paris V. Elle se marie et s’installe en Auvergne en 2004.
La culture occidentale, très admirée en Corée, est restée longtemps sa référence. Dans les écoles d’art, on y apprend la perspective et le dessin académique tandis que l’art traditionnel asiatique, qui a pourtant inspiré les grands précurseurs européens de l’art moderne, de Monet à Van Gogh, est mis à l’index. Paradoxalement, c’est en France qu’elle prend conscience de la valeur de l’art de son pays, de la délicatesse des paysages, des natures mortes, des portraits et de la calligraphie.
De la tradition à l’abstraction
Dans l’art traditionnel coréen, les peintres sont également écrivains et accompagnent leurs œuvres picturales de poésies sur l’homme et la nature. Sounya Planes a gardé cette pratique. Elle sort un ouvrage alliant peinture et poésie « Traces et signes », aux éditions Alternatives. Cet ouvrage a été primé au salon du livre de Creil.
Même si ses peintures tendent vers l’abstraction, Sounya Planes garde d’autres caractéristiques fortes de l’art traditionnel. De son point de vue, une œuvre, même complètement abstraite, devrait toujours rester le fruit d’une longue observation du monde réel. Elle se réapproprie par ailleurs l’outil traditionnel par excellence : l’encre de Chine. Son art singulier réconcilie ainsi les techniques ancestrales de l’encre de Chine prônant la maîtrise du geste et la pureté des lignes et des couleurs, avec le plaisir brut d’une abstraction lyrique à fleur de peau.
FORMATION et EXPERIENCE PROFESSIONNELLE
1982: Diplôme de l’Enseignement artistique à l’Université Pédagogique de Séoul
1982-1994: Professeur d’arts-plastiques
1997: Diplôme de maîtrise de Sciences de l’Éducation à l’Université Paris 8
(Dessin d’enfant et son interprétation)
2002: Diplôme de l’Art en thérapie et psychopédagogique à l’Université Paris 5 (Art-thérapie et peinture asiatique)
ACTIVITES ARTISTIQUES
1999: Réalisation d’une fresque (12 x 2,5 m environ) au mur de ‘Notre Ecole’ avec les enfants autistes (7, place du Cardinal Amette, Paris 15ème)
2003: Exposition personnelle au Conseil Général du Puy-de-Dôme
(Hôtel du Département à Clermont-Ferrand)
2006: Exposition personnelle à la ville de Brioude
(Maison de Mandrin)
2007: Publication du livre « Sounya, traces et signes », tableaux et poèmes de Sounya, chez l’édition Alternatives
2007: Exposition personnelle à la Ville de Lepecq sur Seine au Centre culturel André Malraux.
2007: Prix de « La ville aux livres Creil » lors de Salon du livre de Creil, pour le livre « Traces et Signes »
2008: Exposition personnelle invitée par la Mairie de premier Arrondissement de Paris.
2009: Exposition « D’où vient la brise? » à l’Espace victoire à Clermont-Ferrand
2010 : Salon d’Arts Visuels à Poitiers
2010 : Exposition des Artistes Internationnales, Museum of the Americas, Maimi, USA
2011 : Exposition personnelle à Seyssel
2012 : Exposition à l’Entrepôt Paris 14ème avec la présentation du livre « Ainsi ce monde devient céleste ». Du 11 janvier au 18 mars 2012
2012 : Exposition au Centre d’Ailleurs en Auvergne. Du 3 mars 22 juillet
2012 : Exposition collective à Espace Gallery, Bruxelles
Christian Vey peintures
Peintre autodidacte
Né le 08 novembre 1960 à Saint Etienne - France
Atelier :
Carrignargues - Chemin de la Garrigue
30700 UZES - France
Membre de « La Maison des Artistes » n° V208552
Siret n° 427548342 00018 8045
1977/1981 sportif de haut niveau, membre de l’équipe de France de Judo
1986 découvre la peinture en Bretagne (France)
1991 médaille d’argent du salon des artistes de Saint Etienne
1992 médaille d’or du salon des artistes de Saint Etienne
1993/1995 diverses expositions en région Rhône Alpes
1995 centre Européen d’Art Paris
1996 Galerie « THERME » Saint Etienne
1997/1998 « HOTEL MECURE » Châsses sur Rhône/ festival « JAZZ à Vienne »
1998 Galerie « Yves Laroche » Montréal (Canada)
1999 relais château « la Pyramide » festival « JAZZ à Vienne »
2000/2003 « JF FINE ART GALLERY » Scottsdale Arizona - USA
2001/2006 « HANSON GALLERY » Nouvelle Orléans - USA
2004 deuxième prix du festival « Louis Armstrong » Nouvelle Orléans - USA
Depuis 2005 relais château « la Pyramide » Vienne - France
déc. 2005 festival « Penang jazz » PENANG - Indonésie
Depuis 2006 « ANGELA KING GALLERY » Nouvelle Orléans - USA
2006/2009 « LA CONNER SEASIDE GALLERY » Washington - USA
2007 « groupe Em2C » Vourles - France
2008 installation à UZES - France
« groupe MSC » Vourles - France
2009 « ATLAS KLINIK » Bruxelles - Belgique
Participation couverture du « guide Michelin » pour le centenaire
2010 Mercure Tour Eiffel Paris – France
Festival «Crest Jazz Vocal» Crest - France
2011 « NAZAROV GALLERY » New York – USA
Cotation Hotel Drouot à Paris
2011 « Espace Art Gallery » Bruxelles
« Artiste Peintre autodidacte » à Uzès,
Né le 8 novembre 1960 à Saint Etienne
« C’est en 1986, à l’âge de 26 ans que j’ai rencontré la peinture, lors d’une journée pluvieuse en Bretagne qui m’a conduit dans une galerie. L’émotion fut intense et, étant donné que je ne pouvais pas acquérir une toile, j’ai décidé de peindre.
Après des années de passion passées avec le judo (j’étais sportif de haut niveau), la découverte de la peinture m’a permis de retrouver ce monde d’émotion, de travail et de créativité. Dans la peinture, J’aime la vitesse, le mouvement, l’instantanéité et la couleur et j’essaie de donner toute mon énergie pour aller au bout des choses. J’ai aussi découvert la musique très tard et c’est le jazz qui est entré dans mon univers. La peinture et le dessin m’ont toujours semblé plus simples que la musique.
Pour peindre, il n’y a pas besoin d’apprendre, il n’y a pas de gammes musicales, il n’y a que des tâches, des traits. J’ai alors commencé à peindre le jazz, ce qui me permettait d’être en quelque sorte un musicien ! Puis, les femmes, les mouvements de foule et enfin l’abstrait ont rejoint les musiciens de jazz. Le parcours est long, mais à force de travail, on arrive toujours à notre but. Les différentes rencontres m’ont amené au festival de jazz à Vienne puis aux Etats Unis où j’expose à la Nouvelle Orléans et depuis peu à New York. Je connais la joie et le privilège de vivre de ma création. Ce n’est pas un luxe mais un grand bonheur de chaque matin. Mes toiles sont exposées sur des murs dans le monde entier, et je n’en reviens toujours pas !!
Aujourd’hui j’habite avec ma compagne dans le sud de la France ; le temps est clément, la lumière extraordinaire … il y fait bon vivre. »
Et à titre d’information voici les six prochaines expositions:
-Titre : « La collection permanente à l’espace Yen »
Artistes : collectif d’artistes de la galerie.
Vernissage le 04/04/2012 de 18 h 30 à 21 h 30 en la galerie même.
Exposition du 04/04 au 30/06/2012 à l’Espace Art Gallery II.
-Titre : « Le carré pour essentiel»
Artiste : Pierre Meuris (peintures)
Vernissage le 13/06 de 18 h 30 à 21 h 30 en présence de Françoise Marquet (harpiste)
Exposition du 13/06 au 30/06/2012.
&
-Titre : « Entre rêves et réalité »
Artiste : Patrick Marin (peintures)
Vernissage le 13/06 de 18 h 30 à 21 h 30
Exposition du 13/06 au 30/06/2012.
&
-Titre : « Let the altars shine »
Artiste : Michel Marinus (peintures)
Vernissage le 13/06 de 18 h 30 à 21 h 30
Exposition du 13/06 au 30/06/2012.
&
-Titre : « Octet et les sculptures parlantes »
Artistes : Dominique Le Roy de La Chohinière (sculptures) et Patricia Izquierdo (textes)
Vernissage le 13/06 de 18 h 30 à 21 h 30
Exposition du 13/06 au 30/06/2012.
La galerie est fermée au mois de juillet
-Titre : « Le collectif de la galerie à l’honneur »
Artistes : collectif d’artistes de la galerie.
Vernissage le 01/08/2012 de 18 h 30 à 21 h 30 en la galerie même.
Exposition du 01/08 au 31/08/2012 à l’Espace Art Gallery II.
Au plaisir de vous revoir à l’un ou l’autre de ces événements.
Le Temps des cerises - La Commune de Paris en photographies
Longtemps dans les manuels d'histoire, la Commune et la guerre de 1870 furent confondues, mêlant adroitement la défaite infligée au Second Empire et l'insurrection qui s'ensuivit.De cette guerre civile dont on ne voulut longtemps parler, l'on préféra retenir les ruines de Paris imputées aux Communards, elles-mêmes confondues aux bombes versaillaises ou aux ruines d'une guerre que la France provoqua.Il n'est jamais bon de se souvenir que les peuples se soulèvent, il est plus séant qu'on les dise attaqués. Ce que la photographie n'avait pu pour des raisons techniques parvenir à fixer, elle fut contrainte de le composer, comme les mises en scène de Marconi ou les photomontages d'Appert, la photographie s'étant ici trop souvent faite l'auxiliaire du pouvoir.C'est de cet usage de l'image dont traite le présent ouvrage, son rapport à l'événement en voulant dépasser la légende.
Editeur Editions de l'amateur Le Temps des cerises est une chanson de 1866, paroles de Jean-Baptiste Clément, musique d'Antoine Renard
interprétation : Jean Lumière
Quand nous chanterons, le temps des cerises Et gai rossignol et merle moqueur Seront tous en fête. Les belles auront la folie en tête Et les amoureux du soleil au coeur Quand nous chanterons, le temps des cerises Sifflera bien mieux le merle moqueur.
Mais il est bien court le temps des cerises Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant Des pendants d'oreilles, Cerises d'amour aux robes pareilles Tombant sous la feuille en gouttes de sang. Mais il est bien court le temps des cerises Pendant de corail qu'on cueille en rêvant.
Quand vous en serez au temps des cerises Si vous avez peur des chagrins d'amour Evitez les belles! Moi qui ne crains pas les peines cruelles Je ne vivrai point sans souffrir un jour. Quand vous en serez au temps des cerises Vous aurez aussi des peines d'amour.
J'aimerai toujours le temps des cerises C'est de ce temps là que je garde au coeur Une plaie ouverte. Et Dame Fortune en m'étant offerte Ne pourra jamais fermer ma douleur, J'aimerai toujours le temps des cerises Et le souvenir que je garde au coeur.
Couplet ajouté pendant la guerre de 1871
Quand il reviendra le temps des cerises Pendores idiots magistrats moqueurs Seront tous en fête. Les bourgeois auront la folie en tête A l'ombre seront poètes chanteurs. Mais quand reviendra le temps des cerises Siffleront bien haut chassepots vengeurs.