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Les concerts de Chambre de l’Orangerie de Seneffe12272747075?profile=original

 

                         Ils se donnent chaque été dans le domaine du Château de Seneffe. La session 2012 a commencé à bureau fermé, c’est dire le succès remporté par cette festivité de charme et de beauté musicale. Le jeudi 19 juillet, « Brillant et Virtuose » a réuni  des compositeurs et des interprètes prodigieux. Fauré, Saint-Saens et Beethoven avec rien moins que Lorenzo Gatto et Jean-Claude Vanden Eynden. Le lendemain « Fêtes Nocturnes »  réunissait Schubert, Brahms, Michel Lysight - une première mondiale - et Martinu avec six artistes d’exception. Les sons du violon et du piano se sont invités avec leurs comparses dans les cœurs qui  ont vibré sous l’archet dynamique de la  talentueuse de Véronique Bogaerts et gémi avec la violoncelliste extraordinaire Marie Hallynck. La créative Sophie Hallynck nous a joué de la harpe d’une  façon innovante et inoubliable. Les musiciens masculins  n’étaient pas en reste avec le jeu subtil au piano de l’impétueux Muhiddin Dürrüoglu, la clarinette pleine de verve de Ronald Van Spaendonck et Vincent Heppe, alto aux modulations élaborées tantôt romantiques, tantôt mutines.

Mais le morceau qui a retenu particulièrement notre attention est cette pièce composée en 2010 par notre compatriote Michel Lysight appelée « Oxymores ». Une musique qui remplirait d’aise Claude Debussy qui trouve que la musique « doit chercher humblement à faire plaisir au public ». Le premier mouvement débute dans des gazouillis qui s’affrontent et se font des pieds-de-nez, clarinette vs violoncelle. Le piano intervient pour remettre un peu de sérieux sur scène. Rappelée à l’ordre, le violoncelle bascule dans une complainte jusqu’aux tréfonds de la gravité. Bien sûr la clarinette prend le contrepied ! Fâcherie syncopée du piano, moquée aussitôt par les deux instruments de mèche. Gloussement indigné du piano et chacun joue ensemble et tout seul. L’oxymore dans toute sa splendeur. Silence assourdissant du public, créativité muette du compositeur.  Le deuxième mouvement change de tempo car le piano a pris les rênes d’une mélodie triste, doucement musée par la clarinette puis par le violon. Les instruments s’entendent sur la tristesse. Le thème lancinant produit de purs soupirs. Un canon à trois voix émerge mais les dissonances sont dans l’air. L’air de rien, ils s’écoutent et des pizzicati en forme de gong scandent le diminuendo. Le troisième mouvement est fait de bulles sèches (oxymore, tu nous tiens !) au piano puis à la clarinette et enfin sous les doigts de Marie Hallynck. Les notes pointées s’accordent avec humour et frénésie. L’interaction  subtile de la partition, des interprètes et du public forme un moment musical inoubliable. Et des applaudissements nourris saluent cette première mondiale. Le compositeur Michel Lysight qui est présent est sans doute ravi.

« Fêtes Nocturnes » (1959), de Bohuslav Martinu est une pièce non moins intéressante et réunit les six artistes. « Yavait-t’une ville » de Nougaro s’insinue dans l’introduction. De subtils mélanges de timbres piano et harpe chatouillent l’imagination tandis que les cordes font superbement bande à part à la façon d’un antique folklore Ecossais ou Irlandais. La clarinette s’insinue dans les pauses et le piano a ri, d’une seule dent. Au deuxième mouvement la harpe sonne le glas, les violons gémissent la clarinette succombe. Puis la harpe se transforme en guitare, Fêtes Galantes ? Les ondes du piano s’y mêlent. C’est Beau. Place aux autres : les  cordes. Un vent s’engouffre par toutes les fenêtres et fait voler les mousselines. On est décidément dans le Lake District avec Keats. Mélancolique, son dernier souffle peut-être. Le troisième mouvement est fantastique, de la berceuse à l’appel au clairon… de la harpe. Souvenirs de boléro de Ravel, Sophie Hallynck, la harpiste frappe les cordes avec un battoir. C’est un mode de Niebelungen ou de Little People façon Murakami (1Q84) qui pirouettent devant un public médusé. Le dernier mouvement rejoué en bis entraîne encore plus d’applaudissements. Une nocturne musicale hors du commun, venez donc  emprunter cette sente magique l’an prochain ! Le plaisir durera jusqu’au dimanche et peut-être au-delàs. 

Préparez-vous à venir écouter les concerts « Classics &Classics »  organisés aussi par L’Orangerie asbl. Ils  se déroulent pendant tout l’automne à Bruxelles  dans la  D’ieteren Gallery. Ils proposent de découvrir des chefs-d’œuvre musicaux et de caresser des yeux  les très belles carrosseries du temps passé.

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Cette célèbre toile de Vincent Van Gogh "représente" la terrasse d'un café, un soir d'été, à Arles.

Le peintre s'est placé perpendiculairement à la terrasse (et non en face), ce qui lui a permis de créer un effet de profondeur et d'enrichir sa toile d'un grand nombre d'éléments, en perspective : un cheval tirant un fiacre avec ses lanternes allumées, le ciel avec des étoiles en forme de fleurs, les maisons, la rue avec ses pavés, des personnages attablés, d'autres, dans la rue, un homme et une femme qui semblent converser, un balcon, l'embrasure d'une porte au premier plan à gauche, la frondaison d'un arbre, à droite.

Le store et les murs du café, éclairés par une lampe à gaz,  sont comme revêtus d'une substance précieuse. On pense à la vue de Delft de Vermeer et au "petit pan de mur jaune" que contemple Bergotte dans "La Recherche du temps perdu".

Les pavés eux-mêmes sont colorés et semblent refléter la lumière qui émane du café et des étoiles ; ils semblent même réverbérer le bleu du ciel nocturne. On y voit toutes les couleurs et les nuances de l'ensemble de la toile. On peut parler de métonymie (la partie pour le tout). Tout est déjà, mais rien n'est encore, nous cheminons sur des pavés disjoints, entre la tristesse et l'extase, la naissance et la mort, au seuil d'un mystère qui nous dépasse. Ces pavés cernés de noir préfigurent l'art abstrait. On les retrouve dans une toile de Paul Klee.

La silhouette blanche, étrangement allongée du garçon de café dans le trois quart inférieur de la toile retient particulièrement le regard. On a le sentiment que tout s'organise autour de cette silhouette. Roland Barthes parlerait du "punctum".

Mais ce garçon de café n'est ni le Christ, ni un ange ; Van Gogh communique un sentiment "mystique", paisible et joyeux, non en peignant un sujet "religieux", mais  à travers une scène de la vie quotidienne.

Tous les éléments de la création sont présents dans cette toile : le monde minéral (les pavés), végétal (la frondaison de l'arbre, les étoiles en forme de fleurs qui font penser au vers de Stéphane Mallarmé "Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées"), animal (le cheval), humain et céleste. Ces éléments sont en profonde harmonie les uns avec les autres.

Le bleu (saphir) et le jaune (d'or) couleurs primaires complémentaires, sont les couleurs dominantes. Il y a également des touches de vert absinthe, (en particulier sur le mur du café et ce n'est sans doute pas un hasard), de vert émeraude, de mauve et de noir. L'embrasure de la porte est de la même couleur que le ciel : bleu saphir et le sol de la terrasse est rouge orangé (la chaleur humaine). Le bleu saphir symbolise le mystère le plus profond, l'amour divin (il n'est d'ailleurs pas tout à fait approprié de dire que les couleurs symbolisent, elles "incarnent") ; nous ne savons pas ce qu'il y a "derrière" cette porte. Il en filtre un peu de cette lueur dorée (la joie parfaite ?) que l'on retrouve sur le mur du café. Le peintre a placé son chevalet près de cette porte. Être homme, c'est se tenir au seuil du mystère.
 
Pour peindre le ciel, le peintre a utilisé plusieurs nuances de bleu, du bleu clair au bleu marine (on parle de "camaïeu"). Ce ciel est à la fois "le ciel qu'on voit" et celui qu'ont découvert les astronomes dans leurs télescopes. On y voit s'y dessiner des galaxies, des trous noirs, des naines blanches, des amas d'étoiles... on y pressent une profondeur infinie. Le ciel révélé par la science est encore plus mystérieux aux yeux de l'artiste. La science ne dissipe pas le mystère, elle le renforce. Ce ciel n'est pas celui de Pascal ("Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie") et n'a rien d'effrayant  ; il est à la fois mystérieux et  familier. C'est aussi le ciel vu par un enfant, un "primitif" : deux étoiles dessinent des yeux, on devine une forme humaine ou angélique à la verticale du garçon de café, les étoiles, on l'a dit, ressemblent à des bouquets de fleurs, mais ce peut être le fruit du hasard, d'une interprétation subjective.
 
L'artiste ne peut se détacher de son époque, il en vit intensément les doutes, les interrogations et les tourments. Si la question de Dieu est au cœur de son œuvre et de sa vie (on sait que le peintre se destinait à la prédication), Van Gogh, contemporain de Nietzsche, sait bien qu'on ne peut plus l'aborder "comme avant". Le génie (Bach, Mozart, Van Gogh...) s'aventure, armé de sincérité, dans l'espace infini qui sépare le signifiant du Signifié, le verbe du Verbe.
 
Un "mystère familier" : "Une odeur de mûres traîne au fond des galaxies.", dit magnifiquement Jean Mambrino.

Des étoiles qui ressemblent à des fleurs, un mur recouvert d'or, des pavés semblables à des pierres précieuses... On reconnaît la figure poétique par excellence de la poésie : la métaphore. La toile de Vincent Van Gogh est une "transfiguration" du monde. "Transfigurer" (le contraire de "défigurer") ne veut pas dire "transformer", embellir, mais révéler, dévoiler. "C'est ainsi que je vois le monde, pourrait nous dire Vincent, c'est ainsi qu'il est vraiment et c'est ainsi que vous le verriez si vous preniez la peine de le regarder avec les yeux du coeur, de l'habiter en poètes (Hölderlin) et non en prédateurs et en blasés."

Dans "Les Portes de la perception", Aldous Huxley se demande si certains artistes comme Van Gogh et certains mystiques n'auraient pas le don naturel de percevoir les choses telles qu'elles sont, d'accéder naturellement (et non, comme le fait Huxley, en absorbant de la mescaline) à ce que les bouddhistes appellent "Sat Chit Ananda" (la félicité de l'avoir conscience), et la mystique rhénane "l'Istigkeit", expression dont maître Eckart aimait à se servir pour définir l'Etre. Cette expérience se caractérise, selon Huxley par un rehaussement des couleurs, une perception particulière du temps et de l'espace et quelque chose d'ineffable qu'il nomme, faute de mieux, "vision de béatitude", "grâce et transfiguration", "présence sacramentelle de la beauté". "Si les portes de la perception étaient nettoyées, disait le peintre et dessinateur anglais William Blake, toute chose apparaîtrait telle qu'elle est."

Le peintre a planté son chevalet en plein air, ici en pleine ville, comme il le fait aussi en plein champs.

Ce qui caractérise la peinture de Van Gogh et celle des Impressionnistes en général est le délaissement des sujets mythologiques ou religieux, des "natures mortes", de la peinture d'atelier  au profit de la peinture "en plein air" au contact de la nature et de la lumière naturelle dont l'artiste s'efforce de capter les nuances changeantes, l'emploi de couleurs pures, le choix de sujets profanes, extraits de la vie quotidienne dont l'artiste magnifie (ou plus exactement "rend visibles") le mystère et la beauté.

L'artiste vraiment créateur, ne se contente pas "d'imiter la nature" (Aristote) ; c'est pourquoi le verbe représenter ("cette toile représente une terrasse de café à Arles, en été, la nuit...") n'est pas adéquat.

Vincent Van Gogh n'a pas "représenté" une terrasse de café, il a rendu visible un étonnement joyeux, une secrète espérance, la nuit transfigurée.
 
 
Apparition 
 
La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
- C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.
 
 Stéphane Mallarmé
 
 


Ravel - Piano Concerto in G major - Argerich... par PaGoO

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Unique en Belgique par son caractère collectif, la Résidence invite une dizaine d’écrivains francophones, chaque année au mois d’août. Au-delà d’être une belle opportunité d’écrire en toute quiétude, dans un décor magique et loin des soucis du quotidien, elle sort l’écrivain de son isolement, le met en exergue, lui offre un espace de travail, de représentation et de rencontres.

Favoriser la création littéraire et créer du lien social entre les écrivains, voici les objectifs de la Résidence d’auteurs du Pont d’Oye.

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Ci-dessous le dossier de presse complet

 

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Les amours jaunes

12272815093?profile=original"Les amours jaunes" est un recueil poétique de Tristan Corbière, pseudonyme d'Édouard Joachim Corbière(1845-1875), publié à Paris chez Glady frères en 1873.

 

Les poèmes des Amours jaunes, oeuvre unique de Tristan Corbière, ont été vraisemblablement composés à partir de 1862 et jusqu'en 1873. Le poète fit éditer le recueil à ses frais et le livre passa inaperçu. Il fallut attendre le premier article des Poètes maudits de Verlaine, en 1881, consacré à Corbière, et A rebours de Huysmans, en 1884, dont le héros, Des Esseintes, range les Amours jaunes parmi ses ouvrages favoris, pour que l'oeuvre de Corbière sorte de l'ombre.

 

Le recueil contient quatre-vingt-quatorze poèmes répartis en sept sections: «Ça», «les Amours jaunes», «Sérénade des sérénades», «Raccrocs», «Armor», «Gens de mer» et «Rondels pour après». Cette disposition est le fruit d'un travail de composition et ne reflète pas l'ordre chronologique de rédaction des poèmes. Bien que les renseignements sur ce sujet soient peu nombreux - les indications de date ou de lieu qui accompagnent souvent les textes sont fictives -, on peut avancer que les sections «Armor» et «Gens de mer», qui chantent la Bretagne natale du poète, ont été écrites à Roscoff, entre 1862 et 1871. La rencontre, en 1871, d'une jeune femme, nommée Marcelle dans la dédicace versifiée qui ouvre le recueil, engendre une rupture tant dans la vie que dans la poésie de Corbière qui effectue de nombreux séjours à Paris, entre 1872 et 1874, pour retrouver Marcelle. Les poèmes des «Amours jaunes», de «Sérénade des sérénades» et de «Raccrocs», composés sans doute entre 1871 et 1873 et caractérisés par une thématique amoureuse et un cadre urbain, sont d'une inspiration différente de celle des sections consacrées à la Bretagne.

 

L'organisation des Amours jaunes est donc le fruit d'une architecture concertée. Après une première partie, «Ça», consacrée à une présentation, ironique et dramatique à la fois, du livre et du poète, Corbière choisit de placer en tête du recueil les pièces parisiennes où s'expriment la détresse sentimentale et la distance douloureuse et hostile qui sépare l'homme de la femme («les Amours jaunes», «Sérénade des sérénades», «Raccrocs»). Ce ton pathétique et grinçant trouve une sorte d'apaisement dans les sections suivantes («Armor», «Gens de mer»), la terre natale apparaissant comme un refuge salvateur. La dernière section, «Rondels pour après», contient des poèmes en forme de berceuses qui font de la mort l'ultime havre libérateur.

 

Le titre du recueil est énigmatique et crée d'emblée, par les termes qu'il associe, une dissonance, élément clé pour l'ensemble de l'ouvrage. Le mot «amours», en effet, semble placer l'oeuvre dans la continuité d'une tradition poétique lyrique et sentimentale (on pense aux Amours de Ronsard) mais l'adjectif «jaunes» perturbe les repères et fait vaciller le premier signifiant. L'amour jaune serait-il une analogie du rire jaune, rire sans vraie gaieté, c'est-à-dire faux et douloureux? Ce rire jaune apparaît, explicitement lié à l'amour, dans "A l'Etna" («Raccrocs»): «- Tu ris jaune et tousses: sans doute, / Crachant un vieil amour malsain.» Le jaune est aussi la couleur symbolique de la tromperie («couleur de Judas», dit le Littré) et de la dégradation (par opposition à la pureté idéale du blanc). Le syntagme nominal «amours jaunes» place le recueil sous les auspices de la disharmonie.

 

La femme, objet d'un impossible amour, est toujours cruelle. Elle dit par exemple dans "Pauvre Garçon": «J'ai fait des ricochets sur son coeur en tempête. [...] / Serait-il mort de chic, de boire, ou de phtisie, / Ou peut-être, après tout: de rien [...] / ou bien de Moi.» Le poème "Bonne fortune et Fortune" est une sorte de fable symbolique qui conte l'échec de l'union amoureuse: la passante désirée par le poète prend celui-ci pour un mendiant et lui donne «deux sous». Lorsque le sentiment amoureux est miraculeusement partagé, un écart infranchissable persiste entre la femme et l'homme: «Lui - cet être faussé, mal aimé, mal souffert, / Mal haï - mauvais livre... et pire: il m'intéresse. - / [...] / Cet homme est laid... - Et moi, ne suis-je donc pas belle, / Et belle encore pour nous deux! - / En suis-je donc enfin aux rêves de pucelle?... / - Je suis reine: Qu'il soit lépreux!» ("Femme"). C'est seulement avec la mort que semble pouvoir advenir une fusion apaisée, à la fois érotique et idéale: «Sentir sur ma lèvre appauvrie / Ton dernier baiser se gercer, / La mort dans tes bras me bercer... / Me déshabiller de la vie!...» ("Un jeune qui s'en va").

 

Le manque d'harmonie ne concerne pas seulement la relation amoureuse. Il est inhérent au poète lui-même. Corbière endosse volontiers, dans ses poèmes, les masques de la laideur, de la misère et de l'infirmité. Ainsi, le poème "le Crapaud", sorte d'écho grinçant, car dépouillé de tout idéalisme, de "l'Albatros" baudelairien, s'achève par ces mots: «Ce crapaud-là c'est moi.» Ailleurs, le poète apparaît sous les traits du «lépreux» ("Femme", "le Poète contumace"), du «paria» ("Paria"), du «sourd» ("Rapsodie du sourd"), du «borgne» ou de l'«aveugle» ("Cris d'aveugle", "la Rapsodie foraine et le Pardon de sainte Anne"). Ces avatars d'un moi estropié et souffrant disent la difficulté d'être qui ne cesse de tenailler Corbière: «- Manque de savoir-vivre extrême - il survivait - / Et - manque de savoir-mourir - il écrivait» ("le Poète contumace"). D'autres périphrases délivrent pourtant une image lumineuse du poète: «beau décrocheur d'étoiles» ("Sonnet posthume"), «voleur d'étincelles» ("Rondel"), «peigneur de comètes» ("Petit mort pour rire"). Mais ces visions radieuses appartiennent toutes à l'ultime section du recueil «Rondels pour après», c'est-à-dire à l'univers de la mort réparatrice.

 

Ici et maintenant, la plénitude et l'harmonie sont refusées. Les multiples antithèses qui apparaissent dans les poèmes traduisent une identité douloureuse, écartelée toujours entre des postulations contradictoires: «Oiseau rare - et de pacotille; / Très mâle... et quelquefois très fille; / Capable de tout, - bon à rien; Gâchant bien le mal, mal le bien. Prodigue comme était l'enfant / Du Testament, - sans testament» ("Épitaphe"). Cette infernale lucidité dans l'analyse de soi donne le vertige et paralyse: «Trop Soi pour se pouvoir souffrir, / L'esprit à sec et la tête ivre, / Fini, mais ne sachant finir, / Il mourut en s'attendant vivre / Et vécut, s'attendant mourir. / Ci-gît, - coeur sans coeur, mal planté, / Trop réussi, - comme raté» ("Épitaphe"). L'effort de définition de soi tord le langage pour lui faire exprimer le paradoxe d'une existence déchirée par l'impossibilité de vivre: «Lui, ce viveur vécu, revenant égaré» ("le Poète contumace").

 

Le malheur et la souffrance sont donc au coeur de cette poésie. Toutefois, celle-ci mêle constamment, toujours selon le principe de l'éternelle réversibilité de toute chose, le rire au désespoir: «Viens pleurer, si mes vers ont pu te faire rire; / Viens rire, s'ils t'ont fait pleurer.../ Ce sera drôle... Viens jouer à la misère» ("le Poète contumace"). Cette constante présence de l'humour éloigne radicalement la poésie de Corbière de l'effusion romantique.

Cet humour frappe la poésie elle-même: des titres de sections tels que «Ça» ou «Raccrocs» témoignent d'une volonté de déjouer le sérieux et le formalisme de l'entreprise poétique. Ainsi, le premier poème du recueil, "Ça?", après de vaines tentatives pour définir la poésie des Amours jaunes, conclut: «C'est, ou ce n'est pas ça: rien ou quelque chose... Un chef-d'Oeuvre? - Il se peut: je n'en ai jamais fait. / [...] / C'est un coup de raccroc, juste ou faux, par hasard... / L'Art ne me connaît pas. Je ne connais pas l'Art.» Radicale et dévastatrice, l'ironie s'enracine dans le déchirement intérieur du poète. Le langage lui-même est frappé de suspicion car il peut sans cesse mentir. C'est pour cela que Corbière ne cesse de raturer, de retourner les énoncés.

 

Sa poésie puise sa force dans une sorte d'élan cahotique qui la caractérise. Une abondante ponctuation, à grand renfort de tirets et de points de suspension, bouscule le rythme et crée une respiration singulière. Images, idées ou mots paraissent s'enchaîner au fil de libres associations, si bien que les surréalistes ont cru déceler dans la "Litanie du sommeil" les prémices de l'écriture automatique. Or les témoignages de contemporains ou l'examen des brouillons et manuscrits de Corbière révèlent que cet apparent désordre est au contraire le fruit d'un minutieux travail. Jules Laforgue, dans «Une étude sur Corbière» (Mélanges posthumes, 1903), prétend qu'il est impossible d'extraire un seul beau vers des Amours jaunes. La remarque est peut-être excessive mais elle est fondée: Corbière travaille à désarticuler le vers. Sa poésie refuse les harmonies trop faciles et ne cède pas aux charmes de l'esthétisme: «Ce fut un vrai poète: il n'avait pas de chant» ("Décourageux").

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"Concentration intérieure", acrylique sur toile, 50x100

La toute jeune Julie Laï-Pei crée l’événement dès sa première exposition, dévoilant un indéniable talent qui par son âge, 19 ans, laisse augurer un avenir plus que prometteur…

Elève de l’école Pivaut à Nantes, se destinant plus particulièrement à l’illustration, Julie Laï-Pei s’intéresse aux arts plastiques depuis toujours –pourrait-on dire-, tant le dessin fait partie intégrante de son quotidien, ainsi adolescente s’adonnait-elle à l’art du manga, la culture japonaise l’attirant fortement… Ayant choisi la filière arts appliqués, elle a également très tôt croqué scènes et personnages de son environnement sur ses carnets…

Ainsi a-t-elle développé de réelles qualités de dessinatrice, sachant saisir une attitude, appréhender l’instant…

Se documentant beaucoup, étudiant l’histoire de l’art, Julie s’est depuis une pleine année tournée vers la peinture, trouvant dans l’abstraction une forme d’expression propice à une écriture personnelle, en phase avec son univers intérieur riche d’une poétique existentielle libre et plurielle.

Dès ses premières toiles, le geste est là, maîtrisé et spontané tout à la fois.

Travaillant une palette réduite aux noir, blanc, violet et rouge, elle possède un sens instinctif des fondus, crée des évanescences noires, anime la surface picturale de signes qui rappellent la calligraphie orientale (assurément une réminiscence intuitive de ses racines chinoises paternelles), couvre ses toiles de zones colorées grattées, griffées, démontrant l’importance fondamentale de la matière dans ses compositions d’une réelle densité plastique.

Julie investit la technique du dripping, tout en expérimentant tous les possibles du champ pictural, se révélant proche d’un abstrait lyrique mais pas seulement…

Elle réinvente gestuelle et langage, cherche à pénétrer entièrement l’acte créateur, à se l’approprier pour mieux le dominer jusqu’à créer –qui sait… un jour- une voie originale et autre…

La peinture de Julie Laï-Pei est époustouflante de maturité, là où certains mettraient une décennie à apprivoiser technique et traitement, Julie a déjà tout assimilé et peut tendre à une affirmation de son « moi » artistique… mais ce serait bien mal la connaître que s’imaginer qu’elle puisse s’en enorgueillir…

Humilité et travail sont l’apanage des grands…

Julie n’en est qu’à ses débuts, son parcours à ses balbutiements mais je ne doute pas de sa volonté et sa capacité à bâtir une œuvre diseuse d’humanité et de vérité, digne de nos espérances…

Prêtons-lui attention, suivons-la au fil de ses créations et expositions, soutenons son travail et le futur nous donnera raison…

De la chrysalide émerge une authentique artiste, accordons-lui notre confiance…

Julie Laï-Pei nous éblouira !

 

 

Nathalie Lescop-Boeswillwald

Docteur en Histoire de l’art

Agent d’art, critique

Directrice de l’espace NLB-Limoges

Et de Espace NLB Galerie en ligne.

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À la case «Âge d'or »

Doux ami,

Soudain, je pense, avec tendresse,
À cette si lointaine adresse,
Où tu m’accompagnais souvent.

Je te taquinais tout le temps.
...
Devant nous, une longue route,
Semée d’embûches et de doutes.
Nous avons fait de notre mieux,
Nous sommes rejoints, déjà vieux.
...
Mais que m’importe l’âge d’or,
S’il ne me cause pas de torts.
Je suis redevenue coquette
Et fais de nouvelles conquêtes.
...
Je ne crie pas sur tous les toits
Que j’eus vingt ans plus d’une fois.
D’ailleurs je n’en suis pas très sûre,
Quand je me réfère à l’usure.
...
À distance, aux jeux de l’esprit,
On échange sans parti-pris.
Je me prévaux de ma sagesse,
Toujours empreinte d'allégresse.
...
Tu vois, je garde mon allant
Et toi, tu en fais tout autant.
Il nous fallut beaucoup de chance,
Du courage et de l’endurance.
...
Rue Rovigo, t'en souviens-tu?
Une impasse peu attrayante,
Dans une ville pétillante.
Alger, la Fac et ce qui fut !

Ier février 2006

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 Christian Boeswillwald, cet arpenteur d’étoiles…

 

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 Photo de S. Pailler

Christian Boeswillwald est Le créateur par excellence : Poète, Artiste Plasticien, Photographe, il a un talent quasi inné pour exprimer l’être dans sa quintessence et mettre en lumière le monde dans ce qu’il a de plus beau et de plus douloureux aussi.

Né en 1950 à Rouen, il est de cette génération qu’on a appelée « soixante-huitarde », a bourlingué sac à dos sur les routes népalaises, péruviennes, thaïlandaises et bien d’autres… Dès l’adolescence, la poésie s’est littéralement emparée de lui et fut une époque où il s’astreignait à écrire un sonnet par jour, où il rédigeait ses devoirs d’économie et de philosophie en alexandrins, où tout était prétexte à poème, à chanson…

Parallèlement, il s’essayait aux arts plastiques, à la peinture, menant de véritables expériences en s’immergeant dans sa baignoire avec encres et papier et réalisant ainsi de très belles réalisations picturales, proches du tachisme, pleines d’originalité… exposant le fruit de ses recherches en groupe à Strasbourg et ailleurs…

Puis le temps de la maturité est venu et avec lui celui de l’écriture solitaire, dans l’antre de sa chambre, où le verbe se révélait à lui comme une respiration intérieure… Ainsi a-t-il composé des milliers d’œuvres, classiques ou non, publié des recueils, conquis des prix et distinctions… dont dernièrement le Prix Michel Ange 2010 décerné par Le Cénacle Européen des Arts et Lettres pour « Juste une vie qui passe… », ouvrage de photos d’art et de poèmes.

Christian Boeswillwald est tout cela et bien plus encore… Allons par-delà les apparences… Qu’est-ce qu’un curriculum vitae face au talent génial d’un authentique artiste ? Christian Boeswillwald nous enchante l’âme au gré de ses poèmes ciselés, de ses photographies bouleversantes d’humanité, de ses dessins et peintures qui s’enracinent dans l’intime…

Ecrire, peindre, photographier en un mot créer est son seul devenir… Poète jusqu’au bout des doigts, il n’en est pas moins homme parmi les hommes et sait ce que le monde porte de misère, d’horreur, ainsi en témoigne-t-il avec ses maux d’encre, ses instantanés de vie…

Christian Boeswillwald a la faculté de pouvoir s’extraire de la cacophonie des jours pour flâner au pays des voyelles et des couleurs… et nous offrir une vision tout à la fois destinale et revisitée de l’humain.

Dans la terre du chemin, dans l’humus de la forêt, dans la vague océane, il décèle l’indicible et nous en rend compte avec cette délicatesse, cet éblouissement qui le caractérisent… car Christian Boeswillwald est cet enfant vieillissant, qui crinière au vent, regarde les étoiles et se souvient que la mémoire des hommes n’est rien face à l’Univers…

Malgré tout, l’envie de laisser une trace est là et bien là, une empreinte apposée en marge de la folie des hommes pour dire que le beau et l’émouvant existent bel et bien ici-bas… N’est-ce pas le propre de toute création ?…

Christian Boeswillwald sait que du bric à brac d’une vie, seuls quelques fragments de Vérité subsistent au dernier soir… donnant à l’âme, qui sait, cette ultime paix tant espérée…

Avec le trio « Les maux de Coco », Christian Boeswillwald retrouve ses premières amours, celles de la scène, du théâtre… En compagnie de son fils Yacha, aux percussions et de Fred Depret aux instruments à corde et à l’harmonica, il défriche pour nous des terres-poésie où la parole musique le temps, berce les chagrins, redessine les contours de l’être jusque dans son âpreté… Christian Boeswillwald se joue des maux et de l’espace, interprète le poème, la voix pour seul étendard…

S’il s’investit entièrement avec la passion qui est la sienne pour toute forme artistique, il n’en préserve pas moins une distanciation qui lui permet de revendiquer son appartenance à cette foule humaine qu’il vitupère parfois dans ses textes, car le poète a pleinement conscience de l’improbable de toute existence… Il suffirait de si peu pour que tout vole en éclats… C’est donc avec pertinence, sens de la nuance, qu’il observe et s’implique dans cette Humanité aux oripeaux froissés...

Faisant preuve de candeur et de lucidité mêlées, Christian Boeswillwald, sculpte l’espace scénique et nous raconte notre histoire d’hommes et de femmes à travers le kaléidoscope de nos songes et de nos légendes d’êtres… tentant de nous éveiller à nous-mêmes par le Mot.

Christian Boeswillwald est cet arpenteur d’étoiles qui nous murmure à l’oreille que la Vie peut être belle…

Magique !

 

 

 

Nathalie Lescop-Boeswillwald

Docteur en Histoire de l’Art, 

Agent d'art, critique, poète.

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Aquarelles dans le Haut-Atlas


Voici le dernier article que j'avais consacré dans mon blog français au stage carnet de voyage au Maroc 2012 que j'ai eu le plaisir d'animer dans ce beau pays il y a quelques semaines déjà .

Ce stage fait partie des formations arts plastiques, aquarelle et carnets de voyages que j'ai le bonheur de diriger depuis plus de trois décennies aussi bien en institutionnel qu'en privé dans tout l'Hexagone et en Europe, Afrique et Asie .

Si je partage l'expérience de ce vécu avec vous c'est pour témoigner (s'il en était besoin) de tout ce que peut apporter l'affirmation d'un accomplissement créatif dans des milieux très différents de notre quotidien lorsque l'élan d'une passion commune, du partage, de l'estime et de l'amitié, du respect et de l'enthousiasme s'unissent pour élargir les horizons nous reliant à autrui, au monde et à la vie .

C'est aussi pour vous faire connaître le travail de stagiaires méritoires qui ont suivi un cursus sans prétention mais assez efficace pour procurer un véritable plaisir d'aborder sur le motif des thématiques parfois difficiles sans le moindre complexe .

Aujourd'hui je vous emmène donc avec toute l’équipe de la session «Mystérieuse Marrakech» au pied du Toubkal, en plein Atlas .
Cette fois ce sont des mélodies picturales et sonores très attachantes que vous allez découvrir : il fallait qu’avant de repartir cette atmosphère si particulière
des hautes montagnes d’Afrique du Nord soit un rêve touché du doigt et une nouvelle invitation au voyage pour plus tard, lorsque nos pas et nos aquarelles nous ramèneront ici pour de nouvelles découvertes
aussi inoubliables
Atlas 4 


Cliquez sur le lecteur ci-dessus : au fond de la vallée c’est Imlil, dominé par les neiges du Toubkal (4167 m) . De toutes parts bondissent les torrents descendus des sommets . Vous approcherez en venant jusqu’ici ce qu’ont découvert les participants à notre stage 2012 : une beauté sauvage, des paysages grandioses et un peuple attachant, dont le cœur est aussi grand que celui des cîmes où il bat …  Atlas 1Nous sommes partis de bonne heure et il fait encore frais (nous sommes en

montagne) lorsque nous commençons notre première page à la sortie de Tahanaout sur la route de l’Atlas .
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Mais le paysage est si beau que nous oublions la fraîcheur et les premiers rayons de soleil nous réchauffent vite ! (Ici, une partie de l‘équipe en plein travail).
Atlas 2Nouvel arrêt en amont de la vallée, à l’entrée des gorges du Ghighaya qui creuse une profonde saignée à travers la montagne ... 
Atlas 3Plus en amont encore dans la vallée non loin d‘Asni, lors d’une étape au bord de l’oued pour déjeuner dans un petit café, nous avons la surprise d’avoir une séance d’aquarelles toute en musique : des musiciens berbères viennent nous jouer des airs traditionnels tout en posant patiemment pour nous avec une immense gentillesse …
Françoise BOYER 4aTerres rouges et paysage quasi désertique du plateau contrastent avec la verdoyante vallée de Tahanaoute dans le panoramique de Françoise …
Martine Mouchet 5Nos deux premières haltes vues par Martine sur sa page d’amorce illustrant son voyage dans l’Atlas .
Particia Casanova 5Patricia quant à elle aborde toujours ses motifs avec la plus grande synthèse possible, donnant juste sa place à l’essentiel, une autre façon d’être totalement dans le paysage ...
Particia Casanova 6Des profondes gorges de l’oued Ghighaya elle retire cette originale page ou graphisme et couleur pure s’opposent dans la continuité du paysage comme les contrastes d’ombre fraîche et de brûlante lumière auxquels nous sommes confrontés .
Françoise BOYER 4bFrançoise préfère mettre en valeur ces contrastes matinaux par une opposition franche des tonalités (tons chauds - tons froids), et une dualité accentuée des valeurs : c’est aussi une très bonne solution pour traduire ce type de sujet rendu plus difficile encore par l‘effet de contre-jour .
Martine Mouchet 6Nous voici avec les musiciens de Martine : on les voit s’approcher et jouer tout près de nous, enchantés d’être aussi bien auditionnés ! (je vous invite à cliquer sur le lecteur audio de fin d'article en regardant ces aquarelles et croquis de voyage)...
Annick CLAUDE 7Ceux d’Annick  mettent bien en valeur les différents instruments : Le ribab à gauche (instrument de musique Amazigh - très utilisé dans le Sous et la région d’Agadir -), le loutar au centre (sorte de banjo), et le bendir à droite (grand tambour plat généralement sur cadre circulaire - mais aussi carré ou rectangulaire -) qui rythme d’un son à la fois métallique et sourd la mélodie .
Abdelkarim nous dit dans son blog : «Il y a une langue internationale qu' on sent dans nos âmes , c' est la musique .
Les Berbères sont les premiers habitants du Maroc. Ils sont venus du Yémen . La musique berbère date de ce temps-là . Des
études  ont prouvé qu' il y a une même formation des phrases musicales et aussi des rythmes .

La poésie berbère est écrite comme la poésie de la langue arabe littéraire . Elle traite les mêmes sujets : l'amour, la fierté, la
nature, la vie, la mort ... et elle est aussi une poésie philosophique très profonde»  .

À voir en bas du carnet le non du village d’Asni noté par l’un des garçons du café en berbère, arabe et français …
Particia Casanova 7Les musiciens de Patricia : traités au crayon aquarelle avec un minimum de couleurs, une autre façon intimiste de s’approcher de l’âme envoûtante de cette musique venue du fond des âges  et des vallées reculées de ces hautes montagnes .
Martine Mouchet 4Martine nous en indique le chemin avec ses deux aquarelles juxtaposées traduisant les vallées élevées qui nous dominent, dessinés depuis Imlil au pied des plus hauts sommets … Nous sommes encore au milieu des arbres en fleur (à noter le retard de floraison dû à l’altitude en comparaison avec les vergers de la région de Marrakech déjà chargés de fruits) .
Particia FROT 2Patricia FROT met quant à elle l’accent sur l’abondance du manteau neigeux en altitude . Seul un petit village accroché à la pente se découpe en ombre chinoise, présence de la vie jusque dans les plus hautes contrées …
Particia Casanova 8Enfin ce panoramique double page de Patricia CASANOVA résume à lui seul la splendeur de cette excursion : paysages somptueux, contrastes permanents entre mille beautés, rencontres fortes et intenses moments d’émotion sous un soleil éclatant …
Ainsi se termine notre stage carnet de voyage «Mystérieuse Marrakech» .
Avec les deux excursions à Essaouira et au cœur du Haut-Atlas Occidental, c’est à d’autres découvertes que nous sommes invités . Nous y reviendrons plus tard pour nous enfoncer dans les montagnes, pour les traverser et aller à la rencontre d’autres paysages, d’autres aventures, d’autres sonorités …
Et si cette musique si particulière vous a envoûté (e), je vous offre pour terminer ces extraits incomparables qui pourraient accompagner votre voyage si un jour
vous nous suiviez jusqu'
ici

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12272815686?profile=originalMessieurs les ronds-de-cuir est un tableau-roman de Georges Courteline, pseudonyme de Georges Moinaux (1858-1929), publié en feuilleton, de façon régulière puis irrégulière, dans l'Écho de Paris d'août 1891 à novembre 1892, et en volume, remanié et avec des ajouts, chez Flammarion en 1893. En 1911, Robert Dieudonné et Raoul Aubry adaptèrent le texte de Courteline pour le théâtre; la première eut lieu à l'Ambigu-Comique le 4 octobre de cette même année. Messieurs les ronds-de-cuir furent aussi portés à l'écran, notamment en 1937, par Yves Mirande, et en 1959, par Henri Diamant-Berger.

 

Fonctionnaire au ministère des Cultes où il s'ennuya ferme pendant quatorze ans tout en pratiquant assidûment l'absentéisme, s'assurant la complicité d'un expéditionnaire qui le déchargeait d'une grande partie de son travail, Courteline mit à profit son sens de l'observation et de la dérision pour, comme avant lui l'avait fait Balzac avec les Employés (1837), brosser un tableau satirique de la vie de bureau. Avec la même verve caustique qui l'avait animé lorsqu'il décrivait la vie militaire dans les Gaîtés de l'escadron (1886) et le Train de 8 h 47 (1891), il détaille les turpitudes administratives dans une série de portraits au vitriol et d'épisodes truculents liés entre eux par le fil ténu d'une très mince intrigue: les démarches du conservateur du musée de Vanne-en-Bresse pour entrer en possession du legs d'un certain Quibolle.

 

Employé à la direction des Dons et Legs, Lahrier a pris l'habitude de s'absenter une fois par semaine sans que «l'Administration, bonne bête, eût l'air de s'en apercevoir». Or, un jour de printemps, l'atmosphère joyeuse de la ville l'ayant peut-être retardé plus qu'à l'accoutumée, son chef de bureau, M. de La Hourmerie, s'avise de le tancer vertement, à propos précisément de ses absences. Sauvé de l'ire de son supérieur par l'arrivée inopinée du conservateur du musée de Vanne-en-Bresse auquel on fait croire que son dossier est en passe d'être réglé alors qu'il a été perdu, Lahrier va retrouver dans l'atmosphère poussiéreuse de ces bureaux confinés son vis-à-vis Soupe, baderne bougonne et obtuse, mais aussi Ovide, le garçon de bureau, Chavarax, aigri dans l'attente bilieuse d'un poste de sous-chef, l'expéditionnaire Sainthomme se surchargeant de travail dans l'espoir toujours déçu d'obtenir les palmes académiques, le sous-chef Van der Hogen, cloporte dénicheur de dossiers caducs et rédacteur d'invraisemblables rapports, enfin l'employé Letondu dont le comportement bizarre vire peu à peu à la folie. Le lendemain de l'algarade avec son chef, Lahrier, arrivé plus tôt que d'habitude au bureau, surprend Soupe en train de s'y laver les pieds. Il parvient à s'en débarrasser pour recevoir plus à l'aise sa petite amie Tata, mais se fait surprendre à son tour par La Hourmerie qui en réfère à son supérieur hiérarchique Nègre. Ce dernier refuse de prendre des sanctions à l'égard de Lahrier, mais aussi de Letondu de plus en plus détraqué. Au bout d'une dernière et longue errance dans le dédale des couloirs des Dons et Legs où, à chacun des détours, il découvre, interloqué, les scènes les plus loufoques, le conservateur du musée de Vanne-en-Bresse finit par trouver M. de La Hourmerie, qu'il cherchait en vain, atrocement égorgé par Letondu. Après l'enterrement de leur chef de bureau et les discours officiels, tout le monde se retrouve au cabaret de la Crécelle où la cérémonie se termine par un hourvari de chansons à boire et de bouteilles cassées, aux frais de l'Administration.

 

«On ne peut rire que des individus. Les idées générales n'affectent pas la glotte», écrivait Marcel Schwob dans une présentation de Messieurs les ronds-de-cuir. Il mettait ainsi en évidence une des qualités essentielles de Courteline: s'intéresser au comportement humain plus qu'aux péripéties. Il soulignait aussi les difficultés d'un travail de refonte qui consistait ici à transformer une suite parfois hétéroclite de charges d'atelier, hâtivement crayonnées pour la presse, en une oeuvre charpentée au style travaillé. Courteline y parvient en créant un mouvement d'entropie: au fur et à mesure que l'oeuvre avance, le personnage de Lahrier, qui peut apparaître comme le double de l'auteur, tend au fil des pages à se fondre dans la masse, comme phagocyté par l'univers déliquescent des bureaux (proche en fait de celui de la caserne courtelinesque). Les tribulations du malheureux conservateur dans ce labyrinthe servent de fil directeur et permettent de faire basculer le récit et les personnages de la bouffonnerie dans le loufoque, puis de la jobardise dans un absurde aussi farfelu que celui du Grand-Guignol.

 

La satire sociale et morale porte moins sur l'actualité des problèmes du jour, qui pour la plupart sont éludés, par prudence peut-être, ou pour mieux s'attaquer à la racine même du mal: l'esprit délétère de la bureaucratie, et à l'insupportable cohorte de ses déviations: hargne, envie, goût de la persécution, irresponsabilité, monomanie, excès de zèle, gâtisme, folie. Le système paraît d'autant plus absurde qu'il tourne sur lui-même à la manière d'un cercle vicieux ainsi que l'explique Lahrier à Tata: «Les uns (ce sont les rédacteurs) rédigent des lettres qui ne signifient rien; et les autres (ce sont les expéditionnaires) les reçoivent. Là-dessus, arrivent les commis d'ordre, lesquels timbrent de bleu les pièces du dossier, enregistrent les expéditions, et envoient le tout à des gens qui n'en lisent pas le premier mot. Voilà» (Quatrième tableau, II).

 

Participe de cette même inspiration caustique et désenchantée une «scène de la vie de bureau» dont le sujet avait fait l'objet d'une chronique dans l'Écho de Paris du 29 juin 1890: Monsieur Badin. Cette saynète qui fut représentée le 13 avril 1897 au théâtre du Grand-Guignol reprend avec des variations le premier tableau de Messieurs les ronds-de-cuir en accentuant encore le côté facétieux de l'absentéiste. On pourrait rattacher à cette veine Une lettre chargée, saynète jouée au Carillon le 10 juin 1897. Courteline, en peignant dans cette pochade l'employé Ratcuit qui observe le règlement jusqu'à l'absurde et avec la plus extrême mauvaise foi, semble se conforter dans une idée-force qui revient dans son oeuvre comme une antienne: «La bêtise insondable des hommes [est] un contrepoids à leur surprenante méchanceté.»

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Les Portes du temps
(Communiqué)

56 musées et monuments ouvrent les Portes du temps à plus de 35 000 jeunes pour une découverte artistique et ludique du patrimoine.

Du 28 juin au 31 août, cette opération invite les enfants et les adolescents, issus en priorité des zones sensibles, urbaines et rurales, à une découverte artistique et ludique du patrimoine.

15 nouvelles participations de Saint-Omer (Nord) à La-Seyne-sur-Mer (Var)

Pour cette 8e édition, l’opération prend de l’ampleur avec quinze nouveaux sites participants, aussi divers que le haras national de Besançon, le mégalithe des Causses et Cévennes, le Mausolée de Lanuéjols, la Voie Sarde, l’abbaye de Sénones et les sentiers des Passeurs, le château de Lunéville, le château de Carros – Centre international d’art contemporain, le musée de la Faïence au château Pastré, le musée et les jardins du Canal du midi à Saint-Ferréol, le Musée des Sapeurs Pompiers de Lyon, le centre historique de Rouen, le Musée de la Grande Guerre à Meaux, le musée Rodin à Meudon, les musées de Saint-Omer, le musée Balaguier de Seyne-sur-Mer, le Palais du Tau et la cathédrale de Reims, le Palais de Rohan et la cathédrale de Strasbourg.

La créativité à l’honneur

Grâce aux arts vivants, Les Portes du temps proposent des formes inédites d’appropriation des lieux du patrimoine, de leur histoire comme de leurs collections. En fonction de leur particularité, les sites mobilisent le théâtre ou la danse, la musique, les arts plastiques, le cinéma, aussi bien que les arts de la rue ou le numérique, ou encore les activités sportives.

Organisation

Lancée en 2005 par le ministère de la Culture et de la Communication, l’opération des Portes du temps est organisée en partenariat avec le ministère délégué à la Ville et l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), dans le cadre des objectifs communs en faveur de la cohésion sociale, de l’intégration et de l’accès des publics défavorisés à la culture.

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Du 14-03 au 31-03-12 se tient à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles), une exposition intitulée « Vision de la terre et esquisse d’architecte en couleur ».

Pourquoi un tel intitulé ? Parce que la ligne directrice de l’exposition est celle de montrer deux chemins à la fois complémentaires, tout en étant différents, sur la façon d’appréhender le Monde et l’existence par l’espace et la matière. Que le futur visiteur ne s’y trompe pas : il s’agit bien de la « terre » que l’on pétrit  et non pas de la « Terre » qui tourne autour de l’Astre dont il est question.


Pour illustrer cette thématique, deux artistes sont mis à l’honneur.


Madame ISABELLE VENET et Monsieur PIERRE- ANDRE MARTIN tous deux venus de France.


L’univers de la matière au service de l’Art est représenté par Mme ISABELLE VENET. Cette artiste lilloise nous offre des œuvres témoignant d’un dialogue intérieur caractérisé par des villes parsemées de silhouettes à l’intérieur d’une toile conçue comme un terrain expérimental sur lequel l’artiste utilise le sable pour fixer les pigments des couleurs.

Cette technique donne à l’œuvre un aspect « travaillé » où la matière (la terre) arpente la toile en la labourant, augmentant ainsi la mise en exergue de certains reflets et tonalités.

Dans PORTRAITS DE FEMMES (60 x 120 cm) Isabelle Venet nous propose une forme de triptyque  vertical conçu à l’intérieur du cadre originel. Il symbolise la Femme dans ses états les plus identitaires : la femme au foulard (dans toute l’acception de la sémantique de l’image) mais aussi la Vierge Marie prise comme symbole de la maternité. Cette dernière image a été également suggérée à l’artiste par sa belle-fille d’origine sud-américaine et sa façon d’être mère.

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PAROLES (80 x 80 cm) est une suite de formes longilignes, semblables à des silhouettes, que l’artiste considère comme des messages, voire des prières adressées à l’objet de sa croyance. Elle croit, en effet, dans la force transcendante de la Bible qu’elle met en pratique dans ses rapports avec l’Humanité qu’elle rencontre, notamment, dans la déchéance sociale des SDF à Lille qu’elle aide à l’intérieur d’une association lilloise qui les prend en charge.  

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Les messages d’Isabelle Venet se déclinent dans une intériorité qui se reçoit dans sa conception de la figure humaine, en apparence à peine « ébauchée », néanmoins « pleine » dans ce qu’elle a d’épiphanique. Les œuvres d’Isabelle Venet exposées à l’ESPACE ART GALLERY sont, en quelque sorte, des apparitions lesquelles, malgré leur proximité charnelle avec le visiteur, ne peuvent se concevoir que dans un lointain métaphysique.

D’un point de vue philosophique, l’artiste se considère comme une épicurienne faisant du met le plus banal un festin.

Ce même aspect philosophique elle le met en exergue dans la façon qu’elle a de se « déconstruire » pour se « reconstruire ». En effet, faisant bloc avec son œuvre, c'est-à-dire, cette part essentielle d’elle-même, il lui arrive d’en détruire une en étant lucide sur le fait qu’en la détruisant, elle commet un acte de pure création, d’abord en la renvoyant à son néant matriciel, ensuite en la remodelant pour en faire autre chose et lui donner une seconde vie.

La spiritualité d’Isabelle Venet est une spiritualité qui n’a besoin d’aucune mise « en pratique » dans une église pour exister. A ce titre, elle qualifie son atelier de « temple-ring ». Il y a dans cette contraction toute la signification de l’Art : le « temple » dans lequel se développe toute la spiritualité de l’essence créatrice et le « ring » où se joue la joute agonistique entre le créateur son œuvre ou pour paraphraser André Malraux rapportant un propos de Michel-Ange : « Mais quand donc en aurai-je fini avec cette matière qui me sépare de mon œuvre ? ».

 


Dès le premier coup d’œil le visiteur est assuré sur le fait devenu évidence visuelle que le peintre PIERRE-ANDRE MARTIN est architecte de formation. Si cette évidence saute aux yeux, c’est parce que, au-delà des couleurs chatoyantes donnant du tonus à la forme, les œuvres du peintre sont tendues par les lignes directrices typiques du dessin urbanistique ou, pour le dire d’une façon concrète, de la synchronisation parfaite de chaque façade constituant l’ensemble schématisé en plan de la ville, devant réaliser un tout urbain. 

Celui qui regarde et s’imprègne d’une toile de Pierre-André Martin doit s’attendre à vivre une architecture de rêve et de soleil. Non. L’image n’est nullement exagérée ! En effet, le soleil est l’élément déclencheur de la démarche du peintre. Il est présent sur toutes les toiles, tel le gardien d’un « ciel » qui n’est autre que le reflet de l’imaginaire de l’artiste.

Ce reflet est le fil conducteur de son œuvre puisque, en quelque sorte, il abolit toute hiérarchie entre le supra et l’infra monde (les parties haute et basse du tableau), l’une étant la continuité logique de l’autre.

Si nous considérons les tableaux intitulés VENISE (60 x 80 cm), BEZIERS (80 x 60 cm) et SETE (80 x 60 cm), nous constatons qu’architecture et réminiscence vivent à l’unisson.

Il est rarissime de concevoir Venise sans son voile crépusculaire. Décidément, Pierre-André Martin s’éloigne de Thomas Mann. Il nous offre une vision personnelle de la Cité des Doges où l’architecture ciselée des colonnes portant les arcs de la Basilique Saint Marc contraste à la fois avec l’eau de la Lagune et ce « ciel » conçu comme monde des idées et des rêves duquel se distingue le portrait de sa jeune fille ainsi que le prénom « Carmen ».  Venise fut le lieu où elle découvrit pour la première fois l’œuvre de Bizet.

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Un discours similaire nous est proposé avec BEZIERS. La ville se réfléchit dans l’eau tandis que le « ciel » offre trois épisodes appartenant à l’univers du peintre : la corrida dans une mise à mort opposant l’homme à l’animal, le rugby par la présence d’un joueur saisissant un ballon ovale et, in fine, la présence d’un visage de femme, celui de la mère du peintre qui mourut dans cette ville.

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Vivant à Carcassonne, Pierre-André Martin est viscéralement un homme du Sud.

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Pierre-André Martin: Sete


Soleil, eau, lignes directrices, souvenirs brillant comme des étoiles. Ce sont là les éléments qui insufflent la sève à l’œuvre de l’artiste. Le ciment catalyseur à tout cela étant l’architecture, ou plus précisément, l’ordre architectural régissant l’ensemble de la composition. Malgré la majesté des couleurs vives mariées dans la folie de l’acte créateur, rien n’est anarchique. Tout est, en quelque sorte, compartimenté et mis à sa juste place, que ce soit pour le « ciel » des idées et des rêves comme pour la ville en tant que symbole de l’espace urbain. L’effet est d’une rare brillance témoignant de l’immense maîtrise ainsi que de la grande générosité de l’artiste. L’huile constitue la technique essentielle de Pierre-André Martin.

 

Parmi les autres artistes invités à exposer, il convient de signaler l’œuvre d’une peintre excellente, s’inscrivant dans un autre discours que celui des artistes précités.

Mademoiselle LAURENCE RAPAILLERIE est une jeune artiste française. Sa peinture exposée à l’ESPACE ART GALLERY est le fruit de voyages témoignant de contacts culturels qu’elle a voulu graver sur la toile. Elle propose deux triptyques provenant d’un voyage aux Etats-Unis : DIRECTION (trois fois 75 x 75 cm) ainsi que L’HOMME BLEU (43 x 90 cm), L’HOMME VERT (90 x 58 cm) et L’HOMME ROUGE (89 x 69 cm).

DIRECTION est un triptyque montrant un panneau directionnel comme il en existe des milliers aux USA.  Néanmoins, le panneau devient une forme déclinée sur trois plans (chacun étant un panneau du triptyque) donnant au visiteur (que l’on pourrait même qualifier de « spectateur », tellement l’expérience visuelle est « cinématographique ») non pas la vision d’un ensemble mais bien celle de différents moments, ou si l’on veut, de « segments » appartenant à cette longue droite imaginaire qu’est une continuité narrative.

Le même discours esthétique est réitéré avec L’HOMME BLEU, L’HOMME VERT, L’HOMME ROUGE lequel montre un autre triptyque représentant un contrôleur à San Francisco se livrant à une gestuelle destinée à cordonner le trafic. On peut parler, concernant cette œuvre d’ « instantanés » au sens photographique du terme. Néanmoins, ces œuvres affirment une différence capitale par rapport à la photographie. Que se soit DIRECTION comme L’HOMME…chaque figure se détache sur un fond monochrome, occultant définitivement la possibilité à un élément étranger de s’intercaler derrière ou à côté du sujet.

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Le fait de « circonscrire » le sujet dans un espace monochrome occulte ce qui dans une photographie serait conçu comme espace environnemental ou « décor », (un espace entourant le sujet, rempli d’éléments et, en quelque sorte, le polluant). Ici, plus rien n’existe que le sujet se découpant sur chaque plan dans une posture à la fois différente et définitive. Ce qui en ressort c’est l’essence des formes dans une esthétique épurée au maximum que ne permet pas la photographie.

Ce qui est stupéfiant dans ces œuvres c’est qu’elles ont été réalisées par une artiste qui suit encore des cours à l’Académie de Molenbeek ainsi que des stages à La Cambre.

Laurence Rapaillerie est très attirée par la peinture de Hopper et de Hockney. Il y a, en effet, du Hopper niché dans l’œuvre qu’elle présente mais dans l’esprit seulement, en ce sens que tous deux présentent des personnages assez figés dans l’action qu’ils entreprennent, ce qui leur confère une dimension iconique. Les personnages de Hopper étant, si l’on veut, baignés d’une tranquillité que leur apporte le traitement de la lumière. Chez Laurence Rapaillerie, la couleur, même « tranquille » comme le bleu contient toujours cette note vive qui empêche, en quelque sorte, le sujet de « macérer » dans le geste accompli. La couleur devient lumière qui le fixe définitivement. 

Laurence Rapaillerie affectionne particulièrement l’acrylique pour la création de ses œuvres.

 

Isabelle Venet, Pierre-André Martin et Laurence Rapaillerie offrent chacun un moment significatif à cette exposition qu’il ne faut rater sous aucun prétexte !

 

François L. Speranza.  

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ITINERAIRE DE LA COULEUR CONSCIENTE

ITINERAIRE DE LA COULEUR CONSCIENTE

 

Le hasard fait-il toujours bien les choses ? Impossible, bien sûr, de l’affirmer. Néanmoins, le hasard a parfaitement travaillé pour harmoniser ce puzzle que constitue souvent l’exhibition des œuvres à l’intérieur d’une galerie d’art.

Les trois artistes exposés du 04-04 au 29-04-12 à l’ESPACE-ART-GALLERY(Rue Lesbroussart, 35,1050 Bruxelles), ont chacun choisi un espace particulier à l’intérieur de celle-ci, en réponse aux besoins qu’exigent les pièces présentées.

Monsieur JEAN LECLERCQZa demandé l’entrée ainsi que le milieu de la galerie parce que ces espaces lui offraient le volume adéquat pour présenter l’ensemble impressionnant des tableaux exposés.

Parsemées ça et là, tout le long de la galerie, les sculptures de Monsieur MARIO MOLINSnous proposent une série de « corps végétaux » vivants, dressés comme des reliques de la nature.

Enfin, l’espace du fond s’avérait propice pour abriter le caractère globalement introspectif contenu dans l’œuvre du peintre, Madame BETTINA MASSA.

Et le hasard dans tout cela ? Eh bien, il a travaillé de main de maître ! Car, en parcourant l’espace artistique, l’on ressent une progression allant du ludique se dégageant des œuvres de Jean Leclercqz au silence méditatif de Bettina Massa, en passant par la célébration joyeuse et mystique de la nature à travers l’Art de Mario Molins.

Tout cela, le plus naturellement et le plus fluidement du monde !
Mais entrons dans le vif (c’est le cas de le dire !) du sujet avec le vivant ludique des œuvres de JEAN LECLERCQZ.

Le point de départ des œuvres de l’artiste exposé trouve son origine dans une précédente exposition de ses œuvres au Musée Royal de l’Armée et d’Histoire militaire situé au Parc du Cinquantenaire, à Bruxelles, en novembre 2010, pour laquelle Jean Leclercqz a présenté, en parallèle avec de véritables engins de guerre (donc de mort !) d’époque, sa vision personnelle de l’avion, comme pour conjurer la dimension létale des premiers.

Mais force est de constater que l’avion conçu par Jean Leclercqz est une sorte de créature hybride, à l’intersection entre la machine et l’oiseau. Cela donne un être volant (piloté par un homme que l’on ne voit jamais) sillonnant un ciel tranquille et toujours bleu. Cela affirme et renforce la dimension ludique de son œuvre, laquelle est presque toujours en rapport avec la ville de Bruxelles et son architecture.

Cette architecture est reprise dans sa réalité pour être légèrement modifiée dans certains de ses aspects, notamment, par l’intermédiaire de la couleur.

A titre d’exemple, le tableau intitulé FLAGEY(103 x 77 cm) nous présente l’ancien INR (Ancien Institut national de Radio) tel qu’il est mais rehaussé de bleu très foncé au niveau des fenêtres comme pour mieux mettre l’extra structure en exergue.

 

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Jean Leclercqz avoue nourrir des velléités d’architecte. Et cela se perçoit dans le traitement qu’il apporte à l’appareil cyclopéen. Dans MUSEE DE TERVUREN(99 x 75 cm), nous retrouvons le même soin apporté à l’architecture, dans la coupole ainsi que dans la toiture du bâtiment, lesquelles sont soulignées par une bordure noire pour en affirmer le volume. Le trait gonfle la pierre de vie.

 

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Dans toutes les œuvres de Jean Leclercqz, l’avion-oiseau occupe la partie centrale de la composition avec, à l’arrière-plan, le support architectural bruxellois qu’il célèbre dans des couleurs de joie. Mais l’architecture n’est pas constamment présente dans son œuvre. En effet, les deux tableaux intitulés LES DANSES AERIENNES(1 m x 1, 20), proposent chacun une danse autour d’un personnage filiforme. Est-ce une danseuse ? Est-ce une tour de contrôle ? Toujours est-il que des êtres volants ayant l’apparence d’oiseaux, voire même de poissons, voltigent autour de cet axe comme pour le butiner. Le tout évoluant au centre d’un paysage floréal presque « fauve », annonçant la communion d’amour entre la Machine et la Nature.

 

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Dans l’œuvre de cet artiste le regard du visiteur n’arrive pas à saisir le simple détail car il se perd, attiré par mille éléments comme, notamment, cette série de chiffres et d’opérations d’une mathématique inconnue, converties en écriture, presque hiéroglyphique, comme pour en désacraliser la complexité. Ses tableaux sont, d’emblée, entourés d’une marge faite de motifs géométriques dont la couleur reprend (ou annonce) celle servant de dominante chromatique à l’œuvre.

A la perception de l’univers de Jean Leclercqz, d’aucuns pourraient s’interroger sur une éventuelle influence littéraire (Verne, Wells…) qu’aurait subi l’artiste.  A cette question, ce dernier répond par la négative. Rien de ce qui serait tributaire de la littérature fantastique (ou encore moins de la bande dessinée) ne l’aurait influencé. Et à y regarder de près, son œuvre échappe à tous les poncifs que pourraient imposer quelque influence littéraire ou graphique. Elle est bien trop personnelle pour obéir à des directives esthétiques.

Jean Leclercqz illustre parfaitement la conception que l’on se fait de l’idée de l’Art, considérée dans son acception grecque (technè). En effet, l’élément technologique intervient directement dans son œuvre, en ce sens qu’il nous offre des sérigraphies modernes dans un tirage de photographies à partir d’un fichier numérique pour des dessins au format A3, scannés en haute définition. Leur coloration se faisant sur ordinateur et leur taille pouvant varier selon les besoins. Les photographies peuvent être retravaillées, tant dans les couleurs que dans le dessin.  

Cet élément technologique n’est en réalité qu’une réminiscence, ou si l’on veut, un avatar de sa vie professionnelle car Jean Leclercqz est graphiste de formation. Il poursuit actuellement son activité via la société de communication graphique qu’il dirige à Bruxelles.

Son rêve, nous a-t-il confié, serait de mettre sur pied une exposition dans un lieu « insolite », telle qu’une usine ou carrément la rue, comme pour désacraliser le côté institutionnel (sinon mort !) du Musée.

 

MARIO MOLINSest un jeune sculpteur espagnol qui entretient un dialogue mystique avec l’une des formes, à la fois les plus matérielles et les plus tactiles de la nature, à savoir le bois. L’artiste considère cette matière comme un « corps » qui porte en lui la mémoire de la nature. Mémoire qu’il exprime par mille contorsions, élancements et sphères, traduites par l’artiste dans un discours humaniste. Non. Ce n’est pas de la « littérature » que de dire que Mario Molins se perd dans un rapport mystique avec la nature. Vie et mort se confondent dans le tronc d’arbre mort que le sculpteur ramasse (ou pour mieux dire, prélève) au sol, considéré comme une tombe destinée au pourrissement. Après l’avoir en quelque sorte « purifié » par le feu, l’artiste lui confère une patine d’un noir luisant, semblable à une introspection dans la matière, pour le « ramener » à la vie. Une vie esthétique pour le plaisir du regard qui interpelle la conscience du visiteur, lui-même frère de l’arbre, faisant partie intégrante de la nature.

Des œuvres telles que ANIMA I (2010) (35 x 40 x 165) réalisée en bois d’olivier ou EVOCACION III  (2011) (139 x 30 x 31), pièce en découpe directe, tirée d’un noyer brûlé dans un incendie que le sculpteur a sauvée en éliminant les parties consommées pour la recréer, font de l’artiste le démiurge distillant à l’argile informe un souffle nouveau.

 

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Dans son dialogue avec la matière, Mario Molins, qui a fréquenté l’Académie des Beaux-Arts de Barcelone n’envisage de sculpter qu’une pièce à la fois. Jamais il ne mélange plusieurs pièces. Car chaque rapport est intime, de même que chaque histoire ayant précédé (et qui engendrera) la matière est intime.

Sa démarche s’inscrit dans la dialectique du «Land Art », discours qui date de la fin des années ’60 et qui considère que l’artiste et la nature fusionnent dans un rapport intime, se réalisant au cœur même de celle-ci. Par la force des choses, leurs créations demeurent à l’extérieur et se présentent comme la négation de l’ « espace clos » tel que la Musée.

Et l’on peut, in fine, se demander après avoir vu les œuvres de Mario Molins qui « imite » qui. Est-ce la nature qui « imite » l’Art, comme le soutenait Oscar Wilde ou est-ce le contraire ?  Quoi qu’il en soit, la question est (volontairement) mal formulée car l’ « imitation » n’intervient jamais lorsqu’il s’agit de création !

La nature des œuvres de Mario Molins nous interroge sur la nature de nos origines dans toute la force et la beauté de leur volume.

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Nous atteignons la profondeur méditative avec l’artiste corse BETTINA MASSA. L’ensemble pictural qu’elle présente à l’ESPACE ART GALLERY est principalement structuré par le rapport au temps ainsi que par le mythe, ou plus exactement, par le riche héritage mythologique méditerranéen.

En vérité, mythologie et rapport au temps sont intimement liés. L’un des plus beaux exemples du rapport au temps se trouve dans le récit homérique. L’amnésie qui frappe Ulysse, prisonnier de Circé, est tout entière basée là-dessus. Il se cherche dans une dimension qui a perdu la conscience du temps. Temps et mythe s’enchevêtrent l’un dans l’autre. Il n’y a que la force du sentiment pour en exprimer la quintessence. L’acte créateur, lui, cherche à figer le temps en une métamorphose d’instantanés exprimant la volonté d’en garder, néanmoins, la trace.

Cette trace c’est l’ « idée », plastiquement exprimée sur la toile. A titre d’exemple, les TETES  (œuvres sans titre – 0,69 x 0, 77 – réalisées entre 2010 et 2012) que Bettina Massa nous offre, existent non pas en tant que telles, comme des trophées, mais bien pour exprimer l’ « idée » du visage, contenues dans des différences de couleurs et de plans.

Ces têtes « humaines » dans l’acception la plus physique du terme, sont en réalité, des sculptures sur toiles où les chairs s’enflamment et explosent sous la tension des couleurs changeantes au gré des positions qu’elles occupent par rapport à la lumière ambiante.

 

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Ces visages, le pinceau de l’artiste semble les avoir taillés au burin, tellement le volume en ressort comme les plis transparaissent du marbre. L’humain montre une face labourée à chacune de ses métamorphoses. Jusqu’à ce tableau (toujours sans titre – 0,64 x 0, 74) peint en 2011, montrant un visage féminin aux yeux bandés symbolisant la vacuité de la présence. Ici, la présence se fait déjà absence par la lumière éphémère que dispense la couleur. La toile utilisée par l’artiste est en fait un papier de couleur noire provenant du Bhoutan. Il s’agit d’un papier au grain extrêmement sensible, agissant comme un buvard, lequel absorbe les pigments avec une telle rapidité que l’on ne peut plus les effacer une fois fixés sur le support.

Bettina Massa est titulaire d’une Maîtrise auprès de la Faculté des Arts Plastiques de la Sorbonne. Elle a notamment travaillé avec des restaurateurs de peintures. Mais on peut dire qu’elle a baigné dans l’Art depuis sa plus tendre enfance, son père travaillant au Musée Fesch d’Ajaccio. C’est là qu’elle est entrée en contact avec, notamment, les Primitifs italiens et les suiveurs du Caravage napolitains.

Cela se traduit par une vision personnelle et moderne qu’elle offre du MARTYR DE SAINT MATTHIEU(1, 52 x 1, 38) réalisé en 2010.

 

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L’œuvre est réduite à l’essentiel. La foule des personnages présents dans la composition originale du Caravage (323 x 343 cm) abritée à la Chapelle Contarelli de l’Eglise St. Louis des Français, à Rome disparaît pour faire place au nœud de la tragédie : le sicaire, sur la gauche. Le jeune homme, sur la droite et Matthieu, en bas vers la droite. La totalité de l’ensemble du Caravage est remplacé par le polyptique (quatre panneaux d’égales dimensions portant chacun la fraction - ou la subdivision - d’un moment (traduit en mouvement) sont assemblés pour ne plus former qu’une entité scénique). L’essentiel : le drame biblique ainsi que l’éclairage dont on ne perçoit jamais la source – typique du style caravagesque – est respecté.

L’artiste n’est d’ailleurs pas étrangère à la conception de l’espace « scénique » car elle eut l’opportunité d’évoluer dans le monde du théâtre en créant des scénographies destinées, notamment,  à des textes de Louis Aragon, Garcia Lorca ou Armand Gatti, sous la direction du metteur en scène Najib Ghallale, à partir du milieu des années ’80.

La peinture de Bettina Massa exposée à l’ESPACE ART GALLERYest une peinture aussi vibrante que complexe, parce que hautement cultivée, pétrie d’un Humanisme renaissant modalisé, comme le fut ce même Humanisme  devant se distancer de la pensée gréco-latine pour pouvoir exister.

Elle clôt cet itinéraire de la couleur consciente qui ne peut se réaliser qu’en exhortant la part (re)créative vivant en chacun d’entre nous.

 

François L. Speranza.

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Du 02-05 au 20-05-12 se tient à l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050, Bruxelles), une exposition à la fois fort intéressante et intrigante, laquelle a pour dénominateur commun (bien que différemment exprimé) la beauté et le mystère de l’entrelacs et de la courbe comme véhicule d’un voyage vers la pensée aboutie.Deux artistes méritent particulièrement notre attention, deux personnalités à la recherche obstinée d’elles-mêmes. Cette recherche passe par les arcanes de ce fil conducteur qui se fraye un chemin parmi les mille et une possibilités qui se dessinent sur la toile de la vie dont le tableau n’est que le modeste compte-rendu.Invisible est le fil d’Ariane qui sous-tend l’œuvre plastique de Madame 
MARIEVA SOL. Ce fil a pour particularité d’être le catalyseur d’un tracé qui ne s’achève que pour en créer un autre. La main qui le trace ignore tout de son futur. Du néant originel, elle lui assure une continuité. De segment en segment, elle porte la ligne directrice à son terme dans la réalisation d’une histoire. Que ce soit en termes plastiques ou littéraires (Marièva Sol est également auteure et poétesse), l’artiste se laisse guider par sa plume-pinceau dans l’instantané propre à l’écriture automatique.Les dessins exposés à l’ESPACE ART GALLERY illustrent un recueil intitulé
 DANSEZ MAINTENANT TOUT L’ÉTÉ DANS LA BISE – édité dans la Collection du Cercle des poètes du 18ème
 Paris, 2012. La poétesse Marièva Sol l’a spécialement conçu pour cette exposition. Quant aux dessins, ils se divisent en deux séries : une polychrome, l’autre monochrome.
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Le dénominateur commun à ces deux univers est le trait évoqué plus haut, lequel, au fil des entrelacs assure courbes et volutes aux personnages qu’il anime et que l’on croirait sortis tout droit d’un cirque imaginaire. Courbes et couleurs se marient pour créer la silhouette dans sa chair. Le couple est le thème central de l’œuvre de Marièva Sol. Néanmoins, aux dires de l’artiste, une stylisation volontaire entraînant une certaine raideur est apportée à la figure masculine. Tandis que les personnages féminins sont essentiellement régis par la courbe, accentuant à la fois leur sensualité (conçue comme condition sine qua non à la viabilité de l’Art par l’artiste) ainsi que leur féminité : maternité et plaisir de la forme, tout est guidé par l’entrelacs, englobant nature et figure humaine dans une ivresse de couleurs chatoyantes.Au contact de l’œuvre de Marièva Sol, le visiteur peut se demander si, en dernière analyse, il ne se trouve pas confronté à deux écritures. D’un côté, une œuvre polychrome portée par l’exubérance (43 x 53 cm pour toute la série), ensuite des pièces monochromes de dimension réduite par rapport à la première (24 x 32 cm) où le personnage, réalisé en bleu se détache sur un fond blanc. Si nous parlons de différence d’ « écriture », c’est parce que nous nous trouvons face à un langage du rythme différent dans son expression plastique.Dans son œuvre polychrome, l’artiste confère à ses personnages une musique rythmique essentiellement assurée par la conjonction entre la couleur et le trait. Tandis que dans ses compositions monochromes, le trait se révèle dans l’acrobatie restituée résultant de la posture. La danse en est le thème principal et des titres tels que 
TWIST,
FRENCH CANCAN,
CLAQUETTES,
HIP HOP ou
 SLOW, sont parfaitement évocateurs de l’idée de la torsion corporelle, essentielle pour mettre le volume en exergue. Mais il s’agit ici d’un volume traduit par la sensualité fine des courbes enlacées comme pour
 SLOW, lequel est un chef -d’œuvre de rythme issu de la posture. L’homme et la femme « empiètent », si l’on peut dire, sur la forme de l’autre tout en étant enlacés. Observez le mouvement du genou de la danseuse « enveloppant » celui du danseur, ainsi que la conception du visage de l’homme qui « occulte » celui de la femme. C’est de cet enlacement que naît le rythme de la danse, l’érotisme de la danse. Le texte qui l’accompagne intitulé 
DANSER AU-DELA DE LA VIE, tiré de son recueil cité plus haut, est un hymne à l’érotisme païen exprimé dans sa forme biblique :   (extrait)

                                        Soubrette

                                        Ou vestale

                                     Je danserai pour toi Seigneur

                                         Comète

                                         Vespérale

                                     Je t’offrirai enfin mon cœur

                                          Archange

                                          Ou démon

                                               (…)

                                          Te séduirai dernier amant

                                           Valseuse

                                            Sur nuage

                                            Dans tes bras divins réfugiée
12272807854?profile=original12272808255?profile=original12272808284?profile=originalLe texte demeure païen mais son objet pourrait se retrouver dans l’esprit du Cantique des Cantiques lorsque l’auteure associe charnellement l’amant à la figure de Dieu.Mais l’artiste a été aussi de tout temps fascinée par la magie de la Bande Dessinée. Et cela se perçoit dans son graphisme. L’humour et souvent la caricature, typiques de la BD, sont aussi de la fête comme il est loisible de le constater dans
 FRENCH CANCAN où le corps filiforme de la danseuse est, en quelque sorte, avalé par la jupe toute en guirlandes. Parmi les auteurs de bandes dessinées préférés de Marièva Sol figurent Franquin. Le personnage de
 GASTON LAGAFFE représente, selon ses dires, le summum de l’ « intelligence de la situation ».Les dessins de Marièva Sol sont l’expression d’une paix retrouvée. Une paix qu’elle avait perdue très jeune suite au décès de sa grand-mère envers qui elle était fort attachée. Cet évènement la plongera dans une grande solitude qui se transformera en souffrance et fera émerger en elle l’éclosion d’un mysticisme qui ne la quittera plus et dont son œuvre tant plastique que littéraire en est l’expression. Adolescente, elle se « disputera » avec Dieu lui reprochant de l’avoir abandonnée, tout en le priant. Ce qui contribuera à former en elle les prémices d’un déisme qui la rendra « chrétienne », avant même toute lecture didactique de la Bible. Tiraillée entre l’envie de devenir comédienne (elle a suivi les cours de René Simon) et celle d’être institutrice, elle optera pour le deuxième choix. Son expérience de l’univers de la pédagogie lui offrira l’opportunité de développer ses dons artistiques au bénéfice des enfants avec qui elle conservera un excellent contact, en leur redonnant confiance tout en les laissant s’exprimer dans une totale liberté. Ce contact optimal engendrera en elle le besoin de distiller le bonheur « au Monde », comme elle le dit.Parmi les critiques  exprimées par les personnes entrées en contact avec son œuvre, il en est une qui va très loin, à savoir que la gaité émanant de ses compositions témoigne d’un lourd passé de souffrance. Et comme l’artiste le dit elle-même, d’un vivre tragique est née une œuvre gaie où le festif et l’humour occupent la première place. Marièva Sol qualifie sa façon de créer comme l’expression d’ « une petite musique avec une idée à l’intérieur ». Si, d’aventure, une rupture de rythme devait se produire, cela ne serait pas si grave car elle se sent libre de s’exprimer comme elle l’entend. Le bonheur n’a nul besoin de règles pour s’épanouir.Il y a quelque chose d’intriguant dans le pseudonyme qu’a pris l’artiste : Marièva Sol.Le prénom, en tant que contraction biblique entre Marie, la mère de Jésus et Eva, la tentatrice…et puis Sol : le soleil ! Hélios ! Mélange terrible ou cocasse ? Peut-être les deux ensemble ! Car Marièva Sol révèle dans la beauté de son œuvre le souvenir de tensions passées.Marièva Sol qui travaille à l’encre n’a jamais fréquenté les Beaux-Arts, néanmoins, elle a fréquenté la Faculté des Arts Plastiques à Paris où elle a passé deux ans de Maîtrise sans présenter de Mémoire. L’artiste fait partie de plusieurs cercles de poésie.





Marièva Sol: Personnages de légendes (Vidéo proposée et réalisée par Robert Paul)

Cette volonté de s’abandonner à l’aventure de la main qui explore le terrain créateur se retrouve, différemment exprimée, chez Madame 
PATRICIA PROUST-LABEYRIE.Les œuvres présentées à l’ESPACE ART GALLERY résultent d’un projet intitulé « Arts et Sciences », lequel rassemble un groupe de plasticiens, de philosophes et de musiciens, à l’écoute des moindres variations dans le passage des émotions.Les œuvres présentées furent toutes réalisées l’été dernier. Elles résultent du résultat d’un mois d’enfermement chez elle où, se tenant à l’écart de la société, l’artiste s’est sentie extrêmement proche du Monde. Et par « Monde » il faut entendre « son monde personnel », l’empire de ses émotions lui ouvrant la voie à l’interprétation des évènements, en total décalage avec le réel.Sa peinture pose une interrogation : qu’est-ce que le réel ? Nous sommes tous dans l’impossibilité d’y répondre rationnellement. L’image, elle, s’en charge car en se déployant à notre regard, elle offre une myriade d’interprétations possibles.Parmi ses toiles exposées, un tableau faisant partie d’un triptyque (82 x 64 cm), interpelle nos sens.12272808660?profile=original
Par ses
 COURBES SPECULAIRES, Patricia Proust-Labeyrie nous offre un graphisme aux reflets démultipliés qui renvoient de manière inversée à la peinture de base. Cette perception phénoménologique du créé s’opère dans l’éventail émotionnel du visiteur comme un réel  miroir incarné par ce dernier, en ce sens qu’il devient, en quelque sorte, le miroir de l’œuvre de l’artiste. Ce qui résulte de cette œuvre à forte connotation intellectuelle est semblable à un message sur le buvard de l’âme apparaissant sous l’effet de l’encre sympathique. Leonardo da Vinci s’était lui-même essayé à cette technique. Et il y a fort à parier que ses résultats devaient s’approcher plus du mystère kabbalistique que de l’ « introspectif »  à proprement parler. Que ce soit en matière littéraire ou picturale, force est de constater qu’il y a un « avant » et un « après » Freud. Jérome Bosch avait beau extérioriser ses délires sur la toile, il n’en demeurait pas moins un produit de son siècle, s’inscrivant sur un substrat culturel gothique, définit par des canons bibliques. Lorsque Salvador Dali atteignit le pinacle de sa production surréaliste il avait parfaitement maîtrisé les principales théories psychanalytiques en vogue à son époque.Patricia Proust-Labeyrie, à la manière de Anselm Kieffer qu’elle révère, estime que le discours intellectualiste permet d’analyser sur le même plan l’Art avec les mutations sociopolitiques.Son travail s’efforce d’investiguer la pensée dans tous ses méandres. Un masque cache un autre masque et sa peinture déclenche l’ultime questionnement : que ce passe-t-il, à un moment déterminé dans la rencontre entre le créateur et son œuvre, en tenant compte du fait que le moment n’est nullement statique et qu’il est le résultat d’une suite d’autres moments, entraînant d’autres émotions ?La peinture de Patricia Proust-Labeyrie (à l’huile et à l’acrylique) participe d’un impressionnisme mental résultant d’une adaptation aux mouvements du lieu en phase avec les mutations du réel dont nous, miroirs sensibles, habitant au cœur de la peinture, incarnons les métamorphoses.L’artiste qui nourrit également une grande admiration pour Joseph Beuys et Malevitch, enseigne dans divers ateliers, de même qu’elle organise des séances « Bien être » d’Histoire de la peinture destinées aux patients du service psychiatrique de l’Hôpital Charles Perrens à Bordeaux.
L’arrêt sur image de la part du visiteur face à une œuvre de Patricia Proust-Labeyrie lui intime l’obligation de laisser promener son regard sur la surface entière du tableau, conçue comme un champ onirique où tout se dédouble et démultiplie pour retourner à la matrice.
Entrelacs et courbes spéculaires tracées par des mains qui se cherchent au fil de l’acte créateur. Un acte vers l’inconnu. Le poser signifie s’aventurer à travers les méandres d’une Terra Incognita. Mais quel que soit la conclusion de ce voyage, il ne peut que faire tomber le dernier masque : celui de notre inconditionnelle nécessité d’exister par la mémoire célébrée de cet acte.
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Vidéo proposée et réalisée par Robert Paul sur des oeuvres de Patricia Proust-Labeyrie


François L. Speranza.


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MICHEL MARINUS: LET THE ALTARS SHINE

Du 13-06 au 30-06-12 l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050, Bruxelles), offre deux visions de l’œuvre de Monsieur MICHEL MARINUS.

Cet artiste belge nous invite à percer deux visions de son œuvre reliées par un discours identique, à savoir l’empreinte laissée en nous par le temps qui passe, en laissant un dialogue à l’intérieur de la matière, telle une offrande sacrée, mystique…d’où le titre de son exposition : LET THE ALTARS SHINE (LAISSEZ RESPLENDIR LES AUTELS).

Les « autels » sont ceux de la mémoire, sortis d’un passé, en l’occurrence archéologique, puisque la première série des tableaux exposés ont été créés à partir du souvenir de photos aériennes de sites archéologiques proche-orientaux.

Réalisés à l’acrylique, ces œuvres exposent une vision en plongée fortement stylisée (aérienne), de tumuli, enfermés au centre d’un halo lumineux, lequel met en exergue le mysticisme provenant du passé devenant par l’impact de la représentation plastique, intemporel.

Michel Marinus propose deux idées de tumuli prises d’en haut : dans un premier temps, le tumulus enserré dans une sorte d’enceinte, un kremlin dont le trait ressort pour en souligner le volume (composition n° 2, 52 x 52 cm).

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Ensuite, il nous propose le vestige enveloppé d’une masse de poussière séculaire réalisée au ciment et à l’acrylique, présentant un tout compact, pétrifié, indéfinissable, comme figé par la patine du temps (composition n° 4, 52 x 52 cm).

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L’idée d’intituler son oeuvre LET THE ALTARS SHINE lui est venue en écoutant le titre éponyme du groupe mythique des années ’70 MEAT LOAF.

La seconde série de tableaux peints par Michel Marinus est centrée sur le thème de la photographie ancienne que le temps a voilée. Une série de compositions dont il manque des morceaux. Ces morceaux sont ceux d’un puzzle qui se désagrège sur sa périphérie mais dont le centre est occupé par l’image floue, néanmoins vivante, ne fût-ce que par l’intemporalité de l’amour qui unit le couple portraituré sur le tableau n° 15 (61 x 61 cm), le faisant triompher de la mort et du temps.

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Nous assistons ici à la superposition de la peinture sur la photographie dans le but, peut-être absurde, de retrouver, en quelque sorte, l’origine même de celle-ci, en recréant la patine temporelle propre au daguerréotype ou à la photo d’ « époque » cloitrée dans le vieil album que nous ne sortons jamais de peur de l’abîmer.

L’humain confronté au passé magnifié par la beauté qu’il exhale. C’est essentiellement cela qui teint lieu de ciment aux œuvres créées.

Comment décrire le temps qui passe ? Faut-il laisser flétrir l’ « autel », l’abandonner à sa propre finitude ? Faut-il que l’Art le recouvre d’une poussière toute romantique ? Temps et Art peuvent-ils chanter à l’unisson ? Ils le peuvent, néanmoins, l’un ne sera jamais au diapason avec l’autre, comme les aiguilles de la montre sous le coup de midi. Ils ne peuvent être qu’en décalage car le rôle vital de l’Art est celui de saisir le temps au moment où le pinceau amorce le geste et le restitue sur la toile de l’intemporalité. C’est en cela que le couple, pris dans l’instant de l’amour sur la toile défunte, ressuscite à la vie. 

Michel Marinus est professeur de Morale au Lycée Charles Janssens, à Ixelles. Il a fréquenté les Beaux Arts de Bruxelles.

 

François L. Speranza

Attaché critique d'Art au Réseau Arts et Lettres

Note de Robert Paul: la page de Michel Marinus sur le réseau arts et lettres

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Je poursuis mon exploration de l'anthologie - parue chez Folio Gallimard - qui reprend maints passages des Cahiers dits "de la Petite Dame".

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Etrange comme j'aime Maria Van Rysselberghe. Elle est belle. Talentueuse. Intelligente.  J'essaie d'imaginer, d'entrevoir les contours de cette personnalité multiple dont je me sens si proche (par certains côtés, restons modeste...). Epouse du peintre gantois, Théo Van Rysselberghe, (1862-1929), modèle du peintre Fernand Khnopff - qui a laissé à la postérité le portrait de la jeune et ravissante Maria Monnom... Elle est la fille d'un éditeur bruxellois ayant édité entre autres la revue "l'Art moderne".

Art moderne, Groupe des XX, Libre Esthétique... Une évolution dans l'art belge du XIXème déclinée en trois termes...

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L'original du tableau est au musée d'Orsay, il vient parfois à Bruxelles pour l'une ou l'autre rétrospective.

J'aimais d'abord ce portrait. Longuement regardé à une expo sur Khnopff aux musées des Beaux-Arts. C'est par d'autres recherches, d'autres lectures, que je suis revenue vers Maria Van Rysselberghe. Je me documentais sur l'amitié entre Gide, Dorothy et Simon Bussy (elle, née Dorothy Strachey, écrivain et traductrice de Gide vers l'anglais, lui, artiste peintre ami de Matisse - habitant La Souco, à Roquebrune-Cap-Martin), et puis, il y avait aussi les liens entre Gide et les Vanden Eeckhout, Le peintre Jean Vanden Eeckhout, dit "Vanden", réfugié en France pendant la guerre 14-18.Leur fille, artiste peintre et pastelliste, connue sous le nom de Zoum Walter, a publié ses mémoires dans un volume intitulé "Pour Sylvie" - sa fille, morte aux alentours de la vingtième année.

Et puis, finalement, il y a entre toutes ces personnes cet homme célèbre qui fait le lien: André Gide. On se trouve devant un vrai puzzle dont il est la pièce-pivot. Gide dont j'ai lu, dévoré "Les faux-monnayeurs", quand j'avais dix-huit ans et qui pourtant est une histoire très dure.

12272781678?profile=original"La lecture" (ou Verhaeren lisant) par Van Rysselberghe (1903)

avec, de gauche à droite:

Félix Le Dantec, le poète Francis Viélé-Griffin, le critique Félix Fénéon, l’écrivain Henri Ghéon, André Gide et Maurice Maeterlinck, et – vu de dos – Emile Verhaeren et le peintre Henri-Edmond Cross

(Se trouve-t-il au musée des Beaux-Arts de Gand ou dans le cabinet de Verhaeren reconstitué à la Bibliothèque Royale, à Bruxelles? C'est ce que j'essaie de vérifier...)

***

Le plus curieux est quand on découvre l'union libre et momentanée entre Gide et la fille du couple Van Rysselberghe, et la venue d'un enfant, Catherine, née en 1923, que Gide a reconnue et adoptée après la mort de son épouse. Au-delà de l'anecdote, cela montre à quel point Maria Van Rysselberghe et sa fille vivaient affranchies du carcan social et moral de cette époque. Tout en observant une grande discrétion. Jamais Maria Van Rysselberghe n'émet de jugement. Elle n'a jamais un mot de blâme. Et son amitié avec André Gide est profonde au point qu'ils habitent tous deux un appartement sur le même palier de la même maison, à Paris, rue Vaneau 1bis, au Vaneau, comme on disait. Et vers 1918, elle entreprend la rédaction des cahiers qui seront un compte-rendu fidèle de la vie de Gide: dans ses rapports avec l'entourage et les amis, sur le plan littéraire et artistique, sur le plan politique aussi (il y a le compte-rendu de ses voyages en URSS), sur leur vie culturelle (ils assistent au renouveau du théâtre Yiddish - malgré un certain anti-sémitisme de Gide, un anti-sémitisme d'époque, hélas, qui s'arrête évidemment en 40-45, devant l'horreur des camps de concentration - enfin, d'extermination)... Et ainsi de suite jusqu'à la mort de Gide, en 51.

Et puis, il y a aussi cet amour qu'elle a nourri pour Verhaeren. Quand j'étais élève en première année de peinture, j'avais un professeur de peinture extrêmement calé en histoire de l'art. Aller au musée avec lui, ou dans une expo (comme Van Rysselberghe à Bruxelles ou Bonnard à Paris), c'était une vraie fête. Nous avions discuté de cette relation entre le poète et la femme du peintre et il m'avait conseillé de lire le récit "Il y a quarante ans". C'est très beau. Cela décrit un été à la mer, en Belgique, dans une fermette flamande, et une communion spirituelle et passionnée entre Verhaeren et Maria Van Rysselberghe d'où toute équivoque est très vite balayée. Là aussi, elle a attendu la mort de Marthe Verhaeren (son mari lui, est mort en 1929) pour publier ce petit récit et quelques annexes critiques.

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Voilà une femme - dans un monde exclusivement d'hommes, dominé, fait par et pour les hommes, le monde littéraire et artistique à cette époque -et en Belgique- ne fait certes pas la part belle aux femmes... Mais voilà qu'en dépit des obstacles, elle oeuvre dans l'ombre, et fait oeuvre de critique et de mémorialiste infiniment précieuse. Elle est encouragée - dans une certaine mesure- par Gide, plus qu'il n'a encouragé Dorothy Bussy, laissant ainsi passer la chance (pour les éditions Gallimard) d'éditer son unique roman, "Olivia. Par Olivia". Pour cet écrivain, c'est la Hogarth Press (en Angleterre) et Stock, à Paris, pour la version en français, qui "emporteront le morceau".

C'est toute une époque qui nous est ainsi restituée, et des célébrités - dans toute leur épaisseur vivante, loin des pages d'anthologie scolaire - qui nous deviennent étonnamment familières, et par là, plus humaines...

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Maria et Elisabeth Van Rysselberghe, par Théo Van Rysselberghe.

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administrateur théâtres

les Midis Minimes (Conservatoire royal de Bruxelles)

Gagnez vos places pour les Midis Minimes

Du 02 au 31 juillet, à 12h15, au Conservatoire royal de Bruxelles

 

Pour sa 26ème édition, les Midis-minimes débutent avec un concert d’ouverture qui associe le Quatuor Danel, un des plus grands quatuors d’aujourd’hui, et le jeune et talentueux Quatuor Alfama, pour l’irrésistible Octuor op. 20 de Mendelssohn !


La suite des concerts traduira cette même jubilation des artistes à explorer les répertoires et les effectifs selon des approches neuves et créatives, en faisant jouer librement les affinités et les coups de cœur, depuis les chants immémoriaux de la Sibylle ou la musique traditionnelle sénégalaise jusqu’aux quatuors de Chostakovitch ou encore au lumineux Souvenir de Florence de Tchaïkovski, ultime concert de l’été…


Concrètement, y aura-t-il quelque chose de changé ? Rien pour le public ni pour l’équipe si ce n’est le sentiment que tout ce qui fait la personnalité des Midis-Minimes continue à se déployer naturellement, avec une programmation captivante et variée – toujours déclinées selon les cinq jours de la semaine –, accessible au plus grand nombre dans les meilleures conditions d’écoute et pour un prix inchangé.

http://www.midis-minimes.be/fr/calendrier.php


Mais, de façon plus immatérielle, il règnera sans doute ce sentiment heureux de savoir que les musiciens – dont certains sont des partenaires de la première heure – trouveront au festival une plus grande reconnaissance de leur travail et de leur art. Pour tous, la fidélité aura porté ses fruits.

A partir de 2012, et pour une durée de 4 ans - soit la durée de son prochain contrat-programme – il voit la subvention de la Fédération Wallonie-Bruxelles augmenter de façon substantielle. Cette augmentation profitera directement à ceux qui, depuis la fondation du festival, en 1986, se sont constitués comme ses premiers mécènes: les artistes. Au lendemain des festivités de notre 25e anniversaire, cette hausse de subvention atteste aussi la confiance des pouvoirs publics en l’avenir du festival et nous permet de repartir pour 25 ans (au moins) !


MUSIQ'3 VOUS OFFRE DES PLACES !

http://www.rtbf.be/musiq3/concours/detail_gagnez-vos-places-pour-les-midis-minimes?id=35273

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Le conte vu par Rébecca

http://lalyredalize.org/accueil.html

 

Le conte magique imagé

 

-     Univers magique de beauté, le livre de conte avec aquarelles originales devient ce compagnon précieux et mystérieux renfermant des trésors, parfois venus de la nuit des temps et parlant droit au cœur par son récit profond,  imagé par des gestes d’âme colorés. Par ses peintures aux teintes expressives, aux couleurs douces ou vives, il  ouvre des mondes de liberté où l’imagination peut s’étendre à l’envie et rêver.  Ici chaque conte est un paysage d’âme, l’un est coloré comme l’été flamboyant et l’autre doux et recueilli comme nous sommes au cœur de l’hiver. Une communion peut s’opérer, à chaque page, dans chaque image.

  
La portée du conte et sa valeur pédagogique profonde -
 
Le conte initie à la Magie du Verbe, au mot juste, aux phrases harmonieuses, musicales et bien équilibrées.
Par lui, l’enfant, puis l’élève s'imprègne de la structure logique du récit. Il enrichit aussi bien son imaginaire, que son français et peut prendre goût à l'élocution, à la narration.
Le conte donnée en récit développe aussi le sens de l'écoute, dans une qualité d'intériorité très profonde, écoute non seulement en soi, mais aussi des autres dans cette "ronde" d'écoute.
Le conte développe tout naturellement le goût de la lecture -
 
Le livre devient ce compagnon précieux et mystérieux renfermant des trésors si variés, venant de la nuit des temps et parlant droit au cœur par l'image verbale, car il est montré à l'enfant comment les contes sont recueillis dans ces ouvrages à déchiffrer.
L'essence du conte, nourriture essentielle
 
Les contes, ces histoires en images, ne sont pas inventés à la manière des créations littéraires. Ils descendent soit des grandes mythologies et sont des émanations d'une mémoire populaire relatant les récits d'initiés, soit ils proviennent d'une imagination toute inspirée. Mais tous décrivent les pérégrinations de l'âme dans sa quête pour devenir.
De fait, le conte est intemporel car en joignant l'en deçà et l'au-delà, il devient puissance évocatrice, création d'un imaginaire à la fois universel et propre à chaque personne.
 
Le conte est un art suggestif et évocateur riche en significations et retentissant de portée intérieure mais extérieurement, c’est un art discret et modeste qui ne demande qu’à être transparent pour laisser briller les joyaux cachés contenu à l’intérieur du conte.
 
Il permet la formation d’images intérieures libres qui évoluent au fil du temps. Aussi les illustrations qui le servent doiventelles être d'une grande délicatesse de suggestion et laisser encore une grande ouverture possible au rêve et à l'imagination, à la représentation personnelle.
 
Les images verbales du conte sont des archétypes de portée symbolique vécues au second degré, au sens figuré et non au sens propre. Ainsi elles agissent doucement dans l’être de l’enfant lui permettant tout un cheminement intérieur personnel d’identification et de métamorphose  au cours des années.
 
Le conte est source de forces morales. Il stimule les élans les plus nobles de l'âme humaine et  la renforce dans ses impulsions de combattre tout ce qui est petit et mesquin et de cheminer résolument dans la voie du bien, avec courage.
 
Les contes continuent à vivre dans l'âme de l'enfant et l'éduquent de l'intérieur, lui permettent de développer une moralité vraiment personnelle. D’ou l'importance de ne pas défigurer le conte en le moralisant. Un conte authentique est sans jugement car il a sa force en lui-même et il a le pouvoir de renforcer la confiance et la positivité à l'égard de la vie et du monde : les contes ont une fin heureuse véhiculant force intérieure, espoir et justice. Et c'est pourquoi nous recherchons des couleurs lumineuses douces ou intenses.
 
Le conte décrit en tableaux simples les épreuves que l'homme doit traverser pour s'accomplir et trouver la cohésion de son être dans la confiance en soit et au monde.
Il permet, grâce au talent du conteur de pouvoir extérioriser ses angoisses  et sa peur devant un monde imaginaire inconnu ou connu, mais dont l'image doit rester discrète pour laisser libre place aux représentations intérieures personnelles.
 
Le conte est proche de la nature de l'enfant par sa nature volontaire faite d'actions où la réflexion est plus intuitive que réfléchie. Le conte se rapproche aussi de l'enfant par l'irrationnel qu'il suggère et comme dans son jeu imaginatif, il ouvre tous les possibles.
 

Conscient d’une telle portée dépeinte par nous et du fait qu’il s’agit ici d’un monde intérieur et non de réalités proprement dites et concrètes, -  nous avons à cœur de faire en sorte  que l’image colorée soit toujours subtile et non trop appuyée, ni théâtrale – et encore moins caricaturale - dans sa représentation, pour laisser encore libre le cheminement intérieur. Et surtout nous avons à cœur que par son traitement des couleurs, les images illustrées soient fidèles à la mission des contes d’être rayonnants et positifs, car les contes éveillent à une transcendance et  ouvrent l’avenir.

Sur quoi peut ouvrir le Conte à l’école ?
 
Il y a bien des façons de faire fructifier un conte, après tout un temps de gestation à respecter bien sûr. Cependant, le conte doit rester un cadeau, du domaine du plaisir récréatif (malgré les questions sérieuses qu'il traite), et donc il ne serait pas adéquat qu'il aboutisse à un devoir noté.
Si l'ambiance est préservée par le professeur, le fil bien gardé, le conte peut susciter chez l'élève:
* un récit libre faisant appel à son élocution, sa mémoire, son imagination,
* un récit écrit, rédaction libre faisant appel en plus à l'orthographe et une plus grande concentration et approfondissement sur tous les plans: français et imagination,
* des dessins, des peintures partant du conte,
* une expression par les marionnettes,
* des saynètes, du théâtre,
* une recherche de livres, ou sur un thème donné en lien au conte.
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administrateur théâtres

Du 7 au 28 Juillet 2012 en Avignon

L’Ivresse du boudoir

Textes : Alfred de Musset, Ovide, Marquis de Sade

et Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt

Production : Théâtre d’Une Pièce

Théâtre de la Clarencière - Théâtre du Verbe Fou, 95, rue des Infirmières, 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 29 90

Et en ligne sur www.leverbefou.fr

 

Le Verbe Fou est un petit lieu de caractère dont la profession de foi est le texte de répertoire classique, contemporain, philosophique quelle que soit sa forme.

Ce théâtre littéraire attaché au Verbe dans tous ses états vit grâce à la passion qui anime son équipe dynamique.

Le Verbe Fou, frère cadet de la Clarencière à Bruxelles, a pour vocation tout ce qui touche au Verbe. Son équipe travaille en permanence à la présentation d’oeuvres fortes ou de sujets de société, poétiques et esthétiques. Il apporte dans ses choix présentés au public, un  soin particulier au fond et à la forme et poursuit son chemin avec un souci constant de qualité et de convivialité. Sa fondatrice, Fabienne Govaerts et son équipe sont heureux de vous inviter au voyage pour ce nouveau Festival que nous souhaitons riche d’émotions et de découvertes.

 

L’Ivresse du boudoir

** Création 2012 **

A l’orée de textes d’auteurs de facture classique en prose ou en poésie, le metteur en scène s’est permis la fantaisie d’intégrer divers écrits ou chansons polissonnes.

La qualité littéraire toujours présente tisse au long du spectacle un fil rouge fait de croustillance, de moments mutins mais également de tendresse et d’humour.

Au cœur d’un univers coquin les comédiens enthousiastes virevoltent dans leurs atours d’époque en confrontant l’univers poétique de Musset à l’univers décadent du marquis de Sade.

Il fallait oser cette promenade littéraire et amoureuse !

Tisser, coudre, broder. De Pénélope à la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant, voici la stratégie féminine à l’œuvre. Combien de  mains féminines  n’ont-elles pas  cousu l’amour et les cœurs dans des ouvrages délicats et exprimé ainsi  leurs attentes et leurs révoltes. Des bonnes fées aux sorcières les plus déterminées le transfert d’émotions passe par l’aiguille. Le rappel d’émotions tendres et des vœux d’amour éternel : voici une femme qui coud sa passion dans une bourse grenat  pour son galant homme de mari, oublieux de sa jeune et jolie épouse, étourdi par une coquette. « Allons, vive l’amour que l’ivresse accompagne ! » Ivresse de l’aiguille créatrice, ivresse de l’aiguillon de l’amour.

Bernard Lefrancq, amoureux du Verbe Fou  se met à l’ouvrage et nous livre de la haute  couture poétique en tricotant  avec délicatesse des textes de la plume érotique du marquis de Sade,  le  libertinage de Musset, Ovide et le Catéchisme libertin  d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt. Par passion du verbe, par passion de l’amour. Le verbe fou dans toute son ardeur et ses vérités sur la nature de l’homme, de la femme, des idéaux humains.

Le résultat est Ivresse de Boudoir, ce spectacle délicieux présenté à la Clarencière où trois personnages voguent entre le 18e et le 19e siècle, entre  badinage, fantasmes, et tourments de la  jalousie. Mathilde est revenue. Frémissements de belles robes, connivences féminines, éclairages aux bougies, baisers volés, soufflets, billets doux et mari épinglé, virevoltent  avec humour et tendresse. Le Boudoir est certes désuet, mais l’ivresse théâtrale est bien présente quoique trop vite enlevée.  Un   rendez-vous de l’esprit et du cœur,  celui de la musicalité de la langue et des voix de comédiens, jeunes et passionnés. Heureux qui communique, de l’aiguille au verbe libéré. C’est le lieu  du commentaire intérieur du spectateur en recherche lui aussi d’absolu qui reste à vibrer longtemps sous la peau. Déjeuner sur l’herbe, diablement court! On en redemande !

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Avec: Iris CHRISTIDIS, Olivier GARDENAL, Elodie VANDENPLAS

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