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Du désir d'apprendre

 

Généralement, les enfants, surtout s'ils sont très intelligents, posent de nombreuses questions et insistent parfois pour mieux comprendre.

Les petits apprennent aussi en observant les grands et en les imitant.

Quand on s'aperçoit qu'un enfant manque d'intérêt, il faudrait essayer de trouver ce qui pourrait le motiver et le tirer de son indifférence.

Petite fille, je n'aimais que le jeu. Contrainte d'aller à l'école, je m'y sentais malheureuse. La période de récréation, où je pouvais être moi-même, me paraissait vraiment trop courte.

Au secondaire, dès la première année, sortie du purgatoire, je me suis trouvée dans un ailleurs passionnant.

Les cours de français m'enivraient, les cours d'histoire me fascinaient, les cours de physique et de chimie faisaient mes délices. Mon ravissement était provoqué par la façon talentueuse dont ces matières étaient présentées.

À la faculté de Droit d'Alger, je fus comblée par la manière particulièrement intéressante qu'avaient les professeurs pour transmettre leur savoir. C'étaient des êtres cultivés,qui me donnèrent l'envie de m'instruire.

Apprendre demande à faire des efforts soutenus et parfois décourageants. On ne persévère que si le désir demeure malgré tout intense parce que l'on a côtoyé des personnes stimulantes, préoccupées par l'élégance et la beauté qui accompagnent le savoir et la créativité.

Il est triste de constater que la médiocrité devient de plus en plus acceptable et bien peu souvent critiquée.

4 septembre 2012

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ADMINISTRATEUR GENERAL

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Manolo Yanes

"Mythochromie"

Peintures

 

Exposition du 05/09 au 23/09/2012

De 11h 30 à 18h 30

Vernissage le 05/09/2012

De 18h 30 à 21h 30

 

 

Peintre de la transcendance

 

Les maîtres du Quattrocento et ceux du XXe siècle jalonnent la réflexion et le parcours pictural de Manolo Yanes. Il les a assimilés dans son œuvre parvenue à maturité. Assimilation qui lui permet de créer un univers à part entière à la symbolique très forte.

 

Né à Santa Cruz de Ténérife (Îles des Canaries) en 1957, il est viscéralement habité par la mythologie grecque, dont il décline tous les thèmes étonnamment proches du quotidien des hommes et en même temps de l’inconscient humain. Sa peinture se situe à la même charnière que la psychanalyse, sauf que ce sont des images au lieu des mots qui explorent ce questionnement fondamental de nos origines à travers la mythologie grecque.

 

Mythologie dont il s’est sans nul doute imprégné lors de ses études de Géographie et d’Histoire à l’Université de La Laguna à Ténérife, puis de dessin et de peinture à l’Ecole des Beaux-Arts, Santa Cruz de Ténérife. L’autre source d’inspiration est le surréalisme auquel Manolo Yanes fait toujours référence comme en un clin d’œil à l’esprit de ses maîtres.

 

Dans ses derniers travaux (Pastorale, Pothos, Hortus conclusus), il prend clairement son envol, en faisant siennes toutes les références passées, à travers la création minutieuse d’un cadre récurrent qui ouvre le champ d’une transcendance spectaculaire.

 

C’est sans doute là la clé d’entrée dans l’œuvre de Manolo Yanes : la recherche incessante d’une transcendance par l’expression picturale de la beauté charnelle.

 

Une fois adopté un thème qui le hante, Manolo Yanes le décline en autant de toiles qui forment une série dont la totalité exprimera l’idée initiale, dans toute sa splendeur, juste avant épuisement de la source d’inspiration. Une fois conçus les dessins de chaque toile, tel un démiurge façonnant le squelette des êtres, Manolo Yanes place sur les toiles des alignements de points en arcs de cercle et verticales, évoquant une mystérieuse géométrie symbolique, qui offre une voûte céleste à ses personnages en quête d’absolu et ouvre sur le silence des espaces infinis.

 

C’est dans ce cadre strict, que l’artiste donne vie aux différentes scènes, exprimant la liberté de ses couleurs, donnant du relief et de la matière à ses toiles. C’est dans ce cadre, que se raconte l’histoire de nos origines, se dit la sensualité des corps, s’exprime aussi le monde contemporain matérialiste.

 

Dans la série intitulée Pothos, la mise en scène de chaque tableau est aussi répliquée à l’identique avec la présence d’un personnage de la mythologie associé à un objet du monde moderne qui fait écho à son histoire. Association qui rend ludique la lecture du tableau.

 

Autre thématique ludique traitée de la même manière : la création d’un espace onirique et en même temps hyperréaliste autour d’Alice en son pays des merveilles, sublimée en un magnifique triptyque.

 

L’univers de Manolo Yanes constitue un raccourci saisissant de Fra Angelico à Dali avec à la clé, la création et la maîtrise de couleurs très spécifiques – au ton pastel avec des touches presque fluorescentes. Au-delà des thèmes mythologiques, ses couleurs montrent un continuum où l’on reconnaît la perfection de son style.

 

Dans sa recherche obstinée de la beauté, l’œuvre de Manolo Yanes vise une transcendance où l’intemporalité et la richesse des références offrent au regard des autres le plaisir d’une découverte tant intellectuelle que sensuelle.

 

Sylvie Darreau, Urrugne, le 1er juillet 2009

 

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Angela Magnatta

"Femmes-combats et rêves"

Affiches

 

Exposition du 05/09 au 23/09/2012

De 11h 30 à 18h 30

Vernissage le 05/09/2012

De 18h 30 à 21h 30

 

 

Parcours

 

Diplômée de l'Ecole Boulle, Angela Magnatta est graphiste de profession. Elle a travaillé de nombreuses années dans une importante agence de publicité parisienne, au service d’imposantes marques et multinationales. En 2009, elle débute son activité en free-lance et commence également à se pencher sur ses travaux personnels.

 

Commençant son parcours d’artiste en exposant ses peintures, elle décide, par la suite, de se concentrer sur la création graphique en mettant en exergue son savoir-faire dans une démarche purement artistique.

L'essentiel de son œuvre est, dès lors, dédié à la création d'A che. Elle conçoit l’A che comme une œuvre, en la libérant de tout message propagandiste et publicitaire, L’A che est déviée de tout contenu vulgaire, retrouvant alors sa place noble : le papier, sur lequel on écrit et on dessine, devenant ainsi le réceptacle de l’imagination, de pensées et émotions. Le thème unique de son travail est La Femme, elle parle d'héroïnes, de pionnières, de combattantes pour les droits de l’Homme et de la Femme, mais aussi de femmes invisibles, inconnues ou oubliées.

 

Ce travail naît d’un besoin de mettre en image ses réflexions et de rendre hommage aux

Femmes en rappelant leurs luttes et leurs mérites... leurs combats et leurs rêves.

 

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Jean-Pierre Mazubert

"De pierre et de mer inconnue"

Sculptures

 

Exposition du 05/09 au 23/09/2012

De 11h 30 à 18h 30

Vernissage le 05/09/2012

De 18h 30 à 21h 30

 

Né en 1958 Tailleur de pierre "Ornemaniste " Académie des Arts d'Ixelles (Bruxelles)

 

Comme dans les sculptures de l'art Africain, la question n'est pas de trouver une ressemblance d'après un modèle, mais d'essayer de reproduire via la sculpture, une entité douée de vie, comme c'est le cas dans l'art classique. La sculpture cubiste ne fonctionne pas comme un miroir de la réalité, mais en dissociant le contenu de la forme. Ce qui rend cet art difficile vu l'absence de détails, tout en devant restituer clairement le motif représenté.

 

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Olivier Filleul alias Ofil

"De pierre et de mer inconnue"

Peintures

 

Exposition du 05/09 au 23/09/2012

De 11h 30 à 18h 30

Vernissage le 05/09/2012

De 18h 30 à 21h 30

 

Démarche artistique :

 

« C’est en janvier 2009, sur un coup de colère, que je me suis lancé dans l’aventure de la peinture, en vue d’essayer de témoigner et de sensibiliser mes contemporains sur la fragilité et l’urgence à sauvegarder un cadre de vie, un patrimoine qu’il soit naturel, bâti ou de main d’homme en pleine déshérence.

Mon but est de témoigner de la beauté fragile des paysages essentiellement bretons ; je cherche à partager avec l’observateur, l’émotion qu’a provoqué en moi la vue d’un lieu, une atmosphère, qui de prime abord peuvent paraître quelconque mais qui recèle pour celui qui veut bien se donner la peine de regarder, de ressentir, une beauté simple mais vraie. Il s’agit pour moi d’essayer de sublimer un lieu, un instant, d’attirer le regard et l’attention sur des lieux menacés à plus ou moins long terme de disparition et peut-être susciter l’envie de les admirer et pourquoi pas, de les protéger. »

 

 Préface pour Olivier Filleul « Ofil »

 

" La peinture serait-elle sous influence, un art soumis au caprice du temps ? Il y a quelques décennies, tous ou presque annonçaient sa mort. Peu d’années auparavant, on ne valorisait de tous côtés qu’une tendance révolutionnaire, surgie dans les premières années du siècle pour dominer toutes les expressions et rénover radicalement la plastique. Pour nommer le changement, on hésitait, l’annonçant tantôt abstraction, tantôt non-figuration : autant proclamer son caractère radical ! Mais on le constate, la tradition millénaire avait la peau dure. De plus, à Barbizon comme à Pont-Aven, en passant par la vallée de la Seine, le XIXe siècle l’avait élaguée, oxygénée. Aussi le réalisme résistait-il, florissant, voire épanoui bien que la mode lui fût contraire.

 

Et dans ses trois composantes principales, la figure, l’objet, le paysage, son pouvoir d’attraction restait intact sur tant d’artistes, émérites ou débutants.

 

De fait, lorsque lui pesèrent les contraintes de la vie parisienne et le tracas professionnel de la gestion, la nature séduisit Olivier Filleul, l’engageant à la rupture ; à ses yeux, la campagne, la province n’avaient en rien perdu leur charme. Après quelques pérégrinations insulaires, il s’établit en Bretagne, choisissant le bocage, peu éloigné des polders dégagés du pays de Dol ou des anses, des ports de la côte. Le pari de ce virage hardi paraissait téméraire. Même s’il avait toujours baigné dans le milieu – ses parents et ses grands-parents étaient peintres – la distance reste longue entre affirmer par le dessin un talent de caricaturiste et vivre de ses gouaches, sur une terre où de surcroît les peintres pullulent en tout endroit. Mais depuis 2009, la volonté fut tenace et le travail assidu, moins pour découvrir des sujets (tous avaient été exploités depuis deux siècles) que pour définir une façon nouvelle de les traiter.

 

Là, l’originalité du jeune peintre s’affirme déjà et il convient d’y voir un signe des plus encourageants. D’abord, le réalisme le porte à traiter des champs, les prés, les haies, les ruisseaux et les chemins ruraux et il s’efforce d’en saisir ce qu’il appelle « le mystère ». Mieux, l’artiste lève les yeux vers la lumière haute et la masse des nuages qu’il perçoit lourds, épais. Il sait les traiter de gris et de noir ; il capte au sol les trouées claires, les taches de soleil, jouant avec finesse des reflets, des flaques, des ornières, ultimes traces de l’averse récente. Ce faisant, il entre de plain-pied dans une traduction subtile du paysage breton, retenant l’essentiel : le caractère maritime, mais aussi l’accessoire : les clôtures, les arbres émondés, le contraste entre le clos et l’étendue ouverte. Existe-t-il, pour un peintre, meilleur signe de réussite qu’approcher le secret d’un pays, que dépasser la petite réussite de ceux qui l’on précédé ?

 

Voilà le but déjà deviné et sitôt visé : imprimer sa vision au paysage et la faire reconnaître par tous, comme autrefois John Constable en 1816, face aux nuées au-dessus de Weymouth Bay, ou Rosa Bonheur modelant en 1849 la terre épaisse, labourée par les bœufs blancs du Nivernais, sans oublier le rapport qu’en 1895 sut établir Henry Moret, entre la fin de l’hiver et le sol rose violacé que l’on roule en avril. Autant d’images vraiment inoubliables, qui transformèrent le regard commun sur la nature. Puisse Olivier Filleul suivre cette voie difficile et marquer son art d’une empreinte indélébile."

 

René Le Bihan (Août 2011)

- ancien conservateur du musée des Beaux-Arts de Brest (1964-2002)

- critique d’art, écrivain.

Espace Art Gallery

35 rue Lesbroussart

Ixelles

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Gregorio Allegri : la voix des anges

Né à Rome en 1582, Gregorio Allegri fut tout d’abord soliste à la maîtrise de l’église Saint-Louis des Français (1591/1596). Devenu prêtre, il fut admis, sur concours, le 6 décembre 1629, dans le chœur de la chapelle Sixtine, au Vatican, où il travailla jusqu’à sa mort, survenue en 1652, en tant que chanteur et  maître de chapelle.


L’un des rares témoignages que nous possédions sur sa vie personnelle le décrit comme « fortement disposé à la charité, visitant les prisons quotidiennement pour offrir aux prisonniers toute l’aide dont il était capable ».

 Composé en 1638, Le Miserere (Miserere mei, Deus) demeure son œuvre la plus célèbre. Il s’agit de la mise en musique du célèbre psaume L qui contient, selon la tradition, la supplication du roi David en proie aux remords. Au-dessus des versets chantés à 4 parties (Bassus, tenor, altus, cantus II)  par un chœur à  8 voix (deux par partie), un sopraniste chante un déchant (cantus I), extrêmement orné, un « abellamenti », qui était, au XVII° siècle, en grande partie improvisé.
 
Chanté à la chapelle Sixtine, une fois l’an, au cours de la Semaine Sainte, à la fin de l’Office des Ténèbres, pendant que le pape et les cardinaux s’agenouillaient et que l’on éteignait un à un les cierges de la chapelle, Le Miserere fut longtemps entouré d’une aura de mystère : les papes gardèrent le manuscrit secret pendant plus d’un siècle, la publication en étant interdite sous peine d’excommunication. Le secret fut éventé en 1770 lorsque Mozart, alors âgé de 14 ans, l’entendit à Rome, pendant la Semaine Sainte et  transcrivit Le Miserere de mémoire après seulement deux auditions.

« La beauté est une promesse de bonheur », disait Stendhal. Le bonheur qu’il est donné, dans ce chant, d’entrevoir, est presque insoutenable de n’être que promesse. Mais il y a aussi dans ces voix d‘enfants, l’enfance terrestre, notre « pommier en fleurs » qui veille à jamais dans le jardin de la mémoire.

 Il y a encore la « sainte enfance » dont parlait Charles Péguy, celle qui nous offre, dans le miracle d’un sourire, la bouleversante sincérité d’un cœur sans détours…Vertige d’opale, leur voix a la fraîcheur d’une brassée de fougères… Secrète transparence, énigme dont le temps est chiffre… et la douleur.                   

Le Miserere d’Allegri: déchirante vibration d’une nostalgie douloureuse mêlée d’une indicible espérance.

Plus encore peut-être que ces voix d’enfants, ce qui émeut, c’est le contraste avec les voix d’adultes et ce mélange de crainte, de respect, de tendresse et d’admiration éperdue des adultes, que l’on imagine retenant leur souffle au moment de l’envol du sopraniste vers le « Très Haut » (« Altissimus » )…C’est ainsi qu’il faudrait laisser les enfants « s’élever ».

 La musique  n’est pas un simple divertissement, elle est le chant de la terre et des étoiles, le bruissement continuel de l’âme, l’en-deçà indicible de la parole. Des œuvres comme Le Miserere de Gregorio Allegri existent pour nous le rappeler.

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Bonjour à tous,
 
 
En tant qu'auteur moi-même, je suis heureux de vous annoncer que j'organise :
La première foire du livre neuf (et des métiers qui y sont liés) de Blégny.
Elle se déroulera les 13 et 14 octobre 2012 et se voudra haut de gamme.
Elle aura lieu dans les halles du site très connu et fréquenté de Blégny-Mine http://www.blegnymine.be/
 
En tant qu'acteur du monde littéraire, vous y êtes conviés.
Auteurs, dessinateur de BD, éditeurs, libraires, métiers du livre et du papier, illustrateurs, vous êtes tous les bienvenus.
Réservez vite votre emplacement et n'hésitez pas à me contacter pour obtenir le formulaire d'inscription.
Un événement qui sera relayé par les médias locaux et par la province de Liège.
 
 
PLUS D'INFOS SUR :WWW.LARTDELIVRE.SITEW.BE
 
 
Merci de l'attention que vous porterez à ce billet d'information,
 
 
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Priez pour que le Printemps revienne !

Bouche au ciel, les chevaux forcenés des fontaines pleurent dans leurs prisons de pierre... Une couronne rayonne en entrelacs compliqués... Les parcs exhalent la vaste fraîcheur des valses... Des fantômes tristes et anciens hantent la gloire abolie des palais déserts...

Comme un triste bruissement de fontaine, comme la joie inaccessible d'une claire matinée de neige, comme une barcarolle désaccordée, comme une jubilation secrète, prisonnière du gel et du temps...

Vieille Europe, je te porte en moi...

"Oui, je suis vieille, j'ai trop porté le poids de la douleur, mais je suis belle encore...

 

Priez pour que le printemps revienne !"

Prague, la couronne, le fleuve, la ruelle des alchimistes, la boutique des orfèvres, la nuée des anges extasiés...

Le lierre obscur du cimetière juif et le regard hanté de Kafka... Il erre dans les ruelles de Mala Strana... Sur le cœur de la nuit privée d'étoiles, au-dessus du chemin qui mène au camp de Theresin, les bourreaux ont cousu des étoiles de David. Le golem du rabbin Löw ne protège plus le ghetto de Josephov. Ils ont brisé les vitres de la synagogue, ils ont ouvert les portes de l'enfer.

Une famille juive célèbre la Pâque dans une pauvre maison, quelque part en Biélorussie... Le grand-père porte encore le caftan traditionnel.  La joie brille dans les yeux, la joie brille dans les cœurs, le vin brille dans la coupe... "L'année prochaine à Jérusalem !"

Que deviendront-ils ?

Un train à vapeur chemine interminablement dans l'océan de la plaine. Le Palais d'Hiver est tombé, mais ce n'est pas le printemps. Les nouvelles vont plus vite que le bonheur. Mais pour les cœurs que réjouissent la pie perchée sur la barrière, non, ce n'est pas le même hiver.

"Demain, la Russie sera belle !"

... Demain !

Un vieil homme lit Finigan's Wake dans une bibliothèque dévastée à Londres, à la lumière des projecteurs de la DCA, dans le fracas de bombes et le sifflement doucereux des V2...

Un vieil homme lit Le général de l'armée morte à Sarajevo, dans la bibliothèque dévastée.

Priez pour que le printemps revienne !

"Heureux les pauvres, heureux les doux, heureux ceux qui pleurent, heureux les affamés et assoiffés de justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les persécutés pour la justice... "

Là-bas, en Russie, à la lisière d'un village près de Kostroma, dans l'Anneau d'or, une jeune fille porte les espoirs et les tourments de tous... Son cœur est le monastère intérieur, la poustinia... Bientôt, il n'y aura plus d'églises, plus de monastères, plus de prêtres, plus de moines, plus d'ermites... Tout disparaîtra dans la nuit de la dictature. Mais la poustinia, le monastère intérieur de ceux qui portent le monde entier dans leur cœur, quelle nuit pourra l'engloutir ?

Dans les sous-bois embaumés des fées du Limousin, parmi les fraîches jaseries des geais aux couleurs éclatantes, un enfant ramasse des champignons.

Quand la nuit tombe pour la première fois sur la vieille Europe, il part à son tour, à 17 ans, vers le grand casino de la mort. De la Galicie, du Chemin des Dames, des Dardanelles, il ne dit rien. Il n'est pas de ces anciens combattants qui ressassent "leur" guerre. Il porte au cou la cicatrice d'un coup de baïonnette. Ses poumons lui font mal... Le gaz moutarde.

Pendant les grandes grèves ouvrières de 1936, sa femme, la souris de Cendrillon, lui passe son casse-croûte à travers les grilles de l'usine. Il est mal vu quai de Javelle. Il fait partie des "meneurs". Il sera bientôt licencié.

Bouche au ciel, le cheval fou de Guernica agonise avec la République espagnole.

Quand une nuit plus noire encore engloutit, pour la deuxième fois, la vieille Europe, l'ange de la dignité le tient toujours par la main.

Il arpente Les falaises de marbre, il cherche dans le grand livre de Dieu le sens de tant de malheurs. Il prie pour que le printemps revienne.

 

"Heureux les pauvres, heureux les doux, heureux ceux qui pleurent, heureux les affamés et assoiffés de justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les persécutés pour la justice..."

 

Les déportés, les internés, les fusillés, les martyrs de la Résistance...

 

Geneviève Anthonioz de Gaulle, qui grignotait à Ravensbrück le pain des anciens poèmes...

 

Celui qui souriait à la mort...

 

Alberto, l'ami de Primo Levi, "l'homme fort et doux contre qui venaient s'émousser les portes de la nuit"...

 

Les fusillés de Châteaubriant, les maquisards du Vercors, les enfants d'izieux, les martyrs d'Oradour-sur-Glane...

 

"Le pays qu'on enchaîne"...

 

"Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! ..."

 

Les résistants allemands, les enfants de la rose blanche... Alfred Stancke, le franciscain de Bourges, le sourire dans la prison, la bonté qui allège...

 

" - Mais qui es-tu, frère franciscain, et pourquoi risques-tu ta vie pour des inconnus et même pour des ennemis de ton pays ?

 

  - Tout homme qui souffre est l'ami d'Alfred, quel qu'il soit, quelle que soit la couleur de sa peau, quelles que soient sa religion, son origine, sa nationalité, quoi qu'il ait fait pour mériter la prison... "

 

Ceux qui ont grandi dans la guerre et que la guerre n'a pas grandis car ils n'étaient pas faits pour le malheur...

 

Celui qui demanda pardon...

 

Celle qui pardonna...

 

Joseph Roth : "J'écris pour que le printemps revienne."

 

Paul Celan, écrivant, après la Shoah, Les pavots de la mémoire, dans l'ombre de sa mère assassinée : "Le lait noir de l'aube, nous te buvons la nuit nous te buvons midi la mort est un maître venu d'Allemagne son œil est bleu elle te frappe d'une balle précise elle te frappe... Tes cheveux d'or Margarete, tes cheveux de cendre Sulamith..."Paul Celan, tombé du Pont Mirabeau...

 

"Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente."

 

Michael Boulgakov : "camarade Staline, laissez-moi écrire ou faites-moi fusiller !"

 

Alexandre Soljénitsyne, le cri du goulag, la mémoire espérante...

 

Jan Palach, qui devança le jour...

 

Jerzy Popieluszko, qui donna sa vie pour ses amis.

 

Primo Levi, le dernier homme...

 

Le poète roumain Radu Marès , qui un jour ne m'a plus jamais écrit et que je n'ai pas su aider.

 

Celui qui servit de modèle au starets Zossim des Frères Karamazov : " Chaque homme est coupable devant tous et pour tous, seulement les hommes l'ignorent, s'ils l'apprenaient, ce serait aussitôt le paradis."

 

Lanza del Vasto, l'ami de Gandhi, le serviteur de la Paix, le pèlerin prophétique qui repose, en vêtements de noces, à la Borie Noble, près de Lodève, veillé par les flammes des grands pins.

 

Janusz Korczak, le raccommodeur d'enfants, qui partit pour Treblinka avec les orphelins du ghetto de Varsovie...

 

Serge de Beaurecueil, l'ami des enfants d'Afghanistan et de partout, le partageur de pain et de sel, le merveilleux témoin du Christ des cœurs purs...

 

Les victimes de la folie humaine, ceux de la guerre, qui est la pire de toutes les folies...

 

Celui qui s'inclina devant l'infortune d'Oscar Wilde en le saluant respectueusement de son chapeau soulevé au milieu de la foule hurlante...

 

Ceux qui n'insultent pas le malheur...

 

Ceux qui l'allègent...

 

Ceux qui préservent en eux le précieux capital de la sympathie humaine...

 

Ceux qui ne tuent pas ceux qu'ils aiment...

 

"Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme ! Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement..."

 

Manhattan, Grosny, Bagdad, Kaboul...

 

Le monde a changé de millénaire, mais dans le monde, rien n'a changé...

 

Le monde a faim, le monde a soif, le monde a peur... Le monde gémit sur la croix.

 

Vieille Europe, je crois en toi... Retourne aux eaux de ton baptême, réconcilie, soulage, guéris, instruis et aide avec respect ; sois la lumière et la tendresse !

 

Bernard, osseux amoureux courroucé qui bâtit la maison de l'Ange, François, troubadour de la Haute Joie et benoît, clairière du silence, saint patron de la vieille Europe... Thomas, le bœuf de la crèche et l'intelligence de l'Ange, traçant son sillon dans le champ du Très-Haut... Dominique, assis, doucement pensif, une main apputée à la joue, une étoile au front, l'intelligence du cœur... saint Paulin de Nole, dont la porte n'était jamais fermée et le malicieux, tendre, cocasse clown de Dieu, Philippe de Néry, avec son chat sur l'épaule... Thérèse d'Avila, l'amour infatigable et Thérèse de Lisieux, l'aube au sourire de myosotis...

 

Priez pour que le printemps revienne...

 

Ô Marie, couronnée d'étoiles

Protectrice de la vieille Europe,

Faites que le printemps revienne !

 

 

 

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Louis II de Bavière

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Souverain du pays des neiges et du royaume de la douleur, ils te bandèrent les yeux, pauvre agneau des outrages : « Devine qui t’a frappé ! »

 

Ils ne pardonnaient pas au roi d’être royal et de haïr la guerre.

 

Edelweiss d’argent blessé par la bassesse, où sont les singes qui te bafouèrent ?

 

 Qui consola les gentianes bleues de ton regard ?

 

Où sont les lanternes de lune du traîneau de cristal où t’emportait la nuit ?

 

Où vit le cygne au chant magique ?

 

Tant d’amour et si peu de partage !

 

Tant de montagnes et de glaciers où nul ne pouvait te suivre !

 

Tant de châteaux et n’habiter nulle part !

 

La foudre qui s’abat choisit les plus beaux arbres.

 

 Désormais consolée d’étoiles, ta solitude se berce à l’infini dans la constellation du cygne.

 

 

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MESSAGE...

Viens...

Je te dirai les mots...

J'inventerai les instants

J'effacerai les maux

J'embellirai le temps!

Je chanterai la vie...

Soufflerai du bonheur

Au creux de tes envies

J'effacerai la peur!

Viens...

Au fond de mon désir

J'oublierai mon ego

Je créerai le plaisir

Et tu seras plus beau!

Je comblerai les vides...

Pour protéger tes pas

Et ne serai avide

Que de toi ici-bas!

 

Viens...

Je saurai m'effacer...

Si un jour pour ton bien

Tu devais t'éloigner

Et rompre le lien!

 

Je vais colorier la pluie...

Et réchauffer la neige

Et si survient l'ennui

Créerai des sortilèges!

 

Viens...

Je ferrai le printemps beau

J'écouterai sur ton coeur

le chant doux des oiseaux...

Pour rêver au bonheur!

J.G.

 

 

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Emile Verhaeren le grand barbare doux

La Belgique ne tarda pas à reconnaître en Verhaeren son plus grand poète lyrique, suivie de l'Europe, par le canal du Mercure de France. On a dit de lui qu'il était un « grand Barbare doux », et le mot est aussi joli que juste.
On l'a appelé aussi « le Victor Hugo du Nord », et c'est déjà beaucoup moins acceptable. Le rattacher à un autre poète ou même à une école (il a traversé le symbolisme comme un bateau traverse un chenal) serait injuste et absurde.
En 1907 déjà, Bazalgette, qui fut le premier à écrire sur lui, disait : «Verhaeren ne procède de personne. » Et c'est vrai, il est seul, comme le vent, comme la mer, comme l'arbre, comme ces forces de la nature auxquelles il a pour toujours donné une voix. Il a une vue juste et profondément fraternelle des êtres et des choses, et en même temps comme agrandie, infiniment, par les effets harmoniques de ses adverbes sauvages.

Le poète fermé au monde

Émile Verhaeren est né à Saint-Amand, sur les bords de l'Escaut. C'est là que, jusqu'à l'âge de douze ans, « il joue avec le vent, cause avec le nuage », entre un père retiré des affaires (il était drapier à Bruxelles), une mère douce et attentive, et le frère de celle-ci, dont l'huilerie voisine crachait ses fumées sur l'Escaut. Après deux ans passés à l'institut Saint-Louis de Bruxelles, il entre, à quatorze ans, au collège Sainte-Barbe de Gand, cette pépinière de poètes flamands d'expression française. Ses études achevées, il vint partager pendant un an le bureau de l'oncle. Puis il partit pour l'université de Louvain et, en 1881, pour Bruxelles, où il s'inscrivit comme avocat stagiaire. Edmond Picard eut tôt fait de lui indiquer la voie de la poésie dans laquelle déjà Verhaeren ne demandait qu'à s'engager. De 1883, date de parution du premier recueil Les Flamandes , jusqu'à sa mort brutale, en gare de Rouen, Verhaeren publia une trentaine de recueils parmi lesquels, alternant l'épopée et le lyrisme, ouvrant le chemin du monde moderne aux hommes les plus déshérités, mais sachant aussi dire à voix basse l'humble amour du foyer (il avait épousé Marthe Massin en 1891), se retrouve, intact, généreux et naïf, un romantisme socialiste plus pur et plus profond qu'on ne l'a dit. Sa patrie l'appréciait et, académicien, il donna des conférences en Allemagne, en Suisse, même en Russie.

Tout avait commencé dans le malentendu. L'apparition des Flamandes , en 1883, fit scandale. Devant la levée de boucliers des bonnes âmes plus éprises de confort moral que de poésie, il ne se trouva que trois défenseurs : Edmond Picard, Albert Giraud, d'une manière plus réservée, et Camille Lemonnier, qui
venait de publier Un mâle , pour plaider la défense du jeune poète. Déjà, le naturalisme se disposait à fêter un nouveau disciple. Mais, dès 1886, Verhaeren publie Les Moines . A la sensibilité lourde succède le mysticisme le plus évident. Pour comprendre cette démarche, sans doute faut-il conjuguer la
connaissance des caractères les plus secrets de la poésie et de la Flandre.
D'ailleurs, tout s'explique mieux si l'on sait que Verhaeren enfant se rendait souvent au cloître des Bernardins de Bornhem, aux portes de Saint-Amand, et qu'au moment d'écrire ses Moines il se retira pendant trois semaines au monastère de Forges, près de Chimay. Que se passa-t-il ensuite ? Le poète se ferme au monde et publie coup sur coup ses trois livres les plus noirs : Les Soirs (1887), Les Débâcles (1888) et Les Flambeaux noirs (1890). La mort rôde au long de ces recueils, et il semble que la folie, née d'un désespoir aussi vaste que vrai, veuille trouver en Verhaeren un chantre lucide. Les dates aussi jouent un rôle. L'époque moins spectaculairement révolutionnaire que la fin du XVIIIe siècle est d'une importance historique énorme. Une certaine idée de l'homme change véritablement de sens au profit d'une certaine idée de masse. Ce n'est certes pas un hasard si des hommes aussi différents que Louis II, le premier Wittelsbach régnant, et Nietzsche, et Van Gogh furent, pour ainsi dire ensemble, touchés de l'aile de la folie, et tous trois si tragiquement. Poète plus sensible que d'autres aux souffles du dehors, Verhaeren fut alors soumis à ce grand vent fou de l'époque. S'il fut préservé, c'est sans doute parce que, n'étant pas encore allé au fond de lui-même, il ne pouvait céder à ce vertige sans se trahir.

Le poète ouvert au monde

Verhaeren s'ouvre alors au monde. Il assume les changements, voit mourir les campagnes et naître non plus la cité mais la Ville. Il fait alors ce que les poètes ont fait de tout temps : il va aimer ce monde qui se forge devant lui, et il va l'aimer assez pour en extraire une beauté, redoutable sans doute mais réelle, qu'il exaltera. C'est la longue suite des grandes oeuvres : Les Apparus dans mes chemins (1891), Les Campagnes hallucinées (1893), Les Villages illusoires (1894), Les Villes tentaculaires (1895).
Il parvient même un peu plus tard à traduire ce monde nouveau devant lequel il a d'abord tremblé avec un accent de plénitude qu'il ne connaissait pas encore : Les Visages de la vie (1899), Les Forces tumultueuses (1902), Toute la Flandre (1904), La Multiple Splendeur (1906). Entre-temps, comme un repos entre deux tâches gigantesques, il a su donner à l'amour intime quelques-uns de ses plus beaux chants : Les Heures claires (1896) et Les Heures d'après-midi (1905). Il poursuit dans la voie ainsi tracée, et Les Rythmes souverains (1910) seront séparés des Blés mouvants (1912) par l'admirable musique de chambre des Heures du soir (1911). C'est curieusement dans le théâtre, un théâtre très poétique, qu'il lui arrive de traquer encore ses démons personnels : Le Cloître en 1900, Philippe II en 1904 et Hélène de Sparte en 1908. On y retrouve le climat et comme l'écho des peurs d'autrefois. Partout ailleurs, le poète, en s'ouvrant au monde, a dominé son angoisse, dit son amour et peint, en Flamand qu'il était, cet univers mouvant, changeant et volontaire.

Verhaeren, certes, fut souvent loué, parfois même compris, et quelquefois injustement méprisé. Du « grand Barbare doux » certains n'ont voulu retenir que le « Barbare ». Il n'appartient à aucune école. Enfin, ce romantisme socialiste auquel généreusement il rêvait a fait place à des réalités plus rudes. Verhaeren est l'un des rares grands poètes d'expression française à ne survivre que dans les anthologies. Les oeuvres elles-mêmes, aujourd'hui dispersées dans les bibliothèques et les greniers, ne sont plus accessibles.
De sorte que l'on assiste à l'évolution d'un monde que le poète vit naître et dont il traduisit la naissance avec une fougue et un talent comparables à ceux d'un Walt Whitman sans pouvoir s'y référer.

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Angelus Silesius, La rose est sans pourquoi.

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Né à Breslau (Silésie) en 1624 et mort le 9 juillet 1677, Johannes Scheffler, dit Angelus Silesius,  est un médecin, un poète et un  mystique allemand.

 

D'abord luthérien, adepte un temps des Rose-Croix, il se convertit au catholicisme en 1652 sous l'influence des mystiques  allemands et flamands, notamment maître Eckart, Henri Suso, Jean Tauler, Ruysbroeck et Jacob Boehme Son recueil le plus connu, paru en 1657 "Cherubinischer Wandersmann" a été traduit en français sous le titre "Le voyageur  (le pélerin ou l'errant) chérubinique".

 

Il fut redécouvert au XIXème siècle par les poètes et philosophes de culture allemande, en particulier Rilke, Schopenhauer et Heidegger.

 

"Salué par les plus grands, de Leibniz à Heidegger, en passant par Hegel et Schopenhauer, l'écho de son oeuvre sur la pensée profane n'a cessé de s'amplifier. En nombre de points, et sans doute pour l'essentiel, la méditation de Silesius nous apparaît aujourd'hui proche du Zen". (Roger Munier)

 

 

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Ohne Warum

 

Die Ros' ist ohn' Warum, sie blühet weil sie blühet,

Sie ach't nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie siehet. (I, 289)

 

Sans pourquoi

 

La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu'elle fleurit,

N'a souci d'elle-même, ne cherche pas si on la voit."

 

Ce distique se lit au premier livre des poésies spirituelles d'Angelus Silesius, publiées sous le titre : "Le Pélerin Chérubinique. Description sensible des quatre choses dernières".

 

Martin Heidegger l'a commenté dans une conférence qui a été reprise dans "Der Satz vom Gründ", paru à Pfullingen en 1957. Traduit par André Préau, ce texte a été publié par les éditions Gallimard en 1982, sous le titre général "Le principe de raison".

 

En voici la conclusion : "La rose est sans pourquoi, mais elle n'est pas sans raison. "Sans pourquoi" et "sans raison" ne disent pas la même chose. C'est seulement cela que la sentence en question devrait d'abord rendre plus clair. Le rose, pour autant qu'elle est quelque chose, ne sort pas du domaine où le très puissant principe (de raison) exerce sa puissance. Et pourtant la façon dont elle appartient à ce domaine est particulière, différente par conséquent de la manière dont nous autres hommes y séjournons. Bien courte, à vrai dire, serait notre pensée, si nous admettions que la sentence d'Angelus Silesius, n'a d'autre sens que d'indiquer la différence des manières dont la rose, dont l'homme, sont ce qu'ils sont. Ce que le sentence ne dit pas - et qui est tout l'essentiel - , c'est bien plutôt ceci qu'au fond le plus secret de son être l'homme n'est véritablement que s'il est à sa manière comme la rose - sans pourquoi."

 

(Silesius, "La rose est sans pourquoi", textes français de Roger Munier, suivis d'un commentaire par Martin Heidegger, Arfuyen, Textes allemands)

 

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Man muss noch über Gott

 

Wo ist mein Aufenthalt ? Wo ich und du nicht stehen.

Wo ist mein letztes End, in welches ich soll gehen ?

Da, wo man keines find't. Wo soll ich denn nun hin ?

Ich muss noch über Gott in eine Wüste ziehn (I, 7)

 

Il faut passer Dieu même

 

Où se tient mon séjour ? Où moi et toi ne sommes.

Où est ma fin ultime à quoi je dois atteindre ?

Où l'on n'en trouve point. Où dois-je tendre alors ?

Jusque dans un désert, au-delà de Dieu même.

 

Das Etwas muss man lassen

 

Mensch, so du etwas liebst, so liebst du nichts fürwahr ;

Gott ist nicht dies und das, drum lass das Etwas gar. (I, 44)

 

Laisse le quelque chose

 

Si tu aimes quelque chose, tu n'aimes rien vraiment.

Dieu n'est ni ceci ni cela. Laisse le quelque chose.

 

Die Rose

 

Die Rose, welche hier dein äussres Auge sieht

Die hat von Ewigkeit in Gott also geblüht. (I, 108)

 

La rose

 

La rose que contemple ici ton oeil de chair

A fleuri de la sorte en Dieu dans l'éternel.

 

 Wie ruhet Gott in mir ?

 

Du musst ganz lauter sein und stehn in einem Nun,

Soll Gott in dir sich schaun und sänftiglichen ruhn (I,136)

 

Comment Dieu repose en moi

 

Tu dois être limpide et habiter l'instant

Pour qu'en toi Dieu se voie et doucement repose.

 

 Das stillschweigende Gebet

 

Gott ist so über all's dass, mann nichts sprechen kann,

Drum betest du Ihn auch mit Schweigen besser an (I, 240)

 

La prière du silence

 

Dieu excède, au point qu'on ne saurait parler.

Rien ne vaut mieux pour L'adorer que le silence.

 

 Du musst dich noch gedulden

 

Erwart es, meine Seel ! Das Kleid der Herrlichkeit

Wird keinem angetan in dieser wüsten Zeit (III, 184)

 

Il te faut patienter encore

 

Attends, mon âme, le vêtement de gloire !

Nul ne le passe en ce désert du temps.

 

Ein wachendes Auge siehet

 

Das Licht der Herrlichkeit scheint mitten in der Nacht.

Wer kann es sehn ? Ein Herz, das Augen hat und wacht. (V, 12)

 

Un œil qui veille voit

 

L'éclat de la splendeur apparaît dans la nuit.

Qui peut le voir ? Un cœur qui a des yeux et qui veille.

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Léonard en Toscane

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Tu t’es assis dans la splendeur, au pied d’un ange, bel enfant des collines de Toscane… Le printemps a tissé sa lumière dans tes cheveux, sur les oiseaux du ciel si pur, et tout est d’or autour de toi.

 
Tu écoutes la leçon des lys et tu songes aux merveilles du monde, aux fleurs vivantes, aux bleus lointains, aux rochers rafraîchis de mousse, à des nuages qui s’évaporent, à des galops de chevaux blancs, à des visages qui s’inclinent vers d’autres visages, à des sourires inconnus.

 

Tu chercheras sous l’apparence, sans cesser de t’émerveiller et ta main traduira l’invisible dans les grands carnets du mystère.

 

Un jour viendront les plis amers, les princes ingrats, Les Médicis et les Sforza, et ta grandeur sera cernée de nains moqueurs…Tes mains fertiles qui semaient la splendeur ne pourront plus bouger… Mais l’amitié d’un roi bercera ton chagrin.

 

Une fois encore, tu songeras aux temps futurs, à l’homme nouveau, à la précision merveilleuse…

 

Et Celui qui te créa si grand, viendra chercher l’enfant sublime...

 

… Au pied d’un ange.

 

 

"J'ai imaginé toutes ces machines parce que j'étais possédé, comme tous les hommes de mon temps, par une volonté de puissance. J'ai voulu dompter le monde. Mais j'ai voulu aussi passionnément connaître et comprendre la nature humaine, savoir ce qu'il y avait à l'intérieur de nos corps. Pour cela, des nuits entières, j'ai disséqué des cadavres, bravant ainsi l'interdiction du Pape. Rien ne me rebutait. Tout, pour moi, était sujet d'étude. Que de recherches passionnantes sur la lumière, par exemple, pour le peintre que j'étais ! (...) Ce que j'ai cherché finalement, à travers tous mes travaux, et plus particulièrement à travers ma peinture, ce que j'ai cherché toute ma vie, c'est à comprendre le mystère de la nature humaine."

 

(Léonard de Vinci, Carnets, vers 1510)

 

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Le cimetière juif de Prague

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Sous le lierre obscur de la maison des morts, le crépuscule rougit le soulèvement des pierres gravées de lions et de couronne

 

Sur le cœur de la nuit privé d’étoiles, au-dessus du chemin qui mène à Theresienstadt, les bourreaux ont cousu des étoiles de David..

 

La main du rabbin Löw ne bénit plus le ghetto de Josephov. La Mort était cachée dans les plis d’une rose. La force du golem fut rendue à l’informe quand il eut effacé l’Aleph de son front.


Et le Dieu de leurs pères fut leur seul défenseur.

 

Le lierre obscur du cimetière juif et le regard hanté de Kafka. Il erre dans les ruelles de Mala Strana…

 

Ils ont brisé les vitres de la synagogue

Ils ont ouvert les portes de l’enfer.

 

Sous le lierre obscur de la maison des morts, le crépuscule rougit le soulèvement des pierres et les fleurs d’amandier sur le chandelier d’or…

 


                                                 La menora des morts

                                                  Eclaire les vivants

 

 

                             Au creux de la mémoire des morts sans sépulture.

 

 

Si c'est un homme

Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

Le table mise et des visages amis,

Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui pour un non.

Considérez si c'est une femme

Que celle qui a perdu ses cheveux

Et jusqu'à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme un grenouille en hiver.

N'oubliez pas que cela fut,

Non, ne l'oubliez pas :

Gravez ces mots dans votre coeur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez-le à vos enfants.

Ou que votre maison s'écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.

(Primo Levi, épigraphe de Si c'est un homme)

 

 

 

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L'indifférence et la décence

Soliloque

 

Il me parait presque certain

D’avoir perdu toute importance.

S'est enfermé dans le silence,

Mon merveilleux ami lointain.

...

D’avoir perdu toute importance,

Pour mon correspondant câlin,

Mon merveilleux ami lointain.

Il m'instruisait avec brillance.

...

Pour mon correspondant câlin,

Que je suivais en ses errances.

Il m'instruisait avec brillance.

Pris d'indifférence, soudain

...

Que je suivais en ses errances.

Au tout début, main dans la main,

Pris d'indifférence soudain.

Que me demande la décence?

9 décembre 2010

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Une certitude attristante

 

   

Soliloque

Durant la seconde guerre mondiale, un patriote avait écrit:

«La France ne décline pas, elle sommeille.

En attendant qu'elle se réveille

et reprenne son pas de déesse,

les peuples étonnés de ne plus la voir

marchant à leur tête,

se demandent pourquoi, dans le monde, il y a tant de nuit.»

Or, le jour se leva, accablant. La déesse, se réveillant, avança mais péniblement, dépouillée de son élégance, dépourvue des savoureuses offrandes, qui confirmaient sa renommée.

Ce sont les anciens troubadours et les poètes, en abondance, dans tous les endroits du terroir qui

lui méritèrent sa gloire.

Leurs champs sont désormais en friche, leurs héritiers les ont quittés et s'activent à d'autres projets. L'art d'écrire reste difficile, même à ceux qui ont du talent. Cependant il attire encore.

La France ne sommeille pas, elle décline, mais aux yeux des seuls nostalgiques,

qui n'ont plus très longtemps à vivre.

29 août 2012

 

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Jean Linard, l'artisan de joie

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 Jean Robert Linard (11 juin 1931 à La Marche - 17 février 2010 à Bourges) était un céramiste, sculpteur, peintre et bâtisseur français.

 

Il disait de bien jolies choses, Jean Linard : que nous sommes tous des anges, que le chemin du paradis passe par celui du cœur, que l'éternité est dans chaque instant, que la vie est belle, que le monde a été créé dans la joie, que la Terre est petite et que nous avons de yeux pour voir.

Voilà quelqu'un qui n'engendrait pas la mélancolie et qui ne puisait pas son inspiration dans la tristesse !

"L’œuvre d'art, disait-il aussi, ce n'est pas que la peinture, la sculpture ou l'architecture, c'est aussi les gens qui s'aiment, le vigneron amoureux de sa vigne, qui la soigne et qui fait bien son vin, le forgeron qui fait bien son travail... Je crois qu'un artiste c'est quelqu'un qui fait quelque chose qu'il aime... Quand on aime, il se passe toujours quelque chose."

Jean Linard avait commence à construire sa maison en 1961, sur une vieille carrière de silex en bordure de forêt près de La Borne et de Neuvy-les-deux-clochers et plus récemment une "cathédrale œcuménique" : "200 mètres d'un ailleurs mystique peuplé de gargouilles, mi-anges, mi-démons".

Il ajoutait sans cesse une pierre à son édifice multicolore, au gré de son inspiration et de l'actualité. Il promettait de faire un plan... quand il aurait fini !

Jardins et clairières sont peuplés de ses créations extraordinaires, d'une originalité indescriptible ; il faut le voir pour le croire !

Cet émule de saint François d'Assise et du Facteur Cheval aimait les animaux, surtout les vaches. Les siennes prennent les formes les plus étranges, mais elles ne sont pas folles. Elles vous regardent avec de petits yeux bleus langoureux derrière leurs longs cils.

Jean Linart aimait la terre des potiers : "celle que tu sors du sol, disait-il, et que tu transformes en pichet, en bol, en chat, en oiseau... Ça passe par la tête, par le cœur et par le bout des mains... J'aime faire chanter la terre."

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Jean Linart aimait les maisons biscornues et colorées, les formes circulaires, les bonshommes et les totems rigolos qui vous regardent en souriant...

Jean Linart aimait les émaux clairs, les bleus, les blancs pâles, les terres fraîches et joyeuses, orangées de préférence...

Ses matériaux de prédilection ? Le métal, le bois, le contreplaqué, les carreaux de faïence de toutes les couleurs, vives de préférence : rouge, vert, jaune, orange, un peu de noir par-ci, par-là, des morceaux de miroir...

Jean Linart aimait bien les gens, mais pas les gens sévères, les émaux sévères, les couleurs sévères. Il préférait les acrobates !

Jean Linart ne se prenait pas pour le Bon Dieu ("quand tu regardes le ciel, le soleil, tu t'aperçois que c'est un sacré truc, nous, c'est des petits trucs, mais enfin..."), à peine pour un "artiste" (il n'aimait pas ce mot),  plutôt pour un artisan...

Jean Linart, l'artisan de joie.

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cadou.jpg René Guy Cadou : des écoles et des bibliothèques portent ce nom qui chante "comme un bruissement d'eau claire sur les cailloux".

 

Ce très grand poète, trop tôt disparu, n'a vécu que pour la poésie, pour ses amis, et pour Hélène, son unique amour.

 

René Guy (sans trait d'union !) Cadou est né le 15 février 1920 à Sainte-Reine de Bretagne (Loire-Atlantique) où son père était instituteur. Enfant imaginatif et sensible, il connaît une enfance heureuse dont les souvenirs féconderont son inspiration. En 1936, un ami, Michel Manoll, lui fait connaître les milieux poétiques, notamment Max Jacob et Pierre Reverdy. La publication des Brancardiers de l'Aube, en 1937, inaugure des années de poésie ardente traversées d'épreuves : la mort du père, la guerre, la débâcle... Mobilisé en juin 1940, Cadou se retrouve à Navarrenx, puis à Oloron-Sainte-Marie où, malade, il est hospitalisé. Réformé le 23 octobre, il regagne la région nantaise, où il devient instituteur suppléant.

 

Autour de René Guy Cadou et de Jean Bouhier, fondateur de l'Ecole de Rochefort, se retrouvent, en cette sombre période où règnent la mort et l'esclavage, de jeunes poètes qui chantent la liberté et la vie.

Le 17 juin 1943, sans doute le jour le plus important de sa courte vie, il rencontre une jeune fille de Nantes, Hélène Laurent. Il l'épousera en 1946 et la célébrera dans Hélène et le règne végétal.
Nommé à Louisfert, près de Chateaubriant, en octobre 1945, Cadou s'installe dans la "maison d'école" et mène la vie simple d'un instituteur de village "en sabots et en pélerine". La classe terminée, une kyrielle de copains, "les amis de haut bord", viennent saluer le poète. Les poètes Michel Manoll, Luc Bérimont, les peintres Roger Toulouse, Jean Jégoulez, Guy Bigot, Yves Tréverdy, témoigne Hélène Cadou, se souviendront de l'automne à Louisfer comme on se souvient de son enfance.

"La poésie l'habitait tout entier, témoigne son ami Michel Manoll dans la préface de Poésie la vie entière, elle irriguait cette âme inquiète et toujours en alerte. Elle fut au centre de sa destinée et son souci de tous les instants..."

"... L'image du pays natal ne cesse de se projeter dans son oeuvre tout entière, ce "pays plat", perdu dans les solitudes aquatiques de la Brière, avec son poids d'humus et de tourbe, cette lumière tamisée issue d'un ciel chargé de mouvantes nuées et de pluies erratiques... Il était d'un abord direct et sa chaleur, sa vivacité, son entrain, son enjouement, la verve drue de ses propos, l'éloignaient de la moindre affectation... Pourtant René portait en lui une brisure."

Cadou eut toujours le pressentiment qu'il quitterait le monde prématurément. "Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre." La maladie fait son œuvre, malgré deux interventions chirurgicales, en janvier et mai 1950, et une période de rémission qui ne dure que le temps d'un été. Quelques jours après avoir terminé Les Biens de ce monde, René Guy Cadou meurt dans la nuit du 20 mars 1951, entouré d'Hélène et de Jean Rousselot qui était venu le voir par hasard. Il n'avait que 31 ans. "Continuez ! Le Temps qui m'est donné que l'Amour le prolonge.", a-t-il écrit en guise de testament spirituel.

 
Celui qui entre par hasard
 
Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque nœud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt
II suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et  l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel. est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.


Pour découvrir Cadou : Poésie la vie entière, œuvres poétiques complètes, préface de Michel Manoll, aux éditions Seghers, René Guy Cadou, par Michel Manoll, collection Poètes d'aujourd'hui, aux éditions Seghers - Mon enfance est à tout le monde, préface d'Hélène Cadou, aux éditions du Rocher - La maison d'été, roman, aux éditions du Castor astral.
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René Char, Lettera amorosa

char.jpg "Ni bluette sentimentale, ni mol épanchement, l'adresse amoureuse condense chez les poètes les plus vifs enjeux de l'existence et c'est en elle sans doute qu'ils portent la langue à son plus haut degré d'incandescence. La question de l'autre, celle du désir et de la perte, est au coeur de la poésie, comme un pas de danse sur l'abîme; l'amour/la poésie, deux visages d'un même mystère." (Jean-Pierre Siméon).

 

« Je ne puis être et ne veux vivre que dans l’espace et dans la liberté de mon amour » écrivait René Char dans le poème Lettera amorosa.

Lettera amorosa, (La Lettre d’amour) est le titre d’un poème de René Char paru en 1953, emprunté à un madrigal du compositeur italien Claudio Monteverdi.

En voici un extrait : « Merci d’être, sans jamais te casser, iris, ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections miraculeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins des plaies sur lesquelles le temps n’a pas d’action, tu ne conduis pas à une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées ne fassent qu’un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du jour sur les vertes avenues libres.»

La destinataire de cette Lettre d’amour désignée par le mot « iris » et dont le poète ne révèle pas le nom est peut-être Marguerite Caetani, princesse Bassiano, « bonne et terrible, amie affectueuse et tigre cruel », aux dires de Paul Valéry.

« Poète à poigne », colosse au cœur tendre – il mesurait 1 mètre 94 – René Char était un homme entier, « tout en droiture, en colère et en refus » qui refusait interviews et honneurs.

Souvent qualifiée d’hermétique, la poésie de René Char affirme cependant la sensualité de la réalité sensible à travers les paysages, les végétaux et le bestiaire de la Provence. Poésie du mot plus que de la phrase, du geste plus que du mot, elle est proche du silence.

Fait exceptionnel, les œuvres complètes du poète parurent de son vivant, en 1983, dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade.

Son ami Albert Camus déclara en 1957, lors d’une conférence donnée à Stockholm avant la remise de son Prix Nobel : « Cette œuvre est parmi les plus grandes, oui vraiment les plus grandes que la littérature ait produite. Depuis Apollinaire en tout cas, il n’y a pas eu dans la poésie française une révolution comparable à celle accomplie par René Char. »

René Char, œuvres complètes, introduction de Jean Roudaut, bibliothèque de la Pléiade NRF Gallimard. René Char, Lettera amorosa, illustrations de George Braque et de Jean Arp, NRF Poésie/Gallimard, n° 430, 2007
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Arts et lettres n'offrira jamais de renvois vers des offres casino, n'étudiera jamais vos statuts afin de vous envoyer  ad nauseam des publicités  (souvent d'un marketing de mauvais goût) vous dirigeant vers des "marques" censées vous faire "cracher au bassinet"...

 

Ici, l'on sait encore ce que signifie l'humanisme.

Je crois sincèrement que l'investissement humaniste est tout le contraire d'un très délétère "retour sur investissement" mercantile, avide, cupide, irrespirable.

Je pense que vous forcer à patauger dans des publicités ou "applications" indésirables est non seulement irritant, peu pertinent mais encore indécent.

Le seul but devrait être de vous offrir du contenu (modéré) mature et crédible, comme certains des membres s'efforcent ici de le faire.

Ceci sera probablement le seul billet en style télégraphique que je publierai pour ne pas m'abaisser au niveau de certains autres réseaux "sociaux" que d'aucuns utilisent sans aucun discernement pour bavasser. Cependant, je constate souvent avec plaisir que sur A&L beaucoup de membres s'intéressent sincèrement aux oeuvres des autres.


Je me permettrai seulement de mettre cette petite "paperolle d'humeur" en évidence, de temps à autre, comme une devise à laquelle je me plairai de me référer. 


Robert Paul

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Jean Mambrino, Le mot de passe

pt_simon2.jpg "Le mot de passe" de Jean Mambrino, recueil de poèmes très courts, semblables aux "haïkus", s'ouvre sur une citation de William Shakespeare :

"Et nous éclairons le mystère des choses
Comme si nous étions les espions de Dieu."

... Puis sur ce texte magnifique qui est l'une plus belles définitions de la poésie que je connaisse :

"Une vision aussi ronde que l'étonnement ouvre l'empan du monde dans le point d'un regard. Il suffit d'y consentir, même en rêve, pour la recevoir et du même coup la reconnaître, tel un visage qui sort de la confusion des foules. Un être unique se détache ainsi de la multitude et nous touche, à peine, avec des mains d'aveugle. Longue et muette conversation, à distance, où dans l'ignorance un message est partagé, une confidence ouverte dont nul ne connaît la source et qui concerne un secret universel. Cette vision vient comme la foudre et s'éloigne plus lentement que l'Océan."

L'as-tu rêvé ce cheval
à tête de rosée ?

Saute à travers
ton absence

Toutes ces lignes t'égarent
et te conduisent

Sous les mots couverts
la braise



"un livre initiatique formé de quatre cents distiques où se concentre le péril et la merveille d'exister. Chacun est un véritable mot de passe ouvrant les apparences." ("Un poème où chaque mot imite le silence")

L'humus prépare un bleu très pur

pour la chair des campanules


Un cœur d'enfant pareil
aux violettes après la pluie

(sur lequel je tombe toujours quand j'ouvre le livre au hasard)


et celui-ci, mon préféré :

Un goût de mûres
traîne au fond des galaxies

... qui fait oublier le "Christ cosmique" de Teilhard et le "silence éternel de ces espaces infinis" qui effrayait Pascal.

Jean Mambrino, Le mot de passe aux éditions Granit
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administrateur théâtres

12272822894?profile=originalLes Musicales de Beloeil, Château de Beloeil  Samedi 25.08 de 14h30 à 23h

 

12272823297?profile=originalBrillante idée que celle de réunir chaque année  des musiciens de tempérament, d’horizons multiples  et un immense public dans un cadre enchanteur par une belle soirée d’été. Cela se fait depuis de nombreuses années déjà: au Château de Beloeil. Et l’année prochaine promet d’être encore plus prestigieuse pour les 25 ans d’existence de la manifestation.  Balade musicale à travers huit heures de concert,  sept scènes aux noms poétiques, avec pique-nique gourmand, atmosphère ludique et  décontractée, écoute respectueuse des artistes qui nous livrent le meilleur d’eux-mêmes.   Qualité indéniable des diverses présentations. Programme éclectique et découvertes sensationnelles.

Une thématique articule le programme.

 Celle du Festival de Wallonie qui a choisi de mettre en scène les « EspagneS » comme au festival Musiq 3 à Flagey en juillet dernier. En Hainaut, la foule de  mélomanes d’un jour  a été conviée à un parcours initiatique balayant  l’histoire pour découvrir une suite insolite de  paysages sonores qui rappellent toutes les « Espagnes ».

 

12272824496?profile=originalNotre choix s’est porté  par deux fois sur le  Bassin des dames où nous avons découvert Boyan Vodenitcharov, pianiste belge d’origine bulgare, plusieurs fois membre du jury du concours Reine Elisabeth,  interprétant avec sensibilité et finesse des extraits du 2e livre de Claude Debussy dont on sait qu’il n’a jamais mis les pieds dans la péninsule ibérique. Il s’agit d’une  Espagne totalement  réinventée, sur base d’une gravure de l’Alhambra. Mais ô combien évocatrice.

12272825677?profile=original A la deuxième visite nous sommes tombés sous le charme de Frank Braley qui nous a interprété  la soirée dans Grenade de Debussy puis La fantasia Baetica de De Falla. Debussy encore avec  une suite de 5 extraits : La puerta del Vino, Les collines d'Anacapri, Ce qu'a vu le vent d'ouest, Feuilles mortes, Général Lavine - eccentric …pour en arriver à George Gershwin. Sa présence au clavier est d’une rare poésie. Il nous donne l’impression d’une recherche d’harmonie presque sensuelle, comme s’il goûtait chaque sonorité produite avec délices. Expressivité, élégance, grappes d’accords colorés. Jeu palpé qui va chercher la musicalité aux sources de l’émotion.  La proximité avec le pianiste qui joue sur un podium au milieu de la pièce d’eau est un vrai bonheur.  Il a remporté à 22 ans en 1991 le concours reine Elisabeth.12272825872?profile=original

 

La clôture de la première partie de la soirée à 18h nous mène à la Grande  scène  où le Trilogy, trio explosif Hrachya Avanesyan, Lorenzo Gatto et Yossif Ivanov, accompagné par l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, va revisiter les chefs-d'œuvre du répertoire violonistique en passant par les tubes de la musique pop et de la musique de film. Trois virtuoses extraordinaires aux mimiques réjouies. Des toréadors de l’archet qui s’éclatent au Carnaval de Venise. Des bombes d’humour musical. 12272829073?profile=original

De quoi achever de séduire les jeunes familles après Le carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, féerie où l’on retrouvait de charmants talents de la Chapelle Musicale : Stephanie Proot, Christia Hudziy et l’exquise Noëlle Wiedmann.

 12272829858?profile=originalA 19 heures on se partage entre le Bassin vert avec  le Trio Dali et le duo Solot à la scène Champ des roses. Eblouissants tous les deux.  Pas moyen de choisir entre Fauré, le trio opus 70, n°2de Beethoven et l’ouverture de Guillaume Tell transcrite  par Gottschalk. Nous découvrons la connivence artistique infaillible  de Stéphanie Salmin et de Pierre Solot et l’harmonieuse complicité du trio Dali qui déborde de présence et de générosité. Dernier voyage, avec le mythique Piazzola au Parc des cerfs sous la baguette déguisée en archet de Michael Guttman et la  Brussels Chamber Orchestra. Les quatre saisons de Buenos Aires qui ne sont pas des saisons mais des états d’âme. La Oracion del Torrero de J. Turina: une nouvelle découverte palpitante.  On ne peut hélas pas embrasser tous les programmes, ni rendre compte de tout le plaisir que peut procurer une telle journée, tant les musiques et les parfums et les émotions  se confondent.

 

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Harmonie du Soir, Baudelaire.

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Après ce festival de créativité,  de liberté et  de passion musicale l’apothéose très attendue se donne face au château sur la Grande scène à 22 heures.  L’Orchestre Philharmonique

Royal de Liège présente des extraits du Carmen de Bizet avec Julie Mossay (soprano) Kinga Borowska (mezzo-soprano) Audrey Kessedjian (mezzo-soprano) et Domingo Hindoyan à la  direction. L’exécution est hautement précise et raffinée, les sonorités éclatantes et belles, les voix et les lumières dansent  ...la habanera,  avant le feu d’artifice qui comble les heureux visiteurs gorgés d’écoute et  épuisés d’avoir applaudi.12272823669?profile=original

 

Rendez-vous le 31 août 2013 avec l’Orchestre National de Lille… pour le 25e anniversaire de l’événement.

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administrateur théâtres

C'est dans les chœurs religieux et scolaires en Arkansas que Barbara Hendricks commence à chanter, avant d'entreprendre des études de sciences. À partir de 1968, elle prend des cours de chant, notamment à la Juilliard School of Music de New York, où elle a comme professeur Maria Callas. On connait la suite de son parcours qui a saisi d’admiration des générations d’amateurs d’art Lyrique depuis les années 70.

C’est ce cadeau inestimable que nous a fait la 13e édition de la célèbre Nuit des chœurs au Château Bois-Seigneur-Isaac hier soir.

 Au point de s’octroyer le plaisir de réécouter l’intégralité de son concert une deuxième fois. Le programme est « gospels » tout simplement. Les meilleurs jamais entendus, avec cette sublime formation,  le  Mikrokosmos Choir, fondé en 1989 par son actuel directeur artistique Loïc Pierre, et qui rassemble aujourd’hui deux ensembles composés de jeunes chanteurs venus de la France entière. Une palette de jeunes artistes qui savent transmettre l’émotion, pour qui le décor, le public, les éléments fâchés avec le soleil semblent s’évanouir avec leur création musicale toute en nuances.

C’est la musique de ses racines que Barbara Hendrickx nous livre avec simplicité. Car comme  sur les 6 autres scènes, elle n’a que 20 minutes contre vents et pluies. Ce qui ne l’empêchera pas d’interrompre sa divine prestation en disant d’une voix inoubliable à un spectateur distrait « …. ne fumez pas, s’il vous plait, ne fumez pas ! ». Car l’essence de ses chansons est divine, et on ne peut se permettre le prosaïsme. « My God is so high ! » Glory, Glory Alleluia en solo, sous les arbres et devant une marée de spectateurs captivés. La sonorité est liquide et chaude, l’esprit qui porte le chant fuse comme une jeunesse éternelle, troue les nuages fâcheux et rejoint l’infini. «  Down by the riverside » revient à la terre au bord du Mississipi. Touche ses racines. Le velours de sa voix donne le vertige, les trémolos palpitent, les riches modulations du chœur accompagnent. Les feuilles de partitions s’envolent. Diction sublime.  Point culminant : «  Nobody knows the trouble I see. » Le chœur hulule des soupirs  dignes de Old man River. Des notes très profondes sortent de la bouche de la chanteuse qui ajoute simplement : « …. like Jesus. »   Personne ne voit la misère comme Jésus. L’ample dévotion est au zénith de l’émotion. Des guirlandes de sons se déploient. « Didn’t my lord deliver Daniel ? » Suspense encore :  «….why not e-ve-ry man ? ». Rythme, joie, espoir, texte totalement ressenti, no fake swinging and singing. Le retour aux sources sacrées du chant.  Elle a le sens du drame et de la résurrection. Sa voix juvénile – parcelle d’éternité - s’élance une nouvelle fois vers le ciel lourd et bas. Bis : « Give me Jesus ». Son message en trois mots de la fin. C’est un appel poignant alors que la nuit descend.  « ….when I come to die. » Dernier suspense.12272825886?profile=original

On oublie avec ces instants mémorables le remplacement inopiné du groupe de 30 choristes libanais dont on attendait avec impatience les chants maronites. On se souvient des malicieux « Rossignols Polonais » lauréats du titre de « Chœur de l’Union européenne-ambassadeur de la culture» sous la baguette du talentueux Jacek Sykulski. Ils ont séduit les familles par leur fraîcheur et  leur programme qui brassait l’Alléluia du Messie de  Haendel, les Carmina Burana et les miaous exaltés de  Walt Disney dans Lady and the Tramp. L'a cappella des Flying Pickets a plu. Mais si, pour renouveler le programme l'année prochaine, on partait à la recherche d' un peu plus de chœurs classiques en faisant moins appel à l'aspect "pop", le public serait encore plus ravi. Nous en sommes convaincus.

 

www.nuitdeschoeurs.be

http://www.barbarahendricks.com/

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