Je suis une femme comme tant d’autres, perplexe sur le devenir de ses enfants, donnant de l’importance aux sentiments, aux émotions…
Mais tout au long de ma vie, l’amour a toujours été le moteur de mes actions,
même si parfois la raison aurait dû l’emporter. Je ne regrette rien sauf peut-être de ne pas avoir compris plus tôt le sens du mot « je t’aime »…. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, il faut d’abord que je vous raconte un peu de mon enfance, non parce que j’ai été malheureuse au contraire, mais pour que vous puissiez mieux peut-être comprendre, ce qui fait aujourd’hui ce que je suis.
A l’aube de mon dernier jour, ou serai-je ? Avec qui ? Que ferai-je ?
J’ai longtemps pensé que la mort n’existerait pas pour moi, je ne sais pas pourquoi, ma jeunesse sans doute.
Quand on est jeune on se sent invulnérable, plein de ressources. Bien sur cela n’a duré qu’un temps, car de la même façon j’affirmais à qui voulait l’entendre que je mourrai jeune, quarante ou quarante cinq ans, et plus j’avançais dans l’âge, plus j’étais persuadée que cet âge là serait fatidique pour moi.
C’est curieux quand j’y repense, je n’avais pas peur de mourir, je le souhaitais même quelquefois. Pourquoi cette attirance insensée vers les ténèbres? Es-ce le chagrin, ou un réflexe bête et incontrôlé d’adolescente confinée dans une féminité étouffée dans l’œuf ? Je ne
sais pas.
J’étais pourtant d’un naturel joyeux, mais réfractaire à tout ce qui n’allait pas dans mon sens. Mes parents disaient de moi que j’étais têtue, bornée, un sale caractère. Mais tant pis j’étais moi, « ils n’avaient qu’a être plus vigilants, après tout » pensais-je, « c’est eux qui m’ont fait venir, moi je n’ai rien demandé ! »
Comme beaucoup d’adolescentes je suppose, j’imaginais avoir une « mission » à remplir, et tant que je n’aurais pas fini ce pourquoi j’étais sur Terre, je ne mourrais pas, le pire c’est que j’en étais, et en suis encore persuadée.
A ce moment-là j’habitais avec mes parents, une maison avec un petit jardin dans une cité aux abords d’une petite ville, dans le sud de la France, et mes seules fréquentations étaient deux ou trois filles de mon âge, et une voisine que je considérais comme ma grand-mère, puisque je n’en avais pas.
Solitaire la plupart de mon temps libre s’écoulait entre les promenades à vélo ou à pied, mes devoirs et la lecture. D’ailleurs ma mère se désespérait, je dévorais tous les livres que je trouvais Mais « il faut se méfier de l’eau qui dort » disait ma mère.
Ma mère, je vous en parle mais ne l’ai toujours pas présentée.
C’était une jolie brunette pas plus haute que quatre caisses de pommes, très vive et très protectrice. Fille d’Eve et de la DDASS, son enfance austère sans grande joie, lui avait forgé un caractère assez rude, mais un cœur énorme.
Une jambe plus courte que l’autre là faisait boitiller, un visage que Michel-Ange aurait adoré peindre, des yeux noirs et un sourire magnifique.
L’âge avançant n’a rien changé, bien sûr elle se déplace plus difficilement et sa hauteur a diminué. Trois caisses de pommes suffisent désormais à là mesurer, l’hiver sur ses cheveux a laissé ses neiges éternelles, mais c’est joli.
J’étais une eau dormante, et lorsque je me suis réveillée, cela n’a pas été de tout repos pour mes parents.
Très tôt séduite par la magie, l’ésotérisme, prédire l’avenir…
Demain, que nous réserve demain ?
J’avais hâte de grandir, hâte de savoir, ma « mission » devait être commencée et je n’en connaissais même pas les bases.
Pourquoi suis-je là ? Est-ce qu’il y a une vie après la mort ?
Si oui, est-ce que j’ai existé avant ? Qui étais-je ?
Ai-je choisi ma naissance ?
Si c’est le cas, soit j’étais vraiment bête, mais ce n’est pas possible. Ou alors je suis revenue parce que j’ai vraiment quelque chose à apprendre ou à faire, sinon j’aurais choisi d’être mieux physiquement, et riche si possible, je ne devais pas être si gourde que ça dans ma précédente vie tout de même ! Adolescente toutes ces questions perturbent, et je cherchais les réponses dans les livres, auprès des personnes âgées, tout ce qui pouvait m’informer sur l’avenir étaient dévorés systématiquement.
Le bien, le mal, tout se mélangeait.
J’avais de grands espoirs pour mon avenir professionnel, car je voulais avant tout que mes parents soient fiers de moi, enseignante, avocate, policier…Pourquoi pas ?
Hélas ! Je nous ai déçu très tôt, puisque je me suis mariée à dix-sept ans, maman d’une petite fille à dix-huit ans, divorcée à vingt-et-un ans, remariée et maman une seconde fois, cette fois d’un petit garçon à vingt-deux ans, puis divorcée à vingt-quatre ans. Parcours très tumultueux d’une eau dormante devenue torrent déchaîné. Tout cela sans véritable amour, simplement par peur de moi-même et de mes ambitions qui c’était sûr n’aboutiraient jamais et ruineraient mes parents. Pendant ces deux échecs, et bien d’autres péripéties amoureuses ma mère me répétait sans cesse « qui trop embrasse mal étreint »
Elle avait raison : le fait que l’on dise « je t’aime » en toutes occasions, ne prouve pas la sincérité et la profondeur du sentiment que l’on ressent. Aime t’on sincèrement, du fond du cœur, dans les moindres détails et à tous moments l’être à qui on le dit ?
......................
Extrait de "Le prix de l'amour ou je t'aime"
livre à édité copyright SGDL



