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administrateur théâtres

Ça commence toujours par une envie. Et il arrive parfois que cette envie se réalise.

L'envie de faire du théâtre tout près des gens; comme si le spectacle n'était qu'une conversation. Les grandes salles ne sont pas faites pour les conversations; et si l'on y converse, c'est derrière le cadre de scène. La rue est un endroit où cela devient possible et c'est une belle école pour tout le monde mais ce n'est pas assez convivial. Et puis c'est un autre fantasme.
Alors, quoi de plus convivial qu'un lieu clos, mi-salon, mi-café, chaleureusement décoré où l'on peut siroter son verre en assistant à un spectacle. C'est ça le café-théâtre.
Le café-théâtre "Le Jardin de ma Sœur" est né en 1994 à l'extrémité de l'ancien Grand Béguinage de Bruxelles, sur un des quais du vieux port de Bruxelles où œuvrent encore les fantômes des ouvriers dockers et où passent encore ceux des béguines en longues mantes noires.

23 novembre:



A l'angle du Quai au Bois à Brûler
et de la Rue du Grand Hospice,
à 1000 Bruxelles
(Marché au Poisson, Métro Sainte Catherine)
Tel: +32.2.217.65.82
E-mail: info@leJardindemaSoeur.b

 

La Religieuse... d'après Denis Diderot ( Pamphlet ) publié à titre posthume en 1796

 Texte: Arthème (adaptation pour le théâtre), Denis Diderot, Maggy Souris (adaptation pour le théâtre), Viviane Collet (adaptation pour le théâtre) ON STAGE Performance: Viviane Collet /  BACKSTAGE Mise en scène: Arthème, Maggy Souris

 Novembre: 9, 10, 11, 12, 16, 17, 18, 19, 23, 24, 25, 26    

  

 

« J’avais alors seize ans et demi. …il s’agissait de m’engager à prendre l’habit. …Je me plaignis avec amertume, et je versai un torrent de larmes. La supérieure était prévenue ; elle m’attendait… Elle parut avoir pitié de moi… …elle me promit de prier, de remontrer, de solliciter. Oh ! monsieur, combien ces supérieures de couvent sont artificieuses ! …Savoir se contenir est leur grand art » (Diderot 4-6). 
  

Nous avons été comblés par la conteuse, Vivianne Collet qui  nous a proposé une adaptation monologuée du roman de Diderot.  Diderot prend la défense de la novice forcée par ses parents à prononcer des vœux auxquels elle n’adhère nullement. Le ton est indigné, un premier pas vers le refus à la soumission? La voix est chaleureuse, débordante de vie alors que ce premier couvent où la jeune fille se voit enfermée de force, … est une véritable tombe où elle est enterrée vivante.

 La voix est multiple, débordante de personnages fort bien campés. Le monologue est une mise-en scène adroite de toutes les petites et grandes histoires de la jeune recluse qui voulait vivre.  La lumière, celle d’un esprit libre, se voit dans les yeux de la comédienne. La piété est dans ses mimiques car elle a cette foi spontanée  et respectueuse qui lui vient du cœur. Les quatre actes qu'on lui intime de réciter ne viennent pas d'une prière apprise par cœur, mais du fond de son âme innocente et bonne. Ce qui Diderot condamne, c’est l’institution qui vous supprime votre libre arbitre, l’obscurantisme qui mène droit aux dérives. Notre siècle a de quoi réfléchir, car de-ci, de-là traînent encore des fanatismes liberticides, des embrigadements monstrueux, des tentatives religieuses totalitaires.

Entre résignation et désespoir, elle a subi des sévices, la  mise à l’écart systématique, le  harcèlement,  les punitions corporelles, des  interrogatoires humiliants. Dans son épreuve,  la jeune sœur Sainte-Suzanne compare sa souffrance à celle du Christ et reprend courage. Elle  se rappelle les paroles de sa défunte amie, ancienne mère supérieure  parlant du couvent : « Entre toutes ces créature si innocentes et si douces, il n’en n’est presque pas une dont je ne puisse faire une bête féroce. »

Devenue bouc émissaire de toute la communauté, elle n’accusera pourtant personne du couvent où elle est si malheureuse, même pas l’hypocrite mère supérieure, cause de tous ses tourments. Elle reste pleine de dévotion et de douceur. Devant  le grand vicaire qui l’interroge : « Etes-vous nourrie ? « Je demande à l’être »  « Vous ne l’êtes donc pas ! » s’exclame le dignitaire indigné.» Elle murmure: «Je ne suis pas venue pour accuser, mais pour me défendre ! »

La conteuse échange des regards discrets  avec un  public qui lui est acquis, tant la proposition  est  à la fois, pathétique et nuancée. Il bourdonne, allergique aux prises de pouvoir, à l’hypocrisie, et à  bien plus encore.

Très bon spectacle, dans un lieu en suspension entre les époques.

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La mode au noir - Réflexions hors mode sur la mode

La mode au noir Réflexions hors mode sur la mode

C’est à l’heure actuelle le règne du noir. Dans les rues, dans les bureaux, dans les réceptions, à la maison, les manteaux, pantalons, vestes, anoraks, foulards, chapeaux que portent les femmes, plus particulièrement, sont noirs ou gris anthracite. Les bals de fin d’année vont bientôt avoir lieu; y verra-t-on encore de ravissantes adolescentes en vêtements de deuil, les lèvres brunes et les ongles endeuillés? Danseront-elles avec ces bottes d’armée qu’on ose appeler chaussures et qui donnent à leur démarche l’allure d’un soldat qui monte au front?1 Tout se passe comme si l’adolescente, la femme, mais l’adolescente surtout, n’osait plus être fleur, comme l’était de façon souveraine Audrey Hepburn dans My Fair Lady, sous les doigts féeriques d’un grand couturier.


La mode vestimentaire est l’une des signatures d’une culture et d’une époque donnée dont il vaut la peine de faire l’analyse. Son caractère transitoire est en soi une grille très précieuse. Lorsque nous nous étonnons des vêtements que portaient nos mères, nous prenons note par le fait même de la disparition d’une façon de vivre… Mais la mode a ceci de particulier que son pouvoir d’attraction empêche souvent l’exercice de l’esprit critique. “Elles sont à la mode”, vous dira la vendeuse de chaussures, en vous présentant des sandales noires d’été aux talons aussi gracieux que des blocs de béton!


Cette force attractive de la mode tient au besoin, si fort chez l’être humain, de reconnaissance sociale et d’insertion dans la société. Nos vêtements sont notre signature, peu importe qu’ils soient absolument à la mode, ou hors mode, comme un cognac hors d’âge. Car le vêtement jugé démodé n’a que le défaut du décalage dans le temps. Il aura été furieusement à la mode à son époque… Ou au contraire, il aura toujours échappé à la mode, - comme la casquette Sherlock Holmes, à double palette - , parce qu’il aura atteint une perfection telle que de génération en génération, on aura continué à le rechercher et à le porter. Il faudrait s’arrêter ici à la survivance de certains vêtements dont la coupe, l’adaptation à un climat, à un type de travail ou à un style de vie sont intouchables: l’imperméable anglais, le sarong indonésien, le sari indien, le kimono japonais, etc.


Pour revenir au noir, comment expliquer que, réservée au deuil il y a quelques décennies, cette non-couleur ait été offerte par les prêtres de la mode et adoptée par leurs fidèles avec une telle unanimité?


«Une veuve, écrivait en 1949 Evelyn Bolduc, peut porter le plus grand deuil, y compris le long voile, pendant deux ans, ou se contenter de s’habiller de noir pendant quelques mois… mais si elle est obligée de participer à la vie des affaires, si elle se présente au bureau ou au magasin couverte de crêpe, elle causera vite un malaise parmi ses compagnons de travail et ses chefs. Qu’elle adopte plutôt une robe noire toute simple…» L’homme n’était pas exclu de cette coutume: «Le veuf, toujours selon Evelyn Bolduc, portera un habit noir ou gris foncé, une bande noire à son chapeau, des cravates, des chaussettes et des chaussures noires. La durée du deuil varie entre dix-huit mois et un an », etc.


Le noir était la signature d’un malheur, d’une souffrance, dont la politesse, ou la curiosité, incitaient à reconnaître l’existence. De quelle douleur, de quels deuils témoigne maintenant ce noir devenu une mode quasi universelle en Occident? De quelle mise sous le boisseau de la joie de vivre? Si on survole rapidement l’actualité avec ses innombrables guerres, on y trouvera matière à tous les deuils imaginables. Ce n’est pas vers ces bouleversements que nous voulons braquer notre lorgnette mais vers des transformations sociales qui nous semblent avoir atteint en profondeur le rapport des femmes au vêtement.


La grande révolution, le changement radical de ce rapport, c’est au XXe siècle, à l’occasion des deux grandes guerres qu’il se fera sentir, avec la stylisation et l’extrême simplification de la robe, l’apparition du maillot qui dénude le corps, et la généralisation du port du pantalon qu’adoptent les femmes, obligées de remplacer les hommes dans les travaux de la ferme et à l’usine. Le vêtement féminin se désencombre de la quantité de jupes, jupons, chemises qui le caractérisait jusqu’alors. Au cours des années mil neuf cent quarante, apparaissent les robes au genou, à la carrure militaire, caractéristiques de cette stylisation. La guerre, la révolution industrielle, en généralisant l’entrée des femmes dans le monde du travail, les dépouillaient en partie du plumage qui avait été pendant des siècles l’un des attributs de leur séduction…


Car, si on laisse de côté les mille détails – le port de la fraise, par exemple – par lesquels les costumes renvoient à un siècle particulier ou à une période de l’histoire, on peut dégager une façon quasi inchangée de se vêtir, depuis le Moyen Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle: la robe longue constituée des étoffes et des couleurs les plus variées pour les femmes, les pourpoints ou justaucorps et les chausses pour les hommes, qui n’adopteront le pantalon qu’après la Révolution française.


Les transformations apportées à la vie sociale par la deuxième guerre ont donc achevé cette simplification du costume de la femme que la première guerre avait amorcée. En ayant accès au marché du travail et à celui des loisirs au même titre que l’homme, la femme ne pouvait que revendiquer l’égalité sexuelle. Est alors apparue la mode unisexe: pantalons, Tshirts, vestes et anoraks de toutes sortes sont désormais interchangeables. Et les différences s’estompent même dans le domaine des chaussures: les mêmes bottes militaires sont portées par les filles aussi bien que par les garçons.


Les vêtements sont désormais pour la grande majorité subordonnés au travail ou au sport. C’est ce qui les différencie de ceux de l’Ancien Régime qui étaient d’abord et avant tout conçus comme une œuvre d’art, une architecture presque. Si dans les châteaux et les fermes, peu ou mal chauffés, la multiplication des étoffes était un recours essentiel contre le froid, le confort était toujours subordonné à l’esthétisme; on n’imagine plus de nos jours, sauf dans la haute couture, le travail que pouvait représenter la confection d’une robe ou d’un justaucorps. Ni la quantité de corps de métiers liés à la couture, tisserands, tailleurs, marchands d’étoffes, etc. La fabuleuse diversité des tissages, les matières nobles utilisées, soie, lin et laine, tout relevait d’un toucher et d’un regard artistique. Et il y avait une harmonie certaine, si humble fut-elle, entre l’ameublement d’une maison, son architecture et les vêtements de ses habitants. Les insurpassables tableaux des maîtres hollandais en font foi.


Cette harmonie était aussi intimement liée au désir de plaire et de séduire. Si on compare la mode actuelle à celle des temps passés, on constate ce qu’on pourrait appeler un déplacement des points de séduction; les parties du corps humain qu’on mettait alors en évidence étaient les parties supérieures : le buste chez la femme, avec des décolletés plongeants, la carrure chez l’homme, avec des épaulettes et des épaules rembourrées.C’est maintenant le bas du corps qui est privilégié, avec la minijupe et le short.


La jambe de la femme pendant des siècles a été dissimulée sous plusieurs épaisseurs de jupons et de jupes. Pour montrer «sa jambe faite au tour», et sa fine cheville, une jolie femme devait les dévoiler par un geste coquet qui faisait rêver les poètes et les amants. C’était l’ère du Romantisme qui s’accommodait bien du mystère des voiles féminins. «Ce soir-là, par un de ces bonheurs qui n’arrivent qu’aux jolies femmes, Valérie était délicieusement mise. Sa blanche poitrine étincelait serrée dans une guipure dont les tons roux faisaient valoir le satin mat de ces belles épaules des Parisiennes, qui savent (par quels procédés, on l’ignore!) avoir de belles chairs et rester sveltes», dit Balzac de Mme Marneffe, dans son roman La Cousine Bette.


Autre trait de notre temps, aussi important que l’égalité vestimentaire sexuelle: le corps, celui de l’homme autant que celui de la femme, se présente sur les plages dans sa nudité totale ou partielle. Du bikini aux maillots de bain révélant tout, «quel que soit l’état des lieux», pour reprendre le mot de Benoîte Groult, la chair maintenant s’étale, ne laissant rien à deviner. Siècle de la dénudation des corps, de quelque corps que ce soit. Aussi n’est-ce pas au nom de la morale qu’on peut déplorer cette mise à nu, mais au nom de l’esthétisme. Il y aurait long à dire sur l’affaiblissement de la juste perception de notre image corporelle, cette conscience de l’harmonie de l’âme et du corps, que nos ancêtres avaient plus que nous puisqu’ils avaient su créer les vêtements les plus aptes à la mettre en valeur. La beauté des costumes folkloriques, dont la coupe convenait à tous les types physiques, en est une preuve irréfutable


Comment ne pas relier cette mise à nu du corps à cette autre mise à nu, celle de la vie intime? On n’ose plus parler d’âme! Lorsque la psychologie particulière d’un être est traitée devant n’importe quel auditeur, lecteur ou voyeur comme un moteur dont on démonte, monte ou remonte les parties mécaniques, avec le consentement, sinon le contentement de la victime, pourquoi le corps serait-il exclu de cette exhibition?


Ce corps que n’en finit pas de dévoiler et violer la science jusque dans ses phénomènes les plus secrets. La reproduction humaine est passée de l’alcôve à l’éprouvette; et nous avons peu protesté. Transmettre la vie a cessé de nous mobiliser comme une chose précieuse, tant symboliquement que physiquement. La sexualité humaine n’est plus un objet de découverte progressive, d’autant plus attrayante que plus cachée; elle est enseignée sur un tableau noir ou sur un écran. Là où le poète s’écriait: «ô Femme, argile idéal sorti des doigts du divin statuaire», le biologiste présente sur des diagrammes les organes sexuels mâles et femelles. A-t-on oublié qu’avant l’ère moderne, c’est par la dissection des cadavres qu’on a pu connaître et reproduire les organes féminins de la reproduction? C’est sur le corps mort, et non plus sur le sujet vivant et frémissant d’amour, qu’on a établi l’enseignement de la sexualité, en écartant tout le symbolisme et surtout toutes les passions liées à l’acte amoureux.


Dans la lutte contre les aliments modifiés génétiquement, l’instinct de conservation vient de se révéler plus fort que l’instinct sexuel, lorsque le commun des mortels a subitement pris conscience que les manipulations génétiques ne faisaient plus que concerner la transmission de la vie, mais sa propre vie à lui, celle que maintient jour après jour la nourriture consommée. Narcisse amoureux, non de son image, mais de son ventre…


Vous nous entraînez loin de la mode, direz-vous. Moins que vous ne croyez. Il est impossible que cette mise en pièces détachées de l’être humain n’ait pas d’effets sur la culture et l’organisation sociale d’une époque, sur la mode même, dont les funèbres représentations révèlent peut-être que nous sommes en deuil de nous-mêmes, en deuil de notre identité féminine et masculine, en deuil de cette humanité dont Fukuyama a proclamé la mort! La femme croit s’être rapprochée de l’homme en pratiquant l’égalité des sexes. Et jamais peut-être les sexes n’auront été aussi antagonistes qu’en cette fin de siècle où sont en voie de disparition les vêtements différenciés et séduisants.


Au moment des amours, les oiseaux se parent de leur plus beau plumage, liant ainsi le besoin de plaire à la beauté. Chesterton voyait l’enlaidissement des arts comme une des calamités de notre époque. Il comprenait dans ce mot l’art de se vêtir et rêvait d’un retour aux coloris vivants du Moyen Âge, à ces robes ou à ces costumes masculins, taillés dans des étoffes aux couleurs vibrantes des fleurs, que reproduisent si fidèlement les miniatures. Car l’uniformisation de la mode apparaît comme un appauvrissement d’une des expressions humaines les plus visibles, au même titre que la disparition d’espèces animales appauvrit le bestiaire imaginaire de l’être humain.


Le vêtement est plus qu’une apparence, il est la signature d’une civilisation; par-delà la mode, il est un mode, non seulement de représentation, mais de communication entre les hommes et les femmes, avec tous les abus que cela suppose, mais aussi toutes les jouissances que procure le vêtement, lorsque l’étoffe et la coupe, en parfaite harmonie avec la personne, la révèle alors à autrui autant que la parole. Séduction? Oui, mais comme prélude à la communication et à l’union…


Depuis quelques années, des Médiévales ont fait leur apparition dans diverses régions. Et c’est sur ce retour vers ces costumes joyeux et enveloppants, où l’homme et la femme sont bien différenciés, que je proposerai au lecteur l’aphorisme suivant – moins paradoxal qu’il semble l’être, car il est connu que le nudisme a pour effet d’inhiber le désir – «En dehors de l’alcôve, l’attraction exercée par le corps humain est inversement proportionnelle à sa nudité» (auteur inconnu).


Si nos modes de vie actuels ne permettent pas d’adopter ces costumes, du moins leur résurrection occasionnelle témoigne-t-elle d’une recherche esthétique et d’une joie de vivre qu'un vers anglais a célébrées dans une forme trop parfaite pour être traduite: A thing of Beauty is a joy for ever.


Beauté du costume

Les Japonaises, celles du moins qui sont fidèles au kimono, portent à notre avis l’un des vêtements les plus esthétiques qui soit; sa création, qui se perd dans la nuit des temps, n’a pas été dépassée, d’où sa pérennité. Le même constat s’applique au sari, d’une grâce parfaite. Un regard aussi au boubou africain, dont les couleurs artisanales sont raffinées et le plus souvent éclatantes comme doivent l’être les vêtements aux pays du soleil. Leur coupe généreuse s'adapte en plus à toutes les formes corporelles...

 

in "Lettre de l'Agora"

 

Note

1. Cet article a été écrit à la fin du XXe siècle. Depuis, les modes ont bien évidemment changé: et on est passé de la botte guerrière à l'invraisemblable soulier pointu comme un clou et au talon haut comme un couteau! Légende urbaine ou réalité? On dit que des adolescentes se seraient fait raccourcir le gros orteil pour pouvoir le porter. 
.

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La muraille

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LA MURAILLE

 

 

Passer indifférentes royales hautaines

Devant le mur gris des visages pétrifiés

Qu’on ne sait quels démons ont un jour édifié

Pour punir le mensonge et l’orgueil et la haine

 

 

La grimace à jamais figée dans la veine

Calcaire et le rictus à jamais momifié

Ils envient du gris de leurs yeux putréfiés

La démarche splendide des trois souveraines

 

 

La première est la joie d’être en vie et de plaire

Et de suivre au soleil un chemin exemplaire

La seconde  rassemble en ses yeux d’infini

 

 

Tous les clairs idéaux  en faisceau réunis

Et la troisième suit douce et tendre et très sage

Après tout ces trois-là ne sont que de passage

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administrateur théâtres

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Flagey Chamber Music : L'Abbé Liszt, mardi 22 novembre 2011

le  vlaams radio koor, sous la direction de nicolas andré

jan michiels, piano

bart naessens, orgue

 

Programme 

Franz Liszt
Missa Choralis; (a capella)
Agnus Dei Della Messa Da Requiem Di Giuseppe Verdi, S437 (piano solo)
12 Lieder von Schubert, S558/R243‚ Ave Maria (piano solo)
Confutatis maledictis en Lacrymosa du Requiem, K626, S550/R229 (piano solo)
À la Chapelle Sixtine ‘Miserere D’Allegri  et Ave Verum Corpus de Mozart’, S461 (piano solo)

Gregorio Allegri
Miserere

 

 

 C’était une soirée de voix de cristal hier soir à l’église Sainte-Croix. Le concert célébrait le centenaire de la naissance de  l’abbé Liszt.

 Le Vlaams Radio Koor a interprété avec grande sensibilité une merveilleuse partition de Liszt, faite de prières sans ornements, allant à l’essence du texte et rendant la foi lumineuse. La direction était assurée par un jeune chef d’orchestre au curriculum  déjà très fourni, Nicolas André, né en Normandie. Elle  a conféré à l’œuvre choisie : «  La missa choralis » une épaisseur, des contours et une émotion mystique très perceptibles. La structure musicale de la partition très complexe apparaît comme sous une loupe: tout est défini, net, précis et fondu à la fois. Les sonorités aigues  sont d’une pureté exquise, soulignées par des basses impressionnantes.  De l’excellence, surtout avec un tempo  si souvent vif et enlevé.  Quel talent ! Chaque visage des choristes reflète le sourire intérieur et  une communion évidente dans la musique, qui redonne chaleur au cœur des auditeurs transis.Car c’est une église, et c’est un soir de novembre  humide et frisquet. Cette messe laissera les auditeurs dans une émotion profonde après le magnifique « Agnus Dei ».

 

 Chaque prière de la missa choralis était enchâssée entre des réécritures  de Liszt, pratique courante à l’époque,  où Liszt  réécrit pour le piano des œuvres célèbres qui lui tiennent à cœur. Ainsi , joué au piano avec passion et  piété profonde, nous avons eu en  premier  interlude (entre le Kyrie et le Gloria de la Missa Choralis) « l’ Agnus Dei Della Messa Da Requiem » Di Giuseppe Verdi. Une pièce intime, méditative et pleine de sobriété. Ensuite,  « L’Ave Maria » de Schubert, retranscrit et paraphrasé par Liszt, nous a plongé dans le bonheur. Et ainsi en a -t-il été pour tous les autres interludes entre les prières de la Missa Choralis. Une église n’est peut-être pas le cadre acoustique idéal pour un  instrument comme le piano, mais la musique était véritablement sentie et jouée des mains d’un virtuose. En particulier la transcription de « l’Ave Verum Corpus » de Mozart.

 

Pour conclure il y a eu cet incroyable morceau de piété et de bravoure musicale aux accents de chant grégorien alternant avec des voix célestes. Quatre solistes détachés du chœur se sont    installés comme par enchantement au jubé. Le dialogue établi entre le choeur et ces quatre chanteurs sublimes était une pure merveille. Une musique que l’on reconnait après  à la première note pour l’avoir écoutée une seule fois tellement elle est s’insinue dans le subconscient.  Il s’agissait du «  Miserere » de Gregorio Allegri, une composition du psaume 51 qui  était exécuté uniquement pendant l’Office des ténèbres de la semaine de Pâques. A cette époque, l’œuvre était  un bien exclusif du chœur papal et ne pouvait être publiée. C’est Mozart qui à 14 ans, l’ayant écouté dans la chapelle Sixtine  avec son père, réécrit de mémoire cette œuvre de 9 voix. Ce qui permit à l’œuvre d’atteindre enfin le public. Et nous, d’être touchés en plein cœur par tant de beauté. Inutile de dire que les applaudissements se sont faits Debout.

 

http://www.flagey.be/fr/programme/7737/flagey-chamber-music-l-abbe-liszt/vlaams-radio-koor-nicolas-andre

 

 

 

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administrateur théâtres

 

« How dark, ô Lord, are thy decrees… Seigneur, qu’ils sont obscurs tes commandements… »

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                                                 Georg Friedrich Händel

JEPHTHA
(1752)

An Oratorio; or Sacred Drama

Words by Thomas Morell

DRAMATIS PERSONAE

Jephtha (tenor)

Iphis, his Dauhghter (soprano)

Storgè , his Wife (mezzo-soprano)

Zebul, his Brother (bass)

Hamor, in love with Iphis (alto)

Angel (soprano)

                                                                                             Nous avons reçu le meilleur de William Christie et les Arts Florissants dans une œuvre sublime de G F Haendel, merveilleusement habitée,  hier soir aux Beaux-Arts de Bruxelles.

Le modelé, les couleurs et le souffle de l’orchestre qui joue sur des instruments anciens était un ravissement pour l’oreille. Le choix de solistes d’exception avait tout pour plaire. Pas étonnant alors que cette exécution magistrale  ait donné lieu à une ovation debout par un public enthousiaste et comblé.  Il s’agissait du dernier oratorio du prince de la musique anglaise: Jephta. Le thème principal est la soumission de l’homme à sa destinée.  « Whatever is, is right. »  

 

L’histoire est émouvante. C’est le sacrifice d’Abraham en version féminine. L’histoire figure dans l’Ancien Testament, Livre des Juges chapitre 11. Thomas Morel, le librettiste invente de nouveaux personnages, ajoute une histoire d’amour et adoucit le sanglant dénouement en consacrant la vierge prête au sacrifice, à Jehovah pour qu’elle le serve dans la pureté et la félicité et qu’ainsi sa vie soit épargnée. L’histoire repose donc sur le vœu imprudent de Jephta, qui, en échange de la victoire contre les Ammonites impies, sacrifierait la première personne croisant son regard au retour de la guerre. Hélas cette personne n’est rien moins que sa fille, Iphis (Iphigénie ?),  la fiancée d’ Hamor, son vaillant fiancé qui a accompagné Jephta à la guerre. L’ouverture à la française aux rythmes pointés et enjoués puis au caractère solennel nous emporte dans l’univers biblique avec majesté. Jephta chante : « God shall make me great ! » et les instruments d’acquiescer. Il a de la stature et du phrasé, ce demi-frère bâtard de Zebul, grand Juge des Israélites de Galaad soumis aux idolâtries des Ammonites.  Storgé, cette mère attendrissante et emplie de sagesse visionnaire,  est inquiète : la paix est délaissée. Elle dialogue tout en nuances, avec finesse et émotion avec la flûte traversière… un personnage en soi, tout au long du concert. Elle module avec gravité : « Scenes of horror, scenes of woe, Rising from the shades below, Add new terror to the night » Impuissante, elle attend « le retour à la liberté et à l’amour ».

 

 Mais le véritable sens dramatique du compositeur éclate dans les parties chorales. Surtout dans les phrases méditatives du chœur qui aborde des tonalités, des rythmes et des musicalités très différentes, véritables vecteurs de sentiments.  Chaque intervention fait avancer l’intrigue, permet de palper mieux l’ampleur des enjeux. Ce qui distingue, dit-on, l’opéra de l’oratorio, c’est  la présence du chœur rendant l’action scénique difficile, mais le charisme qu’il dégage se suffit à en faire un personnage à part entière dont on attend chaque fois  l’intervention avec émotion.  On a eu l’impression hier soir  que le chœur était composé d’autant de solistes tant la voix de chacun fabriquait une masse chorale puissante, ciselée et multiple. Ils n’étaient que 25.  De magnifiques morceaux très évocateurs nous restent fichés dans  l’esprit et dans le cœur.

Acte 1 , scène 4 :

O God, behold our sore distress,
Omnipotent to plague or bless!.

 Acte 2, scène 2 :

 In glory high, in might serene,
He sees, moves all, unmov'd, unseen.
His mighty arm, with sudden blow
Dispers'd and quell'd the haughty foe. 

 Acte 2 scène 4 :

How dark, O Lord, are Thy decrees,
All hid from mortal sight,
All our joys to sorrow turning,
And our triumphs into mourning,
As the night succeeds the day.
No certain bliss,
No solid peace,
We mortals know
On earth below,
Yet on this maxim still obey:
"Whatever is, is right."  

 

Le public est bouleversé. Mais revenons au  moment fatal, au moment terrible où Jephta, bien que, paralysé par la douleur de perdre sa fille prend sa décision inébranlable en phrases lapidaires, muettes de souffrance.

Acte 2 scène 3: 

Zebul
Oh, spare your daughter,

Storgè
Spare my child,

Hamor
My love!

Jephtha
Recorded stands my vow in Heav'n above.

Storgè
Recall the impious vow, ere 'tis too late.

Jephtha
I'll hear no more, her doom is fix'd as fate!

 

L’aria du père éprouvé sera déchirant lorsque s’ouvre le troisième acte  sur ses regrets éperdus :

 «Hide thou thy hated beams, O sun, in clouds
And darkness, deep as is a father's woe;
A father, off'ring up his only child
In vow'd return for victory and peace».

Iphis est toute sensibilité, pureté de voix et harmonie. L’adieu à la vie de la jeune vierge sacrifiée qui obéit au ciel nous arrache des larmes: «Farewell, ye limpid springs and floods,Ye flow'ry meads and leafy woods …» Shakespeare ou Haendel?  De la musique dans les deux cas. Elle sera sauvée par un ange à la voix radieuse, détachée l’espace d’un instant, de ce chœur fabuleux, après une petite symphonie instrumentale en ré majeur. Celle-ci, annonciatrice de bonheur, vibre de vivacité et de délicatesse. Ce sera  du Haendel exaltant quand à la fin, se seront ajoutées les trompettes de l’allégresse pour célébrer  une véritable ode à la joie: “Rejoice!”. Même le pauvre fiancé est d’accord : « Duteous to almighty pow'r, Still my Iphis I'll adore. » Et le choeur  de conclure: “So are they blessed who fear the Lord. Amen. Hallelujah. »

Les Arts Florissants

Dimanche 20.11.2011 20:00   Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf

William Christie direction - Katherine Watson Iphis (soprano) - Rachel Redmond L'Ange (soprano) - Kristina Hammarström Storgè (contralto) - David DQ Lee Hamor (contre-ténor) - Kurt Streit Jephtha (ténor) - Neal Davies Zebul (baryton-basse) - Les Arts Florissants

Georg Friedrich Händel, Jephtha, HWV 70

 

http://www.bozar.be/activity.php?id=11020&selectiondate=2011-11-20

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administrateur théâtres

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Amen  (Le vicaire )  la pièce écrite en  1963  par Rolf Hochhuth ,  au théâtre des Galeries

 « Rigoureuse, enlevée, érudite, la mise en scène de Jean-Claude Idée nous captive d'un bout à l'autre, avec des comédiens alternant à merveille entre SS et clergé italien. Une pièce trois étoiles, captivante et formidablement jouée. » Le Soir, 03/11/2011

 


La pièce de Rolf Hochhuth date de 1963 mais son histoire d'un prêtre en révolte contre le Vatican face à son silence assourdissant devant l'horreur de l'Holocauste, trouve encore une belle résonance aujourd'hui.
Un officier SS et un jeune prêtre refusent de dire ‘amen’ à la barbarie…
La pièce de Rolf Hochhuth dénonce l'attentisme du Vatican dans l'holocauste perpétré par le régime nazi. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kurt Gerstein, un officier SS allemand, épaulé par un jeune jésuite, Ricardo Fontana, tente d'informer le Pape Pie XII et les Alliés du génocide des Juifs organisé par les nazis dans les camps de concentration. Cette pièce montre qu'une histoire écrite avec le sang de millions d'innocents ne peut être frappée de prescription, elle attribue aux coupables leur part de culpabilité, elle rappelle à tous les intéressés qu'ils eurent la faculté de se décider et qu'en effet ils se sont décidés même en ne se décidant pas.

 

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Le décor est soufflant de vérité. Les costumes des prisonniers et des torsionnaires  donnent le frisson. Toute l’horreur des bruits de bottes revient à la surface. Les histoires de grands-parents qui ont vécu deux guerres élèvent leurs voix disparues. Et le cœur s’éprend aussitôt de Ricardo et de Kurt Gerstein deux héros qui disent non à l’horreur vécue par des millions de personnes à qui on avait arraché la dignité.

 

 La fresque est totale quand sous nos yeux se découvre l’envers du décor, le silence de l’église, les alliances douteuses, la peur du communisme. Du tout grand art de scène pour faire ouevre de mémoire, rappeler l’indicible. Œuvre utile et indispensable à une époque oublieuse. Les bruits sourds, les grincements évocateurs alternent avec un violon nostalgique qui égrène ses notes comme une vraie prière.  C’est la seule femme dans cette pièce uniquement peuplée d’hommes.

 

 Hélas le spectacle est terminé. On espère de tout cœur qu’ils le remettront à l’affiche. La salle était comble et les regards reconnaissants de rappeler ce qu’on ne peut ni oublier ni pardonner, ni recommencer où que ce soit. Le souvenir lancinant ne nous lâchera pas : au  fur et à mesure les décors deviennent de plus en plus bancals, les scènes deviennent, on l’espérerait, surréalistes. Un pape s'assied sur un autel.  Mais non, la fougue des comédiens nous montre bien la réalité de  ce moment insoutenable de l’histoire humaine.

 

« Le mal consiste à dénoncer le sens de la vie », parole dont s’enorgueillit un des personnages nazi. Terrible : « ce sont les traîtres qui sauvent l’honneur de l’Allemagne. » «  Ce meurtre, nous en sommes tous coupables» « Servir la paix ? Dieu punisse les pacifistes ! » « Ne rien faire est aussi grave que participer au crime. » On sort de ce spectacle bouleversés, incapables de formuler un seul commentaire.

 

Avec Steve Driesen,

 

 Nicolas d'Oultremont, Emmanuel Dekoninck, David Leclercq, Bernard Sens, Pascal Racan, Michel Poncelet, Damien De Dobbeleer, Marc De Roy, Gérald Marti, Frederik Haugness, Xavier Dumont, Frédéric Clou et Jean-Claude Frison.
Accompagnement musical : Anouk Ganzevoort.
Mise en scène : Jean-Claude Idée / Décors : Francesco Deleo / Costumes : Béatrice Guilleaume
Adaptation : Fabrice Gardin

 

http://www.trg.be/Public/Page.php?ID=3300&ancestor1=3192&saison=3180

 

 

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administrateur théâtres

 

 Sylvie NICOLAÏ  est  Clara SCHUMANN  

dans Clara et Robert SCHUMANN 


de l'auteure belge Sylvie Nicolaï

 

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spectacle créé par LE THEATRE DU GRAND MIDI à L'XL THEATRE

 dans le cadre du  FESTIF'FESTIVAL 2011 - La parole est aux Jeunes Artistes  du 15 au 19 novembre à 20h30

 

 

                                                            &

 

 

 

Emilie DUVIVIER  est La MALIBRAN 

dans UNA VOCE POCO FA 

de  l'auteure belge Sandrine WILLEMS

 

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spectacle créé par LE THEATRE DU GRAND MIDI à L' XL THEATRE


 

du 15 au 19 novembre à 20h30

 


  

 

                                                    Deux destinées extraordinaires: Clara et Maria,

Deux femmes extraordinaires. 

 

Elle s’appelait Clara. Femme de tête et de cœur,  amante et mère incomparable. Une princesse sombre. Elle s’appelait  Maria. Irrémédiablement belle, riche et intensément jeune. Une princesse blanche.

Toutes deux vivent la passion d’un homme entre tous et de la musique. Toutes deux subissent la tyrannie de  pères autoritaires. Pour l’une la passion devient constructrice, pour l’autre destructrice. Le spectateur est captif entre ces deux faces de la féminité qui lui sont tendues comme un miroir, fondement du théâtre.

 

Les deux interprètes de cette rencontre poétique et musicale sont habitées par la fougue du  romantisme. Toutes deux, anciennes élèves de Bernard Damien, ont accompli un travail magistral   de création et d’interprétation. La création de Sylvie Nicolaï est un patient  travail d’assemblages des lettres  enflammées qu’échangèrent Clara et  Robert Schumann. L’ensemble est  mis en scène avec vivacité et amour palpable. Ce texte volubile retrace leur histoire d’amour avant que le compositeur ne sombre dans la folie, la laissant à la tête d’une nombreuse progéniture.

 

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 Emilie Duvivier reprend le texte splendide et touchant de Sandrine Willems,  jeune auteure belge vivant à Nice, qui retrace la vie éphémère de Maria Felicia Malibran. E.E Schmitt dirait « chacun sait qu’une biographie est une autobiographie sincère. En croyant parler d’une autre, on parle sans fard de soi ». Les deux comédiennes mettent tant de cœur dans leur interprétation qu’on ne peut pas les imaginer étrangères au texte et uniquement interprètes. Ou alors elles possèdent un talent hors du commun. 

Toutes deux nous livrent ce qui se passe  au-delà des mots et nous tendent ce miroir dans lequel elles et nous, pouvons nous voir. Toutes deux pénètrent avec talent ce que ces deux personnages féminins extraordinaires éprouvent. Clara : « Je veux vivre et vous chérir et me souvenir ! » Maria : «Je te donne ma vie, mais je ne vis plus ! ».  Puis au bord du désespoir : « Encore vivre, encore chanter ! » alors qu’elle agonise à 28 ans après une chute mortelle à cheval. « Un amour, enfin à sa hauteur ! »



 

Il y a  un formidable crescendo entre les deux parties du spectacle. Emilie Duvivier ajoute tout son corps rayonnant sur le plateau. Et une lumière incandescente. « De ma voix, je pouvais faire n’importe quoi. Trois octaves balayées d’un souffle. » Tout en elle est vibrant, intense et juste. Sa voix souffle des confidences à des spectateurs assis au premier rang devant un décor éblouissant de blancheur. Des bribes de  mélodies inoubliables de Maria sont ressuscitées avec une justesse  surprenante. Elle avoue que l’acharnement du succès et l’angoisse l’ont fait vivre comme une bête traquée aux côtés d’un père tyrannique. Que « les jours les plus heureux de sa vie » étaient avec Bellini, qui ne la désirait pas. Elle soupire avec amertume que les gloires de l’art lyriques « sont aimées pour ce qu’elles font, pas pour ce qu’elles sont ». Une question qui nous vrille le cœur. Tout son corps « impossiblement beau »  et rose de féminité palpite, bondit et se terre  comme un  animal en souffrance, l’émotion nous étreint. Le sourire se perle, la bouche frémit, les ongles écarlates agrippent sa tunique vaporeuse  de déesse.  Ses yeux radieux nous transpercent, et  tout en elle confesse avec passion  son histoire malheureuse à cet enfant mort en son sein. Les noces de la scène et de la comédienne lui font tout donner d’elle-même.  Le spectateur est subjugué. Par le texte et par l’actrice.  « Qui a goûté à l’ovation d’un public ne peut plus s’en passer ». Ce spectacle d’exception le prouve en tout cas.

 

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administrateur théâtres

12272766897?profile=originalLa Missa Solemnis de Beethoven, mardi 15 novembre à 20h aux Beaux-Arts de Bruxelles  12272767492?profile=original

 

 

20:00, HLB : Orchestre des Champs-Élysées

Philippe Herreweghe direction - Hanna-Elisabeth Müller soprano - Gerhild Romberger alto - Benjamin Hulett ténor - David Wilson-Johnson basse - Orchestre des Champs-Élysées , Collegium Vocale Gent , Accademia Chigiana Siena

Ludwig van Beethoven, Missa Solemnis, op. 123

 

A la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées et du Collegium Vocale de Gand, Philippe Herreweghe dirigea la Missa Solemnis de Beethoven, mardi 15 novembre à 20h aux Beaux-Arts de Bruxelles. Sur scène on retrouve un merveilleux quatuor de solistes : la soprano Hanna-Elisabeth Müller , l’alto Gerhild Romberger, le ténor Benjamin Hulett et la basse David Wilson-Johnson.

 La Missa Solemnis opus 123 est une  composition liturgique de Ludwig van Beethoven, d’une durée de plus de quatre-vingts minutes, son œuvre la plus longue. Considérée par le compositeur comme « sa meilleure œuvre, son plus grand ouvrage ». L’effectif orchestral impressionnant est entouré  d’un chœur à quatre voix et d’un quatuor de solistes qui font de cette œuvre un monument, une  véritable arche musicale. L’humble Philippe Herreweghe est  un Noé capable de parler à tous, dans la discrétion, presque dans l’intimité. A mains nues.  On se demande quelle église, quelle cathédrale pouvait abriter un tel ensemble de musiciens et de chanteurs. La belle salle Henry Le Bœuf était certes un écrin approprié pour ce monument musical si sculpté et si raffiné. L’écoute du public est  d’emblée, respectueuse.

A commencer par « le Kyrie » dont le « K » éclate  d’abord comme un fruit mûr, puis  il nous livre nombres de vagues et d’ondes de supplications, comme fusant de  la barque biblique. Fort de la grâce acquise par le repentir, le Gloria fracasse la voûte céleste. Il y a ce déchirant « Glorificamus te ! ». Une pause instrumentale prépare l’entrée triomphale des Solistes qui entonnent le « Gratias agimus tibi ». Ils produisent  des croisements de volutes vocales d’une perfection extraordinaire et d’une puissance étonnante. Le « Miserere » se gonfle d’humilité tandis que le « Quoniam passus est » brûle de violence. Le finale exultera. Des mains humaines pétrissent le pain céleste. Celles de Philippe Herreweghe. Les solistes démarrent « un Amen » vibrant qui rappelle le fracas du début. Et  totalement déployés ils reprennent les nœuds  inouïs du « Gloria », pour tisser une voile au vent divin.  

 

Le « Credo » inaugure des sonorités puissantes, ardentes, en crescendo, soutenues par les bois. « Descendit »  énoncent 4 ténors du chœur. Et le relief de « Incarnatus est »  est longuement poli et modelé par  le ténor soliste. Dieu fait chair.  Fusent les regrets amers et la souffrance du « Crucifixus » . Chaque mot de cette œuvre est une prière en soi. « Passus et sepultus est » est chanté par et pour la multitude qui s’aperçoit de l’ampleur du sacrifice. Glorieux, grandiose et brillant, voilà le « Resurrexit » ! Les sopranes cueillent la musique et les instruments rétablissent un calme propice au quatuor vocal. Violons et flûtes se glissent jusqu’au ciel. Joie.  Trois accords nets  annoncent une dernière louange qui se fond dans les instruments. Du tout grand art ! Comme si tous les sentiments tournés en musique se dissolvaient dans une ascension éperdue  de l’esprit.

De sombres notes débutent « le Sanctus ». Les cuivres sont emplis de déférence pieuse. « Le deus Sabbaoth » est presque murmuré avant l’élan des sopranos. Mais elles sont déjà si haut ! Violons, violoncelles semblent caresser de leurs mains  le Dieu fait homme. Violons et flûtes redoublent de soins et de tendresse. Est-ce que la Vierge elle-même est à l’archet ?  Dans « le Benedictus », l’homme s’efface devant l’indicible majesté du divin. Tout le plateau se lève, les percussions tonnent ; le violon, les yeux fermés, n’a pas lâché sa louange et entame un solo exalté. La voix pure de la soprano se mêle à celle de l’alto, l’humanité se berce au creux de la main de Dieu. « Qui tollis peccata mundi » évoque cette folie divine qui nous arrache à la mort. Le violon qui s’était évanoui revient avec tendresse sur la  dernière note et la promesse, toutes deux  tenues.

« L’Agnus Dei » est un mystère d’imbrication. Par-dessus les instruments, vibre la basse ; puis le duo des alto et ténor transfigurés se répond. La soprane magnifique joint sa voix, humble et noble à la fois… et le chœur chante déjà, miroir de l’invisible.

Les voix supplient que ce soit la paix qui l’emporte. Des quatre coins du monde, la demande pressante est universelle.  Les instruments  semble faire diversion et jouer la débandade mais la clameur reprend, harmonieuse. La  musique fourmille de rebondissements à l’infini. Chacun y va de sa note plus légère que l’air, murmurée sur les ailes de l’espoir. C’est un spectacle d’une vitalité  radieuse. Tous les spectateurs en sont épris. Tous ont vécu l’expérience extraordinaire d’une musique complexe en renaissance perpétuelle.   La salle entière exulte.

L’Orchestre des Champs-Elysées, qui joue sur instruments d’époque, fêtait à Bruxelles sous la direction prestigieuse de Philippe Herreweghe, ses 20 ans de résidence.

 

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http://www.bozar.be/activity.php?id=11019&selectiondate=2011-11-15

 

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administrateur théâtres

12272770466?profile=originalAu nom du chef d’orchestre René Jacobs, toutes les oreilles se dressent.

 

Sa présentation de «  ACI, GALATEA E POLIFEMO » de George Friedrich Haendel    avait  été applaudie debout, avec l’orchestre  « Akademia für alte Musik Berlin » au mois de septembre dernier lors du Klara festival aux Beaux-Arts.

 

Cette fois nous l’avons rejoint avec une pièce rarement jouée : Les Créatures de Prométhée (1801) de Beethoven, suivie de Seconde Romance pour violon (1802) et la Cent-quatrième Symphonie « Londres » (1795) de Haydn , interprétés dans la même  salle Henry Le Boeuf, aux Beaux-Arts de Bruxelles, ce 12 novembre dernier.

 

Le bonheur c’est tout d’abord de voir les musiciens communiquer entre eux  leur enthousiasme pour la musique, à coups d’œillades entendues, de sourires et d’humeurs joyeuses. « Die Geschöpfe des Prometheus » constitue l’unique ballet jamais composé par Beethoven. La légende grecque de Prométhée devient une espèce de poème sonore qui n’insiste pas tant sur la rébellion de ce fils de Titan dévoué à la cause humaine, qui déroba pour les humains la flamme de l’intelligence, de la science et des arts, mais plutôt sur la beauté et la sérénité qui éclosent de  la poésie de la musique et des arts, toutes muses confondues. Une lumière spirituelle encore plus éblouissante que la chaleur physique du feu. 

  En témoigne un livret que René Jacobs s’est ingénié à reconstituer et que l’on peut retrouver dans le programme. On rêverait de voir surgir les danseurs! Ce livret  correspond très bien aux idées des Lumières que Beethoven propose avec verve et légèreté. Le rêve, c'est l'intelligence et l'élévation. 

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  La musicalité et la joie sont au rendez-vous. Les accords sont précis et vigoureux, les motifs chantants. Au fond du plateau trônent trois contrebasses, comme trois égéries, de véritables sources d’énergie et de sérénité. La musique est vive et  joyeuse,  ciselée avec amour. Les percussions ont des timbres métalliques pleins d’allant qui pourfendent parfois les grondements divins des cordes. On aperçoit des traînées de lumière musicale, quelqu’un marcherait-il à pas farceurs sur des braises brûlantes ? Mais il y a soudain le velouté musical et vibrant  de la harpe cachée jusqu’ici par la stature du chef d’orchestre. Surprise et enchantements. Des accents lourds de majesté fusent, hubris où es-tu ? ...Jamais loin de ce qui est humain. Détrompez-vous, c’est l’aspect dansant des bonheurs divins  qui prime. Le bonheur des sonorités sur des instruments anciens, leur rythme sûr et infaillible.  Les baguettes des percussions s’emballent à nouveau pour former une marche presque guerrière et les violons se dépensent, inépuisables. Une première partie de concert très appréciée.

 

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L’intensité dramatique décuplera dans la Cent-quatrième Symphonie « Londres » (1795) de Haydn  où musiciens et chef d’orchestre organisent une profondeur d’envoûtement qui subjugue la salle. Encore une fois c’est la belle sonorité qui séduit, les envolées des bois, les cuivres qui crépitent avec fougue, la structure de la partition qui se déploie avec sérénité, aisance et définition. Tout un marché joyeux d’étoffes musicales, de textures et de couleurs chatoyantes ponctuées d’airs de farandoles s'offre à nous.  A la fin, avec légèreté et assurance, se chevauchent humour et gravité, les bercements alternant avec l’assaut du ciel. Le plaisir des musiciens est palpable jusqu’au bout.  

 

Et René Jacobs salue, mettant en avant l'immense  violoniste Bernard Forck qui nous a joué aussi la gracieuse Seconde Romance pour violon (1802). Une musique rayonnante qui bombarde nuages tristes et humeurs chagrines. Une musique faite de délicatesse, de dévotion et de félicité profonde.

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Akademie für Alte Musik Berlin

Samedi 12.11.2011 20:00

Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf

René Jacobs direction - Bernhard Forck violon - Akademie für Alte Musik Berlin
Ludwig van Beethoven Die Geschöpfe des Prometheus, op. 43, Romance pour violon et orchestre n° 2, op. 50
Joseph Haydn, Symphonie, Hob. I:104, "London"

 

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Un samedi après-midi dans une expo à Bruxelles

 Un samedi après-midi dans une expo à Bruxelles  

                            Antonia Iliescu

La visite d’une exposition de peinture est une aventure, il faut oser entrer dans l’univers de l’artiste, comprendre ce qu’il a voulu dire, deviner ce qui est caché aux yeux de tout un chacun, imaginer ce qu’il y a entre les lignes, voir entre les formes et les couleurs et même entre les toiles. Dès qu’on entre par « L’entrée des artistes », on se rend compte que les toiles d’Olivier Lamboray racontent une histoire, l’histoire de l’AMOUR bien réel, dans un monde de rêve bâti sous la lumière de la lune, « A la lumière de tes yeux », où on dit « saya cinta padamu » (« je t’aime », parole d’Olivier !) sur les taches blanches des murs ou sur des colonnes infinies bâties d’AMOUR. 
Les personnages (sa femme, le peintre lui-même, Magritte et Delvaux, Laly Superstar) évoluent dans le même décor d’une même ville : Bruxelles, (soit une maison, soit un train engagé sur un chemin de fer ; et oui, l’amour c’est du solide). Ce décor change pourtant dans les détails d’une toile à l’autre, et même sur la même toile, d’une fenêtre à l’autre (une fenêtre reflète les nuages gris, une autre le ciel clair du jour). Pour le déplacement on propose des carrosses sans attelages et avec un zèbre en toute liberté à la place des chevaux (dans le vrai amour il n’y a pas de contraintes). Il fait nuit dehors mais à l’intérieur il y de la lumière aux fenêtres.
L’aventure se passe à Bruxelles et l’amour prend le train avec aux commandes la femme du peintre, Agung, sa Georgette à lui. Le train passe devant l'église Notre Dame du Sablon et sous les yeux d’une fillette qui, dans l’attente de sa petite sœur promise, serre dans ses bras une poupée de chiffon (« Conception »). Laly est absente. Oui, oui, vous avez bien lu : Laly est absente. En passant d’une toile à l’autre, Laly a disparu. Mais où est-elle ? Mystère ... En fin, all is well that ends well, un mètre plus loin on la retrouve à sa place (devant la maison), assise à côté d’une valise (« Hommage à René Magritte », « Le roman de tes yeux »,…). S’est-elle enfuie avec Toutou (le chien loulou de Magritte), ou a-t-elle succombé aux charmes du chat Merlin (de Robert Paul) ou à ceux du Pablo (de Jiembé) ? Mystère…
Qu’est-ce qu’elle a pu faire le temps d’un regard d’une toile de son maître Olivier ? Etes-vous curieux de savoir son histoire de fugue ? Je vous invite sur ma page, rubrique « Vidéo ». Ouvrez « Laly et Banabar », un clip enregistré dans la cage d’escalier de ma maison… (Ne suis-je pas un « oiseau de cage » ?...)

 

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administrateur théâtres

L'IMPROMPTU DE BERLIN,

Régalez-vous:

Imaginez le décor d'un théâtre et laissez-vous aller à goûter au plaisir de ce marivaudage  politique en alexandrins !

Que ceci nous change agréablement du mauvais français, des fautes d'orthographe et de  syntaxe qui abaondent à notre époque pressée!

Prenez autant de plaisir que moi à ce duel à fleuret moucheté et plein de sous-entendus : c'est tout le mal que je vous souhaite !

La scène se passe dans les jardins du Château Bellevue, à Berlin.

 

(ANGELA VON MECKLEMBURG et NICOLAS DE NEUILLY
se sont discrètement éclipsés de la réception offerte par le roi de Prusse.
On entend, au loin, les accents du quatuor de Joseph Haydn.)


NICOLAS DE NEUILLY :
Madame, l'heure est grave : alors que Berlin danse,
Athènes est en émoi et Lisbonne est en transes.
Voyez la verte Erin, voyez l'Estrémadoure,
Entendez les Romains : ils appellent au secours !
Ils scrutent l'horizon, et implorent les Dieux.
Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux
Attendent de vous, madame, le geste généreux !
De leur accablement ils m'ont fait l'interprète :
Leur destin est scellé, à moins qu'on ne leur prête
Cet argent des Allemands sur lesquels vous régnez.
Cette cause est bien rude, mais laissez-moi plaider...

ANGELA VON MECKLEMBURG :
Taisez-vous Nicolas ! Je crois qu'il y a méprise.
Folle étais-je de croire à une douce surprise.
En vous suivant ici seule et sans équipage
Je m'attendais, c'est sûr, à bien d'autres hommages !
Mais je dois déchanter, et comme c'est humiliant
De n'être courtisée que pour son seul argent !


NICOLAS :
Madame, les temps sont durs, et votre coeur est grand,
Vos attraits sont troublants, mais il n'est point décent
D'entrer en badinage quand notre maison brûle !
Le monde nous regarde, craignons le ridicule !
Notre Europe est malade, et vous seule pouvez
La soigner, la guérir et, qui sait ? La sauver !
Nous sommes aujourd'hui tout au bord de l'abîme ;
Vous n'y êtes pour rien, mais soyez magnanime !
Les Grecs ont trop triché ? Alors la belle affaire !
Qu'on les châtie un peu, mais votre main de fer
Est cruelle aux Hellènes, et nous frappe d'effroi !

ANGELA :
J'entends partout gronder, en Saxe, Bade ou Bavière,
L'ouvrier mécontent, le patron en colère.
Ma richesse est la leur, ils ont bien travaillé.
L'or du Rhin, c'est leur sueur et leur habileté.
Et vous me demandez, avec fougue et passion,
De jeter cette fortune au pied du Parthénon ?
Ce serait trop facile et ma réponse est NON !

NICOLAS :
On ne se grandit pas en affamant la Grèce,
En oubliant Platon, Sophocle et Périclès !
Nos anciens nous regardent, et nous font le grief
D'être des épiciers et non pas de vrais chefs !
Helmut Kohl est furieux et Giscard désespère.
Un seul geste suffit, et demain à Bruxelles
Desserrez, je vous prie, le noeud de l'escarcelle !

ANGELA :
Brisons là, je vous prie, la nuit est encore belle.
Votre éloquence est grande et mon âme chancelle...
Mais si je disais oui à toutes vos demandes
Je comblerais la femme, et trahirais l'Allemande !

(Ils s'éloignent, chacun de son côté...)

Luc Rosenzweig

(ancien journaliste de Libération,
ancien rédacteur en chef du Monde,
aujourd'hui écrivain)

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administrateur théâtres

Confidences trop intimes  de Jérôme Tonnerre

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Parce qu'elle s'est trompée de porte, Anna s'est retrouvée à confier ses déboires conjugaux à un conseiller fiscal, William Faber, coincé, cravaté et blême. Touché par sa détresse - troublé aussi - l'homme n'a pas le courage de lui avouer qu'il n'est pas psy, contrairement à son voisin de palier. De rendez-vous en rendez-vous, de confessions en confessions, un étrange rituel s'instaure entre eux, les rendez-vous s’amoncellent. L’addiction mutuelle s’installe. William est à chaque fois ému par la jeune femme, et fasciné d'entendre ce qu'aucune femme ne livre jamais.  Qui est donc Anna ? Qui est dupe ? Qui joue  quel jeu ? Le  psy qui habite à côté, finit par faire une thérapie d’Anna par procuration en recevant William contre espèces sonnantes et trébuchantes.  Ce sont les moments les plus savoureux ! Le psy est point pour point celui qu’on imagine dans les caricatures les plus délirantes.  Le psy : « N’oubliez pas, le premier organe sexuel, c’est l’oreille ! » Et alors que William veut soudain abandonner son aventure amoureuse à peine amorcée…il lui souffle : « La pureté analytique vous interdit de changer de rôle ! » Et autres balivernes succulentes de psy.

 

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Ce sont donc les deux personnages secondaires  qui donnent du relief à ces rencontres: l’ex- femme de William : Jeanne, chaleureuse, et gentiment jalouse de la mystérieuse visiteuse, et ce psy magnifiquement campé, caustique à souhait  et interprété avec excellence par Michel Israël.

Mais à la manière des thérapies, la pièce piétine, barbotte un peu. Il y a de bons mots, de fines réparties, des mystifications. Mais la succession des scènes alternativement dans le même décor des appartements jumeaux dotés des mêmes meubles - une fois chez le psy une fois chez le fiscaliste - rendent l’affaire un peu monotone. Soulignons par contre la qualité de la musique : entre valses de Vienne, Hitchcock et «  in the mood for love », celle-ci donne à l’ensemble   un modelé pittoresque.

 La valse hésitation de William s’éternise cela fait rire intérieurement ou attire la compassion sur ce  personnage grave qui a oublié de vivre.   Affublé d’une cravate sévère, vieux garçon rangé  et méthodique,  il ne se départit que rarement de son sérieux d’enfant sage et triste, comme s’il était  puni par la vie et  imperméable au désir.   Deux fenêtres blêmes deviennent presque des personnages à part entière. Elles l’ont vu naître,  le surveillent et  le feront enfin sortir de ses gonds.

 L’air de rien, sans y toucher,  c’est quand même lui, William, qui  a  patiemment reconstruit Anna, incapable de se passer de ses cigarettes jusqu’à sa guérison. Anna est  son Pygmalion, mais on  aurait  néanmoins souhaité à William une rencontre avec une fille de plus d’épaisseur, de verve et de charme, pour faire drôle plutôt que doux-amer. Qu’elle eût été  plus malheureuse de sa relation perdue avec son mari, plus affolée, plus désespérée aurait donné  un peu de sauvagerie à ce vaudeville de divan par ailleurs bien mené.  

 

CONFIDENCES TROP INTIMES

de JÉRÔME TONNERRE d’après le film de PATRICE LECONTE
Mise en scène: BERNARD YERLÈS / avec ALAIN LEEMPOEL, CATHERINE CONET , HÉLÈNE COUVERT et MICHEL ISRAËL

 

DU 27/10/11 AU 03/12/11

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administrateur théâtres

12272772659?profile=original  En ce moment, au Théâtre de la Place des Martyrs Un Cyrano qui va droit à l’âme. (d'Edmond Rostand)

 

Depuis sa création, il y a bientôt 20 ans, Théâtre en Liberté aime les spectacles qui allient panache et poésie ; des réalisations imagées, mouvementées, où l’esprit de troupe s’épanouit dans un plaisir du beau texte, de la musique, de l’escrime… Bref du théâtre total. Plus que jamais, entre des productions théâtrales assises dans le confort et des productions où la forme esthétique l’emporte sur le fond, où les gadgets scéniques remplacent les vraies valeurs du théâtre, il y a une place pour un théâtre « populaire ». Non un théâtre « démagogique » voulant plaire à tout prix et par n’importe quel moyen, mais un théâtre où l’équipe réunie dans une même foi apporte au public un spectacle où le divertissement va de pair avec la réflexion et l’esprit de révolte qui est celui de notre héros.

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Une troupe au service d'une pièce magique.

 

Avec Cyrano, nous voulons réunir dans une troupe partageant le même enthousiasme, des créateurs, des comédiens, des techniciens susceptibles d’apporter au public, la qualité de rêves et d’émotions qu’il est en droit d’attendre d’un théâtre vivant. Tous, ensemble, nous voulons faire un Cyrano non pas confiné dans un respect sclérosant mais où le souci de la tradition s’enrichit des précieux apports de la modernité théâtrale et donnant toujours au théâtre cette place privilégiée qui est la sienne : ouvrir les portes de l’imaginaire, de la poésie, du rêve…

 

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Une version dépouillée, concentrée sur un homme blessé qui combat la bêtise et les préjugés.

 

Notre Cyrano sera « débarrassé de ses paillettes, de ses plumes, de ses mots excessifs ». Pas pour une opération d’appauvrissement, mais au contraire pour « en retrouver la poésie, les sentiments, comme lorsqu’on dégage la toile d’un peintre de son cadre, pour mieux profiter du tableau »

 

Cyrano est avant tout un révolté contre la stupidité, la banalité, contre les comportements obligés, dictés par la société, contre l’utilisation que les gens en place font de leur pouvoir.

 

Les tirades de Cyrano ont une modernité formidable, très vite, on se rend compte que les travers que Cyrano combat, sont les mêmes que ceux qui gangrènent nos sociétés : l’opportunisme, l’arrivisme, le népotisme, la compromission. Tous ces abus qui se retrouvent aujourd’hui dans le monde des affaires, la politique, le monde des idées. Et certains, comme Cyrano, continuent à les combattre, non pas à la pointe de l’épée, mais avec d’autres armes, avec peu de résultats quelquefois, parce que les défauts de la société sont puissants comme ceux qui les entretiennent.

 

 

Assumer sa différence

 

 

Cyrano est, en fait, un antihéros qui est l’image même de l’échec. Antihéros qui a apparemment tout raté dans la vie et jusque dans la mort, Cyrano n’est pas un « gagneur » comme les héros de Sulitzer, il n’est pas davantage le « tombeur » qui séduit les femmes dans les feuilletons télévisés, il a seulement du cœur et de la fierté.

Et si c’était cela, pour une large part, qui faisait le succès de Cyrano ?

Il y a dans l’existence d’autres valeurs humanistes que l’argent, le pouvoir ou la beauté, que « réussir dans la vie » à la manière des Ducs du XVIIe et des « cadres dynamiques » d’aujourd’hui.

 

« Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie, on  sent – n’ayant rien fait mon Dieu, de vraiment mal ! Milles petits dégoûts de soi, dont le total ne fait pas un remord, mais une gène obscure ».

 

L’interprétation est fabuleuse. Dont acte. Cela commence en musique par des baladins en costumes dans le style de la plus pure commedia dell'arte - racines obligent  -  qui circulent dans le public et entraînent le regard vers une scène dont on ne lèvera pas le rideau avant les trois coups traditionnels. Une mise en oreille à l’ancienne, qui met  le public tout à l’écoute.

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 Et puis c’est le verbe magnifique qui déferle avec des intonations riches, justes, travaillées avec grande intelligence. Les trois personnages principaux n’ont rien de théâtral, ils ont tout des voix intérieures que l’on imagine à la lecture du texte. Et c’est une chose rare de sentir une telle adéquation entre la lecture et l’interprétation.

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 Roxane est bien une précieuse, mais pas ridicule du tout car elle a perdu beaucoup de sa vanité. Elle  arbore jeunesse, passion  et charme tendre avec une fougueuse intensité. Elle aime. Cyrano est l’humanité même, il aime.  Christian, que d’aucun pourraient moquer pour ses manques de verbe est tout aussi humain … même si son destin n’est que d’être beau comme le  Pâris de la guerre de Troie. Il aime. Les scènes de fleuret, de pâtisseries,  d’amour perché sur une échelle, ou de lune qu’un poète attrape au bout de sa verve, sont pétillantes d’esprit et de mouvement. Le public aime.  Les décors, tout le contraire des costumes éblouissants sont sommaires, vont à l’essentiel. Un arbre cache la forêt. C’est le flux théâtral qui prime... et la mise en scène qui fait voltiger les tableaux de maître, construits, équilibrés, graphiques, impressionnants. Et voici le  fleuve d’applaudissements qui coule et déborde de toutes parts!

 

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CYRANO DE BERGERAC - E. Rostand

Théâtre en Liberté

Du 27 octobre au 10 décembre 2011

Dim : 27 novembre et 04 décembre

 

 





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1 - Koblalariak

Barrengo kantaz,

Egungo existentzia

Bidean du arnas.

Koblalariak

Pertsonak eta gauzak,

Uneak eta egunak

Bertsotan urrats.

 

Dans ton âme

Poète, Rhapsode, Félibre,

Tu saisis

La quotidienne quintessence

Tu mets dans tes vers

Les Etres et les Choses

Tu donnes Vie

Aux jours et aux moindres instants

 

 

2 - Koblalariak

- kitarra kantariak -

Egunak poesiz

Gauak intziriz

Pasatzen ditu,

Koblalariak …

 

Ô Poète !

- Guitare chanteuse –

Tu passes tes journées

Dans la poésie

Et tes nuits,

Dans la douleur …

 

 

3 - Bertso kantariak

zelaiaren nagia

- herriaren katea

ta libertatea -

 

Poète, Rhapsode, Félibre

Tu as toujours chanté

la langueur de la plaine

- un pays enchaîné

et sa liberté –

 

 

4 - Kantatu ohi du.

Ah, koblalariak

Bertsoen hariaz …

 

Ah ! Versificateur

Grâce à la poésie …

 

 

Ce texte est un poème d'hommage aux versificateurs. Ce sont des improvisateurs qui se retrouvent pour des fêtes et qui ont pour objet d'improviser en chansons sur des musiques populaires, des thèmes, des rythmes et des rimes imposés.

En français, cela s'appelle des joutes oratoires.

 

Pour info, cette chanson que j'ai enregistrée au début des années 1990 sur l'album paru chez Universal, n'est plus disponible dans le commerce.

En revanche, vous pouvez vous adresser auprès des médiathèques de votre ville et en faire la demande.

Quant aux amis(es) résidant en Belgique, cet album est normalement disponible à la Médiathèque de la Communauté Française de Belgique 6, place de l'Amitié à Bruxelles

 

A très bientôt et merci de m'avoir accueilli dans l'univers des "Arts et Lettres" 

 

Peio Serbielle

http://peioserbielle.com/accueil.php

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