Nouvelle Féline : |
Histoire de Dynastie Ou Faire Part de Présentation Lorsque la Providence se fait doublement féconde… À plus d’un titre ! Par |
Oncle Cyrus de Sainte Sophie de Constantinople des Rives du Bosphore
via la plume de son scribe particulier, Valériane d’Alizée, en l’honneur du 26 mars 2011 et dédié à M. Oncle Cyrus de Sainte Sophie de Constantinople des Rives du Bosphore, surnommé parfois plus modestement (sic), le prince Noir ou également Diabolus, en raison de ses juvéniles « diableries » inhérentes à son tempérament de vif argent, de rebelle incomparable, a l’extrême honneur, si ce n’est le plaisir suprême, de vous présenter officiellement, les membres de sa proche et charmante parenté, tout comme lui hautement blasonnée, s’il vous plait, ce qui n’est pas rien, vous en conviendrez volontiers avec lui en toute bonne foi, osons le l’espérer ! Parenté titrée étoffée, depuis maintes branches de son glorieux arbre généalogique fructifère, revêtant les traits de graines de dignitaires en germination, ses neveux directs, composée de la très gracieuse damoiselle Faërie de l’Arc de Lune rebaptisée Fantine, dite la Caqueteuse, portant crânement un manteau soyeux couleur ébène fumé, assorti de prunelles émeraudes, couleur symbole de l’espérance, et du non moins tendre damoiseau, Freyr alias Florestan, lui aussi de l’Arc de Lune, cela s’entend, dit pareillement, non sans raison, le Petit Prince ou Flo-Flo pour les intimes de sa garde rapprochée, arborant, pour ainsi dire, la même robe de parade, à quelques nuances de poils près et l’iris de ses mirettes teinté d’ambre profond, cadet avec lequel il a le privilège inespéré de partager son existence de mâle neutré, regrettant, la mort dans l’âme, de ne pouvoir côtoyer, la jouvencelle féline qui évolue à quelques sauts de chats, voire d’entrechats virtuoses à la Nijinski ( et non de puces, notez je vous prie, la subtilité de la chose ) de son auguste logis. Tous deux donc, les chers neveux, précieux fruits issus des amours légitimes et « raisonnés » d’une très noble dame émanant du duché de Savoie, répondant au doux prénom de Chana et d’un fier angevin lié, à l’un des fiefs du bon Roi René, à l’inverse de ce que nous indique son appellation rostandienne de Gentil Cyrano (gentil, au sens médiéval, étymologique du terme, assurément),Cyrano, frérot du tonton en question (répondant au pseudonyme de Cicéron), mentionné au cœur du premier récit aristochattesque destiné à brosser le portrait de cette figure baroque, le fameux oncle Cyrus, en ses terres d’adoption rabelaisiennes, depuis ce mémorable Jardin de la France cher au père de Pantagruel [1], grâce à la plume humaine de l’une de ses gardiennes veillant sur une certaine Prison dorée citadine de sa connaissance, vous me suivez toujours, j’ose le présumer… Foncièrement dotée d’une nature altière racée, mais non point sophistiquée, au contraire, dénuée du moindre chichi ou autres simagrées vaniteuses, auxquels se livrent, est il besoin de le préciser, sans retenue ni pudeur, quelques « poseurs » de la gent féline aristocratique, cultivant affectation et maniérisme, au point de friser le ridicule, singeant en cela, ces cabotins à l’élégance guindée, estampillée So British, adeptes du Dandysme le plus effréné, et qui, en dépit de leur attribution de Persan, ne proviennent pas davantage de Perse, que mon arrière grand-père du Rajasthan, notre tribu aux racines ancestrales, princière par excellence (permettons nous d’insister lourdement sur ce point), a la prééminence, cependant, de pouvoir se targuer d’être constituée de « perles d’Orient » inimitables, de souche naturelle, ce qui ne gâte rien, quoique légèrement retouchée sur un plan esthétique par des mains soit disant expertes, au fil des ans et des annales de l’histoire avec un grand H, liant le genre félin au genre humain, celui-ci en recherche éperdue de perfection plastique, cédant sans vergogne aux critères d’une certaine vogue, ne profitant guère de goûter à la sagesse de cette citation philosophique, qui proclamait qu’ : Il n’y a rien qui se démode plus vite que la mode [2] !!! Et puisque, faisant preuve de sagacité, d’un fin esprit de discernement, l’apanage, cher ami lecteur, d’une partie infime de vos semblables, pourtant auréolés d’une réputation glorieuse de race dite « supérieure », et que grâce à cette clairvoyance, vous avez ,selon toute vraisemblance, deviné, à défaut de la démasquer complètement, quelle serait la « mystérieuse » identité de votre narrateur, j’ai la prétention d’affirmer, en mon nom propre associé à ma qualité d’éminent descendant fleurissant notre arbre généalogique fructueux commun, que nous nous devons de faire preuve d’un devoir de mémoire, sinon d’une mission, en perpétuant la souvenance de notre engeance séculaire de Catus angorensis déjà dépeinte en son temps, au Siècle des Lumières, par l’honorable naturaliste Carl Von Linné. Longue dynastie d’Angoras turcs détentrice d’un lustre incomparable, en l’occurrence, auprès de laquelle, hélas, plane l’ombre de l’extinction d’illustres lignées, au profit de sujets créés de toute pièce, et qui ne redoutent pas les malheureux, de se compromettre dans des affaires douteuses menaçant leur genre, les conduisant à sombrer dans des mésalliances de mauvais goût, initiées par des aventuriers de la félinotechnie planétaire, rivalisant de défis les uns les autres, constamment en surenchère d’originalités et en quête de novations exotiques inassouvies, imbus de titres honorifiques qu’ils convoitent (pour ne pas dire quémandent) avec délectation, censés les gratifier pour tant de mérites et de merveilleux dévouement altruiste !!! Notez que de notre côté, nous n’aspirons pour rien au monde à partir dans des combats fratricides entre membres respectables de notre peuple, appartenant dans son ensemble, à la grande famille des Félidés ! Non, montrons nous plutôt fidèles à la majestueuse essence que nous représentons, en faisant montre d’une once de tolérance, d’un fair play de gentleman, en adéquation de notre rang, et soyons seulement armé d’une conscience fondamentale : assumer le rôle qu’il nous reste à jouer dans un avenir imminent, en filiation étroite avec la « charge historique » que nous avons tenue naguère, qui consistait en quelque sorte à remplir une fonction d’ambassadeur, à l’instar de vénérables aînés dont la réputation n’est plus à assurer et qui ont connu une destinée opulente de héros, n’ayons pas peur du mot, personnages venus de contrées légendaires dispensatrices de rêve, évoquant la luxuriance passée de l’Empire byzantin, des splendeurs léguées par le règne de Soliman le Magnifique, à l’heure où, protégés par d’épaisses murailles des palais Ottomans du sultan, nous nous plaisions, ou du moins, nos ancêtres affectionnaient, ô combien, à flâner parmi la sente verdoyante constellée d’un tapis de mille fleurs, à l’abri de ces enclos odorants pénétrés de suaves senteurs, tel le flamboyant œillet d’Iznik, (Dianthus caryophillus L, pour qui daigne parler la langue botanique !) , recueillant discrètement au détour d’un bassin, les confidences mélancoliques des belles captives désœuvrées, hantant le sérail de leur seigneur et maître, l’implacable padischah… C’est ainsi que, nimbée d’ une gloire sans pareille, une pléiade de nos anciens découvrit la « vieille Europe » et ses cours royales, sachant conquérir par ses charmes ineffables, maintes influentes personnalités, siégeant au sein des appartements privés de Louis XV, de la reine Marie-Antoinette, sans omettre le Cardinal de Richelieu, un inconditionnel de nos attraits, bref, ces protagonistes du passé contribuant fortement à notre rayonnement en nous inscrivant de cette manière, dans les chroniques d’un autrefois révolu, nous remémore à quel point, nos aïeux furent chéris, fleurons fétiches jouissant de leur suprématie avec jubilation, pouvant s’enorgueillir, les saisons effeuillées, de compter au nombre de leurs admirateurs, l’amant fervent d’Aziyadé et compagnon de prédilection du sombre Amilcar [3], désormais converti à notre culte d’insoumis, comme en témoigne de manière pérenne, le pinceau du flamboyant Douanier Rousseau, ayant immortalisé l’auteur de Madame Chrysanthème et de Pécheur d’Islande en présence d’un aimable devancier coreligionnaire, Angora turc ! Outre cette parenthèse incontournable à inscrire en exergue de notre biographie, qui ne se veut en aucun cas ici une page d’histoire, puisque trop succinctement ébauchée, votre serviteur, j’entends sa Seigneurie Oncle Cyrus, ne soyons pas faussement discret, se devait de vous transmettre une autre source de félicité, le comblant au plus haut point, étant donné, qu’il lui a fallu jadis, renoncer à courtiser quelques beautés fatales impériales en vocalisant de sa voix de velours moult mélopées miaulesques chargées d’envoûter une palette de frais minois, « souris » avec lesquelles, notre don juan en germe, aurait certes, ardemment effeuillé la marguerite, concédons le en toute impudeur, avant de convoler en justes noces…non-conformistes. Donc, contraint et forcé d’abandonner ces ravissantes frimousses, à d’authentiques matous en pleine possession de leurs moyens viriles de reproducteurs patentés (ne devenons pas graveleux, que diantre !), faisant à tout jamais, vœu de chasteté, de célibat, en similitude de saints dévots dominicains de l’abbaye de Cîteaux (que voulez-vous, nul n’est parfait ici bas !), c’est non dépourvu d’une grande émotion, de trémolos dans la gorge, que je tiens à vous annoncer, ô surprise, cette excellente nouvelle, véritable baume de jouvence : la relève de notre sang bleu est pour lors assurée, ayant enfin la quasi certitude que notre beau lignage ne s’éteindra pas avec moi, par un manque de phérormones, de fécondité, indissociables de mon anatomie de parfait innocent, resté dans l’ignorance absolue des plaisirs de la chair !!! Effectivement, il me tarde de communiquer à la terre entière, l’évènement majeur de la semaine (que dis-je du mois, non, plutôt de l’année ! ) revêtant la tournure d’un faire part de réjouissances destiné à être publié dans le grand monde félin ( univers non exempt de ragots et de « paparazzo » asservis, eux aussi, par les rédactions diverses et variées de la presse spécialisée, du genre magazines people en premier, correspondant à Gala ou notre Point de vue et Images du monde chattesque), préliminaire revêtant la forme de déclaration officieuse de fiançailles de l’une de mes nièces, la délicieuse Freyja (very very delicious, selon nos informations précises de détective à la Sherlock Homes) avec un aristocrate européen originaire du pays de Goethe (notre contribution à cette prétendue fédération), fiançailles précédant l’union future des tourtereaux, car, bien entendu, vous admettrez avec moi, qu’il ne saurait être question chez nous, de batifolages ou d’une simple amourette trahissant une quelconque légèreté d’engagement, même si, nos amours et « chatteries » libertaires iconoclastes, pétries de coquetteries, forgées de leur propre étiquette et d’un langage riche de significations complexes à décrypter aux yeux de néophytes privés de notre culture, ne voient point l’utilité d’avoir recours au cérémonial de nos voisins anglais, hérité ni plus ni moins du règne de la Reine Victoria, parait- il, pompe méticuleusement réglée à la lettre, y compris le sacro saint office liturgique célébré en la cathédrale de Westminster, par l’archevêque de Canterburry en personne !!!
Accordailles, qui sans conteste, ne sauraient tarder à présent, si l’on adhère aux ouï dire d’une certaine marieuse poitevine (mère nourricière humaine, fondatrice de l’Arc de lune) instigatrice de la romance. À moins d’un curieux caprice de l’un des acteurs de l’intrigue qui viendrait contrarier la dite romance… Affaire à suivre !!! Ainsi, en postlude à notre entretien, permettez moi de solliciter auprès de vous, cher ami lecteur, une faveur, en vous demandant de vous joindre à notre fratrie recomposée en trio, évoluant au sein d’une atmosphère harmonieuse, voire idyllique, soit dit en passant, dans la pure intention que nous puissions à l’unisson nous féliciter de ce mariage princier du siècle, défrayant la chronique du courrier du cœur… (Les Grimaldi et autres cousinages d’altesses royales sérénissimes, Prince de Galles et compagnie, n’ont qu’à bien se tenir ! ) n’ayant rien, mais alors absolument rien du tout, à envier à ceux magnifiés chez ces étrangers d’Hominiens (ces chers Deux pattes, suivant une expression imagée de Colette), si friands de ce style de cérémonies et de traditions mondaines en tout genre, que cela en frôle l’écœurement ! Veuillez, je vous prie, accepter mes salutations les plus cordiales, foi de distingué Cyrus de Sainte Sophie de Constantinople des rives du Bosphore, soit mille et une sincères pattes de velours, de la part de votre serviteur, éminence grise ou parrain spirituel de ces messieurs à longues vibrisses de la maisonnée, constituée, outre de moi même, de Florestan, ce rare et délicieux Petit Prince, et d'un second allié, notre radieux benjamin de Norvégien, Lord Finley du Domaine d’Elgar, que nous avons baptisé, de Petit Poucet, vous comprendrez aisément pourquoi ! Sans oublier, la sœurette de notre farfadet, le junior de cette « turquerie » non dénuée de tempérament ,demoiselle Fantine, quitte à me répéter, également ma parente, authentique anti- dépresseur à elle toute seule, drolatique « feu follet », (l’équivalent en tous points de la diane chasseresse des mortels), regorgeant de cocasseries et que, malheureusement, je n’ai fait qu’entrevoir par clichés photographiques interposés, ce qui est terriblement frustrant, vous en conviendrez avec moi ! Félinement vôtre, CYRUS de Sainte Sophie de Constantinople des Rives du Bosphore , dit le Prince Noir. Post scriptum :
Peut être, les évènements annoncés tant attendus nous accorderont-ils l’opportunité de poursuivre ces prémices d’échange, donnant de ce fait, une suite à cet épisode, si, toutefois, bienveillant, notre calendrier, non pas de chrétien Grégorien, mais de mécréant invétéré, nous en laisse le loisir ? Faisons un tant soit peu confiance à la Providence, et tâchons de cultiver la pensée positive, à défaut d’une « petite fleur bleue » gage du souvenir, ce qui serait à mon sens, prématuré, « Myosotis » traduisant en bon français littéraire raffiné, usant de métaphore, l’invocation suivante : Ne m’oubliez pas ou Ne m’oblié mie [4] en vieux français ! [1] : Évocation de l’écrivain tourangeau François Rabelais à qui nous devons cette célèbre formule… [2] : En référence à la figure de Jean Cocteau. [3] : Allusion à la tonalité noire de jais de la fourrure portée par ce personnage phare de ma race. [4] : Depuis le Bas Moyen Age français du Prince poète Charles d’Orléans, cette humble fleurette n’a eu de cesse d’enluminer la poésie de son parfum mélancolique, vivant, outre cette faste ère médiévale, la quintessence de son langage métaphorique à l’époque Romantique, comme en témoigne J.W. Goethe au sein de ses recueils versifiés ; |
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Communiqué par www.schtroumpf-emergent.com (Nicole Esterolle). Vous pouvez par ailleurs suivre l’actualité toujours passionnante du schtroumpf émergent sur la scène artistique internationale en allant sur le site.
Contes coquins d’Algérie, un spectacle de et par Fahem Abes au théâtre littéraire de la Clarencière
Fenêtre ouverte sur la Kabylie, Fahem Abes nous a récité hier soir avec humour un délicieux chapelet de contes érotiques venus de la tradition orale de son pays. Le point de vue est souvent masculin. Il a refusé tout décor, il y a juste un rideau noir qui drape le fond de la scène. Le conteur, en pantalon et chemise noire occidentale, joue le masque neutre et va faire éclore tout un monde imaginaire et malicieux dans une langue qui égrène un français académique et d’exquis vocables berbères aussitôt traduits.
Entre les contes à multiples tiroirs il rejoint le bord de la fenêtre de briques blanches dans le rideau et esquisse quelques notes de flûte, seul élément qui évoquera l’instrument du plaisir masculin. On voyage de royaumes en villages, en bord de mer. On rencontre poissons, crabes, lézards, serpents et herbes magiques. Un curieux instrument de taille impressionnante faisant office de ceinture, de manteau, de turban, un coffre magique empli de silence et une petite souris aussi maline qu’un chat!
Shéhérazade masculin, le conteur se saisit des mille et un contes kabyles pour nous faire apprécier sa culture algérienne. « Sortir ces contes de l'oubli, les porter à la lumière, les faire entendre, les partager était pour moi un défi, mais c'est avant tout une contribution certes modeste, mais ô combien importante aux festivités qui en 2012 célébreront les 50 ans d''indépendance de l'Algérie. Importante car à travers ces contes coquins, c'est une autre Algérie qui se découvre. Une Algérie suave, drôle, épicée, irrévérencieuse, libre de paroles, chaude, sexuelle, féministe, une Algérie amoureuse. Porter et vivre le partage de cette Algérie-là est un réel plaisir. »
L e Shéhérazade au pipeau volubile nous fait voyager au pays de la montagne de vérité vexée et vaincue par les ruses d’une femme, au pays des ogres terrassés, de l’amour qui arrive toujours à ses fins, du plaisir épicé que l’on donne, version masculine.
C’est sobre, délicat, l’air de ne pas y toucher, rien de lascif, pétillant d’humour. On le croirait en train de déclamer des contes coquins lors d’un dîner, parlant à mots poétiques et voilés de la chose. Le cadre du conte permet de décapiter les hommes qui ne satisfont pas les femmes, aux amants de berner les maris, aux hommes de n’avoir pour tout travail que l’amour.
On n’imagine pas ce spectacle autre part que chez Fabienne, à la Clarencière, charmant petit lieu bruxellois intime et vibrant. On sort de l’époque, on rentre dans un temps immémorial où le ciel brille nuit et jour. On se complait dans une vivacité de ton, une gestuelle de scène étourdissante, et un voyage dans les désirs et les phantasmes amoureux où lune et soleil se partagent le plaisir.
du 10 au 18 février 2012 http://www.laclarenciere.be/
extraits:
Le Grand Retour de Boris S. de Serge Kribus né à Bruxelles en 1962, a raflé de nombreux prix : le Prix Beaumarchais, le Prix de la Critique, le Prix de la Francophonie de la SACD, le Prix Lucien Barrière et enfin, une nomination aux Molières en 2001. La mise en scène du Grand Retour de Boris S. par Valérie Lemaître a été présentée au public du Festival de Théâtre de Spa en août 2011.
Boris, le père joué par Alexandre Von Sivers, vieux comédien veuf et malicieux, débarque chez son fils Henri, joué par Xavier Campion qui a d’autres chats à fouetter. En l’occurrence il est en plein désarroi, il a perdu son travail et sa femme l'a quitté. Que faire de ses enfants ? Il est à bout de nerfs, emporté, presque violent.
On vient de proposer à son père de jouer « Le Roi Lear » de Shakespeare. Vrai ? Faux ? Comédie qu’il se joue dans la comédie de la vie ? Chant du cygne ? Boris : « Le théâtre ne fait pas semblant, moi oui !» Ne fait-il pas tour à tour semblant de rester, de partir ? Fait-il semblant de répéter ou fabrique-t-il une nouvelle pièce qui dira vrai? Jeu de chat et de souris ? Est-il fou comme le père de Cordélia : « dis-moi comment tu m’aimes ?»
Les deux hommes sont tous deux prénommés Spielman : joueur en français. Dans quelle pièce joue-t-on ? Tous deux sont juifs. Ils n'ont jamais su vraiment se parler car tout les sépare, y compris la culture juive, un poids culturel qui écrase « le petit ». Boris : « si on se souvient pas, qui va le faire ? « On se bat pour ne pas oublier ! » Henri : « si tout le monde s’effaçait, il y aurait un peu plus de place pour chacun ! » Il y a une justesse de ton et d’observation extraordinaires, les dialogues enfin établis sont d’une vérité rare. On assiste à un family shock fracassant. Au cours de leurs assauts, de leurs bouderies et de leurs joutes de pouvoir, tous deux se lâchent enfin avec une sincérité qui n’a plus rien des fuites et des faux-semblants. Les reproches du fils pleuvent. La colère du père gronde, mais une nouvelle complicité père – fils se construit sous nos yeux, de façon durable. Chacun a enfin parlé pour « dire ». De l’humble aveu des faiblesses et de la peur panique de décevoir, éclôt l’aveu de la tendresse mutuelle pour l’autre. Ce soir-là, devant un immense mur de lamentations couleur argile, percé d’une seule issue, à force de jeu de chat perché et de fulgurances de sensibilités à fleur de peau, ayant, comme dans le roi Lear, tous deux touché le fond, ils vont apprendre da à se découvrir, se reconnaître et se comprendre vraiment. A la question évidente de l’identité dans le roi Lear, « Qui suis-je par rapport aux autres, qui suis-je pour les autres ? » Henri découvre qu’il est « un fils qui sait pas comment t’aimer ». Et le père pourrait en dire tout autant. Spectacle terriblement touchant. Devant le rien et au cœur du dénuement, la seule issue, c’est l’amour.
-- Serge Kribus a délibérément choisi des extraits lourds de sens. Tout d’abord, lorsque Boris demande à Henri de l’aide pour répéter. Il s’agit de la scène où c’est au tour Cordélia de déclarer son amour à son père.
BORIS : A présent, notre joie, et non pas la moindre pour être la dernière, vous,
Cordélia, que saurez-vous dire pour gagner un tiers plus opulent que celui de vos
soeurs ? Parlez.
HENRI : Rien, monseigneur.
BORIS: Rien ?
HENRI : Rien.
BORIS : Rien ne sortira de rien, parlez donc.
HENRI : Infortunée que je suis, je ne puis hausser mon coeur jusqu’à ma bouche,
j’aime Votre Majesté comme le veut mon lien, ni plus, ni moins.
BORIS : Comment Cordélia, amendez un peu votre discours, de crainte de ruiner
votre fortune.
HENRI : Mon bon seigneur, vous m’avez conçue, élevée, aimée, je vous rends en
retour ces devoirs comme il sied, vous obéis et grandement vous honore.
BORIS : Ton cœur est-il dans ce discours ?
HENRI : Oui, mon bon seigneur.
BORIS : Si jeune et si insensible.
HENRI : Si jeune, monseigneur, et si vraie.
BORIS : Soit, que ta véracité soit donc ta dot, car par le rayonnement sacré du soleil,
par l’influence des globes qui nous font exister et cesser d’être, j’abjure ici tout souci
paternel, toute parenté, tout lien de sang, et désormais te tiens pour toujours
étrangère à mon cœur et à moi.
A la fin de la pièce, à plusieurs reprises, Boris entonne une réplique de Shakespeare.
« Soufflez, vents, à crever vos joues, faites rage, soufflez, et toi, tonnerre, grand
ébranleur, aplatis l’épaisse rotondité du monde, et disperse d’un seul coup tous les
germes qui font l’homme ingrat. »
Ce cri lancé par Lear au ciel trahit son humanité, sa mortalité, cachées derrière la couronne de Roi tout puissant. La tempête efface l’aveuglement, remet en place la raison. Lear sera ensuite prêt à affronter sa rencontre avec lui-même. De même, chez Kribus, le calme revient après la « tempête » finale. Et les deux protagonistes retrouvent leurs chemins après ces retrouvailles tumultueuses… --
(extrait du dossier pédagogique)
| De : Serge Kribus |
| Mise en scène : Valérie Lemaître |
| Avec Xavier Campion, Alexandre von Sivers |
Jusqu'au 12 février 2012
http://www.atjv.be/fr/saison/detail/index.php?spectacleID=472
J'écris ton nom....
L'extrême droite dirige le Nouveau Théâtre à Budapest
En octobre dernier, deux personnalités d'extrême droite ont été nommées à la direction du Nouveau Théâtre de Budapest. Elles entrent en fonction ce 1er février. Un appel européen à la tolérance sera lu le soir même dans de nombreux théâtres en Europe, et bien sûr au Théâtre du Rond-Point.
Imaginez Jean-Marie Le Pen codirigeant le Théâtre du Rond-Point avec un artiste d'extrême droite... C'est ce qui vient d'arriver à Budapest. Le Fidesz-Union civique hongroise du président Viktor Orban poursuit sa révolution culturelle contre « l'hégémonie libérale maladive » en nommant à la tête d'un théâtre de Budapest György Dörner, artiste aux sympathies notoires avec le Parti de la justice hongroise et de la vie (Miep) d'extrême droite, qui ne cache pas ses opinions xénophobes et antisémites.
Pourtant l'ancien directeur du Nouveau Théâtre, István Marta, avait recueilli la majorité des voix pour ce poste. L'émoi dans la profession et ce qui reste d'opposition a redoublé quand Dörner a choisi comme administrateur István Csurka, 77 ans, le président du Miep en personne, aujourd'hui retiré de la politique.
Il faut savoir que si Csurka, celui qu'on appelait le « Le Pen des Carpathes », n'édite pas des fanfares militaires, il écrit des pièces de théâtre qui ne sont jamais jouées. Avec lui Ubu administre un théâtre... bel exemple d'autogestion à la hongroise.
L'appel d'un clown
Dernière nouvelle confiée par nos informateurs de Budapest : une semaine avant leur prise fonction le 1er février, les deux nouveaux directeurs n'avaient toujours pas de programmation pour le mois de... mars suivant !
Voici l'appel lancé de Vienne par l'auteur, comédien et clown Markus Kupferblum, directeur de la compagnie Totales Theater, et de nombreux autres metteurs en scène et acteurs en Europe :
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, cher public, voici un memorandum qui sera lu aujourd'hui dans la plupart des théâtres européens, dans la langue du pays, avant chaque spectacle.
Nous sommes aujourd'hui le 1er février 2012. Aujourd'hui-même, à Budapest, un des plus importants théâtres de la ville passe sous la direction de deux personnes qui ont depuis plusieurs années publiquement fait leurs des vues d'extrême droite. Ils ont personnellement publié des pamphlets antisémites, anti-Tziganes, des écrits racistes. A partir d'aujourd'hui, ils seront directeurs d'un théâtre subventionné par les fonds publics dans une capitale européenne. Ceci brise un tabou.
Mais plutôt que d'utiliser cette rupture comme une nouvelle occasion de condamner Budapest, pourquoi ne pas nous engager, dans nos pays respectifs, dans nos vies, pour la tolérance, pour la diversité et pour la solidarité avec les membres les plus faibles de notre société ?
Nous sommes atterrés par le fait que des forces politiques, dans beaucoup de pays européens, promeuvent la haine, le mépris et la jalousie entre les peuples.
Notre intention, dans notre travail théâtral, est de dépasser les facteurs de division dans nos sociétés, pour éveiller la curiosité et aiguiser les sens du public vers les évidences sociétales – au nom du bien commun de toutes les personnes, au nom de la paix et de la liberté en Europe.
Après tout, nous autres humains sommes tous libres et égaux en dignité et en droits, nous sommes tous citoyens d'un seul et même monde.
Nous sommes aujourd'hui le 1er février 2012. Rassemblons-nous pour célébrer aujourd'hui la première journée du Théâtre européen pour la tolérance.
Markus Kupferblum »
source: http://www.rue89.com/comment/2886471
Concert d'András Schiff et la Cappella Andrea Barca
Mardi 31 janvier à 20h00, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
Le très célèbre pianiste hongrois András Schiff, à la tête de sa Cappella Andrea Barca (traduction italienne de son patronyme), propose le Concerto n° 9 d’un Mozart encore jeune qui écrivit l’un de ses plus beaux opus et le Concerto n° 5 de Beethoven, l’une des œuvres les plus marquantes de l’histoire du concerto pour piano. En prime, la Cappella Andrea Barca interprète la Deuxième Symphonie de Schubert, une œuvre de jeunesse dont l’écriture demeure encore influencée par celle de Haydn et de Mozart.
Programme exquis. Interprétation formelle parfaite. Le public fut démesurément heureux de tant de talent, de nuance dans la nuance, de ciselage parfait, de sculpture musicale presque miraculeuse. Andras Schiff bondit sur son piano pour jouer, à le voir on le croirait transfiguré. A la limite de l’emphase. Les musiciens dociles l’accompagnent dans son rêve harmonique. Le pianiste égrène le cristal et les météorites. Les notes semblent jaillir de ses doigts alors qu’il effleure à peine les touches. Ange et démon tout à la fois, les reliefs musicaux sont de qualité exceptionnelle. Une leçon d’architecture musicale. Qu’il s’agisse d’un pont du diable ou d’une cathédrale, tout se tient comme par merveille. Pas une fausse note ne se cache derrière le moindre pilier. Lorsqu’il n’est pas sollicité par son piano, Andras Schiff se relève et se dresse comme chef d’orchestre belliqueux face à l’orchestre mais exposant régulièrement son profil de figure musicale légendaire au public. Jusqu’au couac. Pas celui d’un musicien. Ni celui d’un homme du monde. Un Mr. Hyde s’est soudainement révélé. A la fin du morceau, énervé peut-être par les bruits de la salle, il s’offense grossièrement, du poing et du coude, de la toux du public d’hiver, pour ensuite - du jamais vu - insulter devant tout le monde la deuxième violon japonaise avec les mêmes gestes déplacés, pour une raison connue de lui seul. C’est inadmissible. Tant de malséance étonne dans si beau programme. Faut-il rappeler ses propres paroles ? `J'avais toujours rêvé de fonder un orchestre avec mes meilleurs amis. Pour faire de la musique, le premier critère est la qualité musicale, mais la sympathie est à peu près aussi importante: il faut avoir du plaisir à être ensemble.’ Cette immense fausse note, (révélatrice du personnage?) nous a donné un frisson persistant et glacé qui sut gâcher la promesse d’une si belle soirée.
Franz Schubert, Symphonie n° 2, D 125
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano et orchestre n° 5, op. 73, "L'Empereur"
"J’ai quinze ans et demi, il n’y a pas de saisons dans ce pays-là, nous sommes dans une saison unique, chaude, monotone, nous sommes dans la longue zone chaude de la terre, pas de printemps, pas de renouveau."
[...]
Ce texte marquant et inoubliable de Marguerite Duras est un défi de taille pour la jeune Sarah Fiorido, seule en scène au théâtre du Grand Midi.
« Très vite dans ma vie, il a été trop tard ! » L’Indochine des années 30. Elle est blanche, elle a quinze ans, des nattes sages, une robe sac en soie grège cerclée d’une ceinture, des yeux de braise, un visage de madone et acceptera avec un certain goût de la perversité, la cigarette anglaise d’un chinois de deux fois son âge et qui roule en limousine noire. La perversité, seule arme sans doute contre la douleur ? Derrière la trame de cet amour précoce, déterminant et inachevé à jamais, Marguerite Duras évoque en filigrane une douleur pour l’éternité. Cette douleur plonge ses racines dans la violence et les souffrances liées à son histoire familiale. L’absence de père, les déboires économiques de la famille, la brutalité, la violence du frère aîné qui vole la mère et les domestiques et se complait dans les fumeries d’opium. Ajoutez l’amour qu’elle voue à sa mère mais aussi l’insuffisance de celle-ci, l'adoration pour le petit frère et la douleur de sa perte. « Comment ai-je pu aller jusqu’au bout de l’interdit de ma mère ?» se demande-t-elle. Seule l’écriture sera libératoire.
L’amant, dont la servilité est l'argent de son père, est incapable d’imposer son histoire d’amour. Son père, profondément raciste, misogyne peut-être, est une figure tutélaire omnipotente. « Pas de mariage possible avec la petite prostituée (... tuée) blanche du poste de Sadec.» Sadec-la-sadique.
La comédienne au visage très mobile virevolte avec art dans la narration éclatée en «je» et «il» et «elle» et se retrouve avec grande maîtrise dans ce labyrinthe de points de vue. Sur quelques mètres carrés, dans un décor peu élaboré, elle suggère, transporte en Indochine, crée des images, vit une passion dans tous les sens du terme, raconte avec beaucoup de pudeur la découverte du plaisir physique et ses ébats aux heures de lycée. L’interprétation de la comédienne est juste, bien que légèrement dérangeante. La jeune amante est froide, résolue à quitter celui qui, entravé par le pouvoir paternel, souffre en l’aimant comme il n’a jamais aimé. Elle est résignée et ne veut rien laisser paraître. Fière aussi de ne pas montrer ses larmes qui coulent, intarissables, sur le paquebot qui l’emporte vers l’Europe. Regards de la comédienne et texte sont bouleversants. « Elle retrouve seulement maintenant l’amour perdu comme de l’eau dans le sable et qu’elle n’aurait pas vu,» grâce à une valse de Chopin qui se répand dans le paquebot.
http://www.xltheatredugrandmidi.be/
Jusqu'au 4 février 2012
Sur les traces de Marguerite: http://belleindochine.free.fr/DurasAmant.htm
Concert d’hiver BRUSSELS PHILHARMONIC ORCHESTRA (BPHO) au Conservatoire Royal de Bruxelles, le 28 janvier 2012
Finlandia, Op 26 de SIBELIUS, Concerto pour piano Op 16 de GRIEG,
Musique de table de ROSENTHAL - Danse macabre de SAINT - SAËNS, España de
CHABRIER
en soliste : Eliane REYES – piano.
Direction : Roger BAUSIER, Directeur musical et chef permanent du BPHO & Professeur honoraire au Conservatoire Royal de Bruxelles
Eliane Reyes : une compatriote bouleversante a joué hier soir le magnifique concerto pour piano en la mineur de Grieg Op, 16 au Conservatoire de Bruxelles faisant salle comble. Née à Verviers en 1977, Eliane Reyes commence le piano avec sa mère et donne son premier récital à 5 ans à l’issue duquel elle reçoit une distinction des mains de Jörg Demus.
Ses études l’ont menée à la fréquentation régulière de grands maîtres qui l’ont prise sous leur aile depuis l’âge de dix ans où elle rencontre Gyorgy Cziffra, jusqu’à Vladimir Ashkenazy à l’âge de 20 ans, en passant par Martha Argerich, Michel Béroff, Brigitte Engerer, Hans Leygraf, Jacques Rouvier, Jean-Claude Vanden Eynden et Alan Weiss.
Pendant cette période où elle a également le privilège de jouer aux masterclasses de Paul Badura-Skoda, Abdel-Rahman El Bacha, Murray Perahia et Gyorgy Sebök, elle suivra un cursus au sein des institutions européennes parmi les plus prestigieuses – Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (3e cycle), Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, la « Chapelle Musicale Reine Elisabeth » ,Hochschule der Künste de Berlin et Mozarteum de Salzbourg, dont elle sortira avec les plus hautes récompenses.
« Rising Star » en 2010-2011, elle vient d’achever avec Lorenzo Gatto, l’autre « Rising Star », une tournée européenne très remarquée. Eliane Reyes vient d’enregistrer, chez Naxos, en première mondiale, les 24 Intermezzi d’Alexandre Tansman, compositeur polonais peu connu, grand ami de Stravinsky, de la reine Elisabeth de Belgique et membre de l’Académie royale de Belgique.
La prestation qu’elle nous a offerte ce 28 janvier 2012, accompagnée par le Brussels Philarmonic Orchestra sous la direction de Roger Bausier était pétrie de grâce, d’élégance, et de fougue tout à la fois. De ses mains elle semble transformer le clavier en être sensible. Le visage d’ange est tout émotion et plaisir de la musique dans l’Adagio du concerto pour piano en la mineur de Grieg Op, 16. Un long envoûtement de l’orchestre va faire éclore le pépiement romantique de la pianiste. Des esquisses de rythmes contemporains nous jettent dans une sorte de blues dont les dernières notes se propagent comme un immense rond dans l’eau. L’Allegretto moderato final témoignera d’une grande tonicité, de vigueur et d’entrain. Tour à tour les hululements des bois feront place au thème principal repris par la pianiste en échos merveilleux. Si les cors donnent l’éveil de l’énergie vitale, encore et encore la douceur s’invitera sur le clavier pour terminer en beauté spectaculaire avec le déploiement des cuivres et les derniers mots chuchotés du piano-vedette.
A l’ouverture du concert nous avons écouté le BPHO exécuter une splendide interprétation de Finlandia, Op, 26 de Jean Sibelius, car le voyage musical de ce concert d’hiver du BPHO devait nous faire parcourir l’Europe, du Nord au Sud, avec des œuvres de Sibelius, Grieg, Rosenthal, Saint Saëns et Chabrier. La danse macabre de Saint Saëns avec l’excellente Anna Drzwiecka au violon fut elle aussi particulièrement applaudie : c’est brillant, fracassant, net… puis surgit un souffle et tout se dissout ! Le Brussels Philarmonic Orchestra de grande ampleur – plus de 130 jeunes professionnels – et on ne peut plus vaillant, nous a livré une palette de musiques très variées, dans un flot d’énergie et d’enthousiasme juvénile et de cadences vibrantes. Les instruments étaient lâchés : harpe, piano celesta, neuf musiciens aux percussions, Eric Pollet au tuba. Tous vents dehors, l’armée des cordes n’était pas en reste pour nous gratifier d’une soirée musicale d’exception.
Qui dit concert d’hiver, dit concert de printemps avec la soliste espagnole Ana Maria Badia (violon) le 24 mars 2012. Au programme, des œuvres de Rossini (ouverture Guillaume Tell, concerto pour violon en ré mineur), Sibelius et Peter Scheck. Soyez au rendez-vous! Le Conservatoire de Bruxelles est un lieu magique où l’on resterait bien jusqu’au chant du coq!
I Solisti del Vento, Vanden Eynden
Vendredi 27.01.2012 20:00
Conservatoire Royal de Bruxelles
Jean-Claude Vanden Eynden piano - I Solisti del Vento
Bohuslav Martinu, Sextuor pour vents et piano, H 174 (flûte, hautbois, clarinette, deux bassons et piano)
Ludwig van Beethoven Sonate pour piano n° 8, op. 13, "Pathétique"
Alexandre Tansman 6 intermezzi, 4 Impressions (2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes et 2 bassons)
Sonate pour piano n° 8, op. 13, Pathétique (arr. Druzecky, pour vents et contrebasse)
Vents d’est, vent d’ouest : une rencontre. Sous le titre d’ « Impressions pathétiques », I Solisti del Vento et Jean-Claude Vanden Eynden ont présenté un programme très original devant un public d’habitués des salles de concert. Difficile sans doute de réunir une plus grande affluence, ce concert étant placé le surlendemain de celui de Martha Argerich, à deux pas du dimanche de Brendel et du concert du célèbre pianiste hongrois András Schiff, à la tête de sa Cappella Andrea Barca le 31 janvier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Ce concert nous a donné l’occasion de découvrir le grand compositeur tchèque Bohuslav Martinu et son Sextuor pour vents et piano, H 174 et des œuvres d’Alexandre Tansman ainsi que la récriture très convaincante de la Sonate « pathétique » par un contemporain de Beethoven : Jiry Druzecky.
En ouverture on reconnait vite une ambiance jazzy dans cette composition écrite à Paris en 1929 par Bohuslav Martinu. Il fut en effet une figure importante de L’Ecole de Paris (Poulenc, Honegger, Milhaud), fréquentant le groupe des six, comme le nommait Jean Cocteau. Quatre mouvements. Après les joyeuses sonorités fruitées du prélude, l’adagio met en lumière la souplesse de la flûte et les notes basses du clavier. Suit un bavardage jazzy de la flûte et du piano seul, le ton est badin et la note finale un joli clin d’œil. Rythme de claquettes …dans un blues du genre divertissement. La fin au rythme marqué s’amuse en exploitant le canon.
C’est une interprétation nuancée, à grande précision de frappe et variété des phrasés que nous offre J.C. Vanden Eynden dans « la pathétique » de Beethoven. Plainte et supplication sont enchâssées dans le grave initial qui réapparaît à plusieurs moments. J.C. Vanden Eynden tend l’oreille comme pour écouter les modulations délicates de l’andante cantabile qui fait appel à la tendresse personnifiée. Cela contraste avec l’allegro impétueux et pétillant du dernier mouvement. Le public hélas trop peu nombreux, rend hommage à son impérial pianiste, maître de la dynamique fine et nuancée.
Passons à la découverte des 6 intermezzi et 4 impressions d’Alexandre Tansman, compositeur né en Pologne, qui se lia d’amitié avec Stravinski et Ravel lorsqu’il s’installa à Paris. Comme Martinu il fit partie de l’Ecole de Paris. A la seconde guerre mondiale, il gagna les Etats-Unis, où il dédicaça un concerto à Charlie Chaplin et où il écrivit des musiques de film. Dans ces petites pièces bien ciselées on retrouve tour à tour de l’invention agreste, des élans fougueux, des plages de bonheur simple, quitte à s’engouffrer subitement dans une ruée vers l’or. L’invitation à la rêverie fait place au désordre amoureux et dans les quatre impressions s’égrènent prélude, invention, nocturne et burlesque.
I Solisti del Vento, ensemble belge créé en 1991, nous a ravis par ses sonorités riches, miroitantes, humoristiques sous la direction du basson Francis Pollet. Debout, ils forment une ronde inventive qui convoque tous les vents avec fluidité et sensibilité pour incarner autrement, mais de façon très intéressante, la belle sonate de Beethoven. Difficile de ne pas succomber à leur charme.
A l'Opéra royal de Liège Wallonie:
La Vera Costanza
- DURÉE :
- 2h45
- LANGUE :
- Italien
- DIRECTION MUSICALE :
- Jesús López-Cobos
- MISE EN SCÈNE :
- Elio De Capitani
- ARTISTES :
- Federica Carnevale, Sandra Ferrández, Andrea Puja, Arianna Donadelli
- DATES :
- Du vendredi, 27/01/2012 au samedi, 04/02/2012
Première fois à l'Opéra Royal de Wallonie
L'Histoire
Lorsqu'une baronne est rejetée sur un rivage inconnu suite à un naufrage, elle ne peut que faire confiance aux pêcheurs voisins pour trouver du secours, pour elle, mais aussi pour sa suite de prétendants. Mariage secret, enfant caché et jeu des sentiments viennent alors enrichir un récit aux faux-semblants terriblement puissants.
Dramma Giocoso. Opéra en trois actes. Musique de Franz Joseph Haydn.
Livret de Francesco Puttini. Éditions G. Henle Verlag.
Création à Eszterháza, le 25 avril 1779.
Répétition de La Vera Costanza (Haydn) qui se joue au Palais Opéra du 27 janvier au 4 février 2012 avec P. Garcia Lopez, A. Puja, E. Muñoz, G. Margheri, A. Donadelli, F. Carnevale, A. Zorzi Giustiniani, S. Ferrández and Y. Gorodetski.
Gidon Kremer & Martha Argerich Mercredi 25.01.2012 20:00
Palais des Beaux-Arts / Salle Henry Le Bœuf
Gidon Kremer direction, violon - Martha Argerich piano - Sergei Nakariakov trompette - Kremerata Baltica
-Johann Sebastian Bach, Extraits de "L'Art de l'Instrumentation" (oeuvres pour clavier de Bach arrangées pour violon et cordes par Silvestrov, Raskatov, Desyatnikov, Tickmayer, Kissine)
-Giya Kancheli, Chiaroscuro
-Dmitry Shostakovich, Concerto pour piano, trompette et cordes n° 1, op. 35
-Leonid Desyatnikov, Target, extraits
Créée en 1997 par Gidon Kremer, la Kremerata Baltica jouit d’une belle renommée internationale. "Kremer and his new string orchestra, made up of extraordinary young players from the Baltic States, are special. They animate everything their bows touch."-- Los Angeles Times. La crème de la Baltique donc. La moyenne d’âge des musiciens, qui témoignent tous d’une haute qualité artistique, tourne autour de 27 ans. Les sonorités d’une grande finesse que l’orchestre produit sont d’une grande beauté, tout cela sans qu’il soit besoin de baguette musicale.
Gidon Kremer, à la fois directeur artistique et violon solo nous a offert un programme original, autour de transcriptions contemporaines d’œuvres de Bach et un hommage particulier à Glenn Gould. Le premier extrait part d’un solo au violon, qui s’élève dans le silence des respirations, est une méditation soudainement interrompue par un xylophone des plus éthérés, et une invasion ailée de pizzicati des cordes Des accents de brandebourg alternent avec des miaulements modernes brefs et surprenants. Quelques rythmes vifs et syncopés orneront les différents extraits jusqu’à l’hommage à Glenn Gould, ponctué de soupirs et de nostalgie. Le public est conquis.
Le plateau s’étoffe de nouveaux jeunes musiciens venus des rives nordiques (pianiste et percussions) et le morceau « Chiaroscuro » de Giya Kancheli sera une vraie révélation de romantisme bourdonnant. Il y a une guitare basse électrique, des accords XXe siècle brefs et surprenants, la délicatesse des pizzicati. Les cordes dorées créent une atmosphère recueillie et méditative, au point que le mystère se glisse entre des notes fines comme des cheveux d’ange, presque inaudibles. Il y a cette alternance subtile du violon et de la cloche, la lenteur réfléchie des archets, le contraste entre le violon solo et la masse musicale, une opposition poète / paysan, clair/ obscur, des pas de cristal et une lourdeur de glaise. Le violon se perd dans une frénésie de virtuosité à en briser son archet et l’âme se déploie en une danse éthérée qui met en évidence une sorte de désert blanc. De la glace ainsi que la solitude gelée sont brisées par le puissant orchestre, le piano articule quelques accents de printemps, le violon est au bord de la note la plus haute, qu’il caresse inlassablement comme un vent aigu pour lâcher enfin un dernier souffle. Apportez le miroir ou la plume !
Stupeur et ovation pour l’orchestre, Gidon Kremer et le compositeur qui monte sur scène, au comble du bonheur.
Martha Argerich les rejoint après la pause. On l’entendra dans le pétillant et « jazzy » Premier Concerto de Chostakovitch à l’humour vif et provocateur. Au deuxième mouvement Martha écoute et regarde le public devant de poser respectueusement le sortilège de ses doigts sur le clavier. Elle produit des élans d’une puissance inimaginable, des passages tremblants d’énervement, de l’émotion comme si on pleurait au bord d’une tombe. Martha dirige du regard, de la tête et des épaules même le violon qui est derrière elle. Cavalcades humoristiques, ruptures, cascades, que cela sonne ! Airs de victoire, elle griffe sauvagement en retour le piano. Le solo sec et moqueur de la trompette, le caquètement bavard des cordes y répondent. Théâtrale, elle reprend le rythme qui défie toute vélocité. Le délire du public répondra à sa série d’accords magistraux frappés comme si elle était un toréador. Encouragée par l’ambiance d’adoration, son sourire de Joconde passera et repassera au bras du jeune trompettiste, Sergei Nakariakov pour recevoir les applaudissements.
Des jeux interdits aux fracas wagnériens, la pianiste argentine, au propre et au figuré, a des doigts de vif argent. Son interprétation de Leonid Desyatnikov est flamboyante. Sa nature généreuse se déploie, elle met en scène la « souveraineté de l’élan vital » avec une maîtrise d’exception. Il y a quelque chose de malicieux dans ce regard qui orchestre les phrasés, de la délicatesse et de la fougue réunies. Le jeu chatoyant des mains qui volètent sur le clavier est hypnotique et passionné. On passe des notes chaudes et dorées qui fondent sur le clavier, façon Ravel, aux arpèges échevelés de Diabelli. Rien moins que les Shadows grondent dans la main gauche. Kremer fait surgir tout le Danube bleu de son instrument et plaque de solides accords, question de ponctuation. Notes naïves (Schumann?) de la main gauche tandis qu’elle tapote de la main droite un piano jouet haut comme trois pommes. Xylophone, sifflet, sabots de cheval… quel cirque! At the races! Ah! C‘était un des morceaux!

Programme
Désirer... Festival Philo ESCALES
DATES : 22-27 mars 2012
JEUDI 22.03.12 - Matinées philo secondaire (9:30 et 13:00) & Paroles (14:00)

Durée du spectacle : 20 minutes
Texte de Franck Pavloff
Mis en scène par Francis D’Ostuni
Avec Rudy Goddin
Régie : Toni Salvaggio, Edouard Szczesny
Théâtre de la Renaissance
http://www.theatredelarenaissance.be
MATIN BRUN de Frank Pavloff, par le Théâtre de la Renaissance
Pièce de théâtre, outil pour lutter contre l'extrême-droite
http://www.likoma.fr/cc/franck-pavloff-matin-brun/2543.html
Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d’un régime politique extrême : l’Etat Brun. Dans la vie, ils vont d’une façon bien ordinaire : entre bière et belote. Ni des héros ni des purs salauds. Simplement, pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux. Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d’entre nous ?
Sournoisement, insidieusement, certains tentent à nouveau de limiter nos droits les plus fondamentaux. Nous pensions être à l’abri. Et nous sommes persuadés que la bête immonde était définitivement vaincue. Pourtant, nous prenons le risque de minimiser les signaux inquiétants qui émergent partout en Europe et dans notre propre pays.
Description de l'activité :
- accueil
- pièce de théâtre
- pause
- ateliers de réflexion avec des philosophes
Public : étudiants de 16 à 18 ans (5ème et 6ème secondaire)
Thème : sensibilisation à la philosophie et à l’art
Conférenciers : Jacques SOJCHER et Lambros COULOUBARITSIS, professeurs émérites à l'ULB ; Brice DROUMART, Mélanie OLIVIER et Aline MIGNON, philosophes.
Une organisation du Pôle Philo
Wavre – Maison de la Laïcité
Public : étudiants de 16 à 18 ans
PAF : 3 € | Public scolaire uniquement
PAROLES est un espace de rencontres et d'échanges. Chacun est libre d'exprimer ses opinions dans le respect d’autrui et la convivialité. Le café philo du CALBW prend les couleurs du festival. Le thème : a-t-on besoin de nos désirs ?
Une organisation du Pôle Philo
Wavre – Maison de la Laïcité
Tout public
Gratuit
VENDREDI 23.03.12 - Matinées philo secondaire (13:30)
Spectacle de danse contemporaine accessible
Tout public et scolaire (adolescents à partir de 14 ans)
Durée : 55 minutes
« Blanche » est un jeu de rôle dansant, dans lequel cinq personnages viennent expérimenter la démesure et les limites de leurs désirs sur scène. Chacun des joueurs donne à voir son rapport à la sexualité, à la sensualité dans un contexte tantôt grave, tantôt léger, avec ce que cela comporte de frustrations et de fantaisies. A la recherche de l’amour partagé, ils mettent en mouvement leur désir fondamental : celui du rapport à l’autre, sous l’œil acéré des autres.
Avec « Blanche », le Collectif Physalis travaille autour du thème du désir, comme force positive et primordiale qui nous pousse à agir et à vivre. Ce fil conducteur amène les personnages à traverser d'autres notions comme la naissance de la sexualité, l'éveil des sens, le rapport dominant-dominé dans le couple. Blanche est un spectacle de danse contemporaine accessible.
Une chorégraphie à la fois drôle et douce-amère, à ne pas manquer !
Distribution
Chorégraphie : Isadora Sanchez
Danseurs : Etelle Bibbo, Joachim Loneux, Melody Willame, Olivia Cassereau, Ornella Venica
Conseillères artistiques à la chorégraphie : Claire Lesbros et Déborah Pairetti
Conseiller artistique dramaturgie et graphisme : Jérémie Labsolu
Scénographie : Marc-Antoine Colin et le Collectif Physalis
Costumes : Etelle Bibbo, Ornella Venica et Catherine Burton
Création lumière : Perceval Sanchez avec l'aide du Centre Culturel des Chiroux (Jean-Marc Gourguet et Christophe Fourré)
Vidéo : La Film Fabrique Asbl
Bande-sonore : Vincent Crépin
Musiques : Vincent Crépin, Mathieu Ha, Alexei Aigui, High Tone, John Zorn, Mich Gerber, Stephan Micus, Badawi, Tortoise, Matmos, Les Blérots de Ravel, Yann Tiersen, Ada Miléa, Bach.
Réalisé avec l’aide du Ministère de la Communauté française Wallonie-Bruxelles-Service de la Danse.
Coproducteurs :
Centre Culturel des Chiroux
Centre Culturel d’Ottignie-Louvain-la-Neuve
Centre Culturel du Brabant Wallon
Le Zététique Théâtre Asbl
Avec le soutien du : Centre Culturel de Theux, Centre Culturel de Chênée.
L’aide du : Centre Culturel de Braine-l’alleud, Centre Culturel de Rixensart, Article 23 asbl, La Film Fabrique asbl, La Virevolte asbl.
Une organisation du Pôle Philo
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Public : étudiants à partir de 14 ans
PAF : 3€ | Public scolaire uniquement
VENDREDI 23.03.12 - Conférence d’ouverture ANDRE COMTE-SPONVILLE sur le désir (20:00)
André COMTE-SPONVILLE est né à Paris, en 1952. Ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et agrégé de philosophie, il a longtemps été maître de conférences à l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne), dont il démissionna pour pouvoir consacrer davantage de temps à l’écriture et aux conférences qu’il donne en dehors de l’Université. Il est membre du Comité Consultatif National d’Éthique. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, dont : Petit traité des grandes vertus (PUF, 1995, rééd. Points-Seuil) ; Dictionnaire philosophique (PUF, 2001) ; Le capitalisme est-il moral ? (Albin Michel, 2004, rééd. Le Livre de Poche) ; L’esprit de l’athéisme, Introduction à une spiritualité sans Dieu (Albin Michel, 2006, rééd. Le livre de Poche).
Son dernier livre : Le goût de vivre et cent autres propos, Albin Michel, 2010.
Une conférence coorganisée par le CALBW et le Festival Philosophia de Saint-Emilion
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Tout public
Gratuit
SAMEDI 24.03.12 - Rencontres philo (9:30)
La philosophie avec les enfants, contribue à former l’esprit critique par le développement d’une pensée autonome. Elle permet ainsi de rechercher l’objectivité par le raisonnement, l’expérience et l’information vérifiée ; de repenser et remettre en cause ce qui est donné pour évident en exerçant son esprit critique et en confrontant les faits et les idées de manière à pouvoir opérer ses propres choix ; de développer la capacité à verbaliser et à communiquer pour exprimer sa pensée ; de renforcer la vie sociale, le sens de la coopération et la solidarité ; d’apprendre la nécessité d’un engagement au service des autres, de se situer dans la perspective du bien commun, dimension éthique essentielle du bonheur individuel. Toutes ces valeurs sont constitutives de la notion de citoyenneté et fondent la démocratie. Les Rencontres philo ont pour objectif de montrer comment, au travers de différentes pratiques, les mêmes objectifs fondamentaux peuvent être rencontrés.
Thème 2012 : PHILO PRATIQUE – PRATIQUES DE PHILO
Description de l'activité
- 9:30-12:30 : table ronde animée par Ali SERGHINI, Philosophe et Président d’Entre-vues
Edwige CHIROUTER (France), Philosophe, Maître de conférences à l’Université de Nantes, Expert auprès de l’UNESCO, Animatrice des « Goûters de philosophie et de littérature » à l’Université Populaire du Goût de Michel Onfray : Pratiquer l’étonnement : la philosophie, la littérature et l’enfance
Richard ANTHONE, Mercenaire et pèlerin philosophique, Chargé de cours au Karel de Grotehogeschool (Haute Ecole Charlemagne, département sciences sociales et orthopédagogique à Anvers) : Comment créer un lien dynamique entre un processus de dialogue philosophique et un processus de création artistique ?
- 12:30-14:00 : pause-déjeuner
- 14:00-16:30 : ateliers philo
Aline MIGNON, Philosophe, Animatrice d’ateliers philo avec les enfants et Collaboratrice à la revue Philéas & Autobule : La philosophie en jeux
Richard ANTHONE : Comment créer un lien dynamique entre un processus de dialogue philosophique et un processus de création artistique ?
Edwige CHIROUTER : Pratiquer l’étonnement : la philosophie, la littérature et l’enfance
Une coorganisation du Pôle Philo, d’Entre-vues et de Philéas & Autobule
Formation en partenariat avec l’IFC
Gratuité pour les membres du personnel de l’enseignement fondamental et secondaire
Wavre – Maison de la Laïcité
Tout public
PAF : 5 € - gratuité pour les membres du personnel de l'enseignement fondamental et secondaire
SAMEDI 24.03.12 - Philo et Psychanalyse, sur le désir (16:00) + Vin Philo (19:00)
En collaboration avec Entre-Vues.
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Tout public
Gratuit
Vin Philo, dégustation de vins et d’idées
La dégustation de vin et l’attitude philosophique ont de nombreux points communs. Ces deux disciplines demandent de la patience, de la curiosité, une dose d’étonnement et surtout du goût pour le plaisir. Chacun peut déguster à sa manière et le vin et les idées. Réunir un philosophe et un sommelier est une gageure qui peut réserver bien des surprises. C’est ce que nous vous invitons à venir (re)découvrir.
Invité: Baudouin HAVAUX (Mégavino) et Jean-Michel COUNET(UCL)
Jean-Michel Counet est professeur de philosophie et de théologie médiévale à l’Université Catholique de Louvain depuis 1994. Actuellement professeur ordinaire.
Il est directeur du Centre de Wulf-Mansion, centre de recherche en philosophie antique et médiévale (latine et arabe) et du Centre FITE (Philosophie et Textualités).
Il s’intéresse plus particulièrement au néoplatonisme médiéval, c’est-à-dire à des auteurs tels que Jean Scott Erigène, Anselme de Canterbury, Thomas d’Aquin, maître Eckhart, Nicolas de Cues auquel il a consacré de nombreuses études.
Ses autres centres d’intérêt en philosophie sont : la notion de dialectique à travers les âges, la philosophie de l’événement (Whitehead, Hartshorne, Deleuze), la psychologie de Carl Gustave Jung et les penseurs du cercle Eranos, la pensée de Thucydide,…
Actualité éditoriale : Nicolas de Cues, Les Conjectures. De Coniecturis. Texte traduit avec introduction et notes par Jean-Michel Counet. Avec la collaboration de Michel Lambert (Classiques de l’humanisme), 2011, Paris, Les Belles-Lettres.
En 2010 : JM Counet (éd.) Figures de la dialectique. Histoire et perspectives contemporaines (Bibliothèque Philosophique de Louvain), Leuven-Louvain-la-Neuve, Peeters.
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Public adulte (consommation d’alcool)
PAF : 5 €
SAMEDI 24.03.12 - Rock’n’philo (18:00)
À l’instar de la philosophie, le rock se développe dans toute son ambivalence : individualiste et transculturel, agent critique et force de propositions, doux rêveur et initiateur d’actions, instrument de subversion et de cohésion à la fois. L’art a toujours porté cette ambiguïté et il faut reconnaître aux grands morceaux du rock leur statut artistique. Rock'n philo se penche sur ces morceaux, afin d’en dégager toute la substantifique philosophie…
Par exemple, la première Méditation de Descartes et le Where is my mind des Pixies posent les mêmes problématiques : le réel est-il ce que je vois ? Suis-je parce que je pense ? Le message des Pensées de Pascal et celui de Smells like teen spirit de Nirvana sont semblables : « Le moi est haïssable ». Machiavel et L’homme pressé de Noir Désir expriment le même… machiavélisme. Le Come together des Beatles n’est pas sans rappeler d’idée du rassemblement comme prémices du « contrat social » selon Rousseau. Comment interpréter, à l’aide du déconstructivisme de Derrida, le si mystérieux Hotel California des Eagles, jusqu’en son mythique solo de guitares ? Le Stairway to heaven de Led Zeppelin est empreint d’un scepticisme qui n’est pas sans rappeler l’antique Pyrrhon.
Francis METIVIER a eu deux révélations à 13 ans : le grec ancien et Led Zeppelin, ce qui l'a amené ensuite à se confronter aux textes philosophiques et à apprendre la guitare. Rock'n philo est le résultat de la maturation inconsciente de ces deux modes d'expression.
Il habite Chinon ("petite ville, grand renom" comme disait Rabelais) et est professeur de philosophie au lycée Duplessis-Mornay de Saumur. Il a été enseignant et chercheur à l'Université de Tours (facultés de médecine et de philosophie) et pense que le vrai travail de fond en philosophie se fait au lycée.
Docteur en philosophie avec une thèse sur Le Concept d'amour chez Kierkegaard, Paris-IV Sorbonne, spécialiste de questions d'esthétique et d'éthique, il a publié sur Kierkegaard, Rabelais, le vin, l'éthique médicale et professionnelle, ainsi que des tribunes sur Haïti et la démocratie en France, dans Métro et Le Monde.
Par ailleurs, il fait du rock avec ses élèves, présentant tous les ans un concert et des compositions originales sur un thème philosophique (le temps, l'inconscient, les mythes de Platon, Oedipe, les 7 péchés capitaux,...).
Louvain-la-Neuve – Salle Salmigondis
Tout public
Gratuit
SAMEDI 24.03.12 - Méli-Mélo : la finale (20:30)
Le concours Méli-Mélo est organisé avec la collaboration des Maisons de jeunes de Rixensart, Vitamin’Z à Wavre, Antistatic à Tubize et Centre nerveux à Mousty.
Louvain-la-Neuve – Salle Salmigondis
Tout public
Gratuit
DIMANCHE 25.03.12 - Philo dell'Arte (10:30) + Brunch philo et équitable (11:00) + Consultations philosophiques (de 13:00 à 19:00)
Ces animations sont des journées d’éveil philosophique et artistique à l’attention des enfants. Sur un thème choisi et grâce à des œuvres artistiques, ils sont amenés à (se) poser des questions, à écouter, à s’exprimer, à échanger et à réfléchir aux événements qui leur arrivent et au monde dans lequel ils vivent. Ils apprennent à structurer leur pensée et à se forger leur propre raisonnement par le développement de l’esprit critique. Dans une ambiance ludique, les petits « philonautes » font ainsi de la philosophie. La réalisation d’une création artistique permet ensuite de symboliser le résultat des réflexions communes. Leurs pensées se transforment ainsi en œuvre d’art.
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Tout public
Gratuit
Brunch philo et équitable, un repas éthique qui sera également l’occasion de souligner et saluer le travail de jeunes enfants et d’adolescents participant aux animations Philo dell’Arte à l'Espace Créativité de la Fabrique de Soi présentent en avant-première "Besoin d'air et bien plus encore".
Dans le cadre de leur année créative, Ordre et Désordre, le monde sur un fil…, les adolescents de Tubize réinterrogent artistiquement quelques valeurs fondamentales. Leurs dessins, sculptures, écrits et bas-reliefs expriment ce besoin d’air…, besoin de respirer, besoin de respirer à pleins poumons… autant de besoins essentiels que sont en définitive nos besoins de liberté.
Une coorganisation de Philéas et Autobule, de la Fabrique de Soi et du Pôle Philo
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Tout public
PAF : 5 €
Consultations philosophiques. Proposées par le praticien philosophe Oscar BRENIFIER.
Tout public
Gratuit
DIMANCHE 25.03.12 - Balade contée (13:00) + Spectacle familial : "Elisa et Jean-René" (16:00)
Une balade familiale autour de l’étang de Louvain-la-Neuve, agrémentée de contes présentés par un conteur professionnel.
Ph. Casterman a été berger-itinérant de 1981 à 2005, durant plus de 20 ans il a ainsi parcouru les champs et les chemins
du Hainaut et du Brabant wallon. En quête de pâturages pour ses brebis certes, mais aussi à la recherche de notre liberté perdue: celle des anciens nomades aujourd'hui sédentarisés que nous sommes. Il vous parlera de sa lente mutation, des rencontres faites lors du gardiennage du troupeau et ... de ses chiens.
Dans le cadre des nuits d’encre, avec la Maison du Conte et de la Littérature du Brabant wallon
Départ de la Ferme du Biéreau à 13:00. Boissons et collations offertes au retour
Promenade familiale
Gratuit
Spectacle familial : "Elisa et Jean-René"
Elisa a un pif tout tordu comme une corne de gatte. Avec sa dioptrie 14, elle porte des lunettes loupes, qui lui font les yeux comme des « quiquines de poupousse ». Avec ses deux p’tites couettes et sa tenue vestimentaire, Elisa, c’est tout un roman ! Elle habite Chicago, pas en Amérique, non, en Wallonie, dans la région du centre. Jean-René habite dans un appartement à Québec, au Canada. Il a 48 ans et vit avec son canari, Albert XIII. Malgré leurs différences et la distance qui les sépare, une belle amitié naîtra entre une étrange petite fille et un monsieur pas comme les autres.
Création collective
Ecriture : Yolanda Cortesia
Adaptation et mise en scène : Benoît de Leu de Cecil
Comédienne : Christine Godart
Scénographie : Aurélie Borremans
Décor sonore : Marc Keyaert
Recherche pédagogique : Martine Nolis
Animations et photos : Nicolas Badot
Remerciements à Marie-Odile Dupuis
Librement inspiré du film d’animation « Mary and Max » d’Adam Elliot, ce spectacle de petite forme, raconte la vie d’une fillette de 8 ans et d’un quinquagénaire.
Tous deux mènent une existence difficile mais le hasard les amènera, par le biais d’une correspondance insolite, à vivre une amitié authentique et intense qui leur donnera la force de cicatriser leurs blessures.
Outre le message d’espérance en l’homme, le spectacle se veut aussi un vecteur de tolérance. Il suscite également une prise de conscience du droit à la différence.
La Compagnie des Mutants, essentiellement orientée vers le jeune public, est implantée à La Louvière depuis près de 30 ans. Dans les écoles de la région, « le cas Elisa » est monnaie courante.
Une organisation de Philéas & Autobule
Louvain-la-Neuve, Ferme du Biéreau
Spectacle familial
PAF : 5 €
elisa123.jpg (23.36 Ko)
DIMANCHE 25.03.12 - Studio philo (18:00) + Concert de CALI !!!!COMPLET!!!! (20:30)
Le saviez-vous? "Fight Club", "Collateral" ou "Matrix" permettent de comprendre Platon, Descartes ou Kant ! Telle est en tout cas la conviction d’Ollivier Pourriol, qui nous offre une introduction originale et passionnante à la philosophie.
Ollivier POURRIOL, normalien et agrégé de philosophie, a enseigné la philosophie avant de se consacrer à l’écriture et à l’animation de séances de Ciné philo, au MK2 Bibliothèque à Paris.
Il est l’auteur de trois romans parus chez Grasset, Méphisto Valse (2001), Le Peintre au couteau (2005) et Polaroïd (en collaboration avec James Douglas, 2006) dont il prépare l’adaptation cinématographique, et de plusieurs essais, dont : Alain, le grand voleur (Livre de Poche biblio essais, 2006) et Eloge du mauvais geste (Nil, 2010). Le livre Ciné Philo : Les plus belles questions de la philosophie sur grand écran, est sorti le 9 avril 2008 chez Hachette Littératures.
Louvain-la-Neuve, Ferme du Biéreau
Tout public
Gratuit
CONCERT de CALI - COMPLET
Le grand CALI en concert en formule intimiste et acoustique
b[Cali b continue sa tournée avec son album “La vie est une truite arc-en-ciel“. Dans le cœur de Cali nage une truite, animal sauvage et ambigu symbolisant ce que l’on ne domestique pas, ce que l’on ne soumet pas, sinon au bout d’une lutte acharnée pour la vie à tout prix. Le ton est donné, Cali est de retour. Une truite certes, mais une truite arc-en-ciel, aux couleurs multiples de l’Amour, de la peine, de la rage, de la joie, malgré le marasme étouffant et l’égoïsme moderne. Aujourd’hui, la production de Cali sonne définitivement rock. On y entend l’héroïsme de U2, ou encore de Nick Cave ou de Joy Division. On y retrouve Léo Ferré, à qui plusieurs titres du disque rendent un hommage vibrant. On plonge dans cet album, puis on nage entre deux, trois, treize courants ; on touche le fond, on remonte et on respire à nouveau. On ressort, enfin, remué, couvert d’écume... heureux.
Une coorganisation du CALBW, de la Ferme du Biéreau et du CCBW
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Tout public
PAF : 25 €
Réservation auprès de la Ferme du Biéreau (070 22 15 00 /info@fermedubiereau.be)
LUNDI 26.03.12 - Matinées Philo primaires (10:30 & 13:30) COMPLET !!!
Madame K passe son temps à se faire du souci. Elle s’inquiète de tout : un bouton mal cousu, le temps qu’il fait et qui pourrait changer – et si le soleil disparaissait ? Monsieur K, par contre, bricole, dessine, découpe, peint et sifflote.
Un jour, dans son potager, Madame K trouve un oisillon tombé du nid. Elle décide de l'élever...
A partir de 5 ans
Un spectacle de La Berlue d'après l'album de Wolf Erlbruch (Éditions Peter Hammer - Milan pour trad. française)
Adaptation : Violette Léonard et Luc Fonteyn
avec Violette Léonard et Benoit Lavalard
Mise en scène : Luc Fonteyn
Scénographie, images, marionnettes : Christine Flasschoen
Coaching marionnettes : Christine Flasschoen
Création lumières et régie : Benoit Lavalard
Construction structure-décor : Guy Carbonnelle
Musiques : Marie-Sophie Talbot
Montage sonore : Pascale Snoeck et Benoit Lavalard
Production et diffusion : Paul Decleire
Une production de La Berlue ASBL
Des ateliers de réflexion philosophique sur la pièce sont proposés la semaine suivante dans les classes.
En coproduction avec le Centre Culturel Jacques Franck, accueil en création au CDWEJ, en résidence à la Roseraie, réalisé avec l'aide du Ministère de la Communauté française, service du Théâtre. Merci au Théâtre du Papyrus, et à la Pépinière de L'Anneau.
Une organisation du Pôle Philo
ACTIVITE COMPLETE
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Public : élèves du primaire à partir de 5 ans
PAF : 3€ | Public scolaire uniquement
LUNDI 26.03.12 - Rebelles subversifs (18:00) + Conférence de clôture : Alain BADIOU (20:30)
Pour la première fois, le CALBW s’associe aux Nuits d’encre pour une présentation par Anne MORELLI (ULB) de l’essai qu’elle a dirigé : Rebelles et subversifs de nos régions – Des Gaulois jusqu’à nos jours, publié en 2011 par Couleurs Livres.
Alors que règne dans notre pays un fatalisme généralisé face à des situations que la population n’appelle pas de ses vœux, il est bon d’apprendre que des actions collectives ont déjà, dans le passé, modifié le cours de l’Histoire.
De la « résistance » des Gaulois aux grèves qui ont engendré notre système de protection sociale, en passant par les révoltes paysannes, urbaines et la contestation religieuse, les exemples de rébellions contre le pouvoir du plus fort foisonnent.
Elles ne manqueront pas de servir d’inspiration à ceux qui refusent l’intolérable.
Une coorganisation des Nuits d’Encre et du CALBW
Louvain-la-Neuve – Ferme du Biéreau
Tout public
Gratuit
Conférence de clôture : Alain BADIOU
Professeur émérite à l’Ecole Normale Supérieure, philosophe, dramaturge et romancier, Alain Badiou viendra réfléchir avec nous sur le désir de révolution. Une conférence présentée par Martin Legros, rédacteur en chef de Philosophie Magazine.
Dans la mesure où le mot « révolution » désigne classiquement le renversement d’un ordre établi, il se situe conceptuellement à la lisière de la Loi (nom générique de l’ordre) et du Désir (nom générique de ce qui entre négativement en relation avec la Loi). Cette lisière est presque indiscernable : déjà St Paul affirmait que, par les interdits qu’elle proclame, la Loi désigne en quelque sorte les objets du Désir. Lacan a même avancé la formule selon laquelle Désir et Loi sont « réciprocables ». Parler des « désirs de révolution » reste une formule obscure, et facile, si on ne pose pas la question : quelle peut bien être la Loi du désir de non-Loi ? De là que le problème crucial des révolutions est toujours celui de l’Etat. Ou, plus violemment : que les révolutions triomphantes n’ont jamais à ce jour pu éviter l’instauration d’un régime de terreur. Ce sont ces paradoxes qu’il importe d’éclaircir.
Alain Badiou, actuellement professeur émérite à l’Ecole Normale Supérieure où il a été nommé professeur en 1999, est né en 1937 à Rabat, d’un père mathématicien et d’une mère professeur de français. En 1956, il entre à l’Ecole Normale Supérieure qu’il quitte en 1961 après avoir été reçu premier à l’agrégation de philosophie.
De 1961 à 1969, service militaire, puis enseignement au lycée et au Collège universitaire de Reims. Dans cette période il publie deux romans, Almagestes (1964) et Portulans (1967), et un ouvrage de philosophie logique, Le Concept de Modèle (1969).
De 1969 à 1999, maître de conférences puis professeur de philosophie à l’Université de Paris VIII.
La politique a toujours été et demeure un repère important de ses intérêts et de son engagement. Les ouvrages traitant de politique jalonnent sa carrière ainsi, Théorie de la contradiction (1975), De l’idéologie (1976), Peut-on penser la politique ? (1985) et récemment la série des Circonstances 1 à 6 entre 2003 et 2011, dont un succès populaire et médiatique pour le numéro 4, De quoi Sarkozy est-il le nom ?
En 1982 paraît le premier de ses grands livres philosophiques, Théorie du sujet, qui sera suivi en 1988 par L’être et l’événement et en 2006 par Logiques des mondes. Un dialogue avec Nicolas Truong, philosophique et anthropologique, Eloge de l’amour, connait à son tour un grand succès en 2009.
Alain Badiou a écrit pour le théâtre : L’Echarpe rouge (mise en scène par A.Vitez en 1984). Entre 1994 et 1996, série des Ahmed (Ahmed le subtil, Ahmed se fâche, Ahmed philosophe, les Citrouilles), tous mis en scène par C.Schiaretti à la Comédie de Reims.
En 1997 paraît son troisième roman, Calme bloc ici-bas, transposition sophistiquée des Misérables de Victor Hugo.
Il faut signaler son intérêt constant pour la poésie et la musique, dont témoignent son Petit manuel d’inesthétique (1998) et, tout dernièrement (2010), les Cinq leçons sur le cas Wagner. Symétriquement, il pratique depuis toujours les mathématiques, qui jouent un très grand rôle dans sa philosophie et auxquelles il a consacré un livre entier, Le Nombre et les nombres (1990).
Le philosophe qu’Alain Badiou a toujours revendiqué comme son maître est Platon et il vient de faire paraître un livre, tiré (plus que traduit) de la République.
A partir des années quatre-vingt-dix, Alain Badiou est invité dans le monde entier pour des conférences, des enseignements, mais aussi des rassemblements politiques, comme les trois sessions internationales sur la signification contemporaine du mot « communisme » qu’il a organisées avec son ami Slavoj Zizek à Londres, Berlin et New York.
L’œuvre d’Alain Badiou est désormais mondialement connue. Elle est traduite dans une vingtaine de langues.
En collaboration avec l’Atelier-Théâtre Jean Vilar
Louvain-la-Neuve – Théâtre Jean Villar
Tout public
PAF : 10 €
MARDI 27.03.12 - Théâtre philo (19:30)
Frank PIEROBON est philosophe, dramaturge et passionné d’art. Professeur à l’IHECS, il dévie souvent sa plume pour écrire sur le théâtre, ou en écrire des pièces. Il participe régulièrement à des animations tournant autour du théâtre à Bruxelles.
Seul-en-scène royal
Un soir de 1719, dans la bibliothèque du couvent où elle s'est enfermée, Françoise d'Aubigné revoit et revit quatre-vingt-quatre années d'une existence riche en contrastes et en péripéties. Au crépuscule de sa vie, cette femme au destin exceptionnel, partie de rien pour arriver à tout, découvre que « tout n'est rien »...
Née en prison, elle se retrouve mariée à 17 ans au célèbre poète Scarron, infirme qui la laisse veuve et sans le sou à 25 ans. Grâce à son intelligence et sa sensibilité, elle deviendra la gouvernante des enfants illégitimes de Louis XIV, qui tombera amoureux d’elle jusqu’à lui offrir le domaine de Maintenon avant de l’épouser en secret.
De l’obscure pauvreté de son enfance antillaise à la magnificence de Versailles, la future Marquise de Maintenon a traversé tous les milieux sociaux et tous les courants d’idées de son siècle. Pour l’incarner, Jacqueline Bir réunit tous les prodiges de son art. Sur les plus beaux airs baroques du XVIIème, elle chante et joue.
Après une carrière politique, Françoise Chandernagor se consacre à la littérature. En 1981, elle publie son premier roman L'Allée du roi : une intrusion fracassante dans un milieu littéraire qu’elle ne connaît pas ! Vendu à plus d’un million d’exemplaires, adapté à la télévision et au théâtre, le roman est également traduit dans le monde entier. Depuis, elle a écrit huit autres romans et une pièce de théâtre. Françoise Chandernagor est aussi administratrice de la Société des Lecteurs du Monde, membre du Prix Jean Giono et de l'Académie Goncourt depuis 1995.
Cette femme incarne un cheminement possible entre la France d’en haut et la France d’en bas. C’est un vrai personnage populaire et consensuel avec juste ce qu’il faut de zones d’ombre pour lui ajouter le charme du mystère.
Son destin a inspiré à Françoise Chandernagor une biographie romancée éblouissante, qui allie l’érudition, l’émotion et l’esprit. Jean-Claude Idée
Aujourd'hui, c’est avec une sobriété majestueuse mais jamais ronflante que Jacqueline BIR joue la courtisane d’une classe imperturbable alors que souffle autour d’elle un tourbillon vertigineux de grandeur et de décadence. Sur les plus beaux airs baroques du XVIIème siècle, Jacqueline BIR chante et joue, réunissant ainsi tous les prodiges de son art. (Le Soir, mars 2008)
Une production du Théâtre Royal des Galeries.
En collaboration avec l'Atelier Théâtre Jean Vilar
Louvain-la-Neuve, Théâtre Jean Vilar
Tout public
PAF : 16 € (Conférence + pièce) / 20 € (Pièce uniquement)
Lieux
- 1348 Louvain-la-Neuve
Théâtre Jean Vilar, rue du Sablon – Place Botanique
Salle Salmigondis, place des Sciences
- 1300 Wavre
Infos et tickets : 010 22 31 91 – escales@laicite.net
Tickets concert Cali : 070 22 15 00 – info@fermedubiereau.be
Le roi Lear
de William SHAEKESPEARE
Magnifique spectacle. La conception scénique de la pièce donne assurément libre cours à toutes les interprétations. Ce décor unique, vide et mouvant, fait d’immenses cordages d’un rouge dérangeant, forme une cage en entonnoir ouverte sur le public. Représente-t-il le terrible enfermement des liens familiaux, pareils aux barreaux d’une prison qui vous suivrait partout et vous étrangle, à force? Le plan incliné est-il celui d’un pont de navire, ou d’une tragédie familiale, qui sombre peu à peu, corps et biens ? N’évoque-t-il pas aussi la brutalité des conflits de filiation qui, comme la vie, ne tient souvent qu’à un fil … Parlant de cordes, l’ensemble ne met-il pas en scène aussi la hantise du gibet omniprésent, mode d’exécution sanguinaire de l’époque, en donnant couleur même aux costumes, faits de sable et de sang caillé ? A moins que très prosaïquement, on soit sur un podium pour le combat sans merci que se livrent les filles aînées du roi, hystériques et déchaînées par leur cupidité et leur orgueil. Je pencherais personnellement pour l’horreur du « Pit and Pendulum » d’Edgar Poe.
Si le roi Lear me fait décidément trop penser à l’élégant instrument de musique, plutôt qu’au roi celte Leir qui dans sa folie sénile et tyrannique déshérita sa fille préférée Cordélia, voici, mises à nu, les cordes sensibles d’un roi Lyre sur lesquelles soufflent la hantise de l’odieuse vieillesse et la folie avérée. Malgré son bannissement ignominieux, Cordélia pense juste et parle droit : « Venez accorder les dissonances de mon père aimé ! » Ainsi le « King Lear » de ce soir est un personnage menu, étonnant d’inconscience, de brutalité au début, transformé ensuite par les circonstances en sorte de Diogène hagard dont l’humanité finit par émerger au travers de terribles souffrances.
Si rien que la scénographie met déjà le spectateur en phase avec l’imaginaire, que dire de la langue d’une richesse inouïe qui a su traduire à merveille le texte original anglo-saxon. Que dire de l’intrigue aussi perfidement dangereuse qu’ un mortel labyrinthe. Que dire de ces personnages épiques, admirablement défendus par 11 comédiens gonflés de maîtrise. Alors le délicat clavecin à qui on demande d’accompagner la tempête fantastique et qui joue sans frémir, de la musique de Scarlatti semble être un objet incongru, surréaliste même.
« Par ruse, si pas par droit du sang, j’aurai des terres ! » prophétise Edmond : la double intrigue shakespearienne ne fait qu’augmenter l’horreur des crimes parricides et fratricides tandis que l’humour noir est omniprésent. Les scènes baroques et drolatiques abondent sur la langue du fou de miel et du fou de fiel tandis que surgissent çà et là des jugements bien pesés sur le monde. Ce spectacle très prolixe est donc une réalisation extra…ordinaire, comme les histoires d’Edgar Poe, qui tient le spectateur dans ses griffes jusqu’à la fin. Sur scène rampe à la fin, parmi les corps inanimés, le cauchemar épouvantablement intemporel des tragédies familiales et de l’aventure humaine si dérisoire. Toujours nous rendrons « responsables de nos désastres, le soleil, la lune et les astres ! »
Mise en scène : Lorent WANSON.
Assistanat : Anne FESTRAETS.
Décor : Daniel LESAGE.
Costumes : Patricia EGGERICKX.
Lumières : Xavier LAUWERS.
Musique : Domenico SCARLATTI, interprétée en direct au clavecin par Fabian FIORINI.
Avec:
Jean-Marie PÉTINIOT (Lear )
Delphine BIBET (Goneril )
Philippe JEUSETTE (Kent)
Sylvie LANDUYT (Regane )
Julien ROY (Gloucester )
Benoît VAN DORSLAER (Albany et le Fou)
Yvain JUILLARD (Edgar )
Lindsay GINEPRI (Cordelia)
Benoît RANDAXHE (Edmond )
Guillaume KERBUSCH (Oswald )
Loïg KERVAHUT (Cornouailles)
Traduction de Françoise MORVAN, avec la collaboration d'André MARKOWICZ
http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2011_2012_00
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Dans une maternité de Bruxelles, Jacqueline, enceinte de deux ans et demi refuse d’accoucher.
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Agenda des représentations |
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Captation réalisée par le Service Audiovisuel de la Province de Namur
LE REPAS DES FAUVES Centre Culturel d'Auderghem, Bld du Souverain 183 – 1160, Accueil parisien du 16/01/2012 au 22/01/2012
1942, quelque part, en France occupée, un appartement bourgeois. Circonstances « atténuantes », le SS Kaubach qui connait Victor Pélisier comme libraire de la ville, fait « une faveur » à Sophie, sa femme, qui fête ce soir-là son anniversaire. Ils pourront d’ici deux heures, parmi les sept convives, désigner les deux otages par appartement qui payeront de leur vie l’attentat de deux officiers allemands abattus ce soir-là, au pied de l’immeuble.
L’angoisse est à son comble, personne ne songe à tirer au sort. Chacun trouvera que « l’autre » est de manière évidente, bien plus apte à être envoyé au sacrifice. Que le salut viendra sûrement d’appels à l’aide parmi leurs sympathies allemandes. « … Comme de bien entendu ! » Le sujet est glaçant, le jeu de l’autorité en place est sadique et cynique. « Prenez votre temps, dit l’officier, maintenant vous avez un sujet de conversation ! » Pendant deux heures rien d’autre ne circule que la peur panique d’hommes et de femmes soudainement dressés les uns contre les autres devant le danger. De Jean-Paul, le docteur, figure respectée, au salaud collabo et pragmatique, André, en passant par Pierre, rendu aveugle lors de ses combats au front et Françoise aux sympathies marquées pour la Résistance, tous s’entredéchirent, avec une férocité grandissante, pendant que le SS parcourt d’un regard amusé les beaux livres de la bibliothèque.
Ce spectacle a obtenu 3 Molières en 2011.
Dans toute cette gravité du huis clos infernal, les adeptes d’humour noir jubileront. Le personnage d’André, pourtant fort opportuniste est peut-être le moins hypocrite d’entre eux, le seul qui ose poser les bonnes questions. Il ose asséner : «Je préfère avoir un cadavre sur la conscience qu’être le cadavre sur la conscience de quelqu’un d’autre ». Le personnage de Victor le mari est un condensé d’égoïsme et de pleutrerie qui méprise sa femme. « Tout est pardonnable quand il s’agit de sauver sa vie!» Françoise, lucide déclare « Nous sommes tous responsables… » Mais ses grands états d’âme ne vont pas plus loin que les mots. Les huit acteurs sont finement décalqués sur la bassesse, la médiocrité, la lâcheté qui les animent tous, sans exception. L’appartement cossu et net qui respire le monde de nos grands parents forme un contrepoint esthétique saisissant. Sur la large baie vitrée, des projections d’actualités, mêlées de funestes personnages de grossiers dessins animés nous plongent dans une évocation glaçante de l’horreur de l’époque. Bombardements, défilés, discours nazis. Destruction consciencieuse de la dignité humaine. Mais ce qui se passe et se dit sur scène est presque plus effrayant. Le dénouement, point d’orgue inoubliable, est un cadeau d’anniversaire terriblement héroïque.
« Tu peux sourire, charmante Elvire, les loups sont entrés dans Paris…» Les comédiens sont entrés dans leurs personnes-otages avec une vérité déconcertante. Mais comme cela fait du bien de retrouver leur traits détendus, leur réalité d’êtres humains, leurs joyeuses œillades d’artistes au moment des applaudissements à tout rompre.
mise en scène de Julien Sibre Avec Cyril AUBIN, Pierre-Jean PAGÈS, Alexis VICTOR, Caroline VICTORIA, Olivier BOUANA, Julien SIBRE, Pascal CASANOVA, Stéphanie HÉDIN, Jérémy PRÉVOST.
de Jean Racine
Mise en scène : Tatiana Stepantchenko
« Ce spectacle plonge dans l’incandescence des âmes, dans l’antre de l’alchimiste Racine où se transmuent non seulement les âmes mais aussi le monde. » La Voix du Nord
Gouvernée avec sagesse par Néron, Rome est au sommet de sa puissance et de sa domination sur le monde. Un parfum de complot avait pourtant entouré l’accession au pouvoir du jeune fils d’Agrippine. Seconde épouse de l’empereur Claude et soupçonnée de l’empoisonnement de ce dernier, Agrippine avait habilement obtenu du Sénat qu’il installe Néron à la tête de l’Empire, le préférant ainsi à Britannicus descendant dynastique légitime. L’emprise d’une mère sur son fils, les manigances, tractations et autres secrets d’alcôves, lui permettaient depuis de gouverner l’Empire en sous-main. Quand Néron, depuis toujours piqué de jalousie envers Britannicus, décide soudain de faire enlever Junie la compagne de ce dernier, Agrippine redoute que la Pax Romana dont elle tire avantage n’explose simplement. Lorsqu’elle se présente au palais pour raisonner Néron, celui-ci refuse de la voir. La fébrilité et la panique gagnent Agrippine qui tente désespérément de reprendre le contrôle de la situation, tandis que Néron sombre inéluctablement dans une folie qui mettra bientôt Rome à feu et à sang…
Personne ne veut plus de l’aspect emprunté des alexandrins. Il n’est pas moins vrai que la langue de Racine peut, une troupe théâtrale d’exception aidant, ravir l’oreille et le cœur, absolument. C’est ce pari que Tatiana Stepantchenko, metteur en scène russe, gagne haut la main lors de la représentation de Britannicus sur la scène de Jean Vilar à Louvain-la-Neuve. Un chef d’œuvre d’expressivité et de jeu théâtral. A part de savants jeux de clair-obscur, à part les subtils changements de teintes du voile de l’histoire, immense et brillant mais aux trompeuses transparences, le décor est le noir profond et insondable de l’histoire et de la nature humaine. Y apparaissent, sculpturales, les empreintes de personnages de la Rome éternelle, lieu emblématique de pouvoir, d’orgueil démesuré, de trahisons et machinations perverses, où sont synonymes passion amoureuse et passion politique ou militaire. Chaque stance est un tableau en soi. Il se compose de gestes et de poses très étudiées où les mains sont le prolongement des mouvements de l’âme et du subconscient, où le corps s’exprime comme un danseur pour être contemplé dans sa vérité, où la langue virevolte dans des profils audacieux. Dans sa note d’intention, Tatiana Stepantchenko explique que le vers racinien dégage une formidable énergie, ardente, vibrante, d’une fascinante sonorité. Au détour de chaque syllabe, de chaque son, qui produit de véritables arcs électriques entre les personnages, se produit une musique verbale. Mais la vraie musique racinienne plonge au-delà, vers ces vibrations harmoniques inaudibles, ces silences, ces bruissements, puis ces hoquets telluriques des âmes en perdition.
Un triangle magique s’est installé : celui de trois époques confondues en un point, le point magique du théâtre, qui réunit l’antique, le classique et le contemporain avec une perfection admirable. La fresque des sentiments est bouillonnante : la jalousie, la trahison, la tentation incestueuse, le déséquilibre des équations triangulaires…La langue est sublime, les moindres nuances de sentiments sont rendues à la perfection. Et pour qui saura entendre, la critique politique de l’époque de Louis XIV est bien présente, « le sous-texte » comme l’appellera Anton Tchékhov, trois siècles plus tard.
Le spectateur vit un moment inoubliable devant ce talent d’outre-siècles déployé par des comédiens envoûtés par le texte. Le spectateur en vient à se suspendre lui aussi à cette vague artistique qui déferle sur la scène et à se laisser porter avec volupté verbale et chorégraphique sur la crête de l’excellence théâtrale. On a envie de ne rien ajouter, ni de rien retirer. Equilibre parfait.
Britannicus de Racine, mise en scène Tatiana Stepantchenko, scénographie et costumes Marina Filatova, lumières Laurent Deconte. Avec Claire Mirande, Jacques Allaire, Mathias Maréchal, Magaly Godenaire, Damien Remy, Laurent Letellier, Catherine Mongodin .
Une production Compagnie Or. Azur, aidée par la Ministère de la Culture (DRAC Nord/Pas-de-Calais)
et par la Région Nord/Pas-de-Calais / Coproduction Le Phénix-Scène Nationale de Valenciennes.
Coréalisation série parisienne : Théâtre de l’Atalante.
Dates : du 17 au 20 janvier 2012
Lieu : Théâtre Jean Vilar
Durée du spectacle : 2 h 15 sans entracte
Nous voici donc devant un nouveau Docteur Jekyll et Mr. Hyde, inspiré de la célèbre nouvelle de Stevenson. Une heure 10 de palpitations magnifiquement interprétées par Emmanuel Dekoninck, multiple Manu, qui, de son corps agile et de sa voix nous guide dans la descente vertigineuse des complexités du Moi. Il nous souhaite au passage de ressortir de ce spectacle un peu différent. Il est vrai qu’ après avoir bu la potion magique de son art dramatique éblouissant et goûté au poison de l’expérience scientifique qui se déroule devant nos yeux ébahis par la mise en scène et le décor , on ne peut plus qu’accepter avec humilité les zones d’ombre que tout un chacun porte en soi.
Christine Montalbetti met en scène la brume de l’hiver londonien, les ombres lugubres d’une rue déserte la nuit, la lune traîtresse et cette chose visqueuse qu’est le secret. C’est cette dernière confession bouleversante du Dr. Jekyll, envahi inexorablement par les difformités physiques et morales de Mr. Hyde, qui va empoigner le spectateur jusqu’à ce que conscience s’en suive. Le visage lisse du jeune étudiant sans problème de la cuvée 2011-2012 se froisse et apparaissent les failles qui le feront aimer désespérément. Quel que soit le siècle, il se pose la question maléfique du désir et de l’ennui. Il révèle peu à peu sa perception des pulsions perfides, des zones d’ombre, des souffrances. Alternent l’angoisse de Jekyll, mais aussi l’humour de Hyde, sa séduction subversive et souveraine, sa soumission entière au désir.
Contraste lumineux : le Dr. Jekyll, épris de progrès scientifique, offre tout simplement sa personne à la science et explique l’expérience devant un tableau d’auditoire imaginaire. Noble passion et générosité de l’homme chercheur et enseignant. Jekyll analyse minutieusement l’être humain dans sa complexité. Pour lui, jusque dans la bonté il y a des pulsions bâillonnées, des chemins tortueux. « Je suis l’incarnation de l’hétérogène et je fais mon autopsie. Vous repartirez différents suite à l’agitation de vos molécules.» promet-il.
Paradoxalement, le Dr. Jekyll va donc s’appliquer à métamorphoser… le spectateur. L’effroyable Mr. Hyde est un monstre qui grâce aux effets de la potion est devenu un être purifié dans l’alambic de la science, sans mélanges. Il ne connait pas la versatilité, ignore l’autre, est soumis à la machinerie infernale de sa pulsion première et personnifie l’abomination de la pureté.
D’aucuns verront aussi dans ce conte cruel l’image des combats fratricides qui peuplent toutes nos mythologies depuis l'aube de l'humanité. Une œuvre forte intensément interprétée par Manu. Suavité diabolique de la question de Hyde : « Si je ne te servais pas de repoussoir, comment pourrais-tu te glorifier dans ta vie quotidienne ? Est-ce que je ne t’ai pas sauvé de l’ennui en te laissant le beau rôle ?»
Seule la mort est sans faille. Deux mortels, Ange et Démon se disent donc adieu, ainsi qu’à la vie dans un luxe langagier qui ne déplairait pas à Baudelaire. Jekyll ne peut plus faire qu’une chose : parler, parce que la parole est tout ce qui lui reste. Une parole qui devient spectacle saisissant.
Du 11.01 au 18.02.2012
Di : 22.01 & 05.02
LE SABOTAGE AMOUREUX
Amélie Nothomb - Cie Biloxi 48
Au Théâtre de la place des Martyrs - Grande salle.
Du 12/01 au 18/02/2012 - Dimanches : 29/01 et 12/02
Saviez-vous qu'un pays communiste, c'est un pays où il y a des ventilateurs ? Que de 1972 à 1975, une guerre mondiale a fait rage dans la cité-ghetto de San Li Tun, à Pékin? Qu'un vélo est en réalité un cheval ? Que passé la puberté, tout le reste n'est qu'un épilogue ? Vous l'apprendrez et bien d'autres choses encore de ce roman inclassable, épique et drôle, fantastique et tragique, qui nous conte aussi une histoire d'amour authentique, absolu, celui qui peut naître dans un cœur de sept ans. Un sabotage amoureux : sabotage, comme les sabots d'un cheval qui est un vélo…
« Dès le premier jour, j'avais compris l'axiome : dans la Cité des Ventilateurs, tout ce qui n'était pas splendide était hideux. Ce qui revient à dire que presque tout était hideux. Corollaire immédiat : la beauté du monde, c'était moi. » Ce n’est pas à une guerre des boutons, mais à une guerre mondiale féroce que se livrent avec entrain les enfants de diplomates dans le ghetto de San Li Tun à Pékin en 1972. Amélie, 7 ans, est éclaireur. Elle ne peut concevoir plus beau, plus grand, plus digne d'elle-même, elle qui aime une seule chose, être regardée et se sentir le centre du monde. « J'avais tout. J'étais une interminable épopée. Je ne me sentais de parenté qu'avec la Grande Muraille : seule construction humaine à être visible depuis la Lune, elle au moins respectait mon échelle. »
Déclarations, affrontements, humiliations, sabotage, contre-attaques, trahisons, trêves… La guerre et l’amour partagent le même vocabulaire. Elle va le découvrir. Car le monde bascule pour Amélie quand la sublime et très cruelle Elena devient le nouveau centre du monde car elle est la perfection. Amélie ose lui déclarer: « Il faut que tu m'aimes parce que je t'aime. Tu comprends? » Pour Elena, jouer à la guerre, « le plus noble des jeux », est totalement inintéressant.
« Elle fut ma belle Hélène, ma guerre de Troie, mon sabotage amoureux. » dit Amélie qui joue au chevalier à la rose, acceptant les défis les plus surhumains y compris une course folle qui l’emmène jusqu’à l’évanouissement. Chaque pas piétine son corps et son ego si sensible, dans l’indifférence absolue de la belle. « Sois méchante avec Elena et elle t’aimera. » dira sa mère en cherchant à la consoler. Un plan de vie ?
Cependant que la guerre internationale contre les allemands fait rage, libres de surveillance, les enfants-maîtres es cruauté se délectent d’empilage verbal acide et tranchant, de persécutions, de harcèlements, de divertissements sadiques et de supplices frôlant la mort, jusqu’à l’intervention salutaire des parents. « Oubliés des autorités chinoises et des autorités parentales, les enfants de San Li Tun étaient les seuls individus de toute la Chine populaire. Ils en avaient l'ivresse, l'héroïsme et la méchanceté sacrée. »
Le texte est éblouissant et provocateur. « La guerre commença en 1972. C'est cette année-là que j'ai compris une vérité immense : sur terre, personne n'est indispensable, sauf l'ennemi. Sans ennemi, l'être humain est une pauvre chose. Sa vie est une épreuve, un accablement de néant et d'ennui. L'ennemi, c'est le Messie. Sa simple existence suffit à dynamiser l'être humain. »
« J’appelle cheval …ce qui me hisse ! » L’apologie du cheval-vélo, synonyme de dépassement, vitesse, envol est un bijou de romantisme échevelé. Ajoutons quelques perles musicales très évocatrices : de la marche des chevaliers de Prokofiev aux Beatles. Saluons l’encadrement d’éclairages fort ludiques. Les costumes, dignes du Boulevard de la laideur habitable habillent des comédiens parfaits dans leurs rôles d’enfants débordants d’énergie et de cynisme. Dans un échange constant de personnages, Christine Delmotte a distribué la parole d’Amélie à 7 jeunes comédiens pétulants et explosifs, dont des hommes bien sûr, qui retrouvent avec jubilation et exaltation leurs propres souvenirs de cavalcades sur terrains vagues et cours de récréation. Une habile façon d’émietter toutes les facettes d’Amélie sans jamais la trahir. Difficile de rester indifférent. La mise en scène est tellement délirante que le spectateur est embarqué dans l’expérience héroïque presque sans son consentement. Et le cheminement amoureux dévastateur d’Amélie laisse pantois.
Avec: Maroine Amimi, Stéphanie Blanchoud, Catherine Decrolier, Christophe Destexhe, Jessica Gazon,
Ingrid Heiderscheidt, Quentin Minon
Mise en scène et scénographie : Christine Delmotte, Eclairage : Nathalie Borlée, Assistanat général : Anna Giolo
Crédit Photos :Lara Bongaerts & Nathalie Borlée
http://www.theatredesmartyrs.be/pages%20-%20saison/grande-salle/piece4.html
Vous allez très vite deviner que j’ai un sérieux penchant pour l’Art Populaire. J’emploie plus volontiers le terme « penchant » car il désigne une orientation relativement permanente, plutôt que « préférence » ... plus circonstanciée. Je suis assez convaincu que la préférence est un peu « l’arbre qui cache la forêt ».
Définir cet art n’est pas simple, et de nombreuses pièces estampillées « art populaire » ne le méritent pas. Ainsi, par exemple, des objets dits « forêt noire » ou des santons provençaux.
Ils le furent sans doute mais produits en nombre dans un but mercantile, ils ont cessé d’être des œuvres d’art pour devenir des productions artisanales, des bibelots touristiques. Un glissement que l’on rencontre également dans les arts premiers, où telle statuaire traditionnelle s’est muée au fil du temps en monnaie d’échange, perdant sa vocation première et aussi, malheureusement, l’essentiel de ses qualités esthétiques.
Les cannes m’ont littéralement plongé dans ce domaine. La qualité d’exécution des œuvres d’art populaire, leur finition, peut varier sensiblement. Dans certains cas, le travail est fruste, maladroit. L’inexpérience des auteurs ne les empêchera pas, cependant, d’atteindre régulièrement à la beauté, à la poésie. Dans d’autres cas, l’exécution témoigne d’un réel savoir-faire, voire d’une impressionnante maîtrise, le bagage technique d’un artiste ayant souvent pour origine le métier qu’il exerce ou a exercé à un moment de sa vie. Il n’est pas aberrant de croire que certaines parmi les plus belles cannes d’art populaire furent sculptées par des menuisiers ou des ébénistes, même si ce n’est certainement pas la règle.
L’une des caractéristiques essentielles de l’art populaire, partagée avec les arts premiers, est son ignorance des modes de représentation naturalistes. Méconnaissance de la perspective, rabattements dans le plan, mépris des proportions… On note aussi de nombreux exemples de « perspective morale », comme sur cette canne de berger ou un loup est représenté plus grand qu’un cheval,
disproportion témoignant du sentiment éprouvé par l’auteur. Dans un célèbre relief égyptien, Ramsès II est un géant à côté de ses soldats. Le principe est le même : la taille du personnage est fonction de l’importance qu’on lui donne. Il est bon de rappeler ici que l’acquisition de la perspective linéaire, à la Renaissance, et des autres moyens visant à une représentation objective de la nature, est une conquête d’ordre scientifique. La valeur profonde d’un artiste n’a bien sûr rien à voir avec le fait qu’il maîtrise ou non ces moyens.
Il arrive que l’artiste populaire, s’inscrivant dans une tradition bien établie, doive respecter les canons esthétiques hérités des générations précédentes. C’est le cas des auteurs de marionnettes, de ceux qui façonnent les géants de carnaval... Mais il y a aussi de très nombreuses œuvres qui témoignent d’une création personnelle, indépendante de toute forme de contrainte.
La canne, objet individuel par excellence, est un domaine où la liberté d’expression, la fantaisie, ont pu s’exercer à plein. Les marins, les légionnaires, les bergers, les « poilus » de la Grande Guerre les ont sculptées dans les périodes d’oisiveté inhérentes à leur vie. Pendant des jours, des mois, parfois des années, un bâton va être sculpté minutieusement ; devenu un compagnon au quotidien, il est comme un carnet dans lequel l’auteur imprime ses états d’âme, sa solitude, ses angoisses et ses peurs, sa superstition et sa religion en un rébus souvent désordonné. En découvrant ces beaux objets, simples ou complexes, on imagine rarement la richesse des préludes à leur réalisation. Le choix d’un bois, d’une essence particulière, sa forme, son épaisseur prendront toute leur importance en fonction du projet. L’extraire du sol, parfois en gardant une partie des racines destinées au pommeau, le faire sécher lentement, l’écorcer soigneusement, tout ou partie.
Certains chefs-d’œuvre de l’art populaire, ont été façonnés ainsi, avec un simple couteau, dans un pâturage désolé ou le fond d’une tranchée.
