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Décès d’Emile Kesteman

 

 

Je voudrais pour cercueil

 

Un coffre de piano

 

De piano à queue

 

Pour être couché à l'aise

 

Sur la table d'harmonie.

 

Emile Kesteman

 

 

Mardi 27 décembre à 11 heures, l'Association des Écrivains belges de langue française, la Commune d'Ixelles ainsi que des représentants du monde littéraire disaient adieu à Emile Kesteman.

 

Né à Saint-Josse-ten-Noode, le 6 juillet 1922. Vice-président de l’Association des écrivains belges de langue française. Conservateur du Musée Camille Lemonnier. Ancien président du Grenier Jane Tony et initiateur de la revue « Les Elytres du Hanneton ».

 

L’Association belge des professeurs de français, en la personne de sa présidente, a tenu à s’associer au très bel hommage qui lui a été rendu. Longtemps, en effet, le Conseil d’administration de l’ABPF a siégé à la Maison des Écrivains, chaussée de Wavre et pouvait parfois saluer l’infatigable travailleur, occupé peut-être à composer ces vers sous le regard de Camille Lemonnier :

 

           Je veux rompre

           Avec la vie sédentaire

           Devenir un nomade

           Sous le soleil

           Du point d’interrogation

           Et fuir l’anonymat

           Auquel je me heurte

           Dans l’habitude

           La routine

           Le rôle que l’on joue

           Les briques d’une ville

           Les limites d’un amour

           Trop intégré

           Dans la société des hommes   E. K.

Ce billet de blog pour rappeler à tous ceux qui l'ont croisé ,

la mémoire d'un poète généreux et désintéressé.

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EMILE KESTEMAN... BRUXELLOIS NON PEUT-ETRE :

UN HOMME DE LETTRES A MATONGE

 

Lundi 1er décembre 1997

Un homme de lettres à Matonge

Chaque matin, sur le coup de 8 h 30, il prend son café dans la loge de la concierge avec son grand ami Michel Hainaut, écrivain discret du cercle d'histoire locale d'Ixelles. C'est sa façon d'aborder, dans la chaleur complice de la «jatte» offerte par la gardienne, la journée bien remplie qui l'attend à l'ombre des souvenirs de Camille Lemonnier. A 76 ans, Emile Kesteman a cessé de faire partie des «actifs» depuis une dizaine d'années. L'ironie involontaire de la formule administrative saute aux yeux quand on connaît l'énergie et l'enthousiasme qu'il déploie à faire vivre l'association des écrivains belges de langue française dont il est vice-président ! Sa présence bénévole, chaque matin, dans le bel édifice de la Maison des Ecrivains, perle néo-classique au coeur de Matonge, en témoigne. Dans cette maison que Camille Lemonnier n'a jamais occupée (il vécut chaussée d'Ixelles, chaussée de Vleurgat et rue du Lac), parmi tous les souvenirs légués par sa fille aux bons soins de l'Association des écrivains belges de langue française qui occupent les lieux depuis l'après-guerre, Emile Kesteman oeuvre inlassablement à la promotion des lettres belges.

- Je hante ce quartier depuis ma prime jeunesse, confie Emile Kesteman. Trois de mes oncles ont tenu des pharmacies rue de la Paix et chaussée d'Ixelles pendant des décennies, c'était ma deuxième famille. Je connais la moindre rue, le moindre bâtiment de ce coin de Bruxelles. Pendant les journées du patrimoine, je guide souvent des groupes, entre la maison communale ixelloise, place Fernand Cocq, qui était le pavillon de la Malibran, la place de la Tulipe et son ancien marché couvert, la rue de la Paix que nos bourgeois ont voulu copier de Paris, la place Saint-Boniface et son buste de Charles Woeste, détracteur acharné du prêtre Daens, les dix façades de Blérot au carrefour des rues Saint-Boniface et Solvay, la maison de Françoise Mallet-Joris et bien sûr notre musée Camille Lemonnier au numéro 150 de la chaussée de Wavre.

LA MÉMOIRE DES QUARTIERS

Intarissable sur l'histoire des quartiers de Bruxelles, Emile Kesteman évoque avec tendresse ses origines familiales, sa grand-mère maternelle Virginie Saligo, apparentée au folkloriste Albert Marinus, qui tenait un magasin de rouleaux de papier à tapisser dans les Marolles tandis que son mari donnait des cours de violon à l'académie de Bruxelles, toute cette lignée maternelle riche en musiciens, en professeurs de solfège, et qui donna également aux lettres belges l'écrivain Prosper Henri Devos.

- C'était un journaliste du Touring-Club et un fonctionnaire anderlechtois. Il possède encore sa statue, un peu défraîchie, au parc Astrid. Son oeuvre évoque déjà les rencontres entre peintres et écrivains dans les vieux cabarets de la ville. Il est mort sur le champ de bataille en 1914-1918.

Né d'un père ostendais éduqué en français, comme c'était alors la coutume dans la bourgeoisie flandrienne, Emile Kesteman manie sans problème la langue de Vondel, apprise à Alost et à Tirlemont, au gré des affectations paternelles.

- Mes parents se sont mariés à Sainte-Gudule et mon père, employé à la compagnie du gaz, a été nommé à gauche et à droite avant de revenir à Bruxelles. J'ai étudié la philologie romane à Louvain, pendant la guerre, car l'université de Bruxelles était fermée. Par la suite, comme les postes de professeur de français étaient plutôt confiés à des classiques, qui pouvaient aussi enseigner le latin, je me suis spécialisé à Paris, dans une école rattachée à la Sorbonne, dans l'enseignement du français aux étrangers.

Commence alors pour cet amoureux de la langue et de la culture française, une longue carrière de prof de français pour néerlandophones. Il comptera parmi ses élèves Willy Claes, Annemie Neyts, Herman et Eric Van Rompuyt et Tony Vandeputte. Dispensant également son enseignement aux futurs diplomates belges de langue néerlandaise, il visite rituellement avec eux le Sablon et les Marolles.

- Le Sablon représente un chapitre important de ma vie. Je l'ai beaucoup fréquenté pendant ma carrière d'enseignant, certains de mes élèves y sont devenus antiquaires et m'ont introduit dans ce microcosme. J'y ai organisé de nombreuses manifestations littéraires pendant les marchés des antiquaires. Une fois retraité de l'enseignement, j'ai commenté pendant plusieurs années des visites guidées de l'église du Sablon. Aujourd'hui encore, Le Grenier de Jane Tony se réunit régulièrement dans un établissement de la place.

Depuis le début des années 50, Emile Kesteman est en effet en contact avec les cercles et les associations littéraires de la capitale. Introduit par son cousin Paul Kervan, collaborateur de Fantômas, il hante le théâtre de Toone, alors abrité au Lievekenshoek, place de la Chapelle, où officie le poète André Léger.

UNE MODE INÉDITE

Il fréquente assidûment le Grenier aux Chansons de Jane Tony, qui accueille au Marché aux Peaux des après-midis littéraires où les plus grands poètes belges confrontent leurs oeuvres. Il organise des expositions de reliure au cabaret de l'Image Nostre-Dame, impasse des Cadeaux, et hante en habitué la Fleur en Papier Doré, rue des Alexiens.

- La Fleur en Papier Doré avait été fondée par Gérard Van Bruaene, un grand original, poète, comédien, antiquaire, philosophe et j'en passe ! Il était également le patron du In den Hoeve, à Uccle. Comme marchand d'art, il avait vendu les premières toiles de Magritte, qui par la suite est souvent venu à la Fleur en Papier Doré avec ses amis surréalistes, Scutenaire, Marien et quelques autres. Moi, j'étais un assidu des permanences poétiques, à l'étage. Nous y avons implanté la mode du café-théâtre, alors inédite à Bruxelles.

Bien entendu, un pareil amour des lettres ne pouvait rester stérile et Emile Kesteman n'a cessé, depuis quarante ans, de publier des recueils de poèmes.

- Je ne pouvais tout de même pas exiger de mes potaches qu'ils écrivent bien sans me prêter moi-même à l'exercice !

PASCALE CARRIER

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administrateur théâtres

12272774482?profile=original« J‘voudrais pas crever avant …d’avoir goûté la saveur de la mort ! »

 

Jérôme Savary nous a présenté hier soir à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve un spectacle de cabaret grand format, réussi, chaleureux, drôle, incisif,  divertissant et enlevé. Aussi un rendez-vous avec l’histoire récente.  Le master of ceremonies fait revivre le Club Saint-Germain-des-prés de la fin des années ’40 et rallume les étoiles comme le conseille si vivement Guillaume  Apollinaire. C’est le personnage touchant de BORIS VIAN qui brillera toute la soirée. Jeune pour l’éternité, il est mort à 39 ans en 1959, des suites d’une fragilité cardiaque bien connue depuis sa plus tendre enfance.

 

Boris, alias Bison Ravi,  est poète, ingénieur, chanteur, trompettiste, et archétype des années 50 et du Paris de la Rive gauche. Il nous offre un univers de jazz, de poésie, de provocations,  d’insolence irrévérencieuse. Avec son complice, Henri Salvador, il fait découvrir le rock’roll aux français… une musique pourtant vieille de 50 ans en Louisiane ! Boris Vian, c’est aussi un engagement politique contre la guerre. « L’uniforme est un avant-projet de cercueil » LA CHANSON DU DÉSERTEUR, chantée par une femme, nous a inondés d’émotion. LE TANGO DES BOUCHERS DE LA VILLETTE nous farcit de répulsion. LA JAVA DES BOMBES ATOMIQUES nous arrache des rires.

 

 

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 Jérôme Savary, ne fait pas seulement revivre le poète tendre et provocateur mais aussi le Che (passage le moins réussi), Elvis Presley (puisque lui aussi est mort dans la fleur de l’âge), Les Frères Jacques (ils s’appelaient tous Jacques) Jean-Paul Partre (comme dans l’Ecume des jours ) et l’auguste Simone de Beauvoir ( Il vaut mieux boire que Beauvoir) , Roland Topor. On se retrouve  33 rue Dauphine, au Tabou avec Magali, chanteuse sensuelle à la cuisse galbée qui nous chante avec brio  «  MOZART AVEC NOUS ». On a rendez-vous avec le coquelicot fané de Mouloudji et « SURABAYA JOHNNY … et moi qui t’aime tant » mené par Nina Savary la fille de Savary ! Bref, il fait revivre tout un monde de noctambules se déchaînant sur des airs de be-bop et un monde  d’empêcheurs de penser en rond.

 

Quand on est tout blasé,
Quand on a tout usé
Le vin, l'amour, les cartes
Quand on a perdu l'vice
Des bisques d'écrevisse
Des rillettes de la Sarthe
Quand la vue d'un strip-tease
Vous fait dire: "Qué Bêtise !
Vont-y trouver aut' chose"
Il reste encore un truc
Qui n'est jamais caduque
Pour voir la vie en rose

Une bonne paire de claques dans la gueule
Un bon coup d'savate dans les fesses
Un marron sur les mandibules
ça vous r'f'ra une deuxième jeunesse
Une bonne paire de claques dans la gueule
Un direct au creux d'l'estomac
Les orteils coincés sous une meules
Un coup d'pompe en plein tagada

 

 Nostalgie du sieur Jérôme, héros d’une époque révolue?  Il y a sur scène aussi, on l’oublie un peu trop,  ce merveilleux orchestre au charme cuivré qui fabrique une magie musicale délicate et envoûtante et ce clown attendrissant : Antonin Morel…12272775865?profile=original

                                                         

 

 

Boris Vian, une trompinette au paradis

De : Jérôme Savary

Avec Nina Savary, Jérôme Savary, Antonin Maurel, Marco Oranje, Sabine Leroc, Les Franciscains Hot Stompers
Direction musicale et piano : Philippe Rosengoltz
Deux soirées de réveillon dans une ambiance de folie créatrice ! 18h30 – 21h

Un spectacle présenté par Atelier Théâtre Actuel en accord avec La Compagnie Jérôme Savary.

Lieu : Aula Magna
Dates : du 28 au 31 décembre 2011
Durée : 1h40
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http://www.atjv.be/

 

 

 

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administrateur théâtres

 

12272774680?profile=originalMy name is Billie Holiday  de et avec Viktor Lazlo

 

« La tristesse est là, désormais inséparable de la chanteuse ; on entend à chaque pause de la voix, dans les plis de la mélodie, un à quoi bon ? lancinant, le pourquoi pas ? d’une inquiétude sourde ; on devine ses yeux fermés sur un pleur intérieur, sa tête un peu penchée de côté, comme tendue vers une autre voix mystérieuse, ses mains enserrant le micro, tremblant imperceptiblement. On entre dans sa mélancolie comme y entrent ses partenaires, respectueux de ce qu’ils sentent en elle de vulnérabilité et de douleur profonde, et lui faisant écho sobrement. Ce n’est pas encore la détresse ; une lassitude plutôt, la volupté du laisser-faire, une sorte de nostalgie envahissante contre laquelle on sait qu’on ne peut rien - que pleurer. Elle chante, car elle a ce don bouleversant, cette capacité à transformer les larmes en notes de musique et à égrener ses sanglots en arpèges. »

Les Chants de l’aube de Lady Day

Danièle Robert

 

Au Public en cette fin d’année 2011, un spectacle de fête et d’émotion, pour les yeux et les oreilles, célèbre une voix légendaire, celle de la  chanteuse américaine Billie Holiday. Malgré une vie traumatisante dès la prime enfance, l’absence du père (Clarence Holiday, 17 ans), la débrouille forcée de la mère (Sadie Fagan, 13ans), des violences répétées tout au long de sa vie et la déchéance dans laquelle elle sombre à cause de l’alcool et les drogues, elle sera une diva fascinante et une figure unique dans l’histoire du jazz. « Ma mère m’a aimée dès qu’elle senti un coup de pied dans son ventre alors qu’elle frottait par terre. » « Ma mère était mon grand amour, c’était mon mac ». A propos de Clarence : « Some day he will come along. I’ll do my best to make him stay ». Question universelle :  Pourquoi les enfants maltraités aiment-ils toujours leurs tortionnaires ? 1936, Billie  a 21 ans : «You go to my head   and you linger like a haunting refrain, And I find you spinning 'round in my brain Like the bubbles in a glass of champagne. » «Though I'm certain that this heart of mine Hasn't a ghost of a chance In this crazy romance You go to my head, you go to my head»

 

  Entourée par quatre musiciens de jazz très attachants et complices, Viktor Laszlo nous offre sa voix troublante, sa démarche de reine, ses postures sensuelles, son mystère pour conter, chanter et incarner la résilience de l’exceptionnelle chanteuse. « Comment est-ce possible d’arriver si loin et de se détruire autant ? ».  Viktor Laszlo use de tout son charme pour adapter les chansons de la diva noire et dialogue  même de temps en temps avec elle grâce à la fée vidéo. Parfois on peut les imaginer en duo, à moins que Viktor Laszlo, perchée sur un tabouret ne refasse en solo la bande son d’un document du siècle dernier. Comme Billie Holiday, sa voix est déchirée et déchirante, le rythme est fait de ce swing si particulier alternant avec une mélancolie profonde et très intime.

Le pianiste égrène des notes perlées, ce sont des perles de sang pour la chanson la plus poignante :  Strange Fruit en hommage aux noirs punis par pendaison. Difficile de retenir ses larmes.  You’ve changed, Don’t explain, Fine and mellow…. Love for sale, Summertime, Georgia … , ces chansons  nous plongent dans l’émotion et le vécu tragique  de l’artiste. Toutes les chansons sont aimablement  traduites en français dans le programme mais tout  le charme est dans la version originale qui remue le cœur et le corps tout entier. On est sous le charme de deux femmes qui se sont rejointes par la poésie et la musique pour traduire la colère, le désespoir et la folie de l’amour. Il n’y a pas de plus beau cadeau pour fêter la fin de 2011 et faire un retour inoubliable sur une des richesses du 20e siècle.

 

 

Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black body swinging in the Southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees

Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,
Étrange fruit suspendu aux peupliers.

Pastoral scene of the gallant South,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolia sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh!

Scène pastorale du valeureux Sud,
Les yeux exorbités et la bouche tordue,
Parfum de magnolia doux et frais,
Puis l'odeur soudaine de chair brûlée !

Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.

C'est un fruit que les corbeaux cueillent, 
rassemblé par la pluie, aspiré par le vent,
Pourri par le soleil, laché par les arbres,
C'est là une étrange et amère récolte.
 
 
 
 

Spectacle musical

MY NAME IS BILLIE HOLIDAY

de et avec VIKTOR LAZLO
avec Viktor Lazlo (chant et narration), Michel Bisceglia (piano et direction musicale), Werner Lauscher (contrebasse), Marc Lehan (drums), Nicolas Kummert (saxophones)

DU 13/12/11 AU 07/01/12

Réveillon de Nouvel An au théâtre


Réveillon de Nouvel An au théâtre 

31 décembre 2011,

une soirée chaleureuse pour

les amoureux de théâtre !

 

Commencez votre soirée dans des bulles de champagne,

assistez ensuite, à 21h00, à une représentation de votre choix…

 

Georges Dandin in Afrika d’après Molière

Quand j’avais 5 ans je m’ai tué d’Howard Buten

My name is Billie Holiday  de et avec Viktor Lazlo

 

La place de spectacle et la coupe de champagne au Public pour 35€

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administrateur théâtres

Bernard Foccroulle

Mardi 20.12.2011 20:00

Cathédrale St-Michel

Bernard Foccroulle, orgue

Georg Böhm Praeludium in d, Vater unser im Himmelreich, Partite diverse sopra "Wer nur den lieben Gott läst walten", Christ lag in Todesbanden
Johann Sebastian Bach Praeludium & Fuge, BWV 549a, Partite diverse sopra "O Gott, du frommer Gott", BWV 767, Fantasia sopra "Christ lag in Todesbanden", BWV 718, Passacaglia & Fuge, BWV 582

 

 

12272778081?profile=originalotre compatriote Bernard Foccroulle, organiste prestigieux qui a dirigé le théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles entre 1992 et 2007 dirige maintenant le festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, qui a réuni plus de 60.000 spectateurs en 2010. En cadeau de Noël il nous a offert ce 20 décembre un programme exceptionnel consacré à Georg Böhm et à Jean-Sébastien  Bach dans la cathédrale Saint-Michel à  Bruxelles.

Jean-Sébastien Bach vécut dans sa jeunesse à Ohrdruf  où Georg Böhm, de 24 ans son aîné, fit de brillantes études.  On raconte qu’en 1700 Bach, alors âgé de 15 ans, parcourut près de 300 kilomètres à pied pour rejoindre Georg Böhm à Lunebourg. Bach y passa avec lui trois années déterminantes d’apprentissage musical. Nous avons eu l’occasion de découvrir l’étendue du talent de  Böhm, fait d’intériorité, d’austérité, de clarté  et de profondeur.  Le recueillement de l’assemblée est total. Entre chaque pilier de la cathédrale on aperçoit les lumières scintillantes des crèches du monde. C’est un mode d’espérance que souligne « le prélude en ré mineur ». Après la dévotion humble  du  « Vater unser in Himmelreich » on est happé par le rythme joyeux et festif de «Wer nur den lieben Gott lässt walten ». « Christ lag in Todesbanden », par contre, nous plonge  dans une atmosphère méditative et lourde qui s’ouvre finalement sur la sérénité car la musique de Böhm donne l’impression d’un ruissellement divin d’une grande fraîcheur  jusqu’à  la pure exultation des dernières notes.

Mais voici Bach. Avec la perception nette de croisements de plusieurs voix comme dans un chœur. Le  « prélude et fugue en ré mineur » donne l’impression d’une immense profondeur de champ. On se trouve au milieu d’une forêt de sonorités en mille et unes tranches. Exubérance, richesse, on est emporté par la fugue joyeuse pour s’arrêter sur des accords pleins de majesté en finale. « O Gott, du frommer Gott » BWV 767 commence avec les légers souffles de l’orgue conversant avec les trompettes. Des salves d’échos se perdent dans l’immensité de la cathédrale ou peut-être de l’univers. Il y a une grande justesse des sons, une fluidité émouvante, qui s’évanouit soudain  sur une dernière longue vibration.  Voici le même titre que celui de Böhm,  « Christ lag in Todesbanden » BWV 718, qui commence comme uns longue marche lente  respirant la  dignité. La musique nous entraînerait bien à muser mentalement  cette œuvre  que l’on découvre, mais sans beaucoup se tromper tant le dialogue entre ce que l’on croit être la main gauche et la trompette est du plus pur naturel. Une musique qui coule de source ! La limpidité des deux mélodies qui se répondent se termine sur une grande note tenue. Et de se laisser entraîner dans le courant.  Elles laissent maintenant  la place à un monologue un peu sombre repris par la libération joyeuse de flûtes. Le thème est répété avec bonheur par une foule d’instruments et en divers modes. Altos, sopranos, notes profondes de violoncelles…  A  la fin on croit entendre un hautbois dont il sortirait une lumière tamisée et douce. La conclusion est un bouquet victorieux  façon grandes orgues nuptiales.

Quant au dernier morceau, la passacaille BWV582, il nous envole dans la fantaisie et la jubilation. Un moment bouillonnant d’énergie et de virtuosité. La musique explore le mystère. Et si la musique était une pierre, ce serait un diamant étincelant. On se laisse prendre par cette dernière suite  ascensionnelle et resplendissante, car on ne suit plus. Homme tu es si petit!

http://www.bozar.be/activity.php?id=11072&selectiondate=2011-12-20

 

 

document:

Dans la fantaisie sur le choral de Pâques

Christ lag in Todesbanden BWV 718, la dialectique mort/résurrection est clairement traduite par l’opposition entre la première et la deuxième partie. Pour évoquer la mort du Christ (et plus précisément pour fi gurer la mise au tombeau ?), Bach commence par faire entendre un motif descendant, lent et douloureux, qui accompagne la mélodie du choral qui est ornée de manière très expressive. Puis sur les mots « Des wir sollen fröhlich sein » (c’est pourquoi nous nous réjouirons), le tempo devient rapide, l’écriture mélodique ascendante. Le verset « Nous louerons Dieu et lui serons reconnaissants » est traité à la manière d’une gigue ; « Et nous chanterons Alleluia » donne lieu à un dialogue animé et joyeux entre les deux claviers, un dialogue en écho qui rappelle la fantaisie sur le même choral composée par Tunder. La coda fait entendre trois fois le thème du choral correspondant au mot « Alleluia », dans une atmosphère jubilatoire.

 

La Passacaille en ut mineur BWV 582 est un autre monument insurpassé. On sait que le jeune

Bach copia la Passacaille et les deux Chaconnes de Buxtehude. Chacune de ces trois pièces a

laissé des traces très nettes dans cette grande Passacaille où Bach, sans jamais s’écarter de la

tonalité d’ut mineur, fait preuve d’une science accomplie dans la progression de la forme, le

travail des motifs, le modelé de la texture polyphonique. Bach rejoint ici la tradition médiévale

de l’oeuvre musicale conçue comme refl et de la perfection de la Création. La musique est

discours, certes, mais ici elle se rapproche davantage de l’architecture : chaque détail nourrit

la forme globale, chaque variation est un microcosme qui contient en puissance la matière de

l’ensemble, de la même manière que l’oeuvre elle-même renvoie à un macrocosme qui nous

dépasse infiniment.

Bernard FOCCROULLE

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administrateur théâtres

A Ceux d'Arbre et Lettres

                                                                                           Toi,

     mon

     ami Qu'en

      dis-tu si, pour

       Noël, je fais

      un bel arbre dans

        mon cœur ?

         Au lieu des cadeaux, j’accro-

     -cherai le nom de tous

     mes amis. Les amis loin-

      -tains et proches, les vieux et

   les nouveaux,

     Ceux que je vois chaque jour

      Et ceux que je vois rarement.

    Ceux qui parfois sont oubliés,
       les constants et
 les  intermittents,
Ceux des heures difficiles et ceux des heures gaies,
Ceux qui sans le vouloir m'ont fait de la peine
Ceux que je connais profondément,
Ceux dont je ne connais que les apparences,
Ceux que j’ai pu aider et ceux auxquels je dois beaucoup,

 Ceux d'arts et florilèges. Ceux d'Arbre et Lettres. Ceux dont je me souviens encore,

 les noms de tous ceux qui sont déjà passés dans ma vie. Un arbre avec des racines très    très profondes
Pour que leurs noms ne sortent jamais de mon cœur,   . . . Un  arbre  aux  branches    très,

très grandes

Pour que les nouveaux noms venus du monde entier

                                                    se joignent à ceux qui existent déjà.


       Un arbre avec

       une ombre

très douce  et agréable afin que notre amitié
Soit un éclat de joie à travers les épines de la vie.

Joyeuses fêtes à toi, je te lance ces paillettes qui se collent toujours partout. 

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administrateur théâtres

"La fin du monde" de Sacha Guitry (Comédie Claude Volter)

La fin du monde  de Sacha Guitry Comédie Claude Volter

 

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                                             Après nous…

Un toast à l’argent,

Le suprême agent,

Dit le Titan de la banque,

La richesse est tout,

Retournons l’atout,

Ce n’est pas l’enjeu qui manque.

Pressons si fort

Qu’en moelle d’or

Tout fonde,

Crédit, journaux,

Chemins et canaux,

Terre, onde.

Saignons sur bilan,

L’avenir à blanc.

Après nous la fin du monde ! 

                        (Paris, 1871.)

 

Sautez dans votre calèche ou votre fiacre, et demandez le château de Troarn. Chambres d’hôte de charme aux noms prestigieux : Charles IX (bof), Voltaire (piquant), Charlotte Corday (sans la baignoire) ….  Mais c’est surtout l’esprit et  la conversation avec le maître des lieux qui vaudra la promenade.  Une langue magnifique, des intonations princières,  dans un décor en décrépitude il est vrai, mais ô combien chargé d’histoire. On inviterait bien le capitaine Fracasse ! Le duc désargenté est un partenaire de choix pour se gausser de l’administration, du fisc, des huissiers et autres notaires dévoreurs de votre bel argent. Toute sa personne trônant sur un escalier horriblement kitsch nous offre des moments théâtraux  délectables qui dépeignent la fin d’un monde. « On ne saisit pas le Duc de Troarn ! » « Je vais être assiégé par la troisième république ! »

 

  Un seigneur sans le sou et que l’on va bientôt mettre à la porte du château de ses ancêtres, à moins que suivant l’idée géniale d’un sien cousin et prince d’église, il ne fasse chambres d’hôtes! Il en profitera pour retrouver le goût de la farce et pimenter l’affaire.  Dans cette pièce de Sacha Guitry,  on ne retrouvera pas les   mille et un traits acérés du misogyne qui s’offrit … cinq épouses car il écrivit cette pièce en  réponse spirituelle aux instances qui le pourchassaient de leur courroux pour des questions de cassette plus que de conquêtes féminines.  

 

 Bonheur désuet : les personnages sont une palette d’individus tous mieux campés les uns que les autres. L’huissier, Maître Charognard, ex-maître d’hôtel de la princesse de Monaco, ne manque pas d’allure. C’est un ahurissant Gérald Wauthia. Sa gestuelle est assurément croquée sur les  meilleurs sketchs de l’illustre  Honoré Daumier.

 

Monseigneur Le Landier, à l’embonpoint révélateur,  fort sensible aux histoires de soubrettes,  n’est pas en reste : sa robe violette et ses manières onctueuses ont de quoi faire rire à larges rasades. Il est passé maître en mensonges pieux, bien sûr ! Le Duc de Troarn, autrement dit Gibelin de père en fils, est une statue de bonne humeur qui pourfend morosité et hypocrisies de tout poil. Il résiste à tout : aux femmes surtout. Sa cousine, la marquise d’Aumont de Chambley,  sa fidèle vieille bonne revêche et amoureuse, Amélie, jouée à l’époque par Pauline Carton, et, of course, Adèle Pégrilleux, la riche héritière qui l’aime à la folie. Vierge rébarbative, diplômée et musicienne, elle lui résoudrait  tous ses problèmes d’argent s’il consentait à l’épouser sur les conseils de son avisée cousine.  La Marquise : « Comment vivez-vous ? Le Duc : Je vis le mieux du monde ! Avez-vous vu mon potager ? Et mes poules, les avez-vous comptées ? J'en ai deux cents…» Il ajoute froidement : « D’un parc j’ai fait un bois, d’un monsieur j’ai fait un homme ! » Vous appelez cela un discours réactionnaire? Il est libre, Gibelin,  et ne boude pas son plaisir! L’argent le fait …rire! 

 

Par contre, Mademoiselle  Mimosa qui  joue la femme sublime a de quoi réveiller le gentleman qui s’était retiré du monde finissant. Le Duc : «  Une femme - mais c'est toujours quelque chose. Et si vous n'êtes pas autre chose qu'une femme, tant mieux. C'est encore plus beau …Vous dites « pas grand'chose » quand vous avez tous les pouvoirs ! Vous pouvez faire faire un chef d'œuvre à un peintre - une bêtise à un brave homme - une folie à un banquier - vous pouvez faire commettre un crime - empêcher d'en commettre un autre - vous pouvez faire le bonheur d'un homme - le malheur de cinq ou six femmes !...Regardez donc ce que vous avez fait de moi en quelques heures !...Vous m'avez rajeuni d'un siècle ou deux. Pas grand'chose, une femme ? » Elle ressemble à s’y méprendre à celle  qui le 21 février 1935 épouse Sacha Guitry, homme de   50 ans,  de 22 ans son aîné. Il annonça leur mariage en déclarant : « J'ai le double de son âge, il est donc juste qu'elle soit ma moitié »  Tiens… une réplique de la pièce…

 

Une pièce donc, pleine de charme, d’esprit et de bonne humeur. Le choix des acteurs pour ces huit personnages hauts en couleur est particulièrement heureux. On ressort donc du spectacle, les yeux rieurs et l’esprit rassasié de bonheur verbal car dans l’affaire on a eu même droit au richissime américain, un Adamson  admirablement campé par Marcel  Delval et qui ne parle pas un mot de français bien sûr mais peut s’entretenir en latin ad libitum avec le monseigneur goguenard.  

 

Mise en scène : Danielle Fire  /Décor : Christian Guilmin / Avec : Michel de Warzée, Stéphanie Moriau, Nathalie Hons, Gérard Duquet, Jacqueline Nicolas, Gérald Wautia, Marcel Delval, Xavier Percy.

                                                
 Comédie Claude Volter
Avenue des Frères Legrain 98 - 1150 Bruxelles

du 07/12/2011 au 31/12/2011

http://www.comedievolter.be/

 

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Les fêtes galantes


La Chaconne d'Arlequin de Lully

C'est un recueil poétique de Paul Verlaine (1844-1896), publié à Paris chez Lemerre en 1869. Certains poèmes avaient été auparavant publiés dans diverses revues: "Clair de lune", sous le titre de "Fêtes galantes", et "Mandoline", sous le titre de "Trumeau", dans la Gazette rimée du 20 février 1867; "A la promenade", "Dans la grotte", "les Ingénus", "A Clymène", "En sourdine", "Colloque sentimental" dans l'Artiste, le 1er juillet 1868, sous le titre collectif de "Nouvelles Fêtes galantes"; "Cortège" et "l'Amour par terre" dans la même revue, en mars 1869, sous le titre "Poésie".

 

Verlaine compose les Fêtes galantes dans les années 1866-1868, c'est-à-dire juste après la publication des Poèmes saturniens. Tout comme le précédent, ce recueil, édité à compte d'auteur, n'éveille aucun écho. Rimbaud le lit toutefois à Charleville et écrit à Georges Izambard, le 25 août 1870: "J'ai les Fêtes galantes [...]. C'est fort bizarre, très drôle; mais vraiment, c'est adorable."

 

Le recueil comprend vingt-deux poèmes de formes diverses mais tous divisés en strophes identiques, à l'exception de "l'Allée" (constitué d'un ensemble continu de quatorze alexandrins aux rimes croisées) et de "Lettre" (poème aux rimes plates composé de cinq strophes d'inégale longueur). Les titres de certains textes suggèrent, de même que celui du recueil, une atmosphère festive, par le biais d'activités, d'objets ou de personnages associés au divertissement: "Pantomime", "Cortège", "Fantoche", "Mandoline", "Colombine". Dans l'univers des Fêtes galantes règnent l'oisiveté et les plaisirs: "A la promenade", "En patinant", "En bateau", "les Indolents". Un "paysage choisi" ("Clair de lune"), soigneusement policé et artistement agencé - voir aussi "l'Allée", "Dans la grotte" - sert de cadre à ces "fêtes", "galantes" dans la mesure où - des titres tels que "Cythère", "l'Amour par terre" ou "Colloque sentimental" en témoignent - elles sont dominées par les jeux du désir et la quête du plaisir amoureux.

 

Inspiré des peintures de Watteau et de Fragonard, l'univers des Fêtes galantes rappelle, tant par ses personnages que par ses décors, celui d'un XVIIIe siècle sensuel, spirituel, libertin, ironique, élégant, désinvolte. La nature est domestiquée en parcs - pourvus d'avenues, de boulingrins, de bassins, de grottes, de pavillons et de statues - dans lesquels évoluent des figures dont les noms conventionnels évoquent les jeux de la Préciosité, par exemple Clitandre dans "Pantomime", Clymène dans "Dans la grotte" et "A Clymène", Atys, Églé et Chloris dans "En bateau", ou Tircis et Aminte dans "Mandoline".

 

Le corps est mis en représentation, paré avec artifice, grâce à des masques ("Clair de lune") ou à une mouche qui "ravive l'éclat [...] de l'oeil" ("l'Allée"). Vêtements et parures sont somptueux, destinés à solliciter les regards et à aiguiser les désirs: "Les hauts talons luttaient avec les longues jupes, / En sorte que, selon le terrain et le vent, / Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent / Interceptés! - Et nous aimons ce jeu de dupes" ("les Ingénus"). Raffiné, tant dans ce qu'il met en scène que dans sa facture poétique, l'art verlainien se plaît, l'exemple précédent en témoigne, à de subtils rejets qui soulignent le sens, non sans humour, et confèrent au vers une musicalité particulière. Fréquemment évoquée dans le recueil car elle fait partie de l'environnement coutumier des personnages, la musique fonde aussi le charme et l'originalité de la poésie des Fêtes galantes. Ainsi "Sur l'herbe", faisant fi de toute logique, voire du langage lui-même, mime l'euphorie d'un chant suscité par l'ivresse: "- Ma flamme... - Do, mi, sol, la, si./ [...] - Messieurs, eh bien? / - Do, mi, sol. - Hé! bonsoir, la Lune!" Ailleurs, ce sont la variété, le caractère inhabituel et la brièveté des mètres, cette dernière entraînant un retour rapide de la rime et de nombreux rejets, qui engendrent une mélodie inédite et typiquement verlainienne: "Arlequin aussi / Cet aigrefin si / Fantasque / Aux costumes fous, / Ses yeux luisant sous / Son masque" ("Colombin"). L'utilisation fréquente de l'assonance et de l'allitération contribue également à la musicalité, souvent ludique, du vers: "Et filons! - et bientôt Fanchon / Nous fleurira - quoi qu'on caquette!" ("En patinant").

 

Le comportement des personnages qui peuplent les Fêtes galantes est codé et étudié ("Avec mille façons et mille afféteries", "l'Allée"). Le paraître est savamment orchestré et appelle un décryptage sur ce théâtre - nombreuses sont d'ailleurs les références aux personnages de la commedia dell'arte - du badinage érotique: "On est puni par un regard très sec, / Lequel contraste, au demeurant, avec / La moue assez clémente de la bouche" ("A la promenade"). Toujours teinté d'un léger humour - ainsi, "un baiser sur l'extrême phalange / Du petit doigt" est une chose "immensément excessive et farouche" dans "A la promenade" -, le marivaudage se fait parfois plus audacieux, sinon parodique, par exemple lorsqu'une belle, "gantée avec art" et drapée dans sa "lourde robe" attire l'"insolent suffrage", c'est-à-dire attise le brûlant et sauvage désir de ses compagnons familiers, un singe et un négrillon. Dans "les Coquillages", le jeu de la métaphore précieuse, qui associe les coquillages d'une grotte à diverses parties du corps de l'amante, se termine par une chute où se mêlent humour, galanterie et érotisme: "Mais un, entre autres, me troubla."

 

La fantaisie du recueil, son aspect badin, voire anodin, ne sauraient masquer la présence d'une tristesse qui y imprime comme un voile permanent. Ainsi, le premier poème invite déjà à repérer un décalage ou une discordance au sein de la voix qui chante, à percevoir une détresse exprimée en sourdine derrière l'apparence: "Tout en chantant sur le mode mineur / L'amour vainqueur et la vie opportune, / Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur / Et leur chanson se mêle au clair de lune" ("Clair de lune"). Certes, l'amour et le bonheur sont offerts mais leur appropriation ne s'effectue pas pleinement. Toujours balancée au rythme d'un "souffle berceur" ("En sourdine"), soumise à des principes contradictoires et traduite volontiers par des images oxymoriques, l'expérience verlainienne ressemble à ces jets d'eau que l'on voit "sangloter d'extase" dès le poème initial.

 

Le plaisir est inséparable d'une mélancolie inspirée sans doute par la conscience du caractère provisoire et périssable de toute chose. Ainsi le décor même des Fêtes galantes paraît parfois fragile, menacé. Dans "A la promenade", par exemple, les adjectifs confèrent avec insistance au décor une inquiétante précarité - "Le ciel si pâle et les arbres si grêles" - qui le porte au bord de l'évanescence. Les derniers poèmes des Fêtes galantes confirment et aggravent cette impression d'angoisse, sensible dès "Clair de lune" et perceptible dans divers autres textes. L'"exquise mort", qui consisterait, pour les amants, à mourir d'amour ensemble, est traitée, dans "les Indolents", sur un mode franchement comique; elle ne s'accomplit pas puisque les protagonistes "Eurent l'inexpiable tort / D'ajourner une exquise mort. / Hi! hi! hi! les amants bizarres." Ce poème, iconoclaste en ce qu'il désacralise le sentiment, semble préfigurer "l'Amour par terre" qui dit peu après, sur un mode grave, la destruction de l'Amour dont "le vent de l'autre nuit a jeté bas" la statue: l'exclamation "Oh! c'est triste!" vient à deux reprises souligner le caractère douloureux du spectacle. Cette fois, le rire n'est plus de mise et tout se passe comme si l'univers des Fêtes galantes, un moment surgi du néant, des temps anciens et de l'imagination du poète, s'abolissait à tout jamais. Dans le dernier poème, "Colloque sentimental", le parc est désormais "solitaire et glacé". Les personnages ne sont plus que "deux formes" fantomatiques, "deux spectres": "Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, / Et l'on entend à peine leurs paroles." Le recueil choisit de se clore sur cette parole qui s'anéantit et sur une note désespérée: "L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir." La magie et les mirages des Fêtes galantes ne sauraient masquer, dans la poésie de Verlaine, la "voix [du] désespoir" ("En sourdine").

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administrateur théâtres

12272775258?profile=originalTo the ones I love

Sept notes? Noires, blanches?  Voilà tout ce qu’il faut pour fabriquer l’harmonie la plus pure, la plus austère et la plus éblouissante , cette musique  de Jean-Sébastien Bach, maître du recueillement. Premier cadeau de la soirée, on écoutera les yeux grands ouverts, un merveilleux florilège de ses plus beaux morceaux.

Les yeux grands ouverts, car voici une constellation de neuf notes noires en torse nus et pantalon gris perle qui voltigeront sur portées blanches, ces caissons aux arêtes vives dont la blancheur glisse sans aucun  bruit, sur un plateau éblouissant. Une page blanche, illimitée.

Au début, un premier danseur déploie un premier solo sur caisson. Surprise des figures félines effectuées dans une lenteur coulée et harmonieuse. A travers le décor sonore, Bach paraît, éteignant les bruits du monde.  La proposition est belle comme une cantate jouée dans la jungle. Salutations au soleil, esquisses guerrières, rêves de chasseurs, révoltes d’esclaves ?  Les autres danseurs réarrangent les longues banquettes et s’asseyent un à un dans une invitation à la sérénité, leurs dos magnifiques tournés vers le public, eux faisant  face à l’immensité bleue de l’écran. Cela a la beauté d’une prière. Le métissage des carnations est un appel d’émotion.   Rien que ce premier tableau est saisissant.

Magiques, trois T-Shirts rouges apparaissent sur les dos musclés, brillants d’humanité,  sculptés par des heures de danse et d’hymne à la beauté. Cependant que les autres danseurs, catapultés des quatre coins du monde,  semblent se reposer nonchalamment sur les bancs improvisés, en quête d’inspiration, de rebondissement. C’est ainsi que s’enchaînent toutes ces propositions chorégraphiques : avec spontanéité apparente et vérité profonde. Chaque danseur semble suivre une trajectoire propre et nous offrir ses rencontres éphémères et éblouissantes. Bruits du monde dans les interstices musicaux. Miroitements de couleurs de peau et de couleurs d’arc-en-ciel.

Loin de s’essayer à l’assaut du ciel,  - on a Jean-Sébastien Bach pour cela - on assiste à une communion joyeuse avec le socle de la  terre, le monde qui les entoure. Ils enlacent tour à tour la nature et leur être profond. Tout cela dans une fluidité aérienne ou liquide, un dynamisme et une précision extrêmes. Les regards intérieurs sont étincelants.  Pour le spectateur-auditeur c’est se laisser entraîner dans une authentique aventure. C’est  labourer le sol, remuer la glaise de la création, vibrer dans le plaisir du jeu des collisions souples, des  esquives, des passes esthétiques et du sourire généreux. Beauté des trios.

On se souviendra de  cette longue chaîne de bras incrustés les uns aux autres, qui évoque la solidarité. Miracle, voilà les danseurs subitement vêtus de jaune d’or, déclinés en nuances toutes différentes. Les hommes sont-ils de nouveaux insectes aux élytres d’or crépitant à la vie ? Frottements, glissements, rassemblements, la lumière blanche décroît et deux danseurs s’élancent dans une nouvelle proposition. Ces improvisations de passion, de tendresse et de charme sont méticuleusement préparées et ordonnées comme autant de fugues glissant autour des  socles de blancheur.

Et voilà les mêmes hommes soudain en T-SHIRT verts, out of the Blue, de l’olive profond au sapin,  tilleul ou menthe. L’écran lui-même devient vert. Le dernier danseur a rangé les lignes de sucre en digue continue. A perfect catwalk.  La pesanteur se fait légèreté extrême. Icare a perdu son  orgueil démesuré.  Le danseur virtuose labourera cet espace de son corps parfait comme s’il voletait à la surface de l’eau. Nul ne sait d’où vient l’esprit, si présent. La finale est un mouvement d’ensemble  parfait des neuf danseurs, un avènement, une harmonie nouvelle qui occupe tout le plateau.

Des noces terrestres ou célestes ? Nul ne sait. Les noces de la beauté musicale et de l’esthétique du corps humain en mouvement.  Hommes et femmes spectateurs sont emportés par la beauté et la vitalité du spectacle « To the ones I love ».

 

extraits:

http://www.thor.be/fr/parcours/to-the-ones-i-love-dp1

 

 Jusqu'au 22/12, 20h30 (sauf me. 19h30). Théâtre Varia, rue du Sceptre 78, 1040 Bruxelles. www.varia.be

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L’Association des Ecrivains Belges de langue française, les Editions du Tétras Lyre et la Maison Internationale de la Poésie – Arthur Haulot vous convient

le jeudi 15 décembre à 19h00

 

à la rencontre consacrée à

Tom Reisen et à la poésie luxembourgeoise francophone 

Maison des Ecrivains,
150 chaussée de Wavre – 1050 Bruxelles
Entrée libre

Accueil par Lucien Noullez, Président de la Maison Internationale de la Poésie – Arthur Haulot et par Maxime Coton, Président des éditions Tétras Lyre.

Présentation du recueil été de Tom Reisen par Maxime Coton et lecture par Tom Reisen.

Entretien autour de la poésie Luxembourgeoise par André Doms et Tom Reisen.

 

Quand : Jeudi 15 décembre à 19h00

12272776075?profile=originalOù : à la Maison des Ecrivains,
150 chaussée de Wavre – 1050 Bruxelles
Entrée libre

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administrateur théâtres

Les Concerts Brodsky (au théâtre du Grand Varia)

Les Concerts Brodsky, texte de Joseph Brodsky, composition piano de Kris Deffoort, dramaturgie et jeu Dirk Roofthooft.

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  Le plateau du Grand Varia est désert à part un piano à queue quelque peu usé, surveillé par la modernité  d’un keyboard blanc immaculé et son monitoring informatique, hautement fidèle. Kris Deffoort, jazzman hautement timide échange une bise de connivence et nombre de verres d’eau avec le lecteur-comédien qui va nous transmettre son interprétation des poèmes de Brodsky.

 

L’eau, source de vie, source d’amour ? Souvenir d’enfant ? Alors qu’un officier accompagnant le retour de guerre de son père avisait  dans leur appartement de 16 Mètres carrés, une  carafe  remplie d’eau avec un clin d’œil interrogateur ou complice. L’enfant ne répondit pas, trop occupé par l’instant présent, l’instant inoubliable de l’avènement de la paix et du retour du père  avec ses trois énormes malles chinoises. Un instantané balayé par 45 ans de vie.

 

« If you were drowning, I’d come to the rescue...” Et voilà, qu’ici ce soir, avec son jazzman s’installe soudain l’accomplissement des gestes de la  connivence. Le voilà  enfin qui répond au clin d’œil  « de l’homme de pique », si longtemps après. Où est le sens ? Est-on toujours décalé ? Pas ce soir, le canevas musical  qui se greffe sur le souffle du comédien a tout de l’improvisation réussie: dans le bon rythme, dans la complicité totale, avec l’intensité de l’émotion voulue. C’est dire que dans les moments de colère et d’épouvante, le timide pianiste qui joue en fermant les yeux, se déchaînera : debout, battant le piano de ses poings fermés, du coude, comme s’il terrassait une bête féroce. Mais au moins la rencontre y est.  

 

Poète russe jusqu'au fond des os et de nationalité américaine suite à son douloureux exil en 1972, Joseph Brodsky est un enfant du renouveau dû au dégel des années après la mort de Staline. Si on se passait ses poèmes sous le manteau en URSS, il n'était pas vraiment connu en Occident. Après la publication de ses poèmes dans les années 1960, il est arrêté et condamné en 1964 à cinq ans de travaux forcés  pour « parasitisme social » et connut les hôpitaux psychiatriques. Emigré aux Etats-Unis, accueilli par W.H.Auden, Brodsky, (prix Nobel en 1987), il avait  l’habitude de déclamer ses poèmes en public. Transparaissait alors toute la nostalgie de la Russie et la tristesse de la séparation avec sa famille qu’il ne revit jamais.


 

Le  désir du comédien Dirk Roofthoot est d’incarner tour à tour le désespoir de l’exil, la puissance de la révolte, la puissance de la mort  qui attend  l’homme inéluctablement, la suprématie du temps qui nous réduit en poussière. «  La poussière est la chair du temps : la chair et le sang… » «  Choses et gens, hurle-t-il, nous entourent et nous déchirent l’œil. Mieux vaut vivre dans le noir. » Il décrit l’automne gluant, la boue, l’hiver, la décomposition, la nature morte. « Il y a des trous dans ma poitrine et le gel s’infiltre… » Contrairement au gens,  «  les choses ne recèlent ni bien ni mal ».

 

 Et l’amour trouve si difficilement l’harmonie et la conjoncture favorable.  « Ensemble nous vivrons sur le rivage derrière une haute digue...écoutant la mer déchaînée». «Notre enfant silencieux, Anna ou Andrei, pour garder l'alphabet russe, regardera sans rien comprendre un  papillon se débattant contre la lampe quand viendra pour lui le temps de repasser la digue dans l'autre sens ». «Etre éphémère, ta vie soyeuse pèse moins que le temps, tu miroites, poudre parmi les fleurs».  

 

Des mots anglais de la  très belle ballade du début,  composée par l’immigrant russe  nous apporte l’apaisement après la  longue colère orgasmique du poète. «Des mots qui ne peuvent être prononcés que par ta voix comme avant… celle de l’amie qui ne ment pas. » La mère ? L’amante ? L’épouse?

«If you were drowning, I’d come to the rescue,
wrap you in my blanket and pour hot tea.
If I were a sheriff, I’d arrest you
and keep you in the cell under lock and key.

If you were a bird, I‘d cut a record
and listen all night long to your high-pitched trill.
If I were a sergeant, you’d be my recruit,
and boy I can assure you you’d love the drill.

If you were Chinese, I’d learn the languages,
burn a lot of incense, wear funny clothes.
If you were a mirror, I’d storm the Ladies,
give you my red lipstick and puff your nose.

If you loved volcanoes, I’d be lava
relentlessly erupting from my hidden source.
And if you were my wife, I’d be your lover
because the church is firmly against divorce. »

LOVE SONG – Joseph Brodsky

 

 

http://www.varia.be/fr/les-spectacles/les-concerts-brodsky0/

Les 7, 8 et 9 décembre 2011 à 20h30

Un spectacle de LOD en coproduction avec le Grand Théâtre de Luxembourg, deSingel (Anvers) et le centre de recherches et de formation musicales de Wallonie (Liège).

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administrateur théâtres

La revue 2012 (au théâtre Royal des Galeries)

 La revue 2012

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        Bravo ! - De tous les peuples de la Gaule,12272778072?profile=original                        les Belges sont les plus braves - 12272777675?profile=original

 

Bravo à nos amuseurs traditionnels, Richard Ruben et ses partenaires de scène pour cette revue 2012,  si légère, enlevée, rythmée, pétillante de gaité et de bons mots.

Si vous n’avez jamais été à une revue du théâtre des GALERIES, c’est l’année ou jamais pour y débarquer avec famille, amis et ennemis car ils seront tous surpris et vous en aimeront d’avantage. Lâchers de bulles de  rires garantis.  

Plaisirs des vieux ? Sûrement pas ! On se saoule de rire,  on glousse, on gronde de plaisir et ce mélange bien dosé d’autodérision, de railleries de chansonniers moqueurs fait mouche. Les chansons, ma foi, très profondes sur chorégraphies parfaites sont sans la moindre once de vulgarité. La verve et le talent de ces artistes plus mobiles que des étoiles filantes ont produit cette année un spectacle de fin d’année crépitant, énergique et artistique.

Immense escalier mythique, décors sobres et lumineux, jeux sonores bien dosés, costumes pleins de subtilité. Incontournables, les imitations de films ou de chanteurs ont fait recette. Ce produit saisonnier est un des meilleurs crus que l’on ait goûté. Très bons textes d’un humour d’excellent goût, c’est  plutôt rare dans ce genre de spectacle.  

Il faut dire que non seulement l’actualité belge si riche en rebondissements, petits pas, allers-retours, démissions,  et revirements …. mais aussi l’actualité internationale et les phénomènes de société ont été mis sous la loupe du rire. Il y avait l’embarras du choix pour déclencher  le plaisir du rire porte-bonheur.

 Sur scène: Elio Di Rupo, Yves Leterme, Alexander De Croo, Wouter Beke, Joëlle Milquet, Laurette Onkelinx, Brigitte Grouwels, Annemie Turtelboom, Le Roi, Le Prince, Charles Picqué, Wouter Beke, Didier Reinders, DSK, Anne Sinclair, Bart de Wever, Olivier Maingain, Rudy Demotte, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Michel Daerden… entre autres !

Photos : ici ! 

Cendrine Ketels, Angélique Leleux (Marine Le Pen), Bernard Lefrancq, Pierre Pigeolet, pour ne citer que les grands héros du spectacle, alternent leurs talents pour faire rire la basse-cour entière : entendez les waflambru  de tout poil! Leeuw-leeuwrico!

 

 

La Revue 2012   Du 07 décembre au 05 février 2012

La Revue 2012, avec son regard rétrospectif sur les événements de l’année, se veut rafraîchissante, pertinente, acidulée et… zwanzeuse.

Avec Richard Ruben , Bernard Lefrancq , Marc De Roy , Angélique Leleux ,

Pierre Pigeolet , Cendrine Ketels, Anne Chantraine , Véronique Lievin,

Frédéric Celini, Kylian Campbell.

Mise en scène : David Michels et Bernard Lefrancq

Décors de Francesco Deleo / Lumières de Laurent Comiant

Chorégraphies de Patricia Bonnefoy

Réalisation musicale de Bernard Wrincq

Costumes de Ludwig Moreau et Fabienne Miessen 

http://www.trg.be/Public/Page.php?ID=3330&ancestor1=3193&saison=3180                                                                                                                                   

 

La location est ouverte du mardi au samedi de 11h à 18h : 02 512 04 07

Pour la Saison 2011/2012 en pdf : cliquez ici !

 

 

 

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Quand Laurent Voulzy interpelle Jésus

Cette chanson fut commandée à Laurent Voulzy par un prêtre qui s'occupait d'adt quart monde . Il a certainement vu des horreurs qui nous auraient fait perdre la raison. Sa foi a été mise à rude épreuve, il a voulu faire part de ses interrogations. Il est décédé à ce jour.

Cette chanson très touchante est un puissant réquisitoire contre les inégalités entre les hommes dans le monde. Elle demande des explications à Jésus sur l'inexplicable. Sous ses airs très polis elle ne ménage pas le fils de Dieu en lui exprimant nos incompréhensions de notre point de vue de simples mortels.

 

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administrateur théâtres

12272773692?profile=originalL'Opéra du Pauvre

 

de Léo Ferré, par l'Ensemble Musiques Nouvelles, sous la Direction de Jean Paul Dessy

Mercredi 14.12.11  

Léo Ferré, Jean-Paul Dessy & Musiques Nouvelles

20:00  au  Cirque Royal

Organisation: 

Botanique + Le Manège.Mons

 

L'Opéra du Pauvre de Léo Ferré, ce que beaucoup considèrent comme son dernier chef-d'œuvre, est un pamphlet en faveur des forces de la Nuit, de l’imaginaire et de la subversion. 

 

 «La Nuit, soupçonnée d’avoir supprimé la Dame Ombre, est amenée devant le juge d’instruction, aux fins d’inculpation de meurtre. Elle ne peut répondre qu’en présence de son avocat, le hibou, bien sûr…

Il y a plusieurs témoins à charge qui affirment avoir vu la Dame Nuit supprimer la Dame Ombre, juste comme le soleil se couchait, entre chien et loup. L’ennui pour l’instruction est qu’on ne trouve pas la disparue – morte ou vive – et qu’on ne peut faire supporter à la Nuit que des présomptions, lourdes certes, mais insuffisantes.

Les témoins à décharge viennent, nombreux, dire tout le bien que leur fait la Dame Nuit et ce sont eux qui finalement l’emporteront au petit jour, dès que le soleil pointera et que l’ombre réapparaîtra… s’enfuyant avec eux… empaillés comme des hiboux… sur les derniers mots du Corbeau, juge et président, « cette nuit m’a fatigué, je vais me coucher».

Il baille, le greffier s’en va. Il n’a même pas la force de se lever. Et c’est la Nuit qui rentre, tirer les rideaux, en lui lançant un baiser.

L’Opéra du Pauvre, Introduction, Léo Ferré, 1983 »

 

C'est la Nuit que l'on pétrit le pain. La Nuit, sensuelle, érotique, invite à l’invention et à l’ivresse. Elle arme les assassins, fournit des alibis d’adultère, désarme les juges, emballe la vertu. Elle est la raison d’espérer de l’anarchiste et du poète; elle est un enfant qui n’a jamais connu de loi. Derrière ce conte, se dissimule une critique acerbe du pouvoir en général, de la justice et de l'état en particulier. Chaque personnage prend alors une autre dimension et on comprend beaucoup mieux pourquoi il faut défendre la nuit. L'imagerie poétique en éclairage du monde. Et comme si ca ne suffisait pas, Léo Ferré se fend de pièces aux violons, d'envolées jazz et autres petits délires musicaux.

À l’œuvre «totale» de Léo Ferré, répond ici un spectacle «total» qui convoque autant le théâtre, le cirque, la musique que la vidéo. Sept chanteurs-acteurs, un acrobate et douze musiciens de l’Ensemble Musiques Nouvelles nous livrent le procès intenté à la Nuit, soupçonnée d'avoir supprimé Dame Ombre. Une partition qui réalise l’alliage de la musique la plus popisante de son époque, d’un jazz plus en recherche, et de la grande musique classique du début du XXe siècle. 
Un moment théâtral et musical riche et onirique, un spectacle qui souhaite prendre la relève de l’engagement scénique du grand Ferré, formidable musicien, poète précurseur, libertaire. 

Par l'Ensemble Musiques Nouvelles, sous la Direction musicale : Jean Paul Dessy*. Mise en scène : Thierry Poquet.  Arrangements : Stéphane Collin. Avec Michel Hermon - Delphine Gardin - Christian Crahay  et Nathalie Cornet, Muriel Legrand, Michel Hermon, Lotfi Yahya, Thomas Dechaufour, Patrick Sourdeval.

 

 

Jean-Paul Dessy

Compositeur, violoncelliste, chef d’orchestre, directeur artistique de l’ensemble Musiques Nouvelles, Jean-Paul Dessy se concentre dans la diversité, profondément et avec jubilation. Ce qu’il nomme « l’agir du musicien » relie sans les confondre le profane et le sacré dans un voyage intime en quête d’une écoute commune et partagée. À ce jour, il a dirigé plus de 100 créations mondiales et près de 200 œuvres de musique contemporaine d’horizons multiples et diversifiés, qu’il soit à la tête de l’Orchestre de Chambre de Wallonie, à celle de l’ensemble Musiques Nouvelles, ou à sa déclinaison cross over, le Mons Orchestra qui collabore avec des artistes de la chanson, du rock et de la pop.

De Giacinto Scelsi à Horatiu Radulescu, de Pierre Bartholomée à Victor Kissine ou de Witold Lutowslaki à Astor Piazzolla, s’ouvrent encore des chemins de traverse, inattendus, investis, tout aussi vivants : Murcof, Vénus, An Pierlé, Pierre Rapsat, David Linx, DJ Olive, Scanner… Un univers en expansion, en mutation où, selon ses propres mots, la musique s’affirme « intemporaine » plus que contemporaine, car elle « se reconnaît des fraternités multiples par-delà les époques et les genres » et « peut trouver la juste sublimation du mineur par le savant »

... pourvu qu’elle « recherche l’intimité du moi, son irréductible

visage, et tente de le dire.»

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administrateur théâtres

Une séparation (au théâtre du Méridien à Boitsfort)

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Une séparation du 15/11/2011 au 10/12/2011 à 20h30

                                 au théâtre du Méridien

Face à vous un couple silencieux, assis sur deux chaises de bois quelconque. Noir complet.

Tout a changé. Elle est debout, en pleine lumière et a décidé de se séparer. Pronom réfléchi. Pas réciproque. Il y a partout des cloisons suspendues, serties dans des cadres sobres.  Ces panneaux  de papier froissé  sont marqués de profondes fissures.  Une mise en éternité ? Des lettres non écrites et chiffonnées, des vagues d’amour séchées, des  jupons superposés, les  murailles abandonnées  d'une terre  désertifiée, les manuscrits de l’amour mort ? Tout dépend de l’éclairage.Les gymnopédies de Satie s'arrêtent.

«Je me suis arrêtée comme un train qui s’arrête en rase campagne, seule, les mains vides, j’ai continué à pied ». « J’ai décidé de te quitter pendant l’heure disparue, au changement de l’heure d’été ». Il a reçu cette déclaration de désamour dans sa boîte aux lettres, un matin  où  il descendait joyeux pour relever le courrier. Et il ne s’est pas relevé. « Je t’ai quitté car nous étions devenus deux silhouettes ». Elle ne supporte pas la grisaille, l’ennui. « Peut-on être amoureux et s’ennuyer ? ». La raison pour laquelle elle l’a aimé est la même que celle pour laquelle elle l‘a quitté. Avec lui, elle marche sur un fil, juchée sur ses hauts talons, , et  tout d’un coup elle a envie de quelqu’un de protecteur, qui n’est pas lui.

« C’est vers moi que tu aurais dû courir, pas au hasard,  pour dissiper ta colère », plaide-t-il, alors qu’elle a pris sa décision sans lui en courant dans un parc. Le cœur de Paul est réfractaire au désamour. « Toutes tes justifications pour expliquer ton désamour sont malhonnêtes.» 

Mais, incapables de couper franchement, Paul et Marie  ne peuvent se retenir d’aller l’un vers l’autre.  Surtout Paul qui refuse la séparation avec énergie. Ils  s’échangeront à contrecœur, mais cœur à cœur,  lettres, cartes postales, post-its, billets, perles du souvenir, parfums du passé avec une impatience de bon augure. On oscille entre les élans, la tendresse, les reproches, les espoirs, la solitude, les déceptions  - qui sont toujours une trahison - les pleurs.  Vont-ils trouver la juste distance ? Celle qui fait durer le sentiment ? Va-t-elle se faire dévorer par son bovarysme féminin ?  Il lui a donné toutes ses billes. Elle les ramassera et les mettra dans un grand bocal à conserves. Est-ce assez ? Au moment fatidique, après des échanges profondément vrais et émouvants, elle n’entendra pas la pluie  symbolique qui tombe sur la mer, ... à cause des doubles vitrages de son hôtel.

 

Cécile Vangrieken (Marie), typiquement femme de tête et l’attachant Laurent Bonnet (Paul) échangent des  mots brûlants, bouleversants, dits avec honnêteté, tendresse, respect de l’autre… Deux comédiens avec qui l’ennui n’existe plus. Le spectateur est captivé et entend battre son cœur car l’attente du renouveau ne cesse de faire des pirouettes audacieuses sur le fil de l’amour. Une soirée qui fut un régal. 12272772053?profile=original

 

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du 15/11/2011 au 10/12/2011 à 20h30

de: Véronique Olmi
m.e.s.: Philippe Beheydt

avec:
Laurent Bonnet
Cécile Vangrieken

 

© pour les photos: Benoît Mussche

 

Visionnez la critique de l'émission 50 degrés Nord ici (de 35'03 à 39'40)

 

Théâtre du Méridien 200/202 chaussée de la Hulpe 1170 Bruxelles

 

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administrateur théâtres

L’ANGE BLEU (Henrich Mann) au théâtre Royal du Parc

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Du 24 novembre au 23 décembre 2011 et le 31 décembre 2011, à 20h15, sauf le dimanche à 15h, au Théâtre Royal du Parc. Relâche le lundi.

Première adapatation au théatre de L'ange bleu et découverte pour le public d'une atmosphère envoûtante d'un cabaret des années 30 en compagnie du professeur Raat, un vieux célibataire endurci qui va tomber follement amoureux de la célèbre chanteuse Lola-Lola et qui va renoncer à tout pour vivre sa passion. Un spectacle où se mêlent danses, chansons, cirque et théâtre.

Adaptation de Philippe Beheydt, d’après le roman d'Heinrich Mann. Avec Laura Van Maaren, Alexandre von Sivers... Mise en scène de Michel Kacenelenbogen.

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   L’ANGE BLEU, le roman d’Heinrich MANN (1871-1950), frère de Thomas MANN (1875- 1955), est noir. Le film de 1929 de Josef von Sternberg, éperdument amoureux de son actrice  Marlene Dietrich, est noir. L’adaptation faite au théâtre du Parc en 2011 joue des couleurs.

 

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                                             La cruauté y perd et pourtant notre monde actuel a de  cruelles ressemblances  avec l’époque du Black Friday. 

                                             On attendait un hommage vibrant à Marlène Dietrich, la sensuelle, la mystérieuse, l’envoûtante  femme fatale. « Ich bin von Kopf bis Fuß auf Liebe eingestellt ».  On assiste à un spectacle plutôt édulcoré,  dirigé par un maître-dompteur-magicien-directeur de spectacle, fort racoleur (Patrick BRÜLL), magnifique il est vrai, dans son rôle aux contours cyniques mais qui donne vite  un tour pathétique à l’ensemble. Le public est pris à témoin pour l'annonce de la  mort certaine du professeur angélique.

Plus que celui d’un cabaret glauque des années 1925, le décor est  celui d’un cirque. Cela a le mérite de faire vouloir revoir le film, pour son atmosphère, si différente et si troublante. Par contre, la très belle musique égrenée par une délicieuse pianiste (Sophie DEWULF) est un répertoire décalé,  tour à tour, charmant, mélancolique, poétique de  Pascal Charpentier. C'est le beau côté de cette comédie musicale.   On retient son souffle devant les jeux d’équilibriste des deux jeunes artistes de cabaret. Mais  celui que l’on préfère est à coup sûr l’ineffable Alexandre von SIVERS qui a l’air tout perdu dans ce monde de froufrous  factices et vulgaires. Dans les rôles féminins on craque pour la rutilante Madame Loyal (Pascale VYVERE) pleine de bonhommie, de capacité de rebondir et  surtout celle de nous  faire oublier la morosité ambiante.

Devenu clown grotesque pour les beaux yeux de sa belle   -  le professeur Dr. Immanuel Rath, transformé en  « Unrat »  (ordure)  par  les quolibets irrespectueux de ses élèves incultes -, a de quoi faire frémir. Prêt à toutes les déchéances pour l’amour, il est pathétique dans son dernier solo.

 D’autres sont prêts à tout pour l’argent. « They shoot horses don’t they ? ». Même époque sans pitié.  

 

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http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2011_2012_002

 

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ADMINISTRATEUR GENERAL

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Et à titre d’information voici les trois prochaines expositions:

 

-Titre : « La collection permanente à l’espace Yen »

Artistes : collectif d’artistes de la galerie.

Vernissage le : 09/11/2011 de 18 h 30 à 21 h 30 en la galerie même.

Exposition du 09/11 au 24/12/2011à l’Espace Art Gallery II.

 

-Titre : « Rudartvic ou la naissance du Rudyisme »

Artistes : Rüdy Theunis (peintures). Exposition personnelle.

Vernissage le : 11/01/2012 de 18 h 30 à 21 h 30.

Exposition du 11/01 au 29/01/12.

 

-Titre : « L’Ère Graphique »

Artistes : Véronika Priehodova (peintures et sculptures), Collectif de la galerie

(peintures et sculptures), Jaime Parra (peintures).

Vernissage le : 01/02/2012 de 18 h 30 à 21 h 30.

Exposition du 01/02 au 19/02/2011.

 

Au plaisir de vous revoir à l’un ou l’autre de ces événements.

 

Bien à vous,

 

                                                                  Jerry Delfosse

                                                                  Espace Art Gallery

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FRANCE INTER invite le chanteur Basque Peio SERBIELLE

Bonjour à tous,

 

Je vous donne RDV le mercredi 30 novembre 2011 de 12h30 à 12h45 sur France Inter

 

Je serai l'invité de l'émission "Carnets de Campagne" pour parler, entre autres, du film  "XAN NAIZ NI – Voyage en Terres Sauvages",  réalisé avec Marc Large et Patrice de Villemandy.  26 minutes de douce respiration dans ce Pays Basque où  "la beauté, ça se mérite !", comme le disait si bien le photographe GilleCappé

Je vous parlerai également de la préparation de mon nouvel album  ZARA ("Tu Es"), 2ème chapitre de la trilogie NAIZ - ZARA - GARA  (Je Suis - Tu Es - Nous Sommes). 

 

Et le Site est toujours à votre disposition si vous souhaitez écouter, visionner d'autres émissions, lire les articles déjà parus, télécharger ou acheter le dernier album NAIZ

 

A très bientôt et merci de votre fidélité.

 

Peio

 

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Le génie d'Aragon

12272735268?profile=originalL'oeuvre d'Aragon est l'objet d'un malentendu que son auteur semble favoriser à plaisir. Lui-même a très tôt relevé, comme un trait constitutif de sa personnalité, qu'on ne saurait l'estimer entièrement : « A chaque instant je me trahis, je me démens, je me contredis. Je ne suis pas celui en qui je placerai ma confiance » (« Révélations sensationnelles », in Littérature 13). On peut articuler cette contradiction intime à la notion par laquelle il a tenté de résumer son esthétique : le mentir-vrai , qui joue dans les deux sens ; car la passion de la communication sincère en direction du plus grand nombre se double toujours en lui d'une inverse et irrépressible disposition à la complication, au déguisement ou au théâtre , comme l'indique le dernier titre de son oeuvre romanesque. Cette « double postulation simultanée », pour citer Baudelaire dont son dandysme le rapproche, a de quoi fasciner autant qu'irriter ; l'ampleur démesurée de son oeuvre - plus de quatre-vingts volumes en soixante années - ne peut se comparer qu'à celle de Hugo, par rapport auquel il fit à la fois mieux (si l'on attend de l'écrivain la critique des pouvoirs propres de son écriture), et moins bien (si on l'évalue selon la force de son message ou selon sa capacité prophétique). De tous les enseignements d'Aragon, on retiendra en effet qu'il inculque d'abord à son lecteur la diversité de la personne humaine ou, d'un titre majeur, son mouvement perpétuel . A chaque nouvelle étape de son existence passionnée, ses adversaires, qui furent nombreux, eurent beau jeu de lui opposer ses propres textes : lui-même a répondu qu'on ne saurait le comprendre sans dater avec précision chacun de ses écrits. Comme s'il avait voulu par là renvoyer les contradictions fécondes de son oeuvre et de sa personne à celles, plus larges, d'un monde ou d'un siècle avec lequel, selon Blanche, ou l'Oubli , le romancier fait l'amour .

Un merveilleux printemps
Né le 3 octobre 1897 à Paris d'un père qui refusa de le reconnaître et d'une mère qui se fit jusqu'en 1917 passer pour sa soeur, le jeune garçon vécut dès son enfance un roman familial passablement compliqué, qu'évoqueront les grands romans du Monde réel (Les Voyageurs de l'impériale notamment). Étudiant en médecine malgré lui, il traversa l'épreuve de la première guerre (1917-1918) comme médecin auxiliaire, et dadaïste : sa rencontre avec André Breton au Val-de-Grâce orienta sa révolte, et l'amitié qui les lia aussitôt décida pour quatorze années de sa production littéraire. La « littérature » (et la revue qu'il fonde en 1919 sous ce titre ambigu avec André Breton et Philippe Soupault) peut-elle résumer les passions qui l'animent alors ? Il s'agissait avant tout, à l'époque du dadaïsme et du surréalisme naissant, de « mettre le pied sur la gorge de son propre chant » et, pour reprendre l'envoi qui figurera en couverture de La Révolution surréaliste du 1er décembre 1924 (la formule est d'Aragon), d'« aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l'homme ». Les textes de cette période illustrent les diverses tentations de ce jeune homme aux dons insolents, tiraillé entre les désirs de briller et de décevoir (comme on le voit faire tour à tour dans les poèmes de son premier recueil, Feu de joie , 1919). L'idée de la récupération littéraire l'exaspère, mais il dit sa colère en des oeuvres qui, d'emblée, le classent au niveau des plus grands : Anicet ou le Panorama, roman (1921), chronique ironique d'un apprentissage, autocritique aussi, prophétique, de la révolte du groupe conspirateur et de l'opposition artiste dont le héros, transparent à l'auteur, mesure les contradictions et les pièges (« Je vais, moi, m'efforcer d'arriver ») ; Les Aventures de Télémaque (1922), surprenante ré-écriture de Fénelon, et tentative pour doubler de l'intérieur et sur son propre terrain la négation dadaïste, rebaptisée « système Dd », au nom de sentiments imprescriptibles (« Si vous savez ce que c'est que l'amour, ne tenez pas compte de ce qui va suivre ») ; Le Libertinage (1924), un recueil d'une diversité mimétique où, empruntant les voix de ses dédicataires, il cherche sa voie à travers les étapes d'une « course intellectuelle » qu'il ne sait qualifier encore que de « mouvement flou » ; Le Paysan de Paris surtout (1924-1926), chef-d'oeuvre de l'affirmation surréaliste, développée et comme appliquée dans sa morale, dans sa métaphysique et dans sa poétique ; qualifié par son ami Drieu la Rochelle de Sturm und Drang du XXe siècle, ce Paysan est au carrefour de tentations parmi lesquelles il est aisé, rétrospectivement, de déceler le travail d'une esthétique « réaliste ».
Aragon ne se contente pas d'éblouir le groupe par ces proses d'une élégance souveraine ; il l'enrichit aussi par sa chaleur dans l'amitié, par son brio dans la prospection noctambule du merveilleux parisien comme par ses aptitudes particulières à l'invective et au scandale. Il s'efforce surtout, à partir de 1925 (guerre du Maroc et débat avec les communistes de la revue Clarté ), d'orienter le surréalisme en direction d'une révolution effective. L'année 1927 est celle de son adhésion au P.C., d'un vagabondage à travers l'Europe où l'entraîne sa liaison orageuse avec Nancy Cunard, de la destruction d'un gros roman et de la rédaction de Traité du style , étourdissant morceau de bravoure dont la verve dissimule une discussion serrée sur les acquisitions et sur les perspectives d'un surréalisme désormais menacé de se répéter. On remarque dans les textes de cette période, et notamment dans le flamboyant Con d'Irène , échappé à l'autodafé de 1927, l'approfondissement et la radicalisation des préoccupations critiques : l'auteur tente de s'y expliquer à lui-même les mécanismes de la création littéraire, explorée dans ses arcanes psychologiques ou linguistiques autant que questionnée dans sa valeur d'usage et dans son issue, marchande ou révolutionnaire. Une tentative de suicide à Venise suivie de la rencontre avec Elsa Triolet à l'automne de 1928, la parution d'un recueil de vers grinçants, La Grande Gaîté , en 1929, la découverte décisive en 1930 de l'U.R.S.S., où il doit au congrès de Kharkov contresigner un texte qui fera à Paris figure d'apostasie..., jalonnent les étapes d'une rupture avec le surréalisme qui devint effective en avril 1932.

Le cycle du « Monde réel »
Il voit le jour avec Les Cloches de Bâle (1933). Ce roman inaugure une analyse critique de la France bourgeoise de 1890 à 1940, ainsi qu'une remontée aux années de l'enfance : on admire que pour éclairer celle-ci, comme il l'admet dans ses préfaces, Aragon ait éprouvé le besoin de reconstituer dans le détail de ses rouages un monde de cette ampleur. Car si le surréalisme est désormais critiqué comme stade idéaliste, voire solipsiste, de l'écriture, l'auteur ne le quitte au profit du « réel » qu'afin de mieux s'expliquer les destinées individuelles et les mécanismes de classe de la pensée. L'enchaînement dans le même roman de l'histoire de Diane, de Catherine et de Clara ne figure-t-il pas, par la voie des femmes et sans didactisme excessif, les trois époques que lui-même a successivement traversées : la fascination pour le grand ou le demi-monde, la révolte anarchiste, l'engagement responsable enfin, qui sait rallier l'organisation et les buts de la classe ouvrière ? Le tarissement de son écriture poétique est compensé dans cette période par une production romanesque régulière (Les Beaux Quartiers , prix Renaudot 1936, Les Voyageurs de l'impériale , qu'il boucle à la veille de la déclaration de guerre), et une activité intense de journaliste : à L'Humanité où il débute par les chiens écrasés, à la revue Commune - « Pour qui écrivez-vous ? » -, puis au quotidien Ce soir dont il assume la direction avec J.-R. Bloch à partir de 1937. La démobilisation marque pour lui le début de la Résistance, qu'il mènera en zone sud en constituant un réseau d'intellectuels ; en diffusant aussi les poèmes qui, sur des mètres traditionnels repris d'une tradition remontant aux troubadours, exaltent l'amour d'Elsa et la France opprimée (Le Crève-Coeur , Les Yeux d'Elsa , Brocéliande , Le Musée Grévin , La Diane française... ). Cette pratique, théorisée comme contrebande , ne se limite pas dans son oeuvre à cette période particulièrement faste pour son génie, qui coïncide alors pleinement avec l'attente de la « foule malheureuse » (pour citer l'envoi de Blanche, ou l'Oubli , en inversion du happy few stendhalien). Parallèlement, il trouve le temps de rédiger la longue rêverie sentimentale d'Aurélien , l'un des sommets romanesques de cette oeuvre, et, probablement, de notre langue, même si sa parution n'est pas bien accueillie en 1945 par les camarades de combat d'Aragon : tout ce qui fait aujourd'hui l'ambiguïté et la richesse de ce roman - la méditation sur le piège amoureux, les dérives morales et les diversions esthétiques du jeune bourgeois « errant dans Césarée », la reconstitution des années folles, condamnées sans doute mais du même coup nostalgiquement ressuscitées, l'écart entre l'imaginaire, les mots, les sentiments et leur réalisation, leur incarnation effective... - ne rencontrait pas les espoirs nés de la Libération. L'immédiat après-guerre ne lui est pas favorable ; quel rôle exact joua-t-il dans l'épuration, au niveau du Comité national des écrivains ? Touchant cette période, certaines plaies demeurent encore vives, comme les polémiques qu'attisera la publication des Communistes (à partir de 1949), dernier roman du Monde réel , qu'il estimera nécessaire de rédiger de nouveau entièrement, au cours des années soixante. La mort de Staline (1953), le rapport Khrouchtchev et Budapest en 1956, « année terrible », précipiteront bien des désillusions dont l'écho se lit dans l'admirable Roman inachevé (1956), un recueil de poèmes scrupuleusement autobiographiques où la part accordée au « merveilleux printemps » du surréalisme redevient significativement majeure.

L'envers du temps
S'ouvre alors dans son oeuvre une troisième période, à la faveur d'un roman-charnière d'une folle démesure, La Semaine sainte (1958), auquel la critique fit un triomphe quasi unanime alors qu'elle avait boudé le cycle du Monde réel , dont il découle cependant. (La débâcle des troupes fidèles à Louis XVIII en direction des Flandres n'évoque-t-elle pas la drôle de guerre si minutieusement reconstituée déjà dans Les Communistes ? ) Toutes les ressources de l'érudition et du style y concourent au récit d'une boueuse chevauchée : ce déroutant sujet ne laisse pas d'évoquer la situation personnelle de l'auteur et le drame qui l'oppose à sa fidélité politique, à l'heure où l'avenir se ferme. Cette absence d'avenir (l'auteur vient d'avoir soixante ans) fait aussi la trame, ou le drame, du Fou d'Elsa (1963), l'un des plus longs poèmes de notre littérature, d'une érudition (arabisante) aussi vertigineuse que La Semaine sainte ; Grenade assiégée en 1492 y reflète bien plus que la guerre d'Algérie. Simultanément Aragon a laissé paraître Elsa , Les Poètes , Le Voyage de Hollande , rassemblé la documentation d'une Histoire de l'U.R.S.S. en trois volumes... tout en dirigeant Les Lettres françaises. Cette précipitation d'une extraordinaire fécondité fraye dans l'écriture, en effet, le retour d'une certaine « folie » : ce sera le dernier mot de La Mise à mort (1965), « roman du réalisme » ou de l'affrontement d'un chant de femme, d'un miroir à trois faces et de deux narrateurs persécutés autant que persécuteurs. Le métalangage recouvre désormais la fiction ; l'écriture s'affouille, vertigineusement ; le malheur, le délire d'aimer s'exaspèrent dans les citations d'Othello. En politique aussi, Aragon vérifie qu'il n'y a pas d'amour heureux. Blanche, ou l'Oubli (1967) approfondit cette crise, où un narrateur-linguiste s'acharne à reconstituer à travers le puzzle des mots, de quelques romans et de son passé les circonstances du départ de sa femme qui, de fait, anticipe de trois ans sur la mort d'Elsa (juin 1970).
On pouvait craindre d'Aragon qu'il ne survive pas à celle-ci. Par une brusque volte-face, on le vit au contraire s'amouracher publiquement de quelques jeunes gens, reprendre ses errances dans Paris et publier encore deux de ses plus grands livres : Henri Matisse, roman où le « défi » reçu de cette peinture lui permet d'éclairer sa propre écriture, et Théâtre/roman où la danse de mort des mots fracasse toute « représentation » possible. Parallèlement, Aragon prit soin d'enrichir la republication de son Oeuvre poétique (à partir de 1974) de précieuses mises au point, comme il l'avait fait du vivant d'Elsa pour la moitié de leurs Oeuvres romanesques croisées . Tant il est vrai que la dimension critique ou métalinguistique n'est jamais absente de ses textes, dont l'un des enjeux est de savoir « comment une littérature se crée », et comment son auteur s'y retrouve, ou s'y fuit.

L'énigme Aragon
Car il y a une énigme Aragon (« Moi le Sphinx d'au delà / les Thèbes futures »). Lui-même l'indique au seuil de son Oeuvre poétique : « Que parole en grec est le radical d'énigme [...]. Et c'est l'injustice, la merveilleuse injustice d'autrui que je demande aujourd'hui. La parole, en réponse à l'énigme par moi à moi-même posée. »
La première énigme concerne son engagement politique (servons-nous de ce mot commode, même s'il le récuse), qui le poussa à défendre, à couvrir l'inexcusable, c'est-à-dire le stalinisme, quand il semblait mieux placé que quiconque pour en connaître et en dénoncer les ravages - ne serait-ce que par la position d'Elsa, soeur de Lili Brik. A cet égard, la part apologétique de son oeuvre ne se relit pas sans malaise, comme sont gênants ses silences ou ses digressions, sa trop grande habileté dans l'esquive. Mais il convient toujours de dater les écrits : cette oeuvre est d'un militant, qui prit sa part de coups et de responsabilités. Son drame et ses erreurs furent ceux de l'écrivain quand il décide d'épouser une cause, et de servir quoi qu'il en coûte (le cas n'est pas si fréquent).
L'autre énigme est de son amour : pourquoi l'avoir à ce point proclamé ? Contre quelle obscure inquiétude lui fallait-il ainsi se rassurer ? Aragon est de ces hommes qui, pour simplement exister, doivent adhérer passionnément : à une femme, à un parti, à une famille .
La troisième touche à son originalité, que ses adversaires contestent : son génie consista à porter à la perfection certaines trouvailles précédentes (l'écriture automatique, le romantisme exaspéré de Maldoror, la poésie des troubadours, l'errance nervalienne ou le réalisme socialiste...), plutôt qu'à innover radicalement. La notion de collage ou de « croisement » n'occupe-t-elle pas une place de choix dans cette création souvent très proche de la critique ? Avec Aragon, c'est une immense époque de la littérature qui se clôt, dans son apothéose et sa recollection. Dans son mouvement , où réside le paradoxal invariant de cette oeuvre.
Aussi passionne-t-elle, car c'est là sa modernité, tous ceux qu'intéresse le passage réversible de l'idée à l'image, du sens aux sons, aux rythmes, au chant ; de l'Histoire aux histoires ; de la critique à la fiction ; du dit à l'« arrière-texte » ; de l'individu à la société ; de l'homme à la femme ; du visage à ses masques, et de la vérité au mensonge, au mentir-vrai ; des « Anciens » aux « Modernes » ; de la parole à l'écriture ; de la biographie à la bibliothèque des poèmes, des essais, des romans..., pour finir sur un mot qui résume pour lui la vie quand elle se parle . Cette pensée d'une merveilleuse souplesse intellectuelle pourrait bien inquiéter quelques sciences prétendument constituées (histoire, psychanalyse, linguistique, critique littéraire...). Mais, quels que soient le raffinement et l'exigence extrêmes de la majorité de ses textes, Aragon sut aussi toucher largement la foule, la unhappy crowd , par l'évidence mystérieuse de son chant. En ce bel canto réside l'énigme ultime de son génie.

Lire: Le Fou d'Elsa, testament spirituel d'Aragon

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administrateur théâtres

EXPO : Ferdinand Schirren, EN PROMENADE DANS SES JARDINS IMAGINAIRES.

 

22.11.11 > 04.03.2012 au Musées royaux des Beaux-Arts

Salles Fondation Bernheim et René Boël

Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique poursuivent la mise en valeur d’artistes moins connus, mais bien représentés dans leurs collections, en proposant une exposition cette saison, consacrée à Ferdinand Schirren (1872 – 1944). Cet artiste est considéré comme le premier ‘fauve’ belge. Lors de séjours à Paris, il entre en contact avec les œuvres de Signac, les nabis et les jeunes fauvistes. Il restera cependant dans l’ombre de l’omniprésent Rik Wouters.

Toutefois, grâce à leurs dernières acquisitions, les Musées possèdent un ensemble d’œuvres de Ferdinand Schirren représentatives de toutes les phases de son évolution artistique ainsi que des différentes techniques qu’il employait. Il débute comme sculpteur. Son œuvre maîtresse, qui est aussi une œuvre de jeunesse, est un buste d’Helena P. Blavatsky, grande dame du mouvement théosophique, un courant ésotérique basé sur l’étude comparée des religions. Ce portrait, d’une expressivité étonnante, est unique vis-à-vis de la  production sculpturale  que le visiteur pourra aussi découvrir au fil de l’exposition.

Revirement de Schirren en 1904 vers la peinture et le dessin. Il  confère une grande autonomie à la couleur, à partir de laquelle il construit les formes, des volumes sculpturaux. Retiré dans la quiétude de la campagne brabançonne, il aboutit vers 1906 à des résultats proches des aquarelles de Matisse, Manguin ou Camoin réalisées à Collioure en 1905. On peut admirer ses premières peintures à l’huile datant de 1904 et des aquarelles de 1906, qui témoignent  d’un « tachisme nerveux ». Couleurs brillantes.

 Durant la Première Guerre Mondiale, il se met aussi à la peinture à l'huile mais, vers la fin des années 20, il opte à nouveau pour la peinture à l'aquarelle, où le constructivisme refait son apparition et dans laquelle la palette reste atténuée. Plus tard, la facture deviendra plus libre et plus colorée avec des modulations de teintes floues caractéristiques. A surtout peint des intérieurs avec figures, des nus, des portraits, des paysages et, vers la fin de sa carrière, également des natures mortes. Dans les dessins et surtout dans les aquarelles, Schirren fait preuve dès le début d’une aisance certaine et d’une audace qui ne se retrouveront dans sa peinture qu’à partir de 1917 avec son chef-d’œuvre «La femme au piano». «Maternité» est une harmonie de couleurs saisissante, les deux visages de la mère et de l'enfant  noyés d'amour émergent de flots de couleurs verts et bleus. Une Nativité ? La couleur comme moyen essentiel de construire une œuvre synthétique devient alors le fil conducteur jusqu’à la fin de sa vie, bien qu’en tant que sculpteur, il ait également un vrai don pour le dessin ‘noir et blanc’ et une attention particulière pour la forme.

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Entre 1910 et 1912, il travaille d’ailleurs essentiellement au fusain ou à la sanguine. Ces dessins – scènes d’intérieur, nus et portraits – sont d’une grande sensibilité et d’une douce expression.

 « Intérieur symboliste »,  est un pastel sur papier, barré  entièrement d’une pluie d’or. Le personnage assis sur une chaise  nous tourne le dos et fixe une toile verte qui fait penser aux nymphéas. « Sur le sable » nous parle de l’été, un  transat à rayures et une tente de plage y sont à peine esquissés, le reste, c’est le rêve, personnifié dans  la silhouette d 'une femme assise.Vous l’aurez compris, entre sculptures, peintures, aquarelles et ‘noirs et blancs’, cette exposition consacrée à Schirren fera le bonheur de chacun. Avec des sujets relevant surtout de la vie intérieure, une œuvre souvent intimiste et des aquarelles d’une matérialité « évasive », SCHIRREN NOUS EMMÈNERA EN PROMENADE DANS SES JARDINS IMAGINAIRES.

Visites guidées sur rendez-vous

infos : reservation@fine-arts-museum.be

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Ferdinand Schirren, Au jardin, (vers 1906)
Aquarelle sur papier, 70 x 54 cm
MRBAB-KMSKB, Bruxelles, © Sabam Belgium 2011
Grafisch Buro Lefevre, Heule © MRBAB - KMSKB

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