Il s’agit d’une pièce en trois actes et en prose de Boris Vian (1920-1959), publiée à Paris à 201 exemplaires par le Collège de Pataphysique en mars 1962, puis dans le Théâtre de Boris Vian chez Jean-Jacques Pauvert en 1965, et créée en langue allemande au Staatstheater de Braunschweig (RFA) et à Paris au théâtre de la Gaîté-Montparnasse le 18 septembre 1965.
Le général James Audubon Wilson de La Pétardière-Frenouillou reçoit de Plantin, le président du Conseil, l'ordre de déclarer la guerre pour sauver l'économie française, victime de la surproduction agricole et industrielle. Le général convoque donc son état-major autour d'un goûter. Tous dénombrent les forces dont ils disposent et conviennent de la nécessité de se rallier l'Église dans la personne de Mgr Tapecul (Acte I). Mais... Audubon a omis de demander contre qui il faut se battre. Le délégué militaire de Chine lui suggère d'engager les combats contre le Maghreb et l'Afrique, à la grande satisfaction de l'Américain et du Russe (Acte II). Dans leur camp retranché, sous terre, les généraux s'efforcent de se désennuyer par des jeux stupides. Plantin vient leur annoncer que "l'économie française est enfin complètement déséquilibrée": il faut donc terminer la guerre. Pour fêter l'événement, les militaires et les délégués se tuent tous à la roulette russe (Acte III).
Écrit en 1951, le Goûter des généraux constitue une caricature burlesque de la guerre et des milieux militaires. L'auteur du Déserteur dénonce le caractère économique des enjeux de toute guerre: selon Vian, il est clair que seuls des impératifs financiers, et non des principes idéologiques, incitent les politiques à envoyer leurs compatriotes au combat. Ainsi, le président du Conseil explique-t-il au général Audubon la nécessité de maintenir l'économie française dans un constant déséquilibre afin que les bénéfices industriels puissent pallier les crises agricoles, et inversement: "L'armée présente un intérêt capital; car c'est le consommateur qui paie l'armée, Audubon, et c'est l'armée qui consomme" (Acte I). La pièce dénonce également la collusion des pays riches contre le tiers monde. Dans le contexte de la guerre froide, Vian ne s'engage pas en faveur d'une grande puissance contre une autre: elles sont toutes coupables par définition. Ainsi, les puissants se réunissent et conviennent d'un ennemi commun, les pauvres et les Noirs. Le délégué militaire américain encourage Audubon: "Toute l'Afrique... et ça résout automatiquement le problème racial" (Acte II). La référence aux guerres coloniales semble évidente. Des massacres prévisibles, il n'est fait nulle mention: l'ensemble de l'intrigue se déroule, en effet, dans un climat abstrait, ludique, qui élimine tout élément tragique et plonge le spectateur dans une atmosphère fortement teintée d'humour noir. Vian met en scène des militaires irresponsables, infantiles et affligés de noms ridicules: à cinquante-cinq ans, Audubon agit comme un petit garçon dominé par sa mère, une maîtresse femme qui lui interdit l'alcool et surveille la tenue de ses "petits camarades". Foncièrement pusillanime, il résiste d'abord au président du Conseil pour s'effacer, ensuite, devant la nécessité d'obéir aux "ordres". L'Église, qui cautionne les massacres, n'échappe pas à la satire. Le ton très familier des dialogues témoigne de l'irrespect total de Vian à l'encontre des militaires, des politiques, des ecclésiastiques, ces bouchers dérisoires mais dangereux - selon lui - et qui ignorent tout de l'humain.
Wolfgang Amadeus Mozart, Quatuor à cordes, KV 428 Dmitry Shostakovich, Quatuor à cordes n° 8, op. 110 Franz Schubert, Quatuor à cordes n° 15, op. 161, D 887
Trois des quatre membres du Quatuor Hagen sont frères et sœur. Voilà qui explique peut-être l’exceptionnelle homogénéité de l’ensemble, qui fait partie depuis près d’un quart de siècle déjà des meilleurs quatuors à cordes internationaux. Au programme de ce concert, trois époques et trois styles très différents : Mozart et l’un de ses quatuors dédiés à Haydn, Chostakovitch et son plus célèbre quatuor, véritable requiem, « dédié aux victimes de la guerre et du fascisme », pour finir avec Schubert et son ultime quatuor. En un mot, trois compositeurs, trois chefs-d’œuvre.
Une île ou un esquif ? Dans cet océan d’auditeurs massés dans la grande salle Henry Le Bœuf... On est là pour écouter le quatuor Hagen. Chuuuut ! Les frémissements du quatuor à cordes en mi bémol majeur de Mozart commencent. C'est l’allegro ma non troppo, mais comme il est intimidé! Noyé ... dans ces 2000 respirations aux aguets ! Les contrastes entre idéal-et-lumière et condition humaine-et-structures sombres sont très marqués… Troppo?
Le deuxième mouvement: Andante Con moto devient d’une belle expressivité, intense et complexe. On respire. Cela doit être éprouvant de faire de la musique de chambre devant une aussi grande salle. Mais le talent est là et le sentiment fera le reste.
Embarquement dans la musique de Dimitri Chostakovitch avec un morceau extraordinaire, oeuvre puissante et pensive à la fois : le quatuor à cordes N°8 en do mineur, composé en 1960. Cette composition lui prit quelques jours seulement, lors de la visite du musicien en Allemagne sur les lieux d’un camp d’extermination. Ce voyage le ramène aux souvenirs de la désolation des bombardements que lui-même subit pendant la guerre en Russie dans sa propre ville. Cette pièce comprend cinq parties dont trois largos extrêmement émouvants. Une écriture très subtile exprime à la fois sa dissidence et le refuge qu’il trouve dans la musique. La première complainte lugubre est suivie d’une sorte d'assaut et d’une fuite effrénée en avant, sorte de danse macabre d’un essaim de maléfices. On perçoit des références au Dies Irae, des effluves tragiques d’un hymne russe funéraire. La salle est recueillie. Le violoncelle devient passionné et exprime une inextinguible lamentation totalement désespérée. C’est très beau.
La dernière œuvre que ce Hagen Qartett nous interprète est une œuvre dynamique, pulpeuse, plus basée sur des effets de rythme que sur de la mélodie selon moi. Il s’agit du quatuor à cordes N°15 en sol majeur de Franz Schubert. En quatre mouvements.
Ce qu’on aime, c’est l’épaisse matière instrumentale, les accompagnements généreux autour du violon, des effets dramatiques et le rôle grandissant du violoncelle. Le mouvement semble infini et semble faire du sur place quand démarre le scherzo, un morceau hérissé de courtes vagues d’angoisse. Le violoncelle porteur de calme revient et le violon retrouve sa chanson avant que de nouveaux frissons ne s’emparent du quatuor. Avec le quatrième mouvement voici enfin une mélodie joyeuse et dansante qui fait un pied-de-nez au sombre destin. C’est l’acceptation des épines de la vie, sans amertume, l’anima libre et ailée n’a pas dit son dernier mot et se rit des frayeurs humaines.
La salle et l’esquif se retrouvent, dans un tonnerre d’applaudissements.
Pour sa 9e édition, le Printemps du livre de Grenoble se propose d’explorer la vaste contrée des origines. Le thème promet de riches variations.
Car nos origines s’enracinent dans l’enfance, le roman familial, le pays ou la terre natale, le milieu social ou les péripéties de l’histoire, parfois tout cela à la fois. La littérature tout comme les essais trouvent dans ce terreau une source infinie de questions. Les origines sont-elles la marque d’un destin, d’un sceau ineffaçable ou portent-elles en germe une multitude de possibles ? Comment les rencontres, les amours, les chemins empruntés viennent-ils s’emmêler à ce premier fil ? Comment nos origines nous construisent-elles, parfois souterrainement, et nous font-elles tenir debout ou tenir ensemble ? Et enfin que faire de ce passé ? Le traquer à toute force, l’éclairer pour mieux vivre le présent et dessiner l’avenir, le fuir, le regarder en face, le célébrer ?
Ce foisonnant questionnement est au cœur des livres des auteurs invités au Printemps 2011 qui se tiendra du 13 au 17 avril prochain.
Ce n'est pas le carnage dans ma chambre, non. Juste : des papiers sur une table, des papiers sur le sol, des bricoles que je mets provisoir'ment sur mon mat'las (avant de les assembler).
Il est encore très tôt. 7 heures 50, çà vous dit ?
Je n'aurais honnêt'ment pas pu prendre le train, hier soir, et rejoindre un pied-à-terre, pas loin de Charleroi, comme je me l'étais promis.
J'arrivais à peine à consulter mes mails.
La pluie est revenue.
Il a encore fallu qu'en fin de tournée, hier, je me farcisse un scénario classique, mais ... dont je me pass'rais bien.
Faut dire : c'était jeudi. Jour où, en général, le courrier est massif. Evidemment, je savais, dès l'départ, que je n'aurais pas terminé avant ... 17 heures. Je me suis organisé du mieux que je pouvais : présenter un maximum de recommandés, faire parfois (en connaissance de cause) des détours préalables dans certaines rues ...
Vers 15 heures 30, j'ai décidé de stopper l'bazar, de réintégrer l'bureau, de boucler mes présentations dans les règles de l'art. Et ... ensuite, de reprendre le reste du courrier, de le flanquer dans mon sac-à-dos, de repartir sur ma tournée (jusqu'à l'endroit où je devais commencer à poursuivre le reste) ...
Je n'ai aucun regret. Je ne vis pas ma manière de m'organiser (professionnell'ment) comme un fardeau. Profondément, j'aime mon boulot. Avec tout ce qu'il m'apporte, encore (je suis dehors, je rencontre des gens ...). Et les astuces que je me trouve (et qui tiennent encore la route, compte tenu des implications, des obligations de mon boulot), je suis fier d'y arriver. Non pas pour la reconnaissance des autres (je ne me fais aucune illusion), mais ... pour moi-même. C'est un défi que je me lance, chaque jour, pour mon bien être. J'agirais pareil si, du jour au lend'main, je devais être ballotté, transbahuté dans un autre boulot ou si je devais me retrouver au chômage.
Parmi les multiples satisfactions récoltées hier, en retournant sur le front de ma tournée ...
Dans le tram, une cliente qui s'occupe d'un gamin (qui s'appelle Emile ... comme mon papa, aujourd'hui dans les nuages), qui me gratifie d'un sourire, qui est heureuse de travailler dans une radio (pour elle, c'est nouveau) et qui ne montre aucune résistance quand je lui propose, comme ça (par hasard), de la retrouver gratuit'ment, un jour, cinq minutes, pour la simple joie de nous sourire et de vivre ainsi un rêve éveillé, une éclaircie. Ne parlons pas de philosophie, de poésie, non. Parlons aussi de réalisme, quand on sait que la joie, l'émerveill'ment agissent suffisamment sur nos sens, sur nos êtres pour nous procurer l'énergie d'affronter les éventuelles tempêtes du quotidien, qui ne se font jamais "trop" prier.
Sur le trottoir, une autre cliente qui a recommencé à suivre des cours depuis une semaine. Des cours de droit ou de secrétariat ? Je deviens déjà hésitant. Toujours est-il qu'elle doit, pour ses cours, apprendre à écrire correctement.
Et le reste ...
Il se poursuit : rue de l'Ermitage, rue des Champs Elysées, rue de l'ERmitage encore. Bordures décadentes. Immeuble où il faut recharger le courrier. Une dame (SDF ?) assise pas loin du "Delhaize", en train de faire la manche (certains jours, elle me sourit un peu ... certains jours, elle garde une tête impassible).
Et ...
La fameuse réflexion, de passants (que je n'identifie pas forcément) et qui pompe : "Encore à cette heure-ci que vous travaillez ?". Et tout le savoir faire pour ne pas y accroder trop d'importance.
Et ...
Un dernier endroit où je dois recharger le courrier. Un endroit où on vend du matériel de salle de bains, où des gens (des clients) entrent.
Et ...
C'est ici qu'un scénario pénible m'attend encore. Un gars qui m'a déjà vu (je crois qu'il travaille dans une école, rue de la Croix). Il me reconnaît et me lâche, à brûle pourpoint : "Tu mets les lettres en dessous au lieu de les mettre au d'ssus !". Merde, merde, merde.
Et ... je gueule dans toute la baraque : "C'est pas moi qui me trompe, ce sont les remplaçants". C'est mille fois juste, en plus. Surtout quand je situe le cont'nu des paroles du gars dans le contexte, l'endroit où je distribue.
"Il n'est pas sensé savoir que ce n'est pas toi", me dira-t-on. Relativisons. Honnêt'ment, analytiqu'ment, non. Mais ... je suis sceptique, quand même. J'ai pas eu affaire à un gars agressif, non. Je dirai plutôt : quelqu'un qui a envie de lacher sa pique, comme ça, par hasard, mais ... tout en sachant très bien ce qu'il dit. Je trouve ça encore plus méchant, plus sournois.
Et ... quand je gueule ce que je pense, il ne se retourne pas, le "ket". Il reste concentré, en tant que client de l'endroit, pour régler ses affaires. Il a pourtant très bien entendu. Il entend pourtant très très bien. Il est probablement tout content d'avoir distillé froidement son vitriol. Là, j'ai sûrm'ent affaire à un gars méchant, une espèce de chacal. Il attend sûr'ment que je m'énerve, que je perde mon sang froid. Je suis à deux doigts de tourner de l'oeil, de ruer dans les brancards, de sortir mon poing.
Rien ne s'est passé. Je suis sorti. J'ai terminé le reste de ma tournée.
Ce matin, en me réveillant, j'ai revécu la scène. Je revois le gars, avec toutes les impressions (lourdes, négatives) qui traversent mon corps. Ca m'arrive souvent. Bien entendu, ce n'est qu'un scénario journalier, comme il s'en passe, hélas, des tonnes. Ceci dit, mon corps, mon coeur m'envoient sûr'ment, une fois de plus, des messages suffisamment explicites, suffisamment importants pour que je ne prenne pas trop ces instants à la légère, pour que j'y sois vigilants, dans les prochains jours où je f'rai ma tournée et où je retomb'rai sur ce gars (ou d'autres gars du même tonneau).
Une nouvelle journée m'attend. Un spectacle, ce soir. Plein de surprises.
En attendant ...
Je dois encore contacter un pneumologue. Y a deux semaines que j'ai l'papier.
Je compte prendre un numéro de téléphone pour un concours de chansons, à la frontière française, le 8 mai prochain.
Si je passe encore dans les temps, à Charleroi, je ref'rai des photocopies de futurs endroits où y a moyen de chanter. Je les distribuerai sans doute, ce soir, à la soirée-cabaret de THuin. Elles pourront servir aux potes qui chantent.
Y a une répét' prévue aux alentours de 18 heures. Avant la soirée finale. Le pote Miche, à qui rien n'échappe, a fait suivre l'info.
d'Octave Mirbeau du 22 mars au 9 avril 2011 à 20H30 Matinée le dimanche 3 avril à 16H Relâche dimanche et lundi
adaptation et mise en scène Bernard Damien Avec Nicole Palumbo Laurent Renard
« Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
C’est dire si Octave Mirbeau éprouve une véritable nausée pour le monde des honnêtes bourgeois qu’il pourfend impitoyablement. Célestine, la soubrette, tient un journal circonstancié de ses heurs et malheurs et égrène les turpitudes des nantis. « Je te hais, un peu, beaucoup, passionnément… » La condition de domestique n’est qu’un esclavage déguisé. Le secours des mots lui rend toute sa droiture et sa solidité. Ses racines sont dans le ciel. Les rôles s’inversent, on est pris d’empathie pour quelqu’un qui s’exprime avec autant de finesse, de lucidité et de cœur. Car elle a le cœur grand comme la main.
« Échouée dans un bourg normand, chez les Lanlaire, au patronyme grotesque, qui doivent leur richesse injustifiable aux filouteries de leurs « honorables » parents respectifs, elle évoque, au fil de ses souvenirs, toutes les places qu’elle a faites depuis des années, dans les maisons les plus huppées, et en tire une conclusion que le lecteur est invité à faire sienne : Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
Comme Chambrière elle rêvait d’une intimité avec la dame à servir, … de confidences, voire d’amitié même. Elle découvre froideur, mépris, méfiance, manque d’humanité, avarice et asservissement. A elle de déguster en cuisine poires pourries et poulet avarié. A elle d’aller quérir les pantoufles du maître qui ne peut plus cacher son désir. La dame des lieux accepterait même que le maître de maison la mette dans son lit… du moment que cela ne lui coûte rien! Ordre social hypocrite et injuste où les domestiques sont souvent des travailleuses sexuelles à domicile.
L’adaptation théâtrale de ce roman fait d’aller-retours dans le temps et l’espace, dans les états d’âme, dans la perception de la moralité, est faite de façon très fine dans cette création du théâtre du Grand Midi. Le large décor sur plusieurs plans tout éclairé d’art nouveau est une jolie féerie dont on découvre vite les dessous peu aimables.
Le nombre de rôles endossés par le comédien masculin est extraordinaire. Il est la plume d’Octave Mirbeau et à la fois une constellation de personnages admirablement campés. C’est un conteur né, avec la légèreté et la mobilité du troubadour. Ses interprétations féminines sont particulièrement renversantes avec en vedette la maîtresse frustrée: Madame Lanlaire. Des caricatures dignes des personnages de Daumier. Jubilatoire.
Le jeu de la charmante soubrette Célestine est carrément exquis, fait de nuances, d’amour véritable, de compassion, d’humour, de distance, un personnage hybride entre servante et maîtresse… et qui le deviendra en se fiançant au pire des hommes, le jardinier-cocher Joseph : « Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
Des chansons de barricade ou de pavé parisien sont autant de clins d’œil poétiques et émouvants… très Piaf ! La construction de la pièce est aussi harmonieuse que la société qui est dépeinte est pourrie et vice-queuse.
L'art "dit" abstrait,est à mes yeux la plus belle manière de liberer l'imaginaire qui est en chacun de nous.La peinture dite "figurative est sans doute la plus belle façon de transposer la nature sur une surface plane,mais cette transposition ne refletera jamais la beauté de ce que la créateur a imaginé, de plus elle restera "figée à jamais". L'abstraction, laisse à tout un chacun le plaisir et la joie d'y trouver quelque chose que meme le peintre n'aura pas perçu.
Je pourrai me préparer, plus aisément, pour le concert prévu.
Thuin m'accueillera une nouvelle fois, avec son beffroi, sa ville basse, son quai de Sambre, sa rue 't Sertsevens. Des corbeaux, sur un parapet, le long de la grand'route, seront sans doute rangés à la queue leu leu. La Drève des Alliés et la Demi Lune seront, j'imagine, les premières averties.
Je me mettrai en route ... demain matin ou peut-être ce soir.
Compte tenu de mes obligations professionnelles, je n'ai pu assister à la dernière répét' des potes, lundi dernier. Paraît qu'ils ont terminé vers deux heures du matin.
Les flyers (annonçant le spectacle) ont peut-être connu leur part de succès dans la bouch'rie voisine.
La documentation française: Questions internationales n°42
Dossier : L’art dans la mondialisation
mars-avril 2010
Table des Matières
Editorial Dossier : L’art dans la mondialisation Ouverture – L'art au prisme de la mondialisation - Serge Sur L'évolution du concept d'œuvre d'art- Jean Galard L'extension des lieux de l'art de l'Europe au reste du monde- Thierry Laurent Les grands musées, acteurs des relations internationales ?- Jean-Michel Tobelem Entretien - La place de Paris dans le marché mondial de l'art et des enchères- François Curiel Le marché de l'art : une mondialisation en trompe-l'œil- Alain Quemin La structure et le fonctionnement du marché mondial de l'art- Muriel De Vrièse Le trafic international des œuvres d'art- Pierre Tabel Les enjeux internationaux liés à la restitution et au retour des œuvres d'art- Édouard Planche Les principaux encadrés du dossier : Le patrimoine : débat, projet et enjeu - Catherine Ballé La création artistique dans la mondialisation : contrepoint rebelle - Jean-Pierre Colin Le Louvre Abou Dabi et la «valorisation» du patrimoine en débat - Anna Rochacka-Cherner Le rôle des grands collectionneurs dans la formation des valeurs artistiques - Nathalie Moureau et Jean-Yves Leroux Mécénat en France : la tentation du modèle américain - Sabine Rozier L'Union européenne et la fiscalité du marché de l'art - Marie-France Christophe Tchakaloff La spoliation des biens juifs et la question des réparations en France, en Belgique et aux Pays-Bas : le cas des œuvres d'art - Jean-Pierre Bady Le retour des marbres du Parthénon en débat - Anna Rochacka-Cherner
Editorial du Numéro 42:
L'art a toujours revêtu une dimension internationale. La circulation des artistes, l'influence des esthétiques, l'attraction des œuvres traversent par nature les frontières. Foyers de création, lieux de formation, marchés de diffusion se concentrent en des pôles multinationaux, ou se diffusent sans égard à la nationalité des créateurs, des amateurs ou des marchands. Les formes de l'art sont multiples, sa définition même évolutive. Le XXe siècle l'a vu sortir des académies, ateliers, conservatoires, salles de concert, théâtres, opéras… D'une entreprise aristocratique dans sa production comme dans sa consommation, il s'est transformé en art populaire, avec des pratiques diversifiées et éclatées – du moins celles-ci se sont ajoutées aux précédentes. Artistes et amateurs constituent une galaxie transnationale dans laquelle le singulier rejoint l'universel. L'art n'est cependant pas simplement transnational. Symbole du rayonnement de la civilisation d'un pays, composante de son patrimoine culturel, il attire un public varié et de plus en plus nombreux dans des musées ou expositions qui l'exaltent, tout en étant source de devises. À ce titre notamment, il intéresse les États. Il est devenu un registre de leurs relations internationales, par l'intérêt qu'ils portent au développement de son activité, à la préservation et à la mise en valeur des œuvres, au contrôle de leur exportation, à la lutte contre les trafics illicites, à l'influence culturelle qu'il leur permet d'exercer – et l'on observe que les foyers artistiques suivent de près l'évolution de la puissance. Ces relations sont normalement pacifiques et favorisent le dialogue des cultures comme le croisement de leurs expériences et innovations. L'art peut néanmoins, conformément à la logique générale des relations internationales, être source de différends entre États, de même qu'il est affecté par leurs conflits. Problèmes de restitutions de produits artistiques captés par des vainqueurs provisoires, volonté de reconstituer un patrimoine national dispersé, considéré comme un élément d'identité et de fierté collectives… Ce sont ces dimensions que le présent dossier s'efforce d'explorer, en se concentrant sur les arts plastiques, ceux qui créent des objets principalement mobiliers, suscitant admiration, désir, spéculation, compétition… Un marché international, soumis au commerce, aux enchères, que différents États souhaitent attirer ou conserver, et dont la régulation internationale est largement déficiente, même si elle est de plus en plus nécessaire. C'est encore de l'art qu'il s'agit dans les «Histoires de Questions internationales», puisque un article est consacré à ses relations avec la diplomatie durant l'âge classique de l'Europe, entre Renaissance et Révolution française, tandis que les «Documents de référence» illustrent la période des restitutions qui a suivi l'effondrement du Premier Empire et en partie vidé le Louvre, épisode douloureusement vécu par son pourvoyeur,Vivant Denon.
Pour le reste, les «Questions européennes» s'attachent à la diplomatie turque, qui doit précisément examiner des alternatives à l'intégration européenne. Les «Regards sur le monde» mettent quant à eux en question le mode d'élection du secrétaire général des Nations Unies, opaque et contesté, et s'interrogent sur la guerre économique qui tend à passer du concept à la réalité, dans une logique qui souligne là encore les limites et de la mondialisation et de sa gouvernance.
Résumés concernant l'art dans ce N° 42:
L’évolution du concept d’œuvre d’art-
Au cours du XXe siècle, la vie des arts plastiques a multiplié les actes de rupture, modifiant à la fois les objectifs des œuvres, leurs matériaux, leurs durées, leurs territoires. Puis sont arrivées les techniques informatiques, qui ont rendu possibles de nouveaux types d’œuvres et qui en ont accéléré la diffusion par-delà toutes les frontières. Malgré ces bouleversements, la notion traditionnelle d’œuvre d’art se perpétue et même se renforce en raison notamment de ses implications patrimoniales, voire identitaires. Ces évolutions complexes, en partie contradictoires, appellent l’élaboration d’une définition élargie de ce que l’on entend maintenant par œuvre d’art.
The Changing Concept of Art -
In the course of the 20th century, the plastic arts went through a series of ruptures that radically changed their aims, materials, duration and territories. The new information technologies brought an explosion of new types of works and permitted rapid distribution that effaced traditional borders. Despite these upheavals, the traditional notion of a work of art endures and is even strengthened by its involvement in heritage and identity. These complex and partly contradictory changes call for a broader definition of what we now understand by a work of art.
L’extension des lieux de l’art de l’Europe au reste du monde-
Les premiers lieux de l’art, qu’il s’agisse de création artistique ou d’un embryon de marché, ont d’abord été européens. Force est de constater que l’art se crée et se vend principalement dans les lieux qui connaissent une certaine forme de prospérité économique comme Florence ou Anvers à la Renaissance. Un divorce progressif s’installe cependant dès cette époque entre pays producteurs et pays importateurs d’art. Capitale incontestée des arts de l’époque moderne jusqu’au XXe siècle, Paris est détrônée par New York après la Seconde Guerre mondiale. La montée en puissance de nouveaux acteurs internationaux (Chine, Russie, Brésil) remet en question cette domination anglo-saxonne et témoigne de l’apparition d’un art désormais globalisé.
The Extension of Art Production and Markets from Europe to the Rest of the World -
The earliest centres of art production and embryonic art markets were located in Europe. We are forced to admit that art is created and sold mainly in places which enjoy a particular kind of economic prosperity, such as Florence or Antwerp during the Renaissance. Since then, however, a gradual separation has occurred between the countries that produce art and those that import it. Paris, the unchallenged capital of the arts of the modern period until the 20th century, was dethroned by New York after the Second World War. The rise of new international players (China, Russia, Brazil) challenges this Anglo-Saxon domination and signals the emergence of global art.
Les grands musées, acteurs des relations internationales ?-
La mondialisation des échanges a profondément modifié le rôle des grands musées. Qu’il s’agisse de la circulation des œuvres d’art, du cadre juridique et financier de leur action ou de leur politique de communication, la dimension internationale est désormais omniprésente dans la vie de ces institutions culturelles. Le développement à l’étranger de projets muséaux d’envergure devient un élément déterminant de leur rayonnement. La complexité des implications culturelles, financières – et souvent diplomatiques – de ces projets est néanmoins fréquemment soulignée. Elle appelle à une plus grande convergence de la stratégie des acteurs concernés.
The Role of Large Museums in International Relations -
Globalisation has radically changed the role played by the world’s great museums. All these cultural institutions have a significant international dimension, whether in the circulation of art works, their legal or financial framework or their communication policies. The development of major museum projects abroad is becoming a decisive element in their influence worldwide. The complexity of the cultural, financial, – and often diplomatic – implications of these projects is nonetheless often pointed out and demands greater convergence in the strategy of these players.
Entretien - La place de Paris dans le marché mondial de l’art et des enchères-
Paris in the World Art and Auction Market - Interview with
Le marché de l’art : une mondialisation en trompe-l’œil-
Le marché de l’art fait principalement référence à deux types de transactions, les ventes aux enchères et les ventes en galerie, et recouvre différents segments en fonction du type de bien vendu. Sa fragmentation et sa diversité ont été encore accrues par la mondialisation. Cependant, malgré la formidable intensification des échanges transnationaux depuis la seconde moitié du XXe siècle, il reste dominé et contrôlé par un nombre d’acteurs restreint. Au sein de ce marché, le segment spécifique de l’art contemporain et le rôle joué par les grandes foires internationales sont particulièrement révélateurs de nouvelles règles de fonctionnement.
The Art Market, a Semblance of Globalisation-
The "art market" refers mainly to two kinds of transactions, auctions and sales through art galleries, and covers various segments depending on the type of item sold. Globalisation has splintered and diversified this market. However despite the extraordinary intensification of transnational trade since the second half of the 20th century, it is still dominated and controlled by a handful of players. The specific contemporary art segment and the role played by the big international fairs are particularly revealing about the new rules of the game.
La structure et le fonctionnement du marché mondial de l’art-
À la fin des années 1960, cinq grandes foires et biennales internationales d’art contemporain existaient, principalement localisées en Europe. Aujourd’hui, plus d’une centaine de manifestations sont organisées partout dans le monde, de Cologne à Venise, en passant par New York, Paris, Johannesburg, Istanbul, La Havane, Dakar, Sydney, Dubaï ou Shanghai. La mondialisation du marché de l’art se traduit par des connexions de plus en plus fréquentes entre sa sphère marchande et sa sphère artistique en tout endroit de la planète.
The Structure and Functioning of the World Art Market-
At the end of the 1960s, there were five great international contemporary art fairs and biennials, mainly held in Europe. Today more than a hundred shows are organised throughout the world: in Cologne, Venice, New York, Paris, Johannesburg, Istanbul, Havana, Dakar, Sydney, Dubai, Shanghai and so on. The globalisation of the art market has led to more frequent connections between its mercantile and its artistic spheres all over the world.
Le trafic international des œuvres d’art-
Au cours des vingt dernières années, le trafic illicite d’œuvres d’art a prospéré grâce aux nouvelles opportunités ouvertes par la mondialisation. Ce trafic est aussi associé à des formes de criminalité plus traditionnelles, internationales ou non. Si la mobilisation internationale contre ce phénomène s’est récemment renforcée, grâce en particulier à l’action d’organismes internationaux comme Interpol ou l’Unesco, les États victimes de pillages et de vols n’ont pas toujours les moyens de protéger efficacement leur patrimoine et restent encore très démunis face à des trafiquants qui savent jouer des failles juridiques nationales ou internationales.
International Art Trafficking-
Illegal traffic in art has prospered over the last twenty years because of the new opportunities offered by globalisation. This traffic is also linked with more traditional forms of organised crime, international or otherwise. Despite concerted attempts to stem the phenomenon in recent years, particularly through international organisations such as Interpol or UNESCO, the states that are victims of systematic looting and theft do not always have the means to protect their heritage effectively and cannot do much against the traffickers, who cleverly exploit loopholes in national or international law.
Les enjeux internationaux liés à la restitution et au retour des œuvres d’art-
Depuis plusieurs décennies, des expériences réussies de coopération internationale, d’État à État, ou d’État à communautés, ou entre différents musées du monde, ont permis le retour de biens culturels dans leur pays d’origine. Ces morceaux du patrimoine déplacés au cours de l’histoire revêtent en général une signification culturelle essentielle pour l’identité nationale et l’histoire des communautés concernées. Tout en continuant à développer et à appliquer les outils juridiques et diplomatiques traditionnels pour répondre à ce défi, la communauté internationale, face aux nouveaux enjeux de la revendication des biens culturels, adopte dorénavant une vision qui englobe également les questions d’éthique et de légitimité. Les demandes s’appuient sur la diplomatie culturelle et la médiation, sur la prise en compte de l’intégrité des sites culturels et naturels, sur le rôle des musées et s’intéressent de manière croissante au contexte culturel des objets d’art.
The International Stakes of the Restitution and Return of Art Works-
Over the last two decades, experiments in international cooperation between states, states and communities, or museums have succeeded in returning many pieces of cultural property to their country of origin. These pieces of heritage displaced in the course of history usually have a cultural meaning that is bound up with the identity and the history of the communities involved. While continuing to develop and apply the traditional legal and diplomatic instruments to take up this challenge, the international community, faced with new stakes in the claim for the return of cultural property, now takes a broader view which also encompasses questions of ethics and legitimacy. The claims go through the channels of cultural diplomacy and mediation. They take the integrity of cultural and natural sites into account, raise questions about the museums’ role and are increasingly interested in the cultural context of art works.
Catalogue d'exposition les jardins romantiques français
Editions Paris Musées ISBN-EAN13 : 9782759601592
Auteur: Daniel Marchesseau
Le musée de la Vie romantique nous invite à découvrir quelques cent peintures, aquarelles, dessins et objets d’art autour des plus emblématiques réalisations qui ont marqué l’histoire du jardin français.
Catalogue de l'exposition "Les jardins romantiques français" présentée au musée de la Vie Romantique, Paris (8 mars - 17 juillet 2011).
Au siècle des Lumières, le jardin sensible qui parle à l’âme, né en Angleterre vers 1720, gagne la France.
Jusqu’à la Révolution, les esprits éclairés, lecteurs de Jean-Jacques Rousseau, plantent les premiers jardins pittoresques ornés de fabriques qui invitent au sentiment et à une mélancolie préromantique. A Méréville, Ermenonville… comme à Paris, le promeneur solitaire rêve dans un sous-bois, déclame des vers de Delille, parcourt la carte du tendre. Il admire des fermes ornées, médite dans un ermitage, s’émeut devant une grotte, frissonne sous une cascade…
Sous l’Empire, l’impératrice Joséphine multiplie à la Malmaison boutures et cultivars envoyés d’Afrique ou d’Australie et fait peindre ses roses par Redouté, quand l’agriculture moderne ouvre, avec Berthault, le parc romanesque sur la nature.
Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, la botanique enrichit un nouvel art de vivre que reflètent à loisir la peinture et les arts décoratifs. Le jardinage s’impose comme une occupation salvatrice et fructueuse qui apaise le mal du siècle.
L'ouvrage nous invite à une balade dans le jardin pittoresque avec son cheminement qui offre une infime variété d’impressions sensorielles au promeneur qui découvre tour à tour, grottes, ponts surplombant des cascades, moulins, bois parsemés de tombeaux, ermitages et « fermes ornées »… jusqu’aux jardins « paysagers » où s’affirment de vastes pelouses encadrées de massifs et groupes d’arbres.
Il est également une histoire de la botanique de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe et une histoire de l’art de concevoir les jardins depuis le parc d’Ermenonville du marquis de Girardin jusqu’à la transformation du parc Mont Louis en cimetière du Père La Chaise par Brogniard.
L'Exposition:
Jardins romantiques français (1770-1840)
du jardin des Lumières au parc romantique 8 mars – 17 juillet 2011
Musée de la Vie Romantique16, rue Chaptal, 75009 Paris Métro : Blanche ou Saint-Georges
Mardi 5 avril 2011 de 12h30 à 13h30 Mondzain, un peintre de l’Ecole de Paris à l’identité étoilée
Conférence de Raya Baudinet-Lindberg (critique d’art) Peintre du Montparnasse des années vingt, auquel il emprunte un temps les styles et les courants, il ne s’inscrit pourtant dans aucun. Seuls les peintres de l’École de Paris, appellation restrictive, peuvent le compter parmi eux. Un courant porté par la vague d’émigration venue pour la majorité d’Europe de l’Est, qui retient moins par sa spécificité formelle, que comme une étape décisive de la radicalisation du fossé creusé entre l’art officiel et l’art indépendant au début du XXe siècle. Le personnage d’Arlequin au costume bigarré qu’il peint à plusieurs reprises à l’instar de Picasso et de Derain dont il fût l’élève et l’ami, figure bien ce mélange des genres et des nationalités via un maître mot : la liberté hors des normes et des conventions de l’époque tant sociales qu’artistiques. De fait, l’homme a côtoyé les plus grands Picasso, Modigliani, Othon Friesz mais aussi Apollinaire pour ne citer que ceux-là. Compagnon de tablée des cafés de Montparnasse, il reste un témoin d’exception des prémisses de l’art moderne. Demeuré rétif aux avant-gardes, il a toujours considéré la période classique où trônent Rembrandt et les peintres du Quattrocento comme le maître étalon de sa réflexion picturale. Il écrit dans ses carnets en 1920 : « Je suis resté méfiant envers le monde, j’ai toujours peur d’être renversé, c’est pour cela que dans chaque effort de mon art est souligné avec une force égale, soit un objet, soit un être humain. Il faut que chaque forme, chaque ligne, soit enfermée dans une forme nette, que rien ne la puisse renverser. Les figures doivent être formées d’une construction musculaire solide et où elles sont placés, elles ne peuvent être ailleurs : C’est là et non pas là. La certitude dans la forme est la seule vérité. » Si la galerie Druet et la galerie Paul Guillaume l’exposent dès 1922, il est surtout présent dans les salons parisiens notamment aux Indépendants de 1920 à 1946. Il découvre l’Algérie en 1925 et partage sa vie entre Paris et Alger jusqu’à l’indépendance du pays en 1962. Quatre ans après sa mort, survenu en 1979, le Musée Granet d’Aix en Provence lui rend un important hommage. Régulièrement exposé à Paris, notamment au musée Bourdelle, au musée d’Art Moderne et au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, cette conférence sera l’occasion de le faire connaître auprès d’un plus large public, alors qu’une importante exposition rétrospective est prévue à Varsovie au printemps 2012.
Adresse Musée Juif de Belgique Rue des Minimes 21 1000 Bruxelles 02 512 19 63 edu@mjb-jmb.org
« POUR LES ARTS PRIMITIFS, ET NOTAMMENT POUR LE VAUDOU, IL Y A JACQUES KERCHACHE, ET IL N’Y A QUE LUI. » ANDRE MALRAUX
La Fondation Cartier pour l’art contemporain présentera pour la première fois au public un ensemble exceptionnel d’objets vaudou issus de la collection Anne et Jacques Kerchache dans une scénographie conçue par Enzo Mari, l’un des grands maîtres du design industriel italien. L’exposition est organisée avec la complicité d’Anne Kerchache – aujourd’hui Madame Kamal Douaoui – qui fut l’épouse de Jacques Kerchache jusqu’à son décès en 2001.
Jacques Kerchache et la Fondation Cartier pour l’art contemporain Conseiller artistique et commissaire d’expositions, Jacques Kerchache était un ardent défenseur des arts premiers et a œuvré pour leur entrée dans les collections d’importants musées français. C’est à son initiative qu’ont été créés le Pavillon des Sessions du Louvre en 2001 et le musée du quai Branly en 2006. Jacques Kerchache a également collaboré avec la Fondation Cartier à de nombreuses occasions, tout d’abord sur les expositions thématiques À visage découvert (1992) et être nature (1998), mais aussi sur l’exposition personnelle de l’artiste haïtien Patrick Vilaire, Réflexion sur la mort (1997).
L’exposition vaudou À la suite de ces collaborations, Jacques Kerchache et la Fondation Cartier ont souhaité organiser une exposition dédiée à la statuaire vaudou, mais ce projet a été suspendu suite à son décès en 2001. C’est donc à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Jacques Kerchache que la Fondation Cartier a décidé de dévoiler le monde secret et fascinant du vaudou qui fut sa passion tout au long de sa vie. À travers l’exposition Vaudou, la Fondation Cartier rend ainsi hommage à ce grand expert et explorateur, célèbre pour son œil exigeant et pour sa connaissance des arts premiers comme de l’art contemporain.
L’art vaudou Dès les années 1960, Jacques Kerchache a su reconnaître la puissance esthétique et l’originalité stupéfiante de la statuaire vaudou et de ses formes. C’est à cette époque, lors de ses premiers voyages dans l’actuelle République du Bénin, berceau du vaudou, qu’il commence à rassembler ce qui est devenu aujourd’hui la plus importante collection de sculptures vaudou africaines. L’exposition présentera une centaine de ces objets, dont certains appartiennent désormais à des collections privées.
Des objets de culte Les sculptures vaudou, assemblages anthropomorphiques de cordes, d’os, de coquillages ou de terre cuite, jouent un rôle primordial dans la pratique de ce culte religieux très ancien et toujours vivant, des côtes du Togo à l’ouest du Nigéria. Recouvertes d’une épaisse couche de matière faite de terre, d’huile de palme et de poudre, ces sculptures étranges et troublantes dégagent un sentiment de tension et d’appréhension. Leur esthétique ambiguë est intimement liée à leur rôle qui est à la fois de protéger leurs propriétaires du danger et de nuire aux personnes responsables de leurs problèmes.
Par sa silencieuse simplicité, l’exposition, propice à la méditation, laissera ces objets impénétrables prendre la parole et révéler ainsi le mystère et la beauté convulsive de la statuaire vaudou.
"Monsieur, vous m'avez gâché ma journée et j'espère vous gâcher la vôtre !"
M'avez-vous dit, chère madame, hier, au moment de reprendre un ascenceur.
Dehors, le soleil brillait. J'ai repris ma route. Le coeur un peu ... secoué.
Sur la Place Flagey, y avait du monde. Des étudiants manifestaient. Les forces de police, autour, faisaient acte de présence. Motif : réduction des prix, en faveur des étudiants (et de leur bourse d'étude).
"Monsieur, vous m'avez gâché ma journée et j'espère vous gâcher la vôtre !"
J'espère, pour vous, madame, que le restant de la journée vous a porté chance (comme moi).
Bien entendu, madame ...
Lorsque je vous ai présenté le colis qui vous était destiné (moyennant 10 euros et une signature) ...
J'aurais pu faire semblant de rien, lorsque vous m'avez dit, droit dans les yeux : "pourquoi je dois donc payer ? j'ai déjà payé le mois dernier".
J'aurais pu m'abstenir de vous répondre : "ce n'est pas mon problème, vos problèmes d'argent ne me reviennent pas".
Comme je le fais si souvent, dans le cadre de mon boulot, à l'égard des gens (et y en a pas mal) qui résonnent comme vous.
J'aurais pu argumenter. J'aurais pu sourire. J'aurais pu patienter ... trente secondes.
Mais cette fois, voyez-vous, j'ai procédé autrement. Ce n'était même pas calculé. J'en ai parfois mon sou d'entendre les plaintes des gens au sujet des paiements en trop, de me sentir obligé de leur donner des réponses. Je ne suis pas payé pour ça, que diable ! J'ai le droit de dire ... que ça ne me concerne pas.
Evidemment, vous ne vous êtes pas laissé faire. Evidemment, vous m'avez répondu : "Je n'avais personne devant moi jusqu'à présent, donc je m'adresse à vous". Oui, c'est logique. Mais ... pas normal, quand même : ce sont les services responsables de l'envoi (qui coûte dix euros) qu'il serait préférable de contacter, avec lesquels il serait préférable de négocier.
Evidemment, vous avez pris le papier (à signer), vous avez tendu les dix euros. Ensuite, vous m'avez dit : "maintenant, vous me donnez le paquet".
Je n'ai pas obtempéré. Je vous ai dit : "vous me rendez d'abord le papier avec la signature". Une réceptionniste, à deux pas, assistait à la scène (elle a dit, à un moment donné : "monsieur est le messager"). Vous m'avez rendu le papier. Vous m'avez dit, une seconde fois : "maint'nant, vous me donnez le paquet". En haussant l'ton.
Je n'ai pas bougé, c'est vrai. J'ai gardé le paquet derrière le dos, c'est vrai.
Mon attitude pouvait passer pour de l'excès de zèle, j'en conviens.
Mais, madame, ça m'est tell'ment pénible d'être (ou de me sentir) commandé. Surtout quand je suis encore dans mon droit.
Impulsiv'ment, vous avez tenté de me ravir le paquet des mains. J'ai tenu bon. Et ... en gardant le sourire. Je vous avouerai : j'étais même heureux (et étonné de moi-même) d'accomplir cette performance (ni méchante ni illégitime).
"Je sens que je vais piquer une crise de nerfs", avez-vous dit. En haussant encore un peu l'ton. Avec (encore) un brin de sang froid.
Je n'ai toujours pas bougé. J'ai gardé le paquet derrière le dos. Je vous ai regardé droit dans les yeux.
"Je sens que vous devenez la cause de mon problème', avez-vous enchaîné.
A petits pas, je vous ai tendu le paquet. Vous vous êtes dirigée vers l'ascenceur, furibarde.
"Monsieur, vous m'avez gâché ma journée et j'espère vous gâcher la vôtre !"
Je vous ai regardé jusqu'au dernier moment. Je vous ai accordé un regard ... plein d'amour.
Je vois encore les deux portes coulissantes (de l'ascenceur) se fermer devant vous.