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Promenade GRATUITE le samedi 18 juin à 15 heures
Départ: devant la fontaine d'Egmont et de Hornes, square du Petit Sablon, 1000 Bruxelles.
Fin: devant Filigranes
Durée: 1h30
De la place du Sablon au Parc de Bruxelles, cette promenade vous fera découvrir la ville par les yeux des peintres. A travers le temps, des générations d'artistes ont rendu l'atmosphère de Bruxelles. En nous plaçant à l'endroit où ils ont planté leur chevalet, nous admirerons des oeuvres qui témoignent de l'évolution de Bruxelles, du XVe siècle au XXe siècle... Cette balade parcourt le temps et l'espace à la découverte des indices qui nous permettront de reconstituer le tableau.
LE LIVRE
En 8 promenades et plus de 70 tableaux, ce guide part sur les traces de peintres, professionnels ou amateurs, connus ou inconnus (Michel Dutrieu, Henri Logelain, René Vandesande, Gustave Walckiers, Jacques Carabain, Albert Dasnoy, Paul Delvaux, Andrée Gerkens, Luc De Decker, David Teniers le Jeune, François Gailliard, Paul Lauters, Georges Lemmen, John Coney, Fernand Toussaint...), quinous font découvrir un Bruxelles oublié, parfois disparu, mais toujours présent, ne fût-ce que par un mur, une fenêtre, un réverbère...
En regard de la peinture ancienne, une photographie actuelle prise sous le même angle de vue permet de saisir les différences entre le tableau et la vue urbaine actuelle, et de constater les multiples mutations et transformations de la ville du XVe siècle à nos jours. Chaque promenade est ainsi l'occasion d'une découverte, celle de notre cadre de vie mais aussi celui de nos aïeux. Paysages et personnages apparaissent dans une nouvelle dimension, celle du temps.
L'AUTEUR
Fondateur et animateur de l'asbl Dédale, guide à la fondation Claude Monet à Giverny depuis quinze ans, Fabien De Roose organise des promenades picturales. D'Ostende à Pont-Aven en Bretagne en passant par la Catalogne, le Sud de la France, la Normandie, Paris et Bruxelles, il entraîne ses promeneurs à travers villes et campagnes à la découverte de notre patrimoine.

ou l’un des plus grands mystères de l’Eglise
par Pierre GUELFF aux Editions Jourdan.
Jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 33 ans, Louise Lateau, une pauvre paysanne d’un village aux confins de la Belgique et de la France, était surnommée « L’Amoureuse de Dieu » par la ferveur populaire.
Affligée des signes de la Passion, disait-on, insensible au froid et au chaud, ne se nourrissant plus que d’hosties…, elle correspondait avec le pape Léon XIII , alors qu’elle recevait la visite de hautes personnalités politiques, religieuses, de scientifiques et de journalistes d’envergure.
Tricherie, supercherie ou miracle ?
L’Eglise a pris une décision à son encontre. L’auteur explique que le mystère reste entier tout en levant un coin du voile…
Encore une réalité de terrain, vécue sur les lieux du boulot, hier matin.
Indépendamment du courrier (fnal'ment pas trop abondant) qui devait être trié ...
Y avai(en)t final'ment pas deux "toutes boîtes" (publicités à distribuer) prévues, mais ... trois. Carrément.
Ceci dit, grâce à l'intervention d'un collègue délégué syndical ...
On a pu trouver un arrang'ment. Ceux (comme moi) qui avaient théoriqu'ment trois "toutes boîtes à distribuer" avaient la possibilité d'en distribuer rien que deux, hier mardi. La troisième, ils avaient le jour suivant pour s'en occuper.
Mouis, ça reste gérable.
Mais qu'on ne se fasse guère d'illusions. Selon le collègue syndical, les "trois toutes boîtes à distribuer le même jour", c'est volontaire. On a voulu faire un test. Voir si ça pouvait marcher. Indépendamment du courrier, oui.
Jusqu'où va-t-on tester ?
IMAGinE revue d'art vous invite à découvrir le 6ème numéro de sa revue d'Art IMAGinE "Bordeaux"
Leur site: www.graphismeavotreimage.com
Voir en plein écranLa Femme Popote.
1. La confiture.
Les bulles bouillonnent en provoquant le tumulte sur toute la surface de la large marmite de cuivre. Frémissements, gémissements, jaillissements. La rage gronde au sein du liquide en fusion où l’éparpillement des morceaux de fruits le dispute à la dissolution des carrés de sucre. Tout se mélange avec colère, avec obstination, dans un grand désordre apparent. Et les bulles « bluppent » par-dessus la bataille qui se déroule dans les profondeurs infernales du chaudron. La fumée dégagée par le conflit souterrain monte droit, incolore encore, mais déjà parfumée par les derniers instants vécus par les premières victimes. La lutte s’amplifie, attisée par les flammes qui la cernent. Une écume rosâtre naît sur la surface agitée, fruit des fruits sacrifiés par l’holocauste.
Placide, je touille.
2. La chemise.
La vapeur éructée s’attaque agressivement aux poignets innocents de la chemise. Sous le choc de la chaleur et du liquide pulvérisé, les pauvres se froncent, se recroquevillent, mais ne peuvent échapper à la semelle bouillante du fer qui les discipline définitivement, sans recours.
Le col, maintenant, subit l’assaut implacable de l’acier. A plusieurs reprises, car il peut se montrer assez rétif et désobéissant. Il faut y passer et repasser pour réussir à le mater.
Le fer s’attaquera ensuite aux manches, puis aux épaules, puis au dos, puis aux deux devants, sans relâche, ni pitié, ni miséricorde : le moindre faux pli doit être éradiqué.
Et j’écoute le troisième acte de « Lucia de Lamermoor » avec ravissement.
3. L’ombre.
La fenêtre brille de mille feux sous les rayons lumineux qui peuvent maintenant la traverser sans retenue. L’eau, le détergent et le savoir faire ont parfaitement rempli leur rôle. La vitre luit au soleil du matin.
La vitre scintille du bonheur de se voir aussi belle et propre lorsque, soudain, elle fronce le nez. Quoi ? Qu’est-ce ? Dans le coin supérieur droit, une ombre s’est formée. Signe d’un lavage négligent ? D’un passage désinvolte de la raclette ? D’un oubli coupable de la peau de chamois ? L’ombre est discrète, peu apparente, presque invisible, mais sa présence à peine devinée suffit à gâcher toute la joie de la fenêtre. Le soleil file vite se réfugier derrière un gros nuage qui passait opportunément.
Moi, je suis plongée dans ma rêverie en retirant mes gants de plastique rose.
4. La chaussette.
Elle ne fut pas appariée à la sortie du séchoir. Elle fut mise soigneusement à l’écart, dans un endroit qu’elle n’avait pas l’habitude de fréquenter. Puis elle fut saisie sans ménagements, retournée et installée le talon vers le haut. La position lui parut indécente, mais elle n’eut pas le temps de s’en préoccuper car, sans prévenir, un œuf fut introduit brutalement par son ouverture. Un œuf de bois. Rouge. Obscène.
Elle put à peine faire « ouf !» qu’elle ressentit la première piqûre qui lui transperçait le corps. Suivie d’une deuxième, puis de tellement d’autres qu’elle dut en arrêter le compte. Chacune des pénétrations de l’aiguille était suivie du long défilement crissant d’un fil de laine interminable qui la faisait frissonner, de honte, de dégoût, de rejet. Elle était maintenue solidement, et toutes ses tentatives pour échapper au supplice furent vaines malgré ses tortillements et les secousses de son corps torturé. Elle dut endurer le martyre jusqu’au bout sans qu’aucune possibilité d’y échapper ne lui fût laissée.
J’étais plongée dans l’intégrale de Brel et je « Rosa, rosa, rosam-ais » devant ma porte ouverte sur l’été finissant.
5. Le plumeau.
Les grains de poussière dansent et virevoltent, crûment éclairés par les rayons du soleil qui traverse la porte vitrée. Petits rats occasionnels, ils multiplient les mouvements d’ensemble du ballet, avec un ensemble parfait qui les sépare puis les regroupe au gré de la chorégraphie. Sans que la musique change, apparaît le danseur étoile, sensé accorder ses pas aux leurs et participer à leur danse en mettant leur grâce en valeur.
Que nenni ! Le livret ne le prévoit pas ainsi ! Le plumeau entré en lice avec une certaine brutalité, a pour but de pourchasser les jeunes filles jusqu’aux moindres recoins de la scène et de les faire disparaître l’une après l’autre, jusqu’à l’extinction finale de leur danse maintenant affolée. Elles ont beau multiplier les entrechats, les sauts, les esquives, rien n’y fait. Le plumeau joue le rôle de l’ogre dans cette fable impitoyable et n’arrêtera son ballet qu’une fois tous les grains disparus. Puis il viendra saluer le public, seul sur le devant de la scène, pour bien montrer qui est la vedette du spectacle.
Le portable collé à l’oreille, j’échange les dernières nouvelles du jour avec ma meilleure amie.
6. L’oignon.
L’oignon pleure de honte et de rage sous la pointe du couteau qui le dénude peu à peu des derniers lambeaux masquant sa pudeur. Mis à nu, il ne peut que subir ce lent dévoilement de ses parties intimes, blanches, pures, vierges. Puis il rejoint ses congénères déjà exposés sur une planche de plastique, prêts pour l’ultime outrage. L’un d’eux, dans un vain souci d’y échapper, roule sur lui-même et se réfugie au fond de la cuvette de l’évier. Peine perdue ! Il est repris et replacé sur la planchette.
Le fil aiguisé du couteau luit sous le néon de la cuisine alors qu’il s’approche pour le sacrifice. Il siffle en découpant en larges tranches l’oignon qui laisse échapper de nouvelles larmes. Pas de pitié ! Le couteau tranche dans le vif sans états d’âme. Les rondelles suppliciées s’entassent, mêlées les unes aux autres. Puis s’en vont rejoindre des moignons de céleri au fond d’une haute marmite où, bientôt, le long cri silencieux des moules à l’agonie fera frémir le couvercle impuissant.
Je pleure de rire en écoutant pour la centième fois « J’suis pas un imbécile puisque j’suis douanier ».
7. Le clavier.
« Je suis sale, puant, maculé de partout. S’il n’y avait qu’un peu de poussière pour m’enlaidir, je serais ravi. Mais des taches d’origines diverses me défigurent hideusement. C’est la faute à tout ce que mon utilisatrice utilise en même temps qu’elle me tape dessus. C’est facile, pour elle, elle ne tape qu’à un doigt, le majeur de la main droite. Alors, les neuf autres sont disponibles pour le reste. Mon U garde les traces de ketchup d’un sandwich au poulet. Mon S est tout collé du soda qui a débordé d’une canette trop agitée. La queue de mon Q est irrémédiablement polluée par une goutte de vernis à ongles rouge vif. Ma touche « majuscule » est brûlée par une cendre de cigarette mal éteinte. Je n’ai plus aucun genre, je ne suis plus présentable, j’ai honte de me voir aussi moche. C’est pour quand, le grand nettoyage de printemps ? »
En tirant la langue, je commence à écrire la grande lettre qui va décider ou non de la réconciliation. « mon cher jac ue , … ».
8. Les cinq assiettes.
C’est reparti ! Les assiettes commencent à s’empiler les unes sur les autres au sortir de l’évier où elles se prélassaient dans une chaude savonnée. Cette manie de toujours faire des pyramides avec la vaisselle, comme s’il n’aurait pas été plus simple de l’essuyer au fur et à mesure. Mais non. Les assiettes sont déposées sur un plat à gratin qui surmonte lui-même un grand saladier qui recouvre les couverts mêlés à divers raviers.
Aie ! Ce n’est vraiment pas une bonne idée de mettre par-dessus le couvercle de la grosse marmite en fonte ! Les assiettes frémissent d’angoisse, elles le sentent mal, ce coup-là. On ne le leur avait jamais fait. Le couvercle pèse, incommode la dernière de la pile qui cherche à s’en décharger en glissant légèrement de travers, qui déséquilibre celle qui la précède, qui cherche à se rattraper où elle peut, mais qui, compromettant définitivement l’entassement, fait s’écrouler l’ensemble de la vaisselle. Les plats sont sauvés par un réflexe inouï mais les cinq assiettes s’écrasent au sol dans un ultime hurlement de panique. Avec le couvercle…
D’un autre côté, ce n’est pas une mauvaise chose ! Dès demain, je pourrai aller m’acheter ces merveilleuses assiettes rectangulaires, en verre légèrement bleuté, que j’avais trouvé tellement belles la semaine dernière.
9. Le lien.
Le lien fixé sous le sac poubelle gémit sous les manipulations de plus en plus fébriles qui le triturent. Il se tord, se plie en quatre, se dénoue, se serre, enserre, glisse, collette, ripe, ondule, se tend, se détend, gémit, roule, lace, délace, rien à faire ! Le sac poubelle résiste et ne se laisse pas prendre à toutes ses ruses.
Pourtant, son contenu a été bien tassé, écrasé, pilé. Son volume reste trop important pour accepter de subir un emprisonnement par le lien. Celui-ci va connaître la plus grande humiliation de toute sa carrière : être arraché et jeté parmi les détritus. Comme si c’était sa faute !
Puisque ça ne marche pas avec ce bête lien de plastique, je vais fermer le sac avec le large rouleau adhésif que j’ai utilisé pour sceller mes caisses lors du déménagement. Tant pis si c’est moins facile à transporter, mon mari n’aura qu’à se débrouiller…
10. Les moutons.
Le peuple des moutons est un peuple sage. Il croît et se multiplie avec lenteur, en prenant son temps, en laissant le temps au temps. Le peuple des moutons n’est pas nomade. Là où il naît, il vit, bien au chaud, en sécurité, sans esprit vain d’aventures hasardeuses. Le peuple des moutons forme une tribu où la vie est calme, harmonieuse, sereine.
Une fois par an, se prépare l’Aïd El Kebir. Alors, le peuple des moutons est rassemblé à grands coups de balai, énergiquement, mais sans brutalité excessive. Quand tous les individus sont réunis, apparaît le long tunnel scintillant chargé de les transporter vers le lieu du sacrifice. En grande pompe, avec musique ronronnante et souffle divin qui les aspire vers leur destin. Tous ensemble, sans exception. Et tout est bien, ainsi que le prévoit la fatalité prévue par les prophètes.
Ouf ! Je range l’aspirateur dans le placard avec un grand soupir de soulagement. Encore une chambre dont j’ai terminé le grand nettoyage. Mon dos est douloureux mais je suis satisfaite du résultat : plus rien ne traîne sous le lit.
11. La serpillière.
Les coins se sont mis en grève et leur mouvement de résistance prend de l’ampleur au fil des jours. Non mais ! Pourquoi faudrait-il toujours qu’on s’en prenne à eux, systématiquement, sans répit ? Les coins en ont tout simplement assez de se faire pourchasser par la serpillière.
Au début de leur contestation, ils semblent obtenir des résultats et leur ennemie jurée, maniée par une main masculine, les laisse désormais en paix. La serpillière lave à grande eau le centre de la pièce, mais ne vient plus les harceler de manière agressive. Alors, les coins en profitent, se vautrent dans les noirceurs qui les envahissent et en oublient peu à peu les affres du frottage et du récurage réguliers.
Après trois semaines de tranquillité béate, il leur faudra bien déchanter. La maniaque est de retour et la serpillière, reprise en main avec fermeté, les traque de plus belle.
Si c’est pas malheureux ! Trois semaines de maladie, et il fait tout de suite dégoûtant, ici ! Je ne peux compter que sur moi-même pour que le ménage soit propre et net !
12. La pelote.
La pelote jaune paille de laine layette, à tricoter avec des aiguilles 2½, est une petite chose fragile, délicate, à manier avec douceur et respect. Elle ne supporte pas les gestes brusques ou incompétents. Elle a en horreur les maladresses et les brutalités.
Dès les débuts de sa carrière de fil à tricoter, elle a été fortement traumatisée par l’intrusion dans les profondeurs de son intimité, d’un doigt nu qui la fouaillait sans pudeur pour trouver le bout d’entame du travail. Personne ne l’avait avertie d’une telle infamie à subir après son long sommeil dans un rayon bien protégé de sa mercerie natale. Et ce n’était que le début d’un véritable calvaire.
Son fil, au lieu de se dérouler lentement, avec componction, est tiré par brusques à-coups, lorsque l’avancement de l’ouvrage le nécessite. Sans prévenir, sans précaution. Alors, face à une telle ignominie, son sang ne fait qu’un tour et son fil aussi. Il se noue, s’emmêle et se tord en un nœud inextricable.
Ce n’est pas vrai ! Vite, mes ciseaux ! Voilà de nouveau cette s… de laine qui me joue des tours ! Maintenant, je ne chipote plus à essayer de la démêler. Cela me prendrait plus de temps que le tricot en lui-même ! J’en ai assez, je coupe !
13. L’araignée.
Petite, presque incolore et transparente, l’araignée tisse avec application, suivant les trames millénaires inscrites dans ses gènes. Elle s’est trouvé un coin bien tranquille, haut sous le plafond, pour ne pas être dérangée dans sa tâche. Et elle y déroule le fil de son piège mortel. Un coup à gauche, un coup à droite. Un coup en haut, un coup en bas. L’ouvrage prend forme et volume. Et commence à prendre vies : déjà deux mouchettes insouciantes se sont laissé engluer dans les fils à peine tissés.
Satisfaite de voir son garde-manger se garnir, l’araignée n’en continue pas moins son labeur avec acharnement. C’est qu’il s’agit de renforcer l’ouvrage, si elle veut y piéger de plus gros insectes, bien gras, tendres et savoureux. Elle en salive d’avance et se hâte de terminer sa toile.
Hélas ! Comme bien souvent, l’araignée propose et les dieux disposent. Une des Parques qui passait par là avisa la malheureuse et décida de trancher net le fil de son existence. Clac !
En repliant la tête de loup télescopique, je chantonne. Encore une p… de s…. de toile d’araignée débusquée ! C’est tous les jours qu’il faut être vigilante en cette saison !
14. Le frigo.
Le frigo est mal à l’aise. Il se sent sale. Pourtant, il luit et resplendit de toute sa blancheur soigneusement entretenue. Mais lui, il sait qu’il n’est pas propre partout.
Le frigo est dos au mur, ce qui est logique et bien pratique pour voir tout ce qui se passe dans la cuisine. Mais offre le gros inconvénient de cacher ses arrières. Qui échappent alors aux entretiens courants.
Pourtant, qu’il aime ça, quand on le gratouille, le chatouille, le papouille dans le dos ! Quand le crissement de l’éponge à récurer le parcourt du haut de l’échine jusqu’en bas, il frémit d’aise. Et quand l’eau tiède savonneuse le rince de toutes ses impuretés, il ne se sent plus de bonheur. Cette douce chaleur le venge de tout le froid sciemment entretenu dans son intérieur.
Aujourd’hui est le grand jour, il l’a compris. Il a été tiré vers le milieu de la pièce, a vu arriver le seau et la brosse, a senti les prémices du grand bain de dos avec excitation et impatience.
« Mais, non ! Ce n’est pas vrai ! Il faut me débrancher avant de mettre de l’eau ! Ouhou ! Au secours ! Enlevez la prise électrique ! »
Merde, merde, merde ! Voilà le troisième frigo que je bousille en dix ans ! Et j’ai failli me faire court juter par les étincelles ! Ca aurait peut-être mieux valu, car qu’est-ce que je vais entendre ce soir quand ma douce moitié va rentrer…
15. Le tuyau.
Le tuyau d’arrosage est un grand paresseux. C’est pour cela qu’il adore l’hiver, saison où il a très peu de chance d’être dérangé. Il se love et s’enroule dans l’oisiveté et finit par s’endormir béatement, d’un sommeil sans rêves ni cauchemars. Jusqu’au printemps suivant où il lui faudra bien malgré lui reprendre du service.
Cette année, l’hiver a été long, rude et froid. Des gelées persistantes ont retardé la reprise des activités au jardin. Et le tuyau d’arrosage a bénéficié de plusieurs semaines de repos supplémentaires. Aussi, est-il bien engourdi lorsqu’il est sorti pour la première fois de sa torpeur. Sans qu’on lui laisse le temps de récupérer un peu de lucidité, il est de suite mis au travail. Sans soucis de ses raideurs. Sans se préoccuper des rhumatismes qui le taraudent vu son grand âge. Sans ménagements.
Alors, il craque, au propre comme au figuré. Il demandait juste un peu d’égards, lui, un peu de douceur. Il n’ose même pas prononcer le mot tendresse, il ne sait pas ce que c’est. Il craque. Et un gros jet d’eau fuse impromptu de la déchirure de sa peau malmenée.
Me voilà trempée, maintenant ! La faute à ce laid vieux tuyau tout décoloré ! Bon, je vais me changer pour aller en acheter un nouveau. Mes semis de petits pois ont tellement besoin d’eau…
16. Le melon.
Le melon souffre sous la chaleur du mois de juin. Disposé avec harmonie parmi ses congénères, il offre aux chalands du marché dominical sa bonne bouille de fruit sain élevé avec amour. Et il attire l’attention des acheteurs potentiels, à un point tel que chacun veut le prendre en main et éprouver sa capacité à prendre place au repas de midi. C’est pour cela qu’il souffre.
On le soupèse, allant jusqu’à le faire sauter dans la paume. On lui enfonce un doigt inquisiteur dans toutes ses parties. Il a même senti un ongle pointu, peint d’un rouge agressif, lui entailler la peau. Oh, les mauvaises gens, qui ne savent pas reconnaître comme il se doit un beau fruit mûr, digne de figurer à leur menu !
Celle-ci lui semble moins sauvage, plus connaisseuse. Elle le saisit délicatement, le retourne la queue vers le bas et lui sent avec satisfaction le fondement. Avec son nez, pas avec ses doigts. Oui, oui, Madame, c’est comme cela qu’il faut faire ! C’est ainsi qu’on reconnaît un melon de qualité, qu’on juge de sa maturité et de son état de fraîcheur. Il est tout heureux de se retrouver dans le cabas d’une cliente d’aussi belle tenue morale.
« Bon, du Porto, il m’en reste. Du jambon du pays aussi. Je la tiens, mon entrée ! »
17. La roulette.
La roulette avant droite du caddie est une rebelle. Une contestataire. Une anarchiste. Un suppôt de Satan, disent les clientes du supermarché. Elle ne peut supporter de suivre aveuglément les mouvements bien coordonnés de ses trois compagnes de galère. Les arrêts, les brusques départs, les attentes, les accélérations, les chocs contre les rayons, le poids des victuailles qui viennent lester le caddie au fil des achats lui sont insupportables.
Alors, elle grince des dents, essaye de se défiler en faisant quelques mouvements de protestation, se roule vers l’arrière au moment de redémarrer, tourne follement dans les lignes droites. Coince dans les virages souvent mal négociés. Elle se rend ainsi tellement invivable qu’il n’est pas rare de la retrouver abandonnée au milieu d’une allée, la cliente ayant rendu les armes face à une telle mauvaise volonté.
Jusqu’au jour où elle reçut un tel coup de pied qu’elle s’en sentit toute chamboulée. Ses velléités d’indépendance cédèrent devant l’autorité qui émanait de ce pied violent, mais ferme dans sa volonté de mâter les récalcitrants. Retournant à une docilité temporaire, elle se tint coite pendant toute la durée des achats dirigés par le pied.
J’aime beaucoup la musique douce diffusée dans les grandes surfaces. Elle m’aide à faire les courses avec plus de sérénité.
18. La cire.
La cire, dans l’immensité de son orgueil, veut être traitée avec égard et componction. Pieusement, religieusement, sans écart de conduite inopportun. Fruit du long travail de mille ouvrières ailées et zélées, elle attend dévouement, adoration et traitement de faveur lorsqu’elle est utilisée à des travaux ménagers. Elle aimerait entendre une prière fervente avant l’ouverture du couvercle de son tabernacle. Il lui plairait que ce cérémonial s’accompagne de chants, de psaumes, d’incantations rendant grâce à sa grandeur et à son importance. Une petite génuflexion serait même la bienvenue.
Aussi, à chaque fois, elle reçoit un choc lorsqu’elle voit s’approcher de sa surface vierge, un infâme chiffon graisseux, maculé de toutes les saletés récoltées lors des précédents usages. Une honte, un sacrilège, une offense si grave qu’il lui faudra des mois pour se remettre de l’outrage. Il n’y a plus de respect, ma pauvre dame ! Les traditions se perdent ! Où allons-nous ?
Je me lave soigneusement les mains, car je hais l’odeur de la cire qui les imprègne. Elle me donne mal au cœur.
Yvonne - 2010.
Quand ma pensée prend la parole,
Elle me surprend maintes fois,
M’emplit l’âme d’anciens émois.
L’amour de son aile me frôle.
Elle me surprend maintes fois,
Savoureuse, rarement drôle.
L’amour de son aile me frôle,
La poésie entre chez moi.
Savoureuse, rarement drôle,
En faisant entendre sa voix,
La poésie entre chez moi,
Me fait rêver ou me console.
En faisant entendre sa voix,
Porteuse de rimes qui volent,
Me fait rêver ou me console,
J’applaudis toujours à son choix
13 juin 2011
Je me dis souvent, quand je termine le boulot, que je file du côté des toilettes, qu'ils pourraient (à la direction ou dans d'autres services parallèles) se décarcasser, investir pour installer des douches dans les bureaux. Les facteurs, qui se tapent huit heures par jour (ou ... plus), se dépensent physiquement, parfois, durant plus de quatre kilomètres, transpirent quand ils rentrent, ne l'auraient pas volé.
Comme pour ceux qui descendaient dans la mine, y a un siècle, oui !
Paraît qu'avant, ça existait. Mais voilà ... ça coûtait p'têt trop cher.
Autre chose ...
Dans le bureau où je travaille, y a, à peu près, quatre-vingt tournées.
Bon : pourquoi, en fonction du nombre (de tournées), ne livre-t-on pas un nombre égal de caddies, dont chaque facteur titulaire dispos'rait d'office ?
Chaque remplaçant serait sûr, quand il devrait effectuer un service, de trouver un caddy à l'endroit où il travaille.
Ca évit'rait de voyager dans tous les sens.
Ca évit'rait, aux remplaçants, l'envie (inévitable) de piquer, un peu partout dans le bureau, le premier caddy qui se présente.
Ca évit'rait aux titulaires (quand ils rentrent de congé) de se retrouver sans caddy (parce qu'un autre s'en est servi) et de perdre bêt'ment dix minutes dans le bureau, à courir dans tous les sens, sans parfois rien trouver.
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Au Malmundarium de Malmedy :
Marc Chagall, le maître du rêve jusqu’au 25 septembre 2011
Dossier pédagogique:
Tiens ! Dans mon dernier cauch'mar, un dindon de couleur bleue se promenait sous mes doigts de pied.
Ensuite, j'ai aperçu (sous mes doigts d'pied, toujours) de l'eau, de l'eau (un étang ?) où d'autres "dindons bleus" erraient (sous l'eau) et pouvaient, à tout instant, surgir et ... me piquer aux doigts de pied.
Y avait-il un lien avec la voisine qui, hier, en retrait derrière son mari sans presque jamais m'accorder un regard, évoquait un chat bleu ?
Tiens ! Dans mon dernier cauch'mar, je me suis retrouvé à l'école, en humanités, en avant-dernière année, tout en ayant l'âge que j'ai aujourd'hui (49 ans).
Nous étions (et nous sommes toujours) en juin. La fin des examens arrivait et je n'étais pas sûr de passer en toute dernièer année. Malgré mon âge ... avancé.
Ce type de cauch'mar, de scénario bien construit (de cauch'mar), je le reproduis régulièr'ment depuis ... quelques années.
Tiens ! Dans mon dernier cauch'mar, le boulot (encore lui !) s'en est mêlé.
Quand je me suis réveillé, j'ai pu reconnecter les bouts.
Nous sommes lundi ... de Pentecôte. Jour de congé. Demain, on travaille.
En connaissance de cause ...
J'ai décidé, pour demain, de prendre le premier tram. Vers cinq heures trente-six. De ne pas filer, quand le vicinal s'arrête, Place Flagey, prendre un café au bistro. D'aller carrément sur les lieux du boulot. De me mettre en avance pour préparer, trier le courrier.
Surtout que ...
Ce n'est déjà pas rien qu'un week-end qu'on rattrape, mais ... un week-end, plus un jour.
Et aussi ...
Les "Aldi" qui nous tombent dessus tous les lundis.
Plus ...
D'autres "toutes boîtes", assez épaisses, évoquant la "modernisation" de la poste, bloquées dans des containers depuis vendredi et prévues pour la distribution le ... 14 du mois (c'était clair'ment écrit).
Allez, en s'organisant ...
On peut encore faire avancer le schmilblick. Sans trop d'encombres. L'été arrive. La quantité du courrier diminue, malgré tout. Ca a déjà été pire, oui.
A moins que ... je me lève en dernière minute.
A moins que ... le tram ne passe pas à l'heure où je l'attends, à cause d'un camion en panne qui bloque un rail. J'ai vécu un cas semblable la s'maine dernière.
Bien sûr, bien sûr ...
D'ici dix minutes (est-ce un départ ?), je vais couper du bois sec.
Et Guy Corneau, le célèbre conférencier canadien, m'a fait un bien fou, ce matin, à la radio, quand il a raconté comment il rebondissait sur l'épreuve du ... cancer.
L’Étrange Rencontre
Son troisième fils aussi avait quitté la maison, tout était calme, l’appartement trop grand pour un couple, trois chambres silencieuses, la machine à laver qui avait cessé de travailler continuellement, le lave vaisselle trop grand pour les couverts a deux, le frigidaire sans cola et hamburgers, son égoïste de compagnon qui était partis en voyage d’affaires.
Elle décida d’aller visiter sa sœur pour quelque jour, se reposer chez elle dans sa maison en haut de la montagne. Elle lui envoya un mail….la réponse fuit immédiate….viens je t’attends….
Une petite valise avec quelques effets, très tôt le matin elle prit sa route sur sa vielle voiture.
Elle aimait conduire en silence sans musique, être avec elle, avec ses pensées, ses rêves, son imagination, la route serait longue elle arrivera chez sa sœur a la tombée de la nuit.
A mi chemin au détour d’un virage, elle connaissait ce petit restaurant édifie au bout d’un précipice, la vue a vous coupez le souffle.
Elle commanda un plat de fromage avec du pain de seigle et une bière bien fraiche. Une jeune femme avec un tatou sur son poignet pinçait une guitare à deux tables d’elle. Elle lui sourit.
La jeune femme lui tendit l’instrument….. Essayez…. La guitare s’accorda à ses mains à son corps comme si elle lui avait toujours appartenue…. Quelques accords timides, des sons qui tremblaient, un genre de mélodie étrange rempli l’espace….
Je vous la fait cadeau… Chao…..
Elle arriva chez sa sœur la guitare pose sur le siège….
Quatre jours avec sa sœur à pincer la guitare à improviser, a rire, a manger, a boire a dormir…a rêver….
Son compagnon fut reçu avec une sérénade étrange, une main tatouée, un sourire….
Es-tu Folle ?
Il claqua la porte de la chambre et disparu…. Espérons pour longtemps…..
J'avais ce matin la visite attendue de longue date de Christian Guex
directeur de la galerie "Au delà des apparences"
Grosse intensité de son regard sur mon travail actuel.
Ma peinture le regarde, les yeux fixes, rivés sur sa sensibilité..
Christian Guex aime la peinture qui ravive nos émotions, il apprécie les figures qui interpellent le regard quand la peinture nous regarde..
Je serai donc présent dans sa galerie cet été à Annecy.
Une des peintures qui seront visible sur ses murs
100x80 acry et marouflage sur toile
gegout©adagp.2011

Ce livre juxtapose 24 textes brefs dont les actants sont désignés par les pronoms personnels de la troisième personne: une foule devant des vitrines (1); un homme que torturent les banalités du langage (2); dans le quartier du Panthéon, des personnages solitaires, sans souvenirs, sans avenir, heureux (3); un étrange ballet verbal, cruel et ludique, entre un homme et quelques femmes (4); une femme figée dans l'attente (5); une femme impérieuse qui écrase autrui sous le poids des choses (6); une femme qui parle et souffre de se sentir jugée par un homme qui ne parle pas (7); un grand-père qui promène son petit-enfant (8); un homme qui parle à une femme pour qu'elle ne parle pas (9); des femmes dans un salon de thé (10); une femme assoiffée d'intellectualité (11); un professeur rationaliste du Collège de France (12); des femmes, acharnées à traquer une pièce de tissu (13); une femme sensible, croyante, qui s'attire les brusqueries d'autrui (14); une jeune fille heurtée par les inepties du vieillard qu'elle admire (15); un vieux couple (16); un jeune couple en promenade avec son enfant (17); la quiétude d'un cottage anglais (18); un faible, malmené par autrui, et qui se laisse faire (19); un homme rassuré et étouffé par les femmes qui l'entourent depuis son enfance (20); une femme trop sage traversée par le désir soudain de fuir et de choquer (21); un homme qui se défend d'être attiré par les objets (22); une femme qui, malgré elle, rejoint le cercle de sa famille qu'elle méprise (23); un homme épié (24).
L'ouvrage, passé à peu près inaperçu lors de sa publication, présente pourtant d'emblée au lecteur, sous une forme brève et frappante, le champ d'exploration privilégié de Nathalie Sarraute. Dès ces premiers textes, elle manifeste en effet une méfiance à l'égard du personnage traditionnel (un "trompe-l'oeil" écrira-t-elle dans l'Ere du soupçon, 1956) et opte pour l'anonymat du personnage; mais, contrairement à d'autres "nouveaux romanciers", elle s'attache au monde intérieur de ces êtres anonymes, aux "sources secrètes de l'existence humaine" (ibid.) qui tissent, invisiblement mais plus solidement que les apparences qui les masquent, les rapports humains.
Ici comme dans le reste de son oeuvre, la notion de relation, de "partenariat" est primordiale pour N. Sarraute, qui n'étudie jamais un être par lui-même mais par l'intermédiaire de ceux auxquels il est lié. Au coeur de ces petits récits, donc, des situations empruntées à la vie quotidienne, banales, anodines, dont elle révèle l'envers, la face silencieuse qui affleure au fil de rares mots lancés plus qu'échangés, de gestes juste ébauchés. Le récit isole des moments éphémères et leur donne une densité nouvelle, pour tenter de capter les "tropismes", ces "mouvements subtils, à peine perceptibles, fugitifs, contradictoires, évanescents, de faibles tremblements, des ébauches d'appels timides et de reculs, des ombres légères qui glissent, et dont le jeu incessant constitue la trame invisible de tous les rapports humains et la substance même de notre vie" (l'Ere du soupçon, "De Dostoïevski à Kafka"). Il se crée ainsi une impression d'étirement du temps par le récit, qui essaie de rendre compte, en le décomposant, d'un foisonnement invisible de sentiments, de sensations, à la limite de la conscience. Pas ou peu de faits ou d'actes, tout au plus quelques paroles insignifiantes, des clichés: le récit met au jour ce qui se bouscule en deçà de l'attente et du silence. Et le quotidien le plus banal, le plus rassurant peut, grâce à ces petites scènes volontiers âpres, ironiques ou cruelles, révéler sa violence extrême, une souffrance insoutenable ou une détresse indicible.
Le recueil se développe principalement autour de "la Fable du monde" publiée dans la Nouvelle Revue française n° 294 de 1938, qui en constitue la première section, suivie de neuf autres: "Prière à l'Inconnu", "Tristesse de Dieu", "O Dieu très atténué", "Nocturne en plein jour" (la plus importante avec "la Fable du monde", pour le volume et la signification), "Lettre à l'étoile", "Trois Poèmes de l'enfance", "Dans l'oubli de mon corps", "Visages des animaux", "Fables". Ainsi que dans le Forçat innocent et les Amis inconnus, Supervielle utilise tous les moyens de la versification: poèmes strophiques en vers réguliers - "Métamorphose", "Descente des géants" -, mais plus fréquemment coulées de décasyllabes (le vers épique par excellence) ou d'alexandrins non rimés ("le Chaos et la Création"), d'hexa- et heptasyllabes et, surtout, douze grands poèmes en versets (dont "Prière à l'Inconnu" et "Tristesse de Dieu").
Supervielle s'inscrit délibérément dans la tradition épique inspirée de la Genèse - de Hugo, en particulier. Mais, paradoxalement, c'est à un "inconnu" que le poète agnostique adresse sa "prière": "Voilà que je me surprends à t'adresser la parole, / Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes, / Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes [...]"
à bien des égards, ce récit épique de la création du monde - de l'humanité, du "Premier Arbre", du "Premier Chien" et des animaux, dont Supervielle dresse un tendre bestiaire -, apparaît comme une contre-épopée. Rien, en effet, du style sublime qui célèbre la puissance démiurgique du deus absconditus, bien au contraire: ce Dieu "très atténué / Des bouts de bois et des brindilles" est en proie au doute et à l'incertitude; il s'interroge sur la Création, qui lui échappe, et c'est un Dieu très humain, bienveillant et mélancolique, que peint la section "Tristesse de Dieu": "Hommes, mes bien-aimés, je ne puis rien dans vos malheurs." Autant dire que, selon les termes de Supervielle, Dieu est "un dieu de poète", "symbole de la Création, de l'oeuvre, grande ou petite". C'est la portée allégorique de la Genèse qui intéresse Supervielle, pour une méditation en abyme sur la "nuit" de la poésie, vécue dans les affres de la création: "Je ne sais maintenant ce que je porte en moi, / Mes yeux font de l'obscur et je cherche à mieux voir / [...] Parfois je ne sais rien de ce qui va venir."
L'angoisse qui sous-tend le recueil est assurément liée à la montée des périls dans l'Europe d'avant-guerre, ainsi que l'indiquent certaines allusions de la " Prière à l'Inconnu", datée de 1937: "Chaque matin ils se demandent si la tuerie va commencer...", et la correspondance entretenue alors avec Étiemble.
Le recueil est rythmé par un mouvement alternatif d'expansion et de concentration, de diastole et de systole: à la représentation du macrocosme - de l'homme perdu dans l'immensité interstellaire ("Lettre à l'étoile") -, répond la vision du microcosme intérieur et des abîmes du corps, en particulier dans la section "Nocturne intérieur". Supervielle est alors proche de l'"espace du dedans" et du "lointain intérieur" de son ami Henri Michaux lorsqu'il décrit les conestésies - flux du sang, battements du coeur, vibrations des nerfs - dans la grande tradition d'une poésie du corps: "C'est le monde où l'espace est fait de notre sang. / Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants / Ont du mal à voler près du coeur qui les mène."
Mais en vertu des correspondances de la pensée analogique, les "nuits" se confondent, en un échange incessant entre l'intérieur et l'extérieur: "Nuit en moi, nuit au-dehors, / Elles risquent leurs étoiles, / Les mêlant sans le savoir."
Si bien que "les étoiles délicates avancent de leurs pas célestes / Dans l'obscurité qui fait loi dès que la peau est franchie". Du plus profond du "nocturne en plein jour" surgit la question de l'identité, déjà posée par Gravitations et par le Forçat innocent: la Fable du monde poursuit la méditation douloureuse sur la place de l'homme dans le cosmos et sur l'unité d'un moi menacé par les "monstres de la nuit".
Par là, le recueil n'est pas sans évoquer la Préface, également liée aux circonstances politiques, dont Pierre-Jean Jouve a assorti Sueur de sang en mars 1933, sous le titre "Inconscient, Spiritualité et Catastrophe", où il dévoile le "monstre de Désir" tapi dans l'homme "en veston ou en uniforme".
Isabelle NAIL
Extrait Le premier des fils
Roman chez Léda Editions
Devant les huit gradés en uniformes pompeux, Abel avait laissé le sergent H parler, sans rien déclarer pour sa défense.
Le barbare avait pourtant préparé ses phrases, s’exerçant le soir dans la chambrée à bien causer, avec Gustin pour maître, devant un public composé d’une poignée d’anciens. Maintenant, il pestait sur son banc en fusillant Abel du regard.
Le sergent H n’avait pas fait la moindre allusion à l’ordre donné de tirer sur le cavalier Berbère à terre. Il avait évoqué un refus d’obéissance, racontant avec moult détails l’attaque des agadirs. Il avait également effacé de sa mémoire la participation active du jeune chasseur à la bataille d’El Ksiba.
De sa place, le barbare contenait avec peine son envie d’anéantir H. Il inscrivait dans sa mémoire les moindres détails de ses traits, afin de le reconnaître plus tard, on ne sait jamais !...
Abel s’apprêtait à plonger au plus profond du gouffre de l’enfer, sans en paraître affecté, roide et fermé devant les dignes militaires chargés de décider de son avenir proche. Engoncés dans leurs uniformes, enveloppés de préjugés, auréolés du prestige de leur mission de civilisation, convaincus de leur rôle dans le rachat du mauvais garçon debout en face d’eux, ils allaient trancher, la conscience tranquille, fiers du devoir accompli.
Cinq ans. Il prit cinq ans de pénitencier.
Le barbare se serait bien arraché les cheveux, s’il en avait eu ! Il se prit néanmoins la tête dans les mains pendant une faction de seconde, sentit poindre des larmes dans ses yeux, récupéra aussitôt la maîtrise de soi, se leva, appelant Abel du regard. Celui-ci tourna la tête vers lui, le temps d’échanger un silencieux message qui disait la désespérance et l’impuissance de l’un, mais aussi le soulagement ressenti à l’idée de ne plus être sous les ordres de H, de ne plus devoir tuer les Berbères, qui disait le courroux et le désir de vengeance de l’autre devant l’injustice et la haine destructrice du sergent.
Abel sortit de la salle, bien encadré. Il rejoindrait les forçats du pénitencier, dans quelques jours.
J'ai encore appris, hier, en allant, pour la s'conde fois, comme jury, devant des élèves qui chantaient.
Avec les critères de cotation, sur la feuille, qui s'imposaient : 0 = insuffisant, 1 = moyen, 2 = bien, 3 = excellent.
OK, OK.
Et ... les sous-cases qui intervenaient dans ces différents registres.
Intéressant, pour tout résumer.
Y en avaient qui passaient le matin, d'autres l'après-midi.
Entre les deux ...
On descendait à l'étage en d'ssous, en vue d'établir (déjà) les premières évaluations, et de discuter. Nous étions trois à délibérer : celle qui leur donnait cours (qui connaissait les élèves, voyait les choses de l'intérieur), plus ... un autre gars (directeur d'école et connaisseur en chansons) et moi-même (qui, avec nos références et notre regard extérieur, regardaient, cotaient)..
On cassait la croûte. Certains élèves restaient même avec nous.
Je retiens une remarque, à mon égard, de la part du gars qui faisait partie du même jury que moi, avec lequel je m'entendais très très bien, et qui avait toute sa raison d'être :
"Hugues, tu manifestes tes coups de coeur à plus d'un candidat ... imagine maint'nant qu'ils ont une cote insuffisante, qu'ils l'apprennent ... ils vont pas comprendre ..."
C'est pas faux, en effet.
Il est vrai que ...
J'avais manifesté plus d'une fois mes coups de coeur à des candidat(e)s qui, en chantant, m'avaient touché, fait voyagé, donné carrément des frissons, étaient entrés dans ma bulle.
Un exemple : celle qui passait en quatrième lieu ... elle s'appelait Maria ... elle me donnait la chair de poule, en chantant ... il se fait qu'elle a eu un trou à la fin de la chanson, et elle l'a mal vécu, elle l'a dit ... sûrement qu'en temps ordinaire, elle ne se trompe pas ... on lui a demandé de recommmencer ... elle s'est exécutée ... comme, lors de son "premier passage", j'avais rempli ma feuille de cotation, j'ai profité du fait qu'elle recommence sa chanson pour prendre un clip d'elle ...
Un autre exemple ; une autre candidate qui s'app'lait Mumu ...bouclée, rieuse ... avec une chouette robe rouge derrière une veste en jean ... qui joue déjà dans un groupe ... qui fait des compos ... qui, après le passage des élèves, s'est assise au devant de la scène et m'a chanté une chanson qui s'appelle 'Je tape la manche" ...
Un autre exemple, encore : une Emmanuelle qui portait une casquette qui la distinguait et qui a repis, avec sa voix, son intensité, la "Chanson pour Pierrot" de Renaud ...
Encore un exemple : Lorenz, qui n'avait que quinze ans, mais qui, de par sa stature, en f'sait plus ... qui f'sait rire dans l'assistance, de par ce qu'il dégageait, alors qu'il ne disait pas forcément des choses rigolotes, mais que, peut-être, son côté mûr pour son âge (que je ressentais pour l'avoir vécu quand j'avais quinze ans), était trop fort pour certain(e)s (c'était nerveux)
J'ai vogué. A plus d'un(e), je me suis attaché. MOn coeur battait plus souvent qu'à son tour.
"Hugues, tu manifestes tes coups de coeur à plus d'un candidat ... imagine maint'nant qu'ils ont une cote insuffisante, qu'ils l'apprennent ... ils vont pas comprendre ..."
Il est vrai que ... un membre d'un jury doit (en tant que jury) doit garder, dans son attitude, une certaine distance et qu'une certaine familiarité peut brouiller les pistes.
Ceci dit ...
Trop de distance (ou ... trop de formalisme), j'ai du mal. Je crève carrément.
J'ajouterai que ...
Quand je manifeste mes coups de coeur, ce n'est plus en tant que jury que je me prononce, mais en tant que public, qui a reçu plein de choses. Je me trouve trop souvent des deux côtés de la barrière (chanteur/spectateur) pour ne pas réaliser l'importance des coups de coeur qu'on peut susciter. Dire à quelqu'un qui chante, en payant de sa personne, que vous l'avez touché, c'est aussi ... les encourager, leur dire qu'ils sont déjà dans le bon.
Donc, je me respecte. Je les assume, mes coups de coeur. J'ai besoin de les communiquer. C'est à cette condition-là aussi que je peux séparer mon côté "coup de coeur" et mon côté "jury".
A chacun ses méthodes. Y en a toujours à qui ça plaira, et d'autres non.
Indépendamment de ça ...
De l'autre côté de la grande fenêtre de la pièce, où les chanteurs s'exprimaient et où trois membres de jury assistaient ...
Deux faisans piquaient un somme dans les champs.
Hier, à Soignies, sur la Grand'Place, juste à côté de la collégiale, y avait un concert "gratuit" de Michel Jonasz.
C'était franch'ment pas mal. Ca dégageait.
Et je reste objectif. Je n'accroche, a priori, ni à la voix de Michel Jonasz, ni à sa musique "jazzy" qui, bien que dynamique, capte ma sensibilité, mais n'emporte pas mon coeur. Bon, ça ne se commande pas, tout ça.
J'ai quand même assisté à un beau spectacle. Hyper pro. Et ... dans son rapport avec le public, il est sympa, le Michel. Il s'est laissé pousser la moustache (eh oui). Autour de lui, sur scène : un pianiste, un batteur. PLus : deux autres chanteurs qui viennent renforcer la prestation de la vedette, qui l'accompagnent superbement dans plus d'un morceau, qui chantent parfois seuls (Michel, pendant ce temps, boit son p'tit verre d'eau à l'arrière).
Les spectateurs restaient debout, sur la Grand'Place. Y avait, heureus'ment, de l'espace entre les gens. Certain(e)s avaient pris leur tabouret pour vivre confortablement le spectacle.
Bref ...
On pouvait même danser durant les morceaux, sans craindre ceux ou celles, à l'arrière, de ne pas être contents.
"Dites-moi, dites-moi, mais ... qu'elle est partie pour un autre que moi ... mais pas à cause de moi ... dites-moi ça, dites-moi ça"
Tiens, je n'ai pas entendu cette chanson ... de Jonasz.
"On allait au bord de la mer ... avec mon père, ma soeur, ma mère ..."
Celle-là, aussi, à mes yeux, manquait au programme.
Mais ... ce n'est pas une critique. Quand un artiste a pas mal de morceaux dans son répertoire, il doit faire un choix quand il preste. Surtout que ... y a toujours des limites de temps (dans un spectacle). Simplement : ces chansons (que Jonasz n'a pas reprises) sont plus en accord avec ma sensibilité.
Les joueurs, les amateurs de blues, présents à ce concert, auront un autre éclairage. Eux se seront sentis rassasiés du début à la fin. Et je ne leur donne pas tort.
En attendant ...
Des drapeaux de toutes les couleurs flottaient entre les clochers de la collégiale.
Les chiens souffrent d'asthme. Tiens, moi aussi. La pollution y s'rait pour beaucoup. L'aspect psychologique joue pour beaucoup, a priori, quand il est question ... d'asthme. Les chiens, donc, seraient-ils sensibles, soumis (comme moi ... ou d'autres) aux gens qui leur crient d'ssus ou leur coupent la parole à tout bout d'champ ?
Tiens ! Les tilleuls qu'on a (re)plantés, pas loin du Cinquantenaire, à Bruxelles, reverdissent. C'est beau, très très beau.
Et toi, que j'accompagne spécial'ment aujourd'hui ...