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Semeuse

 

J’ai en tête de grandes choses

Mais suis réfractaire aux efforts.

N’assumant qu’à petites doses,

Je ne me cause pas de torts.

 

Quand je savoure mon présent,

Je crée encore, en dilettante,

Des défis restant en attente;

Ils ne me semblent pas urgents.

 

Vivant constamment solitaire,

En éveil, face au ciel troublant,

Dans le temps qui me semble lent

J’accueille des pensées légères.

 

Je n’aime pas tourner en rond.

Dans mon jardinet, je m’affaire.

J’y sème pour me satisfaire.

La nuit tombée, il fleure bon.

 

9 novembre 2011

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colombine est arrivée

après arlequin et pierrot, je vous invite à consacrer quelques instants à colombine.bien au delà de l'image qu'en donne la comédia d'ell'arte suivez le chemin qui vous mènera dans les mystères antiques sur le chemin de la vie.

je vous proposerais d'ici quelques jours, aprés son exposition au palais des congrès de la Grande Motte "la trilogie d'arlequin" avec sa lecture ésotérique.

merci de votre attention

amicalement à tous Ben-Kâ

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Il y a des nuits comme ça (5)

Reproches

La voix résonnait dans le combiné :

— Delphine, tu es en train de m'expliquer que la maman de Noémie est à côté de sa fille, en néonat ?

— Henri, je l'ai découverte face à la vitre, dans une chaise roulante. Au moins ici elle ne se déchire pas l'abdomen et elle ne panique pas.

— Tu parles... Et maintenant qu'elle est près de sa fille, tu crois qu'on va pouvoir la ramener tout simplement en salle d'op vite fait bien fait ?

— Ce ne sera pas nécessaire, à mon avis.

— Ça, tu n'en sais rien.

Delphine encaissa la claque. Henri avait raison : lui seul pouvait déterminer si oui ou non les sutures de maman Noémie nécessitaient une nouvelle intervention.

Il n'en restait pas moins que l'infirmière n'aimait pas le ton de reproche que lui adressait l'obstétricien. Après tout, personne dans son service n'avait vu la maman quitter sa chambre, fait hautement improbable après une césarienne. Il était évident que l'angoisse de maman Noémie avait eu raison de la douleur.

Et au fond... Où est le papa dans tout ça ?

Elle appela Bertrand.

— Dis-moi Delphine, c'est quoi c'est histoire de maman voyageuse ? Henri monte vous rejoindre, et pas spécialement de bon poil.

— C'est l'imprévu de cette nuit. Je t'expliquerai dès que j'aurai donné des nouvelles de bébé trente à ses parents : c'est pour cela que j'étais montée. Tu peux me renseigner ? La maman voyageuse a accouché toute seule ?

— Oui. Pas de papa à l'horizon.

— Merci. Je suis là dans dix minutes.

Pas de papa. Pauvre maman pauvre petite fille.

A ce moment Delphine entr'aperçut le visage de Marc, seul au volant de sa voiture.

À chacun sa solitude.

***

Chaque garde apportait son « imprévu de la nuit », c'était un des aspects de son métier qui plaisait le plus à Delphine. Depuis la première fois, la jeune infirmière savait qu'elle prendrait plaisir à vivre pleinement chaque nuit – et l'imprévu qui l'accompagne.

Et les parents de bébé trente qui attendent.

Delphine revint vers Cécile.

— Comment va-t-elle ?

— Idem. Pour l'instant la saturation en oxygène n'est vraiment pas bonne, mais elle se réchauffe. On dirait la jumelle de Noémie.

— Je reviens quand avec les parents ?

— Laisse-moi au moins une heure. Je n'ai pas qu'elle.

— Je sais, Cécile. Merci.

Elle se dirigea vers maman Noémie, qui parlait doucement à sa fille.

— Madame ? Si vous êtes d'accord, nous allons ensemble faire le nécessaire pour nourrir Noémie. Et aussi l'aider à se protéger.

***

Utiliser un tire-lait pour récupérer le colostrum n'était pas la chose la plus simple à faire, mais maman Noémie se débrouillait très bien. Cécile avait donné son feu vert pour que l'on tente de nourrir la petite fille.

Maman Noémie semblait très bien renseignée. Elle savait que si sa fille était capable d'ingérer son colostrum, elle bénéficierait d'un vrai concentré d'anticorps et augmenterait son immunité. Restait à savoir si Noémie arriverait à se nourrir.

En s'engageant dans le couloir, Delphine faillit percuter Henri. Son expression était aux antipodes de celui qui l'avait accueilli en salle d'opération quelques temps plus tôt.

— Tu m'expliques ? demanda-t-il.

— Rapidement. J'ai des parents inquiets deux étages plus bas.

— Ne me fais pas ton numéro. Avec un peu de chance ils sont toujours dans leur chambre et les sutures de ma patiente n'ont pas sauté.

Delphine regretta sa petite réplique.

— Désolée.

— Rapidement, as-tu dit ?

— Ok. Je l'ai trouvée exactement à ta place. Pliée en deux. J'ai prétexté un changement de pansement pour jeter un œil. Maintenant qu'elle est occupée à nourrir sa fille, tu pourras facilement l'examiner, et la convaincre de retourner au bloc si c'est nécessaire.

— Merci.

Il posa la main sur la poignée de la porte. Delphine s'éloigna.

— Delphine ?

— Oui ?

— J'ai bien compris que tu n'y es pour rien.

Elle était à deux doigts de répondre quelque chose comme : « je vais rejoindre ton autre patiente avant qu'elle ne se relève et monte ici », mais à la place, elle décocha un sourire et tourna les talons.

Petite conne. C'est quoi ce sourire ? Pourquoi tu ne le dragues pas ouvertement tant que tu y es ?

Delphine n'eut pas beaucoup de temps pour y penser. L'idée de Marc revenait. À chaque fois qu'elle était seule, elle le voyait, en route, tourné, tendu vers sa destination.

Mais quelle était-elle, cette destination ? Et que faisait Delphine, à jouer les petites filles gênées face au médecin qu'elle avait irrité l'instant d'avant ? Elle n'avait pas grand chose à se reprocher, et pourtant elle réagissait comme si elle avait voulu dissimuler une erreur fatale.

Ressaisis-toi, ma fille.

Plus facile à dire qu'à faire. Marc revenait une fois encore alors qu'elle descendait les escaliers.

Fiche le camp. J'ai des parents à rassurer. N'imagine surtout pas que je vais te laisser hanter ma nuit. J'ai du travail, des choses à penser. Un exemple au hasard : comment rassurer un couple de jeunes parents avec les maigres informations que je viens de glaner chez Cécile. Sans compter le temps que j'ai perdu avec la maman de Noémie. Et puis, maintenant que j'y pense, peut-être que mes parents-à-rassurer sont en train de monter aux renseignements par l'ascenseur, de guerre lasse, alors que moi je descends par les escaliers, parce que je crois que c'est bon pour mes fesses et mes cuisses. Merde, Marc, sors de ma tête, je mélange tout.

***

Delphine frappa discrètement à la porte. Pas de réponse. Elle ouvrit la porte.

Noir dans la chambre.

Ce n'est pas vrai : ils sont montés ! Cécile et Henri vont m'arracher les yeux.

De rage, elle alluma la lumière principale.

Quelques éclairs de lumière grise plus tard, elle découvrit le père de bébé trente affalé dans le fauteuil placé au coin de la chambre.

Il lui lança un regard de chien de garde.

— Ma femme dort.

Delphine éprouva instantanément de l'antipathie pour cet homme. Autant ce papa lui avait inspiré un sentiment d'indifférence au sortir de la salle d'opération, autant l'idée qu'il se soit endormi, dans le coin de la chambre, sans plus s'inquiéter pour sa fille, sans tenir la main de sa femme, révoltait Delphine au plus profond d'elle-même.

Les anti-douleurs l'ont assommée. Et lui, quelle excuse a-t-il ?

Elle s'apprêtait à demander « voulez-vous éventuellement des nouvelles de votre enfant ? », mais s'abstint de le provoquer.

— Votre petite fille est dans un état stationnaire. La pédiatre prend soin d'elle. D'ici peu vous pourrez monter la voir.

— Ma femme doit se reposer.

J'ai bien entendu ? Tu ne veux pas voir ton enfant ?

— Oui... Bien entendu. Je voulais juste dire...

— J'irai parler au pédiatre.

— ...que c'est important pour votre bébé de vous sentir près d'elle, maman et papa. Nous prévoyons tout pour que vous...

— Merci, mademoiselle.

Je rêve ! Il me demande de me barrer !

Au lieu de battre en retraite elle avança vers l'homme qui l'éconduisait avec tant de suffisance.

— Je dois examiner Madame.

— Le chirurgien a dit qu'il s'en chargeait.

— Il est retenu par une urgence.

Elle s'approcha de la maman endormie.

— Mademoiselle, le chirurgien...

Delphine fit volte-face. Sa voix descendit d'une octave :

— Si « le chirurgien » était à ma place, ici et maintenant, vous opposeriez-vous à ce qu'il examine Madame ?

L'homme hésita. Elle s'était approchée de lui : son nez lui dit qu'il n'avait probablement pas pris de douche depuis au moins deux jours. Délicieux.

— Je suis ici parce que « le chirurgien » me l'a demandé, monsieur.

Le service commandé. Ça marche presque à tous les coups. Tu as de la chance, mon bonhomme. J'étais à deux doigts de passer en force, et tant pis pour mon grade. De toute façon tout s'écroule au-dehors. Marc ne roule pas vers moi, je le sens. Non, en fait je n'en sais rien, mais merde, cela n'a rien à voir.

Il haussa les épaules et retourna à son fauteuil.

Tension correcte, perfusion changée, pansement sans la moindre trace de sang. C'est presque trop beau : rien à voir avec la maman de Noémie. Et elle dort d'un sommeil de plomb. Je n'ai plus rien à faire ici pour l'instant.

Elle se retourna et vit son mari affalé, le regard vide.

Il n'a qu'une envie : se rendormir. Il ne garde les yeux ouverts que pour me surveiller.

Je déteste ce type.

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À la mémoire de mon père

 

Lorsque le méchant cancer a envahi tes entrailles

Il a habité tes poumons, il s’est emparé de tes os

Tu buvais une lampée de lumière

Tu disais : «  La joie de vivre est un devoir »

Hier , papa tu as rendu l’âme

J’ai vu ton image entre deux nuages

Derrière une demi-lune tu me faisais signe

Tu m’as quitté et tu savais que je t’aimais

Maintenant, je regarde mes photos d’enfance

Et je vois ton visage brun et tes yeux bridés

Papa mon chéri tu n’es pas mort puisque ton âme vit

En moi et que mon amour est très grand pour toi

 

Le 09/11/2011

Nada

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Votez UBU

 

Ubu Enchaîné. Théâtre de Namur. Allez, Eric, marque-leur-z-en encore un, cornegidouille.

 

Celles et ceux qui vont assister à ces représentations (du 8 au 15 Nov) à la vue du nom d'Eric Cantona en haut de l'affiche n'auront pas tort. Ce serait une facile évidence d'assumer que le rôle d'Ubu est taillé sur mesure pour l'ancien mythique centre avant, qu'il a le physique de l'emploi, etc... Encore faut-il assurer de façon convaincante, ne pas trop en faire, et surtout, jouer juste. Sa pointe d'accent du Midi le sert à merveille, enveloppant la truculence outrageante du personnage d'un halo jupitérien. Jouer un tel rôle entièrement assis en imposant une présence physique aussi écrasante que tonitruante, n'est pas évident, et King Eric se fond dans la mise en scène avec un naturel désarmant. On connaît la trame de cet épisode hautement philosophique de la vie du Roi Ubu, qui veut se faire esclave pour donner une leçon aux « maîtres ». Réflexion magistralement débridée de Jarry sur les notions de pouvoir et de liberté, qui n'a rien perdu de sa pertinence explosive. La mise en scène résolument contemporaine touche au but, grâce au décor à la fois sobre et déjanté de Dick Bird, qui a imaginé une scène sur la scène: une sorte d'écrin de foire pour strip-teaseuse au rabais encastré dans un massif portique de style mérovingien halluciné.

Une autre trouvaille de la production qui fait mouche réside dans les intervalles de sketches du « conteur », personnifié par Giovanni Calo, lui aussi servi par son accent transalpin, qui rappelle la grande tradition des bateleurss animant génialement les fêtes villageoises. Tout cela s'équilibre dans un chaos maîtrisé. Ici aussi, on remarquera une note de décor bien pensée: un buffet de cuisine des années cinquante (fifties en jargon branché) revu par Tati. La Mère Ubu, mi tigresse, mi hyène, est incarnée par une Valérie Crouzet bien dans sa peau de contrepoint contradictoire de son délirant époux, avec un battant de tragédienne aux tons amplifiés d'une Ségolène Royal subitement pourvue de talent, dans un rôle où il serait tentant d'en rajouter. Tout cela vous est servi sur un plateau baroquement enchanteur (et déroutant, comme il se doit) par Dan Jammett et son équipe. Les ennemis mortels de la musique électronique, dont je suis, reconnaîtront de bonne foi que l'environnement sonore mis en place par Frank Frenzy s'intègre plus qu'adéquatement dans ce numéro d'équilibriste à l'envers. Numéro assez réussi pour une première dans ce lieu délicieusement désuet qu'est le Théâtre de Namur, un des derniers bastions, écaillé, certes, du monde civilisé, où l'on ose vous accueillir avec le sourire et un foyer comme on n'en fait plus.

 

Informations pratiques: Si vous vous confiez naïvement aux soins de la SNCB pour vous rendre à Namur, prévoyez de vous pourvoir en lectures, de quelques provisions de bouche, de linge de rechange, et d'une trousse de toilette. Surtout, prévenez vos proches. Votre train de retour pourrait bien se retrouver détourné par quelque vache errante. Rassurez-vous: le sous-chef de gare vous proposera de passer la nuit dans un local chauffé. Question départ, la capitale de la région wallonne est solidement reliée à la capitale de l'Europe, éloignée de 60 km, à travers huit arrêts, plaisamment échelonnés pour vous faire oublier que votre train a démarré (très) en retard.

 

Paul V. Camal

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Une volière féerique

 

Au-dessus de mes arbrisseaux,

Dans une bulle, des oiseaux,

Aux parures éblouissantes,

Me causent une joie exaltante.

 

Perchés sur des branches fleuries,

Entourés d’un bleu qui varie,

Ils sont arrêtés dans l’espace,

Silencieux, se faisant face.

 

Quand les jours seront monotones,

Bientôt, à la fin de l’automne,

Ces oiseaux venus d’un ailleurs

En dissiperont la langueur.

 

Contrairement à la Nature,

L’art crée de la beauté qui dure.

Ce vitrail, vibrant d’énergie,

Ne perdra jamais sa magie.

 

8 novembre 2011

 

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Il y a des nuits comme ça (4)

Bousculades

Elle était dans une chaise roulante, face à la grande vitre. Delphine devina que c'était la maman de la petite Noémie.

— Madame ?

— Je sais, je devrais être dans ma chambre.

Elle était courbée en avant, dans une attitude qui lui donnait le triple de son âge. Sur son visage se mélangeaient souffrance physique et inquiétude.

— Vous devriez surtout ménager vos sutures, Madame. Vous êtes pliée en deux, c'est tout le contraire de ce qu'il faut.

Le petit haussement d'épaules de la maman acheva d'alarmer Delphine. Il y avait fort à parier que maman Noémie était seule dans sa chambre, et qu'elle avait saisi la première chaise roulante à sa portée pour se rendre ici. Personne n'avait dû la voir se déplacer.

Delphine s'accroupit pour que leurs visages soient à la même hauteur.

— Madame, je vais aller prendre des nouvelles de Noémie immédiatement. Vous m'entendez ? Je reviens.

Elle poussa la porte.

— Cécile ? J'ai besoin de toi.

— Tu viens aux nouvelles ?

— Plutôt deux fois qu'une. J'ai un problème : la maman de Noémie est là, juste derrière la vitre.

— Quoi ? Elle est folle ? Elle avait le ventre ouvert il y a une heure à peine. Vous faites quoi, en bas, les filles ? Vous lâchez vos patientes dans les couloirs ?

— Elle est passée à travers les mailles. Je n'ai aucune chance de la raisonner tant que je n'ai rien à lui dire à propos de sa fille. Tu peux m'aider ?

— Pas vraiment. Rien de nouveau pour l'instant. Noémie ne tient qu'à un fil. On pourra tenter une alimentation par sonde dès qu'elle pourra tenir quelques minutes sans assistance respiratoire.

— Super...

— Je ne vais pas te mentir, Delphine.

— Je reviens.

— Dans une heure. On vient de m'amener bébé trente aussi. Les mamans, c'est ton rayon.

— Pas dans une heure, Cécile, s'il te plait. Les sutures ont peut-être lâché. Je dois m'arranger pour qu'elle s'allonge.

— Je vais chercher de l'aide.

— Pour qu'elle panique ? Là, on la remballe en salle d'op à coup sûr.

— Ça va, j'ai compris. Ne traîne pas.

Delphine se dirigea vers la porte. Le front de maman Noémie pesait sur la vitre comme celui d'un enfant au départ d'un train.

— J'ai des nouvelles.

Pas de réaction. Les larmes étaient prêtes à déborder de ses paupières. Elle s'accroupit et lui prit la main.

— Noémie est dans un état stationnaire.

Génial. Trouve autre chose, et vite.

La maman se redressa, et les larmes se précipitèrent vers le sol.

— Elle a besoin de vous, Madame. Nous allons lui rendre visite, et nous allons prendre des dispositions pour la nourrir avec votre aide. Vous comptez l'allaiter ?

Delphine espérait la voir réagir : c'était une question à laquelle maman Noémie devait avoir réfléchi suffisamment pour pouvoir y répondre, quel que soit son état.

— Oui, répondit-elle, en tournant enfin le visage vers Delphine.

Bingo. On fonce, maintenant.

— Alors voilà : dans quelques minutes, nous allons rentrer ensemble dans le service de néonatologie par la porte que je viens d'emprunter, et rejoindre Noémie. Il lui faudra du temps pour pouvoir s'alimenter toute seule, mais vous pourrez la nourrir via une sonde gastrique. Je vais tout vous expliquer.

Le regard de la maman revenait progressivement à la réalité. Delphine vit aussi la douleur physique envahir son visage, en même temps que l'angoisse refluait.

Elle reprend conscience de son corps. Pourvu que ça dure. Continue, ma fille.

— Mais avant cela je dois m'assurer du fait que vous n'avez causé aucun dégât à vos sutures en venant jusqu'ici. Vous ne pouvez pas pénétrer dans ce service si je ne vous ai pas examinée. Vous me comprenez ?

Delphine n'aimait guère se laisser empêtrer dans ces subtils arrangements avec la vérité, mais elle n'avait guère le choix. Seule la perspective de s'approcher de Noémie laissait une chance à l'infirmière d'examiner sa maman sans risquer la crise de nerfs.

— À l'intérieur, vous pourrez vous asseoir dans un fauteuil où vous ne serez pas pliée en deux comme vous l'êtes maintenant. Mais auparavant je dois vraiment vous examiner. Vous voulez bien vous redresser ? Nous en avons pour une minute.

— Une minute ?

— Oui. Et tout de suite après nous parlerons à Noémie.

La maman posa ses mains sur les accoudoirs de sa chaise roulante pour se lever.

— Non, non, ne vous levez pas. Glissez juste votre bassin vers moi, comme si vous vous installiez dans une chaise longue. Le couloir est désert, je vais faire vite.

Elle souleva le côté droit de sa robe d'opérée. Le pansement était rouge et complètement imbibé.

Triple idiote ! Et tu fais quoi maintenant ? Tu lui dis « oups, pardon, tout compte fait vous devez refaire un petit tour en salle d'op, on postpose le rendez-vous avec Noémie d'une petite heure, d'accord ? ».

Delphine se ressaisit. Après tout c'était dans ces circonstances-ci qu'elle aimait vraiment son métier.

— Bon. Il faut que je vous change ce pansement avant d'entrer. Normalement je dois vous emmener dans un lieu plus adéquat faire cela, mais nous perdrions du temps. Je vais faire cela ici. Je reviens dans un instant.

Delphine poussa à nouveau la porte et s'adressa tout de suite à Cécile.

— Tu as des compresses ?

— Oui, dans les bacs du bas, là... Que se passe-t-il ?

— Il se passe que le seul moyen d'évaluer les dégâts que maman Noémie a fait à ses sutures sans qu'elle ne pète un câble, c'est de lui renouveler son pansement ici et maintenant.

— Tu ne peux pas calmer le jeu autrement ?

— Tu as une autre question ?

— Oui : je téléphone déjà à Henri ?

— Pourquoi ? C'est lui qui l'a opérée ?

— Oui. Il a enchaîné les deux césariennes.

— Alors laisse-moi une minute.

Delphine ressortit. Elle enleva le pansement imbibé de sang.

Ouf. Ça pourrait être pire.

— Je vous arrange cela, mais je crains que votre chirurgien n'ait à nouveau à vous examiner.

— On y va ? demanda maman Noémie, ignorant la réflexion de l'infirmière.

— Oui, dans un instant.

***

Les deux femmes se dirigeaient silencieusement entre les couveuses.

Lorsqu'elle eût installé la maman près de sa fille, Delphine rejoignit Cécile.

— J'appelle ?

— Non. Je m'en occupe dans un instant, le temps que j'achève d'installer Madame.

Elle revint vers maman Noémie et approcha la couveuse où sa petite fille luttait silencieusement. Sa maman se mit à lui parler d'une voix à la fois douce et haut-perché. Delphine jeta un regard à la petite fille, baignée de lumière ultra-violette.

Sous le petit bonnet de laine, Noémie offrait un visage au teint presque transparent, strié de minuscules vaisseaux sanguins roses vif. Elle avait les yeux fermés, mais on aurait dit qu'elle écoutait.

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administrateur théâtres

12272772659?profile=original  En ce moment, au Théâtre de la Place des Martyrs Un Cyrano qui va droit à l’âme. (d'Edmond Rostand)

 

Depuis sa création, il y a bientôt 20 ans, Théâtre en Liberté aime les spectacles qui allient panache et poésie ; des réalisations imagées, mouvementées, où l’esprit de troupe s’épanouit dans un plaisir du beau texte, de la musique, de l’escrime… Bref du théâtre total. Plus que jamais, entre des productions théâtrales assises dans le confort et des productions où la forme esthétique l’emporte sur le fond, où les gadgets scéniques remplacent les vraies valeurs du théâtre, il y a une place pour un théâtre « populaire ». Non un théâtre « démagogique » voulant plaire à tout prix et par n’importe quel moyen, mais un théâtre où l’équipe réunie dans une même foi apporte au public un spectacle où le divertissement va de pair avec la réflexion et l’esprit de révolte qui est celui de notre héros.

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Une troupe au service d'une pièce magique.

 

Avec Cyrano, nous voulons réunir dans une troupe partageant le même enthousiasme, des créateurs, des comédiens, des techniciens susceptibles d’apporter au public, la qualité de rêves et d’émotions qu’il est en droit d’attendre d’un théâtre vivant. Tous, ensemble, nous voulons faire un Cyrano non pas confiné dans un respect sclérosant mais où le souci de la tradition s’enrichit des précieux apports de la modernité théâtrale et donnant toujours au théâtre cette place privilégiée qui est la sienne : ouvrir les portes de l’imaginaire, de la poésie, du rêve…

 

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Une version dépouillée, concentrée sur un homme blessé qui combat la bêtise et les préjugés.

 

Notre Cyrano sera « débarrassé de ses paillettes, de ses plumes, de ses mots excessifs ». Pas pour une opération d’appauvrissement, mais au contraire pour « en retrouver la poésie, les sentiments, comme lorsqu’on dégage la toile d’un peintre de son cadre, pour mieux profiter du tableau »

 

Cyrano est avant tout un révolté contre la stupidité, la banalité, contre les comportements obligés, dictés par la société, contre l’utilisation que les gens en place font de leur pouvoir.

 

Les tirades de Cyrano ont une modernité formidable, très vite, on se rend compte que les travers que Cyrano combat, sont les mêmes que ceux qui gangrènent nos sociétés : l’opportunisme, l’arrivisme, le népotisme, la compromission. Tous ces abus qui se retrouvent aujourd’hui dans le monde des affaires, la politique, le monde des idées. Et certains, comme Cyrano, continuent à les combattre, non pas à la pointe de l’épée, mais avec d’autres armes, avec peu de résultats quelquefois, parce que les défauts de la société sont puissants comme ceux qui les entretiennent.

 

 

Assumer sa différence

 

 

Cyrano est, en fait, un antihéros qui est l’image même de l’échec. Antihéros qui a apparemment tout raté dans la vie et jusque dans la mort, Cyrano n’est pas un « gagneur » comme les héros de Sulitzer, il n’est pas davantage le « tombeur » qui séduit les femmes dans les feuilletons télévisés, il a seulement du cœur et de la fierté.

Et si c’était cela, pour une large part, qui faisait le succès de Cyrano ?

Il y a dans l’existence d’autres valeurs humanistes que l’argent, le pouvoir ou la beauté, que « réussir dans la vie » à la manière des Ducs du XVIIe et des « cadres dynamiques » d’aujourd’hui.

 

« Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie, on  sent – n’ayant rien fait mon Dieu, de vraiment mal ! Milles petits dégoûts de soi, dont le total ne fait pas un remord, mais une gène obscure ».

 

L’interprétation est fabuleuse. Dont acte. Cela commence en musique par des baladins en costumes dans le style de la plus pure commedia dell'arte - racines obligent  -  qui circulent dans le public et entraînent le regard vers une scène dont on ne lèvera pas le rideau avant les trois coups traditionnels. Une mise en oreille à l’ancienne, qui met  le public tout à l’écoute.

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 Et puis c’est le verbe magnifique qui déferle avec des intonations riches, justes, travaillées avec grande intelligence. Les trois personnages principaux n’ont rien de théâtral, ils ont tout des voix intérieures que l’on imagine à la lecture du texte. Et c’est une chose rare de sentir une telle adéquation entre la lecture et l’interprétation.

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 Roxane est bien une précieuse, mais pas ridicule du tout car elle a perdu beaucoup de sa vanité. Elle  arbore jeunesse, passion  et charme tendre avec une fougueuse intensité. Elle aime. Cyrano est l’humanité même, il aime.  Christian, que d’aucun pourraient moquer pour ses manques de verbe est tout aussi humain … même si son destin n’est que d’être beau comme le  Pâris de la guerre de Troie. Il aime. Les scènes de fleuret, de pâtisseries,  d’amour perché sur une échelle, ou de lune qu’un poète attrape au bout de sa verve, sont pétillantes d’esprit et de mouvement. Le public aime.  Les décors, tout le contraire des costumes éblouissants sont sommaires, vont à l’essentiel. Un arbre cache la forêt. C’est le flux théâtral qui prime... et la mise en scène qui fait voltiger les tableaux de maître, construits, équilibrés, graphiques, impressionnants. Et voici le  fleuve d’applaudissements qui coule et déborde de toutes parts!

 

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CYRANO DE BERGERAC - E. Rostand

Théâtre en Liberté

Du 27 octobre au 10 décembre 2011

Dim : 27 novembre et 04 décembre

 

 





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Il y a des nuits comme ça (3)

Latence

Dix-huit heures avaient sonné : habituellement c'était à partir de ce moment qu'il devenait impossible de ne faire qu'une seule chose à la fois. Après vingt et une heure, avec un peu de chance, cela se calmait. Le reste était étroitement lié au pur hasard.

Mais cette nuit-ci démarrait comme dans du coton.

La visite à Lucas fut de courte durée. Ses parents contemplaient leur petit bonhomme tout occupé à se nourrir. Delphine pouvait considérer que cette chambre-ci ne la solliciterait pas trop durant la nuit.

Depuis qu'elle exerçait ce métier, Delphine aimait sentir la nuit envelopper son service. Elle avait l'impression à chaque début de garde de monter à bord d'un transatlantique, avec armes et bagages, patients et collègues.

Le briefing avait commencé. Maya cédait la main à Bertrand, que chacun surnommait « le vitrail ». L'expression avait été trouvée par une stagiaire, un soir de fête : quelle que soit sa couleur c'est toujours Maya qu'on voit au travers. En effet, Bertrand n'avait pas le charisme de son chef, mais elle l'avait formé avec patience, et il coordonnait les travaux avec autant d'efficacité que sa supérieure.

— Noémie est entrée en néonat il y a une demi-heure. Elle est à 30 semaines environ et souffre d'une insuffisance pulmonaire, le diagnostic est réservé pour l'instant. La maman est sortie de réa, rien à signaler en post-op, mais elle est très inquiète. Nous avons une autre césarienne en cours – les informations vont suivre – et trois salles de travail occupées. Aucun déclenchement de prévu ce soir. Pour le reste, vous voyez Bertrand et les tableaux.

Deux césariennes de front, cela faisait avant tout deux couples à gérer : le sort des bébés était dans les mains de Cécile. Delphine entama ses travaux du soir par les soins à quatre mamans qui étaient à la veille de leur départ du service. Le plus délicat fut d'inviter leur famille à quitter la chambre pour quelques minutes.

De retour au « camp de base » – c'était ainsi que l'on surnommait le local des infirmières – Delphine s'attaqua au premier épisode de paperasse pour la nuit. Sa garde était habituellement rythmée par l'alternance entre les soins proprement dits et leur miroir administratif. Cette nuit, elle sentit tout de suite que ses collègues ne la verraient pas souvent – ni longtemps – derrière un ordinateur. À peine ses doigts s'étaient-ils posés sur le clavier qu'elle s'était mise à penser à Marc.

S'il revient, ce sera cette nuit.

Il devait être en route, quelque part en Allemagne. Elle imagina le bitume fuyant à vive allure dans la lumière des phares.

Bravo ma fille. Tu pries pour qu'il arrive sain et sauf, mais tu ne sais même pas si c'est vers toi qu'il se dirige. Éloigne-toi de cet ordinateur.

Delphine hésita un instant. Elle pouvait consulter ses messages vocaux via Internet.

Ne te laisse pas distraire. Tu as encore le suivi de deux protocoles à encoder. Laisse tomber.

Mais deux clics plus tard, Delphine consultait le site Web de son opérateur téléphonique. Nom d'utilisateur, mot de passe, et...

...Rien. Aucun message vocal, ni sur son téléphone fixe, ni sur son mobile.

Et voilà. Ça valait bien la peine. Contente ? Maintenant au travail.

— Delphine ?

Isabelle lui souriait.

— Oui ?

— Le clavier ne t'a rien fait, tu sais.

Bravo. Et en plus ma nervosité est palpable.

— Oups... Désolée.

— Pas de problème. On dirait bien que tu n'auras pas besoin de café cette nuit.

— Oui, on peut dire ça... je te laisse la place dans cinq minutes.

— Tu prends en charge les parents de « bébé trente » ? Ils devraient sortir de salle d'op dans un quart d'heure.

— D'accord. Pas de prénom ?

— Pas de prénom. Les parents sont très angoissés depuis le début de la grossesse, paraît-il. Ils n'ont pas voulu savoir quel était le sexe de leur enfant, et ils n'ont pas choisi de prénom. Le papa a tenu à rester près de sa femme, mais il a passé tout le temps assis sur un tabouret, dans un coin de la salle d'op. Il n'a plus de jambes, mais il fait bonne figure.

Pas de prénom... Des parents qui n'osent pas y croire. C'est ce qui s'appelle partir gagnant... mais bon, je ne suis pas à leur place.

— Qui opère ?

— Henri.

Elle vit le petit sourire que Delphine tentait de dissimuler, et ajouta :

— Tu vois, il n'y a pas de quoi s'acharner sur le clavier.

Tout le monde dans le service adorait travailler avec Henri. De tous les obstétriciens c'était le plus rare, mais c'était aussi celui qui manifestait le plus de respect vis-à-vis du personnel infirmier.

Haut les cœurs, avec un peu de chance, la nuit sera bonne.

— Delphine ?

— Oui ?

— Bébé trente, c'est une petite fille.

Idiote, je ne l'ai même pas demandé... Je vais vraiment passer pour la groupie qui perd la tête à l'idée d'approcher son idole.

***

Dans le service, on appelait souvent les enfants sans prénom ainsi : « bébé », suivi du nom de famille des parents. Mais il arrivait que, pour une raison ou pour une autre, le nom des parents tarde à être communiqué au responsable du service. L'infirmière présente à l'accouchement donnait alors souvent au nouveau-né un petit surnom.

Les deux derniers surnommés du service s'étaient ainsi appelés « bébé brume » (une jolie petite fille née un soir où le brouillard était particulièrement dense) et « bébé plume » (un petit garçon dont le poids à la naissance était très inférieur à ce que la dernière échographie avait laissé entendre).

Dans le cas présent le surnom était beaucoup plus lourd à porter : bébé trente débarquait dans la vie après seulement trente semaines passées dans le ventre de sa maman : rares étaient les cas où aucune séquelle n'était constatée.

Delphine céda la place à sa collègue Isabelle et se dirigea vers la salle d'opération.

***

Une soirée sans « pèlerins ». Cela faisait longtemps, tiens...

C'était le seul hôpital où Delphine avait entendu donner un surnom aux femmes dont l'accouchement est provoqué : une fois la perfusion placée, il leur était recommandé de marcher lentement dans les couloirs. Le cocktail à base d'ocytocine déclenchait le travail, et les déambulations en favorisaient l'évolution, avant de rejoindre la salle de travail. Souvent, le lendemain matin, les pèlerins recevaient la juste récompense de leur marche.

Delphine trouvait les couloirs bien déserts, et, mauvais signe, elle en éprouvait de la contrariété. Son moral flottait entre deux eaux. Les pèlerins, comme les papas au regard comblé, étaient pour elle autant de perches qui se tendaient naturellement vers elle à chaque garde, et qui la maintenaient à flot.

Mais ici : des médecins, des infirmières, personne d'autre.

C'est comme si les coulisses prenaient toute la place.

***

Henri accueillit Delphine comme à son habitude : sans lever la tête, il s'adressa à la maman qui sortait de sa torpeur.

— Je vais vous confier à Delphine, qui va vous accompagner jusqu'à votre chambre, et sera votre ange gardien pour cette nuit.

En présence de patients, jamais Henri n'avait salué Delphine. Bien souvent les infirmières considéraient cela comme de la condescendance, mais il s'en expliquait autrement : « Je ne suis pas suffisamment présent ici pour me permettre d'être familier avec vous devant nos patients. Ils s'imaginent toujours que nous avons eu le temps de nous dire bonjour bien avant que nous ne les prenions en charge, ce qui n'est que rarement le cas ».

Pour l'heure, Delphine s'accordait un bref instant et prenait la mesure de la situation : le papa était toujours assis sur son tabouret, à quelque distance de la table où était allongée la maman.

Il n'osait toujours pas se lever, mais il parlait à sa femme d'un ton rassurant. Bon signe.

Son regard à elle suivait des insectes imaginaires au plafond. Mauvais signe.

Delphine s'approcha d'elle :

— Je vous emmène dans votre chambre, et immédiatement ensuite j'irai prendre des nouvelles de votre enfant. Je comprends votre inquiétude, mais à l'heure qu'il est, il ne peut pas être mieux pris en charge qu'en néonatologie.

Delphine croisa le regard de sa collègue, qui avait assisté Henri toute l'opération durant. Cette dernière contourna la table et se dirigea vers le papa.

— Monsieur ? Vous pouvez vous lever ? Nous y allons.

Puis elle ajouta à voix basse :

— Prenez votre temps. Nous allons transférer votre femme sur son lit, cela va prendre une minute environ. Nous allons passer juste devant vous. Si cela vous convient, levez-vous à ce moment. Sans vous commander, je crois que votre femme a besoin de vous voir debout et confiant.

L'homme lança un regard volontaire à l'infirmière.

— Ça va aller, je vous remercie.

Et il se leva. Delphine adressa un sourire discret à sa collègue. Toutes deux connaissaient par cœur ce petit tour de passe-passe verbal. L'orgueil des hommes triomphait presque toujours des émotions fortes. En tout cas, il les maintenait debout jusqu'à l'arrivée en chambre.

Une fois dans le couloir, ce fut au tour de sa femme de reprendre progressivement ses esprits.

— Quand pourrai-je aller voir ma fille ?

— Le plus tôt sera le mieux, madame, mais ce sont les médecins à qui elle a été confiée qui vont pouvoir nous le dire. Je me rends en néonatologie dès que vous êtes installée dans votre chambre. À mon retour nous discuterons de tout ceci.

— Pourquoi dites-vous « le plus tôt sera le mieux » ? demanda le papa. Elle a plus besoin de soins que de sa maman, non ? Chérie, tu dois te reposer aussi, on t'a fait une césarienne, ce n'est pas rien !

— Elle a autant besoin de soins que de votre présence, glissa Delphine.

Puis, en ouvrant la porte de la chambre, elle ajouta en observant la maman :

— Et réciproquement, j'en suis sûre.

Deux minutes plus tard, Delphine reprenait le chemin de la néonatologie pour prendre des nouvelles de bébé trente.

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Le Bonheur

"On ne possède pas le bonheur comme une acquisition définitive.

 Il s'agit à chaque instant de faire jaillir  une  étincelle de joie.

Ne l'oublions pas :

"Souris au monde et le monde te sourira"  -

(Soeur Emmanuelle)

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Secrets d'alcôve

 

 

 

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Rien que le vent et la terre
noirs comme la pupille 
Jusqu’à l'amer pétrifié 
C’est le monde qui rétrécit 
Le baiser sur la pierre 
Pose ses lèvres d’espérance
 

Est-ce parce que la terre a perdu son parfum

Est-ce parce qu'il n'y a plus de neige et les pas
Dans le blanc de tes yeux
Que l'on sent les embruns et leur chant
Au travers de la peau 


Le ciel pleure comme on murmure 
Alors que dans l'air sèchent la pluie 
Les fleurs et les oiseaux 
S'enfuient les orages 
Jamais les larmes retenues
 

J'écris d'un secrétaire de bois 
Entre ramures et hardes de mer  
Les secrets d'alcôve 
Dans les cris de la scie

 

 

B


 

 

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Il y a des nuits comme ça (2)

L'escorte des héros

Delphine savait très bien que sa chef infirmière la ferait surveiller de très près durant la garde, mais cela ne l'inquiétait pas. Ses compétences n'étaient pas en cause, et elle tiendrait le coup. Bertrand, qui coordonnerait les travaux jusqu'au retour de Maya le lendemain matin, était plus jeune qu'elle dans le service, mais il était expérimenté et assumait très professionnellement son statut de « second ».

D'ailleurs, en guise de mise en jambe, Maya avait fait un cadeau à Delphine :

— Monsieur ?

Il téléphone. La famille, sûrement. Stressé, le jeune papa.

Elle mit dans son sourire la promesse d'une bonne nouvelle.

— Oui, excusez-moi, dit-il d'un air gêné, je ne devrais pas utiliser mon portable...

— Vous êtes au bout du couloir, il n'y a aucun appareil électronique dans les environs, je ne vais pas vous gronder. Vous m'accompagnez ? Nous allons voir Lucas.

— Il y a du nouveau ?

— Oui. Vous allez pouvoir rassurer sa maman.

Delphine savait qu'il lui serait facile d'évacuer le stress de ce papa-ci. Merci Maya. Elle demanda :

— Je viens de prendre mon service. On dirait que Lucas est arrivé un peu fatigué ?

Elle lui fit raconter ce qu'en réalité elle savait déjà. Le travail avait été long, et à l'arrivée, la maman et son bébé étaient tous deux épuisés. Lucas était en hypothermie. Rien d'alarmant : le service de néonatologie l'avait sous sa garde depuis une heure et demie. Le temps d'y arriver, le papa avait terminé son histoire.

— Vous m'attendez ici ? J'en ai pour une minute.

Et Delphine pénétra dans le service.

Derrière la grande baie vitrée s'alignaient plusieurs couveuses. Certaines étaient faiblement éclairées, d'autres d'une lumière plus intense et tirant sur le violet. Plus loin, trois bébés dormaient sous un halo rouge.

— Bonsoir Cécile.

— Bonsoir Delphine. Tu viens faire tes courses ?

— Je suis arrivée à l'avance. Tu sais bien qu'avant dix-huit heures Maya ne m'autorisera même pas à remplacer une perfusion. Elle estime que je n'ai aucune bonne raison d'arriver plus tôt, alors elle m'offre une petite promenade.

— Sans commentaires... On manque de bras partout, donc tu tombes à pic. On m'a dit que toutes les salles de travail étaient occupées, et que deux mamans sont en salle d'op'... à trente semaines.

Deux prématurés. Ils avaient toutes les chances de se retrouver en néonatologie avant le lever du jour. Cécile était la pédiatre de garde : elle n'allait pas chômer cette nuit.

— Ça te fait déjà deux clients.

— Et toi deux mamans à rassurer. Bon, Lucas a retrouvé sa température normale, la saturation en oxygène est ok, il est grand temps qu'il voie ses parents.

— Et vice versa.

— En effet.... Et la fatigue reprendra vite le dessus... Je parie qu'il va dormir tout le temps durant les prochaines vingt-quatre heures. Dis à sa maman d'en profiter.

Delphine prit Lucas dans ses bras et l'entoura d'une couverture, puis elle le déposa dans un austère lit à roulettes. Lucas jeta ses petites mains vers le ciel. Derrière la grande baie vitrée, son papa dévorait la scène des yeux.

Elle sortit en poussant le lit devant elle.

— Allons-y. Lucas aura grand faim dans pas longtemps.

***

Ils ne tardèrent pas à arriver à destination.

— Il y a déjà un lit pour Lucas dans la chambre, je n'ai utilisé celui-ci que pour le trajet. Vous le prenez dans vos bras ?

Le papa accepta avec gratitude. Delphine aimait favoriser ces petites mises en scène : père et fils allaient pénétrer dans la chambre en héros.

— Je reviens dans un instant, dit-elle à mi-voix, car il avait déjà ouvert la porte.

— Chérie ? dit le papa. J'ai un cadeau pour toi.

***

En reprenant le chemin du service de néonatologie pour y rapporter le petit lit, Delphine se perdit dans ses pensées. Elle n'allait nulle part avec Marc.

Jamais je n'ai pensé à faire un enfant avec lui.

À cette idée, elle sentit son cœur réagir bizarrement, comme s'il s'était mis à tourner de travers, mais cela ne dura pas. Elle laissa trotter l'idée dans un coin de sa tête : il n'était pas question de s'appesantir sur le sujet, mais il n'était pas question non plus de le zapper.

Delphine avait suffisamment d'expérience pour savoir que les hommes et les femmes ne voyaient jamais vraiment les choses de la même manière. Aussi lorsqu'elle posait la question à chacun de ses petits amis : « qu'est ce qu'un homme et une femme qui s'aiment peuvent faire de plus beau au monde ? », jamais elle ne s'était vraiment étonnée lorsque chacun d'eux – y compris Marc – avait répondu « faire l'amour ». Elle avait aussi posé la question à ses amies et chacune avait répondu « faire un bébé ».

Delphine comprenait vaguement qu'en tirant de trop rapides conclusions sur de tels sujets, elle n'irait jamais nulle part dans sa relation avec les hommes et, son désir de maternité finissant par l'emporter, elle ferait tôt ou tard un bébé toute seule.

Laisse cela de côté, ma fille. Tu ferais bien de te concentrer sur ton travail.

Mais elle avait beau se le répéter, ses pensées partaient en vrille. Marc était le seul fiancé qu'elle ait « réellement mérité », comme disaient ses amis. En fait, c'était le seul après qui elle ait dû courir : tous les autres lui étaient tombés du ciel.

« Tombés du ciel, et boum, directement sous ton charme, évidemment, ils sont sonnés, les pauvres ! Tu peux les manger tout crus avant qu'ils ne reviennent à eux. »

C'était ce que Henri lui avait dit, quelques années plus tôt. Il était gynécologue. Delphine ne le voyait pas souvent, car il n'était pas affecté exclusivement à son hôpital, mais ils prenaient plaisir à prendre un café ensemble lorsque l'occasion se présentait.

Henri – et bien d'autres – le lui avait déjà dit : parmi les femmes du service, Delphine était la seule qui attirait le regard de tous les hommes, sans exception aucune.

— Même le mien, si tu veux savoir.

— Même le tien ? Je te trouve bien « cash » sur ce coup-là.

— Quoi ? Je dis ce que je pense, tout simplement. Tu ne crois quand même pas que je te drague ?

Delphine n'avait pas répondu car à vrai dire elle n'en savait rien. Ils étaient tous deux célibataires à cette époque, et Henri était un homme très séduisant. Elle n'avait ni ouvert ni fermé la porte, mais Henri n'avait jamais été plus loin. Leurs petits séjours à la cafétéria demeuraient leur unique partage.

Il y avait néanmoins une petite voix dans la tête de Delphine qui lui répétait que Henri devait avoir raison : elle plaisait aux hommes. Jamais elle n'avait eu à faire le moindre effort pour finir une soirée en agréable compagnie. Sous ses jolis cheveux noirs mi-longs se cachait une frimousse coquine, le plus souvent enrichie d'un sourire enfantin. Son corps était celui d'une gymnaste : souple, tonique, en perpétuel mouvement. Ses gestes étaient harmonieux et teintés d'une animalité toute féline. Les hommes plus âgés cherchaient en elle une petite protégée à couvrir de baisers, les plus jeunes imaginaient mille et une nuits de plaisir. Fidèle à sa manière d'envisager la vie, Delphine se soumettait avec délectation aux exigences des deux rôles. Ce faisant, elle n'avait jamais eu de petit ami de son âge, sérieux ou non, à l'exception de Marc.

Elle laissa le lit juste à l'entrée du service. Cécile s'affairait autour d'un nouveau venu. Elle fit demi-tour pour rejoindre Lucas et ses parents.

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Nous étions.....

                                                Nous étions....

 

 

 

Nous étions deux coeurs et deux âmes

amoureux de la vie tout en sachant bien que la vie ne serait pas éternelle....

 

Nous nous étions comme ces étoiles qui brillent dans la nuit

comme ces lumières au loin qui  scintillent, c'était hier , c'était nous....

 

On nous a malheureusement alors séparés

on nous a condamné à mourir pour qui pour quoi....

 

Pour être différent , pour ne pas correspondre à ce voulait la société

Condamné à vivre pour ensuite nous suprimer  notre liberté.....

 

Nous étions deux....chacune de nos émotions étaient semblables

Nos visages aussi , nos envies et nos colères se ressemblaient aussi....

 

ce soir là nous  espérions partir, lever les voiles

se laissant guider par le soufle du vent , s'évadant vers d'autres horizons

là où l'on accepte les autres , les pleurs , les rires , la différence aussi...

 

Mais cette fois là nous savions que ce serait les derniers moments

Les larmes pleins les yeux, les rêves au loin , ils nous restaient ,nous,

enlacés et ces mots que tu as prononcé ce soir là...ces mots

oui qui disaient ceçi...regarde la lune le soir et les nuits où je ne serais plus près de toi

                                    regarde bien et souviens toi que l'amour en nos coeurs jamais ils ne  prendront

                                    car l'on peut m'oter la vie mais pas mon âme et mon âme là haut veillera sur toi

 

                                    Nous , nous retournons peu à peu sur nos pas et allons rejoindre notre destin

 ce destin que certe l'on n'avait pas choisit , ce destin si injuste et horrible mais qui m'apprît une chose

c'est que le peu de temps vécu dans ce monde, m'a suffit à te connaître et à nous aimer.....

alors même si ce n'est que pour une courte durée je ne regrette en rien la vie ...ce qu'elle a bien voulu nous donner....

 

 

                                   Nous nous disons adieu , les larmes au fonds des yeux.....

 

 

 

 

 

 

 

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Regret furtif

 

Je me délecte certes, en demeurant passive,

Dans mon logis douillet où s’attarde la joie.

Rien ne me sollicite et encore une fois,

Ma liberté me semble une grâce excessive. 

 

Dans mon logis douillet où s’attarde la joie,

En taches étalées d’une lumière vive,

Ma liberté me semble une grâce excessive

.Sans être influencée, je peux faire des choix.

 

En taches étalées d’une lumière vive,

La tendresse s’invite et se love chez moi.

Sans être influencée, je peux faire des choix.

Je n’ai plus de scrupules à rester inactive.

 

La tendresse s’invite et se love chez moi.

Émue, je m’amollis,sans besoins qui motivent

Je n’ai plus de scrupules à rester inactive.

 Comme avant, j'aimerais chanter à haute voix. 

                             

6 novembre 2011

 

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Un choix venu de l'âme

 

En ce siècle où chacun s’écoute et se chouchoute,

Un amour se consomme, en festin, sur la route

On aime s’exposer à de nouveaux plaisirs,

On essaie de combler ses multiples désirs.

 

De crainte qu’en souffrance un bel amour s’achève,

On ne s’attarde pas, on fuit, on se protège.

Face au sort redouté car toujours incertain,

On profite de tout, on devient libertin.

 

Anachroniques sont les jeunes gens sensibles

Recherchant l’âme soeur, en rêvant d’une idylle

Qui les enrichira et comblera leur voeu:

Vivre libre, attentif, complice généreux.

 

Or, un appui ardent et inconditionnel

Nous semble dangereux s’il est irrationnel.

Aimer plus que soi-même est-ce une chose rare?

Dans la nuit, nous éclaire et nous rassure un phare.

 

                                                                        5 novembre 2011

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LA DANSE DES MOTS...

Les mots me font défaut parfois

Du déplaisir à trop d'émoi...

Ils ont perdu l'inspiration

Que me donne ma déraison!

 

Les mots sont partis en ballade

Et y rejoignent mes dérobades

Ils se cachent toute honte bue

Car sur l'amour ils n'ont plus vue!

 

Alors les mots se sentent brisés

Sur le roc dur de ma pensée

Ils ont perdu toute contenance...

Ils me demandent délivrance!

 

Les mots se sont glissés enfin

Jusqu'aux tréfonds de mon instinct

Ils ont retrouvé leur saveur...

Dans les larmes du fond de mon coeur!

J.G.

 

 

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