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Décès d’Hubert Nyssen

 

 

Décès d’Hubert Nyssen, fondateur des Editions Actes Sud

 

"les lettres françaises, le monde de l’édition et tous les amoureux de la parole qui fait sens, celle qui touche et élève l’homme, sont aujourd’hui orphelins d’un sage, d’un conteur et passeur de culture exceptionnel".

 

Bernard Rentier, recteur de l’Université de Liège

 

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administrateur théâtres

L'IMPROMPTU DE BERLIN,

Régalez-vous:

Imaginez le décor d'un théâtre et laissez-vous aller à goûter au plaisir de ce marivaudage  politique en alexandrins !

Que ceci nous change agréablement du mauvais français, des fautes d'orthographe et de  syntaxe qui abaondent à notre époque pressée!

Prenez autant de plaisir que moi à ce duel à fleuret moucheté et plein de sous-entendus : c'est tout le mal que je vous souhaite !

La scène se passe dans les jardins du Château Bellevue, à Berlin.

 

(ANGELA VON MECKLEMBURG et NICOLAS DE NEUILLY
se sont discrètement éclipsés de la réception offerte par le roi de Prusse.
On entend, au loin, les accents du quatuor de Joseph Haydn.)


NICOLAS DE NEUILLY :
Madame, l'heure est grave : alors que Berlin danse,
Athènes est en émoi et Lisbonne est en transes.
Voyez la verte Erin, voyez l'Estrémadoure,
Entendez les Romains : ils appellent au secours !
Ils scrutent l'horizon, et implorent les Dieux.
Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux
Attendent de vous, madame, le geste généreux !
De leur accablement ils m'ont fait l'interprète :
Leur destin est scellé, à moins qu'on ne leur prête
Cet argent des Allemands sur lesquels vous régnez.
Cette cause est bien rude, mais laissez-moi plaider...

ANGELA VON MECKLEMBURG :
Taisez-vous Nicolas ! Je crois qu'il y a méprise.
Folle étais-je de croire à une douce surprise.
En vous suivant ici seule et sans équipage
Je m'attendais, c'est sûr, à bien d'autres hommages !
Mais je dois déchanter, et comme c'est humiliant
De n'être courtisée que pour son seul argent !


NICOLAS :
Madame, les temps sont durs, et votre coeur est grand,
Vos attraits sont troublants, mais il n'est point décent
D'entrer en badinage quand notre maison brûle !
Le monde nous regarde, craignons le ridicule !
Notre Europe est malade, et vous seule pouvez
La soigner, la guérir et, qui sait ? La sauver !
Nous sommes aujourd'hui tout au bord de l'abîme ;
Vous n'y êtes pour rien, mais soyez magnanime !
Les Grecs ont trop triché ? Alors la belle affaire !
Qu'on les châtie un peu, mais votre main de fer
Est cruelle aux Hellènes, et nous frappe d'effroi !

ANGELA :
J'entends partout gronder, en Saxe, Bade ou Bavière,
L'ouvrier mécontent, le patron en colère.
Ma richesse est la leur, ils ont bien travaillé.
L'or du Rhin, c'est leur sueur et leur habileté.
Et vous me demandez, avec fougue et passion,
De jeter cette fortune au pied du Parthénon ?
Ce serait trop facile et ma réponse est NON !

NICOLAS :
On ne se grandit pas en affamant la Grèce,
En oubliant Platon, Sophocle et Périclès !
Nos anciens nous regardent, et nous font le grief
D'être des épiciers et non pas de vrais chefs !
Helmut Kohl est furieux et Giscard désespère.
Un seul geste suffit, et demain à Bruxelles
Desserrez, je vous prie, le noeud de l'escarcelle !

ANGELA :
Brisons là, je vous prie, la nuit est encore belle.
Votre éloquence est grande et mon âme chancelle...
Mais si je disais oui à toutes vos demandes
Je comblerais la femme, et trahirais l'Allemande !

(Ils s'éloignent, chacun de son côté...)

Luc Rosenzweig

(ancien journaliste de Libération,
ancien rédacteur en chef du Monde,
aujourd'hui écrivain)

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Lettre de ma fille ...

 Maman,

 

Tu fais tellement pour moi...et pas juste pour moi,non, il faut en plus que tu penses aux autres avec une énergie, quel courage!,quelle patience !

Tu es EXTRA et des mamans comme toi , et bien il n'y en a pas deux ,et je t'admire, te suis reconnaissante, je t'aime .

J'aime ma maman mais aussi la femme que tu es .

Il y a quand même une petite chose qui me dérange,m'ennuie et me chagrine parfois ...ton bonheur à toi dans tout ça ?

As-tu le temps de penser à toi ? Juste à toi ! Voilà pourquoi je culpabilise souvent, je me dis mais enfin merde , elle devrait m'envoyer  bouler ( pas tout le temps quand même , lol ),penser à elle, vivre sa vie ...

Je ne dis pas que je te pense malheureuse mais ...enfin , le ciel va certainement te faire de merveilleux cadeaux prochainement et réaliser tes voeux !

J'avais besoin de te le dire , j'ai pensé à toi tout l'après-midi.

Je vais t'envoyer une carte pour Philippe, je suis touchée par ce qui lui arrive ,c'est fou qu'un homme si bon n'a jamais eu droit au bonheur , je n'arrive pas à comprendre, j'aime tellement cet homme,il compte pour moi...J'ai appris avec lui qu'il faut vivre ses rêves, toujours avancer car il se peut qu'un jour il soit trop tard ...enfin un tas de choses ,vraiment...

Allez zou, je file ,vais faire le vide et je prie pour le bonheur de chacun .

Signé: La fille dont toutes les mamans rêvent .

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administrateur théâtres

Confidences trop intimes  de Jérôme Tonnerre

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Parce qu'elle s'est trompée de porte, Anna s'est retrouvée à confier ses déboires conjugaux à un conseiller fiscal, William Faber, coincé, cravaté et blême. Touché par sa détresse - troublé aussi - l'homme n'a pas le courage de lui avouer qu'il n'est pas psy, contrairement à son voisin de palier. De rendez-vous en rendez-vous, de confessions en confessions, un étrange rituel s'instaure entre eux, les rendez-vous s’amoncellent. L’addiction mutuelle s’installe. William est à chaque fois ému par la jeune femme, et fasciné d'entendre ce qu'aucune femme ne livre jamais.  Qui est donc Anna ? Qui est dupe ? Qui joue  quel jeu ? Le  psy qui habite à côté, finit par faire une thérapie d’Anna par procuration en recevant William contre espèces sonnantes et trébuchantes.  Ce sont les moments les plus savoureux ! Le psy est point pour point celui qu’on imagine dans les caricatures les plus délirantes.  Le psy : « N’oubliez pas, le premier organe sexuel, c’est l’oreille ! » Et alors que William veut soudain abandonner son aventure amoureuse à peine amorcée…il lui souffle : « La pureté analytique vous interdit de changer de rôle ! » Et autres balivernes succulentes de psy.

 

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Ce sont donc les deux personnages secondaires  qui donnent du relief à ces rencontres: l’ex- femme de William : Jeanne, chaleureuse, et gentiment jalouse de la mystérieuse visiteuse, et ce psy magnifiquement campé, caustique à souhait  et interprété avec excellence par Michel Israël.

Mais à la manière des thérapies, la pièce piétine, barbotte un peu. Il y a de bons mots, de fines réparties, des mystifications. Mais la succession des scènes alternativement dans le même décor des appartements jumeaux dotés des mêmes meubles - une fois chez le psy une fois chez le fiscaliste - rendent l’affaire un peu monotone. Soulignons par contre la qualité de la musique : entre valses de Vienne, Hitchcock et «  in the mood for love », celle-ci donne à l’ensemble   un modelé pittoresque.

 La valse hésitation de William s’éternise cela fait rire intérieurement ou attire la compassion sur ce  personnage grave qui a oublié de vivre.   Affublé d’une cravate sévère, vieux garçon rangé  et méthodique,  il ne se départit que rarement de son sérieux d’enfant sage et triste, comme s’il était  puni par la vie et  imperméable au désir.   Deux fenêtres blêmes deviennent presque des personnages à part entière. Elles l’ont vu naître,  le surveillent et  le feront enfin sortir de ses gonds.

 L’air de rien, sans y toucher,  c’est quand même lui, William, qui  a  patiemment reconstruit Anna, incapable de se passer de ses cigarettes jusqu’à sa guérison. Anna est  son Pygmalion, mais on  aurait  néanmoins souhaité à William une rencontre avec une fille de plus d’épaisseur, de verve et de charme, pour faire drôle plutôt que doux-amer. Qu’elle eût été  plus malheureuse de sa relation perdue avec son mari, plus affolée, plus désespérée aurait donné  un peu de sauvagerie à ce vaudeville de divan par ailleurs bien mené.  

 

CONFIDENCES TROP INTIMES

de JÉRÔME TONNERRE d’après le film de PATRICE LECONTE
Mise en scène: BERNARD YERLÈS / avec ALAIN LEEMPOEL, CATHERINE CONET , HÉLÈNE COUVERT et MICHEL ISRAËL

 

DU 27/10/11 AU 03/12/11

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Le besoin d'être vertueux

 

Pour être juste et respectable,

Selon les efforts que l’on fait,

On se sent plus ou moins parfait.

Certains sont tout juste acceptables.

 

Les gens qui ont peu de besoins,

Une âme pure et charitable,

l’humeur heureuse et enviable,

N’ont pas mérité de bons points.

 

C’est en combattant des penchants,

Condamnables ou pernicieux,

Qu’un être devient vertueux,

N’a plus l’envie d’être méchant.

 

La vertu nous semble vieux jeu.

Parfois reçue en héritage,

Elle conditionne, rend sage

Et même, paraît-il, heureux.

 

13 novembre 2011

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La Tour

Je voudrais une haute tour

Et m'affronter au gré du parchemin

Redécouvrir la source et le chemin

L'Ordre initial au pic d'un Autre amour

Sans entraves ni liens.

 

Je suis dans l'ombre et le secret des jours

Où la lumière n'atteint pas

Par delà l'ordre et le chaos s'enracine mon choix

Il n'est d'instant si court

Qui puisse autant que lui se défendre.

 

Je t'en prie ne viens pas

Ne viens pas si tu viens pour me prendre

Espère simplement reconnaître

Lac ou miroir ou méandre

Marche au bord, assieds-toi

Ecoutes puis regardes sans rien attendre

 

S'il se peut l'eau te découvrira la tour

D'un palais plus ancien que les nuits et les jours

Le palais sous-marin, le lac, la haute tour

Pas plus tienne que mienne , il n'y a rien autour

Rien qui vaille la peine

 

La coupe et l'échanson

Reste assise et en paix puis bois dans le silence

Sans chercher à connaître et demeures en patience

Peut-être entendras-tu quelqu'un t'appeler par ton nom.

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Il y a des nuits comme ça (10)

Caféine

Delphine était assise sur une chaise à roulettes, au beau milieu du camp de base. Bertrand la sermonnait.

Il l'avait retrouvée près du distributeur de boissons fraîches, près des blocs opératoires du sous-sol. Elle avait collé son dos à la machine, comme pour en capter la fraicheur.

La voix de Bertrand était lointaine, mais elle captait l'essentiel de ses propos. Henri n'intervenait pas, mais à en juger par son expression, il n'en pensait pas moins.

De toute façon tu m'as déjà engueulée suffisamment pour cette nuit.

Bertrand continuait. Delphine en déduisit qu'elle avait enfin arrêté de penser tout haut.

Elle se leva.

— Je monte.

Bertrand répliqua illico.

— Tu ne vas nulle part.

— Je monte prêter main forte à Cécile.

Henri monta au filet :

— C'est hors de question, Delphine, surtout après ce que tu as dit face aux parents de bébé trente.

— Henri, on a bien laissé la maman de Noémie toute seule, non ?

— Cela n'a aucun rapport.

— Ben voyons. Elle a perdu son bébé. Moi j'ai seulement dit ce que je pensais. Qui de Sahar ou de moi est vraiment à surveiller ?

Silence. Delphine écarquilla les yeux :

— Tu ne crois quand même pas que je pourrais faire une connerie volontairement ?

Silence, à nouveau.

— Henri, réponds-moi. Tu le crois ?

— Non. Mais en revanche je ne te crois pas capable de poser le moindre acte. Rentre chez toi.

— File, ajouta Bertrand. Ces gens sont des emmerdeurs. Même Maya le comprendrait tout de suite. Il ne s'est rien passé. Je te couvre.

— Non.

— Tu n'as pas bien compris, Delphine. Je te couvre si tu disparais à l'instant.

L'infirmière sentit une fois encore la vague de froid l'envahir. Elle réfléchit, puis lâcha :

— Si je rentre maintenant, vous ne me verrez plus. Le temps se sera arrêté à la mort de Noémie. Je ne voudrai pas revenir. Vous ne pouvez pas m'imposer ça.

Henri acquiesça discrètement.

— Laisse-moi m'occuper de Noémie et de sa maman, Bertrand. Juste elles deux.

Bertrand hésita.

— Juste elles deux. S'il te plait.

***

Delphine perdait ses yeux noirs au fond de sa tasse de café.

Elle s'était rendue en néonatologie et avait habillé Noémie. Ensuite, durant le reste de la nuit, elle s'était occupée de Sahar. Elles avaient peu parlé, mais s'étaient longtemps tenu la main. Les antibios étaient à l'œuvre.

Henri avait tenté de calmer les parents de bébé trente. Il n'avait pas réussi. Mais en revanche ils ne s'étaient pas décidés à quitter l'hôpital.

C'était le moment du café avant de retourner à la maison. Le chirurgien et l'infirmière se faisaient face.

La fatigue et la tristesse avaient transformé Delphine en un bloc de sable mouillé. Elle se sentait sale, lourde, raide, et surtout d'une laideur sans nom. Le froid l'avait quittée au petit matin.

Henri tendit la main, et lui souleva le menton comme si elle avait sept ans. Le regard de Delphine mit du temps à se fixer sur lui.

— Il y a des nuits comme ça, Delphine.

— Ce n'est pas ma nuit.

— Elle est terminée. Tu l'oublieras.

Lorsqu'il avait lâché le menton de Delphine, Henri avait déposé ses mains sur celles de la jeune femme. Une pensée traversa fugitivement son cerveau : les mains de cet homme étaient la dernière source de chaleur de son petit monde en déclin. Déjà elle ne pensait plus à rien.

— Delphine ?

Les yeux tristes de Delphine restaient secs. Ils étaient plantés dans les yeux d'Henri.

— Delphine ? Allô ? Tu es avec moi ? Tu te sens mal ?

Elle articula avec difficulté :

— J'ai peur.

Enfin elle détacha son regard du médecin. Elle but une gorgée de café.

— Je ne sais plus ce que je dis.

— Tu as peur de quoi ?

— De rester seule.

— Tu veux dire... de rentrer seule ?

— Non. J'ai peur de rester seule le reste de mes jours. Cela n'a rien à voir avec cette nuit. Je rate toujours tout avec les hommes.

Henri serra doucement les mains de Delphine dans les siennes.

— Au moins tu ne penses plus à cette nuit. C'est déjà ça. Tu ne crois pas que tu devrais réfléchir à cela après huit heures de sommeil ? Ce n'est pas parce que tu es en froid avec Marc que tu rates tout avec les hommes.

Huit heures de sommeil. Dormir. En solo ? Avec Marc ? Avec Henri ?

— Peut-être, s'entendit-elle répondre.

— Et tu vas faire comme nous le faisons tous : laisser ici tout ce que nous avons vécu cette nuit.

— Je sais.

Mis à part la main de Sahar sur le bras de sa fille.

— Tu es seul pour l'instant ?

— Tu veux dire : célibataire ? La réponse est oui.

Henri avait répondu sans attendre. Delphine se dit qu'il s'attendait à sa question. Mais depuis combien de temps ?

— Je peux dormir avec toi ?

— Si tu veux.

À nouveau : aucune hésitation dans sa voix.

Il se leva. Elle termina son café en vitesse. Il lui tendit la main et la garda dans la sienne lorsqu'ils sortirent de l'hôpital.

Au-dehors, le vent s'était levé. Le ciel était gris foncé, mais il n'y avait aucune pluie. Les cheveux de Delphine s'agitaient devant son visage.

Le sable dont je suis faite sèche à vue d'œil. La première bourrasque va me disperser.

Henri garda le silence jusqu'à sa voiture.

— Je te suis ? demanda Delphine.

Il se tourna vers elle et l'embrassa. Elle se serra contre lui. Ses lèvres étaient d'une infinie douceur. Delphine sentit enfin la pesanteur l'abandonner quelque peu.

— Je peux te poser une question, Delphine ?

— Tu veux savoir si je ronfle ? De quel côté du lit je dors ?

— Est-ce que je peux te poser une question ?

Delphine prit le temps de le regarder, tenta d'anticiper sa question. Rien de grave dans son regard. Elle crut même deviner un vague sourire au coin de ses lèvres.

— Oui, tu peux.

— Tu te souviens de votre première fois, avec Marc ?

Delphine s'entendit répondre avant même d'avoir vraiment compris.

— Oui, comme si c'était hier...

— Tu pourrais m'en citer la date ? Le lieu ?

— … Oui... où veux-tu en venir ?

Le sourire d'Henri s'élargit quelque peu.

— Dis-moi sincèrement, Delphine, y a-t-il une seule chance que tu te souviennes de notre première fois ?

Elle fronça les sourcils. Henri ne lui laissa pas le temps de répondre :

— Comprends-moi bien. Je ne reviendrai pas sur ce que je t'ai promis. Si tu m'accompagnes, je veux que tu le fasses en pleine connaissance de cause.

Les yeux noirs de Delphine se durcirent :

— Tu n'es pas amusant du tout. Pourquoi m'as-tu embrassée ?

— Parce que j'en avais envie. Parce que tu es une très jolie femme, et que, comme toi, j'ai envie de prendre une revanche sur cette nuit de merde.

Delphine ne savait plus que dire.

— Je t'aide un peu ? demanda-t-il.

— ...Pardon ?

— Je t'aide à prendre une décision ? Je te dis ce que j'en pense ?

Sur le visage de Delphine vint se peindre un petit « oui » discret.

— Je pense que s'il y a la moindre chance que Marc soit là à ton retour, tu ne devrais pas la manquer.

— Donc tu ne veux pas de ma compagnie.

— Si, mais tu l'as dit toi-même, Delphine : ce n'est pas ta nuit.

— Et alors ?

— Alors tu peux m'appeler après ton explication avec Marc, si tu te retrouves toute seule.

— Et si Marc n'est pas là quand je rentre ?

— S'il n'est pas là, c'est un enfoiré.

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La mort de Monsieur B.

Ceci est l'hommage d'un journaliste à un homme que j'ai connu ...et aimé .

 

André est mort à 83 ans..

Je l'appelle par son prénom pour la première fois de ma vie . Avant , jamais je ne me serais permis.

C'était Monsieur B.La différence d'âge et le respect m'en empêchait. Le personnage est resté intact dans mon souvenir,  avec sa haute stature et sa voix qui portait, un peu comme de Gaulle. C'était il y a longtemps, quand nous usions nos culottes sur les bancs de la communale avec mon copain Philippe.

Le papa de Philippe avait beaucoup de prestance, il m'en imposait et pourtant je n'étais pas du genre tranquille.

"Une forte tête', disaient mes parents. Mais, devant lui, je m'écrasais. J'étais d'autant plus docile qu'il avait la plus jolie femme du monde-après ma maman- et que son prestige n'en était que plus grand .

J'ai passé chez eux mes plus belles vacances, dans un chalet dont je me jurais d'en possèder un aussi beau quand je serais grand. Difficile d'en parler en quelques lignes.

Disons que tout était découverte et joie de vivre. On n'a pas tous les jours dix ans.

Mon regret est de n'avoir pas tenté de sauter par-dessus ce fossé qui se creuse quand les enfants grandissent.

J'ai eu souvent envie de partir à sa recherche, simplement pour le saluer et lui dire combien j'avais été heureux à cette époque, quand nous jouions dans les bois et qu'il venait nous rechercher à grands coups de pied symboliques aux fesses.

Mais il y a eu le temps du boulot, la vie .

Il y a des avis nécrologiques qui vous bourrent de remords .

Fantasio.

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Lettre à… la Comtesse de Ségur

Lettre à… la Comtesse de Ségur

Madame la Comtesse,

Vous avez bercé mon enfance avec vos belles histoires, de « L’auberge de l’Enge Gardien » au « Général Dourakine », et passant par « Les malheurs de Sophie » et bien d’autres titres.

En fait, Sophie, c’était vous, puisque vous êtes née Sophie Rostopchine en 1799 en Russie. Vous êtes la fille du Comte Rostopchine, ministre du tsar et gouverneur de Moscou. Vous passez toute votre enfance dans le domaine de Voronovo, qui appartient à votre famille. On prétend que votre père aurait fait incendier Moscou devant l'armée napoléonienne pour empêcher le ravitaillement. Votre famille tombe alors en disgrâce et doit quitter le pays pour se réfugier en France en 1817.
En 1819, vous épousez le Comte Eugène de Ségur. Lors de votre voyage de noces, vous remarquez un joli château en briques roses près de L'Aigle. Les bouleaux du parc vous rappellent votre domaine de Voronovo. C'est le domaine des Nouettes à Aube (Orne). Votre père vous l’offre et vous vous y installez. Négligée par votre mari, souvent à Paris, vous vous plaisez bien à Aube.

Votre biographie dit encore de vous : « Elle aura 8 enfants dont 5 naîtront aux Nouettes. Quand ses petits enfants naîtront, comme beaucoup de grand-mères, elle leur racontera des histoires. Et quand Camille et Madeleine ("Les petites filles modèles") devront partir pour Londres où leur papa est nommé, elle commencera à écrire toutes les histoires qu'elle raconte. C'est comme cela que Sophie de Ségur, née Rostopchine, devint écrivain à plus de cinquante ans. Rapidement, ses petites histoires deviennent célèbres. Elle publie plus de 20 romans dans la bibliothèque rose mettant en scène des enfants dans leur vie quotidienne. Chez la Comtesse, le bien l'emporte toujours sur le mal et on peut toujours corriger ses défauts. Ses récits restent toujours appréciés des enfants. La Comtesse de Ségur meurt à Paris en 1874. Maintenant l'école d'Aube porte son nom en son honneur.”

Et je peux attester, personnellement, que bien des enfants ont imé vos histories, chère Comtesse de mon enfance. C’est même vous qui m’avez donne le goût de la lecture, autant le dire, avant que je ne passe à Jules Vernes, Paul Féval, Victor Hugo et bien d’autres, comme vous l’imaginez.

Mon goût de la lecture m’aura appris bien des choses, car il est bien connu que c’est dans les livres que l’on apprend, pas vrai ?
Les vôtres ont eu longtemps ma préférence, et quand j’y repense, c’est toujours avec un petit pincement doux au cœur… qui pourrait s’appeler nostalgie, sans doute.

Merci à vous, Madame la Comtesse, avec mes hommages.

Léo

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Tournesols,

 

C’est une brûlure de vous aimer

qui donne froid à perpétuité.

 

Un soleil de juillet par l’hiver paré,

tout blanc, fermé,

 indifférent aux tournesols du monde.

 

Déboussolé, désamouré !

 

C’est se perdre à quelques gares de vous,

le mot qui dirait tout

ne jamais le trouver,

point vous toucher alors

ni même vous atteindre.

 

Mais vous attendre.

 

Etre seule,

pleine pourtant de vous.

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"Lettre à… Monsieur Perrault"

Lettre à… Monsieur Perrault

 

Monsieur Perrault,

Pas Pierre, le poète et cinéaste canadien, ni Claude, le médecin, mais Charles, frère de ce dernier et écrivain français qui signa de si beaux contes.

Permettez-moi de faire ici le compte des Comtes de vos comptes… sans autre références aux Princesses et Princes, bien plus nombreux d’ailleurs.

En fait… je ne sais même pas s’il y en a, des Comtes, dans vos contes ?
Vous peut-être, qui avez signé vos « Contes de ma mère l’Oye » par Perrault d’Armancour, nom de votre fils, en fait.

Je vais donc vous en conter un, bien à moi :

« Il était une fois (c’est un peu belge ça ‘une fois’, non ?) un Comte qui comptait se rendre compte si ses comptes étaient bons…
En fait, il aimait une Princesse dont il voulait faire sa Comtesse, mais le Roi voulait que sa fille soit riche, et le Comte l’était, mais… un peu juste : c’est pourquoi il faisait des comptes, comptant convaincre le Roi. »

Oui, enfin, ce n’est pas terrible, vous avez raison, Monsieur Perrault : vous êtes bien meilleur que moi comme conteur, c’est sûr.

Revenons donc à notre compte, qui pourrait faire penser à  boni, cash, cote, don, état, faux, item, note, prix, redu, taux, taxe, actif, avoir, bilan, débet, débit, devis, folio, gérer, index, liste, point, poste, régie, rejet, solde, somme, total, virer, calcul, nombre, relevé, facture, mémoire, quotité, rapport, addition, comptant, compteur, créditer, croupier, effectif, mécompte, quantité, réaliser, relation, résultat, soiriste, virement, apurement, catalogue, comptable, dénombrer, manifeste, précompte, règlement, surnombre, commettant, contingent, dépouiller, duodécimal, grand-livre, compte-rendu, douloureuse, énumération (comme je le fais), explication, liquidation, recensement, supputation, comptabilité  ou dénombrement, et disons-nous bien que si’il s’agit d’un conte, ce n’est donc pas une colle, ni une fable, un ragot un récit, ou un roman, un bateau, un bobard, une bourde, encore moins un canard, un cancan, une craque ni un fabliau, mais bien une petite histoire, parfois un mensonge, jamais une nouvelle, ni une billevesée, ni même un feuilleton.

Je reviens donc, Monsieur Perrault, à votre Marquis de Carabas ou au Chat Botté de mon enfance, et vous remercie de m’avoir fait rêver…

Qu’il s’agisse de la Barbe Bleue, de Cendrillon et sa pantoufle de Vair, du Petit Chaperon Rouge, sa Mère’Grand et son grand méchant Loup, de la Belle au bois dormant et son aiguille fatale, du Petit Poucet et ses cailloux blancs, du Chat Botté déjà nommé, de Riquet à la Houppe, un « Tintin » avant l’heure, ou des Fées, ou même des Souhaits Ridicules, de Grisélidis ou de Peau d’Ane… vous m’avez incontestablement fait rêver, comme tant d’enfants avant moi, ceux de ma génération et peut-être encore ceux à venir !

Bref, en un mot comme en cent :

Merci Monsieur Perrault.

Léo

 

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Un enfant dans la ville

Chers ami(e)s artistes,

Je serai très heureuse de pouvoir partager un instant particulier avec ceux d'entre vous qui pourraient être présents le samedi 10 décembre, chez Interparking, 8 rue de la Vierge Noire à 1000 Bruxelles où Maxime Loiseau, un tout jeune musicien de la Faculté de Musique de Rouen m'accompagnera pour une performance picturale, en public, à partir de 16h30. Venez nombreux car cela est une bonne action en faveur de Child Focus.Vous serez invité(e)s à participer à la création de la toile...

Artistiquement.

Josiane

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MARC AZEMA & LA PREHISTOIRE...DU CINEMA

Marc AZEMA est un Docteur en Préhistoire, spécialiste de la grotte Chauvet ; il est en relation avec les grands préhistoriens français, de plus, c'est un ami de mon ami Stéphane Kowalczyk qui a tourné quelques séquences du DVD d'accompagnement.

Son hypothèse est celle de l'invention, à la Préhistoire, par l'homme moderne, ...du cinéma!!!

 

Un farfelu échappé de l'asile?

 

Regardez plutôt sur l'annonce de son livre, le passage avec la rondelle avec deux dessins : un sur chaque face, qui déjà amusait notre ancêtre...

 

Le livre est accompagné d'un DVD...

 

 

 

Le livre:

 

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Savez-vous qu’il existe, dans le monde moderne, un peuple d’envahisseurs ?

Ils sont tellement bien intégrés, qu’ils ne se cachent même pas et que personne ne s’inquiète de leur prolifération… Bien au contraire, tout doucement, ils finissent par nous coloniser.

Si nous n’y prenons garde, nous leur ressembleront tellement que nous finirons par prendre tous la même couleur.

Ils épousent nos enfants… Entrent dans nos maisons… Se reproduisent à l’infini…

Ils envahissent nos cœurs et nos cerveaux… Du métissage qui n’engendre que des défauts contrairement au mélange des peuples qui nous apporte les couleurs de la culture et des différences…

Ceux là sont nocifs… Pire encore puisqu’ils sont toxiques : à leur contact, nous devenons suspicieux, égoïstes, tristounets, agressifs… et j’en passe.

Notre Phoenix, bien différente, s’offusque à chaque fois qu’elle en croise un…

Ah oui, je ne vous ai pas (encore) dit comment cette peuplade se nommait : les Savatois !

On les reconnaît facilement : quand on les rencontre au hasard des rues, des courses ou des mondanités, ils vous disent immanquablement mais sous des formes variées « Bonjour, comment ça va ? ». Ou bien « Comment vas-tu ? ». Ou encore, et c’est de là que vient leur nom, « Ca va toi ? »

Vous me direz qu’ils sont bien polis et que c’est agréable que quelqu’un s’intéresse à notre petit égo… En effet, ce serait bien s’ils en attendaient la réponse… Mais non, ils poursuivent leur chemin… Ou pire encore… Ils vous parlent systématiquement d’eux… Même si vous aviez répondu par la négative à ce qui précède.

Ce sont ceux-là les pires… Ils deviennent sourds et pas de remède à cela… Aucun sonotone ne parvient à leur faire entendre les sons de l’âme… Ils finissent par se replier sur eux-mêmes, la tronche renfrognée… Avant de contaminer leur entourage…

Pour éviter ce risque, Phoenix a commencé par faire le tri des zamis et connaissances…

Tant qu’à faire, pour revenir dans le monde réel, autant que ce soit dans les meilleures conditions possibles…

Quand quelqu’un lui demande comment elle va, elle ne répond pas. Et si son interlocuteur ne lui repose pas la question, preuve qu’il ne s’y intéresse pas vraiment, eh bien, elle passe son chemin.

Certains disent qu’elle a beaucoup changé… Peut-être, mais elle se sent bien mieux, Merlin, Nymphea et les Poupées magiques l’ont beaucoup aidée…  Si l’enchanteur lui manque, elle est bien plus forte maintenant.

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"Lettre à… Sakineh Mohammadi Ashtiani"

Lettre à… Sakineh Mohammadi Ashtiani



Madame,

« Et 99 coups de fouet de plus », viens-je de lire dans mon journal à votre encontre !
Il n’était donc pas suffisant de vous condamner à être « lapidée à mort » (sic), il fallait encore vous fouetter avant cela ?

Dans quel pays barbare et à quelle époque vivez-vous donc ?

Est-ce il y a deux mille ans, au temps de Jésus ? Lui qui avait dit à ses bourreaux : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre »…

Non, il ne s’agit pas d’une histoire ancienne que j’évoque ici, mais bien d’un « fait divers » bien d’aujourd’hui, et qui se passe en Iran, pays de l’obscurantisme par excellence semble-t-il…

Accusée « d’adultère et de complicité de meurtre », vous devriez être lapidée à mort, comme je le disais plus haut, mais le monde entier s’insurge, avec raison, contre une telle sentence moyenâgeuse, qui choque le monde occidental tout entier, à commencer par le Vatican qui a protesté énergiquement : « La position de l’Eglise, opposée à la peine de mort, est connue et la lapidation en est une forme particulièrement brutale » a souligné le Père Federico Lombardi.

La vaste campagne internationale de protestation vous a évité provisoirement ce châtiment d’un autre âge, mais « suspendu ne veut pas dire annulé » a souligné votre fils dans un entretien avec Bernard-Henry Levy pour le journal « Libération » (le si bien nommé ! ).

J’espère, comme des milliers, et sans doute des millions d’hommes et de femmes avec moi, que vous serez acquittée d’un châtiment injuste, infligé dans un mauvais procès. Votre pays montrerait ainsi enfin une ouverture à la démocratie et la modernité… dont il a tant besoin.

Mais l’ « égalité » est-elle de ce monde ? N’y a-t-il pas toujours des « forts » pour écraser les « faibles » ?

Si l’Islam est la « religion d’amour » qu’elle prétend être, peut-être avez-vous une chance ?

Je vous salue, madame, et prierai pour vous.

Léo

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"Lettre à... ma mère"

Lettre à... ma mère

 

Chère Maman,

Comment ne pas commencer par toi cette série de lettres ?
Tu es celle qui le mérite le plus, sans aucun doute, et pour des tas de raisons.

Et d’abord, pour m’avoir mis au monde, c’est sûr ! Je ne m’en souviens certes pas, mais pour toi ce fut d’abord une souffrance, j’imagine, surtout que c’était la guerre, et que rien n’était facile à cette époque.

Mais bon, tu avais papa et ma sœur aînée, et la vie devait te paraître belle, malgré tout. Tu donnais un fils à l’homme que tu aimais. Un « héritier » ! Et il était si fier, paraît-il…
« Paraît-il », car il n’a jamais pu me le dire, où alors j’étais si jeune qu’il a fallut que tu entretiennes sa mémoire auprès de nous, ses enfants. J’avais à peine trois ans et demi quand il nous a quittés.

Veuve à trente ans, avec quatre enfants en bas-âge : tu étais plainte de tous, évidemment, mais tu as courageusement relevé le défi, et tu nous as élevés seule… 

Oh, maman, comme tu as du souffrir de tout cela !

Mais courageusement toujours, tu t'es mise à la tâche, sans faiblir...

Suivi alors une longue période où chacun de nous, tes enfants, faisions nos armes, face à la vie, toujours avec toi comme seule référence, mais tu étais solide comme un roc sur lequel nous pouvions nous appuyer.

Pourtant, bien plus tard, quand nous fûmes tous « casés », en quelque sorte, tu retrouvas le bonheur conjugal auprès d’un homme dont la longue amitié, qui datait déjà du temps de papa, vous a fait rejoindre pour une fin de vie commune, et ce fut un bonheur de quinze belles années avant que la mort ne l’emporte à son tour.

Toi, après cela, tu m’apparus de plus en plus désarmée et fragile…

Commençait alors le temps où la vie inverse un peu les rôles, faisant des enfants les protecteurs de leurs parents.

Quand, après quelques années encore, ton cœur fit mine de lâcher et qu’une opération semblait devoir te remettre d’aplomb, un stupide virus eu raison de toi après une lutte courageuse d’un mois, nous laissant à jamais orphelins de toi, mes sœurs et moi, inconsolables, car la perte d’une mère telle que toi, on ne s’en remet jamais tout à fait, même si l’on apprend à vivre avec ton souvenir.

Ton souvenir…

C’est lui, sans doute, qui m’inspire cette lettre comme un chant d’amour filial à une mère toujours aimée, par-delà la mort et en attendant de te rejoindre « de l’autre côté » de ce fleuve inconnu.

Un jour, moi-aussi je le traverserai, et là, je te retrouverai dans l’Amour Infini, celui de notre Créateur.

A-Dieu donc, maman. 

Je t’aime…

Léo

 

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Il y a des nuits comme ça (9)

Cauchemar

Delphine avait gratifié les parents de bébé trente d'un « je suis à vous dans un instant » poli mais sans appel, puis une fois arrivée au camp de base s'était elle emparée du téléphone.

— Cécile ? Maman Noémie a une pneumonie.

— Cécile est auprès d'elle.

C'était la voix de Bertrand.

— Que fais-tu là ?

— Je l'aide. Noémie est en arrêt cardiaque. Rapplique.

Non ! Merde, pas cette nuit !

Derrière elle, les parents de bébé trente s'encadraient dans la porte d'entrée du camp de base.

***

Delphine expliqua rapidement aux parents de bébé trente que le service de néonatologie ne pourrait pas les accueillir tout de suite. Une urgence. Un autre enfant. Pas le leur. Elle viendrait les chercher.

Elle se mit à courir dans le couloir, ignorant les propos scandalisés du couple.

Je vais me les faire avant la fin de la nuit, ces deux-là.

La chambre de maman Noémie était ouverte.

— Henri ?

— Je suis là.

— Tu peux venir un instant ?

Elle l'entendit murmurer un « je reviens » rassurant, puis le vit se présenter à l'entrée de la chambre. Sa tête changea lorsqu'il posa le regard sur elle. Elle mit deux doigts en forme de « V » sur son cœur. Il l'interrogea tout bas :

(– Arrêt ?)

Elle fit oui de la tête.

(– On monte. File devant.)

Elle courut vers les escaliers.

***

Delphine se demandait pourquoi Henri était si pressé de retourner en néonatologie. Après tout, seule Cécile avait autorité pour laisser maman Noémie voir sa fille. Elle pouvait renvoyer Henri et sa patiente indéfiniment.

C'est simple. Il a écouté les poumons de sa patiente de plus près, et s'est dit : si Noémie souffre de la même pathologie, elle est fichue. Et comme elle est en arrêt cardiaque... Merde, ressaisis-toi et vire-moi ces pensées à la con ! Elle ne peut pas mourir. Je ne veux pas !

Le fait qu'elle soit en arrêt cardiaque n'avait peut-être aucun rapport avec l'empressement d'Henri, mais Delphine n'y croyait pas. Elle savait très bien que les moyens de réanimation pour les prématurés sont infiniment limités si on les compare à ce que l'on peut faire pour ramener les adultes à la vie.

En arrivant à l'étage, une pensée la cloua sur place.

Je cours pour rien.

Elle faillit s'étaler tant cette idée la révolta. Elle courut encore plus vite vers la grande vitre de la néonat.

Si tu es capable de penser cela, ma fille, change de métier.

Elle ouvrit la porte.

Elle comprit au regard de Cécile qu'il était trop tard.

***

Delphine était assise. Elle avait senti les bras de Bertrand la saisir fermement quand ses jambes avaient cessé de la porter.

Tout cela s'était passé bien trop vite. Bien sûr, elle avait couru comme une folle. Bien sûr, elle venait d'entrevoir la petite Noémie au fond de sa couveuse. Et, bien sûr, elle avait compris que Noémie n'avait attendu personne.

Mais ce n'était pas cela qui avait provoqué son éblouissement.

Elle avait senti une présence dans son dos, et s'était retournée. Les parents de bébé trente l'avaient suivie. Ils avaient pris l'ascenseur. Ils étaient immobiles derrière la vitre. Ils ne cherchaient pas leur enfant : c'était Delphine qu'ils observaient d'un regard réprobateur.

Je leur ai dit que je viendrais les chercher, et ils s'en contrefichent. Et ils ne cherchent même pas leur bébé. C'est à moi qu'ils en ont. Ils vont vouloir se plaindre. Passer leurs nerfs d'emmerdeurs sur la petite infirmière débordée.

Delphine interrogea Bertrand du regard. C'est fini, n'est-ce pas ? Cécile gardait le dos tourné. Oui, c'est fini. L'expression de Bertrand ne laissait aucun doute. À ce moment, maman Noémie montait probablement, en compagnie d'Henri. Il faudrait lui dire. Il faudrait dire que sur deux bébés prématurés nés cette nuit, un seul verrait ses parents.

Des parents qui se sont bien reposés, et à qui maintenant il faut tout accorder, tout de suite. Des parents qui ne s'inquiètent pour leur petite fille que quand leur agenda le leur permet. Mais qui ne sont pas fichus de lui donner un prénom, parce qu'ils ne croient pas vraiment qu'elle va vivre.

Les jambes de Delphine perdaient peu à peu de leur consistance. Le papa de bébé trente s'apprêtait à frapper à la porte.

— Bertrand, il y a les parents de bébé trente qui se croient chez l'épicier. Je leur ai dit de ne pas venir, mais...

La pensée qui vint ensuite balaya Delphine comme un fétu de paille.

Noémie, elle, a un nom. Mais elle s'est envolée.

Et je m'envole aussi. Je flotte. Non, je coule. La colère et l'injustice m'emportent.

Alors Marc lui parla.

***

Delphine, tu vas te faire mal.

Un soir où ils avaient fait l'amour, il y a très longtemps, elle s'était endormie du côté gauche du lit, où Marc dormait habituellement.

Dans un demi-sommeil, elle avait entendu son homme lui dire la même chose, alors que son corps glissait lentement en-dehors de la couette chaude.

Tu es en train de tomber, mon amour, tu vas te faire mal.

***

Bertrand la saisit par-dessous les épaules. Delphine se ressaisit juste assez pour tituber avec lui jusqu'à une chaise.

— Hé-là, tu ne vas pas nous abandonner, toi ?

— C'est bon, dit l'infirmière d'une voix agacée. Laisse-moi juste une minute, ça va aller.

Cécile demanda d'un ton absent :

— Bertrand, tu peux faire comprendre aux parents...

— J'y vais. Paramètres stables pour bébé trente ?

Cécile ne répondit pas. Bertrand reprit :

— Oui. Bon. On va dire que tout va bien.

Il sortit.

***

Delphine entendait Bertrand s'expliquer. Les parents lui parlaient sur un ton où se mêlaient condescendance et nervosité.

C'est peut-être ça qui m'empêche de tourner de l'œil.

— Que dis-tu ? demanda Cécile.

— J'ai pensé tout haut ?

— On dirait bien, oui.

— Je disais que c'est ça qui me maintient. Qui m'empêche de tourner de l'œil.

— Quoi donc ?

— L'envie de leur voler dans les plumes.

— Tu as d'autres choses à penser.

C'est vrai. Maman Noémie sera là dans un instant. C'est à moi de la prendre en charge.

Bien entendu, Cécile serait là pour expliquer. Mais c'était à Delphine de rester auprès de maman Noémie jusqu'à la fin de son service. Henri resterait peut-être, mais il n'y était aucunement contraint.

Elle se reprenait. Son corps se refroidissait, mais elle n'avait pas froid. Elle avait déjà eu cette sensation.

C'est le froid de quand maman est morte.

Delphine n'avait pas pleuré un mois durant. Puis ses yeux gelés avaient fini par relâcher des larmes silencieuses, à donner des frissons. Au fil des nuits, elles s'étaient réchauffées, jusqu'à ce qu'un soir, elle s'entende enfin être triste. Elle avait fait autant de bruit que la première fois où, avec Marc, elle avait fait l'amour à en perdre la tête. Ensuite tout s'était calmé.

Et voici que ce soir, alors que Cécile achevait de détacher les capteurs placés sur le petit corps de Noémie, Delphine sombrait à nouveau dans l'âge de glace.

Ce n'est pas plus mal.

Elle se leva. Le ton montait entre Bertrand et les parents de bébé trente : ils étaient à deux doigts d'entrer en force.

— Ne les tue pas, dit Cécile.

— Pas tout de suite.

Elle sortit.

***

Comme elle l'avait prévu, maman Noémie arrivait, poussée par Henri. Delphine n'entendait presque rien de l'altercation entre les parents de bébé trente et Bertrand. Le papa prenait conscience que l'infirmier les empêcherait d'entrer quoi qu'il arrive, alors il passait à la vitesse supérieure. Les menaces. Parler en haut lieu, droit des parents, scandaleux, blablabla, tout y passait. Elle ne voyait que maman Noémie et son visage d'une incroyable beauté, ses yeux vides qui cherchaient sa fille. Elle entendait sa respiration de maman, contrariée par la douleur. Les battements de son cœur qui couvrait les paroles véhémentes des autres, là, loin, aux prises avec Bertrand.

— Noémie ne vous a pas attendue, madame, je suis désolée.

Le plus dur est fait, normalement. Alors pourquoi ne suis-je pas soulagée ?

Maman Noémie encaissa la nouvelle comme une évidence. Après un long silence, elle dit :

— J'ai besoin de la toucher. Je peux ?

Henri restait muet. L'infirmière ne put déterminer s'il y avait de la colère ou de la tristesse sur son visage fermé.

— Oui, madame. Elle a encore besoin de vous, si je puis dire cela.

— Je comprends.

Quelle noblesse.

Les parents de bébé trente s'étaient tus : ils avaient compris, ou Bertrand leur avait dit. C'était sans importance.

***

Ils entrèrent. Cécile se présenta. Henri dit tout bas :

— Le pédiatre et moi-même sommes là pour répondre à toutes vos questions.

Elle répondit :

— Je n'en aurai pas, je crois. Je vais dire au revoir.

***

Après avoir vérifié qu'aucun autre nourrisson n'aurait besoin de soins durant quelque temps, Henri, Delphine et Cécile se retirèrent près de la porte d'entrée. De l'autre côté de la vitre, Bertrand et les parents de bébé trente avaient disparu.

En passant derrière elle, l'infirmière entendit la maman murmurer :

— Châl tsenitek a benti o daba mchiti, radi n'bqaw dima mejmoïn1.

Le poing serré et l'avant-bras de la petite fille disparaissaient intégralement sous la main de sa maman. Delphine sût tout de suite que jamais elle n'oublierait cette image.

***

Delphine entendait Cécile et Henri échanger quelques paroles à voix basse. Il était question de traitement urgent de maman Noémie. L'infirmière regardait la petite fille. Ses jambes allaient à nouveau l'abandonner.

— Vous voulez bien me raccompagner ?

C'était la maman de Noémie. Delphine sursauta.

— Pardon ?

— Je retourne dans ma chambre. Je voudrais être seule, maintenant.

— Oui bien entendu. Je vous ramène à votre chambre.

Si j'y arrive.

Henri intervint.

— Je vous accompagne aussi. Nous devons vous soigner.

***

Le chirurgien et l'infirmière se dirigeaient en silence vers l'ascenseur. Delphine savait qu'elle avait peu de temps pour parler à la maman de Noémie. Elle avait eu le courage de faire ses adieux à sa fille, le moment était venu de couper court à tout sentiment de culpabilité. C'était une obligation pour Delphine, mais elle avait du mal à briser le silence.

Elle prit la parole alors que l'ascenseur s'ouvrait :

— Madame ?

— Je m'appelle Sahar.

Ils pénétrèrent dans l'espace confiné.

— Sahar, vous n' y êtes pour rien. Votre maladie n'a pas été...

— Je sais cela, je le sais. Comment vous appelez-vous ?

— Delphine.

L'ascenseur refermait ses portes.

Il a rétréci. On s'y presse. On y respire mal. Pourvu qu'il ne soit pas plus lent que tout à l'heure.

Sahar prit la main de Delphine dans la sienne.

Elle a de la température.

— Delphine ?

Oh Mon Dieu faites que les portes s'ouvrent !

— Delphine, vous n'y êtes pour rien, vous non plus.

Elle avait prononcé ces mots d'une voix si douce que Delphine crut un instant qu'elle allait tomber endormie, là, comme hypnotisée en un éclair par ses paroles.

Mais ce fut tout le contraire. L'infirmière inspira profondément, et sans faillir, répondit.

— Choukran2. Pardonnez-moi c'est le seul mot que je connaisse dans votre langue.

— Vous connaissez le principal.

La porte de l'ascenseur s'ouvrit. Au bout du couloir les parents de bébé trente poireautaient devant leur chambre. Ils ne souhaitaient visiblement plus y entrer. Derrière eux, elle vit Bertrand lui faire signe.

***

La perfusion était placée, Sahar fermait les yeux.

— Vous pouvez me laissez seule, s'il vous plait ?

— Vous êtes sûre ? demanda Delphine.

— Oui, je suis sûre.

Henri hésita :

— Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

La voix de Sahar se fit plus ferme.

— Je vais pleurer. Juste pleurer. Pas me suicider. Je vous appellerai plus tard, Delphine.

Le monde tourne à l'envers cette nuit. Je n'ai jamais vu une maman réagir d'une telle manière.

Delphine interrogea le chirurgien du regard. Dehors, dans le couloir, les parents de bébé trente attendaient. L'infirmière pouvait sentir leur contrariété et leur colère rougeoyer comme un feu qui couve.

Henri conclut :

— Nous restons à votre disposition jusqu'à ce que l'équipe de jour prenne le relais.

***

Lorsqu'ils sortirent de la chambre, Henri s'adressa rapidement à Delphine :

— Ne dis rien aux parents de bébé trente. Je m'en occupe avec Bertrand.

— Compris.

Ils se dirigèrent d'un bon pas en direction du couple. Toujours derrière eux, à l'entrée du camp de base, Bertrand attendait.

Comme le papa venait à leur rencontre, ce fut Henri qui prit la parole.

— Monsieur, votre femme ne peut pas rester trop longtemps dans une chaise roulante. Il faut immédiatement la ramener dans sa chambre.

Bertrand s'était rapproché :

— Delphine, il faut que je te parle tout de suite.

Merveilleux. Deux hommes à mon secours. L'un occupe les parents et l'autre me donne un prétexte pour traverser le mur de feu.

Mais c'était compter sans la véhémence du père de bébé trente.

— Mademoiselle, vous n'allez pas vous enfuir une fois de plus. Nous passons notre temps à courir derrière vous. Nous voulons voir notre fille !

Delphine ne dit mot en passant devant eux. Elle se sentait encore plus froide que jamais.

Ne me touche pas, pauvre idiot. Ta main serait gelée. Tes doigts tomberaient.

Bertrand intervint :

— Je vous ai déjà expliqué deux fois pourquoi cela n'était pas possible maintenant. Ma collègue a respecté les consignes que je lui avais données.

Delphine atteignait la porte du camp de base. Elle pensa fugitivement à consulter sa messagerie vocale.

Elle aurait donné cher pour que les paroles du papa de bébé trente s'étouffent, comme avant, lorsqu'elle s'était portée à la rencontre de Sahar. Mais malheureusement, cette nuit-là n'était pas vraiment sa nuit. Elle entendit distinctement :

— Je demande à ce que l'on m'amène ma fille. Nous allons quitter cet hôpital et faire suivre notre enfant ailleurs. Ici, je ne suis pas sûr qu'on fasse tout ce qu'il faut.

Delphine s'arrêta net.

Bertrand lança un « non » dans sa direction mais il était déjà trop tard. Delphine s'était transformée en une figurine d'azote liquide.

Mon Dieu qu'ai-je pu faire pour avoir affaire à de tels égoïstes ?

D'après la tête de Bertrand – et celle des parents – une fois de plus Delphine pensait tout haut. Elle imaginait sa voix, très basse, mais ne l'entendait pas vraiment. Eux, si.

Vous vous croyez au marché ? Vous avez commandé un bébé ? Il n'a pas encore de nom, mais vous voulez l'emmener ? Mais comment donc... Bien entendu ! Et surtout excusez-nous pour ce petit délai de livraison.

Henri prononça son prénom pour la faire taire, mais elle ne pouvait s'arrêter en si bon chemin.

Oui évidemment il y a parfois quelques anomalies – elles sont inévitables, pensez-vous – mais en ce qui concerne votre petite prématurée de trente semaines, tout va bien. Il va pouvoir grandir et devenir suffisant comme son papa.

Elle vit Bertrand se placer devant elle.

Oui Bertrand ton regard veut dire « demi-tour » mais tu n'es pas plus grand que moi et Monsieur de la Méprisante m'entend très distinctement alors laisse-moi lui dire ce que je pense. Je pense que c'est injuste que Noémie soit morte alors que sa maman l'a tant espérée, tout comme il est injuste qu'un prématuré de trente semaines n'ait pas de prénom et hérite de parents aussi peu à la hauteur.

Cette fois-ci Bertrand la força à reculer. Elle se cogna au chambranle de la porte du camp de base.

Je pense aussi que vos menaces ne servent à rien.

C'est vrai que le papa de bébé trente venait à nouveau de dire qu'ils ne perdaient rien pour attendre. Henri en profita pour conduire la maman dans sa chambre.

La nuit touche à sa fin, mon cher Monsieur-qui-ira-se-plaindre, mais vous resterez ici, et moi, je m'en irai. Parce que si vous croyez que votre petit bébé va pouvoir quitter l'hôpital demain, je vous conseille de mettre un cierge à Sainte Couveuse.

Bertrand parlait de limites. Enfin, de quelque chose comme ça.

C'est bon, je laisse tomber. Qu'ils aillent au Diable.

Elle regarda Bertrand.

— La tempête est passée.

La voix du papa de bébé trente perdait de la consistance au fur et à mesure que Delphine s'éloignait.

 


1Je t'ai tant espérée et te voilà partie, nous serons unies à jamais.

2Merci

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Hormis le charme des saisons

 

Je m’attarde dans mon salon,

Mal coiffée, en robe de chambre.

Qui pourrait venir me surprendre?

Jusqu'à moi,le chemin est long.

 

Mal coiffée, en robe se chambre,

Je médite, alors c’est selon.

Jusqu’à moi, le chemin est long.

Devrais-je avoir le goût d’attendre?

 

Je médite, alors c’est selon.

J’annule l’envie de prétendre.

Devrais-je avoir le goût d’attendre,

Hormis le charme des saisons?

 

J’annule l’envie de prétendre,

Me donnant de fausses raisons.

Hormis le charme des saisons,

La loi du sort est de reprendre.

 

13 novembre 2011

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Mon plaisir de vivre

 

Mon plaisir de vivre est caresse

Dans la lumière du soleil.

Câlin, il me tient en éveil.

Sans souci du temps, je paresse.

 

Dans la lumière du soleil,

J’accueille une douce tendresse.

Sans souci du temps, je paresse.

Mon plaisir persiste, pareil.

 

J’accueille une douce tendresse,

Sans crainte d’un brusque réveil.

Mon plaisir persiste pareil.

Besoins ni envies ne me pressent.

 

Sans crainte d’un brusque réveil,

Je me distrais dans l'allégresse. 

Besoins ni envies ne me pressent,

Regrets sombrés en plein sommeil.

 

13 novembre 2011

 

 

 

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