Décès d’Hubert Nyssen, fondateur des Editions Actes Sud
"les lettres françaises, le monde de l’édition et tous les amoureux de la parole qui fait sens, celle qui touche et élève l’homme, sont aujourd’hui orphelins d’un sage, d’un conteur et passeur de culture exceptionnel".
Bernard Rentier, recteur de l’Université de Liège
Commentaires
que la terre lui soit légère
Le monde de l'édition a perdu un visionnaire.
Hubert Nyssen le fondateur de la maison d'édition Actes Sud est décédé à 86 ans. Démarrée en 1976 dans une bergerie de la région d'Arles, l'aventure de la petite maison d'édition dénicheuse de futurs talents est devenue un symbole de réussite grâce au flair de son créateur, Belge de naissance, lui même auteur d'une cinquantaine d'ouvrages et qui est parvenu à ériger la traduction en art.
Parmi les pépites dénichées par Nyssen : la Russe Nina Berberova, vieille dame de 85 ans qui n'avait rien écrit depuis vingt ans, l'Américain Paul Auster, dont «La Cité de verre» avait été refusée par tous les éditeurs aux Etats-Unis et plus récemment Stieg Larsson et sa saga «Millenium», vendue à 4 millions d'exemplaires dans l'Hexagone.
Sous son impulsion, puis celle de sa fille Françoise Nyssen, aujourd'hui présidente du directoire d'Actes Sud, et de son gendre Jean-Paul Capitani, la maison a fait aussi connaître en France Nancy Huston, Prix Femina 2006, l'écrivain hongrois Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002 ou l'Autrichienne Elfriede Jelinek, elle aussi Nobel en 2004. Et tant d'autres, dont Alaa El Aswany, auteur de «L'Immeuble Yacoubian».
Le Goncourt aussi en 2004
Les Français ne sont pas pour autant délaissés. En 2004, c'est le prix Goncourt qui couronne «Le Soleil des Scorta» de Laurent Gaudé, vendu à plus de 400 000 exemplaires.
Né le 11 avril 1925 à Bruxelles dans une famille modeste, le jeune Hubert Nyssen avait été résistant pendant la guerre avant de créer après 1945, dans sa ville natale, un cercle littéraire d'obédience communiste. Après un article flatteur sur Hemingway, ce petit-fils du cofondateur du parti ouvrier belge en est exclu.
Etudes, petits boulots, cadre dans la publicité, cet aventurier des lettres part ensuite vers le Sud. Naturalisé français en 1976, il est néanmoins membre de l'Académie royale de Belgique. Il aussi enseigné dans les universités d'Aix-en-Provence et Liège.
Le président de la République Nicolas Sarkozy a salué un "entrepreneur pionnier de la décentralisation culturelle», parvenant à imposer en Arles un pôle de l'édition française jusque-là très germanopratine.
http://www.leparisien.fr/loisirs-et-spectacles/disparition-d-hubert...