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Il y a des nuits comme ça (1)

Il y a des nuits comme ça

Putain, ça penche
On voit le vide à travers les planches

Alain Souchon

Le petit bouquet de pétards mouillés

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la journée de Delphine avait très mal commencé.

— Votre voiture de remplacement n'est pas rentrée, madame.

Dans un premier temps Delphine voulut se maîtriser. Mais très vite elle se dit que son calme allait irrémédiablement la conduire à se poser deux questions : d'une part, son garagiste allait-il lui proposer une vraie solution, et d'autre part, pourquoi était-ce justement aujourd'hui que, pour la première fois, il ne l'appelait plus « mademoiselle » ?

Delphine se dit qu'une charge serait plus salutaire.

— C'est-à-dire ?

— La voiture réservée à votre attention n'a pas été restituée par la personne à qui nous l'avons cédée hier.

— Votre client n'est pas revenu ?

— Non.

— Et sa voiture est prête ?

— Je vous demande pardon ?

— Oui : si vous lui avez cédé un véhicule de remplacement c'est bien pour le dépanner pendant une réparation ou un entretien, non ?

— Oui, en effet.

— Et sa voiture est prête ?

— Heu... je dois vérifier.

— Vous feriez bien.

— Oui. Et... Non, en fait... il nous manquait une pièce, et...

— Donc vous l'avez averti.

— Ce n'est pas moi qui...

— Vous l'avez averti qu'il était inutile de revenir chercher sa voiture. Sans penser que moi, j'aurais besoin de son véhicule de remplacement.

— Madame, je...

— MADEMOISELLE !

Ce fut très bref, et très douloureux aux oreilles. Le garagiste comprit vite que seule une rapide concession le sauverait d'un nouveau coup de tonnerre.

— Je peux vous prêter la mienne...

— Rendez-moi mes clés.

Il ne se fit pas prier.

***

Delphine se maudissait. En remontant l'avenue, elle en était à se demander pourquoi elle avait battu en retraite juste au moment où on lui offrait une solution sur un plateau, avec en prime l'occasion de se venger. Il lui aurait suffi d'accepter sa proposition, et de lui restituer sa voiture, disons, un jour plus tard que prévu. Justice aurait été faite.

Sauf que Delphine n'était pas ce genre de femme. Une telle opportunité la laissait indifférente. Et lorsqu'une journée de galère s'annonçait, aucune de ces petites compensations morales ne venait interrompre sa descente aux enfers. Ses amies la surnommaient « le petit juge d'instruction » : elle déployait une armée verbale pour découvrir la cause de ses contrariétés, mais s'arrêtait une fois la lumière faite. Avec Delphine, il n'y avait ni jugement, ni verdict, ni châtiment. Elle laissait les gens face à leurs mauvais diables.

Il était déjà dix-sept heures. Cela faisait donc plus de trois jours maintenant que Marc et elle ne s'étaient plus parlés.

On peut y ajouter les quinze prochaines heures, se dit-elle. D'ici à la fin de sa garde, son téléphone portable resterait éteint. Pourvu que je sois débordée.

C'était ainsi depuis l'été. Travailler et dormir, c'était tout ce à quoi sa vie se résumait. Pour le reste, une cohabitation sans relief, quelques disputes, et deux tentatives de réconciliation sur l'oreiller. Mais là non plus, pas de miracle : pendant, Delphine s'était empêchée de pleurer ; après, elle s'était sentie sale.

La circulation n'était pas encore trop dense à ce moment. Elle arriverait à l'avance et ce serait tant mieux. La situation avec Marc lui pesait tellement qu'elle préférait être occupée au plus tôt.

***

L'avantage d'arriver tôt : le vestiaire était désert. Delphine se changea en vitesse et se dirigea vers son service.

Juste avant de refermer son sac, Delphine avait coupé son téléphone. Aucun message. Elle ne savait qu'en penser. Peut-être était-ce fini. Peut-être pas. Après tout, Marc était à l'étranger pour trois jours, et leur dernière dispute les avait menés suffisamment loin : il gardait le silence depuis.

Après tout, j'ai fait de même.

Delphine s'accommodait de cette incertitude comme elle s'accommodait de devoir reporter aux calendes l'entretien de sa voiture. De toute façon, cela faisait bien longtemps que plus rien n'avançait droit dans sa vie.

Bien des femmes se protègent en laissant leur ego prendre la parole, parfois avec fruit, parfois sans. Delphine déplaçait le sien sur l'échiquier de sa vie au gré de ses humeurs : il n'était jamais là où on croyait l'atteindre.

— Tu es déjà là ?

C'était Maya, sa chef infirmière.

— Ça roulait bien aujourd'hui.

— Ça roule bien à chaque garde. Tu n'as plus de maison, Delphine ?

— Si. Il vaut mieux arriver trop tôt que trop tard, non ?

Elle regretta aussitôt sa réplique artificielle. Maya n'allait pas s'en contenter.

— Assieds-toi.

Delphine obéit. Gagné.

Maya reprit :

— Tu fais du bon boulot. Non seulement tu es compétente, mais en plus tu prends plaisir à venir travailler. Ne me prends pas pour une idiote. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Tu arrives tôt, tu repars tard.

— C'est vrai.

— Qu'est-ce qui est vrai ?

— Quelque chose ne tourne pas rond.

— À la bonne heure. Tu m'en parles ?

— Quand on aura un peu de temps.

— Pour ce genre de choses on n'a que le temps que l'on veut bien prendre, Delphine. Ok. Tu m'en parles ou non, c'est à toi de voir. Mais moi, je te pose une question : si tu ne te sens pas à la hauteur cette nuit, si tu sens que tu pourrais faire une erreur, auras-tu l'honnêteté de me le dire ?

Maya était une chef infirmière redoutée, mais son équipe tournait comme du papier à musique. Delphine traduisit mentalement : tu peux tourner les talons maintenant et te faire porter malade, je ne t'ai pas vue. Si tu restes, il vaut mieux que je n'entende pas parler de toi lors du débriefing demain matin.

— Auras-tu cette honnêteté, Delphine ?

Les semaines de chaos chantaient faux dans sa tête. Marc qui se taisait. Elle qui s'énervait. Les nuits à dormir dans le même lit, mais plus dans le même rêve. L'incompréhension. La fuite chez les copines. Puis, quand les copines en ont assez, la fuite au boulot. La pente est douce au début. On se sent à peine glisser, mais cela ne dure pas.

— J'ai besoin d'une réponse, Delphine.

Retourner chez soi. Dormir douze heures sans interruption.

— Oui, Maya. Ça va aller. Tu peux compter sur moi.

Le « petit chef » – un surnom qu'elle assumait volontiers – regarda Delphine dans les yeux, laissant volontairement s'égrener les secondes.

— Et je vais mettre de l'ordre dans ma petite tête, ajouta Delphine. Promis.

— Ce n'était pas ma question.

— Je sais.

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billet de françois

                                                             THE ARTIST

 

Un film de Michel Hazanavicius – 2011 – 1 h 40

 

Michel Hazanavicius nous propose une histoire muette, laquelle se transforme rapidement en pari, à savoir est-on encore capable de réaliser un film muet en 2011 ? Dire si le pari est réussi ou raté n’est, d’emblée, pas une mince affaire. Précisément, parce que nous sommes en 2011 et que des fleuves sont passés sous les ponts du temps depuis 1898, date du premier opus cinématographique.

THE ARTIST, qu’Hazanavicius aurait pu intituler THE ACTOR sans que cela ne heurte nullement la sensibilité des spectateurs, nous raconte l’histoire de George Valentin, une star  du Muet interprété par Jean Dujardin qui voit rapidement sa carrière péricliter à l’arrivée tonitruante du Parlant, en 1927 et qui grâce à l’amour de sa partenaire Peppy Miller (Bérénice Bejo) arrivera à dépasser l’obstacle naissant du son et renaître de ses cendres.

Dans une interview télévisée, le réalisateur reconnaissait l’efficacité de l’apport technique fourni par les studios hollywoodiens. Et cela se sent, car ce film qui se veut être un hommage au film muet spécifiquement américain, porte en lui une empreinte culturelle hollywoodienne ressentie, particulièrement en ce qui concerne la grande qualité du noir et blanc, laquelle est l’héritière du travail de pionniers du Muet tels que les légendaires Stanley Cortez, Williams Daniels ou autre James Wong Howe qui établirent dans les années ’20 les fondements d’une esthétique cinématographique made in Hollywood. Esthétique qui se matérialise par des images baignées d’une lumière, parfois à la limite du diaphane, les rendant extrêmement épurées. La direction photo, signée Guillaume Schiffman a parfaitement réussi cette plongée dans le temps.  Néanmoins, la vieille Europe n’est pas non plus absente. En effet, au dernier tiers du film, lorsque George Valentin, ruiné par l’avènement du Parlant, est hébergé par sa bien-aimée et qu’il constate que celle-ci a racheté tous les meubles qu’il avait lui-même mis en vente, on le montre pénétrant dans une pièce plongée dans une obscurité totale, au milieu d’un mobilier recouvert de draps d’un blanc étincelant, évoquant des images fantomatiques confinées à l’intérieur d’un espace clos. Le traitement de cette séquence n’est pas sans évoquer la force de l’expressionnisme allemand, particulièrement celle d’un Wiene avec son CABINET DU DR. CALIGARI (1919).

Quant à la complexité de la question, à savoir le film a-t-il, oui ou non, réussi son pari esthétique, certes il comporte tous les ingrédients du genre, tels que les « fermetures en volets » imaginées pour passer d’une séquence vers une autre, les « fondus enchaînés avec double exposition » pour signifier la juxtaposition chronologique de deux évènements ou bien la « rétroprojection » qui montre un acteur évoluer devant un écran lequel présente une course automobile pour donner l’illusion qu’il y participe.

Tout cela est effectivement bien réussi. Néanmoins, ce que l’on pourrait appeler « la philosophie » du langage muet, elle, laisse vraiment à désirer dans son développement sémantique.

Michel Hazanavicius a réalisé un muet « compréhensible » pour le public sans trop de difficultés de lecture. En effet, à plusieurs reprises les acteurs se font face pour signifier un dialogue et, grâce au « champ-contrechamp », ils communiquent par le biais de l’intertitre. Plus exactement, lorsque la caméra se pose sur le visage de George Valentin, on voit ses lèvres bouger et l’intertitre indiquer par exemple : « I love you ! », ensuite la caméra se pose sur le visage de Peppy qui bouge également les lèvres pour lui répondre par intertitre interposé. Cela paraît parfaitement normal pour le spectateur de 2011 pour qui le champ-contrechamp fait partie de la grammaire cinématographique traditionnelle. Il n’en allait pas forcément de même au temps du Muet. Certes, le champ-contrechamp existait déjà mais il n’était pas utilisé de façon aussi didactique : deux acteurs pouvaient parfaitement dialoguer en étant filmés de profil ou de trois-quarts sans que cela ne pose le moindre problème de compréhension pour le spectateur de l’époque.

Ce qui, néanmoins, fait l’originalité du film, c’est précisément qu’il évoque le traumatisme du Parlant par le biais du dialogue muet, dans lequel le son prend l’apparence d’un cauchemar sonore. Néanmoins, même à ce moment-là, les dés sont en quelques sorte, pipés lorsque, tenant une conférence de Presse, Peppy Miller, dans le but d’expliquer son ascension, crie fièrement aux journalistes : « Place aux jeunes ! ». Est-ce un clin d’œil ironique à l’époque dans laquelle nous vivons ? Il faut l’espérer, car la grande majorité des acteurs balayés par l’avènement du Parlant étaient dans la fleur de l’âge !

La fin du film est franchement simpliste. Ici aussi, force est de constater que le metteur en scène s’est laissé littéralement submerger par des considérations contemporaines : George Valentin, dans le but de se réorienter professionnellement, « se reconvertit » dans la danse devant la caméra. Et là, la bonne volonté du spectateur est engagée…car tous ne furent pas des Fred Astaire. De plus, l’on voit que si Jean Dujardin danse de façon « honorable » devant la caméra, il n’y a pas beaucoup de chances qu’il devienne un jour une vedette dans ce rayon-là ! La fin du film offre une autre incohérence : George Valentin parle pour la première fois…là aussi, la bonne volonté du spectateur est également engagée car la phrase qu’il lance est d’une telle netteté sonore qu’elle tranche catégoriquement avec la réalité historique, à savoir que le son de l’époque était tellement étouffé qu’il participa précisément à la chute de très grandes vedettes telles que le célèbre John Gilbert à qui le public reprocha d’avoir une voix « nasillarde », alors que celle-ci était parfaite mais que les techniques d’enregistrement primitives ne permettaient pas de saisir correctement.

La musique se marie parfaitement au film. Elle l’introduit par le thème principal composé par Ludovic Bource et varie de la partition pour grand spectacle dans le style de Gottfried Huppertz pour proposer des thèmes américains populaires connus tels que PENNIES FROM HEAVEN de Johnny Burke et Arthur Johnston et ouvre toute une séquence à la fin du film avec le thème de « Carlota » que Bernard Herrmann composa pour le film VERTIGO de Alfred Hitchcock (1959).

Jean Dujardin est parfait dans son rôle ainsi que Bérénice Bejo. Il apporte à son personnage toute la légèreté voulue ainsi qu’une certaine malice toute française laquelle n’est pas sans rappeler (toutes proportions gardées) celle de Max Linder. Son nom est d’ailleurs objet à équivoques, puisqu’on l’orthographie « George » et non pas « Georges ». Quant à « Valentin », il n’est certes pas sans évoquer le fantôme de Rudolph Valentino.

Le thème du passage allant du cinéma muet au cinéma parlant a, somme toute, été rarement exploité par le 7ème Art. Et son magnum opus demeure incontestablement SINGIN’ IN THE RAIN de Stanley Donen (1952). Ce dernier nous montre, sous couvert d’une comédie musicale, les tribulations d’un groupe d’acteurs  et de gens du cinéma devant composer avec l’inéluctabilité du son. A quand un drame qui nous montrerait, avec toute l’objectivité voulue, les tenants et les aboutissants du problème ?

In fine, THE ARTIST n’est pas un mauvais film mais que l’on n’aille surtout pas s’imaginer avoir ressuscité un langage car comme nous le disions plus haut, une cassure flagrante a mis de sérieux bâtons dans les roues de la mémoire.

 

THE ARTIST se joue actuellement en v.o. st. Bil. aux cinémas :

UGC De Brouckère

17 H 45 – 19 h 50 – 22 h OO

UGC TOISON D’OR

17 h 25 – 19 h 35 – 21 h 50

VENDOME

19 h 20 – 21 h 40

 

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billet de françois

                                                             THE ARTIST

 

Un film de Michel Hazanavicius – 2011 – 1 h 40

 

Michel Hazanavicius nous propose une histoire muette, laquelle se transforme rapidement en pari, à savoir est-on encore capable de réaliser un film muet en 2011 ? Dire si le pari est réussi ou raté n’est, d’emblée, pas une mince affaire. Précisément, parce que nous sommes en 2011 et que des fleuves sont passés sous les ponts du temps depuis 1898, date du premier opus cinématographique.

THE ARTIST, qu’Hazanavicius aurait pu intituler THE ACTOR sans que cela ne heurte nullement la sensibilité des spectateurs, nous raconte l’histoire de George Valentin, une star  du Muet interprété par Jean Dujardin qui voit rapidement sa carrière péricliter à l’arrivée tonitruante du Parlant, en 1927 et qui grâce à l’amour de sa partenaire Peppy Miller (Bérénice Bejo) arrivera à dépasser l’obstacle naissant du son et renaître de ses cendres.

Dans une interview télévisée, le réalisateur reconnaissait l’efficacité de l’apport technique fourni par les studios hollywoodiens. Et cela se sent, car ce film qui se veut être un hommage au film muet spécifiquement américain, porte en lui une empreinte culturelle hollywoodienne ressentie, particulièrement en ce qui concerne la grande qualité du noir et blanc, laquelle est l’héritière du travail de pionniers du Muet tels que les légendaires Stanley Cortez, Williams Daniels ou autre James Wong Howe qui établirent dans les années ’20 les fondements d’une esthétique cinématographique made in Hollywood. Esthétique qui se matérialise par des images baignées d’une lumière, parfois à la limite du diaphane, les rendant extrêmement épurées. La direction photo, signée Guillaume Schiffman a parfaitement réussi cette plongée dans le temps.  Néanmoins, la vieille Europe n’est pas non plus absente. En effet, au dernier tiers du film, lorsque George Valentin, ruiné par l’avènement du Parlant, est hébergé par sa bien-aimée et qu’il constate que celle-ci a racheté tous les meubles qu’il avait lui-même mis en vente, on le montre pénétrant dans une pièce plongée dans une obscurité totale, au milieu d’un mobilier recouvert de draps d’un blanc étincelant, évoquant des images fantomatiques confinées à l’intérieur d’un espace clos. Le traitement de cette séquence n’est pas sans évoquer la force de l’expressionnisme allemand, particulièrement celle d’un Wiene avec son CABINET DU DR. CALIGARI (1919).

Quant à la complexité de la question, à savoir le film a-t-il, oui ou non, réussi son pari esthétique, certes il comporte tous les ingrédients du genre, tels que les « fermetures en volets » imaginées pour passer d’une séquence vers une autre, les « fondus enchaînés avec double exposition » pour signifier la juxtaposition chronologique de deux évènements ou bien la « rétroprojection » qui montre un acteur évoluer devant un écran lequel présente une course automobile pour donner l’illusion qu’il y participe.

Tout cela est effectivement bien réussi. Néanmoins, ce que l’on pourrait appeler « la philosophie » du langage muet, elle, laisse vraiment à désirer dans son développement sémantique.

Michel Hazanavicius a réalisé un muet « compréhensible » pour le public sans trop de difficultés de lecture. En effet, à plusieurs reprises les acteurs se font face pour signifier un dialogue et, grâce au « champ-contrechamp », ils communiquent par le biais de l’intertitre. Plus exactement, lorsque la caméra se pose sur le visage de George Valentin, on voit ses lèvres bouger et l’intertitre indiquer par exemple : « I love you ! », ensuite la caméra se pose sur le visage de Peppy qui bouge également les lèvres pour lui répondre par intertitre interposé. Cela paraît parfaitement normal pour le spectateur de 2011 pour qui le champ-contrechamp fait partie de la grammaire cinématographique traditionnelle. Il n’en allait pas forcément de même au temps du Muet. Certes, le champ-contrechamp existait déjà mais il n’était pas utilisé de façon aussi didactique : deux acteurs pouvaient parfaitement dialoguer en étant filmés de profil ou de trois-quarts sans que cela ne pose le moindre problème de compréhension pour le spectateur de l’époque.

Ce qui, néanmoins, fait l’originalité du film, c’est précisément qu’il évoque le traumatisme du Parlant par le biais du dialogue muet, dans lequel le son prend l’apparence d’un cauchemar sonore. Néanmoins, même à ce moment-là, les dés sont en quelques sorte, pipés lorsque, tenant une conférence de Presse, Peppy Miller, dans le but d’expliquer son ascension, crie fièrement aux journalistes : « Place aux jeunes ! ». Est-ce un clin d’œil ironique à l’époque dans laquelle nous vivons ? Il faut l’espérer, car la grande majorité des acteurs balayés par l’avènement du Parlant étaient dans la fleur de l’âge !

La fin du film est franchement simpliste. Ici aussi, force est de constater que le metteur en scène s’est laissé littéralement submerger par des considérations contemporaines : George Valentin, dans le but de se réorienter professionnellement, « se reconvertit » dans la danse devant la caméra. Et là, la bonne volonté du spectateur est engagée…car tous ne furent pas des Fred Astaire. De plus, l’on voit que si Jean Dujardin danse de façon « honorable » devant la caméra, il n’y a pas beaucoup de chances qu’il devienne un jour une vedette dans ce rayon-là ! La fin du film offre une autre incohérence : George Valentin parle pour la première fois…là aussi, la bonne volonté du spectateur est également engagée car la phrase qu’il lance est d’une telle netteté sonore qu’elle tranche catégoriquement avec la réalité historique, à savoir que le son de l’époque était tellement étouffé qu’il participa précisément à la chute de très grandes vedettes telles que le célèbre John Gilbert à qui le public reprocha d’avoir une voix « nasillarde », alors que celle-ci était parfaite mais que les techniques d’enregistrement primitives ne permettaient pas de saisir correctement.

La musique se marie parfaitement au film. Elle l’introduit par le thème principal composé par Ludovic Bource et varie de la partition pour grand spectacle dans le style de Gottfried Huppertz pour proposer des thèmes américains populaires connus tels que PENNIES FROM HEAVEN de Johnny Burke et Arthur Johnston et ouvre toute une séquence à la fin du film avec le thème de « Carlota » que Bernard Herrmann composa pour le film VERTIGO de Alfred Hitchcock (1959).

Jean Dujardin est parfait dans son rôle ainsi que Bérénice Bejo. Il apporte à son personnage toute la légèreté voulue ainsi qu’une certaine malice toute française laquelle n’est pas sans rappeler (toutes proportions gardées) celle de Max Linder. Son nom est d’ailleurs objet à équivoques, puisqu’on l’orthographie « George » et non pas « Georges ». Quant à « Valentin », il n’est certes pas sans évoquer le fantôme de Rudolph Valentino.

Le thème du passage allant du cinéma muet au cinéma parlant a, somme toute, été rarement exploité par le 7ème Art. Et son magnum opus demeure incontestablement SINGIN’ IN THE RAIN de Stanley Donen (1952). Ce dernier nous montre, sous couvert d’une comédie musicale, les tribulations d’un groupe d’acteurs  et de gens du cinéma devant composer avec l’inéluctabilité du son. A quand un drame qui nous montrerait, avec toute l’objectivité voulue, les tenants et les aboutissants du problème ?

In fine, THE ARTIST n’est pas un mauvais film mais que l’on n’aille surtout pas s’imaginer avoir ressuscité un langage car comme nous le disions plus haut, une cassure flagrante a mis de sérieux bâtons dans les roues de la mémoire.

 

THE ARTIST se joue actuellement en v.o. st. Bil. aux cinémas :

UGC De Brouckère

17 H 45 – 19 h 50 – 22 h OO

UGC TOISON D’OR

17 h 25 – 19 h 35 – 21 h 50

VENDOME

19 h 20 – 21 h 40

 

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APPEL A CANDIDATURES : Festival International d'Art des "Hauts du Val de Saône" - Printemps & Été 2012.

Dernière mise à jour de ce billet : 5 novembre 2011.

Voir aussi la page web suivante : http://fiahvds2012.sytes.net .

 

Bonjour,

La première version de notre festival a eu lieu cette année et a rencontré un franc succès. Vous trouverez en annexe une série de photos à ce sujet.

La version 2012 de notre festival se déroulera cette fois dans plusieurs châteaux et autres endroits tout aussi agréables à visiter. Il s'agira d'un parcours d'artistes au travers de plusieurs villages de la région des "Hauts du Val de Saône" (+- 450 km de Bruxelles, +- 250 km de Genève, +- 225 du Luxembourg, +- 300 km de Paris). Ces villages sont situés entre les villes de Langres ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Langres ) et Vesoul ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Vesoul ) soit sur l'axe routier entre Paris - Genève/Bâle.


La région autour de ces villages est magnifique ! Tout est à disposition pour pouvoir y séjourner et y rester afin de la découvrir... ainsi que les oeuvres qui y seront exposées dans des demeures et parcs aux longs passés ...


Nous vous informons que ce projet est ouvert aux artistes de différents pays ! Si exposer avec nous en 2012 durant plusieurs mois retient votre attention, veuillez présenter sans tarder votre candidature. Les organisateurs de cet évènement reprendront alors contact avec vous par la suite.


Les artistes sélectionnés (plus de 100) venant de plusieurs pays seront des peintres, sculpteurs, artistes numériques, vidéastes et photographes (sculptures monumentales et installations bienvenues aussi). Les écrivains, poètes, musiciens, compositeurs, comédiens et troupes théâtrales sont également les bienvenus !


Animations, concerts, nocturnes, etc seront ajoutés à l'exposition dans un esprit multi-arts comme cela a été le cas en 2011.

Ce festival ouvre également ses portes à la littérature. Les écrivains/poètes sont donc les bienvenus pour y présenter des ouvrages dont ils sont les auteurs (séances de dédicaces possibles et souhaitées).

Les frais de participation seront très réduits (+- 75 euro) alors que vous pourrez exposer de nombreux mois !

Dans l'esprit de ces petits frais de participation, les artistes devront assurer par eux-mêmes les oeuvres qu'ils vont exposer durant la période du festival (assurance RC minimum ou plus étendue conseillée)

Comme les conditions et l'organisation définitives seront fixées dés début février, la liste définitive des artistes doit être prête pour le 15 janvier au grand plus tard !!!

C'est avec grand plaisir que nous traîterons votre candidature, pour cela veuillez nous faire parvenir votre adresse email ainsi que le lien vers votre site web.
 
Ne tardez pas à manifester votre intérêt pour y participer !

Nous restons à votre disposition en cas de questions.

Bien cordialement,

Les organisateurs
 
Site web : http://fiahvds2012.sytes.net
Email : fiahvds@gmail.com

 

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Le bleu du ciel par Georges Bataille

12272767452?profile=originalIl s'agit d'un roman de Georges Bataille (1897-1962), écrit en 1935 et publié à Paris chez Jean-Jacques Pauvert en 1957.

 

Dans les années 1930, Bataille adhère au Cercle communiste démocratique (1931-1934) et forme avec Breton le groupe Contre-Attaque (1935-1936). Le Bleu du ciel mêle faits publics et faits privés: aussi, sous les traits de Lazare, jeune militante communiste, a-t-on pu reconnaître Simone Weil, amie de Bataille au Cercle communiste démocratique. Outre ce portrait peu flatteur de la célèbre philosophe, une autre raison peut expliquer un tel retard dans la parution du roman: le refus de Bataille, alors militant antifasciste connu, de publier un livre sulfureux, et proclamant l'indifférence à la politique et à l'Histoire.

 

Introduction. Bourgeois riche, blasé et désoeuvré, Troppmann promène son mal de vivre dans toute l'Europe. A Londres, son amie Dirty raconte au liftier de l'hôtel Savoy les frasques commises par sa mère au même endroit, dix ans plus tôt; aussi ivre que son amie, le narrateur-protagoniste s'adonne avec elle à des «orgies répugnantes».

Première partie. Mais le narrateur est hanté par des rêves de culpabilité: n'est-il pas aujourd'hui un objet d'horreur et de dégoût pour le seul être auquel il est lié, sa femme Édith?

 

Deuxième partie. «Le Mauvais Présage». A Paris, il fait la rencontre de Lazare, jeune femme à l'aspect macabre qui défend les principes du communisme officiel de Moscou. Il avoue à Lazare des tendances nécrophiles ressenties, pour la première fois, face au cadavre de sa mère. «Les Pieds maternels». Indifférent à tout, il continue à mener une existence dissolue avant de rencontrer Xénie, compagne provisoire. En proie à de violents cauchemars, le narrateur garde le lit: Xénie prétend le soigner, mais il n'éprouve que dégoût pour ses talents d'infirmière. Il l'oblige à chanter nue devant lui: «Ce sera comme si je crevais au bordel», dit-il. «Histoire d'Antonio». Convalescent, le narrateur quitte Paris pour Barcelone; à la Criolla, cabaret de travestis, son ami Michel lui raconte comment Lazare «envoûte» ceux qu'elle côtoie et comment, dans son attirance malsaine pour la mort, elle a obligé Antonio, un ami, à mettre le canon de son revolver sur sa poitrine. «Le Bleu du ciel». Alors que l'insurrection séparatiste catalane d'octobre 1934 se prépare, Lazare se propose de s'emparer d'un dépôt d'armes. Dirty rejoint Troppmann; elle est malade, affaiblie. Ils séjournent ensemble hors de Barcelone, dans un petit village de pêcheurs, loin des émeutes. «Le Jour des morts». Ils entreprennent un bref séjour à Trèves, Coblence et Francfort où ils se séparent, non sans avoir fait l'amour dans un champ surplombant un cimetière allemand illuminé d'une multitude de bougies placées sur chaque tombe comme autant d'étoiles. Aux yeux de Troppmann, Dirty a enfin l'apparence d'un cadavre.

 

Le drame de la démystification se joue dans un monde réel, l'Espagne et l'Allemagne des années trente. Les interdits transgressés ne sont plus seulement sexuels, ils concernent aussi le rapport de l'auteur avec le «monde» historique et politique.

Mais se retrouvent les constantes des romans d'amour de Bataille: une compagne de débauche, Dirty («Pourtant, elle me donnait un sentiment de pureté»), des déambulations dans les bas-fonds, un «décor de tragédie», l'association capitale entre cimetière et bordel, entre la mort et l'amour. La nécrophilie constitue la tentation suprême et permanente du narrateur. Entre sa mère dont le cadavre le fascine, son épouse absente dont la résignation l'accable, Dirty qui le contraint à l'admiration, et Xénie trop compatissante, Troppmann ne parvient pas à choisir. Seules les prostituées représentent à ses yeux l'idéal de mort: «J'ai compris qu'elles avaient pour moi un attrait analogue à celui des cadavres.» L'évocation de Dorothea (alias Dirty) - «Ses seins, sortis de ses vêtements, étaient d'une blancheur lunaire» - reprend, à son tour, les «seins pâles de prostituées» qu'avait Xénie lorsqu'elle simulait, pour le narrateur, «l'apparence d'une morte». Ce thème du cadavre revient à plusieurs reprises dans le texte. Lazare (double négatif de Dirty, elle est la «vierge sale», le «rat immonde») évoque, plus que la résurrection, le long séjour parmi les morts: Dirty, même lorsqu'elle est «écarlate et tordue sur sa chaise comme un porc sous un couteau», reste trop pure et jamais assez proche de la mort.

 

Répétée, variée, la révélation très crue de l'épisode fondamental que le Bleu du ciel met en scène est celle de la chambre mortuaire, révélation qui défie la normalité du monde organisé: «J'ai eu l'idée d'aller dans la chambre où était le cadavre. J'ai été terrifié, mais j'avais beau trembler, je restai devant ce cadavre. A la fin, j'ai enlevé mon pyjama.» Mais, porté par la «marée montante du meurtre», ce récit est indéfiniment différé. Le narrateur entretient à cet effet un certain brouillage temporel, mélange le présent et les retours en arrière. La trame de l'histoire, interrompue par le récit d'événements passés, l'est aussi par des événements rêvés. Composite et mélangée, cette dramatisation de l'angoisse de Troppmann met en scène l'effondrement d'une parole qui ne peut plus prétendre à la souveraineté. Le narrateur se tient ainsi à égale proximité du réel et de l'imaginaire, de la lucidité et de la folie: chaque comparaison est prise ironiquement pour vraie («Je me demandai un instant si elle n'était pas l'être le plus humain que j'eusse jamais vu: c'était aussi un rat immonde qui m'approchait») et l'écriture accumule les énoncés qui manifestent l'irruption de l'étrangeté: «Les larmes tombaient dans mes lèvres... si malade que je suis, je souriais... j'étais mal impressionné...» La seule pause dans le récit où s'insèrent les débats de la polémique avec Breton et les controverses liées à la publication de la Valeur d'usage de D.A.F. de Sade, n'invite-t-elle pas à prendre Sade au pied de la lettre, c'est-à-dire à effacer la séparation entre fantasme et imaginaire, et à dériver vers la folie? Ces récits qui prétendent «révéler la vérité multiple de la vie» se mettent ainsi au diapason de la «vie en morceaux» du narrateur qui se dit à la fois victime et bourreau, enfant martyr et coupable (Troppmann trouve l'origine de son nom chez un assassin célèbre: guillotiné en 1870, son homonyme avait massacré les huit membres de la famille Kinck).

 

Cette expérience fulgurante est aussi un drame politique converti en traité de l'indifférence. Dans «l'inextricable non-sens» où se débattent Troppmann, Dirty, Lazare et Xénie, existences versées dans une hallucination maladive et impuissantes à discerner le rêve du réel, la danse de mort se confond parodiquement avec la prémonition des massacres à venir. Troppmann semble éprouver physiquement ce lien à l'Histoire. Écrit en 1935 et publié douze ans après la fin de la guerre qu'il annonce, il se trouve, par ce délai, exactement dans la situation d'autres livres où «l'auteur invente»: «Mais ces circonstances sont aujourd'hui devenues si lointaines que mon récit, pour ainsi dire écrit dans le feu de l'événement, se présente dans les mêmes conditions que d'autres, qu'un choix volontaire de l'auteur situe dans un passé insignifiant», écrit Bataille dans sa Préface. Différent d'un récit historique, le Bleu du ciel est presque à l'égard de l'Histoire, une oeuvre critique. Car il intervient au coeur d'une oeuvre en pleine construction qui, contemporaine d'un goût déclaré par l'action politique et l'activité collective, quelques mois avant l'engagement de Contre-Attaque, célèbre l'envers de cet optimisme politique du Bataille des années trente. La fiction devient l'épreuve iconoclaste et désenchantée de l'action politique qui court le risque de religiosité. A Barcelone, Troppmann n'est pas là pour soutenir les insurgés, il est venu en simple touriste (ce qui ne va pas sans quelque culpabilité: «Dans un tel moment, je le voyais, ma vie n'était pas justifiable»). S'il finance à fonds perdus la revue publiée par Lazare, il nargue toujours le communisme de cette dernière et lui voue une haine inexplicable qui menace de tourner à la fascination: «Le plus souvent, je pensais qu'elle était positivement folle, que c'était, de ma part, une plaisanterie malveillante de me prêter à son jeu.» L'attitude de Troppmann, toujours blasphématoire à l'égard de l'acte politique, ressemble aussi à une épreuve de vérité. Et la provocation, l'insulte et l'outrance forcent le récit vers ses possibilités excessives, le jetant toujours, en dehors même de ses scènes violentes, au-delà du supportable.

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Le bleu du ciel par Georges Bataille

12272767452?profile=originalIl s'agit d'un roman de Georges Bataille (1897-1962), écrit en 1935 et publié à Paris chez Jean-Jacques Pauvert en 1957.

 

Dans les années 1930, Bataille adhère au Cercle communiste démocratique (1931-1934) et forme avec Breton le groupe Contre-Attaque (1935-1936). Le Bleu du ciel mêle faits publics et faits privés: aussi, sous les traits de Lazare, jeune militante communiste, a-t-on pu reconnaître Simone Weil, amie de Bataille au Cercle communiste démocratique. Outre ce portrait peu flatteur de la célèbre philosophe, une autre raison peut expliquer un tel retard dans la parution du roman: le refus de Bataille, alors militant antifasciste connu, de publier un livre sulfureux, et proclamant l'indifférence à la politique et à l'Histoire.

 

Introduction. Bourgeois riche, blasé et désoeuvré, Troppmann promène son mal de vivre dans toute l'Europe. A Londres, son amie Dirty raconte au liftier de l'hôtel Savoy les frasques commises par sa mère au même endroit, dix ans plus tôt; aussi ivre que son amie, le narrateur-protagoniste s'adonne avec elle à des «orgies répugnantes».

Première partie. Mais le narrateur est hanté par des rêves de culpabilité: n'est-il pas aujourd'hui un objet d'horreur et de dégoût pour le seul être auquel il est lié, sa femme Édith?

 

Deuxième partie. «Le Mauvais Présage». A Paris, il fait la rencontre de Lazare, jeune femme à l'aspect macabre qui défend les principes du communisme officiel de Moscou. Il avoue à Lazare des tendances nécrophiles ressenties, pour la première fois, face au cadavre de sa mère. «Les Pieds maternels». Indifférent à tout, il continue à mener une existence dissolue avant de rencontrer Xénie, compagne provisoire. En proie à de violents cauchemars, le narrateur garde le lit: Xénie prétend le soigner, mais il n'éprouve que dégoût pour ses talents d'infirmière. Il l'oblige à chanter nue devant lui: «Ce sera comme si je crevais au bordel», dit-il. «Histoire d'Antonio». Convalescent, le narrateur quitte Paris pour Barcelone; à la Criolla, cabaret de travestis, son ami Michel lui raconte comment Lazare «envoûte» ceux qu'elle côtoie et comment, dans son attirance malsaine pour la mort, elle a obligé Antonio, un ami, à mettre le canon de son revolver sur sa poitrine. «Le Bleu du ciel». Alors que l'insurrection séparatiste catalane d'octobre 1934 se prépare, Lazare se propose de s'emparer d'un dépôt d'armes. Dirty rejoint Troppmann; elle est malade, affaiblie. Ils séjournent ensemble hors de Barcelone, dans un petit village de pêcheurs, loin des émeutes. «Le Jour des morts». Ils entreprennent un bref séjour à Trèves, Coblence et Francfort où ils se séparent, non sans avoir fait l'amour dans un champ surplombant un cimetière allemand illuminé d'une multitude de bougies placées sur chaque tombe comme autant d'étoiles. Aux yeux de Troppmann, Dirty a enfin l'apparence d'un cadavre.

 

Le drame de la démystification se joue dans un monde réel, l'Espagne et l'Allemagne des années trente. Les interdits transgressés ne sont plus seulement sexuels, ils concernent aussi le rapport de l'auteur avec le «monde» historique et politique.

Mais se retrouvent les constantes des romans d'amour de Bataille: une compagne de débauche, Dirty («Pourtant, elle me donnait un sentiment de pureté»), des déambulations dans les bas-fonds, un «décor de tragédie», l'association capitale entre cimetière et bordel, entre la mort et l'amour. La nécrophilie constitue la tentation suprême et permanente du narrateur. Entre sa mère dont le cadavre le fascine, son épouse absente dont la résignation l'accable, Dirty qui le contraint à l'admiration, et Xénie trop compatissante, Troppmann ne parvient pas à choisir. Seules les prostituées représentent à ses yeux l'idéal de mort: «J'ai compris qu'elles avaient pour moi un attrait analogue à celui des cadavres.» L'évocation de Dorothea (alias Dirty) - «Ses seins, sortis de ses vêtements, étaient d'une blancheur lunaire» - reprend, à son tour, les «seins pâles de prostituées» qu'avait Xénie lorsqu'elle simulait, pour le narrateur, «l'apparence d'une morte». Ce thème du cadavre revient à plusieurs reprises dans le texte. Lazare (double négatif de Dirty, elle est la «vierge sale», le «rat immonde») évoque, plus que la résurrection, le long séjour parmi les morts: Dirty, même lorsqu'elle est «écarlate et tordue sur sa chaise comme un porc sous un couteau», reste trop pure et jamais assez proche de la mort.

 

Répétée, variée, la révélation très crue de l'épisode fondamental que le Bleu du ciel met en scène est celle de la chambre mortuaire, révélation qui défie la normalité du monde organisé: «J'ai eu l'idée d'aller dans la chambre où était le cadavre. J'ai été terrifié, mais j'avais beau trembler, je restai devant ce cadavre. A la fin, j'ai enlevé mon pyjama.» Mais, porté par la «marée montante du meurtre», ce récit est indéfiniment différé. Le narrateur entretient à cet effet un certain brouillage temporel, mélange le présent et les retours en arrière. La trame de l'histoire, interrompue par le récit d'événements passés, l'est aussi par des événements rêvés. Composite et mélangée, cette dramatisation de l'angoisse de Troppmann met en scène l'effondrement d'une parole qui ne peut plus prétendre à la souveraineté. Le narrateur se tient ainsi à égale proximité du réel et de l'imaginaire, de la lucidité et de la folie: chaque comparaison est prise ironiquement pour vraie («Je me demandai un instant si elle n'était pas l'être le plus humain que j'eusse jamais vu: c'était aussi un rat immonde qui m'approchait») et l'écriture accumule les énoncés qui manifestent l'irruption de l'étrangeté: «Les larmes tombaient dans mes lèvres... si malade que je suis, je souriais... j'étais mal impressionné...» La seule pause dans le récit où s'insèrent les débats de la polémique avec Breton et les controverses liées à la publication de la Valeur d'usage de D.A.F. de Sade, n'invite-t-elle pas à prendre Sade au pied de la lettre, c'est-à-dire à effacer la séparation entre fantasme et imaginaire, et à dériver vers la folie? Ces récits qui prétendent «révéler la vérité multiple de la vie» se mettent ainsi au diapason de la «vie en morceaux» du narrateur qui se dit à la fois victime et bourreau, enfant martyr et coupable (Troppmann trouve l'origine de son nom chez un assassin célèbre: guillotiné en 1870, son homonyme avait massacré les huit membres de la famille Kinck).

 

Cette expérience fulgurante est aussi un drame politique converti en traité de l'indifférence. Dans «l'inextricable non-sens» où se débattent Troppmann, Dirty, Lazare et Xénie, existences versées dans une hallucination maladive et impuissantes à discerner le rêve du réel, la danse de mort se confond parodiquement avec la prémonition des massacres à venir. Troppmann semble éprouver physiquement ce lien à l'Histoire. Écrit en 1935 et publié douze ans après la fin de la guerre qu'il annonce, il se trouve, par ce délai, exactement dans la situation d'autres livres où «l'auteur invente»: «Mais ces circonstances sont aujourd'hui devenues si lointaines que mon récit, pour ainsi dire écrit dans le feu de l'événement, se présente dans les mêmes conditions que d'autres, qu'un choix volontaire de l'auteur situe dans un passé insignifiant», écrit Bataille dans sa Préface. Différent d'un récit historique, le Bleu du ciel est presque à l'égard de l'Histoire, une oeuvre critique. Car il intervient au coeur d'une oeuvre en pleine construction qui, contemporaine d'un goût déclaré par l'action politique et l'activité collective, quelques mois avant l'engagement de Contre-Attaque, célèbre l'envers de cet optimisme politique du Bataille des années trente. La fiction devient l'épreuve iconoclaste et désenchantée de l'action politique qui court le risque de religiosité. A Barcelone, Troppmann n'est pas là pour soutenir les insurgés, il est venu en simple touriste (ce qui ne va pas sans quelque culpabilité: «Dans un tel moment, je le voyais, ma vie n'était pas justifiable»). S'il finance à fonds perdus la revue publiée par Lazare, il nargue toujours le communisme de cette dernière et lui voue une haine inexplicable qui menace de tourner à la fascination: «Le plus souvent, je pensais qu'elle était positivement folle, que c'était, de ma part, une plaisanterie malveillante de me prêter à son jeu.» L'attitude de Troppmann, toujours blasphématoire à l'égard de l'acte politique, ressemble aussi à une épreuve de vérité. Et la provocation, l'insulte et l'outrance forcent le récit vers ses possibilités excessives, le jetant toujours, en dehors même de ses scènes violentes, au-delà du supportable.

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françois mouillard

François Mouillard est un peintre Picard surprenant. Après une formation à l’Institut d'art Supérieur (IPEDEC), il œuvrera notamment, aux décorations intérieures de quelques appartements fastueux d’émirs koweïtiens ! Une occasion pour lui de travailler à grande échelle les thèmes classiques, fresques romaines, trompes l’œil… et de compléter sa maitrise du pinceau. Par la suite, revenant à la peinture sur toile, il produit de nombreuse séries (Oiseaux, Pompéi, Gibier…) et c’est de la plus personnelle d’entre elles, «La mélancolie», dont sont issues les œuvres .


Il s’agit de peintures expressionnistes qui peuvent «agresser» le spectateur. Flirtant parfois avec le dérangeant, mais suscitant immanquablement chez l’observateur, une vague d’émotions et presque de sensations charnelles, tant il est difficile de ne pas se voir à la place des modèles, frappés, tiraillés, tailladés. Ces œuvres nous plongent dans les profondeurs les plus troubles de nos esprits. Entre effroi, fascination, et tristesse, une succession d’états d’âmes violents, mais toujours éclairés d’une maestria picturale sans faille.

 

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Invitation par artfiler Gallery

Chers amis,

 

Artfiler Gallery est une nouvelle galerie Bruxelloise.

Installée 327 Avenue Louise  à Bruxelles, elle est principalement consacrée

à l'art contemporain et plus particulièrement aux artistes emergents.

Nous invitons tous les membres du réseau des arts et des Letrres en Belgique et amateurs

d'art contemporain à venir sabler le Champagne avec nous lors de leur visite.

Nous sommes ouverts du Mercredi au Samedi de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 19h00

avec une nocture jusqu' à 20h00 tous les Vendredi soir.

 

A très bientôt.

 

Didier Bierjon

Directeur

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ADMINISTRATEUR GENERAL

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Et à titre d’information voici les trois prochaines expositions:

 

-Titre : « La collection permanente à l’espace Yen »

Artistes : collectif d’artistes de la galerie.

Vernissage le : 09/11/2011 de 18 h 30 à 21 h 30 en la galerie même.

Exposition du 09/11 au 24/12/2011à l’Espace Art Gallery II.

 

-Titre : « À Contre - courant et les choses de la vie »

Artistes : Beauvir Le Darz (peintures), Catherine Loubinou (peintures et encre de Chine),

Sylvie Samy (peintures) et Jacques Thuillier (sculptures).

Vernissage le : 30/11/2011 de 18 h 30 à 21 h 30.

Exposition du 30/11 au 24/12/2011.

 

-Titre : « Rudartvic ou la naissance du Rudyisme »

Artistes : Rüdy Theunis (peintures). Exposition personnelle.

Vernissage le : 11/01/2012 de 18 h 30 à 21 h 30.

Exposition du 11/01 au 29/01/12.

 

Au plaisir de vous revoir à l’un ou l’autre de ces événements.

 

Bien à vous,

 

                                                                  Jerry Delfosse

                                                                  Espace Art Gallery

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RESCAPE !

12272766490?profile=original

J’ai enfin repris pied sur le continent Femme
Marin seul naufragé jouet des mers pantin
Ma langue ne savait que le sel qui affame
Et j’avais oublié la couleur des matins

Perdu dans les flots noirs sous les soleils de flamme
D’avoir été jeté du vaisseau levantin
Des voiles de la Mort lancé au froid des lames
Moi réprouvé bandit rebelle à tout mutin

Moi qui coulais au fond des abysses, caillou
Lancé par les hasards cruels de la vie brève
Je découvris la nuit étoilée, à genoux

Nuits coulées d’amour verts alluvions du rêve
Marin pâle noyé rejeté sur la grève
De ton corps fleuve blond aux sauvages remous

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Jeu



La peau des jours s’étire
les nuits tour à tour s’élancent
les étoiles dans ma paume
dansent
toutes seules

les lunes les soleils s’agrippent
aux paupières
des chats des gouttières
et ne pipent
mot

les escargots du temps glissent
tango
de l’horloge vivante
à la fenêtre de la pomme
reinette coquette
brisant les feuilles trop vertes
inertes
dans tes yeux.

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ROUSSEURS VAGABONDES

12272770653?profile=originalImages flottantes ...

quand le corbeau croasse dans l'or effeuillé et lecture en harmonie

"Elle était cette flamme blonde et blanche mêlée à son buisson Elle faisait brûler le passé en lui -même comme font les étoiles qui sont elles aussi tout simplement le passé qui brûle Il s'agit au fond de l'âme de replonger tout ce qui arrive dans la combustion plus ancienne qui , du fond du ciel avance "

Ou encore cette phrase

"Sa souffrance s'arrêta quand elle se transforma en deuil

" Pascal Quignard nous charme toujours par sa mélancolie propice à la réflexion 

son dernier livre" Les solidarités mystérieuses"

Cela aurait pu être dans  le groupe "dis moi ce que tu lis " je vais en parler aussi AA

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Haïkus d'une fin de journée

 

Haïkus d’une fin de journée


Mon panda, mon singe,

mon lapin, mon bébé chien,

dehors prés de moi.

...

Des ombres coupées

plaquées sur la haie dorée

à peine tremblante.

...

Je lève la tête,

un avion bruyant s’éloigne

lors je me délecte.

...

L'enfant rayonnant

en mains un bocal fermé,

une île au trésor.

...

Dessins animés

sur ma feuille de papier

en ombre et lumière.

...

Sur l’écran opale,

où tout a été lavé

des formes s’estampent.

...

Semblent en éveil

tout comme moi caressés,

mes amis sans âme.


16 juin 2009

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Quand j'étais enfant le premier livre que j'ai dû lire était " TINTIN en AMERIQUE ", ma mère m'aidait et m'expliquer les mots encore inconnus...

Je le reprenais ainsi que la collection que je constituais au cours du temps à chaque grippe, rhume et angine dans mon lit...

tintin.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis, mes parents sont partis pour un voyage sans retour dans un autre pays lointain...

J'ai essayé de faire mon chemin - pas toujours droit - mais je suis fier, à travers le regard que je leur prête encore, de mes quelques recueils et de mes aventures de figurant et d'acteur...

Une des plus belles c'est ma figuration dans " OMAR M'A TUER " où j'ouvre la porte de la prison de Grasse: le DVD sort en ce moment.

Il se disait sur le tournage que, peut-être, le film aurait du retard car il pourrait être présenté à CANNES...

Pas de présentation à Cannes mais par contre le MAROC l'a choisi pour le représenter à ...

HOLLYWOOD !!!

La sélection du Festival tranchera le 24 janvier 2012 pour savoir si ce film participera à la course finale du " Meilleur film en langue étrangère ", de toute façon, il sera ainsi vu en Amérique !

Amusante aventure où le petit garçon que j'étais va maintenant par le cinéma aller à HOLLYWOOD! Et histoire pagnolesque quand on sait que Teddy RICOUL - le Monsieur BRUN de la troupe de Jean-Claude BAUDRACCO - y joue son premier rôle au cinéma : le chef des gardiens du prison, il est présent au générique.

Avec un peu de chance et en " galégeant " pas mal, peut-être lui ou moi, nous aurons un OSCAR !

En tout cas, bonne chance à ce film !

Michel SIDOBRE



Le lien avec un article sur la présentation de " OMAR M'A TUER " aux OSCARS :

http://www.aufaitmaroc.com/actualites/culture/2011/8/17/le-film-omar-ma-tuer-candidat-aux-oscars-2012


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Soleil.

 

 

Moi, je vois très souvent le soleil inanimé au sol où sur la mer,

 mais qui respire vraiment.

 

Proximité sans doute du poète, de l’enfant, de tout créatif, avec la vie la plus riche, la plus nue et fertile, même dans l’extrême obscurité, dans la froidure la plus insupportable ; dans ces moments là, mais aussi dans d’autres,  le soleil à l’instar d’une fleur résistante  se cueille puis se partage.

 

Il change simplement d’altitude, puisque nos mots veulent le toucher plus fort, le marier à la terre toute entière.

 

L’œuvre est un cadeau offert au Monde,

une célébration.

 

 

 

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Inspiration d'un moment

 

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Souffle du vent la fenêtre ouverte,
le vent passant sur mes jambes,
le frisson d'une seconde,
je me plonge dans ce pays lointain.... ♥

Pays de couleurs, de richesse et de pauvreté,
j'explore les moindres re-coins de la région qu'est l'Inde,
magnifique et enrichissant.... ♥

Un jour j'irais voir ma terre,
mes racines qui sont en moi,
pour ne faire plus qu'un tout avec la nature... ♥

Développer ma spiritualité indienne,
découvrir ses paysants pleins de richesses d'âmes,
et ses palais majestueux tel les Maharajas.... ♥

Respirer l'odeur de la terre indienne,
goûter à ses épices si particulières,
développer mes talents culinaires,
explosion de goûts sur nos papilles... ♥

Un jour je découvrirais cette magie,
cette frénésie qui me siffle dans l'oreille,
cette mélancolie de m'enrichir au plus profond de mon âme .... ♥

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Peindre son destin

Peindre son destin ,
de bonheur et de joie,
oublier la tristesse et l'angoisse...

 

Peindre son destin,
d'ondes positives et émotives,
sans craintes ni peurs....

 

Peindre son destin,
puiser la force en soi,
qui nous permets d'avancer...

 

Peindre son destin,
refaire un tableau de couleurs douces,
sans ajouter de noir, ni gris...

 

Peindre son destin ,
avec ses deux petits anges,
pour qu'elles apportent la touche de couleurs supplémentaires...

 

Peindre son destin,
rêve à entrependre quand la vie change,
quand le destin se tourne vers nous...

 

Peindre son destin,
être conscient de la chance d'être sur terre,
de donner amour et force aux gens que l'on aime...

 

Peindre son destin,
un choix qu'il faut assumer,
car malgré tout des couleurs sombres viennent s'immiscer...

 

Peindre son destin,
avec la force ,
avec l'amour ,
avec le soutien de ceux qui nous entourent...

 

Peindre son destin,
quelque soit la manière,
mais rester tout simplement sois-même...

 

 

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Soliloque apaisant

 

Je captais des instants et te les envoyais

Quand la beauté surgie paraissait indicible.

Je mettais en des vers ma joie vive ou paisible.

Ta tendresse reçue venait m’ensoleillait.

 

Quand la beauté surgie paraissait indicible,

Elle animait mon âme, lasse , ensommeillée.

Ta tendresse reçue venait m’ensoleiller,

Je retrouvais l’envie d’accueillir le possible.

 

Elle animait mon âme, lasse, ensommeillée,

Ton énergie restée puissante, indéfectible.

Je retrouvais l’envie d’accueillir le possible,

Dans le bonheur de vivre et de m’émerveiller.

 

Ton énergie restée puissante, indéfectible,

Fut détruite soudain. Je demeure éveillée.

Dans le bonheur de vivre et de m’émerveiller

Où que je sois, chez moi, ta présence est sensible.

 

2 novembre 2011

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Arts et Lettres sur mobile

Ceci n'est qu'une ébauche de projet. Mais je pense qu'actuellement peu de personnes ont encore l'usage d''un mobile smartphone qui me semble absolument encore beaucoup trop cher à l'achat et à l'usage. A mon avis, il faudra encore attendre quatre à cinq ans pour éventuellement se lancer dans l'aventure. En tout cas pas avant que les prix deviennent réellement à la portée de tout un chacun. De plus, je pense que voir ou écrire du texte sur de telles machines est une réelle épreuve. Et les photos de belles oeuvres ne sont réellement appréciables que sur de plus grands écrans.

12272767057?profile=original

 

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