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La jeune mariée de coton bleu (3)

Nous entrâmes chez moi. Tout était prêt, du premier biscuit d'apéritif jusqu'au dernier grain de sucre du dessert. Elle m'avait dit qu'elle aimait manger de tout, que je pouvais lui faire plein de surprises. Le temps que je me débarrasse de mon manteau, je me retournai vers elle.

— Tu fais visiter? Je suis curieuse.

Tiana s'était débarrassée de ses bottes. Elle était pieds nus.

— Je ne veux pas salir.

Moi qui me déchaussais à peine rentré lorsque j'étais seul, j'étais pris de court. Mes chaussures vinrent sans tarder rejoindre les bottes de mon invitée.

— Du parquet partout, c'est chaud, j'adore.

— Oui, moi aussi. C'est en partie pour cela que j'ai pris cet appartement. C'est d'ailleurs la maman de Marie qui l'a trouvé.

— Elle a bon goût on dirait.

Je lui fis visiter mon chez moi, en commençant par la chambre de Marie. Tiana était un peu déçue de ne pas pouvoir la voir. Tandis que nous visitions les autres pièces, elle me posa plein de questions sur elle. La couleur de ses cheveux, de ses yeux, où elle allait à l'école, comment la vie s'organisait autour d'elle avec ses parents séparés.

Marie fut dont notre principal sujet de conversation durant tout l'apéritif. Tiana s'était installée en tailleur dans mon fauteuil en cuir. Tout en lui parlant je l'observais. Ses pieds nus contrastaient avec la toile sombre de ses jeans. Un trésor fragile sorti d'un sac de toile. Le caraco s'ouvrait sur ce bel anneau qui brillait fièrement à la naissance de ses seins.

Et je racontais ma vie pour ne pas être troublé. Elle m'aidait en cela d'ailleurs: depuis qu'elle était entrée chez moi elle donnait l'impression d'y être venue des dizaines de fois. Lorsqu'un geste ou un regard de sa part me touchait d'un peu plus près, je reformais mentalement l'image de l'étudiante qui s'éloignait vers le cabinet médical.

Peu à peu le trouble m'empêchait de la suivre. Je lui proposai de passer dans la cuisine. Elle me suivit. Ses pas, juste derrière moi, me firent deviner qu'elle marchait sur la pointe des pieds.

— Coquilles St Jacques pour commencer, tu aimes?

— Beaucoup. Tu les prépares comment?

— Juste poêlées. Tu me parles de Paris?

Je pris le « mmmh » qu'elle émit doucement pour une invitation à déguster les St Jacques au plus vite. Je me trompais. En réalité, c'était le souvenir de son amant français. Leur relation avait été passionnée. Une grande entrée dans la vie d'adulte. Il était riche et terriblement romantique. Elle était irrésistiblement belle et sa fraîcheur le fascinait. Le bel anneau, c'était pour ses fiançailles. Les parents s'étaient rencontrés, le mariage suivrait quelques mois plus tard.

— Je suis tombée amoureuse de ce bijou. J'aime le porter, j'aime le voir sur moi, le sentir contre moi. Quand j'ai quitté Dominique, j'ai voulu le lui rendre mais il n'a pas voulu.

Oui ma belle invitée, j'imagine bien. Amoureuse. Sur toi, contre toi. Mon Dieu, je vais perdre pied.

— Pourquoi cela n'a pas marché entre vous?

— J'étais son bijou à lui. Il adorait se montrer avec moi.

— Il était fier d'être avec une jolie jeune femme. Qui ne le serait pas?

— Les hommes ne savent pas porter les bijoux.

Une réponse toute faite. C'est fermé, monsieur. Tiana avait à coup sûr beaucoup souffert de sa séparation.

L'arrivée des St Jacques à table nous offrait l'occasion de changer de sujet de conversation, mais elle s'entêta.

— J'ai gardé le silence quand tu as parlé de ta séparation, me dit-elle.

— Touché, dis-je en français, avec un accent vaguement américain.

Son sourire s'agrandit.

— Touchée aussi, reprit-elle. Quitter Paris, c'était dur.

Le séjour des coquillages fut encore plus bref dans son assiette qu'en cuisine. Elle avala le tout en un temps record, en concluant par un « Oh que c'est booooon » aux accents parisiens.

Je retournai vers la cuisine.

— Je reste perplexe, dis-je. Comment as-tu fait pour retrouver ma trace? C'est un peu surréaliste, non? Tu te souvenais de mon nom?

— Oui.

Je m'en étais douté. Qu'étais-je pour elle?

— Ton nom était sur l'ordonnance, tu te souviens, en Allemagne. Et quand tu m'as dit que tu espérais qu'un jour Marie aurait mes yeux, ça m'a fait plaisir, alors j'ai retenu ton nom, je ne sais pas pourquoi.

Les moteurs de recherche, index et autres annuaires avaient fait le reste. J'étais soulagé et fier que Marie soit à l'origine de la persistante de mon nom dans les souvenirs de Tiana.

— C'est pour cela que je suis triste de ne pas la voir ce soir.

Je sursautai. Elle s'était approchée de moi et avait murmuré cela à mon oreille. Le pouvoir d'attraction qu'elle exerçait sur moi se renforçait de minute en minute.

Comme si elle l'avait senti, elle s'était rapidement éloignée. Le temps de dresser les assiettes, je la retrouvai sagement assise à table.

Les bougies faisaient danser deux petites têtes d'épingle incandescentes dans ses yeux noirs. En lui présentant le plat de résistance, je fis appel à toute ma volonté pour ne pas laisser traîner mon regard sur l'anneau qui jouait à cache-cache avec son caraco.

Je lui expliquai que le coucou de Malines n'était pas un vrai coucou mais une volaille qui n'avait rien à envier à la région de Bresse. Elle fit des efforts pour manger lentement, mais cela ne dura pas. Était-ce la faim ou le goût de l'interdit? Je la taquinai:

— Ma maman dirait que tu ne prends pas le temps de savourer.

— God bless ta maman, mais c'est trop bon!

— C'est un point de vue respectable. Dans ton métier cela ne doit pas être tous les jours ainsi.

— On doit se surveiller c'est vrai... Oh, nous sommes toutes à la même enseigne, alors c'est plus facile: il suffit de suivre le mouvement. Moi je fais surtout des photos, pour la lingerie et les bijoux, ça va encore... tu devrais voir celles qui font les défilés de haute couture, ça c'est l'enfer. Je ne pourrais pas.

Ses mains s'envolèrent soudain derrière sa tête, qu'elle pencha légèrement en arrière. Rideau sur la chevelure enveloppante: elle allait nouer ses cheveux, dénuder son visage. Mon regard glissa en ligne droite de son menton relevé à l'anneau parisien qui remontait à présent de sa cachette. Une lune toute ronde sur deux dunes dans le désert.

Une fois de plus je glissai mentalement. Il était temps de couper court.

— Je peux te poser une question, Tiana?

Et comme je m'y attendais:

— Une question gênante, si tu me demandes la permission.

— Que cherches-tu?

— Et toi?

— Tu veux savoir?

— Oui, bien sûr!

Je mentis:

— Le souvenir d'avoir passé une soirée avec une jolie étudiante, devenue une femme absolument ravissante.

— Un souvenir? C'est tout? Tu voudrais déjà que je sois partie, alors?

— Non, bien entendu. Mais comme nous ne sommes pas amenés à nous revoir... le souvenir sera déjà un joli cadeau.

Elle me sourit comme lorsqu'elle m'avait quitté en Allemagne.

— Toi aussi tu es mon cadeau-souvenir.

— Tiana...

— Non, laisse-moi dire les choses. Tu as du fromage?

Et comment. Elle m'avait dit avoir pris goût aux produits les plus parfumés. Alors qu'elle constellait son assiette d'un bout de chacun des fromages du plateau, elle s'expliqua.

— Tu sais, c'est en Allemagne qu'on m'a présentée à mon agence. Je suis mannequin depuis quelques mois après notre rencontre. Je vis parfois deux mois à l'hôtel avant de pourvoir passer une soirée ou un week-end dans un vrai appartement, ou, une vraie maison... Rien à voir avec les jolies villas où l'on nous met en scène, à Marrakech, Ibiza, Tarifa, j'en passe... C'est pour cela que j'avais envie de venir. Voir ton chez toi. Et puis si j'ai retenu ton nom c'est qu'il y a une raison.

— Il y a une raison?

— Oui.

— Laquelle?

Elle avait achevé de disposer tous les morceaux de fromage, comme autant de petits soldats. Elle releva la tête.

— Je n'en sais rien. Mais il y a une raison sinon je n'aurais pas retenu, tu comprends? Je dois encore la chercher.

— On est bien avancés...

Déjà elle picorait ses fromages avec une délectation digne d'un enfant mastiquant un bonbon volé.

— Je peux dormir ici ce soir?

Nous y voici.

— Tiana...

— S'il te plaît.

— Tiana...

— Juste dormir.

Juste dormir. Une formule usée jusqu'à la corde. Elle baissait la tête sur ses friandises. Ses cheveux rassemblés donnaient de la gravité à son visage. La lune diamantée se couchait derrière l'étoffe écrue.

— À une condition.

— D'accord.

— Je n'ai pas encore dit laquelle.

Sur son assiette, toute trace de fromage avait disparu.

— Je suis d'accord de toute façon. J'ai mes affaires dans mon petit sac. Je prendrai un taxi demain matin tôt. On met combien de temps jusqu'à l'hôtel, le matin?

— Tu dors dans mon lit, je dors dans le canapé.

— Et le lit de Marie? Il est assez grand pour moi.

— Il est trop près du mien. Je ronfle. Tu m'entendras à travers les portes fermées, c'est garanti sur facture.

— Alors ton canapé sera très bien pour moi.

— C'est ma condition, Tiana. Sinon je te ramène à l'hôtel.

Elle fit la grimace. L'espace d'un instant, son visage perdit de son éclat.

— D'accord.

— Parfait. Dessert? Tu as encore de la place?

— Oui! C'est quoi?

— Des crêpes Suzette, tu aimes?

— Mmmmh Oui!

J'aurais crû entendre Marie. Les crêpes font toujours revenir l'enfant qui est en nous.

— Je n'arrive pas à comprendre où tu as mis tout ton repas. Tu as mangé plus que moi!

— Je brûle tout très vite, c'est pour ça que je n'ai jamais froid!

Une réplique préfabriquée de plus. Comme une béquille. Pour la première fois je devinais de la fragilité dans sa voix. Le pire arrivait à grands pas: à chaque minute jusqu'à son départ je devrais me battre contre l'idée de prendre Tiana dans mes bras.

Je retournai dans la cuisine pour avaler d'un trait un verre d'eau glacée. Lorsque je servis le dessert, les petits feux follets qui dansaient dans les yeux de mon étudiante achevèrent de déchirer en lambeaux la dérisoire étoffe de résistance dont je m'étais couvert.

Tiana me parlait encore, mais ses propos traversaient ma conscience de part en part.

Je ne la voyais plus, je laissais flotter mes yeux sur elle.

Je ne comprenais plus rien, rêvais de nous deux.

— Tu es fatigué?

Retour sur terre.

— Oui, un peu.

— Alors c'est mieux que je dorme ici, non? Ce n'est pas prudent de conduire maintenant.

Il était temps de céder.

— Bonne idée.

Je lui préparai de quoi prendre une douche, mis de nouveaux draps sur mon lit. Elle vint me rejoindre dans le salon quelques minutes plus tard. Je m'étais déjà calfeutré sous la couette que j'avais empruntée à Marie.

Elle portait un simple pyjama de coton bleu ciel. Un top à bretelles torsadées, un short tout sage. A peine sortie de la douche, elle paraissait encore plus jeune que dans le cabinet de Frau Hartmann.

— Je voulais te dire merci. J'ai vraiment passé une merveilleuse soirée.

Elle déposa un bisou sur mon front, tout comme elle avait dû en déposer sur bien des fronts d'enfants dans la région de Daun.

— Bonne nuit Tiana, dis-je d'une une voix enfantine.

Deux bulles de rire vinrent secouer son buste de coton bleu ciel.

— Pour moi c'est vraiment un cadeau, cette soirée.

Ses attitudes de petite fille auraient dû m'apaiser quelque peu. Il n'en était rien.

— Tout le plaisir était pour moi.

— Je peux te dire quelque chose?

— Quelque chose gênante, si tu me demandes la permission...

— C'est malin! Non, sérieux.

— D'accord, sérieux.

J'étais à son diapason: nous parlions comme si nous étions en train de « clavarder » sur la Toile.

— Dominique, à Paris... il te ressemblait.

Une bûche de chêne en pleine figure m'aurait probablement fait le même effet. Je rassemblai mes forces, mais je n'arrivai qu'à murmurer:

— Pourquoi me dis-tu cela?

— Parce que je dois partager ces choses-là. Ne rien dire et mentir, c'est la même chose.

— Tiana, est-ce que tu as une idée de ce que ces propos, dans la bouche d'une femme comme toi, peuvent faire à un homme comme moi?

— Oui, je sais, je ne devrais pas être « cash » comme ça. Tout le monde me le dit.

Je n'en revenais pas. Si cette femme se comportait ainsi avec tous les hommes, elle avait dû collectionner les gifles depuis des années.

— Je voyais dans le regard de Dominique qu'il m'aimait, à chaque instant. Il me regardait, il m'écoutait, nous parlions, nous nous embrassions, nous faisons l'amour, et tout le temps, dans son regard, je voyais le plaisir d'être avec moi.

Dans un ultime effort je lâchai:

— C'est pour cela que je lui ressemble?

— Oui. Je sens que tu es content de la soirée. Et tu sais que je suis contente aussi.

Elle se leva. L'anneau avait disparu. Selon toute vraisemblance elle ne le gardait pas pour dormir.

— Bonne nuit. Ça me touche que tu aies accepté que je reste cette nuit.

— Good night, Tiana. Sweet dreams.

Je la regardai s'éloigner vers ma chambre, toujours sur la pointe des pieds. Lorsqu'elle disparut, je sombrais déjà dans un sommeil sans rêves, tapissé de coton bleu ciel. Morphée m'emmenait doucement vers la nuit la plus inattendue de mon existence.

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La jeune mariée de coton bleu (2)

Deuxième tableau: la princesse

J'avais passé la soirée avec un ex-collègue à siroter quelques Caïpirinha au comptoir du café Belga, parmi des cohortes de jeunes étudiants venus fêter la fin de la session d'examens de janvier. J'étais rentré chez moi, parfaitement mûr pour une nuit sans rêves. Sur mon bureau une surprise virtuelle m'attendait.

Ce n'est pas gentil, tu ne m'as même pas regardée.

Elle m'avait écrit en français. La photo à côté du message était d'une beauté à couper le souffle. Son sourire était intact, conquérant, magique. La topaze brillait toujours discrètement à la base de son cou. Je me demandais si son petit ami était toujours le même. Le jeans informe avait fait place à un pantalon moulant bleu ciel, les baskets à d'élégantes bottes courtes et le sweat-shirt s'était transformé en petit top blanc comme j'avais dû en apercevoir par dizaines lorsque j'étais au bar.

Mais pas porté de si belle manière.

Tiana était devenue mannequin, avait fait sécession avec sa famille. Elle était à Bruxelles pour deux jours. Une collection de diamants à mettre en scène. Puis ce serait l'Australie, puis Tokyo.

Marie va bien?

Oui Tiana, ma fille se porte comme un charme, mais si je te réponds, où et quand recevras-tu mon message? Lorsque tu seras de l'autre côté de la terre? Et puis... comment m'as-tu retrouvé?

Je demeurai quelques minutes immobile devant mon écran, à dévisager la jeune femme pixellisée. L'étudiante s'était transformée en une femme d'une extraordinaire beauté. La photo était prise au café Belga, probablement au moment où j'y étais. Pourquoi n'était-elle pas venue à ma rencontre? Je n'eus pas trop de difficultés à deviner: j'avais vieilli, grossi, et peut-être n'était-elle pas sûre de me reconnaître. Et puis la Caïpirinha ne nous rendait peut-être pas d'un abord facile. Si Tiana s'était approchée et avait fait erreur sur la personne, comment se serait-elle débarrassée de deux quadragénaires raisonnablement imbibés?

La réponse ne se fit pas attendre.

Elle se souvenait de mon nom. Elle s'était emparée de son petit smartphone préféré, avait demandé à son amie de la photographier, puis avait consulté tous les sites internet « sociaux » à ma recherche.

Douze minutes... pas mal non? Un ange qui hier encore avait l'âge d'être la baby-sitter de mes enfants m'avait pisté grâce à la grande toile en moins d'un quart d'heure. J'étais à la fois flatté et effrayé. Quand on cherche, on trouve... tu n'es pas fâché j'espère?

Elle m'avait envoyé une deuxième photo, avec un commentaire: « mon métier de maintenant ». Elle y posait en nuisette; elle était devenue mannequin. Lise Charmel. La marque que j'avais tant et tant offerte à la maman de ma petite Marie. Mon étudiante était devenue très féminine.

Je m'endormis après lui avoir répondu:

Non pas fâché, que du contraire: heureusement surpris de te voir par ici. Maintenant que j'ai ton adresse mail (enfin, que tu as trouvé la mienne plutôt), je ne te lâche plus... Donnant donnant, tu me racontes, je te raconte. Et pour commencer, oui, Marie va très bien, elle est chez sa maman pour l'instant, je la retrouverai vendredi... et elle est presque aussi jolie que toi :-)

Si j'avais su ce qui allait suivre, me serais-je abstenu de répondre?

Bien des hommes croient forcer leur destin. Ces mêmes hommes ne sont rien face aux femmes dont ils croisent le chemin.

Le lendemain je consultai les mails au pied de mon lit. Encore une autre photo d'elle. Marie aurait dit « elle t'envoie un bisou qui vole ». Tiana portait ses cheveux bruns déliés, et ses yeux pétillaient au-dessus d'un nouveau pendentif: un anneau constellé de brillants. Cadeau d'un autre petit ami, avec plus de moyens? Au moment où je chassais cette pensée, je constatai que ma main droite avait abandonné la souris pour venir se poser sur mon écran. J'avais posé trois doigts sur l'image de Tiana.

Je suis tombée amoureuse de ta Vieille Europe, tu sais? Tu m'excuses pour mon français mais j'aime écrire dans ta langue même si je fais des fautes. C'est comme ça depuis Paris, je dois te raconter! Demain je pars, alors ce soir j'ai envie de manger tout ce que je ne peux pas à cause de mon métier. On mange ensemble si tu veux.

Sans réfléchir j'accédai à sa demande.

Tu vas être servie... Frau Hartmann, Marie et moi te devons bien cela. Je te fais la cuisine. Je viens te chercher où et à quelle heure?

J'avais à peine expédié mon courrier que je me maudissais. « Tu vas être servie »: quel idiot! J'espérai que sa compréhension du français ne laisserait planer aucun malentendu. Le tableau était déjà assez bizarre ainsi: un quadragénaire célibataire invite chez lui une jeune et jolie modèle. Se connaissent-ils? Non, du tout: ils ont partagé en tout et pour tout:

  • vingt minutes de voiture
  • quelques mots
  • une ordonnance

Rien dans cette histoire n'était vraisemblable et pourtant la réponse vint sans tarder.

Au Conrad, je suis là après 19:00. Je suis contente.

Signe des temps: la « Toile » avait réuni deux êtres qui jamais n'auraient dû se revoir.

À dix-neuf heures précises, les vingt-quatre ans triomphants de Tiana illuminaient le début de notre soirée.

Elle m'attendait dans le hall d'entrée de l'hôtel. Son jeans moulant plongeait au fond de hautes bottes en cuir noir, et un caraco écru moulait son buste. Elle ne portait rien d'autre. Dehors il faisait à peine quelques degrés au-dessus de zéro. On annonçait même de la neige.

— Je suis descendue t'attendre, je ne t'ai jamais dit mon dernier nom? Si?

Elle avait traduit « last name » littéralement de l'anglais: dernier nom, nom de famille.

— Non, c'est vrai... et comme tu ne le précises pas dans tes mails, je n'avais aucune chance de te retrouver.

Elle m'embrassa sur les deux joues.

— Combien, à Bruxelles? Deux? À Paris c'est deux, ailleurs c'est parfois trois, je ne sais pas. Et si je fais des fautes de français tu les corriges, tu promets?

— Une, deux, cela n'a pas d'importance. Ton français est encore meilleur que ton allemand il y a quelques années. Comment fais-tu?

— Ah, les langues, j'aime les apprendre, c'est comme la cuisine, tu sais?

— J'espère que tu aimeras la cuisine que je te destine, alors.

C'était comme accueillir une petite sœur sur le quai de la gare. J'avais plein de choses à lui demander. A commencer par « tu n'as pas froid? », mais déjà je savais que cette question tomberait à plat: elle ne me laissait pas le temps d'en placer une... et l'enthousiasme dont elle faisait preuve laissait clairement entendre que le froid était le dernier de ses soucis.

Elle utilisait le français pour me poser des questions, et l'anglais pour raconter. Je m'amusais du vocabulaire simplifié dont elle faisait usage, comme si elle voulait aller à l'essentiel, exprimer le plus possible de choses avec le moins de mots possible. Après tout le temps nous était compté.

— Tu as vu la tête du concierge, à l'hôtel? Il croit que tu es mon petit ami.

— Tu veux rire?

— Non c'est vrai, j'ai dû lui faire promettre de dire que je dormais si mon agence m'appelle. Et à la copine qui partage ma chambre aussi.

— Tu es interdite de sortie le soir?

— On doit dormir beaucoup, pour avoir une belle tête le lendemain. C'est surtout pour les yeux, tu comprends? Je vais voir Marie?

— Non hélas elle est chez sa maman ce soir.

C'était mon « sujet sparadrap » de la soirée. Dire les choses d'un coup, et qu'on n'en parle plus: je ne vivais plus depuis quelques mois avec la maman de Marie. J'avais trouvé un équilibre, elle avait retrouvé un compagnon. A chacun ses priorités. Elle cita en français: « On s'est quittés d'un commun accord mais elle était plus d'accord que moi ».

— Tu connais ça, toi? Grand Corps Malade?

— Oui, je connais presque tout par cœur, j'ai appris beaucoup de mes mots de français en l'écoutant quand j'étais à Paris.

Et voilà comment une jeune américaine avait étendu ses connaissances en langues. Je venais de prendre un coup de vieux, mais à quoi devais-je m'attendre d'autre? Dix-neuf ans nous séparaient. L'idée de partager cette soirée avec elle m'enchantait vraiment, mais je devais me rendre à l'évidence: je l'avais invitée chez moi car je m'étais laissé séduire, et cela ne se faisait pas.

Avant d'arriver à destination elle avait résumé toute sa vie depuis notre première rencontre. J'usai mentalement de cette expression à la mode: « donc, ça... c'est fait ».

Je stoppai mon véhicule face à l'ancienne brasserie dans laquelle mon appartement avait été aménagé.

— Tu es au bout du monde, ici!

— Cela doit te changer de l'Arizona... Temps humide, frais, bienvenue dans la périphérie bruxelloise.

— Bof, je n'aime plus trop l'Arizona, je préfère les pierres de l'Europe.

— Et tu n'aimes pas retrouver ta famille?

— Ma famille n'aime pas le métier que je fais.

Je contournai la voiture pour lui ouvrir la portière. J'avais fait de même en Allemagne, devant la pharmacie, mais là-bas c'était aussi pour jeter un œil sur ma fille enfiévrée et endormie.

— Tu as gardé tes belles manières.

— Tu as gardé ton beau sourire.

Je lui tendis ma main. Elle cilla avec humour:

— Ça c'est nouveau. Très élégant.

— My pleasure, Milady.

À Daun j'avais saisi la main d'une étudiante. Ce soir-là j'accueillais une princesse.

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La jeune mariée de coton bleu (1)

 

Premier tableau: l'étudiante

Elle s'appelait Tiana, elle avait à peine vingt-quatre ans, en paraissait un peu plus sur ses photos, et un peu moins en vrai.

La première fois que je l'ai vue, elle était étudiante.

Venue du fin fond de l'Arizona, elle passait une année en Allemagne, pour apprendre la langue. Un échange. Elle s'adaptait avec plaisir aux traditions de la vieille Europe, pendant que le fils de sa famille d'accueil, lui, perfectionnait son anglais en compagnie de ses trois frères.

Je me dépêtrais avec difficultés face au médecin de garde, un samedi midi, dans les ruelles de la ville de Daun. Ma petite Marie accusait un bon 39 de fièvre, et ma connaissance de l'allemand était poussiéreuse.

Après avoir concentré toutes mes forces dans l'interprétation du diagnostic et du contenu de l'ordonnance, j'achevais de me perdre dans les explications du médecin pour que je parvienne à la pharmacie avant la fermeture.

Mon interprète était alors apparue. Jeans et sweat-shirt informes, autour d'une grande adolescente au sourire dévastateur. Elle parlait anglais avec un fort accent, mais j'aurais détrôné toutes les voix féminines so British de la BBC au profit de celle-là, du moment qu'elle procède au doublage sonore du Doktor Hartmann. Cette dernière dessinait le plan d'accès à l'officine, ponctuant le tout d'explications dont le peu que je comprenais laissait clairement entendre que rien de ce qu'elle avait dessiné n'était vraiment à l'échelle.

Tiana s'était présentée. Elle m'avait expliqué qu'elle rangeait et nettoyait les salles de consultation le samedi après-midi, pour se faire un peu d'argent de poche, et que si je le souhaitais elle pouvait m'accompagner jusqu'à la pharmacie. Il me suffirait de la ramener après. Marie s'était endormie sur mon épaule, soulagée qu'on la laisse enfin tranquille après l'auscultation. Ses dix-sept mois avaient diligemment besoin d'aide pour faire baisser sa température. J'acceptai avec gratitude.

J'installai Marie dans son siège et démarrai. Tiana avait les yeux marrons, presque noirs, terriblement rieurs. Sur le chemin elle m'expliqua quelque peu comment sa vie d'étudiante américaine s'organisait ici, à quelque cinquante kilomètres de Koblenz. De temps à autres je voyais jaillir sa main vers le pare-brise, et ses doigts pointer la direction à suivre. Elle racontait. Une année d'histoire de l'Art, du baby-sitting et d'autres petits boulots pour les extras, une famille d'accueil assez stricte, un peu d'écriture, beaucoup de peinture. Elle posait aussi parfois pour des peintres, en ville, mais ça, personne ne devait le savoir. Sa peau était mate, peut-être trahissait-elle des origines mexicaines ou amérindiennes.

Elle était arrivée à peine trois mois plus tôt et déjà son allemand était d'une belle fluidité, comme j'eus tôt fait de le constater lorsque nous arrivâmes à la pharmacie. Je remarquai surtout le regard des gens qui l'apercevaient. Tiana ne laissait personne indifférent. Son sourire de jeune fille venait de très loin, et se projetait vers le regard de l'autre avec une innocence presque enfantine. Pourtant Tiana n'était plus une enfant. Avant de rentrer dans la voiture elle saisit ses cheveux des deux mains pour les nouer derrière la tête, en un mouvement d'une rare élégance. À son cou je devinai une petite topaze ronde accrochée à une fine queue-de-rat en or blanc: j'imaginai volontiers que c'était un cadeau de son petit ami.

En moins de vingt minutes nous étions de retour. Je la remerciai de sa gentillesse, lui souhaitai un heureux séjour en Allemagne. Marie dormait toujours. Je lui donnerais ses médicaments dès mon retour à l'hôtel. Lorsqu'elle quitta ma voiture je lui saisis la main, et lui dis dans un anglais devenu hésitant: « Merci de tout cœur. Vous m'avez fait gagner un temps précieux. Et puis... j'aimerais que plus tard ma fille ait votre sourire ». Celui qu'elle me décocha en retour était un diamant de joie de vivre. « Alors prenez bien soin d'elle. Bon retour en Belgique... » m'a-t-elle répondu avant de disparaître vers le centre médical.

Un visage de lumière comme jamais je n'en avais vu, et comme très probablement jamais je n'en reverrais. Je priais souvent ma mémoire pour que ce souvenir ne s'altère pas.

C'est l'histoire de notre deuxième rencontre que personne ne voudra croire.

Elle eut lieu quelques années plus tard.

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Rajib

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Mystère ou émerveillement,  

Je m’exclame aussitôt: Rajib!

Un mot superbe que j’exhibe,

Sans le traduire évidemment.

   

Pourrais-je dire: époustouflant,

En laissant au loin la magie,

L’émoi né de la poésie?

Ce n’est pas un équivalent.

   

Rajibe est un hymne en un mot,

Quand la nature nous ensorcelle

Et qu’à nos âmes, elle révèle,

L’indicible venu d’en-haut.  

 

Ce matin, je me suis surprise,

Devant mon arbre glorieux,

Empli de bouquets somptueux,

À le redire à deux reprises.

 

 3 mai 2006

 

 

 

 

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Amour,

Dans ma tête, calme plat,

Dans mon corps, espace blanc,

Dans mon cœur, vous y dormez encore ;

ces trois lieux construits par l’encre bleue

associée à mon sang à vous sont destinés.

 

Les agrandir encore, oh le voulez-vous ?

 

Seule, serais-je suffisante jusqu’au bout, sans

le souffle toujours plus large de l’écriture,

sans son ensoleillement constant ;

vous toucherais-je  autant ?

 

Chut, là je cesse d’écrire, pour vous

écouter à l’intérieur de moi exister, me

répondre peut-être !

 

Perdre tous les mots venant d’elle,

engendrerait notre commune obscurité, son mutisme, sa

froideur.

 

L’impartageable.

 

Je vous respire.

 

 

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Née sous une belle étoile

 

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Il est des vies dures et tristes,
que la vie vie n'épargne pas,
où les gens souffrent tant moralement que physiquement...

 

Il est des vies baignées dans la richesse et le mépris,
que la vie offre tout sur son passage,
où les gens sont fortunés et méprisants...

 

La mienne de vie est tout autre,
j'ai eu la chance d'être née sous une belle étoile,
dont j'ai hérité l'Amour de mes parents...

 

L'adoption d'un enfant est la plus belle chose au monde,
vous parents du monde entier,
ayez la chance d'adopter un enfant....

 

Pour ainsi lui offrir une belle vie,
en partageant joie et tristesse,
amour et réconfort,
enseignement et droiture....

 

Chaque enfant mérite une chance dans la vie,
cela le rendra plus fort pour surmonter la vie,
plus battant pour atteindre son but....

 

L'adoption est un cadeau que l'on offre,
la vie nous parait parfois tellement difficile,
mais lorsque l'on se rend compte de la chance que l'on à,
alors celle-ci se surmonte plus vite....

 

Mon message est simple,
pouvoir donner et aimer,
en retour l'amour de votre enfant le plus beau cadeau qu'il nous soit donné tant que parents !

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"Enfants du monde"

Enfant du soleil,
pied nu sur ta terre battue,
tu jouis des senteurs de la nature,
ta joie se lit sur ton visage d'ange...

Enfant du soleil,
de toute les villes du monde,
les traits de ton visage sont sourire et bonté,
jeux de cailloux, jeux de la nature t'émerveille...

Enfant du soleil,
la nature, est ton plaisir de vivre,
l'eau, la force qui te fait grandir,
l'air, pour courrir à travers les feuilles,
le feu, pour te réchauffer....

Enfant du soleil,
pays de merveilles, richesse de la terre,
partage et joie sont dans ton coeur,
tant de plaisir simple que t'offre la vie...

Enfant du soleil,
en toi, sommeil le coeur d'une maman qui veille sur toi,
l'amour d'une maman,
la richesse d'apprendre et la force intérieur,
trouve le chemin de l'espérance grâce à tout ses dons
que tu possèdes,
tu n'en sera que plus épanouis pour ta vie à venir...

Dédié aux enfants de la terre...

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ENVIE DE...

Jouer, jouer comme une enfant

Prendre dans les couleurs du temps

Les nuances mal définies...

Du bonheur!

 

Mordre, mordre comme une enfant

Ainsi goûter de chaque instant

Toutes les saveurs infinies...

Du coeur!

 

Crier, crier comme une enfant

Chanter les caprices du vent

Et les attentes inassouvies...

Sans pleurs!

 

Sourire, sourire comme une enfant

Jouer les plaisirs émouvants

Oser les notes adoucies...

Sans peur!

 

Vivre, vivre comme une enfant

Alors profiter pleinement

De tout ce qui irradie...

Un peu de chaleur!

J.G.

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Complainte

En ce jour du Seigneur, j'n'allais point à la messe

Ne le dites au curé qui me pense traîtresse,

J'écoutais d'une oreille quelque fameux poète

Moustache grisonnante et langue plus qu'alerte.

 

Au détour d'un orage et d'un paratonnerre,

Mon époux tendrement mis fin à tous ces airs

En ce jour  bénit point de poésie

Range les verbes au placard

Tu vas voir ce qu'est l'art.

 

La zapette fébrile engage le combat

Et ce bon vieux vynil

Sur le champ trépassa

En lieu et place de la langue de Molière,

Une langue pendante, qui, pour ne pas être vulgaire,

Entama un chant à faire rougir ma grand-mère.

 

Aussitôt les hommes furent hypnotisés

Par ces colosses obscurs tout de béton armés

Brassens,

lui, rigolait de ma mine défaite,

Et au paradis même il se paye ma tête

 

S 'ensuivit un duel,

le sang pissait de joie,

Le public fut ravi

Il n'attendait que ça

Soixante minutes ainsi,

Aboutirent à notre perte,

Le HA KA triompha

D'un seul point certes.

 

Si morale il y a

Il faut bien se le dire,

C'est que l'art dans tout ça

 N'a pas son mot à dire

 

Le sport forme les hommes,

Les coups les accomplissent

C'est par un cri guerrier

Que débute le supplice

C'est dans un cri de douleur

QUe sonne l'armistice.

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À quelle promesse dérobes-tu la sève ?

à Jacques Demaude

 

Va

bouche bée

dans la stupeur

d’oser le chemin

qui n’offre aucun séjour.

 

À quelle promesse

dérobes-tu

la sève, l’utopie

de ces mots titubant

de silence ?

 

Erodes-en les parois

entame le cantique d’une langue

à toi seul apparue.

Remonte pour nous le souffle de la nuit

où s’embrasent sans voix

des éboulis de prières.

 

© Claude Miseur

Juin 2011

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Départ, d'Hélène à David.

Cette tristesse je la porte telle une joie endeuillée.

Votre coeur s'en est allé, sans un mot, tout en douceur s'est détaché du mien, fleuri pour plus personne, sans feu, fou.

Dans le noir il tâtonne, ne trouve plus son chemin pour rejoindre le vôtre, l'atteindre car se sont tus vos battements à l'approche des miens, musicaux , clandestins.

Pour vous, une symphonie pas moins !

Que vais-je faire de tous ces mots, ces notes, face à l'irreversible, à la violence d'une telle absence, d'un abandon soudain ?

Sans fin, plus rien.

Promesse de bonheur à nouveau ; une fausse fleur.

Votre coeur puisse t-il dans la Seine succomber, expirer, pour que le mien chaque jour s'y abandonne, se dévêt ; nu contre le vôtre enfin, si bien, plein.

Puis, qu'il refleurisse, redevienne magique : l'unique.

Le vôtre.

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En ce jour tristounet

 

Ce matin, un vent en courroux

Brasse les branches des érables,

Agite fortement les câbles

Et mon cèdre teinté de roux.

 

Éparpillés sur le gazon,

Sur le trottoir et sur la route,

Arrachés, dans la nuit sans doute,

Des bouts de toit d’une maison.

 

Je suis surprise et ennuyée

Face à ma rue devenue grave,

Privée de la grâce suave

D’un ciel azur ensoleillé.

 

Peu fréquents sont les jours sans joie,

Dans mon îlot où solitaire,

Épargnée des maux qui atterrent,

Je m’abandonne à mes émois.

 

En me sentant certes maussade,

Je reste attentive au moment,

Ici l’acharnement du vent

Dure le temps d’une passade.

 

9 janvier 2008

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Crépuscule d'automne (Amurg de toamnã)

Amurg de toamnã (Crépuscule d’automne)
- poème de Lucian Blaga -
(musique, voix et guitare : Antonia Iliescu)

Du haut des montagnes le crépuscule souffle
avec des lèvres rouges
dans la rosée des nuages
et attise la braise cachée
sous leur voile gracile de cendre.

Un rayon qui arrive d’un trait, de l’ouest,
ramasse ses ailes et se laisse, tremblant,
sur une feuille ; 
mais c’est trop lourd le faix
et la feuille tombe.

Oh, l’âme !
Que je la cache mieux dans la poitrine
au plus profond,
pour qu’aucun rayon de lumière
ne l’atteigne :
elle s’effondrerait.

C’est l’automne.

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Henri Matisse, roman

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Aragon


"Henri Matisse, roman" est un ensemble d'écrits de Louis Aragon (1897-1982), publié à Paris chez Gallimard en 1971.

 

Rédigé de 1941 à 1971, rassemblant des textes cousus dans un ordre chronologique que malmènent les «notes» et «parenthèses» d'après-coup, exhibant les variations de ses incessantes relectures étalées sur trente ans, Henri Matisse, roman dévoile à mesure sa propre genèse, tant par l'abondante illustration de Matisse - la mise en page ayant été effectuée par Aragon lui-même - que par la typographie, qui restitue les strates, ajouts et commentaires successifs du manuscrit. Projeté depuis la rencontre du poète et du peintre à Nice durant l'Occupation, et peu à peu «farci» des différentes collaborations des deux artistes, le livre semblait ne jamais devoir trouver un terme jusqu'à ce qu'Aragon décide d'y intégrer le «roman» de son impossibilité.

 

De «Matisse ou la Grandeur» daté de novembre-décembre 1941 à l'«Apologie du luxe» de janvier 1946 (tome I), des «Semblances fixées» de 1945-1946 au poème "Henri Matisse dans sa centième année" de décembre 1968 (tome II), le livre joue sur l'alternance presque régulière des textes initiaux et des commentaires ultérieurs, une alternance que compliquent les parenthèses et notices. S'y tressent trois fils conducteurs: l'histoire des relations du peintre et de l'auteur, l'explication d'une oeuvre et ses leçons, le récit - éclaté -  de deux vies au travers de l'histoire du livre. Les rapports du texte à l'image, puis du texte à lui-même démultiplient les niveaux de lecture, brisent la linéarité du «roman» pour une synchronie impossible, d'où se dégage un labyrinthe qui est peut-être d'abord celui de tout autoportrait.

 

Étrange désignation que celle de «roman» pour l'un des plus grands livres consacrés à Matisse, et dont le caractère provocateur a bien fonctionné, si l'on en croit les réactions d'incompréhension ou de colère que la désinvolture à l'égard des frontières génériques n'a pas fini de susciter... Mais sous l'effet de surprise désiré jouait pour Aragon un jeu d'échos plus essentiel, l'intégration du nom de genre au titre faisant référence à Anicet ou le Panorama, roman, et, à travers ce livre de jeunesse, au long conflit de l'écrivain et d'un mot qui engendra sa théorie. Ainsi le livre est-il un «roman» selon Aragon en ce qu'il est une machine à comprendre l'homme, comme l'indique l'exergue, emprunté à Saint-John Perse: «Mais c'est de l'homme qu'il s'agit!», à savoir de l'homme dans son rapport au temps, à l'Histoire, à la douleur - Henri Matisse, roman proposant une magistrale interprétation du bonheur matissien comme dépassement de la souffrance -et à la création. Mais de deux hommes à la fois, Matisse et l'auteur se faisant miroir l'un de l'autre dans une «parenté» où la déférence d'Aragon confie au peintre une figure de père. Aussi la compréhension de l'oeuvre de Matisse donne-t-elle accès à celle d'Aragon. L'étude du modèle - indispensable, pour s'en éloigner, selon le peintre - approfondit ainsi la question du réalisme selon Aragon. Cet exposé des «dettes» esthétiques et d'un remarquable travail du regard ne prend cependant en rien la forme d'un traité, mais respecte les palinodies d'une réflexion. Guide éblouissant de la vie et de la création matissiennes, le «roman» se constitue aussi dans une accumulation de pistes laissées en suspens, tant dans les réflexions esthétiques que dans les pauses biographiques. Excitant le désir, cet art de la frustration convie le lecteur à l'invention de son propre parcours, le livre, «oeuvre ouverte», exigeant le «roman» de sa recomposition. Mais à travers la référence au Roman inachevé, le terme fait signe aussi vers la biographie ou la diction du moi, par une écriture diagonale propre à Aragon, toute saisie directe de soi relevant d'un mensonge que le travestissement romanesque peut seul dépasser. Palais, tombeau, lieu d'un énigmatique croisement de deux créateurs, mais aussi de l'art et de l'existence, Henri Matisse, roman a donc édifié sur son inachèvement une «somme» vertigineuse, où se trouvent cryptées et découvertes à la fois les aventures de la modernité et les «secrets» de deux de ses plus grands acteurs.

 

Cité en extrait («Écrit en 1969», tome I) dans Henri Matisse, roman et contemporain des dernières relectures qui l'ont constitué, Je n'ai jamais appris à écrire ou les Incipit (publié chez Albert Skira en novembre 1969 dans la collection au titre éclairant des «Sentiers de la création») est un versant complémentaire de l'explication de son esthétique par Aragon. A partir d'une fable d'enfance - l'auteur ne se souvenant pas d'avoir «appris» le tracé des lettres -, les Incipit explicitent l'invention romanesque chez Aragon dans un parcours de toute l'oeuvre. Sans plan préconçu, le roman jaillirait d'une phrase assez semblable au «don des dieux» de l'écriture poétique, le développement de la narration visant d'abord à en légitimer l'arbitraire initial. Il s'agit alors moins d'écrire que de «lire» le roman à venir, qui se déploie au rythme d'une écriture plutôt qu'à celui d'une structure qui lui préexisterait.

 

Dans une écriture fluente qui paraît corroborer sa thèse, cet autre «traité du style» invente sans doute en partie un mythe de la création, le réalisme aragonien ayant été plus contraint qu'il n'en donne l'air. Reste que la liberté d'allure caractérise cette oeuvre et l'inflexion du récit selon une logique de l'imaginaire (voir Aurélien). Le «mythe» contient ainsi sa part d'excès et une part, sans doute plus grande, d'authenticité.

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Quand tu fais appel à moi...

Lorsque le décor n'est pas à la hauteur de tes espérances

Quand la vie n'est pas celle que tu imaginais

Regarde, regarde au fond de tes rêves...

 

Sois celui ou celle qui survie aux ombres de la nuit

 

 

Oui mais pourquoi tant de détresse

dans ce monde qui tourne a l'envers

Pourquoi cette tristesse dans les yeux

de ceux qui n'ont plus de repères....

 

Quand la tête se met à trop penser

le vent me ramène a ceux , oui ceux

qui marchent sans but , sans espoirs

je voudrais tant changer le monde....

 

ne pleure pas sur cette terre

elle a besoin d'énergie et pas de larmes

soit celui ou celle qui croient encore à la lumière

La lumière de ton coeur et même si

celà semble si dur parfois

il te faut prendre la vie comme un cadeau

Tant de gens se battent pour survivre

pour ne fus ce que manger, et se sentir libre.

Vivre pour le meilleur , pour s'ouvrir

garder la force de ceux qui croient au mieux

pour affronter les épreuves qui nous sont données.

 

Je reprends doucement confiance

 

Oui avance, laisse toi porter

confiance en la vie

elle peut encore t'étonner.

 

Je laisse les pensées

peu à peu se fondre

mon regard s'éclaircie

pour de nouveau m'ouvrir à la vie.

 

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