Coeur irrésolu et nu,
amour jamais perdu,
tremblements et vertige,
inentamé, limpide,
tout entier à vous seul destiné,
dessiné dans mes lettres,
neuf et savant depuis vous,
pour vous.
Un peu poète,
sûrement fou.
Ma tête,
plus trop ne le retient !
Coeur irrésolu et nu,
amour jamais perdu,
tremblements et vertige,
inentamé, limpide,
tout entier à vous seul destiné,
dessiné dans mes lettres,
neuf et savant depuis vous,
pour vous.
Un peu poète,
sûrement fou.
Ma tête,
plus trop ne le retient !
Ecoutez et réfléchissez, J'aime ce message et j'aimerais le partager avec vous
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CHAMPS DE BLE
Vogue dans la tête encombrée
Une vague idée de cliché tronqué
Par la pure vérité.
Le temps des amours s’étire à tire d’ailes
Balles au rebond à saisir
Jouvenceaux et jouvencelles.
Preux ou pas, l’amour chevaleresque
Rouille cotte de mailles
Et étriers.
Perles de rosée au petit matin brumeux
Habillent le chiendent
Au regard épineux.
Un rai de soleil dessine sa joie
Soulignant le doux minois
De mademoiselle Julie.
Impressions du soleil levant dans la pipe de Vincent
Et la flûte solo du faune
Vibre aux tonalités de Manet.
Délicieux jardin des Hespérides
Coquelicots vermillons
Perdent leurs rides.
Pommes d’or, cadeaux de la Déesse Gaïa
Fécondent la divine
Jalouse déesse Héra.
Le chemineau au long de sa route sans fin
Quémande sols et besogne
Pour apaiser sa faim.
Des micro-sillons terreux vivifiés du semeur
Sortiront les têtes blondes
De dorés champs de blé.
Raymond MARTIN 11/11/2011
LA NYMPHE
Paroles veloutées d'un pétale léger soupirant sur les lèvres
Origine exhalée des troubles d'une sensualité suprême,
Enivrée d'un fécond désir telle l'écume sur la grève.
Minauderies chatoyantes d'un bonheur qui prélude l'hymen
Éphémère, par un instant d'oubli couronné de chimères.
Élégie extrême aux cruels baisers languissants,
Mélancoliques, abandonnés aux instants oniriques.
Envol lyrique du volcan de rubis confondu dans l'amour,
Oriflamme exaltée à la pointe du jour.
Pathétique confusion que l'amour crédule caressé au présent.
Dans l'azur du lointain confus s'évanouira la nymphe,
Assouvie des moments furtifs d'une passion terrestre,
Mouvementée par la rudesse des flots érigés, elle
Ornera l'écume en furie de ses bras victorieux
Utopistes dressés aux antiques désirs comblés.
Rêverie d'une passion à venir mais céleste, des dieux.
Raymond MARTIN 11/11/2011
« En mariage trompe qui peut »
En droit coutumier voulait dire
Que l’on n’avait pas à proscrire
Les mensonges et les faux aveux.
Pour obtenir une alliance,
On cachait vices et défauts,
En se comportant comme il faut.
On inspirait la confiance.
Une fois l’union scellée,
Pouvait suivre le désarroi
Et la souffrance par surcroît,
La tromperie se révélait.
Dans le mariage, souvent,
Certains actes inadmissibles
Peuvent sembler répréhensibles;
Le mensonge reste tentant.
Quand des conjoints ont convenu
Du droit à demeurer soi-même,
Il n’y a pas de doute, ils s’aiment.
Aucun désir n’est malvenu.
11 novembre 2011
— Attends, Delphine, jetermine... Voilà. Bébé trente avait réussi à sedébarrasser de ses électrodes. Pour une préma de cet âge-là,elle est d'une vivacité surprenante.
Delphine poussa un long soupir,mais elle s'interrompit lorsqu'elle vit le visage fermé de lapédiatre.
— Je t'appelais pourNoémie. Elle a régurgité le lait de sa maman. Ce ne serait pasgrave si elle était plus âgée, mais là... nous avons à faireface à un autre problème.
Cécile désigna l'emplacementoù Noémie dormait. Delphine était passée devant sans y prêterattention, croyant que c'était bébé trente l'objet de sespréoccupations. Elle se tourna et sentit sa gorge se serrer. Noémieavait été placée en couveuse stérile.
— Elle estimmunodéficiente.
D'instinct, Delphine jeta unœil sur la température de Noémie.
— Merde !
— Tu peux le dire.J'attends les résultats de la prise de sang. Ça va être une coursecontre la montre.
L'infirmière comprit tout desuite qu'elle passerait le reste de la nuit à monter et descendreles étages.
— Je dois réveiller lamaman ? On a besoin de nourrir Noémie.
— Non, j'ai desréserves. Tu vas les lui donner.
— Mais...
— J'ai besoin de toiici, Delphine. Maintenant.
— D'accord.
Delphine récupéra dans letiroir isotherme le colostrum de maman Noémie. Il en restaitlargement assez. Elle plaça à nouveau la sonde et entreprit denourrir Noémie avec délicatesse.
Sa maman était arrivée denulle part : aucun dossier n'était ouvert pour elle àl'hôpital, la majeure partie de sa grossesse s'était déroulée àl'étranger. C'est d'ailleurs pour cette raison que personne n'avaitappelé son bébé par son nom. Bien entendu l'hôpital avait fait lenécessaire lors de son arrivée pour connaître d'elle ce qui étaitutile à l'accouchement. Mais ces informations ne remplaçaient pasle dossier établi au sujet de l'enfant tout au long de la grossesse.Et de ce côté-là, visiblement, les informations étaientlacunaires.
Avec pour résultat que latempérature de Noémie frisait les 39 degrés, et que seule la prisede sang pouvait peut-être en donner l'explication.
Si Noémie acceptait de senourrir du colostrum de sa maman, elle bénéficierait de sesanticorps, qui constituaient sa meilleure arme du moment.
— Elle doit absolumentse nourrir, soupira Delphine.
— Ce ne sera passuffisant. Dès que j'aurai les résultats j'espère pouvoir attaqueraux antibios.
Delphine ne releva pas. Ellesavait bien que les antibiotiques ne pouvaient aider Noémie que dansun nombre limité de cas. Mais le personnel soignant s'interdisaitd'exprimer la moindre pensée pessimiste, surtout en néonatologie.
***
Delphine n'aimait pas du tout la pensée qui venait de lui traverser la tête : au moins Noémie tientMarc à distance.
Comment osait-elle s'autoriser de tels arrangements avec sa conscience ?
Ça ne tourne vraiment pas rond.
Elle releva la tête.
— Nous y sommes. Elle atout avalé.
— Bon, dit la pédiatre.Tu réveilles sa maman si elle monte à quarante, ou si ellerégurgite. Je file au labo.
L'infirmière s'étonna :
— Ils ne peuvent pas tetéléphoner pour ça ? Ou t'apporter les résultats ?
Le médecin répondit d'un tonexaspéré :
— Tu vois les résultatsquelque part ? Tu as entendu le téléphone sonner ?
Delphine ne dit rien. Ellesavait que dans la majorité des cas, le laboratoire faisait vite,mais à tout moment le service des urgences pouvait le solliciter,retardant inévitablement les informations que Cécile attendait.
Et le cas de Noémie étaitvraiment préoccupant.
En vérifiant la couche de lapetite fille – rien à signaler, dommage – Delphine pensa à lamaman de Noémie. Dormait-elle, ou bien n'osait-elle pas fermerl'œil ? Peut-être savait-elle quelque chose ? Un incidentdurant sa grossesse avait-il permis de découvrir un souciparticulier pour son enfant ?
Cécile était un excellentmédecin, mais comme pour nombre d'entre eux, la science avaittoujours la priorité pour aider son combat. Ici, peut-être quemaman Noémie détenait une information qui pourrait écartersa fille du danger qui la menaçait.
Elle saisit le combinétéléphonique et appela le camp de base. C'est Bertrand quirépondit.
— Cécile t'akidnappée ? Elle te garde en néonat toute la nuit ?
— Pas vraiment, non.Elle est partie au labo pour mettre la pression. On a un problèmeavec Noémie, elle a un gros défaut d'immunité, Cécile l'a placéeen couveuse stérile. Il faut réveiller sa maman et lui demander sielle a une quelconque idée...
— Attends, tu veux qu'onréveille la maman pour quoi exactement ? On a son dossier,Cécile peut le consulter depuis la néonat, je ne vois paspourquoi...
— On n'a pu établir quele strict minimum, tu le sais bien.
Elle entendit une voix derrièrecelle de Bertrand.
— Delphine, si tapatiente a quelque chose à dire, on le lui demandera après que laprise de sang ait livré ses infos. Entretemps tu laisses Cécilegérer ça. Et si tu peux rappliquer, ce sera encore mieux.
— Je suis seule ennéonat, Bertrand. Je ne peux quitter ni Noémie ni les autres bébésavant le retour de Cécile.
— Mouais... si tu resteslà-haut, au moins ça t'évitera d'écouter tes messages vocaux surnotre ordi.
Delphine sursauta. Elle avaitoublié de fermer son accès à la messagerie vocale.
— À propos, tu n'asaucun nouveau message. Mais ce n'est pas pour rafraîchir ta page quetu dois rappliquer...
— J'arrive...
— ...c'est parce qu'il ya du boulot ici.
— ...dès que Cécileest là.
— À la bonne heure.
Elle raccrocha. Le téléphonesonna immédiatement.
Le labo.
— Delphine ?Cécile. J'ai les résultats. Je te donne la liste de ce qu'il fautadministrer à Noémie et j'arrive. Démarre, on va devoir segrouiller.
— Je note.
De mauvais frissons vinrentparcourir les bras de Delphine au fur et à mesure qu'elle écrivait.
A la fin de la dictée, elle neput s'empêcher de laisser planer un regard incrédule en directionde la petite couveuse où Noémie tentait de digérer le colostrum desa maman.
Mon Dieu. Cécile veut qu'on tire sur tout ce qui bouge.
***
Cécile apparaissait derrièrela vitre au moment même où Delphine achevait de « charger »la perfusion de Noémie.
— Quelle est satempérature ?
— Stationnaire,s'entendit dire l'infirmière.
Cécile attendit quelquessecondes avant de dire :
— Tu es sûre ?
L'infirmière leva le nez. Latempérature était montée à quarante degrés.
— Merde...
— Delphine, depuiscombien de temps n'as-tu pas regardé l'écran ?
— Depuis le moment oùtu m'as appelée.
— Alors tu vas réveillersa maman. Tout de suite.
Delphine ne voulut même passavoir s'il y avait un quelconque reproche dans le ton utilisé parla pédiatre. Elle sortit immédiatement du service et se rua dans lecouloir.
Elle était sûre d'avoirregardé la température de Noémie juste au moment de luiadministrer les premiers antibiotiques. Cinq minutes s'étaientécoulées, tout au plus.
Elle est passée de 39°4 à 40° en très peu de temps. Pourvu que lesantibios agissent vite.
Elle s'engouffra dansl'ascenseur, et regretta immédiatement son choix : la moindreimmobilité faisait revenir Marc au-devant de la scène.
Pourquoi reviens-tu continuellement ? Tu ne peux pas me laissertranquille ? S'il te plait... j'ai une maman à réveiller, etelle sera « grave inquiète », alors, zut, finis taroute, où qu'elle te mène, mais ne reviens plus.
Elle fit basculer ses penséesvers la maman de Noémie. Il fallait la réveiller, l'informer del'état de sa fille, la rassurer, sans véritable espoir. Elle pritson élan lorsque la porte de l'ascenseur s'ouvrit, et entra encollision avec Henri.
— Où vas-tu ?dit-il.
— Chez maman Noémie.Sa fille...
— Inutile. Je sors de sachambre.
— ...a quarante defièvre, et... tu as dit quoi ?
— J'ai dit que j'ensortais. J'étais près de Bertrand quand tu l'as appelé. Je suisallé trouver ma patiente, qui ne dormait pas, et j'en ai profitépour lui poser quelques questions tout en l'examinant.
Bravo. Et elle ne s'est inquiétée de rien. Et maintenant, à peine troisminutes plus tard, je vais devoir la prévenir de toute façon. Je megarde le mauvais rôle. Super.
— Et ?
— Et rien. Noémie estle produit d'une FIV1pratiquée au Brésil avec un donneur anonyme. Elle a fait un bébétoute seule, entourée de médecins. Rien à signaler tout au long dela grossesse. Elle voyage beaucoup. Elle a eu ses premièrescontractions dans l'avion, on l'a prise en charge dèsl'atterrissage.
— Elle venait duBrésil ?
— Du Maroc. Elle a de lafamille à Rabat.
— Et elle va bien ?
— Pas de température,pas de fatigue excessive, rien qui témoigne d'une quelconqueinfection.
Delphine réfléchit à toutevitesse. Une grossesse sans histoire. Il ne restait que deuxexplications. Soit la déficience de Noémie était d'originegénétique – mais a priori les hôpitaux brésiliens avaient bonneréputation : elle aurait été mise au courant durant sagrossesse – soit Noémie se battait contre un agresseur que samaman avait repoussé sans même s'en rendre compte, depuis quelquesheures seulement.
— Je dois lui parlermaintenant, dit Delphine. Que me conseilles-tu ?
— À toi de voir. Elleest en état de rejoindre sa fille, à condition qu'elle ne quittepas son fauteuil.
— Ce n'était pas maquestion, Henri.
Elle savait pertinemment queles médecins n'avaient pas pour habitude d'interférer avec letravail des infirmières. Il n'allait pas l'aider à « annoncerla chose » à maman Noémie.
— Si tu veux savoir ceque je lui dirais...
Delphine se vexa :
— Laisse, je vais lefaire.
— ...c'est bon, j'y vaisavec toi.
Il tourna les talons et sedirigea vers la chambre. Elle écarquilla les yeux.
Un revers lifté. J'en avais bien besoin. Merci.
— Henri ?
— Oui ?
— Pourquoi fais-tucela ? Tu n'as pas à te préoccuper de Noémie, ni de lamanière dont je dois mettre sa maman au parfum.
— Cela ne t'empêche pasde me demander mon avis.
Touchée.
Delphine trottait derrièreHenri, qui avançait à grands pas. Elle insista :
— Pourquoi, Henri ?
— Parce que je suisinquiet.
— On le serait à moins.Tu devrais voir quel cocktail je lui ai mis dans sa perfusion.
Elle baissa le ton : ilsétaient arrivés.
— Non, Delphine. C'estpour toi que je suis inquiet.
Et il ouvrit la porte de lachambre.
________
1Fécondation In Vitro
En ce matin pluvieux, privé de toute joie,
Me surprit le besoin de faire le ménage.
L’énergie au repos, dès qu’on en fait usage,
S’active vivement, étonnamment parfois.
Bien que s'accumulant lentement, la poussière
Ne m’agresse jamais. Je l’ignore souvent.
Lors elle reste en place, épargnée par le vent,
Intruse négligée, nullement passagère.
Chassée, elle revient quasiment aussitôt.
Je trouve inopportun d’épousseter sans cesse.
Je le fais quand elle est devenue trop épaisse
Puis contemple ravie, meubles et bibelots.
Je me suis souvenu, en faisant une pause,
D’un séjour que je fis, un bel été, en France.
Alors que je nageais au soleil, à outrance,
Ma cousine astiquait, en chantant , je suppose.
Je ne sus l’en dissuader. Une habitude,
Invétérée, peut correspondre à un besoin
Et rendre dépendant quand elle vient de loin.
Je ne m’attarde pas à mes incertitudes.
10 novembre 2011
La Lavandière
Des pépites d'or dansent au fil de l'eau claire
Jetées par le soleil de l'écrin lumineux
D'un doux ciel de printemps, parfumé de Lumière
Rayonnant de gaieté, gorgé de cris joyeux.
Un tas de linge blanc, d'une clarté lunaire,
En lumineuse touche est posé sur le sol
Comme un hymne joyeux, la belle lavandière
Plonge ses bras dorés dans un songe d'envol !
Elle brasse elle roule et tord et se démène
Et l'eau pure et moelleuse est parfumée de vent,
Légère et onctueuse telle un bouquet de crème,
Elle chante l'Amour dans un gazouillement.
La bellle lavandière, un bras passé sous l'anse
Du grand panier tressé, a repris le chemin
Et sa démarche est souple, on dirait une danse,
Agile de sylphide, entourée de lutins.
Car sur le seuil charmant de la douce maison,
Ornée de vert lierre et de roses trémières,
S'attardent en jouant deux enfants aux bras ronds,
Nimbés par le soleil jailli de la rivière !
Rolande (E.L. Quivron-Delmeira)
Mai 1969
Extrait du recueil "Intégrales"
Viens danser dans mes rêves
Viens embellir mes nuits
Même si les heures sont brèves
Et que le temps s'enfuit!
Nous irons sur la grève
La contempler sans bruit...
Viens chanter dans mon coeur
Le faire vibrer d'espoir
Du passé le bonheur
Surgira dans le noir!
Nous goûterons les heures
Accordées dans le soir...
Viens combler mon esprit
Enchanter mes envies
Car le temps m'a appris
A croire en la magie!
Et mon coeur a compris
Que tu étais ma vie...
J.G.
« Diotime et les lions » d’après Henry Bauchau
Du 8 au 26 novembre 2011 au Centre Culturel des Riches Claires
La Perse antique. Diotime, fille indomptable, conte son histoire. A quatorze ans elle se révolte contre sa condition de femme. Elle va transgresser la loi du clan car elle veut participer au rituel du combat contre les lions sacrés, rituel violent et meurtrier, interdit aux femmes. Mais il n’y a pas de plus grand honneur que d’y participer et elle perd toute envie de vivre si elle n’accomplit pas ce qu’elle sent être sa destinée. Elle entretient depuis très petite une relation fusionnelle avec son grand-père Cambyse, qui a d’étranges liens avec l’ancêtre lion du clan. « Cambyse ne me parlait pas beaucoup mais, si des obstacles surgissaient durant nos chasses ou nos courses au galop, je le trouvais toujours à mes côtés. Si je me débrouillais seule, il me regardait avec un sourire amusé et content. Pour ce sourire j’étais prête à surmonter mes peurs et à braver tous les dangers. » « La tradition du clan ne le permet pas ! » lui dit sa mère. Cambyse lui promettra : " Pour toi nous inventerons une nouvelle tradition ". Elle ne se sent pas faite pour la condition féminine traditionnelle qui occupe les femmes aux travaux domestiques et aux joies du jardinage. Elle reste néanmoins très proche de sa sœur et de sa mère, et se résout à abandonner son projet car elle a compris que cette dernière exécutera sa funeste menace de quitter le père, Kiros, si elle participe à cette guerre mythique annuelle. Mais dévastées par son désir extravagant Diotime se meurt et est prise d’accès de folie. La mère, mue par la sagesse et l’amour de sa fille, donne son autorisation. « Puisque tu es lion, va à la fête rituelle ! » « Je t’aime comme tu es ! ».
Diotime tue son premier lion. En même temps elle tombe amoureuse d’un Grec du clan adverse, Arsès, « un grec de Grèce, au sens affiné de la mesure ». Mais celui-ci, pour pouvoir épouser Diotime devra se plier aux usages barbares et tuer lui aussi , un lion. Le sort tombe hélas sur l’ancêtre lion, mystérieuse incarnation de Cambyse. Arsès , le grec, a compris le piège et refuse la violence. C’est un principe. Intrépide et barbare, Diotime s’élance elle-même à la poursuite du lion mythique. Arsès la suit. Mais le temps n’est pas encore venu pour le sacrifice. « Assez de folie Diotime » clame Kiros, son père.
Les voilà envoyés chez le sage au buffle noir pour un long parcours initiatique. Cambyse déclare à leur retour : « Je suis vieux maintenant, grâce à toi je n’y avais jamais pensé. » Il lui donne sa propre lance et ses flèches. Le sacrifice du lion est accompli par le couple et le lieu devient sacré. « Si des lions et des hommes s’y rencontrent, aucun n’attaque et nul ne fuit. » Les forces antagonistes se réconcilient dans une sage harmonie et le cœur indomptable de Diotime s’aperçoit qu’il ne désire plus rien. Sagesse Tao.
Un livre de 50 grammes qui fait le poids ! Surtout sur scène avec l’interprétation pleine de sensibilité, de jeunesse et de passion de Stéphanie Van Vyve de ce texte inépuisable et poétique d’Henry Bauchau. Elle fait le poids aussi dans sa chorégraphie avec le danseur aux yeux fixes et au visage immuablement léonin, Ozan Aksoyek. Le sable vole, les corps luttent, le temps que l'on médite, comme si un choeur silencieux commentait les événements. Et pourtant, elle ne pèse rien ou presque! Depuis le début elle est habitée par une sauvagerie étrange, et le courage décuple ses forces et sa volonté. Volonté de femme en devenir, qui choisit bravement l’autre : ce grec antagoniste, celui qui n’appartient pas à son clan, et pour qui elle est prête à tout sacrifier par amour. Car elle est femme. Stéphanie Van Vyve est toute harmonie et mobilité, et réussit un équilibre émouvant de la parole et des gestes. Réconciliant lumière et ombre, forces antagonistes elle atteint la paix d’esprit après ce long combat d’éclosion.
Du 8 au 26 novembre 2011
les pneus du vent tournent
soleils gris à l’appui
la ronde des moineaux
trouve
le bras du son
à l’infini
l’eau grince
les arcs-en-ciel ne sont plus
les mêmes
les trains galopent
en transes
myopes
les fenêtres toujours plus blêmes
arrosent mon souvenir
les yeux de la pluie
de l’avenir
se penchent vers moi cheveux gris
la sarabande des visages
ivres
frémit
sur le seuil
sur les plages
et vit
Delphine avait quitté la chambre sans rien dire et s'était dirigée vers le camp de base. Elle pestait contre ce père arrogant qui cachait sa peur derrière la protection de sa femme. Mais à sa manière de s'asseoir derrière l'ordinateur, Delphine se rendit vite à l'évidence : sa mauvaise humeur n'était pas due qu'à l'attitude de cet homme.
Elle se rua à nouveau sur la page web de consultation de ses messages vocaux.
Un message de Marc.
La souris émit un cliquetis sec et suffisamment appuyé pour que Bertrand, assis dans un coin, lève la tête.
— Il y a quelque chose qui ne va pas, Delphine ?
— Ce sont les parents de bébé trente. Le père couve la mère et ne s'inquiète même pas pour son enfant. Il a aussi décrété que seul Dieu-Le-Père était autorisé à poser le regard sur le pansement de sa femme et à prendre sa tension. A croire qu'il n'a rien à cirer de la survie de son enfant et qu'il préserve sa génitrice.
Durée du message : une seconde. Merde.
— Ce n'est pas la première fois ni la dernière, Delphine.
— Je sais.
Une seconde. Qu'est-ce que Marc a bien pu me dire en une seconde ?
— Quoi qu'il en soit, dit Bertrand, dès qu'on aura un feu vert de la néonat pour qu'ils montent la voir, tu devras les avertir.
— Et comment ! Ce sera un plaisir de priver ce gars de sommeil.
Tu ne veux pas sortir dix secondes, que j'écoute mon message en paix ? Cet appareil n'a pas d'écouteurs personnels, et je n'ai aucune envie de partager mon message avec qui que ce soit.
— Bon, j'ai des soins à donner dans deux chambres. A plus tard, Delphine.
Alleluia !
— A plus tard, Bertrand.
Une seconde.
L'image sonore du message s'était affichée à l'écran. Delphine jeta un œil autour d'elle : personne n'allait rentrer dans la pièce tout de suite. Elle cliqua sur le bouton « Écouter ».
Il n'y avait que le bruit de fond de la voiture de Marc, lancée à haute vitesse sur l'autoroute.
Salaud.
Elle fit disparaître les programmes qu'elle avait ouverts pour consulter sa messagerie, puis tenta de se concentrer sur les travaux administratifs qu'elle avait laissés en plan.
Marc sait très bien que je ne peux pas répondre au téléphone en pleine garde ! S'il a appelé cela veut dire qu'il voulait me laisser un message. Puis il a changé d'avis. Il n'a aucun courage.
Inutile de résister. Delphine, tout en rangeant ses dossiers, demanda une fois encore à l'ordinateur de rafraîchir la liste des appels entrants sur son portable.
Rien.
Ligne fixe : pas mieux.
Delphine savait qu'elle pouvait envoyer un message texte via le même site Internet. Elle composa :
Tu as quelque chose à me dire ?
Elle appuya sur le bouton « envoyer » au moment où Isabelle entra dans la pièce.
— Henri est de retour en salle d'op avec la maman de Noémie. Il te demande de l'y rejoindre.
Zut ! Les sutures !
— Laquelle ?
— La trois.
— Il doit être furieux.
— Je n'ai pas eu cette impression.
— J'y vais.
Delphine quitta le camp de base et s'engouffra dans le couloir. Alors qu'elle progressait vers la salle d'opération, sa conviction prenait forme : elle allait avoir droit à un savon discret en présence de sa patiente. C'était évident : s'il n'avait pas l'intention de la sermonner, il aurait gardé Isabelle pour l'assister.
Elle pénétra dans la salle. Henri parlait à sa patiente. À l'arrivée de Delphine il leva les yeux et s'interrompit.
— La voici, Madame.
Delphine s'approcha.
— Ma patiente voulait te remercier.
***
Delphine achevait d'installer maman Noémie dans sa chambre. Henri n'était passé en salle d'opération avec elle que pour examiner en détail ses sutures, constater que malgré les saignements elles avaient parfaitement tenu, et lui refaire un pansement « comme il voulait ». En réalité, l'infirmière s'en était bien doutée, il l'avait amenée sur « son territoire » pour donner du poids à ses propos et convaincre maman Noémie de ne plus se relancer dans ses escapades solitaires.
— Je sais que c'était idiot, dit maman Noémie dans un soupir.
— Je vous comprends, madame. Mais en effet ce n'était pas prudent. Il vaut mieux que vous appeliez pour avoir des nouvelles, ou pour rejoindre votre fille dans de meilleures conditions.
L'image de Marc s'invita brusquement dans la conversation. Delphine la chassa d'un revers de manche mental.
— Ça n'a pas l'air d'aller, mademoiselle ?
Marc, pour la dernière fois, fiche le camp. C'est le monde à l'envers à cause de toi, ici !
— Si si, tout va bien. Vous me promettez de vous reposer maintenant ?
— Oui, même si à mon avis je n'arriverai pas à dormir.
— C'est bien normal. Vous avez accumulé beaucoup d'émotions. Peu de mamans dorment durant leur première nuit à l'hôpital.
Maman Noémie ferma les yeux.
— Bon... je vais essayer de me calmer, ce sera déjà ça.
— Je vous laisse. Dès que j'ai des nouvelles de Noémie je vous avertis.
Les yeux toujours fermés, elle répondit :
— Cela ne me donne pas envie de m'endormir, ça.
Pardon ?
Delphine se sentit glisser doucement.
— Je ne comprends pas...
Si, tu comprends, mais tu as le cerveau englué dans tes petits problèmes perso. Il faut te mettre les points sur les « i » ?
— Si tout va bien pour Noémie vous allez me laisser dormir, je suppose. Si vous me réveillez cette nuit, ce sera parce que quelque chose ne tourne pas rond. Et vous voudriez que je m'assoupisse dans ces conditions ?
Petite conne ! Réagis, et vite !
— Dans quelques heures, nouvelles ou non, mes collègues ou moi devrons vous réveiller, ne fût-ce que pour vous examiner. Vous pouvez dormir.
La patiente gardait les yeux fermés. Delphine vit rapidement pourquoi : les larmes débordaient. Elle lui prit la main.
— J'ai peur pour elle.
— C'est bien normal. Essayez de vous détendre.
Mais c'est inutile, petite maman. Tu ne peux rien faire pour Noémie maintenant. Je dois y aller, aussi.
La jeune maman la libéra :
— Ça ira bien. Vous avez certainement du travail.
Elle a lu dans mes pensées ?
— À plus tard.
Delphine sortit en se maudissant de plus belle. Et tandis qu'elle pensait à se reprendre Marc revint à la charge.
Cette fois elle n'eut pas la force de le repousser.
Que me veux-tu encore ? Où es-tu ? Tu roules toujours ? Pourquoi es-tu resté muet tout à l'heure ?
L'image de Marc se superposait à celle du couloir dans lequel Delphine se déplaçait. Elle ne voyait pas vraiment son visage, mais devinait plutôt ses yeux hypnotisés par la route qui défile.
Sois prudent.
Et l'instant d'après :
Va au diable.
— Delphine ?
Elle se retourna : c'était Bertrand.
— Cécile te demande en néonat.
Elle comprit à sa tête qu'il était inutile d'ajouter « c'est urgent ». De toute façon la règle était toujours la même avec la néonatologie : les bonnes nouvelles arrivaient par téléphone, les mauvaises, on devait aller les chercher sur place.
— Qui ?
— Je ne sais pas.
— Décidément, je joue les messagers, cette nuit.
Je ressemble plutôt à une bille de flipper.
Pendant qu'elle montait les escaliers, elle pria pour qu'elle n'ait pas à retourner tout de suite dans la chambre de maman Noémie. Lorsqu'elle s'approcha de la baie vitrée, une idée la traversa.
Tu peux compter sur moi.
C'est bien ce qu'elle avait dit à Maya. Maintenant, il était trop tard pour reculer. La nuit était déjà bien avancée, et Delphine sentait qu'elle penchait du mauvais côté, lentement mais sûrement.
Elle entra. Cécile s'affairait au-dessus de bébé trente. À côté de la couveuse, les paramètres vitaux étaient à zéro.
Faites que je n'aie pas à réveiller ses parents !
Je n'aurais jamais pensé toucher l'amour d'une vie auprès de vous !
Perdre pieds, bien trop fort ensoleiller mon cœur, avec effort vous porter tout entier, grandir alors toute seule et vous attendre.
Orpheline de vous, mais point de votre Amour je suis ; je m'en suis approprié.
Regardez-vous le cheminement de l'onde de temps-en-temps ; la Seine ?
Il y a des amours auxquels nous consacrons toute une vie.
Fais en sorte que chacun soit plus heureux après t'avoir rencontré"
Mère Thérèsa
J’ai en tête de grandes choses
Mais suis réfractaire aux efforts.
N’assumant qu’à petites doses,
Je ne me cause pas de torts.
Quand je savoure mon présent,
Je crée encore, en dilettante,
Des défis restant en attente;
Ils ne me semblent pas urgents.
Vivant constamment solitaire,
En éveil, face au ciel troublant,
Dans le temps qui me semble lent
J’accueille des pensées légères.
Je n’aime pas tourner en rond.
Dans mon jardinet, je m’affaire.
J’y sème pour me satisfaire.
La nuit tombée, il fleure bon.
9 novembre 2011
après arlequin et pierrot, je vous invite à consacrer quelques instants à colombine.bien au delà de l'image qu'en donne la comédia d'ell'arte suivez le chemin qui vous mènera dans les mystères antiques sur le chemin de la vie.
je vous proposerais d'ici quelques jours, aprés son exposition au palais des congrès de la Grande Motte "la trilogie d'arlequin" avec sa lecture ésotérique.
merci de votre attention
amicalement à tous Ben-Kâ
La voix résonnait dans le combiné :
— Delphine, tu es en train de m'expliquer que la maman de Noémie est à côté de sa fille, en néonat ?
— Henri, je l'ai découverte face à la vitre, dans une chaise roulante. Au moins ici elle ne se déchire pas l'abdomen et elle ne panique pas.
— Tu parles... Et maintenant qu'elle est près de sa fille, tu crois qu'on va pouvoir la ramener tout simplement en salle d'op vite fait bien fait ?
— Ce ne sera pas nécessaire, à mon avis.
— Ça, tu n'en sais rien.
Delphine encaissa la claque. Henri avait raison : lui seul pouvait déterminer si oui ou non les sutures de maman Noémie nécessitaient une nouvelle intervention.
Il n'en restait pas moins que l'infirmière n'aimait pas le ton de reproche que lui adressait l'obstétricien. Après tout, personne dans son service n'avait vu la maman quitter sa chambre, fait hautement improbable après une césarienne. Il était évident que l'angoisse de maman Noémie avait eu raison de la douleur.
Et au fond... Où est le papa dans tout ça ?
Elle appela Bertrand.
— Dis-moi Delphine, c'est quoi c'est histoire de maman voyageuse ? Henri monte vous rejoindre, et pas spécialement de bon poil.
— C'est l'imprévu de cette nuit. Je t'expliquerai dès que j'aurai donné des nouvelles de bébé trente à ses parents : c'est pour cela que j'étais montée. Tu peux me renseigner ? La maman voyageuse a accouché toute seule ?
— Oui. Pas de papa à l'horizon.
— Merci. Je suis là dans dix minutes.
Pas de papa. Pauvre maman pauvre petite fille.
A ce moment Delphine entr'aperçut le visage de Marc, seul au volant de sa voiture.
À chacun sa solitude.
***
Chaque garde apportait son « imprévu de la nuit », c'était un des aspects de son métier qui plaisait le plus à Delphine. Depuis la première fois, la jeune infirmière savait qu'elle prendrait plaisir à vivre pleinement chaque nuit – et l'imprévu qui l'accompagne.
Et les parents de bébé trente qui attendent.
Delphine revint vers Cécile.
— Comment va-t-elle ?
— Idem. Pour l'instant la saturation en oxygène n'est vraiment pas bonne, mais elle se réchauffe. On dirait la jumelle de Noémie.
— Je reviens quand avec les parents ?
— Laisse-moi au moins une heure. Je n'ai pas qu'elle.
— Je sais, Cécile. Merci.
Elle se dirigea vers maman Noémie, qui parlait doucement à sa fille.
— Madame ? Si vous êtes d'accord, nous allons ensemble faire le nécessaire pour nourrir Noémie. Et aussi l'aider à se protéger.
***
Utiliser un tire-lait pour récupérer le colostrum n'était pas la chose la plus simple à faire, mais maman Noémie se débrouillait très bien. Cécile avait donné son feu vert pour que l'on tente de nourrir la petite fille.
Maman Noémie semblait très bien renseignée. Elle savait que si sa fille était capable d'ingérer son colostrum, elle bénéficierait d'un vrai concentré d'anticorps et augmenterait son immunité. Restait à savoir si Noémie arriverait à se nourrir.
En s'engageant dans le couloir, Delphine faillit percuter Henri. Son expression était aux antipodes de celui qui l'avait accueilli en salle d'opération quelques temps plus tôt.
— Tu m'expliques ? demanda-t-il.
— Rapidement. J'ai des parents inquiets deux étages plus bas.
— Ne me fais pas ton numéro. Avec un peu de chance ils sont toujours dans leur chambre et les sutures de ma patiente n'ont pas sauté.
Delphine regretta sa petite réplique.
— Désolée.
— Rapidement, as-tu dit ?
— Ok. Je l'ai trouvée exactement à ta place. Pliée en deux. J'ai prétexté un changement de pansement pour jeter un œil. Maintenant qu'elle est occupée à nourrir sa fille, tu pourras facilement l'examiner, et la convaincre de retourner au bloc si c'est nécessaire.
— Merci.
Il posa la main sur la poignée de la porte. Delphine s'éloigna.
— Delphine ?
— Oui ?
— J'ai bien compris que tu n'y es pour rien.
Elle était à deux doigts de répondre quelque chose comme : « je vais rejoindre ton autre patiente avant qu'elle ne se relève et monte ici », mais à la place, elle décocha un sourire et tourna les talons.
Petite conne. C'est quoi ce sourire ? Pourquoi tu ne le dragues pas ouvertement tant que tu y es ?
Delphine n'eut pas beaucoup de temps pour y penser. L'idée de Marc revenait. À chaque fois qu'elle était seule, elle le voyait, en route, tourné, tendu vers sa destination.
Mais quelle était-elle, cette destination ? Et que faisait Delphine, à jouer les petites filles gênées face au médecin qu'elle avait irrité l'instant d'avant ? Elle n'avait pas grand chose à se reprocher, et pourtant elle réagissait comme si elle avait voulu dissimuler une erreur fatale.
Ressaisis-toi, ma fille.
Plus facile à dire qu'à faire. Marc revenait une fois encore alors qu'elle descendait les escaliers.
Fiche le camp. J'ai des parents à rassurer. N'imagine surtout pas que je vais te laisser hanter ma nuit. J'ai du travail, des choses à penser. Un exemple au hasard : comment rassurer un couple de jeunes parents avec les maigres informations que je viens de glaner chez Cécile. Sans compter le temps que j'ai perdu avec la maman de Noémie. Et puis, maintenant que j'y pense, peut-être que mes parents-à-rassurer sont en train de monter aux renseignements par l'ascenseur, de guerre lasse, alors que moi je descends par les escaliers, parce que je crois que c'est bon pour mes fesses et mes cuisses. Merde, Marc, sors de ma tête, je mélange tout.
***
Delphine frappa discrètement à la porte. Pas de réponse. Elle ouvrit la porte.
Noir dans la chambre.
Ce n'est pas vrai : ils sont montés ! Cécile et Henri vont m'arracher les yeux.
De rage, elle alluma la lumière principale.
Quelques éclairs de lumière grise plus tard, elle découvrit le père de bébé trente affalé dans le fauteuil placé au coin de la chambre.
Il lui lança un regard de chien de garde.
— Ma femme dort.
Delphine éprouva instantanément de l'antipathie pour cet homme. Autant ce papa lui avait inspiré un sentiment d'indifférence au sortir de la salle d'opération, autant l'idée qu'il se soit endormi, dans le coin de la chambre, sans plus s'inquiéter pour sa fille, sans tenir la main de sa femme, révoltait Delphine au plus profond d'elle-même.
Les anti-douleurs l'ont assommée. Et lui, quelle excuse a-t-il ?
Elle s'apprêtait à demander « voulez-vous éventuellement des nouvelles de votre enfant ? », mais s'abstint de le provoquer.
— Votre petite fille est dans un état stationnaire. La pédiatre prend soin d'elle. D'ici peu vous pourrez monter la voir.
— Ma femme doit se reposer.
J'ai bien entendu ? Tu ne veux pas voir ton enfant ?
— Oui... Bien entendu. Je voulais juste dire...
— J'irai parler au pédiatre.
— ...que c'est important pour votre bébé de vous sentir près d'elle, maman et papa. Nous prévoyons tout pour que vous...
— Merci, mademoiselle.
Je rêve ! Il me demande de me barrer !
Au lieu de battre en retraite elle avança vers l'homme qui l'éconduisait avec tant de suffisance.
— Je dois examiner Madame.
— Le chirurgien a dit qu'il s'en chargeait.
— Il est retenu par une urgence.
Elle s'approcha de la maman endormie.
— Mademoiselle, le chirurgien...
Delphine fit volte-face. Sa voix descendit d'une octave :
— Si « le chirurgien » était à ma place, ici et maintenant, vous opposeriez-vous à ce qu'il examine Madame ?
L'homme hésita. Elle s'était approchée de lui : son nez lui dit qu'il n'avait probablement pas pris de douche depuis au moins deux jours. Délicieux.
— Je suis ici parce que « le chirurgien » me l'a demandé, monsieur.
Le service commandé. Ça marche presque à tous les coups. Tu as de la chance, mon bonhomme. J'étais à deux doigts de passer en force, et tant pis pour mon grade. De toute façon tout s'écroule au-dehors. Marc ne roule pas vers moi, je le sens. Non, en fait je n'en sais rien, mais merde, cela n'a rien à voir.
Il haussa les épaules et retourna à son fauteuil.
Tension correcte, perfusion changée, pansement sans la moindre trace de sang. C'est presque trop beau : rien à voir avec la maman de Noémie. Et elle dort d'un sommeil de plomb. Je n'ai plus rien à faire ici pour l'instant.
Elle se retourna et vit son mari affalé, le regard vide.
Il n'a qu'une envie : se rendormir. Il ne garde les yeux ouverts que pour me surveiller.
Je déteste ce type.
Lorsque le méchant cancer a envahi tes entrailles
Il a habité tes poumons, il s’est emparé de tes os
Tu buvais une lampée de lumière
Tu disais : « La joie de vivre est un devoir »
Hier , papa tu as rendu l’âme
J’ai vu ton image entre deux nuages
Derrière une demi-lune tu me faisais signe
Tu m’as quitté et tu savais que je t’aimais
Maintenant, je regarde mes photos d’enfance
Et je vois ton visage brun et tes yeux bridés
Papa mon chéri tu n’es pas mort puisque ton âme vit
En moi et que mon amour est très grand pour toi
Le 09/11/2011
Nada
Ubu Enchaîné. Théâtre de Namur. Allez, Eric, marque-leur-z-en encore un, cornegidouille.
Celles et ceux qui vont assister à ces représentations (du 8 au 15 Nov) à la vue du nom d'Eric Cantona en haut de l'affiche n'auront pas tort. Ce serait une facile évidence d'assumer que le rôle d'Ubu est taillé sur mesure pour l'ancien mythique centre avant, qu'il a le physique de l'emploi, etc... Encore faut-il assurer de façon convaincante, ne pas trop en faire, et surtout, jouer juste. Sa pointe d'accent du Midi le sert à merveille, enveloppant la truculence outrageante du personnage d'un halo jupitérien. Jouer un tel rôle entièrement assis en imposant une présence physique aussi écrasante que tonitruante, n'est pas évident, et King Eric se fond dans la mise en scène avec un naturel désarmant. On connaît la trame de cet épisode hautement philosophique de la vie du Roi Ubu, qui veut se faire esclave pour donner une leçon aux « maîtres ». Réflexion magistralement débridée de Jarry sur les notions de pouvoir et de liberté, qui n'a rien perdu de sa pertinence explosive. La mise en scène résolument contemporaine touche au but, grâce au décor à la fois sobre et déjanté de Dick Bird, qui a imaginé une scène sur la scène: une sorte d'écrin de foire pour strip-teaseuse au rabais encastré dans un massif portique de style mérovingien halluciné.
Une autre trouvaille de la production qui fait mouche réside dans les intervalles de sketches du « conteur », personnifié par Giovanni Calo, lui aussi servi par son accent transalpin, qui rappelle la grande tradition des bateleurss animant génialement les fêtes villageoises. Tout cela s'équilibre dans un chaos maîtrisé. Ici aussi, on remarquera une note de décor bien pensée: un buffet de cuisine des années cinquante (fifties en jargon branché) revu par Tati. La Mère Ubu, mi tigresse, mi hyène, est incarnée par une Valérie Crouzet bien dans sa peau de contrepoint contradictoire de son délirant époux, avec un battant de tragédienne aux tons amplifiés d'une Ségolène Royal subitement pourvue de talent, dans un rôle où il serait tentant d'en rajouter. Tout cela vous est servi sur un plateau baroquement enchanteur (et déroutant, comme il se doit) par Dan Jammett et son équipe. Les ennemis mortels de la musique électronique, dont je suis, reconnaîtront de bonne foi que l'environnement sonore mis en place par Frank Frenzy s'intègre plus qu'adéquatement dans ce numéro d'équilibriste à l'envers. Numéro assez réussi pour une première dans ce lieu délicieusement désuet qu'est le Théâtre de Namur, un des derniers bastions, écaillé, certes, du monde civilisé, où l'on ose vous accueillir avec le sourire et un foyer comme on n'en fait plus.
Informations pratiques: Si vous vous confiez naïvement aux soins de la SNCB pour vous rendre à Namur, prévoyez de vous pourvoir en lectures, de quelques provisions de bouche, de linge de rechange, et d'une trousse de toilette. Surtout, prévenez vos proches. Votre train de retour pourrait bien se retrouver détourné par quelque vache errante. Rassurez-vous: le sous-chef de gare vous proposera de passer la nuit dans un local chauffé. Question départ, la capitale de la région wallonne est solidement reliée à la capitale de l'Europe, éloignée de 60 km, à travers huit arrêts, plaisamment échelonnés pour vous faire oublier que votre train a démarré (très) en retard.
Paul V. Camal
Au-dessus de mes arbrisseaux,
Dans une bulle, des oiseaux,
Aux parures éblouissantes,
Me causent une joie exaltante.
Perchés sur des branches fleuries,
Entourés d’un bleu qui varie,
Ils sont arrêtés dans l’espace,
Silencieux, se faisant face.
Quand les jours seront monotones,
Bientôt, à la fin de l’automne,
Ces oiseaux venus d’un ailleurs
En dissiperont la langueur.
Contrairement à la Nature,
L’art crée de la beauté qui dure.
Ce vitrail, vibrant d’énergie,
Ne perdra jamais sa magie.
8 novembre 2011