Offrande à Notre Dame
Ta main dépose des cerceaux sur soie d’épaule :
Longs faisceaux palpitants, saccadés, frémissants
Qui ruissèlent luisants sur les nerfs que tu frôles
Et s’en vont incendier au creux des reins, l’instant.
Le frisson se faufile au fil de tes caresses
De la tempe à l’oreille en accords irisés.
Ton regard a coulé sur ma bouche l’ivresse
Et tes lèvres ont bu la source d’un brasier.
Ah ! Si je l’avais pu ! Pour toi j’aurais vêtu
Mon corps d’un sari pourpre à gouttes d’eau de perle,
J’aurais courbé la nuque au plaisir qui déferle,
Rivé des chaînes d’or à nos tétons têtus…
Ah ! Si je l’avais pu j’aurais… marché pieds nus
Des neiges de Norvège aux plaines du lotus !
Je serais devenue…docilement impure
Gracile nénuphar sur tranche de nuit dure.
T’aurais-je mieux aimée travestie en poupée
Que je t’aime aujourd’hui avec ces yeux en pleurs ?
…Aimons-nous, je t’en prie ! Offrons nous du bonheur !
Oublions tout de nous ! Epousons la marée !
Allumons la verrière au ciel des cathédrales,
Faisons enfin l’amour sur leurs autels glacés !
Offrons à Notre Dam’ cet amour qui cavale
Suintant la chair, la mer et l’homme et le fumier !
Ne rougis pas, Marie du fleuve qui transporte
Des rythmes de tam-tam et vient mouiller ta porte !
Ne rougis pas, Marie, de nos corps éclatés
Sans Ave de curé ni honte ni pitié.
Nous nous aimons, Marie ! Déflagrés du dedans.
C’est un hymne, Marie, une rose de sang
Offerte à ton sein rond qu’ils ont drapé de voiles
Pour éteindre, Marie, le chemin des étoiles …
Prix de poésie œcuménique Pierre Courcelles 1983