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LA LÉGENDE DU HOUX

A l’époque de Noël, les branches de houx avec ses baies rouges sont omniprésentes. Est-ce que vous savez comment cette plante est devenue un symbole de cette saison festive ? Eh bien, je vais vous le raconter.

Le houx était la plante sacrée de Saturne qui, dans la mytologie grecque était l’équivalent du titan Cronos, père de Zeus. C’était le houx que les Romains utilisaient pendant la Saturnalia, une des festivités païennes qui est à l'origine de la date du 25 décembre pour la célébration de Noël. Pendant ces festivités, les Romains s'offraient mutuellement des couronnes de houx et décoraient aussi les statues de Saturne avec des branches de cette plante.

Les premiers Chrétiens adoptèrent cette tradition afin de ne pas éveiller des soupçons et des persécutions, et le houx perdit ainsi son caractère païen pour devenir un symbole chrétien typique de la saison de Noël, au moins dans les pays occidentaux: les feuilles pointues de la plante représentent les épines de la couronne que Jésus portait lors de sa crucifixion, les feuilles vertes représentent la vie éternelle et les baies, le sang de Jésus.

Et, évidemment, il y a aussi une légende chrétienne associée à cette plante. Selon cette légende, lorsque la Sainte Famille était poursuivie par les soldats du roi Hérode, qui en voulait à l’Enfant Jésus, plusieurs plantes leur permirent d’en échapper. On raconte que l’une de ces plantes ce fut le houx, qui abrita la Sainte Famille quand les soldats étaient sur le point de les trouver.

À l’époque, le houx n’était pas encore un arbuste à feuillage persistant, mais la Vierge demanda protection et – ô miracle – les feuilles poussèrent à nouveau et le houx étendit ses branches pour les cacher. Très reconnaissante, la Vierge Marie l'aurait béni en annonçant que le houx resterait vert pour toujours. Et le houx devint ainsi un arbuste à feuilles persistantes, symbole d'immortalité.

Dans l’Europe médiévale, le houx était symbole de bonheur. On devait planter cet arbuste devant la maison pour la protéger contre les tonnerres et les éclairs, et les feuilles et les baies se chargeraient d’éloigner la sorcellerie et les mauvais esprits…

Vous avez aimé ce conte? Faites-le partager à vos enfants ou petits-enfants, à vos amis et connaissances, en un mot à tous les enfants que nous avons tous été un jour.

Il y a des contes que les enfants peuvent lire tout seuls; d'autres contes que vous pouvez leur lire ou leur raconter avec vos propres mots. Que la magie des mots les accompagnent toujours le long de leur vie.

Joyeux Noël.

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Période de Noël oblige...Duo avec moi-même

La période de Noël s’annonce et inévitablement, fatalement, les mêmes images reviennent et s’impriment dans notre tête, dans nos yeux. La neige, les cadeaux, le sapin, la crèche. Vieux reflets de notre enfance où l’on rendait ce moment merveilleux. Devant ce superbe sapin couvert d’or et scintillant de tout part, nos âmes d’enfant restent toujours admiratives. Ce pied du sapin toujours garni de mille cadeaux, de petits présents, de mots gentils, de tendresse et d’amour est le centre de la fête. Tous les yeux sont tournés vers lui.


Noël, c’est aussi l’époque où les pensées vont vers ceux qui souffrent, qui sont malades, qui sont seuls. Une période d’espérance que notre foi chrétienne inspire. L’espoir que tout change comme par magie. Un coup de baguette magique et le monde serait bienfaisant, charitable à l’écoute de l’autre, partageant ses richesses. La faim serait enraillée et la guerre remplacée par une paix durable. Des vœux permanents, qui venus du cœur, sont sincères.

 

Noël, cette année, c’est l’arrivée d’un bébé, un nouveau né qui va partager la magie de cette fête avec nous. Petit être qui par son éveil à la vie nous remplit de joie et d’amour. Son petit minois nous ravit et ses petits sourires nous désarment devant tant de beauté et de pureté. Elle nous comble depuis sa venue et elle a pris une place de choix dans nos cœurs.

 

Pour son premier Noël, tout sera fait pour que nous en gardions un souvenir impérissable comme un cadeau de la vie. Unis autour de ce bébé, nous dirons chacun à notre tour des mots qui nous paraissent importants. Notre partage sera complet et déroutant. Des larmes venues du fond de notre cœur rouleront sur nos joues que le temps maltraite et qui a pris pour certains une importance que seule la sagesse peut maitriser. Les plus jeunes profiteront de la fête sans arrière pensée savourant cette veillée comme un présent qui leur est dû. Comme toujours, tout sera réussi et les larmes non séchées couleront intérieurement pour que l’on n’oublie pas que rien ne dure ici bas.


Notre bébé aura de beaux souvenirs que ses parents lui raconteront. Le temps des veillées au coin du feu où l’on contait des histoires est loin. La pensée du beau sapin que mon père ramenait à Noël me fait toujours fondre en larmes et la cougnolle que maman m’offrait était le plus beau cadeau jamais reçu. Tout cet amour n’a pas été vain, il est inscrit en lettres d’or sur mon cœur.

 

Noël, c’est ça … des souvenirs, des moments heureux, des larmes. Le rappel que notre mémoire n’a rien oublié et que la vie passe de l’un à l’autre comme coule le sang dans nos veines.

 

Ce Noël ne sera pas triste, il sera magnifique comme le premier d’une longue série que je veux pour mon bébé d’amour et que sa maman, son papa, sa tatie perpétueront encore et encore.

Joyeux Noël à tous

Josette

 

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" LE DIT D'ARIANE "

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Je viens d'avoir confirmation que mon livre " Le Dit d'Ariane " est également disponible sur fnac.com et sur amazon.fr, soit en version papier (broché) au prix de 10,45 €, soit encore en format Kindle, au prix de 8,25 € (livraison gratuite). En librairies, il se vend 11 €. Quelle que soit votre préférence de lecture, papier ou écran, c'est une belle et bonne idée pour les fêtes de fin d'année : le Solstice d'hiver, la Noêl ou le Nouvel An. Faites un passionnant voyage avec la belle Ariane ! 

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Le temps des illusions.

Après la guerre, je m’étais engagé au Parti Communiste .Mon père n'appréciait pas tellement mon engagement dans ce que j'appelais le Parti. Ce qui l'inquiétait et le rassurait à la fois, c'est que cet engagement était imprégné d'une sorte de romantisme qu'il attribuait à la jeunesse et dont il pensait que tôt ou tard, il se dissoudrait dans ce qu'il appelait les eaux froides de la maturité. 

Il ne croyait plus que le monde, un jour plus ou moins lointain, cesserait de ressembler à ce qu'il était, une arène où les hommes se tuent entre eux.
- Vois-tu, Pierre, à force d'amour, le monde serait plus supportable. Mais la vie est trop courte, et l'apprentissage de la raison est trop long.
Nous sommes juifs, Pierre.
Nous finissions par nous disputer.
- C'est quoi être juif ?
Je lui avais posé la question après que la guerre se soit achevée. Durant la guerre, on ne posait pas ce genre de question. Sa réponse ne m'avait pas satisfait.
La guerre avait cessé mais j'avais le sentiment que le monde, le monde avait dans mon esprit des frontières imprécises, le monde se disloquait et se recomposait sans cesse. Les actualités de l'époque, toujours avant «le grand film», ressemblaient à des éléments de kaléidoscope sans cohérence explicable. On y voyait surtout le mouvement de migrations humaines. Des marches de la mort de juifs haves et aveugles depuis des camps soudain matérialisés. On y voyait des juifs sur des bateaux qui naviguaient de ports en ports comme les âmes mortes des enfers. Des juifs qui souhaitaient revenir sur la terre de leurs lointains ancêtres.

Nous étions vivant, nous. C'est étrange de n'avoir pour famille que son père et sa mère. Je n'ai jamais dit de quelqu'un c'est mon cousin ou c'est ma cousine, et j'étais amoureux d'elle quand j'avais douze ans.
En 1948, en Israël c'était la guerre qu'on appelait guerre d'indépendance. En 1948, en Belgique ils étaient nombreux ceux qui souhaitaient la victoire d'Israël. La victoire des juifs, disait-on. En Israël, on disait la victoire des Israéliens.
Mes condisciples la soutenaient avec autant d'enthousiasme que s'il s'était agi de leur propre combat. Au point que deux d'entre eux s'étaient engagés pour y combattre.
Hector, le garçon beau et athlétique qui aurait séduit toutes les filles s'il n'avait pas été aussi timide, et Michel, le fils d'un ancien colonial, attiré par l'aventure. Arrivés trop tard, la guerre venait de se terminer, mes deux amis avaient décidé de rester, et ils avaient adhéré à un kibboutz.
Michel s'y est marié. Il a épousé une fille d'origine belge. Devant un rabbin il a dû jurer qu'il était juif.  
La vieille question, d’une manière ou d’une autre, la seule question se posait toujours. C’est quoi être juif ? Heureusement, il y avait Marc, Paul, René, ces frères par la pensée.

René s'était spécialisé dans l'agit-prop. L'agitation et la propagande. Souvent, à l'entrée des entreprises, il distribuait des tracts, vendait le journal du Parti ou haranguait les ouvriers. Il détournait la tête lorsque sortait de l'usine un de ses anciens condisciples appelé, c'était vraisemblable, à faire partie un jour de la direction de l'entreprise parce que ses études l'y préparaient ou parce qu'il hériterait de l'entreprise de son père. Il disait :
- Il vient un temps où il faut choisir son camp, et le mien n'est pas celui de Jacques ou de son père.
Il n'était pas le seul à penser ainsi. Un jour que je participais à une manifestation contre le racisme, plutôt que dans un groupe de manifestants laïcs je m'étais inséré dans un groupe de jeunes gens qui, derrière une bannière communautaire, s’étaient affichés en tant que juifs. Je suis incapable de dire ce qui m'avait poussé à le faire. Peut-être ce sentiment qui me pousse toujours à être parmi les minoritaires.
Un jeune garçon que j'avais parfois rencontré chez des amis communs, et à qui déplaisait mon éloignement des cercles juifs assez nombreux à l'époque, se trouvait dans le même groupe.
- Tu vois, à quoi bon le nier, tu es juif. Il est inutile de le cacher.
- Je ne me cache pas. Je suis là précisément pour que chacun puisse être ce qu'il a envie d'être sans obliger qui que ce soit à être comme lui.
Il a ri, et il a haussé les épaules.
- On est dans un camp ou dans un autre. Sinon, tu te fais écraser. Inutile, après, d'aller pleurer.
Je l'ai raconté à René. Je lui ai rappelé les souvenirs qui nous liaient à Jacques, ce fils d’industriel par le hasard de la naissance. Il a secoué la tête, et il a répondu avec une certaine emphase.
- Il n'y a pas d'avenir dans le passé.
Hector a été le premier à revenir d'Israël. Sans Myriam, cette jeune fille avec laquelle il était parti pour se battre. Myriam, Michel et lui, après la guerre d’indépendance, avaient adhéré à un kibboutz, décidés à rester en Israël et à y faire leur vie. Parmi les fondateurs d'un pays neuf, le travail de la terre et la vie communautaire allaient les révéler à eux- mêmes.
Un jour tout avait craqué pour Hector. Il avait bien dû le reconnaitre, il aimait Myriam, c'est vrai, mais comme une sœur. Seulement comme une sœur. C'était un homosexuel honteux et profondément malheureux. Il avait imaginé qu'en Israël, ce pays neuf, il pourrait contraindre son corps à force de travail et d'amitié virile. Sans résultat hélas!
Il avait eu une liaison avec un jeune homme à peine moins âgé que lui, et on lui avait laissé entendre que tout le monde était en droit d'être ce qu'il était, que personne n'avait quoi que ce soit contre les homos, mais qu'il valait mieux quitter le kibboutz.
Michel n'est pas revenu Il s'était marié, il s'était bien adapté, il avait participé à la guerre de 1967 en tant que réserviste. Il y est mort et il a été enterré comme un juif sous une stèle ornée du Magen-David.
Il est court le temps des illusions.

 

 

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La muse des couleurs

 

 À Jacqueline Nanson

 

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p.gifour me désennuyer ou pour me rendre heureuse,
Souvent, quand mon humeur se faisait langoureuse,
J'appelais à mon aide la muse des couleurs.
Près d'elle, me plaisais à errer en douceur.

La magie opérant me plongeait chaque fois

Dans un enchantement me remplissant d'émoi.

Des bois mystérieux abritaient tout un monde,
Des fontaines riaient dans des gorges profondes.

Je restais en arrêt, scrutant contemplative,
Des esprits, s'exposant à la lumière vive,
Qui semblaient me fixer avec intensité
Et dont je découvrais l'intrigante beauté.

Créés par des couleurs, surgissaient des poèmes

Révélant un ailleurs d'une richesse extrême,

Qui me ravit encore et me surprend toujours,

Quand je le redécouvre au hasard de mes jours.

25 mai 2005

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Le piquant de la vie

 

 

Mon âme abandonne mon corps.

Cela est devenu possible.

Elle voyage sans efforts,

Invisible mais bien audible.

En s'exposant à l'énergie,

Elle rencontre d'autres âmes

Qui comme elle sont rajeunies,

Oublieuses de torts infâmes.

Je suis sensible à la tendresse.

Souvent joyeuse, je souris.

Je ne reçois plus de caresses,

La gentillesse m'attendrit.

Je mis du piquant dans ma vie

Ce qui est fade me déçoit

Or ne m'a pas quitté l'envie l’envie,

D'y gôuter quand survient le froid.

18/1/2005

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administrateur théâtres

Georges Feydeau

Tailleur pour dames

Librairie Théâtrale, 1887.

 

Cette saison, Bruxelles fait la fête aux boulevards. On a mis en scène un bouquet  de vaudevilles étincelants, pas moins d’une douzaine.  Un antidote contre la dureté des temps? La similitude des époques, si bien raillées par James Ensor ? « Tailleur pour dames » de Georges Feydeau n’échappe pas à la règle des bons mots, de la vivacité du verbe, du langage perlé ou diamanté,  à vous de choisir! La caricature sociale  correspond  bien à notre 21e siècle débutant… L’emprise de l’argent, la souveraineté des vanités, les appétits du pouvoir couplés au sexe bien plus qu’à l’amour. La volatilité des couples, sans nul doute, une nouvelle moralité! Le cynisme, le sarcasme et le rire libérateur sont restés les mêmes dans notre monde survolté.  La langue chatoyante, par contre, est moins  courante à notre époque. Chez Feydeau elle prend des airs féeriques et fait  grand  bien à  entendre!

C’est ainsi que malgré le nombre d’œuvres proposées on se presse au guichet pour aller voir « Tailleur pour dames » de Georges Feydeau, au théâtre des Martyrs.  C’est une toute jeune compagnie qui a monté ce chef d’œuvre : « La Compagnie des abîmés » °2005. Ils sont  réjouissants, d’une tonicité et d’un enthousiasme contagieux. Nous les avons vus  dans leurs débuts au Théâtre Mercelis avec "Venise sous la neige". Un spectacle délirant à propos de Chouchous et de Chouvénie  qui  met en scène un dîner de  couples où l’une des convives s'invente une langue et un pays imaginaire. La soirée prend alors une tournure très houleuse et  tout vole en éclats comme dans tout vaudeville qui se respecte.

530496_10151812020912087_38321042_n.jpg?width=357Leurs talents explosent dans cette interprétation magistrale  et savoureuse  de « Tailleur pour dames ». Le décor ? Couleur « 50 shades of grey », cela vous dit quelque chose ? Il cache dans ses jupes des portes qui claquent tout à fait invisibles. Le plateau est une case d’un  damier noir et blanc où vont s’entredéchirer  messieurs et dames broyés dans le laminoir burlesque de l’infidélité. Jeu de dames oblige!  Les costumes aussi sont dans les teintes de gris noir ou blanc, à la façon des films muets. Esthétique très graphique et dictions parfaites virevoltent autour d’un divan rouge et rond comme une pomme perfide.  Au deuxième acte, quelques notes de bleu, le septième ciel ? …Dans un entresol improvisé, atelier de couturière désaffecté. Ah les voilà dans de beaux draps, ces personnages déchaînés,  splendidement costumés,  ayant tous  troqué leurs identités pour camoufler leurs méfaits conjugaux ! Unchain my heart !   Il faut suivre! Monsieur Machin, vous connaissez ? Médecin ou tailleur ?   Enlevez le bœuf, c'est de la vache ! Qui connait encore l’expression?  Allez vous ressourcer dans ce bonheur de scène de haute voltige ! Au troisième acte, retour à la case départ : vivent les postures et les impostures! Trois incomparables couples de scène: l’irrésistible Justine Plume et Gauthier de Fauconval,  Cédric Lombard et Sylvie Perederejew, Nicolas Mispelare et  Elisabeth Wautier  et deux personnages totalement désopilants, la tyrannique Claudie Rion et Etienne, l’inénarrable valet, Mychael Parys.   A nouveau une splendide mise en jeu par Victor Scheffer, maintenant dans la très belle grande salle du théâtre des Martyrs!

http://fr.wikisource.org/wiki/Tailleur_pour_dames

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Abstrait

 

 

Energie diluée,

vapeurs ou bien auras,

un décor d'outre-terre,

où des jets de lumière

montent à la verticale,

se heurtent à un plafond

que certains d’eux dépassent.

 

Pas de repères dans le silence,

lévitation dans un espace

innommable,  sans violence.

 

22/03/1990

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12272977479?profile=original"Lettres de mon Moulin est un recueil de nouvelles d'Alphonse Daudet (1840-1897), publié à Paris chez Hetzel en 1869; réédition augmentée - et définitive -, portant de 19 à 24 le nombre des nouvelles, chez le même éditeur en 1879. Annoncé par des Lettres sur Paris et Lettres du village, l'ouvrage rassemble des textes parus dans plusieurs journaux (le Figaro, l'Événement ou le Bien public) de 1866 à 1873.

 

Daudet est à l'époque un jeune homme apprécié, mais qui se disperse et auquel on ne prête pas un grand avenir littéraire. Depuis 1859, il a rencontré Mistral et repris contact avec une Provence natale où il aime à rejoindre amis, amours et impressions de nature: quittant Paris, lassé et fatigué, il se réfugie au château de Montoban, une propriété de famille, et dans les divers moulins des environs, notamment le moulin Tissot à Fontvieille près d'Arles. Daudet a fait appel, pour ces lettres, à des éléments fort divers: des souvenirs de Mistral et de Roumanille, des épisodes autobiographiques («l'Arlésienne», «les Vieux», les notations de voyage), et aussi à la collaboration de sa femme et de Paul Arène (d'où, par la suite, une polémique avec certains partisans de ce dernier).

 

Après une «Installation» où le narrateur rencontre les animaux vivant près du moulin qu'il a acheté (voir l'«Avant-propos» sous forme d'acte de vente), les récits se succèdent. «La Diligence de Beaucaire» raconte l'histoire d'un rémouleur trompé par sa femme et dont se moquent les autres voyageurs de la diligence. «Le Secret de Maître Cornille» est celui d'un meunier abandonné de ses anciens clients et qui fait croire qu'il continue à travailler: découvrant son secret, le village lui donnera volontiers le grain nécessaire pour continuer à faire tourner son moulin. «La Chèvre de Monsieur Seguin» est à l'image du poète dédicataire de la nouvelle: désireuse de découvrir les espaces sauvages et de goûter de la montagne, elle sera finalement mangée par le loup, après s'être vaillamment battue toute une nuit. Dans «les Étoiles», un berger et Stéphanette contemplent les astres de la nuit. «L'Arlésienne» est le drame d'un jeune homme pris entre sa passion amoureuse et la honte d'épouser une jeune fille sans honneur. «La Mule du pape» est un animal vindicatif qui, après bien du temps, lancera un coup de sabot magistral à un mauvais plaisant dont elle a été la victime. «Le Phare des Sanguinaires», «l'Agonie de la Sémillante» et «les Douaniers» rassemblent des récits et des impressions corses. L'abbé Martin, «le Curé de Cucugnan», rêve qu'il va au paradis et au purgatoire: il n'y trouvera aucun de ses paroissiens, qui sont tous en enfer; ce qui, selon son sermon, doit les inciter à une confession urgente. «Les Vieux» accueillent le narrateur avec une gentillesse émouvante: il vient de la part de son ami Maurice. «Ballades en prose» est composée de deux textes: l'un consacré à «la Mort du Dauphin», l'autre, «le Sous-préfet aux champs», montrant un fonctionnaire oubliant ses discours pour aller faire des vers dans la nature. «Le Portefeuille de Bixiou» rapporte les farces de ce blagueur en même temps que son amour de père pour la petite Céline. «La Légende de l'homme à la cervelle d'or», métaphore de l'écrivain, évoque le sort tragique de celui qui s'arrache de sa propre substance pour la donner aux autres. «Le Poète Mistral» nous présente le maître et l'ami de Daudet. «Les Trois Messes basses» racontent la punition céleste de ce curé trop pressé et trop gourmand qui bouscule la liturgie de Noël pour avancer l'heure du réveillon. «Les Oranges» évoquent quelques impressions embaumées et savoureuses. «Les Deux Auberges»: l'une est prospère, l'autre complètement désertée, et une pauvre femme l'habite. «A Milianah» rapporte des scènes algériennes, ainsi que «les Sauterelles». «L'Élixir du Révérend Père Gaucher» est une boisson alcoolisée dont un moine retrouve la recette qui enrichit le couvent et expose son inventeur à bien des tentations. Enfin, derniers textes, «En Camargue» et «Nostalgies de caserne».

 

La première couleur du livre est celle du Midi: Mistral félicitera Daudet d'avoir réussi à écrire en «provençal français» et c'est certainement cette langue aux tournures ensoleillées, aux vocables originaux qui peut séduire le lecteur (sans trop l'effaroucher). C'est aussi toute la vie d'un peuple avec son décor: le curé gourmand ou gourmandeur, le berger et le joueur de fifre, le hâbleur, le poète, le berger, l'amoureux. Et encore l'odeur forte des plantes aromatiques, la présence des animaux qui, dès le départ, est comme le signe sous lequel écrit le narrateur. Au-delà même de la Provence, il y a la Corse et l' Algérie, plus généralement le début d'un exotisme, presque d'un orientalisme qui attire le public parisien et ces lecteurs-destinataires des Lettres: ils sont entraînés, dépaysés, parfois jusqu'à une sorte de fantastique discret.

 

Le deuxième charme du livre est l'alliance qu'on y trouve entre la malice et la tendresse. Le narrateur ne cache pas la paresse de tel compatriote, l'amour de tel ecclésiastique pour la dive bouteille, les infidélités d'une belle volage, les manies d'un pape avignonnais; mais il les conte avec gentillesse, sans sarcasme. Et sans jamais se départir d'une grande compassion: pour les humbles douaniers, mal payés et malades, pour les naufragés de la Sémillante, pour le cocu déshonoré, pour l'écrivain dépossédé et mangé par les «loups». On ajoutera à tout cela une très grande variété d'écriture: récits rapportés, impressions personnelles, légendes ancestrales, c'est à chaque fois un ton différent, un nouvel angle d'attaque ou de narration. Le sujet proprement dit est moins important que ces inflexions variées d'une voix pourtant familière, complice, séductrice.

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Portrait d'un homme ordinaire.

Il avait commencé de changer de comportement à la mort de sa femme. Il se nommait Jean Dereux. C’était un brave garçon. Après qu’il ait terminé des études de droit et de fiscalité, et qu’il a été nommé contrôleur, il avait dit à ses amis :

- Je préfère que vous me disiez : Monsieur. Dans ma position, on risque de penser que je suis en mesure de favoriser des amis.

Il n’avait pas osé leur demander de le vouvoyer.

T. est une petite ville province. Soixante mille habitants environ. Cependant, elle était constituée d’un grand nombre de petites communautés séparées les unes des autres par le statut social ou par des affinités particulières.

Peut être Jean avait-il eu raison. Peut être faut-il qu’un certain nombre de citoyens se défasse de ses liens d’adolescent pour endosser la stature quasi réelle de l’homme d’Etat. De celui pour lequel il n’y a pas de communauté particulière mais des citoyens égaux devant la loi. Ce sont des conceptions de ce genre qui créent l’ossature d’une nation.

C’était une formule un peu trop pompeuse. Après tout, il n’était qu’un modeste contrôleur du fisc.

Henriette qu’il avait épousée après sa nomination était la fille unique d’un chef de service à l’administration.  

Lui-même était le fils d’un gendarme. Il avait été amoureux d’Henriette, mais qu’elle soit la fille d’un fonctionnaire avait ajouté à son charme qui était réel. Il aimait l’idée que l’administration constituait une sorte d’aristocratie qui se perpétuait au travers des familles qui en étaient les serviteurs. Dans la noblesse, tout autant, il y a les familles dont les titres étaient prestigieux, mais aussi combien de chevaliers et d’écuyers qui en étaient la trame depuis des siècles. Ils étaient, à titre égal, des membres de la noblesse.

Dereux, De Reux, de Reux, Le Reux . Il suffit parfois d’une seule lettre pour modifier un patronyme et lui donner une signification historique. Il est vrai que la noblesse ne tient pas à un nom mais à la conscience de faire partie d’une élite spécifique.

Ils n’avaient pas eu d’enfant, ils n’en avaient pas voulus, ni elle ni lui. C’est ce qu’il avait répondu à un ami qui lui avait posé une question purement conventionnelle. En réalité, il était mu par une autre ambition.

Jean avait convaincu sa femme de ne dépenser que le strict nécessaire pour manger, s’habiller ou sortir. Jusqu’à leurs vacances qui étaient réduites. Leurs économies leur servaient à payer la maison qu’il avait achetée dans le Midi en prévision de sa retraite.

- Nous pourrons jouir de la vie sans restriction.

Malheureusement, elle était morte avant leur retraite et  n’avait pas eu l’occasion de jouir de sa frugalité. La maison et l’argent économisé, seul Jean en jouirait.

C’est à cette époque qu’il avait commencé à changer.

Peut être qu’il avait enfin compris que les projets n’étaient jamais que des rêves dont ils n’étaient pas les seuls maîtres.

Il fallait aussi se convaincre de ce que la vie est courte aussi longtemps qu’elle dure. Trop courte. Puis faire en sorte de ne rien regretter. Ni de ce qu’on a fait ni, surtout, de ce qu’on n’a pas fait. On meurt seul. Vivre ne se partage pas non plus même s’il n’est pas convenable de le dire.

Administration ou non, aristocratie ou non, les êtres humains n’étaient pas de ces créatures angéliques qu’il avait imaginées. Au bureau il se passait des choses aux qu’elles il n’aurait pas songées lorsqu’il avait été nommé. Seuls comptaient l’argent, le sexe et le pouvoir. Durant des années, il avait fait semblant de ne pas le voir. Leur avenir, à Henriette et à lui, il pensait que c’était plus tard qu’il se dessinerait. Là aussi, Jean s’était trompé.

Les êtres humains les plus sensés étaient les tricheurs et les menteurs. Ceux qui montraient un visage conforme à ce que la plupart des gens attendent mais  se conduisent conformément à leurs pulsions. De la manière dont ils se conduisaient lorsqu’ils étaient petits enfants, et que leurs parents s’exclamaient : quel caractère !

Désormais, tout allait changer. Ils seraient deux, celui qui a vécu pour de vrai, rien ne peut plus être modifié de ce qui fut- les souvenirs sont des mensonges - et celui qui vivrait désormais.

Il serait une sorte d’espion infiltré dans sa propre vie.

A quoi jouent les espions ? Le monde réel, c’est eux, disent-ils. Est-ce qu’il y a une différence, une distinction entre les hommes de la lumière et ceux de l’ombre ? C’est une filiation qui remonte aux débuts des temps.

C’était peut être une attitude excessive mais pas plus que la manière dont ils avaient vécu, sa femme et lui. Il n’y a rien de mal à vivre modestement. Se marier, avoir des enfants, travailler et vieillir sans être trop affecté par le sort. Discrètement, sans attirer l’attention. Mais ça avait un prix, pas nécessairement le moins cher.

Un jour, il avait dit à une jolie femme :

- Je connais très bien votre dossier.

Elle avait dit par après :

- Je me demandais ce qu’il avait voulu me faire entendre. Nous étions assis à la terrasse d’un café, je portais une robe légère, il regardait mes jambes avec insistance, je n’osais plus bouger.

Ce fut un éblouissement. Il en était conscient, il disposait du vrai pouvoir, celui de disposer des autres.

Un jour, il téléphona à un gros commerçant de la ville dont le dossier fiscal présentait quelques interrogations.

Ce fut l’épouse qui lui répondit.

Elle possédait un magasin de lingerie très bien achalandé qu’elle dirigeait à l’aide de deux vendeuses. Aucune n’était particulièrement aguichante. Chacune de ses clientes pouvait se sentir belle auprès de ses vendeuses.

- Vous me surprenez, monsieur le contrôleur ?

- Ce n’est probablement rien. Mais il faut que je vérifie, c’est la routine. Mardiprochain, ça vous convient ?

-  Mon mari sera en voyage mais je serai là, bien entendu. Les livres sont à mon domicile.

Les rumeurs naissent et se répandent vite en province. Lorsque Jean s’était présenté chez Elvire Dubois, elle avait préparé ses livres et du café sur une table basse auprès du divan. Une bouteille de vin aussi. Au fond du salon, une porte entr’ouverte donnait sur la chambre à coucher. On pouvait apercevoir le lit.

Il n’y avait rien de répréhensible dans le dossier. Jean y apposa un paraphe. Elvire venait de faire l’économie de mille cinq cents euros d’impôt.

Une des ses clientes, c’est le nom qu’il leur donnait, avait évité une amende de quinze euros. La valeur de l’argent varie avec les gens.

Il eut trois aventures de la même nature mais à chaque fois, il en était plus amer.

Il en eut une autre encore, si on peut appeler ça une aventure. Côté à côte, devant des livres comptables ouverts devant eux, il avait posé la main droite sur les hanches d’une jeune femme. Il avait dit :

- Je vais vous expliquer.

Elle s’était levée, elle avait dit qu’elle ne se sentait pas bien, et elle lui avait demandé de revenir le lendemain.

Le lendemain, un comptable se mit à sa disposition et accepta un redressement de trois cents euros. 

Jean était fatigué, On n’endosse pas une nouvelle peau aussi aisément qu’on le souhaite. Henriette lui manquait. Etait-ce ce qu’on appelle l’amour ? Elle lui manquait le jour, et elle lui manquait la nuit. Du temps qu’elle vivait, il lui était arrivé de faire l’amour en évoquant une autre. Parce qu’il aimait sa femme, il évoquait une actrice qui n’était souvent qu’une image plutôt que la femme d’un de leurs proches. Ils sont nombreux les maris qui agissent de cette façon.  Ils comblent leur femme, et ne la trompent qu’à peine.

Peut être que des femmes agissent de la même manière par amour pour leur mari ? Bien sûr,  c’est un acteur masculin qu’elles imaginent.

Henriette lui manquait de plus en plus. Sans elle, il avait le sentiment de n’être qu’un exilé sur la terre. Il voulait mourir. Qui se préoccupait de sa vie ? Qui donc se préoccuperait de son décès ? Il voulait mourir, mais pas comme quelqu’un qui n’a jamais existé. Il mourrait de telle sorte que cela compenserait la mort d’Henriette qui n’avait bouleversé que sa propre vie et que rien, jamais, n’avait sorti de l’insignifiance humaine.

C’était décidé. Il y penserait avec autant de soin et de sérieux que lorsqu’il préparait ses dossiers. Bien préparer les scénarios et y songer longtemps, c’était revivre autant de fois qu’on y songe. Mais c’était aussi mourir à chaque fois.

Quelques mois plus tard en revanche, peu lui importa la manière dont il allait mourir. Il avait vécu anonymement. Sa vie toute entière comme la plupart des vies humaines se résumerait aux quelques lignes de sa nécrologie. Même celles que relatent les livres d’histoire ne sont plus depuis longtemps que des histoires.

En d’autres temps, on pendait ceux qui étaient condamnés à mort. N’était-ce pas le cas ? Il acheta une grosse corde qu’il attacha soigneusement à une poutre du grenier. Il glissa dessous une vieille chaise. Il n’aurait qu’à la pousser. Qui donc s’inquièterait de lui ?

Lorsqu’un journaliste l’interrogea, le commandant des pompiers répondit qu’il en ignorait encore la raison. Un incendie s’était déclaré dans l’immeuble. On découvrit le corps de Jean dans les décombres. Les responsables se perdirent en conjectures. La télévision avait envoyé un caméraman et un journaliste. On parla de Jean Dereux le soir même, et le lendemain lors des informations de mi-journée. Le journal local en parla durant quelques jours. La personnalité de Jean Dereux, dit le journaliste, apparaissait comme un mystère.

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administrateur théâtres

A Robert Paul, special wishes for a special friend

 La fête de NOËL « Elle est, cette bonté folle, ce qu'il y a d'humain en l'homme, elle est ce qui définit l'homme, elle est le point le plus haut qu'ait atteint l'esprit humain. »

 

… « Le temps glisse et frémissent les ruisseaux », du givre à la neige, voici bientôt N O Ë L !

Ce White Christmas rêvé qui dit notre besoin de renouveau, ce besoin, chaque année, d'une nouvelle  page blanche et immaculée où nous pouvons chacun écrire la suite de notre histoire ! Notre art de vivre et l'art dans notre vie. Notre empreinte d'humanité.

Les festivités de Noël  se préparent doucement et chaleureusement, nous fêtons tous Noël à notre manière.  A l’approche de la saison hivernale, sombre et glaciale, nous avons  tant besoin d'un peu de lumière et de chaleur!  Si nos  traditions et croyances nous séparent parfois, nous avons tous au moins un point en commun, le rêve du renouveau. L’espoir de la vie en germination.  L'approche des fêtes de Noël  correspond au solstice d'hiver, la nuit la plus longue de l'année.

Une nuit fertile  d’espoir fou, pour certains, la folie d'amour. Un choix de vie, un choix pour la Vie, un refus radical du mortifère. Comme par magie,  à partir de cette date, les jours rallongent,  le soleil renaît. Le renouveau du printemps est bien là: subversif,  invisible et souterrain. La chaleur des lumières allumées dans nos maisons et dans nos cœurs, nous apporte ainsi amour, lumière, chaleur et espérance.

Joyeux Noël à tous les amis Artistes de ce Réseau hors de l’ordinaire, fondé par l’Ami de tous, Robert Paul, le fondateur si éclairé. Qu'il reçoive nos profonds remerciements pour sa généreuse disponibilité …   Je lui offre, en cette troisième semaine de l'Avent,  avec toute ma gratitude et la vôtre, ce très beau White Christmas de 1942,

 

Deashelle

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"Aldébaran" cité dans "Le voyage des mots" "De l'Orient arabe et persan vers la langue française" "calligraphies de Lassaâd Metoui", par Alain Rey, éditions Guy Trédaniel

"Aldébaran.

 

Dans le catalogue d’étoiles dressé par Johann Bayer au début du XVIIème siècle, la première, Bételgeuse, est appelée alpha, alpha d’Orion, et Aldébaran, alpha du Taureau, Rigel, autre étoile au nom « arabesque », devenant Beta de la même constellation.

Cependant, malgré son prestige, l’alphabet grec ne parvint pas à éliminer le pouvoir de ces noms arabes.

Ainsi, Aldébaran, célébrée par Victor Hugo dans Les Quatre Vents de l’esprit et dans Les Contemplations, n’est autre que « la suivante », du verbe dabara, « venir après », d’où ad dabir, ad dabira, « l’extrêmité arrière », nom qui fut affecté par Abd el Rahman Sufi, astronome persan du Xème siècle, à cette étoile, la plus brillante de la constellation du Taureau, qui semble suivre et regarder ( on l’appela aussi « l’œil du Taureau ») le groupe des Pléiades. Cette dénomination assez banale, soulignant pourtant l’unité des apparences célestes, n’empêcha pas les poètes de voir en ce nom des mondes de lumières. Ainsi, Hugo, inépuisable, fait de l’astre un « turban de feu » (turban est un mot turc) et se déchaîne, le qualifiant de « clarté de l’insondable grève », « un de ces inconnus que nous nommons soleils », « une face splendide et sombre sur l’abîme », « un éblouissement », pour conclure : « Ta merveille, c’est d’être une roue inouïe / De lumière, à jamais l’ombre épanouie. »

 

Bételgeuse ne fut pas moins propice à l’imaginaire poétique, mais son origine – incontestablement arabe – est discutée. Soit le nom vient de beital-janzaa, « la maison des Gémeaux » (autre nom de la constellation d’Orion), soit de ibt al-jauzaa, l’ »épaule » de ces mêmes Gémeaux. La « maison » vient des Tables d’Ulug Beg, de Samarcande, au XV ème siècle, l’ « épaule (droite) » provient d’Abul Hassan, environ un siècle auparavant.

 

Aldébaran.

 

La science moderne, après la connaissance ancienne de l’image céleste, après la symbolique et la poésie, donne à Aldébaran ses caractères d’étoile « rouge », ayant consumé son hydrogène et brûlant son hélium. Extrêmement lumineuse étant vue de la Terre, Aldébaran possède un satellite, et la découverte en 1997 de ce qui pourrait être une très grande planète a stimulé les imaginations. Déjà les variations de couleur de cet astre avaient fait écrire à Gérard de Nerval, dans Sylvie : « tour à tour bleue et rose comme l’astre trompeur d’Aldébaran ».

Le nom calligraphié de l’étoile est entraîné vers le zénith par une puissante trajectoire qui abrite  un « satellite » décoratif circulaire et, ramassée, la reprise du nom. »

 

Alain Rey, cité dans« Le voyage des mots », «De l’Orient arabe et persan vers la langue française », calligraphies de Lassaäd Metoui, éditions Guy Trédaniel.

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Rien qu'un jeu.

 

 

J’ai fait ce soir un rêve curieux. Nous étions, Julie et moi, dans une voiture, il me semble que c’était une décapotable, et nous roulions sur une route de campagne  pour nous rendre chez un de mes amis.

Julie, parce ce qu’elle était seule elle aussi, était la compagne de certaines de mes nuits. J’ignore qui de nous deux avec les gestes de l’amour comblait la solitude de l’autre mais nous y mettions tant d’ardeur que c’était une façon de nous efforcer tous les deux de survivre.

C’était la première fois que je me rendais chez Marc avec Julie mais elle semblait connaître la route aussi bien que moi.

C’était une côte sans fin. Le moteur peinait tellement que j’avais peur que la voiture ne s’arrête. Elle nous aurait entraîné en arrière, et j’aurais été incapable, je le savais, de la retenir. J’appuyais sur la pédale avec une obstination de maniaque.

La villa de Marc est apparue au sommet de la côte sous le soleil immobile de midi. C’était un bâtiment de béton gris et de verre bleu, une large terrasse l’entourait, il n’y avait ni arbre ni verdure, on aurait dit un dé tombé au milieu du désert.

Nous avons abandonné la voiture, et Julie s’est avancée vers les marches de l’entrée, la tête haute, la poitrine tendue, les yeux brillants, comme devait s’avancer l’avant-garde d’une armée conquérante lors d’une guerre sans merci. Moi, je me demandais quel était l’objet de cette guerre ?

Dans le living il n’y avait personne. C’était une pièce immense, presque vide, seule une table de marbre en occupait le centre comme l’autel d’une église des temps futurs. Les murs étaient blancs. A l’un d’eux, sur presque toute la largeur, pendait un tableau qui représentait une femme nue peinte en ocre, une jambe repliée, le visage inexpressif et les yeux sans iris. Le fond du tableau était vert sous l’effet phosphorescent d’un néon de dancing.

J’ai regardé Julie. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point elle était blonde. Son regard était dur, elle avait le visage creusé comme à l’instant le plus aigu de nos étreintes.

Nous sommes entrés dans une autre pièce. Un homme était en train de peindre tandis qu’un autre, derrière lui, le regardait avec une fixité de mannequin. J’ai demandé si Marc était là. L’homme qui peignait a répondu sans détourner la tête :

- Marc a du s’absenter, il va revenir d’un instant à l’autre.

Julie s’est approchée de la toile. Les deux hommes se sont tournés vers Julie. Comme à chaque fois que des inconnus l’observaient, elle a souri avec ce lent mouvement de la tête qu’ont les oiseaux de proie avant de prendre leur envol.

C’est alors qu’un troisième homme est entré dans la pièce. Un homme jeune, la poitrine nue sous une veste de toile, je me souviens qu’il n’était pas rasé.

Il s’est dirigé vers Julie, il l’a regardée intensément, et puis seulement il a souri à son tour.

- Vous êtes une amie de Marc ?

Julie s’est tournée vers moi. Ses yeux avaient cette palpitation inquiète que je lui avais déjà vue, et qui me donnait à chaque fois l’impression que quelque chose d’important la bouleversait. Je me suis  avancé et j’ai dit que j’étais un ami de Marc.

- Marc n’est pas là. Il ne va pas tarder.

Mais c’est Julie qu’il continuait de regarder.

- Vous avez bien fait de venir.

Julie s’est redressée inconsciemment.

- Venez, nous allons attendre Marc sur la terrasse. Il fait si beau aujourd’hui.  

Il lui a pris la main et Ils sont sortis.

- Reste, je reste bien moi.

C’était celui qui regardait peindre son ami qui me parlait. J’ai secoué  la tête.

- Non, je vais y aller.

En même temps je pensais: qu’ai-je besoin de lui répondre mais je ne bougeais pas.

- Où est Marc ?

Le peintre avait cessé de peindre et nous nous sommes regardés tous les trois.

C’est alors que Marc est apparu. Il portait une chaise et il a traversé la pièce sans nous voir.

J’ai crié :

- Marc!

Il n’entendait pas. J’ai regardé les deux autres.

- Viens.

Le peintre a posé la main sur mon épaule, et il m’a entraîné vers le living.

Dans le living, la table était toujours nue mais il y avait désormais des chaises tout autour. La main du peintre a pesé plus fort sur mon épaule.

Jacques, je savais qu’il s’appelait Jacques mais je ne sais pas comment je le savais, Jacques est entré avec Julie. Il lui a demandé de s’asseoir. Moi, c’est le peintre qui m’a demandé de m’asseoir. Marc était là, lui aussi. Nous sommes restés silencieux un moment.

- Je vois que vous vous connaissez tous.

J’ai répondu :

Non. Nous allons partir, nous reviendrons une autre fois.

 Jacques s’est  mis à rire.

- Et vous nous priveriez de la présence de Julie ?

J’avais le sentiment étrange que nous étions les personnages d’une pièce de théâtre dont j’étais le seul à ne pas connaître le texte.

- Tu ne trouves pas qu’elle a de beaux yeux ?

Il a pris les mains de Julie dans les siennes.

Sans qu’aucun mot ne sorte de ma bouche j’ai voulu dire que ce n’était pas vrai, que Julie n’avait pas de beaux yeux, qu’elle avait des yeux transparents qui ne reflétaient que la seule couleur de ses passions : calcul, abandon et haine tout à la fois. Je le savais, moi. Pourquoi disait-il qu’elle avait de beaux yeux ?

Julie scintillait comme si le soleil l’avait embrasée. Elle a détaché de son cou son foulard, elle a posé une main sur sa poitrine, et elle a demandé au peintre pourquoi il avait peint une femme belle mais sans yeux ?

- Ce n’est pas une femme, c’est un tableau. Vous, vous êtes une femme.

Puis il a demandé si nous étions mariés, Julie et moi. Julie a saisi ma main.

- Nous sommes des amis, de grands amis.

Le peintre a éclaté de rire. Julie avait les joues en sang. Jacques s’est penché vers elle, il lui a dit quelque chose à l’oreille, elle a serré ma main.

J’avais chaud et je me sentais ridicule soudain dans mon complet. J’ai tiré sur mon nœud de cravate.

- Ote donc ta cravate.

Julie avait l’air excédée.

Ils avaient tous les yeux fixés sur moi.

Lorsque Julie faisait l’amour, c’était comme si elle naissait à chaque fois. Ses forces étaient bandées pour un destin dont elle pressentait que l’amour était la seule raison d’être. Son corps était la face lumineuse de son sexe, et son sexe était la source de sa vie. Et moi, je savais maintenant combien il m’était nécessaire.

- Il a bien de la chance. Est-ce qu’il en est conscient ?

Je me suis levé et j’ai dit à Marc que nous allions partir.

- Pourquoi, pourquoi? Ce n’est qu’un jeu.

- Demande-lui si elle veut, elle ?

Je n’ai pas répondu. Julie ne me regardait pas. Autant que ses mains, sa bouche, ses seins, le regard des hommes était la preuve de son existence, et avec ou sans moi, elle voulait continuer d’exister.

C’est alors que je me suis réveillé.

 

 

 

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Le retour

 

Le retour

Je suis retourné au cimetière du Sud. Les mauvaises herbes parmi les tombes y poussaient nombreuses.  Question d’économies, sans doute. Certaines tombes en étaient presque entièrement recouvertes. A croire que les parents des décédés étaient morts à leur tour. Ou que leurs descendants n’éprouvaient pas le besoin de méditer devant une dalle de pierre.

Il y avait ceux qui incarnaient une partie de cette ville et, en dessous ou à côté, ceux qui l’avaient incarnée en d’autre temps.

C’est une étrange douceur que celle des cimetières lorsque aucune cérémonie n’y a lieu. On n’y pense pas qu’aux morts mais, soit aux morts soit aux vivants, on y pense sereinement. Exister y paraît aussi extravaguant que de ne pas exister. 

Je m’étais rendu sur la tombe de Liliane. Une substance particulière avait terrassé cette pharmacienne prudente qui conservait ses produits dangereux sous clé. Etait-elle la seule à en avoir usage ? On pensait que d’étranges personnages étaient liés à sa mort : vagabonds ou drogués, des marginaux en tout cas. Ceux que d’autres personnages aussi étranges mais beaucoup plus nombreux, et plus conventionnels, nommaient « marginaux » parce qu’ils étaient différents d’eux ou l’étaient devenus. Elle avait été ma maîtresse.

J’avais vécu dix ans en Australie parce que j’avais quitté Julie qui voulait épouser quelqu’un avec qui vieillir. Julie avait toujours répondu de la même façon.

- Tu le sais, Pierre. Il vaut mieux ne pas nous revoir. N’abimons pas les souvenirs que nous avons l’un de l’autre.

J’étais parti. Dix ans plus tard,  j’ai eu envie de revenir.

Les premiers mois, en Australie, je me roulais sur mon lit en pensant à elle. Les femmes que j’avais connues, c’est en pensant à Julie que je les prenais. L’une d’entre elles, une nuit, avait dit.

- Arrêtes, tu me fais mal. Pour qui me prends-tu ?

Cette sensation d’avoir la poitrine serrée dans un étau avait lentement disparu. Au point que parfois, j’avais recherché cette pression du ventre que je ne retrouvais plus. Plus tard, j’en avais été frustré, je n’étais même plus parvenu à l’imaginer.

Rien n’avait changé. Alfred, était toujours barman au Réjane. Il était plus lent. Il était plus chauve. Il n’avait plus honte de porter des lunettes. Mais il reconnaissait toujours ses anciens clients qu’il appelait par leur prénom, précédé du  « monsieur » censé reconnaitre les barrières qui existent entre des jeunes gens de bonne famille et le serveur qu’il était.

Julie était mariée, avait-t-il dit. A un riche négociant, un veuf dont la femme, c’est ce qu’on disait, était incapable de résister aux tentations de la mode. Quatre fois par an, elle se rendait à Paris pour faire ce qu’elle appelait les boutiques. Le veuf, avec Julie, avait hérité d’une femme moins frivole, à même de le seconder dans ses affaires, et Julie avait hérité d’une garde-robe dont elle s’était débarrassée à l’exception des fourrures qu’il n’y avait eu qu’à retoucher.

Les gens qui comptaient désormais en ville n’étaient plus les mêmes que ceux que j’avais connus.

Jean Cormier, le directeur de la police judiciaire, un condisciple, et mon ami le plus proche, depuis longtemps avait été muté à l’occasion d’une flatteuse promotion, et son successeur avait fait table rase du passé.

- Il faut que la police se transforme.

Il ajoutait pour montrer son érudition et sa connaissance des choses de la vie :

- Pour que les choses restent ce qu’elles sont.

Le passé avait définitivement disparu. Il est vrai qu’il  ne concernait que peu de monde et n’avait duré que très peu de temps. Rien ne s’était passé de notable.

 

 

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administrateur théâtres

A Liliane

12272984254?profile=original Le Temps Du Givre:

Feuille à feuille
Se défeuillent
Les ormeaux
Le temps glisse
Et frémissent
Les ruisseaux
Note à note
Je dénote
Ma chanson
Feuille à feuille
Se défeuillent
Les saisons

Nul rivage n'a consolé
Ce fier navire en liberté
En liberté
J'ai mal noué le fil d'amarre
Et chaque port qui s'en empare
Le voit brisé
Maintenant la pluie de l'automne
Mouille les feuilles qui s'étonnent
De leur couleur
La fontaine a bu mon image
Et ma jeunesse est en voyage
À bout de coeur

J'ai mal rêvé dans mes silences
Et la musique de l'enfance
Me fait sanglot
J'ai mal joué, j'ai mal su vivre
Voici venir le temps du givre
À mes carreaux

Feuille à feuille
Se défeuillent
Les ormeaux
Le temps glisse
Et frémissent
Les ruisseaux
Note à note
Je dénote
Ma chanson
La la la...
Feuille à feuille
Se défeuillent
Les ormeaux
Le temps glisse
Et frémissent
Les ruisseaux
Note à note
Je dénote
Ma chanson
Feuille à feuille
Se défeuillent
Les saisons

Nul rivage n'a consolé
Ce fier navire en liberté
En liberté
J'ai mal noué le fil d'amarre
Et chaque port qui s'en empare
Le voit brisé
Maintenant la pluie de l'automne
Mouille les feuilles qui s'étonnent
De leur couleur
La fontaine a bu mon image
Et ma jeunesse est en voyage
À bout de coeur

J'ai mal rêvé dans mes silences
Et la musique de l'enfance
Me fait sanglot
J'ai mal joué, j'ai mal su vivre
Voici venir le temps du givre
À mes carreaux

Feuille à feuille
Se défeuillent
Les ormeaux
Le temps glisse
Et frémissent
Les ruisseaux
Note à note
Je dénote
Ma chanson
La la la...  
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Agathe ou une épouse modèle.

Agathe, une épouse modèle.

 

Agathe Lecrinier était la fille unique du quincailler du quai Notre-Dame. C’était ce qu’on appelle un beau parti. Agathe était loin d’être laide, bien au contraire. Ses traits étaient harmonieux, ses yeux bleus avaient la candeur supposée de l’innocence et dès qu’elle souriait, son visage s’illuminait au point que les jeunes gens regrettaient qu’elle manifestât tant de retenue et qu’elle ait toujours l’air triste alors qu’elle souhaitait seulement avoir cet air réservé qui convient à une jeune fille en âge de se marier.

Le père, un notable membre de la fabrique d’église, fortuné et veuf, était fier de ce que personne en ville ne puisse répandre le moindre ragot au sujet de sa fille. Son futur mari, disait-il, la recevrait pure comme au sortir du berceau, et elle ne sourirait que pour lui.

 Sauf lorsqu’elle reprendrait les affaires de son père et que, comme c’est l’usage, elle sourirait aussi à la clientèle.

De leur côté, Jérôme et Julien Delporte étaient les fils jumeaux du minotier qui avait sa grosse maison rue des Jésuites, 

Bien que ce ne soit pas à lui qu’il pensait mais à ses fils, Monsieur Delporte avait des vues sur la fille de son ami, la jolie Agathe. Le problème, c’était : à qui la marier, Jérôme ou Julien ? A part la couleur des chaussettes, rouge pour Jérôme et jaune pour Julien, rien ne les distinguait.

Leur ressemblance était si grande que s’il n y avait eu la couleur des chaussettes personne n’aurait été  en mesure de les distinguer. Leur caractère, leur comportement, jusqu’aux tics, tout chez eux était identique.

Un miracle de la nature, disait monsieur Delporte en soupirant et en jetant vers le ciel un regard de reproche. Finalement, ce fût Julien après que les deux pères se furent mis d’accord sur le montant de la dot, des espérances des uns et des autres, de la prime prévue si Agathe accouchait d’un garçon, et de la situation professionnelle du futur mari.

- Ne pense-tu pas qu’il faudrait demander à Agathe de donner son avis quant à celui qu’elle préfère ?

- Ils se ressemblent si fort.

Le soir même, monsieur Delporte dit à son fils Jérôme que monsieur Lecrinier souhaitait le rencontrer «seul à seul ».

- Je pense qu’il veut te parler d’Agathe. Qu’est ce que tu penses d’Agathe ?

- Oui ; répondit Jérôme en rougissant.

- Oui ; répéta  monsieur Delporte en soupirant. Après tout, pensa-t-il, on ne demande pas à de futurs fiancés de s’exprimer comme des orateurs. Il suffit qu’ils s’aiment. Et lui, en tout cas, on sait qu’il dira: oui.

Il aurait pu ajouter : et comme Julien, en tout, est comme son frère, inutile de l’interroger, ils seraient deux à dire: oui. 

Monsieur Lecrinier, parce qu’il avait parlé avec Julien, eut le sentiment qu’il avait agi en père aimant soucieux de l’avenir de sa fille. Agathe, quant à elle, accepta d’épouser Jérôme ou Julien.

Certains dirent peu après que c’est une malédiction qui avait frappé ces familles. Malédiction ou non, ce mariage, célébré avec pompe, précédât de peu toute une série de malheurs pour ceux qui en furent les victimes. Monsieur Lecrinier d’abord qui mourut trois mois après le mariage de sa fille. Monsieur Delporte qui le suivit dans la tombe deux mois plus tard.

Tous les trois occupaient la maison paternelle. Jérôme et Agathe dormaient dans la grande chambre, Julien dans celle qui était la sienne depuis son enfance.

Durant deux ans leur vie à tous les trois se passa sans problème majeur. Ils formaient aux yeux de leurs relation un couple parfait sinon qu’ils étaient trois plutôt que deux. En général ce genre de situation existait lorsqu’auprès d’un couple marié il y avait, clandestinement ou non, un amant ou une maîtresse.  

Si bien qu’on trouvât tout naturel au décès de Jérôme, un stupide accident de voiture, qu’après un veuvage convenable, Agathe épousât Julien, elle n’avait même pas à changer de patronyme ni d’adresse, et Julien ne dût déménager que son pyjama tandis que la chambre au bout du couloir redevint une chambre d’amis avant de devenir, si Dieu le voulait, une chambre d’enfants.

Par contre, pour le nouveau couple un autre problème se posa. Lorsque Jérôme vivait il ne serait pas venu à l’idée de Julien de convoiter sa belle-sœur. Agathe était belle mais une barrière psychologique lui interdisait de la désirer. Et il ne la désirait pas.

Même après leur mariage, et l’occupation du même lit, il éprouva des difficultés à reconnaitre qu’Agathe n’était plus sa belle-sœur, qu’elle était devenue sa femme et que ses rapports avec elle durant la nuit devaient être repensés.

Agathe ne s’y serait pas opposée. Au contraire il arrivait à Agathe de penser que c’eût été plus confortable, plus conforme aux relations entre époux et vraisemblablement plus agréable. Et puis, pourquoi ne pas le dire, si Julien, physiquement, ressemblait à son frère, c’est avec une curiosité un peu perverse qu’Agathe se demandait comment Julien se comportait au lit.

Un jour, à la fin de la matinée, après avoir renvoyé ses trois employés pour la pause de midi, alors qu’elle s’apprêtait à fermer le magasin, le représentant d’un fournisseur, sa voiture à peine immobilisée devant sa porte, lui fît de grands signes de la main.

- Madame Agathe, je suis en retard.

Monsieur Guy était un représentant de ce qu’on appelle aujourd’hui l’ancienne école. Lorsque les firmes exigeaient de leurs représentants qu’ils soient avenants avec les clients. Si le client était une femme il n’était pas interdit, bien au contraire, de lui faire la cour. Monsieur Guy le faisait autant pour la firme qu’il représentait que pour lui.

Agathe ouvrit la porte.

- J’allais fermer.

Elle le fit entrer. Ils se dirigèrent tous les deux vers la pièce arrière. Agathe s’assit devant le bureau tandis que monsieur Guy, derrière elle, feuilletait le lourd catalogue qu’il avait déposé devant elle pour lui présenter, penché au dessus de son épaule, les dernières nouveautés.

-Ce n’est rien, dit Agathe à monsieur Guy qui s’excusait de l’avoir touchée en tournant les pages. Ce n’est rien, répéta Agathe, mais elle avait été troublée parce que la main de monsieur Guy avait par mégarde touché un de ses seins.

Les psychiatres vous le diront, le trouble que ressent un homme ou une femme se transmet à celui ou à celle qui en est la cause. La plupart des adultères naissent de cette sensation partagée bien plus que de la curiosité, la séduction, l’ennui ou d’autres raisons plus ou moins romantiques.

Elle devait l’avouer, l’incident avait été court mais pas désagréable. Lorsqu’elle rentra chez elle après la fermeture du magasin, elle regarda Julien avec affection.

Cette nuit-là, en se retournant sur elle-même, Agathe toucha le ventre, et peut-être le sexe de Julien. Elle dit :

- Excuse-moi,

Il répondit : ce n’est rien, ce n’est rien.

Mais les mains en avant, il saisit le derrière de sa femme. Elle dit que c’était par inadvertance mais Julien ne l’écoutait plus.

Ils eurent un enfant un an plus tard.

 

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Ce jour, une annonce joyeuse:

S'unissant, se retrouvent forts,

En une certitude heureuse,

Deux êtres éprouvés par le sort.

Lors, je médite sur la chance,

Je crois qu'elle vient du hasard.

Elle est un don à la naissance

Ou se présente tôt ou tard.

Nombreux se méritent la chance,

L'attirent en faisant des efforts,

Et ce, parfois dès leur enfance.

Rigoureux, ils travaillent fort.

Ceux qui ont reçu une grâce,

En prennent soin le plus souvent.

Pourtant la chance se déplace,

S'éloigne inévitablement.

Au cours des saisons, rien ne dure.

S'imposent des déchirements.

Sur des voies qui paraissaient sûres.

Surviennent des éboulements.

Quand je vois revenir la chance

Auprès de gens dépossédés,

Peut-être en manque d'espérance,

Je rends hommage au jeu de dés.

13 décembre 2013

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"Battue" en décembre

Vous rêvez de voir votre belle-mère dans un cercueil ?

Vous avez une copine « hyper-réactive » qui reçoit des coups de fer à repasser de la part de son compagnon et qui lui répond à chaque fois « Merci ,chéri » ?,

Vous voulez savoir comment je suis passée de brave pomme à charognard enragée ?


Et vous comptez faire plaisir ou déplaisir pour les fêtes de Noël !


Alors, n’hésitez plus : mon livre « Battue » est toujours à votre disposition.
Pour les détails quant à la livraison, que vous soyez belge, français ou papou, n’hésitez pas à me contacter en MP .


Merci à tous !

Virginie Vanos

Battue

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.. Anniversaire,

 

 

J'ai cinquante et un printemps,

qu'un seul hiver,

celui où j'ai perdu ma mère,

dans cet été outragement bleu !

J'ai cinquante et un printemps,

qu'un seul automne,

celui où j'ai maudis mon père,

dans cette enfance déconstruite !

J'ai cinquante et un printemps,

qu'un seul été,

celui où je t'ai rencontré,

adolescente,

tout juste née !

J'ai cinquante et un printemps,

puis une cinquième saison,

l'entière, toute verte,

mon alphabet magique,

 unique ; la poésie.

Vous enfin.

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