Promesse
Loin dans mes rêves du printemps
J’ai érigé une silhouette fine
Telle une statue divine
D’un sculpteur d’antan
Son âme de douceur me fascine
Son teint à la couleur dauphine
Bise aux senteurs heureuses
De quelle ère tu descends ? Je l’ignore.
Bouche teintée et mielleuse
Sourire ardent et sonore
Luxe et charme de Babylone
Regard affreux d’un cyclone
Pour elle seule je me repentis
De ma sentimentale errance
Pour elle seule je promets
Que jamais las, je ne serais
De notre idylle de fragrance
J’arroserai Le fleuve et la mer
Les lacs, La plaine et le désert
Verdoyant, il sera comme l’Eden.
De l’amour éternel, on sème les graines
Jusqu’ à la vie souterraine.
8/12/13 Safi
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Mon présent qui n'est pas morose,
M'exalte certes, maintes fois.
Voudrais partager mes émois,
Alors la nostalgie s'impose.
Dans le jardin de ma mémoire,
Non éloigné, illimité,
J'avance en tâchant d'éviter
De buter sur des souches noires.
Immergée dans un doux silence,
Je trouve, surprise et ravie,
Des instants précis de ma vie,
Des grâces de la providence.
La solitude me permet,
Quand inactive je paresse,
Persuadée que rien ne presse,
De savourer différents mets.
Ma sagesse étant aux commandes,
Je sélectionne des loisirs.
Je me crée aussi des plaisirs
Qui me font demeurer gourmande.
9/12/2
En peinture, la figure centrale de la Renaissance allemande est Albrecht Dürer. Son élève le plus important fut Hans Baldung Grien dont l'art appartient à la fois à la Renaissance et au maniérisme. Son oeuvre, qui groupe un catalogue abondant de tableaux, de gravures et de dessins, est l'expression d'une personnalité tout à fait particulière. Baldung Grien, sensible aux orientations intellectuelles de l'humanisme et de la Réforme, révèle dans des oeuvres religieuses, profanes, mythologiques et allégoriques, remarquables par la finesse du dessin et le raffinement du coloris, un tempérament violent en même temps qu'une spiritualité très sereine.
Baldung et Dürer
Hans Baldung est né à Schwäbisch Gmünd en Souabe. Il appartient à une famille d'érudits. Après un apprentissage dans sa ville natale chez un peintre qui venait probablement de l'école de Martin Schongauer (on admet qu'il reçut le surnom de Grien, vert, à cette époque), il se rendit vers 1503 à Nuremberg où il entra dans l'atelier d'Albrecht Dürer. Les années passées chez ce peintre furent décisives pour le développement du jeune artiste que Dürer semble avoir occupé surtout comme dessinateur de vitraux. Les dessins des années 1503-1504 révèlent ses dons et annoncent ses talents de graveur. En 1505, il réalisa, aux côtés de Dürer, la partie la plus considérable des gravures sur bois du livre d'Ulrich Pinder, le Beschlossen Gart , et, après le départ du maître pour l'Italie en 1505, les illustrations du Speculum Passionis du même auteur.
Il est possible que le jeune peintre ait dirigé pendant quelque temps l'atelier de Dürer, ce qui prouverait qu'il était estimé du maître. Au printemps de l'année 1507 au plus tard, Baldung quitte Nuremberg, et on le trouve dans le nord de l'Allemagne à Halle (Saxe) où il entreprend deux grands triptyques.
Bien que la composition de L'Adoration des mages (Berlin) et de Saint Sébastien (musée de Nuremberg) comporte encore des maladresses, la sûreté du coloris semble étonnante. En plaçant son autoportrait derrière la figure principale au centre du retable de saint Sébastien, Baldung Grien montre la conscience qu'il a de sa valeur.
Les séjours à Strasbourg et à Fribourg-en-Brisgau
En 1509, Baldung s'établit à Strasbourg. En peu de temps, il s'est fait un nom comme peintre ; estimé comme citoyen, il devint même plus tard membre du conseil de la ville.
Son tempérament fougueux, sa fantaisie et son imagination sont inépuisables. Presque chaque année, il exécute des gravures sur bois et des illustrations de livres. À côté des sujets religieux, son attention se concentre de plus en plus sur des thèmes profanes. Les allégories, pleines de spiritualité ainsi que de diabolisme, révèlent le cercle d'humanistes avec lequel il était lié. Les Trois Âges de la femme et la Mort (Kunsthistorisches Museum, Vienne), vers 1510, en est un exemple. La beauté du corps humain y est confrontée avec l'image effroyable de la Mort, représentée comme un cadavre qui rappelle l'allégorie de la Vanitas , inspirée des danses macabres du Moyen Âge.
Mais il reste également le peintre des thèmes religieux. À peu près à la même époque, il peint deux Crucifixion (Berlin et Bâle), une Messe de saint Grégoire (Museum of Arts, Cleveland, Ohio), une Nativité (Bâle) et plusieurs versions du Repos pendant la fuite en Égypte (Vienne et Nuremberg). Là encore, on remarque l'influence de Dürer, bien que chez Baldung la composition, maintenant claire, s'unit avec l'expression d'une spiritualité toute personnelle.
De 1512 à 1516, Baldung travaille à Fribourg-en-Brisgau. C'est là qu'il exécute son chef-d'oeuvre, le retable du maître-autel de la cathédrale : au centre, le Couronnement de la Vierge , et sur les volets, Les Apôtres ; à l'extérieur se trouvent des scènes de la vie de la Vierge, L'Annonciation, La Visitation, La Nativité et la Fuite en Égypte ; au revers, la Crucifixion , quatre Saints et Les Donateurs .
C'est un des rares exemples de retable monumental conservé intact à l'emplacement original. La composition, et surtout la hardiesse des effets de lumière s'inspirent de Grünewald qui travaille à cette époque à Issenheim. Les mêmes tendances expressives se retrouvent dans La Déploration du Christ (Berlin), exécutée vers 1516. Toujours pour la cathédrale de Fribourg, il peignit, vers 1514-1515, les deux volets du retable Schnewlin : Le Baptême du Christ et Saint Jean à Patmos (Fribourg).
Baldung et le maniérisme
En 1517, de retour à Strasbourg qu'il ne quitte plus jusqu'à sa mort, les recherches artistiques de Baldung prennent une nouvelle orientation. Déjà, Le Déluge (Bamberg) de 1516 montre la dualité de son tempérament qui s'exprime dans une composition très animée, avec des couleurs dissonantes.
Baldung peint de plus en plus des thèmes allégoriques et mythologiques où son imagination exaltée et violente se donne libre cours. Les Sorcières (Francfort) de 1523 en sont un exemple impressionnant. Il avait déjà traité le même sujet dans des dessins et des gravures, oeuvres pleines de diabolisme et de sensualité, influencées par la superstition du siècle de la Réforme.
Il travaillait de plus en plus pour des particuliers. Les thèmes d'histoire ancienne ou de mythologie, Pyrame et Thisbé (Berlin, 1530), Hercule et Antée (Breslau, 1530), Mucius Scaevola (Dresde, 1531), se distinguent par la liberté de la composition, la véhémence et la finesse du coloris.
Une collection riche en dessins et gravures, pleine d'allusions cachées et d'énigmes allégoriques, révèle l'ampleur de son inspiration et son intérêt pour les problèmes intellectuels et les théories spirituelles. De telles oeuvres marquent le passage de la Renaissance au maniérisme.
Cet esprit maniériste s'accentue dans les tableaux des vingt dernières années passées à Strasbourg. Cette nouvelle conception d'un style " artificiel " se fait jour dans des compositions exaltées. Il donne aux figures des attitudes compliquées, et il abandonne le canon classique des proportions du corps humain appris chez Albrecht Dürer. L'intérêt de Baldung Grien se tourne de plus en plus vers les problèmes plastiques. Par ces tendances, quelques-unes de ses oeuvres sont proches de celles de Cranach l'Ancien. Or, de cette orientation ne découle pas un appauvrissement de l'art de Baldung, mais plutôt une nouvelle concentration intense de l'expression.
Le maniérisme est également visible dans ses tableaux religieux. Dans ses Vierge à l'Enfant (Nuremberg, Berlin, Strasbourg) on remarque l'influence de Jan Gossaert (1487 env.-1536 env.) ainsi qu'un attachement à la peinture gothique du XVe siècle. Ces tableaux de piété (Andachtsbilder ) comptent parmi les plus beaux de l'artiste.
Toute sa vie, Baldung a peint des portraits dont l'un des chefs-d'oeuvre est celui du comte Christophe de Bade (Munich), exécuté en 1515. Dans ce genre, Baldung se distingue de Dürer qui représente ses modèles en les détaillant rigoureusement. Son attention se concentre davantage sur le caractère du personnage. Dans les portraits de ses dernières années, dont le type de buste reste toujours à peu près le même, il s'intéresse moins à l'illusion naturelle qu'à une conception plus abstraite traduisant l'état d'âme du modèle.
Pierre avait laissé sa voiture à cent mètres du cimetière pour remonter lentement l’allée principale, et il s’était dirigé vers un groupe d’hommes qui attendait au bord d’une tombe. La dernière fois qu’il avait assisté à des funérailles au Cimetière du Sud, c’était il y a quelques années.
- Le voilà !
La voiture mortuaire remontait l’allée suivie par un groupe d’hommes et de femmes qui avait attendu à l’entrée que la voiture pénètre dans le cimetière. D’autres groupes attendaient dans l’allée à mi chemin, hésitant à se mêler au gros des suiveurs au visage de circonstance ou à se diriger vers ceux qui au bord de la tombe apparaissaient comme des proches véritables. Ils avaient le visage contrarié de ceux qui s’inquiètent du temps perdu.
Un jour, une femme de plus de soixante ans lui avait dit que le premier des amoureux qu’elle avait eus, et qui venait de mourir, n’avait jamais aimé qu’elle de
toute sa vie. Elle, en revanche, ne l’avait pas aimé assez pour se lier pour toute la vie et il en avait épousé une autre. Il s’était passé trente-cinq ans depuis qu’il lui avait proposé de l’épouser.
C’était cette autre qu’il avait épousée qui le lui avait confié. L’autre avait dit :
- Il n’a jamais aimé que vous.
Pierre était tenté de sourire.
A la fin de la cérémonie des funérailles, quelques assistants étaient partis sans attendre. Ils étaient restés à trois. Des amis d’enfance. De ces amis qu’on appelle des amis de toujours. Tous les trois, ils avaient rêvé d’une carrière musicale. Dans l’arrière-salle d’un café qu’ils avaient baptisé le Blue Note, la guitare à la main, ils tentaient d’imiter Django Reinhardt qui était le musicien à la mode chez les jeunes intellectuels. En jouant, ils imaginaient déjà la file de leurs futures admiratrices.
Comme la plupart des jeunes gens ils avaient achevé leurs études sans bouleverser quoi que ce soit à leur destin. Un destin tracé par des parents qui disaient : il faut que jeunesse se passe. Les révolutions sont souvent plus verbales que véritables.
Il était revenu en ville pour René, son parrain, cinq ans après l’avoir quittée, mais c’est de Julie qu’il avait envie de parler. Peut être que c’est Julie qu’il souhaitait revoir. Et cette ville parce qu’elle était la sienne.
- A ce qu’on sait, elle n’a personne. Il y a quelqu’un qui dirige la boutique. Elle y va le matin.
- C’est tout ? Ce n’est pas une nonne, tout de même.
- Je ne tiens pas la chandelle, Pierre. En tout cas, elle n’a personne d’officiel. Si elle avait quelqu’un, ça se saurait. Et toi, tu as quelqu’un ?
Après tant d’années, il avait le sentiment de n’avoir personne.
- Je travaille beaucoup
Pierre avait quitté la ville cinq ans auparavant mais pour tous ceux qui étaient venus aux funérailles rien ne s’était passé de particulier. Il y a toujours quelqu’un qui vient ou qui s’en va.
C’était une ville de près de soixante mille habitants, calme et prospère. Entourée de boulevards qui rappelaient les murs d’enceinte du moyen-âge. Peut être qu’elle regrettait le temps où l’étranger était contrôlé avant de pouvoir franchir le pont qui menait au centre de la ville. Aujourd’hui encore, les étrangers n’étaient reçus chez les citoyens de la ville qu’après un long purgatoire.
C’était une ville aux multiples visages comme le sont la plupart des villes de province. Comme dans la plupart des villes de province une hiérarchie y existait depuis toujours selon des critères acceptés par tous et sans que d’autres que leurs élites en connaissent les règles. Et alors même que les édiles de la ville aux pouvoirs formels faisaient l’objet d’élections régulières.
Pierre avait réservé une chambre à l’Hôtel de la Cathédrale puis il s’était promené au hasard. Il avait envie de retrouver cette ville qu’il connaissait cependant depuis toujours. Une ville qui ressemblait à une olive et que l’Escaut partageait en son milieu. Une ville qui ressemblait à de nombreuses villes et dont des sites très anciens constituaient l’attrait des touristes.
C’est la nuit souvent que les villes révèlent leur véritable visage lorsqu’on en fait le tour à pieds sans raison précise. Les arbres des parcs, on dirait qu’ils ne respirent que la nuit, à peine si on les regarde durant le jour. Le fleuve, c’est la nuit qu’on l’entend, le jour ce sont les chalands et le coup de trompe de ceux qui se croisent mais on y fait peu attention. Les villes ne sont pas des êtres humains mais comme eux ils ont un double visage, celui du jour et celui de la nuit.
Souvent, il en est de même avec des femmes qu’on croyait sans surprise. On associe souvent l’image d’une ville à celui d’une femme. Toutes les deux ont leur mystère et leur jardin secret.
Celui de Pierre se trouvait sur une des rives de l’Escaut. Celle où les jeunes garçons emmènent les jeunes filles pour y échanger maladroitement de premiers baisers mouillés. Ou le cinéma de la rue Saint-Brice, un ancien théâtre dont le projecteur tremblotait lorsque le projectionniste avait bu une bière de trop. Les sièges du fond étaient occupés en priorité par des garçons accompagnés. L’ouvreuse ne les balayait jamais de sa torche lumineuse.
D’autres souvenirs encore dont il ne savait plus s’ils étaient réels ou imaginaires le traversaient. Dieu seul sait quel passé, il voulait reconstituer. Un passé que les jeunes gens sont les seuls à connaitre mais dont plus tard ils ne se souviennent plus.
Assister à des funérailles, c’est se souvenir, et mourir pour la première fois.
Arborescence rouge et cuivre,
tapis vert, ambré,
dans le sous-bois ensommeillé,
au cœur de l'automne,
tiède, épuré.
Le ciel se marbre un peu,
ça et là des ilots bleus ;
léger.
La terre humide, fumante,
d'un joli brun exhale son parfum de santal,
de fleurs qui ne sont plus ;
un souvenir touchant, diffus.
Presque un baiser vivant.
Douce morsure avant l'hiver !
Un soleil atténué, rond,
dans le ciel défleurit, se voile un peu,
à l'approche de midi.
Au loin, sonne la cloche de l'église,
blanche petite ;
l'enfance je la touche à nouveau !
L'odeur du pain perdu, du lait mousseux,
dans une jatte, battu,
monte jusqu'à moi,
à l'instar d'un tout premier parfum,
m'émeut et me bouleverse.
La petite madeleine.
La pluie, tombe soudain,
sur la ville silencieuse, recueillie,
avec délectation je la goute, la bois,
la tête dévêtue,
la bouche grande ouverte ;
nectar d’aujourd’hui et d'hier.
Le bonheur me nourrit,
comme le sein d'une mère,
blanc, nu et infini.
Je chemine jusqu'au seuil du soir,
l'arborescence au loin,
peu-à-peu s’atténue, s'imprécise,
s'enténèbre,
ici et là, des feuilles volètent,
s'argentent, s'inaniment avec grâce.
Voici le crépuscule.
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Les baisers de la pluie, délicates caresses;
Haut perché sur un fil, un oiseau les reçoit.
Ses plumes imbibées semblent faites de soie.
Il s’expose, ravi, à l’humide tendresse.
Haut perché sur un fil, un oiseau les reçoit,
Se secoue vivement et me semble en liesse.
Il s’expose, ravi, à l’humide tendresse,
Je l’observe, amusée, partageant son émoi.
Se secoue vivement et me semble en liesse.
Peut-être dérangé lorsqu’il m’aperçoit.
Je l’observe, amusée, partageant son émoi,
Sans trop réaliser mon indélicatesse.
Peut-être dérangé lorsqu’il m’aperçoit,
Il s’envole soudain à très grande vitesse.
Sans trop réaliser mon indélicatesse,
Je le vois disparaître au-dessus de mon toit.
20 août 2006
A 95 ans (1918-2013) le premier Président noir d’Afrique du Sud de1994 à 1998 (2), Prix Nobel de la paix en 1993, l’icône de la lutte acharnée contre le régime d’Apartheid(3), a quitté définitivement son domicile de Johannesburg, pour rentrer chez lui. Les Sud-Africains pleurent la mort de leur père qui a lutté dur, pour changer leur vie en abolissant l’esclavage et l'apartheid.
Les drapeaux sont en berne dans de nombreux pays. Sa disparition a provoqué, un flot de messages de condoléance et de compassion de la part des grands noms de ce monde et des témoignages de respect de partout ont salué la mémoire du disparu.
Un autre premier président noir a déclaré, depuis la Maison Blanche : "Grâce à sa farouche dignité et à sa volonté inébranlable de sacrifier sa propre liberté pour la liberté des autres, il a transformé l'Afrique du Sud et nous a tous émus". Barack Obama a ordonné, à son tour, la mise en berne des drapeaux américains et ce jusqu'au lundi soir.
S.M. le Roi Mohamed VI dans un message de condoléances adressé au Président de l’Afrique du Sud, a indiquer que «Feu le Président Mandela a su, avec sagesse et perspicacité, porter haut les valeurs universelles de liberté, de justice, de paix et de tolérance. Il a su, avec force et détermination, faire valoir ses idéaux et sa position intangible en faveur de la préservation de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale de l'ensemble des États frères africains ».
Pour Mandela, « l’honnêteté, la sincérité, la simplicité, l’humilité, la générosité, l’absence de vanité, la capacité à servir les autres – qualités à la portée de toutes les âmes – sont les véritables fondations de notre vie spirituelle.
Mais cette réussite-là, expliquait-il, n’est pas accessible sans un travail d’introspection véritable et une connaissance de ses forces et de ses faiblesses. »
L’histoire gardera le nom de Nelson Mandela, parmi les baobabs de ce monde, les grands sages de ces derniers siècles, tels : Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Dalaï Lama, et d’autres encore avec lesquels il partageait le même rêve : « Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
Je retiens l’une de ses réflexions que je ressors aujourd’hui :
« L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »
Qu’il repose en paix
_________________________________
(1) En Zoulou quand quelqu'un meurt et qui est très âgé, les gens disent qu'il est rentré chez lui.
(2) Mandela n’a pas brigué un autre mandat présidentiel et a cédé la place à Tambo Mbéki.
(3) Mandela a passé 27 ans et demi de sa vie dans les geôles du régime de l’apartheid.
Une île... un écueil ou une idylle.
Orgue océanes frangés d'écume, Chantal Roussel (2013)
Devant la puissance et la poésie de cette peinture, véritable tableau symphonique, j'ai d'abord pensé à la "Grotte de Fingal" de Mendelssohn, à ces orgues basaltiques de l'île de Staffa constamment battus par la mer. Vision romantique traitée en nocturne, un noir basalte d'une force tellurique, éclat de lune, mystère sélénitique, et la mer, mouvante et éternelle.
"Grotte de Fingal" par Claude Hugard de La Tour (1816-1885)
dans le grand escalier de l'école des Mines de Paris.
Et est apparue comme une évidence cette autre île...
Île
Il est une île
Où on ne devrait jamais être
Entourée par la mer tentaculaire
Entre les vagues lasses et languissantes
Là où tout est libre
Je veux être là
Pour le reste de ma vie
Là, sur l'île
Le soleil brille éternellement
La lune renvoie la nuit noire
Je sais qu'elle attend
Je sais qu'il y a là un endroit pour moi
Je veux être là
Pour le reste de ma vie
Doux bruit du vent du large
Descendu de travers les arbres
Mais loin des larmes portées par la brise
Je vais suivre les gouttes de pluie
Car le soleil et les sourires m'attendent
Je veux être là
Pour le reste de ma vie
Traduction-adaptation Michel Lansardière, de :
"Island" (Relf/McCarty) par le groupe Renaissance, 1970 (Jim Relf, chant, guitare, harmonica ; Jim McCarty, percussions, chant ; John Hawken, piano, clavecin ; Louis Cennamo, basse ; Jane Relf, chant, percussions) :
There is an island
Where it should never be
Surrounded by suburban sea
And through the tired and hopeless waves
To where it's free
I want to be there
For the rest of my time
There is an island
The sun is always bright
The moon sends the darkness away in the night
I now that it's waiting
I know there's a place ready for me
I want to be there
For the rest of my time
Warm sounds of windsongs
Come down through the trees
But far away tears are borne on the breeze
I'll follow the raindrops
Cause sunshine and smiles are waiting for me
I want to be there
For the rest of my time
Lettres
Bonjour, Je ne vous demande pas d'y croire mais de lire tout simplement les écrits qui vont suivre avec bienveillance et discernement. Eventuellement, exprimer votre opinion si tel est votre désir. Merci.
Toute enfant déjà, il m'est arrivé d'avoir ainsi d'étranges manifestations . En bref, j'en citerai deux parmi d'autres qui m'ont spécialement marquée.
J'étais en septième primaire après avoir sauté d'une classe. L'inspecteur était venu nous rendre visite.
Lorsqu'il est entré, je me trouvais face au tableau noir. Je venais d'y être envoyée pour résoudre un problème de fraction assez complexe.
Les mathématiques me passionnaient. J'adorais tout simplement.
Comme toujours lors de ces visites impromptues, l'institutrice s'est mise à rougir et je sentais bien qu'elle n'était pas vraiment à l'aise. Plutôt "dans ses petits souliers" . C'était une enseignante très exigeante, honnête, juste, le tout allié à une très forte autorité. Dans sa classe, personne n'osait lui tenir tête.
Il n'empêche, je sentais sa peur. A l'époque, c'était ainsi : tout fonctionnait dans la crainte de l'autorité.
Je suis entrée dans ce problème avec une facilité désarmante, tout en suivant les réactions de mon institutrice. Il me semblait qu'un lien invisible nous unissait : j'avais l'impression bizarre qu'elle me dictait la marche à suivre, tout en me laissant libre de mes recherches et interprétations de celles-ci. Nous nous parlions de regard à regard. Très détendues toutes les deux après les premières tensions.
Mon cerveau était léger et transparent : une bulle dans l'espace.
L'affaire a été menée avec dextérité et sans aucune faille ni hésitation jusqu'à la solution finale : un magnifique sans faute.
L'inspecteur, très satisfait, s'est tourné vers l'institutrice :"Bravo, Mademoiselle, c'est parfait. C'est la meilleure classe jamais visitée de toute ma carrière".
Et Mademoiselle de rougir, rougir rougir .... Il est vrai qu'elle rougissait facilement et, parfois de colère aussi.
Dans ces instants houleux, la classe apeurée, se tenait coite et nous n'avions nullement envie de nous montrer de vilaines petites pestes. Et puis, nous l'aimions. Pourquoi ? parce qu'elle était tout bonnement "juste". Un belle réputation, pas vrai ?
Le second épisode, parmi quelques autres, se situe lors de la dernière visite de mon père lorsqu'il rentrait du Fort de Breendonk à l'époque de son rappel sous les drapeaux en 1940.
Je vivais chez mes Grands-Parents paternels car ma mère travaillait pour nouer les deux bouts .... de ficelle des paies d'ouvrières à cette époque. La cohabitation ne comportait que des avantages et ma grand-mère était adorable et, surtout aimante.
C'était pendant les vacances de Pâques 1940, peu avant la déclaration de guerre. Comme d'habitude, je jouais passionnément avec les petites copines de notre rue.
Lors des précédentes visites de mon père, je l'embrassais gentiment et puis ....vite vite je continuais de jouer, un peu indifférente envers lui qui devait certainement en souffrir. Nous avions l'habitude des séparations puisque j'habitais chez mes grands-parents et rejoignais mes parents une fois par semaine, le samedi, lorsqu'ils n'étaient pas encore séparés par les bruits de bottes.
Et cette unique fois, je ne sais pourquoi j'ai abandonné mes jeux sous le regard ahuris des copines, pour le suivre.
La gare se trouvait assez loin et il fallait traverser le lieu dénommé "Le Pont Blanc" qui enjambait le chemin de fer.
Je l'ai suivi jusqu'à l'entrée du pont, main dans la main et je sentais la puissance d 'Amour qui nous unissait : comme une onde de bien-être, elle nous traversait.
En le quittant, je l'ai suivi du regard jusqu'à ce qu'il s'estompe sur la route au loin. Avec, dans le coeur, l'absolue certitude que je ne verrai plus.
Vous penserez sans doute :"Normal ... puisqu'il y avait des bruits de guerre".
Pas si normal que çà pourtant. A l'entrée du pont, il y avait un talus et, de ce petit promontoire, l'on voyait la France dans le lointain horizon. Je me suis tournée vers elle, avec une impression fugitive : celle d'un salut qui nous viendrait de là.
Nous avons été séparés durant cinq longues années. Mon Père s'est retrouvé pratiquement le seul Belge au milieu d'un camp de prisonniers français qui l'ont beaucoup aidé, moralement et matériellement. Lors de son retour, et par une étrange coïncidence, nous nous sommes retrouvés sur ce même pont.
Je ne l'avais pas reconnu dans cet homme chauve,vieux et fatigué, engoncé dans un uniforme sale, déguenillé.
C'est le papa de l'une de mes amies avec qui nous comptions nous rendre au cinéma qui a crié : "Mais c'est ...( les nom et prénom de mon Père)".
C'était lui en effet. Hélas pour moi, il était devenu un étranger malgré quelques photos envoyées et l'échange de lettres que je possède toujours.
Après .... la situation a été un rien embrouillée : grands-parents, famille en effervescence, retour au village où l'accueil a été des plus chaleureux avec banderoles de bienvenue et décoration de la maison.
A demain, la suite .... mais vous pouvez, déjà, vous exprimer. Merci par avance.
Rolande Quivron dont les textes sont déposés et enregistrés.
Béatrice
J’avais dix-neuf ans à cette époque. J’étais étudiant en sciences économiques. Durant l’année scolaire j’occupais ce qu’on appelle un kot à proximité de l’université. Une chambre pourvue d’une douche et d’une kitchenette. Le week-end, je rentrais chez mes parents.
J’avais une amie, étudiante elle aussi, Henriette Leroux avec laquelle le samedi soir j’allais au cinéma ou dans une boite aux environs de la ville. On y dansait parfois jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Mes parents n’y voyaient pas d’inconvénients, Henriette leur était sympathique. Je suppose que du coté des parents d’Henriette, leur sentiment était le même à mon égard.
J’ai revu des photos de nous deux à cet âge. J’étais maigre mais bien proportionné, le visage creusé, des yeux noirs au regard profond. Henriette était mince mais la poitrine saillait en dessous d’un pull étroit. Elle avait un visage frais, plaisant, un peu candide comme on l’a souvent à cet âge.
Béatrice disait qu’à l’âge de sa fille, elle lui ressemblait. Elle me laissait entendre, sans doute, qu’Henriette ressemblerait un jour à sa mère. Quel est le jeune homme ardent qui ne l’aurait pas espéré ? Béatrice était séduisante. Aujourd’hui, on dirait qu’elle était sexy.
Les parents d’Henriette avaient une maison à la côte, elle était située dans les dunes. Debout devant la maison on voyait la ligne d’horizon à plusieurs kilomètres de distance.
Elle était entourée d’un jardin et d’un terrain herbeux qui avait près d’un hectare. Devant il y avait les dunes, derrière l’orée d’un bois. Isolée, on y était au bout du monde.
C’était en juillet. Béatrice m’avait invité à passer quinze jours avec sa fille et elle.
- Vous aimez la côte, Pierre ? Bien sûr, ce n’est pas directement la plage mais on n’en est pas loin.
Le père d’Henriette n’y venait que le week-end. Durant la semaine, il restait à Bruxelles pour travailler. Il était un des agents commerciaux d’une firme qui distribuait des produits destinés à la construction de bâtiments. Les administrations publiques constituaient le plus gros de sa clientèle. Il n’y avait pas un soir où il ne traitait pas un fonctionnaire important dans un des restaurants les plus réputés de la ville. Il rentrait chez lui mort de fatigue et s’endormait sur le champ. Plus tard, disait-il en riant, lorsqu’ils seraient riches, Béatrice et lui feraient la grasse matinée tous les jours. Et si ce n’était pas la grasse matinée, ils resteraient au lit tout de même. Même à la côte, il se couchait tôt. Il disait pour s’excuser :
- J’ai de la peine à récupérer.
- Tu es en vacances.
- C’est vrai.
Mais il ne changeait pas sa façon d’agir.
C’était un été particulièrement chaud. Il fallait, disait-on, remonter à de nombreuses années en arrière pour retrouver un été aussi torride.
Nous mangions dans le jardin vêtus aussi légèrement que possible. La plupart du temps je ne portais que mon slip tandis que les deux femmes restaient en maillot toute la journée. Chacun de nous disparaissait tour à tour et revenait les cheveux mouillés. Il venait de prendre une douche.
- Si nous étions nos ancêtres des premiers âges, nous pourrions nous promener tout nu.
Bien sûr, ce n’était qu’une plaisanterie. Mais le bas de mon ventre s’était enflammé, les yeux tournés vers Béatrice que je regardais soudain comme si elle était nue. Elle détourna la tête.
Au bout de quelques jours, tous les trois nous avions la couleur du bronze et l’habitude de nous voir pratiquement nus. Je pouvais regarder Béatrice sans réagir comme je le faisais les premiers jours. C’est la nuit, étendu sur mon lit, que je pensais à elle. Est-ce qu’elle dormait nue, elle aussi ?
Un jour qu’elle nous avait laissé pour aller prendre sa douche je me suis rendu dans ma chambre pour y prendre je ne sais plus quoi. En revenant je suis passé devant la salle bain. La porte était ouverte. Machinalement j’ai tourné la tête. Béatrice était en train de prendre sa douche. Elle n’avait pas tiré le rideau. J’étais cloué au sol. Ruisselante, les cheveux brillants, les seins bronzés mais plus clairs autour des aréoles, elle était la femme comme l’imaginent, je suppose, les peintres et les jeunes gens.
La chaleur m’était montée au visage. Je ne pouvais détacher le regard du triangle noir de sa toison. Elle me regardait, elle aussi, les yeux effarés. Elle ne faisait aucun geste pour se dissimuler ne serait-ce que pour tirer le rideau. Je me suis repris et je suis retourné au jardin. Henriette était étendue sur son drap de bain. Je me suis étendu sur le mien. Lorsque Béatrice est revenue, j’ai fait semblant de sommeiller.
J’ignore ce que j’aurais fait pour la couvrir, c’est le mot qui m’était venu à l’esprit, mais j’avais envie d’elle comme je n’avais jamais eu envie de qui que ce soit d’autre. Je haïssais son mari. J’aimais Béatrice passionnément.
J’ai quitté la côte deux jours plus tard. La veille, Henriette avait pris la voiture pour se rendre à Ostende. Elle avait, disait-elle, des achats importants à faire. J’étais resté dans ma chambre pour réfléchir. J’en étais convaincu, je ne pouvais plus rester. Durant le déjeuner que nous avions pris à trois comme d’habitude, Béatrice nous avait parlé de ce qu’elle avait envie de faire durant ces chaleurs mais elle évitait de me regarder. Cependant à chaque fois que ses yeux me croisaient, j’avais le sentiment qu’elle jouait la comédie. Ni ses gestes ni sa voix ne ressemblaient à ce qu’ils étaient auparavant. On eu dit la façon de se tenir ou de jouer d’un comédien débutant ou médiocre.
Lorsqu’Henriette est partie, je suis monté dans ma chambre. Béatrice s’était étendue sur son drap de bain pour exposer son dos au soleil. Elle avait dénoué les liens de son soutien afin de ne pas avoir le dos marqué.
Je suis descendu. J’étais debout auprès d’elle.
- Je vais rentrer demain, Béatrice. Je crois que c’est mieux.
- Demain. Mais pourquoi ?
Elle s’était tournée vers moi. Elle n’avait pas songé à se couvrir les seins.
Je me suis laissé tomber sur les genoux.
- J’ai trop envie de vous Béatrice.
- Ce n’est pas raisonnable, Pierre.
Je me suis allongé sur elle, j’ai introduit ma langue entre ses lèvres. C’est elle qui m’a serré sur sa poitrine.
Lorsqu’Henriette est rentrée, j’avais mis un t-shirt au dessus d’un short en coton, et j’aidais Béatrice à mettre la table. Elle avait change de maillot et enfilé une chemisette dont elle avait glissé les pans dans son slip. Elle avait le regard brûlant mais les traits apaisés.
- Il a fait chaud, aujourd’hui.
- Vous aurez du beau temps jusqu’à la fin du mois vraisemblablement. Dommage pour moi, il faut que je rentre demain.
Henriette était surprise.
- Pourquoi, tu n’es pas bien avec nous ?
- Je lui ai dit qu’il pouvait rester.
J’ai dit que mes parents avaient appelé. Henriette ne voyait pas le rapport, dit-elle.
Le lendemain, elle m’a conduit à la gare. Elle m’a demandé si j’avais eu des mots avec sa mère, nous nous sommes embrassés, elle se serrait fort contre moi.
- C’est à cause de ma mère que tu pars.
J’ai secoué la tête sans rien dire.
- Ne pars pas. Retournons à la villa tous les deux.
Elle avait mis ses lèvres sur ma bouche. Nous sommes remontés en voiture et nous avons repris le chemin des dunes. Béatrice a semblé heureuse de me revoir. Elle a abandonné son livre et est venue m’embrasser sur les joues.
- Vous avez bien fait. Je me suis demandé ce qui ne vous avait pas plu.
Je ne pensais pas qu’elle faisait allusion à ce qui s’était passé entre nous mais j’avais envie de la prendre entre les bras. Je suis monté dans ma chambre pour me mettre en maillot.
Le soir nous avons bu davantage que nous le faisions généralement les autres soirs. Henriette était particulièrement agitée. Elle s’asseyait sur mes genoux, puis elle embrassait sa mère sur le nez.
- Elle est folle. Ma fille est folle.
Il faisait noir lorsque nous sommes montés nous coucher. La chambre de Béatrice, la chambre conjugale, se trouvait en face des escaliers. Celle d’Henriette, à droite, se trouvait au fond du couloir. La mienne, à gauche, directement après la salle de bain. J’entendais couler la douche à chaque fois que quelqu'un s’en servait. Je n’étais pas encore endormi. La douche a coulé, j’ai entendu des pas qui se dirigeaient vers ma chambre. Je devinais que c’était Henriette. Elle s’est glissée dans mon lit, elle a posé la main sur mon sexe, et elle a chuchoté :
- Pourquoi, es-tu parti ?
C’était Béatrice.
"Mörike n'a jamais pu envisager de vivre longtemps loin de cette Souabe à laquelle il appartient par toutes les fibres de son être.[...] L'expérience des voyages ne lui est certes pas étrangère, mais ceux que ses poèmes nous racontent sont surtout des excursions à pied - de ces moments où la pensée vagabonde au rythme de la marche et qui ressemblent à de brûlants retours vers un Eden toujours déjà perdu.[...] Le plus important était pour moi de faire voir à quel point ce grand poète du secret était aussi un poète de la fantaisie, au sens étymologique du terme que l'allemand Phantasie, à la graphie plus proche du grec, conserve mieux que notre mot français : un poète de l'imagination.C'est cette faculté créatrice qui gouverne toute son oeuvre.[...] Tel est Mörike, poète du secret : le prince caché d'un royaume où n'entrent que ceux qui ont gardé l'esprit d'enfance." Jean-Yves Masson (présentation et traduction de Chant de Weyla et autres poèmes")
Le nouveau Musée de Bruxelles : le « Musée Le Fin-de-Siècle Museum »
Après l'inauguration en 2009 du « Musée Magritte», dont les recettes témoignent de l’excellente santé touristique, voici enfin inauguré depuis le 6 décembre 213, le « Musée Le Fin-de-Siècle Museum ».
Il fait partie des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB). Il a pris ses quartiers dans les salles de l'ancien Musée d'Art moderne qui n'avaient plus été rénové depuis 1989 et fut fermé depuis février 2011. De nombreuses plaintes se sont succédées, estimant que Bruxelles, capitale de l’Europe, se devait de posséder un musée d’Art moderne digne de ce nom.
CONSTANT MONTALD, Nymphes dansant, v. 1898, huile et détrempe sur toile.
Enfin ! Plus de 400 œuvres allant de 1865 (date de la fondation du cercle artistique la Société libre des Beaux-Arts) à 1914 sont désormais exposées sur quatre niveaux et un espace de 4.500 mètres carrés. Nous ne possédons pas comme en France la verrière lumineuse d’une gare d’Orsay pour accueillir les merveilles de nos années 1900 mais vous viendrez néanmoins admirer des artistes comme Maurice Maeterlinck, Emile Verhaeren, James Ensor, Fernand Khnopff et son célèbre tableau énigmatique « Les caresses », Léon Spilliaert, Victor Horta, Octave Maus, Henri Van de Velde, Maurice Kufferath, Guillaume Lekeu... Vous découvrirez les instants fugitifs et grandioses des marines de Louis Artan. De belles confluences se retrouvent avec des œuvres d’artistes étrangers tels que Paul Gauguin, Auguste Rodin, Georges Seurat ou Pierre Bonnard.
Pierre Bonnard : « Nu à contre-jour », ca. 1908
Cette nouvelle institution culturelle belge met en évidence une Belgique des plus rayonnantes sur le plan culturel à cette brillante époque et se veut très éclectique. Une des salles est aussi prévue pour des expositions temporaires. Cette salle accueille dès aujourd’hui la dernière (26e) exposition à ouvrir ses portes dans le cadre d’Europalia. Une exposition consacrée à des photographes d’époque qui ont rapporté vers l’Occident les premières photos du Taj Mahal et de la vie quotidienne en Inde en 1900.
Une section entière de cette entité muséale est consacrée à 230 œuvres Art-déco issues de la collection cédée par la famille Gillion Crowet qui seront exposées en permanence dans ce nouveau musée : vaisselle, mobilier, vases d’une incomparable beauté. Cet ancien ensemble privé regroupe plus de 100 verreries (Gallé, Decorchemont, Daum, Val Saint-Lambert), des pièces d’orfèvreries (Wolfers), de mobilier (Majorelle, Gallé et Horta) et de nombreux tableaux (Khnopff, Mellery, Carlos Schwabe, Mossa et Delville). Un don d'un million d'euros a permis de dessiner l'architecture de la salle et la collection est estimée à 20 millions d'euros. Une salle entière est consacrée à James Ensor. Une autre à Spilliaert.
Le caractère pluridisciplinaire est évident. C’est ce qui attire en particulier le visiteur étranger. La Monnaie a prêté des enregistrements et des maquettes sur l’opéra de l’époque. Le musée du Cinquantenaire prête une partie de sa collection de photographies anciennes. La Bibliothèque Royale expose de précieux documents littéraires. La Cinematek projette de petits films du début du 20e siècle. Des écrans tactiles permettent d’explorer des édifices Art-Nouveau caractéristiques de la Fin-de-Siècle dont la bourgeoisie florissante de l’époque s’enorgueillit et se passionne.
Eugène LAERMANS (1864 - 1940), Les émigrants, 1894, Huile sur toile, 150 x 211
De l’impressionnisme au réalisme social de Constantin Meunier et d’Eugène Laermans ou de Léon Frédéric, au post-impressionnisme, partout souffle l’esprit d’avant-garde de l’époque. Tandis que l’onirisme des nymphes gracieuses du peintre symboliste Constant Montald fait rêver et songer à ce que peut être un âge d’or. « Age éblouissant mêlant décadence et espoir, splendeur et mélancolie, l’art «fin-de-siècle» rassemble un grand nombre de chefs-d'œuvre de la création belge et européenne entre 1880 et 1914, dans les différentes disciplines artistiques (la peinture, l’architecture, la photographie, les arts décoratifs, la littérature, l’opéra et la musique). » L’objectif a été de redéployer les collections fédérales en unités muséales précise Michel Draguet, directeur général des Musées Royaux des Beaux-Arts et de présenter Bruxelles au visiteur comme le carrefour de l’effervescence créative de l’Europe. Le salon des XX (1883-1894) et La Libre esthétique (1894-1914) des courants particulièrement ouverts sur les artistes étrangers.
Fernand KHNOPFF (1858 - 1921), Des caresses, 1896, Huile sur toile, 50.5 x151
La réorganisation des collections publiques se poursuivra avec l'inauguration en 2016 d'un nouveau musée consacré aux œuvres postérieures à 1914, a assuré Michel Draguet. Cela étant, de nombreuses instances culturelles continuent à déplorer le manque de moyens financiers et humains mis à la disposition des musées pour entretenir les trésors inestimables que recèlent leurs caves, où la conservation même des œuvres devient un sérieux problème. Les infrastructures ouvertes au public sont elles aussi menacées par la vétusté … ou les infiltrations d’eau. On est encore sous le coup de la fermeture de la splendide exposition L'HERITAGE de Rogier van der Weyden qu’il a fallu fermer précipitamment après quelques semaines à peine d’ouverture, pour cause d’insalubrité pour les œuvres exposées. L'œuvre d'une vie de deux chercheuses émérites, le Dr Véronique Bücken et le Dr Griet Steyaert. Hélas, on ne peut imputer ces situations dramatiques qu’à à la complexité du système de gestion mais surtout à un manque chronique d’intérêt de la part des instances politiques.
Paul Gauguin, Le calvaire breton, Le Christ vert, 1889
Huile sur toile, 92 x 73,5 cm © MRBAB, SABAM 2011, [Photo d'art Speltdoorn & Fils]
http://www.fine-arts-museum.be/fr/les-musees/musee-fin-de-siecle-museum
Musée Fin-de-Siècle Museum
rue de la Régence, 3
1000 Bruxelles
+32 (0)2 508 32 11
http://www.fin-de-siecle-museum.be
info@fine-arts-museum.be
Itinéraire
http://visitbrussels.be/bitc/static/front/img/db/ContentArticle_408/img_6882.pdf
Quand je ne peux pas m'endormir,
J'appelle à moi mes souvenirs.
Ma mémoire, toujours fidèle,
M'offre une fugue virtuelle.
En pleine nuit, les yeux fermés,
J'atterris en un lieu aimé.
Lors, tout s'éclaire, émoi suprême!
Ma chambre est demeurée la même.
Je la regarde et m'attendris.
Dans mon miroir, je me souris.
Aussitôt, un autre visage
Se colle au mien. La tendre image!
Nous restons, tous deux sans bouger.
Ni lui, ni moi, n'avons changé.
Je m'immerge dans cette grâce,
Surgie du temps et de l'espace.
Je me sens heureuse, à l'écoute.
C'est le bruit des vagues sans doute.
Nous sommes mi nus sur la plage.
J'y ramasse des coquillages.
6 décembre 2013
Lorsqu’Hélène est morte, il avait dit à René de qu’il ne souhaitait pas que ses amis assistent aux funérailles. Ni recevoir de lettres de condoléances. A l’exception de l’un d’entre eux, Gilbert, dont la femme était morte d’un cancer quinze jours auparavant, et incinérée deux jours plus tard. Ce matin là, Pierre avait eu le sentiment d’assister à la répétition générale d’une pièce dans laquelle il ne tarderait pas à jouer un rôle. Il avait pleuré.
Depuis, il avait appris que trois mois plus tard Gilbert avait épousé sa secrétaire. Elle était sa maitresse depuis longtemps.
La cérémonie d’incinération fut courte. Debout, seul dans le funérarium, Pierre fixait le cercueil qui s’engouffrait dans une bouche de flammes aux sons d’une marche funèbre. Cette fois, il avait les yeux secs.
- Vous voulez assister à la dispersion des cendres ?
Une heure plus tard, le desservant lui avait remis un galet qu’il ajouta à leur anneau de mariage, à un collier d’ambre qu’elle aimait, et au morceau de pièce d’identité qui lui avait été remis la veille. Il voulait les conserver pour que, au delà du souvenir, il puisse rester une trace matérielle de leur union.
Revenu chez lui, il s’était étendu tout habillé sur le lit. Il voulait mourir. Il y avait dans l’armoire à pharmacie un grand nombre de médicaments sous forme de pastilles à avaler. En avaler une poignée d’un seul coup, lui avait-on dit un jour, pouvait assommer un bœuf. Mais tuer un homme ?
Il était resté trois jours dans cette position larvaire sans se laver, sans se raser, sans se peigner. Au bout de trois jours, il avait ressenti un élancement à l’estomac mais ce n’était pas le symptôme de la mort, c’était celui de la faim.
Il avait pris dans le frigo un morceau de pain, il l’avait décongelé, et il l’avait mangé. Puis il s’était levé, il avait pris un bain, il s’était rasé soigneusement, et il était allé au supermarché pour acheter de quoi se nourrir.
Il avait aussi acheté un livre donc le titre était explicite : suicide, mode d’emploi, d’un certain Gillon. Vous avaliez un tube complet de barbituriques, et il était probable que vous ne vous réveilliez plus. C’est le mot « probable » qui l’avait arrêté.
Il le constatait, il est plus simple de mourir à la suite d’une maladie incurable ou lors d’un grave accident. Alors même que vous est laissé le choix du moment et de l’environnement, mourir de sa propre main était singulièrement difficile. Bien plus qu’on ne l’imagine dans les ténèbres de sa détresse.
Une autoroute passait à proximité de la maison sous le viaduc qu’il empruntait depuis des années. Juste après un virage en épingle à cheveux assez mal conçu à son sentiment. Il le répétait souvent, il fallait faire attention, et ne pas rouler trop vite. Un moment d’inattention, une vitesse excessive, et vous pouviez franchir d’un bond le monticule sous lequel se trouvait le viaduc. Et vous retrouver sur l’autoroute, mais en quel état !
Il ne faut pas trop trainer lorsqu’on à l’intention de se suicider. C’était la faute à Julie s’il n’avait pas mis son projet à exécution.
Julie était une de leurs amies. Elle avait perdu son mari, un charmant garçon, lors d’un accident de chemin de fer. Il y avait eu trois morts, la presse n’en avait pas fait sa première page parce que c’était au moment des élections présidentielles américaines, mais l’un d’eux était Albert, son mari.
Elle avait téléphoné le lendemain de l’incinération d’Hélène. Elle avait dit qu’elle avait compris, Pierre ne savait pas encore ce qu’elle avait compris, mais elle souhaitait le voir. Il ne pouvait pas le lui refuser.
Julie était de ces femmes que leur mari comblait souvent, c’était criant, mais moins souvent qu’au temps de leurs premières années de mariage. Elle l’avait confié à son amie Hélène.
Pierre avait souvent pensé à Julie lorsque sa femme était vivante. Depuis qu’elle était morte, il avait cessé d’y penser. C’est Julie qui s’était rappelée à lui
L’idée de son suicide se ramena quelques jours plus tard à une idée dont on débat avec sa conscience mais sans s’efforcer de la matérialiser. Et dont très vite, on ne débat plus : la vie continue.
Ce livre qu’il avait laissé ouvert à la page qui recommandait d’avaler un tube de barbiturique, il l’avait fermé et rangé dans un tiroir. Ce virage à proximité de la maison dont le dessin lui semblait aussi tranchant et dangereux qu’une lame, il suffisait de faire preuve d’un peu de prudence avant de l’aborder. D’ailleurs, il l’empruntait depuis plus de dix ans, quelque soit l’état de la route, et sans y penser.
Suicide ? Il fallait être stoïque et courageux. Accepter sans fléchir le sort que le sort vous réserve. Vivre, soit.
Le soir même, après le coup de téléphone de Julie, il avait pris un bain, il s’était légèrement parfumé, il avait mis une tenue dont il savait qu’elle l’avantageait. Il s’était offert un double whisky pour se donner un coup de fouet. La nuit était tombée lorsqu’il était monté en voiture et s’était rué sur la route, la tête en feu.
Une heure plus tard, il était dans le lit de Julie. Peut être n’y a-t-il pas de justice immanente ? Dieu doit détourner la tête.
C’est en rentrant chez lui aux premières lueurs de l’aube qu’il avait manqué le virage, et qu’il s’était écrasé sur l’autoroute.
"Les épreuves su sentiment" est un recueil de nouvelles de François Thomas Marie de Baculard d'Arnaud (1718-1805), publiées à Paris chez divers éditeurs de 1764 à 1780.
Elles paraissent d'abord séparément; leur vogue encourage l'auteur à choisir un nouveau mode de publication, la «collection», à partir de 1772. Ainsi les Épreuves comprennent-elles cinq tomes, soit vingt-cinq histoires rééditées en France jusqu'en 1815, dans le cadre des Oeuvres de Baculard. Il connaît un large succès avec cette série, dont l'Année littéraire fait régulièrement un compte rendu élogieux. Dans le clan de Fréron, Baculard devient le conteur moral idéal. Son public s'étend des boutiques au Trianon.
Nous proposons ici une typologie des schémas narratifs utilisés dans les Épreuves, en sept cycles. Dans celui de la séduction, une jeune fille, souvent campagnarde, succombe au charme d'un noble dont la promesse de mariage est remise en question par la corruption ou les autorités («Fanni», t. I; «Clary», I; «Julie», I; «Rosalie», III). Dans le cycle des rivales, la séduction passe par un combat: deux soeurs («Lucie et Mélanie», I), deux amies («Sélincourt», II) se disputent le coeur d'un homme. Le cycle de la mésalliance rassemble des couples formés contre la volonté de leurs parents («Anne Bell», II; «Makin», IV; «Amélie», IV; «Daminville», V). La puissance de l'amour tient à son ambiguïté (quatrième cycle): il dégénère en jalousie («Nancy», I; «Adelson et Salvini», II; «Ermance», IV), ou se sublime en sacrifice et en bravoure («Batilde», I; «Sargines», II). Cinq nouvelles illustrent la vision que Baculard a de la société. Il oppose la corruption urbaine à la pureté rustique (ou la richesse à la pauvreté): deux héroïnes incarnent ces deux pôles dans «Pauline et Suzette» (V). Le héros de «Bazile» (III) en choisit un, alors que celui de «Lorezzo» (III) dépasse leur opposition, comme le couple d'«Henriette et Charlot» (V). Dans «Germeuil» (V), un père de famille échappe in extremis à l'enfer urbain. Le sixième cycle célèbre un personnage singulier, le bienfaiteur. Le modèle de Pygmalion est fatal dans «Liebman» (III); l'Anglais généreux de «Sidney et Volsan» (II) apporte la prospérité et l'harmonie; un jeune homme dévoué rétablit avec éclat l'honneur de son ami juge («Zénothémis», III). Le cycle du bâtard fait du paria un héros: soldat courageux, il retrouve son père dans «Valmiers» (V) et «D'Almanzi» (IV).
Avec les Épreuves du sentiment, Baculard a trouvé sa voie. Le récit court est dans son oeuvre la forme phare. Il avoue, dans le «Discours préliminaire» des Épreuves, que ses récits ne sont que des «bagatelles», mais il assure que cette légèreté est un appât. Au moyen d'images touchantes, l'auteur fascine le public à des fins morales. Il cultive ce «germe précieux qu'a mis en nous la Sagesse suprême»: la sensibilité. Il place ses textes sous le patronage de Térence («Homo sum...») et de Fénelon (Télémaque). La réussite de son projet tient à une dynamique dramatique. Shakespeare est son modèle théâtral de prédilection: Othello hante les jaloux des Épreuves; dans «Adelson et Salvini», la représentation de Roméo et Juliette prend la dimension d'un psychodrame. Le modèle de l'écriture dramatique est surtout sensible dans la force du dialogue. La sensibilité se donne en spectacle au fil de discours altérés par l'émotion: l'auteur pratique le style «haletant»; la parole bouleversée s'abolit dans le cri, le soupir, les larmes. Celles-ci coulent en abondance dans les Épreuves, baignent les êtres, les régénèrent; ils acquièrent par elles le langage sublime des âmes sensibles, source de plaisir au-delà de toutes les douleurs qu'ils sont appelés à subir. L'émotion spectaculaire atteint son sommet, lorsque le pathos confine au pathologique: femmes et hommes s'évanouissent, sombrent dans la léthargie, la maladie, la folie.
Mais l'excès pathétique sert la modération idéologique: Baculard propose de résoudre des situations critiques par le biais d'une religion de bienfaisance, culte d'un Dieu indulgent, servie par des prêtres qui apportent aux malheureux éprouvés une aide morale et matérielle. Ils représentent le dernier bastion de la vertu, dans une société où l'on ne sert qu'un maître, l'argent. L'économie baculardienne fonctionne au rythme des dons, car l'argent pourrit, si on l'entasse. Il entretient la corruption ambiante, symbolisée par le «bel esprit». L'excessif raffinement et l'essor de la philosophie voisinent en effet, selon Baculard, avec un reste de barbarie, tel que le préjugé qui marginalise encore les bâtards, dans la société contemporaine. La sensibilité, elle, peut assouplir l'ordre social; elle entre dans la promotion d'un bonheur bourgeois dont les Épreuves sont le vecteur. Son art de la conciliation a fait de Baculard un vulgarisateur idéal pour la masse des lecteurs qu'il fallait initier aux métamorphoses idéologiques de leur siècle.
Un week-end à Barcelone.
C’était à Barcelone, Franco était mort. C’est le roi Juan-Carlos qui était en titre le maître du pays depuis qu’il s’était présenté au parlement en disant que le chef des armées, c’était lui, et que le temps de la dictature, c’était f-i-n-i, fini. Je ne me souviens plus des mots qu’il avait réellement prononcés mais le sens en était celui que je dis, Esteban me l’a confirmé vingt ans plus tard.
Je retournais assez souvent à Barcelone sans le dire à Esteban. Pour les miens, j’inventais un motif d’affaires. C’était une sorte de respiration dont j’avais le sentiment qu’il m’était nécessaire pour continuer de vivre.
Barcelone est une ville que j’aime pour cet étrange destin que les Barcelonnais ont en commun : les admirateurs de la Sacra Famiglia qui sont persuadés que le travail interrompu y reprendra un jour. Ceux qui disent qu’ils ne sont pas espagnols mais catalans.
- Nous n’avons rien contre les espagnols, nous sommes différents, c’est tout.
Ceux qui ne veulent connaitre de Barcelone que la partie de la ville qui monte et rejoint Montjuich.
- Miro, vous connaissez ?
Ceux qui vont et viennent sur les Ramblas et qui disent que Barcelone, ce sont les Ramblas. L’écrivain Valdez Montalban qui prétend s’y connaitre mieux en cuisine qu’en littérature. Et combien d’autres encore…
C’est vrai qu’ils sont différents du reste des Espagnols. Ils disent qu’ils ne sont pas de cette Espagne d’on ne sait pas très bien si c’est un pays européen ou une partie égarée du continent africain.
Avant de mieux les connaitre, je craignais que de s’opposer à leur dires quels qu’ils soient, mêmes les plus anodins, leur feraient jeter ce masque d’honorabilité qu’ils arboraient pour sortir un couteau. Tuer par orgueil ne constitue pas un meurtre à leurs yeux. Vive la muerte a dit un général de Franco avant de tirer sur les républicains.
Je le répète. J’aime Barcelone même si je n’aime pas les grands boulevards tracés au cordeau qui aboutissent au Barca d’un côté et au Grands Magasins de l’autre. En revanche, moi qui descend toujours à l’hôtel Colon et qui en serai vraisemblablement le dernier client avant qu’il ne soit transformé, je n’y vais pas pour sa proximité avec la Cathédrale mais pour sa proximité avec les ruelles étroites où se trouvent les bars à filles.
Esteban l’avait dit :
- Je me demande si au fond de nous-mêmes nous ne regrettons pas Don Quichotte prêt à mourir pour ses idées.
- Ne me dis pas qu’il vous arrive de regretter le temps de la guerre civile ?
Pour des idées ? Ou pour jouer avec vos vies ?
- Vive la Muerte est une formule qui nous définit bien.
La première fois que je suis venu à Barcelone, c’était clandestinement. Dans un sac de toile, parmi des
vêtements roulés en boule, se trouvaient cinq pistolets
destinés à cinq jeunes partisans qui étaient décidés à se battre contre les franquistes, les armes à la main.
L’un d’eux, un futur médecin au visage aigu, aux yeux et aux cheveux noirs m’avait proposé de les prendre à l’endroit qu’il m’avait désigné et à les apporter à un lieu proche la frontière qui sépare l’Espagne de la France. Là quelqu’un les prendrait en charge pour traverser la frontière. Ce futur médecin, c’était Esteban. Le temps et le hasard avaient fait de nous des amis ‘ à la vie à la mort ’.
J’avais accompagné le passeur. C’est moi qui avais apporté les armes à Esteban et ses amis. Ils étaient cinq. Quatre garçons et Juanita.
C’est durant cette nuit là que l’Espagne de Franco venait de basculer. Personne ne s’intéressa au jeune adolescent qui venait d’être privé d’un acte d’héroïsme auquel il avait rêvé toute la nuit.
Aujourd’hui, vingt ans plus tard, je ne sais pas pourquoi mais je voulais revoir Juanita qui m’avait ramené chez elle cette nuit-là. Cette nuit qui avait été une césure dans ma vie. Est-ce d’ailleurs de moi dont je parle aujourd’hui ? Nous nous étions aimés longtemps. Dieu sait ce que nous voulions oublier. Elle savait, peut-être qu’elle ne voulait pas le savoir, que j’avais une épouse qui n’avait pensé qu’à moi cette nuit là.
Juanita a été surprise de me revoir. Elle était professeur d’architecture, m’a-t-elle dit. Elle avait un compagnon qui avait dû s’absenter.
- Vous voulez faire sa connaissance ? Vous pouvez dîner avec nous. Oui, je me souviens. C’était une époque étrange.
Je suis rentré à l’hôtel qui m’a paru soudain plus vieillot. Le lendemain, j’ai repris l’avion pour rentrer. Je n’ai jamais plus mis les pieds à Barcelone.
exposition "Sanctuaire" de Dominique Guédon (peintrécriteur) et Julien Boulier (musique) article dans la revue trilingue Rivierart p.37
Les baisers de la pluie, délicates caresses;
Haut perché sur un fil, un oiseau les reçoit.
Ses plumes imbibées semblent faites de soie.
Il s’expose, ravi, à l’humide tendresse.
Haut perché sur un fil, un oiseau les reçoit,
Se secoue vivement et me semble en liesse.
Il s’expose, ravi, à l’humide tendresse,
Je l’observe, amusée, partageant son émoi.
Se secoue vivement et me semble en liesse.
Peut-être dérangé lorsqu’il m’aperçoit.
Je l’observe, amusée, partageant son émoi,
Sans trop réaliser mon indélicatesse.
Peut-être dérangé lorsqu’il m’aperçoit,
Il s’envole soudain à très grande vitesse.
Sans trop réaliser mon indélicatesse,
Je le vois disparaître au-dessus de mon toit.
20 août 2006