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"Cahiers d'enfrance", de Pierre Sansot, éditions Petite Bibliothèque Payot / Rivages
"On est de son enfance comme d'un pays" Gaston Bachelard, cité dans Cahiers d'enfrance" de Pierre Sansot, éditions "Petite bibliothèque Payot / Rivages

Un voile de brume recouvre la vallée d’un frisson léger ;
Au théâtre enchanté du soleil les couleurs entrent en scène :
Brunes, jaunes, rouges ou vertes en sommeil qui viennent jouer
Et chatouiller le regard émerveillé de l’hiver sur la plaine.
L’étang figé n’ondule plus guère car devenu patinoire ;
Des cris de gamins emmitouflés éclatent le miroir pétrifié.
Et ainsi qu’aiment à jouer les jouvenceaux à la belle histoire,
Se faufilent puis glissent à travers les roseaux comme pour les défier.
Surpris par le brusque assaut de cette blancheur inattendue,
Un cheval aux naseaux fumants échauffe son corps à la clôture.
Des bruissements d’ailes de mésanges ou de fauvettes fourbues
Piaillent quelque tendre salut à la givrante froidure.
Sous les chaudes tuiles et ardoises bleues revêtues de glace,
Le paysan étourdi ranime le feu, y dépose du bois.
Le chien turbulent au souffle frais du seuil ne tient pas en place
Et guette à la porte de l’hiver trois coups une nouvelle fois !
Village de Marsaneix en Périgord
Peinture à l’huile-Martine czuly
Je ne me suis jamais marié. Je me souviens que nous avions rompu, Julie et moi, parce que j’avais dit que nous étions des mammifères. Au lit cependant, nous usions d’images bien plus osées pour nous dépeindre à haute voix. Peut être avait-elle rompu parce que je ne voulais pas me lier ?
Je ne couche plus très souvent aujourd’hui. Je ne couche plus du tout pour dire la vérité. Je suis âgé de plus de quatre-vingt ans. S’il m’arrive de faire l’amour, c’est au travers de mon imagination. Je pense souvent à Julie avant de m’endormir. Julie avait quarante cinq ans, je n’en avais pas d’avantage. .
Je revois Julie lors de notre dernière entrevue.
- J’ignore de qui tu as besoin, Pierre. Je te souhaite de ne pas me regretter.
Elle a épousé Gérard parce qu’il avait besoin d’elle. Elles sont nombreuses les femmes qui veulent materner un mari dès qu’elles ont cessé de souhaiter un amant.
Avec Julie, je ne m’en suis rendu compte que lorsque nous nous sommes séparés, c’était bien plus que de l’amour ordinaire que j’éprouvais. Je m’accrochais aux murs pour ne pas m’écrouler dès que je pensais à elle.
J’aurais du l’épouser. Elle serait dans mon lit à chaque fois que j’en aurais eu envie.
Il y a quelques jours, le téléphone a retenti, c’était Julie.
- C’est toi, Pierre ?
- Oui, Julie.
- Tu as reconnu ma voix ?
Peu importe que la voix change ou ne change pas, ce sont les traits du visage qui ne devraient jamais se modifier.
- Gérard est mort.
Gérard, celui qu’elle avait épousé après notre rupture.
- Gérard ? Il est mort ?
- Cela a été une délivrance. Il souffrait depuis six mois.
- Je suis triste pour toi.
- Je n’en pouvais plus, Pierre. Depuis deux mois, c’était devenu un véritable enfer. L’infirmière passait tous les jours pour le laver. Il arrivait qu’il fasse ses besoins quand elle n’était pas là. A toi je peux le dire, c’est un soulagement comme tu ne peux pas imaginer.
J’imaginais bien au contraire. Ce vieil homme à l’allure de cadavre soigné par la Julie que je connaissais ? Et qui faisait l’amour avec elle ? Je me posais la question tandis qu’une contraction musculaire me faisait porter la main au cœur.
- Je pense souvent à toi, Pierre. Il y a longtemps, je sais. Je me doute que tu as vieilli mais le portrait que j’ai de toi est celui qui était le tien lorsque nous étions ensemble. Viens me voir, Pierre. J’ai envie de te voir. Très fort. Nous parlerons.
- Je viendrai. Je te téléphonerai.
Je me suis demandé si j’avais eu raison de lui dire que je viendrais. Les pensées que j’avais n’étaient pas de celles qu’on affiche. Mais qui d’autre que moi les connaissait ?
Peu de choses de celles que j’ai apprises ne m’ont été utiles. J’ai oublié la plupart d’entre elles mais je n’ai jamais oublié aucune de nos étreintes à Julie et à moi. Qu’est-ce qui est important pour vivre ?
Elle habitait de l’autre côté de la ville. J’avais enfilé un pantalon clair et un pull à encolure en V. Ce n’était pas une tenue cérémonieuse mais elle ressemblait à celle que je portais lorsque j’étais jeune. J’ai laissé ma canne suspendue à la patère, je n’en avais pas réellement besoin. Je l’utilisais pour me donner une allure aristocratique, la paume en était en argent sculpté.
Pour exciter mes sens, je pensais aux images suggestives que j’avais d’elle. Je sais combien les pulsions amoureuses émanent à la fois du physique et du mental. Je voulais être prêt si, comme moi, elle était tentée de retrouver le goût de nos baisers, je le dis sans hypocrisie.
Elle devait me surveiller de la fenêtre. Elle ouvrit la porte au moment même où j’appuyais sur le bouton. Elle m’attendait devant l’ascenseur, et nous nous sommes embrassés sur les joues avant même d’entrer chez elle.
- J’avais peur que tu ne viennes pas.
- Je n’aurais pas pu ne pas venir.
Elle était immobile. Etait-ce pour que je puisse la regarder ou parce que c’est elle qui me détaillait ?
Elle se tenait droite sans paraitre faire d’effort. Sa corpulence avait à peine changé. Peut être qu’elle avait les hanches un peu plus fortes que par le passé. Le visage était sillonné de fines ridules mais son sourire était toujours aussi attirant.
Je me suis approché d’elle, j’ai porté mes mains à ses hanches, et je l’ai embrassée avec force. Je n’ai pas du forcer ses lèvres. Elle avait ouvert la bouche. Elle haletait, le ventre poussé contre le mien.
- Oh, Pierre.
Le soir tombait. Elle n’a pas allumé.
Elle m’a conduit à la chambre à coucher, et elle a rejeté les draps sur le côté. Nous nous sommes déshabillés. Elle avait le dos tourné et je regardais ses hanches avec envie. Il n’y avait de lumière que celle du dehors. Je me suis glissé dans le lit.
Il ne s’est rien passé de ce que nous attendions sinon qu’elle a posé la main sur ma cuisse.
J’ai pensé : heureux ceux qui sont morts dans la force de l’âge.
Je ne cesse de les chérir,
Ces êtres qui m’avaient choyée,
Souvent de loin, ensoleillée.
Leurs grâces ne peuvent périr.
Ces êtres qui m'avaient choyée,
Avaient le don de m’attendrir.
Leurs grâces ne peuvent périr.
Ô chères âmes éparpillées!
Avaient le don de m’attendrir.
Elles me tenaient éveillée.
Ô douces âmes éparpillées,
Non destinées à revenir.
Elles me tenaient éveillée,
M'emplirent de doux souvenirs.
Non destinées à revenir,
M'ont laissée seule pagayer.
11 avril 2012

Je donnerais tous mes poèmes
Pour sauver l’un de mes abstraits.
J’y trouve une énergie suprême
Qui modifie et qui recrée.
...
Mes mots en phrases sont murmures.
En s’accouplant mes couleurs crient.
Si mes poèmes me rassurent,
Mes tableaux me troublent l’esprit.
...
Moi qui ne peux pas inventer,
Qui vit à l’écoute, en éveil,
Je suis éblouie, transportée,
Là où brille un autre soleil.
...
Je loue la muse des émois
Délicate, souvent troublante,
J’aime la savoir prés de moi.
L’autre me grise, époustouflante.
15/1/2008
La Fondation Maeght est un exemple unique de Fondation privée en Europe, entièrement conçu et financé par Aimé et Marguerite Maeght Véritable musée dans la nature qui possède une des plus importante collections en Europe de peintures, sculptures, dessin et oeuvres graphiques d'art moderne du XXème siècle (Bonnard, Braque, Calder, Chagall, Giacometti, Léger, Miro, Ubac).
SWERTS : L’EAU ENTRE L’ABSTRAIT ET LA MATIERE
L’ESPACE ART GALLERY (35, Rue Lesbroussart, 1050 Bruxelles), termine l’année présente par une exposition (qui se termine le 22 - 12 -13) intitulée AU FIL DE…L’EAU, consacrée à Madame SWERTS, une peintre Belge fascinée par les reflets multiples à la surface de l’eau.
L’eau a toujours fasciné par sa symbolique (ou pour mieux dire, ses symboliques) car, à y regarder de près, elle est à l’intersection entre la vie et la mort (l’on s’y baigne, s’y baptise mais l’on s’y noie aussi). Il existe, par contre, un univers sur lequel elle règne en maîtresse, c’est celui de l’intemporel. L’eau existe et a toujours existé tout en étant constamment différente dans la consistance de son élément : « on ne se baigne jamais dans la même eau de la rivière » (Héraclite – Panta Rei), « la mer, éternelle et toujours renouvelée » (Paul Valéry – Le Cimetière Marin).
A la question « quelle symbolique voyez-vous dans l’eau ? », TINE SWERTS répond sans la moindre hésitation : « le mouvement insaisissable, le changement, la vie sans fin ». L’artiste obéit à une idée, une impression. Son geste débutant sur la toile ignore sa finalité, « comme si la peinture commence à se peindre d’elle-même ».
Son travail est axé à la fois sur la transparence (l’eau) et sur la forme (la plastique de cette eau). A la question : « qu’est-ce que la forme ? », elle avoue qu’au début, ce concept reprenait les termes dictés par l’académie (la conception classique), c'est-à-dire, la chose visible mais qu’au fur et à mesure, ce même concept s’est transformé en une interprétation personnelle qui couvre toutes les dimensions offertes par la perception. On peut l’interpréter dans tous les sens car il y a avant tout cette antithèse fascinante qu’est la matière de l’eau. Et cette antithèse nous conduit vers l’abstrait. La forme devient une interprétation de la nuance dans une tentative de transposition du mouvement sur la toile. La captation de ce mouvement s’exprime dans toutes les toiles exposées, en particulier dans ANNEVOIE I (11O x 170 cm – huile sur toile)
au cours de laquelle elle se réalise à la fois par la lumière irradiant le centre de la toile, ainsi que par toute une série de segments, occupant les deux extrémités de l’espace pictural, créant des ondulations travaillées au pinceau et au couteau, pour restituer l’énergie du flux.
De même avec VENISE (120 x 95 cm – huile sur toile),
la dynamique est restituée par les zones noire, verte et blanche, soulignant la matérialité des vagues issues du reflux créée par le vaporetto fendant l’eau.
IMPRESSION D’ISLANDE (56 x 59 cm – huile sur toile)
s’appuie sur l’utilisation de notes blanches répétées, recouvrant la presque totalité de la toile. Elle demeure volontairement dans la transparence pour célébrer le mystère de l’eau.
L’artiste, dilettante à un moment de sa vie, a fini par fréquenter sérieusement l’académie. Elle peint depuis l’An 2000. Et cette entrée en création est selon ses propres termes « la réalisation d’un rêve ».
Lorsqu’elle commence une œuvre, elle travaille au couteau pour établir une couche de base (le gris pour ANNEVOIE I), concentrée en huile miscible pour obtenir les effets changeants de l’eau. Elle laisse ensuite sécher cette première couche pour se rendre compte du résultat puis elle en ajoute d’autres. Elle commence par aborder la note transparente pour l’amplifier par d’autres éléments. Des variations chromatiques peaufinent le travail final.
Le visiteur remarquera sans peine que sa couleur préférée est le vert. Cette tonalité recouvre la majeure partie de son œuvre exposée. Le vert est, à l’instar du noir, une couleur excellente pour souligner l’eau capturée au moment où elle se cabre ou se déploie. Elle devient à la fois figée et élastique. Mais surtout, elle devient solide tout en conservant sa fluidité liquide qui finit par la rendre abstraite.
SWERTS relève un terrible défi : figer l’eau dans le récipient du regard ! Marcher sur l’eau participe de l’exploit…christique mais la peindre relève de la folie de l’instant créateur. Un instant isolé dans le gouffre pulsionnel de l’Etre vivant.
Lettres
N.-B.:
Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement.
J'ai désigné Albertine (Tine) Swerts, peintre comme l'invitée télévision d'arts et lettres de février 2014
R. P.
Albertine Swerts: un document initié par arts et lettres et réalisé par Actu-TV
François Speranza et Tine Swerts (Photo: Robert Paul)
Les fêtes approchent me dit-on. D'où ce conseil d'un pro.
Si tu es humoriste, fais au plus con quand tu es sur scène. Tu es sûr de faire rire plus de la moitié de la salle. Sinon, c'est " à la chance ".
Le mangeur de blanc.
Mangeur de blanc. Je n’ai jamais su ce que cela signifiait précisément mais à travers la vitrine de « chez Marcel », le samedi soir, nous répétions dès que nous l’apercevions: voilà le cocu. Tout le monde peut être cocu mais lui c’était le cocu content. C’est peut-être la raison pour laquelle un d’entre nous l’avait qualifié de mangeur de blanc. Et nous éclations de rire.
Marcel nous servait une autre tournée, c’était à mon tour de payer.
C’était un homme sympathique. Grand, maigre, il avait les traits creusés d’un homme atteint d’anémie. Son regard respirait la bonté. Ses yeux si je peux me permettre cette image avaient l’air de vous tendre la main. Je n’osais pas exprimer cette impression à haute voix parce que mes copains se seraient moqués de moi.
Joueurs de hockey, maniant le stick comme si c’était pour nous creuser un chemin parmi des adversaires déterminés à nous arrêter à n’importe quel prix, nous étions des hommes qui n’avions que faire de sensiblerie. Des yeux qui respirent la bonté, c’était une image ‘cucul la praline’, je n’ai pas besoin de traduire.
C’était le genre d’homme dont je me disais aussi à voir les cernes qui soulignaient ses yeux que ses nuits devaient être chaudes. Sa femme était séduisante. Raison de plus pour la surveiller.
Son nom était Edouard Belhomme, cela ne s’invente pas. Sa femme et lui tenaient le magasin de lingerie situé rue Royale. A chaque fois que nous passions devant le magasin, nous regardions à travers la vitrine pour voir la belle Cécile. L’un de nous avait dit un soir que nous étions chez Marcel, nous y étions pratiquement tous les soirs, est-ce que les clientes qui essayent des soutiens ou des culottes sortent de la cabine presque toutes nues pour choisir un soutien ou une culotte d’une couleur différente ? Nous éclations de rire à cette idée. Marcel servait une autre tournée, c’était celle de Robert, notre goal, le fils du vitrier de la rue Notre-Dame.
Nous avions tous plus ou moins vingt ans à cette époque. Les Belhomme devaient en avoir entre quarante et cinquante. Robert prétendait qu’une femme dans la quarantaine avait forcément acquis une maturité tant physique que spirituelle qu’aucune jeune femme ne pouvait égaler. Il avait connu, bibliquement connu, la voisine du magasin de son père, la mère d’un gamin de dix ans et il en avait conservé un souvenir inoubliable. A seize ans, disait-il, cela marque. Les jeunes filles que nous fréquentions, ajoutait-il, reconnaissaient en lui un expert, il le disait en toute modestie.
Personne parmi nous ne contredisait les propos de Robert, c’était le plus fort d’entre nous, mais chacun de nous savait à quel point il était vantard. Durant les matchs c’était pareil. Il allait d’un côté du goal à l’autre, le visage recouvert d’un masque protecteur en treillis pour effrayer nos adversaires. Nous perdions à chaque fois mais Robert affirmait que nous manquions de punch.
Cécile Belhomme plaisait beaucoup au jeune homme que j’étais. Je ne comprenais pas son mari. Si elle avait été ma femme, elle n’aurait pas eu à chercher ailleurs. Pauvre cocu !
Ils étaient mariés depuis près de quinze ans. Edouard avait hérité du magasin de ses parents à la suite d’un accident qui leur avait couté la vie. A partir d’un magasin vieillot, Cécile avait su construire une affaire bien achalandée dont ils vivaient largement tous les deux. Leur seule frustration, c’est qu’ils n’avaient pas eu d’enfant.
Edouard était le fils d’un commerçant établi, Cécile, en l’épousant, avait gravi un échelon de l’échelle sociale. En province cela compte. Elle n’était que la fille d’un contremaître de l’usine métallurgique du bas de la ville. De l’usine dont le fils du propriétaire avait été le condisciple d’Edouard si bien que depuis leur mariage il faisait partie des relations du couple Belhomme. Il appelait Cécile par son prénom et Cécile lui disait Pierre.
Edouard était très amoureux de sa femme. Qu’elle plaise à d’autres ne le gênait pas. Au contraire. Son amour pour Cécile n’en était que plus grand. Même ses amis, plutôt que d’en être jaloux, il les aimait davantage de la désirer. N’était-il pas le seul à pouvoir mettre cette jolie femme dans son lit ?
Malheureusement, Edouard était cliniquement impuissant. Durant les premières années de leur mariage, cela ne l’empêchait pas de désirer Cécile et d’en jouir lorsqu’elle était nue. Quant à Cécile, elle avait fini par apaiser elle même les pulsions de son corps tant son mari était maladroit.
Malgré cette morsure qu’ils éprouvaient chaque nuit tous les deux, elle l’aimait profondément. Mais aucun d’entre eux ne trouvait les mots pour les confier à l’autre. Qui sait ce qui lie deux êtres dont la relation ne répond pas à une logique qui, seule, paraît naturelle aux yeux de la plupart.
Lorsqu’elle l’avait épousé, elle s’était réjouie d’être enfin chez elle. Combien d’autres jeunes filles s’étaient-elles mariées pour cette seule raison. Il était séduisant à sa manière. Grand et maigre, un peu vouté comme le sont souvent les hommes grands et maigres, il avait les yeux d’un bleu transparent. Il ne cessait jamais de lui sourire.
Il l’avait rencontrée un soir dans une discothèque. Parmi d’autres filles, il n’avait plus regardé qu’elle. Peut-être qu’ils avaient bu un peu trop ? En sortant, il lui avait entouré les épaules. Il avait dit comme dans un roman de gare :
- Epousez-moi.
- Ce soir ?
- Non, demain.
Il l’avait ramenée, et le lendemain il s’était rendu chez elle. Il avait dit au père de Cécile qu’il voulait épouser sa fille, est-ce que son père serait d’accord ?
Il y avait longtemps que les fiançailles commençaient autrement. C’était probablement ce style, elle le trouvait distingué, qui l’avait émue. Jamais il ne s’était permis les gestes osés auxquels elle s’attendait inconsciemment. Il l’aimait pour elle-même, avait-elle pensé. Elle était vierge lorsqu’ils s’étaient mariés. Lui aussi.
Un jour qu’il s’était absenté pour se faire couper les cheveux, en rentrant plus tôt que prévu il avait vu que le représentant d’un fournisseur sortait du magasin après l’heure de fermeture. Et Cécile, les cheveux mal repeignés, le corsage mal refermé, le saluait de la main. Elle avait le visage en paix, pensa Edouard. En paix, c’est le mot qui s’était imposé à lui tandis qu’il la regardait, dissimulé derrière une camionnette rangée le long du trottoir d’en face.
Il rebroussa chemin. Il avait la gorge sèche. Il poussa la porte du café de Marcel où comme tous les soirs nous bavardions entre nous. Marcel venait de servir une tournée de bière. C’était celle d’Oscar qui faisait des études universitaires. Il voulait devenir médecin ou
à défaut vétérinaire, c’était un bon métier disait son père. Oscar se voyait plutôt psychologue, il prétendait qu’il était doué pour juger du comportement des hommes et des femmes.
- Dommage que tu ne le sois pas sur le terrain. En face des joueurs du camp adverse. Nous ne serions pas dans le bas du classement.
La venue d’Edouard Belhomme nous avait surpris. Il s’était assis à une table proche du comptoir. Il nous avait fait un signe de la tête.
-Ce sont des joueurs de hockey ? Je les ai déjà vus. Ils jouent sur le terrain contigu à celui du Tennis Club.
Il dit à Marcel de nous offrir un verre.
- J’aime les jeunes gens. Ils me rappellent mon jeune temps.
- Hip, hip, hip, hourrah !
Nous avons levé nos verres à sa santé.
Décidément, c’était un brave type.
Nous le savions que ceux qui étaient cocus étaient toujours les derniers informés. Sa femme, il suffisait de la regarder pour comprendre qu’une aussi jolie femme ne pouvait que susciter le désir. Et souhaiter donner et prendre du plaisir. Il n’y a pas de justice en amour. Chacun doit veiller sur son bien. Les amis ne sont pas assez courageux pour révéler à un ami que sa femme le trompe. Qu’elle n’est qu’une putain qui trahit son serment. C’est que probablement, leur morale était assez élastique, ou bien c’est qu’ils étaient sur les rangs.
Il est sorti du café, et il est rentré chez lui. Cécile l’attendait dans la cuisine.
- Il y avait du monde chez le coiffeur. J’ai du attendre.
Ils ont dîné, et ils sont montés se coucher. La télévision, ils ne la regardaient qu’en mangeant, à l’heure des informations. C’était toujours le même spectacle : des morts nombreux à l’étranger. Si le nombre de morts était réduit, un crime par exemple, c’est qu’il s’était produit près de chez nous. Le journal en donnerait davantage de détails. Le lendemain certes, mais on pouvait s’y attarder plus longtemps. Ou attendre le crime suivant.
Depuis plus de dix ans, Edouard ne touchait plus sa femme que très rarement. Il avait consulté un sexologue à l’étranger. L’incapacité d’avoir une érection, comme s’il n’était doté que du sexe d’un bébé, n’était qu’un de ses problèmes. Depuis plus de dix ans, il ne désirait sa femme qu’après un exercice mental laborieux. La caresser ne servait à rien. Au contraire. Certaines caresses le heurtaient. Elles lui paraissaient répugnantes, proches du viol. Même si Cécile se serait prêtée à tout pour le satisfaire.
Ils n’étaient heureux ni l’un ni l’autre mais ils s’aimaient. C’est quoi l’amour, pensait-il ?
Une fin d’après-midi, peu de temps avant l’heure de fermeture du magasin, il vit à travers la vitrine de l’étalage que le représentant d’une firme de soutien-gorge exposait encore sa collection à Cécile. Elle l’écoutait, le regard absent, les joues rouges. Elle avait une main sur la poitrine.
Edouard fit demi-tour. Il ne revint qu’une heure plus tard. Cécile ne lui demanda pas ce qu’il avait fait. Ils bavardèrent assez longtemps après avoir dîné, cela ne leur était plus arrivé depuis longtemps.
Depuis, il s’efforça d’être absent de chez lui lorsque devait se présenter un représentant. Soit en prolongeant le temps qu’il consacrait à des activités extérieures, soit en allant boire un verre chez Marcel.
Lorsque ceux qu’il nommait les jeunes y jouaient aux cartes, il regardait par-dessus l’épaule de l’un ou de l’autre.
Si l’un des joueurs levait un regard interrogateur vers lui, il tendait la main dans un geste de refus.
- Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
Il offrait une tournée.
Nous nous étions habitués à lui. Il nous était de plus en plus sympathique et, de plus en plus, nous le plaignions. Robert était le plus véhément. Un jour, il avait tenté de séduire Cécile. Entré au magasin, il s’était fait montrer de petites culottes qu’il destinait à sa petite amie, avait-il dit.
- Vous ne voulez pas les essayer pour que je puisse juger ?
Il nous avait raconté qu’elle avait fait « sa fière », et qu’il était sorti.
- Pauvre type. Si j’avais voulu. Je trouve que c’est un scandale. Des femmes comme elles…
Oscar partageait son avis.
Le couple Belhomme était devenu l’objet de la plupart de nos conversations. Nous étions en plein drame et il ne s’agissait pas de télévision. Ni même de quoi faire la une de la page régionale du quotidien. Quoique, disait Oscar. Il s’agit de la dignité d’un homme, d’un homme que nous avions adopté.
-Il faudrait le lui dire, ça ferait un déclic.
- Il faudrait le lui montrer, là, ça ferait un déclic.
- Je vois déjà sa tête. Sa tête à elle.
- Avec son amant. En petite tenue, tous les deux.
- En petite tenue ? Pas de tenue du tout, oui.
Nous avons ri, et nous avons fait signe à Marcel.
- Encore une.
Le quatrième d’entre nous, celui qui sur le terrain était censé marquer les buts, c’était Jean Brillet, le fils du commissaire. C’est lui qui apporta le revolver.
- On ôtera les balles, hein ! C’est juste pour faire peur.
- On en laissera une. La roulette russe.
C’est moi qui l’avais dit. Je l’avais déjà répété à Oscar qui était mon ami: la vie, c’est une comédie. Mais, je raconte trop vite.
C’est le vendredi qu’elle recevait son amant. Vers sept heures. Edouard quittait le magasin à six heures vingt, il arrivait chez Marcel à six heures et demie et ne rentrait chez lui que vers huit heures. Il disait en faisant un signe à Marcel :
- En fin de semaine, il faut bien se défouler du stress de la semaine.
Du stress, si tu veux en avoir, rentre plutôt chez toi; pensions-nous. Nous avions découvert à cinq minutes près le jour et l’heure où la Cécile s’envoyait en l’air. Chaque jour de la semaine dès l’après-midi, l’un de nous venait chez Marcel et surveillait le magasin. Nous en parlions dès que nous étions réunis avant d’entamer notre partie de cartes. C’est ainsi qu’au bout de trois mois, nous connaissions tout des plaisirs de la dame. Et du malheur de notre ami.
Il faut croire que de la voir heureuse même si c’était un autre qui la comblait le rendait heureux. Quant à Cécile, elle aimait Edouard à la manière dont on aime un frère. Bien plus encore, elle se serait tuée pour lui. Cette partie obscure de leur union était un ciment bien plus fort que les déclarations les plus emphatiques.
C’était le jour et l’heure où Cécile cédait à son amant. Edouard était parmi nous. Chacun de nous, tour à tour, lui avait offert à boire sous différents prétextes
- Tu ne peux pas nous refuser ça.
Les yeux troublés, il était passablement ivre.
Je pensais comme mes copains qu’il fallait frapper un grand coup. Foutre aux deux amants qui ridiculisaient notre ami, et le symbole de l’amour, la frousse de leur vie.
C’est Oscar qui s’écria :
- On te ramène.
- Non, pas encore. Je veux rester.
Oscar et moi, nous lui avons fait traverser la rue en lui tenant les bras. Les deux autres de nos amis nous regardaient à travers la vitrine, un verre de bière à la main. C’est moi qui ai ouvert la porte du magasin. Oscar a poussé Edouard.
Je ne sais plus qui, d’Oscar ou de moi, lui a glissé le revolver dans la main en disant :
- Sois un homme, Edouard.
J’ai refermé la porte derrière lui. Nous sommes restés sur le trottoir. Nous avons entendu le coup de feu. Nous sommes retournés chez Marcel.
Une heure plus tard, nous avons appris qu’Edouard avait glissé le canon du revolver dans sa bouche.
Un nouveau couple vient de se former. Alors que rien ne laissait présager ce duo, ils se sont trouvés pour réaliser un rêve. Peut-être que le destin, la chance est derrière tout cela et les a réunis pour un instant, pour un moment. Belle rencontre pour ces partenaires, ces artistes qui apprennent maintenant à se connaître, à s’apprécier, à collaborer. Associés d’un jour pour créer un ouvrage, pour exécuter un projet qui leur tient à cœur.
Quelle agréable mission.
N’étant pas du voyage, j’imagine le plaisir qu’ils ressentent de se réunir entre eux et former un partenariat pour composer une œuvre sociétaire que tout le monde lira, verra, appréciera. Les membres se mettent à l’ouvrage et le résultat est vite probant, joli, intelligent.
Une belle association.
Beaucoup d’entre nous sommes vite épatés de voir les résultats, poésie, texte, aquarelle, dessin.
De cette œuvre restera le souvenir d’une chronique éphémère relatant le plaisir d’une rencontre, d’un passage sur un site. Et pour nous, le bonheur de profiter pleinement de la création de ce duo pour notre plus grand plaisir

L'inspiration, baptisée Muse,
Nous prend toujours au dépourvu.
Elle déploie du jamais vu
Qui nous émeut ou nous amuse.
Dans une noble liberté,
Notre âme vit une aventure,
En zones claires ou obscures,
Que la pensée a désertées.
Mais celle-ci intervenant,
Lors du charmant vagabondage,
Nous fait rechercher des messages
Où nous allions à l'avenant.
On quitte alors l'impondérable,
Rien ne peut nous en dispenser.
On se concentre pour penser
À cette évasion mémorable.
Nous serons sans doute tentés,
Si nous possédons l'art d'écrire,
De mettre en mots certains sourires,
Et des reflets de la beauté.
26 septembre 2002
NB: poème sur un abstrait «Évasion» de Suzanne Walther-Siksou
Un jour un gland tomba d'un chêne,
Ne causant pas bien grande peine
Au paysan qu'il abritait.
Un fruit lourd l'eut ensanglanté.
La Fontaine tira de ce fait
Une vérité acceptée:
Certes dieu fait bien toute chose,
Une évidence qui s'impose.
Tout est savamment mesuré.
Si les fleurs ne peuvent durer,
Chaque printemps les renouvelle,
Nombreuses, et quelques fois plus belles.
Je m'émerveille très souvent,
Mais il arrive cependant
Que je devienne soupçonneuse;
Ma raison me semble trompeuse.
Face à la splendeur, j'applaudis.
La vieillesse qui enlaidit,
Causant d'irréversibles drames,
M'attriste, je la trouve infâme.
Or Dieu fait bien tout ce qu'il fait.
Le temps de vie nous est donné,
À savourer comme une grâce.
Telle un mirage, elle s'efface.
3 décembre 2013
La partie d’adieu
(de mon beau- frère,Ted Waid)
Entourée des amis fidèles,
La famille invite à l’adieu.
Pas de prières et pas de voeux,
Dans cette salle sans autel.
Sur le cercueil des roses rouges.
Au-dessus un écran où bougent
Des images, fameux instants,
Tedy ravi, tout souriant.
C’est certainement l’âme en peine
Qu’on se retrouva réuni.
Mais les paroles sont sereines,
Se rappeler nous rajeunit.
Par son courage et ses mérites,
Sa vie fut une réussite.
Il ne fit jamais que le bien
Et sut rendre heureux tous les siens.
Or, pour une dernière fois,
Ted est notre hôte généreux.
Nous puiserons à notre choix,
Le buffet paraît savoureux.
Notre adieu est empli d’amour,
De simplicité, de douceur.
Tu nous as quittés sans retour
Mais restes vivant en nos coeurs.
8 août 2005
ELODIE HASLE : EAU EN COULEURS
En guise de dernier évènement pour l’année 2013, l’ESPACE ART GALLERY (Rue Lesbroussart, 35, 1050 Bruxelles) vous propose, par le biais de l’exposition intitulée EAU EN COULEURS, de visiter les œuvres de Madame ELODIE HASLE, une jeune peintre Française qui explore les tréfonds de la nature de l’huile et de l’aquarelle.
Avec ELODIE HASLE, nous assistons à l’ébauche d’une écriture plastique, laquelle paraît, dans un premier temps confuse, parce qu’en formulation, pour aboutir par la suite à un schéma extrêmement construit, dans lequel le trait appuie la trajectoire des droites, des horizontales et des obliques : LES DISPARUS (80 x 80 cm – acrylique sur toile)
– FEMME QUI PLEURE (80 x 80 cm – acrylique sur toile).
Dès l’approche de sa première époque, l’on sent que les couleurs se bousculent, presque anarchiques. Prises isolément, ces premières œuvres peuvent laisser le visiteur pantois. Le regard est saisi par des éclats de bleu, de rouge ou par cette explosion lumineuse émergeant d’un chromatisme en fusion où la matière pâteuse s’accroche à l’eau de l’aquarelle. L’eau et la matière. La communion d’une antithèse explosant sur la toile par la magie du vert marié au jaune (zone centrale), encerclé par le bleu (partie gauche), le rouge - en dégradés - et le brun, étalés sur la partie droite de la toile (VIVRE ! 80 x 80 cm - technique mixte).
Alchimie savamment dosée, donnant le sentiment d’un univers chaotique, cet ensemble vivant d’huile et d’aquarelle nous fait sentir l’opposition organique entre ces deux matières : la consistance pâteuse de l’huile, travaillée tant à la brosse qu’au couteau, opposée à la fluidité de l’aquarelle, dont la technique (pour ne pas dire la nature) consiste, rappelons-le, en un dosage dans lequel la quantité d’eau est supérieure à celle de la couleur.
Néanmoins, considérés, non plus individuellement mais comme une entité, ces tableaux forment une étape, la première manifestation d’un langage en formation, lequel au fil du temps, va se structurer en un dialogue réunissant géométrie et couleurs, l’une participant de l’autre.
A l’origine de la période actuelle de l’artiste, cette écriture trouve son aboutissement dans ces ensembles géométriques structurés par les droites, les verticales et les diagonales (mentionnées plus haut), conférant simultanément à l’ensemble un équilibre ainsi qu’une dynamique empêchant l’œuvre de sombrer dans le statisme.
L’art d’ELODIE HASLE est avant tout abstrait. Néanmoins, des ersatz de formes connues surgissent presque inopinément au regard du visiteur lorsque celui-ci se perd dans ses toiles. Tel est le cas pour VISAGES (80 x 60 cm – acrylique sur toile)
ainsi que pour L’ARBRE (50 x 100 cm – acrylique sur toile).
Si la figure humaine n’est exprimée que par des silhouettes définissables (à la fois absentes et présentes), émergeant d’un contraste fortement étudié, créé par des zones noires et blanches (VISAGES), L’ARBRE
porte en lui l’écho du temps fossilisé convié au regard par une série de segments stylisés, réalisés à la couleur noire, scandant des formes circulaires, vestiges des anneaux de jadis.
L’artiste, autodidacte et animatrice d’ateliers en arts plastiques auprès des jeunes, peint depuis sept ans. Elle a délaissé le figuratif pour aboutir à l’abstrait parce que, dit-elle, le visiteur avait du mal à se projeter dans son œuvre. Chose habituelle chez tout artiste, elle sait d’où elle part mais elle ignore où elle va. Quand on lui parle de langage pictural pour la définir, elle préfère parler en termes de « plaisir de travailler l’eau », transposant le mouvement dynamique en poésie.
La poésie est d’ailleurs son deuxième moyen d’expression. Aucun lien n’existe entre ses écrits et son œuvre picturale. A titre d’exemple, son recueil intitulé A CONTRE-JOUR. POESIES POUR PETITS ET GRANDS (Edilivre.com – 2010), dont nous présentons un texte, a été présenté par la CELLULE CULTURE - ENSEIGNEMENT comme un excellent outil pour faire découvrir la poésie aux jeunes.
TA BOUCHE
Ta bouche
Me touche
Ta bouche
M’émeut
Je la goûte
Et l’écoute,
Je l’embrasse
Ne m’en lasse
Bouche cousue
Moue boudeuse,
Bouche rieuse
Moue rêveuse
Ta bouche
Je goûte
Elle me touche
Elle me déroute
L’artiste est aussi l’auteur des illustrations qui parsèment son recueil. L’on retrouve son style où les couleurs se télescopent. La page de couverture nous montre une figure torsadée. Un buste humain dont les habits volent au vent dans une dynamique où les couleurs s’opposent tout en s’unissant. L’auteur chavire entre peinture et poésie avec le même bonheur vers une même recherche esthétique. Les mots s’entrelacent dans la musique et le sens. A l’instar des couleurs qui se nouent dans un même accord.
ELODIE HASLE qui a définitivement aboli la figure humaine de son répertoire, se consacre désormais à l’abstrait pensé comme terrain d’exploration créative où acrylique et aquarelle s’opposent dans leur nature à la fois physique et philosophique : l’acrylique chargée de matière et l’eau qui métamorphose les couleurs vers le cheminement créatif.
Lettres
N.-B.:
Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement.
Vous êtes cordialement invités à la présentation du dernier livre de Jacqueline Gilbert présenté par Aurélie Michel.
Le 7 décembre
À l'initiative de Monsieur Robert Paul
Mise en bouche de la part de Jacqueline Gilbert:
"J'aurai l'honneur et le plaisir de lire un choix de poésies, certaines issues de mes cinq recueils publiés, dont le dernier : La vie et plus..., vient de sortir.
Aurélie MICHEL, bibliothécaire à la commune de Waterloo, me fera l'amitié d'une présentation, son regard à la fois passionné et pertinent est un soutien précieux.
Encore enfant, au début des secondaires, j'ai eu la chance de rencontrer un merveilleux professeur de diction, elle s'appelait Mademoiselle JADOT et encore aujourd'hui, je revois son œil pétillant lorsque les mots récités sonnaient justes! J'écris des poèmes depuis si longtemps que j'ai envie d'écrire... depuis toujours! Dire avec peu de mots, une ambiance, un désir, une mélancolie, un souvenir...et donner aux mots un rythme, une musique qui les rend plus accomplis, c'est un peu le défi d'une poésie. Raconter une histoire en quelques strophes, évoquer, suggérer un parfum de vie, jouer avec les mots et espérer que notre jubilation soit comprise, c'est un challenge, un bonheur qu'on aime à partager.
Grâce à Monsieur Robert Paul, ce rêve va se concrétiser le sept décembre une nouvelle fois. Un petit bonheur de vie... j'espère en votre compagnie?"
Jacqueline Gilbert
Voici la biographie succincte d'Aurélie Michel :
Passionnée depuis l'enfance par la lecture de fiction, Aurélie Michel s'est tournée vers des études de lettres avant de s'intéresser aux secteurs de l'édition et de la librairie. Après avoir vécu à Paris et à Amsterdam, elle s'est installée dans le Brabant wallon de son enfance où elle exerce le métier de bibliothécaire. Elle aime le théâtre et toutes les formes d'expression artistique. Curieuse de tout, elle n'est ni cinéphile, ni mélomane, ni comédienne, mais apprécie la vie en compagnie de personnes cultivant ces centres d'intérêt.
Evénement: Samedi 7 décembre 2013 à 18 H 30 Lieu: Espace Art Gallery, 35 rue Lesbroussart à Bruxelles – Ixelles. Entrée libre. Une initiative Arts et Lettres.
C‘est dix ans après la libération que Gaston nous avait réunis tous les cinq pour la première fois. Il disait que c’était rendre hommage à Fernand qui avait été fusillé deux jours avant que la guerre ne soit achevée.
Nous devons faire notre devoir quoiqu’il nous en coûte.
Il nous avait installés autour de la table ronde qui leur servait, à son épouse et à lui, à recevoir leurs amis sans qu’une préséance quelconque irritât l’un ou l’autre de ses invités. En réalité, c’était la seule occasion que Juliette avait de sortir de l’armoire la nappe ronde qu’ils avaient achetée près d’Avignon.
Il y avait six chaises. L’une d’entre elle était inoccupée, celle qui était censée être celle de Fernand. C’était symbolique ; disait Gaston. Symbolique ou non, Fernand était bel et bien mort et n’existait que dans nos mémoires. Et durant la comédie que nous nous jouions.
Chacun de nous aurait pu être celui que ses amis honoraient aujourd’hui. Tous nous aurions pu être de ceux que les survivants évoquent en disant : nos morts.
Je ne me souviens pas du jour où Gaston nous avait proposé de nous réunir afin d’évoquer la libération de notre pays. Pas de notre pays seulement mais celle de tous les pays qui s’étaient trouvés en guerre contre les Allemands et qui avaient étés occupés par eux.
Gaston aimait à se souvenir pour de vrai si je puis dire. Ce jour-là, il avait revêtu le costume qu’il portait durant la guerre. Moins fripé parce qu’il le conservait dans une housse après l’avoir délicatement repassé. C’est une tâche qu’il ne confiait pas à Juliette. Repasser son pantalon l’aidait à se souvenir.
Quant aux autres, il avait bien fallu qu’ils mettent leurs vêtements habituels. Les années avaient passé, ils étaient plus corpulents, les matières textiles utilisées n’étaient plus les mêmes et, après la guerre, ils avaient repris sans regret leurs occupations habituelles.
Finalement, seul Gaston était mentalement bousculé. Il contemplait avec complaisance les pinces-pantalons qu’il conservait pieusement. Ces pinces-pantalons qu’il utilisait pour se déplacer à vélo durant la guerre pour transporter des tracts à la barbe des policiers allemands. Des policiers qui se moquaient de lui lorsqu’il enfonçait son béret jusqu’à hauteur de ses oreilles. Nous l’appelions : Gaston la pincette.
Nous étions âgés d’une vingtaine d’années. Pas beaucoup plus pour l’aîné d’entre nous. Je ne sais plus si le courage de nous opposer à l’occupant nous guidait ou le sentiment de participer à un jeu plus excitant que d’autres. De toute manière, chacun de nous avait le sentiment qu’il était immortel. Ceux qui ne l’étaient pas, nous ne l’avons appris que plus tard.
Les jeunes aiment à jouer au grand amour mais nous n’avions pas de liens réellement sentimentaux. Seul Fernand qui était presque marié. A Juliette précisément. Juliette qui avait épousé Gaston après la guerre.
Ce que Gaston voulait évoquer en nous réunissant, je ne l’ai su que plus tard. Nous pensions que c’était Fernand qu’il voulait honorer. En fait, il voulait évoquer la dernière image qu’il en conservait.
Fernand avait rendez-vous avec Gaston à la petite imprimerie qui imprimait leurs tracts. Ce jour-là, le texte qu’il avait écrit, il voulait le soumettre à Gaston avant de le remettre à l’imprimeur. Le texte appelait à la lutte armée. En gros, il disait : à chacun son allemand.
Était-ce le moment ou non ? Les jeunes gens que nous étions ne mettaient pas toujours en balance ce qu’ils préconisaient par rapport aux risques encourus. Fernand pensait que c’était le moment, c’est la raison pour laquelle il attendait Gaston chez l’imprimeur.
Gaston de son côté était au lit avec Juliette. Après qu’ils se fussent aimés, ils avaient pris la décision de dire à Fernand qu’ils s’aimaient, qu’ils avaient l’intention de vivre ensemble et de se marier.
Lorsque Gaston était arrivé à proximité de l’imprimerie, une voiture de la police allemande stationnait devant la porte. Trois militaires en sortaient et parmi eux Fernand et l’imprimeur.
Si Fernand n’avait pas attendu Gaston, si Gaston n’avait pas fait l’amour à Juliette, si…si. Avec des si, dit-on, on peut mettre Paris dans une bouteille.
Nous avons cessé de nous réunir.
Vous pouvez dès à présent commander mon dernier recueil : FACE A L’ÉTERNITÉ , en parution aux " Editions de la Fenestrelle " de NÎMES :
http://www.editions-fenestrelle.com/livres-ebooks/face-leternite-poesie/
Je remercie particulièrement mon ami Joan-Jaume BORRUT dont les illustrations magnifient cet ouvrage. Et Patrick MILANI pour la Préface...
Michel SIDOBRE
Auteur:
Acteur:
http://michelsidobre.blogspot.fr
Des fleurs, qui sont devenues fruits,
Pommes, raisins et mandarines,
Posés sur un plat y voisinent.
Au soleil, leur éclat reluit.
Émue, je m'écoute penser.
Lors, je contemple l'évidence,
La bonté de la providence
Et sa largesse à dépenser.
Étrange monde ensorceleur!
Y tombe une manne abondante,
Et de la folie délirante,
Dans d'époustouflantes couleurs.
2 décembre 2013
Ce n’est pas la télévision qui rend con. Ce sont les téléspectateurs qui sont cons.. .
La télévision leur sert les conneries qu’ils aiment.Voilà tout.
- Qui réalise les conneries,me demande-t-on ?
J'ai dit...On m'a répondu....j'ai dit.... Non ?
- Si.
- Mais alors, les cons c’est.…nous !
