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La passion de vivre

Dancing Jews / Z Stryjenska.jpg (25869 octets)

Chacun n'a ici-bas qu'un permis provisoire
D'y séjourner un temps. Il a loisir de croire
Qu'il restera vivant. En ce, il n'a pas tort;
Rien de grand ne se crée, en pensant à la mort.

Les jeunes tiennent pour certain, et c'est normal,
Que les êtres âgés, quand ils se portent mal,
Quitteront sans tarder le monde des mortels,
Et devraient, le sachant, changer leur rituel.

Le destin chaque jour agit en surprenant.
Il enlève la vie à de nombreux enfants,
Tandis que des vieillards, qui leur survivent, pleurent
Mais savourent les plaisirs jusqu'à leur dernière heure.

Certainement sereins, des sages ont écrit
Qu'il faut continuer, lorsque le sort meurtrit,
À rester en éveil, contemplant la beauté.
La nature a le don d'éblouir, d'exalter.

Connaissant bien les hommes, effrayés par la mort.
Dont le désir de vivre est toujours le plus fort.
La Fontaine a laissé sur ces faits une fable,
Rapportant les propos d'un vieillard fort aimable.

13/03/2004

Inspiré de la fable «Le Vieillard et les trois jeunes Hommes»

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Un poème que des notes portent

 

 

Des notes me venant en don,

J’y grefferais un beau poème.

Il deviendrait une chanson.

Le répandrait le vent qui sème.

J’y grefferais un beau poème,

Mes vers transcendés par des sons.

Le répandrait le vent qui sème,

Les notes engendrent des frissons.

Mes vers transcendés par des sons.

Ce sont les mots simples que j'aime

Les notes engendrent des frissons,

Une grâce, souvent extrême.

Ce sont les mots simples que j'aime.

Voudrais en faire des chansons.

Une grâce, souvent extrême,

Se crée à l'écoute de sons.

3/10/2005

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Histoire d'un révolutionnaire.

 Une histoire de révolutionnaire.

 

 

J’étais en train de lire quand j’ai entendu la sonnerie de la porte d’entrée. Je n’attendais personne. Nous étions en Septembre, il commençait à faire noir.

- Henri !

- Je peux entrer ?

- Tu es seul ?

Je l’ai fait entrer. Il a ôté son imper, il donnait l’impression de ne pas savoir ce qu’il devait en faire. Je le lui ai pris. J’étais indécis. Je suppose que moi aussi, je donnais l’impression de ne pas savoir ce qu’il fallait en faire. J’ai eu un moment le sentiment qu’il allait le reprendre. Je l’ai poussé vers un fauteuil du salon.

Lorsque j’ai connu Henri, j’avais quinze ans. Peut-être moins. Je ne m’en souviens pas exactement. C’est vrai que ça n’a pas d’importance. Mais ce sont souvent des détails de cette nature qu’on cherche à préciser au moment des funérailles d’un ami.

Par contre, je me souviens avec netteté du jour où nous avions été au casino de Trouville. Henri avait misé cent francs à la roulette. Le numéro était sorti mais le croupier avait repoussé toutes les plaques vers un autre joueur, un habitué sans doute, qui lui avait souri. Henri n’avait pas osé dire que deux des plaques étaient les siennes. Moi non plus, je n’avais rien dit. On est bête, parfois, à vingt ans.

C’est la mère de sa fiancée qui m’avait invité dans leur maison de vacances. Elle était d’origine anglaise, et elle avait conservé cet accent dont elle pensait qu’aux yeux des français, il avait un caractère aristocratique.

- Nous sommes ravis, Pierre, de vous avoir à notre table.

Elle me vouvoyait alors qu’elle m’avait connu jeune adolescent ami de sa fille Simone et de celui qui allait devenir son gendre, un étudiant doué et  brillant.  

C’est Simone qui me l’avait raconté. Un jour, lors d’une manifestation comme il y en avait de nombreuses en France en 1968, il était à côté d’un garçon qui avait jeté un pavé sur la tête du policier étendu devant eux.

-Arrêtes, arrêtes. Tu vas le tuer, avait crié Henri.

Le garçon était hors de lui. Il avait repris le pavé, et l’avait asséné sur le visage du policier. Quand  les autres CRS les avaient entourés, l’un d’eux, leur chef, avait crié :

- Qui a frappé ? C’est toi ?

Le garçon avait secoué la tête. Il était transi de peur.

- C’est toi ?

Henri avait tendu le doigt. Le garçon s’était mis à pleurer.

- Je ne voulais pas, je ne voulais pas.

Plus tard, Henri apprit qu’il s’agissait d’un jeune métallo qui croyait que la révolution avait éclaté. Il était allé au bout de ses convictions. CRS-S.S. avait-il crié.

Simone enseignait l’anglais. Henri avait son diplôme de philo-lettres. Il balançait entre une carrière de chercheur dont il disait en riant : chercheur de quoi, ou un travail de traducteur plus proche de ses goûts. Il soulignait, sans rire cette fois, que ça l’obligerait à mettre les mains dans le cambouis des tâches terre à terre.

Il n’y avait plus de vingt ans que la guerre s’était achevée, et dans l’esprit de beaucoup de jeunes, il était temps qu’on transformât le monde. Derrière le Parti Communiste, le Parti de la classe ouvrière, le Parti des Fusillés.

C’est à la fête de l’Huma qu’il avait demandé sa carte du Parti. Le stand était tenu par des jeunes gens. L’un d’eux lui avait crié:

- Salut, camarade.

Henri avait compris qu’il se trouvait parmi les siens.

- Salut, camarade.

Le jeune homme qui l’avait accueilli se nommait Simon Deltenre. Il lui avait demandé son nom et son adresse.

- Tu feras partie de la section Est. La cellule Bergère, c’est la mienne aussi. Ta carte te sera remise par le camarade Chauffier. Tu devras lui payer ta cotisation. Tu es étudiant ? Il n’y a pas de honte, camarade.

Mais Henri avait rougi. Ce sont les travailleurs qui sont les bâtisseurs du Futur. C’est drôle, même le discours oral avait ses majuscules.

Après s’être mariés, Henri et Simone avaient loué un petit appartement dans le neuvième arrondissement. Deux pièces et une cuisine, côté cour. Lui ne voulait pas attendre, il voulait travailler comme un prolétaire. C’était aussi l’époque des prêtres-ouvriers. Il n’y avait que les ouvriers de chez Renault qui se plaignaient de leur condition sociale.

Un grossiste en textiles cherchait un chauffeur pour effectuer ses livraisons, ce n’était pas mal payé, Henri fut engagé dès la première entrevue avec son futur patron. Il présente bien, pensa le patron, on dirait un étudiant des grandes écoles.

J’ai ouvert la bouteille de whisky.

- Tu es sûr que je ne te dérange pas ?

- Bien sûr que non ! Tu aurais du me prévenir. Et Simone ?

- Elle est à Paris. Je reviens d’Espagne.

- D’Espagne ? Je croyais que les démocrates boycottaient l’Espagne de Franco ?

- Toujours aussi moqueur. Je suis content de te revoir, Pierre. Bien que les circonstances ne soient pas les meilleurs pour des retrouvailles. Hélène n’est pas là ?

- Elle est chez sa mère jusqu’à demain.

 - Je peux dormir ici ?

Il y avait près de six ans que nous nous étions revus. Le jour de mon mariage. Simone et lui étaient venus de Paris sur une moto dotée d’un side-car. Tous les deux avaient enfilé un blouson de cuir. Ils avaient sur la tête une casquette comme en portaient les aviateurs durant la guerre.

On se voyait peu mais on se téléphonait souvent. Ils ne parlaient que de théâtre ou d’événements qui se déroulaient soit en France soit aux Etats-Unis. Parfois, en Union Soviétique.

En France, ils étaient de nature sociale. Aux Etats-Unis, il s’agissait de politique impériale, et de la pire espèce. Quant à l’Union soviétique, les questions essentielles touchaient à la culture. Hors du Parti, le Parti c’était le parti communiste, rien de notable n’avait d’existence digne d’être commentée.

D’après ce que j’ai compris par après, en sortant d’une réunion de cellule, il s’était trouvé face à Juan Moralès, le fils d’un de ces républicains espagnols qui avaient rejoint la France à l’avènement de Franco. Juan avait été son condisciple à Philo-Lettres. Le hasard sans doute, ils ne s’étaient plus rencontrés depuis la sortie de la Fac. Juan et lui avaient été de bons amis qui pouvaient parler des heures durant de politique et de philosophie.

- Nous avons besoin de toi, Henri.

- Nous ?

Ils s’étaient attablés à la terrasse d’une brasserie du Boulevard Montmartre.

- Tu veux nous aider, Henri ?

Le cœur d’Henri s’était mis à battre plus vite. Un seul instant avait suffi pour que la vie de Juan, une vie secrète, il l’avait deviné, celle d’un militant, prenne un relief aussi marquant que celui des personnages de l’ombre qui naissent lors des bouleversements de l’histoire.

On était en 1975. Franco était fort malade. Certains disaient qu’il était aux portes de la mort, d’autres disaient qu’il était déjà mort mais que la nouvelle, pour des raisons de haute politique,  était dissimulée au peuple espagnol.

Il y avait comme une césure dans le cours de l’Histoire. Rien ne bougeait. Même le parti communiste, le fer de lance de la lutte, se taisait.

Juan et ses camarades refusaient d’être nés trop tard. Quelques années plus tôt, ils auraient porté l’uniforme républicain. Certains ne s’en tireraient pas à si bon compte. Ils paieraient.

Tout le monde le sait. L’Histoire, c’est aussi l’histoire de chacun d’entre nous. Il y a deux histoires, aussi séparées l’une de l’autre que le sont les planètes: celle de ceux qui traversent leur existence sans savoir qu’ils en sont les maîtres mais qui l’ignorent ou qui veulent l’ignorer, celle de ceux qui se l’approprient tant qu’ils en ont la force.

Henri, soudain, se rendait compte qu’il n’attendait qu’un signe. Dieu ou le destin, ce n’étaient que des mots pour justifier une soif inexplicable de vivre autrement ou autre chose.

Juan faisait partie d’un groupe de jeunes révolutionnaires, des élèves de l’école d’architecture de Barcelone, qui voulaient contribuer à la fin du régime avant que la monarchie ne remplace la dictature. Seuls des coups de feu pouvaient attester de leur existence.

Juan avait acheté des armes, des pistolets, dans une maison située en banlieue parisienne qui alimentait en armes ceux qui en avait besoin pourvu que ce soit contre argent comptant.

- J’ai payé, j’ai mis les armes en lieu sûr. Mais j’ai le sentiment d’être surveillé, Henri. Ces armes sont dans un sac de sport, à la consigne. Il faut les acheminer à la frontière. Quelqu’un t’attendra à Perpignan.

Juan n’avait pas demandé à Henri s’il était d’accord. Peut être qu’il l’avait deviné en le regardant. Peut être que Henri était d’accord avant même que la question ne lui ait été posée. Qui sait ce qui motive les gens au delà des apparences. Qu’il s’agisse de vie ou de mort.

- Je dois m’absenter pour quelques jours.

Simone avait compris qu’il s’agissait de quelque chose d’important. Cette nuit là, ils s’aimèrent avec la gravité qui accompagne les gestes qui comptent. Dont le souvenir, un jour, aura l’éclat du diamant.

A Perpignan, Henri était attendu. Par un jeune inconnu et par Juan qui souriait. Il y a, paraît-il des poignées de main qui valent de grands discours. Henri avait les larmes aux yeux.

Il avait eu peur durant tout le voyage. Il avait fait semblant de ne pas regarder le sac qu’il avait hissé sur le filet, en face de lui. Son regard l’y ramenait constamment.

- Ne dis rien, Juan. Ce n’était pas grand-chose.

Je veux vous accompagner.

- Il faudra traverser la montagne à pieds.

Ils traversèrent la frontière à la hauteur de Figueras dès l’aube. Le soir, ils étaient à Barcelone.

La suite de son aventure espagnole, je l’ai appris une autre fois. Il m’avait téléphoné avant de venir. Non pas de Paris comme il eut été naturel mais de Bruxelles où il était déjà.

- Hélène est là ?

- Pas de chance, Henri. A croire qu’elle te fuit, elle est chaque fois chez sa mère quand tu es à Bruxelles. Tu dors chez nous, je suppose.

Henri m’inquiétait sans que je puisse en donner la raison. C’est moi et moi seul qu’il voulait rencontrer. Il était à peine assis qu’il parlait.

Cette fois là, il se rendait à Barcelone sans raison impérieuse. C’est l’atmosphère de cette ville qui lui était utile.

- Non. Pas utile. Nécessaire, Pierre. On dirait que la vie s’y est arrêtée. Hors du temps, et en même temps…

La première fois, ils s’étaient retrouvés, Juan, son ami et lui dans un petit appartement situé entre la Cathédrale et les Ramblas. Ils étaient six. Cinq garçons et Manuela.  Ils regardèrent les armes et Victor, le plus jeune d’entre eux, fit semblant de viser une statuette qui se trouvait sur la cheminée comme il l’avait vu faire dans des films policiers.

- Dès demain, nous devrons décider de la cible.

Ferdinand, c’est lui qui les recevait, avait sorti d’une armoire la bouteille de Xérès, et rempli les verres. Puis, chacun prit congé. Henri avait accompagné Manuela chez elle.  

 Deux fois, il était revenu chez Ferdinand. Non plus pour y apporter des armes mais pour participer à l’élaboration de l’Histoire. Franco, disait-on, était entre la vie et la mort. La nuit, il la passait chez Manuela.

Manuela se voulait une passionaria qui vouait sa vie à la classe ouvrière. L’image de la révolution. Elle faisait l’amour avec passion.

C’est le jeune Victor qui bouleversa tous leurs plans. Il n’avait pas pu attendre. Il avait tiré sur un garde-civil sans l’atteindre, et il s’était fait arrêter. Une histoire lamentable et banale qui le mena en prison non pas comme un révolutionnaire mais comme un délinquant ordinaire. Franco venait de mourir officiellement, l’Histoire de l’Espagne se remettait en route.

Par prudence, le groupe s’était dissous et leurs membres s’étaient dispersés. Manuela avait quitté Barcelone. Henri n’avait pas cherché à la retrouver.

Un an plus tard, il avait revu Juan qui s’efforçait d’être engagé comme fonctionnaire à la  municipalité. Il avait des qualités de leader et saurait diriger un service sans difficulté.

Tout en parlant, nous avions vidé quelques verres de whiskys.

- Je vais préparer ton lit.

- Merci, Pierre. Pas ce soir.

Je n’ai plus revu Henri. Beaucoup plus tard, Henri était mort, Simone, au téléphone, avait évoqué ce qu’elle appelait sa période espagnole.   

Dans la cellule Bergère, sa cellule, les problèmes évoqués ne changeaient pas souvent. Les élections municipales, les manifs, les instructions du Parti. Henri n’y prenait plus la parole que rarement. Simone l’accompagnait mais ils ne s’asseyaient pas côte à côte. Dans la cellule, ils étaient des membres de la cellule avant d’être mari et femme.

Henri ne travaillait plus comme chauffeur. Un membre de la Fédération lui avait proposé de seconder le dirigeant d’une entreprise du Parti.

Elle importait des appareils photographiques d’Union Soviétique. Il en devint le dirigeant.

A plusieurs reprises, il s’était rendu à Moscou. Un haut fonctionnaire du ministère avec lequel il lui arrivait de dîner, lui avait dit un soir :

- Tu ne feras pas une belle carrière, Henri. Tu feras une grande carrière. Tu as l’étoffe d’un chef.

Henri avait levé son verre de vodka. Il n’éprouvait pas de joie particulière. Il se souvenait du jeune homme qu’un simple carte, à la fête de l’Huma, en 1970, avait projeté dans la vie.

Il faut bien vieillir

 

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l'automne selon Pouchkine

 

Extrait de Eugène Onéguine – POUCHKINE

« déjà le ciel annonçait l'automne », traduction I Tourgueniev et L Viardot

Уж небо óсенью дышало,
Уж реже сóлнышко блистало,
Корóче становился день,
Лесóв таинственная сень
С печальным шумóм обнажалась,
Ложился на поля туман,
Гусей крикливый караван
Тянулся к югу: приближалась
Довóльно скучная пора;

Стоял ноябрь уж у двора.

Déjà le ciel annonçait l’automne,

Le soleil brillait moins fréquemment ;

le jour s’accourcissait ;

la mystérieuse toiture des bois se dépouillait avec un bruit lugubre ;

des brouillards se roulaient sur les champs ;

les caravanes d’oies criardes se dirigeaient vers le sud ;

la plus triste époque de l’année s’approchait :

novembre était sur le seuil de la porte.



Ouj niébo oscéniou dychala,

ouj riéjié solnychko blisstala,

karotchié stanavilçia dièn,

liéçov tainistviénnaia cièn

c piétchalnim choumom abnajalass,

lajilçia na palia touman,

gouçeï kriklivyï karavan

tianoulçia k'yogou: priblijalass

davolna skoutchnaïa para;

ctaial naiabr ouj ou dvara.

Déjà dans les nuages on respirait l'automne,

déjà le soleil brillait moins,

les jours devenaient plus courts,

les frondaisons mystérieuses des forêts

s'étaient dénudées avec un triste bruit,

 

sur les champs s'étendait la brume,

la caravane crialliante des oies

allait s'éteignant vers le Sud:

s'approchait une assez ennuyeuse période ;

novembre se tenait devant la porte.

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Une vie pour rien.

 

 

 

Robert - en ce temps là il se nommait Jonathan, Jonathan Braunberger - était né à Gdynia en Pologne. Lorsque les  allemands envahirent la Pologne, il était âgé de quatorze ans. Il fréquentait le collège depuis trois ans, et prévoyait d’entrer plus tard à l’Université de Cracovie pour y apprendre la philosophie.

C’était un adolescent intelligent, fort séduisant, qui retenait le regard des jeunes filles autant que celui de leur mère.

Le soir, Jonathan se rendait à la Yeshiva, une école dirigée par des rabbins, où il apprenait l’hébreu et la Thora. Dans chacun de ces établissements, il apprit le plaisir de la discussion et l’importance qu’il y avait à chercher et à trouver les bons arguments. Il faisait la joie de ses parents. Orthodoxes, ils respectaient les rituels prescrits, et toutes fêtes étaient motifs à se ranger aux côtés des élus. Aux yeux de leur dieu, ils étaient des modèles vraisemblablement.

Son grand père, Salomon, était un rabbin respecté de la communauté. Souvent, Jonathan lui rendait visite pour lui parler de ses études ou lui demander conseil. Avec son grand père, il ne craignait pas d’avoir les sujets de conversation qu’il ne pouvait pas avoir avec son père. Au sujet des filles par exemple. Il faut bien le reconnaitre, juives ou non, aux yeux d’un jeune garçon, elles avaient toutes des attraits qui donnaient à rêver, la nuit généralement, et même alors qu’on ne dormait pas encore. 

Jonathan avait un frère, Samuel, de deux ans son cadet, et beaucoup moins préoccupé de religion. Lorsqu’il jouait avec ses amis, juifs ou non, les coups pleuvaient fort de part et d’autre. Samuel avait appris très tôt que les coups étaient beaucoup plus convaincants que les arguments les mieux élaborés lorsqu’on avait affaire à des interlocuteurs que la philosophie n’intéressait pas.

Qui peut dire lequel des deux frères avait raison ?

Avant la guerre déjà, il y eut les lois anti-juives. Et déjà les pogroms encouragés par les autorités allemandes. Tuer ses semblables défoule, a dit je ne sais plus quel sociologue. Un soir que Jonathan était auprès de son grand père, un groupe dont personne n’eut été capable de dire quel en était le plus soûl des participants, deux d’entre eux, munis d’une hache, fracassèrent la tête du rabbin, tandis que les autres le tirèrent hors de chez lui, et l’abandonnèrent en criant mort aux juifs. Cette frénésie à tuer les avait empêchés de voir Jonathan, pétrifié derrière l’armoire où le grand père rangeait la Thora.

C’est ce jour-là vraisemblablement qu’il apprit à se taire, et que ses yeux prirent cette couleur de noir qui fit dire, longtemps après encore, qu’il avait de beaux yeux dans lesquels ont se serait noyé.

Ses parents et lui furent arrêtés un peu plus tard. Ils furent mis dans des camps de concentration, séparés et, probablement, brûlés dès que les premiers fours furent construits. A l’exception de Jonathan parce que le commandant du camp avait été séduit par sa beauté. Et par son intelligence, affirmait-il.

Les commandants de camps étaient des officiers. Des gens qui sortaient des bonnes écoles. Ils étaient sensibles à l’intelligence et à la beauté. Il fît de Jonathan son domestique personnel, et son amant. Jonathan voulait vivre. A tout prix.

A la libération du camp, il vivait en effet. Il émigra en Belgique. Mais il n’était plus orthodoxe, il avait un compte à régler avec le tout puissant.

Saisi d’une fringale de connaissances, Jonathan entama des études de droit. Il voulait devenir avocat. Sa femme trouva un poste dans un Grand Magasins de sorte qu’en se serrant au maximum ils purent subsister. Le soir et le week-end Jonathan donnait des cours de français à des compatriotes. Ce n’était pas un français impeccable mais il était amplement suffisant pour des gens dont la plupart ne parlaient qu’à leurs compatriotes.  

Jonathan faisait les choses systématiquement. Il disait qu’il était nécessaire de se tracer une route à suivre et de la suivre scrupuleusement si on voulait atteindre le but qu’on s’était fixé.

A la fin de ses études, il entra en stage dans le cabinet d’un de ses professeurs. Il s’exprimait désormais parfaitement en français. Seul, un léger accent révélait ses origines. Et la langueur de son regard, typiquement slave, disait ses interlocutrices.

Lorsque sa femme mourut d’un cancer, il décida de mourir à son tour. Il n’avait rien oublié. Il avait un compte à régler avec le très haut.

 

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L'amour fort comme la mort

 

 

Quand on s’éloigne, sans coeur lourd,

De l’être qu’on avait aimé,

S’agissait-il bien d’amour

Ou d’un sentiment présumé ?

On s’abuse facilement.

Quand l’ardeur d’un être nous flatte

On l’entretient étourdiment,

Et souvent avec trop de hâte.

Bien sûr, inspirer du désir

Fait ressentir de l’allégresse.

On confond amour et plaisir,

Ignorance de la jeunesse!

Mais une fois devenu sage,

Capable de lucidité,

On rêve d’innombrables pages

Vécues dans la complicité.

Quand on a trouvé l’âme soeur

Et appris l’oubli de soi-même,

Nulle place pour la rancoeur,

Lors en dépit de tout, l’on s’aime.

André Chouraki a décrit

Son amour défiant le sort,

En fit un émouvant récit

Dans «L’amour fort, comme la Mort»

30 avril 2005

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REPOS...

Quand sommeil m'envahit de son voile de douceur

Que de ma résistance il se fait le vainqueur...

Je sens des membres lourds se détendre dans l'instant

Et les dégâts du jour s'estomper en rêvant!

Cet instant quotidien relève du divin

Qui nous ramène veinard à nos premiers instincts!

Oui, j'aime infiniment quand le soir est tombé

Me laisser emporter au loin, les yeux fermés...

Et si l'aube me trouve à nouveau éveillée...

C'est pour surprendre le jour, toujours émerveillée!

J.G.

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administrateur théâtres

 Jean et Irène Ransy ayant laissé leur oeuvre et leurs avoirs à la Province de Hainaut, en souhaitant l'attribution d'un prix de peinture figurative, il est institué par décision testamentaire un concours biennal dénommé Prix Jean et Irène Ransy—Prix de peinture figurative dont l'organisation est confiée au Secteur des Arts plastiques de Hainaut Culture Tourisme.

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Vous êtes peintre figuratif, âgé de moins de 45 ans, né ou résidant en Belgique depuis au moins trois ans ? Le Secteur des Arts plastiques de Hainaut Culture Tourisme lance l’édition 2014 du prix biennal Jean et Irène Ransy.  

Inscrivez-vous avant le 27 janvier ! Une exposition collective et 5.000 euros à remporter.


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Ce concours a pour vocation de mettre en évidence la pratique de la peinture figurative comme moyen d’expression de l’art actuel en offrant aux plasticiens l’espace et les moyens de présenter leur travail au public à l’occasion d’une exposition collective. Le lauréat recevra une somme de 5.000 euros destinée à l’aider dans son projet artistique. Un jury d’experts établira une présélection sur base des dossiers reçus et le lauréat sera proclamé lors du vernissage de l’exposition en mars 2014 (lieu à déterminer en Province de Hainaut).


Plus d'information sur : artsplastiqueshainaut.tumblr.com

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Respiration des mots,

L'émotion, la joie, le bonheur,

n'exigent ni virgule, ni point-virgule,

des points encore moins,

au cœur de l'écriture.

Flot ininterrompu, musical, 

lexical et diapré ;

il court si vite, sans tomber.

Seuls le soleil et le ciel,

réussissent à l'attraper un peu,

l'arrêter, le calmer.

La poésie venant de là,

une note magique,

parmi bien d'autres..

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Fabienne sur scène

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Une aquarelle d'Adyne Gohy

Inspirée par une poésie en musique de Fabienne Coppens

Voici un résumé du spectacle de Fabienne

à La Samaritaine en 2012

 

Eugénie

Personne ne l'attend

Elle rêve pourtant

Que quelqu'un l'attend...

Pour rentrer chez elle

Elle s'invente des ailes

Elle voit sa vie en grand

Dans les journaux du vent

Se répète les mots

"Amour et braséro"

Un ange, à ses côtés

L'empêche de tituber

...Une présence née

  De son solo salé

            Alors, Eugénie appelle son génie pour alléger sa vie Eugénie...          

                                                                 

Par les lignes de ses mains

Elle sait que quelqu'un vient

Elle parie juste un peu

Avec son coeur en deux

Qu'elle trouvera le feu

Qui brûlera ses maux

Ses fards (phares) et ses bobos

Fini de garder pour elle

Ses joies et ses querelles

Quand on est seul tout le temps

Il en faut du talent

Pour s'offrir du bon temps

Et loué de l'allant...

Alors Eugénie appelle son génie pour alléger sa vie

Elle n'est pas vraiment elle

Avec personne à elle

Y'a des bouts de sa vie

Qui manquent de folie...

Personne ne l'attend

Elle rêve

pourtant

Fabienne Coppens

Un partenariat

Arts

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Lettres

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Noël,

Devant l’âtre, sourire, s’étirer,

un chat ensommeillé,

senteur de bougie blanche,

flamme étincelante, tremblante,

silencieuse.

Votre voix argentée, de verre,

fragile, trop émue,

mélodie du cœur, du corps,

un murmure transparent.

Un panier d’osier, des oranges,

un câlin de toi, d’ange,

une enfant dans le châle de sa mère,

rassurée, bercée,

devenue grande.

Une école miniature, au pied d’un sapin nu,

des pâtes de fruits, des confitures, des figues,

des friandises à l’infini,

un chocolat chaud dans une tasse blanche,

des billets doux de mon premier amour,

des souliers impatients,

petits et grands,

des nappes blanches, des dentelles,

des buches qui chantent dans la maison illuminée,

des vins précieux, des liqueurs multicolores,

des jouets du monde entier,

des poupées noires, blanches,

des rires, des étonnements, des joues rouges,

une splendeur d’enfer,

le paradis dans les yeux de ma mère,

l’horloge en fête jusqu’à l’aurore,

point de crèche, mais partout de la grâce,

de l’élégance, des ensoleillements,

des chants célestes et bleus,

des larmes chaudes, vermeilles.

Dehors une forêt brune, gémissante,

embaume, enchante le monde de l’enfance,

sur elle, un superbe lainage blanc féérise l’hiver.

Oh voici noël.

 

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La vie est courte

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La vie est courte comme un jour
Dont le soir suit de près l’aurore ;
L’heure fuit, le couchant se dore,
Le temps s’envole sans retour.

Les saisons pleurent tour à tour
Sur les fleurs qu’elles font éclore...
La vie est courte comme un jour
Dont le soir suit de près l’aurore.

Il faut en faire un doux séjour,
Un nid familier et sonore,
Où quelque chose chante encore
Après la jeunesse et l’amour...
La vie est courte comme un jour.

Henri Warnery
1859-1902

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Automne aux reflets d'incendie

Douce chaleur aux pommettes rosâtres

Lumière d’automne me caresse le visage

Errant dans le bois,  je vois les tilleuls se dénuder

Alors que les feuilles ambrées s’effondrent en pépites d’or

Je les entends crisser sous mes pas


 

Chantonnant leurs Adieux les hirondelles s’éloignent dans l’éther

Telle une bohémienne mes cheveux flânent au vent

Et même quand le ciel s’habille de gris, je souris à la vie

Parce que je sais que les lueurs d’astre jaune surgiront bientôt

05/12/2013 

Nada

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La vie est mal faite.

Bernard et Julien étaient des amis « à la vie à la mort ! ». Les indiens, paraît-il, se transfusaient une goutte du sang de l’autre, c’était une forme de serment. A vingt ans, on le sait, beaucoup de serments sont échangés.

Ils avaient rencontré Cécile lors d’un thé dansant. Tous d’eux s’en étaient immédiatement épris. Bernard parce les femmes sexy l’aveuglaient, et Julien parce ce qu’il portait autant d’amour à l’amour qu’aux femmes qui le suscitaient.

Julien se souvenait encore de leur première danse. Il avait tenu Cécile entre les bras mais il avait veillé à ce que sa poitrine reste éloignée de la sienne. Il ne voulait pas qu’elle puisse penser que c’est son corps qu’il désirait, ni qu’elle puisse sentir la vigueur de son sexe tendu.

Bernard, au contraire, c’est son corps, pensait-il, qui était le meilleur messager auprès d’une femme. Aucune femme, prétendait-il, ne se sentait offusquée par les désirs qu’elle inspirait. Il dansait corps contre corps. Si sa cavalière s’écartait, il revenait à la charge. Puis, si c’était sans succès, il changeait de cavalière.

Cécile était jolie. Aguichante, elle regardait les hommes, les yeux largement ouverts, le regard d’une naïveté si évidente qu’elle apitoyait tous ses professeurs masculins. Et les jeunes gens. Les hommes plus âgés, elle les excitait pour mesurer son pouvoir de séduction. Mais rien de plus.

Bernard avait la corpulence qui correspondait à son caractère extraverti, à son goût des défis en matière de conquêtes féminines, à son souci constant de paraître le plus fort. Un peu enveloppé, il prétendait que ce n’était pas le gras propre aux gourmands mais le muscle des sportifs. Il accentuait son image en protégeant de plus faibles que lui. En l’occurrence, c’était Julien dont il était l’ami et le mentor. C’est à Julien qu’il confiait ses prouesses

Le caractère façonne l’apparence. Souvent quoi qu’on en dise. Julien était maigre, économe de ses gestes, il avait le regard noir et scrutateur. Discret de nature, il se voulait efface. Il répétait les mots d’une chanson quasi philosophique qui impressionnait les jeunes filles :

- Je partirai comme je ne suis jamais venu. 

C’est tout naturellement Bernard que Cécile avait épousé. Alors que c’est de Julien qu’elle était amoureuse. Elle était peut être persuadée que de cette manière, ils ne seraient jamais très loin l’un de l’autre. La vie est ainsi faite.

Au retour de leur voyage de noces, Bernard s’était confié à Julien.

- Pas terrible. Elle est douée, c’est vrai. Mais il faut tout lui apprendre. D’un côté tant mieux, elle veut tout savoir. Mais les nuits en sont plus longues.

Les filles se font souvent des confidences de même nature.

Julien était resté célibataire. Il avait son couvert chez Bernard et Cécile. En retour, il leur disait ce qui était juste ou non. C’était Cécile, surtout, qui écoutait ses propos avec intérêt, les yeux fixés sur lui, le menton appuyé sur la paume de la main droite.

En revenant chez lui, Julien imaginait avec beaucoup de détails, la manière dont Bernard invitait sa femme à se mettre au lit. C’était mettre du sel sur une blessure ouverte. Dans les romans, on tue pour beaucoup moins que cela.

Cet été là, Bernard et Cécile l’avaient invité à les accompagner au Club Méditerranée. Signe de la paix  pour ces amis de toujours. Bernard pouvait faire la cour à d’autres filles pendant que Julien tenait compagnie à Cécile. Parfois cependant après le repas Bernard et Cécile se retiraient dans leur case pour ce qu’ils appelaient en riant une sieste crapuleuse.

-Tu viens avec nous ?

Julien, une fois de plus, l’aurait tué. Il riait, mais le ventre brûlant, il se ruait dans la mer.

Au retour, il acheta un revolver. Il le rangea dans un tiroir dans l’attente d’une poussée d’adrénaline qui lui obscurcirait le cerveau.

Un jour, sans même qu’elle l’ait prévenu, Cécile avait sonné à la porte de son appartement. Elle entra, elle paraissait exténuée.

- Je n’en peux plus, Julien. Il a découché sans rien dire. Il a rencontré une autre femme.

- Mais non.

- Il y a quinze jours qu’il ne m’a plus touchée. Je ne lui plais plus?

Il lui avait serré les bras. Plus tard, il s’était demandé si c’était pour la réconforter ou pour l’empêcher de s’abandonner contre lui.

Elle avait les larmes aux yeux.

Bernard ne prenait plus de précautions, il découchait souvent. Il riait lorsque Julien suggérait qu’il courrait des risques quant à leur union. Parce que Julien avait évoqué les larmes de Cécile, il avait répondu :

-Tu n’y connais rien aux femmes, Julien.

Le lendemain, il avait le regard triomphant du mari comblé. D’une tape sur l’épaule, il avait rassuré Julien.

- Je te l’avais dis, tu n’y connais rien aux femmes. Il serait temps, pourtant.

Il se pencha vers lui.

-Quel tempérament ! Le manque nourrit le besoin, n’oublies pas Julien.

Une fois encore, Julien avait souhaité sa mort. Parce qu’il avait trompé Cécile ? Parce que le raisonnement de Julien était faux ? Il ne savait pas.

Cécile venait chez Julien à chaque fois qu’elle avait besoin de parler. Lorsqu’elle se décida enfin à se séparer de Bernard, c’est chez Julien qu’elle était venue en premier.

- Tu comprends. J’ai reçu une lettre anonyme. L’adresse de sa maitresse. J’y suis allée. Elle était en peignoir, et lui, au fond de la pièce, affalé sur un divan, il était nu.

Cécile était libre désormais. Julien quant à lui n’était plus lié par l’amitié. Elle s’abandonna contre lui. Il la repoussa tendrement.

- Il faut réfléchir, Cécile. Aujourd’hui, tu réagis comme ça mais demain ?

Elle partit sans fermer la porte.

Ce n’était ni la timidité ni l’amitié qui retenait Julien, c’était la lâcheté. Sur lequel des deux aurait-elle pu  s’appuyer : Bernard, le menteur dès qu’il s’agissait de filles ou Julien, l’homme apparemment droit ?

Autant elle l’avait aimée, autant elle le haïssait. Il n’était pas réfléchi, il était calculateur. Ses caresses, elle n’en voulait plus. Mais, du coup, elle avait le sentiment d’avoir été abandonnée deux fois.

Il y a toujours un homme disponible pour soutenir une jolie femme dans le malheur. Cécile prit un amant.

- Elle a un amant.

Julien en parla à Bernard. Bernard opina de la tête.

- Ma parole, tu es jaloux. Puisque tu l’aimes, profites-en. Elle vaut le coup, tu sais. Je te confierai quelques trucs qui la font sauter de plaisir.

Un verre de whisky suffit à rendre raisonnable une idée folle. Julien pensa que c’est l’amant qu’il tuerait. Julien se dirigea vers le tiroir où il avait rangé le revolver. Puis, il téléphona à Cécile.

- Je veux te voir Cécile.

- J’attends quelqu’un.

- Je viens.

Elle était belle. Elle n’était pas effrayée. Face à face, il lui dit qu’il la voulait.

- Jamais.

 Ce fut comme un viol. Elle gémissait.

Rentré chez lui, Julien revit la scène, les coudes sur la table. Il avait déposé le revolver devant lui. Il glissa le canon dans la bouche, et fit feu.

Durant ce temps, Cécile revivait la scène également. Elle venait de retrouver le Julien amoureux dont elle avait toujours rêvé. Rien qu’eux deux désormais, et pour toute la vie.

La vie est mal faite. 

 

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J’ai été traversé d’une illumination de nature sociologique. J’avais dit : merde comme il arrive souvent lorsque quelque chose vous contrarie.
Je n’en suis pas honteux, tout le monde dit merde à l’exception de ceux qui disent : oh, putain ! lorsqu’ils se coupent le doigt.
Il fut un temps où le mot était tabou. On prononçait : « les cinq lettres ! » . S’il fallait en dire davantage, on soulignait d’un pied de nez. Plus tard, les écrivains ont une audace folle, on écrivit : M….Oui, M… ! Le mot venait d’être consacré par la littérature.
Plus tard encore, la vulgarité s’est installée dans nos mœurs. On a dit merde à tout bout de champ. Je m’y suis habitué, c’était commode.
Et voilà qu’aujourd’hui, chez les jeunes que rien ne devrait effrayer, on n’ose plus dire merde, on dit m.d.r.
Je l’avais prévu. C’est le retour du balancier. Bientôt, les bonnes mœurs reprendront droit de cité.
Un jeune me dit que M.D.R ne signifie par Merde ! Mais: mort de rire
Merde !

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