38 belles signatures enrichissent ce dernier numéro de décembre 2013. Bravo "Traversées" !!
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A MONSIEUR ROBERT PAUL et à tous ceux qui font partie du magnifique réseau d'ARTS ET LETTRES...
C'est bien une façon d'acter
Qui un jour nous a emmenés
En ce cocon si convivial
Qu'il en est devenu familial!
Alors en cette fin d'année
Je vous envoie cette pensée...
Non, je ne dirai pas la phrase
Qu'on distribue avec emphase...
"Joyeux Noël et bonne année"
Me semble un peu trop exploitée!
Pour vous je veux tout un bouquet
De vœux sincères de mots discrets...
Je vous souhaite de rêver
Que rêve devienne réalité
Que le ciel bleu soit votre lot
Que le bleu ne soit jamais trop!
Je vous souhaite l'impossible
Que le possible vous soit audible!
Et puis aussi ce grain de folie
Folie de rendre la vie jolie...
Et puis de vivre les yeux ouverts
Sans vous mettre tête à l'envers!
Je vous souhaite d'oublier
Que nous ne faisons que passer!
Et puis d'ignorer les toujours
Mais de toujours croire en l'amour...
Je vous souhaite du fond du cœur
D'un cœur de trouver le meilleur...
A l'année prochaine
J.G.
Il reste assis
ne gesticule ni ne parle,
il clique, clique, clique.
Le professeur computeur

Certaines scènes de la vie,
Que l'on en aie ou non l'envie,
Se présentent restées vivantes.
Certaines furent éprouvantes.
Petite fille pleine de charme,
Sans répit, le visage en larmes,
Elle réclamait sa maman.
Son désespoir était poignant.
Cependant le soleil brillait.
Près d'elle, tout le monde riait,
Sans prendre garde à sa détresse.
Au lieu de compatir, un garçonnet l'agresse.
Je réagis sévèrement,
En provoquant l'étonnement
de cet enfant impitoyable,
Déjà, petit bourgeois minable.
Je mis alors sur mes genoux,
Pour la bercer de mots très doux
La petite fille éplorée.
Je l'ai quittée inconsolée.
Peut-on confier son enfant
Sans être sûr absolument
Qu'il n'aura crainte ni tristesse,
À défaut de vive allégresse?
18/12/2013
Manquement aux règles élémentaires de courtoisie, j'ai délaissé et même omis de vous présenter notre charmante hôtesse !
Cornélia -petite moue réprobatrice-, qui changea son prénom en Nélie, fut d'abord peintre (voir son autoportrait dans le précédent billet). Elle fut l'élève de Léon Cogniet, peintre romantique dans la veine de Delacroix et de Géricault, puis d'Ernest Hébert, portraitiste et auteur d'oeuvres d'un romantisme teinté de symbolisme. Elle connait un beau succès comme portraitiste de la bonne société, ce qui l'amena à rencontrer Edouard André. Ce politicien issu d'une riche famille de banquiers, amateur d'art et collectionneur fervent d'oeuvres hollandaises du XVIIe siècle, qu'elle épouse en 1881. Ils se rendent régulièrement en Italie où elle l'initie aux artistes vénitiens et toscans de la Renaissance, et acquièrent ainsi un grand nombre d'oeuvres d'art. Son mari décède en 1894, elle continue d'enrichir ses collections et voyage beaucoup en Orient. En 1902 elle achète le domaine de Chaalis où elle accumule ses souvenirs de voyages. Elle meurt en 1912 en léguant son domaine et l'hôtel particulier du boulevard Haussmann (Paris) à l'Institut de France. Elle est inhumée dans la chapelle royale de Chaalis.
... Mais elle nous invite à passer au jardin...
Un jardin, que dis-je, un parc avec sa roseraie...
... son orangerie, son atelier des parfums, et les ruines si romantiques de l'abbatiale du XIIIe siècle ou la chapelle royale dont je vous ai entretenu (voir Chaalis et le Primatice).
Rien d'austère, tout au contraire ici tout respire la fraîcheur et la gaieté. De quoi contenter grands et petits.
Tenez la chapelle, avec ses gargouilles...
... les enfants ne s'ennuieront pas, un vrai conte de fées (prévoir des jumelles, même si vous n'avez qu'un enfant ! Le parc d'attractions de "la Mer de sable" se trouve aussi en face du domaine).
(dont on dit qu'il s'agit du portrait d'Edouard Corroyer, l'architecte et restaurateur de la chapelle au XIXe)
La chapelle et les ruines de l'abbatiale du XIIIe siècle.
Le parc du domaine de Chaalis.
Et tout près de là, le parc Jean-Jacques Rousseau et ses fabriques à Ermenonville dont je vous reparlerai peut-être...
Alors pourquoi pas y aller faire un tour aux beaux jours, lors des "Journées de la rose" par exemple qui ont lieu chaque année début juin.
Michel Lansardière (texte et photos).
Une donation remarquable : "Je lègue à l'Institut de France mon domaine de Chaalis... pour faire du château, tel qu'il a été arrangé par moi, sans y toucher, un musée de l'abbaye... Je désire qu'on entretienne, comme de mon vivant, ces sites historiques... et surtout je défends de vendre, sous aucun prétexte, aucune parcelle du domaine : qu'il demeure éloigné de toutes les usines qu'on pourrait menacer de construire alentour, et qu'il reste toujours un des plus admirables paysages de France."
J’avais vingt ans. La première femme que j’ai failli connaitre, bibliquement comme on dit, n’était ni belle ni laide. C’était la nièce de Marcel, le cafetier de la place Saint Pierre. Elle avait épousé peu de temps auparavant le photographe qui avait sa boutique entre la Grand Place et la place des Corbeaux.
Nous avions fait connaissance en jouant au ping-pong. Marcel avait aménagé une salle de ping-pong assez rudimentaire à l’étage, soit une table de ping-pong et une table ronde de bistrot pour y déposer les verres qu’il nous montait.
- Marcel, deux demis.
- Deux demis, ça vient.
Elle et moi, nous changions de place en nous frôlant d’un peu plus près à chaque fois. Après avoir bu quelques verres ma timidité avait disparu.
Gaston, le photographe qu’elle avait épousé était absent pour la nuit. Tout le monde disait qu’il était cocu. Cela lui était égal disait-on aussi. Elle lui faisait l’amour comme s’il avait été son amant.
J’ai éteint la lumière en la regardant. Elle s’est mise à rire de ce roucoulement stupide à quoi ressemble parfois le rire de certaines filles. Les garçons aussi ont une forme de rire bête.
Nous nous sommes embrassés, et je me suis frotté contre elle.
- ça va, là-haut ?
C’était la voix de Marcel. Il avait éclairé l’escalier qui mène à l’étage. Elle s’est écartée.
-Sors avant moi, tu m’attendras devant la cathédrale.
Je suis descendu, j’ai demandé une bière à laquelle j’ai à peine touché et je suis sorti en disant :
- A demain.
Je me demandais si elle allait venir. Elle avait la réputation d’une coureuse dont les promesses n’étaient pas toujours tenues. Je me demandais s’il fallait attendre ou rentrer chez moi.
Soudain, elle s’est trouvée à mes côtés. Elle se frottait les cheveux contre ma bouche. Je lui enserrais le corps, elle résista un instant puis s’abandonna en se frottant contre mon ventre.
Nous étions à l’angle d’un portail de la cathédrale.
- Il faut que je rentre, il va téléphoner.
- Tu vas me laisser comme ça ?
- Demain, je t’attendrai à l’hôtel de la gare.
C’est en nous caressant, la démarche titubante, que je l’ai ramenée chez elle. Elle m’a embrassé, sa langue me fouillait la bouche, elle salivait, puis elle s’est écartée brutalement tandis que j’essayais de la retenir.
- A demain.
C’était la première fois que je caressais le sein tiède d’une femme. C’était la première fois qu’une femme me caressait. Je ne me suis endormi qu’à l’aube. J’avais la tête qui me tournait. Je devais être malade.
Nous avions rendez-vous à deux heures. Je ne tenais plus en place. Je pensais à la fois qu’il fallait y aller et, en même temps, que j’allais me ridiculiser devant elle. J’étais fiévreux. J’ai décidé que je n’irais pas.
A une heure trente, j’ai vérifié si ma montre fonctionnait correctement, je me suis rendu à l’hôtel de la Gare. Je ne suis pas entré directement, je voulais la voir arriver avant moi. A deux heures, je me suis demandé si elle n’était pas arrivée bien avant moi. Si c’était le cas, je l’avais rendue nerveuse inutilement. Je suis entré.
Elle n’y était pas. J’ai été soulagé même si l’espace d’un instant, j’avais souhaité le contraire. Les W.C. se trouvaient au fond de la salle de sorte que j’ai vérifié qu’en effet, elle n’était pas encore arrivée.
Je me suis attablé près de la porte et j’ai commandé un café. Une bière aurait atténué ma timidité mais aurait peut être laissé une odeur au moment de nous embrasser.
A trois heures, elle n’était pas encore arrivée. Peut être m’étais-je trompé d’heures ? Je revoyais la scène de la veille. J’hésitais. Deux heures ou trois ? Au bout d’une demi-heure encore, j’étais convaincu que je ne m’étais pas trompé. Ni d’heure ni de jour. C’est elle qui avait oublié notre rendez-vous. Oublié ou renoncé à venir.
Je savais bien que c’était une coureuse sans scrupule mais j’avais le sentiment qu’elle serait différente avec moi. Pour me calmer, plutôt que de renter chez moi ou d’aller chez Marcel, je suis allé au cinéma.
C’est là que je l’ai revue ce jour-là. Deux rangs plus avant que la rangée où je me trouvais, Cécile embrassait François, un copain avec lequel, assez souvent, je jouais au ping-pong chez Marcel.
Dimanche en concert - Autour de Noël avec La Maîtrise de l'Opéra de Liège
Dimanche en concert - Autour de Noël avec La... par operaliege
Le prix de la liberté
Sa mère et Alexis avaient fui la Hongrie communiste en 1956, il n’était encore qu’un enfant de dix ans à peine. Son père, Peter Ferdman, professeur de philosophie, avait été arrêté pour ce qu’ils avaient nommé, au Parti, déviationnisme. C’était le mot à la mode durant ces années là. Par la suite, sa mère apprit que le juge qui l’avait condamné à trois ans de rééducation, c’était peu somme toute, était juif lui aussi.
Lorsqu’elle reçut officiellement l’asile en Belgique, un permis de travail et des papiers d’identité, elle se nommait Fermant et non Ferdman. Sur les formulaires, c’est de cette manière qu’elle avait orthographié son nom. Elle avait le sentiment qu’un nom à consonance juive était comme une étoile qu’elle se mettrait elle même sur la poitrine.
Son mari avait choisi d’être communiste avant même que la guerre ne se soit achevée. C’était sa façon à lui de lutter pour un monde où on ne distinguerait plus les juifs de ceux qui ne l’étaient pas. Et parce que les hommes ont besoin d’une communauté spirituelle, le communisme à y bien réfléchir en était une lui aussi, et de permettre aux hommes d’adhérer à celle qu’ils souhaitaient.
Alexis était un garçon travailleur. En bon élève, il n’abandonnait ses devoirs que lorsqu’ils étaient achevés et ses leçons que lorsqu’elles étaient parfaitement apprises. Au sortir des études secondaires il était prêt à entamer brillamment des études universitaires et de devenir le meilleur de sa promotion. C’était son ambition et celle de sa mère.
Son père n’était jamais revenu. L’aura de ce père broyé pour ce que des journaux appelaient des convictions politiques et que d’autres au contraire dépeignaient comme des trahisons, rejaillissait sur Alexis.
Ses études de médecine, il les avait entamées et poursuivies pour obéir à sa mère. Elle pensait que, en tant que médecin, il serait réellement indépendant, que son savoir-faire suffirait à le faire vivre sans être attaché à un endroit précis, qu’il serait toujours prêt à partir une valise à la main et que de plus il serait utile à d’autres humains. Etre utile à d’autres, elle pensait que c’était nécessaire pour vivre.
Dès qu’il eut prêté serment, ce ne fût pas trop long parce qu’il avait choisi d’être généraliste, sa mère dit que c’était le plus beau jour de sa vie. Lui se chercha un emploi où on maniait l’argent comme une marchandise.
- Si tu veux gagner de l’argent ne fais pas commerce de marchandises, il y en a toujours une partie qui se dépréciera, fais commerce d’argent.
Son premier emploi, ce fût chez un agent de change qui lui apprit à échanger des devises, à reconnaitre des monnaies rares, et de disposer même de celles qui n’étaient autorisés que dans leur pays d’origine.
Un an plus tard, il avait vingt-quatre ans, il épousait Alice. Elle n’est pas juive, avait dit sa mère, j’espère que tu ne le regretteras pas.
- Je ne suis pas juif non plus, maman. En tout cas, je ne veux pas l’être. Je ne vois pas la différence. Alice est chrétienne comme moi je suis juif mais comme moi, elle ne croit pas en Dieu. Et nos enfants ne seront ni l’un ni l’autre, uniquement des garçons ou des filles.
Ils formaient un beau couple, tous les deux. Sur l’une des photos prises lors de leur mariage il tenait Alice à bout de bras comme un trophée, et Alice avait la bouche ouverte photographiée en plein fou rire.
Cela n’avait pas été ce qu’on appelle un grand mariage. Une vingtaine d’amis avaient été invités, quelques jeunes gens et l’employeur d’Alexis. La maman d’Alexis assise à un bout de la table paraissait intimidée. Les parents d’Alice par contre étaient joviaux,
- C’est le plus beau jour de notre vie, enfin peut être que le plus beau a été celui de la naissance d’Alice.
Le père d’Alice bégayait un peu. Il avait les joues rouges et le regard troublé par la boisson. On ne marie pas sa fille tous les jours, avait-il répété.
- Désormais, tu es mon fils, Alexis. Et que tu sois juif, ça m’est complètement indifférent. Nous sommes tous frères. Enfin, toi tu n’es pas mon frère, tu es mon fils.
Il avait serré Alexis dans ses bras.
Vint ans après le génocide des juifs en Europe, Israël, ce minuscule Etat de misérables survivants, était la victime d’une coalition d’Etats arabes qui voulait les rejeter à la mer.
C’est Alice qui m’a raconté ce que fut leur vie de couple à cette époque et qui m’a dépeint la transformation mentale d’Alexis.
- Ils ne nous pardonneront pas d’être juifs.
Il avait fait un don à une organisation qui recueillait des fonds pour soutenir l’effort d’Israël. C’était une petite structure créée pour l’occasion. La secrétaire, une jeune bénévole, lui demanda d’en être le trésorier. N’était-il pas agent de change.
- Tu sais, nous, les questions d’argent, ce n’est pas notre fort.
Elle s’appelait Rachel. Elle avait des cheveux noirs bouclés, le teint mat, le nez légèrement busqué, somme toute le profil parfait des filles de Sion. C’est elle qui le disait en riant.
- C’est ma mère qui est juive. Mon père est le descendant d’une famille catholique où on allait à la messe le dimanche. Il a fait ses études secondaires chez les Jésuites puis, Dieu sait pourquoi, le doute l’a saisi.
Avec Rachel, la plupart des conversations finissaient par des rires. Elle faisait les choses sérieusement mais sans y mettre de la gravité.
-Tu comprends, Israël, c’est notre dignité retrouvée. Un jour, j’irai vivre en Israël. Mais ma mère veut que je termine mes études.
- Tu es pratiquante ?
- Je ne vois pas le rapport. Et toi ?
Elle était devenue sa maîtresse un peu plus tard. La guerre s’était terminée, et ils avaient fêté la victoire ensemble. Il ne voulait pas penser à Alice.
Il ne savait pas pourquoi il était tombé amoureux de Rachel. Tombé était le mot juste d’après lui. C’était comme durant ses rêves d’enfant lorsqu’il tombait dans un abyme sans fin incapable de se retenir aux parois.
Avec Rachel il participa aux activités d’un cercle de jeunes gens qui rêvaient de « monter en Israël » après qu’ils auraient achevé leurs études supérieures. Dans les kibboutz, ils travailleraient de leurs mains avec de plus leur savoir. Ingénieurs, agronomes, biologistes, architectes, ils seraient plus utiles à leur future patrie que de simples paysans. Les temps n’étaient plus ceux des fondateurs même s’ils étaient toujours ceux des guerriers. Ils discutaient avec la conviction de ceux qui n’ont d’autre issue que la victoire ou la mort.
A chaque fois qu’ils se réunissaient pour parler d’Israël, c’était un affront qu’ils lavaient. Ils s’étaient posé la question avec beaucoup de sérieux, elle figurait à l’ordre du jour de la réunion de ce soir-là : fallait-il baptiser leur cercle du nom de« Massada » ? Faute d’unanimité, ils reportèrent la question à une prochaine réunion.
Alice éprouvait une sorte d’angoisse. Alexis se montrait toujours aussi prévenant mais on eut dit qu’il se conformait à un devoir.
C’était la fin de l’été. L’air était chaud et humide. Dans leur chambre, Rachel et Alexis avaient ôté leurs vêtements. C’est à moitié nue, et Alexis en slip, que Rachel lui annonça qu’elle allait poursuivre ses études aux Etats-Unis.
- Aux Etats-Unis ? Mais moi ?
Elle s’efforçait de dégrafer son soutien-gorge.
- C’est mon père qui le veut. Il ne comprend pas que mon amant soit un homme marié. Et juif, par-dessus le marché.
- Juif ?
- Il dit que je le regretterai tôt ou tard. Avec un juif, je nous fais tous revenir aux temps où un chrétien épouse un chrétien, un juif épouse un juif. Ce communautarisme étroit, il l’a rejeté en épousant ma mère, et moi je fais de la ségrégation, dit-il.
C’était une scène burlesque. Parce qu’il avait voulu être comme tout le monde, il avait épousé une fille dont peu lui avait importé qu’elle ne soit pas juive. Malheureusement s’il était devenu amoureux de Rachel, c’est parce qu’elle était juive précisément. Le père d’Alice qui n’était pas juif lui avait donné sa fille bien qu’Alexis fût juif. En revanche le père de Rachel dont l’épouse était juive lui refusait la sienne parce qu’Alexis était juif.
- Qu’est-ce que tu fais.
Alexis remettait son pantalon.
Pendant qu’elle avait mit son visage sous les draps, surprise par sa véhémence, il referma la porte du studio.
Plus tard, j’ai appris d’Alice qu’il était revenu chez eux durant quelques jours, sombre, parlant à peine. Puis sa mère à qui j’avais rendu visite, m’avait dit qu’Alexis était passé la voir pour lui dire qu’il partait pour Israël. Il avait laissé pousser sa barbe et ses vêtements étaient gris. Elle ne savait pas où je pourrais le toucher, il n’avait pas laissé d’adresse et elle était inquiète.
J’avais du m’absenter durant six mois. A mon retour, la mère d’Alexis me dit qu’un Israélien était venu lui remettre des photos d’Alexis. Il était dans un kibboutz agricole situé à proximité de la frontière égyptienne.
- Pourquoi, ne me donne-t-il pas de nouvelles ? Il va bien, au moins.
- Je l’ignore, Madame. Je suppose que oui.
Elle répéta comme si cela justifiait les choses.
- Je suis sa mère, je suis sa mère.
Peut-être est-ce parce que j’avais envie de revoir Alexis ? Peut-être que l’incroyant que j’étais voulait-il mettre ses pas dans ceux du Christ ? J’ai pris la décision de visiter Israël. Sur une des photos reçues par sa mère, il avait écrit le nom de son kibboutz.
C’est un vendredi que j’ai atterri à Tel-Aviv. Je me suis rendu à l’hôtel que j’avais réservé par téléphone puis chez un loueur de voitures. Le lendemain, samedi, je n’aurais pas d’autre moyen de locomotion. A l’époque les interdits religieux étaient encore puissants.
Tel-Aviv ressemblait à la plupart des grandes métropoles. L’animation y était considérable. Le boulevard Rothschild était semblable à tous les grands boulevards sinon que la foule ne ressemblait à aucune des foules qui arpentent généralement les grands boulevards.
Des jeunes gens en chemise à manches courtes ou en uniforme constituaient le plus gros de ceux qui déambulaient la veille du shabbat. Il faisait encore très chaud, c’était la fin d’une journée accablante. Les bus se suivaient à cadence rapide, bientôt ils allaient rentrer au garage pour ne plus en sortir avant dimanche.
A l’hôtel, on m’indiqua la route à suivre pour atteindre le Kibboutz qui était celui d’Alexis. Il se situait dans le Néguev. J’aurais à parcourir une distance de près de cent kilomètres.
- Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez pas d’avoir beaucoup de trafic sur les routes. Vous verrez, ce kibboutz près de la frontière, c’est un peu les yeux d’Israël. Vous êtes juif ?
Le lendemain matin je me suis mis en route.
J’avais loué une Volkswagen et je roulais fenêtres ouvertes. Ma chemise était humide. La chaleur était pesante, il y avait peu de végétation mais le paysage était superbe. J’avais le sentiment qu’il ne s’était pas beaucoup modifié en l’espace de deux millénaires.
Le Kibboutz était pratiquement sur la frontière à une vingtaine de kilomètres d’Ashdod. Je me suis arrêté devant le bâtiment le plus imposant pour me renseigner. A l’intérieur, un responsable du kibboutz qui parlait français me dit où je trouverais Alexis.
- Je ne savais pas que son nom était Fermant. Il est inscrit sous celui de Ferdman. Il est très malade.
C’était une sorte de cabane de béton pourvue d’une fenêtre et d’une meurtrière, meublée d’un lit, d’une table et d’une chaise. Alexis était allongé sur le lit, torse nu, la tête tournée vers moi. Il souriait de ce sourire marqué par la dérision qu’il affichait autrefois quand il me posait des questions sur ce qu’il était aux yeux des autres et que je lui reprochais de se masturber l’intellect.
- Ca va ?
- C’est à toi qu’il faut poser la question. Pourquoi ne donnes-tu pas de tes nouvelles ? eigel.
- Tu sais que je n’ai jamais su à quoi ressemblait mon père. Il était jeune quand il est parti. Je lui ressemble ou c’est lui qui me ressemblait ?
- Alexis !
Il a tourné le visage vers le plafond. Il ne m’écoutait plus. Au bout d’un moment je suis sorti, j’ai repris la voiture et je suis parti. Sur le seuil du bâtiment central, le responsable du kibboutz m’a salué de la main.
J’ai appris la mort d’Alexis par une lettre du responsable du Kibboutz à qui j’avais laissé mes coordonnées. C’était une enveloppe de papier kraft. Il y avait joint le portefeuille d’Alexis, quelques billets de banque, une photo d’Alice prise le jour de leur mariage, et une reproduction du dessin de Léonard de Vinci représentant les proportions de l’homme.
L'oiseau bonheur


Pour Kessan, qui a huit ans
La grammaire s’occupe des mots
que l’on dit et que l’on écrit.
Elle en fait des catégories,
cela signifie des familles.
Un nom indique ce que l’on voit,
que l’on entend ou que l’on sent,
que l’on peut toucher quelques fois.
livre, refrain, muguet, enfant.
Un adjectif souvent décrit,
la forme, le poids, la saveur.
rectangulaire, lourd, salé.
Il révèle des qualités .
Il sert aussi à désigner aussi:
ce, cette, ces, ou dire,
à qui appartient une chose.
ma, ta, sa, notre, votre, leur.
Un verbe dit ce qu’on peut faire:
travailler, s’amuser, dormir.
Un adverbe, comment on le fait:
mal, bien ou à peu près.
Chaque pronom remplace un nom
que l’on ne veut pas répéter:
eux, le mien, ceux-là, lesquels?
Pour un lieu on emploie le Y.
Au restaurent? J’y vais souvent.
Un article est un petit mot
qui se place devant un nom
pour indiquer chaque fois
le masculin, le féminin,
Le singulier ou le pluriel.
Un, le, l, pour le masculin
Une, la, l, pour le féminin
Les, pour au moins deux choses.
On ajoute un s ou un x
quand un nom s'écrit au pluriel
Apprendre des définitions
Cela est parfois amusant.

Déchirant de leur bec de gros nuages sombres,
ils descendent vers nous, en déployant leurs ailes.
Il faut longtemps fixer les yeux sur le ciel gris
Pour y trouver enfin les beaux tueurs d'ennui.
Cela remonte si loin. J’ai été terriblement malheureux. Ne riez pas, je souhaitais mourir. Aujourd’hui, je souris, c’est vrai. Pas du jeune homme niais que j’ai été mais de l’impossibilité dans laquelle je me trouve d’être aussi malheureux à nouveau.
J’avais vingt ans. Je me rendais à Paris pour y passer le week-end chez ma tante. Elle avait mis à ma disposition une chambre de bonne gentiment meublée dans le quartier de l’Odéon.
J’avais l’intention de me promener à travers le quartier latin, de visiter un musée, d’aller au théâtre le soir. Le samedi, j’avais rendez-vous avec Julien Lenoir, un ami que je m’étais fait, à peine plus âgé que moi, un séducteur-né.
Nous devions passer la soirée dans ce qu’on qualifierait aujourd’hui de discothèque, le « bal à Jo », rue de Lappe. On y dansait le tango et la java entrainés par des joueurs d’accordéon qui enchainaient les danses sans répit. Les filles en devenaient soûles et les garçons, légers comme des bulles, s’élevaient vers le ciel de toutes les espérances.
Julie se serrait contre moi et lorsque la danse cessait, elle me prenait la main jusqu’à ce qu’une autre recommence.
- Tu as une touche.
Julien avait dansé avec d’autres filles. Quelques fois, il invitait Julie.
- Elle est drôlement bien foutue. J’imagine que tu vas la mettre dans ton lit, veinard.
Finalement nous sommes restés à trois, assis à une table, devant un verre de vin pour Julien et Julie, un whisky pour moi. Julie dansait avec chacun de nous, l’un après l’autre, elle était infatigable.
Elle avait la joue contre la mienne en dansant le tango. De la langue, elle me mouillait l’oreille en parlant.
- Je veux rester avec toi.
- Et Julien ?
- Julien, ça m’est égal.
J’étais devenu profondément amoureux. Nous avons bu quelques verres encore, ma timidité avait disparu, et nous sommes sortis. Julie, entre Julien et moi, nous tenait par le bras. En marchant, de la cuisse, nous nous frottions contre les siennes.
Lorsque nous sommes arrivés dans ma chambre, Julie s’est tournée vers moi.
- Nous restons tous les trois ?
Julien avait commencé de se déshabiller. J’étais paralysé. Julie me fixait sans sourire. Elle avait ôté son pull, et dégrafé son soutien-gorge. J’ai ôté mon pull moi aussi. Julien s’était glissé sous les draps à l’extrême bord du lit.
- Vous venez, il ne fait pas très chaud.
- Tu viens ?
Julie était en culotte, les seins dressés qu’elle caressait d’une main en me tendant l’autre.
- Je ne sais pas ce que j’ai, c’est le whisky, j’ai besoin de prendre l’air.
- Reviens vite. Nous allons réchauffer le lit en attendant.
Je suis sorti. Rue Croix des petits champs, au rez-de-chaussée de l’immeuble, il y avait un café où tous les matins lorsque je logeais chez ma tante je prenais un œuf dur, puis un café et un croissant. Ou un verre de vin blanc comme le faisaient d’autres consommateurs. Le café était fermé.
J’étais prêt à remonter dans la chambre mais j’avais besoin de boire ne serait-ce qu’un verre d’eau. Il suffisait de marcher un peu, l’air était tiède et le ciel particulièrement clair, je trouverais facilement un café encore ouvert.
Paris, la nuit, était à cette époque une ville merveilleuse. A croire qu’il y avait deux villes qui se substituaient l’une à l’autre en fonction du jour ou de la nuit. Peut être que c’est le cas de toutes les villes ? Ou à cause de ceux qui marchent la nuit et qui sont différents de ceux qui marchent le jour.
J’étais exalté. J’avais envie de rire. Julie était nue devant mes yeux. Les seins dressés, elle me tendait la main. J’ai marché jusqu’au pont de l’Alma. Puis plus loin encore en longeant la Seine. Peu de gens se promènent la nuit. Ceux qui le font se croisent parfois mais ne se voient pas. C’était comme si la ville ne se déroulait que pour vous au fur et à mesure de vos pas. A un certain moment, il était trois heures du matin, je me suis senti fatigué. Je voulais rentrer mais il n’y avait pas de rame de métro avant six heures. Je me suis assis sur un banc pour l’attendre. Sur le quai d’en face un homme était assis qui somnolait. Il aurait pu être mon reflet.
Il était près de sept heures lorsque je suis arrivé rue Croix des petits champs. Le café du coin était déjà ouvert. Je suis monté directement à ma chambre. La porte était fermée mais je n’ai eu qu’à la pousser.
Il n’y avait personne. Le lit avait été refait. Je suppose que Julien et Julie étaient rentrés chez eux après m’avoir vainement attendu.
Je me suis assis sur le bord du lit. Soudain, la tête entre les mains, je me suis penché en avant et je me suis mis à pleurer.
Il s'agit d'une oeuvre intime d'Eugène Delacroix (1798-1863) publiée à Paris chez Plon, Nourrit et Cie de 1893 à 1895.
L'histoire de la rédaction de ce journal et de sa conservation après la mort du peintre est compliquée, sinon rocambolesque. Le 22 septembre 1822, Delacroix entreprit la rédaction d'un premier journal que l'on a coutume d'appeler le Journal de jeunesse et dont la rédaction cesse brusquement le 5 octobre 1824. Après vingt-trois ans d'une interruption certainement due à l'ampleur de son travail de peintre, Delacroix reprend le 1er janvier 1847 la rédaction d'un journal qu'il tiendra jusqu'en juin 1863 (il meurt le 13 août) et que l'on appellera le Journal de l'âge mûr et de la vieillesse. Après la mort de l'artiste, sa servante Jenny, qui avait conservé ces carnets, fit d'abord croire que Delacroix les avait lui-même brûlés. En réalité, elle les remit au peintre Constant Dutilleux, dont le beau-fils, A. Robaut, les recopia. Après divers incidents, les originaux furent alors scindés en deux, une partie fut perdue et l'ensemble ne fut plus jamais entièrement reconstitué. La mise au jour de nombre de ces cahiers (quatorze années sur vingt) permit de corriger les erreurs et de rétablir les suppressions dues à la copie d'A. Robaut sur laquelle s'était appuyée la première édition de 1893 chez Plon.
Ces textes que Delacroix considérait parfois comme des «brimborions écrits à la volée» constituent aujourd'hui un document inestimable non seulement sur le quotidien d'un peintre mais sur les interrogations, les angoisses, les repentirs et les enthousiasmes qui jalonnent l'itinéraire d'une création. On suit ainsi pas à pas le difficile cheminement qui mènera, par exemple, à la réussite des Massacres de Scio. Au fil de ces pages où la lucidité donne du style à la volonté, cet homme, qui craignait par-dessus tout de perdre la mémoire («En conservant l'histoire de ce que j'éprouve, je vis double; le passé redeviendra à moi. L'avenir est toujours là»), note avec scrupule les servitudes du quotidien, détaille les contraintes techniques dans la lutte contre un matériau rebelle, décrit les pulsations, les rites et les rythmes d'un art «d'autant plus intime au coeur de l'homme qu'il paraît plus matériel».
Dans ce mélange de laisser-aller bohème et d'exigences intérieures, voisinent des notations sur le prix d'un modèle, des comptes rendus de lecture, avec la description de la préparation de fonds. De cet ensemble à première vue hétéroclite se dégage toutefois la nécessité d'une discipline qui pactise avec les contraintes sociales, mais qui sait surtout les fuir pour retrouver dans l'acte solipsiste du créateur «une volupté de l'esprit, un mélange de calme et d'ardeur que les passions ne peuvent donner». Attitude qui, par bien des côtés, a partie liée avec le culte stendhalien de l'énergie.
La réflexion théorique innerve ainsi ce journal et lui donne texture et éclat; elle n'est pas seulement l'ombre portée de l'oeuvre peint, mais prend la forme d'une longue interrogation sur le sens et la fonction spirituelle de la peinture. Delacroix en vient ainsi à étudier les correspondances, les circulations, les échanges, les transferts que les arts entretiennent entre eux et à comparer leurs moyens respectifs. Malgré son désir constant de l'écriture, il montre ainsi que la peinture, hors de la dérive des mots et des métaphores, est en fait une instance privilégiée pour comprendre le monde ou du moins lui donner l'ébauche d'un sens. Dans sa méfiance d'un romantisme tapageur qui ira croissante, et en cherchant à résoudre l'obsessionnelle contradiction des surfaces et des profondeurs, Delacroix finira par suivre, dans sa quête qui «darde sur une idée» (Baudelaire) une astreignante et enrichissante pratique du ressassement dans la lecture de l'intérieur des êtres et des choses: «Ce qui fait les hommes de génie ou plutôt ce qu'ils font, ce ne sont point les idées neuves, c'est cette idée, qui les possède, que ce qui a été dit ne l'a pas encore été assez.»
Une femme à prendre.
Georges m’avait demandé d’être son témoin de mariage. De temps en temps, durant le discours du maire, je fermais les yeux et j’imaginais que j’étais à la place de Georges. C’est moi qui cette nuit serait dans le lit de Julie. J’ai eu envie d’elle dès le premier jour que je l’ai vue.
Julie était non seulement séduisante, elle suscitait le désir de la prendre sans un mot, son corps entre les jambes. Elle le voyait dans le regard que je portais sur sa poitrine. Elle détournait la tête mais après s’être redressée plus encore. J’imaginais qu’elle avait des seins durs.
Lorsque Georges s’est tué à la suite d’un bête accident de la circulation, je me suis réjoui. Elle est de ces femmes qui ont besoin d’un homme, il ne faut pas qu’un autre la prenne avant moi. Après les funérailles, je l’ai ramenée chez elle. Elle s’est abandonnée contre moi en pleurant.
- Laisses-toi aller. Pleure.
Je lui entourais les épaules. Elle avait le sein contre ma poitrine. Je devinais que j’allais profiter d’elle et je me suis écarté.
- Il faut dormir Julie.
Je l’ai étendue sur le canapé, j’ai éteins la lumière et je suis sorti. Je n’ai pas dormi cette nuit là. Je pensais à elle. Je pensais que je n’étais qu’un imbécile. Non seulement je la désirais mais peut être qu’elle aussi, en ce moment, ne dormait pas. La main sur le ventre, elle me désirait.
Je l’ai appelée le lendemain. Le téléphone sonnait sans cesse. Ou elle le laissait sonner ou elle s’était absentée. Je l’ai appelée à plusieurs reprises sans avoir d’autre réponse que la sonnerie du téléphone. Il arrivait que je cesse de l’appeler. Je craignais que durant ce temps elle s’efforçait de m’appeler mais que la seule réponse qu’elle avait c’était la sonnerie de ‘pas libre’ pendant que de mon côté, j’essayais de l’appeler.
Vers la fin de l’après midi, j’ai enregistré un message qui disait que j’étais sorti. Je me suis rendu chez elle mais je n’ai pas sonné. J’avais reconnu la voiture de son beau-père au pied de l’immeuble. Je suis rentré, je ne souhaitais pas rencontrer le père de Georges qui lors des funérailles m’avait serré contre lui en pleurant.
- Tu le sais, Pierre, ce que je ressens. Tu étais son meilleur ami.
Mon père était mort dans un accident de voiture lui aussi. C’était ma mère qui conduisait. Face à un camion qui leur arrivait droit dessus, elle avait levé les mains devant les yeux. Ce fut un choc facile à imaginer.
Le père de Georges s’était occupé de moi. Il n’avait que Georges et moi. Veuf, il n’avait jamais cherché à se remarier. Je suppose qu’a deux, Georges et moi, nous remplissions sa vie comme on dit.
De métier, je suis consultant en organisation. Ingénieur de formation, dès la fin de mes études, j’ai fait mon stage dans les bureaux d’une grosse firme américaine spécialisée dans le conseil aux entreprises. Au bout de six mois, la période du stage, le chef du personnel m’avait convoqué.
- Je vous le dis très sincèrement, Pierre. Vous ferez une grande carrière chez nous.
- Malheureusement, j’ai signé mon engagement dans une autre firme. Je commence la semaine prochaine.
- Dommage.
Georges, durant que j’achevais mes études et mon stage, avait quitté le pays pour se rendre dans le midi. A Nice précisément. Il avait trouvé une place de garçon de café dans un grand hôtel. Le soir, il y dormait. Avec une cliente de l’hôtel. C’était ce qu’on appelle un coureur.
Ce jour-là, j’avais rendez-vous à Genève. J’ai pris l’avion sans avoir eu Julie au téléphone. Ni le père de Georges que je n’ai pas osé appeler de si loin. Il se serait demandé quelle était la raison réelle de mon appel. Une raison plausible ne m’est venue à l’esprit que quelques heures plus tard.
Lorsque je suis rentré, j’ai appris que le père de Georges avait invité Julie à prendre quelques jours de repos dans le midi de la France. Il y possédait une vieille maison qu’il avait rénovée afin d’y passer leurs dernières années sa femme et lui.
A la fin de l’été, ils étaient revenus tous les deux. Ils étaient devenus des amants disposés à unir leurs existences. Le jour où ils me l’avaient annoncé, ils m’avaient invité au restaurant. J’étais à l’un et à l’autre, leur ami le plus cher.
Paraître ce que l’on n’est pas. Désirer correspondre à autre chose. Demeurer, vivre dans le mensonge. Créer une parodie de vie. Combien d’hommes plagient ainsi leur existence comme un pastiche prenant, grappillant des instants, des moments choisis pour les faire siens et voient dans le miroir la face cachée d’homme que la simulation rend laid, parfois méchant.
Certains veulent changer le monde pour qu’il soit meilleur en conciliant le mensonge, la tromperie, la facétie. Chimère que de porter ce fardeau chaque jour, cette mystification qui au fil du temps devient pénible, insupportable.
La parodie du bonheur enfile son costume de scène et laisse jouer chaque soir le clown revêtu de son habit de lumière, le visage peint, le sourire dessiné. La gloire, la célébrité, les applaudissements accompagnent ce spectacle au goût amer, acide de la vie.
Assisse devant cette piste où participe la foule déguisée, où tournent, tournent les hommes se bousculant, riant aussi pour ne pas pleurer. La parodie est à son comble et je pouffe, rie et sanglote de tant de fadaises, de balivernes.
(Saynète pour enfants)
Assis au Café des artistes,
Des dessinateurs futuristes
Montrent leurs images en couleurs,
Qui rendent leurs amis songeurs.
Certains de ceux-ci poétisent,
D' autres, allant plus loin prophétisent.
L’oiseau vitrail
Attristé qu’il n’y ait plus d’arbres,
Un oiseau suspendu,
Comme un arlequin
Qui se serait pendu,
Loin du soleil et de la joie.

Pépinière de porcelaine,
sous un éclairage halogène
sol et ciel,écrans lumineux.
Des gerbes retombant en corail éclatant,
la corde à linge devenue
énorme câble de cristal
mes trois arbres fruitiers sont des pommiers en fleurs.
Je m’enivre, dans le silence,
de cette splendeur onirique,
transcendance qui m’éblouit.
11/01/2000
Pépinière de porcelaine,
sous un éclairage halogène,
sol et ciel,écrans lumineux.
Des gerbes retombant, en corail éclatant,
la corde à linge devenue
énorme câble de cristal,
mes trois arbres fruitiers sont des pommiers en fleurs.
Je m’enivre, dans le silence,
De cette spendeur onirique,
transcendance qui m’éblouit.
11/01/2000