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12273002685?profile=originalPhoto de Vidjanma

Sur la route

Sur la route il y a des papillons bleus,
Des nuages blancs qui jouent à cache-cache,
Des soleils qui brillent dans nos yeux amoureux,
Des mains, des regards, des espoirs qui s’attachent.

Sur la route au détour de ce long chemin
On découvre la terre et ses figures
Où dort la pierre des allées de jardin
Et vieilles voûtes chargées d’aventures.

Un sentier secret puis une lueur au bout,
La rosée des bois qui mouille nos cheveux,
Des sourires se croisent qui viennent vers nous,
Des êtres gambadent plus libres et joyeux.

Sur la route rien ne se ressemble
La parcourir nous ouvre l’horizon
Point de doute elle nous rassemble
La gravir c’est le bonheur à foison !

Gilbert Czuly-Msczanowski

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"Sur la route du bonheur"

Interprétations aquarelle et acrylique Body Heavy de Liliane Magotte

Je remercie Gilbert Czuly-Msczanowski et Vidjanma

d'offrir un tel bonheur à mes pinceaux .

Les partenariats d'

Arts12272797098?profile=originalLettres

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"C'est le film par lequel je veux que l'on se souvienne de moi",

Charles Chaplin (1889-1977).

12273000053?profile=originalChercheurs d'or à l'assaut du col de Chilkoot, Alaska (photo B. L. Singley, 1898).

Quelques scènes-clés d'abord du film The gold rush (1925) :

http://youtu.be/4x8pXJx4uOI

"La ruée vers l'or" : un projet pharamineux qui s'avéra être la comédie la plus longue et la plus coûteuse de l'époque. Tournée dans la douleur, et à plus d'un titre. Conditions de tournage, coûts astronomiques, déboires sentimentaux, changements d'acteurs principaux... tout concourait pour aboutir à un fiasco.

L'histoire d'abord s'inspire de deux faits historiques dramatiques :


La Donner party en 1846, au tout début de la conquête de l'Ouest.

12272999899?profile=originalUn convoi d'émigrants en route pour l'Ouest (photo sur papier albuminé, ca 1860).

Un convoi parti d'Independance (Missouri), et même avant puisque les familles Reed et Donner firent leurs malles à Springfield (Illinois) pour se regrouper à Independance, pour arriver au Fort Sutter (actuelle Sacramento) en Californie au printemps 1847. Enfin, pour ceux qui survécurent...

Cinq familles, les Breen (Patrick et Margaret et leurs 7 enfants de 14 à 1 an), les Reed (James et Margaret, belle-maman Sarah Keyes, 70 ans, et 4 enfants de 12 à 4 ans), les Graves (Franklin et Elizabeth, 9 enfants de 21 à 1 an), les frères Donner, Jacob, sa femme Elizabeth, leurs 7 enfants (14 à 3 ans) et George, le chef du convoi, son épouse Tamsen et 5 enfants (13 à 3 ans), plus John Snyder, le fiancé de Mary Ann Graves. Auxquels s'agrégèrent quarante-trois autres émigrants au gré du périple et deux guides indiens Miwoks.

12273000699?profile=originalHommes, femmes, enfants : Go West !

Quoi qu'il en soit cinq sont déjà morts avant d'atteindre la Sierra Nevada, dont John Snyder abattu par James Reed qui sera lui banni, et trente-six périrent dans les neiges du côté de Truckee, au pied du mont Summit. Et ceux qui en réchappèrent le durent au fait d'avoir mangé leurs morts...

12273000485?profile=originalPlaque de projection pour lanterne magique (dessin, ca 1850).

La ruée vers l'or du Klondike ensuite, avec notamment le terrible col du Chilkoot, le passage quasi-obligé pour atteindre les champs d'or. Un col particulièrement difficile à franchir et à plusieurs reprises pour monter la lourde charge exigée par les autorités (soit une tonne par personne de vivres et de matériel !), cette mauvaise passe marquant la frontière entre l'Alaska et le Canada.  Et la police montée veillait ! Puis le Klondike, une région quasiment vierge et couverte d'or, au coeur de laquelle battait Dawson, la frénétique.

12273001263?profile=originalMineurs et porteurs grimpant la piste de "l'escalier doré"

(photo B. L. Singley, 1898).

L'idée du film vint à Chaplin lors d'une réunion avec Douglas Fairbanks et Mary Pickford (United Artists) lorsqu'ils visionnèrent des photos stéréoscopiques de la ruée des "Klondikers", le nom que l'on donnait alors aux chercheurs d'or. Ces milliers d'hommes affamés d'or (parmi lesquels un certain Jack London) venus de tous pays.

Une fièvre, un gold rush, que l'on nomme ici stampede, provoquée par la découverte de quelques pépites le 17 juillet 1896...

12273001862?profile=originalPréparatifs avant la montée de l'escalier doré et la piste de Peterson, col de Chilkoot, Alaska (Keystone View Company, ca 1900).

Tous auraient "bien voulu voir quelque chose de cette ville de l'or, où la poussière d'or abondait comme l'eau, et s'amuser dans des cabarets où la musique et la danse offriraient des plaisirs sans fin", Jack London.

Le tournage fut également épique. Même si une grande partie du film fut tournée en studio, où l'on mobilisa des tonnes de matériel (notamment de sel, farine et confettis pour la neige), plateaux mobiles, énormes ventilateurs pour le chinook, ce vent chaud et puissant comme un alcool qui vous monte à la tête et vous pousse dans tout le Nord-Ouest américain pour mourir au Klondike... la crédibilité du film doit beaucoup aux scènes tournées en extérieur.

Où ?... au mont Summit près de Truckee (Nevada), là même où la Donner party fut bloquée par la neige et le blizzard. La scène étant censée se dérouler au fameux Chilkoot pass, le passage mythique de la ruée vers le Klondike sur le Chilkoot trail qui marque la frontière entre l'Alaska (Etats-Unis) et le Yukon (Canada), mobilisant des centaines de figurants.

Deux scènes furent finalement réalisées en extérieur, le coût du tournage comme la fièvre qui gagnait acteurs et techniciens s'élevaient de façon vertigineuse. Mais celle de la montée du col reste la scène d'anthologie du cinéma muet.

12273002461?profile=originalEn route pour les champs d'or du Klondike et le col du Chilkoot

(photo B. L. Singley, 1898).

Au final le tournage s'étira sur dix-sept mois ...

A suivre...

Michel Lansardière (texte, photos et documents).

Note additionnelle:

12273002858?profile=originalCe billet, traduit en anglais (via google traduct, il s'agit donc d'une traduction machine)

Robert Paul

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         2

 

Pierre et elle s’étaient revus les jours suivants. Elle avait demandé le premier jour :

- Tu veux revenir ce soir ?

Il ne savait pas ce qu’il devait répondre. Elle avait été ardente. Durant la nuit, il avait pensé à Béatrice qui lui avait appris à caresser le corps d’une femme. Il avait pensé à Julie aussi. Il avait pensé à la chambre qu’il occupait.

Elle avait fixé les règles.

- On couche mais on ne s’est rien promis.

Acheteuse de lingerie féminine pour une chaine de grands magasins, un tiers de son temps se déroulait à l’étranger. Elle achetait non seulement de ces parures qui excitent l’imagination des maris mais des culottes de coton, des combinaisons et autres sous-vêtements destinés à la majeure partie des femmes. Davantage de tailles X, XL et E.L que de S. et Médium. Les médecins le confirment d’ailleurs, si le bedon menace les messieurs, c’est sur les fesses que se porte d’abord l’embonpoint des femmes.

- Cela permet d’occuper les mains des messieurs lorsque la conversation commence à languir.

Sans s’être rendu compte du temps qui passait, Pierre et elle vivaient pratiquement ensemble depuis trois ans. Parfois, lorsqu’il se taisait, elle craignait qu’il ne s’ennuie. Le temps des confidences à cœur ouvert n’était pas encore venu. Quand les gens voyagent, ils veulent se créer des souvenirs qu’ils évoqueront plus tard. Les voyages, c’est la matière première des conversations à venir.

Il y avait à Milan, deux fois par an, une foire de la lingerie.

-Tu connais Milan ? Tu connais l’Italie ?

- Non.

- Je t’invite.

Les foires commerciales avaient une curieuse influence sur la vie de Pierre. Il en aurait ri si ces pensées douces-amères ne lui avaient pas évoqué la Foire alimentaire de Francfort. Les odeurs étaient différentes. Mais pas seulement les odeurs.

L’hôtel de la Place, à proximité de la Cathédrale et des rues étroites où se trouvent les bars à filles, était un hôtel de grand luxe. Au sous sol, un bar permettait d’y passer la soirée en écoutant un pianiste. C’était un hôtel très cher. Clotilde s’en moquait. Elle disait :

- Ils ne me payent pas pour mes beaux yeux mais pour l’argent que je leur rapporte. Je veux bien travailler comme un nègre mais je veux vivre comme un prince.

Ils formaient, croyait-elle, une sorte de ménage incertain mais installé. Elle avait été séduite par ce garçon un peu plus jeune qu’elle qui ne demandait qu’à apprendre ces gestes que beaucoup de jeunes gens prétendaient connaitre de façon innée mais dont ils usaient maladroitement face à des jeunes femmes prêtes à toutes les découvertes.

Aux gestes mécaniques de l’amour, elle donnait un rythme qui les rendait différents en fonction d’une dramaturgie imperceptible qui variait selon l’heure ou les endroits. Clotilde faisait l’amour comme un violoniste se sert de son violon. Sans abandon véritable mais soucieuse du plaisir partagé. Elle préservait sa liberté en n’appartenant à personne.

- Le jour où moi ou toi, on a envie d’être seul, il suffit de le dire.

C’était sa façon à elle, sans blesser son partenaire, de dire qu’ils n’étaient pas unis pour la vie. Ou que de temps à autre, une rencontre inattendue pouvait se produire sans qu’il s’agisse d’une rupture définitive. C’est ce qu’elle appelait : être de bons amis. Quant à Pierre, il restait fidèle à Julie. Il faut bien le reconnaitre, il est souvent plus ardu de rompre que d’être amoureux.

Clotilde avait quarante-trois ans, l’âge des premières déchirures. De celles qui commencent à corroder la texture des chairs.

Depuis quelques années, chaque matin elle contemplait son visage avec une attention douloureuse. Une femme n’a que sa beauté, pensait-elle. Le jour où elle cesse de plaire, elle cesse d’exister.

Lorsque son mari avait quitté Clotilde, elle était restée prostrée de nombreux mois, incapable de mettre quelques idées en place : elles lui paraissaient aussi incongrues les unes que les autres, sans rapport aucun avec la réalité. C’étaient à peine des bouts de pensée aussi inconsistants que les cercles que font dans l’eau les galets jetés par des enfants.

Puis elle s’était efforcée de se reprendre, comme on dit. Ses déplacements à l’étranger, elle les prolongeait sans nécessité, rien que pour remplir un temps dont elle se rendait compte combien il était vide depuis qu’elle était seule à l’affronter.

Elle eut quelques aventures. De celles qui naissent, et se défont tout aussi vite, à partir d’un regard plus appuyé, presque par lassitude, pour ne pas dire non ou parce qu’on a envie de dire oui à quelqu’un. Et parce que son corps, elle voulait s’en persuader comme si c’était le signe du début de sa délivrance, avait à nouveau ses exigences. Elle en avait éprouvé un bien-être ambigu.

Pierre était arrivé à un moment décisif mais elle doutait déjà du pouvoir qu’elle pouvait exercer sur un homme. Parfois, elle souhaitait que son visage soit le seul objet de son regard pour le détourner d’autres femmes. Mais parfois, elle souhaitait qu’il regarde d’autres femmes pour le détourner du sien dont elle était devenue moins sûre.

Un jour, ils s’étaient rendus à Paris. Elle devait s’y rendre pour ses affaires et elle lui avait demandé de l’accompagner. C’était en septembre, les jours étaient encore beaux. Elle avait rêvé pour elle et pour lui que ce soit comme le jour d’une première rencontre. De celles qui surviennent par hasard sans en connaitre la fin. Un instant épargné du temps.

C’était un week-end de Foires. A Paris comme dans un grand nombre de capitales les week-ends  sont destinés à des Foires commerciales. Ce sont plus que les musées des vecteurs du tourisme. La plupart des hôtels affichaient complet. Celui qu’elle avait retenu n’était pas très luxueux mais il était situé à proximité du Boulevard Saint-Germain et des brasseries aux terrasses illuminées. De plus en plus souvent elle cherchait des endroits animés. Elle avait parfois le sentiment que le silence risquait de les séparer.

- C’est tout ce que j’ai pu trouver. Tu n’es pas trop déçu ?

La chambre était petite, le lit en occupait la plus grande partie. Elle avait ôté sa blouse et sa jupe avant de défaire les valises. Elle se savait attirante. Ils étaient si proches l’un de l’autre qu’à chaque fois qu’elle passait près de lui, il sentait l’odeur de sa peau mêlée à celle de son parfum. Un parfum qui était celui qu’il avait offert à Julie et qu’il avait offert à Clotilde. Une odeur qu’il commençait à bien connaître et qu’il  retrouvait sur lui lorsqu’elle était absente. Dieu sait à qui cette odeur le faisait penser.

Il avait le ventre contracté. Peut-être était-ce l’atmosphère de cette chambre ? Les hôtels pour beaucoup, hommes ou femmes, suscitent la même sensation que celle que leur procure le sentiment de commettre un adultère.

Elle s’était tournée vers lui. Il la trouvait belle.

- Tu veux faire l’amour ?

Sa voix était claire. Elle posait la question de la même manière que si elle avait demandé s’il voulait un verre d’eau.

- Je crois que j’ai envie de toi.

- Tu crois que tu en as envie ou tu en as envie ?

Elle riait.

- Si nous voulons aller au restaurant, nous n’avons pas de temps à perdre, je vais prendre un bain.

Elle avait ouvert le robinet de la baignoire, et elle avait ôté sa culotte et son soutien-gorge. Elle était entrée dans l’eau pendant qu’il la regardait, troublé par ce corps si tranquille. Elle avait tendu la main.

- Tu veux prendre un bain avec moi ?

Lorsqu’ils étaient sortis de l’hôtel, il faisait déjà nuit.

Clotilde s’était accrochée à son bras, sa cuisse touchait la sienne comme si leurs corps se cherchaient encore. Ce sont ces attouchements là, si vite oubliés, qui marquent le corps des amants véritables.

- Est-ce que ce que tu connais le Harry’s bar ? C’est un endroit fantastique. Au sous-sol il y a un piano, et si tu le lui demandes, le pianiste te joue des airs d’autrefois.

- Non, je ne connais de bar que l’Archiduc.

Le bar était pratiquement vide. Toutes les lampes n’étaient pas encore allumées. Il était trop tôt.

Elle eut peur soudain de ces souvenirs qui appartenaient à Pierre. Certains d’entre eux probablement appartenaient aussi à une autre.

Elle  n’avait plus repris son bras de la soirée. Cette nuit-là, recrus de fatigue, mouillés de sueur, ils avaient fait l’amour avec la rage de deux lutteurs épuisés mais incapables de se vaincre.

C’est à cette époque que Clotilde devint amoureuse de Pierre alors que le souvenir de Julie revenait à Pierre plus souvent. A quoi reconnait-on qu’on devient amoureuse ? Clotilde s’efforçait de le savoir en femme rationnelle qu’elle était. Elle pensait que ce n’était pas lié au plaisir que lui procuraient ses caresses. Elle n’était pas amoureuse des cuisiniers de restaurants étoilés; disait-elle.

Chacun d’eux vivait dans l’appartement qu’il occupait avant qu’ils ne fassent connaissance. C’était un refuge éventuel. Elle pensait que parce que leur union leur paraîtrait plus fragile, elle leur serait plus précieuse. Elle se trompait. Il y en a toujours un qui aime plus que l’autre.

La présence de Pierre lui devenait indispensable. Pour qu’il ne s’en rende pas compte, à quelques reprises elle lui avait demandé de ne pas venir la voir. L’absence, se disait-elle, est un adjuvent à l’amour. L’absence ?

Ce jour-là, au téléphone, elle avait prétexté la venue inopinée d’un ami.

- Tu ne m’en veux pas ? C’est ce dont nous étions convenus. Un ami étranger vient me voir.

- Tu ne me dois pas d’explications, Clotilde. Nous sommes d’abord de bons amis, non ?  Tu me donneras un coup de fil après qu’il soit parti.

En revanche, une autre fois, toujours au téléphone cet intermédiaire sans visage, elle lui avait reproché de ne pas l’avoir prévenue.

- Tu ne m’as pas prévenue que tu ne viendrais pas.

- Je t’ai appelée cet après-midi.

- Tu aurais pu appeler hier soir. Je ne t’aurais pas attendu de toute la soirée. Peu importe avec qui tu étais, ne serait ce que par courtoisie.

Elle faisait preuve de mauvaise foi mais c’était par amour. Clotilde se demandait avec qui elle vivait. Elle pensait qu’elle devrait rompre avant qu’il ne soit trop tard. Ses relations avec Pierre devenaient ridicules. Un soir, quelques mois auparavant, alors qu’elle ne lui demandait rien, il avait dit, dieu sait pour quelle raison, qu’elle ne devait rien attendre de lui.

- Je ne suis pas un homme équilibré. Je n’ai rien à offrir à une femme.

C’était une forme de dépression sans doute. De rejet de soi-même. Elle connaissait cette sensation de ne pas être. Il avait parlé de ce qu’il appelait sa vie antérieure, de son père le président, de René, de Gérard, et enfin de Julie. C’est d’elle qu’il brûlait de parler.

- Tu es fâchée. J’ai envie que tu connaisses tout de moi.

Il avait dit que c’était une marque de confiance et d’abandon. Il parlait de Julie à une femme libre qui de plus était sa meilleure amie.

Clotilde le consolait à force de caresses partagées. Jusqu’au sel de quelques larmes qui ajoutait du piment à leurs baisers.

Ils étaient devenus quatre : Cécile et lui tels qu’ils étaient aujourd’hui. Et un homme incapable de se définir qu’accompagnait de plus en plus souvent la Julie nichée dans sa mémoire. Parfois, il en perdait l’équilibre et portait la main contre un mur pour se soutenir.

Clotilde avait besoin d’une rencontre. Ne serait-ce que pour son équilibre, pensait-elle. Et pour celui de Pierre en fin de compte. C’était en Italie qu’elle se produisit. Elle se trouvait dans une tout petite ville proche de  Florence. L’hôtel dans lequel elle logeait près de la Grand-Place ouvrait sous les arcades. Hôtel des Arcades. Elle devait rencontrer son fournisseur le lendemain.

D’habitude, elle logeait à Florence  mais ce jour là, moite de chaleur, elle n’avait pas eu le courage de prendre un bain, de se changer et de s’y rendre.

Elle décida de diner à l’hôtel dans une petite salle généralement vide qui donnait sur la cour arrière. La carte n’était pas fort riche mais ce n’est pas de manger dont elle avait envie.

Elle prit un bain et les cheveux encore humides serrés autour de son visage, elle s’installa au restaurant. La salle était vide. Le patron qui avait noué un tablier autour du ventre la servit en souriant.

- C’est pour moi, je vous l’offre.

Il avait apporté une carafe de Chianti qu’elle vida en attendant le repas. Le vin était bon, elle avait envie de boire.

Un peu plus tard, un homme était entré. Un client de l’hôtel, lui aussi probablement. Il avait scruté la salle. Il avait regardé Clotilde. Ils étaient deux désormais. Il eut un sourire et s’approcha de la table de Clotilde.

- Vous ne pensez pas que ce serait sinistre si nous mangions, seuls, chacun à un bout de la salle ?

- C’est vrai.

- Mon nom est Pierre Louvier.

Il s’assit en face d’elle. Il commanda une bouteille de vin florentin. Pétillant. Du Lambrusco.

- Vous verrez, il surprend au début.

Elle n’en avait jamais bu.

Il était français et comme elle, il achetait. Pour une chaine française.

- Moi ce sont des pulls.

Après le repas, elle était un peu ivre, elle dit qu’elle allait se coucher. Elle avait mis une chemise de nuit et rejeté les draps. Mais elle n’avait pas fermé la porte. Elle entendit frapper à la porte et elle alla ouvrir. C’était Pierre Louvier.

Le lendemain, Pierre Louvier avait quitté l’hôtel avant même qu’elle ne descende. Peut-être qu’elle avait rêvé ?

Etrange phénomène que l’amour. Les peaux se conviennent, parfois les sentiments se conviennent également. On se sépare parce qu’on craint celui ou celle qu’on  deviendra. On se fuit. On fuit encore et on regrette le premier amour. Il rassure. C’est ça l’amour ? Une anxiété qui apaise

Un jour qu’il rentrait chez lui, Pierre avait entendu une voix derrière lui.

- Pierre !

Il avait failli croiser Jean Cormier sans le voir. Sans savoir pourquoi, il était devenu heureux.

- Tout compte fait, la vie est plus agréable dans une grande ville.

Jean était le seul avec lequel il aurait pu parler de ce qu’il n’avait jamais évoqué avec son père lorsqu’ils dinaient ensemble dans un café du centre. Mais Jean était pressé ; avait-il dit.

Avant de partir, il avait dit :

- Je suppose que tu sais que ton parrain est malade. Il n’aime pas qu’on en parle, tu le connais.

Il savait que René était malade mais pas au point que Jean lui en parle. Il en parla à Clotilde. Elle s’était inquiétée pour René. En réalité, c’est de Pierre qu’elle s’inquiétait.

Lorsque Pierre avait appris que René était mort, et qu’il avait décidé de se rendre à ses funérailles, elle avait eu peur de ce passé qui allait se matérialiser d’autant plus fort qu’il avait été effacé d’un geste brutal

- Tu reviendras ?

Il n’avait jamais pensé que Clotilde lui poserait la question. C’est au lit, souvent, que les hommes ou les femmes posent les questions auxquelles il est difficile de répondre. Est-ce ce qu’elle continuerait d’exister lorsqu’il aurait franchi sa porte ? Vraisemblablement pour ne plus revenir. Est-ce qu’il continuerait d’exister dans la sienne ? Les ruptures ont cet avantage : ni les traits de l’un ni ceux de l’autre ne se modifient plus.

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                                      3

 

Bien plus que la veille de son départ, Julie aujourd’hui était devenue bien plus désirable que lorsqu’ils s’étaient connus.

Il apprit par la suite qu’elle non plus n’avait pas cessé de vivre.                  

La grille n’était pas fermée, il n’avait eu qu’à la pousser. Elle devait attendre derrière la porte. Les nouvelles vont vite en province.

- J’étais en ville.

- Je sais.

Est-ce qu’elle avait changé ? Il lui semblait que son regard était moins brillant. Ou bien c’est la lumière jaune du hall qui lui assombrissait le visage. La lumière est un fard cruel.

Elle l’avait fait entrer dans ce qui était resté le petit salon. Ils s’étaient assis face à face. Muets. C’était peut être pour cette raison qu’elle lui avait posé la question. Il y a des questions qui ne servent qu’à cela. Les paroles, à certains, sont plus significatives que les silences. A tort souvent.

- Tu veux boire quelque chose.

Il ne savait plus qui s’était levé le premier. Mais elle avait plongé sa langue dans sa bouche en se serrant contre lui. C’est elle qui l’avait conduit à sa chambre en le tenant par la main. Il y a cinq ans, c’était déjà elle qui le conduisait tandis qu’il lui serrait la taille en montant. 

Cinq ans plus tard, certains mouvements de sa voix et de son corps pendant qu’ils faisaient l’amour étaient plus vivants qu’ils ne l’avaient été en réalité. Peut-être que c’est pour elle autant que pour René qu’il avait voulu rentrer ?

Pierre avait envie de lui faire mal parce que durant cinq ans, il avait du se passer d’elle. Peut être que les corps se reconnaissent. Il savait que Julie était la femme qu’il aimait parce qu’il la désirait autant ou davantage que les premiers jours.

Pendant longtemps, lorsqu’il fouillait la bouche de Clotilde c’est la bouche de Julie qu’il voulait embrasser. Et c’est le grain de sa peau qu’il voulait sentir sous la main. C’est seulement aujourd’hui qu’il s’en rendait compte. La pensée est comme un masque de carnaval. Il ment. Le corps de Julie était toujours aussi avide.

Elle avait demandé le lendemain matin :

- Tu vas rester ?

- Tu veux que je reste ?

- Oui.

Ils étaient étendus côte à côte. Après l’amour, elle aimait rester étendue, la main sur la cuisse de Pierre.

Il se rhabilla.

- Mon père m’attend, je reviendrai tout à l’heure.

- Tu ne veux pas manger ?

Elle s’était levée. Il l’avait embrassée à la base du cou, et il était parti.

Il y avait beaucoup de monde en ville. Le samedi, c’est le jour du marché. Il regardait les gens avec curiosité. C’était probablement les mêmes que ceux qu’il croisait cinq ans plus tôt.  Plus souriants. Ce devait être son sourire qui suscitait le leur. Le visage de celui qui vient de faire l’amour le dénonce et lui entoure le crâne d’une aura de lumière.

Une autre vie commençait une fois de plus. Est-ce qu’on meurt d’abord à chaque fois qu’on recommence à vivre ? Il se sentait bien, il était heureux.

Monsieur Halloy était habillé comme les jours où il se rendait au Palais. Jusqu’à la cravate soigneusement nouée. Il n’avait pas fini de déjeuner. Il tendit la joue.

- Tu veux du café ?

- Je veux bien. René te manque ?

- Je ne savais pas à quel point j’avais besoin de lui.

Il regardait Pierre qui semblait, comme on dit, rayonner de bonheur.

- Tu vas rentrer ? Tu vas rester ?

- Je vais rester. Je vais téléphoner à Monsieur Baligand  tout à l’heure. Je dois réfléchir.

- Réfléchir oui. Tu loges chez Julie ? Tu vas travailler ?

Il le voyait, il ne connaissait pas son fils. Il suffisait de quelques questions simples et il ignorait les réponses que son fils pourrait lui faire. A causes de cinq années durant lesquelles ils avaient été éloignés loin de l’autre ? Ou parce qu’il ne l’avait jamais connu ?  Trop peu en tout cas.

- Je vais loger chez Julie. Après, je verrai.

Ils s’étaient embrassés maladroitement. Monsieur Halloy n’avait jamais su de combien de baisers était constituée une accolade.

Pierre retourna chez Julie. Il n’y avait personne mais la porte n’était pas fermée. Il entra dans le petit salon mais il ne s’assit pas. Il portait un pull sous son veston mais il n’avait pas ôté son veston, c’est Julie à son retour qui le lui fit remarquer en riant.

- Pierre, on dirait que tu es en visite.

Il la prit entre les bras et le désir physique qu’il avait d’elle se manifesta comme aux premiers jours de leur liaison.

- Viens.

Physiquement Julie avait à peine changé. D’ailleurs, ce n’était plus son corps qui le séduisait, c’est d’elle tout entière dont il avait envie.   

Le lendemain, il était encore au lit lorsqu’elle se rendit au bureau. Il lui demandait :

- Tu rentres pour déjeuner ?

Elle lui embrassa le front, elle répondit oui, et sortit.

Avec Clotilde, c’est ensemble qu’ils se levaient pour se rendre au bureau. Ils se retrouvaient le soir mais il n’imaginait pas qu’il puisse passer la journée avec elle.

Avec Julie au contraire, sans elle il se sentait douloureusement seul.

Il la guettait derrière la porte. Elle était à peine rentrée qu’il la serrait entre les bras, le ventre en avant. On eut dit qu’il prenait une revanche. Peut être en était-ce une. A la pensée qu’un autre homme avait pu lui faire l’amour, la rage le saisissait.

C’est lui qui avait voulu déjeuner aux abattoirs, le restaurant dont elle avait cité le nom.    

- Bonjour, madame Julie.

Pierre souriait mais il avait été heurté par la familiarité dont le patron avait fait preuve. Quelques bouchers, debout devant le comptoir, les avaient salués de la tête.

Pierre avait eu un sourire crispé.

En sortant du restaurant, il arrêta la voiture sur une aire d’autoroute et se pencha sur Julie dont il écrasa la bouche. Elle s’était abandonnée effrayée par cet homme qu’elle ne reconnaissait pas mais dont le corps suscitait avec brutalité l’avidité soudaine du sien.

- L’odeur du sang, ça t’excite ? Dis-le que ça t’excite.

Elle était comme un jouet entre ses mais. Elle pensa à El Toro.

Ils rentrèrent sans dire un mot. Au moment de se glisser sous les draps,  il s’excusa :

- Je ne sais pas ce qui m’a pris. 

 Elle secoua la tête et la posa sur sa poitrine.

Il s’était promis de réfléchir à ce dont il allait s’occuper pendant qu’elle était au bureau. Il n’éprouvait pas de besoin particulier. Deux matinées par semaine, il sortait pour rencontrer son père ou ses amis tandis que la femme de ménage prenait possession de la maison.

Il était parfaitement heureux, il attendait Julie pour des retrouvailles de chair. Elle était son obsession au point qu’une fois, il s’était demandé si elle se rendait réellement au bureau tous les matins et si elle visitait encore les gros clients.

-Monsieur Tordoir s’en sort très bien sans moi. Tu es jaloux ma parole ?

En effet, il était jaloux, il s’en rendait compte. Comme Gérard en rêvait, Pierre avait le sentiment que Julie était sa propriété. Une nuit, Il avait presque violé Julie en criant :

- Tu en veux, hein ? Tu en veux.

Julie avait fait semblant de n’avoir rien entendu. Lui n’avait pas pu se rendormir.

Tout paraissait si simple à deux. Certains jours, ils étaient trois. C’est l’amie de Julie qu’ils recevaient, Liliane, la pharmacienne qui s’était montrée si proche de Julie les dernières semaines de vie de Gérard et après que lui, Pierre eu abandonné Julie sans se préoccuper d’elle. 

Un jour que Julie attendait Liliane, elle lui avait dit :

- Elle vient souvent me rendre visite. Elle m’a dit qu’elle te connaissait depuis votre adolescence. C’est vrai ?

Il la connaissait en effet.

Il avait seize ans lorsqu’il avait emmené Liliane le long du chemin de halage à proximité du Soleil Radieux, la maison de rendez-vous située à hauteur du fleuve mais invisible de la route. On y accédait par un étroit chemin. Ils s’étaient assis sur l’herbe. Il lui avait pris la main et il l’avait posée sur son sexe. Il avait joui presque immédiatement. Il avait été tellement honteux qu’il avait voulu mourir sur le champ. Ils étaient rentrés sans dire un mot.

Ce jour-là, il n’y avait eu ni sourire béat ni aura sur le front. Beaucoup de honte au contraire dont il mit longtemps à se relever.   

Julie le regarda avec curiosité.

- C’est vrai que tu la connaissais bien ?

C’était vrai. Il avait revu Liliane à la fin de leurs études secondaires. Elle avait failli le violer à la sortie d’une boite où les jeunes gens allaient danser les samedis soir. Il avait été honteux une fois de plus, il n’avait pas  été à la hauteur. Liliane était une fille obstinée. Pierre lui plaisait, elle avait le sentiment qu’il était plein de ressources mais il fallait que le cadre s’y prête.

Il était maigre mais bien proportionné, le visage creusé, des yeux noirs au regard profond. Liliane était mince mais la poitrine saillait en dessous d’un pull étroit. Elle avait un visage frais, plaisant, un peu candide comme on l’a souvent à cet âge.

Elle avait demandé à sa mère de l’inviter à la côte durant les vacances.

Françoise disait qu’à l’âge de sa fille, elle lui ressemblait. Elle laissait entendre, sans doute, que Liliane ressemblerait un jour à sa mère. Quel est le jeune homme ardent qui ne l’aurait pas espéré ?  Françoise était séduisante. Quel est le jeune homme ardent qui ne l’aurait pas remarqué ? Aujourd’hui, on dirait de Françoise qu’elle était sexy.

Les parents de Liliane avaient une maison à la côte, elle était située dans les dunes. Debout devant la maison on voyait la ligne d’horizon à plusieurs kilomètres de distance.

Elle était entourée d’un jardin et d’un terrain herbeux qui avait près d’un hectare. Devant il y avait les dunes, derrière l’orée d’un bois. Isolée, on y était au bout du monde.    

- Vous aimez la côte, Pierre ? Bien sûr, ce n’est pas directement la plage mais on n’en est pas loin.

Le père de Liliane n’y venait que le week-end. Durant la semaine, il restait à Bruxelles pour travailler. Il était un des agents commerciaux d’une firme qui distribuait des produits destinés à la construction de bâtiments. Les administrations  publiques constituaient le plus gros de sa clientèle. Il n’y avait pas un soir où il ne traitait pas un fonctionnaire important dans un des restaurants les plus réputés de la ville. Il rentrait chez lui mort de fatigue et s’endormait sur le champ. Plus tard, disait-il en riant, lorsqu’ils seraient riches, Sa femme et lui feraient la grasse matinée tous les jours. Et si ce n’était pas la grasse matinée, ils resteraient au lit tout de même. Même à la côte, il se couchait tôt. Il disait pour s’excuser :

- J’ai de la peine à récupérer.

- Tu es en vacances.

- C’est vrai.

Mais il ne changeait pas sa façon d’agir.

C’était un été particulièrement chaud. Il fallait, disait-on, remonter à de nombreuses années en arrière pour retrouver un été aussi torride.  Ils mangeaient dans le jardin vêtus aussi légèrement que possible. La plupart du temps Pierre ne portait que son slip tandis que les deux femmes restaient en maillot toute la journée. Chacun d’entre eux disparaissait tour à tour et revenait les cheveux mouillés. Ils venaient de prendre une douche. Un jour, Françoise avait dit :

- Si nous étions nos ancêtres des premiers âges, nous pourrions nous promener tout nu.

Bien sûr, ce n’était qu’une plaisanterie. Mais le bas du  ventre de Pierres s’était enflammé, les yeux tournés vers Françoise qu’il regardait soudain comme si elle avait été nue. Françoise avait détourné la tête. Quelles étaient les images qui lui étaient passées par la tête ?  Liliane avait baissé les yeux mais elle avait toujours aimé ces phrases qui ne signifiaient rien de particulier mais qui en évoquaient d’autres propres à chacun.   

Au bout de quelques jours, tous les trois nous avaient la couleur du bronze et l’habitude de se voir pratiquement nus. Pierre pouvait regarder Françoise sans réagir comme il le faisait les premiers jours. C’est la nuit, étendu sur son lit, qu’il  pensait à elle. Est-ce qu’elle dormait nue, elle aussi ?      

Un jour qu’elle les avait laissé pour aller prendre sa douche il s’était rendu dans sa chambre pour y prendre un autre slip. Il était passé devant la salle bain. La porte était ouverte. Machinalement il avait tourné la tête. Françoise était en train de prendre sa douche. Elle n’avait pas tiré le rideau. Il était cloué au sol. Ruisselante, les cheveux brillants, les seins bronzés mais plus clairs autour des aréoles, elle était la femme comme l’imaginent les peintres et les jeunes gens.

La chaleur lui était montée au visage. Il ne pouvait détacher le regard du triangle noir de sa toison. Elle le regardait, elle aussi, les yeux  effarés. Elle ne faisait aucun geste pour se dissimuler ne serait-ce que pour tirer le rideau. Pierre s’était repris et il était retourné au jardin. Liliane était étendue sur son drap de bain. Il s’était étendu sur le mien. Lorsque Françoise était revenue, il avait fait semblant de sommeiller.

Liliane, un jour, avait du s’éloigner  pour faire des achats en ville. Françoise s’était étendue sur son drap de bain pour exposer son dos au soleil. Elle avait dénoué les liens de son soutien afin de ne pas avoir le dos marqué.

Pierre était debout auprès d’elle.

- Je vais rentrer demain, Françoise. Je crois que c’est mieux.

- Demain. Mais pourquoi ?

Elle s’était tournée vers lui. Elle n’avait pas songé à se couvrir les seins.

Il s’était laissé tomber sur les genoux.

- J’ai trop envie de vous Françoise.

- Ce n’est pas raisonnable, Pierre.

Il s’était allongé sur elle, Il  introduisit sa langue entre ses lèvres. C’est elle qui le serra sur sa poitrine.

Cet été là, il avait fait l’amour avec Liliane. Françoise  avait du rentrer à Bruxelles.

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Mélancolie,

Je me balade le long d'un chemin vert,

juste au dessus, le ciel respire, couvert ;

J'ai un peu froid.

Sur mon épaule, un étrange oiseau vert,

devenu bleu à l'approche de la mer,

multicolore dès lors, qu'à vous je songe.

J'ai un peu froid.

Sur mon épaule, en équilibre, l'oiseau s'attriste,

balbutie et atténue son chant ;

c'est là, mon cher ami, toute ma joie mélancolique ;

larmes d'amour invisibles,

dont l'écrin est le rire.

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administrateur théâtres

12272999298?profile=originalMonsieur Ibrahim et les fleurs du Coran 

Monsieur Ibrahim est un épicier de la rue Bleue à Paris et il rencontre  Momo, un jeune garçon qui rentre dans son épicerie et dont il va devenir successivement, l’ami, le mentor et le père adoptif. Une merveilleuse histoire d’amour entre un épicier musulman et un jeune garçon juif. « Pourquoi tout le monde dit que vous êtes l’Arabe du coin alors si vous êtes pas arabe ? » «  Parce que arabe, Momo, ça signifie que vous êtes ouvert tous les jours de huit heures  jusqu’à minuit et même le dimanche ! »  Moïse ou Mohamed  du pareil au même,  Momo pour l’intimité et la chaleur humaine.  

Pendant plus d’une heure et demie, c’est Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur,  qui joue lui-même son texte sur la scène du centre culturel d’Auderghem. Une représentation unique, un jour de grâce.  Le décor est beau, multiple et épuré tout en restant immuable jusqu’à la fin. Ce sont les âmes qui voyagent. On voyage entre les rues chaudes de Paris, un appartement cossu mais noir,  bourré de livres qu’habite un père sans amour et dans bien d’autres lieux imaginaires. Le jeune adolescent clamant haut qu’il a 16 ans offre son nounours à la fille qui l’initie à l’amour, il vole les boîtes de conserve de l’épicier, comme il volait son père. Flottent le souvenir d’un frère disparu, mieux aimé et le fantôme d’une mère. Mais voici que grâce à son alliance avec l’épicier  Momo mitraille le monde avec son sourire : « c’est le sourire qui rend heureux ! » Mieux il applique une nouvelle maxime: « Ton amour t’appartient, ce que tu donnes c’est à, toi pour toujours ! »  Après la mort du père, ensemble ils voyagent de la côte normande au croissant  d’or… Il danse avec les derviches.  Il a  « la haine qui se vidangeait » et pardonne à son père, presque à sa mère ! Nouvelle maxime : « Ta beauté, c’est celle que tu trouves à la femme, Momo ! » Ibrahim, qui à l’issue du voyage  a retrouvé ses racines orientales  ne meurt pas, il  va rejoindre l’immense. Retour à Paris en stop. Il y a des enfances qu’il faut savoir quitter.

 M. IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN...Intense, aigu, sensible, Eric-Emmanuel Schmitt en montant sur scène ne peut que donner une résonnance unique, limpide  et juste  à son magnifique  texte. Ses qualités de comédien font vivre  chaque phrase comme de la poésie vivante d’un conte d’une profonde sagesse et personnifie  avec grande délicatesse l’amour qu’il met en scène. Il campe chaque personnage avec virtuosité époustouflante. On le sent avoir la passion du théâtre, celle qui ne vise qu’à donner à l’autre du bonheur. Il est lui et les autres, imaginaires, tout à la fois et nous livre un témoignage brûlant d’humanité et de vérité.


Une merveilleuse soirée, un conte de 1001 jours, une légion d'étoiles pour toute l'équipe, la mise en scène, les lumières, la musique:
Anne BOURGEOIS
Nicolas SIRE
Jacques CASSARD
Pascale BORDET
Laurent BÉAL
and last but not least Éric-Emmanuel SCHMITT auteur et splendide comédien!

http://www.cc-auderghem.be/index.php/component/redevent/details/202.html

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administrateur théâtres

 

"Si l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés. [...] Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule."

Le Tartuffe, Préface

D’une lecture très fine  du Tartuffe  de Molière - Corriger en divertissant les faux-monnayeurs en dévotion - Monique Lenoble  tire une mise en scène remarquablement intelligente de sobriété et de vivacité. Le décor joue un rôle explosif. Foin des mièvreries  et mobilier du grand siècle pour nous précipiter  à l’intérieur d’une boîte de Pandore. Un pandémonium sûrement. Trois étages vert olive, trois rangs de portes dérobées et de judas qui claquent comme dans les vaudevilles,  dans un rythme   infernal. Tartuffe n’est-il pas un démon habillé de chair?  Derrière chaque porte se cache  le mystère de   réalités sitôt entrevues, sitôt escamotées. La vie normale de la famille a été bafouée.  Les personnages sont projetés dans le chaos organisé par l’imposteur, le profiteur, l’usurpateur. Le fourbe s’est imposé comme maître à penser d’Orgon et de sa mère grâce à sa fausse dévotion. Orgon est prêt à lui céder sa fille Marianne qu’il avait promise à Valère. Pire, le scélérat va  tenter de séduire sa femme, Elmire.  Il fait régner  le verbe trompeur en maître sur le plateau entièrement vide à part une sorte de  large tabouret à deux places qui servira à le  démasquer. Tartuffe se comporte comme un gourou,  croit tenir  sa victime et sa famille entière entre ses griffes, manipule le mensonge avec  le machiavélisme et l’impudence de celui que rien n’arrête. Heureusement Elmire a gardé le sens commun et prépare un piège. Las, le mécréant doucereux a assuré ses arrières et ce n’est que la clémence du Roi qui le mettra enfin en déroute.

 

ORGON

Mon frère, vous seriez charmé de le connaître,
Et vos ravissements ne prendraient point de fin.
C'est un homme. qui. ha!. un homme. un homme enfin.
Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde,
Et comme du fumier regarde tout le monde.
Oui, je deviens tout autre avec son entretien;
Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien,
De toutes amitiés il détache mon âme;
Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme,
Que je m'en soucierais autant que de cela.

CLÉANTE

Les sentiments humains, mon frère, que voilà!

Le jeu  de toute la troupe n’est pas moins remarquable que la mise en scène et laisse entendre la beauté soufflante des alexandrins et la sève du discours de l’honnête homme qu’est Molière. C’est Alexandre von SIVERS qui apparaît dans le  rôle d’Orgon, un impeccable Angelo BISON dans le sinistre rôle  du Tartuffe et une éblouissante Laurence d'AMELIO dans celui d’Elmire. Sa performance mêlée de charme et de douceur mais aussi de rage intérieure suscite  à elle seule un plaisir de roi ! Taille de guêpe, bouche et regard de geisha, chacune de ses interventions est un plaisir sensuel doublé de celui d’une diction parfaite qui retire toute la sève de ce texte étincelant. Soulignons aussi le rôle particulier de Dorine. Catherine GROSJEAN joue le rôle de la servante alerte et pleine de bon sens qui n’est  jamais  dupe des tromperies du Tartuffe, avec brio et grande présence théâtrale. La mère d’Orgon (Nicole COLCHAT) est aussi excellente dans ce rôle qui a tout d’un personnage de Daumier par son traitement presque naturaliste.

Un document de l’époque (Relation des Plaisirs de l’Ile enchantée de 1664) souligne  que la pièce, reconnue comme « fort divertissante », rencontra au soir du 12 mai, un certain succès, auprès du Roi, mais aussi une forte hostilité dans le parti dévot extrêmement

proche de la Reine mère, Anne d’Autriche. Sous cette pression, le roi fit interdire toute représentation publique de la pièce. Molière fut menacé d’excommunication. Mais en 1669, l’influence des dévots ayant décru, la pièce remaniée fut un triomphe. Un triomphe qu’a célébré le théâtre du Parc dans sa saison 2013-2014 dans une production magistrale et inoubliable.   

 

le texte:

http://www.site-moliere.com/pieces/tartuf15.htm

 

Du 6 mars au 5 avril 2014 au théâtre Royal du Parc

http://www.theatreduparc.be/spectacle/spectacle_2013_2014_004

 

 

 

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administrateur théâtres

75 ans

La Chapelle musicale Reine Elisabeth fut inaugurée en 1939 par la Reine Elisabeth et cette année fête ses 75 ans à travers une série de concerts avec ses jeunes solistes et leurs  très illustres maîtres. Le 28 janvier dernier, nous assistions à un prestigieux Concert de Gala au Palais des Beaux- Arts de Bruxelles qui nous offrait le Concerto en sol mineur pour deux violoncelles de Vivaldi avec Lidy Blijdorp et Julie Sevilla-Fraysse sous la conduite d’Augustin Dumay et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. Ensuite l’Aria ″Ch'io mi scordi di te″ de Wolfgang Amadeus Mozart, avec un émouvant Julien Brocal au piano et Aleksandra Orlowska, soprano. Ce fut ensuite un 4 mains rayonnant au piano avec Maria Joan Pires et le jeune Julien Libeer : la Fantaisie pour piano à 4 mains en Fa mineur de Franz Schubert. Dans une entente parfaite de la conduite de la musique au masculin et féminin, la pianiste mythique et son brûlant élève ont  conquis le public par  l’atmosphère intimiste  envoûtante qu’ils ont  créée. Ensuite, ravis de l’accueil du public, ils ont donné un bis à trois: les deux jeunes pianistes Julien Brocal et Julien Libeer égrenant  entre leurs doigts des vagues de douceur et de tendresse et des  fourmillements de poésie  avec leur égérie musicale, Maria Joan Pires. Après la pause, Lya Petrova et Hrachya Avanesyan  ont joint leurs violons dans le poème Amitié d’E. Ysaÿe. Puis ce fut le tour de Deborah Pae au violoncelle pour des variations op 33 de Tchaïkowski et enfin Esther Yoo, la star du dernier concours Reine Elisabeth de violon, dont chaque note est une nuance, chaque frémissement, un summum de concentration et de musicalité éclatante. Une musicienne qui peut tout exprimer  et qui maîtrise  à la perfection toutes les harmoniques, défiant son instrument magique comme un être vivant, le poussant  à tout moment dans ses ultimes retranchements. Elle jouait la Carmen fantaisie de Franz Waxman….  

C’est dire si ce deuxième concert de la Chapelle musicale, intitulé  « José van Dam and YOU » du 11 mars allait attirer du monde et  rassembler  à nouveau la fine fleur des artistes de cette école internationale d’excellence et leurs nombreux fans. Toujours le même lieu : le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Avec, quelques temps auparavant, un flash mob dans la Galerie de la Reine où soudain paraissait au balcon une chanteuse polonaise de rêve,  un piano à ses pieds, sous le regard ému de José van Dam et d’autres musiciens triés sur le volet. Pour Kinga Borowska qui présente sa candidature au Concours Reine Elisabeth d’art lyrique cette année, l’opéra c’est vivant, c’est sexy, c’est beau.  

On a vécu cette soirée du 11 mars comme un véritable prélude printanier, une fête explosive de l’art lyrique. L’Orchestre National de Belgique était sous la direction de Patrick Fournillier, un chef d’orchestre prestidigitateur qui convoquait dans chaque court extrait musical tout l’esprit de MOZART, ROSSINI, TCHAÏKOWSKI, DEBUSSY, BIZET, MASSENET, OFFENBACH ET VERDI.  Quel exploit. Il offrait un nouveau  visage transcendé à ses musiciens à chaque  nouveau morceau, comme si c’était le fruit d’un long processus d’immersion dans l’œuvre  choisie. Le spectateur pouvait  en plus observer le maître de musique à la fois  de dos et de face, sur grand écran car le concert était enregistré en live  par MUSIQ 3 et diffusé en streaming. Les solistes et les musiciens, pris de près,  livraient toute l’intimité de leur émotion musicale. Pas de doute que l’investissement musical de chaque chanteur était total dans ces instants de partage qui frisaient  l’extase. Ces jeunes talents extraordinaires viennent de multiples horizons, lointains parfois et  ont souvent depuis leur plus jeune âge tout sacrifié à l’art musical. Quelle leçon pour notre société souvent rebutée par l’effort et peu attirée par le mérite!  Armés d’une détermination passionnelle on perçoit qu’ils ont consenti à un investissement sans limite, chacun   donnant le meilleur de soi-même. La puissance et l’émotion pure semblent surgir chaque fois  d’un alliage pénétrant qui  fuse quelque part au cœur  de l’orchestre et y est en même temps parfaitement incorporé. La magie de l’art et celle de la jeunesse intrépide ont  suscité des  salves d’applaudissements et de clameurs enthousiastes dans une salle en adoration et pleine à craquer. Citons avec joie les héros de la fête orchestrée par le jeune metteur en scène français Julien Fišera membre actif d’ENOA  (European Network of Opera Academies). La scène du Palais des Beaux-Arts était habillée par le jeune éclairagiste Arnaud Lhoute. Et sous les feux de la rampe on a applaudi et scandé  la musique de tout cœur:

 

José van Dam, baritone
Amalia Avilán
, soprano
Diana Gouglina
, soprano
Aleksandra Orlowska
, soprano
Kinga Borowska
, mezzo-soprano
Sarah Laulan
, mezzo-soprano
Yu Shao
, tenor
Charles Dekeyser
, bass

 

Le programme complet,  ici : http://www.bozar.be/activity.php?id=14575

 

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LA PETITE CHANTEUSE...

Elle avait dans un coin de son cœur

Une petite chanson qui ronronnait...

Et qui l'empêchait d'avoir peur

Quand la solitude l'écrasait!

Elle était si frêle mais si brave

Un petit oiseau qui se battait.

Car elle ne voulait pas d'entrave

C'est d'amour libre qu'elle rêvait!

Elle n'avait pas choisi l'époque

Quand par une douce nuit elle naquit!

Ce que les autres pensent, elle s'en moque

Sa joie de vivre n'a pas de prix!

A force de chercher sa lumière

Elle a fini par la trouver...

Et son chant monte, comme une prière...

Comme un appel à tout donner!

J.G.

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La lettre

Les beaux jours de printemps sont partis et il reste un ciel gris et nuageux.  J’attends derrière ma fenêtre un signe de vie, une lettre, un mail qui terminera cet enfermement dans lequel je suis depuis des semaines. J’attends en effet des nouvelles qui n’arrivent pas.  Debout et désarmé, face à la vie, je me trouve lamentable de tristesse, de lâcheté. Je n’ai pas le courage de finir ce qui est commencé.  Mettre fin à cette situation qui n’avance pas. Arrêter d’attendre misérablement qq chose qui ne vient pas comme si ma vie en dépendait. J’accepte cette punition que je m’inflige à moi-même, comme si souffrir m’aidait à accepter plus facilement l’inévitable.

J’ai toujours revendiqué, cherché la liberté dans ma vie, dans mes pensées et me voilà, enchaîné à du courrier qui n’arrive pas et qui me rend laid.

Qq mots écrits à la hâte me suffissent, juste qq mots pour me rassurer, finir et arrêter ce silence pesant, envahissant.

Ma tête est remplie de souvenirs, de mots, de promesses, de serments que les hommes savent inventer pour rendre la vie belle.  Mon cœur, qui bat la chamade, a cru à toutes ces paroles écrites et postées. Il ne reste rien ce matin qu’un silence dans le quel je vis malheureux depuis trop longtemps. Je me rassure comme je peux chaque jour et recommence le soir pour prendre espoir. Peut-être demain. Peut-être après demain.

Au fond de moi, je sais que la lassitude a fait son travail,  que l’ennui avant l’oubli a usurpé son cœur et séché sa plume. J’expie ce plaisir qui m’envahissait de lire son courrier et subis cette sanction.  La vie est ainsi faite, l’absence efface les traces de bonheur et les remplace inévitablement par autre chose. La vie se charge de pondérer calmement les sentiments pour les gommer au fil du temps. Ne reste que les poètes pour s’en rappeler et continuer à vivre avec les souvenirs enfuis.

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                            Deuxième chapitre                                   

1

 

Les premiers jours, Pierre avait logé dans un hôtel situé à proximité de l’Université. Il y avait là les petits restos et les cafés qu’il fréquentait lorsqu’il était étudiant. Personne ne l’y reconnaissait plus. L’Université, c’est comme un bus qui vous aide à parcourir quelques années de la vie, puis c’est comme s’il n’y avait jamais eu de bus et, pour certains, comme s’il n’y avait jamais eu d’Université.

Il allait s’efforcer d’effacer le temps qui s’était écoulé depuis la fin de ses études jusqu’à ce jour. Il se voulait un autre homme. Il n’y croyait pas réellement mais c’était un cadre mental qu’il voulait s’imposer. Et qui l’apaisait. Une seconde vie commençait.

Les premiers jours, il n’avait téléphoné ni à son père ni à son parrain. C’est à eux qu’il attribuait le motif de son départ. Ce sont eux qui avaient bouleversé sa vie. A raison peut-être, avait-il pensé parfois au début de ce qu’il avait nommé pompeusement son exil.

Après quelques jours cependant, il appela son parrain.

René n’avait pas eu l’air surpris. Pierre avait le sentiment qu’il était assis en face de lui.

- J’ai une proposition à te faire. Un de mes amis qui dirige une boite de matériel médical à besoin d’un délégué médical. Je lui ai parlé de toi.

René n’avait ignoré où se trouvait Pierre qu’un seul jour seulement. Dès le lendemain de son départ, il savait où il se trouvait et ce qu’il faisait. La police est bien faite lorsqu’elle le veut. Jean Cormier ne manquait pas d’amis dans la capitale. Jean était un fidèle du président Halloy et de René Daumier dont il connaissait le pouvoir d’influence. Certains, même dans son service, disaient qu’il était à lui seul les yeux et parfois le bras du Président avec un grand  P.

-Je connais deux fois plus de monde que la plupart des gens. De chacun, je connais la face qu’il s’efforce de montrer, et de chacun la face cachée. 

La police a toujours été friande de renseignements qu’elle entrepose soigneusement dans les rayons d’une immense bibliothèque à elle.

La firme dont René avait parlé à Pierre vendait du matériel médical à des hôpitaux. Pierre fut engagé le jour même où il s’était présenté. Le directeur, André Baligand, lui avait demandé des nouvelles de son parrain, ils avaient fait leurs études ensemble ; dit-il. Il lui avait proposé à boire, puis lui avait parlé de ce qu’on attendait de lui.

- Si ça vous convient, vous pouvez commencer dès demain.

On lui fit imprimer des cartes de visite à son nom avec la mention de directeur-adjoint. Sa vanité en fut touchée, et il se mit en route dès qu’il fut mis au courant du matériel à vendre et des usages du milieu hospitalier.

Il visitait les hôpitaux, il s’entretenait avec les médecins des différents départements, les techniciens des laboratoires, et il leur exposait les qualités du matériel de la firme. C’était plus valorisant que la vente de conserves et autres produits alimentaires. Même la vente de cornichons au vinaigre à la marque des établissements Leroy ne procurait pas de fierté équivalente à celle de la vente d’un scanner de la dernière génération.

Il était le représentant d’une maison qui elle-même était une filiale d’une entreprise américaine. Le prestige de la firme rejaillissait sur chaque membre de son personnel. Nombreux, on le sait, sont ceux qui préfèrent le prestige à la hauteur de leur salaire.

Les infirmières disaient : docteur. Peu de vendeurs de produits médicaux, d’anciens étudiants qui n’avaient pas achevé leurs études médicales, rectifiaient.

Pierre travaillait sans ménager son temps. Au contraire, plus cela  prenait du temps, mieux c’était. Il pouvait retarder son retour et le moment où il se retrouvait seul dans sa chambre.

Bel homme, et conscient de l’attrait qu’il exerçait, il avait parfois une aventure avec une infirmière ou l’interlocutrice qu’il avait invitée à dîner, et ne rentrait chez lui que le jour suivant.

Le soir, pour éviter la solitude de sa chambre, il allait prendre un verre dans un bar qu’il fréquentait lorsqu’il était encore étudiant. Situé dans une impasse, « La jambe de bois » avait une clientèle limitée à d’anciens étudiants nostalgiques et à des jeunes qui se faisaient offrir à boire par les anciens. A une certaine heure du soir, Pierre s’asseyait au piano après avoir offert un verre au pianiste habituel.

- C’est bon ce que tu fais. Pourquoi t’as pas continué ?

- On croit qu’on choisit. On ne choisit pas.

- Tu parles comme un vieux.

Il ne vivait pas encore avec Clotilde. Il ne l’avait rencontrée qu’un an plus tard. Ce n’était  pas une liaison. Comme beaucoup d’autres hommes sans doute, et peut être de femmes, il avait une mémoire bien compartimentée. Celle qui permet de vivre sans regarder derrière soi.

Il n’est pas nécessaire de détruire le moindre souvenir. Il suffit de l’abandonner dans un coin de ce vaste fourre-tout qu’est la mémoire. On peut ainsi mener deux vies en parallèle, et prétendre qu’il ne s’agit que d’une aventure sans lendemain lorsqu’on est le sujet d’une rencontre inattendue. Le plus dur néanmoins, c’était de vivre sans Julie dont il ressentait l’éloignement tellement fort que parfois il brûlait de l’envie de la rejoindre sans attendre. Alors, il allait se saouler. Et la mémoire se refermait.

Clotilde, il l’avait rencontrée à l’Archiduc, un bar à la mode, où se pressaient les amateurs de musique de jazz. A partir de onze heures du soir, il était impossible d’y circuler. Pour se déplacer, il fallait se creuser un chemin parmi les consommateurs collés les uns aux autres en s’excusant pour la forme et en levant son verre au dessus de la tête. Autant de balises liquides qui indiquaient que quelqu’un, homme ou femme, se trouvait en dessous. Face à face, corps contre corps. Ce soir là c’était Clotilde et lui.

- Je vous offre un verre ?

- Si nous parvenons au comptoir, avec plaisir.

Quelques heures plus tard, ce fut Clotilde qui demanda :

- On va chez toi ou chez moi ?

Clotilde était divorcée. Elles sont nombreuses les femmes divorcées. Il arrive que les maris se séparent de leur épouse durant leur mariage sans qu’elles en soient averties. Lorsqu’elles le sont, à moins d’un arrangement de convenance, le couple divorce pour de vrai. Parfois, il le regrette.

Clotilde et son mari n’étaient mariés que depuis deux ans lorsqu’elle avait appris qu’il la trompait avec sa secrétaire. Il avait dit :

- Ce n’est pas ma faute. Je pensais bien que je lui plaisais, je le lui avais répété : ne vous penchez pas comme ça lorsque vous êtes derrière mon dos pour lire un rapport en même temps que moi. Tu sais la poitrine qu’elle a, elle la met pratiquement sous mon nez, le corsage entr’ouvert.

C’était un homme fat et suffisant. Il semblait jouir en se confessant, avait dit Clotilde.

- C’est un accident. Je ne suis qu’un homme, après tout.

Il avait juré qu’il quitterait sa secrétaire sur le champ, c’est Clotilde qu’il avait quittée.

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Caresses du printemps

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Il y a tout le bleu, là foncé, là de nacre

D’un ciel rayonnant et les masses dorées,

Corbeilles ajourées, des érables géants.

Il y a la caresse agissante du vent.

 

Tous les sens en éveil, je reste sans bouger.

Un oiselet se pose, étonnement léger,

Observe et sans tarder reprend son doux voyage.

Je pense à ma lourdeur, aux outrages de l’âge.

 

Surtout n’y plus songer, savourer le moment.

L’harmonie à l’entour est un enchantement.

Déjà les jardinets offrent de tendres fleurs

Certes, j'accueillereai de nouveaux coups de coeur.

7/5/2004

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Le printemps,

                                                                         

 

Oh toi,

joli printemps,

tu es l’entrelacement

de tous les temps,

flamboyants, virginaux,

verts ou gris,

dont le sein de chacun,

recèle un lait de fleurs,

qui embaume toute la terre,

entête son fol amant,

diablement bleu,

le ciel léger et grand ouvert !

Déci de là,

l'enfance multicolore,

dessine et forme une immense ronde,

enchanteresse et rieuse,

tout autour du soleil,

qu'avril et mai,

inlassablement déraisonnent !

 

 

 

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Les Vieux

Les vieux

L'institut se dressait face à la prairie verte

La France découpait au lointain l'horizon

On devinait le soir, derrière les fenêtres,

Des visages ridés aux grands yeux sans passion.

Ils se tenaient tapis, les mains sur les genoux,

Ils regardaient la nuit, son ombre évanescente

S'étendre lentement comme un charme trop doux

Noyant la vie qui fuit dans la Source Puissante.

Les regards se perdaient vers l'Infini des jours,

Les têtes s'inclinaient, alourdies vers la terre,

Des souvenirs sans fin, des rêves, des amours,

Dissolvaient les vieux coeurs en ondes éphémères.

Il ne restait pour eux que la Grande Patience,

Les heures se traînaient, interminablement.

Ils attendaient sans peur l'Ultime Délivrance

Les mains sur les genoux, silencieusement.

© Rolande Quivron

Extrait du recueil "Intégrales"

"La pensée Universelle" 1983

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Haktiva, l'hymne à l'espérance

 

 

On ne m'a pas appris de ferventes prières
Et je ne fus jamais tentée d'implorer Dieu.
Lors de grandes douleurs, j'interpellais ma mère
Qui souvent se trouvait en un tout autre lieu.

Je répétais: maman! attendant ses caresses,
Sûre que son esprit rôdait auprès de moi.
J'espérais à nouveau l'effet de sa tendresse.
Et j'entendais sa voix m'apaiser chaque fois.

Ma mère, elle, savait prier avec ferveur.
Elle était confiante en demandant de l'aide.

Quand le sort imprévu imposait sa rigueur;
Elle ne voulait pas que son courage cède.

Je vieillis épargnée, rêveuse et solitaire

J'aime à me souvenir de mon adolescence

Lors j'entends clairement ce que chante ma mère

Et fredonne à mon tour cet hymne à l'espérance.

 

8 août 2009

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Printemps

Saison du renouveau de la nature

Dans nos cœurs, bourgeons de fleurs

Brasées de jonquilles et de violettes

De baisers, d’étreintes et de caresses

Saison du renouveau de la vie

Joli  minois, joli bébé, joli poupon

Au bal de notre destin tu es le premier

Ton étoile nous comble de joie

Saison du renouveau de l’amour

Certitude d’une espérance nouvelle

Pour renaître au plaisir ensemble

Nous serons deux à aimer follement

Le printemps qui s’annonce passionnément.

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                                      8

 

Julie avait déposé l’écouteur après que Pierre eut raccroché. Elle avait mal compris ce qu’il lui avait dit. Elle lui demanderait de s’expliquer à son retour.

Elle eut un frisson. Elle n’était pas certaine qu’il allait revenir. Sa vie venait de basculer, elle le pressentait.

Le lendemain, elle comprit qu’il ne reviendrait pas. C’était une certitude que son corps refusait d’admettre mais dont son cerveau était persuadé.

Elle mit de l’ordre dans la maison. Elle téléphona au bureau pour dire qu’elle avait pris froid.

- Ne soyez pas étonnée, madame Belain, Monsieur Pierre a du s’absenter d’urgence.

Devait-elle téléphoner à monsieur Halloy et s’étonner de ce que Pierre ne se soit pas présenté au bureau. Qu’elle était inquiète, est-ce qu’il était malade ? Il aurait raison de penser qu’elle était stupide. Elle se souvenait des funérailles de Gérard. De l’animosité qui l’entourait.

Deux jours plus tard, elle retournait au bureau. Il était temps de reprendre les choses en mains. Julie était une femme de caractère.

La société Leroy et fils dont elle était devenue la propriétaire était située sur un des boulevards extérieurs de la ville. C’était une grosse maison qui s’élevait au fond d’une cour pavée. Là, se garaient les voitures tirées par des chevaux aux débuts d’une entreprise plus que centenaire. Monsieur Leroy, le père de Gérard, après que le magasinier y avait porté les marchandises, comme son père le faisait avant lui, accompagnait ses clients jusqu’à leur camionnette. La dernière poignée de mains consolidait les liens commerciaux. Gérard, plus timide, avait eu une attitude plus distante.

- Ce sont mes produits qu’ils achètent.

Julie reprit les habitudes de son beau-père. Les affaires s’en portaient bien, et elle avait l’occasion d’entendre ce qui se disait en ville. Pourvu que les marchandises fussent bonnes, personne ne posait des questions embarrassantes. Gérard n’avait pas la cote auprès de ses clients, sa mort leur était indifférente.

Les bruits qui avaient couru évoquaient un fait-divers qui les excita durant quelques jours mais comme à la télévision l’imagination avait fini par brouiller les visages. A devenir moins précise, la rumeur qui s’était amplifiée était en train de se dissiper. 

Julie chargeât madame Belain d’engager un représentant commercial afin de reprendre les tâches effectuées par Pierre. Pas toutes. Les initiatives que prenait Pierre, monsieur Tordoir ne souhaitait pas les prendre ni des décisions qui étaient celles d’un patron. C’était prendre des responsabilités au-delà de celles qu’on affiche.

Etienne Tordoir était un homme de quarante-cinq ans qui venait d’un négoce similaire. Il était marié et il avait deux enfants. Madame Belain avait bien soupesé toutes les hypothèses envisageables. Julie signa son contrat d’emploi sans hésitation.

De toute manière, s’il fallait assister à des Foires Commerciales, elle avait résolu d’y aller seule, il ne s’agissait pas de déplacement de détente.

Quand on aime vraiment, faut-il souhaiter la mort de l’amant plutôt que d’accepter qu’il vous abandonne, qu’il soit vivant ? Heureux peut être ? Avec une autre ? Des réflexions de toute nature lui traversaient l’esprit lorsqu’elle n’était pas occupée avec des clients ou en train de lire ses comptes. En revanche la nuit lorsqu’elle apaisait les pulsions de son corps, c’est à Pierre qu’elle songeait. Puis, elle le haïssait à nouveau lorsque son corps était plus ou moins apaisé.

Un jour, à Paris où elle se rendait de temps à autre pour respirer l’atmosphère d’une grande ville, et qu’elle sortait de l’hôtel, elle passa devant une boutique où on vendait de la lingerie fine. A l’intérieur, c’était des objets érotiques qui étaient exposés. Un instant, elle avait été tentée de sortir. Puis, sans dire un mot, elle désigna à la vendeuse un vibro-masseur.

- Vous avez une préférence pour la tête ?

Elle s’en servit quelques fois mais n’en était pas réellement apaisée. Elle le glissa dans le tiroir de sa table de nuit. Tout au fond.

Liliane avait vraisemblablement raison. On aime avec son cerveau, et on aime avec son corps. Les deux, pas nécessairement en même temps. Alors, l’amour ?

Liliane, la pharmacienne que le docteur Meurisse lui avait conseillée, était devenue une amie. L’officine fermée, elle venait passer la soirée chez Julie. Elles parlaient souvent des hommes. Julie, de Gérard et de Pierre alors que Liliane parlait d’un grand nombre d’entre eux.

C’était une jolie femme à l’aspect un peu vulgaire qui excitait la plupart des hommes. Une nymphomane, disait-on d’elle, mais personne ne lui connaissait de liaison. Ce sont ses propos et une certaine façon de rire qui lui donnaient cette réputation.

- Je sais ce que c’est que d’être jetée.

Elle disait : jetée. C’était plus parlant qu’abandonnée. A son tour, elle jetait ses amants lorsqu’elle avait épuisé leurs ressources. Ou pour le plaisir. Et s’il fallait les payer d’une manière ou d’une autre, comme on dédommage une prostituée, elle le faisait sans hypocrisie. On paye bien un repas.

- Tu vois, tu vois.

Julie venait d’éclater de rire à la description des habitudes d’un monsieur connu.

- Il me demande toujours des préservatifs de la taille la plus grande. Et il en consomme deux par jour. J’espère que je peux compter sur votre discrétion, me dit-il. En réalité, c’est sur moi qu’il veut faire impression.

C’était devenu une habitude. A deux, le soir, elles vidaient une bouteille de vin rouge dont elles jugeaient de la qualité comme de véritables amateurs. Puis, elles parlaient d’elles-mêmes lorsque la bouteille était presque vide, leurs pommettes rouges et les yeux brillants.

Liliane aimait ces conversations qui s’achevaient très souvent par des anecdotes salaces racontées avec naturel. Julie pensait que c’était du à sa formation médicale. Pour les médecins, parait-il, c’était un dérivatif d’après opérations. Avant de se quitter, elles s’embrassaient chaleureusement. Ce n’était pas désagréable.

A plusieurs reprises, Liliane passa prendre Julie à l’heure du déjeuner. Elles avaient décidé de faire tous les restaurants de la région. Il parait, disait-elle, qu’un bon repas contribue à atténuer les peines de cœur. Ne dit-on pas que l’offre d’un dernier verre constitue une invitation à se mettre au lit ? Il existe une intense relation entre le cœur et l’estomac, c’est Liliane qui l’affirmait.

L’endroit qu’elle préférait était le restaurant situé près de l’abattoir communal. Les viandes y étaient succulentes. La clientèle était constituée de bouchers, ceux de l’abattoir au calot blanc sur la tête, ceux qui tenaient boutique et venaient de passer leur commande, de quelques hommes seuls et parfois d’un ou deux couples dont l’ambiance et l’odeur de l’endroit excitaient l’imagination. On y parlait assez fort mais on y entendait rarement des grossièretés.  

Très vite, Julie y devint aussi familière que Liliane. Le gérant du restaurant et les bouchers leur faisaient un salut de la main en disant :

- Bonjour madame Julie

Ou

- Bonjour madame Liliane.

Elles occupaient souvent la même table auprès de la fenêtre ou, lorsque le temps était beau, sur une petite terrasse proche du fleuve.

Personne ne fit jamais une remarque déplaisante à l’endroit de deux jeunes femmes qui appréciaient cette atmosphère d’hommes robustes aux rires faciles, et aux mains qui avaient trempé dans du sang un peu plus tôt.

Julie n’avait connu que Pierre. Il avait été le seul qui l’avait transformée tant physiquement que mentalement. Elle n’avait jamais pensé qu’elle pourrait devenir amoureuse d’un autre homme. Ni même d’en désirer un autre sinon lors des fantasmes insaisissables du rêve.

Liliane avait eu une vie amoureuse agitée mais seulement après la mort de son mari. Avant son mariage, durant ses études elle n’était pas très farouche  Pas davantage en tout cas que nombre d’étudiantes soucieuse d’un mariage honorable.  Elle ne songeait pas à épouser. Elle aimait répéter son histoire à Julie afin de lui démontrer à quel point les hommes sont menteurs. Son mari avait été plein d’attentions au début de leur mariage. Liliane avait été sa laborante. Elle sortait tout juste de la faculté de pharmacie. Elle avait à peine 24 ans. Il en avait trente cinq de plus ? Il était veuf. Il aimait la bonne chère, le vin, l’alcool et le sexe. Tout en Liliane lui donnait envie de la prendre à n’importe quelle heure du jour. Il lui disait :

- Tu vois l’effet que tu me fais. Tu peux le dire, tu sais. Je te fais bien l’amour, hein ?

Un malade, dit-elle. Plus que de l’attirance pour sa femme, il voulait manifester sa virilité. Et qu’elle le dise quand ils recevaient des amis.

Il avait fait installer un poste de télévision sur une petite table en face de leur lit. Couchés, ils regardaient ensemble les films pornographiques des chaines spécialisées ou des cassettes qu’il ramenait de ses déplacements d’affaires. Son mari disait :

- Cela réveille l’appétit.

- Crois-moi, Julie. Le sexe est la préoccupation de tous les hommes

Depuis sa mort, elle avait eu des aventures qu’on dit sans lendemain. Sans en refuser beaucoup.

- La vie est courte, Julie. Le jour où je n’en aurai plus, c’est que mon corps sera devenu tellement moche que ça ne vaudra plus la peine de vivre. C’est le regard des hommes qui te rend belle.

Avant de rentrer, en l’embrassant, le corps abandonné contre celui de Julie, elle ajoutait :

- Fais-toi belle, toujours. Moi, je me parfume partout, ça les rend fous.

 

                                      9

 

Julie n’avait jamais interrogé les amis de Pierre pour savoir si l’un d’entre eux l’avait rencontré. Il vivait dans sa mémoire où il continuait de ressembler à l’homme qui l’avait tenue dans les bras le jour de son départ. Il était immobile comme le sont les personnages dans un film qui s’arrête soudain. Depuis ce soir-là, la pellicule ne s’était jamais remise à défiler. Elle-même était fidèle à cette image. Elle ne convoitait personne d’autre. Dans ce film-là, lui non plus ne tenait jamais une autre femme dans les bras. Même le sexe s’était stratifié. C’était une idée, rien qu’une idée.

Un jour, Jean Cormier lui avait parlé de Pierre. Elle dînait au restaurant de l’abattoir avec Liliane. Jean Cormier, l’inspecteur de la police judiciaire, un ami de Liliane, un ami de Pierre, ils étaient quelques uns que l’adolescence avait réunis dans les mêmes clubs de sport ou la même discothèque à la mode, vint les embrasser.

- Vous déjeunez souvent ici ?

Il s’était installé à leur table, et il avait fait un signe au patron. 

- Tu ne devineras jamais qui j’ai vu avant hier ?

Il avait regardé Julie qu’il n’avait jamais tutoyée jusque là. Les deux femmes firent semblant de ne pas entendre. Liliane allait dire quelque chose. Ce fut Julie qui posa la question.

- Tu as vu Pierre ? Il va bien ?

 Jean fut rassuré. Il avait craint un instant d’avoir commis une gaffe. Il le dit en s’excusant. Liliane n’avait pas l’air de le croire. Jean n’oubliait que rarement qu’il était un policier. Il parla très vite.

- Nous nous sommes croisés. J’ai cru qu’il voulait m’éviter. J’ai crié, Pierre ! Il est revenu sur ses pas.

- J’ai failli ne pas te voir.

En vérité, Jean s’en était douté, Pierre ne voulait pas risquer de rencontrer quelqu’un qu’il connaissait. Qui l’aurait interrogé avec une arrière-pensée. Ou bien c’est lui, Pierre, qui aurait posé des questions dont il aurait craint les réponses.

C’est ce qu’il avait dit en levant les mains avec cette vanité des inspecteurs judiciaires.

Le gérant du restaurant lui avait apporté un verre de whisky dont il regarda la couleur.

- On se demande pourquoi. ?

Ni Julie ni Liliane ne l’interrogèrent. Elles ne semblaient pas intéressées. Jean parla d’autre chose. Il se leva et les embrassa avant de partir.

- A un de ces jours.

Il joue au flic de cinéma, dit Liliane.

Jean Cormier n’avait pas raconté tout ce qu’il savait.

Les relations de Pierre avec Clotilde n’avaient pas été difficiles à connaitre, ni son mode de vie. Mais la vie de Pierre lui appartenait, Jean ne la découvrit pas. Il voulait seulement montrer qu’il savait des choses que d’autres ne savaient pas. Des choses qui suscitaient leur curiosité. Parce qu’il était inspecteur à la police judiciaire, il était censé connaitre la face cachée des choses. Des choses anodines et des choses redoutables. Elles lui donnaient un pouvoir de séduction dont il avait parfois envie d’user.

Pour Julie, Pierre, ce personnage immobile d’un film qui avait cessé de défiler après le coup de téléphone qu’il lui avait donné, se remit à marcher. Le film défilait, et elle en devinait le scénario.

Ce qu’elle savait sans avoir besoin de l’imaginer, c’est que Pierre faisait l’amour à d’autres femmes avec autant d’ardeur sans doute qu’il en avait manifestée quand il la tenait entre les jambes.

Liliane lui avait dit :

- Qu’est-ce que tu crois ? Qu’il était entré au couvent ? C’est un homme comme tout le monde. Cela n’a rien à voir avec l’amour avec un grand A. Et toi, tu n’as jamais de besoins ? Le vibro-masseur te suffit ? 

Durant deux jours, elles avaient cessé de se parler.

A l’approche des vacances du mois de Juillet, Liliane lui proposa de passer huit jours au Club Méditerranée au Maroc, un endroit à la mode.

- Tu verras, ça change les idées.

Ce fut Liliane qui s’occupât des réservations.

Leur chambre située au rez de chaussée s’ouvrait sur la piscine et la terrasse. Tout près d’une piste de danse. Liliane, le soir, était sur la piste, le paréo autour des reins. Elle avait beaucoup de succès.

- Tu devrais danser. C’est agréable et ça ne t’engage à rien de plus.

Un des animateurs, un soir, invita Julie à danser. C’était un bel homme qui aimait à montrer ses muscles, toujours souriant et constamment agité par le rythme de la musique.

- Tu aimes le club ?

Il était torse nu, vêtu de son seul paréo. Il la serrait contre sa poitrine et il avait porté son ventre contre le sien. Elle n’avait pas tenté de s’écarter, et lorsqu’il lui dit en souriant :

- Tu viens dans ma chambre ?

Elle n’avait rien répondu mais elle l’avait suivi.

Depuis, Liliane et elle se sentirent plus proches l’une de l’autre. Julie, dans l’intimité de la nuit, voyait en elle même un aspect de Liliane qu’elle avait repoussé jusque là.

A vingt kilomètres de la ville sur la grand’ route, il y avait une discothèque fréquentée par des dragueurs et des femmes qui souhaitaient se faire draguer. Les jeunes gens qui ne songeaient qu’à boire et à danser se rendaient plutôt au disco-bar, un peu plus loin. Des frontières impalpables, comme dans la vie réelle, se constituaient dans le monde de la nuit selon les affinités et les âges. Chez les plus âgés, souvent, les sentiments s’exprimaient dans l’urgence. La distinction paraissait évidente à des yeux avertis.

Liliane y rencontrait parfois le videur de la discothèque, un robuste personnage, fruste d’aspect, d’une animalité impressionnante, surnommé el Toro. Un homme que personne ne connaissait très bien. Il l’emmenait dans sa chambre, et sans échanger beaucoup de mots, c’est elle qui en disait le plus, ils faisaient l’amour.

Parce qu’elle le lui avait demandé, c’est Julie qu’il avait emmené dans sa chambre, un grenier aménagé d’une table, d’une chaise, d’un poêle et d’un lit métallique. Elle avait dit à Julie, un soir qu’elles avaient trop bu :

- Allons-y ensemble. Lorsque tu avales un médicament, tu te poses des questions particulières ? Tu verras comme on raisonne mieux lorsque le corps est calmé. Même l’amour qu’on porte à un autre homme devient plus vrai. La première fois, il suffit de fermer les yeux.

Le jour n’était pas encore levé quand Julie réveilla Liliane qui sommeillait dans la voiture, une couverture tirée jusqu’au cou. Elle pleurait. Elle voulait rentrer au plus vite. Elle se dégoûtait. Elle voulait se laver. 

- Classique.

Au bout de quelques jours Julie se regarda sans honte dans le miroir. C’est vrai que les caresses amoureuses de quelque nature que se soit ne laissent pas de trace. Le viol le plus insupportable est celui qui marque le cerveau.

Elles recommencèrent l’expérience plusieurs fois. Avec des hommes de hasard qu’elles n’avaient jamais rencontrés ailleurs qu’à la discothèque. Pour Julie, ce ne furent pas des réussites dont on reste marquée. Même lorsque ce fut avec El Toro. Avec El Toro, elle eut la preuve que Liliane avait raison. C’était comme une amère médication. Le premier jour, les réflexions avaient été nombreuses et contradictoires. A un moment de la nuit, en fermant les yeux, la tête sur le côté, elle s’était efforcée de penser que c’était Pierre qui la prenait. A un autre moment, elle avait eu le sentiment que c’était bien lui, Pierre, qui était dans le lit, mais que c’était une autre femme qu’il prenait. Avec la même vigueur qu’El Toro la prenait.

La première fois aussi, comme si la symbolique de la transaction avait atténué l’intensité de ses réactions, elle avait déposé quelques billets de banque sur la table. El Toro avait secoué la tête pour dire : non. Puis, parce qu’elle avait insisté, il avait demandé en souriant : 

- Encore ?

C’est le jour où il l’avait retournée sur le ventre, et qu’il l’avait frappée sur les fesses qu’elle s’était promise de le tuer. Parce qu’elle ne s’y était pas opposée. Il y a des hommes qui ne méritent pas de vivre, pensa-t-elle. Ceux pour qui les femmes ne sont que l’instrument de leurs fantasmes honteux. L’objet soumis et humilié de leurs obsessions. Ceux qui…C’était Liliane qui avait trouvé la définition la plus juste.

- Des hommes en trop.

Elles étaient dans l’arrière-boutique de l’officine. Là où Liliane serrait dans une armoire les substances dangereuses, drogues et sans doute quelques poisons. Des boites de poudre, de petites fioles au liquide incolore que distinguait seulement l’inscription qui figurait sur l’étiquette.

Elles étaient retournées deux fois encore à la discothèque. La seconde fois, elles avaient appris qu’El Toro avait été retrouvé mort dans son lit. Un arrêt cardiaque, semblait-il. On ne lui connaissait personne de proche. On ne connaissait pas son nom véritable. Il travaillait illégalement. Quelques jours plus tard, il avait été enterré dans la partie du cimetière réservée aux indigents. Le patron de la discothèque avait engagé un autre videur. Un robuste gaillard que les clients baptisèrent : el Toro.

Liliane, une fois de plus avait eu raison. Le corps apaisé, comme peut l’être celui de tous les mammifères, la pensée devenait plus claire. Julie n’avait pas le sentiment de tromper Pierre. Elle acceptait qu’il ne soit pas un saint dépourvu de besoins. Ce sont ces besoins précisément dont elle se souvenait. Même s’il en caressait une autre, c’est à Julie qu’il pensait. Chacune des parties de son corps le savait : c’est l’autre qu’il trompait.   

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Le souffle des fées Printemps.

Au  souffle  des  fées  se  mêle  l’haleine,

De folles licornes gambadant dans les bois,

Pour fêter le printemps caché dans la plaine,

Jusqu’au lever du jour aux hôtes des sous-bois.

 

Avec  des  papillons  colorés  de  soleil,

Il fait farce de pluie, de grêle ou bien neigeote,

Pour taquiner les elfes  tirées de  leur sommeil,

Avant l’heure où sonne l’appel de la bougeotte.  

 

Facétieux  les  lutins  font  des cabrioles,

Pour ouvrir le chemin au prince de l’espoir,

Qui  s’avance,  royal,  escorté  de  lucioles,

Pour répandre la joie dans les nids et boudoirs.

 

Claudine QUERTINMONT D’ANDERLUES.

 

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Le printemps

 

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Le pintemps, quand il nous arrive,

est attendu depuis longtemps.

Pourtant toujours il nous surprend.

Il nous arrive dans la nuit,

et pour un temps reste tapi,

On ne sait où exactement.

C’est que voilà, il est partout.

On le respire et on le sent

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