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CLARA BERGEL : DE L’EXISTENCE DU SUJET

                                   CLARA BERGEL : DE L’EXISTENCE DU SUJET

 

Du 19-03 au 06-04-14, L’ESPACE ART GALLERY (35, Rue lesbroussart, 1050 Bruxelles) se propose de nous faire découvrir une exposition consacrée à l’œuvre de l’artiste Française CLARA BERGEL.

Il y a dans la peinture de CLARA BERGEL une dialectique ressentie du décor, en ce sens qu’au contact avec sa peinture, le visiteur se trouve plongé dans un univers où le temporel et l’intemporel se confondent dans un même élan. Ses œuvres représentent souvent un décor divisé en son centre par une immense baie vitrée servant d’écran imaginaire, lequel, par le traitement délicat des couleurs, se confond avec ce qu’il y a au-delà de celui-ci, c'est-à-dire l’extérieur. Intérieur et extérieur deviennent consubstantiels, mariés par des couleurs tendres, parfois blafardes, ex. : CUPIDON (60 x 60 cm – technique mixte),

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lesquelles « séduisent » dans l’acception latine du terme (trahissent) le regard en l’égarant dans une myriade de reflets changeants, comme une image issue de la réalité qui se réfléchirait sur l’eau d’un lac. 

Deux visions fort sensibles de la ville de Londres, l’une diurne (CUPIDON), l’autre nocturne NUIT A LONDRES (60 x 60 cm – technique mixte),

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produisent le même effet diaphane. Cet effet est obtenu par une luminosité à outrance provocant un véritable éblouissement. Une fête des sens, car même si les personnages sont absents de ces deux toiles, celles-ci grouillent de vie. Les objets disposés dans l’espace adoptent carrément le statut de sujets.

Entre l’intérieur et l’extérieur, la frontière est fort ténue. Pour nous l’indiquer, un ensemble de pilastres en assurent la démarcation tout en accentuant la verticalité de la composition. Cette verticalité témoigne de la « réalité imaginaire » d’un écran lequel prolongerait le regard du visiteur.

La vue extérieure de CUPIDON nous offre une vision de l’architecture victorienne surmontée de l’Union Jack. De même que, sur la droite de la composition, une cabine téléphonique, d’un rouge éclatant, typiquement londonienne nous rappelle dans quelle ville nous nous trouvons.

Tandis que NUIT A LONDRES nous donne à voir un univers saisissant, baigné par un éclairage fauviste, unissant dans une même féerie chromatique intérieur et extérieur.

Il y a manifestement une opposition dynamique entre ces deux vues. Malgré le côté fauviste de la réalisation nocturne, il règne dans cette toile une atmosphère à la fois chaude et calme. Tandis que dans la vue diurne, l’opacité volontaire de l’œuvre provoque chez le visiteur un sentiment plus mitigé. Il y a plus de vie, peut-être même moins de « retenue », en ce sens que certains éléments, adéquatement placés, suscitent un semblant de « désordre » : la paire de chaussures rouges, un peu en retrait sur la droite de la composition - la statuette ailée de Cupidon, trônant en oblique, décentrée par rapport à son axe, sur son socle. Cela provoque un sentiment de « nonchalance » qui confère à l’ensemble une irrésistible légèreté.

TORII (60 x 60 cm – technique mixte)

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est à la fois une opposition ainsi qu’une symbiose entre cette haute civilisation ancestrale qu’est le Japon avec la civilisation occidentale.  La présence de personnages évoluant au cœur de la ville de Tokyo sur la droite (en extérieur), écrasés par une architecture de conception occidentale, symbolise le stress ainsi que l’impact de la société de consommation. Tandis que l’intérieur (lequel trouve également une partie de son espace sur la droite) évoque la civilisation ancestrale par le biais d’un intérieur traditionnel sobre, presque minimaliste. Sur la gauche de la composition, l’extérieur engage un dialogue avec la nature par une évocation de la végétation ainsi que par les poissons rouges nageant dans un étang. Entre les parties intérieure et extérieure, l’artiste confère une place d’importance à la culture par la présence de l’écriture hiéroglyphique. De même qu’à l’arrière-plan, une symbiose entre cette même écriture et la topographie (le plan de la ville de Tokyo) éclot dans le mystère d’un flou opaque. 

MANNEKEN (50 x 65 cm – technique mixte)

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nous présente un intérieur cossu (paire de chaussures à l’avant-plan cfr. CUPIDON), assez morne par opposition à l’extérieur où divers symboles de la ville de Bruxelles sont évoqués : Tintin et Milou ainsi que la Grand-Place et le Manneken Pis, un plan de la ville et bien sûr, l’empreinte du bilinguisme : un panneau de signalisation écrit dans les deux langues nationales.

Au vu de son œuvre, CLARA BERGEL nous pose, a posteriori, un questionnement, à savoir qu’est-ce qu’un sujet ? Est-ce la présence de personnages fait le « sujet » ou bien est-ce notre imaginaire qui le crée ? C’est là toute la problématique qui régit, notamment, l’art « abstrait ».

Bien que loin d’être « abstrait » au sens où l’Histoire de l’Art l’entend communément, l’œuvre de cette artiste recèle une « abstraction » toute personnelle dans la dimension onirique de son univers pictural. Ce sont les objets, chargés de rêve, sans être « surréalistes » à proprement parler qui participent de l’abstraction du quotidien jusqu’à le circonscrire dans une intemporalité abolissant l’espace et mettant en exergue un temps rêvé : la présence de pilastres sveltes, grimpant vers le haut, souligne le côté subtil et ténu de la ligne de démarcation entre l’intérieur et l’extérieur. Il est à noter qu’à l’exception de TORII (pour des raisons évidentes), tous les intérieurs se ressemblent, tant dans l’espace que dans l’architecture. Les objets suggèrent une atmosphère menant à l’action. Dans le cas de CUPIDON, ce sont la statue ainsi que les chaussures de couleur rouge, agencées à l’avant-plan, à droite, associés à la couleur laiteuse baignant le tableau qui donnent non seulement une atmosphère onirique, mais aussi une idée progressive du sujet en développement dans l’imaginaire du visiteur. Mais il s’agit ici d’un sujet non agissant physiquement : Cupidon tient son arc de la main gauche. L’artiste se permet une licence picturale en ceci que dans l’iconographie antique, le fils de Vénus s’apprête à décocher sa flèche fatale au bout d’un arc bandé. Ici, la flèche a manifestement atteint un cœur et l’action a déjà été accomplie. Le « sujet » a déjà agi. Il se situe au-delà de l’acte posé. C’est au regardant, à présent, de le poursuivre et le terminer. Par conséquent, le « sujet » est double : personnage et visiteur se complètent dans la même aventure. Rappelons, d’emblée, que dans toute forme de création, la démarche est identique : le récepteur complète par l’imaginaire l’action du personnage. Mais dans l’œuvre de CLARA BERGEL, cette démarche est flagrante.

De plus, le sujet est un thème qui dans sa peinture prête à discussion : que ce soit dans CUPIDON (où les personnages brillent par leur absence) ou dans TORII dans lequel une foule compacte évolue dans l’univers extérieur, le sujet, à proprement parler, est tué dans l’œuf, en ce sens que son identité est absente. L’artiste nous dépeint une foule anonyme où l’individu n’existe pas.

Lorsque l’on interroge cette artiste autodidacte sur la pertinence du regard  dialectique qu’elle pose sur l’existence des espaces intérieur et extérieur qui régissent la philosophie de son œuvre, celle-ci argumente sur le fait qu’il s’agit de « portraits » personnels, réfléchissant des pulsions intérieures et que l’antagonisme entre ces deux espaces souligne le mystère de l’inconnu (vue extérieure) opposé aux traces de vie, même les plus infimes (vue intérieure). Elle ne part jamais d’idées préconçues car les villes qu’elle peint, malgré qu’elles soient connues, demeurent imaginaires, précisément dans la magie de l’agencement de ces deux espaces, pensés comme deux univers à la fois antagonistes et complémentaires, car ils nous parlent de l’univers intime de l’artiste.

Sa technique est mixte et peut inclure, entre autres, la photo, le collage et l’acrylique. Elle dirige sa propre école de peinture à Grenoble, le « Studi02 ».

Si le sujet n’agit pas physiquement, il agit plastiquement, en ce sens que l’artiste fige son acte dans une intemporalité dialectique (un dialogue avec sa propre existence), offrant ainsi l’opportunité au visiteur d’être son alter ego dans l’action de compléter son acte par la pensée qu’il suscite en le conscientisant.

François L. Speranza.

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Une publication
Arts
 
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Lettres

N.-B.: 

Ce billet est publié à l'initiative exclusive de Robert Paul, fondateur et administrateur général d'Arts et Lettres. Il ne peut être reproduit qu'avec son expresse autorisation, toujours accordée gratuitement.

 

A voir: 

Focus sur les précieux billets d'Art de François Speranza

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Clara Bergel et François Speranza: interview et prise de notes sur le déjà réputé carnet de notes Moleskine du critique d'art dans la tradition des avant-gardes artistiques et littéraires au cours des deux derniers siècles (19 mars 2014).

(Photo Robert Paul)

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Collection "Belles signatures" (© 2014, Robert Paul)

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Julie était revenue le lundi vers la fin de la journée. Ses amis l’avaient déposée devant la porte.

Le temps avait été beau, elle avait pris des couleurs. Ses yeux brillaient comme au temps où ils ne pouvaient se voir sans avoir envie de se toucher. Pierre lui demanda si elle voulait manger quelque chose.

Ils burent un verre de vin, puis ils montèrent se coucher.

- Liliane a passé la nuit avec toi ?

- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

- Elle est fort séduisante.

Elle lui montra une épingle à cheveux. Pierre avait pensé : la garce, elle a du la perdre sciemment.

- J’ai rencontré quelqu’un, Pierre.

Elle avait sa main dans la sienne. A la lueur de la lampe de chevet, il ne voyait pas si elle regardait le plafond ou si elle avait les yeux fermés. Elle s’était tue.

Il ne savait pas si elle dormait ou si elle faisait semblant. Lui, il était resté éveillé jusqu’au matin.

Les jours suivants, ni lui ni elle, n’avaient évoqué ce qu’elle avait dit la nuit de son retour.

Annie, son mari et Julie, n’avaient pas été seuls à la côte. Annie avait invité François. Julie ne se souvenait pas bien de son patronyme, très vite ils s’étaient appelés par leur prénom. Un veuf qu’Annie prétendait marier à Julie.

- Marier ? Mais Annie, tu le sais que je ne suis pas seule.

- Je parle de mariage. Quelqu’un avec qui on vieillira. Pas seulement pour faire l’amour.

Julie y pensait parfois. Mais après avoir fait l’amour malheureusement. Et parfois, elle pensait qu’elle n’était pas normale. Elle aspirait à une vie routinière mais prévisible. Pierre souhaitait sans doute un  mode de vie similaire, elle en était consciente. Mais elle avait le sentiment que ce n’était pas ensemble qu’ils pouvaient y parvenir. Il y avait beaucoup de choses entre eux. De celles qui réunissent. Ou qui séparent. 

Elle avait acceptée de venir à la côte parce qu’Annie était une amie véritable. Pas une compagne des sorties clandestines. D’ailleurs Annie et Liliane se connaissaient à peine. Il y a les amis du jour et les amis de la nuit. Les uns et les autres peuvent se croiser quotidiennement, ils viennent de planètes différentes. Julie était partagée. A partir d’une certaine heure elle passait du monde du jour à celui de la nuit sans s’éloigner de chez elle. Mais son corps et sa façon de penser et de sentir devenaient différents. Au point qu’il y avait des décisions qu’elle ne prenait que l’avant-midi, et d’autres qu’elle n’envisageait qu’à la tombée du soir. L’absence de Pierre avait rendu plus vive cette distorsion des sensations et des besoins.

Au début elle en avait été surprise, puis elle s’était aperçue que même les souvenirs prenaient une tonalité différente. Ils avaient le charme des alcools un peu forts.  

Annie était une amie du jour. De quelques années son aînée, elle considérait Julie comme une jeune sœur ignorante de la vie, et qu’elle se devait de protéger. Pierre, ce fils de famille sans responsabilité réelle lui déplaisait. Ce qu’elle savait de lui, c’est que le jour où Julie avait eu besoin de lui, il avait fui.

François était veuf d’une amie d’enfance qui l’avait suivi dans la capitale où il avait ses affaires. Il était le propriétaire d’une entreprise de distribution de mazout qui disposait de sept camions-citernes, et il possédait en outre quatre stations d’essence. Il prenait un air faussement contrit, et disait à Annie qui avait été la meilleure amie de sa femme :

- Je suis fortuné, c’est vrai.

Mais il ajoutait :

- C’est toujours ainsi, plus vous êtes heureux, plus quand vous cessez de l’être la facture est élevée.

- Tu ne peux pas rester seul, François. Il faut te remarier.

- Oui. J’y ai pensé. Mais avec qui ?

Annie réfléchissait très vite. Elle se promit de tout faire pour les mettre en présence, Julie et lui. François était un homme vigoureux dont elle devinait les besoins qui devaient l’être tout autant. Il ne fallait surtout pas qu’il s’amourachât d’une femme qui, à l’aide de quelques caresses, ne songerait qu’à profiter de son argent. La femme qui lui conviendrait, elle en était convaincue, c’était la jeune Julie. Son mari partageait son avis. Il partageait toujours l’avis de sa femme.

Annie et son mari avaient l’habitude, dès que venait le beau temps, de se rendre dans un hôtel de la côte face à la plage. Ils y faisaient de courts séjours consacrés à la promenade en regardant la mer.

C’est là qu’ils invitèrent Julie et François en confiant à l’un et à l’autre qu’ils leurs préparaient une surprise. Sans tout dire, Annie dit certaine choses. L’évocation de la mer auréolait ses propos d’un caractère romantique particulièrement bienvenu, pensa-t-elle.

François était arrivé dans l’après-midi. A trois, ils étaient allés attendre Julie à la gare.

C’est à table que Julie et François firent réellement connaissance. Annie les avait bousculés.

- Vous n’allez pas vous dire : monsieur et madame ? Voilà, c’est Julie et c’est François.

Un François timide comme un tout jeune adolescent. Durant presque tout le repas il parla presque seul de sa femme, de son enfance, de son métier, on eut dit qu’il se livrait à une véritable confession. Il avait les yeux fixés sur le visage de Julie qu’il n’osait pas regarder dans les yeux.

Pour ce qui le concernait, Annie pensait que c’était gagné. Elle servait le vin pour lui donner du courage et faisait briller les yeux de Julie.

Julie le trouvait bel homme. Un peu rustaud d’allure mais les gestes délicats. Elle avait accepté l’idée de passer la nuit avec lui avant même que François ne l’ait envisagé. Lui qui se demandait s’il ne risquait pas de brusquer celle dont il rêvait déjà de faire sa femme.

-Ne prenez pas exemple sur nous. Continuez la soirée aussi longtemps que vous le souhaitez. Nous, nous n’avons plus l’habitude de veiller.

Annie s’était levée. Elle embrassa Julie et François.

- Assied-toi auprès de Julie, François. C’est plus convivial que de lui faire face maintenant que vous êtes deux.    

François regarda Julie qui continuait de sourire. Il s’assit auprès d’elle.

-Maintenant que nous sommes seuls, je peux vous le dire, Julie. C’est une soirée merveilleuse.

Dans sa chambre, il avait réservé la suite matrimoniale, il avait à peine regardé Julie qui se déshabillait. Ils se connaissaient à peine, il craignait de la choquer. Julie n’imaginait pas qu’il y ait des hommes, au delà d’un certain âge, que la vue d’une femme nue pouvait encore intimider. Elle eut pour François un accès de tendresse soudain. C’est avec précaution qu’elle se glissa sur lui.

- Voulez-vous être ma femme, Julie ?

- Taisez-vous.

A la table du déjeuner, le lendemain matin, Annie leur proposa de faire une promenade dans l’arrière pays, et François leur proposa de passer la fin de l’après-midi au casino avant de dîner. Ils étaient tous les trois ses invités ; dit-il.

Au casino, il offrit à Julie des plaques pour jouer, elle ne voulait pas, il avait du insister, et il s’assit à la table de roulette.

Souvent, cela se passe de la même manière chez les novices. Julie gagna deux mille euros qu’il refusa qu’elle lui donne, et lui en gagna trois fois plus. Le mari d’Annie ne le dit pas à haute voix mais il pensa qu’il y avait des gens cocus.

François, après qu’ils soient retournés à l’hôtel, s’absenta durant une heure.

A table, sous sa serviette, Julie trouva une boite emballée à la marque d’un bijoutier réputé de la côte. C’était un bracelet constitué de deux anneaux d’or entrelacés, un blanc et un jaune.

- Chance au jeu, chance en amour.   

Cette nuit là fût pour François et Julie une nuit d’amour véritable. Il lui demanda une fois encore de devenir sa femme et elle promit de réfléchir. Puis, ils se tournèrent dos à dos. Ils faisaient semblant de dormir mais ne parvinrent pas à fermer l’œil avant un long moment. François, c’était la tendresse, la sérénité ; se répétait Julie.

Elle ne s’était jamais posé la question : ses parents s’aimaient-ils? Vraisemblablement. Mais rarement, elle les avait vus qui s’embrassaient. Est-ce que cela prouvait quelque chose ? Peut être le faisaient-ils lorsqu’ils étaient plus jeunes. Comme la plupart des gens, ils ressentaient des pulsions sexuelles, et ils dormaient dans le même lit. En réalité, elle était incapable de dire à quoi ils ressemblaient lorsqu’ils s’étaient mariés. La photo de circonstance qu’elle avait regardée un jour, conventionnelle et retouchée, ne découvrait rien de leurs sentiments. Plus tard, le souvenir qu’elle en avait eu était celui qu’elle découvrait à chaque fois qu’elle les voyait. Un couple de gens patauds et profondément conventionnels sans plus aucun souci de plaire physiquement. Lui était déjà ventru, et sa mère avait les hanches larges. Est-ce que cet homme et cette femme qui étaient ses parents pouvaient se désirer l’un l’autre ? Ou être désirés par d’autres ? Quelle était la raison de leur mariage ? Le père avait dit un jour, et sa femme avait ri en disant qu’il était un imbécile, que la première fois qu’ils s’étaient rencontrés, ce fut le coup de foudre.

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À pas de loup

 

Grâce à ma fidèle mémoire,
Je fais revivre mon histoire.
Nombreuses scènes de ma vie
Sont dépourvues de poésie.

Mais j'ai su vaincre la tristesse
Ou le désespoir qui agresse.
L'énergie demeurant en moi,
Me vint en aide maintes fois.

Quand seulette, je chante ou danse,
Que ma joie soit faible ou intense,
Je ne me soucie pas du tout
De partager cet instant doux.

Or, s'il me semble empreint de grâces,
Je désire en garder la trace.
Je le traduis en jolis vers
Qui révèlent mon univers

Si vous désirez les entendre,
Vous pouvez venir me surprendre.
Serez chez moi comme chez vous
Pénétrez-y à pas de loup!

21 décembre 2008

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Petit conte candide JGobert

Cet amour vécu que je n’ai pas su évaluer ne m’a jamais quitté. La compagnie des femmes m’a toujours plu et je m’y suis toujours sentie chez moi. Dans ce cocon, doux et chaud, j’y ai connu la douceur des bras de femmes.  Elles vivaient ensemble par tradition. Les femmes ne cherchaient pas le contact des hommes et parfois, si l’une d’entre elles partaient. Elle rentrait bien vite rejoindre sa place.  Ces femmes ne se mariaient pas. Aujourd’hui,  on dirait qu’elles sont indépendantes, singulières, célibataires. Elles avaient néanmoins des enfants qu’elles mettaient au monde, un peu volés, toujours aimés.

Les petits garçons partaient et ne revenaient pas. Peu curieuse, je ne sus jamais où allaient ces petits garçons. La vie était paisible dans ce monde de femmes où il n’y avait pas de place pour la guerre, l’hostilité, les batailles  où le bonheur coulait doucement et remplissait  la vie. Dans cette enclave secrète n’aboutissaient que les projets heureux. Les femmes étaient programmées pour le bonheur et l’on chassait parfois les esprits chagrins.

Les petites filles s’élevaient dans la douceur, la beauté, dans les arts et la musique. Elles embellissaient de jour en jour  et devenaient des fleurs sauvages d’une éclatante beauté.

Chacune avait ses tâches et des responsabilités, Douceur pour une, Tendresse pour l’autre, Affection pour une troisième. Toutes avaient un rôle à jouer.

Parfois ces demoiselles choisissaient  Bonté,  Amitié,  Humanité et la vie se déroulait dans un climat de générosité. Une petite fille choisit un jour Amour et le garda pour elle, les autres se sentirent lésées, blessées par ce choix et une autre prit Passion ce qui contraria la plupart.

Une autre encore choisit Plaisir,  une autre Triomphe et sans que l’on ne s‘en aperçoive Jalousie fit son entrée. Haine suivit de peu, Mépris et Colère arrivèrent bien vite.  Rien n’était prévu pour ces sentiments négatifs et il fallut mettre fin à cet enchainement peu commun.  Toutes ces demoiselles furent d’abord raisonnées et ensuite chassées par leurs mères. Elles se retrouvèrent au milieu des hommes où la vie ne fut plus jamais pareille.

JGobert

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          6

 

C’était trop tard pour sauver leur union. Depuis peu de temps, elle se posait la question sans aucune réticence : est-ce qu’elle imaginait de vieillir avec Pierre ?  Il faudra bien, pensait-elle, qu’elle renonce un  jour à l’exaltation des sens qu’il lui procurait à chaque fois qu’il la touchait. Cette impatience qui était la sienne l’émouvait et lui faisait peur à la fois. Est-ce qu’il aimera la femme qu’elle deviendra lorsque son corps aura été corrompu ? Pierre était fragile. Il agissait par à-coups. Quelques années auparavant, il avait fui en disant seulement par téléphone : je pars. Elle n’oublierait jamais cette nuit-là.

Un vendredi après-midi, elle préparait une valise à l’heure où il rentrait du bureau.

- Tu t’en vas ?

Il avait eu peur. Il savait qu’elle le quittait.

- Pour le week-end, Pierre.

Elle avait dit qu’elle passerait le week-end entier à la côte. Une amie qu’elle avait perdue de vue l’avait relancée.

- Je rentrerai dimanche soir ou lundi matin. Cela ne t’ennuie pas de passer deux jours sans moi ?

- Vous serez seules ?

La question avait été spontanée. Il avait regretté de l’avoir posée.

- Je ne sais pas ? Je suppose qu’elle sera accompagnée de son mari.

Julie avait une amie avec laquelle elle avait renoué lorsque Pierre l’avait quittée. Mariée. Elle venait rarement chez Julie. D’un côté il y avait eu Liliane, de l’autre il y avait eu Annie. C’était une amie de classe dont le mari de cinq ans plus âgé était dévoué à sa femme comme aux premiers jours de leur mariage. Ils ne disaient pas mariage ni l’un ni l’autre, ils disaient : comme aux premiers jours de notre union.

Pierre avait conduit Julie à la gare. Il était malheureux. Après l’avoir déposée, il souhaitait la battre. Puis il avait téléphoné à Liliane pour l’inviter à dîner afin de prouver à Julie qui l’apprendrait de Liliane, qu’il pouvait se passer d’elle.

Liliane l’avait remercié. Elle avait dit qu’il y avait longtemps qu’elle souhaitait un dîner en tête à tête avec lui.

- Nous ne sommes pas des inconnus l’un pour l’autre.

Nous parlions très souvent de toi lorsque tu es parti. J’apporterai le champagne.

- Tu es folle. Il ne s’agit pas d’une fête parce que Julie passe un week-end avec une amie.

- La fête, c’est que nous allons passer la soirée ensemble, toi et moi.   

Il regrettait de l’avoir invitée. Il se sentait ridicule. Il avait agi comme un adolescent. Mais il était trop tard.

Liliane avait mis une robe bleue, serrante, et souligné sa taille d’une large ceinture de tissus rouge nouée sur le côté. Elle avait l’air d’un paquet cadeau dont il suffisait de tirer sur la ceinture pour le découvrir. Peut-être était-ce l’impression qu’elle voulait donner. Il était difficile de connaître les motivations de Liliane. Ses intentions véritables n’étaient jamais innocentes.

- Une véritable garce.

C’est de cette manière que Julie l’avait définie en haussant les épaules.

Il était huit heures lorsqu’elle était arrivée. Il avait préparé un repas froid, le seul à l’exception des omelettes, qu’il était capable de préparer.

- Foie gras et homard, tu es un ange.

Elle l’avait embrassée. Sur les joues. Deux ou trois fois. Il ne se souvenait jamais du rituel habituel de sorte que ce fut aussi sur les lèvres. Après le repas qu’ils avaient pris en plaisantant mais, pour Pierre en tout cas, l’esprit ailleurs, Liliane s’était assise dans la bergère du petit salon. Elle attendait que Pierre lui serve un verre de whisky. Elle avait déboutonné le premier bouton de sa robe.

- Il fait tellement chaud. Ne t’inquiètes pas, je n’irai pas plus loin.

C’est elle qui avait augmenté le son de la radio pour mieux entendre une émission musicale, disait-elle. Le son est un mur qui étouffe les sentiments. Elle buvait beaucoup. Elle avait demandé un peu de whisky.

- Avec des glaçons, c’est moins alcoolisé.

Le visage entre les mains, les coudes appuyés sur la table, elle paraissait réfléchir.

- Tu crois que c’est elle ?

- Elle quoi ?

- Marc-Antoine. C’est elle qui l’a tué ?

Il s’était dressé.

- Tu es folle, Liliane. Je crois qu’il est temps de rentrer.

- Elle le voyait bien : c’est de moi qu’il était amoureux.

Elle n’était pas tellement ivre qu’elle voulait le montrer mais c’est de cette manière, souvent, que des messages se transmettent.

- Il est temps de rentrer Liliane.

- Tu ne vas pas me laisser rentrer dans cet état. Je vais dormir dans la petite chambre comme je le faisais lorsque tu n’étais pas là. Parfois, je dormais dans la grande chambre. La chambre de Gérard. Je veux dire la chambre de Julie. Avec elle.

Il faisait semblant de ne plus l’écouter. Il rangeait les plats dans l’évier pour les rincer. Lorsqu’il entendit qu’elle montait vers l’étage, Il se versa un verre de whisky. Puis, il monta se coucher à son tour.

Il ne parvenait pas à s’endormir. Il entendit les pas de Liliane dans le corridor. Il devinait ce qui allait se passer. Liliane poussa la porte, elle ne portait que sa culotte. Elle l’ôta avant de se glisser dans le lit.

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Il m’est tant ardu, même après deux lectures, d’évoquer sans émotion le dernier livre de Thierry-Marie Delaunois. Au départ, j’avais cru à un simple roman tendre et imaginatif… à son image. Mais c’est beaucoup plus que cela.
Si je devais comparer ce roman, et surtout ce qu’il dégage, je n’hésiterais pas une seule seconde à faire le parallèle avec « Le Petit Prince », d’Antoine de Saint-Exupéry. Au-delà de la notion des personnages d’Oscar (qui semble encrouté dans sa condition d’outsider ronchon) et de Colibri (qui parait vivre sa vie comme un rêve, bien en recul de tout concept de réalité, en faisant tout pour ne pas grandir), il grandit au fil des pages une autre dimension. Ou plutôt devrais-je dire, d’autres dimensions.µ
On découvre qu’Oscar est un brave type que la vie (et surtout l’amour…) ont tant brisé qu’il lui est impossible de vivre sans jouer les vieux amers ou en faisant le clown. Que Colibri (de son vrai nom Juliette) reste cantonnée dans les merveilles de l’enfance pour faire face au plus grand deuil qui soit. Que chez chaque personnage, principal ou secondaire, les apparences sont trompeuses, et que derrière toute attitude dite « normale », se cache une blessure intime.µ
Au départ, j’avoue que j’étais un peu déçue, tant les personnages semblaient rester sur leur « quant-à-soi ». Mais en cours de lecture, quelle ne fut pas ma stupeur en découvrant peu à peu que dans ce petit village perdu, chacun porte son secret et tente de le dissimuler derrière des rumeurs fort campagnardes. Les premiers chapitres sont des constats, mais l’histoire évolue sur les notions de perte, de deuil, de sacrifice. D’ailleurs, le sacrifice ultime d’Oscar sera celui de sauver Colibri des flammes. Il y perdra la vie, elle y perdra sa capacité de rêve et l’innocence de son jeune âge. On a peur pour elle… Elle avait déjà perd sa mère bien avant le commencent du récit, et l’incendie lui arrachera son père et ce vieil Oscar, qui éprouvait pour elle le seul lien tendre, pur et désintéressé qu’il n’avait plus connu depuis des siècles.

Pourtant, cet opus est loin d’être un drame, même s’il m’a tiré quelques larmes des yeux. Dans le fond, derrière les deuils, se cache les notions de changement et d’évolution, et malgré le chagrin, Thierry-Marie nous fait entrevoir une lueur d’espoir au travers de chacun des destins qu’il dépeint.
Car il nous faut avouer que c’est bien là le sujet principal (en tout cas, en regard de ma propre subjectivité) : que le changement, que tout changement est souvent dû à un acte radical ou à un traumatisme, et que sans eux, personne ne peut évoluer.

Certes, Oscar meurt, le père de la petite aussi, mais c’est cela qui lui apporte le désir d’une réalité plus forte, de rêves moins factices. Et restent aussi un certain nombre de points de suspension : malgré son début de rébellion face à ses chimères passées, on doute fort qu’elle ne se remette jamais à rêver. Simplement car c’est bel et bien dans sa nature profonde, quelles que soient les embûches de la vie.

Mon conseil serait le suivant : lisez deux fois « Raconte-moi Mozart ». Et optez pour deux niveaux de lecture. Le premier étant l’émotion pure face à un récit riche en philosophie de vie et d’émotions sincères, le second comme une réflexion sur la destinée. Et si une méchante larme vous vient aux yeux, ne l’essuyez pas, ne la niez pas. Car elle vient directement de votre cœur.

Virginie Vanos – 23 mars 2014

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Hommage et gratitude

À tous les états concernés.

Des catastrophes innombrables

Surviennent ponctuellement,

Meurtrissent des milliers de gens,

Privés d'un secours concevable.

L'apprenant, sans aucun délai,

Font tout ce qui peut être fait

Des états ayant des ressources.

La souffrance impose une course.

Face à la solidarité,

Chacun se sent réconforté

Et accueille ému la croyance

Qu'on peut vaincre l'indifférence.

Je ressens de la gratitude

Envers ceux qui ont l'habitude

De décider sans hésiter,

D'agir avec humanité.

24 mars 2014

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Le temps de nouvelles grâces

 

Pendant quelques mois, il s’absente.

Éblouissant, il reviendra.

Dans les jardins, il répandra

De tendres couleurs odorantes.

Éblouissant,, il reviendra,

Dans un flot d’énergie vibrante,

De tendres couleurs odorantes.

Le poids des ans s'allègera.

Dans un flot d’énergie vibrante,

La joie partout se répandra

Le poids des ans s'allègera

Ô les surprises exaltantes!

La joie partout se répandra,

On entendra la vie qui chante.

Ô les surprises exaltantes

Et l'énergie rajeunissante.

17 mars 2014

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C'est un autre printemps

 

Doux ami,

J’ai caressé mes joues,

jusque sous les cernes des yeux,

attendrie, j’ai souri.

Il n’y coulera plus de larmes

ou alors des larmes de joie,

quand le rire est devenu fou.

J’ai caressé mes joues,

attendrie, j’ai souri.

C’est au printemps que je rends grâce,

en hommage à la vie,

qui chaque année s’y renouvelle.

J’ai reçu le don d’innocence,

j’accueille la beauté,

dans un élan de joie.

Un autre printemps,gloria!

21/3/90

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administrateur partenariats

Chers amis,

Depuis la création des partenariats poésie- peinture sur Arts et Lettres en décembre 2012,

de nombreuses publications ont émaillé le quotidien du fil d'actualité.

Les échanges et la convivialité se sont renforcés,

les poètes et les peintres

n'ont pas ménagés leurs forces créatives.

Les photographes également ont prêté leurs précieux clichés

aux textes offerts, souvent se commentant eux-même, ils ont toutefois éveillé la créativité en

conviant les pinceaux à une inspiration réussie !

Ce blog leur rend hommage.

Il reprend les liens vers les blogs de partenariats poésie et peinture

ayant été initiés au départ d'une photo.

12272999678?profile=original"Crépuscule", l'âme au coeur.

Interprétations peinture-poésie entre les membres d'Arts et lettres.

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« Les fruits de l'automne », une photo de Michel Lansardière,

un pastel de Liliane Magotte et une aquarelle de Jacqueline Nanson, une histoire…

Les liens seront déposés progressivement.
Pour débuter, un beau souvenir, celui du premier blog d'interprétations " Crépuscule"

Un partenariat 

Arts 12272797098?profile=originalLettres

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du les rapprocher davantage.

                                      5

Le bibliothécaire principal de la ville venait de mourir. C’était un poste important. Le conseil communal en délibérait et le titulaire en était désigné par le collège. Le président Halloy était prêt à faire en sorte que Pierre le remplace à titre temporaire. Il avait ses influences. Il l’avait dit à Pierre.

- Tu ne peux pas continuer de ne rien faire de tes journées. Etre face à face du matin au soir, cela deviendra un enfer pour tous les deux.

Il avait raison. Pierre voyait ce qu’ils étaient devenus, Julie et lui, depuis quelques semaines.

- Peut être que c’est mieux.

Il avait embrassé son père qui avait les larmes aux yeux. Il ne se souvenait plus du jour où son fils lui avait manifesté tant d’affection.

Il le pressentait, c’était à lui de prendre la succession de René. Quel que soit son âge, le fils reste pour son père l’enfant qu’il a été. Que devient cet homme dont la mémoire n’a plus de raison d’être parce que le fils cesse d’être le descendant de sa lignée. Il en devient le dernier maillon. Qui dira un jour qu’elle avait existé ? Qui le saura ? Il pensa qu’il avait eu tort, Pierre n’aurait pas du partir. Ni même, peut être, quitter Julie. 

Lorsque Pierre l’avait annoncé à Julie, elle avait semblé soulagée. Peut-être qu’ils s’étaient retrouvés une fois de plus.

Les matins où il pensait qu’elle aurait envie de paresser au lit, Pierre faisait le moins de bruit possible. Il emmenait ses vêtements dans la salle de bain, il préparait le petit déjeuner pour elle seule puis il buvait une tasse de café dans la cuisine avant de refermer sans bruit la porte qui s’ouvrait sur la rue. Cela lui avait fait plaisir que son secrétaire l’ai salué dès le premier jour par un : Bonjour, monsieur le bibliothécaire. Un homme de près de cinquante ans !

Jamais, il n’avait imaginé qu’une vie strictement routinière lui plairait autant. Le soir, il était impatient de revoir Julie. L’impatience était d’autant plus forte qu’il s’obligeait à prendre un verre dans un café tout proche pour la contenir. Comme le font sans doute beaucoup d’autres après une journée de travail, avant de rejoindre leur foyer et leur compagne.

C’était une image un peu idyllique mais il était convaincu désormais qu’il aimait Julie toute entière et pas seulement les ressources de son corps. Si par malheur elle devait en perdre l’usage, une paralysie qui la clouerait sur une chaise roulante, il s’occuperait d’elle sans se plaindre. Qui d’autre le ferait ? Il le savait désormais : la passion, c’était ça. Assis à son bureau, il rêvait à leur vie future.

C’était une bibliothèque imposante faite de longues travées où les livres étaient rangés selon leur nature. Elle était signalée par des écriteaux de cuivre. Elle inspirait la sérénité des établissements religieux. Les visiteurs n’y parlaient qu’à voix basse.

Il avait parfois l’impression que l’un d’entre eux transmettait à son vis-à-vis des secrets capitaux. Ils étaient les adeptes de l’idéologie d’une élite. 

C’est à la bibliothèque que Jean Cormier était venu le voir. Jean était apparu dans sa vie à quelques reprises seulement mais à chaque fois il en avait été bouleversé. Durant ses études secondaires, Jean avait été son condisciple. C’était un garçon très renfermé, les yeux toujours baissés lorsqu’il s’adressait aux professeurs qui l’interrogeaient. En revanche, il était vraisemblablement un des meilleurs élèves de la classe. Studieux et obstiné, il recueillait de très bonnes notes dans les matières les plus ardues.

Aujourd’hui, il était inspecteur principal de la police judiciaire.

Pierre ne savait pas s’il devait sourire ou non de la boutade de Jean Cormier.

- Tu veux vraiment être bibliothécaire ?

- Vraiment. J’espère être nommé officiellement.

- Je ne veux pas être indiscret. Vous allez vous marier, Julie et toi ?

- Tu connais Julie ?

Jean avait un livre à la main. Sa question devait être de pure politesse.

- Je connais tout le monde, Pierre. Je suis comme une voyante. De tout le monde, je connais le présent et le passé. Quant au futur, je le pressens parce que les gens n’ont pas beaucoup d’imagination.

Il avait été soulagé après le départ de Jean. Il avait dit : à bientôt mais il espérait ne plus le revoir. Jean l’avait mis mal à l’aise.

Ce fut une courte période de bonheur. Une autre vie à nouveau ou la même vie ? Il ne savait plus. Il ne voulait pas savoir. Il savait seulement qu’à proximité d’elle, il avait envie de la serrer contre lui et de la prendre. Il en aurait pleuré mais elle le ravissait.

Un après-midi, ils avaient à peine échangé quelques mots de toute la matinée, c’était de plus en plus fréquent, Liliane était venue leur rendre visite. Elle faisait semblant d’être toute émoustillée.

- Tu sais qui vient ce soir ? Laszlo.

Elle se tourna vers Pierre.

- Cela t’ennuie si Julie m’accompagne ? Il donne un récital au Métallo.

- Laszlo ici, ça m’étonne ?

- C’est un ami qui me l’a dit. Ils doivent être à Bruxelles demain, pour un récital véritable. Mais un des musiciens à des amis ici. Ils ont décidé d’y loger. Le batteur, je le connais, il est beau à mourir. Je te jure, Julie.

Julie ne disait rien. Pierre s’était levé et avait enfilé son imper.

- Vous faites ce que vous voulez. Moi, de toute manière, j’ai des choses à faire ce soir.

Laszlo et les siens étaient un groupe de musiciens dont le succès soudain remplissait les salles de concert ou ce qui pouvait en tenir lieu. De la guitare et de la trompette dont la batterie soulignait les envolées musicales.

Le Métallo était un café situé à la limite de la ville. Dans l’arrière salle, on y donnait des spectacles de variétés où venaient se produire des artistes débutants ou des vedettes qui n’en étaient plus. Certains soirs, des groupes politiques débutants y tenaient des meetings dont les dirigeants avaient conscience qu’ils n’attireraient que peu de participants. Mais elle était souvent disponible.

Pierre s’était rendu au Réjane. C’était à pleurer de rire, pensait-il, cette taverne était le cadre de nombreuses émotions qui avaient été jusqu’à modifier le cours de son existence. Alfred lavait ses verres avec des gestes précis mille fois répétés. Un jour le souvenir que Pierre garderait d’Alfred serait celui d’un barman en gilet, dont personne ne soupçonnait s’il avait ou non une autre vie, qui lavait ses verres avant de les ranger derrière lui sur une étagère de verre. Cela ne l’empêchait pas de répondre à ses clients. Mais jamais de les interroger.

Pourquoi Julie ne l’avait-elle retenu ?

Il commençait à faire sombre et la pluie s’était mise à tomber. Vers minuit, déjà ivre, il s’était dirigé vers le Métallo.

 Rares étaient les fenêtres au travers desquelles on pouvait distinguer de la lumière. A cette heure-ci, la plupart des habitants, des salariés de l’usine métallurgique qui se trouvait au bout de la chaussée, dormaient. Le sol était luisant, il avait plu tout l’après-midi, les reflets de la lune au fur et à mesure qu’il avançait, se trouvaient toujours devant lui.

Il n’y avait plus grand mode au Métallo. Laszlo, un verre de bière à portée de la main, grattait les cordes de sa guitare devant quelques spectateurs qui l’accompagnaient de mouvements de la tête et des bras.

- Oh, Pierre !

Jean Sturbois lui faisait signe.

- Qu’est-ce que tu fais là ?

- Tu as oublié que nous faisions du Jazz, il n’y a pas si longtemps. Maintenant que je suis célibataire à nouveau, je ne vais pas m’en priver.

Elisabeth, la femme de Jean, l’avait quitté huit jours auparavant. Il était ivre lui aussi. A croire que ce soir était le soir de la réunion des hommes sans attaches féminines. Légèrement ivres.

Pierre s’était dirigé vers les toilettes et avait poussé la porte. Il ne s’y trouvait personne. Celle des toilettes pour hommes, puis rapidement la porte de celles réservées aux femmes. Il n’y avait personne. Il s’était assis auprès de Jean.

- Il y a peu de monde.

- La plupart sont partis. Même les musiciens.

- Liliane m’avait dit qu’elle passerait.

- Elle est passée, en effet. Je ne savais pas qu’elle les connaissait. Tu prends un verre ?

Laszlo était avec deux musiciens qui nettoyaient leur instrument sans se préoccuper des clients qui les entouraient.

- Je ne vois pas le batteur ?

- Il est sorti il y a un moment, déjà. Liliane est venue lui parler, ils sont sortis ensemble. Liliane est revenue seule. Tu n’es pas venu avec Julie ?

- Elle n’était pas bien.

Il était  blême. Il ne fallait pas lui faire un dessin. Il imaginait la scène comme s’il y avait assisté. Toute la scène. Celle que Jean venait de lui décrire et les autres, toutes les autres.

Julie et Liliane étaient venues en voiture. C’était Liliane qui avait invité le batteur à sortir. Elle lui avait présenté Julie qui « se mourait » de le connaître. Julie sexy comme aux premiers jours de leurs rencontres véritables lorsqu’elle souhaitait faire de Pierre son amant. Liliane avait proposé que Julie ramène le batteur à son hôtel. Il avait accepté. Quel homme ne l’aurait pas accepté ? Les genoux découverts, Julie lui avait proposé de prendre un dernier verre. Peut être avait-elle eu les gestes que certains hommes peuvent avoir envers une femme assise à leur côté dans une voiture ? Ils n’avaient pas attendus d’être dans la chambre à coucher pour se frotter l’un contre l’autre. En poussant des cris qui multiplient les sources du plaisir.

Il n’en pouvait plus.

- Je vais rentrer.

Il n’avait pas cessé de pleuvoir. Son imperméable était ouvert, la pluie traversait sa chemise. Il était prêt à tuer mais il redoutait le moment où il  pousserait la porte. Si la pluie ne s’était pas mise à tomber en trombe, il se serait éloigné. Mais il était devant la maison de Julie.

Julie avait ouvert la porte brusquement.

- Mon dieu, j’étais folle d’inquiétude. Tu as vu ton état ?

Elle était en peignoir. 

- Otes tes vêtements. Je vais t’essuyer. Tu vas attraper la mort.

Elle l’entraina vers la chambre, et l’étendit sur le lit. A genoux, elle lui avait ôté ses chaussures et son pantalon. Elle le redressa pour enlever sa chemise et commença à lui frotter le dos puis le corps tout entier.

- Pourquoi es-tu parti ? Liliane est rentrée après que tu sois parti. Ou as-tu été ?

- J’ai voulu écouter Laszlo.

- Pourquoi ne pas l’avoir dit ? Nous y aurions été ensemble.

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Un printemps d'écriture,

 

Je voudrais tant ma vie restant,

ne faire pousser que des fleurs,

inlassable les contempler,

me réjouir, m'émouvoir,

de leur croissance sans fin ;

de leur silence et de leurs voix,

dès lors qu'elles s’entrebâillent puis s'ouvrent.

Je voudrais tant ma vie restant,

faire surgir en pleine cité grise,

des buildings de couleurs, de senteurs ;

inlassable les regarder,

me réjouir, m'étonner,

de leur grâce, de leur force,

dès lors qu'ils s'inclinent,

pour, dans la seine promeneuse,  se mirer;

tout en vert le printemps l'a vêtue,

non sans  caresser épris,

son long corps aquatique ;

l'onde depuis  s'écoule charmée,

en plein Paris,  entre deux berges,

 de soleil et de bleu éclaboussées !

Je voudrais tant ma vie restant,

écrire toujours,

 à la manière d'un feu de fleurs,

qui resteraient bien vivantes, troublantes,

pour faire venir la mer entière,

 jusque dans le métro glacial et sombre.

Je voudrais .........

NINA

 

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La fête à la cabane, au Québec

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A la fin du mois de mars,

n’oublions pas la campagne,

quand c’est la fête à la cabane.

Allons voir les érables,

qui donnent leur sève goutte à goutte.

Savourons l’odeur du sirop

qui s’épaissit dans la chaudière.

Sur de longs tréteaux, ce sera

la dégustation, sans façon,

du sirop figé sur la neige,

en un délicieux caramel.

Gourmands, nous le ramasserons

Avec des languettes de bois.

Le soir, il y aura des danses,

avec violons pour orchestre.

De la joie, pour petits et grands!

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Artiste JGobert

J’habite New York, Madison avenue, un immeuble de 10 étages à quelques pas de Central Parc dans Manhattan. Times square, Soho ne me sont pas inconnu. Je vis dans un monde parallèle, étranger dans le tumulte de cette ville tentaculaire. Son agitation me plait et j’aime me promener, me faufiler dans ces rues fortement éclairées le soir où la lumière se repend comme des sources d’or.

 Je m’appelle Jeffrey, les amis m’appellent Jeff. Mon caractère est facile, agréable et je suis un déplacé né à la campagne. Mes parents sont immigrés, expatriés. Une partie de ma famille est installée  ici pour exister, subsister autrement. J’ai appris à vivre dans cette ville.

 Je veux être artiste, avoir la grande vie, faire du cinéma, du théâtre. Me faire connaître et reconnaître de mes condisciples. Je fais des petits boulots pour survivre. Quand je mets mes habits de lumière, mon chapeau à paillettes et que je prends ma canne, je deviens le grand, le beau Jeff comédien que tout le monde aime. Le succès n’est pas encore au rendez-vous mais moi j’y crois.

 Ma sœur est restée au pays. Elle habite une maison à la campagne, elle est toujours l’intruse, celle que tout le monde veut attraper. Elle connaît tous les secrets  des villageois et entend tous leurs propos. Elle aime sa demeure et est heureuse là-bas. Sa vie est tout autre, elle déambule dans les couloirs et personne ne peut la saisir. Ils ont bien essayé de la piéger mais elle a déjoué tous les plans. Elle vit avec les hommes. Elle les épie avec délice, les espionne avec bonheur et si elle pouvait s’exprimer, elle en raconterait des histoires.

 Dans mon immeuble, je ne suis pas tout seul. D’autres y habitent, des bohémiens comme moi,  qui veulent réussir aussi et cherchent la gloire. L’endroit est propice aux arts, les musées, les théâtres, les cinémas se livrent facilement et j’ai mes entrées un peu partout. J’ai eu la chance de rencontrer des artistes qui, sur scène, dispensent le rire, la comédie, l’enchantement. C’est cela que je veux faire.

Les hommes dans cette ville sont cruels, sans cœur et il est bon de savoir qui on est. Inutile de s’y frotter.

 Ma sœur vit en compagnie d'un grand-père et sa petite fille. Elle aime les regarder bouger et les repère aux bruits qu’ils font. Grand-père aime la musique. Chaque pièce a des secrets d'alcôve et la vie s’écoule simplement. Elle aime surtout la chambre de grand-père, sa chemise de flanelle qu’il pose sur une chaise, son vieux pantalon de velours et ses bretelles élimées et fidèles. Les souvenirs posés sur l’étagére. C’est un vieux monsieur et chaque fois qu’il passe devant un miroir, il lisse ses superbes moustaches et s’asperge d’eau de Cologne.

La chambre de la fillette est coquette, joyeuse, décorée avec goût, elle respire aujourd'hui le bonheur. La petite fille est arrivée depuis quelques années suite à un grand malheur.

 

Où je vis, il n’y a pas de proximité possible avec les hommes qui nous pourchassent d’emblée. Si la ville me plait par son activité, les hommes ne sont pas compréhensifs, bienveillants. Ils vivent pour eux et ne laissent pas de place à ceux qui sont différents, autres. J’ai peur parfois de n’être pas à la hauteur.

 De la chambre de la fillette, ma sœur peut apercevoir grand-père s’assoir sur un petit muret et fumer sa pipe. Il est âgé déjà et ses tourments ne sont pas pour lui mais bien pour cette petite fille qui vit avec lui. Ma sœur les observe et les voit souvent partir se promener, main dans la main et revenir ensoleillé de tendresse.

 Je ne connais pas cette atmosphère, cette douceur dans ma ville où les hommes courent, se déplacent sans cesse, bruyants, insatisfaits et de mauvais humeur. Dans mon immeuble, je suis relégué tout en bas sous le parquet plastifié et je ne connais pas le plaisir de ces bois d’antan qui sentaient si bon la vie.

Je n’ai pas le droit de me montrer aux hommes sans que cela déchaîne des passions terribles. Mon monde à moi se joue caché, dissimulé, sournois pour ne pas être détruit par eux. Notre société vaut bien la leur et notre droit à respirer aussi.

 La nature n’a pas mis de critère sur cette terre pour définir qui peut vivre ou mourir. Seuls les hommes ont pris ce droit, ce pouvoir de détruire tout sur leur passage, de choisir pour les autres. Ils jugent que nous sommes nuisibles, nocifs, incommodants. Et d’autres sont laids, affreux, hideux.

Moi, je suis l’intrus qui veut vivre comme un artiste. Je fais des sauts et des cabrioles pour amuser le monde et le faire rire. J’aime ma condition de malice et je hais les hommes envahis de faux sentiments, de fourberies et pour qui la vie, l’humour, l’ironie d’un étranger, d’une petite souris grise n’a pas d’importance, ni d’intérêt.

 

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Jean-Louis Crousse (14 février 1932 - 31 décembre 2008) me fut ami. Je tiens ici à évoquer quelques-uns de ses textes en souvenance de notre belle amitié.

Je lui ai consacré un de mes CD-ROM sur les écrivains contemporains contemporains belges que j'ai évoqué dans ma série de 74 CD-ROM  "Le Testament des Poètes".

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Jean-Louis Crousse

C. cisèle ses incertitudes, ses questionnements et ses bifurcations jusqu'au plus profond des ombres et désespérances. Il nous donne à entendre un sourire sur la vie et un chant sur le ténu. Son hésitante passion, son frêle phrasé et sa malice font sourire les sens des mots, comme des dons qui accroissent et renouvellent nos fugitives intuitions. C’est aussi un David qui catapulte sa bonne graine dans l’œil d’un Goliath dont le grotesque pouvoir est biffé à l’agenda de nos projets. C., poète, comme anathème en sourdine, pour conspuer les pompes du spectaculaire. Un « long hiver » traversé de multiples saisons, d’exploits de troubadour. C. l’a intensément murmurée, sa cantilène. Voyez-vous, il est dans l'air...

Robert Paul

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Ce merveilleux troubadour nous laisse des livres de poésie, des textes inoubliables, comme par exemple "Les funambules d'amour' (1987)

« On disait d’eux, on les appelait les funambules d’amour, toujours sur les places des villages au solstice de l’été ils déroulaient une sorte de câble un gros fil dont ils ne se séparaient jamais et très attentifs, ils étudiaient la configuration des lieux les maisons les arbres et puis ils déployaient ce fil ce cordage quelque part ils le tendaient entre deux arbres précisément et l’un de ceux-ci pour le temps de l’acrobatie portait le nom de hasard et l’autre celui de nécessité.

Puis tous accouraient recherchaient les coins d’ombres et regardaient. L’église était pour la circonstance éclairée et de même toutes les maisons du village. Seul restait lumineusement sombre l’espace qui séparait les deux danseurs de corde. Alors partant chacun d’un de ces arbres ils se rejoignaient silencieusement lentement au centre de la place au point central de ce fil et là au cœur de la nuit la plus courte ils s’embrassaient silencieusement lentement et ensuite revenaient à reculons à leur point de départ. On disait d’eux on les appelait les funambules d’amour. »
Forest, le 25 mars 1987.

Ces funambules d’amour sont encore évoqués dans un très beau texte du « Voyage léger », toujours sur ce fond de ces effleurements d’ailes, de la musique fragile qui nous rendait ce poète si cher « et vous aussi, les (…) funambules qui vous embrassez en toute quiétude à cinquante mètres du sol – asseyez-vous à mes côtés, ensemble nous guettons ce moment où s’arrête, et médite, et s’apprête, d’un air fragile, on dirait, d’un coup d’ailes traversant le siècle une sorte de musique, de pensée, peut-être, au rebord parfois désolé du monde »

Seront évoqués :

 

Dix recueils de poésie, lesquels forment, selon le poète, un ensemble musical, une œuvre unique en cinq mouvements :

 

-En prologue :

 

Mille gris, (MG) Ed. St-Germain des prés, 1983

 

Que faire d’un lampe, il pleut, le jour se lève, Ed. St-Germain des prés, 1986

 

 

-En mouvement lyrique :

 

Le vif, l’à peine, (LVL’P), Ed. Chambelland, 1988

 

 Le voyage léger (LVL), Ed. Galerie Racine, 1990

 

 

-En divertimento

 

Incertitudes (I), Ed. Art pluriel, 1991

 

Sentes et sources (S&S), Ed. Art pluriel, 1993

 

 

-En mouvement méditatif (prose poétique)

 

 

Du plus bas parler, (DPBP), Ed. Racine, 1993

 

 

La nuit diamantine, Ed. du Grill, La Hulpe, 1996

 

 

-En épilogue :

 

 Fumée sur papier, Ed. de l'Acanthe, Namur, 1996

 

Feuillage et silence, Ed. Librairie-Galerie Racine, Paris, 2000, Préface d'Adolphe Grégoire

  

 

Un livre d’invitation au voyage poétique :

 

Aller là-bas, Propos, Ed. de l'Acanthe, Namur, 1997, Préface de Joseph Bodson

 

 

Un journal :

 

Long hiver, Ed. Les Elytres, 2002, Préface de Jean Dumortier

A suivre pour d'autres évocations de ses beaux recueils de poésie.

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         4

 

Julie avait posé trois tasses sur la table et préparé du café. La sonnette retentit deux fois.

- C’est le signal de Liliane. Reste, je vais ouvrir.

Il y eut un bruit de voix dans le vestibule, puis Liliane apparut suivie d’un homme âgé d’une trentaine d’années et vêtu d’un blouson de cuir et de jeans délavés. Un bel homme qui inspirait une sympathie immédiate. Il les regardait en souriant.

- Marc-Antoine. Je viens de le recueillir à la station service. Il faisait du stop.  

Julie était entrée. Liliane semblait jouir de leur surprise.                               

Plus tard, Pierre avait appris de Marc-Antoine qu’il ne faisait pas du stop, qu’il marchait le sac sur le dos comme un routard et que Liliane, à proximité de la station d’essence, avait arrêté sa voiture pour l’interpeller.

- Où allez-vous ? Si c’est sur ma route, je peux vous y conduire.

- Je ne sais pas. N’importe où.

- Elle a ouvert la portière. Elle s’est penchée. Montez donc, a-t-elle dit, et je suis monté. Elle voulait se faire un mec, je suppose. Cela m’était égal où j’allais.  

J’ai rendez vous dans deux semaines dans les bureaux du Club Med. D’ici là… Ici ou ailleurs.

Julie ajouta une quatrième tasse. Liliane s’était assise sur le divan adossé au mur. En contemplant Pierre et Julie, elle semblait demander :

- Comment nous trouvez-vous ?

Liliane était quelconque.  En ville, on disait qu’elle n’était pas mal mais qu’elle avait le feu au cul.

- J’ai trouvé une chambre pour Marc-Antoine. Il aurait pu dormir chez moi, j’ai suffisamment de place mais on aurait jasé, tu connais les gens.

Elle portait une robe qui finissait au-dessus des genoux, et son corsage découvrait le début de sa poitrine. Elle attirait l’attention sur l’une et l’autre partie de son corps en tirant sur sa robe par le bas ou par le haut.

- Vous êtes mariés ?

- Non, pourquoi ?

Marc-Antoine avait posé la question sans y porter réellement de l’intérêt. Il aurait pu demander s’ils aimaient la confiture. Néanmoins, le non immédiat de Julie avait heurté Pierre.

- C’est tout comme. Peut-être plus.

Liliane s’était levée, elle avait entouré le cou de Pierre, elle avait regardé Julie. Elle avait ajouté :

-N’est-ce pas ?

- Je disais simplement que nous n’étions pas mariés.

Elle avait la tête baissée en servant le café.

Pendant un moment, Pierre avait eu peur que Julie ne les retienne à dîner. Mais à voir la manière dont Liliane regardait Marc-Antoine, ça se voyait, elle n’aurait pas accepté. Elle lui ébouriffât les cheveux.

- On en mangerait. On peut le dire, non ?

Tant mieux si Marc-Antoine lui plaisait. La réponse de Julie: nous ne sommes pas mariés, avait irrité Pierre.

Depuis c’est au Réjane près de la gare, un café proche du domicile de Marc-Antoine, que Pierre et Marc-Antoine se rencontraient souvent. Le matin alors que Julie était au bureau. Pierre était au Réjane. Alfred, le barman, connaissait ses amis et lui depuis leurs années d’étude. C’est au Réjane qu’ils passaient les heures de cours qu’ils avaient envie de manquer. C’est au Réjane qu’ils emmenaient leurs conquêtes auxquelles royalement, ils offraient une boisson. Alfred ne s’étonnait jamais de les voir différentes, selon la saison probablement. 

Ils n’étaient pas devenus des amis à proprement parler mais Marc-Antoine était un garçon agréable avec qui on pouvait bavarder de tout et de rien. Il semblait ne rien prendre au sérieux. Il avait toujours sur les lèvres un sourire mi-ironique, mi-sceptique. Pierre lui était sympathique, avait-il dit.

Lorsqu’il avait confié qu’il s’était engagé au club, Ils avaient un peu trop bu ce soir-là, il avait dit:

- C’est plein de filles qui cherchent quelqu’un pour quelques heures ou quelques jours. Elles ne se compliquent pas la vie.

Il avait ajouté :

- Toi, ça se voit, tu es un garçon compliqué. Tu es jaloux de moi ?

- Moi ? Pourquoi ? A cause de Liliane ?

- A cause de Julie.

Pierre l’aurait frappé.

- Aucune femme ne vaut la peine. C’est ta tête qui fait tout. Ne fais jamais confiance à une femme.

Ils avaient continué de boire. Pierre l’avait ramené à sa chambre, et il était rentré.

Il avait pensé à Marc-Antoine, cet homme seul que des femmes étaient prêtes à recueillir sans le connaître. Cet homme qui n’aimait pas les femmes parce que, il l’avait appris plus tard, sa femme l’avait trahi.

La femme de Marc-Antoine n’avait pas plus de trente ans. Elle était atteinte d’un cancer au sein décelé trop tard. Les métastases s’étaient répandues comme une mauvaise semence. Plutôt que de perdre les seins, elle pensait que les hommes, même ceux qui ne s’en servaient que rarement, n’aimaient pas les femmes qui portent des cicatrices à la poitrine, elle avait pris le revolver de son mari. Elle s’était suicidée d’une balle dans la poitrine.

Marc-Antoine n’avait appris la vérité que le soir de sa mort en revenant du tribunal où il avait plaidé avec l’ardeur d’un jeune avocat talentueux. Il s’était senti trahi. Elle l’avait abandonné alors qu’il avait encore tout à apprendre d’elle. Il l’aimait. Telle qu’elle était. Telle qu’elle deviendrait. Voilà donc l’image qu’elle avait de lui ? La mort lui était plus sûre que Marc-Antoine. Il avait disparu dès le lendemain sans se préoccuper de rien d’autre ni de personne.

- On se suicide comme on peut.

Liliane ne se souciait pas de ses états d’âme. Elle attendait autre chose d’un homme que ce qu’elle appelait des vaticinations métaphysiques. Depuis que son mari était mort, elle jaugeait les hommes au lit.

En revanche, cela crevait les yeux, il n’était pas indifférent à Julie qui avait de la compassion pour cet homme qui venait de nulle part. Et qui était bel homme.

Lorsque Liliane se rendait chez Julie, Marc-Antoine l’accompagnait. Liliane aimait à exposer sa proie. Dès que Marc-Antoine parlait, Julie l’écoutait avec attention. Elle le disait probablement par politesse.

- Enfin Pierre ! Tu l’empêches de parler.

Liliane éclatait de rire.

- Enfin, Pierre !

Quand un homme émeut une femme, d’autres femmes sont prêtes à lui ouvrir les bras.

Pierre se serait levé et serait sorti tant la jalousie lui étreignait la poitrine. Mais il ne voulait pas les laisser ensemble. Il est des signes qui éclairent alors même que le comportement ne change pas. Ils sont imperceptibles aux yeux de ceux qui n’ont jamais aimé. Où qui n’ont jamais aimés qu’eux-mêmes. Jusqu’à ce jour il ne s’était agi que d’amour comme en connaissent la plupart des amoureux. Cette nuit-là, il s’était demandé si c’est à lui qu’elle pensait pendant qu’il la caressait.

- Je dois me rendre au Club, il y a des choses qui traînent.

Marc-Antoine l’avait annoncé un mercredi matin pendant qu’ils prenaient un verre au Réjane.

-Je vais t’y conduire, si tu veux. Je dois me rendre à Bruxelles.

- Cela ne t’ennuie pas ?

- Mais non.

En voiture, pensait Pierre, il le ferait parler. Il avait son idée quant à l’affection réelle que Marc-Antoine portait tant à Liliane qu’à Julie. Des femmes à prendre et à jeter, devait-il penser.

Le lendemain, il était passé le prendre à son hôtel. Marc-Antoine avait revêtu un blazer croisé, un jean usé et une chemisette bleu clair, la couleur de ses yeux. Il était parfaitement peigné et rasé.

- Tu vas draguer les filles du Club, Marc-Antoine ? On passe la nuit, alors ?

- Pour draguer les filles du Club, je ne sais pas. Pour passer la nuit, je ne dis pas non.

Il avait étendu les jambes, reculé son siège, et fermé les yeux. Il était le type même du séducteur fat et imbu de lui-même. Pierre avait l’intention de montrer à Julie la vraie personnalité de ce type.

- Ne prend qu’une chambre, ça m’étonnerait que je rentre de sitôt, cette nuit. Et toi, Pierre, tu n’avais pas une copine que tu aurais envie de revoir ?

Pierre l’avait déposé devant les bureaux du Club. Il avait téléphoné à Julie qui lui avait demandé si les choses s’arrangeaient pour Marc-Antoine.

- Oui, ne t’inquiète pas.

Liliane et Julie souhaitaient le contraire sans le dire à haute voix, il en était convaincu. Il était le seul à souhaiter réellement son départ.  

Il était allé saluer des gens qu’il avait connus. A la firme de matériel médical, le Directeur général avait voulu le saluer.

- Je ne vous ai pas très bien compris, Pierre. A mon sens, vous avec manqué une grande carrière.

C’était quoi, une grande carrière ? C’est vrai, il ne le regrettait pas. C’était une preuve supplémentaire quant à son amour pour Julie. Le soir, à l’heure où certaines boites se remplissent, il était passé prendre un verre à l’Archiduc. Il imaginait peut être que sous un verre haut dressé, il reconnaitrait la silhouette de Clotilde.

Il était rentré à l’hôtel, il avait poussé la porte de la chambre après avoir frappé. Marc-Antoine, à cheval sur le dos d’une fille qui haletait s’était retourné vers lui.

- Mille excuses, vieux frère, notre chambre est beaucoup plus belle que la sienne. Nous sommes venus finir la nuit ici. Si le cœur t’en dit, le lit est assez large. Et mes idées aussi.

Ils étaient repartis le lendemain. Pierre le haïssait de plus en plus.

Un jour que Liliane devait s’absenter pour la journée, Marc-Antoine avait été invité à venir l’attendre chez Julie. Julie avait dit:

- C’est la moindre des choses. C’est un ami, non ?

A cinq heures de l’après-midi, il n’était pas encore arrivé.

Julie était inquiète.

- Je suis certaine que quelque chose lui est arrivé.

- Il doit y avoir une raison. Que veux-tu qu’il lui soit arrivé ?

- Je ne sais pas mais je suis certaine qu’il est arrivé quelque chose.

Elle était nerveuse, son visage était tendu.

- Prenons la voiture, Pierre. J’ai trop peur. Liliane ne me le pardonnerait pas.

Ils avaient pris la voiture. Il l’avait conduite à l’immeuble où Marc-Antoine avait sa chambre. Elle  ne lui avait même pas demandé de monter avec elle ou de l’attendre. Elle était revenue au bout d’une bonne demi-heure, pas loin d’une heure.

- Il lisait. Il m’a dit qu’il avait oublié.

Puis, elle n’avait plus rien dit. Chez elle, ils étaient restés seuls. Ni Liliane ni Marc-Antoine n’étaient venus, Liliane avait téléphoné pour s’excuser.  

- Tant mieux. Je ne sais pas ce que j’ai, je suis très fatiguée ce soir.

Lorsque Pierre lui avait demandé si elle souhaitait qu’il aille passer la nuit chez son père pour qu’elle puisse se reposer, elle n’avait pas tenté de le retenir. Ils s’étaient embrassés comme de vieux amis. Sur les deux joues. Il se souvenait que Clotilde souhaitait qu’ils fussent de bons amis pour se réserver des soirées qui ne seraient qu’à elle. Est-ce que Julie souhaitait aussi qu’ils soient de bons amis ? Pierre bouillait de rage.

C’est Liliane, elle était passé le prendre comme à chaque fois qu’il ne dormait pas chez elle, qui avait découvert le corps inanimé de Marc-Antoine. Il gisait sur son lit uniquement vêtu d’un t-shirt. Sur la table de nuit, il y avait un verre dont l’odeur ne révélait rien et un second verre auprès d’une bouteille de whisky à moitié vide. L’analyse du premier verre par les services spécialisés de la police judiciaire conclurent que Marc-Antoine s’était suicidé.

L’enquête dévoila ce que personne ne s’était ingénié à savoir. Le nom de famille de Marc-Antoine, son origine et son métier. Il n’était pas issu de nulle part. La mort de sa femme expliquait sa décision. Peut-être que la perspective du Club ne lui était-elle plus apparue comme une solution suffisante. Ni la sympathie que lui portaient Liliane et Julie.

Il savait dès le premier jour qu’il les quitterait et disparaîtrait  aussi simplement qu’il était apparu.  L’une et l’autre en avaient été blessées. Pierre s’était réjoui de sa mort.

Il l’avait regardé comme un être sans épaisseur réelle, une idée un peu folle qu’une femme pouvait évoquer dans les recoins obscurs de son jardin secret. Mais depuis que Julie s’était rendue chez lui, qu’elle était restée dans sa chambre pendant qu’il l’attendait, il s’était mué en rival.

Depuis la mort de Marc-Antoine, Pierre et Julie ne se  parlaient plus beaucoup. Liliane venait les voir moins souvent et à chaque fois qu’elle venait, elle se conduisait envers lui avec la curiosité attentive d’une mère. Elle disait à Julie :

- Comment fais-tu pour être aussi jolie dès le matin. Ce doit être la présence de Pierre qui te donne ces couleurs. Ou autre chose qu’on ne doit pas dire.

Elle se tournait vers lui.

- Sûrement que tu as des talents cachés.

Julie regardait Liliane de façon étrange. Toutes deux paraissaient voir d’elles-mêmes les images qu’elles présentaient et des images différentes de celles qu’elles présentaient.

C’est souvent le cas, les propos importants s’échangent durant la nuit. Julie faisait l’amour en pleine lumière mais pour parler, elle éteignait. L’obscurité donne aux mots une profondeur particulière.

- Tu ne crois pas que c’est Liliane qui a tué Marc-Antoine? Elle est pharmacienne.

- Pourquoi l’aurait-elle fait.

- Peut-être qu’elle pensait qu’il était amoureux de moi.

C’étaient les mots qu’elle souhaitait prononcer devant lui. Peut-être qu’elle souhaitait qu’il lui réponde qu’elle avait raison. Que Liliane avait tué Marc-Antoine parce que Marc-Antoine était amoureux de Julie. Elle l’aurait aimé comme aux premiers jours. Finalement, ce qu’ils se disaient n’était qu’une autre forme du silence.

Il avait voulu la toucher un soir, elle s’était excusée, elle ne se sentait pas bien.

- Je ne sais pas ce que j’ai.

Elle avait repoussé sa main. Elle s’était levée.

- Je ne veux pas t’empêcher de dormir. Je vais me coucher dans l’autre chambre.

C’était la première fois qu’elle se refusait. Elle était venue le rejoindre à la levée du jour. Lorsqu’il s’était levé pour préparer le petit déjeuner, il s’était promis de la quitter. Même s’il pensait que deux morts auraient du les rapprocher davantage.

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administrateur partenariats

"Volupté"

Peinture à l'huile.

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Femme,

tu étires dans le temps ta beauté pulpeuse,
à la naissance du monde, louange céleste.
Les courbes vagabondes de ton corps dessiné
racontent les méandres d'une vie destinée.
Tu étends dans le temps ta pudeur modeste,
Dans la danse de tes courbes langoureuses.

Femme,
cadeau offert au monde d'éternelle beauté,
ta peau cuivrée émanant les essences d'amour,
tu étales au jour levant ta pudeur envoutante,
la fragilité cachée de tes nuits émouvantes.
Tu offres au monde les rides vécues sans retour,
les nuits dorées s'étiolent dans les matins d'été.

Femme,
errante entre l'enfance et l'adolescence
vaincue dans les douleurs de l'enfantement
tu tends au destin le poids de tes fruits mûrs.
Tu te souviens au soir de ces instants qui durent,
dont ton âme se nourrit dans son isolement.
En pleurs, tes regrets se muent en reconnaissances.

JDL

08/06/2013

Note de l'auteure.

J'ai choisi de vous présenter "Femme" dans toute sa simplicité et sa fragilité

et que le pinceau de Lily souligne si gracieusement.

Pourquoi celui-ci?

parce qu'il souligne sans doute ma fragilité et vulnérabilité du moment.

Je vous dois d'être honnête et donc vous avouer que pour le moment je ne peux me consacrer à "Arts et Lettres" ni physiquement, ni mentalement...j'ai besoin d'un petit peu de temps, de m'acclimater à tant de choses, de me ressourcer et surtout de me poser...moi, le feu-follet des milles pensées et idées, voulant tout accomplir en même temps, être à tant d'endroits en même temps...j'en ai perdu le sommeil et je dois le retrouver.

Quand les jours raccourciront et que les nuits blanchiront alors je reviendrai me réchauffer auprès de vous et je me réjouirai.

Alors voici ce poème que je sais ici bien gardé, à l'abri des partages indésirés!

Faites attention à vous et à bientôt.

Merci Robert Paul et Lily

Amicalement à vous tous

Joelle

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