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Dialogue sur l'amitié

De l’amitié: dialogue entre Nietzsche et Montaigne

J’ai rêvé d’une rencontre quelque part hors du temps, entre la Saxe et le Périgord, entre le 16è et le 19è siècle…, entre Friedrich Nietzsche et Michel Eyquem, seigneur de Montaigne;;;

Montaigne- Ce qui m’emplirait de plaisir, c’est de goûter un verre de vin rouge délicat et de belle couleur; non, donnez m’en une pleine carafe, « je me défens de la tempérance comme j’ai fait autrefois de la volupté. Elle me tire trop en arrière, et jusqu’à la stupidité ». Monsieur N, m’accompagnerez-vous ?

Nietzsche- Non merci, pas de ces sortes de drogues, « agents de la corruption », pour moi, je veux juste un grand verre d’eau pure. Vous vouliez me voir, mon cher, c’est bien parce que c’est vous, que j’ai accepté de renoncer un moment à ma solitude… C’est pour parler de philosophie je suppose ?
…Ah, de l’amitié ? Et bien, d’accord parlons-en, parler beaucoup est un bon moyen de se dissimuler…

M- Je vous dirai d’abord que par amitié, je ne parle pas de toutes ces accointances et familiarités ordinaires qu’on noue suivant les circonstances, mais j’entends par ce mot le mélange de deux âmes pour n’en former plus qu’une…

N- Permettez, je vous interromps tout de suite. La camaraderie, d’accord, cela existe, mais la véritable amitié ! !?

M- Il est vrai que c’est la chose la plus rare à trouver au monde, mais j’ai eu le bonheur dans ma vie de connaître cette sorte d’union divine. Une bien belle amitié, ayant si tard commencé et qui n’a pu durer bien longtemps. Je pleure encore la perte de cet ami ; depuis sa mort il me semble n’exister plus qu’à demi.

N- Moi aussi j’ai cru connaître cela un moment, avec un grand compositeur pour qui j’ai éprouvé une vénération dévorante lorsque j’étais jeune homme. Il était l’homme selon mon cœur… Mais j’ai été cruellement déçu, je me suis rendu compte qu’il ne s’intéressait qu’à ce qui pouvait le servir dans son œuvre et ce que je prenais pour une profonde amitié s’est rompu, nous sommes devenus étrangers l’un à l’autre, « tels deux vaisseaux dont chacun a son but et sa route tracée ». J’en ressens encore une telle souffrance que depuis j’ai préféré m’éloigner des hommes.

M-Je crois vous comprendre. Une amitié doit être réciproque et elle doit aussi être tout à fait désintéressée. Dans l’amitié, il ne peut y avoir d’affaires ou de commerce sauf d’elle-même…Entre de vrais amis, il faut ignorer l’envie, ce tombeau des sentiments, ainsi que bannir les mots que sont obligations, prière ou reconnaissance…

N-Ah oui, j’ajoute qu’« une âme délicate est gênée de savoir qu’on lui doit des remerciements, une âme grossière, de savoir qu’elle en doit »…

M- Et pour moi une amitié n’est vraiment parfaite et complète que lorsqu’entre les deux amis tout est commun, souhaits, pensées, jugements,…

N- Ah non là je vous arrête ! Si on veut un ami, il faut pouvoir s’y opposer, respecter l’ennemi jusque dans son ami ! On n’est au plus près de son cœur que si on lui résiste et il n’est pas d’amitié qui dure sans de grandes exigences! Il ne faut pas non plus vouloir partager avec lui tous ses tourments ! L’ami pour moi doit pouvoir deviner et se taire !

M- Mon Dieu ! Calmez-vous mon ami, pourquoi s’emporter, ne soyez pas si chagrin, on ne peut en effet être d’accord sur tout, n’est-ce pas?
Et puis il y a les femmes, Ah ah ! Que pensez-vous des amitiés avec les femmes ?

N- Diable ! Les femmes ! Il y a dans toute femme « un esclave et un tyran cachés », elles ne sont pas capables d’amitié et même en amour, elles prétendent faire « tous les sacrifices et rien à part cela n’a plus de valeur » pour elles !

M- Ah ah ! Je vous suis un peu sur ce sujet, les relations avec les femmes sont difficiles à classer. L’affection qui nous lie à elles a un caractère si ondoyant, brûlant, un feu de fièvre … Leur inconstance, leurs excès…

N-Oui, oui ! « Ne vaut-il pas mieux tomber entre les mains d’un assassin que dans les rêves d’une femme en chaleur ? »

M-Pour moi je vous avoue que leur commerce charmant m’est très agréable et même, étant d’un naturel bouillant, je le recherche. Mais, être amoureux de sa femme est un supplice autant qu’un péril !

*
Je laisse à nos deux compagnons la responsabilité de leurs errements sur les femmes…

Mais j’acquiesce assez à leur vision de l’amitié.
Une amitié parfaite, pour moi c’est une relation faite de partage, de confiance réciproque et de complicité. Une consanguinité d’esprit qui unit. La joie prodigieuse de savoir simplement que l’autre existe.
Aimer vraiment, c’est aussi préférer l’autre. Cela implique, quoi qu’il advienne, une part d’acceptation, de retrait de soi. Raréfier son être, tout en continuant d’exister pour l’autre et sans jamais renoncer complètement à sa propre liberté.

Martine ROUHART

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Demain est jour de promenade

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Soliloque

Même décor que la lumière

Éclaire sans le réchauffer.

Mon confort demeure parfait,

Mon attitude coutumière.

J'ai donné à boire à mes plantes

Qui semblent manquer d'énergie.

Elles m'ont bien souvent ravie,

Sans fleurs, me laissent en attente.

Certes, je ne sais pas pourquoi

Je m'abandonne à ne rien faire.

N'ai pas l'envie de me distraire

Ni de penser à autrefois.

Je pourrais relire ses lettres

Ou bien regarder des photos

Je préfère oublier plutôt.

Vivre suffit à mon bien-être.

Demain est jour de promenade.

À peine sortie de chez moi,

J'éprouverai plusieurs émois,

Aucun instant ne sera fade.

En respirant le vent de Vie

Et les parfums qu'il véhicule,

Quand en tout endroit il circule,

Je ferai le plein d'énergie.

Le 3 avril 2014

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Envoûtement

 

sans-titrepoisson fleur

J'ai ressenti ce jour une joie enivrante

Par hasard, en un lieu où étaient révélés

Des êtres émouvants colorés fignolés

Dont la proximité n'est certes pas courante.

Magie et poésie! Des oiseaux captivants

Semblables à des fleurs quand ils sont immobiles

Et dans des aquariums, féerie indicible

Des poissons irréels, minuscules ou grands.

Je le savais pourtant, la nature éblouit.

J’ai eu des coups de coeur, de nombreuses extases,

Suis restée fascinée durant de longues phases,

Contemplant l'univers aux mystères inouïs.

La nature qui crée est certes inimitable,

Ne cesse de surprendre, de méduser souvent.

On pense tout savoir de l'émerveillement

Le sublime survient, ivresse délectable.

Combien de dieux cachés oeuvrent-ils pour elle?

Détenteurs de secrets, de lois intransmissibles,

Ils dotent des espèces d'attraits irrésistibles

Et donnent aux humains l'envie d'avoir des ailes.

10 février 2007

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Un art oublié JGobert

Dans cette ancienne salle au parquet de bois se regroupent chaque semaine les passionnés de la danse. Des amateurs pour qui danser est un plaisir. Je suis là, assise, à attendre mon tour. Je me suis inscrite depuis peu et je trépigne d’impatience pour enfin chausser ces magnifiques chaussures neuves.

Ce n’est pas tout à fait par hasard si je me retrouve dans cet endroit situé sur la route de mon travail. Chaque jour,  je passe devant les fenêtres éclairées de cet immeuble et le rêve s’invite dans ma journée. Je n’arrête pas de penser à ces danseurs merveilleux qu’étaient Gene Kelly, Ginger Rogers, Fred Astaire.  Au retour, l’enseigne allumée, je les imagine se lancer, élégants avec leurs partenaires, sur la piste évoluant dans mille pas répétés.  

Un soir, curieuse, je m’arrête et entre dans cet univers qui émerveille. Un haut plafond blanc, de hautes fenêtres, des tentures immenses et des miroirs pour mieux se voir. Des barres sur les murs. A mon âge, je ne viens pas pour la danse classique. Petit rat n’est pas pour moi. Je viens pour apprendre les danses de salon ou pour certains la danse sportive.  Déjà des couples arrivent, se forment, s’installent. Chacun prend sa place sur ce parquet risqué.  Les chaussures se laissent mener, glisser, couler sur la musique. Le professeur dirige tous ces participants d’une voix ferme et d’un vocabulaire inconnu pour moi.

Le couple que je forme avec mon compagnon rejoint un groupe de débutants, chacun persuadé qu’il va faire des miracles. Et voilà les pas qui commencent, débute aussi une période difficile où notre ignorance ne fait que se confirmer.  Pas de base, maintien, tenue, le vocabulaire s’étoffe et la sueur nous envahit. Répéter toujours, encore.  Nos pieds n’obéissent pas à notre tête et apprennent la douleur. Nous évoluons comme des pantins malhabiles, droits et rigides. Les bras s’égarent, se perdent. Notre tête ne réagit plus, ne résiste plus.  Tout devient flou et le cours prend fin avec un goût douloureux d’inexpérience. Beaucoup ne viendront plus.

Au cours des semaines suivantes, malgré bien des difficultés, nos efforts se voient récompensés par un nouveau plaisir. Celui de savoir exécuter quelques figures faites de pas de base.  L’apprentissage ne fait que commencer. Apprendre et recommencer toujours et sans répits. Rien n’est jamais acquis ni conservé mais il arrive un moment où les difficultés deviennent routines et laissent place à d’autres. Le plaisir d’évoluer sur ce parquet n’a de goût que pour nous.

Enfin,  après des heures de travail, le grand jour arrive. L’ouverture du bal des débutants commence, fiers de notre première sortie et de notre première représentation devant les danseurs confirmés. Revêtus de nos plus beaux atouts, chacun se mire dans le miroir. Ma nouvelle robe est splendide, vaporeuse, légère, elle vole autour de moi et je sens le bonheur m’envahir.  Les anciens nous toisent et apprennent à nous connaître. Le regard de certain en dit long mais le courage ne manque pas.  C’est par une valse lente que débute notre rêve. On s’élance enfin, hésitant, stressé  mais l’envie de danser est la plus forte. Il faut essayer de s’en sortir dignement. Une erreur, deux erreurs, on recommence.  Un slow fox enchaîne la série, un tango et une rumba langoureuse se font entendre. Un quick step endiablé nous anime, rock, salsa, jive nous épuisent. La soirée est merveilleuse et déjà finie.

Demain il faudra tout revoir à nouveau pour que tout soit parfait. Les heures ne se comptent plus, apprendre, répéter, suer.  C’est une longue suite de soirée qui commence.

Que dirent des compétiteurs qui travaillent durs pour toujours être au niveau et rendent dans la beauté cet art compliqué qui demande des énormes sacrifices. Mais là est une autre histoire.

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La femme à prendre.

 

Georges m’avait demandé d’être son témoin de mariage. De temps en temps, durant le discours du maire, je fermais les yeux et j’imaginais que j’étais à la place de Georges. C’est moi qui cette nuit serait dans le lit de Julie. J’ai eu envie d’elle dès le premier jour que je l’ai vue.

Julie était non seulement séduisante, elle suscitait le désir de la prendre sans un mot, son corps entre les jambes. Elle le voyait dans le regard que je portais sur sa poitrine. Elle détournait la tête mais après s’être redressée plus encore. J’imaginais qu’elle avait des seins durs.                                                         

Lorsque Georges s’est tué à la suite d’un bête accident de la circulation, je me suis réjoui. Elle est de ces femmes qui ont besoin d’un homme, il ne faut pas qu’un autre la prenne avant moi. Après les funérailles, je l’ai ramenée chez elle. Elle s’est abandonnée contre moi en pleurant.

- Laisses-toi aller. Pleure.

Je lui entourais les épaules. Elle avait le sein contre ma poitrine. Je devinais que j’allais profiter d’elle et je me suis écarté.

- Il faut dormir Julie.

Je l’ai étendue sur le canapé, j’ai éteins la lumière et je suis sorti. Je n’ai pas dormi cette nuit là. Je pensais à elle. Je pensais que je n’étais qu’un imbécile. Non seulement je la désirais mais peut être qu’elle aussi, en ce moment, ne dormait pas. La main sur le ventre, elle me désirait.

Je l’ai appelée le lendemain. Le téléphone sonnait sans cesse. Ou elle le laissait sonner ou elle s’était absentée. Je l’ai appelée à plusieurs reprises sans avoir d’autre réponse que la sonnerie du téléphone. Il arrivait que je cesse de l’appeler. Je craignais que durant ce temps elle s’efforçait de m’appeler mais que la seule réponse qu’elle avait c’était la sonnerie de ‘pas libre’  pendant que de mon côté, j’essayais de l’appeler.

Vers la fin de l’après midi, j’ai enregistré un message qui disait que j’étais sorti. Je me suis rendu chez elle mais je n’ai pas sonné. J’avais reconnu la voiture de son beau-père au pied de l’immeuble. Je suis rentré, je ne souhaitais pas rencontrer le père de Georges qui lors des funérailles m’avait serré contre lui en pleurant.

- Tu le sais, Pierre, ce que je ressens. Tu étais son meilleur ami.

Mon père était mort dans un accident de voiture lui aussi. C’était ma mère qui conduisait. Face à un camion qui leur arrivait droit dessus, elle avait levé les mains devant les yeux. Ce fut un choc facile à imaginer.

Le père de Georges s’était occupé de moi. Il n’avait que Georges et moi. Veuf, il n’avait jamais cherché à se remarier. Je suppose qu’a deux, Georges et moi, nous remplissions sa vie comme on dit.

De métier, je suis consultant en organisation. Ingénieur de formation, dès la fin de mes études, j’ai fait mon stage dans les bureaux d’une grosse firme américaine spécialisée dans le conseil aux entreprises. Au bout de six mois, la période du stage, le chef du personnel m’avait convoqué.

- Je vous le dis très sincèrement, Pierre. Vous ferez une grande carrière chez nous.

- Malheureusement, j’ai signé mon engagement dans une autre firme. Je commence la semaine prochaine.

- Dommage.

Georges, durant que j’achevais mes études et mon stage, avait quitté le pays pour se rendre dans le midi. A Nice précisément. Il avait trouvé une place de garçon de café dans un grand hôtel. Le soir, il y dormait. Avec une cliente de l’hôtel. C’était ce qu’on appelle un coureur.

Ce jour-là, j’avais rendez-vous à Genève. J’ai pris l’avion sans avoir eu Julie au téléphone. Ni le père de Georges que je n’ai pas osé appeler de si loin. Il se serait demandé quelle était la raison réelle de mon appel. Une raison plausible ne m’est venue à l’esprit que quelques heures plus tard.

Lorsque je suis rentré, j’ai appris que le père de Georges avait invité Julie à prendre quelques jours de repos dans le midi de la France. Il y possédait une vieille maison qu’il avait rénovée afin d’y passer leurs dernières années sa femme et lui.

A la fin de l’été, ils étaient revenus tous les deux. Ils étaient devenus des amants disposés à unir leurs existences. Le jour où ils me l’avaient annoncé, ils m’avaient invité au restaurant. J’étais à l’un et à l’autre, leur ami le plus cher.

 

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La Côte d'Opale

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d'Adyne Gohy

Inspirée du poème de Gil Def

Je t'offre mon Nord

      En bleu, en vert en sang et or

      Veux-tu connaître mon pays?

      C'est au nord, tout en haut, ici

         

      Je sais, on dit qu'au nord le ciel est gris

       Que le plat pays se perd sous la pluie

       Que les canaux se meurent d'ennui

      Mais vois comme la plaine tremble le blé

      Quand le vent mûrit au sud en été

      Viens chez moi, mon pays va chanter

      Je sais, on dit qu'au nord c'est noir charbon

      Zola a pleuré la misère dans les corons

Germinal a écrit et filmé les gueules noires

Mais viens voir les terrils changer leur histoire

En sang et or des ailes à Lens y décollent

Ecoute Renaud rimer des drôles de paroles

Je sais, on dit qu'au nord c'est le brouillard

Qui noie les marais et les quais de gare

Et cache souvent le côtes d'Angleterre

On prend le tunnel si tu as le mal de mer

Mais, je préfère un car)ferry par temps clair

On part de Calais on part en croisière

Je sais, on dit aussi que la mer du Nord

En tempête hurle dans le détroit trop fort

Pourtant tu sais le vent est un vrai trésor

Fait rire les enfants avec les cerfs volants

Regarde voguer toutes les voiles du présent

Et tourner les ailes d'un nouveau temps

Je sais aussi que le nord n'a pas de montagnes

Mon horizon t'offre la mer et la campagne

De beaux clochers en mâts de cocagne

Et les Deux-Caps qui respirent le grand air

Sur des sentiers qui parlent en bleu en vert

Et retrouvent l'amitié avec des fruits de mer

Je sais, on dit qu'au nord les villes figent le temps

Un passé trop lourd pèse sur le présent

Tu sais les vieilles pierres sont la fierté des gens

Les citadelles ont résisté à tant de tourments

Le nord est bien vivant et Boulogne te surprend

Avec un cheval blanc et les trésors des océans

Je sais, on dit que les routes vont en enfer

Sur des pavés qui reviennent d'avant-guerre

Entre Paris et Roubaix on ira une année

Toucher la légende qui voit des forçats pleurer

On applaudira ces champions qui en plein effort

Au carrefour de l'arbre veulent triompher du sort

Veux-tu connaître mon pays?

C'est mon nord, tout en haut, ici

Je sais, on dit que les gens du nord

N'ont pas souvent le soleil dehors

Mais ils l'ont toujours dans le coeur

Et le public rappel le chanteur

Sens tu tous ces parfums de fleurs

De ces jardins qui ont semé le bonheur

Je sais, on dit que les filles sont plus jolies

Sous les caresses du soleil du midi

Mais au pays toutes les filles au printemps

Sourient comme Isabelle au prince charmant

Elles sont si belles un samedi pour se marier

En dentelle de Calais, je veux te voir danser

Je sais, on dit qu'au nord les années sont grises

Et que le dur labeur n'aime pas les surprises

J'ai déjà mis des croix sur notre calendrier

Des 14 juillet plusieurs fois dans l'année

Une plage de sable fin des moules frites en été

Une braderie des manèges une ducasse en juin

D'autres dates viendront écrire nos demains

Je sais, on dit qu'au nord le rire n'est pas roi

Surtout en hiver avec le vent noroit

Alors au carnaval chez Jean Bart tu seras avec moi

Dans le chahut je t'assure tu n'auras pas froid

La bière coulera en patois tu ne comprendras pas

Dans la bande ti riras et personne ne te reconnaîtra

Je sais, on dit qu'au nord la fête est triste

Depuis que le grand Jacques à quitté la piste

Et aussi Raoul après leur dernier salut d'artiste

Mais le pays des géants invite l'accordéoniste

A respirer encore et plus fort encore

Sur toutes les musiques sur tous les accords

Viens vite, je t'invite dans mon nord

Je garderai pour toi tous ces trésors

En bleu, en vert, en sang et or

Je t'attends dans mon nord

Je t'offrira mon nord

Tout là haut, chez moi

Tout en joie, pour toi

Pour toi

Gil Def

Un partenariat
Arts
 
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Lettres

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vertige

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Nos âmes se révoltent,

Nos corps virevoltent.

Au-delà des passions, nos corps sont en émoi, vibrent, transpirent, s’agitent.

Nos âmes se libèrent,

Nos esprits obtempèrent.

À cet instant, nos chairs sont sensibles aux touchers, aux caresses, aux baisers.

Nos sens s’éveillent,

Nos envies y veillent.

Durant ces circonstances, nos réflexes sont érotiques, sensuels,  sybarites.

Nos sensations se déchaînent,

Nos jouissances prochaines.

Dans ces moments, nos actes amoureux, deviennent intimes, donnent le vertige.

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Je vous convie à découvrir le résultat de 45 années de travail de mon ami sculpteur  Bob , au Théâtre Wolubilis , à Woluwé - St- Lambert , du 04 au 20 avril . 

Nous nous sommes connus à St-Luc , fin des années 60,  et avons fréquenté les cours de certains professeurs communs , dont Luc Mondry, notre regretté professeur de croquis.

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saint Paul: Epître aux Romains

Ecrite en grec à Corinthe, probablement en 58, cette Epître est la plus longue et la plus importante des quatorze "Epîtres" de l' Apôtre saint Paul. Elle fut écrite à l'époque de la grande controvers… Vue »

Actes des Apôtres

Livre du Nouveau Testament attribué à l'évangéliste Luc, auteur du troisième "Evangile" et de peu postérieur à celui-ci. Selon toute probabilité, il fut écrit à Rome, comme l'atteste saint Jérôme, en… Vue »

Evangile de saint Jean

Cet évangile écrit par l'apôtre Jean, en grec, sans doute à Ephèse d'après le témoignage, digne de foi de saint Irénée, suscita de longues controverses quant à la date précise de sa composition. En c… Vue »

Evangile de saint Luc

Le troisième Evangile écrit en grec, probablement à Rome entre 60 et 63, est attribué à l'Evangéliste Luc, disciple et compagnon de saint Paul, dans ses derniers voyages et lors de son emprisonnement… Vue »

Evangile de saint Marc

Le second évangile est attribué à l'Evangéliste Marc, connu aussi sous le nom de Jean Marc. Il fut écrit en grec, à Rome, à une date incertaine. Le plus court des quatre Evangiles, il néglige de rapp… Vue »

Evangile de saint Matthieu

L'Evangile de saint Matthieu, dit Lévi, un des douze Apôtres, est le premier des quatre Evangiles; il fut écrit à Jérusalem en araméen et traduit ensuite en grec. On n'en connaît pas avec c… Vue »

Osée (Bible)

Il s'agit du Livre de l' Ancien Testament, attribué à Osée, prophète mineur qui vécut entre 780 et 730 av JC. Dans le texte de la Vulgate, le livre d'Osée précède les autres prophètes mineurs, probab… Vue »

De la Nature: un chef-d'oeuvre de la poésie scientifique, une interprétation poétique de l'Univers, une émotion fervente devant la profondeur des mystères

Ce poème de Lucrèce (Titus Lucretius Carus, 98-55 av. JC., dates indirectement confirmées par Suétone, écrit dans l'intention d'exposer les fondements de la physique et de la morale d' Epicure, est… Vue »

Novalis: nous sommes le secret et nos poèmes prendront un jour rang d'histoire universelle

De Novalis, on croit tout connaître lorsqu'on sait le portrait de l'adolescent rêveur, les poésies mystiques, et cette Fleur bleue tant raillée par Heine. Cependant, celui qui allait devenir un inter… Vue »

Le livre de Daniel

[hébreu: Daniyye'l: "Dieu est mon juge"]. Livre de l' Ancien Testament, attribué à Daniel (VIème siècle avant JC), le quatrième des Prophètes majeurs. Le livre, écrit partie en hébreu, partie en aram… Vue »

Ezéchiel

(Ezéchiel= Dieu prévaut ou réconforte). Livre de l'Ancien Testament, écrit en langue hébraïque par Ezéchiel (environ 627-570 av. JC.), le troisième des grands prophètes. La présence d'allégories et d… Vue »

Baruch

Baruch. Le livre de Baruch. ; VIe siècle av JC. [en grec: "Bénit"]. Livre deutéronomique attribué à Baruch (VIe siècle av. JC.), disciple et compagnon de Jérémie. Ce livre ne figure pas dans le canon… Vue »

Jérémie

[Yèremeyah: Jahvé l'a élevé]. Livre de l' Ancien Testament, attribué au prophète Jérémie (VIIe-VIe siècle avant JC). Si Isaïe est le prophète dont le trait dominant est une forte volonté, Jérémie, pa… Vue »

Isaïe

[Yesha' yah; Jahvé sauve]. Livre de l'Ancien Testament, attribué, comme l'indique le titre même, au prophète Isaïe, fils d' Amos (VIIIe-VIIe siècle avant JC). Il embrasse 66 chapitres, et se rapporte… Vue »

L'Ecclésiaste

Livre de l'Ancien Testament, qui occupe la seconde place dans les écrits sapientaux et qui suit immédiatement les "Proverbes". Il fut écrit en hébreu, apparemment par un auteur inconnu, vers la fin d…Vue »

Le Cantique des Cantiques

Il s'agit du Livre canonique de l' "Ancien Testament", écrit dans la deuxième moitié du 1er millénaire avant JC. en langue hébraïque. Le titre lui-même: "Cantique par excellence" indique que c'est un… Vue »

Proverbes

Il s'agit de l'un des Livres de l' "Ancien Testament", attribué à Salomon (Xe siècle av. JC.). Le titre hébraïque, "Mishlé", signifie exactement "parangon", c'est-à-dire sentences brèves et significa… Vue »

Psaumes 

C'est l'un des livres qui composent la Bible, recueil d'hymnes sacrés faisant partie de l' Ancien Testament. Ils sont connus dans toute la chrétienté comme "Psaumes de David"; toutefois les exégètes… Vue »

Livre de Job

C'est le premier des livres didactiques de l' Ancien Testament": il soulève le problème de la douleur infligée à un homme juste. Il comporte un prologue narratif en prose, indispensable à la compréhe… Vue »

Les Macchabées

Ce livre désigne deux livres de l' Ancien Testament, que l'Eglise catholique considère comme canoniques, alors que le canon hébraïque et les théologiens protestants les estiment apocryphes. Deux autr… Vue »

Esther

Livre de l'Ancien Testament, dont l'auteur est inconnu, qui nous est parvenu en deux rédactions, l'une hébraïque, et l'autre, grecque. Cette dernière est beaucoup plus répandue et fut insérée plus ta… Vue »

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Si la recherche sur la gnose et les gnostiques n'a jamais connu de période de latence, elle est, à l'époque contemporaine, frappée d'une crise de ferveur particulièrement intense. Travaux et congrès… Vue »

La littérature de l'absurde: les enfants de l'absurde, les enfants du bon dieu, les enfants tristes

Les philosophies existentielles, les cataclysmes de l'histoire moderne, le sentiment qu'a l'individu d'être jeté dans un monde incompréhensible et dont la représentation échoue par l'inadéquation du… Vue »

La littérature baroque

Le baroque littéraire   Considéré à l'échelle mondiale, le baroque littéraire fait figure de corollaire. Il suit le baroque artistique et c'est par analogie avec celui-ci que l'on s'efforce, à p… Vue »

Les chefs-d'oeuvre classiques d'auteurs belges: Emile Verhaeren : Les ailes rouges de la guerre, 1916

Si vous souhaitez accéder à la lecture de l'œuvre originale  (Mercure de France, 1916)  entière, il s'agira expressément de me demander l'adresse du lien donnant accès vers le fichier conce… Vue »

Les chefs-d'oeuvre classiques d'auteurs belges: Dominical, Max ELSKAMP; propitiatoirement orné par Henry VAN DE VELDE (1892)

Si vous souhaitez accéder à la lecture de l'oeuvre entière, il s'agira expressément de me demander l'adresse du lien donnant accès vers le fichier concerné, par voie de courrier interne du réseau art… Vue »

Tobie

Tobie. (Bible).   Livre deutérocanonique de l' "Ancien Testament" dont l'auteur est inconnu. Cependant, les chapitres rédigés à la première personne peuvent être attribuées à Tobie l'Ancien lui-… Vue »

Néhémie

Livre de l' Ancien Testament qui se situe chronologiquement à la suite du livre d' Esdras, attribué à Esdras ou à Néhémie (Ve siècle avant JC.). C'est l'avant-dernier des livres historiques de la Bib… Vue »

Esdras

C'est un des derniers livres historiques de l'Ancien Testament, attribué à Esdras (Ve siècle av. JC.), prêtre de la famille d' Aaron; ou, selon certains, à un rédacteur plus tardif qui se s… Vue »

Paralipomènes ou Livre des Chroniques

Deux livres de l' Ancien Testament, retenus par la tradition juive ainsi que par les docteurs de l'Eglise catholique. Dans les bibles hébraïques, ces deux livres sont réunis en un seul. Ils suppléent… Vue »

Rois

Les Rois. (Ancien Testament). (Bible).   Sous ce titre, sont désignés quatre livres de l' Ancien Testament. Les deux premiers, appelés aussi "Livres de Samuel", relatent particulièrement les act… Vue »

Ruth

C'est le huitième livre de l'"Ancien Testament". L'histoire de la belle-fille de Noémi, narrée dans les quatre chapitres de ce livre, pourrait servir d'introduction aux livres de Samuel -I et II des… Vue »

Juges

C'est le septième livre de l' Ancien Testament, le second livre historique après le "Pentateuque", dans lequel est relatée l'histoire de la période qui fait suite à celle de Josué. Avec la mort de Jo… Vue »

Josué

C'est le sixième livre de l' "Ancien Testament", qui continue le récit du "Pentateuque". Josué, fils de Nun, de la tribu d'Ephraïm occupait une position assez élevée au service de Moïse. Il avait déj… Vue »

Le Deutéronome

Dernier livre du "Pentateuque" et cinquième partie de la Bible. Attribué à Moïse, il aurait donc été écrit entre le XIIe et le XIIIe siècle av. JC. Cependant on incline à penser aujourd'hui… Vue »

Les nombres

Quatrième livre de la Bible -l'un des cinq du "Pentateuque" -attribué à Moïse. Il porte ce titre depuis la version faite à Alexandrie, dite des Septante, et c'est celui que la "Vulgate" a retenu. En… Vue »

Lévitique

C'est le troisième livre de la Bible; il fait partie du "Pentateuque", attribué à Moïse, et se présente comme un recueil de lois rituelles. Le nom grec de ce livre (dont fut tiré le nom latin "Leviti… Vue »

Exode

Second livre de la Bible et une des cinq parties du "Pentateuque", attribué à Moïse et écrit en hébreu. On y trouve la suite de l'histoire du peuple Juif depuis la mort du patriarche Jacob… Vue »

Genèse 

La Genèse est le premier livre de l' "Ancien Testament" dans lequel est racontée l'origine du monde (la préhistoire et l'histoire du peuple hébreu) jusqu'à la mort de Jacob (1400 ans environ avant JC… Vue »

La Bible 

Je me propose, au fur et à mesure, d'ajouter selon mon temps disponible l'explication succinte de tous les livres de l'ancien et du nouveau testament dans ce groupe "Editions". (N. B.: le layout de l… Vue »

Henry de Montherlant et les deux mondes, celui de la passion et le monde du rien

Pendant cinquante ans de vie littéraire, Montherlant a pris au mot tout ce qu'il sentait, convoitait, sans jamais perdre de vue l'idée de la mort. Ce ne sont pas seulement les êtres qui meurent, c'es… Vue »

Tristan Corbière - On m'a raté ma vie - Je me suis raté mon art

Bien que son oeuvre, Les Amours jaunes  (1873), s'avère moins magnifique que la leur, le nom de Tristan Corbière, fils d'un écrivain de renom régionaliste, Édouard Corbière, devait être cité aux… Vue »

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Il s'agit d'un recueil poétique de Victor Hugo (1802-1885), publié à Paris chez Michel Lévy et Hetzel en 1859 (première série avec le sous-titre Histoire - les Petites Épopées), chez Calmann-Lévy en… Vue »

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« Julie ou la Nouvelle Héloïse » est un roman épistolaire de Jean-Jaques Rousseau (1712-1778), publié à Amsterdam chez Marc-Michel Rey en 1761.   Le roman a été composé de 1756 à octob… Vue »

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"Devoir de mémoire": Bibliographie sur les poètes belges

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Le siècle N.R.F. Gallimard  

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Exposition virtuelle : feuilletez et déchiffrez des autographes de personnalités ! Les Archives de l'Académie royale de Belgique possèdent des trésors qu'ils souhaitent mettre en lumière. Pour l… Vue »

Au Cercle littéraire de la Bibliothèque nationale de France

Le Cercle littéraire de la BnF a été lancé à l’initiative de Bruno Racine président de la Bibliothèque nationale de France, et de Laure Adler, journaliste et femme de lettres. Cette émission littérai… Vue »

La légende d'Ulenspiegel de Charles de Coster, le livre fondateur de la Littérature belge 2 Commentaires 

Le livre fondateur de la Littérature belge   Voir en plein écran Vue »

 

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Un amour de seconde main

Lorsqu’elle est venue chez moi, elle savait que nous ferions l’amour ce jour-là. C’était un dimanche après-midi. Elle est revenue le lendemain et depuis nous avions pris l’habitude de nous retrouver tous les lundis.

Au début de ce qui allait devenir notre liaison je ne l’attendais pas à proprement parler. Je savais seulement qu’elle viendrait. Parfois à trois heures, parfois plus tard, selon un emploi du temps qu’elle répartissait minutieusement avant de quitter son domicile.

Quant à moi, sa venue faisait partie des évènements ordinaires qui faisaient la substance de ma vie quotidienne d’alors. A cette époque, ma femme était morte  depuis près d’un an, tous les évènements avaient la même coloration, celle de certains films muets à la technique imparfaite où toutes les images se suivent sans que l’une plus que l’autre ne retienne l’attention.

Avant de venir elle téléphonait. Elle disait :

- C’est moi. Tu es libre ? Je serai chez toi dans un quart d’heure.

J’étais toujours libre. Et elle était toujours chez moi un quart d’heure plus tard.

Nous nous mettions au lit dès qu’elle arrivait. Ensuite je me rhabillais rapidement tandis qu’elle se rendait dans la salle de bain.

- Tu ne m’as jamais demandé si je me sentais bien, m’a-t-elle demandé un jour. C’est comme si tu faisais l’amour tout seul.

Elle avait raison. J’apaisais une soudaine tension de mon corps mais j’aurais pu tout aussi bien m’en passer. Ou le faire avec une autre. Avec elle, c’est vrai, c’était mieux : je ne sortais pas de chez moi, je ne sortais pas de moi-même.  

Un jour, son mari lui avait téléphoné, elle ne savait d’où, et ce détail l’avait longtemps préoccupé comme s’il pouvait expliquer quelque chose de plus, il lui avait dit : je pars, et elle avait compris aussitôt qu’il se séparait d’elle. Peut être que l’intuition féminine, c’est de s’attendre toujours au pire ?

C’était une jolie femme riante et sensuelle. Elle aimait plaire et elle excitait les regards et les corps. Peut être que le regard des hommes lui donnait le sentiment d’exister ? 

A partir de ce jour-là cependant ses joues si pleines et si lisses se creusèrent. Regarde, disait-elle, j’ai des rides là. Un soir, avant de me quitter, elle m’a demandé de l’accompagner à Paris.  

- Je m’occuperai de l’hôtel, dit-elle.

J’ai souri.

-Tu es une femme très organisée. Tu sais tout faire.

Je l’avais accompagnée à sa voiture.

- Embrasse-moi. Je t’apprendrai à vivre à nouveau.

Elle aurait dû rester, ce soir-là. Lorsqu’elle est partie je me suis senti seul pour la première fois depuis la mort de ma femme, et sur le lit encore défait c’est son odeur que j’ai cherché. Pour en retenir la chaleur, j’ai posé la main sur l’endroit que son corps avait occupé. 

- Tu m’aimes ? Lorsqu’elle m’a posé la question je suis resté silencieux. Je ne savais pas ce qu’il fallait répondre, je suppose que c’est parce que je ne l’aimais pas d’amour. Mais est-ce qu’on sait ce que c’est que l’amour ?

Désormais, elle venait aussi le dimanche et elle restait de plus en plus tard. Avant de venir, elle me téléphonait pour me dire qu’elle avait pu se libérer ou, quand elle ne venait pas, pour me dire qu’elle n’avait pas pu le faire.

Le soir, elle téléphonait pour dire qu’elle était bien rentrée ou pour savoir ce que j’avais fait de ce dimanche sans elle ? Je répondais : rien, parce qu’il ne se passait rien lorsqu’elle ne venait pas.

Nous nous retrouvions presque tous les jours. Sous n’importe quel prétexte, je me rendais chez elle. A l’exception du lundi et du dimanche où c’est elle, toujours, qui venait chez moi.

Généralement, j’arrivais vers midi, elle avait préparé de quoi déjeuner et nous mangions ensemble. . A la fin du repas, elle rangeait la vaisselle et, en se tournant vers moi, elle disait :

- Tu viens !

Je la suivais en lui tenant la main ou en posant la mienne sur sa hanche. La chambre se trouvait à l’étage. Après avoir soulevé le couvre-lit, elle allait se déshabiller dans la salle de bain pendant que je disposais soigneusement mes vêtements sur un siège. Puis je m’étendais sur le lit.

Quelques instants plus tard, elle apparaissait nue, une serviette à la main, et sans dire un mot elle se glissait sous les draps.

De plus en plus cependant, j’éprouvais le sentiment d’être l’objet d’une étrange distorsion du temps. La semaine se partageait en deux parties distinctes. L’une m’intégrait peu à peu, ordinaire et paisible, dans sa vie quotidienne, l’autre dans l’isolement de ma maison se déployait dans la fièvre et le malaise.

Nous restions au lit de plus en plus longtemps. Même après nous être aimés nous attendions à nouveau cette faim qui venait de nos ventres, et s’il nous arrivait de nous lever, nous nous couvrions à peine. Nos corps, comme s’ils étaient devenus notre sexe commun étaient l’objet douloureux de notre attente. Et la nuit, après son départ, j’avais envie d’elle encore.     

Ce qu’elle a qualifié plus tard de notre liaison durait depuis près de six mois. Un jour elle m’a téléphoné pour me dire qu’elle ne savait pas à quelle heure elle viendrait, et qu’il se pouvait qu’elle ne vienne pas du tout.

- Tu n’auras qu’à téléphoner.

Elle ne savait pas, a-t-elle dit, si elle pourrait me téléphoner pour me dire s’il fallait que je l’attende ou non. J’ai répondu que ça n’avait pas d’importance, que nous nous verrions le lendemain mais ma voix s’était faite véhémente et je répétais qu’on pouvait toujours trouver le temps de téléphoner.

- Je te dis que je ne sais pas si je pourrai le faire. D’ailleurs, je t’en ai parlé.

Sa voix était calme, pas plus froide qu’en d’autres circonstances où nous nous étions opposés. Peut-être moins.

- Mais pourquoi ?

Il me semblait soudain que cette question était la question capitale de ma vie.

- Pourquoi ? Pourquoi ?

J’étais sûr qu’elle hésitait et que si j’insistais, elle ne pourrait pas résister.

- En tout cas, je t’attendrai.

Je l’ai attendue comme je l’attendais tous les lundis mais je savais qu’elle ne viendrait pas. J’étais accoudé à la table de la cuisine, la porte du bureau était ouverte, c’est là que se trouvait le téléphone.

En réalité, je ne m’attendais pas à ce qu’il sonne et j’aurais pu tout aussi bien fermer la porte mais ce soir-là il était une partie de moi-même, et il m’était aussi nécessaire que chacun de mes membres pour m’aider à résister à cette étrange sensation que j’avais de ne plus exister.

De quoi donc m’avait-t-elle parlé à quoi je n’avais pas prêté suffisamment d’attention? Pourtant, elle me racontait tout dans les moindres détails. Même si son récit n’avait jamais de continuité apparente, souvent en l’écoutant j’avais l’impression de l’avoir accompagnée toute la journée jusqu’au moment où elle sonnait à ma porte.

Je ne parvenais pas à m’en souvenir. Pourtant, je le vois bien aujourd’hui, tout était important de ce qu’elle me disait. Elle a dû me dire, mais je ne l’avais pas entendu, que l’incohérence est l’ordre de la vie.

 

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Certes mon quotidien ne manque pas de charmes.

Sensible à la beauté qui égaye ma vie,

Libérée des corvées, préservée des alarmes,

Face à mon jardinet, je suis souvent ravie.

Ne pouvant me résoudre à me sentir éteinte,

Je me parle en pensant, pour écouter ma voix.

Je remercie le sort car ma joie n'est plus feinte

Le désir de chanter me revient maintes fois.

Ma voix fut un atout, il y a fort longtemps,

Quand j'existais ailleurs, élégante, brillante.

Nul ne savait alors combien j'étais souffrante.

Un vrai chagrin d'amour est toujours accablant.

Inévitablement s'anime l'espérance

Dans la splendeur d'un lieu où l'on se dépayse.

Je devins créative en croyant à la chance,

La Nature parfois compense ou indemnise.

J'ai cessé de rêver pensant à la magie:

Engendrer le sublime en unissant des mots!

Quand mon âme exaltée appelle un bon génie

De ma muse j'entends quelques charmants propos.

1/ 04 /2014

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La mort de mon père

 

Mon père est mort sans savoir que ma femme était morte depuis plus de six mois et que les nouvelles que je lui donnais à son sujet étaient fausses. Lorsqu'il croisait l'infirmière dans le salon, il me disait:

- Durant quelques minutes, je ne l'ai pas reconnue.

- Elle a changé, comme nous tous. C'est l'âge.

- C'est l'âge, oui.

Il retournait se mettre au lit. L'infirmière pouvait faire sa toilette et lui donner ses médicaments. La plupart ne servaient à rien mais durant des années il avait eu chez lui sur une console devant le poste de télévision, une grande  variété de flacons dont il avalait le contenu, liquides ou pilules, dans un ordre déterminé et selon un horaire précis. Si l'infirmière avait cessé de lui en donner, il en aurait été profondément perturbé.

Il n’avait plus pour longtemps à vivre, le médecin me l'avait laissé entendre

Il avait commencé à déraisonner d'une manière étrange mais est-ce qu'il en est qui ne le sont pas? Une nuit, il avait ouvert la fenêtre de sa chambre et il avait crié qu'il ne se rendrait pas.

- Vous ne m’aurez pas. Jamais.

Je me suis souvent demandé quels étaient les monstres qui encombraient sa mémoire. C'est un de ses voisins qui m'avait téléphoné le lendemain matin. J'ai persuadé mon père de venir vivre chez moi. Après quelques jours il a retrouvé sa sérénité et j'ai eu le sentiment qu'il était heureux.

A midi nous nous attablions dans la cuisine pour manger. Souvent, lorsqu'il était en face moi, il me regardait attentivement et il secouait la tête.

- Quel âge as-tu? Laisse-moi deviner. Tu as déjà quarante ans. Est-ce que Thérèse va venir nous rejoindre ?

- J'ai cinquante cinq ans, papa. Thérèse n'est pas là.

La scène se répétait régulièrement mais je m'efforçais de ne pas m'énerver. Ensuite, c'était pareil à chaque fois, il me racontait en détail des évènements survenus durant sa jeunesse en accordant autant d'importance à des vétilles qu'à des incidents qui avaient marqué sa vie. Tous les vieillards atteints de la même affection agissent ainsi, m'a-t-on dit. C'est le début de la sénilité. Est-ce que moi aussi je finirai comme lui?

Parfois en revanche il me faisait des reproches avec animosité. Il me reprochait d'avoir été un mauvais fils, de ne l'avoir jamais aimé. Je lui répondais avec véhémence jusqu'à ce que je me souvienne qu'il était malade.

- Oui papa, tu as raison.

Thérèse était morte depuis six mois. Je le lui avais annoncé par téléphone le jour de son décès et il avait pleuré. A l'époque, il était encore chez lui et je lui téléphonais tous les jours.

Mon père était veuf depuis vingt ans. Il vivait seul. J'étais sa principale distraction. J'ai compris que sa santé mentale se dégradait lorsqu'il m'avait demandé des nouvelles de Thérèse quelques jours après que je lui avais annoncé qu'elle était morte. A chaque fois que je l'appelais, il me disait:

- Oui, je me souviens bien d'elle. Comment va-t-elle?

Si bien que je répondais qu'elle allait bien.

- Comme d'habitude.

Et il arrivait que je lui donne des détails quant à ce qu'elle avait fait ou ce qu'elle avait dit. Il m'arrivait de penser que ce n'était pas seulement à lui que je m'adressais. Je n'inventais pas ce que je lui disais. Les faits que je lui relatais, et à moi aussi par conséquent, étaient réels. Ils s'étaient produits lorsqu'elle vivait encore.

Lorsque le voisin de mon père m'a appelé pour me dire que mon père perdait la raison, j'en ai été heureux. Chez moi désormais chacun d'entre nous poursuivait le monologue qui lui tenait à cœur sans que l'autre n'en soit surpris. Il parlait de lui et de sa femme. Il la dépeignait avec amour. Il répétait qu'elle était belle. Ou bien il m'interrogeait sur Thérèse et Thérèse avait la vie que je lui inventais au travers de mes réponses. Etait-ce de l'invention ?

Thérèse était née le 14 septembre. Le jour de son anniversaire, j’ai débouché une bouteille de champagne et j'ai demandé à mon père s'il voulait que je l'aide à se lever. Son regard était plus vif qu'à l'habitude.

- Est-ce que Thérèse est là?

- Thérèse est morte, papa. 

Mon père dépérissait. Je ne sais pas si j'appréhendais sa mort ou si je la souhaitais. Je ne comprenais pas qu'un vieillard puisse vivre plus longtemps qu'un être jeune qui est censé avoir une longue vie devant lui pour accomplir, plus tard sans doute, ce qu'il n'avait pas eu le temps d'accomplir durant sa jeunesse. En réalité, je lui reprochais la mort de Thérèse qu'il aurait pu échanger contre la sienne.

- Thérèse est morte, papa. Tu entends, elle est morte.

 J'ai répété:

- Elle est morte, morte.

J'ai dû le faire entrer à l'hôpital où il attendrait sans souffrir la fin qui était proche. Il disposait d'une chambre pour lui seul et une infirmière le veillait constamment. C'était une jeune femme attentive et d'une santé triomphante.

Ce soir-là le médecin m'avait fait savoir que mon père ne passerait probablement pas la nuit et j'ai décidé de veiller à ses côtés. Je lui serrais le poignet pour lui transmettre les flux de ma propre vie. J'avais la sensation qu'il en avait conscience.

- C'est la fin.

L'infirmière était penchée au dessus de lui. A travers sa blouse de nylon je distinguais son corps. Je ne sais pas si c'était l'atmosphère de cette chambre, la lumière mate qui venait du mur et marquait d'ombres nos visages, l'odeur de désinfectant et la présence de ce cadavre qui avait été mon père mais je voyais sa lourde poitrine à peine dissimulée par un mince soutien, ses cuisses pleines et serrées et j'avais envie de la toucher. Elle m'a regardé un moment, peut-être qu'elle attendait quelque chose, j'ai pensé à Thérèse puis elle s'est écartée en disant:

-Il est mort.

 

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Dans une harmonie souveraine


 

Je suis devenue assagie.

Résignée, je dis: plus jamais!

À des images resurgies

Du temps où mon ami m'aimait.

Je n'attends plus rien du hasard.

Me plais à demeurer passive.

Ne me passionne plus pour l'art.

Ai cessé d'être créative.

Ce jour ma soucoupe est posée

Dans une harmonie souveraine.

Mon âme y demeure exposée

Et de tendresses se sent pleine.

Silence et immobilité.

La neige resplendit sans traces.

Mon esprit erre en liberté

En s'ensoleillant dans l'espace.

31 mars 2014

 

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Etincelles

Étincelles

 

Je dors abasourdi et alourdi par les remords

De cette étoffe qu’est ma vie sans rebords

 

Dans les grandes étendues noires de ma tête lourde

Se disputent des étoiles filantes, des pensées balourdes

 

Je me tourne,  me retourne ; je  m’ébats et me débats

M’accroupis, me blottis, et finis par prendre mes ébats

 

Mon Dieu ! Ces étincelles qui brulent dans les ténèbres de ma tête,

Que puis-je faire contre elles ? Comment parvenir à leur conquête ?

 

Soudain je vois défiler l’aurore de ma journée dorée

Mais d’un coup s’effiler comme un fin tissu sans orée

 

Et comme rien, presque rien n’a apaisé mes tourments

Endolori, le verbe me soutient et pétrifie ces moments.

 

Lahoussine EL HOUSSAINI

Agadir, le 31/03/2014

 

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Un petit bouquet de printemps

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Marchant paisiblement sur un sentier non balisé, je fut surpris d'entendre un oiseau chanter, de voir un insecte tournoyer nerveusement, d’apercevoir un bourdon au raz du sol et plus loin, j'ai vu aussi quelques points colorés.  

Lorsque prudemment je me suis approché de ce carnaval bariolé, j'ai bien eu l'envie de cueillir ces éclats de couleur, de les emporter et les mettre dans un petit vase chez moi, sur le bureau...

Mais une elfe passant par là me dit : "non ! ne fait pas ça ! admire, contemple, sent, mais ne cueille pas ces joyaux naturels ; d'autres passeront par ici et eux aussi verront comme toi que le printemps est bien arrivé !".  

J'ai suivi alors son sage conseil. J'ai figé l'instant sur une image de ces quelques petites fleurs de printemps et lorsque je suis rentré chez, j'ai rempli un vase d'eau fraîche, ce vase qui normalement était destiné à recevoir les quelques fleurs et soudain, un miracle s'est produit, l'eau s'est mélangée à des pigments et j'ai réalisé cette aquarelle en souvenir de ce jour superbe où une elfe m'a parlé. 


Freddy SOSSON

  

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La commémoration

L'invitation avait été rédigée à l'en-tête du tribunal de commerce. Cette idée, il n'y a pas de petites économies, émanait tout naturellement du cerveau rationnel de Jean Pottier, le président du tribunal. Celui que ses condisciples surnommaient le compotier. Cela faisait rire toute la classe.

Il s’agissait du 150ème anniversaire de l’école. Une cérémonie présidée par un représentant du ministre de l’enseignement aurait lieu à l’hôtel de ville. Tous les anciens élèves, il l’espérait, y assisteraient.

Robert n'était plus revenu depuis dix ans, et il se demandait s'il avait envie de revenir.

Il se souvenait d'un film dans lequel, autour d'une tombe, quelques anciens d'un collège anglais - peut -être que ce n'était pas un collège anglais mais qu'est ce que cela changeait ? - assistaient à l'enterrement d'un de leurs anciens condisciples. Ils se regardaient, et on avait le sentiment que la seule question qu'ils se posaient était: lequel d'entre nous sera le suivant?

Souvent les commémorations ressemblent à des funérailles.

A quoi bon y aller. Il n'irait pas.

La plupart des années d'adolescence avaient été des années d'insouciance. L'adolescence est une période heureuse. C'est ainsi en tout cas qu'elle figurait dans sa mémoire.

Sa mémoire, lorsqu'il s'agissait de son adolescence, était comme une ville qu'il aurait dessinée lui-même. Les rues où résonnaient le pas des amoureux enlacés, la grand' place triangulaire où se tenait la Foire de septembre avec ses gaufres parfumées et les amandes que grillait Ali-Baba dans son échoppe, les jardins publics fréquentés par les propriétaires de chiens lorsque le soir tombait. Il aurait pu la parcourir les yeux fermés. Parfois, il rêvait encore d'y marcher toute la nuit.

Décidément, il irait à la commémoration.

Et puis, il reverrait sans doute Julie, la femme de Bernard. Ce n'est pas Julie qu'il avait épousée. Elle était amoureuse de lui mais, c'est stupide, il y a un âge pour se marier. Un an plus tard, il épousait Malou. Julie s'était mariée  un mois après lui. Chaque couple avait assisté au mariage de l'autre.

- Je te souhaite tout le bonheur du monde.

Julie l'avait embrassé. Elle aimait les parfums tenaces.

Parfois il pensait à elle tandis qu'il caressait Malou. Peut-être que Julie pensait à lui quand elle commençait à gémir ?

Leur couple n'avait jamais été un couple heureux. Quinze ans plus tard, Malou et lui s'étaient séparés.

Comment Julie faisait-elle l'amour?

Il écrivit au président qu'il viendrait et réserva une chambre pour trois nuits.

Le ciel était uniformément bleu. Pas un nuage, et pas un souffle de vent. Un mois de septembre exceptionnel. Les hommes avaient le col ouvert, les femmes portaient sur une jupe courte un T-shirt de coton ou un chemisier largement échancré. Il y avait longtemps que l'été n'avait été si beau. Robert se promena jusque tard dans la soirée dans cette ville retrouvée.

Dans les cafés où il s'arrêtait pour prendre un verre de bière en regardant les gens, il ne reconnaissait personne. Quelques visages cependant lui parurent familiers. L'un d'eux lui fit un sourire, et il répondit en souriant lui aussi. Après tout, pour ces gens-là, peut être n'avait-il jamais quitté la ville.

Est-ce qu'il reconnaitrait Julie?

La commémoration, à l'Hôtel de ville, avait lieu à 11 heures. Il était venu une demi-heure plus tôt pour voir les arrivants qu'il reconnaissait sans mal. En dix ans les hommes ne changent pas beaucoup. Moins que les femmes. Les femmes dès qu'elles sont mariées doivent penser que le plus important est fait, elles soignent moins leur aspect.

Robert reconnaissait la plupart de celles de ses amis. Les uns et les autres avaient un peu grossi. La taille un peu ronde est un signe de bien-être social.

Ils échangèrent des sourires, parfois quelques mots, mais parce qu'il se montrait distant, ils s'éloignèrent très vite. C'est Bernard qu'il attendait avec impatience. Bernard et Julie.

- Bonjour, Robert.

- Je ne t'avais pas vue.

Il avait les joues en feu.

- C'est Bernard que tu cherchais? Il ne rentrera que demain, c'est la Foire du Printemps à Paris.

A force de ne regarder que les hommes, il n'avait pas vu Julie à ses côtés qui l'examinait en souriant.

- Tu n'as pas changé. Enfin, pas beaucoup. Un peu moins maigre. Et moi?

- Plus belle qu'avant. Plus séduisante. Plus.

- Rien que des plus?

- Tu le sais bien. C'est toi que j'aurais du épouser. Il a de la chance, Bernard. Je suppose qu'il le sait.

- Pas toujours. Est-ce qu'on peut juger ce qu'on a sous la main. Les vaches du voisin sont toujours plus appétissantes. Non, je plaisante.

- Moi, je ne regarderais pas les autres femmes.

- Mais tu en as épousé une autre.

La salle de réception de l'Hôtel de ville, la salle d'apparat, celle qui était consacrée aux grandes réceptions et aux mariages des familles de notables, était pratiquement pleine. Au bout, face à l'entré principale, flanquée de deux huissiers en jaquette, sur une estrade recouverte d'un drap vert, au milieu de tréteaux qu'on avait recouvert de rouge, les couleurs de la ville, trônait à coté du représentant du ministre, Paul Pottier, le cou tendu et le menton levé. Il regardait la salle d'un air satisfait mais il semblait à Robert que c'est lui, resté debout, qu'il fixait. Paul abaissa lentement la tête pour n'avoir pas l'air d'être le premier à saluer. Robert abaissa la sienne. Ce n'était peut être pas Robert que Paul dévisageait mais Julie.

Il étouffait soudain dans cette salle bondée, bruyante, qui n'attendait sans doute que le coup de maillet professionnel de Paul pour faire silence.

- Tu veux rester? Partons.

Il lui saisit le bras, et ils sortirent par une porte de service. Dehors, sous le soleil de midi, il se tourna vers Julie.

- Tu voulais peut-être rester ?

Elle fit non.

- Allons chez moi.

 Il se souvenait de leur appartement que Bernard avait fait aménager au dessus de ses bureaux. Il s'assit sur le divan de cuir qui faisait face au poste de télévision. Julie, devant la large fenêtre, scintillante sous le soleil, le dévisageait, les jambes légèrement écartées. A travers sa robe légère, c'est son corps qu'il contemplait.

- Julie.

- Oui.

Il s'était levé. Il avait à peine mis ses mains sur ses épaules, qu'elle fouillait sa bouche.

- Reste. Passe la nuit ici. Bernard ne rentrera qu'après-demain. Les bureaux sont fermés jusque lundi. 

- Et s'il téléphone?

Ils étaient couchés, nus. Julie, étendue sur le ventre le regardait tandis qu'étendu sur le dos, il regardait le plafond. Le couvre lit était rejeté sur le sol. Il avait failli trébucher dessus en allant à la cuisine pour chercher un verre d'eau. Avant qu'il ne s'étende, elle avait voulu qu'il restât debout un moment.

- Tu es toujours aussi tendu?

Elle avait du hésiter avant de lui poser la question, elle l'avait posée à voix basse, et répétée parce qu'il ne l'avait pas bien entendue.

- Il y a longtemps que tu n'as pas fait l'amour?

- Je t'ai déçue.

- Je t'aurais demandé de rester? Je me demandais comment font les célibataires pour avoir une vie normale. Viens. Tu vas voir comme je vais t'aimer.

Elle le caressait avec des gestes précis mais doux, parfois hésitants. Elle avait peur de trop bien faire. Robert, lui, se laissait caresser par les gestes que Bernard, le séducteur aux nombreuses liaisons de leur jeunesse, avait sans douté enseignés à son épouse. Il était incapable de respirer sans effort, empli de tendresse envers cette femme qui aurait pu être la sienne. Après qu'elle se soit endormie, il se demanda comment il avait pu vivre sans elle.

Le lendemain, ils furent face à face, adultes aux yeux cernés, les traits tirés, exhalant cette odeur surette des corps qui se sont beaucoup aimés.

- Je t'aime. Je ne veux plus vivre sans toi.

Les larmes lui venaient aux yeux.

Julie se leva. Elle était épanouie, heureuse du bonheur que ressentent les femmes désirées.

- Je vais nous faire du café. Fort. Et je vais nous faire couler un bain. Non, ne te lève pas. Je vais t'apporter ton café au lit.

- Nous allons tout recommencer, Julie. Tout ce qui s'est passé, hors de nous deux, n'existe plus.

- Tais-toi. Tu es un enfant.

Mais l'après-midi, elle s'était laissé convaincre.

Il avait dit que peu d'êtres humains recevaient du destin une seconde chance. Que la plupart, s'ils se plaignaient de ne pas en recevoir, en avaient peur en réalité. Et qu'ils avaient le restant de leur vie pour le regretter. Eux, ils  n'allaient pas laisser passer cette occasion merveilleuse de retrouver leurs vingt ans. Elle ne pouvait pas le nier, ils étaient faits l'un pour l'autre. Leurs corps s'étaient enfin retrouvés.

Robert dit que c'était le destin qui l'avait poussé à assister à la commémoration. Il avait eu l'intention de ne pas venir. Il n'aimait pas les réunions d'anciens combattants. Il aurait pu se rendre directement à Deauville pour le festival du film américain. La boite pour laquelle il travaillait, une maison de distribution de films, avait des documents à faire signer à un producteur. Est-ce qu'elle connaissait Deauville ? Il lui présenterait des vedettes de cinéma. Ils visiteraient la région. Est-ce qu'elle avait déjà joué au casino ?

- Tu me soûles.

- Partons maintenant.

- Tout de suite?

- Tout de suite.

Pendant que Robert allait chercher sa voiture, elle emplit une petite valise de quelques vêtements. Elle se disait qu'elle en achèterait au fur et à mesure qu'elle en aurait besoin ou envie. Robert avait dit qu'il la voulait toute nue. Elle nageait en plein romantisme. Elle pensait, elle ne voulait pas penser. Comme lui, elle avait vingt ans.

Ils arrivèrent à l'hôtel à la tombée de la nuit. L'air avait fraichi. Ils marchèrent le long de la mer en se tenant par la main. Et, ils montèrent dans leur chambre sans dire un mot. Une véritable scène de cinéma, en vrai.

Ce fut un séjour, à proprement parler, inoubliable. Ils le pressentaient, ils s'en souviendraient toute leur vie tant il était différent de tout ce qu'ils avaient connu ou pourraient connaitre. Jean Renoir, le producteur américain que Robert devait rencontrer était d'origine française. Lors du diner auquel il les avait conviés, le vin aidant, Robert lui avait confessé leur aventure.

- C'est formidable. Une histoire formidable.

Durant sept jours, ils assistèrent à des projections, firent connaissance d'acteurs, participèrent à des soirées qui se prolongeaient tard dans la nuit. A croire que le monde du cinéma était devenu le leur. C'est fatigués, qu'ils montaient se coucher sans que leur appétit l'un de l'autre s'en trouvât diminué. Au contraire, l'excitation de leurs sens durant la journée, et la légère ivresse procurée par le vin, leur avait ôté toute inhibition. Le moindre attouchement, le plus tendre sous-entendu, relançait leur désir.

Lorsque le festival se termina et que soudain ils ne furent plus que deux, ils se sentirent soulagés. Finalement tout l'éclat de ces journées qui les avait plongés dans un monde merveilleux les avait séparés d'eux-mêmes. C'est d'eux-mêmes désormais, comme avant leur départ pour Deauville, qu'ils recevraient la grâce de s'aimer.

Ce sont les mots que Robert utilisa.

Le matin, avant que Julie ne se lève, il sortait pour marcher durant une heure le long de la mer. Lorsqu'il rentrait, elle l'attendait sur le lit, et ils s'aimaient. C'était une sorte de rituel qu'ils s'efforçaient d'instituer. Leurs corps, ainsi, auraient toujours cette exigence.

Mais ce jour-là, il n'y avait personne dans la chambre, et le lit avait été refait. Julie n'était pas dans la salle des petits déjeuners. Dans le hall, le concierge lui fit signe.

- Madame a demandé un taxi. Elle m'a dit de vous dire qu'il ne fallait pas vous inquiéter. Elle a laissé une lettre pour vous.

Julie lui disait qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimerait toujours, et qu'elle n'oublierait jamais ces quelques jours.

- Je ne pouvais pas, tu comprends, mais je t'aimerai toujours.

C'est par ces mots, elle les avait soulignés de deux traits, qu'elle avait achevé sa lettre.

Il n'aurait pas du la laisser seule.

Certaines femmes sont comme des oiseaux. La présence de Robert lui avait servi de cage. Si on les perd de vue, ne serait-ce qu'un instant, elles s'échappent.

Cette certitude qui noue l'estomac parce qu'elle enchante et terrorise tout à la fois se nomme l'amour

 

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Le printemps,

Printemps magique, éblouissant ;

L'arc-en-ciel n'est-il pas l'éternel enfant

du soleil et de la pluie mêlés ?

Cette flagrance de l'entre-deux ;

l'air élargi, presque trop pur, bleu.

Cette joie qui fait monter les larmes,

notre corps trop ému,

porteur du monde entier ;

douce violence, chaos intérieur.

C'en est trop d'un coup !

L'arc-en-ciel n'est-il pas,

l'immatériel baiser diapré et suave,

de cette union céleste et baptisée ?

Oh, J'aime l'arc-en-ciel,

cette aérienne enfance,

en même temps que terrestre,

dans le ciel passante !

Ma belle Amie,

à laquelle je pense ce jour après la pluie,

tu verras que le soleil,

aura le goût du miel et l'onctuosité

du ciel à la terre accouplé !

C'est déjà le début de la mer ;

la terre, comme tu le sais,

 étant majoritairement bleue.

 

NINA

 

 

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Là-bas, tout près de l'océan

 

À vous deux

 

Un terrain près de l'océan,
Bordé d'un seul mur de clôture,
Où nous jouions étant enfants,
La tête pleine d'aventures.

Je me souviens des joies d'alors,
Des mimosas ensoleillés
Qui offraient leurs pierreries d'or
À nos regards émerveillés.

Nous savions que, collés aux branches,
Des caméléons se cachaient,
Empruntant des couleurs peu franches.
Ils nous fallait les dénicher.

Caméléons et mimosas,
Dans ce grand champ de mon enfance,
Des parfums que je n'oublie pas
Et l'ivresse de l'innocence.

Sur les rives du fleuve immense,
Ne soufflent pas de vents salins.
Ma joie de vivre reste intense,
Près des érables et des sapins.

Or, au printemps, quand les lilas,
Se chargent de fleurs odorantes,
Je repense à nos mimosas ,
À leur beauté éblouissante.

Bordé par l'océan, là-bas,
Ce cher pays de gens affables,
Où fleurissent des mimosas
Et dont les nuits sont ineffables.

23 janvier 2006

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La philosophie personnelle

                                                           

Propos à Nicole Duvivier

 

Depuis l'Antiquité, des penseurs ont répandu leurs idées sur les façons dont il faudrait se comporter pour vivre bien. Ils voulaient rendre les hommes sages. On leur a donné le nom de philosophes.

Au cours des siècles, leurs disciples ont exprimé leurs conceptions individuelles dans un langage tellement complexe que seuls des initiés y ont accès. Faut-il le regretter ou peut-on se passer de la philosophie?

Chacun est doué d'intelligence, réfléchit avant d'agir s'il doit poser des gestes incertains.Parfois l'urgence le presse; la précipitation peut fausser le jugement, il apprend à s'en méfier.

En France et ailleurs dans le monde, de bons vivants ont élaboré d'innombrables avis savoureux que l'on a surnommés proverbes. Ils sont emplis de bon sens mais ils viennent rarement à l'esprit de ceux qu'ils devraient aider et qui agissent alors spontanément, ayant a acquis des valeurs et des croyances qui les guident.

 

Éric Hamel pensait que l'homme ne devient que ce qu'il est. Il parait évident qu'il a hérité de caractères qui le conditionnent et qu'il lui est difficile de modifier complètement. Il voudrait ne plus mentir ou résister à la colère. Chasser le naturel, il revient au galop!Souvent, il ne renonce pas pour autant à changer ses réactions quand il ne les approuve pas?

On a prétendu que vivre bien est un art. Heureux sont ceux qui, ayant peu de besoins,apprécient constamment, dans l'exaltation ou la joie, les sublimes beautés qu'ils découvrent dans la nature.

Après s'être longtemps émerveillés en comprenant les lois régissant l'harmonie, s'ils se sont plus à méditer, ils ont admis que la vie est une grâce et ils s'appliquent à demeurer sereins en se rapprochant du néant.

30 mars 2014

 

 

 

 

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Histoire d'un militant

 

J’étais en train de lire quand j’ai entendu la sonnerie de la porte d’entrée. Je n’attendais personne. Nous étions en Septembre, il commençait à faire noir.

- Henri !

- Je peux entrer ?

- Tu es seul ?

Je l’ai fait entrer. Il a ôté son imper, il donnait l’impression de ne pas savoir ce qu’il devait en faire. Je le lui ai pris. J’étais indécis. Je suppose que moi aussi, je donnais l’impression de ne pas savoir ce qu’il fallait en faire. J’ai eu un moment le sentiment qu’il allait le reprendre. Je l’ai poussé vers un fauteuil du salon.

Lorsque j’ai connu Henri, j’avais quinze ans. Peut-être moins. Je ne m’en souviens pas exactement. C’est vrai que ça n’a pas d’importance. Mais ce sont souvent des détails de cette nature qu’on cherche à préciser au moment des funérailles d’un ami.

Je me souviens du jour où nous avions été au casino de Trouville. Henri avait misé cent francs à la roulette. Le numéro était sorti mais le croupier avait repoussé toutes les plaques vers un autre joueur, un habitué sans doute, qui lui avait souri. Henri n’avait pas osé dire que deux des plaques étaient les siennes. Moi non plus, je n’avais rien dit. On est bête à vingt ans.

C’est la mère de sa fiancée qui m’avait invité dans leur maison de vacances. Elle était d’origine anglaise, et elle avait conservé cet accent dont elle pensait qu’aux yeux des français, il avait un caractère aristocratique.

- Nous sommes ravis, Pierre, de vous avoir à notre table.

Elle me vouvoyait alors qu’elle m’avait connu jeune adolescent, ami de sa fille Simone, et de celui qui allait devenir son gendre, un étudiant doué et  brillant.  

C’est Simone qui me l’avait raconté. Un jour, lors d’une manifestation comme il y en avait de nombreuses en France en 1968, il était à côté d’un garçon qui avait jeté un pavé sur la tête du policier étendu devant eux.

-Arrêtes, arrêtes. Tu vas le tuer, avait crié Henri.

Le garçon était hors de lui. Il avait repris le pavé, et l’avait asséné sur le visage du policier. Quand les autres CRS les avaient entourés, l’un d’eux, leur chef, avait crié :

- Qui a frappé ? C’est toi ?

Le garçon avait secoué la tête. Il était transi de peur.

- C’est toi ?

Henri avait tendu le doigt. Le garçon s’était mis à pleurer.

- Je ne voulais pas, je ne voulais pas.

Plus tard, Henri apprit qu’il s’agissait d’un jeune métallo qui croyait que la révolution avait éclaté. Il était allé au bout de ses convictions. CRS-S.S. avait-il crié.

Simone enseignait l’anglais. Henri avait son diplôme de philo-lettres. Il balançait entre une carrière de chercheur dont il disait en riant : chercheur de quoi, ou un travail de traducteur plus proche de ses goûts. Il soulignait, sans rire cette fois, que ça l’obligerait à mettre les mains dans le cambouis des tâches terre à terre.

Il n’y avait que quelques années que la guerre s’était achevée, et dans l’esprit de beaucoup de jeunes il était temps qu’on transformât le monde. Derrière le Parti Communiste, le Parti de la classe ouvrière, le Parti des Fusillés.

C’est à la fête de l’Huma qu’il avait demandé sa carte du Parti. Le stand était tenu par des jeunes gens. L’un d’eux lui avait crié:

- Salut, camarade.

Henri avait compris qu’il se trouvait parmi les siens.

- Salut, camarade.

Le jeune qui l’avait accueilli se nommait Simon Deltenre. Il lui avait demandé son nom et son adresse.

- Tu feras partie de la section Est. La cellule Bergère, c’est la mienne aussi. Ta carte te sera remise par le camarade Chauffier. Tu devras lui payer ta cotisation. Tu es étudiant ? Il n’y a pas de honte, camarade.

Mais Henri avait rougi. Ce sont les travailleurs qui sont les bâtisseurs du Futur. C’est drôle, même le discours oral avait ses majuscules.

Après s’être mariés, Henri et Simone avaient loué un petit appartement dans le neuvième arrondissement. Deux pièces et une cuisine, côté cour. Lui ne voulait pas attendre, il voulait travailler comme un prolétaire. C’était aussi l’époque des prêtres-ouvriers. Il n’y avait que les ouvriers de chez Renault qui se plaignaient de leur condition sociale.

Un grossiste en textiles cherchait un chauffeur pour effectuer ses livraisons, ce n’était pas mal payé, Henri fut engagé dès la première entrevue avec son futur patron. Il présente bien, pensa le patron, on dirait un étudiant des grandes écoles.

J’ai ouvert la bouteille de whisky.

- Tu es sûr que je ne te dérange pas ?

- Bien sûr que non ! Tu aurais du me prévenir. Et Simone ?

- Elle est à Paris. Je reviens d’Espagne.

- D’Espagne ? Je croyais que les démocrates boycottaient l’Espagne de Franco ?

- Toujours aussi moqueur. Je suis content de te revoir, Pierre. Bien que les circonstances ne soient pas les meilleurs pour des retrouvailles. Hélène n’est pas là ?

- Elle est chez sa mère jusque demain.

 - Je peux dormir ici ?

Il y avait près de six ans que nous nous étions revus. Le jour de mon mariage. Simone et lui étaient venus de Paris sur une moto dotée d’un side-car. Tous les deux avaient enfilé un blouson de cuir. Ils avaient sur la tête une casquette comme en portaient les aviateurs durant la guerre.

On se voyait peu mais on se téléphonait souvent. Ils ne parlaient que de théâtre ou d’événements qui se déroulaient soit en France soit aux Etats-Unis. Parfois, en Union Soviétique. En France, ils étaient de nature sociale. Aux Etats-Unis, il s’agissait de politique impériale, et de la pire espèce. Quant à l’Union soviétique, les questions essentielles touchaient à la culture. Hors du Parti, le Parti c’était le parti communiste, rien de notable n’avait d’existence digne d’être commentée.

D’après ce que j’ai compris par après, en sortant d’une réunion de cellule, il s’était trouvé face à Juan Moralès, le fils d’un de ces républicains espagnols qui avaient rejoint la France à l’avènement de Franco. Juan avait été son condisciple à Philo-Lettres. Le hasard sans doute, ils ne s’étaient plus rencontrés depuis la sortie de la Fac. Juan et lui avaient été de bons amis qui pouvaient parler des heures durant de politique et de philosophie.

- Nous avons besoin de toi, Henri.

- Nous ?

Ils s’étaient attablés à la terrasse d’une brasserie du Boulevard Montmartre.

- Tu veux nous aider, Henri ?

Le cœur d’Henri s’était mis à battre plus vite. Un seul instant avait suffi pour que la vie de Juan, une vie secrète, il l’avait deviné, celle d’un militant, prenne un relief aussi marquant que celui des personnages de l’ombre qui naissent lors des bouleversements de l’histoire.

On était en 1975. Franco était fort malade. Certains disaient qu’il était aux portes de la mort, d’autres disaient qu’il était déjà mort mais que la nouvelle, pour des raisons de haute politique,  était dissimulée au peuple espagnol.

Il y avait comme une césure dans le cours de l’Histoire. Rien ne bougeait. Même le parti communiste, le fer de lance de la lutte, se taisait.

Juan et ses camarades refusaient d’être nés trop tard. Quelques années plus tôt, ils auraient porté l’uniforme républicain. Certains ne s’en tireraient pas à si bon compte. Ils paieraient.

Tout le monde le sait. L’Histoire, c’est aussi l’histoire de chacun d’entre nous. Il y a deux histoires, aussi séparées l’une de l’autre que le sont les planètes: celle de ceux qui traversent leur existence sans savoir qu’ils en sont les maîtres mais qui l’ignorent ou qui veulent l’ignorer, celle de ceux qui se l’approprient tant qu’ils en ont la force.

Henri soudain se rendait compte qu’il n’attendait qu’un signe. Dieu ou le destin, ce n’étaient que des mots pour justifier une soif inexplicable de vivre autrement ou autre chose.

Juan faisait partie d’un groupe de jeunes révolutionnaires, des élèves de l’école d’architecture de Barcelone, qui voulaient contribuer à la fin du régime avant que la monarchie ne remplace la dictature. Seuls des coups de feu pouvaient attester de leur existence.

Juan avait acheté des armes, des pistolets, dans une maison située en banlieue parisienne qui alimentait en armes ceux qui en avait besoin pourvu que ce soit contre argent comptant.

- J’ai payé, j’ai mis les armes en lieu sûr. Mais j’ai le sentiment d’être surveillé, Henri. Ces armes sont dans un sac de sport à la consigne. Il faut les acheminer à la frontière. Quelqu’un t’attendra à Perpignan.

Juan n’avait pas demandé à Henri s’il était d’accord. Peut être qu’il l’avait deviné en le regardant. Peut être que Henri était d’accord avant même que la question ne lui soit posée. Qui sait ce qui motive les gens au delà des apparences. Qu’il s’agisse de vie ou de mort.

- Je dois m’absenter pour quelques jours.

Simone avait compris qu’il s’agissait de quelque chose d’important. Cette nuit là, ils s’aimèrent avec la gravité qui accompagne les gestes qui comptent. Dont le souvenir, un jour, aura l’éclat du diamant.

A Perpignan, Henri était attendu. Par un jeune inconnu et par Juan qui souriait. Il y a, paraît-il, des poignées de main qui valent de grands discours. Henri avait les larmes aux yeux.

Il avait eu peur durant tout le voyage. Il avait fait semblant de ne pas regarder le sac qu’il avait hissé sur le filet en face de lui. Son regard l’y ramenait constamment.

- Ne dis rien, Juan. Ce n’était pas grand-chose.

Je veux vous accompagner.

- Il faudra traverser la montagne à pieds.

Ils traversèrent la frontière à la hauteur de Figueras dès l’aube. Le soir ils étaient à Barcelone.

La suite de son aventure espagnole, je l’ai appris une autre fois. Il m’avait téléphoné avant de venir. Non pas de Paris comme il eut été naturel mais de Bruxelles où il était déjà.

- Hélène est là ?

- Pas de chance, Henri. A croire qu’elle te fuit, elle est chaque fois chez sa mère quand tu es à Bruxelles. Tu dors chez nous je suppose.

Henri m’inquiétait sans que je puisse en donner la raison. C’est moi et moi seul qu’il voulait rencontrer. Il était à peine assis qu’il parlait.

Cette fois là, il se rendait à Barcelone sans raison impérieuse. C’est l’atmosphère de cette ville qui lui était utile.

- Non. Pas utile. Nécessaire, Pierre. On dirait que la vie s’y est arrêtée. Hors du temps, et en même temps…

La première fois, ils s’étaient retrouvés, Juan, son ami et lui dans un petit appartement situé entre la Cathédrale et les Ramblas. Ils étaient six. Cinq garçons et Manuela.  Ils regardèrent les armes et Victor, le plus jeune d’entre eux, fit semblant de viser une statuette qui se trouvait sur la cheminée comme il l’avait vu faire dans des films policiers.

- Dès demain, nous devrons décider de la cible.

Ferdinand, c’est lui qui les recevait, avait sorti d’une armoire la bouteille de Xérès et rempli les verres. Puis, chacun prit congé. Henri avait accompagné Manuela chez elle.  

 Deux fois il était revenu chez Ferdinand. Non plus pour y apporter des armes mais pour participer à l’élaboration de l’Histoire. Franco, disait-on, était entre la vie et la mort. La nuit, il la passait chez Manuela.

Manuela se voulait une passionaria qui vouait sa vie à la classe ouvrière. L’image de la révolution. Elle faisait l’amour avec passion.

C’est le jeune Victor qui bouleversa tous leurs plans. Il n’avait pas pu attendre. Il avait tiré sur un garde-civil sans l’atteindre, et il s’était fait arrêter. Une histoire lamentable et banale qui le mena en prison non pas comme un révolutionnaire mais comme un délinquant ordinaire. Franco venait de mourir officiellement, l’Histoire de l’Espagne se remettait en route.

Par prudence le groupe s’était dissous et leurs membres s’étaient dispersés. Manuela avait quitté Barcelone. Henri n’avait pas cherché à la retrouver. Un an plus tard, il avait revu Juan qui s’efforçait d’être engagé comme fonctionnaire à la  municipalité. Il avait des qualités de leader et saurait diriger un service sans difficulté.

Tout en parlant, nous avions vidé quelques verres de whiskys.

- Je vais préparer ton lit.

- Merci, Pierre. Pas ce soir.

Je n’ai plus revu Henri. Beaucoup plus tard, Henri était mort, Simone, au téléphone, avait évoqué ce qu’elle appelait sa période espagnole.   

Dans la cellule Bergère, sa cellule, les problèmes évoqués ne changeaient pas souvent. Les élections municipales, les manifs, les instructions du Parti. Henri n’y prenait plus la parole que rarement. Simone l’accompagnait mais ils ne s’asseyaient pas côte à côte. Dans la cellule, ils étaient des membres de la cellule avant d’être mari et femme.

Henri ne travaillait plus comme chauffeur Un membre de la Fédération lui avait proposé de seconder le dirigeant d’une entreprise du Parti.

Elle importait des appareils photographiques d’Union Soviétique. Il en devint le dirigeant.

A plusieurs reprises, il s’était rendu à Moscou. Un haut fonctionnaire du ministère avec lequel il lui arrivait de dîner, lui avait dit un soir :

- Tu ne feras pas une belle carrière, Henri. Tu feras une grande carrière. Tu as l’étoffe d’un chef.

Qui avait été  dans le vrai ? Le jeune homme qu’il avait

 

 été ? L’homme qu’il était devenu ?

 

J’ai appris plus tard qu’Henri n’était pas mort de mort naturelle, Il s’était suicidé.

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