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Rien qu'un jeu

 

 

J’ai fait ce soir un rêve curieux. Nous étions, Julie et moi, dans une voiture, il me semble que c’était une décapotable, et nous roulions sur une route de campagne  pour nous rendre chez un de mes amis.

Julie, parce ce qu’elle était seule elle aussi, était la compagne de certaines de mes nuits. J’ignore qui de nous deux avec les gestes de l’amour comblait la solitude de l’autre mais nous y mettions tant d’ardeur que c’était une façon de nous efforcer tous les deux de survivre.

C’était la première fois que je me rendais chez Marc avec Julie mais elle semblait connaître la route aussi bien que moi.

C’était une côte sans fin. Le moteur peinait tellement que j’avais peur que la voiture ne s’arrête. Elle nous aurait entraîné en arrière, et j’aurais été incapable, je le savais, de la retenir. J’appuyais sur la pédale avec une obstination de maniaque.

La villa de Marc est apparue au sommet de la côte sous le soleil immobile de midi. C’était un bâtiment de béton gris et de verre bleu, une large terrasse l’entourait, il n’y avait ni arbre ni verdure, on aurait dit un dé tombé au milieu du désert.

Nous avons abandonné la voiture, et Julie s’est avancée vers les marches de l’entrée, la tête haute, la poitrine tendue, les yeux brillants, comme devait s’avancer l’avant-garde d’une armée conquérante lors d’une guerre sans merci. Moi, je me demandais quel était l’objet de cette guerre ?

Dans le living il n’y avait personne. C’était une pièce immense, presque vide, seule une table de marbre en occupait le centre comme l’autel d’une église des temps futurs. Les murs étaient blancs. A l’un d’eux, sur presque toute la largeur, pendait un tableau qui représentait une femme nue peinte en ocre, une jambe repliée, le visage inexpressif et les yeux sans iris. Le fond du tableau était vert sous l’effet phosphorescent d’un néon de dancing.

J’ai regardé Julie. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point elle était blonde. Son regard était dur, elle avait le visage creusé comme à l’instant le plus aigu de nos étreintes.

Nous sommes entrés dans une autre pièce. Un homme était en train de peindre tandis qu’un autre, derrière lui, le regardait avec une fixité de mannequin. J’ai demandé si Marc était là. L’homme qui peignait a répondu sans détourner la tête :

- Marc a du s’absenter, il va revenir d’un instant à l’autre.

Julie s’est approchée de la toile. Les deux hommes se sont tournés vers Julie. Comme à chaque fois que des inconnus l’observaient, elle a souri avec ce lent mouvement de la tête qu’ont les oiseaux de proie avant de prendre leur envol.

C’est alors qu’un troisième homme est entré dans la pièce. Un homme jeune, la poitrine nue sous une veste de toile, je me souviens qu’il n’était pas rasé.

Il s’est dirigé vers Julie, il l’a regardée intensément, et puis seulement il a souri à son tour.

- Vous êtes une amie de Marc ?

Julie s’est tournée vers moi. Ses yeux avaient cette palpitation inquiète que je lui avais déjà vue, et qui me donnait à chaque fois l’impression que quelque chose d’important la bouleversait. Je me suis  avancé et j’ai dit que j’étais un ami de Marc.

- Marc n’est pas là. Il ne va pas tarder.

Mais c’est Julie qu’il continuait de regarder.

- Vous avez bien fait de venir.

Julie s’est redressée inconsciemment.

- Venez, nous allons attendre Marc sur la terrasse. Il fait si beau aujourd’hui.  

Il lui a pris la main et Ils sont sortis.

- Reste, je reste bien moi.

C’était celui qui regardait peindre son ami qui me parlait. J’ai secoué  la tête.

- Non, je vais y aller.

En même temps je pensais: qu’ai-je besoin de lui répondre mais je ne bougeais pas.

- Où est Marc ?

Le peintre avait cessé de peindre et nous nous sommes regardés tous les trois.

C’est alors que Marc est apparu. Il portait une chaise et il a traversé la pièce sans nous voir.

J’ai crié :

- Marc!

Il n’entendait pas. J’ai regardé les deux autres.

- Viens.

Le peintre a posé la main sur mon épaule, et il m’a entraîné vers le living.

Dans le living, la table était toujours nue mais il y avait désormais des chaises tout autour. La main du peintre a pesé plus fort sur mon épaule.

Jacques, je savais qu’il s’appelait Jacques mais je ne sais pas comment je le savais, Jacques est entré avec Julie. Il lui a demandé de s’asseoir. Moi, c’est le peintre qui m’a demandé de m’asseoir. Marc était là, lui aussi. Nous sommes restés silencieux un moment.

- Je vois que vous vous connaissez tous.

J’ai répondu :

Non. Nous allons partir, nous reviendrons une autre fois.

 Jacques s’est  mis à rire.

- Et vous nous priveriez de la présence de Julie ?

J’avais le sentiment étrange que nous étions les personnages d’une pièce de théâtre dont j’étais le seul à ne pas connaître le texte.

- Tu ne trouves pas qu’elle a de beaux yeux ?

Il a pris les mains de Julie dans les siennes.

Sans qu’aucun mot ne sorte de ma bouche j’ai voulu dire que ce n’était pas vrai, que Julie n’avait pas de beaux yeux, qu’elle avait des yeux transparents qui ne reflétaient que la seule couleur de ses passions : calcul, abandon et haine tout à la fois. Je le savais, moi. Pourquoi disait-il qu’elle avait de beaux yeux ?

Julie scintillait comme si le soleil l’avait embrasée. Elle a détaché de son cou son foulard, elle a posé une main sur sa poitrine, et elle a demandé au peintre pourquoi il avait peint une femme belle mais sans yeux ?

- Ce n’est pas une femme, c’est un tableau. Vous, vous êtes une femme.

Puis il a demandé si nous étions mariés, Julie et moi. Julie a saisi ma main.

- Nous sommes des amis, de grands amis.

Le peintre a éclaté de rire. Julie avait les joues en sang. Jacques s’est penché vers elle, il lui a dit quelque chose à l’oreille, elle a serré ma main.

J’avais chaud et je me sentais ridicule soudain dans mon complet. J’ai tiré sur mon nœud de cravate.

- Ote donc ta cravate.

Julie avait l’air excédée.

Ils avaient tous les yeux fixés sur moi.

Lorsque Julie faisait l’amour, c’était comme si elle naissait à chaque fois. Ses forces étaient bandées pour un destin dont elle pressentait que l’amour était la seule raison d’être. Son corps était la face lumineuse de son sexe, et son sexe était la source de sa vie. Et moi, je savais maintenant combien il m’était nécessaire.

- Il a bien de la chance. Est-ce qu’il en est conscient ?

Je me suis levé et j’ai dit à Marc que nous allions partir.

- Pourquoi, pourquoi? Ce n’est qu’un jeu.

- Demande-lui si elle veut, elle ?

Je n’ai pas répondu. Julie ne me regardait pas. Autant que ses mains, sa bouche, ses seins, le regard des hommes était la preuve de son existence, et avec ou sans moi, elle voulait continuer d’exister.

C’est alors que je me suis réveillé.

 

 

 

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À mon amie Liliane Magotte

 

La nature avec art façonne des volumes

Et harmonieusement les orne de couleurs.

Elle agit en tout temps, usant pinceaux et plumes,

Possède ce qu'il faut pour créer des splendeurs.

Des textures et des teintes émerge de la joie

Quand l’ardente lumière avive et ensoleille.

On ressent bien souvent comme un élan de foi;

L'envie de copier survient ou se réveille.

Je me suis inventé un jeu qui me passionne:

Sur du blanc, je répands de multiples couleurs.

Je les vois dessiner des taches qui m’étonnent,

Elles peuvent former un captivant ailleurs.

 

Alors qu’il faut talent et savoir-faire en art,

Le jeu que j’ai trouvé n’exige que patience.

Le résultat dépend strictement du hasard.

Lors, je me sens comblée quand j’ai eu de la chance.

27 novembre 2008

 

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À l'aventure, composition abstraite

Le-magicien010.jpg

 

Répandre avec ardeur différentes couleurs,

sur une large toile blanche,

fait plus que me désennuyer.

Les rouges vifs et les verts tendres,

le jaune-joie, l’orange-feu,

le bleu, le brun et le violet,

s’harmonisent en se mariant

Le noir, qui partout les entoure

met en relief d’étranges formes.

Le blanc, qui répand la lumière,

égaye, anime le décor.

Je pénètre ravie et libre

Dans un lieu, secret qui m’enchante.

25/1/1990

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expo

voici les derniers tableaux sur le thème floral, pour l'ouverture de l'Espace muséal et culturel Georges Mulpas à Elouges,2 autres artistes m'accompagnent , Christophe  Louchard ,sculpteur floral et Francisco Testa ,imprimeur et graphiste de grand talent concepteur de l'affiche et de l'invitation.

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"la voie du milieu se situe entre « silence » et « présence », entre j'écris pour moi, souvent, ou je positionne pour autrui  au risque de n'être pas compris(e) puisque le narrateur, dans son vécu, dans son mentir vrai entre roman et théâtre joue ses chapitres ou ses actes, parfois accompagné d'autrui sous les salves ou pas d'applaudissements futurs ou en errance en plein désert mais pourquoi écrivons-nous ?"

Marie de Cœur

Extrait d'un échange sur wordpress avec un jeune homme sur le silence, la vie... !

http://youtu.be/1R1_VvDhwBw

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Nouvelle: Séisme

Séismes

Clara et Simon se connaissaient depuis longtemps. Ils habitaient deux maisons contiguës dont les façades de pierre s’ouvraient sur la place triangulaire de Mont sur Roc ombrée de grands platanes.
Enfants, ils s’étaient peu côtoyés, Clara étant plus âgée de quelques années. A 20 ans, elle devint l’institutrice de l’école du petit bourg. Elle prit l’habitude, les soirs où la fraîcheur légèrement humide des arbres de la petite place estompait pour quelques heures la chaleur étouffante de l’été, de lire sur un banc un peu à l’écart et toujours inoccupé comme s’il lui était réservé. C’est là que Simon vint lui aussi s’asseoir, d’abord comme au hasard de ses promenades, puis presque chaque jour.
Bientôt, suspendant sa lecture, elle tourna de plus en plus lentement les pages de son livre pour finalement l’abandonner ouvert sur ses genoux, laissant les feuilles ondoyer librement sous la brise. Ils se sont découverts, d’abord avec étonnement, des sujets infinis de discussions, des rêves et des idéaux à partager. Elle l’aima d’un amour fou et lumineux qui transporte et dévaste, sans chercher à se protéger, sans crainte, comme une évidence qui s’imposait à elle.
Ils avaient en commun la folie des gens exaltés. Un jour, Simon pénétra en riant, tout habillé, dans la rivière, là où l’eau plus profonde se tord dangereusement et danse en tourbillon sous les grands arbres. Clara l’y avait suivi dans un emportement joyeux et alors que les remous la faisaient vaciller et l’enveloppaient dans leur creux, il l’avait secourue, répondant d’emblée à l’appel muet et confiant de ses yeux.
Elle vivait au jour le jour, sans souci du lendemain. Simon lui souriait et la regardait avec une tendresse un peu amusée, ce qu’elle n’osa pourtant prendre pour de l’amour. Son regard qui parfois semblait la traverser, se portant au-delà d’elle vers des horizons lointains et inconnus, étendait des ombres en son cœur et lui donnait de sourdes angoisses, la laissant enfermée en elle-même. Elle avait la sensation en ces moments que de noires araignées tissaient lentement leurs toiles dans sa tête.
Un certain été, Simon arriva de plus en plus souvent accompagné de Marie-Claire, la fille du châtelain déchu dont la demeure, grande bâtisse de briques rouges et blanches tombait mélancoliquement en ruines. Marie-Claire était sans aucun doute jolie, mais Clara souffrait de voir son ami suspendu aux lèvres peintes de cette fille superficielle qui n’aimait surtout qu’elle-même. Clara se taisait. Elle s’efforçait de se montrer toujours enjouée et légère lorsque Simon venait lui faire l’éloge de celle qu’il épousa quelque temps après.
C’est ainsi que Simon quitta le premier Mont sur Roc pour se fondre dans la grande ville. Ils entretinrent longtemps une correspondance régulière qui réchauffait le cœur de Clara. Le soir, quand elle s’allongeait dans le noir, son chat blotti contre son bras, et que le sommeil tardait à la prendre, elle se laissait aller au bonheur douloureux des souvenirs et à s’inventer une vie avec Simon. Au creux de la nuit, serrant un peu plus fort contre elle son chat qui gémissait doucement, elle sombrait dans les rêves comme un navire s’enfonce dans des eaux noires.
Puis les lettres se firent plus courtes, plus espacées et bientôt cessèrent. Elle aussi quitta le village. Elle avait fini par épouser le fils d’une amie de sa mère, beaucoup plus jeune et qui disait l’aimer depuis l’enfance, un garçon sage et honnête. Un fleuve tumultueux doit se jeter dans l’océan : c’est aux eaux dormantes d’un étang qu’elle mêlait ses impétuosités.
De cette morne union qui n’était pourtant pas malheureuse, elle eut une fille qui hérita de son caractère fougueux et partit vivre aux Etats-Unis dès ses études terminées.
Las de se heurter sans cesse à son regard où se lisaient de la tristesse, de la révolte et une volonté désespérée de rattraper des bonheurs perdus, c’est lui qui le premier parla de séparation.
Clara venait d’avoir 54 ans, elle avait derrière elle un passé fragmenté et inachevé et elle s’apprêtait à la solitude.
*
Clara est fatiguée. Sa fille Laure vient de la quitter, elle était venue fêter ses 60 ans. Elles éprouvent l’une pour l’autre une affection à la fois tendre et distante et leurs discussions passionnées s’achèvent souvent dans un retirement exacerbé de tout leur être. Laure est très libre, elle a des dizaines d’amis mais repousse toutes attaches et mène une carrière brillante aux Etats-Unis. Pourtant sa mère trouve navrant de ne pas la sentir plus heureuse et plus sincère. Sans doute y est-elle pour quelque chose, sa fille luttant de toute son âme à ne pas se laisser emprisonner dans la vie terne où elle a vu pendant toute son enfance sa mère se cogner comme un bel oiseau auquel on aurait coupé les ailes.
Clara s’étire lentement devant la fenêtre grande ouverte. Un vent frais pénètre dans sa chambre, faisant ondoyer les tentures; une brume diaphane montant de l’aube estompe les cimes des hauts sapins en bordure du parc. C’est le printemps, elle regarde l’envol des pigeons au-dessus des toits et s’emplit de l’air humide et parfumé apporté du lointain par les premières jacinthes. Vie plane, tranquille et sans surprise. Lassitude de tout ce qui est insuffisant.
Son stage d’aquarelles débute ce matin. Elle se secoue et se surprend à sourire, projetée dans le menu plaisir de noyer ses pinceaux dans les couleurs mêlées.
*
S’installant devant son chevalet, elle ne peut que deviner le visage de l’homme aux cheveux un peu longs et grisonnants qui se tient en face d’elle à contre-jour.
Un choc, brutal. Un tremblement saisit tout son être. Séisme dont le cœur est l’épicentre.
Leurs regards n’ont fait que s’effleurer, ils se sont reconnus dans un éblouissement. En un instant tout lui revient, un lancement douloureux serre sa gorge. Les longues promenades à vélo sur les chemins étroits courant entre les prés, les paroles et les rires s’envolant, légers, au-dessus de la rivière comme autant de scintillements dispersés sur l’eau verte, ses sourires gais et tendres qui lui laissaient dans ses yeux à elle des étoiles lumineuses.
Vies bouleversées, joies pleines. Ils se retrouvent comme si toutes les années passées s’étaient effacées d’un coup.
Il est veuf depuis 8 ans, elle est divorcée, aucun obstacle ne les séparera jamais plus.
Simon reprend, jusqu’à leur accomplissement, les gestes qu’il avait à peine ébauchés, elle lit dans ses yeux une tendresse et un besoin d’elle bouleversants.
Tu m’as tellement manqué, lui répète-t-il sans cesse, que de temps perdu. Oui, répond Clara éperdue, ma vie commence seulement, nous rattraperons tout ce temps, nous retrouverons tous les instants abandonnés.
Elle arrive toujours un peu en avance à leurs rendez-vous, un peu rouge, décoiffée, essoufflée, tant elle a le puéril besoin de le toucher, de frotter son nez contre le sien, de partager tous les élans qu’elle attendait il y a 40 ans.
Elle rajeunit, elle se sent belle de l’amour qu’elle donne et qu’elle reçoit. Elle qui ne s’habillait, par habitude ou négligence, que de teintes grises ou noires, se pare maintenant de couleurs gaies et vives comme pour crier son bonheur aux gens qui passent, au ciel et au vent. Quelquefois, lorsqu’elle se retrouve seule dans son petit appartement vieillot avec tous ses meubles, ses objets accumulés qui ne signifient rien pour elle mais font partie de son être depuis si longtemps, elle redevient pour un moment la dame digne aux cheveux déjà blancs et relevés en un petit chignon sage. Elle s’est inquiétée auprès de son médecin, tant ces émois et ces transports d’adolescente amoureuse lui paraissent démesurés.
Elle s’éveille chaque matin dans l’étonnement naïf du bonheur et des promesses à venir. Son existence décolorée s’égouttait lentement en perles pâles, s’épandant sans qu’elle y prenne garde, s’enlisait dans l’immobilité progressive des choses qui finissent, et la vie lui fait don d’un dernier cadeau. Elle émerge enfin de ce puits aux parois froides et lisses où elle s’était laissé glisser sans résistance. Une route lumineuse s’ouvre devant elle. L’horizon sombre cesse de se rapprocher, elle voit l’avenir comme un beau paysage avec ses étendues calmes et ses méandres mais toujours éblouissant.
*
Un jour, alors qu’ils étaient assis côte à côte, leurs mains se touchant, leurs lèvres se cherchant avec ardeur, elle s’enquiert entre deux baisers des causes du décès de sa femme, par prévenance et aussi parce qu’il ne lui en avait rien dit, petite phrase anodine, question distraite qui attendait à peine une réponse.
Mais les yeux de Simon se ternissent et la fuient, s’assombrissent comme si un orage recouvrait brusquement le bleu de ses prunelles et il lui répond évasivement, détournant le regard : elle est morte d’une maladie virale, brutale. Clara s’étonne, tant Marie-Claire représentait pour elle la femme éclatante de santé, solide à force de se préserver, dont toutes les demandes obtenaient des réponses.
Clara insiste, c’est son destin qui l’entraîne inexorablement, elle demande des détails et commence à s’alarmer, ressentant un raidissement dans la voix de Simon, une impatience à peine contenue. Elle pressent confusément qu’elle entrouvre une porte sur un néant inévitable et malgré le vertige qui la prend, ne peut se défendre de le questionner encore, elle perd pied. Il s’emmure, elle n’ose plus parler. Long moment où le temps est suspendu, où tout semble encore possible.
A bout de réticences, déchirant le silence opaque qui les assourdit, Simon la regardant de ses yeux bleu sombre lui lance avec une voix changée : je l’ai tuée; quatre coups de couteau alors qu’elle prenait son bain. On ne m’a jamais soupçonné, j’ai un alibi solide, ajoute- il encore. Elle n’en n’est pas sûre mais elle l’a entendu à ce moment ricaner.
D’abord elle ne dit rien, tout se fige, elle ne le croit pas, il plaisante. Le regard de Simon la détrompe. Aucune échappatoire.
Le sol se dérobe, un gouffre glacial s’ouvre devant elle l’engloutissant comme dans un tremblement de terre. Nouveau séisme, réplique violente, absurde et contrecarrant le premier.
Clara ne peut plus soutenir les yeux de Simon que les ombres ont quitté et qui la fixent maintenant d’un air désolé et aimant. Elle se lève brusquement et s’enfuit en courant, trébuchant à chaque pas. Elle étouffe, des sanglots lui nouent la gorge mais ce sont des pleurs de rage et de colère. Chaque respiration lui déchire péniblement les poumons.
Elle regrette de l’avoir retrouvé, le prix à payer est trop élevé. Elle menait une vie morne sans grande joie mais sans véritable douleur non plus, sauf la crainte lancinante et refoulée de vieillir seule.
Tout lui est ôté, tout lui est rendu. Il ne reste plus rien de son bonheur fou, sa petite existence étriquée d’avant lui est relancée au visage comme une gifle, avec le désespoir en plus.
Clara pense qu’elle avait pourtant vaguement ressenti chez Simon et enfoui au plus profond d’elle- même, certaines attitudes, une sorte de retrait de l’être, quelque chose de fuyant et de secret qu’elle ne lui connaissait pas. Mais elle avait surtout retrouvé malgré les années sa voix chaude et grave, un cœur battant au même rythme que le sien, la consanguinité d’esprits qui les avait rapprochés.
Mais Simon est devenu un monstre et ses sentiments pour lui sont intacts.
Clara marche à pas hésitants dans le parc dont les allées sablonneuses sont recouvertes de pétales roses et blancs. Les jacinthes et les jonquilles sont déjà fanées, laissant la place à de larges bordures de pensées violettes. Clara ne retient plus ses larmes et il lui semble que ces fleurs veloutées et si discrètes s’accordent à son âme et à sa petite existence dérisoire. Elle écoute quelques instants le chant monotone des tourterelles perchées tout en haut des arbres en pleine feuillaison. L’horizon s’obscurcit à l’ouest d’une traînée d’un noir délavé qui se fond dans le bleu transparent du ciel. Tout peut être si beau. Et si triste.
Elle s’est isolée chez elle, dans l’obscurité, l’esprit vide. Tout ce à quoi elle aspire, c’est dormir, s’enfoncer dans la nuit, se laisser emporter dans la vie imaginaire des rêves. La sonnerie du téléphone la réveille soudain, se prolonge, la pénétrant d’échardes douloureuses, puis s’interrompt enfin, comblant la chambre de silence. Plus tard, on frappe à sa porte, on insiste, son cœur se met à battre plus fort, à coups saccadés. Elle se lève, il faut faire face.
Simon est devant elle, pâle, les trais flous, le visage creux, comme rongé de l’intérieur. Je t’aime lui dit-il gravement, je n’ai qu’une chose à faire pour être digne de ton amour, je vais me dénoncer, j’expierai mon crime.
Elle tend la main et lui caresse doucement la joue. Jamais elle ne s’est sentie aussi triste, aussi démunie. Clara lui dit d’attendre, elle a besoin de rester seule, ils se retrouveront demain.
Elle éprouve à la fois une peur et un épuisement immenses. Jamais elle n’aura le courage de l’abandonner, de renoncer à lui. A quoi serviraient désormais sa bouche, ses bras, son cœur, son être ? Elle ressent aussi, à d’innombrables petits signes, qu’elle n’a plus beaucoup de temps; elle ne pourra pas attendre que se rouvrent les murs où Simon sera enfermé. Mais comment l’existence pourrait-elle continuer à s’écouler pour eux deux, avec l’horreur qui dressera toujours ses ombres funestes sur leur amour?
*
A la levée du jour, Clara est apaisée, elle est prête. Le printemps l’éclabousse à sa fenêtre des mille existences minuscules qu’il fait renaître. Le vent chasse d’indolents nuages, découvrant ça et là des éclats bleus lumineux.
Elle chantonne doucement en traversant les allées du parc saupoudrées de lumière dorée, lève son visage dévasté vers le ciel, les arbres en fleurs et les oiseaux. Clara va chercher Simon.
Ils demeurent longtemps côte à côte, elle a la tête un peu penchée sur lui qui l’enlace de son bras. Tout a été dit. Ils ont retrouvé Mont sur Roc. Contournant la petite place ensommeillée, ils s’éloignent silencieux dans les prés voilés de rosée, vers la rivière qui scintille.
Sur la berge d’où s’élèvent de longues écharpes de brumes ils se dévêtent et se tenant par la main, se dirigent lentement vers les tourbillons.
Tout est calme à présent. Ils ont arrêté de dériver d’un bord à l’autre de leur vie.
*
Martine Rouhart, 2009

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Une femme divorcée.



Sabine était une femme divorcée. Souvent, elle s’était demandée :
- Pourquoi avoir divorcé, c’était un brave garçon, non ?
Elle haussait les épaules, et elle se répondait :
- Je ne sais plus.
Elle pensait que ça n’en avait pas valu la peine. Le mariage ou le divorce ? Parfois c’était l’un, parfois c’était l’autre.
Elle était âgée de quarante ans à l’époque de son divorce. Chez l’homme ou chez la femme, il y a des âges où la vie est sur le point de basculer. Et parfois, elle bascule.
Aujourd’hui, à l’âge de cinquante-six ans, elle était encore fort séduisante. Elle avait été, à l’époque de son divorce, une femme qui enflammait les hommes au travers de la sensualité qu’elle dégageait.
Un jour au Club Méditerranée de Djerba en Tunisie tandis que son mari s’était absenté durant un jour pour une compétition de golf, elle avait succombé à l’attrait d’un compagnon de rencontre. L’homme, en dansant, l’avait serré si fort qu’elle avait voulu le repousser. Vêtu de son paréo, il avait poussé son ventre contre celui de Sabine comme s’il avait voulu lui imprimer son sexe sur le sien. Elle n’avait pensé à rien d’autre. Elle s’était laissé conduire le temps d’une danse. Et elle l’avait suivi à l’écart des huttes du Club.
Un autre jour, elle avait appris que son mari l’avait trompée. Il était médecin. Le matin, il faisait des visites à domicile. C’était une patiente qui le lui avait révélé. Une folle avait dit le mari. Une nymphomane. Il avait prétendu qu’elle l’avait pratiquement violé. Nue sous sa robe de chambre qui s’était délacée lorsqu’elle avait glissé sa main sous ses jambes, elle s’était laissé tomber sur le sol en l’entrainant sur elle.
- Que pouvais-je faire ?
Elle le lui avait reproché, et elle avait entrepris une procédure en divorce.

A quarante-deux ans, elle était devenue une femme libre. Une femme seule.
Seule ? Elle eut un amant. Le mari séparé d’une amie. Marcel souhaitait l’épouser. Elle était sexy, elle faisait bien l’amour, il ne le disait pas mais elle faisait beaucoup mieux l’amour que ne le faisait sa femme, et elle faisait bien la cuisine. Une cuisine légère parce qu’elle surveillait sa ligne, et savoureuse.
Elle cessa de voir Marcel.
La vie est imprévisible. Il ne devait pas être âgé de plus de vingt cinq ans celui qui l’avait abordée dans une brasserie, attablé à une table voisine. Un beau garçon, de belles proportions physiques, le visage souriant, il devait plaire indubitablement. Il lui avait plu à elle aussi. Pourtant, il aurait pu être son fils ! Elle exagérait mais c’était d’autant plus excitant.
- Je peux m’asseoir ?
Elle avait dit oui. Elle n’avait pu s’empêcher d’ajouter :
- Un lapin ?
- Pas un lapin, un signe du destin.
- Oh ! Vous n’exagérez pas un peu ?
- A peine.
Il ne manquait pas d’audace. Ce fut une liaison qui dura quatre mois. Il la retrouvait deux fois par semaine dans l’appartement qu’elle occupait depuis son divorce. Elle aimait cette façon qu’il avait de la regarder lorsqu’elle était nue. Elle plaisait. Elle pensait : il ne me regarde pas, il me détaille. Il découvre la femme en moi.
Les années passèrent. Elle eut sa dernière aventure avec des jeunes gens lorsque l’un d’eux, le fils d’une amie, lui avait demandé conseil.
- Comment faire ? J’aime Nathalie et je suis incapable de le lui dire.
Elle hésitait entre les larmes et le rire. Mais le jeune homme ne s’aperçut de rien. Sans aucun doute, il était d’une timidité maladive. Elle aurait aimé l’initier.
- Tu l’as déjà embrassée. Tu l’as déjà touchée ?
- A vous, je peux le dire : je ne suis plus un homme lorsque je suis à côté d’elle.
- Plus un homme ?
C’était une véritable confession. Il ne considérait pas que Sabine était vieille ou laide mais ses attraits qui faisaient envie il y avait peu de temps encore aux jeunes gens de son âge n’éveillaient aucune sensation physique chez ce jeune homme. C’est de Nathalie qu’il rêvait. Qu’il éprouvait le besoin de décrire.
Sabine avait trouvé Nathalie quelconque. A l’image de ces jeunes fille en pleine métamorphose qui se bandent les seins parce qu’elles les trouvent trop gros ou qui bourrent de ouate leur soutien-gorge parce qu’elles les trouvent trop menus.
Un soir, elle avait entendu son nom.
- Sabine !
Elle rentrait chez elle après s’être rendue au cinéma. A peine si elle se souvenait du film. Elle l’avait reconnu sans hésiter, c’était la voix de Pierre, son ex-mari, le médecin dont elle avait divorcé quinze ans auparavant.
- Qu’est-ce que tu fais là ?
- Sophie est morte.
- Sophie est morte ?
Souvent les phrases se font l’écho les unes des autres, parfois ce sont les silences qui les prolongent, les uns et les autres expriment des sentiments confus.
Sophie était la femme qu’il avait épousée après son divorce. La solitude soudaine des maris, plus que la beauté ou les qualités de leur future épouse, les pousse souvent à se remarier.
Il y avait longtemps qu’ils ne s’étaient pas rencontrés, Sabine et lui. La surprise fut d’autant plus grande. Elle n’alla pas sans un regard inquisiteur sur ce que les corps des uns et des autres étaient devenus. Sabine était demeurée aussi attirante que dans ses souvenirs. Ils s’étaient embrassés sur les joues. Elle était restée fidèle à Shalimar.
- Tu veux monter ?
- J’avais besoin de parler à quelqu’un
Elle habitait au troisième étage. L’ascenseur, proche de la cage d’escalier, était étroit. Il pouvait transporter trois personnes pourvu qu’elles se serrent. Pierre détourna la tête. Sans ce geste instinctif de savoir-vivre, il aurait eu le nez et les yeux sur la poitrine de Sabine dont il se souvenait soudain de la tiédeur.
Pendant qu’elle apportait les verres, elle se souvenait qu’il aimait le whisky. Elle constatait qu’elle-même durant toutes ces années était restée fidèle à la même marque.
- Toujours de l’eau plate ?
Il la regardait, et il pensait qu’elle n’avait pas changé. Lui non plus, aux yeux de Sabine, s’il n’avait plus les traits juvéniles du mari qu’il avait été, il n’avait pas l’air d’un vieillard. Un peu d’embonpoint mais la taille bien droite. Il avait l’air vigoureux. Pourquoi s’étaient-ils séparés ? Elle était incapable de se répondre. Et Pierre, que devait-il en penser ?
Il avait besoin de se confier. Pour l’écouter, elle s’était assise sur le fauteuil à deux places, les jambes repliées sur le fauteuil. A cette place précisément où elle s’asseyait lorsqu’elle était avec son amant avant qu’ils ne se lèvent tout à coup pour s’embrasser.
Elle était incapable de dire comment les choses allaient évoluer. Ce sont des situations dont on devine la fin. Peut être que l’alcool faisait déjà son effet. Pierre se leva. Elle se leva à son tour.
- Il est tard, il faut que je m’en aille. J’avais besoin de parler. Je te remercie, Sabine.
Ils s’embrassèrent comme de vieux amis, et elle le reconduisit à la porte.

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Hommages et baisemain

 

 

 

Je connus, en mes ans lointains,

L'usage doux du baisemain.

Hérité des belles manières,

Il était chose coutumière.

Présentant ainsi leurs hommages,

Les hommes donnaient une image

De gens respectueux, bien nés,

Et souvent même raffinés.

Nobles et bourgeois après eux,

Ne semblaient certes pas précieux

En adoptant cette attitude;

Ils agissaient par habitude.

Or ce qui demeurait permis

Et ce qui n'était pas admis,

Dépendent de nouveaux critères.

Les moeurs deviennent solidaires.

Les hommes d'état de partout,

Entre eux, échangent des bisous.

Le baisemain est d'un autre âge,

Les dames se plient aux usages.

 

5 avril 2014

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Aphorismes sur le bonheur

 

Bonheur:

Le bonheur est un composé d' S.L.C.(santé, liberté et confort)

Bonheur:

En voulant du bonheur à tout prix, on prend parfois le risque de s'en offrir un faux.

Bonheur:

Le bonheur pour rester stable, ne doit pas être dérangé.

Bonheur:

Pour s'assurer un bonheur accessible, il faut se réserver des joies à portée de la main.

Bonheur:

On reçoit rarement le bonheur en paiement de l'indu ce qui nous autorise à en jouir sans avoir

à rendre des comptes

Bonheur

Savoir se rendre heureux c'est savoir se mijoter de petites joies quand le besoin s'en fait sentir.

Bonheur:

Le bonheur est un équilibre précaire que l'on risque de rompre en voulant le parfaire.

Bonheur:

Ce qui nous ensoleille est de la joie, le beau-fixe peut être du bonheur.

Bonheur:

Quand on a le goût de chanter, jour après jour, et même par temps gris, c'est qu'on vit du bonheur.

Bonheur:

Avoir apporté du bonheur ne garantit nullement qu'on en recevra une part.

Bonheur:

Ceux qui ont compris que le bonheur est de n'avoir pas à endurer de grands ou de légers malheurs, distribués à tous inévitablement, se sentiront sans doute heureux.

Bonheur:

Le bonheur de l'humanité viendrait d'un vent généreux, agissant partout à la fois, ce qui est contraire aux lois de la circulation des courants d'air.

 

( Extraits de « Mots dites-moi! »  de Suzanne  Walther-Siksou

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Avril,

Mois d'avril,

le lilas déjà là,

immobile dans ma ville ;

point de vent,

l'air y est doux,

un tantinet velours.

Mois d'avril,

le lilas déjà là,

embaumant dans ma ville ;

féminité arborescente,

blanche ou mauve,

à son apogée, jusqu'à mai.

Et moi,

toute de bleue vêtue,

le visage pâle et grave,

je passe, non loin d'un chat tigré ;

l’hiver est assommant,

même lorsqu'il est tout blanc !

Pourtant,  de ci, delà,

des clartés irisées,

des flaques de soleil,

persistent à y rester,

pour enchanter les pluies !

Mois d'avril,

le lilas déjà là,

douceur dans ma ville ;

une enfant rose et blonde,

juste en dessous,

pour la première fois,

tout lentement s'éprend,

d'un enfant chocolat,

dont le cœur naissant,

dégringole face à elle ;

s'éclaircit,

grandit d'un coup !

NINA

 

 

 

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ADMINISTRATEUR GENERAL

L’Espace Art Gallery a le plaisir de vous présenter du 09/04 au 27/04/2014 l’exposition  événement des artistes suivants : Max Mesters alias Max (Be) peintures, Daniel Roger (Fr) peintures, Patricia Le Guennec (Fr) peintures et Corinne Benoliel alias Corinart (Fr) peintures et sculptures.

 

Le VERNISSAGE a lieu le 09/04 de 18h 30 à 21h 30 et l’exposition du mardi au samedi inclus de 11h 30 à 18h 30. Et sur rendez-vous le dimanche.

Le FINISSAGE a lieu le 26/04 de 11h 30 à 18h 30.

Max Mesters alias MAX (Be) peintures

« Emergence » 

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Daniel ROGER (Fr) peintures

« INTERMEZZO »

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Collectif de la GALERIE :

        

Patricia LE GUENNEC (Fr) peintures

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Corinne Benoliel alias CORINART (Fr) peintures et sculptures

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Pierre CONTENT (Fr) sculptures

 

A voir également « La grande table en bois » réalisée par l’artiste

Louis de VERDAL (Fr) sculpture

Exposition du 09 avril au 27 avril 2014.

 

Espace Art Gallery 35 rue Lesbroussart 1050 Bruxelles. Ouvert du mardi au samedi de 11h 30 à 18h 30. Et le dimanche sur rendez-vous. GSM : 00 32 (0) 497 577 120

 

 

INFOS ARTISTES ET VISUELS SUR :

 

Le site de l’Espace Art Gallery se prolonge dorénavant sur

Le Réseau Arts et Lettres à l'adresse: http://ning.it/KUKe1x

Voir: https://artsrtlettres.ning.com/ (Inscription gratuite)

Programmation de la Galerie de janvier à avril 2014 :

Voir : http://j.mp/MzSIB0

Diaporama des plus belles expositions de l'Espace Art Gallery :  

Voir: http://ning.it/KHOXUa

Les critiques de François Speranza sur Arts et Lettres :

Voir : http://j.mp/1dDwL9m

Expositions de l’Espace Art Gallery d’avril 2011 à janvier 2014 :

Voir : http://j.mp/1dO2y7o

 

 

INVITATION A PARTICIPER A UN CONCERT

Samedi 17 mai 2014

Concert de Formiga and Cigale par Anna Amigô et Eva Genniaux.

 

Notre projet est un voyage à travers l’Europe et sa musique traditionnelle. Une harpe celtique, un violon et deux voix plus que magiques transportent ceux qui les écoutent en des lieux mythiques et inattendus pendant plus d’une heure d’évasion.

 

Formiga and Cigale transforment la scène en un espace plein de glamour, d'humour et bien sûr de musique. Un répertoire riche et vaste en chansons traditionnelles de différentes régions de l'Europe, fruit de leurs voyages et de leurs rencontres. Troubadours modernes, elles adaptent et arrangent les morceaux pour arriver à un style qui leur est propre. Histoires de princesses, de guerres, d'amour impossible, de mère qui empoisonne leur fille, de vent soufflant sous un kilt et de gigues endiablées; Formiga and Cigale vous embarquent dans leurs aventures, réelles ou imaginées, à travers le continent. Laissez-vous séduire par l’univers de ces deux baroudeuses (une catalane Anna Amigô et une française Eva Genniaux habitant en Belgique). Que le spectacle commence…

 

Infos pratiques : 20h à 21h 30. Espace Art Gallery, rue Lesbroussart 35 à 1050 Ixelles.

PAF : 5 €. Réservations souhaitées au 00 32 (0) 497.577.120. Places limitées (35) et verres de l’amitié après. Les bénéfices du concert seront au profit de Formiga and Cigale.

 

 

Information pratique : Pour les visiteurs de la galerie qui viennent en voiture. Les parkings rue Lesbroussart et environs sont payant jusqu’à 20h 30 ! Si vous ne trouvez pas de places dans le quartier il est tout à fait possible d’utiliser le parking Flagey sous la place. Il est à 5 minutes de la galerie et cela sans tourner en rond à la recherche d’une place disponible. Ou alors venir après 20h 30 et trouver une place en surface. Et il y a aussi les transports publics : le tram (81) et les bus (38, 54, 60 et 71).                   Jerry Delfosse

Voici les sept prochaines expositions :

 

-Titre : « Les pièces du temps » 

Artiste: William Kayo (Cam) technique mixte

Vernissage le 30/04 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 30/04 au 18/05/2014

Finissage le 17/05/2014 de 11h 30 à 18h 30.

&

-Titre : « Douceur, colère, émotion » 

Artiste: W. Kemp (Be) peintures

Vernissage le 30/04 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 30/04 au 18/05/2014

Finissage le 17/05/2014 de 11h 30 à 18h 30.

&

-Titre : « Sales gueules et gueules salées » 

Artiste: Manu Gomez (Be) sculptures

Vernissage le 30/04 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 30/04 au 18/05/2014

Finissage le 17/05/2014 de 11h 30 à 18h 30.

&

-Titre : « Différents regards sur l’art »

Artistes: Isabelle Constant (Fr) sculptures, Anne Marie Chasson (Fr) sculptures, Jean Begassat (Fr) peintures et Julien Niverd alias Abraman (Fr) peintures et sculptures

Vernissage le 30/04 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 30/04 au 18/05/2014

Finissage le 17/05/2014 de 11h 30 à 18h 30.

 

 

-Titre : « M’Artinessence » 

Artiste: Martine Raeymaekers (Be) peintures

Vernissage le 21/05 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 21/05 au 08/06/2014

Finissage le 07/06/2014 de 11h 30 à 18h 30.

&

-Titre : « Entre rêves et réalité » 

Artiste: Florence Penet (Fr) peintures

Vernissage le 21/05 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 21/05 au 08/06/2014

Finissage le 07/06/2014 de 11h 30 à 18h 30.

&

-Titre : « Différents regards sur l’art »

Artistes: Isabelle Constant (Fr) sculptures, Anne Marie Chasson (Fr) sculptures

Vernissage le 21/05 de 18h 30 à 21h 30

Exposition du 21/05 au 08/06/2014

Finissage le 07/06/2014 de 11h 30 à 18h 30.

 

 

Au plaisir de vous revoir à l’un ou l’autre de ces événements.

 

Bien à vous,

 

                                                        Jerry Delfosse

                                                        Espace Art Gallery

                                                        GSM: 00.32.497. 577.120

                                                        eag.gallery@gmail.com

 

Le site de l'Espace Art Gallery se prolonge dorénavant sur le Réseau Arts et Lettres à l'adresse: http://ning.it/KUKe1x

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Le petit chat est mort

Cela fait des années que j’erre dans cette ville, perdu pour la société et pour les hommes. Je cherche un coin paisible où me poser. Ce pont m’attire et me permet de m’abriter sous mes cartons. Vagabond comme ils disent, je reste là à méditer des heures entières sans bouger. Les souvenirs de ma vie passée reviennent régulièrement me rendre visite et souvent je ne suis pas fier.

De déconvenues en déceptions, je suis arrivé à perdre ce que j’avais de plus précieux, ma famille, ma femme, mes enfants ensuite mon boulot, mes biens, mon âme. J’ai erré sans fin dans la cité, frappant aux portes qui ne s’ouvraient plus. Abandonné par tous et laissé à mon triste sort, j’ai compris qu’ils m’avaient effacé de leur mémoire. Cruel destin d’un homme qui s’est laissé égarer, perdre dans la nuit des temps. J’ai donc décidé de les éviter.

Mon crime, j’ai refusé de vivre comme un forçat, contesté la vie qu’on m’imposait avec toutes les obligations habituelles, la vie trépidante pour laquelle je n’étais pas fait. Mon âme m’a mené ici et je reste allongé sur ce sol froid de misère.  Mes compagnons d’infortune ne sont pas mieux que moi, la souffrance les accompagne tous de la même façon. Chacun a son histoire inhumaine à porter et  quoi qu’en pensent certains, nous ne sommes pas des sous hommes mais bien des humains déchus et cherchant dans le rien le peu pour vivre, survivre.

Au début, ce n’était pas par choix, mais contraint de rechercher ma nourriture et un peu de chaleur. Ensuite, j’ai bien compris que je les dérangeais et c’est là que j’ai pris ce pont pour demeure. Un toit de bruit, de vacarme et de courant d’air où pour dormir je m’enferme en moi-même et sous mes cartons.  Je revis tous ces moments de la vie d’un homme debout avant que je ne tombe.

Je sais que cet endroit sera mon tombeau parce que j’ai tellement froid par instant, je sens mes membres s’engourdir. Mon petit compagnon à 4 pattes est mort, le corps et l’âme torturés, il s’en est allé reposer dans sa tombe fraîchement ouverte. Je l’ai déposé tristement et recouvert de mes larmes dans cette terre encore tendre. Il me laisse des souvenirs. Mon âme pleure de quitter un si gentil compagnon. Il égayait mes jours et mes nuits de sa présence.

Demain, ce sera moi qui partirais mais je ne serai pas triste.

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de vieux amants

Mon oncle avait quatre-vingt deux ans. Il était pensionnaire d'une maison de retraite, une maison de vieux, destinée à des vieillards dont les moyens financiers étaient insuffisants pour leur permettre de résider dans une maison de retraite hôtelière occupée par des vieillards fortunés.

Mon oncle disposait d'une chambre individuelle meublée d'une table, de deux chaises, d'un lit, et d'un poste de télévision. Une chambre individuelle parce qu'il empêchait son voisin de chambre de dormir en lui racontant des histoires rocambolesques. Ou en faisant fonctionner la radio durant la nuit, le son au maximum. En recommençant dès que la gardienne de nuit quittait la chambre après avoir éteint le poste.

- C'est interdit, monsieur Richard.

Le directeur avait concédé la chambre individuelle et lui avait donné le poste de télévision d’un pensionnaire décédé.

Monsieur Richard était le mari de ma tante. Lorsqu'elle est morte, une attaque cérébrale, il avait refusé de rencontrer qui que ce soit de la famille de sa femme, et nous avions cessé de nous voir. Sa femme n'appartenait qu'à lui, avait-il dit. Sa douleur, il ne voulait la partager avec personne.  

Il avait renoncé à ses affaires. Elle n'était plus là pour les gérer avec lui, il ne serait plus là, lui non plus. C'était un couple profondément amoureux.

Leur maison était grande et confortable. Ils l'avaient achetée quelques années auparavant en  pensant à leur vieil âge, et à l'hypothèse d'un handicap qui aurait nécessité une garde malade à demeure.

Pratiquement, il n'en sortit plus jamais. Sinon pour faire ses courses au supermarché parce qu'il fallait bien se nourrir. Revenu chez lui, il s'asseyait dans la cuisine, et contemplait le jardin qui se trouvait à l'arrière. Ou il s'étendait sur le lit de la chambre à coucher et regardait le plafond en pensant à sa femme.

A force d'être immobile, il s'efforçait de ne plus vivre. Il pensait que c'était une façon de mourir puisqu'il n'avait pas eu le courage de se tuer.

Puis, il avait rencontré Cécile qui était veuve. Au bout de trois semaines, ils couchaient ensemble et découvraient que parfois, ou souvent, la sexualité remplace les élans du cœur.

J'avais reçu d'un notaire un courrier qui m'informait que j'étais l'héritier d'un monsieur, pensionnaire d'une maison de retraite, qui n'était pas décédé mais qui avait tenu à ce que je sache que le jour où il mourrait, j'étais celui qu'il avait choisi pour hériter de ses biens.

Des biens? Le notaire m'informa qu'à sa connaissance, il n'en avait pas, qu'il s'agissait de biens symboliques, que la symbolique autant que la sémantique accroissait la qualité des choses, c'est mon oncle qui avait tenu à ce qu'il me le dise. Il avait prétendu que j'étais un garçon intelligent qui saurait apprécier ses propos.

Ma tante était morte vingt ans auparavant, et j'étais curieux de revoir ce mari qui par amour avait exigé l'exclusivité de la vie et de la mort de sa compagne mais dont le veuvage n'avait pas éteint les pulsions. Il avait constaté qu'on pouvait tout à la fois aimer sa femme défunte, et trouver chez une autre de quoi les satisfaire.

C'est ce qu'il me raconta par morceaux durant les visites que désormais je lui rendais. Il avait l'air d'en jouir en me fixant dans les yeux pour juger de mes réactions. Le plus beau, je le devinais à ses hésitations et à des propos qu'il distillait comme un auteur qui ménage ses effets, le plus beau, je le pressentais, était à venir. Mais c'était quoi : le plus beau?

- Elle faisait bien l'amour, Cécile. A toi, je peux le dire. Après tout, je n'avais que soixante deux ans et elle, à peine cinquante-cinq. Elle avait du tempérament. C'est drôle, on ose davantage avec une étrangère qu'avec celle qu'on a épousé à l'adolescence, et à qui on a promis de ne jamais rien cacher. Il n'y a pas de morale en amour. Ni morale ni justice.

Il était l'heure de fermer. Il me retint par le bras.

- Je ne sais pas si je dois le dire.

Il s'était levé pour rejoindre sa chambre.

Je lui rendais visite tous les vendredis. Ce qui m'apparaissait au début comme les bavardages d'un vieillard à qui je rendais visite par compassion, excitaient désormais ma curiosité. Cet homme, pensais-je, est en train de me dire des choses importantes. Je n'imaginais pas en quoi elles étaient importantes mais je savais qu'elles l'étaient. Il suffisait d'attendre.

Cécile et lui n'avaient pas grand chose à se dire. Cela ne les gênait pas.  Lorsque le silence s'installait, Cécile disait:

- Tu viens.

Et ils allaient se mettre au lit.

Leur liaison avait duré cinq ans. Je ne sais pas si elle avait été heureuse, il ne l'avait pas dit formellement ni le contraire d'ailleurs, mais elle avait été inventive. De sorte que lorsque Cécile  s'enticha d'un amant à peine plus jeune que lui, ce qui l'avait blessé, c'était qu'elle partageait avec ce bellâtre des audaces dont il avait pensé que c'était à lui seul qu'elle les avait destinées.

Il avait le sentiment d'avoir été frustré d'un droit de propriété, en tout cas de copropriété, qu'il avait sur les exercices amoureux auxquels ils s'étaient livrés. Du temps de son épouse, il aurait rougi en les évoquant.

- Vous pensez encore à ça, mon oncle?

- Je ne suis pas encore gâteux. Il y a longtemps que j'ai séjourné aux Etats-Unis, ça n'empêche pas que je me souviens très bien de New-York. Et ça n'est pas désagréable. Cécile prétendait qu'on pouvait faire l'amour bien après quatre-vingt ans.

- Quatre-vingt ans?

- Il me regardait avec ironie.

 Il n'était pas resté seul très longtemps. Six mois plus tard, il faisait la connaissance d'une dame plaisante d'aspect qui prenait le thé à la terrasse d'un café. Lui, il buvait un café déjà tiède, en regardant les passants.

- Il fait beau aujourd'hui.

Elle avait eu l'air de réfléchir, elle l'avait regardé un instant.

- C'est vrai, il fait beau.

Ce fut sa troisième compagne, Hélène.

- Je te le jure. Si elle n'était pas morte, elle aurait été la dernière. Tant elle avait de qualités.

- Elle est morte?

Les larmes lui mouillaient les yeux. Il se leva et retourna dans sa chambre en trainant les pieds.

Le vendredi suivant, il avait hoché la tête.

- Quel est l'imbécile qui a dit : de l'audace, encore de l'audace. Moi, j'ai longtemps hésité. Et j'aurais du hésiter plus longtemps encore. Peut-être un jour de plus. C'est souvent le dernier jour qui est déterminant. En réalité, la dernière seconde. Tant que la chose n'a pas été faite, elle n'a jamais existé. Et tout serait différent.

Il avait ajouté :

- Il n’y a pas de morale.

Le bellâtre était mort après quinze ans de vie commune avec Cécile.

- Vous voyez qu'il y a une justice, mon oncle. Avouez que vous avez été content ce jour-là.

Je le disais sans conviction. J'imaginais qu'après plus de quinze ans de séparation, presque seize, et à leur âge, les blessures d'amour propre avaient disparu. Et l'union ave Hélène qui l'aimât sans éclats, sans passion spectaculaire mais profondément, avait du lui être chère. Somme toute, il aurait du être reconnaissant à Cécile. C'est à Cécile qu'il devait sa rencontre avec Hélène, non ? Je l'avoue, je connais peu la psychologie masculine.

Cécile avait téléphoné le jour même de la mort de son compagnon, il avait reconnu sa voix immédiatement. Son cœur s'était mis à battre plus fort.

 - Il est mort.

Il avait deviné de qui il s'agissait. Elle l'annonçait à mon oncle parce qu'il lui semblait que c'est à lui qu'elle devait l'annoncer en premier. A qui d'autre, pensa mon oncle qu'une joie soudaine avait envahi.

- Mort. Il m'a laissée seule.

- Courage, Cécile. La vie n'est pas finie. Je vais venir.

- Oh Richard ! Il m'a laissé seule.

Après tant d'années, il la revoyait de mémoire comme s'ils s'étaient quittés la veille. Chaque détail de ce qui fut leur dernière nuit d'amour lui revenait. Il en avait conscience une fois de plus, ils avaient vécu une passion torride. Et le destin leur offrait de la poursuivre.

- Tu le sais: quand le désir d'une femme te submerge plus rien ne compte. Ne mens pas. Le désir aveugle, et engourdit le cerveau.

Est-ce ma faute si Hélène est morte en même temps que lui. Les dernières années de la vie d'un homme sont comme des diamants, c'est un crime que d'en ternir l'éclat. Quel que soit le prétexte qui sera oublié dès qu'il sera passé de l'autre côté.

Il avait parfois parlé la tête basse si bien que j'avais du me pencher vers lui pour l'entendre. Il avait entrecoupé ses propos de silences dont je ne savais pas s'ils étaient voulus ou s'ils étaient dus à son âge. Il arrivait, j'en étais convaincu à présent, à cet essentiel, ces choses importantes, que j'avais pressenti dès nos premières rencontres.

- Mon oncle, vous n'avez pas?

J'étais incapable de poursuivre. Une chose est de penser que les hommes sont capables de tout, une autre est de  constater que c’est vrai. Et d'être le confident de ce qu'il faut bien appeler un meurtrier. Est-ce que les prêtres, dans leur confessionnal, éprouvent la même angoisse?

C'est du cyanure qu'il avait versé dans le vin dont ils buvaient une bouteille tous les soirs pour se détendre avant de dîner.

- Hélène n'a pas souffert, je t'assure. Elle est morte sur le champ.

Ce jour-là, étendu sur le lit, c'est à Cécile que mon oncle pensa longtemps avant de s'endormir. Ses rêves furent ceux d'un adolescent. Par pudeur, il attendit le lendemain des funérailles pour revoir Cécile.

Seule, la voix n'avait pas changé. Son visage s'était épaissi mais ses lèvres étaient encore pulpeuses. Il l'embrassa sur la bouche.

- Je suis contente que tu sois venu. J'ai appris qu'Hélène était morte. Pauvre Richard. Nous n'avons pas de chance tous les deux.

Il la serra contre lui. Elle se laissa aller, davantage parce qu'il la serrait que poussée par le désir. Il lui embrassait le cou à cet endroit qui jadis mettait en marche son petit moteur comme ils disaient. Elle avait le cou ridé d'une vieille femme.

- Tu veux te coucher?

En se déshabillant, il voyait dans le miroir de la salle de bain son ventre proéminent qu'il tentait d'atténuer en se raidissant. Quant à Cécile, ses hanches s'étaient élargies et des plis lui cernaient le ventre. Elle avait toujours été encline à la cellulite. Il détourna la tête et se glissa sous les draps. Lorsqu'elle le rejoignit, il lui entoura le cou tandis qu'elle plaçait la main sur son sexe.

Ils restèrent au lit près d'une demi-heure sans rien se dire. Le haut de sa cuisse était mouillé mais chacun d'entre eux, finalement, avait fait l'amour tout seul. En fermant les yeux.

- Tu es déçu? Tu veux rester?

- Tu es gentille. Il faut que je rentre. Je reviendrai demain.

Elle sourit en soupirant.

- Ce n'est jamais comme avant.

En rentrant chez lui, il lui sembla que l'appartement était froid. Il avait du fermer le chauffage avant de partir. Sur la table de la cuisine restait la tasse vide du café qu'il avait pris la veille en se levant. Il s'assit, la tête entre les mains, les coudes sur la table, en pensant à Hélène qui l'avait quitté. Un frisson, parfois, le secouait. Il prit un gilet qu'il enfila sur son pull.

Est-ce que lui aussi avait changé physiquement autant que Cécile? Il n'avait pas de chance. Toutes les femmes qu'il avait aimées étaient mortes. Il restait seul comme un chien abandonné.

Il secoua la tête.

- Il n'y a pas de morale dans la vie.

 

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La poéticité

 

En hommage à Denis Roche

Lautréamont a inventé le mot mécrit
Pour nommer les divagations de son esprit
Quand il se délectait d'une étrange éloquence
Et qu'il apprivoisait l'insondable démence.

Denis Roche eut le goût de s'enfoncer aussi
Dans cette aberration appelée poésie.
Quand il la reconnut vaine et à éviter,
Il lui donna le nom de poéticité.

Il alla jusqu'à dire qu'elle était méculture.
Son évaluation ne me parait pas dure.
La poésie surgit souvent de la beauté
Engendre la tristesse ou la félicité.

Des êtres exaltés en s'emparant de mots,
Pensent en avoir fait de rutilants ruisseaux.
De cette griserie, ils prennent l'habitude,
Et continuent d'oeuvrer dans cette certitude.

 
18 septembre 2008

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Réinventer la vie JGobert

Réinventer la vie comme un soir d’été

Au bord de cette route où coule le flot des hommes,

Des âmes pures passent alanguies

À la recherche de leurs destins.

Dans cette exquise et délicate douceur

Des esprits s’inventent des jours meilleurs

Pour agrémenter leurs vies languissantes

De peur de les perdre à jamais.

Des rêves impossibles renaissent

Le long du lac immobile où se cachent des sentiments

Dans cette nuit subitement devenue noire

Des cœurs s’arrêtent étourdis, lascifs

Des hommes cherchent en vain le chemin de l’oubli

pour renaître à la vie un soir d'été.

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Le silence brisé

 

  Doux ami,

 

De ma bulle, je vois, figée dans le silence,

La rue dont l’air, partout, se charge de points blancs.

Les érables au tronc noir, déshabillés, troublants,

Tendent leurs branches nues au ciel sans attirance.

La rue dont l’air, partout, se charge de points blancs,

Offre, en ce clair matin, l’image de l’absence.

Tendent leurs branches nues au ciel sans attirance,

Des arbres alignés, géants indifférents.

Offre en ce clair matin l’image de l’absence,

Un décor insipide, sans nuages mouvants,

Des arbres alignés, géants indifférents.

Une lettre de toi briserait ce silence.

Un décor insipide, sans nuages mouvants.

Or voilà qu’un passant révèle sa présence.

Une lettre de toi briserait le silence.

Je la prends de ses mains; le temps se fait chantant.

13 décembre 2010

 

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métaphore

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Qu’est-ce ces chaînes ?

Qu’est-ce ces ailes ?

Qu’est-ce cette pose triste ?

Qu’est-ce cette tête en pierre, enlevée d’un buste antique ?

Voilà les questions que se posera le commun des mortels !

Ce ne sont pas des chaînes, ce n’est qu’une métaphore pour mieux faire comprendre à quel point je suis attaché à toi.

Ce ne sont pas des ailes pour t’envoler, ce serait alors celles d’un papillon, ce sont celles d’un animal mythique désignant nos attitudes parfois diaboliques. Tu te surnommes d’ailleurs Diabliczka et moi Méphisto !

Ce n’est pas une attitude triste, ces menottes ne sont là que pour assumer un de nos fantasmes, sans doute penses-tu à l’un d’eux vécu il y a peu.

Ce n’est pas une tête antique, encore une fois, ce n’est qu’un symbole, simulant une allégorie au temps, notre union sera racontée durant des années, voir des siècles, des millénaires !

L’histoire de Diabliczka et de Méphisto, allia Anna Rembas et Angelo Brenez !

                                                                                                                                 

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Elles arrivent!

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Depuis 2012, Bibliothèques Sans Frontières travaille en partenariat avec le créateur mondialement connu Philippe Starck et l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) pour créer un concept unique de médiathèques en kit pour les populations affectées par des crises humanitaires.

Bien sûr, les acheminements d’aliments de base et d’eau potable, d’abris et de logements, de vêtements décents, de services médicaux et d’installations sanitaires sont essentiels. Mais très vite, les réfugiés ressentent le besoin de tisser des liens sociaux, de reconstruire une société civile informée, et de développer la résilience nécessaire pour se relever.

L’Ideas Box comble ce vide, et donne aux sociétés meurtries les moyens de lire, d’écrire, de créer et de communiquer. En fournissant un accès à Internet, aux livres, à diverses ressources pédagogiques, mais également au théâtre et au cinéma, l’Ideas Box donne la possibilité aux individus et aux communautés de reconstruire ce qu’ils ont perdu.

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Elles sont là !

                   

Le site Ideas Box

Le site Bibliothèques sans frontières

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LES COLÈRES DU JOUR...

Elles se perdent dans le bleu et se noient dans le gris,

Se contiennent et s'évadent, se structurent à tout prix!

Les colères salutaires nous enseignent la vie...

Elles déposent sur nos cœurs un désir de survie!

Quand le souffle nous manque , encore plus la patience

Et que l'on sent monter des larmes en partance...

Elles nous viennent en aide, amicales et fécondes,

Déposant sur nos nerfs de bénéfiques ondes!

Ne pas les repousser et garder le contrôle...

A nos pulsions enfin redonner le bon rôle!

Alors la vie fera le travail en arrière...

Et on pourra penser qu'elles sont éphémères!

J.G.

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Une femme libérée

 

 

 

 Peut-être qu'elle aurait du s'en douter lorsqu’il était resté au club après le match, et qu'il avait téléphoné pour dire qu'il serait en retard. Il avait raccroché immédiatement.

Pierre était ce qu’on appelle un bel homme. Mince, musclé, le pull ou le t-shirt, selon la saison, mettait ses pectoraux en valeur. Il n’était pas très grand mais l’énergie qu’il dégageait attirait le regard. Lorsqu’il regardait une femme, elle se sentait belle et désirable. Les hommes comme lui sont des séducteurs. Peut-être que  c’est de la faute des femmes. Ils n'y sont pour rien si elles sont prêtes à se mettre au lit avec eux sans discours préalable.

Ce jour-là, il n'était pas rentré de la nuit. Il avait dit qu'il avait rencontré un vieil ami, qu'ils avaient trainé dans une boite et qu'ils n'avaient pas vu le temps passer.

- Fais-moi du café, tu veux bien.

Il était monté se raser et il avait mis ses lunettes de soleil, celles dont les verres sont presque noirs, avant de se rendre au bureau.

Plusieurs fois il n’était pas rentré de la nuit. Il lui servait toujours le même discours : le vieil ami rencontré, le bar, le temps qui passe sans qu’on s’en aperçoive. Et il lui demandait de lui faire un café fort.

Elle le fit suivre. Pour se tranquilliser, se dit-elle.

Il rencontrait une jeune femme blonde qu'il emmenait à l'hôtel pour quelques heures après qu’ils aient dîné. Elle prit une décision irrévocable. 

- Je sais tout, Pierre. Ca ne peut plus durer.

- Tant mieux. Je ne devrai plus te mentir. J'ai horreur de ça.

Il ne chercha plus d'excuses lorsqu'il allait voir sa maitresse du moment. Isabelle était au lit quand il rentrait. Il arrivait qu'il lui fasse l'amour, et elle le recevait  avec la fougue d'une femme amoureuse et sensuelle. Elle l'aimait, elle cessa de se plaindre. Lorsqu’il téléphonait, il détournait la tête et plaçait la main devant le téléphone. Isabelle sortait de la pièce.

Un jour elle l'aperçut au volant de sa Porsche qui stationnait devant un ministère. Elle s'apprêtait à le rejoindre lorsqu'il sortit de la voiture, le bras levé pour un salut, et se dirigea vers une jeune femme, elle n'avait pas plus de vingt-cinq ans, qu'il embrassa longuement.

Ce jour-là elle l'avait haï mais à la douleur qu'elle ressentit, elle aurait voulu mourir sur le champ devant les yeux de Pierre, elle sentit qu'elle l'aimait toujours. Elle ne le haïssait pas. Elle était jalouse.

- Je pense que nous devrions nous séparer.

C'est lui qui le dit, et qui le répéta la semaine suivante.

- Tu peux trouver un appartement meublé en attendant.

- En attendant quoi?

- Nous sommes des adultes, Isabelle. Nous allons nous séparer. En attendant le divorce, je vais te verser une rente. Mais, ne tardes pas.

Elle n'avait pas tardé. La semaine suivante elle occupa un appartement dont ses parents étaient propriétaires. Elle reçut une lettre de l'avocat de son mari. Il avait introduit une demande en divorce et voulait connaitre le nom de celui qui représenterait Isabelle. Pierre, son mari, souhaitait que la procédure soit la plus courte possible. Il avait ajouté par téléphone, il y a des phrases qui ne s’écrivent pas:

- Votre mari prétend que c'est par amitié pour vous. Il aurait pu, comme d'autres, vous tromper et néanmoins continuer de vivre avec vous. Il espère que vous n'interfèrerez pas dans sa vie privée comme il ne le fera pas dans la vôtre. Désormais, vous êtes une femme libre.

Désormais, elle était une femme libre. Mais elle ne savait pas encore ce que cela signifiait. Il n'est pas facile d'être libre. Peut-être même que ce n'est pas nécessaire.

A la fin du quatrième mois elle ne reçut pas sa rente. Elle téléphona la semaine suivante. Pierre avait une réponse toute prête.

- J'allais t'appeler. J'ai besoin de te voir. Il ne faut pas m'en vouloir, j'ai eu quelques problèmes ce mois-ci.

Quand il était entré, il l'avait embrassée sur les deux joues.

 - Tu n'as pas changé. Tu es toujours aussi séduisante. Et moi, est-ce que j'ai changé? Tu veux  que je reste avec toi ce soir?

Il  mit les mains sur ses épaules. Elle secoua la tête pour dire non mais il l'avait serrée contre lui, et elle eut envie de lui dire oui. 

Le lendemain  elle avait préparé le petit déjeuner.

- Nous allons faire comme si rien n’était arrivé.

 Elle était en slip et en soutien gorge.

- Tu es toujours aussi appétissante mais ce n'est pas possible, Isabelle.

Elle avait retenu ses larmes. Elle était allée s'habiller.

- Je suis trop bête, se dit-elle.

 Elle se mit au lit. Elle voulait dormir le plus longtemps possible. Elle ne dépendrait plus d'aucun homme. Si elle avait besoin de coucher, oui coucher, c'est elle qui choisirait l'homme avec lequel elle se mettrait au lit.

Sans le vouloir sans doute son mari l'avait libérée.  

Se maquiller, mettre sa poitrine en valeur, enfiler une jupe qui moulait ses fesses dans la perspective de séduire physiquement donnait à son visage une gravité qu'elle ne s'était jamais vue. Qui lui plaisait. Son visage exprimait ce qu'elle était prête à offrir. Beaucoup.

C’est souvent de cette manière que les choses se passent. Elle n'avait plus rencontré Marc depuis la fin de leurs études. On eut dit un clin d'œil du destin. C'était un dimanche matin. Tous les deux faisaient la file dans la boulangerie proche de leur domicile.

- Isabelle !

- Marc !

Dans le café où ils s’étaient attablés, il avait tout dit presque tout de suite. Sa femme l'avait quitté, il était seul depuis six mois. Il avait deux enfants, des adolescents à charge une semaine sur deux du père ou de la mère. C'était la semaine de la mère. Il était médecin, cela marchait bien pour lui.

- Et toi ?

Il était un peu empâté. Elle par contre était toujours aussi séduisante, elle n'avait pas changé, avait-il dit. Ils disent tous la même chose. Il avait été surpris d'apprendre qu'elle n'était plus avec Pierre. Pierre aussi, il l'avait connu adolescent. Il se souvenait qu'elle était folle de lui.

- On mange ensemble ?

Ils ne se quittèrent pas de la journée. Mais le soir, pour le dernier verre, il la ramena chez elle, il l'embrassa sur la joue, et il rentra chez lui. Il éprouvait pour elle quelque chose de sérieux. Il ne voulait pas qu'elle pensât qu'il s'agissait d'une simple coucherie parce que l'occasion se présentait. Elle fut déçue. 

Deux jours plus tard elle l'invita à rester, et ils ôtèrent leurs vêtements, lentement, avant de se mettre au lit.

Ils étaient ensemble depuis neuf mois environ. Le divorce avait été prononcé. Elle se répétait qu’elle était libre. Elle n’avait plus de nouvelles de Pierre mais elle avait le sentiment indéfinissable qu’elle souhaitait le revoir.

Elle fut surprise quand elle vit sa voiture, c'était toujours une Porsche, à proximité de son domicile. Il sortit. Il leva la main pour un salut, comme il faisait d'habitude, et s'avança en souriant.

- On s'embrasse. Tu es toujours aussi séduisante. Tu ne changes pas. J'ai appris que tu étais avec Marc. C'est un garçon formidable. Il a beaucoup de chance.

Elle n'avait pas encore dit un mot qu'il lui prenait le bras.

 - Allons prendre un café.

Durant près d'une heure ils n'avaient parlé que de Marc.

- Tu peux difficilement imaginer à quel point il est attentif à mes moindres désirs.

- J'imagine très bien. Déjà jeune, il cherchait à qui rendre service. Il avait une âme de bonne sœur. Médecin, c'est une vocation qu'il avait dans le sang. Spontanément, Isabelle énuméra toutes les qualités de Marc. Et d’autres dans la mesure où elles étaient à l'opposé de celles qui pouvaient être attribuées à Pierre. En avait-il d'ailleurs?

Elle parlait de Marc à Pierre et, en même temps, c'est à Pierre qu'elle pensait et non à Marc. A croire que deux couples se trouvaient assis à la même table.

Dans ce couple imaginaire, la personnalité de Marc était floue. Gentil. Très gentil. C’est une formule idiote que de dire de quelqu'un: il est très gentil. Avait-elle besoin de se justifier devant Pierre?  C'est elle à présent qui menait les opérations lorsqu'elle était avec un homme. Elle fit glisser ses chaussures et, tout en parlant, posa ses pieds sur les jambes de Pierre. Ils se retrouvèrent au lit.

 

 

 

 

 

 

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