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Emilie et la boîte de Pandore

Chaque matin, Emilie  allume son pc. Une fenêtre qui s’ouvre sur le monde. Emilie s’installe, confortablement dans son vieux fauteuil en cuir, devant cet écran d’ordinateur connecté.  A demi éveillée, le bruit familier de la mise en route la rassure et elle commence une nouvelle journée.  Emilie, jeune femme moderne travaille,  elle est divorcée depuis peu et assume sa vie.

Ainsi reliée au Net, sa tasse de café en main, elle introduit son adresse Mail et sa boite l’accueille. D’un regard rapide, elle balaie les nombreux messages reçus et efface ce qui ne l’intéresse pas. Emile se connecte à you tube. La musique occupe une place de choix dans sa vie.  Ensuite elle opte pour  facebook et twitter afin de rejoindre ses copains du monde entier. Elle voit défiler les messages, les photos, les commentaires d’un tas de gens que l’on nomme Amis.  Ce nouveau mode de communication est maintenant sa vie. Son ordinateur lui sert de confident, de compagnon.

Reliée aussi à ses contacts par son nouveau smart,  elle peut à tout moment de la journée suivre l’actualité de ces sites et rester en liaison directe avec sa boite mail et la planète. Les internautes sont légions et cette fourmilière bourdonne, murmure, chuchote.

Emilie a retrouvé des amis d’enfance, des anciens collègues de travail, des voisins et d’anciennes relations. Le passé est hélas le passé et avec beaucoup de plaisir, elle a revu certains d’entre eux. Que dire après toutes ces années de silence si ce n’est jouer le rôle d’une femme moderne, vive et intelligente.

Tous ces contacts sont là, réunis sur une page informatique, alignés par ordre et répertoriés avec photo.  Un carnet d’adresse complet qu’Emilie prend soin de tenir à jour. Une liste affectionnée mais froide.

Emilie a pris l’habitude de surfer rapidement sur le Web, elle trouve, repère des vacances, des sorties, des expositions. Tout est à sa portée, facile et agréable.  Un clic et tout est ok.

Avec son nouveau smart, elle prend des photos de tout ce qui l’entoure  pour agrémenter sa vie et elle les publie sur sa page amenant commentaires et réflexions. Des moments uniques volés et jetés sur le web. Ses amis font pareil et la tiennent informée de l’actualité. Emilie visite ainsi des sites intéressants et arrive à s’intégrer dans certains qu’entre eux.

Mais tout ceci est toujours si irréel.  Ses contacts potentiels lui laissent parfois un goût de vide, de manque. Le soir, quand Emilie se sent seule et qu’elle tape sur son clavier, les amis sont indisponibles, hors ligne, occupés, absents, invisibles même.

Invisible, un adjectif d’une autre dimension comme sa vie sur cet ordinateur, comme la vie qu’elle a mené avec son mari.  Parfois Emilie s’attache à des internautes qui lui apportent un peu d’intérêt mais d’un coup de clic, ils disparaissent pour toujours.

Emilie s’est laissée prendre à ce jeu fascinant d’Anésidora qui répond à ses fantasmes et la rend importante par moment. Emilie perd parfois le sens de la réalité.  Tout ce matériel a fini par bouleverser son entourage, ses occupations d’antan.  Attirée par cette fenêtre unique, elle règle toute sa vie avec elle et en fait un alter- ego.

 Elle a perdu le charme d’une rencontre au hasard et la magie de découvrir qui se cache derrière une personne inconnue. Emilie s’est finalement coupée de ce que l’on appelle le monde physique et vit sans réel contact humain.  Sa journée s’achève et un manque se fait sentir, ce manque de chaleur humaine, du plaisir qu’il procure. Le bonheur d’une rencontre fortuite mais bien concrète d’un être de chair et de sang.

 

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méphisto diabliczka

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Diabliczka et Méphisto, ces noms nous vont à ravir !

L’amour est souvent accompagné de moments chauds, moments nécessaires, souvent ciments d’une union.

Un jour, dans notre intimité, dans nos luttes sybarites, j’ai voulu t’attacher pour que tu sois mienne à jamais mais c’est toi qui m’as tendu ces liens. Je voulais cela, pas par jeu mais cette fois-là, dans mon esprit amoureux pour que tu restes à mes côtés pour la vie,  captive de mon cerveau épris.

Toi, était-ce par jeu ?

Sûrement, comme moi au départ, puis au fil du temps j’ai compris que nos folies étaient communes et que tu avais compris ma pensée. Mes « Je t’aime » ne sont plus à sens unique, les tiens se lient aux miens même dans ces moment où nos délires font que…

Mais cela nous appartient !

 

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un menteur par vocation

 

Je le vois bien, mon imagination se tarit. Le nombre de pages de mes nouvelles se réduit. Et d’une construction qui raconte et distribue les évènements,  je ne laisse plus voir que les quelques pages de ce qui dans d’autres nouvelles, plus longues, était la chute.

Je dois en conclure que bientôt mes histoires se suffiront du point final.

Il m’arrive de penser à «  la guerre de Troyes n’aura pas lieu », la pièce de théâtre de Jean Giraudoux.  Au son unique tiré de la trompette de Sosie qui était, à ce qu’il disait, le son ultime d’une composition bien plus longue, et que de cette manière il l’exprimait sans fioritures.

J’ai toujours été un taiseux. En réalité, j’ai  toujours aimé  discourir mais à voix si basse que j’étais le seul à m’entendre. Il est plus que temps que je parle de moi à haute voix.

Je suis né le 19 novembre 1926 à Czestochowa en Pologne. Si je n’y étais pas retourné de très nombreuses années plus tard « pour voir », je serais incapable de dire à quoi ressemblait et ressemble aujourd’hui cette ville de plus ou moins 250.000 habitants dont une grande partie de la population était juive, m’a-t-on dit.

J’imagine que mon père et ma mère la connaissaient, eux, pour y avoir vécu jusqu'à ce qu’un policier de ses amis eut prévenu mon père qu’il serait arrêté dès le lendemain. Il défendait les travailleurs, ce n’était pas très bien vu par les autorités.

A partir de là, j’ignore si c’est mon imagination qui a nourri mes souvenirs ou si ce sont les images fugitives d’un cerveau de gosse qui a nourri les textes littéraires qui j’y ai consacrés.

J’avais 10 ans lorsque mon histoire a commencé et s’est poursuivie sans discontinuer jusqu’à ce jour. Ce jour dont j’ai le sentiment qu’il est le premier des derniers à venir.

Entre le jour de ma naissance et l’âge de dix ans, je ne me souviens que d’images disparates.

Un lit cage porté par ma mère, la paume brulée par un gâteau, la rue Van Helmont, l’épicerie en face de la maison,  un tonneau de fromages surets, des diables de réglisse tout noirs, un café dans une ville de province, des frites mangées après une séance de cinéma le dimanche après midi, l’athénée de Mons où j’entamais des études de grec et de latin et enfin l’arrivée à l’école de la justice.

Depuis, je peux tout raconter sans mentir ni à moi ni à d’autres. Ou alors mentir  pour me servir de mes souvenirs plus ou moins arrangés comme  matière première plutôt que d’inventer purement et simplement. 

Je n’avais pas plus de vingt ans lorsque la guerre, celle de 40 s’est achevée. Est-ce que chaque génération est astreinte  à une grande tuerie dont le souvenir le marquera durant toute sa vie. Est-ce qu’aux yeux de ceux qui sont nés après cette guerre, j’apparais aussi incongru que ne le furent à mes yeux les survivants de la guerre précédente, celle de 1914, dont on célèbrera le centenaire d’ici quelques mois ?    

Peu importe les discours conventionnels et saugrenus qu’un  ministre tiendra. Plus personne ne le corrigera.

Je me souviens d’un âne que Claude, mon ami à la vie à la mort de ce temps-là, et moi, nous promenions dans la rue principale de Bruxelles à la veilles d’élections. L’âne portait une pancarte qui disait : le suis un âne,  je ne vote pas communiste. Ni l’âne ni les communistes ne furent élus.

Je me suis marié quelques années plus tard à celle que j’avais promis d’aimer, esprit fort que j’étais,  le plus longtemps possible. A celle qui, elle, m’a aimé toute sa vie. Elle est morte jeune. J’ai le sentiment depuis quelques temps que moi aussi, je l’aurai aimée  jusqu’au dernier de mes jours.

Ma quatrième vie, celle que je suis en train d’achever, il me semble qu’elle ressemble  à celle que l’on décrit comme étant celle de l’adolescence. Alors, je rêvais et je pouvais tout attendre de mes rêves. Aujourd’hui que je risque de mentir en disant : à demain, j’éprouve le même sentiment de plénitude qu’alors. Comme alors,   je ne crains rien de l’avenir,  je le connais.

 

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Le corps et l'esprit

                                               

                                                                      Propos

 

Parfois est indiqué le nombre d'âmes d'un pays ou d'une ville or cela veut dire d'habitants.

L'âme désigne une personne. Elle est faite de matière et d'énergie.

 Chaque être humain a des besoins corporels indispensables à satisfaire et des envies qui lui sont propres. On le trouve matérialiste ou plutôt intellectuel.

La spiritualité existe chez tous les êtres mais à des degrés différents. Pour chacun elle dépend de l'éducation qu'il a reçue et surtout de ses tendances naturelles. Il est certain qu'elle évolue au cours de sa vie.

La matière fort complexe qui constitue le corps se modifie sans cesse et subit une usure qui semble s'accélérer quand on est devenu âgé. L'esprit peut resté clair et vif parfois jusqu'au dernier moment où l'énergie lui fait défaut.

Quand le moteur s'arrête, le corps est rendu au néant. Or ce n'est pas toujours la personne en entier qui s'y trouve engouffrée.

L'écriture garde emprisonnée, dans des signes, une énergie comparable à celle que renferme une graine. Par à elle, un correspondant de lettres manuscrites laisse préservée une partie de sa personne. Son esprit resurgit à la lecture de ses propos, le rend indéniablement présent.

Or, si lui ne s'en soucie plus, ceux qui continuent à l'aimer le retrouvent avec bonheur en créant ces instants de grâce.

À la survie de sa spiritualité, Jean-Paul Sartre consacra toute son activité.

28 mars 2014.

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Les aléas du métier.

 

 

Après avoir décroché un poste de représentant, Jérôme avait épousé Sylvie. En supplément à ses appointements, il avait l’usage d’une voiture dont les frais, carburant, garage, etc…étaient supportés par sa firme. De plus, il avait la disposition d’un studio qui lui permettait de ne pas rentrer chez lui lorsqu’il était fatigué ou que le temps ne s’y prêtait pas. Sylvie l’avait décoré à son goût, elle connaissait ceux de Jérôme.

La société qui l’employait proposait du matériel de laboratoires. Elle était active, disait-on, dans l’industrie de la santé.

Son directeur lui avait dit :

- Vous devez vous efforcer d’inviter vos prospects à dîner. C’est à table que se contractent les meilleures affaires.

C’est à table qu’il avait conquis Geneviève. Elle achetait le matériel demandé par les médecins de la clinique dont elle était la directrice des achats.

Après le repas, il l’avait ramené chez elle. Sur le pas de la porte, elle avait proposé de prendre un dernier verre.

- Vous voulez monter pour prendre un dernier verre ?

- Je ne peux pas. Je dois encore rentrer en province.

Il s’était penché vers elle, il avait appuyé légèrement ses lèvres sur les siennes.

Dans la voiture,  il se demanda s’il ne s’était pas conduit comme un imbécile.   

Geneviève était séduisante. Plusieurs fois, à table, il avait détourné les yeux de sa poitrine. Après avoir bu quelques verres de vin, elle avait eu chaud, il le voyait,  elle avait entr’ouvert son chemisier.

Le lendemain, à la fin de la matinée, il lui téléphona pour prendre de ses nouvelles. Puis, comme s’il y pensait soudain :

- Ah, je voulais vous dire, je ne rentre pas ce soir. On peut dîner ensemble ? Je vous le promets, on ne parlera pas d’affaires.

Il devina que le court silence de Geneviève était une hésitation de circonstance.

- Vous avez de la chance, Jérôme, je suis libre ce soir.

Elle l’avait appelée : Jérôme. Il se promit de téléphoner à Sylvie avant de se rendre au restaurant. Comme prévu, il passa la nuit avec Geneviève.

Il était en train de se rhabiller lorsqu’ elle lui dit : 

- Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de te revoir.

Elle l’avait dit en souriant. Il sourit lui aussi avec ce sourire un peu fat qu’ont parfois les amants sortis du lit de leur maitresse et les garçons-coiffeurs qui présentent un produit coiffant à la télévision.

- On se revoit demain ? Je préparerai une petite dinette.

- Ce n’est pas possible demain, il faut que je rentre.

- Pourquoi ?

- Je suis marié. 

Pour le petit déjeuner, elle tint absolument à lui beurrer ses tartines. Et à le regarder manger.

Lorsqu’il revint deux jours plus tard comme il l’avait promis, il trouva, posé sur le lit, un pyjama dont il ne porta que la veste déjà déboutonnée et un pantalon soigneusement plié.

- Maintenant, tu es chez toi, Jérôme. Je t’ai préparé un jeu de clés de l’appartement.

Elle lui avait aussi acheté trois chemises. Il les enfilait dès qu’il arrivait chez elle. En revanche, celles qu’il portait chez lui, il les achetait lui-même. Sylvie n’était pas toujours au courant de ce qui était tendance ou non, disait-il.

Désormais, il avait deux foyers : celui qu’il avait choisi au terme de ses études, et celui dont il se promettait de se défaire à chaque fois qu’il passait la nuit avec Geneviève.

Il en avait conscience sans pouvoir l’expliquer, c’est Sylvie qu’il aimait. Ses remords du lendemain en étaient la preuve.

Dieu sait pourtant combien Geneviève était inventive en matière de sexe. Mais elle était économe de ses démonstrations. Elle connaissait l’adage : qui veut aller loin ménage sa monture.

Les choses auraient pu continuer ainsi pour le bonheur de tous mais le destin, on le sait, fait souvent preuve d’un peu d’imagination.

Un dimanche après-midi alors que Jérôme et Sylvie venaient à peine de sortir de chez eux, ils rencontrèrent Geneviève qui se promenait en regardant les étalages.

- Jérôme !

- Madame Derover !

Il se tourna vers Sylvie.

- Madame Derover est une cliente de la société. Une bonne cliente.

Sylvie la salua d’un signe de tête tandis que Jérôme la présentait.

- Sylvie, ma femme.

- Mes félicitations, Jérôme. Votre femme est charmante. Le hasard est étrange. Je voulais visiter une ville de province. Il faut croire que c’est à la vôtre qu’inconsciemment j’ai songée.

Sylvie l’invita à prendre le café avec eux dans une pâtisserie de la place. Jérôme souriait aux deux femmes, tour à tour. Chaque remarque des deux femmes lui faisait hocher la tête. Il ajoutait de temps à autre :

- Comme c’est vrai !

Ce fut un après-midi parfait.

C’est souvent la nuit que les couples échangent des réflexions importantes, les yeux au ciel, dans l’obscurité de leur chambre à coucher. Sylvie dit en se couchant :

- C’est une jolie femme.

- Tu trouves ? Je la trouve assez quelconque.

- Tu couches avec elle, j’imagine.

Elle lui tourna le dos et fit semblant de s’endormir.

Cette fois, pensa Jérôme, il fallait réagir. C’est de leur vie à Sylvie et à lui qu’il s’agissait. Dès demain, il agirait.

Il avait hâte de se rendre chez Geneviève pour lui dire que leur aventure devait prendre fin. Après leur entrevue, peut être qu’il rentrerait chez lui ou bien il irait à l’hôtel, il hésitait encore.

Il ne rentra pas chez lui. C’est à l’hôtel qu’il se rendit directement après un repas vite avalé dans un resto chinois. Il ne savait pas comment dire à Geneviève que leur aventure devait prendre fin. Face à face. Il regrettait de ne pouvoir s’en ouvrir à Sylvie, elle était toujours de bon conseil.

Il prit son téléphone en mains.

- Il faut que je te parle, Geneviève. Tu es disponible ? C’est grave ce que je dois te dire.

- Tu veux me parler de Sylvie et de moi ? Viens, je t’attends.

Il raccrocha le téléphone. Soudain, il n’était plus certain d’avoir agi avec intelligence.

 Il faisait déjà nuit. La circulation était presque inexistante. Il était pressé d’arriver et, cependant, il roulait lentement comme s’il craignait d’arriver trop tôt.

La porte de l’appartement était entrouverte. Geneviève  se trouvait dans la chambre à coucher. Elle dit :

- J’arrive, Jérôme.

Elle était en peignoir. Elle s’avança. Elle l’embrassa au moment même où il pensa à détourner la tête.

- Mon Jérôme, je suis contente que tu sois venu. Je pensais à toi si fort. Tu aimes mon nouveau parfum ? Viens, nous parlerons après. Tu as raison, il en est temps.

Elle était nue sous son peignoir. Le lendemain, il était encore dans le lit de Geneviève.

Jérôme en convint en son for intérieur, il n’y avait aucune raison sensée pour rompre avec Geneviève. Il aurait pu la rencontrer avant qu’il n’ait rencontré Sylvie, et rien n’eut été compliqué. C’est Sylvie qu’il fallait convaincre sans gâcher tout ce qui les liait.

Dès lors, il partagea sa vie entre ses deux amours. Sans bruit et sans éclat. Comme agissent tous les gens raisonnables. Sylvie et Geneviève qui étaient aussi raisonnables que lui firent semblant de s’ignorer. Ce qu’on ignore ne risque pas de blesser.

Devenu directeur de son département, Jérôme avait désormais des horaires réguliers. Plutôt que d’aller au bureau en voiture, il prit le train. C’était moins fatiguant.  

C’est dans le train qu’il fit la connaissance d’Arlette qui devint sa maitresse.

 

 

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Résilience

  

 Un rayon de soleil s'aventure

 Dans la grisaille du quotidien

 Une ombre fantasque sur le mur

 Vacille, s'étonne c'est le chagrin

 Tel un vampire fuyant la clarté

 Dégoûté par le soleil des jours

 Le chagrin disparaît dépité

 Sous les huées de notre amour

 Les pensées en friche vont refleurir

 Bientôt l'insolence du muguet

 Exhalant le parfum du désir

 Quelques brins d'un bonheur obstiné

 Ce poème est extrait de mon recueil " Bientôt les jonquilles"

 paru en 2012 chez Chloé des Lys

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des amours de province. Dernier chapitre

3eme chapitre.      

 

La troisième fois qu’il était retourné au cimetière du sud, dix ans encore avaient passé. Les mauvaises herbes parmi les tombes y poussaient plus nombreuses qu’auparavant. Question d’économies, sans doute. Le gardien se faisait vieux. Certaines tombes en étaient presque entièrement recouvertes. A croire que les parents des décédés étaient morts à leur tour. Ou que leurs descendants n’éprouvaient pas le besoin de méditer devant une dalle de pierre.

Le président Halloy, son père, René, celui qui aurait pu l’être, Gérard Leroy, le mari de Julie, celui qui lui avait fait don de sa femme pour que sa peau puisse s’imprégner de l’odeur de la sienne, Liliane dont le rôle avait été, malgré elle ou non, celui qui est dévolu au destin.

Ils étaient tous là, ceux qui incarnaient une partie de cette ville et, en dessous ou à côté, ceux qui l’avaient incarnée en d’autre temps.

C’est une étrange douceur que celle des cimetières lorsque aucune cérémonie n’y a lieu. On n’y pense pas qu’aux morts mais, soit aux morts soit aux vivants, on y pense sereinement. Exister y paraît aussi extravaguant que de ne pas exister. 

Il s’était rendu sur la tombe de Liliane. Une substance particulière avait terrassé cette pharmacienne prudente qui conservait ses produits dangereux sous clé. Etait-elle la seule à en avoir l’usage ? Jean Cormier avait dit qu’on pensait que d’étranges personnages étaient liés à sa mort : vagabonds ou drogués, des marginaux en tout cas. Ceux que d’autres personnages aussi étranges mais beaucoup plus nombreux, et plus conventionnels, nommaient « marginaux » parce qu’ils étaient différents d’eux ou l’étaient devenus.

Pierre avait vécu dix ans en Australie. Au service d’une société de dragage dont les dirigeants avaient connu son oncle René.

Il avait quitté Julie parce qu’elle souhaitait épouser quelqu’un avec qui vieillir, avait-elle dit, et il était resté confiné dans la maison de son père qui était devenue la sienne. Il lui avait téléphoné à plusieurs reprises. Julie avait toujours répondu de la même façon.

- Tu le sais, Pierre. Il vaut mieux ne pas nous revoir. N’abimons pas les souvenirs que nous avons l’un de l’autre.

Elle avait raison. La revoir, c’était revoir Gérard, Marc-Antoine, Liliane, tous ceux qui avaient marqué le début de sa vie d’adulte. Durant ces années-là, ce n’avait pas été lui qui avait décidé de sa vie mais d’autres que lui. Il n’avait fait que réagir, et il aurait pu le faire autrement avec le sentiment que c’était autrement que la voie lui avait été tracée.

Dix ans plus tard, loin d’eux, il avait eu envie de revenir. Il était assez fortuné pour n’avoir pas besoin de travailler pour gagner de quoi vivre. Il aspirait comme son oncle René à n’être entouré que de choses qu’il aimait. Surtout, il n’avait plus besoin d’être à des milliers de kilomètres de Julie.

Les premiers mois, en Australie, il se roulait sur son lit en pensant à elle. Les femmes qu’il avait connues, c’est en pensant à Julie qu’il les prenait. L’une d’elle, une nuit, avait dit.

- Arrêtes, tu me fais mal. Pour qui me prends-tu ?

Cette sensation d’avoir la poitrine serrée dans un étau avait lentement disparu. Au point que parfois, il avait recherché cette pression du ventre qu’il ne retrouvait plus. Plus tard, il en avait été frustré, il n’était même plus parvenu à l’imaginer.

Alfred, était toujours barman au Réjane. Il était plus lent. Il était plus chauve. Il n’avait plus honte de porter des lunettes. Mais il reconnaissait toujours ses anciens clients qu’il appelait par leur prénom, précédé du  « monsieur » censé reconnaitre les barrières qui existent entre des jeunes gens de bonne famille et le serveur qu’il était.

Julie était mariée, avait-t-il dit. A un riche négociant, un veuf dont la femme, c’est ce qu’on disait, était incapable de résister aux tentations de la mode. Quatre fois par an, elle se rendait à Paris pour faire ce qu’elle appelait les boutiques. Le veuf, avec Julie, avait hérité d’une femme moins frivole, à même de le seconder dans ses affaires, et Julie avait hérité d’une garde-robe dont elle s’était débarrassée à l’exception des fourrures qu’il n’y avait eu qu’à retoucher. Il n’avait pas cherché à la revoir.

Les gens qui comptaient désormais en ville n’étaient plus les mêmes que ceux qu’il avait connus. D’autres juges avaient remplacés les présidents et les juges d’avant, d’autres avocats plaidaient devant les diverses cours, d’autres édiles dirigeaient la ville.

Jean Cormier, le directeur de la police judiciaire, depuis longtemps avait été muté à l’occasion d’une flatteuse promotion, et son successeur avait fait table rase du passé.

- Il faut que la police se transforme.

Il ajoutait pour montrer son érudition et sa connaissance des choses de la vie :

- Pour que les choses restent ce qu’elles sont.

Le passé avait définitivement disparu. Il est vrai qu’il  ne concernait que peu de monde et n’avait duré que très peu de temps.

Il avait retrouvé des gens qu’il n’avait jamais très bien connus. Ils lui donnaient le sentiment que rien ne s’était passé de notable. A peine s’ils savaient qu’il avait quitté la ville.

 

   25 juin 2012     12 mai 2013

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Soirée crochet JGobert

Le mardi soir était réservé au crochet. Adèle, Babette, Capucine, Daphnée étaient volontaires pour se rassembler dans l’arrière boutique de Grand-mère et attaquer des travaux de crochet. La première pièce que Grand-mère nous demanda, était un couvre-lit blanc fait de brides simples. Dans les années soixante, cette activité nous permettait de nous réunir pour parler, discuter et rire. Nous étions toutes de la même rue. Grand-mère avait connu les parents et grands-parents des participantes.

Adèle, une jeune fille timide vivait toujours chez ses parents. Elle avait fait de belles études. Babette, plus vive de caractère, avait préféré loger dans un petit appartement. Elle avait quitté ses parents pour un peu d’indépendance. Capucine était mariée depuis peu et vivait heureuse avec son mari. Elle était tombée amoureuse de ce grand garçon timide et si beau. Daphnée était l’intellectuel de la troupe, elle squattait un loft avec une amie, un vieux garage aménagé en studio. Tout le monde aimait venir le mardi soir raconter ses histoires et Grand-mère nous allumait un joli feu de bois et nous servait un café bien chaud.

Les parents Adèle avaient connu la guerre et son père s’était porté volontaire pour aider son pays. Sa mère avait alors repris le travail et élevé Adèle seule. Durant ces années difficiles, elle avait travaillé chez les grands-parents de Capucine qui tenaient un commerce d’alimentation.

Babette était un peu l’étrangère du groupe. Un grand doute planait sur ses origines et bien que Grand-mère sache quelque chose, elle ne nous en faisait pas part. Il y avait un mystère dans la vie de Babette.

Capucine avait immigré aux Etats-Unis le temps que la guerre se termine. Elle faisait figure de chanceuse dans ce groupe de crochet. Son papa, fonctionnaire, avait réussi à avoir des places sur un paquebot.

Quand à Daphnée, orpheline et loin d’être triste, elle avait bourlingué de maison d’accueil en pensionnat et il lui importait peu d’être ici ou là.

Grand-mère avait une vieille échoppe dans les années soixante, une brocante où elle continuait de loger à l’étage malgré son âge avancé. Son arrière boutique sentait bon la cire, l’encaustique et le bois ancien. Des étagères et des armoires bondées gardaient là les secrets et les souvenirs d’un autre temps. Deux très vieux canapés en cuir nous accueillaient chaque mardi et les pelotes de coton roulaient, glissaient un peu partout. La grande table se tenait au centre pour faire l’arbitre quand les conversations s’animaient.

Babette était l’énigme, le mystère et les dialogues s’arrêtaient quand le sujet s’approchait de certains points. Grand-mère levait alors les yeux et les ouvrait bien grand pour nous faire taire.

Dés la guerre finie, les parents d’Adèle déménagèrent rapidement et s’installèrent dans une autre région. Capucine rentra des states avec sa famille et Daphnée apprit que ses parents ne reviendraient plus.

Babette  était apparue, abandonnée et déposée un soir d’orage, recouverte d’une couverture de laine, chez de braves gens qui avaient perdu un fils à la guerre. Ce cadeau les réconciliait avec la vie. A cette époque, les petits sans famille étaient légions et personne ne trouva cela étrange. Babette grandit dans un milieu aimant et la petite fille s’éveilla au monde sans difficulté.

Pour Capucine, ses parents et grands-parents  avaient trouvé son mariage trop rapide. Après ces années de guerre, les projets ne manquaient pas mais Capucine avait préféré se marier rapidement et fonder un foyer.

Les parents d’Adèle étaient revenus après quelques années. Sa mère était réticente à ce retour prétextant toujours une raison pour ne pas rentrer. Un jour, son père décida et ils revinrent chez eux.

Capucine reprit ses habitudes après son voyage aux States et au retour, elle trouva son grand-père bien triste, taciturne, aigri. Elle mit cela sur le compte de la guerre et elle se dit qu’il avait bien souffert et fort vieilli pendant tout ce temps.

Le couvre-lit terminé, Grand-mère nous proposa une nappe blanche pour embellir sa vieille table et tout le monde fut d’accord. Les pelotes volaient et les travaux de crochet nous libéraient de la tension de la semaine. Nos discussions étaient toujours agréables et vivantes.

Un mardi, Capucine ne vint pas. Son grand-père était mourant. A sa grande surprise, il voulait voir Babette sur son lit de mort. Etonnée comme tous les membres de sa famille, Capucine attendit le soir pour apprendre la nouvelle. La mère d’Adèle aussi était bizarre et nerveuse. Elle ne tenait plus en place depuis qu’elle avait appris la fin prochaine du grand-père de Capucine.

Daphnée, toujours en dehors, ne s’intéressait pas à ce problème et profita pour aller se promener. Quand Babette arriva, toute la famille fut étonnée de cet entretien et resta perplexe quand au sujet. Grand-père s’enferma avec Babette et celle-ci en ressortit en larmes. Au grand étonnement des membres de la famille, Grand-père ne dit plus rien et mourut.

Babette rentra chez elle consternée et quelques heures plus tard,  elle partit rendre visite à la mère d’Adèle. Celle-ci la reçut avec un sourire très tendre et plein de sollicitude. Adèle comprit ce qui s’était passé. Babette se jeta dans les bras de la mère d’Adèle et pleura un long moment. Ensuite elle rentra chez elle retrouver sa mère et son père qui l’avaient si bien élevée. Capucine aussi comprit ce qui c’était passé et excusa son Grand-père. Daphnée trouva l’histoire comique, burlesque même et regretta de n’être pas à la place de Babette.

La vie fait parfois des tours de passe-passe et le crochet en fait tout autant

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PRINTEMPS...

Le printemps joue à cache-cache...

Du soleil ou une drache?

Et la vie suit ce tempo

Entre sourire et bobo!

Un peu de chaleur parfois

Nous met le cœur en émoi..

Pourquoi se faire titiller

Par cette peur d'être mal aimé?

Du début jusqu'à la fin

On s'échine à prendre un train...

Qui nous mènera à l'heure

Sur le chemin d'un bonheur?

Mais il est fort capricieux

Ce bonheur si fallacieux!

Il peut même surgir un soir...

Dans le creux d'un désespoir!

La surprise est de rigueur

Donne à la vie sa saveur!

Alors respirer le printemps...

Tant qu'il en est encore temps!

J.G..

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La magie des images

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Un parc au bord d'un fleuve,argenté, lumineux.

Je contemple éblouie la beauté des images,
De vieux arbres géants, des canards peu sauvages,
Des mouettes errant dans le ciel radieux.

Je ne peux révéler la splendeur, l'harmonie,
En des mots éloquents traduisant mon émoi.
Ravissement, douceur, tendresse de la joie,
Créent dans ce lieu de paix comme une symphonie.

Romantisme des formes, nuances des couleurs,
M'émerveillent, m'exaltent en ces instants de gloire.
Je regrette vraiment que ma chère mémoire,
N'aie pas le don sacré de capter la splendeur.

Pour sauver de l'oubli ce très beau paysage,
Où l'on trouve, au hasard, de suaves tableaux,
Je recours au pouvoir magique des photos,
Qui ne sont, certes pas, que de simples images.

7 /11/2002

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POESIE



Je t’écris
Et le cœur parfois gris 
Crie sa haine
Contre le silence et la peine
Qui enchaînent l’esprit

Je t’écris
Et le cœur tente
Tente de garder ta chaleur
Entre ses doigts tendres 
Qui gèlent derrière ses murs gris

Je t’écris
Et j’écris ton nom
De ma sueur et de mon sang
De mes larmes d’enfant
Qui fuient l’horreur de l’oubli

Je t’écris
Et le cœur prie
Dans une langue nomade
Dans un verbe bâtard
Qui se révolte puis se plie

Je t’écris
Et le sang fuit
Mes veines séchées de sens
Et mes mots noyés de non-sens
Qui s’effondrent et s’écrient

Je t’écris
Avant que la plume ne s’assèche
De sourires et de rimes
Et les yeux ne crèvent de déprime
Qui tue toute envie

Je t’écris
Et je rêve
Que renaissent les fleurs et les bourgeons
Que verdissent les cœurs et les champs
Qui te boiront jusqu’à la lie

Je t’écris
Et je signe ici
La naissance d’une nouvelle ère
Et d’un verbe si fort si fier
Que ton amour emplit

Khadija ELHAMRANI
© 2014

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 8

 

Pierre trainait encore en pyjama lorsque le docteur Meurisse avait téléphoné pour lui dire que la santé de son père s’était brutalement dégradée durant la nuit. Il avait peur que ce ne soit la fin. Julie était déjà partie. Pierre s’habilla rapidement.  Lorsqu’il arriva, son père était en train de mourir, il paraissait déjà inconscient. Il lui avait serré le poignet, il lui avait semblé qu’il avait souri. Il n’y avait auprès de lui que le docteur Meurisse et une infirmière. Son père, vraisemblablement, était mort en paix.

Les morts sont plus nombreux que les vivants mais la mort a-t-elle une logique ? Chacun d’entre eux, de son vivant, a crée quelque chose ou n’a rien crée du tout. Cela les distingue-t-il au delà de la mort ? Ou est-ce l’amour qu’ils ont éprouvé qui les distingue ? Il voulait le croire quel que soit le prix de l’amour.

Quelques jours plus tard, Pierre retournait au Cimetière du Sud. Le président Halloy devait être enseveli dans le caveau de famille, une construction ancienne avec une grille de fer forgé en façade. Elle disposait encore de quatre emplacements. Ses ancêtres avaient été prévoyants.

Le caveau  n’était pas très éloigné de celui qui abritait la tombe de son ami René. Peut-être que cette proximité fait que les morts demeurent amis plus longtemps que les vivants ?

Il y avait des représentants des tribunaux de l’arrondissement, un représentant du ministre qui avait dit quelques mots, des édiles communaux, le commissaire de police accompagné de Jean Cormier, quelques avocats et de nombreux amis qui n’étaient pas liés à la magistrature. Pierre ne savait pas que son père en avait autant.

C’est toujours pareil à ce qu’on entendait dire. Les enfants connaissent mal leur père. Un écrivain français du siècle dernier reconnaissait un père accompagné de son fils lorsqu’il voyait déambuler un couple d’hommes, un homme jeune et un homme plus âgé, qui ne se disait rien.

Un de ses amis avait dit dans son allocation d’adieux :

- Il était fier d’avoir refusé un titre de noblesse qui n’aurait compté que pour ses pairs, et dont la plupart de ses concitoyens ne l’auraient appris qu’à la lecture de sa notice nécrologique.

Pierre avait envie de pleurer. Julie était là, elle aussi. Elle était restée au dernier rang parmi les curieux habituels des funérailles.

Jacques Sturbois, le procureur du roi, était là lui aussi, le visage grave par habitude.

- René, ton père, décidemment, nous ne nous voyons plus qu’à l’occasion de funérailles. Peut être avons-nous tort.

La lecture du testament s’était faite chez maître Marget, un notaire de la génération de son père. Il avait conclu en disant :

- Tu es devenu assez fortuné, Pierre. Je suppose que tu t’en doutes. Tu devrais songer à te marier. Ton père m’en a souvent parlé.

- Avec qui ?

Le notaire avait rangé ses papiers.

- Toujours aussi moqueur.

Il n’avait pas évoqué Julie. Tous les amis de son père, à les en croire, avaient souvent parlé de lui et de sa future épouse. Une fille de notable qui formerait avec lui une de ces familles qui comptent dans la ville. De Julie aussi, ils auront parlé vraisemblablement.

Maître Marget, comme d’autres l’auraient fait, lui conseillait de se marier, de se ranger pour tout dire. Mais pas avec Julie. Un fantôme vieux de nombreuses années flottait encore autour d’elle. Qu’est-ce qu’ils savaient de l’amour, ces donneurs de leçons ? Se marier ? Il allait le faire. Il aspirait de retourner se coucher cette nuit dans le lit de Julie. Et de lui dire qu’il voulait se marier. Avec elle.

Julie était dans la cuisine, elle essuyait la vaisselle. Il avait pris une serviette pour l’aider.

- Marions-nous, Julie.

- Ce n’est pas possible, Pierre. Je te l’ai dit, j’ai rencontré quelqu’un.

- C’est ton amant ? Cela m’est égal pourvu que je reste avec toi.

- Ce n’est pas possible, Pierre.

Sa voix s’était faite tendre. Elle parlait sans le regarder.  L’assiette qu’il avait entre les mains, il la jeta contre le mur. Il sortit de la maison en claquant la porte d’entrée. Il n’était revenu que très tard dans la soirée.

Julie lui dit qu’ils devaient parler sérieusement. Il avait répondu : demain !

Le lendemain, après le petit déjeuner qu’ils avaient pris en silence, ils avaient parlé. Comme des gens raisonnables. Beaucoup. Chacun d’entre eux répétait les mêmes phrases sans écouter celles de l’autre. Celles que sans doute ils avaient répétées durant la nuit. Julie disait :

- Ce n’est pas possible, Pierre.

Et lui :

- Nous sommes liés, tu le sais. Jusqu’à la mort. Tu ne peux pas m’abandonner. J’ai besoin de toi. C’est trop tard.

Rien ne lui apparaissait plus convaincant que de dire qu’il avait besoin d’elle. A force de le répéter, elle comprendrait qu’il avait raison. Mais les mots ne lui sortaient plus de la bouche.

Heureusement, la sonnette de la porte d’entrée avait retenti. C’était Liliane. Elle les avait regardé l’un et l’autre.

- Je vous dérange ? Je peux revenir.

- Ce n’est pas la peine, tu finiras par le savoir. Julie ne veut pas se marier avec moi.

Ils étaient dans le petit salon autour de la table sur laquelle Julie servait le thé ou le café, ou un verre de vin ou d’alcool, selon l’heure ou les invités. On eut dit une réunion mondaine ou de celles qui suivent les funérailles d’un proche.

- Vous n’avez pas l’air très drôle.

- Tu trouves ça drôle ?

- Tu devrais t’en aller pendant un moment, Pierre. Cela vous ferait du bien à tous les deux. L’absence met les choses en place.

- Tu parles de l’absence des cimetières ?

Il s’était levé.

-Julie n’a pas encore eu l’occasion de te dire que j’ai cassé une assiette. Voilà comment j’ai fait.

Il avait ouvert la commode, il avait saisi une assiette et il l’avait jetée sur le sol. Les deux femmes n’avaient rien dit. Il était sort du petit salon, il avait pris son manteau et il avait claqué une fois encore la porte derrière lui.

Liliane n’était qu’une garce, pensait-il. Il la haïssait. Son influence avait pesé sur la décision de Julie, il en était convaincu. Il y a des êtres qui ne méritent pas de vivre.

Il avait pris la décision de s’installer dans la maison qu’il continuait de nommer la maison de son père, cette maison qui était devenue la sienne en si peu de temps. Dans la chambre qu’il avait si longtemps occupée.

Désormais, lorsque quelqu’un dirait : monsieur Halloy, c’est de lui qu’il s’agirait.

Durant une semaine, il n’était pas sorti de la maison. A l’exception d’un soir. Alfred, plus tard, raconta qu’il était venu au Réjane peu de temps avant la fermeture, et qu’il n’avait cessé de répéter :

- C’est trop con, la vie. De toute manière, c’est pour mourir.

- Mot pour mot, je lui ai répondu : ne dites pas ça, monsieur Pierre. Rentrez chez vous. Il avait l’air transfiguré. Le whisky sans doute.

Germaine, la bonne de son père lui préparait ses repas. Elle avait quelques années de moins que son père. Est-ce que pour son père, elle n’avait été que la femme qui lui servait de gouvernante ?  Il se disait : je ne vois partout que des histoires de sexe.

Il pensait à ce fameux vendredi où Julie était allée rejoindre des amis à la côte. Où cette garce de Liliane avait passé la nuit avec lui. C’est elle, il en était persuadé, qui avait été à la base du désamour de Julie. Il y a des êtres dont les propos sont un véritable poison qu’ils devraient avaler eux-mêmes afin que justice soit faite.

C’est quelques jours après qu’on ait découvert le corps sans vie de Liliane que Jean Cormier était venu le voir. On disait qu’il s’agissait d’un suicide. Ou de l’agression d’un de ces drogués qui venaient la voir à la tombée de la nuit. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Le suicide était l’hypothèse privilégiée.

Jean avait téléphoné un matin. Il voulait bavarder.

- Si cela ne t’ennuie pas, bien entendu.

Il était venu dans l’après-midi.

-Je suis venu à plusieurs reprises dans cette maison. Rien n’a changé. Quand ton père avait envie de parler de choses et d’autres.

Il avait conservé son imper. Pierre lui avait proposé de s’asseoir, il avait répondu que ce n’était pas nécessaire mais il s’était assis confortablement dans un fauteuil, près de la cheminée, là où le président s’asseyait pour lire les romans dont on citait les titres dans la page culturelle de son quotidien. 

- Parfois, il faut nourrir cette bête que nous sommes, parfois il faut empêcher que certaines idées ne se répandent. Tu connais le proverbe. On sait comment les choses commencent, on ne sait jamais comment elles finissent.

- Je ne te comprends pas.

- Il y a quelques années, Pierre. Si la rumeur a été étouffée, ce n’est pas parce qu’elle visait Julie, c’est parce qu’elle risquait d’atteindre Pierre Halloy, le fils du président. D’après le docteur Meurisse, les médicaments ont été convenablement administrés à Gérard Leroy. Mais il est mort subitement comme si quelqu’un, personne ne songeait à Julie, lui avait fait absorber une substance particulière qui ne laisse pas de trace. Quelqu’un qui avait des notions de pharmacopée ? Ton père avait suggéré de ne pas trop touiller dans la marmite. Gérard était mort, et ceux qui l’entouraient étaient des gens honorables. Pas des délinquants.

Pour Marc-Antoine, c’est pareil, Pierre. Il ne s’agit peut être pas d’un suicide. Un témoin a vu des gens. Un homme, disait-il. On a trouvé des empreintes. Celles de Liliane et de Julie, c’est vrai. Mais pas seulement. Là aussi, ton père est intervenu. A quoi bon, avait-il dit. On lui a rendu service à Marc-Antoine. Je pense que cela à contribué à raccourcir la vie de ton père.

Jean Cormier s’était levé.

-Moi aussi, je vais quitter la ville, Pierre. Je ne sais pas pourquoi mais j’y suis moins attaché depuis que le président est mort. Le temps de boucler quelques dossiers. On parle d’une promotion. Pas mal, non ?

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La mort ne veut pas de toi JGobert

La mort ne veut pas de toi.  Après avoir vécu tous les tourments de la terre, elle arrive à la fin de sa vie plus démunie encore qu’à sa naissance. Sur son lit de douleur, les soignants passent et repassent  sans lui dire un mot. Elle ne parle plus depuis longtemps. Enfermée dans ce que l’on appelle un corps torturé, elle commence à finir enfin de souffrir. Doucement elle s’éteint, retenant encore un souffle à peine audible par instant. Ses yeux s’ouvrent par moment et cherchent autour d’elle si la vie est toujours là. Dans son âme tourmentée, reviennent des brides de vie, des voix disparues. Dans les yeux de celle qui disait : vis, vis encore, je suis la vie.

La mort lui a tout pris. Elle a beaucoup aimé dans son existence et a adulé un homme avec qui elle a passé sa vie. Sa passion pour cette personne la remplissait de satisfaction, de félicité. Elle vivait avec lui tout l’amour de la terre, de l’azur au firmament, son bonheur se transformait en or et faisait étinceler le monde. Disparu un soir sans que nul ne sache pourquoi, elle a perdu tout espoir de le revoir et a voulu y croire encore. Une voix venue d’outre-tombe l’appelle enfin. Elle qui a été la force, le refuge, la continuité, elle, qui épuisée de tant de souffrance, reste là presque sans vie. Elle entend : Vis, vis encore, je suis l’amour.

La mort emporte tout. Ne voulant plus se battre, elle écoute sans bouger, sans que personne ne sache ce qu’elle refuse.  Elle a renoncé depuis longtemps et ne comprend pas cet appel soudain ressenti. Elle n’en veut plus de cette vie de solitude, de douleur, de souffrance. Elle veut cette mort qui la guette depuis tout ce temps blottie en elle comme une infamie, une honte. Elle refuse que tout recommence encore et encore, elle a rejeté cet état d’isolement, de châtiment et malgré elle, la voix lui dit : Vis, vis encore, je suis l’oubli.

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Tic Tac (chanson française)

Tic Tac

(Paroles: SIDH / Compo: Hugues Maréchal)

 

T’as pas 3 vies

Un verre de vin ou un deuxième

Un p’tit bisou ou un « je t’aime »

T’as pas 3 vies

Cueillir le fruit, chanter l’été

Partir ailleurs et en tandem

 

T’as pas 3 vies

Sourire aux gens, parler chinois

Bonbons, biscuits, bouts d’ chocolat

T’as pas 3 vies

Marcher pieds nuis, attendre minuit

Appeler maman, casser des noix

 

Refrain          

Tic tac, je suis là.  Regarde moi

Tic tac, je suis là.

Tic tac, ne me crains pas

 

T’as pas 3 vies

Un verre de vin ou un deuxième

Un p’tit bisou ou un « je t’aime »

T’as pas 3 vies

Cueillir le fruit, chanter l’été

Partir ailleurs et en tandem

 

T’as pas 3 vies

Voler très haut, planer enfin

Boire un café, pincer ton cul

T’as pas 3 vies

Bercer ma fille, coller un pain

Danser reggae, nager toute nue

 

Refrain          

Tic tac, je suis là.  Regarde moi

Tic tac, je suis là.

Tic tac, suis moi là-bas

 

T’as pas 3 vies

Un verre de vin ou un deuxième

Un p’tit bisou ou un « je t’aime »

T’as pas 3 vies

Cueillir le fruit, chanter l’été

Partir ailleurs et en tandem

 

T’as pas 3 vies

Rouler dans l’herbe ou la fumer

Faire la cuisine, se lever tôt

T’as pas 3 vies

Ecrire des mots ou les barrer

Faire du vélo, du pédalo

 

Refrain          

Tic tac, je suis là.  Regarde moi

Tic tac, je suis là.

Tic tac, il fait si froid

 

La mort est là.

 TicTac.mp3

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Femmes (chanson française)

Femmes

(Paroles : Sidh / Compo : Hugues Maréchal)

 

 

Je t’apprendrai mes sourires

Aujourd’hui je me perds

Tant de gens aux abois

Autour de moi

La légèreté de vivre

Est-ce ce qu’il y a de pire ?

Je préfère croire en d’autres possibles

Avant de m’endormir

                              Sensible

 

Je t’apprendrai mes combats

Sous mon visage d’enfant

Pour gagner une part de moi

Avancer droit devant

Sauver le reste d’une vie

Je veux combattre l’ennui

L’homme n’a pour pire ennemie

Que la femme qu’il croyait acquise

                                                 Guerrière

 

Refrain

J’ai la force et la douceur

J’ai la maitrise ou la peur

Je suis toutes ces femmes à la fois

Je rêve de vieillir avec toi                                        R Bis

 

Je t’apprendrai mes silences

Quand tu y vois de la distance

Je crée, j’invente, je me déploie

Il n’y a pas de lois

Refaire le monde en privé

Pour pouvoir mieux l’aborder

M’évader, me protéger, rêver

Me déconnecter

                                                 Secrète

 

Je t’apprendrai la rondeur

Je caresserai tes peurs

Sentir le cœur qui bat vite

Qui se précipite

Mêler nos doigts trop pressés

Nos pieds dans les draps glacés

Me sentir exister

Sous l’audace de tes baisers

                                        Sensuelle

 

Refrain

J’ai la force et la douceur

J’ai la maitrise ou la peur

Je suis toutes ces femmes à la fois

Je rêve de vieillir avec toi                                        R Bis

 Femmes.mp3

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Tourment,

La turbulence d'un cœur,

 derrière un visage sage se cache,

 guette l'orage de celui indécis pour lequel il se perd,

se vêt d'un pourpre pull-over, dont l'échancrure claire,

indifférent le laisse.

la turbulence d'un coeur,

 dans un corps résonnant,

paré d'une laine blanche, se dissimule,

 guette l'espérée indiscipline de celui si mutique,

pour lequel en vain il se dévêt, se perd.

Oh froid de neige,

sur la place du grand soleil,

 en plein juillet vert,

vois-tu comme je suis seule et sombre !

De vous une ombre.

 

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NORMAL-PARANORMAL (SUITE N°9)

L'étrange se situe à tous les niveaux et joue aux surprises qui font peur ou vous laisse "froid".

Au lit dès 21 heures, la nuit promettait de ne pas être paisible : trop de choses en tête et j'avais étonnamment froid,  un de ces froids qui ne vous laissent pas d'espoir de vous réchauffer avant un bon moment.   Vers 22 heures, je décidais donc de me lever, afin de me préparer une tasse de chocolat chaud, pour me détendre et me réchauffer.

La journée avait été ensoleillée et m'avait permit de porter une tunique, plutôt qu'un pull, pour aller faire mes courses.  Décidée à la porter le lendemain dans ma maison bien chauffée, j'avais laissé cette dernière sur un cintre suspendu à la clenche de la porte du hall de nuit.

Comme d'habitude, dans ces cas là, je me promenais dans ce petit hall, tout en sirotant ma boisson.  Mais ce soir là, je me calais contre le chambranle de la porte de la cuisine pour regarder ma tunique qui bougeait.  Non pas seulement le tissu qui aurait pu être légèrement animé par mon seul passage, mais toute entière mue par le cintre qui remuait les épaules et de droite et de gauche et encore et encore, comme si une main le manipulait. Ma tunique s'était transformée en marionnette sans ficelle visible. Loin de me réchauffer, une vague de froid planait autour de moi. 

Intriguée, j'allais vérifier si les autres portes étaient bien fermées et si les boudins étaient à leur place au bas de celles-ci.  Tout allait bien.  Le chauffage fonctionnait, la température du reste de la maison était agréable, sauf là, à cet endroit précis.  Pas de fenêtre, pour expliquer un éventuel tirant d'air.... et la tunique continuait à se trémousser.  J'enfilais mon gilet.  J'avais de plus en plus froid, malgré le chocolat, chaud mais pas brûlant, que je continuais à boire à nouveau adossée contre le chambranle.   Je n'avais certes pas envie d'applaudir au spectacle, mais je n'avais pas peur non plus face à cette pantomime inexpliquée.  Chocolat à bonne température, je ne soufflais pas sur ma tasse, tout paraissait en ordre côté fermeture des portes, le chauffage fonctionnait bien, alors quoi ?

Sans ralentir, la "danse" se termina tout à coup.  Je restais encore un petit moment au même endroit, puis, indécise, je terminais ma tasse et regagnais ma chambre.  Après m'être enfin réchauffée, grâce à un chauffage électrique d'appoint posé dans cette dernière, je me remis au lit.

J'avais déjà beaucoup de choses en tête, avant de me relever, une autre s'était ajoutée à la liste.  Je finis quand même par m'endormir.

Le lendemain matin, la tunique inerte était toujours à sa place ainsi que ma tasse de chocolat vidée  la veille et posée sur le plan de travail de la cuisine.

Fiction ou réalité ? A vous de décider.  J'ai toujours froid dans mes idées, concernant ce sujet.  J'ai rangé depuis ma tunique et mes questions dans mon tiroir aux souvenirs étranges.

Claudine QUERTINMONT D'ANDERLUES.

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Equilibre/Déséquilibre

 

Cher Ami,

 

La vie amoureuse, affective, enfin la vie tout court, reste pour la plupart d'entre nous le parcours d'un funambule ; un équilibre précaire, jonglage entre joies et peines, certitudes et incertitudes ; le blanc et le noir se superposent, parfois se mélangent.

Oui parcours funambulique, avec juste en dessous du fil, un filet plus ou moins proche, lorsqu'il existe !

Ce filet que je qualifierais de "salvateur" au quotidien se tisse, par l'homme ou la femme dans l'entre-deux, cheminant, évoluant sur le fil ; il s'agit là je pense, d'un filet pictural, poétique, musical, en tout cas créatif : sonorité d'une source intérieure ; ressource.

Celui qui vit tout au long de son existence en équilibre précaire, comme la plupart d'entre nous, qui aura réussi à tisser ce filet en dessous, rebondira toujours en cas de chute, restera bien vivant. Mais, celui qui cheminera sans filet, en cas de chute prendra le risque de se perdre.

Mais comment procéder pour apprendre à l'autre le tissage de ce filet "libérateur" ?

Ne serait-ce pas, en suscitant chez cet autre, de l'admiration  ; cet éclat, cette voix de l'amour, ou d'une amitié forte ? En étant pour cet autre, une référence, un solide repère, peut-être une forme de filiation ?

Cet autre, voudra au commencement ressembler "à cet ami, cet amour, ce père etc ....", s'y exercera souvent avec acharnement, jusqu'à, peu-à-peu devenir LUI. Oh toujours les fameuses gammes me direz-vous ; c'est un travail sans doute inconscient : cheminement psychanalytique ou non.

 C'est il me semble, la réussite la plus intime qui soit ; re-naissance !

Oh mon cher Ami, nous revoici dans l'affectif à nouveau, et bien tant pis.

Bien à vous à l'infini.

Votre très chère NINA

 

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