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12273002868?profile=originalIl s'agit d'un roman de  Jean Giono (1895-1970), publié à Paris chez Grasset en 1935.

Écrit entre le 2 février 1934 et le 19 janvier 1935, Que ma joie demeure renoue avec l'inspiration panthéistique de la trilogie inaugurée par Colline. Il revêt toutefois une ampleur, tant par son volume que par les multiples réseaux symboliques et mythiques qu'il esquisse, qui le distingue des
premiers romans, beaucoup plus brefs et resserrés. Il fait en outre pendant au roman suivant, Batailles dans la montagne: «On m'a accusé de pessimisme pour Que ma joie demeure. Peut-être, car c'est le livre de la bataille des esprits; Batailles est le livre de la bataille des corps» (Journal, 4 février 1936).

Jourdan, un cultivateur d'une cinquantaine d'années qui vit sur le plateau de Grémone, en Haute-Provence, rencontre un homme d'environ trente ans, Bobi, dont les paroles aussitôt l'envoûtent (chap. 1). Jourdan et sa femme Marthe accueillent Bobi chez eux, à la Jourdane; ce dernier est acrobate et leur montre ses tours (2). Jourdan présente Bobi dans les diverses fermes du plateau: celles de Carle, de Randoulet, de Jacquou et de Madame Hélène, une riche veuve qui vit seule avec sa fille Aurore (3). Bobi invite ensuite Jourdan à répandre son blé sur l'aire, et le spectacle des oiseaux affamés par l'hiver et venus s'assembler devant la ferme émerveille ses habitants et les emplit d'une joie jusqu'alors inconnue (4). Jourdan, qui a planté cette année-là des fleurs sur les terres jadis réservées aux cultures, donne ses économies à Bobi qui revient, au printemps, avec un cerf qu'il a acheté pour eux. Les paysans, ayant aperçu avec émotion l'animal laissé en liberté sur le plateau, se rendent tous à la Jourdane où ils partagent un joyeux repas, ce qui n'était jusque-là jamais arrivé (5-7). Aurore, adolescente ombrageuse, et Joséphine, jeune femme sensuelle mariée avec Honoré, sont fascinées par Bobi. D'un commun accord, les convives décident d'aller chercher des biches pour le cerf et, peu après, les hommes quittent ensemble le plateau et reviennent avec des biches qu'ils lâchent sur le plateau de Grémone (8-11). L'automne passe et Bobi rencontre un jour Aurore dans la campagne; elle se montre très agressive et il ne semble pas comprendre qu'elle l'aime. Carle donne la liberté à son étalon et Jacquou à ses juments car c'est la période des amours.
Quant à Randoulet, il a acheté un immense troupeau de moutons qu'il laisse pâturer librement sur le plateau (12-15). Sa fille Zulma, une innocente transfigurée par sa mission de bergère et devenue la «reine des moutons», vit avec eux dans la grande prairie. La découverte de la liberté apporte bonheur et rêves à tous, mais Madame Hélène et Aurore souffrent de leur solitude. Bobi pense à la jeune fille mais c'est Joséphine qui devient sa maîtresse. Un magnifique métier à tisser, construit pour Marthe à la Jourdane, est l'occasion d'un nouveau repas collectif durant lequel tous décident de récolter leur blé ensemble et de le mettre en commun (16-20). Aurore se désespère et, durant la récolte du blé, qui prend des allures de fête, elle se suicide. Bobi, accablé de tristesse, quitte le plateau et meurt peu après, foudroyé dans la campagne. Chacun rentre chez soi; c'est la fin de l'oeuvre collective (21-25).

Giono explique en ces termes le titre du roman: «J'ai pris pour titre de mon livre le titre d'un choral de Bach: Jésus, que ma joie demeure. Mais j'ai supprimé le premier mot, le plus important de tout l'appel, le nom de celui qu'on appelle, le seul qui, jusqu'à présent, ait compté pour la recherche de
la joie; je l'ai supprimé parce qu'il est un renoncement. Il ne faut renoncer à rien. Il est facile d'acquérir une joie intérieure en se privant de son corps. Je crois plus honnête de chercher une joie totale [...]» (les Vraies Richesses, 1936, Préface). Puisant son inspiration et ses symboles aux sources du paganisme aussi bien que du christianisme, Giono mêle les allusions à des croyances et à des mythes multiples, créant ainsi un univers romanesque singulier, où cependant, la référence chrétienne demeure: car le personnage de Bobi s'apparente au Messie. Il est attendu avec ferveur par Jourdan qui a le pressentiment de sa venue: «Depuis longtemps il attendait la venue d'un homme. Il ne savait pas qui. Il ne savait pas d'où il viendrait» (chap. 1). Ce qu'attend Jourdan, comme tous les habitants du plateau, c'est que Bobi le guérisse de ses maux, lui donne une raison de vivre: Bobi apparaît donc comme le Sauveur, comme celui qui vient proposer aux hommes une issue à leur misère et à leur désespoir. Sa parole a le pouvoir de captiver d'emblée ceux quil'écoutent, et il utilise d'ailleurs parfois des tournures qui rappellent le ton prophétique des Évangiles: «Vous croyez que c'est ce que vous gardez qui vous fait riche. On vous l'a dit. Moi, je vous dis que c'est ce que vous donnez qui vous fait riche» (9). Ainsi, bien des aspects du roman justifient cette remarque de Bobi à propos de sa dimension messianique: «Ils m'ont reçu comme le Bon Dieu» (12).

Toutefois, Bobi est fort loin de prôner l'ascèse chrétienne. Le corps, dans le roman, est lesté de son poids de désirs dont se nourrissent la vie et la joie. Grâce au nouveau venu, les habitants du plateau retrouvent cette ardeur du corps qui va de pair avec celle de l'esprit. Bobi lui-même est acrobate, c'est-à-dire une sorte de magicien du corps, et cède à l'empire de la sensualité dans sa relation avec Joséphine. Dépourvu de toute référence religieuse, son message propose à l'homme une vie en harmonie avec les forces naturelles. La libération et le bonheur procèdent de cet accord et l'on a pu voir, dans Que ma joie demeure, la présence d'une inspiration dionysiaque, à travers notamment la figure du cerf, qui amorce l'initiation, ou les épisodes des festins. En fait, si la quête que le roman met en scène a bien une teneur mystique, cette dernière revêt une portée universelle qui dépasse la singularité des systèmes religieux. De plus, le bonheur à trouver se situe dans l'immanence: c'est à l'homme qu'il incombe de créer sa propre joie. Bobi n'apporte aucune doctrine aux habitants du plateau; il leur apprend simplement l'acceptation d'eux-mêmes: «La vie c'est la joie. [...] Elle est basée sur la simplicité, sur la pureté, sur l'ordinaire du monde!» (12). Il leur révèle les richesses qui sont en eux et dans la nature qui les environne mais qu'ils ne savaient plus voir, aveuglés par la routine, aliénés par la recherche du profit plutôt que par celle du bonheur.

Cependant, le dénouement du roman est pessimiste. Bobi échoue puisque c'est vraisemblablement à cause de lui qu'Aurore se tue et puisque, après ce triste épisode, tous recommencent à vivre comme ils le faisaient avant sa venue. Bobi lui-même est anéanti et, quoique sa mort prenne la dimension d'une apothéose - «La foudre lui planta un arbre d'or dans les épaules» (24) -, le dialogue intérieur qui la précède montre le déchirement du personnage en proie à un doute qui ne sera pas résolu. Quant à l'avenir sur lequel ouvre la fin du roman, il est des plus ambigus. «Il reviendra [...], j'en suis sûre» (25), se répète un des personnages à propos de Bobi. L'espérance, cette valeur si chère à Giono, voisine ici dangereusement avec le leurre.

La seule qui parvient à édifier un «paradis terrestre» (16), c'est la bergère Zulma, une jeune innocente. Elle demeure toutefois solitaire, incapable de communiquer vraiment avec les autres hommes et reine d'un paradis peuplé seulement d'animaux. Conformément à la tournure du titre, qui formule un voeu plutôt qu'il ne pose une certitude, le roman présente la joie comme une
aspiration plutôt que comme un acquis. Fragile et précaire, elle est à la portée de l'homme, mais celui-ci est-il capable de la saisir et de la retenir? Énigmatique, le dénouement laisse la question en suspens.

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Frieda la juive.

 

 

C’était quelques années avant la dernière guerre. C’était en Allemagne. Hitler était au pouvoir après que le peuple allemand en toute légalité eut renversé le gouvernement de Weimar, un gouvernement de  modérés que les communistes effrayaient.

Le Destin l’avait investi, il dominerait le monde. Dieu le voulait ! Gott mit uns.

Mais le peuple, les hommes sont comme ça, veut aussi de la viande à se mettre sous la dent, de celle qu’on produit dans les arènes après qu’il ait tendu le pouce vers le sol. A mort ! A mort !

Hitler allait lui en fournir. De la viande toute fraiche. Celle que dieu avait désignée, hurla-t-il en tendant le doigt  vers les juifs, ces maudits de toujours. A mort !

Curieuse époque. Les élites allemandes méprisaient Hitler et sa clique. Mais la plupart d’entre elles s’y soumettaient. Tant les Junkers que les officiers à la joue marquée d’un coup d’épée.

Ils baissaient l’échine pourvu qu’ils puissent redresser la tête avec la morgue aristocratique des gens bien nés.

Que leur importaient les juifs. Des tailleurs, des coiffeurs, des usuriers qui ne prêtaient aux fils de bonne famille que contre l’assurance que leur argent leur serait rendu. Qu’ils crèvent si le peuple veut qu’ils crèvent.

Eric  von  Berger était différent. Je le reconnais : toutes les élites allemandes lorsqu’elles donnaient par prudence l’apparence de la soumission n’étaient pas les valets de ce petit sergent qui ameutait les foules avec des cris de dément. Tous les ouvriers allemands n’étaient pas des charognards assoiffés du sang des juifs. Mais, à cette époque, qui était en mesure de les distinguer ?

Eric von Berger était un hobereau issu de cette Prusse qui avait juré fidélité à l’empereur. Agé d’une quarantaine d’années, il servait dans l’armée avec le grade de commandant. C’est lui qui organisait les manifestations culturelles destinées à la troupe et au corps des officiers. Concerts, séances théâtrales, expositions de peinture, il se tenait au courant de la vie artistique et intellectuelle du pays.

Il connaissait le monde des artistes, les artistes officiels qui émanaient  des académies et ceux qui, quel que soit leur petit nombre, faisaient bouillonner les cerveaux. La peinture, en particulier, suscitait sa curiosité. C’était à ne plus rien comprendre de ce que ses années d’étude si conventionnelles en matière de culture lui avaient appris. Sur la peinture, et ces peintres dont chaque trait sur une toile prétendait révolutionner, et la peinture et la façon de voir.

L’un d’entre eux l’envoûtait plus que les autres, c’est le mot qui convenait. Un certain Groszberg, un juif. Et, pour d’autres raisons vraisemblablement, le modèle qui l’accompagnait constamment sous prétexte que l’inspiration et le besoin de peindre pouvait le saisir à tout instant.

Il peignait vite, à grands coups de brosse.

Son modèle, Frieda Lewitz, peignait elle aussi. A la différence de Groszberg, elle peignait des toiles aux couleurs tendres teintées de sensualité. Personne dans son entourage n’appréciait ces toiles qui n’étaient d’aucune époque imaginable.

- Ne sens-tu rien venir, Frieda ? Ce sont des années de sang, pas d’amour. Même la couleur rouge est trop tendre. Ajoute autant de couches que tu voudras, tu n’auras rien dit de ce temps. Il faut peindre avec du sang véritable.

Lorsque von Berger venait les voir dans son atelier Groszberg prétendait qu’il avait soif : 

- Je vais prendre une bière.

- Ce n’est pas moi qui vous chasse, j’espère ?

Il grognait quelques mots incompréhensibles, et il sortait.

- Il n’aime pas les militaires. Pourtant, il en faut quand il y a la guerre. Ils ne les perdent pas toutes.

- Je crois que ce sont les guerres qu’il n’aime pas.

Entre Frieda, la juive, et Eric von Berger, les relations étaient étranges. Mais, je le répète, qu’est-ce qui ne l’était pas à cette époque ?

Ce peuple allemand qui ne voulait ni voir ni entendre, et qui applaudissait lorsqu’on lui demandait d’applaudir ? Ce n’était pas normal. Avez-vous remarqué ? A la même époque, dans un même pays, parfois dans une même ville, il se passait des choses qui étaient généralement les mêmes mais lorsque vous interrogiez les habitants de la cité, des voisins en quelque sorte, ils racontaient la chose comme s’il s’agissait d’évènements tout à fait différents. A croire que le monde est constitué de cercles qui sont autant de planètes distinctes.

En d’autres temps, Eric et Frieda eussent été amants depuis le premier jour. Elle était belle d’une beauté qui séduisait sexuellement. Elle n’avait pas cet air farouche des jeunes femmes qui croient encore que le sexe n’est pas la première chose à quoi pense un homme. Pourquoi cet homme épouserait-il une fille dont il ne sait rien, alors ?

Eric était bel homme. De plus, c’était un aristocrate. On a beau dire, c’est doublement flatteur. Un homme à l’aspect fragile qui avait encore le visage d’un ange. Les femmes ont de la compassion pour ces hommes là. De la compassion aux abandons du corps il n’y a pas loin. 

C’était un officier allemand. Il craignait qu’elle ne cède par peur. Dans certains mess d’officiers, où il ne manquait pas d’homos qui ne savaient pas de quoi ils parlaient, on disait des juives qu’elles étaient de bonne baiseuses et on éclatait de rire. Eric ne voulait surtout pas que Frieda le soupçonne d’avoir des pensées aussi vulgaires.

Frieda n’osait pas se mettre au lit avec un allemand. Un officier allemand qui plus est. Aux yeux des siens, on aurait pu dire qu’elle n’était qu’une putain.

C’était le jour de cette fameuse nuit qui retentira longtemps encore du bruit des vitres brisées dans les rues de Berlin. La nuit de cristal. Je n’ai jamais compris pourquoi on lui avait donné ce nom. Il faut n’avoir jamais entendu se briser la coupe de cristal qu’un juif jette sur le sol. Le son du cristal est doté d’une musicalité singulière. Sa vibration tient du miracle. Cette fameuse nuit, ce sont les vitres des magasins juifs qui ont été brisées.

Dans les rues on entendait le martèlement des bottes  sur le sol, et le chant des nazis. Des chants ? Des vociférations d’ivrognes. Ils se dirigeaient vers les quartiers populaires, là où, pensaient-ils, se terraient les juifs. C’est dans ces mêmes quartiers, aux nombreuses arrière-cours, que travaillaient les peintres et les sculpteurs dans des ateliers qui avaient servis naguère à des artisans.

Lorsqu’ils étaient dans des cafés où on leur faisait crédit, les peintres passaient une bonne partie de leur temps à discourir à propos de la peinture. Ils inventaient des noms pour qualifier leurs mouvements. Ils pensaient qu’ils étaient en train de transformer la peinture. Nouvelle objectivité, Dadaïsme, Constructivisme, etc…Art dégénéré, disaient les membres éminents des académies.

-Il faut partir d’ici. Sur le champ.

Eric pressentait ce qui allait arriver. Il n’était pas bon d’être juif. En ce temps-là en particulier.

Et aujourd’hui, c’est mieux ? C’est un autre débat comme on dit quand on ne sait pas ce qu’il faut répondre.

Eric était en civil. Il avait sorti sa carte d’officier et la tenait en main. Au  cas où une de ces brutes le regarderait de trop près, il la lui mettrait sous le nez. Il avait raidi le cou, et accentué sa morgue d’officier. Il tenait Frieda par la taille.

-Bravo, mon prince. Il n’est pas nécessaire de vous souhaiter une bonne nuit.

Ils se mirent à rire parce qu’ils parlaient de sexe. Eric garda la main sur la hanche de Frieda même après qu’ils aient disparu.

- Dieu merci, j’ai encore ma chambre d’étudiant. Après, nous verrons.

L’homme fragile se révélait un homme déterminé. Frieda ne demandait rien d’autre que de se laisser guider par lui. C’était à la fois un sentiment de peur atroce et d’exaltation qui lui soulevait la poitrine.

Arrivés dans la chambre elle ouvrit les boutons de sa robe pour se dénuder. Elle s’étendit sur le lit, à même le couvre-lit, et tendit les bras.

Le lendemain Eric retourna à l’atelier de Groszberg.

Le peintre était en train de bourrer une sacoche de toile.

- Je pars, monsieur von Berger. Bientôt ils briseront des corps. J’ai eu la visite d’un certain Giraud.qui m’a acheté deux toiles, il y a trois mois. Il me conseille de partir. J’ai toujours rêvé de Paris. Berlin, c’est fini. Vienne aussi, c’est fini.

- Et vos toiles ?

- J’emporterai celles que je pourrai porter. Les autres, je les laisserai à ceux qui n’imaginent pas qu’on puisse emporter sa patrie à la semelle de ses souliers.

Il a raison, pensa Eric. Avec ce clown sinistre qui était le chef de l’Allemagne tout pouvait advenir.

Il ne voulait pas perdre Frieda. Fuir ! Il fallait fuir comme Groszberg se préparait à le faire.

Bientôt ce serait la guerre. L’Autriche. La Tchécoslovaquie. La Pologne. Demain la France  puis l’Angleterre. Puis…Cette armure d’officier qu’il portait sur le dos depuis des générations, est ce qu’il pourra la déposer un jour ?

Il avait jure de servir son pays. Si les militaires commençaient à se poser la question : c’est quoi mon pays, autant se tirer une balle dans la tête. Il y était prêt. Mais il n’était pas prêt de sacrifier Frieda. C’est drôle comme de simples discours vous font oublier que votre vie est unique et irremplaçable.

Il lui ferait passer la frontière. En France, elle ne risquait pas de se faire arrêter comme des milliers de personnes étaient en train de l’être. Les bureaux  de la caserne bruissaient des rumeurs les plus invraisemblables.

- Heil Hitler !

Jusqu’à son ordonnance qui le saluait en tendant le bras levé, et le commandant von Berger répondait de la tête mais n’osait pas le lui interdire.

Ce soir-là, dans sa chambre d’étudiant, sur son lit d’adolescent, témoin de tant de songes inavoués, il prit Frieda consentante avec tant de vigueur qu’il était incapable de mesurer ses ardeurs. Comble de torture, alors qu’il espérait lui faire l’amour jusqu’au bout de la nuit comme si c’était la dernière fois, il ne put la prendre qu’une fois à peine.

- Ce n’est rien. Je t’aime.

Elle caressait son sexe qui ne réagissait pas. Il était chaud, tendre et docile. On eut dit un oiseau blessé. Eric avait les larmes aux yeux.

- Ce n’est rien mon chéri, ce n’est rien.

A Frieda aussi, les larmes venaient aux yeux. Ils ne purent s’aimer qu’au lever du jour.

Berlin se trouve à près de cinq cents kilomètres de la frontière française. En train, c’était prendre de grands risques, les contrôleurs étaient vigilants. Par les routes encombrées, les risques étaient nombreux, eux aussi, Mais à cette époque, pour des juifs, vivre était tout aussi risqué.

Sa tenue d’officier pouvait donner le change. Quelques jours de congés octroyés par le  Général von Hauser, son supérieur direct, pouvait apaiser les suspicions. Plutôt que de se diriger directement vers la frontière française, il pouvait se diriger vers Stuttgart puis Karlsruhe. On y venait pour les eaux. On ne s’y étonnerait pas lors d’un contrôle qu’un officier supérieur en congé s’y rende accompagné de sa maîtresse. 

Fallait-il que le trajet soit court, c’était plus prudent, ou un peu plus long, et conserver Frieda plus longtemps auprès de lui ? Lui seul pouvait en décider, Frieda était prête à tout pour ne pas le quitter.

Groszberg lui avait communiqué l’adresse d’un passeur en mesure de faire passer la frontière à des juifs, des communistes, et d’autres cibles du nazisme. C’était une question d’argent pour le passeur et les garde-frontières qui devaient détourner les yeux.

- Tu iras à Paris. Groszberg m’a parlé d’un quartier appelé Montparnasse. De nombreux peintres y vivent. Bientôt, les Allemands occuperont Paris, c’est une question de mois. Je viendrai t’y chercher. Efforces-toi de changer de nom.

Avant la frontière durant la dernière nuit qu’ils passèrent ensemble ils s’aimèrent avec tant d’ardeur qu’ils auraient aimé mourir pour ne penser à rien d’autre. Mais ne meurt pas qui veut.

Dans la ferme Eric attendit que le passeur revienne avec une bague de Frieda. C’était le signe convenu pour dire que tout s’était bien passé. Il repartit pour Berlin. C’était en mars 1940.

Comment imaginer qu’en même temps, dans le sang et dans l’horreur, se mêlent l’histoire d’un peuple et le destin dérisoire d’un couple à peine constitué. Que le temps leur soit plus largement compté, et ils cesseront de s’aimer ou chacun d’entre eux en aimera un autre, et l’histoire sera différente ou il n y aura pas d’histoire du tout.

C’est l’Histoire de l’Humanité ? L’histoire de l’humanité, ce n’est que l’histoire de chacun d’entre nous.

Après l’armistice Eric von Berger avait été affecté aux services culturels du gouvernement militaire à Paris. Son rôle véritable, c’était d’acheter des objets de valeur pour les transférer en Allemagne.

Dès qu’il fut à Paris, il parcourut Montparnasse sur les conseils d’un collaborateur qui avait son pourcentage sur les œuvres achetées ou réquisitionnées.

-Une certaine Frieda, dites-vous. Une peintre ? Un modèle de Groszberg ? Groszberg a quitté la France. On dit que c’est pour les Etats-Unis.

Il avait promis de chercher. On se méfierait moins d’un Français que d’un Allemand. Durant plus d’un an, il n’y eut rien de nouveau.

Le 15 septembre 1941, le Français lui dit qu’il pourrait rencontrer le lendemain quelqu’un qui avait connu une peintre allemande.

Sorti du Lutétia, le quartier général du gouverneur militaire, Eric von Berger se dirigea vers l’avenue Montparnasse. Soudain un homme, un membre de la résistance française, un certain Rol-Tanguy, apprit-on plus tard dans les livres d’histoire, jaillit du porche d’un hôtel, se précipita vers lui un pistolet à la main,  et tira deux fois sur Eric qui s’écroula, la main sur la poitrine.

 

 

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Bonsoir et merci à Robert Paul de m'avoir acceptée.Je suis si contente...Merci à vous. J'ai bien pris note de la petite note en bas et je ne considère pas ce site comme un lien ou un renvoi ! J'ai découvert hier soir tard votre lieu et spontanément j'ai osé demander la possible intégration à celui-ci ! Je suis peintre, enfin j'étais verrier pendant de nombreuses années. D'une passion je suis passée professionnelle pendant une décennie avec aussi des animations auprès d'enfants et de femmes à la demande.dans une autre région. Je suis revenue en mon Anjou natal, seule, croyant abandonner définitivement ma vie d'Artiste, une vie pas toujours simple à vivre avec des hauts et des bas ! Mais il faut croire que c'est inscrit en mes gènes et trop tard pour renoncer ! J'ai définitivement abandonné  la peinture non sans avoir essayé en mon modeste lieu de vie la peinture à mains nues, à l'huile, avec un peu d'expositions surtout dans mon quartier et une invitation également en Kabylie en 2011. Depuis deux ans je me consacre exclusivement à l'écriture que j'ai découverte il y a environ cinq ans et ce en continu entrecoupée d'autres lectures d'écrivains d'ici ou d'ailleurs ayant eu pendant un long moment un profil sur le réseau social que je viens de modifier en page professionnelle...L'année 2012 fut consacrée à la rédaction d'un recueil poétique, mon premier bébé, qui fut édité par une petite maison d'édition Bauloise à laquelle j'ai demandé l'arrêt de la diffusion de celui-ci ainsi qu'un autre recueil qui est encore en vente il me semble mais dont j'ai également demandé le retrait. Ce dernier fut écrit conjointement avec un auteur dont je préfère le retrait pour des raisons personnelles ! En conséquence de quoi l'année 2013 fut une année de travail, de labeur, à mourir à ce qui aurait du être si beau et j'ai profité de cette année pour découvrir l'auto-édition et aussi ce que l'on entend par maison d'édition ainsi que des biographies en cours, des blogs en construction et pleins de projets en avalanche et des découvertes sur le net comme celle-ci qui me plait beaucoup ! Chaque découverte de lieu est une aventure...aussi permettez moi une petite indulgence si je ne viens que par petits instants mais régulièrement et permettez-moi quelques instants de découvertes avant d'être comment dire "opérationnelle" (sourire) disons installée dans les murs et vous découvrir ! 

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Je fais du tri dans mes écrits en préparation de deux recueils à sortir... et la création d'ici peu de ma maison d'édition sous forme associative couplée avec d'autres projets humanitaires (c'est beaucoup je sais !). Je retrouve ce billet que je n'avais pu intégrer ici car trop long...oui j'écris long... probablement déformation professionnelle ou plus exactement passionnelle  car écrire n'est pas un métier il est vrai,  j'ai ouï dire... Alors, c'est une passion bien prenante, laborieuse, studieuse mais si enrichissante d'un point de vue purement personnel s'entend !

Je ne sais toujours pas comment l'on peut faire pour s'ennuyer car je plus je vieillis et plus j'ai des projets et parfois, souvent même, la frustration de ne pouvoir tout faire ou tout voir comme absorbée par la connaissance, les apports des autres qu'il me tarde de découvrir ! Un peu de patience, je vais venir, je fais mes pas ici tout doucement mais surement... Je vous dis à bientôt, je m'isole pour confectionner, vérifier, re vérifier, et re re vérifier encore et encore et toujours sur l'ouvrage ôter ou rajouter mais retravailler toujours et encore comme le soulignait Nicolas Boileau...

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"Surtout qu'en vos écrits la langue soit révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre, ou le tour vicieux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ;
Polissez-le sans cesse et le repolissez :
Ajoutez quelques fois et souvent effacez.
C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent,
Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent.
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ;
Que le début, la fin répondent au milieu ;
Que d'un art délicat les pièces assorties
N'y forment qu'un seul tout de diverses parties."

Nicolas Boileau dans l'art poétique.

A bientôt...

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Songerie en prenant le frais

hivers-005.jpg

Plus aucun défi ne me hante.

Je ne me sens pas agressée.

Je suis sur la liste d'attente

Mais certainement pas pressée.

Allant mon train, je prends mon temps.

Lors, face au ciel, je m'émerveille;

Il est fabuleux bien souvent.

Quand il fait beau, je m'ensoleille.

Mes attraits étant périmés,

La solitude me convient.

Je n'ai plus le choix de charmer;

En souriant, je me souviens.

J'apprécie de rester lucide

Et sans redouter le moment

Où mon esprit deviendra fluide

Et mon corps mort, assurément

9 avril 2014

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administrateur littératures

Mais à quoi sert la littérature?

  A méditer sur la condition humaine? Pleuvent les coups du sort et les traumatismes de la vie pour cela, la littérature foisonnant de récits authentiques déguisés bien des fois en fiction, délivrant des messages tour à tour clairs ou subliminaux, l'auteur transposant sa propre histoire, ne fût-ce qu'un pan, au travers de l'un de ses personnages. C'est courant, parfois même galopant d'effroi; on pense: "Pauvre auteur!" mais cela va parfois si loin qu'on se met à douter. Coup médiatique? Stratégie commerciale? On n'est pas toujours dupe, on n'apprend pas également à un vieux singe à faire la grimace d'une certaine manière, et la grise masse achète...Jackpot!

  La littérature, urgence sociale? Reflet de mentalités souvent façonnées dans un esprit notamment nationaliste (France et Allemagne, avant-guerre), elle tente de justifier ou plutôt sert à justifier certaines nécessités dont celle de guerre lorsque le Grand Conflit éclata...

  La littérature, mensonge? Textes héroïsants et clichés de bravoure abondent, un exemple parmi d'autres, s'éloignant de la vraie réalité parfois trop horrible à conter. Rétablir la Vérité, dénoncer les impostures? Bien sûr, même si l'on aboutit une nouvelle fois au coup médiatique. Les témoignages, rien de tel, n'est-ce pas? Jackpot!

  La littérature, urgence psychologique? Ecrire permet, même imparfaitement, de mettre des mots sur les non-dits, des bassesses notamment, résultat: une masse d'écrits personnels généralement non destinés à la publication. Le besoin de vérité conduit, voire contraint, à écrire, besoin de mesurer, toujours mesurer, la réalité et les réalités...

  La littérature, urgence familiale et transgénérationnelle? Clairement: la société subit des traumatismes, poser des mots sur les souffrances et les désespoirs: une nécessité ici aussi! Songeons à Albert Camus qui, dans "Le Premier Homme", décrit l'émotion ressentie par des élèves à la lecture de "Les Croix de Bois" de Dorgelès.

  La littérature mémoire vive? Certes! Un travail de mémoire et de sensibilisation par la fiction (?), une fiction informée et enrichie par les progrès de l'historiographie et des sciences humaines, et le roman dit familial. Dénoncer vérités et mensonges officiels parfois? A nouveau le coup médiatique est proche, à s'y perdre.

  Mais, en fin de compte, à quoi sert la littérature? Elle sert, tout simplement, voire à comprendre le pourquoi... Merci de votre attention!

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Aphorismes sur la lettre A

 

Adversité:

Face à l’adversité, nous éprouvons notre capacité à subir ou à nous défendre.

Affection:

L’amour rend souvent inquiet, l’affection rassure ou console.

Affection:

Quand notre tendresse déborde, nous nous montrons affectueux.

Affectivité:

Notre affectivité nous lie quelquefois à des choses ou à des lieux d’une façon indéfectible.

Affreux:

Généralement, la laideur ne nous affecte pas vraiment mais ce qui est affreux nous trouble et nous fait nous en détourner.

Affront:

Un affront est toujours ressenti comme une inélégance par ceux qui en sont les témoins.

Affront:

Un affront fait rougir, pâlir ou réagir avec plus ou moins d’à propos celui qui en a été la cible. Âge:

On a l’âge que l’on croit avoir, en se sentant bien dans son corps.

Âge:

On n’est pas obligé d’avoir son âge mais la plupart du temps c’est tout comme.

Âge:

Quand on a atteint l’âge d’or on ne devient pas plus brillant pour autant.

Âge:

L’âge est du temps vécu, il dépend du poids de chaque année.

Âge:

L’âge d’une vieille personne n'a pas d’effet sur son moral si passant devant un miroir elle s'en détourne en l'ignorant.

Agir:

Quand il s'agit de s'engager, agir n’est pas toujours possible.

Agir:

Il ne sert à rien de s’agiter quand il faudrait agir.

Agnostique:

L’agnostique est d’une confiance enviable, il ne craint ni le diable ni le bon dieu.

Agressivité:

L’agressivité naturelle d’une personne se retourne contre elle en la rendant antipathique.

Aide:

De moins en moins gratuite, l’aide se change en louage de service.

Aider:

Quand on se voit contraint d’aider autant le faire de bonne grâce.

Aider:

On aide d’autant plus volontiers que l’on a peu d’efforts à faire.

(Extraits de «Mots dites-moi!» de Suzanne Walther-Siksou)

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Un éclair de lucidité

 

                                                            

Claude, je dis à tous combien peu vous valez.

L’ardeur que chaque jour, je mets à leur parler,

A tout instant de vous, m’inquiète et m’éclaire.

Une voix agacée me dit de me défaire

De l’étrange manie de vous blâmer toujours.

Et je te laisserais mourir, mon pauvre amour?

 

Casablanca juillet 1943   

 

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liens

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Nul ne pourra te détacher de cette alliance particulière, nul ne saura dissocier Diabliczka et Méphisto,  ces liens te condamnent à être mon unique égérie.

D’anonyme, te voilà portée vers les cimes fantasmagoriques de mes rêves un peu fous.

Une muse enfouie dans les méandres de la vie, comme ces statues enfouies dans ces siècles passés et comme elle, te voilà mise à la lumière du temps présent.

Tu étais déjà mais le savais-tu ?

Moi, je croyais l’être ?

Sur cet autel fait de draps, sur lesquels tu apparaissais parfaite, nul ne peut imaginer combien mes rêves sont envahis par ta présence et maintenant, tu es divine. J’étais comme beaucoup d’artiste, un peu mégalo, croyant avoir trouvé mon style, être au sommet de mon art mais il n’en est rien, je découvre tous les jours.

Tu m’inspires et à la fois tu es inspirée !

Ces dessins et peintures, j’imagine, tu imagines, je peins, je dessine et parfois tu me fais corriger ou tu corriges. Mes textes, je les écris seul, tu les approuves et je suis fier qu’ils te plaisent.

Cette idée de nous mettre en scène est aussi commune, si je ne les avais peints, ces liens, on les devinerait, invisibles, ils sont là, ils te lient à moi pour ces raisons artistiques mais aussi pour d’autres. Sans doute plus romantiques, amoureux mais cette chevauchée picturale est elle aussi romanesques !

Diabliczka et Méphisto, voilà un titre pour un recueil de dessins… Mais jamais terminé, presque chaque jour, il faudra ajouter une page !

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Le maître d'école

Nostalgie des écoles de village, assis à son vieux bureau de bois sur l’estrade, le maître d’école est là. Il regarde pour la dernière fois cette classe qu’il a tant aimée.

L’heure de la retraite a sonné et il faut partir. Abandonner cet endroit tant de fois regagné et animé par des petites têtes blondes aux sourires angéliques. Dans sa main, la clef qui ferme la porte, gestes mille fois répétés et geste qui sera aujourd’hui le dernier. Ses cartons sont faits, et déjà dans l’auto, il emporte avec lui les souvenirs d’une vie d’enseignant. Des objets qui ont, pour lui, le goût aimé de son passé et le bonheur de sa mémoire.

Accroché au mur, le vieux tableau noir en a vu des enfants défiler devant lui, toujours alignés par deux sur ces bancs d’un autre siècle. Il a vécu toutes les réformes, les modernités, les changements de rythmes mais n’a jamais bougé de ce mur. Par moment, il entend des petits bruits étouffés, c’est son maître qui pleure et se mouche, le cœur gros. Il a encore des petits trucs à faire avant de partir, des gestes spontanés de tendresse pour son vieux mobilier. La fenêtre qui bloque et qu’il faut manipuler avec délicatesse. Le tiroir qui grince et qui ne veut plus se fermer. Et toute cette craie qui reste là.

Les souvenirs se bousculent dans sa tête, les années ont suivi et lui rappellent tant de choses, tant d’événements heureux, attendrissants ou parfois dramatiques, émouvants. Les élèves n’ont pas changé sur toute cette période, du plus petit au plus grand, il connaît leur vie, leur bonheur, leur chagrin.

Que de mots mille fois prononcés, que de regards mille fois lancés, que de petits doigts mille fois embrassés et comme tout cela est douloureux à cette heure. Tout se grave dans son âme de peur que l’oubli s’ajoute à sa tristesse. Il ne sera plus jamais le même sans ses petits et le temps amputé de cette tendresse va lui paraître fade et insipide.

Un dernier coup d’œil à tout ce qui a fait sa vie et un dernier tour de clef dans cette porte en chêne. Le voilà libre, dégagé à jamais du poids de ses responsabilités et des soucis du devoir à accomplir.

Sur la porte, le nom de son remplaçant est déjà noté. Le changement est en marche, ordinateur et technologies nouvelles seront là à la rentrée. Tables et chaises neuves aussi ainsi qu’un nouveau tableau interactif.

Un dernier regard enfin. Il part sans regrets vers une autre vie et une retraite bien méritée.

JGobert

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Un mariage ordinaire

 

La richesse n’intéresse pas la plupart des filles lorsqu’elles ont vingt ans. Néanmoins, elles sont séduites par la situation qu’elle vous procure auprès de ceux qui en ont moins. Entre Pierre et George, c’est Georges qu’elle avait choisi. Georges, son père et l’usine du père de Georges, d’un seul oui l’avait propulsée dans le monde des gens biens.

Pierre était le secrétaire du père de Georges. C’était un garçon sensé et raisonnable, il comprenait Isabelle et il fût son témoin de mariage.

Georges était un garçon simple. Il n’était pas attaché au besoin de paraître. Sa voiture, un cabriolet anglais, une Aston-Martin, était la voiture la plus sale de la ville. L’une d’entre elles en tout cas. Lorsque son père souhaitait qu’il profitât de ses passages à l’usine pour la faire laver, il répondait :

- Ta Bentley, je comprends. C’est une question de standing,  mais moi ?

Mariés, Georges et Isabelle firent leur voyage de noces à Bali.

C’est au retour, en embrassant Pierre qui était venu les attendre à l’aéroport qu’elle prit conscience que c’est Pierre qu’elle aurait du épouser. Il s’était penché pour l’embrasser et durant un instant elle avait eu le sentiment que c’était son mari qui l’embrassait. Elle ne pouvait pas se l’expliquer, elle y avait réfléchi le soir même, c’était comme si leurs corps s’étaient reconnus.

Georges, après avoir embrassé celui qui était son meilleur ami, l’invita à dîner pour le lendemain soir.

- On t’en dira des choses, Pierre. Bali, c’est formidable.   Isabelle a adoré. Si tu avais été à ma place, tu aurais adoré aussi.

- A ta place, à ta place…

Ils se mirent à rire mais pour chacun d’entre eux la nature du rire avait été différente.

Le lendemain, comme promis, ils dinèrent ensemble, Georges dit que Bali était spectaculaire, elle ressemblait à ce qu’en disaient les brochures touristiques, et les balinaises étaient typiques, les mêmes brochures le confirmaient.

Ils burent une bonne bouteille et un peu plus tard, ils se séparèrent  en riant de ce même rire  qu’ils avaient eu la veille. 

Parce que quelques mois plutôt, Pierre aurait terminé  la nuit dans l’appartement de Georges.

- Hé oui, Pierre. Entre Isabelle et toi, je choisis Isabelle.

- Je ferais comme toi.

Isabelle se redressa

- Vous, les hommes ! Et moi, personne ne demande son avis aux femmes.

Deux mois à peine après son mariage, Isabelle s’ennuyait déjà. Georges était souvent à l’étranger, son père lui avait confié le contrôle des filiales étrangères. Chez elle, le plus gros des tâches dévolues à une épouse, étaient le lot d’une servante. L’ennui corrode les plus belles unions.

- Je m’ennuie Pierre.

Pierre lui tenait compagnie lorsque Georges était absent.  Et lorsque Georges l’appelait au téléphone, elle lui transmettait le bonjour de Pierre.

Un soir que Pierre l’embrassait avant de renter chez lui, elle le retint.

- Reste Pierre.

Il arrive qu’un mari ait une maîtresse de laquelle il attend les élans dont il prive son épouse. Il arrive qu’une épouse ait un amant qui lui confirme qu’elle est la plus séduisante. Cela pourrait donner à penser qu’une tragédie est peut être en train de naitre.

En réalité, dans la vie courante, il dépend des médias qu’une tragédie  soit un fait dit de société ou une bête histoire de cul. Les histoires de fesses, on en parle peu. Elles sont souvent le pain d’unions parfaitement honorables, à deux ou à trois, et souvent heureuses.

- Je t’aime. C’est toi que j’aurais du épouser.

En général, entre amants on s’aime bien ou on s’aime beaucoup, s’aimer tout court suppose beaucoup d’amour. Et de mensonge. Pas seulement l’abandon  de son corps.

Aimer la femme d’un ami est une situation inconfortable pour l’esprit. Etre son amant  oblige à des manœuvres complexes pour être fidèle à sa maîtresse et à son ami. Il y a peu de solutions faciles. Le meurtre de son ami vous lie à sa femme indéfiniment. La rupture d’avec sa femme vous sépare de lui pour très longtemps sinon pour toujours. Comment faire ?

Heureusement la vie dispose de solutions simples et souvent répétées mais les héros n’en sont pas conscients.

Parce que l’excitation du début de sa liaison avec Pierre qui avait ajouté du piment à leurs ébats avait laissé place à des angoisses, Isabelle convint avec Pierre dont Georges deviendrait un jour le patron, qu’il valait mieux rompre.

- Tu comprends Pierre. J’aime Georges.

- Je te comprends Isabelle. L’amour compte plus que le sexe.

Michel, c’est dans le salon d’un hôtel de luxe qu’elle l’avait rencontré. Le salon des hôtels de luxe était le terrain de chasse préféré de Michel. Endroit neutre, les engagements n’y étaient pas profonds.

C’est curieux, pensait Isabelle. De  tromper son mari avec des inconnus lui apparaissait plus honorable que de le tromper avec son meilleur ami.

 

 

 

 

  

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on danse

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Je nous aimais ce soir-là,

Car nous dansions forcenés,

 

Sans aucune douleur,

Rien que nos ardeurs

Accompagnant l’ivresse,

Nos pas étaient lestes.

 

Je nous aimais ce soir-là,

Car nous étions enlacés

 

D’autres en spectateurs

Regardaient en cœur,

Il y avait allégresse

Tu étais déesse,

 

Je nous aimais ce soir-là

Car nous aimions envoûtés,

 

Des baisers prometteurs

Sans aucune pudeur,

De furtives caresses,

Nous étions en liesses

 

Je nous aimais ce soir-là,

Car nous allions, nous aimer !

 

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En ce lendemain d'élections,

Les exclus sont dans la détresse,

Les élus emplis d'allégresse.

Ô contrastantes émotions!

L'énergie de ces combattants,

Faisant des efforts méritoires,

Devait leur donner la victoire.

Il y a toujours des perdants!

Dans le silence du moment,

D'un ciel dépourvu de brillance,

Dans une morne indifférence,

La pluie tombe tout doucement.

En l'observant, je me rappelle

Un ciel où le soleil brillait

Et la pluie qui éparpillait

D'innombrables petites perles.

Je me souviens que nous disait,

Ma mère, toujours souriante,

Qui nous paraissait bien savante

Et qui souvent nous amusait :

« Le soleil bat sa femme et il marie sa fille »

8 avril 2014

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mourir est difficile

 

 

Il s’y était repris à quelques reprises sans aboutir. L’avant dernière fois, il avait été blessé. Physiquement blessé, inutilement blessé. C’est lui, vivant, qui avait reçu les condoléances émues, à ce qu’elle disait, de Julie qui croyait s’adresser à son amie. A peine s’il avait pu répondre

- c’est moi, Julie

Elle avait raccroché. Elle avait pensé qu’il n’avait pas changé.

- Toujours ces sinistres plaisanteries.

La dernière fois, il avait préparé un cocktail de médicament destiné à dormir. Il espérait bien entendu qu’il ne se réveillerait plus. Mais il n’avait pas fermé la porte  à clé de sorte que lorsque Simone était entrée, qu’elle le vit affalé sur la table, de petites bouteilles vides autour de lui, elle comprit immédiatement ce qui venait de se passer. Elle appela l’hôpital, puis le traîna littéralement jusqu’au lavabo. En glissant un doigt

dans la bouche, elle le forçât à vomir.

- Vous êtes arrivée à temps, dit le jeune urgentiste. Il ne risque plus rien. Demain, il aura l’estomac un peu barbouillé. 

Il la regarda, un mince sourire aux  lèvres. Il pensa qu’une scène un peu dramatique avait poussé l’homme à faire semblant de se suicider devant sa compagne. Appétissante ; pensa-t-il avant de sortir.

A toutes ses amies, à Julie y compris, Simone raconta ce qui s’était passé. Elle ajoutait à chaque fois qu’elle n’en tirait aucune gloire, que Pierre était amoureux d’elle mais qu’elle ne lui avait rien promis.

Julie était l’amie que Simone avait remplacée lorsque Pierre s’était séparée d’elle parce que ; disait-il, il n’avait pas encore envie de se marier.

- C’est d’une ménagère dont tu as besoin, c’est ça ?

Il souriait à la manière d’un Casanova de province.

- Ce n’est pas de ma faute si je plais aux femmes.

Depuis, c’est à Julie qu’il pensait lorsque Simone était dans ses bras. Il fallait en convenir, c’est Julie qu’il aimait au point que sans elle la vie lui paraissait impossible.

Durant la nuit lorsqu’il qu’il voulait prononcer le nom de Julie au lieu de celui de Simone, il ne pouvait le faire qu’en son for intérieur ou, hélas il ne pouvait s’y forcer, il ne pouvait le prononcer qu’en rêve.  

S’il fallait y trouver un peu de réconfort, c’était dans l’idée que de regretter Julie, tout douloureux que ce soit, c’était encore penser à elle.

Le suicide est toujours une bonne idée lorsqu’on est fatigué de vivre.

Il y a un risque cependant. Il arrive qu’il réussisse.

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Soliloque sur l'espérance

 

Ce que l'on nomme l'espérance

Est une certaine énergie.

Elle ravive la confiance

Quand celle-ci semble assaillie.

Les vrais bienfaits de l'espérance

Ne peuvent être contestés.

Elle apporte la délivrance

Face à des faits qu'on redoutait.

On personnifie l'espérance

Et l'on s'en fait une alliée.

Perdurera cette croyance,

Car à la joie, elle est liée.

La chance engendre l'espérance,

L'inverse semble aléatoire.

Le bien dépend de nos efforts,

Mieux vaut ne pas cesser d'y croire.

7 avril 2014

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A ma fille Marianne,,

Mon cœur, pour toi de battre jamais ne cesse ;

lorsque je ne te vois pas rentrer le soir,

que tu es en retard, une fois la nuit tombée,

depuis longtemps déjà,

 mon teint dans le noir s'illumine,

prend la teinte de l'albâtre ;

c'est l'inquiétude qui dans le noir palpite,

 une poitrine seule, vêtue,

qui se souvient de la légèreté de ton petit

crâne de nouveau-né,

 contre elle posé, abrité.

Je te chéris ma fille,

tout le monde devrait te connaître ;

sais-tu, que tu es une richesse infinie sur la terre !

Le soleil d'ailleurs le sait bien,

puisque dans tes beaux yeux verts,

il s'est étendu tout entier.

T'es ma couleur secrète.

Bien affectueusement.

 

 

 

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En ce jour d'élections au Québec

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Ma rue, ce jour, n'est pas déserte.

Je vois des gens au pas alerte,

Près de chez moi, ils vont voter.

Fiers de leur citoyenneté.

Je soliloque, me prélasse.

Quoique je pense ou que je fasse,

Mon choix ne pourrait rien changer.

Alors, pourquoi me déranger?

À Saint-Laurent, c'est libéral.

On renouvelle son aval,

Sans considérer la droiture,

Par grande peur de l'aventure.

Je voterais, tout au contraire,

Pour les changements salutaires

Menant à un nouveau pays.

Un candidat l'espère aussi.

Il mérite que je lui montre

Ma sympathie à son encontre.

Les efforts renforcent la foi,

Mènent au succès maintes fois.

Dans l'isoloir dans un moment,

Mettrai mon vote, évidemment

Pensant qu'il a peu d'importance,

Mais montrera ma connivence.

7 avril 20014

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12273001463?profile=originalIl s'agit d'un roman de Jean Giono (1895-1970), publié à Paris chez Grasset en 1932. Des fragments avaient préalablement paru dans diverses revues: «Jeunesse» (chap. 1, 2 et 3) dans Europe le 15 novembre 1932, «la Femme du boulanger» dans la Nouvelle Revue française le 1er août 1932 et «les Musiciens» dans Marianne le 16 novembre 1932.
Après avoir publié, depuis Colline, plusieurs romans qui ont assis sa réputation d'écrivain, Giono aborde un genre nouveau avec Jean le Bleu, puisqu'il s'agit cette fois d'un ouvrage autobiographique. Le texte prend cependant place parmi les oeuvres romanesques. Dans sa Préface de 1956, l'écrivain affirme en effet: «J'ai autant inventé ce livre-là que les autres.» L'expérience vécue de l'enfance en constitue malgré tout la matière première: «L'invention y est cependant fondée plus qu'ailleurs sur le réel: j'étais un des personnages et je racontais ma jeunesse. Il serait peut-être intéressant néanmoins de départager un peu le réel et l'imaginaire» (ibid.). Quant au titre, Giono l'explique en ces termes: «C'était simplement parce que très souvent on me parlait de mes yeux bleus, et en même temps il y avait le côté rêveur du personnage» (entretien avec R. Ricatte, septembre 1969).
Le père du petit Jean est un vieux cordonnier plein de sagesse (chap. 1). Sa mère est repasseuse. Le père sympathise avec la cause anarchiste et prête assistance aux pauvres et aux malades (2-3).
L'enfant, grâce à deux hommes vivant dans la maison voisine, la «maison des errants», découvre la musique. A la suite d'une grave maladie, il effectue un long séjour au village de Corbières, chez le berger Massot (3-6). Jean entre dans l'adolescence, éprouve les tensions qui accompagnent la naissance du désir et connaît les joies de la lecture. De retour à la ville, il rencontre un nouvel habitant de la maison des errants, le poète Odripano. La découverte de l'amour et de l'amitié précède de peu le départ de Jean pour la guerre (7-9).
A travers le récit de divers épisodes de son enfance - le texte propose en effet une juxtaposition de séquences singulières, significatives et pittoresques, plutôt qu'il ne restitue le vécu dans sa continuité -, Giono célèbre surtout, dans Jean le Bleu, le souvenir de son père. Celui-ci se nomme aussi Jean, ce qui accentue, au sein du rapport de filiation, sa valeur de modèle, et constitue la figure dominante de l'oeuvre. L'écrivain avait d'ailleurs un moment songé à intituler son livre Mon père ce héros.
Beaucoup moins de pages sont consacrées à la mère, et la répartition, tant géographique que symbolique, de l'espace romanesque la confine au rez-de-chaussée de la demeure familiale alors que l'atelier du père est situé à l'étage le plus haut. La figure paternelle est en outre redoublée par la présence de divers personnages qui en démultiplient le rayonnement: un violoniste et un flutiste, Décidément et Madame-la-Reine, font découvrir la musique au jeune Jean, «l'homme noir», un malheureux secouru par le père, l'initie à la lecture durant son séjour à Corbières et enfin le poète
Odripano, par ses récits, fait voyager son imagination dans un univers où la frontière entre la réalité et la fiction est indiscernable. Tous vivent dans la «maison des errants», ainsi nommée en raison de la pauvreté et de la marginalité de ses habitants. A la fois misérable et sublime, elle est une sorte de palais des merveilles que l'enfant se plaît à contempler, et aussi le théâtre de drames entrevus ou imaginés à travers des fenêtres: celui d'une prostituée, d'une Mexicaine adultère et meurtrière, d'une petite fille morte.
Le père du petit Jean, en raison de ses idées libertaires et de son comportement frondeur - il héberge quelque temps un anarchiste recherché par la police (chap. 3) -, appartient à la même famille symbolique des errants. Peu soucieux des normes et des conventions, il se situe lui aussi en marge de la société. Il inculque à son fils, par ses actes tout autant que par ses paroles, une sagesse pourvoyeuse de liberté et fondée sur l'espérance: «Méfie-toi de la raison [...]. Avec la raison, on n'arrive pas à grand-chose. [...] Avec l'espérance, on arrive à tout» (chap. 8).

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