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Le dandysme flamboyant: Byron

Le « byronisme », imitation idolâtre de ce poète anglais, fut un des éléments du romantisme européen. Ce phénomène, psycho-sociologique plus que littéraire, fut déterminé par la vogue extraordinaire des premières oeuvres poétiques de lord Byron, en particulier Le Pèlerinage de Childe Harold  (1812-1818). Cependant, celui qui était salué par ses contemporains comme le type achevé du poète romantique n'avait que mépris pour les écrivains romantiques de son temps et n'admirait que les classiques. Et son dernier grand ouvrage, Don Juan , se trouve aux antipodes du romantisme.

Mais la pose du héros ou du dandy byronien, beau ténébreux hautain, mélancolique et solitaire, promenant avec ostentation son ennui et son coeur en écharpe, beaucoup plus que de l'oeuvre, s'inspira de la personnalité singulière de lord Byron, de sa vie mouvementée, de sa mort héroïque, et de la légende mystérieuse que ses admirateurs et détracteurs lui créèrent de son vivant comme après sa mort.

1. Le dandy et le héros romantique

La famille

George Gordon Byron naquit à Londres le 22 janvier 1788. Son père, le capitaine John Byron, était un inconscient prodigue et séduisant. En 1779, il avait enlevé, fait divorcer et épousé en premières noces la marquise de Carmarthen, qui mourut en 1784, laissant une fille, Augusta Byron (1783-1851). Cette demi-soeur du poète devait jouer un rôle important dans sa vie et dans sa légende. En 1807, elle épousa son cousin germain, le colonel de dragons George Leigh.

Les Byron descendaient d'une très ancienne famille de Vikings. Le premier baron Byron, général fidèle aux Stuart, fut anobli en 1643. Le grand-père du poète, l'amiral John Byron, surnommé « foulweather Jack », avait été un navigateur hardi et malchanceux.

Le capitaine John Byron s'était remarié en mai 1785 avec Catherine Gordon de Gight, du comté d'Aberdeen, descendante de l'ancienne famille royale d'Écosse. Ce mariage fut malheureux ; les deux époux se séparèrent bientôt. George n'avait pas trois ans quand son père mourut, laissant sa femme dans la misère.

L'enfance

L'enfant unique fut élevé par une mère instable, passionnée, irascible, à la tendresse tyrannique. Il était pied-bot, soit de naissance, soit à la suite d'une paralysie infantile, et cette infirmité l'affligea profondément.

Mrs. Byron et son fils demeurèrent en meublé à Aberdeen, dans la gêne, jusqu'en mai 1798. A cette date, par la mort de son grand-oncle, George devint le sixième baron Byron et hérita du domaine de Newstead Abbey, dans le comté de Nottingham. Le château, ancien prieuré normand, était en ruine, et les terres lourdement hypothéquées. Mrs. Byron s'installa à Nottingham, envoya son fils à Dulwich School puis à Harrow où il fut pensionnaire de 1801 à 1805. Il y acquit une solide connaissance du latin et du grec, une grande admiration pour les lettres classiques et la littérature anglaise du XVIIIe siècle, un goût très vif pour la poésie et l'histoire. Il y fréquenta des jeunes gens de son rang et, malgré son infirmité, pratiqua avec brio la natation, le cricket et l'équitation.

Son développement affectif fut précoce ; à l'en croire, il n'avait que dix ans lorsqu'il tomba amoureux de sa cousine Mary Duff. Pendant l'été de 1803, il s'éprit plus sérieusement peut-être d'une autre cousine un peu plus âgée que lui, Mary Chaworth. Cette première grande passion, déçue par le mariage de la jeune fille, serait évoquée dans une demi-douzaine de poèmes des Heures de loisir , dans le premier chant du Chevalier Harold  et dans Le Rêve  (1816).

« George Gordon lord Byron, a minor »

En octobre 1805, il entre à Trinity College, Cambridge. Il s'y fit des amitiés sérieuses, notamment John Cam Hobhouse, futur lord Broughton, qui sera son compagnon de voyage et son exécuteur testamentaire. Il éprouva aussi une véritable passion pour un certain Edleston dont la mort en octobre 1811 lui inspirera les strophes ardentes et douloureuses des Poèmes à Thyrza .

Il commençait à publier. Dès juin 1807 parut son premier recueil de vers, Heures de loisir  par « George Gordon lord Byron, a minor ». Violemment critiqué par l'Edimburgh Review  en janvier 1808, il répondit en mars 1809 par une satire vengeresse et géniale, Bardes anglais et critiques écossais , où il attaquait, avec un jugement sûr, les poètes romantiques en vogue, notamment Southey, Coleridge et Wordsworth.

Premier voyage en Orient

Après avoir fêté son installation temporaire à Newstead par des « orgies » naïvement blasphématoires (sept. 1808) et pris possession de son siège à la Chambre des lords (13 mars 1809), Byron, accompagné de son ami Hobhouse, s'embarque pour son « grand tour », le 2 juillet 1809. Au plus fort des guerres napoléoniennes, il traverse le Portugal et l'Espagne, gagne Malte, puis l'Albanie où il est l'hôte du despote Ali Pacha. En décembre 1809, il arrive à Athènes d'où il repart pour l'Asie Mineure. Le 3 mai 1810, il traverse, tel Léandre, l'Hellespont à la nage, exploit sportif dont il est très fier. Il séjourne deux mois à Constantinople et regagne Athènes en juillet 1810. Il demeure en Grèce jusqu'en avril 1811, voyageant, étudiant, écrivant.

Le poète à la mode

A son retour à Londres, en juin 1811, il rapportait plusieurs poèmes : une adaptation de l'Art poétique  d'Horace, Souvenirs d'Horace , une satire contre lord Elgin qui venait de faire enlever les frises du Parthénon, La Malédiction de Minerve , et une sorte de journal de voyage, qu'il montra, non sans hésitation, à un jeune éditeur, John Murray, qui se décida à publier le poème après quelques corrections. Ce furent les deux premiers chants du Pèlerinage de Childe Harold , qui parurent le 10 mars 1812 et assurèrent à leur auteur un succès éclatant, quelques jours après un premier discours prometteur à la Chambre des lords. Il y eut cinq éditions du poème en 1812.

Cette réussite, jointe à la jeunesse du poète, la beauté, l'élégance et l'excentricité du dandy, fit de lui l'idole du jour et lui valut de faciles succès. Certaines admiratrices passionnées s'imposèrent littéralement à lui ; maîtresses indiscrètes, elles entraînèrent le jeune auteur à la mode, grisé de sa popularité, dans des intrigues compliquées. Il eut une liaison tapageuse, au début de 1812, avec la romanesque lady Caroline Lamb qui, le jour où elle le vit, s'écria : « Ce beau visage pâle sera mon destin. » A la fin de la même année, lady Oxford, de vingt ans son aînée, succédait à Caroline, puis ce fut lady Frances Wedderburn Webster. Ces aventures, colportées, embellies, avilies par des confidences indiscrètes, contribuèrent à créer le personnage légendaire de bourreau des cours.

Très recherché dans les salons et clubs whigs, il fut l'ami de Sheridan, Thomas Moore, Samuel Rogers et Thomas Campbell.

Sa carrière littéraire se poursuivait, brillante et rapide, par l'exploitation de la veine du conte romantique oriental en vers : Le Giaour  (juin 1813), La Fiancée d'Abydos  (nov. 1813), Le Corsaire  (février 1814), Lara  (août 1814). 10 000 exemplaires du Corsaire  furent vendus le jour de la publication.

Augusta, la soeur trop aimée

Au cours de l'été 1813, il revit, après plusieurs années de séparation, sa demi-soeur Augusta Leigh. Qu'ils aient eu l'un pour l'autre une affection passionnée et « étrangement fraternelle » ne fait pas de doute, comme en témoignent ses poèmes à Augusta, ses lettres à Augusta, ses lettres et confidences à sa grande et vieille amie lady Melbourne. Y eut-il inceste ? Medora Leigh, fille d'Augusta, née le 15 avril 1814, en fut-elle le fruit ? Le thème de l'inceste revient avec une certaine insistance dans certains poèmes de Byron : La Fiancée d'Abydos , Parisina , Manfred.  Mais il n'y eut à l'époque que de très vagues soupçons. La destruction de ses Mémoires,  aussitôt après sa mort, à l'expresse demande de son ami et exécuteur testamentaire, Hobhouse, agissant au nom d'Augusta Leigh, soeur du poète, donna à penser qu'il y avait un scandale à cacher.

De nombreuses biographies ou souvenirs de Byron, plus ou moins fantaisistes, furent écrits par des gens qui ne l'avaient pas toujours intimement connu. Les plus importants sont les suivants : R.C. Dallas : Recollections of the Life of Lord Byron from the Year 1808 to 1814  (1824) ; T. Nedwin : Journal of the Conversations of Lord Byron  (1824) ; Pietro Gamba : A narrative of L. B.'s Last Journey to Greece  (1825) ; Leigh Hunt : Correspondance of Byron and Some of His Contemporaries  (1828) ; Thomas Moore : Letters and Journals of L.B. with Notices of his Life  (1830) ; E  Trelawny : Recollections of the Last Days of Shelley and Byron  (1858) ; Mme de Boissy (comtesse Guiccioli) : Lord Byron jugé par les témoins de sa vie  (1868).

Aucun de ces ouvrages ne parle d'inceste, et c'est seulement en 1869, dans Lady Byron Vindicated, a History of the Byron Controversy  (Défense de Lady Byron, histoire de la controverse sur Byron ), que la scandaleuse histoire fut racontée par Harriett Beecher-Stowe, la romancière américaine, auteur de La Case de l'oncle Tom , à partir de révélations que lui aurait faites lady Byron (morte en 1860).

Cette thèse fut confirmée par la publication de documents réunis par l'héritier de lady Byron, le deuxième comte de Lovelace, sous le titre d'Astarte, a Fragment of the Truth Concerning George Gordon, Sixth Lord Byron  (1905, réédité en 1921 avec d'autres lettres).

Toutefois, des exégèses postérieures, procédant à une critique serrée de ces documents, ont cru pouvoir mettre en doute la valeur de ces témoignages ou en discuter l'interprétation, notamment : S.C. Chew : Byron in England. His Fame and After-fame , New York, 1924, réédité en 1965 (Byron en Angleterre, Histoire de sa réputation ) ; Doris L. Moore: The Late Lord Byron , Londres, 1961 (Feu Lord Byron ), excellente étude, nourrie de nombreux documents inédits.

Mariage et séparation

En dépit du succès de ses ouvrages et en raison d'un train de vie ruineux, le « noble lord » était pauvre et criblé de dettes que la vente de Newstead Abbey elle-même hypothéquée, suffit à peine à payer. Il cherchait à redorer son blason en épousant une héritière ; sa grande amie lady Melbourne, belle-mère de Caroline Lamb, s'entremit pour lui faire épouser sa nièce, Ann Isabella Milbanke. Le mariage eut lieu le 2 janvier 1815. Cette union fut malencontreuse : la mésentente conjugale fut aggravée par des difficultés financières. Le 10 décembre 1815, lady Byron donnait naissance à une fille, Ada ; le 15 janvier 1816, lord Byron chassait sa femme de chez lui. Puis, regrettant cette décision, il tenta vainement d'obtenir une réconciliation. Il dut se résigner en avril à signer un acte de séparation qui le dépouillait de sa femme, de sa fille et de la moitié de sa fortune. L'affaire fit scandale, et la société qui l'avait adulé se déchaîna contre lui.

Cette période de crise ne l'empêcha pas d'écrire et de publier Mélodies hébraïques  (avr. 1815), Le Siège de Corinthe et Parisina  (févr. 1816).

Il quitta l'Angleterre le 25 avril 1816. Il ne devait plus y revenir. Il traversa la Belgique, remonta la vallée du Rhin et gagna le lac de Genève où l'avait précédé un autre poète exilé, P. B. Shelley, avec qui il se lia d'amitié. Celui-ci était accompagné de sa maîtresse, Mary Godwin (fille de Godwin et Mary Wolstoncraft) et de Jane (Clare) Clairmont, maîtresse épisodique de Byron, qui, le 12 janvier 1817, devait donner naissance à une fille, Allegra.

Pendant ce séjour en Suisse, il termina le troisième chant de Childe Harold , publié en novembre, Le Prisonnier de Chillon,  publié en décembre, et commença Manfred  dont la tragédie se déroule sur la Jungfrau.

L'Italie

Ayant quitté la Suisse en octobre, le poète arriva à Venise le 11 novembre. Il y vécut deux années d'amours faciles, illustrées notamment par Mariana Segati, la femme de son propriétaire, et Margarita Cogni, la « Fornarina », épouse de son boulanger. Cette période fut littérairement très féconde : le quatrième chant de Childe Harold  et Beppo  paraissent au début de 1818. En septembre, il écrit Mazeppa  et le premier chant de Don Juan,  en janvier 1819 le deuxième.

Au printemps de 1819 commença sa liaison avec la comtesse Teresa Guiccioli, née Gamba, très jeune épouse d'un barbon. Il fut son fidèle et conjugal cavalier servant jusqu'à son départ pour la Grèce en 1823. En octobre de cette même année, il donna à son ami le poète irlandais Thomas Moore le manuscrit de ses Mémoires  jusqu'en 1816, l'autorisant à les publier après sa mort.

A la fin de 1819, Byron quitta définitivement Venise pour Ravenne où il s'installa dans le palais des Guiccioli. Avec la famille de la comtesse, il participa avec ardeur aux activités révolutionnaires et nationalistes des Carbonari. Sa production littéraire était toujours aussi intense : en 1820, il traduisit le Morgante Maggiore  de Pulci, composa la tragédie de Marino Faliero  et les chants III, IV et V de Don Juan .

En février 1821, l'insurrection des Carbonari contre l'Autriche éclate et échoue. La comtesse Guiccioli et les Gamba, expulsés de Ravenne, se réfugient à Pise où Byron les rejoint en octobre. Il achève la tragédie de Sardanapale  en mai, celle de Les Deux Foscari  en juin, Caïn  en juillet.

Le 28 janvier 1822, lady Nol Milbanke, belle-mère de lord Byron, mourut, laissant à son gendre, en application du contrat de mariage, la moitié de sa grande fortune. Cela lui permit non seulement de payer ses dettes, mais aussi, en juin 1822, de faire venir à Pise et d'héberger avec sa nombreuse famille le journaliste Leigh Hunt, que ses virulentes attaques contre le prince régent désignaient comme un héros à l'intelligentsia libérale. Il l'aida à lancer à Pise une revue trimestrielle littéraire et politique, The Liberal , qui n'eut que quatre numéros, et publia les oeuvres qu'il écrivit à cette période, soit deux satires : Les Bas-bleus  et La Vision du Jugement , une tragédie biblique, Le Ciel et la Terre , et la traduction du Morgante Maggiore . C'est le frère de Leigh, John Hunt, qui publia les chants V à XI de Don Juan , la satire de L'Age de bronze  et L'Ile , la dernière oeuvre de Byron.

Cette année 1822 fut aussi une année de deuils. En avril mourait la petite Allegra, fille du poète et de Clare Clairmont ; en juin, son ami Shelley se noyait à bord de son yacht, dans le golfe de La Spezia.

Chassés de Pise par le gouvernement autrichien, la comtesse Guiccioli, les Gamba, la colonie anglaise, Byron, les Leigh Hunt, la veuve de Shelley et sa famille déménageaient pour Gênes, où ils s'installèrent en septembre 1822.

La Grèce

Au début de mars 1823, Byron fut élu membre du Comité libéral philhellène. Il se donna corps et âme à cette cause et lui apporta d'abord beaucoup d'argent (14 000 livres sterling). Puis, le 23 juillet, il s'embarqua pour la Grèce, accompagné de Pietro Gamba, le frère de la comtesse Guiccioli et de Trelawny, un aventurier opportuniste. Le 3 août, il arrive à Céphalonie, où il resta quatre mois à organiser le mouvement de la libération. A l'appel du prince Mavrocordato, président de la première Assemblée nationale grecque, il se rendit à Missolonghi, en janvier 1824, pour coopérer à l'organisation de la Grèce occidentale. Il eut la tâche délicate d'aplanir les rivalités entre les différentes factions du mouvement de libération, d'organiser, d'entraîner et de payer les troupes. Cependant, sa santé se dégradait rapidement. Il eut plusieurs attaques de fièvres au début de l'année et prit froid dans une sortie à cheval. Il mourut le 19 avril 1824 à l'âge de trente-six ans. La Grèce insurgée lui fit des funérailles nationales et décréta un deuil de vingt et un jours. Son corps fut ramené en Angleterre. La sépulture de Westminster Abbey lui fut refusée et il fut inhumé dans le caveau familial de la petite église de Hucknell Torkard près de Nottingham.

2. « Childe Harold » et « Don Juan »

Ses oeuvres en prose à l'exception des Observations sur la vie et les écrits de Pope  (1821), sont posthumes. Ce sont ses Lettres et journaux  (6 vol., Londres, 1898-1903), publiés par R. E. Prothero (lord Ernle), et Correspondance de lord Byron, principalement avec Lady Melbourne , publiée par John Murray (Londres, 1922).

Les Mémoires , confiés à Thomas Moore par lord Byron et déposés, avec l'assentiment de Byron, chez John Murray, en gage d'une avance de 2 000 livres, furent jugés impubliables par ses amis et brûlés peu après sa mort, chez Murray, le 17 mai 1824.

La correspondance est d'un style nerveux, vif, dépouillé, et témoigne d'une observation pénétrante, d'un humour primesautier et enjoué. Elle est du plus haut intérêt pour la connaissance de la personnalité véritable et de la vie de l'écrivain.

L'oeuvre poétique (E. H. Coleridge éd., 7 vol., 1898-1903) est beaucoup plus considérable que l'oeuvre en prose. Essentiellement poète, Byron, de son vivant, ne publia que des vers.

Heures de Loisir , sa première oeuvre, est un recueil de poèmes lyriques, originaux ou imités de poètes élégiaques latins ou grecs. Ces courts poèmes dénotent une grande précocité dans la technique de la poésie, mais en dépit du désir de scandaliser, l'expression des sentiments y est conventionnelle et floue. Beaucoup d'entre eux, intitulés A Emma , A Mary , A Caroline , Le Premier Baiser de l'amour , ont le ton romantique de la confession personnelle.

De la même veine, mais beaucoup plus mûrs, sont les Poèmes sur diverses occasions  (1807-1824) et les Poèmes privés  (1816), qui comprennent les beaux poèmes adressés à sa femme (Adieu ) et à sa soeur (Stances à Augusta , Lettre à Augusta ) dont le caractère autobiographique est évident.

« Childe Harold »

Le Pèlerinage de Childe Harold  est un long poème (4 455 vers) en quatre chants, écrit en strophes spenceriennes. Les deux premiers chants parurent en 1812. L'auteur, affublé, de façon d'ailleurs transparente, de l'accoutrement moyenâgeux du chevalier Harold, y relate son premier voyage en Méditerranée et en Orient. Les descriptions pittoresques y alternent avec des méditations mélancoliques et vagues qui mettent avantageusement en relief le pèlerin-chevalier solitaire.

Au chant III, le masque du chevalier disparaît. L'auteur raconte, non sans emphase, son départ d'Angleterre, et promène son amertume dédaigneuse et blasée de Waterloo au lac de Genève, le long des ruines féodales de la vallée du Rhin. Il médite sur les sites historiques et s'abandonne au charme sublime de la nature. Au chant IV, le mélancolique pèlerin se tient à Venise sur le pont des Soupirs, puis à Rome devant le Colisée, et se répand en considérations désabusées sur l'histoire et sur la destinée humaine.

Ce genre, dont il fut le créateur, soutenu par une langue ferme et sonore, volontairement archaïsante, une prosodie habile et musicale, eut un succès inouï et fit de lui pour l'Europe entière l'archétype qu'il fallait s'efforcer d'imiter.

Les contes romantiques

Les contes romantiques orientaux, Le Giaour  (juin 1813), La Fiancée d'Abydos  (nov. 1813), Le Corsaire  (févr. 1814), Lara  (août 1814), furent suivis d'autres récits historiques en vers, de la même veine tragique et romanesque : Parisina, le Siège de Corinthe  (fév. 1816), Le Prisonnier de Chillon  (déc. 1816), Mazeppa  (juin 1819), L'Ile  (juin 1823). Ils ont tous certains traits communs : une tragique histoire d'amour contrarié ou interdit et de mort ; de nobles héros révoltés, sombres et malheureux, ressemblant comme des frères à Childe Harold et à lord Byron ; de belles héroïnes pathétiques passionnément dévouées à leur amant ; un somptueux décor oriental ou exotique (L'Ile  est une idylle tropicale qui se déroule sur un atoll d'Océanie).

Les tragédies

Aucune ne fut jouée, Werner  excepté (1822), ni même destinée à la représentation. Manfred  (juin 1817) est un poème dramatique à deux personnages : le héros solitaire, au coeur des Alpes, et l'ombre de sa soeur Astarté, passionnément et criminellement adorée, miroir de son âme.

Marino Faliero  (avr. 1821), Les Deux Foscari  (déc. 1821) sont tirées de l'histoire de Venise. Elles ne sont pas dépourvues de beauté poétique ; l'analyse psychologique est pénétrante ; mais elles manquent de qualités, de ressort et de style proprement dramatiques. Il en est de même pour Sardanapale  (déc. 1821), dont le héros présente des analogies avec l'auteur, ainsi que pour les pièces bibliques Caïn  (déc. 1821), Le Ciel et la Terre  (janv. 1823) et Le Difforme transformé  (fév. 1824).

Les satires

Byron excella dans ces pièces de circonstance qui constituent un aspect important de son génie. Nous avons déjà signalé ses attaques virulentes contre les poètes romantiques et contre lord Elgin. Dans La Vision du jugement , il malmène et ridiculise le poète-lauréat Robert Southey qui s'était risqué à le présenter comme le chef de « l'école satanique » de poésie. Les Bas-bleus  prennent à parti les femmes savantes de son temps, L'Age de bronze  (avr. 1823) attaque la politique anglaise lors du Congrès de Vérone.

« Don Juan »

Avec Beppo , conte vénitien (1817) et surtout avec Don Juan , interrompu au seizième chant par la mort de l'auteur, Byron a donné la véritable mesure de son génie. Don Juan  est une épopée immense (près de 16 000 vers) et multiforme, écrite sur le modèle de Pulci, en ottava rima , strophe savante dont le poète joue avec une extraordinaire virtuosité. Le thème de la légende espagnole n'est qu'un prétexte. Après ses premières armes amoureuses à Séville, dans l'alcôve de Doña Julia, le héros quitte l'Espagne, comme Byron l'Angleterre, et promène sa joyeuse vitalité de cette île de l'Archipel, où se noue la tragique idylle d'Haïdée, au harem du sultan, du lit de Catherine de Russie au salon distingué d'un château de la campagne anglaise. Juan est l'antithèse d'Harold. L'affectation mélancolique du héros romantique a fait place a un sens aigu de l'ironie. L'épisode des amours de Juan et d'Haïdée, dans sa sensualité ingénue et sauvage, tout romanesque qu'il soit, n'a rien de romantique. Cela n'est qu'un aspect de cette oeuvre si variée où se mêlent la satire féroce, la parodie burlesque, la farce gaillarde, le conte grivois, le trait d'esprit caustique, la peinture de moeurs et la plus subtile comédie de caractères. Lord Byron y exprime sa vision sceptique, amusée et ironique, d'un monde aux apparences trompeuses, où Don Juan n'est pas séducteur mais séduit, où le sexe dit fort est l'involontaire victime des entreprises galantes du sexe dit faible. Comme auteur de Don Juan,  lord Byron figure parmi les plus grands humoristes anglais.

L'antidote du romantisme ?

L'oeuvre de Byron a subi depuis le début du siècle une importante réévaluation. La première de ces études critiques est celle de John Drinkwater, The Pilgrim of Eternity, Byron, a Conflict , Londres, 1926, (Le Pèlerin de l'éternité, Byron, un conflit ). Elle fut suivie en 1945 de The Flowering of Byron's Genius, Studies in Byron's Don Juan  (L'Épanouissement du génie de Byron. Études sur Don Juan ), de P. G. Trueblood.

Dans une thèse fort intelligente et documentée, Robert Escarpit a démontré que Childe Harold  et les Contes  ne représentent pas le génie propre de Byron. C'est sur les conseils de John Murray, son éditeur et imprésario littéraire, qu'il écrivit, pour plaire à un certain public et pour gagner de l'argent, ces oeuvres romantiques qui assurèrent alors sa gloire. Ses goûts en fait étaient très classiques et son modèle littéraire était Pope. Avec Don Juan,  Byron se détache du romantisme et de son public, et entend écrire comme il lui plaît sans plus se soucier de l'opinion. Sa lettre à John Murray du 21 septembre 1821 est sur ce point révélatrice.

L'influence déterminante du « byronisme » de Childe Harold  sur le romantisme relèverait donc du mythe. Par un singulier paradoxe, le vrai Byron est l'antidote du romantisme dont il fut salué comme le héros, et Don Juan  un chef-d'oeuvre d'ironie qui a survécu à l'éclipse des oeuvres romantiques qui le rendirent célèbre de son vivant.

Traductions et influence

L'influence et le succès de Byron en Europe sont attestés par la traduction de ses oeuvres, au fur et à mesure de leur publication, en italien, en allemand, en russe, en français (traduction complète d'Amédée Pichot, 1819-1824).

A titre d'exemple, La Fiancée d'Abydos  et Manfred  ont été traduits en plus de dix langues : tchèque, danois, français, allemand, hongrois, grec moderne, polonais, roumain, russe, espagnol, italien, entre autres.

En France, Byron a particulièrement influencé Victor Hugo, Lamartine, Musset, Barbey d'Aurevilly ; en Allemagne, Börne, Müller, Heine ; en Italie, Leopardi et Giusti ; en Russie, Pouchkine et Lermontov ; en Pologne, Mickiewicz et Slowacki.

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GERT SALMHOFER OU LA CONSCIENCE DU SIGNE

ALFONSO DI MASCIO : D’UNE TRANSPARENCE, l’AUTRE

 

LESLIE BERTHET-LAVAL OU LE VERTIGE DE L’ANGE


TINE SWERTS : L’EAU ENTRE L’ABSTRAIT ET LA MATIERE


ELODIE HASLE : EAU EN COULEURS


RACHEL TROST : FLOATING MOMENTS, IMPRESSIONS D’INSTANTS


VILLES DE L’AME : L’ART DE NATHALIE AUTOUR


CHRISTIAN LEDUC OU LA MUSIQUE D’UNE RENAISSANCE


CHRISTIGUEY : MATIERE ET COULEUR AU SERVICE DE L’EXPRESSION


HENRIETTE FRITZ-THYS : DE LA LUMIERE A LA LUMINESCENCE


LA FORME ENTRE RETENUE ET DEVOILEMENT : L’ART DE JEAN-PAUL BODIN


L’ART DE LINDA COPPENS : LA COULEUR ET LE TRAIT DANS LE DIALOGUE DES SENS


CLAUDE AIEM : OU LA TENTATION DU SIGNIFIE


BOGAERT OU L’ART DE LA MYSTIQUE HUMAINE


MICHEL BERNARD : QUAND L’ART DANSE SUR LES EAUX


PERSONA : DE L’ETAT D’AME AU GRAPHISME. L’ŒUVRE D’ELENA GORBACHEVSKI


ALEXANDRE SEMENOV : LE SYMBOLE REVISITE


VERONICA BARCELLONA : VARIATIONS SUR UNE DEMARCHE EMPIRIQUE


FRANCOISE CLERCX OU LA POESIE D’UN MOMENT


XICA BON DE SOUSA PERNES: DIALOGUE ENTRE DEUX FORMES DU VISIBLE


GILLES JEHLEN : DU TREFONDS DE L’AME A LA BRILLANCE DE L’ACHEVE


JIM AILE - QUAND LA MATIERE INCARNE LE DISCOURS


DIMITRI SINYAVSKY : LA NATURE ENTRE L’AME ET LE TEMPS


FRANÇOISE MARQUET : ENTRE MUSIQUE ET LEGENDE


CLAUDINE CELVA : QUAND LA FOCALE NOIE LE REGARD


LES COULEURS HUMAINES DE MICAELA GIUSEPPONE


MARC JALLARD : DU GROTESQUE A L’ESSENTIEL


JULIANE SCHACK : AU SEUIL DE L’EXPRESSIONNISME MYSTIQUE


ROSELYNE DELORT : ENTRE COULEUR ET SOUVENIR


BETTINA MASSA : ENTRE TEMPS ET CONTRE-TEMPS

XAVI PUENTES: DE LA FACADE A LA SURFACE : VOYAGE ENTRE DEUX MONDES

MARYLISE GRAND’RY: FORMES ET COULEURS POUR LE TEMPS ET L’ESPACE

MARCUS BOISDENGHIEN: ETATS D’AME…AME D’ETATS : EMOTIONS CHROMATIQUES

 

JUSTINE GUERRIAT : DE LA LUMIERE

 

BERNADETTE REGINSTER : DE L’EMOTION A LA VITESSE

 

ANGELA MAGNATTA : L’IMAGE POUR LE COMBAT

 

MANOLO YANES : L’ART PASSEUR DU MYTHE

 

PIERRE-EMMANUEL MEURIS: HOMO LUDENS

 

MICHEL MARINUS: LET THE ALTARS SHINE

 

PATRICK MARIN - LE RATIONNEL DANS L’IRRATIONNEL : ESQUISSES D’UNE IDENTITE

 

CHRISTIAN VEY: LA FEMME EST-ELLE UNE NOTE DE JAZZ?

 

SOUNYA PLANES : ENTRE ERRANCE ET URGENCE

 

JAIME PARRA, PEINTRE DE L’EXISTENCE

Bruxelles ma belle. Et que par Manneken--Pis, Bruxelles demeure!

Menneken-Pis. Tenue de soldat volontaire de Louis-Philippe. Le cuivre de la statuette provient de douilles de balles de la révolution belge de 1830.

(Collection Robert Paul).

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